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Introduction à la combustion et ses enjeux

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Polycopié de Combustion

Réalisé par
Dr : MAHFOUD Brahim

2015
Avant-propos
La combustion est aujourd’hui un des principaux moyens de conversion de l’énergie. Elle est utilisée
dans de nombreux systèmes pratiques aussi bien pour produire de l’énergie thermique (chaudières ou
fours domestiques et industriels) ou de l’électricité (centrales thermiques), que pour le transport (moteurs
automobiles et aéronautiques, moteurs fusée, ...) ou encore la destruction de déchets (incinérateurs). La
combustion peut être caractérisée comme une (ou des) réaction(s) irréversible(s) fortement
exothermique(s) entre un combustible (ou réducteur) et un comburant (ou oxydant) selon le schéma global

𝑐𝑜𝑚𝑏𝑢𝑠𝑡𝑖𝑏𝑙𝑒 + 𝑐𝑜𝑚𝑏𝑢𝑟𝑎𝑛𝑡 → 𝑝𝑟𝑜𝑑𝑢𝑖𝑡𝑠 𝑑𝑒 𝑐𝑜𝑚𝑏𝑢𝑠𝑡𝑖𝑜𝑛 + é𝑛𝑒𝑟𝑔𝑖𝑒 𝑡ℎ𝑒𝑟𝑚𝑖𝑞𝑢𝑒

Cette réaction induit un fort dégagement de chaleur qui a lieu dans une zone très mince . Les
combustibles le plus divers, qu’ils soient gazeux, liquides ou solides peuvent être utilisés. Parmi les plus
courants, citons le bois, le charbon, les hydrocarbures (méthane CH4, propane C3H8, essence, gasoil,
kérozène, fioul,...), l’hydrogène (H2)... Le comburant est le plus souvent l’oxygène de l’air, plus
exceptionnellement de l’oxygène pur (moteurs-fusée, certains fours industriels) qui permet d’atteindre des
températures plus élevées.

Aujourd’hui, la croissance de la population mondiale, le développement industriel se traduisent par un


développement croissant de la demande énergétique mondiale. Les activités humaines ont un impact sur le
changement climatique et la dégradation de la biodiversité, du fait des émissions de polluants (oxydes
d’azote NOx, monoxyde de carbone CO, hydrocarbures imbrûlés HC…) et de dioxyde de carbone (CO2),
principal responsable de l’effet de serre.

Ce contexte énergétique et environnemental motive le perfectionnement des systèmes de combustion


dans de nombreux secteurs tels que les transports ou les procédés industriels (moteurs à combustion
interne, fours, brûleurs). Cette évolution passe par une meilleure maîtrise de la combustion et par
l’amélioration des rendements de combustion avec une réduction sensible des émissions de polluants.

Ce polycopié s'adresse aux étudiants de Master en Energétique ou en fin de cursus dans les écoles
d’ingénieurs. Il est rédigé de manière simplifiée afin que l’étudiant puisse assimiler le contenu du cours.
Des exercices sans solutions sont donnés pour que l’étudiant s’y entraine à la fin de chaque chapitre.

Ce polycopié est divisé en sept chapitres. Le contenu du premier chapitre concerne les différentes
procédés de combustion, où les phénomènes interviennent conjointement : L’aspect chimique, l’aspect
transfert de chaleur et l’aspect mécanique. Après nous avons présenté quelques exemples de la
combustion dans l’industrie.

2
Le deuxième chapitre présente la thermodynamique de la combustion. On y rappelle le premier
principe et le deuxième principe de la thermodynamique et variation de l’entropie lors d’une réaction
chimique.

Les équations de base de l’aérothermochimie, pour un milieu formé par un mélange homogène de gaz
réactifs, en constituent le troisième chapitre. Les notions de base nécessaires pour poser les problèmes de
combustion en termes mathématiques sont énoncées : les variables caractéristiques du système à étudier,
les relations d’états à associer au milieu gazeux considéré, les équations de bilans des divers variables, et
enfin les lois des phénomènes irréversibles qui s’y produisent.

Le quatrième chapitre donne les éléments de cinétique chimique nécessaires pour la combustion. En
rappelant d’apport la notion d’équilibre chimique qui permet de calculer la température adiabatique de fin
de combustion. Puis en décrit les différents mécanismes de réactions en chaine. Le calcule de vitesse de
réaction ou taux de réaction est aussi présenté.

Les caractéristiques des flammes sont nombreuses et complexes, c'est pourquoi le


cinquième chapitre traite seulement d'une de leurs principales caractéristiques; leur forme. Il
existe plusieurs modèles de classification des flammes. Nous nous limiterons ici à une classification
en fonction de la forme et du mélange réactionnel des flammes.

Le sixième chapitre est consacré à l’étude des flammes laminaires de prémélange. En effet,
dans certains régimes de combustion turbulente, la flamme peut être considérée localement
comme une flamme laminaire et la connaissance des caractéristiques de la flamme laminaire est
alors indispensable à l’étude de la combustion turbulente. Ce chapitre constitue un bref rappel
de la théorie des flammes laminaires de prémélange, et en particulier des flammes sphériques en
expansion.

Dans le septième chapitre et le dernier, les flammes de diffusion sont abordées. Après une
description qualitative et la démonstration des propriétés intéressantes mises en évidence lorsque les
nombre de Lewis sont supposés égaux à l’unité, on présente l’approche historique de Burke et Schumann.
On complète cette présentation par la généralisation concernant les flammes étirées.

3
Table des matières
Avant-propos ................................................................................................................................ 2

Listes des figures .......................................................................................................................... 8

Symboles et notations................................................................................................................. 11

Chapitre 1 : Introduction à la combustion et ses applications ........................................................ 13

1.1 Combustion phénomène à plusieurs aspects ........................................................................ 13

1.2 Combustion dans l’industrie................................................................................................. 14

1.2.1 Les moteurs ................................................................................................................... 14

1.2.2 Les brûleurs : ................................................................................................................. 19

1.3 Combustion dans la nature ................................................................................................... 22

Chapitre 2 : Thermodynamique de la combustion ......................................................................... 23

2.1 Energie interne de réaction, enthalpie de réaction ............................................................... 23

2.2 Enthalpie de formation ......................................................................................................... 24

2.3 Généralisation du 1er principe aux systèmes réactifs ........................................................... 26

2.4 Variation de l’entropie dans un milieu réactif ...................................................................... 35

2.4.1 Entropie d’un gaz parfait : ............................................................................................. 35

2.4.2 Variation de l’entropie lors d’une réaction chimique................................................... 35

2.5 Autres critères d’équilibre plus convenables ....................................................................... 37

2.6 Equilibre chimique dans le cas d’un mélange de gaz parfait ............................................... 39

2.6.1 La fonction de Gibbs ou enthalpie libre d’un gaz parfait .............................................. 39

2.6.2 Mélange de gaz parfait à l’équilibre chimique .............................................................. 39

2.6.3 Equation de Van’t Hoff (effet de la température sur Kp) ............................................. 42

2.7 Algorithme de calcule .......................................................................................................... 43

Chapitre 3: Cinétique chimique appliquée à la combustion ........................................................... 48

3.1 Introduction .......................................................................................................................... 48

3.2 Réactions élémentaires, réactions de bilan ........................................................................... 48


4
3.3 Molécularité d’une réaction élémentaire .............................................................................. 48

3.4 Vitesse de réaction ou taux de réaction ................................................................................ 49

3.5 Lois expérimentales des vitesses de réaction et ordre réaction ............................................ 50

3.6 Loi d’Arrhenius .................................................................................................................... 51

3.7 Loi théorique de la vitesse d’une réaction élémentaire ........................................................ 52

3.8 Deux réactions élémentaires consécutives ........................................................................... 55

3.9 Plusieurs réactions en chaine .Mécanisme : ......................................................................... 56

3.10 Expression générale de la vitesse de réaction .................................................................... 57

Chapitre 4 : Les équations de bilan de l’aérothermochimie ........................................................... 61

4.1 Introduction .......................................................................................................................... 61

4.2 Structure générale d’équation de bilan ................................................................................. 61

4.3 Bilan de masse du mélange dans sa globalité ...................................................................... 61

4.4 Bilan de masse d’une espèce dans un mélange .................................................................... 62

4.5 Bilan de quantité de mouvement .......................................................................................... 63

4.6 Bilan d’énergie ..................................................................................................................... 64

Chapitre 5 : Les types de flammes ................................................................................................. 66

5.1 Introduction .......................................................................................................................... 66

5.2 Phénomènes impliqués dans une flamme ......................................................................... 68

5.3 Flamme de diffusion turbulente ........................................................................................... 71

5.3.1 La flamme continue ....................................................................................................... 71

5.3.2 La région de transition................................................................................................... 71

5. 3.3 Le panache : ................................................................................................................. 71

5.4 Flammes de diffusion laminaires ......................................................................................... 72

5.6 La forme des flammes : ........................................................................................................ 73

Chapitre 6 : Flamme laminaire de prémélange .............................................................................. 74

5
6.1 Structure d’une flamme laminaire de prémélange ............................................................... 74

6.2 Vitesse de propagation et vitesse de combustion laminaire ................................................ 75

6.3 Epaisseur de flamme laminaire ........................................................................................... 77

6.4 Etirement du front de flamme .............................................................................................. 78

6.5 Principales configurations expérimentales des flammes laminaires de prémélange ............ 79

6.6. Vitesse de combustion d’une flamme sphérique en expansion ........................................... 80

6.6.1. Vitesse de combustion laminaire étirée ........................................................................ 80

6.6.2. Vitesse de combustion laminaire non-étirée et longueur de Markstein ....................... 82

6.7. Instabilités du front de flamme............................................................................................ 83

Chapitre 7 : Flamme de diffusion laminaire................................................................................... 87

7.1 Intérêt des flammes de diffusion laminaire .......................................................................... 87

7.1.1 Structure des flammes de diffusion .............................................................................. 89

7.2 Calcul d’une flamme de diffusion laminaire ....................................................................... 90

7.2.1 Chimie infiniment rapide .............................................................................................. 94

7.2.2 Résolution de l’équation de ZF ...................................................................................... 96

7.3 Utilisation du scalaire passif Z ............................................................................................. 98

7.3.1 Définitions ..................................................................................................................... 98

7.3.2 Description de la flamme en terme du scalaire passif Z ................................................ 99

7.3.3 Remarques ................................................................................................................... 103

7.4. Flammes de diffusion laminaires étirées ........................................................................... 105

7.4.1 Introduction ................................................................................................................. 105

7.4.2 Flamme de diffusion étirée stationnaire à contre-courant ........................................... 106

7.4.3 Flamme de diffusion étirée instationnaire .................................................................. 112

7.5. Stabilisation des flammes de diffusion.............................................................................. 114

7.5.1 Auto-inflammation .......................................................................................................... 114

6
7.5.2 Stabilisation sur les lèvres du brûleur ............................................................................. 115

7.5.3 Stabilisation par flamme triple ........................................................................................ 115

7.5.4 Stabilisation par zone de recirculation ............................................................................ 117

7.5.5 Flamme pilote .................................................................................................................. 117

Références .................................................................................................................................... 120

7
Listes des figures
Fig. 1-1 : Les différents phénomènes physiques qui jouent leur rôle, à différents endroits, dans une flamme
de bougie.
Fig. 1-2 : Propagation d’une flamme dans un prémélangée gazeux ; une expérience qu’on peut faire dans
une bouteille, mais avec précaution.[1]
Fig. 1-3 : Propagation de la flamme dans un moteur à allumage commandé, sans turbulence (à gauche)
et turbulent (à droite) à différents t1, t2, t3 [1]
Fig. 1-4 : Flamme dans un moteur Diesels schématisé, à injection directe [1]
Fig. 1-5a : Croquis d’un foyer de statoréacteur cylindrique, schématisé, avec une seule accroche flamme
en gouttière torique [1]
Fig. 1-5b : Détail de la stabilisation de la flamme par noyau de recirculation, derrière l’accroche [1]
Fig. 1-6 : (a) Coupe axiale de a chambre de combustion annuaire d’un turboréacteur. (b)Vue des têtes
d’injecteurs dans une portion de tube à flamme, par l‘arrière [1]
Fig. 1-7 : Schéma de principe d’un moteur-fusée bi-liquide[1]
Fig. 1-8 :Vue en coupe d’un moteur-fusée à propergol solide[1]
Fig. 1-9a : Flamme-jet d’un briquet à gaz [1]
Fig. 1-9b : Flamme sur un bec de gaz classique [1]
Fig. 1-10 : Brûleur à gaz à contre-rotation, l‘air est par deux séries de trous, chacune le mettant en
rotation dans un sens différent [1]
Fig. 1-11 : Schéma d’un brûleur à fuel-oil dans un four industriel [1]
Fig. 1-12 : Flamme (à gauche) se développant près d’une paroi verticale couverte de polymère (à droite)
sur un réservoir de combustible liquide [1]
Fig. 2-1 : Calorimètre à gaz
Fig. 2-2 : Enthalpie de formation
Fig. 2-3 : Energie interne et l’enthalpie pour O2
Fig. 2-4 : Energie interne et l’enthalpie pour N2
Fig. 2-5 : Energie interne et l’enthalpie pour CO2
Fig. 2-6 : Energie interne et l’enthalpie pour H2O
Fig. 2-7 : Energie interne et l’enthalpie pour CO
Fig. 2-8 : Energie interne et l’enthalpie pour H2
Fig. 2-9 : L’état d’équilibre
Fig .2-10 : Transformation spontanée s’effectuera jusqu’au point d’équilibre b.
Fig.3-1 : La variation des concentrations
Fig.3-2 : La variation de l’énergie potentielle
Fig.3-3 : Le comportement de la constante de vitesse k en fonction de la température
Fig.3-4: La distribution des énergies moléculaires

8
Fig.3-5 : L’état quasi-stationnaire.
Fig.5-1:Une classification des types de flammes en fonction de leur forme et de leur mélange
réactionnel.
Fig. 5-2 : Flammes de diffusion.
Fig. 5-3 : Gravité, poussée d'Archimède et mouvements de convection impliqués dans une flamme de
diffusion
Fig.5-3: Influence de la gravité sur la forme d'une flamme de diffusion.
Fig. 5-4 : Formes approximatives de flammes de diffusion turbulentes en fonction de l'état physique
du combustible.
Fig.5-5: Zones d'une flamme de diffusion turbulente impliquant un carburant hydrocarbure.
Fig.5-6: Couleurs et températures des zones d'une flamme de chandelle (flamme de diffusion laminaire).
Fig.6-1 : Structure d’une flamme laminaire de prémélange.
Fig.6-2 : Notations utilisé pour les définitions des vitesses de flamme.
Fig.6-3 : Configuration de flammes laminaires : a) flamme conique, b)flamme plate flamme, c)
à jets opposés, d) flamme sphérique[14].
Fig. 7-1 : Géométrie d’une flamme de diffusion laminaire obtenue par injection d’un jet de combustible
dans une atmosphère oxydante au repos.
Fig.7-2 : (a) Combustion d’une goutte de combustible dans une atmosphère oxydante, (b) Feux de nappes.
Fig.7-3 :Trois situations sont représentées, selon que la combustion se déroule au-dessus du combustible
a , au-dessous b ou le long d'une paroi c.
Fig.7-4 : Structure d’une flamme laminaire de diffusion (d’après [22]).
Fig.7-5 :Fractions massiques de combustible 𝑌𝐹 , d’oxydant 𝑌𝑂 et de produits de combustion 𝑌𝑃 en
fonction du scalaire passif 𝑍𝐹 = 𝑌𝐹 – 𝑌𝑂 /s pour une chimie infiniment rapide.
Fig. 7-6 : Profils du scalaire passif ZF, des fractions massiques de combustible YF et d’oxydant YO et de
température T dans la flamme de Burke et Schumann.
Fig. 7-7 : Fractions massiques réduites de combustible 𝑌𝐹 /𝑌𝐹∞ et d’oxydant 𝑌𝑂 /𝑌𝑂∞ et de température en
fonction du (a)scalaire passif Z dans le cas d’un mélange inerte (b) du scalaire passif Z dans le cas d’une
cinétique chimique infiniment rapide (solution de Burke et Schumann).
Fig.7.8 – (a) Fractions massiques réduites de combustibles 𝑌𝐹 /𝑌𝐹∞ d’oxydant 𝑌𝑂 /𝑌𝑂∞et température en
fonction du scalaire passif Z. Allure de la solution dans le cas général (écart à la solution de Burke et
Schumann). (b) Domaine d’évolution de la fraction massique de combustible Y F en fonction de la fraction
de mélange Z.
Fig. 7-9 : Flamme plane de diffusion laminaire étirée à contre-courant.
Fig. 7-10 : Profils de la fraction de mélange Z et des fractions massiques réduites de combustible 𝑌𝐹 /𝑌𝐹∞ ,
d’oxydant 𝑌𝑂 = 𝑌𝑂∞ et de produits2𝑌𝑃 /𝑌𝐹∞ (𝑠 + 1) dans une flamme plane de diffusion laminaire à
contre-courant (étirement constant 𝜀𝑠 ) tracés en fonction de la coordonnée spatiale
adimensionnée√𝜀𝑠 /2𝐷 𝑦.
Fig.7-11 :Valeur absolue du taux de réaction d’une flamme laminaire étirée à contre-courant en fonction
de l’étirement 𝜀𝑠 ou de la dissipation scalaire au front de flamme 𝜒𝑓 .

9
Fig.7-12 : Réponse d’une flamme de diffusion laminaire étirée à contre-courant à une perturbation
instantanée de l’étirement.
Fig.7-13: Stabilisation d’une flamme de diffusion par auto-inflammation.
Fig.7-14 : Stabilisation d’une flamme de diffusion par la lèvre du brûleur si celle-ci reste suffisamment
chaude.
Fig. 7-15 : Stabilisation par « flamme triple » d’une flamme de diffusion décrochée des lèvres du brûleur.
Fig.7-16 : Flamme de diffusion stabilisée en aval d’une zone de recirculation(L'obstacle qui génère la
zone de recirculation peut séparer les deux écoulements combustible et oxydant (a) ou se trouver à la
périphérie (b).
Fig.7-17 : Stabilisation d’une flamme de diffusion par flamme pilote (Cette flamme-pilote, alimentée par
un dispositif annexe, est le plus souvent prémélangée).
Tableau 7-1 : Détermination de la température T et des fractions massiques de combustible YF , d’oxydant
YO et de produits de combustion YP à partir du scalaire passif ZF = YF – YO/s pour une chimie infiniment
rapide.

