LA RIZICULTURE DES HAUTES-TERRES
DE MADAGASCAR.
Les performances bridées d'un système
de production
PESNEAUD François
La riziculture des Hautes- Terresfournit le principal aliment de base
des ruraux et environ un tiers des volumes commercialisés en ville.
Elle remplit de plus en plus difficilement cette double fonction,
l'extension des surfaces de culture sèche ne compensant pas la
stagnation des rendements des rizières aquatiques. A partir de
l'enquête 1996 d'un observatoire Madio (500 ménages riziculteurs),
Economie
il est présenté ici quelques causes de cette involution, d'ordre de Madagascar
écologique, foncier et technique. L'étude porte sur deux sites de la N"2 .
région d'Antsirabe, l'un connaissant une forte pression Octobre 1997
démographique et des limitations dues au froid, l'autre illustrant les
situations, meilleures, des terres nouvelles du Moyen -Ouest. Les La riziculture des
rendements sont étroitement dépendants de conditions écologiques Hautes-Terres de
Madagascar
variées et particulièrement des possibilités limitées d'inondation ou
d'irrigation des rizières. Ils décroissent avec la superficie des
exploitations et celle des parcelles. Les rendements augmentent avec François PESNEAUD
la pratique du repiquage et, dans une moindre mesure, avec
l'épandage de fumure organique, mais pas avec la culture attelée. Ils 89
sont déprimés par l'utilisation de semences auto-produites et sont
dépendants du respect des calendriers culturaux. Les techniques
agronomiques restent élémentaires, quoique pas toujours pleinement
utilisées. Dans ces conditions, la marge d'amélioration du système
reste limitée. Les pouvoirs publics et les paysans sont-ils prêts à
promouvoir une révolution verte ou doivent-ils se tourner vers
d'autres cultures ou d'autres activités?
"François PESNEAUD est géographe à l'Université Louis-Pasteur
(Strasbourg), en accueil à l'ORSTOM.
Il travaille dans le cadre du projet MADIO
a riziculture est pratiquée dans l'ensemble de Madagascar, à l'exception
L d'une petite zone au sud-ouest du pays. Néanmoins, les Hautes Terres
centrales à elles seules fournissent une part importante de la production
nationale, du fait de leur poids démographique. Il est difficile de connaître les
quantités produites et celles qui sont commercialisées à partir de ces régions;
mais si l'on accepte qu'il y a une relation simple entre densité paysanne et
production de riz, c'est environ la moitié du riz malgache qui provient de ces
régions (recensement de 1992), soit trois fois plus que sur les deux grands
greniers à riz que sont les périmètres du Lac Alaotra et de Marovoay. En
comparaison de ces derniers, une plus faible proportion de grains est
commercialisée, par des exploitants excédentaires ou non, et à raison des
niveaux d'enclavement géographique. Cependant, ces campagnes contribuent
largement à approvisionner les villes, alors que les flux en provenance de la
zone forestière orientale et du Nord sont beaucoup plus minces. L'importance
de la riziculture, en terme de nombre de producteurs-consommateurs et en
terme de volumes commercialisés, donne à ces Hautes Terres une place
Economie
stratégique dans la question rizicole.
de Mada~ascar
N"2
Octobre 1997
PROBLEMATIQUE ET OBSERVATOIRES RURAUX
La riziculture des
Hautes·Terres de
Madagascar
Riziculture et involution rurale
François PESNEAUD
Or, plusieurs indicateurs montrent que ce système de production
90 rizicole est grippé et suit mal la forte croissance démographique des
populations rurales et celle de la demande citadine. Sur longue période, pour
tenir compte des fluctuations interannuelles, les valeurs commercialisées au
mieux n'augmentent pas et le recours aux importations est de plus en plus
insistant. Les tubercules prennent une place croissante dans l'alimentation des
citadins pauvres et des paysans; la consommation de riz par tête a diminué en
ville. Les liens entre villes et campagnes s'effilochent du fait de la dégradation
des conditions de transport au-delà des grands axes et des changements
successifs dans les modes de collecte et de commercialisation des produits
agricoles, le désengagement de l'Etat en étant le dernier avatar. Cette
stagnation rizicole est mal compensée par l'extension d'autres cultures et par la
diversification remarquée dans les activités rurales. li y a là un cas patent
d'involution.
Une analyse de la faiblesse des rendements
La présente étude n'a pas l'intention de décrire toutes les
manifestations de cette dernière, ni d'en rechercher toutes les causes. Elle s'en
tiendra à explorer les faits d'ordre écologique, foncier et technique qui limitent
l'augmentation de la production de riz. Dans ce cadre, elle ne tiendra pas
compte de deux facteurs importants: d'une part la gestion des différents types
d'exploitation agricole, et notamment l'allocation en travail et en intrants entre
les différents éléments d'un système largement polycultural et, d'autre part, le
rôle des circuits commerciaux et des prix dans les stratégies paysannes. Dans
cette première approche, la problématique est donc focalisée sur le seul riz et
sur la recherche de causes endogènes. Plutôt que de réagir à des hypothèses de
départ, la démarche a cherché à répondre à diverses questions que l'on peut
résumer comme suit. Quelle est la capacité des différents terroirs rizicoles dans
le système technique utilisé? Quelles sont les techniques d'intensification qui
sont mises en oeuvre et leurs résultats observés? Quelle est l'influence des
Economie
structures agraires? Au total, quels sont les facteurs qui lais.<;ent une marge de
de Mllda~ascar
potentiel? Enfin, peut-on éviter un bouleversement des techniques utilisées N°2
dans la recherche d'une crois.<;ance de la production? Octobre 1997
Le diagnostic se fera surtout à partir de l'analyse des rendements La riziculture des
(tonne de paddy par hectare) et non de celle des productions, car il existe une Hautes-Terres de
Madagascar
situation assez générale de limitation foncière, sinon territoriale. Sauf à rêver
d'une translation importante des populations vers l'ouest, l'intensification et la
pratique extensive de la riziculture pluviale sur place restent les seules voies François PESNEAUD
ouvertes à la promotion de la production de riz.
91
500 ménages sur un observatoire dédoublé
Les données proviennent de la campagne d'enquêtes menées au cours
de l'été 1996 par le projet Instat-Madio dans l'observatoire du Vakinankaratra.
Ce dernier est constitué de deux sites composés chacun d'un groupe de
hameaux où ont été conduites des enquêtes exhaustives annuelles depuis 1995
auprès des ménages, jusqu'à concurrence de 250 par site. Ce dernier est désigné
ici par le nom de la bourgade la plus proche. Celui de Soanindrariny est situé à
25 km à l'Est de la ville d'Antsirabe, en altitude élevée (1800 m), au coeur d'un
noyau de peuplement ancien et dense. Celui de Vinany, à une cinquantaine de
km à l'ouest d'Antsirabe, sur les vastes pédiplaines du Moyen-Ouest, est placé
dans une région de colonisation plus récente. Cette dualité de l'observatoire
permet donc d'étudier deux situations bien typées, caractéristiques des Hautes-
Terres. Cest pourquoi les résultats sont systématiquement présentés séparément
pour chaque site.
La représentativité des deux sites n'est pas discutée ici. La question se
pose-t-elle vraiment, alors que les Hautes-Terres présentent une variété de
conditions naturelles et de formes de peuplement ? Outre la division
méridienne, présente dans l'observatoire choisi, l'élongation en latitude, les
étagements a1titudinaux et les compartimentages morpho-topographiques
offrent des nuances infinies à la riziculture. La répartition des hommes
riziculteurs est principalement guidée par l'existence de bassins alluviaux et de
bas-fonds à la taille variée, mais aussi par l'histoire et par l'enracinement
paysan à la terre des ancêtres. Dans ces conditions, toute étude ponctuelle
pêche par singularité, mais cette dernière est limitée : à quelques nuances près,
les mêmes formes de riziculture se retrouvent partout sur les Hautes-Terres.
