Inspection Incendie : Modèle Innovant
Inspection Incendie : Modèle Innovant
Sapeur-Pompier Préventionniste
Inspecteur
de la Sécurité Incendie dans les Bâtiments
Directeur de mémoire :
Commandant David LE TUTOUR – BPRI DGSCGC
Stagiaires :
Capitaine John DRIEU – SDIS 27
Commandant Gaëtan MATHON – SDIS 59
Commandant Sébastien SAQUET – SDIS 22
Tout organisme pour s’adapter doit innover, évoluer et tenter une aventure hors de la norme,
engendrer de l’anormalité afin de voir si ça marche, car vivre, c’est prendre un risque.
Boris Cyrulnik
REMERCIEMENTS
Nous tenons à exprimer notre gratitude aux personnes suivantes qui ont pris de leur temps et
dont l’expérience et l’expertise précieuse ont contribué à notre réflexion.
M. le Colonel hors classe Marc GENOVESE, SDIS 06, docteur en droit public
M. le Colonel hors classe Marc MAGNONE, SNCF, responsable national sécurité
incendie
Nous tenons aussi à remercier les différentes personnes, dont les noms figurent en table des
ressources, qui nous ont renseignés utilement, dans le cadre de leurs attributions, nous
permettant d’ouvrir le champ de nos réflexions.
Nous exprimons également nos remerciements à l’ensemble des intervenants ayant participé
à la formation ainsi que l’équipe pédagogique du pôle Oudiné Paris de l’ENSOSP.
Nos dernières lignes vont à nos familles, dont la patience aura été éprouvée et dont nous
aurons pu apprécier le soutien jusqu’à la dernière minute de travail.
TABLE DES MATIERES
RESUME .................................................................................................................. 1
INTRODUCTION ..................................................................................................... 2
CONCLUSION........................................................................................................ 31
TABLE DES PROPOSITIONS .................................................................................... 32
GLOSSAIRE........................................................................................................... 34
ANNEXES .............................................................................................................. 40
Annexe 4 : Bilan des campagnes de contrôles entre 2012 et 2014 (DREAL Nord Pas-de-
Calais) ......................................................................................................... 47
Annexe 5 : Questionnaire transmis par le BPRI aux SIS et SIACEDPC en mars 2020 .. 63
Nota. Bene :
Nous avons tenté de rendre la lecture du document la plus fluide possible, en recourant :
Chacune des quatre parties est précédée d’un chapeau de synthèse qui apparaît encadré
comme ceci.
La conclusion contextualise nos propos et fait le lien avec la partie suivante. Elle
apparaît en gras comme ceci.
RESUME
L’organisation actuelle des commissions de sécurité se base sur une construction progressive
au cours du XXème siècle et a peu évolué depuis 1995. En dehors du sapeur-pompier qui est
devenu l’élément central dans les commissions de sécurité, les autres membres ont montré
une carence de formation et se sont éloignés progressivement, rendant la collégialité
symbolique aujourd’hui, au point de ne plus remplir ses objectifs initiaux.
L’idée d’une inspection de la sécurité incendie dans les bâtiments n’est pas une simple utopie.
Elle revêt une cohérence autour d’un référentiel réglementaire uniformisé et d’une inspection
de l’ensemble des bâtiments selon la même logique. La pertinence de ce dispositif passe par
l’évolution de l’organisation actuelle et la rationalisation des efforts de contrôle selon les
enjeux, pour soumettre au pouvoir d’appréciation de l’autorité de police des avis plus
éclairants.
La création d’un code de la sécurité incendie dans les bâtiments correspond à une
normalisation simplificatrice de diverses réglementations. S’il induit une évolution de la police
spéciale des ERP et IGH vers une police spéciale des bâtiments, il n’a pas vocation à remettre
en cause le pouvoir discrétionnaire du maire sur les avis que donneraient les inspecteurs de la
sécurité incendie dans les bâtiments.
ABSTRACT
The idea of fire safety inspection for buildings is not a utopia. It is based on a consistency
around a standardized regulatory framework and the realizing the entirety of building
inspections according to this same logic. The relevance of these measures involves the
evolution of the current organization and the rationalization of control efforts in light of issues
at stake, to submit a more qualified opinion to the discretionary power of the police authority.
Deployment of fire safety inspectors in buildings requires the carrying out their oaths. An
operational guidance of their function at the heart of fire and rescue services is the key to their
success. This quality approach will only find meaning through a forward-looking management
of jobs, staff, skills, and competencies.
1
INTRODUCTION
En 1995, le cadre réglementaire des commissions de sécurité a été posé par le décret
n° 95-260 modifié du 8 mars et la circulaire du 22 juin, relatifs aux Commissions Consultatives
Départementales de Sécurité et d’Accessibilité (CCDSA). Presque 20 ans plus tard, le choc de
simplification annoncé par le Président de la République s’est traduit dans le domaine de la
prévention incendie, par 55 recommandations d’un rapport d’évaluation de l'Inspection
Générale de l'Administration et de l’Inspection Générale des Affaires Sociales de juin 2014.
Parmi elles, 14 portaient sur les dispositifs de contrôle ou le fonctionnement des CCDSA,
certaines étant d’ores et déjà mises en œuvre en 2020.
En réalité, l’objet voulu de ce mémoire n’est pas tant de réaliser une étude de faisabilité
immédiate d’un projet mais bien de proposer une vision prospective d’un modèle innovant. En
ce sens, il pourra déconcerter le lecteur puisque nos propositions s’affranchissent
volontairement des limites d’aujourd’hui, qu’elles soient réglementaires, culturelles, financières
ou humaines. Nous sommes conscients qu’elles seraient autant de raisons à une mise en
œuvre progressive.
Forts de ce cadre, nous avons limité notre étude à la seule sous-commission départementale
pour la sécurité contre les risques d’incendie et de panique dans les ERP et IGH, et nous
utiliserons désormais le vocable d’inspecteur de la sécurité incendie pour décrire ce que serait
notre proposition d’un nouveau modèle.
En terme de méthode, nous avons étudié les dispositifs des corps d’inspection existants et
consulté largement, en vue d’identifier de manière pragmatique les leviers de progrès de la
sécurité incendie dans les bâtiments. Rapidement, la seule question de la fin de la collégialité
- déjà constatée dans la réalité quotidienne - est devenue symbolique.
Aussi, nous nous attacherons à développer une proposition d’un modèle innovant à travers 4
parties, où nous dresserons un bilan des commissions après 25 ans de fonctionnement, où
nous explorerons les expressions possibles et nécessaires d’une inspection de la sécurité
incendie, et où nous déclinerons les conséquences et les limites d’une telle évolution de
réécriture qui touche du doigt une nouvelle définition de politique publique.
2
1 DES ORIGINES A 2020, LA COLLEGIALITE REPOND-ELLE ENCORE AUX
OBJECTIFS INITIAUX ?
L’organisation actuelle des commissions de sécurité se base sur une construction progressive
au cours du XXème siècle et a peu évolué depuis 1995. En dehors du sapeur-pompier qui est
devenu l’élément central dans les commissions de sécurité, les autres membres ont montré
une carence de formation et se sont éloignés progressivement, rendant la collégialité
symbolique aujourd’hui, au point de ne plus remplir ses objectifs initiaux.
Toute évolution de système doit faire l’objet d’un diagnostic de son fonctionnement pour
mesurer les écarts entre les attendus initiaux et les résultats obtenus. En ce sens, il est
intéressant de rappeler les origines de la réglementation actuelle des commissions de sécurité.
Plusieurs grands sinistres du feu du Bazar de la Charité à Paris le 4 mai 1897 (126 morts)
jusqu’au feu du magasin du Printemps le 28 septembre 1921 (1 seul mort mais
destruction totale du magasin) amènent à la création d’une circulaire du Ministère de
l’Intérieur en 1926 qui reprend l’esprit de l’ordonnance de 1906 en créant une
commission consultative pour les théâtres, salles de spectacle et grands magasins. Cette
commission consultative consacrait déjà l’importance des contrôles (à l’ouverture, à la
réception des travaux et de manière périodique), de la collégialité de plusieurs corps de
métiers techniques (sapeur-pompier, police, architecte) sous l’autorité du maire.