Tableau 7-2 : Détermination des fractions massiques de combustible YF , d’oxydant YO et de produits YP à


partir du scalaire passif Z pour une chimie infiniment rapide.
Tableau 7-3 : Quelques valeurs du rapport d’équivalence pour la combustion d’un combustible pur
(𝑌𝐹∞ = 1) dans l’air (𝑌𝑂∞ = 0,23) ou dans l’oxygène pur (𝑌𝑂∞ = 1,0).

10
Symboles et notations
Seuls sont répertoriés ici les symboles ayant un caractère général sur l’ensemble de polycopié.
𝐴′ facteur pré-exponentiel
𝐶𝑝 chaleurs spécifiques à pression constant
𝐶𝑉 chaleurs spécifiques à volume constant
𝐷 coefficient de diffusion
di distance d’allumage
𝐸𝑎 énergie d’activation
𝐻 enthalpie
h enthalpie par mole du produit
G enthalpie libre
g enthalpie libre par unité de mole
K Etirement total du front de flamme
Kc constante d’équilibre associé aux concentrations
Kp constante d’équilibre chimique
𝑙𝑑 épaisseur de la zone de diffusion
Lv chaleur latente de vaporisation
mi masse de l’espèce i
Mi masse molaire de l’espèce i
ni nombre de mole par unité de masse
P pression
𝑝𝑐𝑠 pouvoir calorifique supérieur
Q quantité de chaleur
R constante des gaz parfait
Re nombre de Reynolds
s entropie par unité de mole
S entropie
s coefficient stœchiométrique massique de la réaction 𝐹 + 𝑠 𝑂 → 𝑃
𝑆𝐶 Vitesse de consommation
𝑆𝐿 Vitesse de flamme laminaire
t temps
T température
U énergie interne de formation

11
u composante de vitesse suivant x
v composante de vitesse suivant y

𝑉 vecteur vitesse
xi coordonnée spatiale dans la direction i
𝑋𝐽 fraction molaire de l’espèce j
𝑦𝑖 fraction massique de l’espèce i
𝑌𝑖∞ fraction massique du réactif i dans l’écoulement qui le contient
w paramètre de la réaction chimique (équation (7.63))
W travail
Z scalaire passif (ou fraction de mélange)
Zst valeur stœchiométrique de Z
Lettre grecques
𝛿𝐿 épaisseur de flamme laminaire
𝛿𝑝 épaisseur de la zone de préchauffage
𝛿𝑟 épaisseur de la zone de réaction
𝜀𝑠 taux d’étirement du champ de vitesse
𝜀𝑠𝑎𝑙𝑙 taux d’étirement d’allumage de la flamme de diffusion
é𝑞
𝜀𝑠 taux d’étirement équivalent (équation (7.83))
é𝑞
𝜀𝑠 taux d’étirement d’extinction de la flamme de diffusion
𝜆 conductivité thermique
𝜇 viscosité dynamique
𝜈𝑖 coefficients stœchiométrique (équation (3.31))
𝜈 viscosité cinématique
∅ rapport d’équivalence de la réaction
Ω volume
𝜌 masse du mélange par unité de volume
𝜒 taux de dissipation scalaire
𝜔̇ vitesse de réaction massique
Indices
a, b, c…coefficients stœchiométrique
i, j, k,…espèce chimique
f, b forward : vers la droite, backward :vers la gauche
F, O, P combustible, oxydant, produits de la réaction respectivement

12
Chapitre 1 : Introduction à la combustion et ses applications

1.1 Combustion phénomène à plusieurs aspects


Dans le procédés de combustion, connu par l’être humain il ya plus d’un million
d’années, plusieurs phénomènes interviennent conjointement :
- L’aspect chimique : de nombreuses réactions chimiques ont lieu simultanément
- L’aspect transfert de chaleur : les réactions chimiques entraînent des températures et
leurs gradients très élevés, impliquant d’importants transferts de chaleur.
- L’aspect mécanique : la combustion est aussi caractérisée par un important transfert
de quantité de mouvement et de masse par convection et /ou diffusion.
Exemple 1 : flamme d’une bougie (flamme non-prémélangée)
L’aspect chimique : un ensemble de réactions chimiques se fait entre l’oxygène de
l’air et les vapeurs du combustible (de la stéarine comprenant essentiellement du
carbone et de l’hydrogène)
L’aspect transfert de chaleur : c’est le phénomène du rayonnement, principale
utilité de la bougie.
L’aspect mécanique : c’est essentiellement la gravité qui fait monter les gaz chauds
et entraîne à leur place des gaz frais. La stéarine liquide est aspirée par capillarité vers
le haut. L’air et la vapeur de stéarine se mélangent par interaction moléculaire dans la
flamme, ou la fraction massique des gaz frais diminue et celle des gaz brulés augmente.

Gaz chauds
(CO2, H2O, air)

Rayonnement lumineux

Suies jaunes

Zone de réaction bleue


Vapeurs de combustible

Stéarine liquide Bougie

Fig. 1-1 : Les différents phénomènes physiques qui jouent leur rôle, à différents
endroits, dans une flamme de bougie.

13
Exemple 2 : propagation d’une flamme prémélangée à l’intérieur d’une bouteille :
L’aspect chimique : Les réactions entre l’oxygène de l’air et le méthane ont lieu
dans la flamme.
L’aspect transfert de chaleur : Les gaz chauds et la flamme chauffent par
conduction une petite couche voisine de mélange frais qui s’enflamme à son tour ect…,
d’où la propagation.
L’aspect mécanique : A noté la sortie des gaz chauds de la bouteille à la vitesse de
quelques mètres par seconde.

Air et CH4 zone bleue de flamme

Gaz brulés chaudes


(CO2 H2O, N2

Fig. 1-2 : Propagation d’une flamme dans un prémélangée gazeux ; une


expérience qu’on peut faire dans une bouteille, mais avec précaution.

1.2 Combustion dans l’industrie


1.2.1 Les moteurs : C’est une classe de dispositifs qui propulsent divers
véhicules (automobiles, avions, fusées, bateaux, trains) grâce à l’énergie thermique que
la combustion peut libérer.
a) Le moteur à piston, à allumage commandé :
Après fermeture de soupape d’admission, les gaz frais (air + vapeur d’essence) sont
comprimés puis enflammés par une étincelle. Les gaz brulés à 2500K à 2700K sont
détendus puis relâchés dans la tubulure d’échappement.
En réalité, la combustion n’est pas infiniment rapide. L’étincelle est déclenchée à
environs 20° avant PMH. Pour un moteur à 3000 tr/mn la durée de phase de
combustion correspond à 40° de rotation du vilebrequin ( ~2m sec).
Si la flamme était laminaire elle se propagerait à ~1 m/s. En fait, l’entrée des gaz à
travers la soupape et la remontée du piston provoquent une turbulence qui accroit la
vitesse de propagation de la flamme.

14
Fig. 1-3 : Propagation de la flamme dans un moteur à allumage commandé, sans
turbulence (à gauche) et turbulent (à droite) à différents t1, t2, t3 [1].

b) Le moteur diesel :
Il utilise une flamme nom-prémélangée (flamme de diffusion). L’air seul est
comprimé. À 20° avant PMH, un jet de gasoil liquide pulvérise (très fines gouttelettes)
est injecté. Les gouttelette se dispersent et s’évaporent dans l’air.
La structure de la flamme nom-pré-mélangée est telle que le cœur du jet est
concentré en combustible et la périphérique riche en air. Le résultat est que le moteur
libère plus de suie dans les gaz d’échappement par rapport au moteur à essence. En
contrepartie, à cause des températures plus élevé à la fin de compression, il a un
rendement thermodynamique global meilleur et peut utiliser un combustible mois
raffiné.

Fig. 1-4 : Flamme dans un moteur Diesels schématisé, à injection directe [1].

15
c) Le statoréacteur :
Il est utilisé pour des avions ayant atteint une vitesse de l’ordre de2 fois la vitesse de son.
Comme dans un moteur à piston, les gaz sont comprimés (dans la prise d’air à l’avant du moteur),
brulés et ensuite détendus (dans la tuyère à l’arrière). Cependant la combustion est continue
(non-cyclique).
La prise d’air fournit un courant au Mach 0.1 à 0.2, dans lequel est injecté du Kérosène liquide
pulvérisé par un conduit muni de plusieurs orifices. Un mélange air /vapeur est préparé à ~ 600k
sans risque d’inflammation dans la première partie de la chambre. Une flamme est alors allumée
et maintenue accrochée par une sorte de gouttière torique appelée accroche-flamme. Deux
flammes prémélangées conique se développent, l’une vers l’axe et l’autre vers le périphérique.
Derrière la flamme les gaz brules entrent dans la tuyère.
La flamme se propage obliquement par rapport à l’écoulement. La turbulence est très rentable
elle accroit la vitesse de propagation et donc l’angle α du front de flamme par rapport à l’axe.
Cela réduit la longueur de la chambre de combustion.

Fig. 1-5a : Croquis d’un foyer de statoréacteur cylindrique, schématisé,


avec une seule accroche flamme en gouttière torique [1].

Fig. 1-5b : Détail de la stabilisation de la flamme par noyau de recirculation,


derrière l’accroche [1].

16
d) Les turboréacteurs:
Ils sont d’un emploi très répandu pour presque tous types d’avions. Des moteurs
semblables sont turbopropulseurs équipant les avions à hélices et les turbines à gaz
utilisés sur des bateaux et des trains.
L’air est aspiré et comprimé (à 20 ou 30 atmosphères au décollage, 4 ou 5 fois mois
en altitude), passe dans la chambre à combustion ou le kérosène pulvérisé est injecté et
mélangé avec l’air. Après combustion, les gaz brulés traversent (et font tourner) la
turbine (et le compresseur) puis la tuyère.
La zone primaire est alimentée en kérosène par une quinzaine d’injecteurs et aussi
reçoit l’air par la 1ère rangée d’orifices latéraux du tube à flamme. La température max,
est 2200K à 1800 K, La zone de dilution permet de mélanger encore environs 1/3 de
l’air aux gaz brulés pour abaisser la température à 1700K à 1800K (si non la turbine ne
résisterait pas). La turbulence intense est une recirculation caractérisent a combustion
dans la zone primaire souvent grâce à un Swirl (mouvement tourbillonnaire d’axe
longitudinal) provoque par l’injecteur.

(a)

(b)

Fig. 1-6: (a)Coupe axiale de a chambre de combustion annuaire d’un turboréacteur


(b)Vue des têtes d’injecteurs dans une portion de tube à flamme, par l‘arrière [1].

17
e) Moteur fusée:
Il assure la propulsion dans l’espace car il n’utilise pas d’air. Diverses combinaisons
entre produits oxydants et réducteurs sont possibles : oxygène-kérosène (C10H20),
Oxygène-hydrogène, péroxyde d’azote (N2O4, comburant) –UDMH (Unsymmetrical
Diméthylhydrazine, Combustible), etc …. Des produits comportent sur la même
molécules des fonctions oxydantes et réductrices (monergols, e.g., hydrazine liquide
N2H4).
f) Moteur fusée bi-liquide:
Le fond de chambre contient un grand nombre d’injecteurs qui produit la
pulvérisation des jets d’ergols liquide. Dans ce cas l’hydrogène refroidit d’abord les
parois de la chambre de combustion.
Les gouttelettes liquides du combustible et du comburant sont alors dispersées,
mélangées et partiellement vaporisées pour former un brouillard. Ce brouillard est le
siège d’une flamme qui élève la température. Les gaz brulés finissent de s’approcher de
l’équilibre chimique en s’écoulant dans le convergent puis se détendent dans la tuyère
pour fournir la poussée du moteur.
La flamme peut être considérée comme prémélangée à l’échelle macroscopique (un
groupe de centaines de gouttes). A l’échelle des gouttes, on constate des zones riches en
combustible et d’autres en comburant. On peut dire que de petites flammelettes de
diffusion entourent les gouttes de combustible (ou de comburant).

Fig. 1-7 : Schéma de principe d’un moteur-fusée bi-liquide [1]

18
g) Moteur à propergols solides :
Lorsqu’on allume le mélange sous forme d’un bloc solide sa surface va régresser à la
vitesse de quelques mm/sec en libérant un débit important de gaz chauds (proportionnel
à la surface qui brûle).
Le bloc de propergols est moulé à l’intérieur, bien fixé aux parois latérales et au
fond, en laissant un vide qui communique avec le col de la tuyère.
Après allumage, c’est la surface intérieure correspondant au vide central qui va
brûler, sa forme étant calculée de façon à contrôler sa régression, donc le débit des gaz
et donc la poussée du moteur.
La flamme se réduit à une très fine zone à quelques dizaines de microns de la surface
du bloc de propergols. Elle se produit en phase gazeuse après vaporisation du solide.

Fig. 1-8 : Vue en coupe d’un moteur-fusée à propergol solide[1]

1.2.2 Les brûleurs :


Ce sont des dispositifs domestique ou industrielle utilisés pour fournir de la chaleur.
a) Le briquet à gaz :
C’est le brûleur le plus simple. Après allumage par l’étincelle de la pierre à briquet,
on obtient une flamme non-prémélangée entre le gaz naturel (95 °/°CH4) et l’air
environnant.
b) Le bec de gaz :
Il est composé d’un tube dans lequel se fait le mélange du gaz amené par un
injecteur central et de l’air entrainé arrivant de l’extérieur. La fermeture de virole
permet de diminuer la quantité d’air. Après allumage du mélange homogène à la sortie

19
du tube une flamme de pré-mélange s‘y accroche et s’y maintient ; elle a l’allure
conique car a vitesse des gaz qui sortent est supérieur à celle de a propagation de a
flamme. Cependant la vitesse des gaz est plus faible prés des parois et la flamme peut
s’y accrocher et ensuite se développer en oblique à partir des lèvres du tube.

Fig. 1-9a : Flamme-jet d’un briquet à gaz [1]

Fig. 1-9b : Flamme sur un bec de gaz classique [1]

c) Brûleur à gaz industrielle :


Le débit des gaz étant très important, l’air n’est pas seulement entraine mis amené de
façon contrôlée, un mouvement tourbillonnaire intense est organisé dans le brûleur, ce
qui allonge le temps de parcours du fluide à l’intérieur et produit une turbulence

20
intense. Le résultat est que la combustion prend place dans le brûleur. Au fond du
brûleur, on a une zone (riche en méthane plus froid. À la sortie, les gaz sont pus chauds
au centre qu’à la périphérie. Ce défaut d’homogénéité est plutôt bénéfique pour la tenue
des matériaux.

Fig. 1-10 : Brûleur à gaz à contre-rotation, l‘air est par deux séries de
trous, chacune le mettant en rotation dans un sens différent [1]

d) Brûleur à fuel-oil :
Le brûleur à fuel-oil étant visqueux à température ordinaire, il est préchauffé à 150°C pour
qu’il soit injecté dans de bonnes conditions sous forme de gouttelettes au centre du brûleur. Le jet
d’air arrive par un canal annulaire avec tourbillonnement (Swirl) de manière à accrocher la
flamme sans utiliser d’obstacles. La dépression au centre produit une zone de recirculation sur
l’axe. Cette dernière, alimentée à la fois par de l’air et une partie des gouttes (les plus petites)
permet de stabiliser un noyau de gaz chaudes en combustion comme le font accroches-flamme. Il
est possible de raccourci la flamme (plus longue par rapport à celle du brûleur à gaz précédant) en
augmentant la rotation de l’air.

Fig. 1-11 : Schéma d’un brûleur à fuel-oil dans un four industriel [1]

21
e) Les brûleurs à charbon :
Dans les premiers brûleurs où foyers à charbon, le charbon cassé en morceaux (de quelques
centimètres) était répandu sur grille et brûlait avec l’air qui passait au travers de cette grille et
autour des morceaux. Maintenant, les brûleurs à charbon utilisent du charbon pulvérisé, ce
broyé en particules de mois du millimètre de diamètre. Celles-ci peuvent alors être emportées
dans un courant d’air et être injectées un peu comme un liquide.

1.3 Combustion dans la nature


C’est le cas des incendies où le rayonnement et la convection naturelle jouent un rôle
important.
a)Feu de forêt :
À grande échelle c’est une flamme de prémélangée entre combustibles (arbres) et
comburant (air). À petite échelle ce sont des flammelettes de diffusion autour de chaque
arbre ou groupe d’arbres.
b) Paroi combustible verticale :
Ça peut être un rideau on un revêtement mural combustible. La flamme nom-
prémélangée se produit à environ 1 cm du mur.
c) Flamme sur une nappe de liquide combustible :
Une flamme peut se stabiliser sur une nappe de liquide combustible répandue sur un
réservoir ou sur la mer par exemple.

Fig. 1-12 : Flamme (à gauche) se développant près d’une paroi verticale couverte de
polymère (à droite) sur un réservoir de combustible liquide [1]

22
Chapitre 2 : Thermodynamique de la combustion

2.1 Energie interne de réaction, enthalpie de réaction


Si la réaction chimique se fait à volume constant et les produits de la réaction sont ramenés à
la température initiale des réactifs, alors l’énergie dégagée par le système est dite énergie interne
de réaction ∆UR. Elle peut être mesurée par une bombe calorimétrique.