De même, l'échantillon de ménages pourrait s'écarter d'une situation
moyenne régionale, en ce qui concerne la répartition des terres, la structure et
Economie
l'économie des exploitations, les modes de faire-valoir, pour citer les
de Madagascar
N°2 principaux paramètres socio-économique. Il est difficile de lever cette
Octobre 1997 difficulté en l'absence d'une enquête générale. Mais la taille de l'échantillon et
la couverture exhaustive des hameaux doivent mettre la présente étude à l'abri
La riziculture des de situations s'écartant trop de la normale.
Hautes-Terres de
Madagascar
Les particularités des deux sites méritent donc d'être precIsees.
Soanindrariny se situant à haute altitude connaît les limites qu'impose le froid à
François PESNEAUD la riziculture: les calendriers culturaux sont resserrés et une deuxième récolte
de riz est strictement impossible. En revanche la culture de pomme de terre
92 peut se développer en contre-saison. Par ailleurs Soanindrariny appartient à
une petite région où des sociétés laitières et diverses ONG, notamment
l'IREDEC, fournissent aux paysans un encadrement technique et un débouché
régulier pour la production laitière. Les vergers de pommiers et d'autres arbres
fruitiers apportent également un revenu non négligeable. Vinany est également
dans l'aire d'action des associations d'Antsirabe, mais est moins touché par les
interventions de celles-ci. Les hameaux étudiés sont proches de la bonne route
qui relie Antsirabe à Miandrivazo, un puisant facteur incitant à commercialiser
des produits. Les deux sites ne souffrent donc pas d'enclavement. L'effet de ces
singularités locales sur la riziculture est difficile.à évaluer, sinon que la
riziculture peut être facilement concurrencée par d'autres cultures ou par
d'autres activités non agricoles.
Données et analyse
Le questionnaire proposé aux ménages en 1996 était lourd et touchait
à de multiples aspects de la condition paysanne. Le module sur le riz était
étoffé, fondé sur deux unités de saisie : la parcelle ou l'exploitation, selon les
questions. Les aspects techniques sont mieux compris à travers les données de
parcelles, les aspects socio-économiques à travers les autres.
Le travail procède d'une démarche analytique par croisement de
données et ne comporte pas d'exercice multivarié. Ce choix s'explique d'une
part par les limitations de l'auteur, d'autre part par'les difficultés d'interprétation
qu'aurait entraîné l'utilisation de techniques multivariées. En effet, toute étude
sur les déterminants des rendements suppose la connaissance quantifiée de
variables régulièrement utilisées par les agro-économistes. Or, dans certains
cas, l'enquête par déclaration n'a pas enregistré des quantités mais seulement
l'existence ou l'absence d'un facteur de production, ce qui est notoirement
insuffisant. De plus, n'est pas saisi le puissant facteur d'explication qu'est
Economie
l'intensité de travail appliqué à chaque façon culturale. De même, manquent de Madagascar
plusieurs données techniques: type de repiquage et densité des plants, gestion N"2
de l'eau (périodicité des drainages, hauteur de la lame d'eau selon l'étape du Octobre 1997
cycle végétal), lutte contre les adventices, temps de récolte par rapport à la
maturité, incidents phytosanitaires, etc. L'économie globale du questionnaire et La riziculture des
le mode d'enquête ne permettaient pas l'introduction de telles précisions. Aussi Hautes-Terres de
Madagascar
l'étude repose-t-elle davantage sur les faits structuraux ou permanents que sur
les facteurs saisonniers.
François PESNEAUD
De multiples vérifications ont été effectuées pour apprécier la qualité
des données. Si peu de valeurs étaient aberrantes, certaines sont surprenantes et 93
s'expliquent probablement par la complexité du travail de mémorisation et
d'attention demandé à l'agriculteur, notamment en ce qui concerne le niveau
des parcelles pour lesquelles des confusions ont pu se produire. La méthode
d'analyse par croisement de données agrégées en classes a au moins ce mérite
d'amortir l'impact sur les résultats de ces quelques valeurs.
Le travail repose sur deux valeurs clefs: la superficie et la production.
Aucune vérification des déclarations n'est possible, sinon par le degré de
cohérence avec d'autres données (destination de la production et, plus
particulièrement, la consommation familiale, taille du ménage, emploi de
main-d'oeuvre non familiale, etc.). Les questions ont été posées
minutieusement en ce qui concerne la production pour bien saisir le volume
avant tout prélèvement. Pour les surfaces de parcelles, les valeurs ont été
déclarées avec précision à l'unité jusque vers 30 ares; au-delà, les arrondis à la
dizaine se généralisent. Une grande partie des rizières de plaines et bas-fonds
sont immatriculées au cadastre ou sont en voie de l'être dans l'observatoire. Par
ailleurs les déclarants donnent la superficie directement en ares, sans passer par
une unité de substitution (nombre de repiqueuses, quantité de semences, etc.).
Aussi les données déclarées, du moins pour les plaines et bas-fonds, semblent
assez fiables en niveaux agrégés où doivent s'annuler les écarts, car les
agriculteurs n'avaient aucune raison de surestimer ou de sous-estimer leurs lots
fonciers et leur production. Par ailleurs, les résultats sont systématiquement
présentés séparément pour chaque site, afin de mieux tenir compte des
singularités de chacun.
UNE FORTE ECO-DEPENDANCE DE LA RIZICULTURE
La riziculture doit s'adapter aux rythmes climatiques, aux nombreux
topo-climats des Hautes-Terres, aux qualités morpho-pédologiques du milieu
Economie
de Madagascar local, enfin aux ressources en eau pour la culture aquatique. Or, sauf jusqu'à un
N"2 certain point dans les grands bassins alluviaux, ces régions offrent une
Octobre 1997 marqueterie de situations juxtaposant des unités de petite, voire de très petite
surface. Les collectivités paysannes apportent quelques corrections à ces
La riziculture des données naturelles, par exemple en recoupant les bas de versants convexes, en
Hautes-Terres de
favorisant ou empêchant érosion et accumulation, en aplanissant les parcelles.
Madagascar
Elles procèdent à la construction et à l'entretien de réseaux complexes de
captage des eaux, d'irrigation et de drainage. Tous ces aména,gements ont
François PESNEAUD
évidemment pour but de créer des conditions physiques favorables à une
riziculture durable utilisant au mieux les aptitudes naturelles.
94
Une grande variété de milieux naturels utilisés pour la
riziculture
Les tableaux 1 et 2 présentent pour chaque site la répartition des
surfaces rizicoles selon les trois grands milieux topographiques, subdivisés
selon la nature des sols (11 cas à Soanindrariny, 15 à Vinany), ces dernières
unités étant à leur tour subdivisées selon le mode d'irrigation (28 cas à
Soanindrariny, 36 à Vinany). Cet emboîtement de nombreuses unités illustrent
la grande variété des conditions naturelles et des modes possibles
d'aménagement hydraulique. Cependant, quelques types couvrent à eux seuls
une grande partie des surfaces de rizières. Ainsi, à Soanindrariny, les seuls sols
1 et 3 de bas-fonds (sols argileux noirs et sols sableux) représentent les 4/5 de
l'ensemble, la presque totalité étant irriguée par canal ou par d'autres sources.
Tableau 1
Conditions naturelles et aménagements hydrauliques de la riziculture à
Soanindrariny
Unilés topo-pédolO!!!iques Aménagements Dueté[Link] agronomiques
H drauliques
Topo- % Type % % Type % % sur- Rende- super- % % super
graphie surface de surface surface D'amé- surface face menl ficie super ficie
totale Sol umté totale nage- unité de totale (I/ha) moy ficie avec
tGpO!!!ra ment sol des en cult.
phique Hydrau parcelles cult. contre
-lique aMOCiée saison
IC 86,6 4,34 13,9
79,2 5,01 ID 3,6 0,18 1,021 59
Plaine 6,3 IN 9,8 0,49 66,7
100
3 12,9 0,82 1,243 19
4 7,9 0,50 1,928 42
100
::r:::;:.: 0'._.:' ..: .... ".:.'::.- ... :::: ::;.:::". . -,'- ......