C’est le feu des Nouvelles Galeries à Marseille, le 28 octobre 1938 (75 morts, destruction
totale du magasin, politisation immédiate du drame) qui débouche sur la publication du
décret du 7 février 1941, qui sera l’origine et le fondement de la réglementation incendie
telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ce décret de 1941 reprend la circulaire de
1926, à l’assise juridique insuffisante, dans les éléments suivants : commissions de
sécurité à trois niveaux (communal, départemental et national), rôle prépondérant du
maire pour la prévention incendie au sein de la commune, sécurité basée sur les
contrôles (réception de travaux suite à l’étude de plans avant travaux et visites
périodiques), avec l’appui de contrôles techniques.
L’émotion du feu du cinéma Le Sélect à Rueil Malmaison le 30 août 1947 (89 décès,
sortie de secours sur une cour fermée) met en exergue le non-respect des dispositions
du décret de 1941. Le décret n°54-856 du 13 août 1954 crée alors 4 catégories
d’établissements selon l’effectif accueilli, et des sanctions pénales en cas d’inobservation
des règlements, en reprenant à nouveau le rôle du maire et les 3 niveaux de commissions
3
de sécurité (aux compétences amendées, notamment la commission départementale de
sécurité renforcée).
L’arrêté du 23 mars 1965 portant approbation du règlement de sécurité contre les risques
d’incendie et de panique dans les ERP prend en compte les progrès techniques du
bâtiment, avec des dispositions générales et propres à chaque type d’activité dans les
ERP. Le décret n° 65-1048 modifié du 2 décembre 1965 fait évoluer la commission
départementale de sécurité, avec 5 autres commissions, qui devient la commission
consultative départementale de la protection civile (CCDPC). Cet arrêté sera la base de
l’actuel règlement de sécurité de l’arrêté du 25 juin 1980 modifié qui en conservera
l’architecture en améliorant les dispositions, et prendra en compte les nouvelles
technologies.
Au 1er novembre 1970, les Français découvrent avec horreur au journal télévisé le
funeste bilan humain du feu de la salle de danse « le Cinq Sept » à Saint-Laurent-du-
Pont en Isère, où 147 jeunes périrent. Après plusieurs circulaires, le décret n° 73-1007
du 31 octobre 1973 relatif à la protection contre les risques d’incendie et de panique est
publié (abrogeant celui du 13 août 1954). Il redéfinit les ERP, précise les règles de
construction à respecter et renforce la responsabilité des constructeurs, propriétaires et
chefs d’établissements. Les ERP de 5ème catégorie apparaissent et les ERP du 1er groupe
doivent faire l’objet d’une étude avant délivrance du permis de construire. On y voit
également la création de l’échelon des Commissions de Sécurité d’Arrondissement dont
la présidence revient au Sous-Préfet.
1
Source : prorogation de la CCDSA jusqu’au 8 juin 2025 (art 1 du décret n°2020-806 du 29 juin 2020).
2
Source : loi n° 78-12 du 4 janvier 1978 loi dite « Spinetta »
4
1.1.2 Les objectifs initiaux du décret modifié du 8 mars 1995
La qualité des travaux de la commission devait être garantie par une collégialité
technique, débouchant sur un avis clair.
La présence des forces de l’ordre devait permettre la bonne tenue des visites et de
relever les infractions.
L’agent de l’ex-DDE (de la DDT(M) aujourd’hui) devait apporter une expertise en
procédures de permis de construire et autorisations d’urbanisme de par ses
connaissances du Code de la Construction et de l’Habitation (CCH).
Si le préfet était le garant de la doctrine, le rôle prépondérant du maire en matière de
police spéciale des ERP n’était pas remis en cause et son implication devait être totale.
Le président devait animer la commission et organiser l’expression de la collégialité.
Enfin, le sapeur-pompier préventionniste, seul agent public dont on exigeait une
qualification spécifique dans le décret3, devait vérifier l’application du règlement de
sécurité.
Pour autant, le colonel HC MAGNONE nous rapporte que la question se posait déjà de
mettre fin à la collégialité en 1995, en partant sur un modèle déjà éprouvé d’un agent
assermenté dans la prévention incendie. Mais l’émotion provoquée par le drame de
Furiani dans notre corporation avait conduit à maintenir le cap de l’avis collégial.
Dès lors, la question se pose du bilan du dispositif. Après 25 ans d’existence, les objectifs sont-
ils atteints et le dispositif tel qu’imaginé initialement tient-il toutes ses promesses ?
Depuis la parution du décret n° 95-260 modifié du 8 mars 1995, la CCDSA n’a pas connu
de grosses modifications dans son mode de fonctionnement.
Son champ de compétence à l’échelon départemental est toujours de donner des avis à
l’autorité investie du pouvoir de police administrative dans les domaines où la sécurité
des usagers des établissements recevant du public pourrait être mise en jeu.
Cette commission consultative émet des avis qui ne lient pas l’autorité de police sauf
dans les cas où les dispositions réglementaires prévoient un avis conforme4.
Après 25 années de fonctionnement, nous pouvons établir les constats sur l’implication
des membres des groupes de visites et des commissions, sur les forces et les faiblesses
de la collégialité.
3
Source : article 13 du décret n° 95-260 du 8 mars 1995 : Brevet National de Prévention, PRV2 de nos jours
4
Source : décret n° 95-260 du 8 mars 1995 : demande de dérogation au règlement de sécurité
5
Le représentant de la préfecture
L’implication des élus est difficile à mesurer mais elle apparaît comme très hétérogène
et liée à leur sensibilité pour les questions de sécurité et leurs responsabilités afférentes.
Pour les communes les plus importantes, où un élu désigné et un fonctionnaire du service
ERP suivent les dossiers, la connaissance locale apporte de réels arguments à la décision
collégiale. A défaut, ce sont soit des élus silencieux, soit des élus qui font valoir des
considérations sociaux-économiques hors domaine de compétence incendie. De plus,
pour les établissements communaux, l’élu se retrouve en position de juge et partie,
notamment sur les commissions communales et en cas de manquements à la
réglementation.
Le représentant de la DDT(M)
Sur le dispositif initial, la DDT(M) participait à toutes les visites des commissions de
sécurité. Comme le précise le rapport de l’IGA/IGAS, le manque de formation, une
mission d’urbanisme hors domaine de compétence et un resserrement de leurs effectifs,
ont conduit les DDT(M) à avoir une plus-value symbolique en commission de sécurité,
qui s’est conclue par la recommandation n°49 de retirer ce service des sous-commissions
départementales et des groupes de visite. Aussi, en 2014, le décret n° 2014-1312 du 31
octobre 2014 est venu modifier le décret du 8 mars 1995 en précisant que pour les
visites périodiques des ERP, la présence de la DDT(M) n’était plus requise. L’agent de la
DDT(M) participe dès lors aux visites de réception des ERP de la 1ère à la 3ème catégorie.
Concernant les commissions communales ou intercommunales, la DDT(M) n’est plus
forcément présente. Elle est remplacée par un agent de la commune préalablement
désigné par le maire.
6
Le rapport de l’IGA/IGAS pointe que “Il ressort de tous les avis recueillis que l’apport des
services de police et de gendarmerie dans les commissions statuant sur dossier est très
faible : ils suivent très généralement l’avis du préventionniste ou du représentant du
préfet, sans être en mesure d’apporter des éléments techniques qui ne relèvent pas de
leurs compétences. (...), les cas de résistance aux contrôles sont extrêmement rares de
même que les procès-verbaux d’infraction.” Aussi, suite aux attentats de 2015 qui ont
fortement mobilisé les forces de l’ordre sur tout le territoire national, le décret n° 2016-
1201 du 5 septembre 2016 est venu préciser les nouvelles obligations des forces de
l’ordre qui ne participent plus qu’aux visites des établissements de 1ère catégorie, aux
visites des ERP de type P (salles de danse et salles de jeux), aux visites des
établissements pénitentiaires et aux visites inopinées ou sur demande du président de
la commission.
Le sapeur-pompier
Le sapeur-pompier est le sachant des commissions de sécurité. C’est le seul membre des
commissions de sécurité dont le décret de 1995 exige une formation lui conférant la
connaissance du règlement de sécurité. Ses formations et son expérience opérationnelle
lui donnent la possibilité de réaliser une analyse réglementaire, mais aussi une analyse
des risques, qui émerge dans nos pratiques depuis plusieurs années, sans faire l’objet
d’une doctrine nationale pour autant. Aussi, l’apport technique est quasiment son
exclusivité, réduisant souvent les autres membres à un rôle de spectateurs.
La prise de décision collégiale est rassurante pour l’ensemble des membres et plus
particulièrement pour le préventionniste qui contribue en très grande partie à la
proposition de l’avis. La présence de l’autorité de police renforce l’impact de l’avis émis
par la commission. En cas d’avis défavorable, l’exploitant sait que le maire peut prendre
un arrêté de fermeture immédiat de son établissement.