Q=0
Réactifs à Ti Produit à Tf Produit à Ti
Volume
constant Q mesurée

C’est un calorimètre à volume constant, un système fermé (pas de transfert de


matière) adiabatique (pas de transfert de chaleur) qui mesure des variations et non pas
des valeurs absolues d’énergie.
D’après le premier principe :
𝑄 = (𝑈𝑃𝑟𝑜𝑑𝑢𝑖𝑡𝑠 ) 𝑇𝑖 − (𝑈𝑅é𝑎𝑐𝑡𝑖𝑓𝑠 ) 𝑇𝑖 = (∆𝑈) 𝑇𝑖 (< 0)
= ∑𝑃(𝑛𝑖 𝑢𝑖 ) 𝑇𝑖− ∑𝑅(𝑛𝑖 𝑢𝑖 ) 𝑇𝑖 (2.1)

Où ui est l’énergie interne par mole du produit i, et ni le nombre de moles du produit


i, (P : produits ; R : réactifs et Ti la température initiale).
Si la réaction chimique s’effectue à pression constant et les produits de la réaction sont
ramenés à la température initiale des réactifs, alors l’énergie dégagée par le système est
l’enthalpie de réaction ∆H
Elle peut être mesurée par le calorimètre à gaz

1 2

Réactifs à Ti Produit à Ti

Q mesurée
Refroidissement par l’eau

Fig. 2-1 : Calorimètre à gaz

23
-Pour un système ouvert :
C21 C22
H1 + gz1 + + 𝑄 = H2 + gz2 + + 𝑊 kJ /kg ou kJ/kmol
2 2

𝑄 = 𝐻2 − 𝐻1 = (𝐻𝑃 ) 𝑇𝑖 − (𝐻𝑅 ) 𝑇𝑖 = ∆𝐻𝑇𝑖


= ∑𝑃(𝑛𝑖 ℎ𝑖 ) 𝑇𝑖− ∑𝑅(𝑛𝑖 ℎ𝑖 ) 𝑇𝑖 (2.2)
hi étant l’enthalpie par mole du produit, la relation entre ∆U et ∆H est comme suit :
∆𝐻 = 𝐻𝑝 − 𝐻𝑅 = (𝑈𝑃 + 𝑃𝑃 𝑉𝑝 ) − (𝑈𝑅 + 𝑃𝑅 𝑉𝑅 )
= ∆𝑈 + 𝑅𝑢 𝑇𝑖 (𝑛𝑃 − 𝑛𝑅 ) (2.3)
Les espèces étant supposées être des gaz parfaits.
Dans les problèmes de combustion ∆U et ∆H sont des paramètres de base .Cependant, ce
n’est pas pratique de tabuler toutes les enthalpies de réactions que peut subir un composé
chimique avec d’autres substances d’où l’intérêt d’un paramètre plus fondamentale, c’est
l’enthalpie de formation (et aussi l’énergie interne de formation)

2.2 Enthalpie de formation


L’enthalpie de formation d’un composé est l’augmentation d’enthalpie quand un composé est
formé à partir de ses éléments constituants dans leur forme naturelle la plus stable dans l’état de
référence (1 atmosphère, 298 K) des éléments des réactifs et des produits.
La forme naturelle stable de l’hydrogène, l’oxygène, l’azote et le carbone sont H2 (gaz) , O2(gaz) ,
N2(gaz) , C (solide) (graphite et nom pas diamant).
𝜕ℎ
La chaleur spécifique à pression constant : 𝐶𝑝 = (𝜕𝑇)
𝑃
𝑑ℎ 𝑇
Pour un gaz parfait : 𝐶𝑝 = 𝑑𝑇 ∴ 𝑑ℎ = 𝐶𝑝𝑑𝑇 ∴ ℎ = ∫0 𝐶𝑝𝑑𝑇 + ℎ0 où ℎ = ℎ0 à T=0

Si l’on réécrit ℎ = ℎ(𝑇) + ℎ0 , alors l’enthalpie de réaction:


∆𝐻 = 𝐻𝑃 − 𝐻𝑅 = [∑ 𝑛𝑖 (ℎ(𝑇) + ℎ0 )𝑖 ]𝑃 − [∑ 𝑛𝑖 (ℎ(𝑇) + ℎ0 )𝑖 ]𝑅 (2.4)

En générale la différence  n h    n h 
i 0i P i 0i R n’est pas nécessairement nulle quand il ya
changement de composition dans un mélange de gaz, il est plus convenable de réécrire, voir la
figure (2.2) :
ℎ = ℎ298 + ℎ(𝑇) − ℎ(298) (2.5)
Utilisons la notion d’enthalpie de formation pour calculer l’enthalpie de réaction à 298 K de la
combustion complète de CH4 : 𝐶𝐻4 + 2𝑂2 → 𝐶𝑂2 + 2𝐻2 0

24
h

h(T)
hT

h(298)
h0
h298
T
298 k T

Fig. 2-2 : Calcule d’enthalpie de la réaction.

∆𝐻298 = 𝐻𝑃298 − 𝐻𝑅298 = (ℎ𝐶𝑂2 + 2ℎ𝐻2 𝑂 )298 + (ℎ𝐶𝐻4 + 2ℎ𝑂2 )298


L’enthalpie de formation de chacun des constituants :
(∆𝐻𝑓𝑂2 )298 = 0 , étant dans sa forme naturelle stable
(∆𝐻𝑓𝐶𝑂2 )298 = (ℎ𝐶𝑂2 ) 298 − (ℎ𝐶 + ℎ𝑂2 )298 , car 𝐶 + 𝑂2 → 𝐶𝑂2
(∆𝐻𝑓𝐻2 𝑂 )298 = (ℎ𝐻2 𝑂 ) 298 − (ℎ𝐻2 + 1/2ℎ𝑂2 )298 , car 𝐻2 + 1/2𝑂2 → 𝐻2 𝑂
(∆𝐻𝑓𝐶𝐻4 )298 = (ℎ𝐶𝐻4 ) 298 − (ℎ𝐶 + 2ℎ𝐻2 )298 , car 𝐶 + 2𝐻2 → 𝐶𝐻4
En substituant pour hCO2, hH2O et hCH4 à 298K dans l’enthalpie de réaction :
∆𝐻298 = [(∆𝐻𝑓𝐶𝑂2 + ℎ𝐶 + ℎ𝑂2 ) + 2(∆𝐻𝑓𝐻2 𝑂 + ℎ𝐻2 + 1/2ℎ𝑂2 )] − [(∆𝐻𝑓𝐶𝐻4 + ℎ𝐶 + 2ℎ𝐻2 ) +
298

2(ℎ𝑂2 )]
298
(2.6)
A noter que les enthalpie de tous les éléments de base s’annulent (C,H2 et O2), on peut donc

les mettre égales à zéro arbitrairement. On obtient :

∆𝐻298 = [(∆𝐻𝑓𝐶𝑂2 ) + 2(∆𝐻𝑓𝐻2 𝑂 )] − [(∆𝐻𝑓𝐶𝐻4 )] (2.7)


298 298

On écrira donc l’enthalpie d’un composé comme la somme de l’enthalpie de sa


formation à l’état standard + l’augmentation de l’enthalpie de la température 298 K à la
température T. Par exemple : 0 0

(ℎ𝐶𝐻4 ) 𝑇 = (ℎ𝐶𝐻4 )298 + ℎ(𝑇) − ℎ(298) = (∆𝐻𝑓𝐶𝐻4 )298 + (ℎ𝐶 + 2ℎ𝐻2 )298 + ℎ(𝑇) − ℎ(298)

= (∆𝐻𝑓𝐶𝐻4 )298 +ℎ(𝑇) − (ℎ𝐶𝐻4 ) 298

25
En générale à T=298 K :

∆𝐻 = 𝐻𝑃 − 𝐻𝑅 = [∑ 𝑛𝑖 ∆𝐻𝑓298 ] − [∑ 𝑛𝑖 ∆𝐻𝑓298 ]
𝑝 𝑅

A une température T :

∆𝐻 = 𝐻𝑃 − 𝐻𝑅 = [∑ 𝑛𝑖 ℎ𝑖𝑇 ] − [∑ 𝑛𝑖 ℎ𝑖𝑇 ]
𝑃 𝑅

∆𝐻 = ∑𝑝𝑟𝑜𝑑 𝑖 𝑛𝑖 [∆𝐻𝑓 +ℎ(𝑇) − (ℎ) 298 ] − ∑𝑅é𝑎𝑐 𝑖 𝑛𝑖 [∆𝐻𝑓 +ℎ(𝑇) − (ℎ) 298 ] (2.8)
298 𝑖 298 𝑖

En conclusion. Au lieu d’exiger la mesure de milliers de ∆H des réactions chimiques


utiles, il suffit de connaitre les ∆Hf des composés utiles pour déduire les ∆H.
Remarque : C’est possible de déduire ∆Hf 298 d’un composé indirectement par exemple
l’éthylène C2H4 n’est pas produit facilement à partir de C et H2. Par contre, on obtient
facilement les résultats suivants.
1) 2C (graphite) +2O2(gaz) = 2CO2 (gaz)-787.4kJ/mol
2) 2H2 (g) +O2(gaz) = 2H2O (l)-571.5kJ/mol
3) 2CO2 (g) +2H2O(l) = C2H4 (g)+3O2(g)+1411kJ/mol
(1)+(2)+(3) : 2C (graphite) +2H2O(gaz) = C2H4 (gaz)+52.11kJ/mol
On déduit donc que l’enthalpie de formation de l’éthylène est :
(∆𝐻𝑓𝐶2𝐻4 ) = +52.11𝑘𝐽/𝑚𝑜𝑙
298

2.3 Généralisation du 1er principe aux systèmes réactifs


-Pour un système fermé :𝑄 = 𝛥𝑈 + 𝑊
En présence d’une réaction chimique, la variation de l’énergie interne, des réactifs à la
température Ti aux produits à la température Tf est :
∆𝑈 = (𝑈𝑃 ) 𝑇𝑓 − (𝑈𝑅 ) 𝑇𝑖 = [(𝑈𝑃 ) 𝑇𝑓 − (𝑈𝑃 )298 ] + [(𝑈𝑃 )298 − (𝑈𝑅 )298 ] + [(𝑈𝑅 )298 − (𝑈𝑅 ) 𝑇𝑖 ] (2.9)

Où (𝑈𝑃 )298 − (𝑈𝑅 )298 = ∆𝑈298 est l’énergie interne de réaction


-Pour un système ouvert : les réactifs à Ti et les produit à Tf
C21 C22
h1 + gz1 + + 𝑄 = h2 + gz2 + + 𝑊. (2.10)
2 2

- Si les enthalpies de formation sont données:


ℎ2 − ℎ1 = ∑𝑝𝑟𝑜𝑑 𝑖 𝑛𝑖 [∆𝐻𝑓 + ℎ(𝑇𝑓 ) − ℎ(298) ] − ∑𝑅é𝑎𝑐 𝑖 𝑛𝑖 [∆𝐻𝑓 + ℎ(𝑇𝑖 ) − ℎ(298) ] (2.11)
298 𝑖 298 𝑖

26

𝛥𝐻𝑅298 = ∑𝑝𝑟𝑜𝑑 𝑖 𝑛𝑖 [∆𝐻𝑓 ] − ∑𝑅é𝑎𝑐 𝑖 𝑛𝑖 [∆𝐻𝑓 ] (2.12)


298 𝑖 298 𝑖

Example:
a) Pour déterminer le pouvoir calorifique d’octane (C8H18) à l’aide d’une bombe
calorimétrique contenant un mélange stœchiométrique de (C8H18) et d’O2, la masse
d’octane est 0.543g. Celle de l’eau (+l’équivalent en eau du calorimètre) est 2.679kg.
l’augmentation de température de l’eau est 2.33k. calculer la valeur inferieure de
l’énergie interne de réaction. prendre l’énergie interne de condensation de la vapeur
d’eau égale à 44 MJ/kmol.
b) Si la pression et la température initiales étaient 25 atm et 300 K respectivement et s’il y
avait 300 ℅ d’excès d’oxygène estimer la pression et la température maximales juste après
allumage (adiabatique) durant ce temps .
(U300) O2=6.4 MJ/kg-mol, (U300) H2O=7.5 MJ/kg-mol, (U300) CO2=5.5 MJ/kg-mol
Supposant que UH2O=1.3UO2 et UCO2=1.6UO2 (pour résoudre l’équation de température T)
Solution
a) La chaleur dégagée par la combustion et par l’eau est
4.18𝑘𝐽
𝛥𝑄 = −(𝑚𝑐 𝛥𝑇) = −2.679𝑘𝑔 × × 2.33𝑘 = 26.09𝑘𝐽
𝑘𝑔. 𝑘
Le pouvoir calorifique supérieur de l’octane
26.09𝑘𝐽
𝑃𝐶𝑆 = = 48051.6𝑘𝐽/𝑘𝑔
0.543 × 10−3 𝑘𝑔
A noter que l’eau est condensée, 1kmol de C8H18 pèse 8.12+1.18=114kg
Donc l’énergie interne de réaction (valeur supérieur) par kmol de C8H18
𝛥𝐻 𝑠𝑢𝑝 = −48051.6 × 114 = −5477.9𝑀𝐽/𝑘𝑚𝑜𝑙.
L’équation de la réaction est : 𝐶8 𝐻18 + 12.5𝑂2 → 8𝐶𝑂2 + 9𝐻2 𝑂
Donc 1 kmol d’octane produit 9 kmol d’eau qui en condensant dégagent 9x44
MJ=396MJ de chaleur
D’onc la valeur inférieure : 𝛥𝑈𝑅 𝑖𝑛𝑓 = −(5477.9 − 396) = −5081.9𝑘𝐽/𝑘𝑚𝑜𝑙
b) Calcule de la température à partir du 1er principe :
𝛥𝑄 = 𝛥𝑈 + 𝛥𝑊 ∴ 𝑈𝑃300 − 𝑈𝑅300 = 0
(𝑈𝑃𝑇 − 𝑈𝑃300 ) + (𝑈𝑃300 − 𝑈𝑅300 ) = 0

Valeur inferieur de l’énergie interne de réaction

27
Avec excès d’oxygène de 300 %, l’équation de la réaction s’écrit :
C8 H18 + 50 O2 → 8CO2 + 9H2 O + 37.5O2
∴ 8. [𝑈𝑇 − 𝑈300 ]𝐶𝑂2 + 9. [𝑈𝑇 − 𝑈300 ]𝐻2 𝑂 + 37.5. [𝑈𝑇 − 𝑈300 ]𝑂2 + (−5081.9) = 0
Tirant [𝑈300 ]𝐶𝑂2 , 𝐻2 𝑂 𝑒𝑡 𝑂2 à partir des tables thermodynamique
8. [𝑈𝑇 ]𝐶𝑂2 + 9. [𝑈𝑇 ]𝐻2 𝑂 + 37.5. [𝑈𝑇 ]𝑂2 − 350.1 − 5081.9 = 0
Supposant que 𝑈𝐶𝑂2 ≈ 1.6𝑈𝑂2 et 𝑈𝐻2 𝑂 ≈ 1.3𝑈𝑂2 (nombre de moles de O2 étant
dominant)
Donc :
(8 × 1.6 + 9 × 1.3 + 37.5)𝑈𝑂2 = 5432𝑀𝐽/𝑘𝑚𝑜𝑙 → 𝑈𝑂2 = 86𝑀𝐽/𝑘𝑚𝑜𝑙
Dans les tables thermodynamique cette valeur correspond à T2=3150K (Fig.2-3).
Pour cette valeur :
𝑈𝑂2 = 86.6, 𝑈𝐻2 𝑂 = 146, 𝑈𝐶𝑂2 = 133.1MJ/kmol
8. [𝑈]𝐶𝑂2 + 9. [𝑈]𝐻2 𝑂 + 37.5. [𝑈]𝑂2 = 5613𝑀𝐽/𝑘𝑚𝑜𝑙 (Valeur trop grande)
Essayer T2=3100 K, 𝑈𝑂2 = 85, 𝑈𝐻2 𝑂 = 143.6, 𝑈𝐶𝑂2 = 122.11MJ/kmol
→ 𝑈𝑃 3100 ≈ 𝑈𝑅 300 : donc valeur satisfaisante
𝑃1 𝑉1 = 𝑛1 𝑅𝑇1 𝑒𝑡 𝑃2 𝑉2 = 𝑛2 𝑅𝑇2 → 𝑃2 = 𝑃1 × 𝑇2 /𝑇1 .× 𝑛2 /𝑛1
Or n1=50 et n2=54.5 (pour obtenir le nombre de moles ne pas considérer la phase
liquide de l’octane, H2O supposé gaz parfait)
∴ 𝑃2 = 281.6 𝑎𝑡𝑚.

28
Fig. 2-3 : Energie interne et l’enthalpie pour O2

29
Fig. 2-4 : Energie interne et l’enthalpie pour N2

30
Fig. 2-5 : Energie interne et l’enthalpie pour CO2

31
Fig. 2-6 : Energie interne et l’enthalpie pour H2O

32
Fig. 2-7 : Energie interne et l’enthalpie pour CO

33
Fig. 2-8 : Energie interne et l’enthalpie pour H2

34
2.4 Variation de l’entropie dans un milieu réactif
L’augmentation de l’enthalpie dans un système isolé (2ème principe de la
thermodynamique) a pour effet d’empêcher une combustion complète. Cela nous mène
au phénomène de dissociation et donc une réduction de la température théorique de
1
combustion, ex : 𝐶𝑂 + 2 𝑂2 → (1 − 𝛼) 𝐶𝑂2 + 𝛼𝐶𝑂 + 𝛼/2 𝑂2

Où α est le degré de dissociation.

2.4.1 Entropie d’un gaz parfait :


Une variation infinitésimale d’entropie s’exprime :
𝑑𝑄 𝑑𝑢+𝑃𝑑𝑣 𝑑ℎ−𝑣𝑑𝑃 𝑑ℎ 𝑑𝑃
𝑑𝑠 = = = = − 𝑅𝑢 (2.13)
𝑇 𝑇 𝑇 𝑇 𝑃

h étant une fonction de la température, l’intégration donne


𝑇 𝑑ℎ 𝑃
𝑠 = ∫0 − 𝑅𝑢 𝑙𝑛 (𝑃 ) + 𝑠0 (2.14)
𝑇 0

Les quantités 𝑄, 𝑢, ℎ, 𝑣 𝑒𝑡 𝑠 sont par mole gaz.