:.:::::-.::. ':::::~::{:'- .:.::: .':::.::. :.::::.:::;::" :.::: -..:'}- -.:'
IC 48,5 29,75 6,6 15,1 Economie
67,7 61,33 ID 42,8 26,26 1,288 30 2,1 14,5 de MHda~ascar
IN 8,7 5,32 9,6
N°2
100
Octobre 1997
IC 45,S 4,30 2,7 13,2
2 10,4 9,45 ID 43,9 4,15 1,213 33 9,8
IN 10,6 101 La riziculture des
Bas- 100 H autes-T erres de
fonds 90,6 IC 59,5 10,63 4,6 31,5 Madagascar
3 19,7 17,88 ID 34,2 6,12 1,091 36 43,3
IN 6,3 1,13 17,7 23,0
100 François PESNEAUD
4 2.2 1,97 0,692 82
100
·'··:::::~::::t. ...:::}.::: . ;':. ';:; :f.=::. ....:.: :.:;:::~:{ .., ...
":;:. ... ..... '.: -:-:: ;'..
95
1 41,4 1,06 0,902 25
2 25,5 0,65 0,713 27
Tanety 2,6 3 20,3 0,52 0,977 29
4 12,8 0,33 0,593 27
100
:}:~::'" -.:' ':;'..; -: ;::::" -:: :;:;.;:;.
39,0 0,18 1,367 15
Autre 3 61,0 0,28 0,760 16
100
Total 100 100 100 1,210 32
Sources: Observatoires ruraux 1996, calculs Madia.
Les données portant sur de petites surfaces ne sont pas présentées
IC=irrigation par canal. ID=irrigation par diverses autres sources. JN=inondé
Tableau 2
Conditions naturelles et aménagements hydrauliques de la riziculture à
Vinany
Unités topo-pédologiques Aménagements Caractéristiques agronomiques
H draulioues
Topo- % Type % % Types % % % Rende- Super- % %
gra- surface de surface surface d'amé- sur- surface surface ment !icie surface surface
phie 10lale sol unité 10lale nage- face 10tale en (l/ha) moy en avec
10p0- menl unité de double Des cult. cult.
gra- hydrau- sol culture Par- a58O- contre
lohioue lioue annuel celles ciée saison
IC 19,3 0,69 0,0
5 59,1 3,57 ID 61,6 2,20 0,0 1,028 79
IN 19,1 0,68 0,0
100
6 1,1 0,07
Plaine 6,0 7 4,0 0,24
8 12,1 0,73
9 23.7 1,43 2,366 60
100
.,.::".; ..: .... .-:::.;.; .,;':;" .::;::. ,,:;.: ~~: ::~::. . .::.::.::::::..... ...... .}::::;::: ~~:f~: ::;~:::::::;:~: ... ::.
Economie
IC 26,6 12.06 19.9 1,9
de Madagascar 5 65,2 45.33 IIJ 40,0 18,12 27.0 1,571 61 9,1 0,3
N°2 IN 33,4 15,15 0.0 5,0 0.9
Octobre 1997 100
6 2,6 1,82 1,087 57
Bas- 69,6 7 0.7 0,47
La riziculture des
fonds IC 22,1 1.55 0,0
Hautes-Terres de
8 10,1 7,02 ID 17,1 1,20 4,6 1,076 61
Madagascar
IN 60,8 4,27 0.0 5,3 :t.5
100
François PESNEAUD le 36.0 5,35 12,6 50,0
9 21,4 14,86 ID 20,6 3,06 7,0 1,569 58
IN 41,4 6,45 3.3
96 100
100
" ::::. : {;:::-, .. ....};::.:.. .. '.:..::.': .... : :.:~:::;::}:::~: :~:~:::~::::::-: ::~::::.
5 6,6 1,60 S 1.202 75 289
le 0,6 0,11 D,a
6 72,8 17,47 S 99,4 17,36 0.0 0,534 73 38,5 17.3
~anety 24,0 100
7 0,9 0,21 S 100
ID 1.8 0,07 0.0
8 15,4 3,69 S 98,2 3.62 0,0 0,402 81 41,9 33,8
100
9 4,1 0,98
100
............
..:--: ,;::-.-' .::::"
. :.'.: ..... , .... :;:: ..{"- ..;:" .. ":.:.-.::::: .:;:f .:~:~:::~:~:~., :':":;::'::::::~: :~::
iAutre 0,1 8 0,1 0,13
0,3 9 0.3 0.27
. ... .. ..::.::::.:.'.:.:
:'.:: . .::::: :~: :.:.:::: .... ',','
....:}:. .::. .. :::;}:.: ;:::~.::.: ::I:~ :~,~
trotal 100 100 100
Sources: Observatoires ruraux 1996, calculs Madia.
IC=irrigation par canal. ID=irrigation par diverses autres sources. IN=inondé. S=[Link]
De même, à Vinany, trois types d'unités topo-pédologiques rassemblent plus
des 3/4 des surfaces rizicoles: les sols 5 et 9 des bas-fonds (sols peu évolués
sur colluvions et les sols limoneux-argileux des basses terrasses), le sol
ferralitique 6 des tanety (pentes et sommets des collines). Dans ce site, la
riziculture aquatique est générale sur les deux premiers sols, mais la simple
inondation, ou retenue de l'eau pluviale sur parcelles planes endiguées, y est
pratiquée sur plus du tiers des surfaces.
Des rendements variés selon les milieux morpho-
pédologiques
Illustration de la variété des aptitudes naturelles, la marquet~rie
d'unités topo-pédologiques présente une large fourchette de rendement: de 0,7
à 1,9 tonnes par hectare de paddy à Soanindrariny ; de 0,4 à 1,6 tlha à Vinany. Economie
De fait, deux séries de valeurs s'opposent: d'une part, celles des sols de plaines de Madagascar
N"2
et de bas-fonds (1,0 à 1,3 t/ha à Soanindrariny pour les unités principales et 1,0
Octobre 1997
à 1,6 t/ha à Vinany), d'autre part, celles des sols de tanety portant une culture
pluviale (de 0,4 à 0,5 tlha pour l'essentiel).
La riziculture des
Hautes·Terres de
Pour autant, les différences de performances selon les sols portant la Madagascar
riziculture aquatique ne doivent pas être minimisées, car, à culture semblable,
leurs aptitudes sont variées en fonction de divers facteurs. Que la pente François PESNEAUb
augmente dans les bas-fonds et les parcelles deviennent nécessairement plus
petites, ce qui augmente le rendement (cf. infra) : le même type de sol à 97
Soanindrariny donne 1,3 t/ha sm des parcelles de bas-fonds de superficie
moyenne de 30 ares et 1,0 t/ha sur des parcelles de plaine de 59 ares. A Vinany,
la possibilité de pratiquer une double culture sur des surfaces importantes,
grâce à la proximité de sources et de cours d'eau donne un avantage aux sols 5
et 9 sur le sol alluvial argileux 8 (1,6 t/ha contre 1,1 t/ha). Des sols sablo-
limoneux n'apportent pas les meilleurs rendements à Soanindrariny (1,1 t/ha) ;
en revanche ils permettent une culture de contre-saison qui est pratiquée sur le
tiers des surfaces, apportant un revenu supplémentaire. Même sur les rizières
pluviales, des sols sur colluvions de bas de pente (solI), il est vrai peu étendus,
ont des rendements plus que doublés par rapport à ceux obtenus sur sols
ferralitiques, les plus répandus.