7
Les limites de la collégialité
Concernant le rôle central des maires, on peut noter leur recours très courant aux avis
écrits motivés, envoyés en amont de la commission, sans forcément connaître le contenu
des futurs procès-verbaux (PV). Cela induit un réel manque de pertinence, d’échange et
de débat dans les commissions.
Nous conclurons à l’absence de leur réelle plus-value aux débats des commissions, en
citant la question à l’Assemblé Nationale du Député Ch. Blanchet où il propose que l’élu
de la commune ne participe plus aux commissions de sécurité, mettant en avant l’aspect
chronophage de sa présence et sa plus-value limitée à parapher le procès-verbal8.
Enfin, dans la suite du drame de Furiani, le décret de 1995 a imposé une clarté de l’avis
pris par la commission de sécurité pour la sécuriser : il est favorable ou défavorable sans
nuances transitoires. Pour autant, l’enfer étant pavé de bonnes intentions, le rapport de
l’IGA/IGAS de 2014 pointe ce dysfonctionnement par lequel 2,6 % du parc des ERP
français sont sous avis défavorable9. Il en résulte de nombreux avis défavorables qui ne
sont pas suivis d’effet par l’autorité de police, éloignant de fait l’essence même du conseil
en signalant par un avis défavorable, non pas un réel danger à la poursuite de
l’exploitation d’un établissement, mais des manquements réglementaires inacceptables
en l’état.
7
Voir bibliographie : mémoire PRV3-2010 "La formation des membres des commissions de sécurité"
8
Voir annexe n° 1 : question à l’Assemblée Nationale n° 4278 du 26/12/17 - Réponse publiée au JO le : 31/07/2018 page : 6921
9
Source : page 10 du rapport IGA/IGAS du 6 octobre 2014.
8
A titre d’illustration, les commissions de sécurité ont recours à l’avis défavorable au nom
du principe de fiabilité, quand elles signalent des manquements répétés mettant en
cause une incertitude quant à la sécurité d’un établissement. Certains SIS ont d’ailleurs
développé une classification des avis défavorables allant de l’avis défavorable « grave »
signalant un danger imminent pour le public, à l’avis défavorable « pédagogique ». Les
avis défavorables pédagogiques se rencontrent souvent sur la question des vérifications
obligatoires des installations techniques en ERP/IGH. Face à l’absence de ces
vérifications d’une visite à l’autre, la commission de sécurité se sent obligée de dépasser
le niveau des prescriptions répétées et restées sans effet, pour indiquer le doute réel sur
le niveau de sécurité et sur la potentialité des risques d’éclosion de feu. Pour autant, ces
avis défavorables sont rarement suivis d’effet par le maire, qui, au vu des responsabilités
et enjeux socio-économiques, ne prend pas un arrêté de fermeture administrative pour
des raisons pédagogiques.
L’idée d’une inspection de la sécurité incendie dans les bâtiments n’est pas une simple utopie.
Elle revêt une cohérence autour d’un référentiel réglementaire uniformisé et d’une inspection
de l’ensemble des bâtiments selon la même logique. La pertinence de ce dispositif passe par
l’évolution de l’organisation actuelle et la rationalisation des efforts de contrôle selon les
enjeux, pour soumettre au pouvoir d’appréciation de l’autorité de police des avis plus
éclairants.
Nous allons maintenant axer notre réflexion sur la transformation des commissions de sécurité
en mission d’inspection de la sécurité incendie, avec pour objectifs de proposer une meilleure
adéquation avec les évolutions sociétales, et une moindre exposition des citoyens aux risques
d’incendies.
Un travail de recherche et d’analyse des autres fonctionnements existants, parmi les corps
d’inspection français hors domaine incendie, et à l’étranger spécifiquement parmi les services
d’incendie, apporte des inspirations intéressantes.
Il existe dans notre pays déjà de nombreuses « inspections » que l’on peut ordonner en
deux grands types.
Le premier regroupe des services avec des fonctionnaires en charge de faire des
contrôles externes à l’administration, s’appuyant sur le respect de codes et amenant en
cas de non-respect à des sanctions administratives et/ou pénales. L’assermentation est
9
la règle. Les rapports sont adressés à leur autorité de police, qui a une compétence liée
ou un pouvoir discrétionnaire.
Analyse comparative des commissions de sécurité avec des modèles d’inspection français :
Inspecteurs de
Inspecteur
Commission
Inspecteur Inspecteur des Inspecteur l'administration
Inspections de sécurité
ICPE CCRF finances du travail IGA, IGAS,
ERP/IGH IGSC
publiques IGF
Ministère de Ministère de 3 corps
Ministère de Ministère du
l'économie l'économie Ministère d'inspection
Ministère de Ministère de la transition travail, de
des finances des finances de interministériels
tutelle l'intérieur écologique et l'emploi et de
et de la et de la l'intérieur de l'État
solidaire l'insertion
relance relance sous tutelle de
plusieurs
Préfecture ministères
SIS
Autorité DREAL DIRECCTE
DDT(M) DGFiP DIRECCTE DGSCGC (sauf l'IGA sous
hiérarchique DD(CS)PP DD(CS)PP
Maire tutelle du
PN/GN ministère de
l'intérieur)
Installations Entreprises et Administration, organismes
Objet du contrôle ERP/IGH Entreprises Entreprises
classées particuliers publics,…
Autorité de police
Maire (ou Contrôle interne à
administrative Préfet Préfet Etat Etat
préfet) l'administration
compétente
Codes de la
consomma-
Code de la
Code de -tion, du
Réglementation construction Code général Code du en fonction de l'objet de la
l’environne- commerce,
applicable et de des impôts travail mission
-ment (ICPE) de la
l'habitation
commande
publique
Observation
PV de Rapport Rapport Notification
documents Mise en
commission d'inspection d'enquête de rapport
produits demeure
PV PV PV redressement
PV
Pouvoir de police
oui
judiciaire oui oui oui oui non
maire/PN/GN
assermentation
Sanctions
oui oui oui oui oui non
administratives
Plusieurs mémoires et des contacts directs10 dans les SIS étrangers nous ont permis de
dresser une synthèse de leur organisation de la prévention incendie, mettant en lumière
des pratiques différentes des nôtres.
10
performantielle par objectifs. Pour autant, cette dichotomie n’est pas absolue et certaines
réglementations comme celle des USA sont d’emblée prescriptives mais permettent
l’approche par objectifs.
Par contre, les approches performantielles par objectifs se traduisent par des
réglementations plus synthétiques, avec des British Standards de quelques pages ou un
Code National de Prévention Incendie canadien qui inclue objectifs, solutions acceptables
et procédures administratives en 300 pages seulement11. Il s’agit de recommandations,
tout comme le fait la réglementation américaine avec son approche prescriptive, qui
n’empêche néanmoins pas d’y déroger tant que les objectifs de sécurité sont atteints.
En ce sens et selon la définition du Dalloz, il s’agit de droit souple puisque si « le droit
est généralement défini par son caractère obligatoire et contraignant, le droit souple
donne au contraire la prééminence à un droit simplement proposé, recommandé,
conseillé ».
11
Voir bibliographie : CNPI code national de prévention incendie, publié par la Commission canadienne des codes du bâtiment et
de prévention des incendies.
11
L’approches de l’étude des risques prend en compte systématiquement les risques
encourus dans les bâtiments selon leur construction (leur hauteur, avec des valeurs
différentes selon les pays).
Dans une société où tout citoyen est, chaque jour, tour à tour, habitant de son logement,
travailleur lors de son emploi puis client d’un ERP, il se retrouve soumis à une réglementation
différente en sécurité incendie. On peut s’interroger sur cette rupture d’égalité de traitement
que le législateur concède dans cette mission aussi régalienne que la sécurité des citoyens.
L’avenir devrait voir se développer les bâtiments mixtes tels que des immeubles partageant
habitations, ERP et lieux de travail. Parallèlement, des bâtiments réversibles verront bientôt le
jour. Ces constructions seront conçues pour en changer l’usage, partiellement ou totalement,
sans qu'il soit nécessaire de procéder à une rénovation importante ou une reconstruction. Par
exemple, dans le cadre des jeux olympiques de Paris 2024, les bâtiments des villages athlètes
et médias seront des ERP. A l’issue des Jeux, ils seront convertis en quartiers d’habitations
pouvant accueillir plusieurs milliers de résidents.