𝑇 𝑑ℎ
En écrivant 𝑠(𝑇) = ∫0 𝑇

Alors :
𝑃
𝑠 = 𝑠(𝑇) − 𝑅𝑢 𝑙𝑛 (𝑃 ) + 𝑠0 (2.15)
0

Il n’est pas nécessaire de définir dans ce cas « une entropie de formation » pour
contourner le problème de la détermination de S0. En effet, d’après le 3ème principe de
la thermodynamique, l’entropie tend vers zéro quand la température absolue tend vers
zéro.
Donc :
𝑃
𝑠 = 𝑠(𝑇) − 𝑅𝑢 𝑙𝑛 (𝑃 ) (2.16)
0

Si on prend P0=1 atm par convention, alors :


𝑠 = 𝑠(𝑇) − 𝑅𝑢 𝑙𝑛(𝑃)
P: pression en atmosphère, 𝑅𝑢 constante universelle des gaz et s : entropie en kJ/mol.K

2.4.2 Variation de l’entropie lors d’une réaction chimique


La variation de l’entropie s’exprime comme suit :
𝛥𝑆 = ∑𝑝𝑟𝑜𝑑 𝑖 𝑛𝑖 𝑠𝑖 − ∑𝑅é𝑎𝑐 𝑖 𝑛𝑖 𝑠𝑖 (2.17)

35
ni étant le nombre de moles de l’espèce i dans le mélange et 𝑠𝑖 est l’entropie absolue de
l’espèce i à la température et la pression partielle données.
On se propose de déterminer la variation d’entropie en considérant comme
exemple, la combustion à pression constante du mélange CO (gaz) / H2O (vapeur) de
ratio molaire 1 :1 pénétrant en régime stationnaire une chambre de combustion
adiabatique à 400 K et 1 atm pression totale. Négliger les variations en énergie
potentielle et cinétique.
-Pour ce système ouvert :
0 = 𝐻𝑝𝑟𝑜𝑑𝑢𝑖𝑡𝑠 − 𝐻𝑟é𝑎𝑐𝑡𝑖𝑓𝑠
Donc:
0 = ∑𝑃𝑖 𝑛𝑖 [∆𝐻𝑓 + ℎ(𝑇) − ℎ(298)] − ∑𝑅𝑖 𝑛𝑖 [∆𝐻𝑓 + ℎ(400) − ℎ(298)]
𝑖 𝑖

0 = 𝑛𝐶𝑂2 [∆𝐻𝑓 + ℎ(𝑇) − ℎ(298)] + 𝑛𝐻2 [∆𝐻𝑓 + ℎ(𝑇) − ℎ(298)] − 𝑛𝐶𝑂 [∆𝐻𝑓 +
𝐶𝑂2 𝐻2

ℎ(400) − ℎ(298)]𝐶𝑂 − 𝑛𝐻2 𝑂 [∆𝐻𝑓 + ℎ(400) − ℎ(298) ]


𝐻2 𝑂

En fait, cette équation est satisfaite pour T≈900k . Maintenant :


∆𝑠 = 𝑛𝐶𝑂2 [𝑠𝐶𝑂2 (𝑇) − 𝑅𝑢 𝑙𝑛(𝑃𝐶𝑂2 )] + 𝑛𝐻2 [𝑠𝐻2 (𝑇) − 𝑅𝑙𝑛(𝑃𝐻2 )] − 𝑛𝐶𝑂 [𝑠𝐶𝑂 (400) − 𝑅𝑢 𝑙𝑛(𝑃𝐶𝑂 )]
− 𝑛𝐻2𝑂 [𝑠𝐻2 𝑂 (400) − 𝑅𝑢 𝑙𝑛(𝑃𝐻2 𝑂 )]
Les pressions partielles sont déduites des fractions molaires
𝑃𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑡𝑜𝑡𝑎𝑙𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑟é𝑎𝑐𝑡𝑖𝑓𝑠 × 𝑛𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑚𝑜𝑙𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝐶𝑂 1𝑎𝑡𝑚 × 1
𝑃𝐶𝑂 = = = 0.5𝑎𝑡𝑚
𝑛𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑚𝑜𝑙𝑒𝑠 𝑡𝑜𝑡𝑎𝑙 𝑑𝑒𝑠 𝑟é𝑎𝑐𝑡𝑖𝑓𝑠 2
De même 𝑃𝐻2 𝑂 = 0.5𝑎𝑡𝑚; 𝑃𝐶𝑂2 = 0.5𝑎𝑡𝑚; 𝑃𝐻2 = 0.5𝑎𝑡𝑚
∆S est calculé après avoir tiré les valeurs de S(T) des espèces à partir des abaques.
Cette augmentation de l’entropie correspond à une réaction complète qui n’est pas
nécessairement réelle. Supposant maintenant une réaction incomplète avec un degré
d’avancement de 80%
𝐶𝑂 + 𝐻2 𝑂 → 0.8𝐶𝑂2 + 0.8𝐻2 + 0.2𝐶𝑂 + 0.2𝐻2 𝑂
On obtient ∆𝑠80% > ∆𝑠100%
Si en fait des calcule similaires pour différents dégrée d’avancement,
l’augmentation on maximale d’entropie est pour 70%de CO et H2O réagissant. C’est
l’état d’équilibre, voir figure (2.9).

36
Entropie totale T
b
s
s
c
T

0 Moles de CO2 produits 0.7 1

Fig. 2-9 : L’état d’équilibre

2.5 Autres critères d’équilibre plus convenables


En combinant les 1er et 2ème principes on a :
𝑑𝑈 + 𝑃𝑑𝑉 − 𝑇𝑑𝑆 ≤ 0 (2.18)
Doc nous avons deux cas (=0 réversible ; <irréversible).
Soit un système contenant un mélange d’espèces en équilibre chimique : l’entropie
est maximale. Toute déviation infinitésimale de cet état d’équilibre est telle que 𝑑𝑆 = 0.
Donc réversible, si le système est à volume constant (𝑑𝑉 = 0) alors (𝑑𝑈)𝑉,𝑆 = 0.
Cette condition d’équilibre n’est pas convenable dans la pratique puisque la condition
S=constante est difficile à obtenir car S ne peut pas être mesurée directement.
Des critères d’équilibre plus convenables peuvent être formulés grâce à de nouvelles
fonctions d’état :
-L’énergie libre où fonction de Helmotz : 𝐴 = 𝑈 − 𝑇𝑆
-L’enthalpie libre où fonction de Gibbs : 𝐺 = 𝐻 − 𝑇𝑆
-L’équation (2.18) est réécrite : 𝑑(𝑈 − 𝑇𝑆) + 𝑃𝑑𝑉 + 𝑆𝑑𝑇 ≤ 0
Pour un système à volume et à température constantes
𝑑(𝑈 − 𝑇𝑆)𝑉,𝑇 ≤ 0 où (𝑑𝐴)𝑉,𝑇 ≤ 0
Donc la fonction de Helmotz minimale correspond à une condition d’équilibre pour
un système à volume et température constants.
L’équation (2.18) peut être réécrite
𝑑(𝑈 − 𝑇𝑆 + 𝑃𝑉) − 𝑉𝑑𝑃 + 𝑆𝑑𝑇 ≤ 0 (2.19)

37
Pour un système à pression et température constantes
𝑑(𝑈 − 𝑇𝑆 + 𝑃𝑉)𝑃,𝑇 ≤ 0 , ou 𝑑(𝐻 − 𝑇𝑆)𝑃,𝑇 ≤ 0 ou 𝑑𝐺𝑃,𝑇 ≤ 0
Donc la fonction de Gibbs minimale correspond à une condition d’équilibre pour un
système à pression et température constantes.
-Interprétation physique de A et G
Considérons un système effectuant un travail 𝑑𝑊, à température constants alors
𝑇𝑑𝑆 ≥ 𝑑𝑊 + 𝑑𝑈 ∴ −𝑑(𝑈 − 𝑇𝑆) ≥ 𝑑𝑊 ∴ −𝑑(𝐴) ≥ 𝑑𝑊 (2.20)

Lors d’une transformation isotherme d’un système, la diminution de la fonction de


Helmotz est le travail maximal que peut effectuer ce système. Le terme TS est une
mesure de l’énergie non-disponible.
 Si maintenant le système effectue un travail dW à pression et température
constantes, alors une partie de ce travail sera fournie pour maintenir une pression
constante 𝑃𝑑𝑉 = 𝑑(𝑃𝑉) donc le travail utile disponible est 𝑑𝑊 ′ = 𝑑𝑊 − 𝑑(𝑃𝑉),
on a donc −𝑑(𝑈 − 𝑇𝑆) ≥ 𝑑𝑊 ′ + 𝑑(𝑃𝑉)

∴ −𝑑(𝑈 + 𝑃𝑉 − 𝑇𝑆) ≥ 𝑑𝑊 ′ ∴ −𝑑(𝐺) ≥ 𝑑𝑊 ′ (2.21)

Lors d’un procédé isotherme et isobare (par exemple réaction chimique à température
et pression constantes) la diminution de la fonction de Gibbs est le travail maximal
utile que l’on peut tirer du système.
Exemple :
On peut utiliser la fonction de Gibbs pour établir l’état d’équilibre, à une température
et une pression données, du mélange dont les réactifs sont initialement CO et H2O, le
problème est de trouver donc les concentrations de CO, H2O, CO2 et H2 constituant la
composition d’équilibre .
Pour un degré d’avancement ε de la réaction on a :
𝐶𝑂 + 𝐻2 𝑂 → 𝜀𝑂2 + 𝜀𝐻2 + (1 − 𝜀)𝐶𝑂 + (1 − 𝜀)𝐻2 𝑂 (2.22)
pour cette valeur de ε, à une température et une pression données la fonction de
Gibbs totale des produits est obtenue en faisant la somme des fonctions 𝐺𝑖 des espèces i
(par exemple de 𝐺𝑖 = 𝐻𝑖 − 𝑇𝑆𝑖 ).
Si l’on trace la variation de la fonction de Gibbs totale 𝐺𝑇 en fonction du degré
d’avancement de la réaction de ε=0 (0 réaction) à ε=1 (réaction complète) on obtient la
l’allure illustrée ci –dessous, la valeur minimale de 𝐺𝑇 correspond à l’équilibre.

38
A noter que si on a initialement un mélange de CO2 et H2 à ces mêmes pression et
température (point c) une transformation spontanée s’effectuera jusqu’au point
d’équilibre b.
GT
a

𝜀𝑏 ε
0 0.6 1

Fig. 2-10: Transformation spontanée s’effectuera jusqu’au point d’équilibre b.

2.6 Equilibre chimique dans le cas d’un mélange de gaz parfait

2.6.1 La fonction de Gibbs ou enthalpie libre d’un gaz parfait


Par définition 𝑔 = ℎ − 𝑇𝑠 (lettres minuscules pour quantités spécifiques : par unité
de mole du gaz)
𝑃
où ℎ = ℎ(𝑇) + ℎ0 et 𝑠 = 𝑠(𝑇) − 𝑅𝑢 𝑙𝑛 (𝑃 ) + 𝑠0 (2.23)
0

𝑃
∴ 𝑔 = (ℎ0 − 𝑇𝑠0 ) + [ℎ(𝑇) − 𝑇𝑠(𝑇)] + 𝑅𝑢 𝑇𝑙𝑛 (𝑃 ) (2.24)
0

En posant 𝑔0 = (ℎ0 − 𝑇𝑠0 ) 𝑒𝑡 𝑔(𝑇) = ℎ(𝑇) − 𝑇𝑠(𝑇).


𝑃
Alors 𝑔 = 𝑔0 + 𝑔(𝑇) + 𝑅𝑢 𝑇𝑙𝑛 (𝑃 ) (2.25)
0

Si on définit 𝑔0 = 𝑔0 + 𝑔(𝑇) .
𝑃
Alors 𝑔 = 𝑔0 + 𝑅𝑢 𝑇𝑙𝑛 (𝑃 ) (2.26)
0

𝑔0 est l’enthalpie libre à la température T et à la pression atmosphérique. Elle dépend


de la température seulement .pour un constituant i ayant une pression partielle pi dans
un mélange de gaz, alors 𝑔𝑖 = 𝑔𝑖0 + 𝑅𝑢 𝑇𝑙𝑛(𝑃𝑖 ) avec P0=1atm

2.6.2 Mélange de gaz parfait à l’équilibre chimique


L’enthalpie libre d’un mélange de gaz parfait est :

𝐺𝑇 = ∑𝑖 𝑛𝑖 𝑔𝑖 = ∑𝑖 𝑛𝑖 (𝑔𝑖0 + 𝑅𝑢 𝑇𝑙𝑛(𝑃𝑖 )) (2.27)

39
Au cours d’une réaction chimique cette fonction va varie puisque des espèces parmi
les réactifs vont disparaitre et d’autres parmi les produits vont apparaitre considérons
l’équation de la réaction chimique :
𝛾𝐴 𝐴 + 𝛾𝐵 𝐵 + ⋯ → 𝛾′𝐴 𝐴′ + 𝛾 ′𝐴 𝐴′ + ⋯ (2.28)
𝐴, 𝐵, 𝐴′, 𝐵 ′ : sont les espèces chimiques
𝛾𝐴 , 𝛾𝐵 , 𝛾′𝐴 , 𝛾′𝐵 : sont les coefficients stœchiométriques
Si une quantité infinitésimale de réactifs, à la température T et aux pressions
partielles Pi des espèces i respectives, est combinée pour former des produits selon
l’équation (2.28), alors l’enthalpie libre de chaque espèce des réactifs diminue de

(𝑔𝑖0 + 𝑅𝑇𝑙𝑛(𝑃𝑖 )) 𝑑𝑛𝑖 et celle des produit augmente.

Donc la variation infinitésimale de la fonction de Gibbs totale 𝐺𝑇 du système à


pression et température constantes est :
𝑑𝐺𝑇 = − (𝑔𝐴0 + 𝑅𝑢 𝑇𝑙𝑛(𝑃𝐴 )) 𝑑𝑛𝐴 − (𝑔𝐵0 + 𝑅𝑢 𝑇𝑙𝑛(𝑃𝐵 )) 𝑑𝑛𝐵 − ⋯ + (𝑔𝐴′
0
+ 𝑅𝑢 𝑇𝑙𝑛(𝑃𝐴′ )) 𝑑𝑛𝐴′
0
+ (𝑔𝐵′ + 𝑅𝑢 𝑇𝑙𝑛(𝑃𝐵′ )) 𝑑𝑛𝐵′ + ⋯ (2.29)

Si le paramètre ε représente l’avancement de la réaction (au début de la réaction ε=0,


à la fin de la réaction ε=1).
On a alors :
𝑑𝑛𝐴 = 𝛾𝐴 𝑑𝜀, 𝑑𝑛𝐵 = 𝛾𝐵 𝑑𝜀, 𝑑𝑛𝐴′ = 𝛾𝐴′ 𝑑𝜀, 𝑑𝑛𝐵′ = 𝛾𝐵′ 𝑑𝜀 𝑒𝑡𝑐 …
Quand la composition finale des produit est à l’équilibre (pour une valeur de ε entre 0
et 1 ) la valeur de 𝐺𝑇 est minimale.
Donc :
𝑑𝐺𝑇 = 0 , en posant ∆𝐺𝑇0 = 𝛾𝐴′𝑔𝑜𝐴′ + 𝛾𝐵′𝑔𝑜𝐵′ + ⋯ − 𝛾𝐴 𝑔𝑜𝐴 − 𝛾𝐵 𝑔𝑜𝐵 − ⋯
On obtient :
∆𝐺𝑇0 = −𝑅𝑇[𝛾𝐴′ 𝑙𝑛𝑃𝐴′ + 𝛾𝐵′ 𝑙𝑛𝑃𝐵′ + ⋯ − 𝛾𝐴 𝑙𝑛𝑃𝐴 − 𝛾𝐵 𝑙𝑛𝑃𝐵 − ⋯ ]
∆𝐺0 (𝑃𝐴′ )𝛾𝐴′ .(𝑃𝐵′ )𝛾𝐵′ …
∴ 𝑅 𝑇𝑇 = 𝑙𝑛 [ ] (2.30)
𝑢 (𝑃𝐴 )𝛾𝐴 .(𝑃𝐵 )𝛾𝐵 …

Le premier membre de l’équation dépend de la température seulement, donc le


second l’est aussi.
(𝑃𝐴′ )𝛾𝐴′ .(𝑃𝐵′ )𝛾𝐵′ …
En d’autres termes, 𝐾𝑝 = (2.31)
(𝑃𝐴 )𝛾𝐴 .(𝑃𝐵 )𝛾𝐵 …

40
Kp est une constante pour une température donnée, appelée constante d’équilibre.
Elle est généralement tabulée en fonction de la température pour chaque réaction
d’équilibre.
Remarque : attention
1
Pour la réaction a) 𝐶𝑂 + 2 𝑂2 → 𝐶𝑂2 𝑜𝑛 𝑎 𝐾𝑝𝑎
1 1
Pour la réaction b) 𝐶𝑂2 → 𝐶𝑂 + 2 𝑂2 𝑜𝑛 𝑎 𝐾𝑝𝑏 = 𝐾𝑝
𝑎

Pour la réaction c) 2𝐶𝑂 + 𝑂2 → 2𝐶𝑂2 𝑜𝑛 𝑎 𝐾𝑝𝑐 = (𝐾𝑝𝑎 )2

Tableau 2.1 : Constante d’équilibre

41
2.6.3 Equation de Van’t Hoff (effet de la température sur Kp)
Considérons la transformation d’un système d’un état initial à la température T et à
la pression P à un état final à la même température et la même pression.

Etat initial à T, P Etat final à T, P

La transformation qui nous intéresse ici est une réaction chimique. Le raisonnement
est aussi valable pour un changement de phase où la diffusion d’un gaz dans un autre à
la même température et la même pression.
On a déjà vu que :
𝜕𝐺
𝑑𝐺 = 𝑉𝑑𝑃 − 𝑆𝑑𝑇 ∴ (𝜕𝑇 ) = −𝑆
𝑃

Appliquant ce résultat aux états initial et final :


𝜕𝐺𝑖𝑛𝑖𝑡𝑖𝑎𝑙 𝜕𝐺𝑓𝑖𝑛𝑎𝑙
( ) = −𝑆𝑖𝑛𝑖𝑡𝑖𝑎𝑙 𝑒𝑡 ( ) = −𝑆𝑓𝑖𝑛𝑎𝑙 (2.32)
𝜕𝑇 𝑃 𝜕𝑇 𝑃

Soustrayant membre à membre:


𝜕(𝐺𝑓𝑖𝑛𝑎𝑙 −𝐺𝑖𝑛𝑖𝑡𝑖𝑎𝑙 )
( ) = −(𝑆𝑓𝑖𝑛𝑎𝑙 − 𝑆𝑖𝑛𝑖𝑡𝑖𝑎𝑙 )
𝜕𝑇 𝑃
𝜕∆𝐺 ∆𝐺−∆𝐻
∴ ( 𝜕𝑇 ) = −∆𝑆 = (2.33)
𝑃 𝑇

C’est l’équation de Gibbs-Helmotz que l’on peut réécrire :


𝜕(∆𝐺/𝑇) −∆𝐻
( ) = (2.34)
𝜕𝑇 𝑃 𝑇2

Puisque on a l’identité :
𝜕(∆𝐺/𝑇) 1 𝜕∆𝐺 ∆𝐺
( ) = 𝑇 ( 𝜕𝑇 ) − 𝑇 2 (2.35)
𝜕𝑇 𝑃 𝑃

Dans le cas particulier d’une réaction chimique, à l’équilibre final nous avons obtenu
de l’Eq (2.30) que :
∆𝐺 0
ln 𝐾𝑝 = − (2.36)
𝑅𝑢 𝑇

Dérivant partiellement par rapport à la température


𝜕(ln𝐾𝑝) 𝜕(∆𝐺 0 /𝑅𝑇)
[ ] = −[ ]
𝜕𝑇 𝑃 𝜕𝑇 𝑃
𝜕(ln𝐾𝑝) ∆𝐻 0
∴[ ] = − 𝑅𝑇 2 (2.37)
𝜕𝑇 𝑃

42
C’est l’équation de Van’t Hoff [2], ∆𝐻 0 est l’enthalpie de réaction à la température T
et à la pression de la référence 1 atmosphère. Dans beaucoup d’applications, ∆𝐻 0 est
presque indépendante de la temperature et donc supposée constante, alors intégrant :
∆𝐻 0 1 1
ln(𝐾𝑝2 /𝐾𝑝1 ) = − (𝑇 − 𝑇 ) (2.38)
𝑅𝑢 2 1

Ce résultat mène à la conclusion suivante pour une réaction exothermique ∆𝐻 0 < 0


par convention. Donc quand𝑇2 > 𝑇1 , le second membre < 0 d’où 𝐾𝑝2 < 𝐾𝑝1.
Les faibles valeurs de la constante d’équilibre correspondent aux températures
élevées, donc à des situations où le phénomène de dissociation est plus important et où
la réaction libère mois d’énergie.