L'importance fondamentale du mode d'utilisation de
l'eau dans la détermination des rendements
Les plus grands écarts de rendements sont à l'évidence provoqués par
les différences dans les utilisations de l'eau, elles mêmes étant souvent liées aux
unités topo-pédologiques. Les données permettent de classer les rizières selon
les modes d'irrigation, selon ce qui est appelé ici des "terroirs rizicoles". Une
telle ventilation résumée est proposée dans le tableau 3 (avec quelques
corrections minimes dans le cas de petites surfaces).
Tableau 3
. f IOn
Surf aces raZico es e ren d emen ts d u pa ddIY se on e mo d e d" Irn2a
Surfaces (% du total) Rendements (t/ha)
Site Soanindrariny Vinany Soanindrariny Vinany
mode d'irriJ!;ation
Irrigation par canal 51,6 20,4 1,176 1,636
Irrig. (autres sources) 38,9 26,5 1,311 1,686
Inondation 8,5 29,5 1,043 1,248
Economie Culture pluviale 1,0 23,6 0,484 0,575
de Madagascar Total 100 100 1,210 1284
N"2
Source: ObservatOires ruraux 1996, calculs MADIO
Octobre 1997
En premier lieu, les chiffres soulignent le décalage des rendements en
La riziculture des
Hautes-Terres de faveur de Vinany, à terroir semblable, soit 20 à 30%. Il confirme aussi
Madagascar l'amplitude entre les différents types de riziculture. La riziculture inondée,
c'est-à-dire celle qui ne reçoit pas d'apport latéral d'eau mais retient l'eau
Françoi$ PESNEAUD pluviale dans des parcelles planes endiguées, fournit des rendements doubles
par rapport à la culture sèche sur parcelle non aménagée, souvent sur pente.
98 L'irrigation ajoute 20 à 30% aux rendements par rapport à la simple inondation.
LI fourchette est de 0,5 à 1,3 tlha à Soanindrariny et de 0,6 à 1,7 t/ha à Vinany.
Un écart faible existe à Soanindrariny entre l'irrigation par canal (1,2 t/ha) et
l'irrigation par d'autres sources (1,3 t!ha). Les raisons de ce décalage sont peut-
être à chercher dans le mode de gestion, plus collectif dans le premier cas, et
dans l'agencement des parcelles dans le réseau.
Une remarque générale s'impose: le résultat global en ce qui concerne
les rendements de l'observatoire est donc fonction de l'environnement
écologique régional, puis de la répartition locale entre les différentes unités
topo-pédologiques, cette dernière donnée étant assez aléatoire. Ainsi la
différence d'ambiance climatique donne un avantage décisif aux hameaux du
Moyen-Ouest par rapport à ceux: d'altitude, situés à la limite aItitudinale
supérieure de la riziculture. Dans ces derniers, il est possible aussi que
l'ancienneté d'occupation humaine ait contribué à déprimer la fertilité des sols.
Inversement, l'importance de la culture sèche à Vinany, où elle couvre 1/4 des
surfaces, y abaisse le rendement global. Il en résulte au total un rendement très
légèrement supérieur à Vinany : 1,3 t/ha contre 1,21/ha à Soanindrariny.
Cette première décomposition des rendements selon les unités
naturelles ou aménagées et selon le mode d'irrigation apporte une première
réponse à la question sur la détermination des rendements. Elle ne surprendra
pas les connaisseurs du monde paysan; elle fixe quelques données chiffrées.
C'est la subdivision en terroirs rizicoles, fondées sur le mode d'irrigation, et
porteuse d'explication, qui est retenue dans la suite du travail comme une
entrée explicative pour d'autres données.
LE ROLE IMPORTANT DES STRUCTURES AGRAIRES
Dans l'explication des performances rizicoles, le rôle des structures
agraires est cité aussi fréquemment que celui des facteurs naturels. Il est Economie
examiné ici à partir de la taille des exploitations, de la morphologie agraire et de Mada~ascar
du mode de faire-valoir. Il ne sera pas tenu compte de l'équipement des N°2
exploitations, autre que le capital foncier, ce dernier étant primordial dans la Octobre 1997
riziculture des Hautes-Terres. La possession de bovins pour le piétinage,
additionnée à cene d'une charrue pour le labour, sont un facteur secondaire La riziculture des
Hautes-Terres de
d'explication, dans la mesure où bêtes et outils peuvent se louer ou s'emprunter. [Link]
En revanche, trois facteurs délaissés dans cette étude devraient contribuer à
élargir l'explication : les capacités de travail et les besoins en vivres du
FrOl1çois PESNEAUD
ménage, enfin la place des autres cultures dans la gestion des exploitations.
99
Le capital foncier des exploitations
Min de ramener les surfaces à leur potentiel productif, celles-ci ont
été corrigées par un coefficient qui n'est autre que le rapport du rendement
moyen de chacun des quatre terroirs rizicoles au meilleur résultat moyen, et ce
pour chaque site. Ces coefficients varient de 0,3 à 0,9. Pour critiquable que soit
l'application de cette méthode, eHe évite cependant de distordre les différences
de capacité productive entre exploitations.
Le tableau 4 illustre la distribution foncière rizicole entre les ménages.
Les limites de classe sont légèrement décalées entre Soanindrariny et Vinany
pour tenir compte de la différence du capital foncier moyen par exploitation en
surface corrigée, soit 0,62 ha à Soanindrariny, aux terroirs surpeuplés, et 1,23
ha à Vinany, aux terres colonisées plus récemment. Les médianes s'établissent
respectivement à 0,37 et 0,92 ha. Deux remarques s'imposent: d'une part, il
n'existe pas d'exploitation rizicole géante, d'autre part l'inégalité foncière,
même limitée par le haut, fait voler en éclat le mythe souvent entendu d'une
petite paysannerie égalitaire. De fait, pour ne s'en tenir ici qu'aux moyennes, si
une famille consomme environ 1,2 tonne de paddy par an, on constate que près
de 8 ménages sur 10 à Soanindrariny et 4 sur 10 à Vinany se situent
théoriquement en dessous du minimum de surface qui leur permettrait d'être
autosuffisant en riz, et ce sur la base d'une assez bonne année (1996). Ce calcul
brut ne tient évidemment pas compte d'un grand nombre de paramètres (taille
et besoins réels des ménages, destination d'une partie des récoltes, rente, au
demeurant peu importante dans cet observatoire). La réalité des situations de
sécurité alimentaire est évidemment moins noire quand on tient compte des
autres productions et revenus. Il n'en reste pas moins que la situation est très
tendue, surtout à Soanindrariny, pour des populations souhaitant faire du riz
leur aliment de base.
Economie
de Madagascar
Taille des exploitations rizicoles et [Link]é culturale
W2
Octobre 1997 Le tableau 4 montre clairement qu'à Soanindrariny les rendements
décroissent avec l'augmentation des surfaces d'exploitation, selon un processus
La riziculture des fréquemment rencontré dans les campagnes peu ou pas modernisées, surtout
Hautes-Terres de quand la disponibiJité en terre est limitée, comme C'Est le cas sur ce site.
[Link]
Autrement dit, les petits riziculteurs compensent en partie leur handicap foncier
par une intensification des rendements qui passe nécessairement par un travail
FrCl'lçois PESNEAUD
plus important et soigné, seul facteur de production dont ils disposent. Les
exploitants les mieux lotis recherchent moins à intensifier, ce qui leur
100 apporterait des coûts additionnels de location de main-d'oeuvre ainsi que des
problèmes de gestion pendant les périodes de pointe de travail (préparation des
sols, repiquage, sarclage, moisson). Néanmoins, pour très plausibles que soient
ces explications, les données existantes ne permettent pas d'étayer cette double
hypothèse, en l'absence de chiffres sur le travail familial. A Vinany, l'économie
d'échelle joue moins fortement, et pas toujours de façon régulière: de meilleurs
rendements et un espace foncier moins mesuré chez les petits riziculteurs ne
poussent pas ces derniers à intensifier autant que sur l'autre site.