Les évolutions proposées s’orientent vers une implication plus équilibrée des services
d’incendie et de secours concernant l’inspection des bâtiments. Le critère essentiel de
compétence devient le champ technique de la sécurité incendie et non plus l’usage des
bâtiments. Dans le cadre de la loi ESSOC12, la réécriture des règles de construction et la
recodification du livre 1er du CCH13 avec un titre IV regroupant les dispositions relatives à la
sécurité des personnes contre les risques d'incendie de tous les bâtiments amorce clairement
un changement d’approche.
Actuellement, les SIS ne sont pas obligatoirement consultés sur la sécurité incendie des
bâtiments à usage professionnel ou d’habitation, alors que le constat fait état d’une
12
Source : loi n°2018-727 du 10 août 2018 pour un état au service d’une société de confiance (dite « ESSOC »)
13
Source : ordonnance n° 2020-71 du 29 janvier 2020. Voir annexe n° 2.
12
sinistralité des habitations bien plus importante qu’en ERP : 10 fois plus de feux qu’en
ERP et 18 fois plus de victimes en 2019, coût des incendies 22 fois plus élevé qu’en ERP14
dans les années 2000.
Les SIS seraient affranchis du carcan des commissions de sécurité qui ne traitent que
des ERP/IGH et qui excluent, pour la moitié d’entre elles, le traitement des ERP de 5ème
catégorie sans locaux à sommeil notamment pour des raisons de charge de travail au vu
des effectifs présents.
Certains bâtiments, petits ERP ou habitations collectives de 2ème famille présentent moins
de contraintes en matière de sécurité incendie. Mis à part leur recensement, l’analyse de
la sécurité incendie de ces projets n’apporte pas de réelle plus-value aux services de
secours, aux maires ainsi qu’aux pétitionnaires. Il conviendrait donc de prévoir des
modèles de réponse simplifiée. Des formulaires informatiques comportant des champs
vierges pourraient être développés pour traiter rapidement et efficacement ces dossiers
bientôt dématérialisés.
Sur sollicitation du directeur régional du travail, la CCDSA est compétente pour rendre
des avis simples concernant les dérogations aux règles de prévention d'incendie et
d'évacuation des lieux de travail. Le préfet peut, quant à lui, accorder des dérogations
relatives aux bâtiments d’habitations. Les sapeurs-pompiers, chevilles ouvrières
exclusives de la lutte contre les incendies, sont légitimes pour apprécier de manière
réglementaire et empirique la pertinence des solutions exceptionnelles de sécurité
incendie susceptibles d’avoir un impact significatif sur la réussite de leurs missions (à
l’instar du système canadien).
Proposition n° 3 : Rendre obligatoire la consultation des SIS pour les dérogations et les futures
solutions d’effet équivalent relatives au champ technique de la sécurité incendie pour tous les
bâtiments.
Par ailleurs, c’est à l’occasion de la consultation des dossiers que l’inspection proposerait
à l’autorité de police compétente la nécessité ou pas de réaliser une visite de contrôle
avant exploitation. Dès la délivrance de l’autorisation de construire ou d’aménager, le
pétitionnaire serait alors informé et engagé à solliciter le contrôle de son bâtiment par
l’inspection. Des critères concernant la nécessité d’une visite de réception avant
ouverture devraient être cadrés au niveau national pour éviter les inégalités de
traitement d’un SIS à l’autre.
14
Source : statistiques DGSCGC 2020 Ministère de l’intérieur pour les feux et victimes (voir annexe n° 3) et Fédération
Française des Sociétés d’Assurance 2004 pour le coût des incendies.
13
2.2.2 Mission de contrôle des nouvelles constructions
Dans le cadre du contrôle du respect des règles de construction (CRC) prévu à l’article
L.151-1 du CCH, des agents sont autorisés à visiter les constructions des bâtiments à
usage d’habitation. La loi ELAN a modifié ce contrôle qui peut désormais s’exercer jusqu’à
6 ans après l’achèvement des travaux15. Il s’agit d’un contrôle régalien réalisé de fait au
nom de l’État (ou des autorités compétentes en urbanisme) par des agents
commissionnés et assermentés à cet effet (mission de police judiciaire). Ce contrôle est
piloté et organisé par des services déconcentrés de l’État (DREAL et DDTM) et du
CEREMA. Ils réalisent des expertises de bâtiment neuf (analyse de dossiers, relevés et
mesures sur site, rédaction d’un rapport). Chaque année, près de 600 opérations de
constructions neuves, représentant environ 6 à 10 % de l’ensemble des logements
construits (collectifs ou individuels) sont contrôlées16. L’inspection de la sécurité incendie
serait légitime à participer au dispositif CRC actuel et assumerait le contrôle portant sur
le champ technique de la sécurité incendie des bâtiments.
En parallèle de ces contrôles CRC réalisés par sondage, l’inspection contrôlera également
les bâtiments pour lesquels une réception avant exploitation (nouvelle construction ou
travaux) sera validée par l’autorité de police (sur proposition de l’inspection). Des critères
prioritaires devront être définis au niveau national.
14
Cette méthode permettrait une transition progressive du mode du contrôle. L’étau des
contrôles se desserrerait en fonction de la bonne santé d’indicateurs relatifs à la sécurité
incendie. Ces contrôles continueraient à faire l’objet d’un rapport avec une proposition
d’avis à la mise en exploitation, destiné à l’autorité de police compétente, quelle que soit
la destination du bâtiment.
Proposition n° 6 : Contrôler les nouveaux bâtiments ou les travaux caractérisés par des enjeux
spécifiques de sécurité incendie définis au niveau national.
Ce nouveau dispositif pourrait être mis en œuvre sur la base d’un plan pluriannuel
d’inspection défini par le Ministère de l’intérieur et décliné au niveau départemental. Il
viendrait compléter le dispositif de contrôle des nouvelles constructions.
La déclinaison du plan pluriannuel serait un outil de pilotage lié aux capacités du SIS.
Ses objectifs pourraient être définis en fonction de critères suivants :
- les statistiques incendie,
- l’appréciation politique de l’acceptabilité sociétale du risque17,
- le niveau de fréquentation/occupation des bâtiments,
- la typologie d’activité des bâtiments (locaux à sommeil notamment),
- le retour d’expérience incendie local et national,
- le signalement de manquements ou la dénonciation,
- la demande expresse et motivée de l’autorité de police,
- l’existence de mesures spéciales (mesures compensatoires de dérogations et/ou
SEE).
Proposition n° 7 : Mettre en place une nouvelle politique d’inspection des bâtiments fondée
sur un plan pluriannuel validé par le Ministère de l’intérieur et décliné dans les départements.
Dans le domaine des ERP et IGH, les visites périodiques prévues à l’article GE4 de l’arrêté
du 25 juin 1980 modifié et l’article GH4 de l’arrêté du 30 décembre 2011 permettent
principalement de s'apercevoir de travaux qui n'auraient pas été déclarés et de suivre
l’implication des exploitants dans l’entretien de leur établissement. Si ces opérations sont
réalisées correctement, la visite périodique ne doit pas mettre à jour de non-conformités
significatives. Par ailleurs, de nombreux établissements disposent d’agents chargés de
veiller au quotidien au respect de la sécurité (employés désignés, voire agents SSIAP).
Par contre, les sapeurs-pompiers ne visitent pas les bâtiments à usage d’habitation et à
usage professionnel.
17
Voir mémoire PRV3 "Approche de l’évaluation de la performance et de la valorisation des mesures de prévention incendie"
15
Proposition n° 8 : Sortir de la règle de la périodicité des contrôles pour les ERP et IGH, hormis
pour les locaux à sommeil à inspecter de manière périodique selon le plan pluriannuel.
Parmi les enjeux figurent pêle-mêle le lien avec l’autorité de police, le lien à maintenir avec
l’activité opérationnelle, le besoin d’être en mesure de répondre seul à toutes les questions, le
sentiment de transformation du métier de préventionniste en « gendarme » de la sécurité
incendie, la crainte du changement de perception par la population, etc.
18
Voir annexe n° 5 : questionnaire transmis par le BPRI aux SIS et SIACEDPC en mars 2020
16
Aussi, les propos suivants visent à détailler ce que seraient les conditions idéales d’exercice,
en nous inspirant, entre autres, des bonnes pratiques émergeantes ou déjà répandues en
France et ailleurs.
Comme vu en 1.2.2., nous faisons un lien entre l’expression excessive des avis
défavorables, dévoyés de leur but initial, et l’absence de mesures coercitives. Les
sanctions financières sont extrêmement rares au regard du nombre de visites (près de
63.000 en 201919), alors qu’au sein des commissions de sécurité, les forces de l’ordre et
les maires ont toujours été en capacité de dresser des procès-verbaux d’infraction20.