2.7 Algorithme de calcule


Soit l’exemple d’algorithme de calcule de composition final et de température d’une
combustion à plusieurs degrés de dissociation de la combustion de l’éthylène 𝐶2 𝐻4 et
de l’oxygène 𝑂2 . Les étapes essentielles de l’algorithme sont les suivantes :
 Identifier le nombre s d’espèce constituant le mélange stœchiométrique (𝐶2 𝐻4 et 𝑂2)
donne une composition de gaz brulés contenant : 𝐶𝑂2 , 𝐻2 𝑂, 𝐶𝑂, 𝐻2 , 𝑂2 , 𝑂𝐻, 𝑂, 𝐻
(s=8).
Il ya des traces de 𝐶2 𝐻4 négligeables.
Si le mélange est riche en combustible (des réactifs) alors tenir compte des espèces
𝐶𝐻4 (méthane) et 𝐶2 𝐻2 (acetylène).
Si le comburant est l’air, alors tenir compte des polluants (𝑁𝑂, 𝐻𝐶𝑁).
 Identifier les éléments de base : le mélange est constitué de k éléments chimiques de
bas qui seront conservé durant la réaction. Dans le mélange 𝐶2 𝐻4 − 𝑂2 , il ya k=3
différents éléments : 𝐶, 𝐻, 𝑂.
 Etablir les différentes réactions d’équilibre indépendante .Il est nécessaire de
spécifier R=s-k conditions d’équilibre chimique pour aboutir à un système fermé
d’équations qui permet d’obtenir la composition final des produits. Dans notre
exemple R=s-k =8-3=5. Il nous faut donc cinq réactions d’équilibre indépendantes :
1
𝐶𝑂2 = 𝐶𝑂 + 𝑂2 … … … … … … … … … … … 𝐾1
2
1
𝐻2 + 2 𝑂2 = 𝐻2 𝑂 … … … … … … … … … … … 𝐾2

43
1 1
𝐻2 + 2 𝑂2 = 𝑂𝐻 … … … … … … … … … … . . 𝐾3
2
1
𝐻2 = 𝐻 … … … … … … … … … … … … … … 𝐾4
2
1
𝑂2 = 𝑂 … … … … … … … … … … … … . . … . . . 𝐾5
2

 Ecrire le système d’équation


Rappelons l’équation de la réaction globale de combustion :
𝐶2 𝐻4 + 3𝑂2 → 𝑎𝐶𝑂2 + 𝑏𝐻2 𝑂 + 𝑐𝐶𝑂, +𝑑𝐻2 + 𝑒𝑂2 + 𝑓𝑂𝐻 + 𝑔𝑂 + ℎ𝐻
Dans cet exemple 9 inconnues sont à déterminer :
8 coefficients stœchiométrique a, b, c…, h et la température.
 Deviner une température de combustion, la combustion dans ce cas, se faisant à
pression constante donnée. Pour cette valeur de température, les constantes
d’équilibre K1 à K5 sont obtenues des tables thermodynamiques.
La conservation des k(=3) éléments de base dans le mélange donne 3 équations :
𝑎+𝑐 =2 (élément C)
2𝑏 + 2𝑑 + 𝑓 + ℎ = 4 (élément H)
2𝑎 + 𝑏 + 𝑐 + 2𝑒 + 𝑓 + 𝑔 = 6 (élément O)
Les R=s-k=5 conditions d’’équilibre donnent les 5 équations supplémentaires pour
les coefficients stœchiométriques :
𝑃𝐶𝑂 .(𝑃𝑂2 )1/2 𝑃𝐻2 𝑂 𝑃𝑂𝐻 𝑃𝐻
𝐾1 = , 𝐾2 = 𝑃 1/2
, 𝐾3 = (𝑃 , 𝐾4 = (𝑃
𝑃𝐶𝑂2 𝐻2 (𝑃𝑂2 ) 𝐻2 )1/2 (𝑃𝑂2 )1/2 𝐻2 )1/2

𝑃𝑂
, 𝐾5 = (𝑃
𝑂2 )1/2

Les pressions partielles s’écrivent , selon la loi de Daltton :


𝑃𝐶𝑂2 𝑎 𝑃𝐻2 𝑂 𝑏 𝑃𝐶𝑂 𝑐
=𝑛, =𝑛 , = 𝑛 , … etc
𝑃 𝑃 𝑃

Et où 𝑎 + 𝑏 + 𝑐 + 𝑑 + 𝑒 + 𝑓 + 𝑔 + ℎ = 𝑛
Pour la température supposée, ce système non-linéaire de 8 équations donne (par la
méthode de Newton-Raphson par exemple) les coefficients a, b,…..h.
La composition final ainsi obtenu n’est qu’approchée puisque la température a été
devinée. C’est l’équation de l’énergie (la 9ème équation), qui nous dicte s’il faut un
incrément positif ou négatif à rajouter à la température pour refaire d’autres itérations
jusqu'à convergence.

44
Exercice 1
On considère la réaction du gaz à l’eau suivante
𝐶𝑂 + 𝐻2 𝑂 ⇆ 𝐶𝑂2 + 𝐻2
On supposera qu’une mole de CO réagit avec une mole de vapeur d’eau à 1800 K sous la
pression atmosphérique
-Déterminer la composition de mélange à l’équilibre T(K) Log10 K
(a CO + b CO2 +c H2O +d H2) 298 -5.018
-Quelle serait l’influence d’un abaissement de température sur la 1500 0.409
proportion d’hydrogène formée ? Essayer T=1500k 1800 0.577
On donne les valeurs suivantes de la constante d’équilibre pour 2000 0.656
la réaction : 𝐶𝑂2 + 𝐻2 ⇄ 𝐶𝑂 + 𝐻2 𝑂

Exercice 2
Soit la combustion dans un système ouvert, (Fig1) à la pression constante P=5 atm du CO et
de l’air avec 100 %d’excès de ce dernier
Q=?

Réactifs à 298K Produits à 3000K

L’équation de la réaction est :


𝐶𝑂 + 𝑂2 + 3.76 𝑁2 → 𝑛1 𝐶𝑂2 + 𝑛2 𝐶𝑂 + 𝑛3 𝑂2 2 + 3.76 𝑁2
Si les produits de combustion sont maintenus à la température de 3000K, la réaction.
𝐶𝑂 + 0.5 𝑂2 = 𝐶𝑂2 a pour constant d’équilibre une valeur telle que log10 Kp=0,485.
1/ 2
1  n2 10.52  n2 
a) montrer que le degré de dissociation n2 est tel que 3.055   
n2  5(1  n2 ) 

b) la résolution de l’équation ci-dessus donne n2=0.297 quelle est la composition finale des
produits de combustion.
c) quelle doit être la quantité de chaleur transférée vers le système par k-mol de CO pour
satisfaire le bilan thermique quand la température des réactifs est 298 K
d) vérifie que le degré de dissociation de la combustion augmente à n2=0.472 si la pression
diminue à 1 atm

45
CO2 CO O2 N2
∆hf,298 (MJ/k.mol) -393.78 -110.62 0 0
h(3000) (MJ/k.mol) 162.76 102.23 106.70 101.44
h(298) (MJ/k.mol) 9.37 8.67 8.66 8.67

Exercice 3
De l’heptane liquide (C7H16) à 15°C et de l’air à 2000 K alimentent une chambre
de combustion en proportions stœchiométrique. La combustion est adiabatique et se
fait à pression constante, 5.2.10-3 atmosphère. En tenant compte de la dissociation
du CO2 seulement. Déterminer la température finale et la composition finale des
produits.
On donne : T(K) Kp
 Enthalpies de formation à 25°C en MJ/kmol 2700 10.17
CO2 :-394; CO :-111; H2O :-242 (vapeur); C7H16 :-188 (gaz) 2800 6.58
 Chaleur spécifique de l’heptane liquide 100 kj/kmol .K 2900 4.58
 Enthalpie de vaporisation du (C7H16) 30 MJ/kmol 3000 3.01
 La constante d’équilibre pour la réaction 3100 2.12
CO+ 1/2O2 CO2

Exercice 4
De méthane gaz (CH4) et de l’air à 25°C alimentent une chambre de combustion en
proportions stœchiométrique. La combustion est adiabatique et se fait à pression
atmosphérique.
a) En absence de la dissociation déterminer la température finale (essaies la valeur plus
proche entre 1400 K et 1500 K). On donne les valeurs suivantes d’enthalpie en kj/mol

∆hf298 h(298) h(1400) h(1500)


CH4 -74.92
H2O -241.91 9.91 53.36 90.5
CO2 -393.65 9.37 65.28 71.1
O2 0 8.68 45.66 49.3
N2 0 8.67 43.62 85.3

46
b) si on tient compte maintenant du phénomène de dissociation de 𝐶𝑂2 ,
𝐻𝑂2 , 𝑒𝑡 𝑁2 , selon les réactions d’équilibre respectives suivantes :
(i) 𝐶𝑂 + 0.5 𝑂2 = 𝐶𝑂2, (ii) 𝐻2 + 0.5𝑂2 = 𝐻𝑂2 et (iii) 𝑁𝑂 = 0.5𝑁2 + 0.5𝑂2
Proposer, sans faire d’application numérique, les étapes à suivre pour déterminer la
température finale et la composition finale des produits contenant
𝐶𝑂2 , 𝐻𝑂2 , 𝑁2 , 𝑂2 , 𝐻2 , 𝐶𝑂, 𝑁𝑂.

Exercice 5
Considérons une réaction de combustion avec mélange stœchiométrique, qui serait
totale dans le sens de la combustion (z=1) : 𝐻2 (𝑔) + 1/2 𝑂2 → 𝐻2 𝑂
Se produisant dans une enceint de volume constant, à parois adiabatiques. La chaleur
dégagée lorsque la réaction se fait à T0 ne fait qu’élever la température final T. Cette
chaleur égale à (-∆u) , donc on a dans ci condition : 𝐶𝑉 (𝑇 − 𝑇0 ) + ∆𝑢 = 0 .
Soit c1, c2, c3, c4 désignant les capacités calorifiques molaires à volume constant de
H2O, H2, O2, N2 .
1) Pour un degré d’avancement z réécrire la réaction de la combustion
2) Que devient la relation 𝑐𝑉 (𝑇 − 𝑇0 ) + ∆𝑢 = 0
3) Montrer qu’on appliquant la loi de masse, le constante d’équilibre Kp est :
(7−𝑧)1/2 1
𝐾𝑃 (𝑇) = 𝑧 [(1−𝑧)3/2 ] 𝑃 −2

47
Chapitre 3: Cinétique chimique appliquée à la combustion

3.1 Introduction
La thermodynamique de combustion permet la détermination de fonction d’état lors
de la transformation (par réaction chimique) d’un système, d’un état d’équilibre initial
(mélange de réactifs) à un autre état d’équilibre (produits).
Elle est suffisante pour décrire un système si l’échelle du temps de la chimie est très
petite devant celle d’autre procèdes tels les phénomènes de diffusions ou de convection
de quantités transportables dans un système. Cependant dans la plupart des cas le
temps de la réaction est du même ordre de grandeur que celui d’autre phénomènes
(turbulence, conduction, diffusion) d’où la nécessité d’étudier les mécanismes des
réactions chimiques et leur évolution par rapport au temps. C’est la cinétique
chimique).

3.2 Réactions élémentaires, réactions de bilan


Une réaction élémentaire est une réaction qui se passe à l’échelle moléculaire
exactement de la manière décrite par l’équation de la réaction .Elle ne peut être
décomposée en processus plus simple. Une réaction de bilan est constituée d’un
ensemble de réactions élémentaires.

Considérons par exemple l’équation suivante


𝐶𝐻4 + 2𝑂2 → 𝐶𝑂2 + 2𝐻2 𝑂 (3.1)
C’est une réaction de bilan composée de quelques centaines de réactions
élémentaires. En effet, les réactions de départ sont des coupures de liaisons d’O2 et CH4

3.3 Molécularité d’une réaction élémentaire


Par définition la molécularité est le nombre d’espèce chimique (molécules, atomes,
radicaux) figurant dans le 1er membre d’une réaction élémentaire

48
* Les réactions mono-moléculaire : (molécularité=1) décrivent le réarrangement ou la
dissociation d’une molécule 𝐴 → 𝑝𝑟𝑜𝑑𝑢𝑖𝑡𝑠

Ex : 𝑂2 → 𝑂 + 𝑂 (dissociation)

*Les réactions bi-moléculaires :(molécularité=2) sont le type de réactions le plus


souvent rencontré 𝐴 + 𝐵 → 𝑝𝑟𝑜𝑑𝑢𝑖𝑡𝑠 ou 𝐴 + 𝐴 → 𝑃𝑟𝑜𝑑𝑢𝑖𝑡𝑠

*Les réactions tri-moléculaires : (molécularité=3) sont beaucoup plus rares ;


𝐴 + 𝐵 + 𝐶 → 𝑃𝑟𝑜𝑑𝑢𝑖𝑡𝑠 , 𝐴 + 𝐴 + 𝐵 → 𝑃𝑟𝑜𝑑𝑢𝑖𝑡𝑠 ou 𝐴 + 𝐴 + 𝐴 → 𝑃𝑟𝑜𝑑𝑢𝑖𝑡𝑠

La probabilité de rencontré de 4 particules en même temps (molécularité=4) et


quasi-nulle

3.4 Vitesse de réaction ou taux de réaction


Considérant l’équation de réaction suivante.
𝑎𝐴+𝑏𝐵 → 𝑎’ 𝐴’ + 𝑏’ 𝐵’ (3.2)
On définit [𝐴], [𝐵], [𝐴’] 𝑒𝑡 [𝐵’] comme étant les concentration en nombre de mole
par unité de volume des espèces chimiques A , B, A’ et B’ respectivement.

La vitesse de réaction d’une espèce dans les produits comme A’ ou B’ est son taux
𝑑[𝐴′ ] 𝑑[𝐵′ ]
de formation (positif) 𝑤𝐴′ = ou 𝑤𝐵′ = par rapport au temps. La vitesse de
𝑑𝑡 𝑑𝑡

réaction d’une espèce dans les réactifs comme A ou B est son taux de consommation
𝑑[𝐴] 𝑑[𝐵]
(négatif) 𝑤𝐴 = ou 𝑤𝐵 = par rapport au temps.
𝑑𝑡 𝑑𝑡

Si l’on introduit la variable 𝜉 qui représente le degré d’avancement de la réaction


(𝜉 = 0 au début de la réaction et 𝜉 = 1 à la fin), on peut définir une vitesse
caractéristique de la réaction :

1 𝑑[𝐴] 1 𝑑[𝐵] 1 𝑑[𝐴′ ] 1 𝑑[𝐵′ ] 𝜕𝜉


𝑤 = −𝑎 = −𝑏 = 𝑎′ = 𝑏′ = (3.3)
𝑑𝑡 𝑑𝑡 𝑑𝑡 𝑑𝑡 𝜕𝑡

𝑑[𝐴] 𝑑[𝐵] 𝑑[𝐴′ ] 𝑑[𝐵′ ]


Etant donné que 𝑑𝜉 = − 𝑑𝑡
=− 𝑑𝑡
= 𝑑𝑡
= 𝑑𝑡
(3.4)

49
L’allure des courbes representant la variation des concentrations de [𝐴] et [𝐴′] est
illustreé

[]
Produits [A’]

Réactifs [A]

Fig.3-1 : La variation des concentrations

Si on a un nombre 𝑁𝑟 de réactions simulttanées dans lesquelles l’espèse 𝐴𝑖 est


produite dans quelques une de ces réactions et consommée dans d’autres, alors le taux
de production net de la concentration [𝐴𝑖 ] est :

𝑁
𝑟 𝑁 𝑑[𝐴𝑖 ]
𝑤𝐴𝑖 = ∑𝑗=1 𝑤𝐴𝑖𝑗 = ∑𝑗 𝑟 ( ) (3.5)
𝑑𝑡 𝑗

𝑑[𝐴𝑖 ]
Où 𝑤𝐴𝑖𝑗 = ( ) est le taux de production ou de consomation de l’espece 𝐴𝑖 par la
𝑑𝑡 𝑗

réaction j (j allant de 1 à Nr qui est le nombre totatle de réactions).

3.5 Lois expérimentales des vitesses de réaction et ordre réaction


Considérons l’équation de réaction suivante :
𝑎 𝐴 + 𝑏 𝐵 + 𝑐𝐶 + ⋯ → 𝑎’ 𝐴’ + 𝑏’ 𝐵’ + 𝑐 ′ 𝐶 ′ + ⋯ (3.6)

Une loi de vitesse est une formulation empirique décrivant la vitesse ou le taux de
réaction. D’après la loi d’action de masse confirmée par les observations
expérimentales le taux de consommation d’une espèce dans les produits est
proportionnel au produit des concentrations des espèces des réactifs.