Cest ainsi qu'à Soanindrariny, les plus petites exploitations «20 ha)
connaissent un rendement moyen en surface corrigée qui est 1,7 fois plus
important que le rendement moyen général du site. A Vinany, ce chiffre est de
1,2 (exploitations de moins de 50 ares). Cet avantage pèse peu dans la
détermination du rendement moyen des sites : si la proportion des micro-
exploitations n'est pas négligeable (20% à Soanindrariny et 18% à Vinany), la
part des surfaces correspondantes est minime (4% dans les deux cas), et celle
de leur production à peine moins (respectivement 7 et 5%).
Tableau 4
Nombre d'exploitations, surface, rendement et production de paddy
selon la taille de l'exploitation (en surface corri2ée)
Oasse de superficie %exploi- % surface Reodement Reodement % Nombre
des exploitations talioos COITÎgU loutes (rizières Production parcelles
(surface oorrigk) rizières irrigutes) toutes par
ares (lJ1la) (lJ1la) rizières exploitatio
0
SOANINDRARINY
< 20 19,5 4,0 2,207 2,261 6,8 1,5
20-49 39,5 20,2 1,789 1,837 27,7 1.8
50-99 21,9 24,9 1,240 1,195 23,6 2,4
100-199 14,7 33,8 1,093 0,993 28,2 2,9
200-417 4,4 17,1 1,045 1,044 13,7 3,2
Tolal 100 100 1,307 1234 100 2,3
Moyenne (surface,product) 62 ares SOOkg 32 ares
Médiane (surface,llroduct) 37 ares 578b 20 ares
VlNANY
<50 18,4 3,8 1,993 1,876 4,5 1,3 Economie
50-99 21,8 9,5 1,772 1,892 10,0 l,fi de Madagascar
100-199 32,9 28,7 1,747 1,678 30,0 2,6 N"2
200-299 12,4 18,2 1,919 1,677 20.9 3,8
Octobre 1997
3OD-75O 14,5 39,8 1,450 1,465 34,6 4,6
Total 100 100 1,671 1,665 100 2,6
Moyenne (surface,product) 123 ares 2061 kg 62 ares La riziculture des
Médiane (surface,produet) 92 ares 1500 kl! 50 ares Hautes-Terres de
Source: Observatoires ruraux 1996, calculs MADIO Madagascar
François PESNEAUD
Taille des parcelles rizicoles et exploitation
101
Ces effets d'échelle se vérifie aussi avec la superficie des parcelles,
dans le cas des rizières irriguées (tableau 5, colonne total). L'écart entre les
deux classes extrêmes y est du double, un peu plus même à Soanindrariny. Ce
dernier site subit nettement un double effet de taille : celui des parcelles et
celui des exploitations, Les rendements décroissent simultanément avec les
superficies de celles-ci. A Vinany, si l'impact de la taille des parcelles est
sensible, celui de la superficie des exploitations est moins clair, comme nous
l'avons déjà compris ci-dessus. Il est même inversé dans le cas des petites
parcelles, puisque pour celles-ci le rendement augmente avec la taille de
l'exploitation (de 1,9 à 2,4 tlha).
La décroissance des rendements avec la taille des parcelles est un
phénomène couramment rencontré, quand les techniques culturales varient peu
d'une exploitation à l'autre. Elle a des raisons statistiques et des raisons
techniques. Les plus grandes parcelles appartiennent nécessairement aux plus
grands exploitants ; la faiblesse des rendements ressort donc des stratégies
"extensives" de ces derniers. Les plus petites sont détenues par des exploitants
de toute taille et c'est apparemment leur dimension qui permet d'en obtenir de
meilleures performances. En effet il est plus facile de maintenir l'horizontalité
d'une petite rizière surtout en agriculture peu mécanisée ; or le rendement
dépend dans une grande mesure d'une gestion rigoureuse de l'épaisseur de la
lame d'eau, qui doit d'ailleurs varier au cours du cycle. Cette explication
couramment avancée par les agronomes et les agriculteurs est probablement
insuffisante, car des calculs, non présentés ici, montrent qu'un effet de taille des
parcelles joue également, mais dans une moindre mesure, sur les rizières non
irriguées. Le travail manuel est probablement exécuté avec plus de soin sur les
champs de taille réduite, mais ceci reste une hypothèse.
L'effet de la taille des parcelles se révélant important, ce facteur sera
retenu comme entrée pour la suite du travail, au même titre que les terroirs
rizicoles.
Economie
de Madagascar
Tableau 5
N"2 Rendements des rizières irriguées selon la surface des parcelles
Octobre 1997 et 1a su rface corrigee 1 't a rIons r1ZICO 1es
. , d es explOI
SOANINDRARINY
Surface des <20 20-49 50-99 100-199 200-417 - Total
La riziculture des Exploitations (ares)
Hautes·Terres de Surface des parcelles
Madagascar <20 2,261 2,193 1,670 1,165 (1,745) - 1,952
20-49 - 1,638 1,271 1,168 1,273 - 1,385
50-99 - - 0,985 1.115 0,969 - 1,046
François PESNEAUD 100 199 - - - 0,722 0,840 - 0,771
-
1
200-300 - - - - 0,357) - (1,357)
Tolal 2,261 1,837 1.195 0,993 1,044 - 1,234
102 VINANY
Surface des <50 50-99 100-199 200-299 300-750 Total
Exploitations (ares)
Surface des
[Link]
<50 1,876 1,920 2,034 2.434 2,397 2,012
50-99 - 1,872 1,613 1.726 1,366 1,666
100-199 - - 1,577 1,510 1,742 1,623
200 et + - - - 0,988 - 0,988
Total 1,876 1,892 1,676 1,677 1,465 1,665
Source: ObservatOIres ruraux 1996, calculs MADIO
Le faible impact local des différents modes de faire-
valoir
II se trouve qu'une très grande partie de la terre est cultivée
directement par les propriétaires dans J'observatoire. A peine 4% et 14% de la
superficie est travaillé par des tenanciers, respectivement à Soanindrariny et
Vinany. Cette situation semble fréquente sur les Hautes-Terres, à l'exception
des zones proches de villes où résident des propriétaires absentéistes, et plus
particulièrement dans les bassins alluviaux.
Dans ces conditions, la comparaison entre les rendements obtenus par
les propriétaires et par les tenanciers doit se faire avec prudence, et pour le seul
site de Vinany. Qu'on fasse l'exercice à partir des terroirs rizicoles ou à partir
de la surface des parcelles, on constate dans l'ensemble un léger avantage aux
propriétaires, ce qui n'est pas surprenant: seuls ceux-ci ont intérêt à moyen
terme à entretenir un bien foncier fragile.
Tableau 6
Modes de faire-valoir et rendement
se on es errOlrs rtZICO 1es e tl a surf ace d es parce Il es trrt~uees
Soanindrarinv Vinanv
Terroirs ri7Ïcoles % ..urface en % surface en Rendement (liba) Rendement (liba) El:Onomie
métayage Ou location métayage ou faire-valoir direct faire-valoir de Madagascar
location indirect N°2
Irrigué par canal 2,3 15,4 1.664 1,481 Octobre 1997
Irrigué (autres) 5,9 10,0 1,,702 1,546
Inondé 0,0 15,9 1,239 1,293
Cmture pluviale (24,1\ 16,5 0,598 0,459 La rlziculturc des
Total 4,1 14.4 1,306 1,156 Hautes-Terres de
Surface des parcelles (parcelles irri~uées) [Link]
<50 ares - 18,4 2,066 1,775
50-99 - Il ,6 1,678 1,558
100-199 - 14,7 1,717 1.238 Fronçois PESNEAUD
100 et + - 0,0 0,990 -
Total - 12,4 1,686 l,SIl
Source: Observatolfes ruraux 1996, calculs MADIO 103
PRAnQUES AGRONOMIQUES ET FAIBLESSE DES
RENDEMENTS
Dans quelle mesure les techniques rizicoles utilisées sont-elles
responsables de la faiblesse des rendements? Des pratiques améliorantes sont-
elles répandues, avec quelle ampleur? Donnent-elles des résultats? Voici les
quelques questions qui sous-tendent cette partie.