19
Source : statistiques DGSCGC 2020, voir annexe n° 3.
20
Articles R.152-6 et R.123-43 du Code de la construction et de l’habitation
21
Article 430 du Code de procédure pénale : "Sauf dans le cas où la loi en dispose autrement, les procès-verbaux et les rapports
constatant les délits ne valent qu'à titre de simples renseignements. "
Article 431 du Code de procédure pénale : "Dans les cas où les officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire ou les
fonctionnaires et agents chargés de certaines fonctions de police judiciaire ont reçu d'une disposition spéciale de la loi le pouvoir
de constater des délits par des procès-verbaux ou des rapports, la preuve contraire ne peut être rapportée que par écrit ou par
témoins. "
17
Il ne faut pas négliger le choc culturel que représente l’assermentation pour le sapeur-
pompier français dont l’aspiration la plus profonde est de porter secours et non de
verbaliser.
A titre d’anecdote, il était prévu la possibilité pour les sapeurs-pompiers d’être
commissionnés par le préfet et assermentés pour constater les infractions au titre de la
protection des forêts (article L.323-1 de l’ancien code forestier), mais cette casquette de
« gendarme » n’a jamais trouvé écho auprès des soldats du feu. La disposition a
d’ailleurs été supprimée au moment de la recodification du code forestier en 2012.
Il convient néanmoins de ne pas imaginer les inspecteurs SIB assermentés, "dresser des
constats d’infraction à chaque visite, à l’attention d’un parquet qui poursuivrait
systématiquement". En effet, mis à part quelques corps d’inspection spécifiques (comme
les inspecteurs de l’environnement dont une part importante de leur activité est de
dresser des PV de constat d’infraction à l’attention du parquet), il n’y a pas de raison que
l’esprit de l’inspection diffère demain de celui des contrôles d’aujourd’hui où la pédagogie
prend largement le pas sur le volet coercitif (à l’instar des inspecteurs des ICPE et des
inspecteurs du travail d’ailleurs). Le signalement des infractions accompagnerait
l’inspection, sans minimiser notre action actuelle de conseil et d’accompagnement,
donnant peut-être en ce sens une épaisseur supplémentaire à l’inspecteur SIB.
Le niveau ministériel semble plus adéquat. Pour les fonctionnaires d’Etat, placés sous la
tutelle du préfet et assermentés (certains agents de la DDT(M), de la DREAL ou encore
de la DDPP), c’est le ministère détenteur de la police spéciale qui les commissionne et
22
Source : INSEE 2020
18
non le représentant de l’Etat dans le département. En conséquence et, a fortiori, si le
portage du champ technique de la sécurité incendie était assuré par le ministère de
l’intérieur, cela créerait les conditions optimales pour le commissionnement des sapeurs-
pompiers chargés de la mission d’inspection.
Cette analyse de risques est déjà employée à l’initiative de certains SIS et on peut se
féliciter de l’existence de différentes méthodes d’analyse de risques développées et
promues par l’ENSOSP, mais pas encore enseignées : la MARIP du SDIS 47 depuis plus
de 10 ans23, la méthode systémique développée avec Efectis24 ou encore la méthode
d’analyse de risque développée par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris.
23
Voir bibliographie mémoire PRV3-2009 "Analyse de risques dans le domaine de la prévention "
24
Voir bibliographie mémoire PRV3-2015 "L’analyse des risques appliquée à la prévention incendie en ERP "
19
3.2.2 L’approche qualité comme moteur d’évolution des organigrammes
Selon les organigrammes des SIS, les fonctions prévention, prévision et opération
peuvent travailler en silos, échangeant peu ou prou leurs informations. Ceci est tellement
vrai que certains groupements prévention sont isolés, au point d’être ressentis comme
un service de la préfecture, alors même qu’ils concourent de manière essentielle à l’une
des missions phares des SIS, tel qu’édictée par l’article L.1424-2 du CGCT : « la
prévention et l’évaluation des risques ».
En tout état de cause, il n’est pas juridiquement acceptable que le même établissement
public ait connaissance de dysfonctionnements par certains de ses agents (inspecteurs
SIB ou opérationnels), mais ne les prenne pas en compte dans son action globale, faute
de communication interne (traitement opérationnel non adapté des établissements sous
avis défavorable, absence de prise en compte opérationnelle de problématiques de DECI
impactant les moyens de secours des bâtiments, manquements à la sécurité constatés
en intervention mais non communiqués aux inspecteurs SIB, etc.).
Plusieurs SIS ont déjà développé cette approche autour du CGCT en fusionnant les
historiques services prévention et prévision dans des "groupements prévention et
évaluation des risques25".
Au-delà des mesures simples pour lutter contre les pertes d’informations (par exemple :
concordance des bases de données sur un progiciel commun à la prévention et la
prévision, partage des adresses avec le SIG, notice de sécurité commune sur les grands
rassemblements) et pour donner du sens concret au travail des agents, le même service
assure le processus de prévention et d’évaluation du risque d’un dossier depuis les
premières réunions de conseil en amont, à l’étude du permis de construire et l’ouverture
du bâtiment, jusqu’à la réalisation du plan d’établissement répertorié et sa validation par
un exercice avec des acteurs de terrain formés aux risques locaux en direct.
25
Références organigrammes des SDIS 29, SDIS 45, SDIS 56 à titre d’exemple
20
3.2.3 Une inspection de la sécurité incendie, au plus près du théâtre des opérations
On peut citer de manière non exhaustive les points suivants : typologie du bâtiment
(R+x-y), activité et effectif nominal, présence d’espaces d’attente sécurisée, énergies
présentes et localisation des coupures d’urgence, isolement du bâtiment et risques de
propagation, locaux à risques, DECI existante et moyens de secours sur place (colonne
sèche, en charge…), présence de désenfumage et localisation du tirer-lâcher, type de
distribution intérieure, moyens minimums à engager selon typologie d’intervention.
Proposition n° 13 : Impliquer les acteurs de terrain des CIS pour intégrer des fiches d’identité
des bâtiments à la base d’alerte.
De plus, le recours aux inspecteurs SIB sur opérations de secours permettrait de boucler
la roue de Deming de ce processus, par un Contrôle en fonctionnement allant jusque
sur intervention, et par un Ajustement des manquements constatés, par signalement au
maire et au parquet. Ce recours généralisé à une « astreinte inspection-RCCI »
permettrait au-delà du contrôle en fonctionnement du bâtiment, de préserver les intérêts
du service par une investigation de Recherche des Causes et Circonstances d’Incendie26,
le cas échéant.
Ces différentes propositions vont dans le sens d’une inspection de la sécurité incendie
laissée au sein des SIS. Le colonel HC MAGNONE nous a fait part de la possibilité
technique d’un corps d’inspection dont les membres seraient versés à la Fonction
Publique d’Etat pour faciliter sa mise en œuvre. Si nous comprenons cette vision, nous
estimons toutefois que la marche est socialement trop haute à franchir. Les mises à
disposition, même sur une longue période, laissent souvent nos collègues inquiets quant
26
Le cadre de la RCCI est précisé dans la circulaire ministérielle n° NOR IOCE1108242C du 23/03/2011.
21
à leurs conditions de retour dans leur SIS d’origine. Notre crainte est importante que les
vocations se fassent rares dans un tel avenir.
De plus, nous estimons que la plus-value du sapeur-pompier inspecteur SIB réside dans
sa connaissance du système feu et des techniques d’intervention qui évoluent sans
cesse. Le couper de l’aspect opérationnel - même s’il peut y être remédié en partie avec
une mise à disposition purement administrative et le maintien de ses activités
opérationnelles - nous couperait de l’indispensable dimension opérationnelle, qui tient
aussi à la connaissance des Hommes et des évolutions de matériels.
Proposition n° 15 : Maintenir les inspecteurs de la sécurité incendie dans les bâtiments dans
les SIS, hors corps d’inspection étatique, pour donner sens à la mission de préparation
opérationnelle.
3.3 Les capacités à assurer l’inspection de sécurité incendie dans les bâtiments
L’actuelle formation PRV2 met beaucoup l’accent sur l’analyse réglementaire. Pour autant, le
jeune préventionniste est souvent perdu dans l’organisation « juridique » de l’emploi de la
prévention (différentes commissions, délais en vigueur, différence rapport/PV etc.).