50
Chaque concentration étant élevée à une puissance égale au coefficient
stœchiométrique correspondant par exemple le taux de consommation de l’espèce A
s’exprime :

1 𝑑[𝐴] 1 𝑑[𝐵] 1 𝑑[𝐶]


−𝑎 = −𝑘[𝐴]𝑎 [𝐵]𝑏 [𝐶]𝑐 … … = 𝑏 =𝑐 (3.7)
𝑑𝑡 𝑑𝑡 𝑑𝑡

Le taux de production de 𝐴’ est tel que :

1 𝑑[𝐴′] 1 𝑑[𝐵′] 1 𝑑[𝐶′]


= +𝑘[𝐴]𝑎 [𝐵]𝑏 [𝐶]𝑐 … … = 𝑏′ = 𝑐′ (3.8)
𝑎′ 𝑑𝑡 𝑑𝑡 𝑑𝑡

Dans ces expressions, a, b, c, sont les ordres de la réaction par rapport aux espèces
A , B , C,…. Des réactifs respectivement. La somme des exposants a+b+c…..est l’ordre
global de la réaction.

Pour une réaction élémentaire, l’ordre global de réaction est toujours égal à sa
molécularité. Ce n’est pas le cas pour une réaction de bilan ou les exposants dans la
formule du taux de réaction ne correspondent pas nécessairement aux coefficients
stœchiométriques. En fait, ils peuvent avoir des valeurs négatives et /ou non entières. k
est appelée constante de vitesse .Elle dépend de la température seulement. Elle est
obtenue à partir de l’expression d’Arrhenius

3.6 Loi d’Arrhenius


D’après Arrhenius [3], la constante de vitesse k dépend fortement et de façon non-
linéaire de la température selon la relation :

𝑘 = 𝐴’ 𝑒𝑥𝑝 (−𝐸𝑎 /𝑅𝑇) (3.9)

Ou 𝐴’ est le facteur pré-exponentiel, 𝐸𝑎 l’énergie d’activation. C’est l’énergie


minimale nécessaire qu’une collision doit apporter aux réactifs pour que la réaction
puisse se produire effectivement. La figure (3-2) montre la variation de l’énergie
potentielle en fonction de la coordonnée de la réaction. Pour passer des réactifs aux
produits plusieurs chemins sont possibles présentant différentes barrières de potentiel.
Le chemin caractérisé pour une barrière minimal est la coordonnée de réaction.

51
Le comportement de la constante de vitesse k en fonction de la température est
illustré ci-dessous par les graphes de k(T) et ln (k) vs (1/T)

Energie potentiel

Réactifs

Produits

Coordonnée
de la réaction

Fig.3-2 : diagramme de l’énergie pour la réaction chimique

k
lnk

A’ Droite de pente –Ea/RT

T
1/T

Fig.3-3 : Le comportement de la constante de vitesse k en fonction de la température

Plus récemment des mesures expérimentales ont montré que le facteur 𝐴’ lui aussi
dépond de la température de sorte que :

𝐸𝑎
𝑘 = 𝐴𝑇 𝑏 𝑒𝑥𝑝(− ) (3.10)
𝑅𝑇

3.7 Loi théorique de la vitesse d’une réaction élémentaire


Considérant la réaction élémentaire bi-moléculaire :
𝐴+𝐴 →⋯ (3.11)
La vitesse de réaction est égale au plus, au nombre de rencontres entre 2 molécules
de (A) par unité de temps, c'est-à-dire la fréquence de collisions.

52
Le raisonnement qui suit est basé sur la supposition que les molécules A sont rigides
et sphérique, de rayon 𝑟𝐴 . Une collision entre 2 molécules de A ne peut se produire que
si la distance entre leur centre est 2𝑟𝐴 . Si une molécule de A parcourt une distance
𝑑𝐴 en une seconde elle va heurter toutes les particules A dans le volume
𝑉 = 𝑑𝐴 . 𝜋. (2𝑟𝐴 )2 .Le nombre de molécules A dans le volume est : [𝐴]. 𝑉. 𝒩 (le
nombre de mole par unité de volume X volume X nombre de molécules par mol
(Avogadro)). Donc, en une seconde, une molécule A va heurter
𝑑𝐴 . 𝜋. (2𝑟𝐴 )2 . [𝐴]. 𝒩 autres molécules A. D’après la théorie cinétique des gaz, la vitesse
8𝑘 𝑇 1/2 𝑅
d’une molécule s’exprime 𝒱𝐴 = [ 𝜋𝑚 ] , ou k : constante de Boltzmann(= 𝒩 ), T :

température, m : masse de la particule A .


Donc le nombre de collisions d’une molécule A avec d’autres molécules A en une
8𝑘 𝑇 1/2
seconde est : 𝜋. (2𝑟𝐴 )2 . [𝐴]. 𝒩. [ 𝜋𝑚 ]

Donc le nombre de collisions de toutes les molécules A dans un volume unité avec
d’autres molécules de A en une seconde :
1 8𝑘 𝑇 1/2
𝑍 = 2 [𝐴]. 𝒩. [𝜋. (2𝑟𝐴 )2 . [𝐴]. 𝒩. [ 𝜋𝑚 ] ] = coefficient × [𝐴]2 (3.12)

Il faut 2 molécules de A pour avoir une collision, d’où le facteur (½) dans
l’expression ci-dessus.
La fréquence totale de collisions entre les molécules A et B différentes, par unité de
volume s’exprime:
8𝜋𝑘 𝑇 1/2
𝑍 = [𝒩 2 . (𝜎𝐴𝐵 )2 [ 𝑚 ] ] [𝐴][𝐵] = coefficient × [𝐴][𝐵] (3.13)
𝐴𝐵

𝑚 𝑚
Où 𝜎𝐴𝐵 = 𝑟𝐴 + 𝑟𝐵 , 𝑚𝐴𝐵 = 𝑚 𝐴+𝑚𝐵 (3.14)
𝐴 𝐵

On conclut que la vitesse d’une réaction élémentaire est proportionnelle aux


concentrations des réactifs.
En réalité le nombre de collisions efficaces est plusieurs ordres de grandeurs
inferieur à celui du nombre total de collisions. Deux raisons principales sont les
suivantes :
-Du nombre totale Z de collisions entre les molécules (deux à deux), seulement
𝑧. 𝑒 −𝐸𝑎/𝑅𝑇 sont efficaces.

53
𝑒 −𝐸𝑎/𝑅𝑇 : est le facteur de Boltzmann. La théorie cinétique des gaz montre que le
facteur de Boltzmann représente la fraction des collisions possédant une énergie
supérieure à Ea . Sur la figure (3.4), montrant la distribution des énergies
moléculaires, cette fraction est la portion de surface hachurée.

une énergie entre E et E + dE


Fraction des molécules ayant

E E+ dE Ea

Fig.3-4 : La distribution des énergies moléculaires

-Les molécules ne sont pas sphériques. Ce sont des structures compliquées .Une
collision sera beaucoup plus efficace si les molécules se rencontrent suivant des
orientations privilégiées. D’ou l’introduction du facteur stérique P. Donc la
fréquence des collisions effectives entre A et B
𝐸𝑎
𝑍𝑒𝑓𝑓 = 𝑃. 𝑍. 𝑒 −𝑅𝑇 (3.15)
8𝜋𝑘 𝑇 1/2 𝐸𝑎
𝑍𝑒𝑓𝑓 = 𝑃 [𝒩 2 . (𝜎𝐴𝐵 )2 [ 𝑚 ] ] [𝐴][𝐵]. 𝑒 −𝑅𝑇 (3.16)
𝐴𝐵

𝐸𝑎
𝑍𝑒𝑓𝑓 = coefficient × 𝑇 1/2 [𝐴][𝐵]. 𝑒 −𝑅𝑇 (3.17)
Cette expression est à comparer avec la loi expérimentale de la vitesse de réaction
basée sur la loi d’Arrhenius
𝐸𝑎
𝑑[𝐴] 𝑑[𝐵]
= = −𝐴𝑇 𝑏 [𝐴][𝐵]. 𝑒 −𝑅𝑇 (3.18)
𝑑𝑡 𝑑𝑡
𝑑[𝐴]
A noter que donne le taux de consommation des moles de A par unité de volume
𝑑𝑡

et par seconde. Multiplie par le nombre d’Avogadro, on obtient le taux de


consommation des molécules par unité de volume et de temps

54
3.8 Deux réactions élémentaires consécutives
Considérons les 2 réactions consécutives suivantes
𝑘1 𝑘2
𝐴 + 𝐵 → 𝐴𝐵 → 𝐶 + 𝐷 (3.19)
Le taux de production de AB de la 1ere réaction est :
𝑑[𝐴𝐵] 𝑑[𝐴] 𝑑[𝐵]
( ) = 𝑘1 [𝐴][𝐵] = − =− (3.20)
𝑑𝑡 1 𝑑𝑡 𝑑𝑡

Le taux de consommation de AB par la 2eme réaction est


𝑑[𝐴𝐵] 𝑑[𝐶] 𝑑[𝐷]
( ) = −𝑘2 [𝐴𝐵] = − =− (3.21)
𝑑𝑡 2 𝑑𝑡 𝑑𝑡

Donc le taux de variation net de concentration de [𝐴𝐵]


𝑑[𝐴𝐵] 𝑑[𝐴𝐵] 𝑑[𝐴𝐵]
=( ) −( ) = 𝑘1 [𝐴][𝐵] − 𝑘2 [𝐴𝐵] (3.22)
𝑑𝑡 𝑑𝑡 1 𝑑𝑡 2

Dans beaucoup de réactions de combustion, la concentration de radicaux libres


(espèces intermédiaires) reste constante sur une grande partie du temps de la réaction.
Dans ce cas le taux de production d’une espèce par une première réaction= le
taux de consommation de cette même espèce par une réaction suivante.
𝑑[𝐴𝐵]
=0 (3.23)
𝑑𝑡

Dans beaucoup d’études, cette approximation est pour les espèces transitoires dont la
concentration reste constante sur une grande partie du temps de combustion. On
l’appelle approximation de l’état quasi-stationnaire.
Concentration

[C] , [D]
Concentration des espèces

[AB
]
intermédiaires

[A],
[B]

Temp
s

Fig.3-5 : L’état quasi-stationnaire.

55
3.9 Plusieurs réactions en chaine .Mécanisme :
Le processus de combustion s’effectue en réalité par un mécanisme très complexe de
réactions élémentaire en chaine : des dizaines pour l’hydrogène, des centaines pour le
méthane et des milliers pour le cétane C16H34 (composant typique du fioul Diesel).En
générale on distingue 3 étapes essentielles dans la chaine. Elles seront décrites ci-
dessous par référence à l’exemple de combustion de l’hydrogène dont l’équation de la
réaction de bilan est :
2𝐻2 + 𝑂 → 2𝐻2 𝑂 (3.24)
1er étape : L’initiation
Ce type de réaction produit des radicaux libres à partir de molécule stables. Ces
radicaux étant actifs sont appeler centres actifs ou propagateurs. Par exemple une
molécule se dissocie par l’énergie provenant d’une collision avec une autre molécule,
par l’énergie (ℎ𝜈 ) d’un photon de fréquence appropriée 𝜈 ou d’une paroi solide chaude
en contact avec le gaz. Dans la combustion de l’hydrogène on peut avoir comme
réactions d’initiation :
𝐻2 + 𝑂2 → 2𝑂 + 𝐻 ⦁ (3.25)
𝑂2 + 𝑀 → 2𝑂⦁ + 𝑀 (𝑀 : Une espèce externe) (3.26)
Le point représente un électron nom apparie donc l’espèce en question est un radical
libre.
2eme étape : Propagation
Ce sont les réactions intermédiaires caractérisés par la présence des radicaux dans
les réactifs et dans les produits. On distingue deux types de propagation :
 La propagation en chaine droite où un radical libre à gauche (au premier membre
de l’équation de la réaction) en donne un à droite (au 2nd membre).
 Comme exemple, une réaction élémentaire typique dans la combustion de
l’hydrogène est 𝑂𝐻 ⦁ + 𝐻2 → 𝐻2 𝑂 + 𝐻 ⦁ en donne 2 à droite, par exemple :
𝑂𝐻 ⦁ + 𝐻2 → 𝑂𝐻 ⦁ + 𝑂⦁ (3.27)
𝑂⦁ + 𝐻2 → 𝑂𝐻 ⦁ + 𝐻 ⦁ (3.28)
3eme étape : Rupture ou terminaison
Ce sont les réactions de recombinaison des radicaux libres donnant des molécules
stables, les centres propagateurs disparaissent, c’est la rupture de la chaine. Par

56
Exemple :
𝐻 ⦁ + 𝑂𝐻 ⦁ + 𝑀 → 𝐻2 𝑂 + 𝑀 (3.29)
Ou.
𝐻 ⦁ + 𝐻 ⦁ + 𝑀 → 𝐻2 + 𝑀 (3.30)

3.10 Expression générale de la vitesse de réaction


 Cas d’une réaction :
Soit un nombre de Ns espèces Ai pouvant exister dans les réactif et /ou les produits
d’une réaction, i allant de 1 à, Ns. Si l’équation générale de la réaction s’écrit :
(𝑓) (𝑏)
∑𝑁𝑠 𝑁𝑠
𝑖=1 𝜈𝑖 𝐴𝑖 → ∑𝑖=1 𝜈𝑖 𝐴𝑖 (3.31)
Alors le taux de production ou de consommation de l’espèce Ai est donné par :
𝑑[𝐴𝑖 ] (𝑏) (𝑓) 𝑁𝑠 (𝑓)
= 𝑘[𝜈𝑖 − 𝜈𝑖 ] ∏𝑖=1[𝐴𝑖 ]𝜈𝑖 (3.32)
𝑑𝑡
𝑁𝑠
Avec (𝑓) gaz frai, (𝑏) gaz brulé, 𝜈𝑖 Coefficients stœchiométrique et ∏𝑖=1. produit
de toutes les concentrations
 Cas de 2 réactions opposées :
Si l’équation d’une réaction vers la droite (f : forward) et l’équations de sa réaction
inverse vers la gauche ( b: backward) , s’écrivent :

(𝑓) 𝑁𝑆 (𝑏)
∑𝑁 𝑆
𝑖=1 𝜈𝑖 𝐴𝑖 ⇌ ∑𝑖=1 𝜈𝑖 𝐴𝑖 (3.33)
Alors la vitesse de réaction nette de l’espèce Ai est donnée par :
𝑑[𝐴𝑖 ] 𝑑[𝐴𝑖 ] 𝑑[𝐴𝑖 ]
=( ) +( ) (3.34)
𝑑𝑡 𝑑𝑡 𝑓 𝑑𝑡 𝑏

𝑑[𝐴𝑖 ] (𝑏) (𝑓) (𝑓) (𝑏)


= 𝑘𝑓 [𝜈𝑖
𝑁𝑠
− 𝜈𝑖 ] ∏𝑖=1[𝐴𝑖 ]𝜈𝑖 + 𝑘𝑏 [𝜈𝑖(𝑓) − 𝜈𝑖(𝑏) ] ∏𝑁𝑠
𝑖=1[𝐴𝑖 ]
𝜈𝑖
(3.35)
𝑑𝑡

𝑑[𝐴𝑖 ] (𝑏) (𝑓) (𝑓) 𝑘 (𝑏) (𝑓)


𝑁𝑠
= 𝑘𝑓 [𝜈𝑖 − 𝜈𝑖 ] ∏𝑖=1[𝐴𝑖 ]𝜈𝑖 {1 − 𝑏 ∏𝑁𝑠
𝑖=1[𝐴𝑖 ]
𝜈𝑖 −𝜈𝑖
} (3.36)
𝑑𝑡 𝑘 𝑓

A noter qu’à l’équilibre thermodynamique :


𝑑[𝐴𝑖 ] 𝑘 (𝑏) (𝑓)
𝑁𝑠
=0 ∴ 𝑘𝑓 = ∏𝑖=1[𝐴𝑖 ]𝜈𝑖 −𝜈𝑖
= 𝐾𝑐 (3.37)
𝑑𝑡 𝑏

57
Kc étant la constante d’équilibre associée aux concentrations. Sa relation avec la
constante Kp associée aux pressions partielles est la suivante :
(𝑏)
𝜈
𝑃𝑖 𝑖 (𝑏) (𝑓)
𝐾𝑝 = ∏𝑁𝑠
𝑖=1 𝜈(𝑓)
𝑁𝑠
= ∏𝑖=1([𝐴𝑖 ]𝑅𝑇)𝜈𝑖 −𝜈𝑖
(3.37)
𝑃𝑖 𝑖

(𝑏) (𝑓) 𝑁
𝑠 (𝜈 (𝑏) (𝑓) 𝑁
𝑠 (𝜈(𝑏) (𝑓)
𝑁𝑠 ∑𝑖=1 𝑖 −𝜈𝑖 )
∑𝑖=1 𝑖 −𝜈𝑖 )
𝐾𝑝 = ∏𝑖=1[𝐴𝑖 ]𝜈𝑖 −𝜈𝑖
× [𝑅𝑇] = 𝐾𝑐 [𝑅𝑇] (3.38)

 Cas de plusieurs réactions simultanées :


Si on a un nombre total de Ns espèce dans les réactions élémentaires simultanées qui
s’écrivent :
(𝑓) 𝑁𝑆 (𝑏)
∑𝑁 𝑆
𝑖=1 𝜈𝑖𝑗 𝐴𝑖 → ∑𝑖=1 𝜈𝑖𝑗 𝐴𝑖 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑗 = 1, … 𝑁𝑖 (3.39)
Alors la vitesse de réaction nette de la concentration de Ai est la somme algébrique
des taux de production et /ou de consommation de Ai de toutes les réactions
élémentaires.
(𝑓)
𝑑[𝐴𝑖 ] 𝑁𝑆 (𝑏) 𝑁𝑠 (𝑓)
= ∑𝑗=1 𝑘𝑗 [𝜈𝑖𝑗 − 𝜈𝑖𝑗 ] ∏𝑚=1[𝐴𝑚 ]𝜈𝑚𝑗 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑚 = 1, … 𝑁𝑠 (3.40)
𝑑𝑡

𝑚:Nombre d’espèce pour balayer toutes les réactifs

58
Exercice 3.1
Considérons le mécanisme réactionnel suivant pour la combustion de H2 et O2 :
𝑘1
𝐻2 + 𝑂2 → 2𝐻2 .
𝑘2
𝑂𝐻 + 𝐻2 → 𝐻2 𝑂 + 𝐻.
𝑘3
𝐻 + 𝑂2 → 𝑂𝐻 + 𝑂 .
𝑘4
𝑂 + 𝐻2 → 𝑂𝐻 + 𝐻.
𝑘5
𝐻 + 𝑂𝐻 + 𝑀 → 𝐻2 𝑂 + 𝑀.
En supposant l’approximation de l’état quasi-stationnaire des concentrations des
espèces intermédiaires OH, H et O, Montrer que :

d H 2O  k k3 
 2k 2 O2 
. H 2  1  
dt  k 2 k 5 M  

Exercice 3.2
On s’intéresse à l’équation.
𝑘1 𝑘2
𝐴 → 𝐵 → 𝐶 + 𝐷.
1) déterminer les expressions en fonction du temps des concentrations des espèces A,
B , C, D ; sachant que les réactions successives son d’ordre 1 et au temps initial
[A]=[A]0 ; [B]= [C] =[D]=0.