Le résultat mitigé des techniques de travail
Deux techniques sont ici analysées: le repiquage des jeunes plants de
riz et l'emploi de la culture attelée, les deux étant supposées améliorer les
rendements. Leur extension est inégale d'un observatoire à l'autre. A
Soanindrariny, le repiquage est généralisé, alors qu'il ne s'applique qu'aux trois
quarts des surfaces aquatiques de Vinany. Dans ce dernier site, près de 4 ha sur
10 en culture pluviale sont aussi repiqués, ce qui laisse supposer qu'ils
représentent un terroir intermédiaire entre les rizières aquatiques inondées et les
cultures pluviales de pente sans retenue d'eau pluviale. Inversement, c'est à
Vinany qu'est plus répandue la culture attelée, sur plus de 6 ha sur 10 en culture
aquatique, et jusqu'à 9 sur 10 en culture pluviale. Ces proportions tombent à 1
sur 10 à Soanindrariny. Les différences entre les deux sites ne s'expliquent que
par des habitudes locales et surtout par le travail passé des ONG. La plus forte
utilisation de l'attelage à Vinany dépend aussi de l'existence d'un troupeau
bovin plus important. Les résultat.. en terme de rendement ne peuvent
s'analyser que pour le site de Vinany.
Economie
de Madagascar
N"2 Il est clairement établi que le repiquage a un effet positif sur les
Octobre 1997 rendements: que ceux-ci soient examinés par terroir ou par taille des parcelles
irriguées, ils gagnent environ 50% quand il y a repiquage. Ceci est compris des
La riziculture des agriculteurs, puisque la proportion de surface où se pratique cette façon
Hautes-Terres de culturale ne baisse pas avec la taille des parcelles, bien que les riziculteurs les
Madagascar
mieux lotis n'adoptent pas dans l'ensemble une gestion intensive. Un point
secondaire : le repiquage est moins efficace dans le cas des rizières où
François PESNEAUD
l'alimentation en eau est moins assurée (rizières inondées, culture pluviale). Il
faut aussi rappeler que cette approche brute du repiquage nous prive de mesurer
104 les mérites des différentes techniques, comme le semis en ligne.
La démonstration est moins claire en ce qui concerne la culture
attelée, pratiquée à Vinany. Cette technique est certainement un progrès pour
l'agriculteur, qu'elle libère de la tâche h;u:assante du retournement de la terre à
l'angady (bêche); mais elle a sur les rendements un effet mitigé. Celui-ci est
légèrement négatif en ce qui concerne les rizières irriguées (sauf pour la partie
irriguée par d'autres sources que les canaux) : 1,61 t!ha quand on la pratique,
1,76 t/ha en cas contraire. Le résultat est identique pour les petites parcelles
«50 ares) : 1,60 t!ha contre 1,85 t!ha. En revanche, pour les grandes parcelles,
un léger avantage est acquis à la culture attelée sur le travail manuel (1,51
contre 1,36 t/ha), ce qui confirme que ce dernier ne peut y être aussi intensif
que sur les petites parcelles. Ces résultats montrent que le travail manuel, tel
qu'il est pratiqué à Madagascar, est un excellent moyen de préparer le sol par
son retournement profond. Les petits riziculteurs, qui doivent donner la
préférence à l'intensification sur le temps de travail, n'ont donc pas intérêt à
pratiquer la culture attelée. A l'inverse, il n'est pas surprenant que les grandes
parcelles, et donc les grands riziculteurs, adoptent très largement cette
technique. Il y a là un cas typique de contradiction entre rendement et
productivité, géré différemment selon l'échelle d'exploitation.
Tableau 7
Techniques de semis et de préparation des sols
se on 1es t errOirs rlZlCO 1es et 1a t al11 e d es parce Il eslrn2Uees
% des surfacea Vinany : rendements (1 de paddylhal
Repi liées en culture allelée Repi Ull!e Culture attelée
Soanin- Vinany Soanin- Vinany oui non Oui DOn
Terroirs rizicoles drarinv drarinv
Irri~ par canal 100,0 75,2 9,6 64,9 1,762 1,253 1,582 1,641
Irri~ (autres) 100,0 75,6 11,0 65,5 1,845 1,194 1,822 1,613
InOD~ 100.0 77,9 1,2 61,0 1,286 1,115 1,020 1,186
Culture Pluviale (lOO,OI 37,9 (24,1) 88,1 0,552 0,590 (0.266) 0,629
Tolal 100 67,3 9,6 69,4 1,463 0,917 1,391 1,266
Surface des oarcelles (, arcelles irril!uées) en ares Economie
<20, 100.0 1,9 de Madagascar
20-49 100,0 72,3 3,4 50,2 1,933 1,398 1,596 1,854 N°2
50-99 (50+ • Soan.) 100,0 71,2 15,8 52,3 1,841 1,232 1,635 1,699 Octobre 1997
100 el + 80,8 79,3 1,579 1,070 1,512 1,362
Tolal 100 75,4
10,2 62,9 1,809 1,220 1,610 1,756
SoUTees : ObservatOIres ruraux 1996, calculs MadlO La riziculture des
Hautes-Terres de
Madagascar
La grande faiblesse des intrants
François PESNEAUD
Le maintien de la fertilité des sols est une nécessité en riziculture. 105
Quand il n'y a pas de solutions "naturelles" à ce problème (culture en contre-
saison de légumineuses ou d'autres engrais verts, inondation périodique avec
dépôt d'éléments fins, etc.), il est nécessaire de fournir un apport extérieur sous
forme de compost fermier, de pâturage, voire d'engrais. Cela suppose une
organisation technique, un consensus social même, dans le cas de la vaine-
pâture, et évidemment des moyens financiers en cas d'achat d'engrais. La lutte
phyto-sanitaire peut conduire le paysan à effectuer des dépenses. Il est vrai que
les variétés rustiques sont moins facilement atteintes que les nouvelles variétés
améliorées ; mais les agriculteurs se plaignent quand même de problèmes
récurrents. Or les données montrent que les riziculteurs de l'observatoire
emploient peu d'intrants sur de vastes surfaces. Elles ne nous renseignent pas
sur les quantités utilisées, mais les observations de terrain nous ont appris que
celles-ci étaient faibles quand il s'agissait de produits achetés.
L'épandage de fumier ou de compost est effectué à Soanindrariny sur
la moitié des surfaces de rizières. Cette proportion tombe au quart, et même à
un dixième pour les parcelles irriguées, à Vinany, où existe pourtant un plus
grand troupeau bovin. En revanche, la vaine-pâture s'étend à 85% des terres à
Vinany, contre 63% à Soanindrariny. Le fait se confirme: les agriculteurs de ce
dernier site utilisent en général des techniques plus intensives que ceux de
Vinany. Une plus grande proportion de leurs surfaces reçoit aussi des produits
chimiques: 7% pour les engrais, 35% pour les produits phyto-sanitaires, contre
2% et 9% respectivement à Vinany, Cette différence entre les deux sites tient
au travail de diffusion technique entrepris depuis longtemps dans la région de
Soanindrariny. Mais, même dans ce site, les résultats sont maigres.