L’articulation des règles est méconnue et le tutorat des plus anciens est indispensable pour
l’accompagner en l’état. De la même manière, les règles entourant les demandes d’urbanisme
sont très peu connues en sortie de cursus et sont le fait d’une formation a posteriori basée sur
l’expérience (à titre d’exemple : contrairement à la croyance générale, l’avis de la commission
sur un PC n’est pas un avis conforme liant l’autorité, seul l’avis conforme d’une demande de
dérogation au règlement de sécurité lie l’autorité28).
Le développement de l’Inspection SIB nécessiterait donc d’accroître les capacités des futurs
inspecteurs mais également de leurs collègues en CIS.
3.3.1 L’implication des CIS, condition sine qua non de l’inspection SIB
22
Les formation PAO et PTI seraient ainsi les 2 prémices pour sensibiliser les acteurs
opérationnels qui assureraient les remontées d’informations à l’inspection SIB ; et
faciliter les investigations RCCI.
Comme vu en 2.3.1, l’inspecteur SIB aurait besoin d’une méthode crédible et légitime
pour agrémenter son analyse réglementaire d’une analyse de risque en vue de qualifier
son rapport sur un bâtiment dangereux pour le public.
Un complément sur les règles d’urbanisme et sur l’assermentation viendrait parfaire son
cursus. Il aurait besoin également d’un complément en connaissances architecturales et
structurales des bâtiments, au vu de l’évolution technique permanente. Les très vieux
bâtiments existent toujours et les nouveaux bâtiments ne sont plus limités par les
impossibilités techniques.
Enfin, une formation plus complète sur la connaissance du système feu (dynamique,
aéraulique, comportement des fumées) permettrait d’adapter les analyses de risques
aux évolutions constructives. Comme aux USA, une réactualisation de nos connaissances
sur les évolutions des bâtiments et leurs matériaux de construction viendrait parfaire nos
actuelles FMA. Dans cet esprit, les formations existantes de Moniteur aux Techniques
d’Engagement et d’Attaque et de Recherche de Causes et Circonstances d’Incendie nous
semblent être le meilleur gage d’évolution des connaissances des inspecteurs SIB.
30
L’ordonnance ESSOC2 2020-71 du 29 janvier 2020 de la loi ESSOC relative à la réécriture des règles de construction permet
dans ses articles L112-4 à 112-8 la mise en place de solutions d’effet équivalent.
23
3.3.3 Le tutorat et la stabilité des parcours pour atteindre la compétence
Aussi, partants de ce constat, nous avons le sentiment qu’il faudrait instituer ce tutorat
que nos aînés ont adopté de longue date et qui se pratique dans d’autres professions
(compagnons, industrie automobile…). Ce tutorat et cet apprentissage du métier
passeraient par plusieurs mesures stratégiques d’établissement et notamment sa prise
en compte dans le volume de travail des séniors (cet investissement pour l’avenir est
une activité chronophage en plus). Aussi, à l’instar des ICPE31, "une chaîne d’inspection"
viserait à valider les rapports par plusieurs inspecteurs.
Dans cet esprit, l’organisation d’un "groupement prévention et évaluation des risques"
basée sur une sectorisation géographique, devrait intégrer un binôme junior-sénior par
secteur avec un partage des dossiers selon leur difficulté.
Dans cette même logique, certains SIS font le choix de mettre des managers non
pratiquants à la tête des groupements prévention. Si la logique de la mobilité
fonctionnelle est souvent enrichissante pour les cadres comme pour les SIS, certains
métiers nécessitent plus de temps pour acquérir la maîtrise de leur technicité. Le temps
d’acculturation du chef est, au mieux, équivalent à celui de ses préventionnistes.
Aussi, l’inspection SIB devrait sortir de cette logique d’établissement, avec une décision
de direction instituant des parcours qualifiants intégrant cette progression.
31
Voir annexe n° 7 « Exemple de rapport d’inspection ICPE »
24
4 IMPACTS REGLEMENTAIRES : VERS LA CREATION D’UN CODE DE LA
SECURITE INCENDIE DANS LES BATIMENTS
La création d’un code de la sécurité incendie dans les bâtiments correspond à une
normalisation simplificatrice de diverses réglementations. S’il induit une évolution de la police
spéciale des ERP et IGH vers une police spéciale des bâtiments, il n’a pas vocation à remettre
en cause le pouvoir discrétionnaire du maire sur les avis que donneraient les inspecteurs de la
sécurité incendie dans les bâtiments.
L’article 1240 du Code civil pose le principe de la responsabilité civile : « Tout fait
quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel
il est arrivé, à le réparer ». Le service d’incendie et de secours ne pourrait être civilement
responsable que des dommages qui résultent de l’exercice d’attributions de police.
L’organisation de la police administrative telle qu’elle existe aujourd’hui n’est pas remise
en question dans le cadre de ce changement de modèle. L’inspection SIB s’appuierait
sur une autorité détentrice d’un pouvoir de police spéciale : les maires et le Préfet. Les
rapports des inspecteurs resteraient des actes préparatoires à l’exercice de cette police.
Ce sont bien les arrêtés du maire (ou Préfet) qui pourraient porter grief. En conséquence,
sur le plan civil, les services d’incendie ne seraient pas plus exposés qu’aujourd’hui.
D’autre part, l’exercice d’un pouvoir de police judiciaire par les inspecteurs assermentés
n’aggraverait en aucun cas la responsabilité juridique des SIS, étant donné que la
recherche et le constat de faits susceptibles de constituer des infractions seraient réalisés
pour le compte et sous l'autorité du Procureur de la République.
La modification du CGCT :
Les dispositions relatives aux services d’incendie et de secours sont mentionnées aux
articles L.1424-1 à L.1424-49 du CGCT. La mission d’inspection s’inscrit parfaitement
dans le cadre de l’article L.1424-2 : « Les services d’incendie et de secours sont chargés
de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies ». La compétence
incendie est d’ailleurs la seule à ne pas être partagée avec d’autres services et
professionnels. Il serait nécessaire de réactualiser l’article L.1424-3 afin de redéfinir les
missions de prévention incendie qui incomberaient aux SIS ainsi que les modalités
d’évaluation des moyens à lui attribuer par chaque conseil d’administration.
25
4.1.3 CCH et code du travail : vers une codification unique de la sécurité incendie
La sécurité civile est un droit fondamental qui relève d’une compétence régalienne
incombant au ministère de l’Intérieur. La sécurité contre les risques d’incendie s’est
construite sur la base de l’expérience des feux par les sapeurs-pompiers. Au sein de ce
ministère, ce sont eux qui ont élaboré et rédigé les projets de textes ERP et IGH soumis
à l’approbation du législateur. Une codification de l’ensemble des dispositions relatives à
la sécurité incendie des bâtiments apporterait une base juridique stable et favoriserait
l’organisation d’une mission d’inspection. Ce code de la sécurité incendie des bâtiments
chargerait, lui-même, l'inspection de la sécurité incendie de veiller à l'application de ses
dispositions. Au vu de l’impact possible sur la liberté de commerce et de l'industrie et/ou
du droit de propriété, la mise en œuvre de ce nouveau code ne pourrait pas se faire sans
une accroche législative conformément avec l’article 34 de la Constitution du 4 octobre
1958, et l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Ministère chargé du
Prescripteur Ministère du travail Ministère de l'intérieur
logement
Code de la Code de la
Code du travail construction et de construction et de Code de la construction
Textes
R. 4216-1 et suivants l'habitation l'habitation et de l'habitation
réglementaires
R. 4227-1 et suivants Arrêté du Arrêté du Arrêté du 31/01/1986
30/12/2011 25/06/1980
32
Voir bibliographie : rapport INRS 2018 "Aide-mémoire juridique Prévention des incendies sur les lieux de travail"
26
C'est pourquoi à l'occasion de la préparation des nouvelles normes réglementaires
traduisant les choix du Gouvernement, nous devons veiller à maîtriser leur impact et
réduire les normes existantes. »33
Dans cette partie, nous proposons des écritures d’articles susceptibles d’intégrer le Code de la
sécurité incendie des bâtiments. Ce code comporterait 2 livres.
Le premier recenserait les dispositions relatives à la sécurité incendie dans les bâtiments. Le
premier titre reprendrait les dispositions communes, les titres suivants aborderaient les
dispositions spécifiques selon les différents usages.