Exercice 3.4
Le dioxyde d’azote se décompose, en l’absence de gaz inerte, selon la réaction
cinétique : 2𝑁𝑂2 → 2 𝑁𝑂 + 𝑂2
a) obtenir l’unité de la constante de vitesse k de cette réaction?
b) quelle est la valeur du temps de consommation de NO2 si à la température 592K la
concentration molaire [NO2]=0.003 mole/litre et k=498cm3/mole.sec?
c) si à une autre température 627k, k=1810 cm/mole.sec, quelle est la valeur de
l’énergie d’évacuation de cette réaction. On appelle que 𝑘 = 𝐴𝑒 −𝐸/𝑅𝑇 ou
R=8.31j/mole.K

59
Exercice 3.3
Vérifier les expressions des constantes de vitesse suivante pour les différentes
réactions d’ordre 0, 1, n

Ordre de réaction Equation différentielle Constante de vitesse k


0 d A A0   A
 k
dt t
1 d A 1  A0  
  k A ln 
dt t  A 
n d A 1  1 1 
  k An 
dt (n  1)t  An 1 A0 n 1 

60
Chapitre 4 : Les équations de bilan de l’aérothermochimie

4.1 Introduction
L’étude du phénomène de combustion dans un milieu tridimensionnel à plusieurs
espèces chimiques en mouvement instationnaire (à pression, température et masse
volumique variables) nécessite la résolution d’un système d’équations de bilan de
masse, de quantité de mouvement et d’énergie.

4.2 Structure générale d’équation de bilan


Une variable extensive F(t), dans un volume Ω fixe donné, peut être calculée de la
𝑑𝐹
valeur spécifique correspondante 𝑓(𝑟, 𝑡) = 𝑑𝑉 par intégration sur tout le volume Ω
.
𝐹(𝑡) = ∫Ω 𝑓(𝑟, 𝑡)𝑑𝑉 (4.1)
Où t est le temps, 𝑟⃗⃗ est le vecteur position, dV est un volume infiniment petit.
Une variation de la quantité de F dans le volume Ω peut etre due à
.
- Des flux ∫𝑠 ∅⃗⃗⃗⃗𝑓 . 𝑛⃗. ds traversant l’enveloppe S où ∅
⃗⃗⃗⃗𝑓 est la densité de flux (quantité

de F par unités de temps et de la surface)


- Des mécanismes de production ou de destruction qi (quantité de F par unité de
volume et de temps)
- Le bilan global se traduit donc par :
. 𝜕𝑓 . .
⃗⃗⃗⃗𝑓 . 𝑛⃗. ds = ∫ 𝑞𝑑𝑉
∫Ω 𝜕𝑡 𝑑𝑉 + ∫𝑠 ∅ Ω
𝜕𝑓
On arrive à ⃗⃗⃗⃗𝑓 = 𝑞
+ 𝑑𝑖𝑣∅ (4.2)
𝜕𝑡
𝜕𝑓
⃗⃗⃗⃗𝑓 : transports convectif et diffusif et 𝑞 : taux de
: taux de variation temporelle, 𝑑𝑖𝑣∅
𝜕𝑡

production.

4.3 Bilan de masse du mélange dans sa globalité


Dans ce cas on a :
𝑓 = 𝜌 (masse du mélange par unité de volume)
⃗⃗⃗⃗𝑓 = 𝜌𝑉
∅ ⃗ (débit massique par unité de surface)

𝑞 = 0 (taux de production de masse nul)

61
𝜕𝜌
On obtient : ⃗)=0
+ 𝑑𝑖𝑣(𝜌𝑉 (4.3)
𝜕𝑡

Cette équation ponctuelle n’est pas affectée par les réactions chimiques étant donné
qu’en chaque point du domaine, les réactions simultanées existantes réduisent la masse
des réactifs, augmentent la masse des produits mais maintiennent la masse totale
constante.

4.4 Bilan de masse d’une espèce dans un mélange


Dans ce cas on a :
 𝑓 = 𝜌𝑖 (masse de l’espèce i par unité de volume)
= 𝜌𝑦𝑖 (𝑦𝑖 : fraction massique de l’espèce i dans le mélange)
 ⃗⃗⃗⃗𝑓 = 𝜌𝑖 𝑉
∅ ⃗ + 𝐽𝑖 (𝜌𝑖 𝑉
⃗ densité de flux ⃗
convectif=𝜌𝑦𝑖 𝑉 ), (𝐽𝑖 densité de flux
diffusif)
 𝑞 = 𝑀𝑖 𝜔𝑖 (𝑀𝑖 est la masse molaire de l’espèce i, unité : kg/mol), (𝜔𝑖 est la
vitesse de réaction de l’espèce i, unité : mol/m3.s).
 On aboutit à :
𝜕𝜌𝑖
⃗ ) + 𝑑𝑖𝑣 𝐽𝑖 = 𝑀𝑖 𝜔𝑖 (𝑘𝑔/𝑚3 . 𝑠)
+ 𝑑𝑖𝑣(𝜌𝑖 𝑉 (4.4)
𝜕𝑡
𝜕𝜌𝑦𝑖
Ou ⃗ ) + 𝑑𝑖𝑣 𝐽𝑖 = 𝑀𝑖 𝜔𝑖
+ 𝑑𝑖𝑣(𝜌𝑦𝑖 𝑉
𝜕𝑡

De cinétique chimique la vitesse égale :


(𝑓)
(𝑏) (𝑓) 𝐸𝑎𝑗 𝑁𝑠 𝑋 𝑃 𝜈𝑚𝑗
𝜔𝑖 = ∑𝑁𝑟
𝑗=1 [𝜈𝑖𝑗 − 𝜈𝑖𝑗 ] 𝐴𝑗 𝑇𝑏𝑗 (exp(− 𝑅 𝑇)) ∏𝑚=1 [ 𝑅𝑚𝑇 ] (4.5)
𝑢 𝑢

𝐷𝑖𝑇
Ou 𝐽𝑖 = 𝜌𝐷𝑖𝑀 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑦𝑖 − 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑇
𝑇
Diffusion ordinaire Diffusion thermique
ou effet Soret (souvent négligeable)

T : est la température
P est la pression totale (𝑋𝑚 𝑃 = 𝑃𝑚 est la pression partielle de l’espèce m)
𝐷𝑖𝑀 : est le coefficient moyen de diffusion de l’espèce i, dans le reste du mélange.
1−𝑦𝑖
D’après la formulation de Stefan [4], 𝐷𝑖𝑀 = ∑ (loi empirique. Erreur d’environ
𝑗≠𝑖 𝑋𝑗 /𝐷𝑖𝑗

10 %).
𝑋𝑗 : est la fraction molaire de l’espèce j

62
𝑦𝑖 : est la fraction massique de l’espèce i
𝑗
𝐷𝑖 : est le coefficient de diffusion binaire entre 2 espèces i et j.
𝐷𝑖𝑇 : est le coefficient de diffusion thermique
𝑁𝑟 𝑒𝑡 𝑁𝑠 : sont les nombres totaux des réactions et des espèces chimique

4.5 Bilan de quantité de mouvement


Pour la quantité de mouvement qui est un vecteur, on à 3 composantes à considérer
𝑇 𝑇
 ⃗
[𝑓𝑥 , , 𝑓𝑦 , 𝑓𝑧 ] = [𝜌𝑉𝑥 , , 𝜌𝑉𝑦 , 𝜌𝑉𝑧 ] = 𝜌𝑉 (c’est la quantité de mouvement
par unité de volume)
 ̿ 𝑓 = 𝜌𝑉
∅ ⃗ ⨂𝑉
⃗ − 𝜎̿ ⃗ ⨂𝑉
(𝜌𝑉 ⃗ : densité de flux convectif, 𝜎̿ = 𝑃 + 𝜎: densité de flux

par la pression et les contraintes visqueuses)


𝑉𝑥 𝑉𝑥′ 𝑉𝑥 𝑉𝑦′ 𝑉𝑥 𝑉𝑧′
⃗⃗⃗⃗′ = [𝑉𝑦 𝑉𝑥′
⃗ ⨂𝑉
Rappelons que le tenseur 𝑉 𝑉𝑦 𝑉𝑦′ 𝑉𝑦 𝑉𝑧′ ]
𝑉𝑧 𝑉𝑥′ 𝑉𝑧 𝑉𝑦′ 𝑉𝑧 𝑉𝑧′

Et que 𝜎̿ = −𝑃Ι̿ + 𝜇[(𝑔𝑟𝑎𝑑𝑉


⃗ ) + (𝑔𝑟𝑎𝑑𝑉
⃗ )𝑇 ] − 2/3𝜇𝑑𝑖𝑣𝑉
⃗ Ι̿ (4.6)
1 0 0
P est la pression, Ι̿ est le tenseur identité [0 1 0]
0 0 1

 q=𝜌𝑔 (densité de poids)


Pour un mélange d’espèce, la viscosité peut entre obtenu de l’expression empirique
suivante selon Warnatz [5] (environ 10 % d’erreur).
1 𝑋 −1
𝜇 = 2 [∑𝑖 𝑋𝑖 𝜇𝑖 + (∑𝑖 𝜇𝑖 ) ] (4.7)
𝑖

𝜇𝑖 étant la viscosité de l’espèce i pure, où de la formulation de Wilke [6] (environ


5% d’erreur).
𝜇𝑖
𝜇 = ∑𝑖 𝑋 (4.8)
1+∑𝑘≠𝑖 ∅𝑖𝑘 𝑘
𝑋𝑖

1 𝑀 1/2 𝜇 1/2 𝑀 1/4 2


Où ∅𝑖𝑘 = 2√2 (1 + 𝑀 𝑖 ) [1 + (𝜇 𝑖 ) (𝑀 𝑖 ) ] (4.9)
𝑘 𝑘 𝑘

Où 𝑀𝑖 𝑒𝑡 𝑀𝑘 sont les masses molaires des espèces i et k respectivement.

63
4.6 Bilan d’énergie
Dans ce cas on a :
1 2
 ⃗ ‖ + 𝜌𝑔𝑧
𝑓 = 𝜌𝑒 = 𝜌𝑢 + 2 𝜌‖𝑉 (4.10)

Où 𝑓 est énergie totale par unité de volume (J/m3)


𝜌𝑢 :est l’énergie interne
1 2
⃗‖
𝜌‖𝑉 est l’énergie cinétique
2

𝜌𝑔𝑧 est l’énergie potentiel


𝑢 est l’énergie interne par unité de masse du mélange
𝑧 est l’altitude par rapport à une ligne de référence
 ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
∅ = 𝜌𝑒𝑉 ⃗ + ⃗⃗⃗
𝑗𝑞
⃗ est la densité de flux convectif et ⃗⃗⃗
Où 𝜌𝑒𝑉 𝑗𝑞 est la densité de flux diffusif
𝑗𝑞 = −𝜆𝑔𝑟𝑎𝑑 𝑇 + ∑𝑖 ℎ𝑖 ⃗𝑗𝑖
⃗⃗⃗ (4.11)
Où = −𝜆𝑔𝑟𝑎𝑑 𝑇 est le flux par conduction ordinaire, ∑𝑖 ℎ𝑖 ⃗𝑗𝑖 est le flux par la
diffusion des espèces et ℎ𝑖 est l’enthalpie spécifique de l’espèce i.
Pour un mélange de gaz, la conductivité thermique peut être obtenue de la loi
1 𝑋 −1
empirique 𝜆 = 2 [∑𝑖 𝑋𝑖 𝜆𝑖 + (∑𝑖 𝜆 𝑖 ) ] (environ 10% à 20% d’erreur).
𝑖

𝜆𝑖
Ou encore de la formule 𝜆 = ∑𝑖 (1+∑ )
𝑘≠𝑖 𝑋𝑘 ×1.065𝜙𝑖𝑘

Où 𝜙𝑖𝑘 a été défini par l’équation (4.9).


 ⃗ ) : taux de variation de l’énergie par unité de volume, dû au travail
𝑞 = 𝑑𝑖𝑣(𝜎̿𝑉
de pression et à la dissipation visqueuse).
Après réarrangement l’équation de l’énergie peut s’écrire [1]
𝜕𝜌ℎ𝑡 𝜕(𝜌𝑈𝑗 ℎ𝑡 ) 𝜕𝑃 𝜕 𝜕𝑇
+ = + 𝜕𝑥 [𝜆 𝜕𝑥 − ∑𝑖 ℎ𝑖 (𝑗𝑖 )𝑗 + 𝑈𝑘 𝜏𝑗𝑘 ] + 𝑈𝑗 𝐹𝑗 (4.12)
𝜕𝑡 𝜕𝑥𝑖 𝜕𝑡 𝑗 𝑗

𝑈𝑗 2
ℎ𝑡 = ℎ + est l’enthalpie totale
2
𝜕(𝑈𝑘 𝜏𝑗𝑘 )
est le taux de dissipation de l’énergie par les contraintes visqueuses 𝜏𝑗𝑘
𝜕𝑥𝑖

𝑈𝑗 𝐹𝑗 est le travail des forces de volume par unité de temps et de volume.

64
L’équation de l’énergie peut être réécrite autrement en faisant apparaître
explicitement la vitesse de réaction des espèces [1].
2 2
𝜕
̅̅̅𝑣 𝑇 + 𝑈𝑗 ) + 𝜕 [𝜌𝑈𝑗 (𝐶
(𝜌(𝐶 ̅̅̅𝑝 𝑇 + 𝑈𝑗 ) ] = 𝜕 [𝜆 𝜕𝑇 − ∑𝑖(ℎ𝑖 − ℎ𝑖,0 )(𝑗𝑖 )𝑗 +
𝜕𝑡 2 𝜕𝑥 2 𝜕𝑥 𝜕𝑥
𝑗 𝑗 𝑗

𝑈𝑘 𝜏𝑗𝑘 ] − 𝜌 ∑𝑖 ℎ𝑖,0 𝜔𝑖 + 𝑈𝑗 𝐹𝑗 (4.13)

̅̅̅ ̅̅̅𝑝 étant les chaleurs spécifiques moyennes à volume et à pression constant
𝐶𝑣 et 𝐶

respectivement, 𝜔𝑖 : la vitesse de réaction de l’espèces i, ℎ𝑖,0 :l’enthalpie spécifique de


l’espèce i à la température de référence.
Pour un mélange de gaz parfait, l’énergie interne :
𝑁 𝑁 𝑁 𝑇
𝑢 = ∑𝑖 𝑠 𝑦𝑖 𝑢𝑖 = ∑𝑖 𝑠 𝑦𝑖 ∫0 𝐶𝑣𝑖 (𝑇)𝑑𝑇 + ∑𝑖 𝑠 𝑦𝑖 𝑢𝑖,0 (4.14)
L’enthalpie :
𝑁 𝑁 𝑇 𝑁
ℎ = ∑𝑖 𝑠 𝑦𝑖 ℎ𝑖 = ∑𝑖 𝑠 𝑦𝑖 ∫0 𝐶𝑝𝑖 (𝑇)𝑑𝑇 + ∑𝑖 𝑠 𝑦𝑖 ℎ𝑖,0 (4.15)
A noter que pour des gaz supposés proches de gaz parfait 𝑢𝑖,0 = ℎ𝑖,0 (𝑇 = 0 → 𝑅𝑇 = 0)
𝑁 𝑇
Si l’on définit des chaleurs spécifique moyennes telles que : ̅̅̅
𝐶𝑣 𝑇 = ∑𝑖 𝑠 𝑌𝑖 ∫0 𝐶𝑣𝑖 (𝑇)𝑑𝑇
̅̅̅𝑝 , alors le 1er membre de l’équation d’énergie devient :
et de même pour 𝐶
𝜕 𝑁 𝑈𝑗 2 𝜕 𝑁 𝑈𝑗 𝑈𝑘 2 𝜕𝑃
̅̅̅𝑝 𝑇
[𝜌(𝐶 + ∑𝑖 𝑠 𝑦𝑖 ℎ𝑖,0 ) + 𝜌 ̅̅̅𝑝 𝑇 + ∑ 𝑠 𝑦𝑖 ℎ𝑖,0 ) + 𝜌
] + 𝜕𝑥 [𝜌𝑈𝑗 (𝐶 ]= +⋯ (4.16)
𝜕𝑡 2 𝑗
𝑖 2 𝜕𝑡

Isolant les termes en ℎ𝑖;0


𝜕 𝑈𝑗 2 𝜕 𝑈𝑗 𝑈𝑘 2 𝜕𝑃 𝜕(𝜌𝑦𝑖 ) 𝜕(𝜌𝑈𝑗 𝑦𝑖 )
̅̅̅𝑝 𝑇
[𝜌𝐶 +𝜌 ̅̅̅𝑝 𝑇) + 𝜌
] + 𝜕𝑥 [𝜌𝑈𝑗 (𝐶 ]= + ⋯ − ∑𝑖 [ℎ𝑖;0 [ + ]] (4.17)
𝜕𝑡 2 𝑗 2 𝜕𝑡 𝜕𝑡 𝜕𝑥𝑗

𝜕(𝜌𝑦𝑖 ) 𝜕(𝜌𝑈𝑗 𝑦𝑖 ) 𝜕(−𝑗𝑖 )𝑗


Où 𝜕𝑡
+ 𝜕𝑥𝑗
= 𝜕𝑥𝑗
+ 𝜌𝜔𝑖

Donc le second membre devient :


𝜕𝑃 𝜕(−𝑗𝑖 )𝑗
………..= 𝜕𝑡
+ ⋯ − ∑𝑖 ℎ𝑖;0 𝜕𝑥𝑗
− ∑𝑖 ℎ𝑖;0 𝜌𝜔𝑖 (4.18)

𝜕𝑃 𝜕 𝜕𝑇
………..= 𝜕𝑡
+ 𝜕𝑥 [𝜆 𝜕𝑥 − ∑𝑖(ℎ𝑖 − ℎ𝑖,0 )(𝑗𝑖 ) + 𝑈𝑘 𝜏𝑗𝑘 ] − 𝜌 ∑𝑖 ℎ𝑖;0 𝜔𝑖 + 𝑈𝑗 𝐹𝑗 (4.19)
𝑗 𝑗 𝑗

65
Chapitre 5 : Les types de flammes

5.1 Introduction
Les flammes nous fascinent par leur côté mystérieux et magique. Colorées, lumineuses
et variantes, elles sont à la fois puissantes et fragiles, capables de détruire des villes
entières et de s'éteindre par simple manque d'oxygène. Les caractéristiques des
flammes sont nombreuses et complexes, c'est pourquoi ce chapitre traitera seulement
d'une de leurs principales caractéristiques ; leur forme. Il existe plusieurs modèles de
classification des flammes, qui sont étudiées dans des domaines tels que la
thermodynamique et la mécanique des fluides. Nous nous limiterons ici à une classification en
fonction de la forme et du mélange réactionnel des flammes. Les flammes qui brûlent à l'air
libre et dont le mélange oxydant- combustible se fait pendant la combustion sont
appelées flammes de diffusion et celles dont l e mélange oxydant-combustible est
réalisé avant la combustion sont appel ées flammes de prémélange (ou prémixées). Dans
ces deux types de flammes, l'écoulement peut être turbulent ou laminaire.
Une flamme est une manifestation visible de la combustion vive, qui contrairement à
la combustion lente (sans flamme), dégage suffisamment d'énergie thermique (chaleur)
pour brûler (ioniser) les produits de combustion gazeux émis au-dessus de la zone de
réaction. Puisque ces produits de combustion sont portés à haute température, ils peuvent
émettre par luminescence et émission spectrale du rayonnement visible de différentes
couleurs avant d'être finalement consumés par la réaction. Cette zone lumineuse produite en
hauteur est appelée flamme. Une flamme peut prendre l'apparence d'un « cône » régulier
lorsque le déplacement ou plutôt l'écoulement des produits gazeux est ordonné : lors d'un
écoulement laminaire. Lorsque les produits de combustion gazeux sont diffusés vers des
régions moins concentrées (comme l'air frais) et se déplacent de façon désordonnée,
l'écoulement est turbulent et donne une forme variable à la flamme. L’apparence d'une
flamme dépend surtout de la nature du combustible et de la vitesse de combustion. En général,
plus la combustion est rapide et que le combustible est inflammable, plus la flamme est chaude
et laminaire. Sinon, la flamme est plutôt turbulente. ex : la fumée d'une cigarette s'écoule de
façon laminaire et après une hauteur critique, elle devient turbulente.