Tableau 8
0/0 de surfaces recevant une fumure ou un produit phyto-sanitaire
oniesterrOirs nZlco1es et 1a t al11 e d es parce Il es lrn2UeeS
sel
Fumure orgamque Pâture après récolte Fumure mulérale Prod. phyto-
Economie sanitaire
de Madagascar Terroirs rizicoles 5oanin- Vinany Soanin- Vinany Soanin- Vinany Soanin- Vinany
N"2 drariny drariny drariny drariny
Octobre 1997 Irrigué par canal 55,1 4,5 61,4 83,4 6,8 3,3 31,1 l,3
Irrigué (autres) 50,2 l5,3 6l,4 93,2 6,5 0,7 43,5 l,9
Inondé 40,0 10,5 69,7 76,0 7,l 0,0 13,3 2,6
La riziculture des Culture Dluviale (57,8) 74,5 !lOO,O) 86,4 0.0 2,6 (45,8\ 3l,4
Hautes-Terres de Tolal 52,1 25,7 62,7 84,5 6,7 l,5 34,6 9,0
Madagascar Surface des Darcelles ( arcelles IfTl uées) en ares
< 20 48,6 lO,2 73,7 93,3 4.1 0,0 35,5 3,5
20-49 5l,4 9,2 60,1 92,4 4,6 l,9 31,6 1,2
François PESNEAUD 50-99 (50+ â 50an ) 55,2 5,7 59,3 86,l 8,4 0,8 40,7 2,1
lOO el + l5,8 89,6 2,8 l,4
Total 53,l 10,6 6l,n 88,9 6.7 1.8 37,3 l,7
106 Sources: Observatoires ruraux 1996, calculs Madio
L'impact de ces intrants ne peut guère s'étudier qu'à Soanindrariny, et
à l'exception des engrais chimique, trop peu utilisés. D'emblée, il apparaît
comme faible, La fumure organique ct, non sans anomalies, les produits phyto-
sanitaires assurent un avantage de quelque 10 à 20% quand ils sont utilisés. La
marge est plus étroite pour la pâture après récolte ; elle peut même devenir
négative. On peut y voir là le résultat du manque de quantification ou bien la
nécessité impérieuse de redresser une fertilité menacée. De façon analogue,
l'utilisation in extremis de produits sanitaires peut expliquer l'impact négatif de
ceux-ci sur les rendements dans le ca" de certaines rizières. Au plan global, on
aura remarqué qu'aucun de ces intrants ne permet à des ensembles de rizières
d'élever fortement les rendements. Qu'en est-il alors du matériel végétal?
Tableau 9
Soanindrariny. Rendements avec ou sans fumure ou produit phyto-
samtalre se 1on 1es terrOirs rlZlCO 1es et 1a tal"II e d es parce Il es Irnguees
Fumure orRaniQue Pâture après récolte Produit ph~to-sanitaire
Terroirs rizicoles Avec sans avec sans avec sans
Irrigué par canal 1,249 1,088 1,134 1,247 1,417 1,068
Irrigué (autres) 1,366 1,255 1,326 1,288 1,281 1,335
Inondé 1,185 0,949 0,820 1,556 0,922 1,062
Culture oluviale (0,583) 10,349) (0,484) - (0,474) (0,493)
Total 1,281 1,134 1,167 1,285 1,322 1,152
Surface des parcelles (parcelles irriRuées en ares
<20 2,179 1,750 1,995 1,859 2,215 1,818
20-49 1,559 1,202 1,425 1,328 1,499 1,335
50 et + 0,970 0,972 0,858 1,136 1,065 0,906
Total 1,296 1,164 1,216 1,264 1,331 1,177
Sources: Observatoires ruraux 1996, calculs Madio
Un matériel végétal rustique et varié
Economie
de Mada~ascar
Les riziculteurs utilisent quatre ou cinq grandes variétés de riz, N"2
couvrant au total autour des neuf dixièmes des surfaces, ainsi que quelques Octobre 1997
autres moins répandues. La variété la plus appréciée peut représenter quand
même 28% à 45% des surfaces selon les terroirs et la taille des parcelles. Mais La riziculture des
cela ne supprime pas le constat de grande diversité végétale. Celle-ci est plus Hautes-Terres de
Madagascar
grande à Soanindrariny qu'à Vinany, bien que le premier site connaisse des
types de culture plus homogènes. Cette diversité s'explique par une raison
technique et une raison de gestion rizicole. Tout d'abord, toutes les variétés ne François PESNEAUD
s'adaptent pas aux différents terroirs, ni, dans le cas de Vinany, aux deus
saisons possibles. Par ailleurs, les riziculteurs entretiennent la vieille habitude 107
paysanne de conserver plusieurs variétés afin de se prémunir contre une atteinte
phyto-sanitaire spécifique et, secondairement, pour diversifier la qualité du riz
consommé, voire pour des raisons de commercialisation.
Dans la quasi-totalité des cas, les semences sont prélevées sur la
production de la campagne précédente, ou achetées à un voisin. Cette pratique
entraîne une détérioration du matériel végétal et déprime les rendements.
Les variétés présentent quelques différences dans les rendements
moyens. : ceux-ci sont compris entre 1,077 tlha et 1,341 tlha à Soanindrariny
et 1,587 t/ha et 1,805 t/ha à Vinany pour les principales variétés irriguées. Les
écarts sont faibles mais nous supposerons qu'ils traduisent surtout des capacités
variétales légèrement différentes. Ils montrent que le paysan choisit la sécurité
par la pol y-variété plutôt qu'un rendement élevé par sélection de la variété ou
des variétés les plus productives.
Tableau 10
Diversité variétale selon les terroirs rizicoles et
1a t al11 e des parce Il es Irrl2uees
% .urface pour la % surface pour les 2 Nombre de variétés % surface des
variété la plus variétés les plus occupant au moins variétés occupant au
répandue répandues 5% de la surface moins 5%
Terroirs rizicoles Soandr Vinanv Soandr. Vinanv Soandr. Vinany Soandr. Vinany
Irrigué par canal 32,4 45,5 55,S 73,S 5 4 98,2 89,6
Irrigué (autres) 32,S 42,1 54,1 69,1 5 4 95,5 83,5
Inondé 38,1 44,5 61,0 78,3 5 4 100,0 89,8
Culture pluviale (38,0) 40,3 (62,)) 73,0 (4) 4 nom 87,7
Total 31,2 35,1 56,2 71,0 5 5 97,3 84,9
Surface des parcelles arcelles lm~uées) en ares
< 20 33,4 44.0 53,4 58,5 5 6 95,1 96,5
20-49 28,1 39,3 47,7 71,7 5 5 94,6 90,4
50-99 (50+ à Soan.) 34,5 44,5 56,5 79,8 5 4 98,8 6,2
100 et + 44,7 63,4 5 93,9
SOUTces : ObservatOIres ruraux 1996, calculs MadlO
Quelques exploitants, en majorité de Soanindrariny, ont déclaré
pratiquer le SRI (Système rizicole intensif). De fait, il s'est avéré qu'ils ont
Economie appliqué l'une ou l'autre des recommandations de la méthode, alors que seul le
de Madagascar
N"2 paquet technique en son entier a démontré son utilité (sur de petites surfaces et
Octobre 1997 sur un nombre réduits d'années). Aussi les résultats locaux sont-ils décevants
dans l'ensemble. Par ailleurs quelques rares petites parcelles ont donné de très
La riziculture des bons rendements, sans que leurs exploitants aient déclaré y avoir pratiqué des
Hautes-Terres de techniques améliorées, et sans qu'on puisse en donner une explication avec les
Madagascar
données de l'enquête.
François PESNEAUD
Du bon usage des calendriers culturaux
108
A Soanindrariny, l'altitude ne permet aucune période de culture que
celle calée sur l'été austral chaud et humide, la saison dite vary vakyambiaty,
courant d'octobre à mai. A Vinany, il est possible de faire aussi une campagne
en saison froide et sèche, et sous irrigation, entre mai et novembre, le vary
aloha. De fait, ce dernier est rarement pratiqué seul sur le site; il est en général
intercalé entre deux campagnes de saison sèche. La rizière est aJors cultivée en
permanence, les pépinières pouvant être réalisées dans une autre micro-
parcelle. Cette double culture annuelle suppose évidemment des conditions
topo-pédologiques convenables (cf. tableau 2) et un accès assuré à l'eau en
saison sèche. Elle se pratique sur 18% des surfaces irriguées et 4% des surfaces
inondées.