33
Circulaire du premier ministre du 26 juillet 2017 relative à la maîtrise du flux des textes réglementaires et de leur impact
27
LIVRE II - Titre Ier – Répartition des compétences
Organisation générale de l’inspection
28
LIVRE II -Titre II : Compétences des agents
Domaine de compétence de l’inspection
L’inspection de la sécurité incendie exerce sa mission dans les domaines suivants et dans les
conditions où sa consultation est imposée par les lois et règlements en vigueur, à savoir:
1° La sécurité des personnes contre les risques d'incendie dans les établissements recevant
du public ; les immeubles de moyenne hauteur, les immeubles de grande hauteur, les
bâtiments à usage d’habitation collectifs ainsi que les bâtiments à usage professionnel
conformément aux dispositions en vigueurs.
2° Les solutions d’effet équivalent relatives au champ technique de la sécurité incendie.
3° Les demandes de dérogation relatives au champ technique de la sécurité incendie.
Au sein des services d’incendie et de secours, l’inspection de la sécurité incendie dans les
bâtiments est le service chargé de l'étude, de l’inspection et de l'information du représentant
de l'Etat dans le département et du maire. Il assiste ces derniers dans l'application des mesures
de police et de surveillance qu'ils sont appelés à prendre en vue d'assurer la sécurité des
personnes contre les risques d'incendie dans les bâtiments soumis au présent code.
Elle est chargée notamment :
1° D'examiner les projets de construction, d'extension, d'aménagement et de transformation
des bâtiments, dès lors que les travaux ont une incidence sur le niveau de sécurité contre
l'incendie ;
2° De procéder à des visites avant exploitation desdits bâtiments notamment lorsque les
dispositions du plan pluriannuel le prévoient et de donner son avis sur la délivrance de
l'autorisation d'ouverture des établissements ;
3° De procéder à des inspections (annoncées ou inopinées) sur l'observation des dispositions
réglementaires conformément au plan d’action défini dans le cadre du programme pluriannuel
d’inspection de la sécurité incendie des bâtiments.
L’inspecteur de la sécurité incendie des bâtiments n'a pas compétence en matière de solidité.
Il ne peut rendre un avis que lorsque les contrôles techniques obligatoires selon les lois et
règlements en vigueur ont été effectués et que les conclusions de ceux-ci lui ont été
communiquées.
29
LIVRE II - Titre III : Prérogatives et moyens d’intervention
Droit d’entrée dans les bâtiments
Les inspecteurs de la sécurité incendie des bâtiments ont accès aux bâtiments soumis au
présent code, à l'exclusion des domiciles. Ils peuvent pénétrer dans ces lieux entre 6 heures
et 21 heures et, en dehors de ces heures, lorsqu'ils sont ouverts au public ou aux travailleurs.
Ils ne peuvent avoir accès aux domiciles qu'en présence de l'occupant et avec son assentiment.
Les inspecteurs de la sécurité incendie des bâtiments peuvent se faire communiquer et prendre
copie des documents qui sont relatifs à l'objet du contrôle, quel que soit leur support et en
quelques mains qu'ils se trouvent, et qui sont nécessaires à l'accomplissement de leur mission.
Ils ne peuvent emporter les documents originaux qu'après en avoir établi la liste qui est
contresignée par leur détenteur. Les documents originaux sont restitués dans le délai d'un
mois après le contrôle. Lorsque les documents sont sous une forme dématérialisée, les
fonctionnaires et agents ont accès aux logiciels et à ces données. Ils peuvent demander la
transcription de ces données par tout traitement approprié dans des documents directement
utilisables pour les besoins du contrôle.
Outre les officiers et les agents de police judiciaire, les agents publics spécialement habilités
par le présent code, sont habilités à rechercher et à constater les infractions aux dispositions
du présent code et des textes pris pour son application. Ces agents reçoivent l'appellation
d'inspecteurs de la sécurité incendie des bâtiments.
Pour exercer les missions prévues, les inspecteurs de la sécurité incendie des bâtiments
reçoivent des attributions relatives à la sécurité incendie qui leur donnent compétence pour
rechercher et constater les infractions prévues par le présent code et les textes pris pour leur
application.
Les inspecteurs de la sécurité incendie des bâtiments sont commissionnés par le ministère de
l’intérieur et assermentés pour rechercher et constater tout ou partie des infractions
mentionnées au présent code.
30
CONCLUSION
L’exercice de style imposé par le sujet de ce mémoire aura été difficile. L’obligation de proposer
un nouveau modèle nous aura obligés à dépasser la vision pragmatique qui caractérise notre
corporation. Les contacts avec les personnes ressources nous auront, d’un côté, éclairés sur
les possibilités et sur les bonnes pratiques déjà existantes. D’un autre côté, l’identification de
toutes les pierres d’achoppement nous aura amenés à imaginer un crantage des propositions,
contraire à l’innovation.
Nous percevons toutefois des limites. La première est liée à l’environnement réglementaire,
qui doit évoluer au gré du temps nécessaire à l’évolution des différents codes, aux réécritures
des décrets et circulaires, à l’évolution vers le pouvoir de police spéciale de la sécurité incendie
dans les bâtiments du maire et du préfet, et au retour du portage historique par le Ministère
de l’Intérieur. Il faudra se donner le temps de l’appropriation et le temps de l’acculturation
pour être en mesure d’agir seuls comme inspecteurs, au service d’une synergie globale du
service d’incendie.
Une autre limite, culturelle, concerne la possible résistance au changement de la profession
face à un exercice dont la finalité reste identique, mais qui abandonne la collégialité.
Enfin, ce modèle mériterait maintenant d’être confronté à une étude d’impact qui, sur la base
de propositions d’indicateurs, permettrait de piloter l’adéquation du niveau du plan pluriannuel
avec le dimensionnement du nombre d’inspecteurs requis.
Les mesures préventives ne coûtent pas cher, mais elles font économiser beaucoup. D’après
le colonel HC MAGNONE, qui a participé à la rédaction du décret de 1995, “l’incendie est un
phénomène rare mais qui a des conséquences considérables et dramatiques sur les plans
humains, économiques et médiatiques. C’est un sujet de société qui doit faire l’objet d’un choix
politique sur le niveau de sécurité accordé aux citoyens.”
L’évolution de notre système de sécurité incendie pourrait aller plus loin. La logique de la
portée prescriptive française est performante et la réglementation est connue de ses
utilisateurs sur la très majeure partie des projets. Pour autant, au vu des exigences et des
contraintes du monde économique, la possibilité pourrait être laissée au maître d’ouvrage de
choisir, dès la conception de son projet, une approche prescriptive ou une approche par
objectifs. Non seulement, cette alternative ne lèserait personne entre les petits et les gros
projets, mais en plus elle impliquerait d’avantage le chef d’établissement dans ses choix et la
conscience de sa responsabilité.
31
TABLE DES PROPOSITIONS
Avertissement : l’ordre dans lequel sont récapitulées ci-dessous les propositions du mémoire
ne correspond pas à une hiérarchisation de leur importance mais simplement à leur ordre
d’apparition au fil des constats et analyses du mémoire.
Proposition n° 3 : Rendre obligatoire la consultation des SIS pour les dérogations et les futures
solutions d’effet équivalent relatives au champ technique de la sécurité incendie pour tous les
bâtiments.
Proposition n° 6 : Contrôler les nouveaux bâtiments ou les travaux caractérisés par des enjeux
spécifiques de sécurité incendie définis au niveau national.
Proposition n° 7 : Mettre en place une nouvelle politique d’inspection des bâtiments fondée
sur un plan pluriannuel validé par le Ministère de l’intérieur et décliné dans les départements.
Proposition n° 8 : Sortir de la règle de la périodicité des contrôles pour les ERP et IGH, hormis
pour les locaux à sommeil à inspecter de manière périodique selon le plan pluriannuel.
Proposition n° 13 : Impliquer les acteurs de terrain des CIS pour intégrer des fiches d’identité
des bâtiments à la base d’alerte.
32
Proposition n° 14 : Engager sur intervention des actions d’inspection de la sécurité incendie
et des investigations de recherche des causes et circonstances d’incendie, sécurisées par des
conventions tripartites SIS-Préfet-Procureur de la République.
Proposition n° 15 : Maintenir les inspecteurs de la sécurité incendie dans les bâtiments dans
les SIS, hors corps d’inspection étatique, pour donner sens à la mission de préparation
opérationnelle.