Pour autant, l'addition des deux récoltes annuelles ne double pas le
produit qui serait obtenu par une campagne annuelle unique, d'été ou d'hiver:
le multiplicateur moyen est de 1,6, chacune des deux cultures souffrant de cette
séquence. La fumure du sol n'est pas suffisamment assurée pour maintenir des
rendements ordinaires. Ce choix de la double culture traduit l'incapacité du
système technique à augmenter les rendements, ce qui oblige certains
agriculteurs à adopter cette pratique qui épuise le sol.
Il est aussi apparu que les rendements étaient sensibles au dates du
début de campagne (en fait la date du repiquage dans nos données), surtout à
Soanindrariny où le froid est un facteur limitant en début comme en fin de
campagne. Un démarrage précoce ou tardif peut abaisser les rendements
moyens jusqu'à un tiers à Soanindrariny. Les agriculteurs sont certainement
conscients de ces pertes, et si certains d'entre eux ne se calent pas sur le
calendrier optimum, c'est soit qu'il existe une incertitude sur le déroulement
climatique de la campagne débutante, soit qu'ils en sont empêchés. Ainsi, la
taille des grandes exploitations obligent à étaler les opérations de préparation
sur une période trop longue (et, rappelons-le en faisant un travail de qualité
médiocre). Quand aux petits exploitants, ils ont à effectuer des choix entre la Economie
préparation de la rizière et des propositions d'activité avec des rémunérations de Madagascar
immédiates, y compris celles de travailler comme salariés sur les rizières des N"2
premiers. Octobre 1997
La rizicuIture des
Hautes-Terres de
Distance et insécurité: des facteurs neutres pour la Madagascar
rizière
François PESNEAUD
Il est courant dans les campagnes de rencontrer un gradient décroissant
de rendement à partir du site du village vers la périphérie du finage. Aux
raisons d'éloignement, qui augmentent les coûts et les temps de déplacement et 109
induisent une diminution des soins culturaux, s'ajoutent parfois l'insécurité: la
difficulté de surveillance de terres éloignées font de celles-ci la cible de
voleurs de culture. Il se trouve que dans les deux sites de l'observatoire il n'y a
aucune relation entre la distance et'l'intensité culturale exprimée en rendement.
Si nos interlocuteurs estiment que l'insécurité a augmenté dans leurs
campagnes, ce phénomène semble contenu en ce qui concerne le riz. Il est vrai
que la surveillance des rizières aquatiques ou inondées, regroupées en quartiers
agraires, est plus facile à organiser que celles de parcelles dispersées sur tanety.
De plus la période critique pour le riz est plus courte que celle du maïs, des
pommes de terre ou, surtout, des tubercules.
CONCLUSION
DEBLOQUER UN SYSTEME DE PRODUCTION BRIDEE il
Les élément,> précédents apportent quelques réponses aux questions
posées en début d'article. On aura compris que les conditions naturelles, pour
médiocres qu'elles soient, surtout à Soanindrariny, sont utilisées au mieux de
leur capacité par une paysannerie qui a su finement aménager sols et canaux et
en extraire la ressource clef, l'eau. Les rendement,> issus de ces milieux, certes
maigres, sont difficiles à dépasser sauf à changer de pratiques agronomiques.
Dans cet observatoire, les structures agraires n'entraînent pas de lourd
prélèvement sur les exploitants, du fait de la faible étendue des terres mises en
location ou métayage. En revanche, dans une situation de forte charge
démographique, à Soanindrariny plus qu'à Vinany, une distribution foncière
inégalitaire multiplie le nomhre de micro-exploitants ne pouvant satisfaire
leurs hesoins alimentaires en riz avec leur propre production, encore moins
Economie investir dans la culture. Condamnés à l'intensification, ces petits agriculteurs
de Madagascar n'arrivent pas à tirer de hien meilleurs rendements du système technique qui est
N°2 le leur.
Octobre 1997
Le prohlème est de savoir si ce système technique est susceptible
La riziculture des d'être amélioré. Les éléments présentés ci-dessus inclinent à penser qu'il existe
Hautes-Terres de
Madagascar une marge de manoeuvre en faisant porter l'effort sur la fumure organique et
minérale, le repiquage (à Vinany) et surtout l'utilisation de semences sinon
améliorées, du moins de qualité. Il est prohahle que les riziculteurs soient
François PESNEAUD
avertis de l'existence de ces facteurs d'amélioration. Si ils ne les ont pas mis en
oeuvre, c'est qu'il existe des contraintes de ressources, de temps et de moyens
110 financiers: limitations de temps et de fumure pour les intrants "internes",
absence d'offre et d'argent pour les intrants "externes" à l'exploitation. Une
meilleure offre et la diffusion d'un crédit adapté sont peut-être envisageables,
même dans un cadre privé ou associatif. Mais même en ce cas, l'amélioration
de rendements qu'on peut en attendre doit largement compenser les coûts
additionnels pour que le riziculteur prenne le risque de faire des
investissements de campagne. Il ne serait pas réaliste de faire entrer les
agriculteurs dans le cycle financier pour des résultats médiocres qui risquent de
l'endetter à la première défaillance technique, climatique ou commerciale.
Il reste alors deux stratégies de développement: soit l'amélioration du
système technique actuel par des propositions techniques limitant les besoins
financiers, soit la diffusion de la "révolution verte" avec ses hauts rendements.
L'une et l'autre ont leurs inconvénients. La première supposerait une
réorientation de la recherche agronomique sur terrain et la multiplication de
propositions simples et éco-spécifiques (engrais vert, mode de préservation des
semences, etc.), enfin un encadrement paysan plus important pour la diffusion
des innovations. La grande variété des conditions de la riziculture rend la tâche
ardue. Le SRI pourrait être une des bases de départ d'une telle évolution.
L'autre solution, comme son nom le montre, seraitun bouleversement complet
des conditions techniques et économiques et suppose une intervention soutenue
de l'appareil administratif et des circuit'> commerciaux. On serait condamné à la
réussite, car il ne faudrait pas que cette révolution verte substitue le risque
financier au risque saisonnier. Pourtant la plupart des paysanneries rizicoles
dans le monde s'y sont adaptées et la singularité malgache en la matière n'est
pas preuve de fatalité.
Par ailleurs, on aura compris que toute proposition devra tenir compte
des besoins différents des deux groupes paysans, pour simplifier : celui des
ménages qui sont loin d'atteindre la sécurité alimentaire avec les techniques
actuelles et l'étroitesse de leur terre, et celui des exploitants qui produisent des
excédents chaque année ou les bonnes années. .
Economie
de Mada~ascar
Il existe une troisième stratégie: celle de laisser évoluer, ou involuer W2
s'il est permis d'utiliser ce néologisme, ce système de production bridée, et de Octobre 1997
favoriser d'autres cultures, d'autres productions ou d'autres activités. Le cas de
Soanindrariny au terroir saturé démontre l'extraordinaire capacité des paysans à La riziculture des
dépasser le problème rizicole pour peu qu'ils aient la chance de la conjonction HauteJ;-Terres de
Madagascar
d'un désenclavement géographique et de la présence d'ûNG et de sociétés
commerciales. Diversification des activités et commercialisation de l'économie
François PESNEAUD
sont donc une voie, mais une voie dont la généralisation n'est pas a'>surée. Or,
dans les campagnes enclavées, une fois épuisées les alternatives locales, l'exode
rural risque de se déclencher, sans que n'existent de solutions au bout de la 111
piste.