33
GLOSSAIRE
ANDSIS : association nationale des directeurs et directeurs adjoints des services d’incendie et
de secours
CT : Contrôle technique
CU : Certificat d’urbanisme
CU : Code de l’urbanisme
34
ESSOC : Etat au service d’une société de confiance
GPEECC : Gestion prévisionnelle des effectifs, des emplois, des capacités et des compétences
PRS : Prévision
PRV : Prévention
PV : Procès-verbal
RI : Règlement intérieur
RO : Règlement opérationnel
35
SSI : Système de sécurité incendie
36
TABLE DES RESSOURCES
Personnes ressources :
M. Luc BALLENGHIEN, Inspecteur ICPE, Unité départementale Nord (Littoral) DREAL HAUTS-
DE-FRANCE,
Mme Justine BOSSUT, Unité de contrôle et contentieux pénal de l’urbanisme, Ville de LILLE,
M. Philippe GERMES, Chef du Groupement des affaires juridiques et instances du SDIS 59,
M. Julien GILBERT, Inspecteur du travail, Unité de contrôle de Lille Ville, DIRECCTE HAUTS-
DE-FRANCE,
Ressources documentaires :
" Code National de Prévention des Incendies – Canada 2010”, Commission canadienne des
codes du bâtiment et de prévention des incendies avec le Conseil national de recherches du
Canada, 2010, https://publications-cnrc.canada.ca/fra/voir/td/?id=9b7c5020-8edc-4901-
ade3-0b4f8e2c495c&dp=3&dsl=fr
“ Rapport sur la prévention du risque incendie dans les établissements recevant du public et
les immeubles de grande hauteur”, rapport d’évaluation IGA – IGAS, juin 2014,
https://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/2012-172R.pdf
37
" Droit appliqué aux services d’incendie et de secours", Marc GENOVESE, France Sélection
Mémoires et thèse :
“Le droit relative à la prévention des risques d’incendie et de panique dans les établissements
recevant du public en France”
Thèse de doctorat d’Anne-Claire FELICIANGELI, Université Côte d’Azur, 2017,
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01737509/file/2017AZUR0028.pdf
Documents :
" Aide-mémoire juridique Prévention des incendies sur les lieux de travail ", INRS 2018
http://www.inrs.fr/media.html?refINRS=TJ%2020
" Bilan des campagnes de contrôle des règles de la construction dans le Nord-Pas-de-Calais
entre 2012 et 2014" , DREAL HAUTS-DE-FRANCE, https://www.hauts-de-
france.developpement-durable.gouv.fr/?Controle-du-respect-des-regles-de-la-construction-
15966
"La prise en compte du risque dans la décision publique -Pour une action publique plus
audacieuse", Conseil d'Etat, Étude adoptée par l’assemblée générale plénière le 26 avril 2018
https://www.conseil-etat.fr/ressources/etudes-publications/rapports-etudes/etudes/la-prise-
en-compte-du-risque-dans-la-decision-publique
" Le contrôle des installations classées : une relation négociée entre le « contrôleur » et le
« contrôlé » ? " Valérie SANSEVERINO-GODFRIN, HAL archives-ouvertes https://hal-mines-
paristech.archives-ouvertes.fr/hal-01243049
" Prévenir le risque d’incendie dans les habitations collectives ", SDIS 29, Guide pour la
population, https://www.calameo.com/read/0020603748e653e55dc0f
Articles :
Mission "Logements collectifs : pour une prévention ambitieuse", Magazine de la FNSPF n°1135
39
TABLE DES ANNEXES
Annexe 4 : Bilan des campagnes de contrôles entre 2012 et 2014 (DREAL Nord Pas-de-
Calais) ……………………………………………………………………………………………… p 47
Annexe 5 : Questionnaire transmis par le BPRI aux SIS et SIACEDPC en mars 2020……p 63
40
Annexe 1 : Question à l’Assemblée Nationale n° 4278 du 26/12/ Réponse publiée au JO le :
31/07/2018 page : 6921 http://www2.assemblee-nationale.fr/questions/detail/15/QE/4278
41
Annexe 2 : Recodification du livre Ier du CCH (Ordonnance n° 2020-71 du 29 janvier 2020)
construction
Section 1 - Organismes publics
Section 2 - Conseil supérieur de la construction et de l'efficacité énergétique
Chapitre II : Procédures administratives
Section 2 - Déclarations et autorisations (Articles L. 122-2 à L. 122-6)
L. 122-3 Les autorisations nécessaires à la construction, à la rénovation et à la démolition de bâtiments sont
mentionnées au chapitre Ier du titre II du livre IV du code de l'urbanisme.
Section 3 - Attestations
Chapitre V : Contrôle technique
Chapitre VI : Exploitation des bâtiments
Section 2 - Entretien des équipements
Section 6 - Pouvoirs de l'autorité administrative
42
Titre IV : Sécurité des personnes contre les risques d'incendie
Chapitre I : Objectifs généraux de sécurité contre les risques d'incendie (Articles
er
L. 141-1 à L. 141-4)
Chapitre II : Bâtiments d'habitation (Articles L. 142-1 à L. 142-4)
L.142-4 - Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités d'application du présent chapitre. Il précise notamment
les personnes auxquelles incombent les obligations d'installation et d'entretien du dispositif de détection de fumée,
les caractéristiques techniques de celui-ci et les conditions de son installation, de son entretien et de son
fonctionnement.
Chapitre III : Établissements recevant du public (Articles L. 143-1 à L. 143-3)
L. 143-1 - Les travaux qui conduisent à la création, à l'aménagement, ou à la modification d'un établissement
recevant du public sont soumis aux dispositions de l'article L. 122-3.
Chapitre IV : Bâtiments à usage professionnel (pas d’article L.)
Chapitre V : Immeubles de moyenne hauteur (Article L. 145-1)
Les travaux qui conduisent à la création, à l'aménagement, à la modification ou au changement de destination d'un
immeuble de moyenne hauteur ne peuvent être exécutés qu'après autorisation de l'autorité chargée de la police
de la sécurité, qui vérifie leur conformité aux règles prévues par l'article L. 141-2.
Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa
délivrance a fait l'objet d'un accord de l'autorité chargée de la police de la sécurité.
Lorsque ces travaux n'ont pas d'incidence sur le niveau de sécurité contre l'incendie de l'immeuble, l'autorisation
n'est pas exigée.
Chapitre VI : Immeubles de grande hauteur (Article L. 146-1)
Les travaux qui conduisent à la création, à l'aménagement, à la modification ou au changement de destination d'un
immeuble de grande hauteur ne peuvent être exécutés qu'après autorisation de l'autorité chargée de la police de
la sécurité, qui vérifie leur conformité aux règles prévues par l'article L. 141-2.
Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa
délivrance a fait l'objet d'un accord de l'autorité chargée de la police de la sécurité.
Lorsque ces travaux n'ont pas d'incidence sur le niveau de sécurité contre l'incendie de l'immeuble, l'autorisation
n'est pas exigée.
Titre VI : Accessibilité
43
Annexe 3 : Statistiques des services d’incendie et de secours (extraits) – Edition 2020 -
DGSCGC - Ministère de l’intérieur
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Annexe 4 : Bilan des campagnes de contrôles entre 2012 et 2014 (DREAL Nord Pas-de-Calais)
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Annexe 5 : Questionnaire transmis par le BPRI aux SIS et SIACEDPC en mars 2020
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Annexe 6 : Jurisprudence Cour administrative d'appel de Bordeaux, 1e chambre, du 18 mars
1999, 96BX01138 96BX01377, inédit au recueil Lebon
- de rejeter la demande ;
Vu le code de l'urbanisme ;
Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que la S.N.C. DOCKS DE FRANCE OUEST et
la COMMUNE de BORDEAUX ne sont pas fondées à soutenir que c'est à tort que par le
jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leur demande ;
Sur les conclusions tendant à l'allocation des sommes non comprises dans les dépens :
Considérant qu'aux termes de l'article L.8-1 du code des tribunaux administratifs et des
cours administratives d'appel : "Dans toutes les instances devant les tribunaux administratifs
et les cours administratives d'appel, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à
défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais
exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation
économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des
mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation." ;
68
Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions
précitées, de condamner la S.N.C. DOCKS DE FRANCE OUEST et la COMMUNE de
BORDEAUX à payer chacune 10 000 F à l'association Caudéran ;
Article 1er : Les requêtes de la S.N.C. DOCKS DE FRANCE OUEST et de la COMMUNE de
BORDEAUX sont rejetées.
Article 2 : La S.N.C. DOCKS DE FRANCE OUEST et la COMMUNE de BORDEAUX verseront
chacune une somme de 10 000 F à l'association Caudéran au titre de l'article L.8-1 du code
des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel.
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Annexe 7 : Exemple de rapport d’inspection ICPE de l’Unité Départementale des Côtes
d’Armor de la DREAL
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