66
1
Combustion avec flamme
(combustion vive)
Flamme Température augmente Flamme
visible (IR) IR-Rayonnement-UV invisible(UV)

Flamme de diffusion Flamme de prémélange

Mélange oxydant-combustible réalisé pendant la Mélange oxydant-combustible réalisé avant la


combustion. Flamme naturelle, brule à l'air libre. combustion. Flamme avec contrôle des réactifs.

Turbulente Laminaire Turbulente Laminaire

Carburante (Neutre) Oxydante


(riche) (pauvre)

Fig. 5-1: Une classification des types de flammes en fonction de leur forme et de
leur mélange réactionnel.

Les flammes et la fumée sont des fluides qui s'écoulent sous l'action de forces extérieures
telles que la pression atmosphérique, la gravité, le vent, etc.. Généralement, les flammes
de diffusion qui brûlent à l'air libre sont laminaires jusqu'à une hauteur critique d'environ
1 pied (ou 30,5 cm) (ex : flamme de chandelle ou de briquet). Au-delà de cette hauteur,
elles deviennent turbulentes (ex : flamme d'un incendie). Malgré les différentes formes
occasionnées par l'écoulement turbulent ou laminaire des flammes de diffusion, il y a une
constante qui demeure dans tous les cas : la flamme qui brûle à l'air libre (flamme de
diffusion) se dirige toujours vers le haut et elle présente toujours une forme
pointue, un peu comme un cône... Cette observation qui peut sembler banale s'explique
pourtant par un phénomène très complexe (la gravité).

67
Écoulement
turbulent

Région de
transition

Écoulement
laminaire

Fig. 5-2: Flammes de diffusion.

5.2 Phénomènes impliqués dans une flamme


Lorsqu'on échappe un objet, celui-ci tombe sur le sol sous l'effet de la gravité terrestre. La
gravité est une force d'attraction créée par la masse de la terre et qui attire les
objets vers elle, un peu comme un aimant. C'est pourquoi tous les objets qui sont plus lourds que
l'air tendent à rester au sol, comme si un poids s'exerçait sur eux. La présence de ce
« champ de gravité terrestre » cause l'apparition d'un a utre phénomène important : la
poussée d’Archimède (buoyancy en anglais). Cette poussée est en fait une force
opposée de la gravité qui tend à « pousser » les objets vers le ciel plutôt que de les
faire descendre vers la Terre. C'est grâce à cette force que les montgolfières peuvent
s'élever dans le ciel et que les bateaux peuvent flotter sur l'eau, même si ces objets
semblent plus lourds que le fluide dans lequel ils sont plongés (l’air et l'eau). Par
exemple, pour savoir si un objet va monter au lieu de descendre, il faut que son poids
soit plus léger que celui de l'air qu'il déplace. C'est un peu comme une compétition
entre la force de gravité et la poussée d'Archimède. La montgolfière qui s'élève dans
le ciel réussit à le faire car dans son cas, la pous sée d'Archimède est plus forte que la
gravité : la montgolfière devient globalement plus légère que l'air qu'elle déplace.
Elle occupe en effet un très grand volume grâce à son gros ballon rempli d'un gaz
plus léger que l'air, comme de l'hélium ou de l'air chaud. Lorsqu'on calcule son poids
global par unité de volume, on constate qu'elle est plus légère que le volume d'air
qu'elle occupe dans le ciel. C'est ce qui la fait monter ! C'est la même chose pour les
flammes, elles ont tendance à monter vers le ciel car elles sont plus légères que l'air.

68
La poussée d’Archimède c’est une force dirigée vers le haut, exercée sur tout corps plongé
dans un liquide ou un gaz et égale au poids du fluide déplacé

Fig. 5-3 : Gravité, poussée d'Archimède et mouvements de convection impliqués dans une flamme de
diffusion
Autrement dit, cela signifie que tout objet déplacé dans l'air subit une force vers le
haut qui est égale au poids d'air qu'il déplace. Dans les flammes, l'air chaud composé
de produits de combustion mélangés aux autres molécules de l'air comme l'azote, l'oxygène
et des gaz rares) monte car il est plus léger et plus dilaté que l'air frais, en raison de
l'agitation thermique de ses molécules. L'air frais est plus dense, car ses molécules sont
moins agitées et donc plus rapprochées. En montant, l'air chaud d'une flamme déplace un
volume d'air, provoquant une poussée d'Archimède de force égale à l'air déplacé et
permettant d'élever tous les produits de combustion, même s'ils sont plus lourds que l'air.
Ces mouvements d'air causés par les différences de densité (masse/volume) entre l'air

69
chaud et l'air froid décrivent un phénomène appelé « convection thermique ». Les
mouvements de convection expliquent la forme conique d'une flamme, car ils effectuent des
mouvements de rotation verticale autour de la flamme en l'effleurant sur les côtés. L'air
chaud libéré au-dessus d'une flamme se refroidit à l'air ambiant et redescend, créant un
courant d'air frais qui alimente la base de la flamme en oxygène, l'oxydant essentiel à sa
survie. Des expériences réalisées dans l'espace et en microgravité ont démontré que l'absence
de gravité donne des flammes de forme sphérique qui s'éteignent rapidement, puisqu'elles ne
subissent pas ces mouvements de convection et la poussée d'Archimède causés par la gravité

Fig. 5-3: Influence de la gravité sur la forme d'une flamme de diffusion.

La forme irrégulière d'une flamme de diffusion suit tout de même certaines


« tendances » et dépend du combustible qui brûle : un gaz, un liquide ou un
solide ne donnera pas lieu à l a m ê m e f o r m e d e flamme de diffusion.

70
Fig. 5-4 : Formes approximatives de flammes de diffusion turbulentes en fonction de l'état physique
du combustible.

5.3 Flamme de diffusion turbulente


Un e fl am m e d e di f fus i o n t ur bul e nt e p ou rr ai t êt r e séparée en général en trois
principales zones :
5.3.1 La flamme continue : qui est la zone de réaction principale de combustion et la plus
chaude.
5.3.2 La région de transition : qui comprend la fin de la flamm e visible (front de
fl am m e) et l e début du panache.
5. 3.3 Le panache : constitué des gaz et produits de combustion ( f u m é e ) é m i s p a r
l e combustible. Ce dernier prend l'allure globale d'un V lorsqu'il est dominé par les
mouvements de convection c a u s é s p a r l a g r a v i t é (panache gravitaire). Ex: lorsqu'il n'y a
pas de vent.

71
Fig.5-5: Zones d'une flamme de diffusion turbulente impliquant un carburant hydrocarbure .

5.4 Flammes de diffusion laminaires


C ont r ai r em en t a ux fl am m es d e d i f fu s i on t u r b u l e n t e s , l e s f l a m m e s d e
d i f f u s i o n laminaires présentent une forme de « cône » régulier et un panache beaucoup
moins haut. Étant plus courtes et souvent plus chaudes, la combustion est plus complète, ce qui
diminue l'émission de suie (carbone) au-dessus de ces types de flammes. Étant plus
régulières, la répartition des zones à l'intérieur des flammes laminaires sont différentes et
plus faciles à identifier. Les zones peuvent être déterminées v i s u e l l e m e n t p a r l e u r s
c o u l e u r s , q u i correspondent à des températures variée.

72
Fig.5-6 : Couleurs et températures des zones d'une flamme de chandelle (flamme de diffusion laminaire).

5.6 La forme des flammes :


Le front de flamme influence la forme : c'est la séparation entre les gaz frais et brûlés ; La
hauteur d'une flamme augmente généralement avec l'inflammabilité du combustible; Au-delà de
la hauteur critique de la flamme, la turbulence apparaît naturellement avec la perturbation de l'air:
il y a création de vortex (spirales) ascendants composés de régions rotatives «eddies fluctuations»
à des fréquences régulières ;
La hauteur critique qui détermine la transition entre l'écoulement laminaire et turbulent dépend
du volume et de la nature du combustible qui alimente la flamme, de la vitesse de combustion,
des mouvements de convection de l'air, de la quantité d'oxydant, etc..
Comme on peut le constater, les flammes impliquent plusieurs phénomènes complexes
qui cont i nueront enc ore l ongt em ps de n ous i nt ri guer. L'ét u de approfondi e de
l eurs caractéristiques telles que la couleur, la propagation, la vitesse de combustion,
l'émission de bruit, l'étirement, la richesse, le rayonnement, la stabilisation et leur influence sur
la pression permettront sûrement un jour de mieux comprendre leur comportement et
idéalement, de mieux les contrôler dans notre environnement.

73
Chapitre 6 : Flamme laminaire de prémélange

Dans ce chapitre, les notions théoriques nécessaires à la compréhension des mécanismes


gouvernant la propagation d’une flamme laminaire de prémélange sont présentées.

6.1 Structure d’une flamme laminaire de prémélange


Le processus de combustion correspond à une succession complexe de réactions chimiques
élémentaires. En pratique, le schéma réactionnel complexe est remplacé par une réaction globale
de la forme.
aA + bB → P + Q (6.1)
Où A et B sont le combustible et le comburant (gaz frais), P sont les produits de combustion
(gaz brulés) et Q est le dégagement de chaleur. a et b correspondent aux coefficients
stœchiométriques de la réaction. Cette réaction globale de combustion ne donne en fait qu’un
bilan de matière mais ne reflète pas le mécanisme réel de la combustion. La présence, en un
même endroit, d’un combustible et d’un comburant n’est pas une condition suffisante à la
formation d’une flamme. En effet, la proportion de combustible doit être comprise entre deux
valeurs limites 𝐿𝑖 (limite inférieure au-dessous de laquelle le mélange est trop pauvre pour être
inflammable) et 𝐿𝑠 (limite supérieure au-dessus de laquelle le mélange est trop riche). Ces
grandeurs dépendent du mélange réactif considéré et de la pression. Par ailleurs, il est également
nécessaire que la température des gaz frais (température obtenue par chauffage du mélange
réactif ou par une étincelle) soit supérieure à la température d’inflammation du mélange. Celle-ci
dépend également de la nature des réactifs et de la pression.
La chaleur et les espèces réactives produites localement par la réaction diffusent vers les gaz
frais. Ainsi, la flamme se propage de proche en proche, en amenant progressivement les gaz frais
adjacents dans les conditions d’inflammation. D’après la théorie de Mallard et Le Châtelier [7], la
zone intermédiaire entre les gaz frais et les gaz brûlés peut être séparée en deux zones : la zone de
préchauffage et la zone de réaction (Fig.6-1). Les gaz frais et les gaz brûlés sont séparés par une
mince zone de réaction, le front de flamme.
Le flux de chaleur provenant des gaz brûlés élève la température des gaz frais en amont, sur une
épaisseur 𝛿𝑃 . Dans cette zone de préchauffage, les réactions chimiques peuvent être considérées comme
négligeables devant les effets de diffusion thermique. Dans la zone de réaction d’épaisseur𝛿𝑟 , le pic de
dégagement de chaleur est dû aux réactions chimiques.

74
Fig.6-1 : Structure d’une flamme laminaire de prémélange [7].

6.2 Vitesse de propagation et vitesse de combustion laminaire


La flamme se propage des gaz brûlés vers les gaz frais. La « vitesse de flamme » est une
notion importante dans la théorie de la combustion. Il existe cependant différentes définitions de
la vitesse de flamme et différentes façons de la mesurer expérimentalement. On utilise ici les
deux définitions suivantes, proposées par Poinsot et Veynante [8]:
- La vitesse de combustion laminaire 𝑆𝐿 est une grandeur globale et est associée, dans le cas
d’une flamme plane, à la vitesse de consommation 𝑆𝐶 des gaz frais. Elle mesure la vitesse à
laquelle sont brûlés les réactifs.
- La vitesse absolue 𝑉𝐿 (appelée par la suite vitesse de propagation) est définie localement et
correspond à la vitesse normale à laquelle se déplace le front de flamme dans le référentiel fixe
du laboratoire.
Considérons un point situé sur une iso-surface de température d’un front de flamme (Fig.6-2).
On définit en ce point la normale 𝑛⃗ au front de flamme, dirigée vers les gaz frais. La vitesse 𝑤
⃗⃗⃗⃗ est
la vitesse de déplacement du front de flamme par rapport au référentiel du laboratoire. En ce
point, les gaz frais devant le front de flamme se déplacent à la vitesse ⃗⃗⃗⃗
𝑢𝑔 . Par définition, la vitesse
de combustion laminaire 𝑆𝐿 est normale au front de flamme. On peut écrire la relation vectorielle
suivante :
𝑤
⃗⃗ = 𝑆𝐿 𝑛⃗ + ⃗⃗⃗⃗
𝑢𝑔 (6.2)

75
Fig.6-2 : Notations utilisé pour les définitions des vitesses de flamme.

Dans le cas d’une flamme plane ou sphérique, les vitesses 𝑤


⃗⃗ et 𝑢
⃗⃗⃗⃗⃗𝑔 sont colinéaires au vecteur
⃗ =𝑤
normal𝑛⃗. La vitesse de propagation 𝑉 ⃗⃗ 𝑛⃗ est alors directement reliée à la somme de la vitesse
𝑆𝐿 à laquelle le mélange réactif est consommé et de la vitesse des gaz frais 𝑢𝑔 devant le front de
flamme :
𝑉𝐿 = 𝑆𝐿 + 𝑢𝑔 (6.3)
Les vitesses 𝑉𝐿 et 𝑆𝐿 dépendent des déformations du front de flamme telles que l’étirement.
On utilisera par la suite les notations 𝑉𝐿0 et 𝑆𝐿0 pour désigner respectivement la vitesse de
propagation laminaire et la vitesse de combustion laminaire d’une flamme plane, adiabatique et
non-étirée. Dans le cas général, la vitesse de consommation 𝑆𝐶 correspond à la vitesse à laquelle
sont consommés les réactifs, c’est-à-dire la vitesse à laquelle sont formés les produits. Elle peut
donc se définir à partir du taux de réaction 𝜔𝑓̇ ou du taux de formation 𝜔̇ 𝑝 d’un produit de la
réaction, dans l’hypothèse d’un front de flamme infiniment mince :
1 +∞ 1 +∞
𝑆𝐶 = 𝜌 𝑢 ∫−∞ 𝜔𝑓̇ 𝑑𝑛 = 𝜌 𝑏 ∫−∞ 𝜔𝑓̇ 𝑑𝑛 (6.4)
𝑢 𝑌𝑓 𝑢 𝑌𝑝

où 𝜌𝑢 . est la masse volumique des gaz frais et 𝑌𝑓𝑢 et 𝑌𝑝𝑏 sont respectivement les fractions
massiques d’un réactif dans les gaz frais et d’un produit dans les gaz brûlés. La relation (6.4) peut
également s’écrire, quelle que soit l’espèce k (k réactif ou produit de la réaction) sous la forme :
1 +∞
𝑆𝐶 = ∫ 𝜔𝑘̇ 𝑑𝑛 (6.5)
𝜌𝑢 (𝑌𝑓𝑏 −𝑌𝑓𝑢 ) −∞

76
Pour une pression donnée, l’augmentation de la température entraîne une augmentation de la
vitesse de combustion laminaire. En effet, à haute température, les réactions de dissociations sont
favorisées. Celles-ci introduisent alors de nombreux radicaux libres, initiateurs de la réaction de
combustion, et permettent donc d’augmenter la vitesse de propagation de la flamme. Glassman
[78] a montré que la vitesse de combustion laminaire et la température sont reliées par la relation
suivante :
𝐸 1/2
𝑆𝐿0 ∼ (exp(− 𝑅𝑇 )) (6.6)
𝑖

où 𝐸 est l’énergie d’activation de la réaction et & la constante des gaz parfaits.


A l’inverse, l’augmentation de la pression à une température donnée entraîne une diminution
de la vitesse de combustion laminaire. Ce phénomène a également été démontré d’un point de
vue théorique par Glassman [78] qui a établi la relation suivante :
1/2
𝑆𝐿0 ∼ ( 𝑃𝑖 𝑛−2 ) (6.7)
où 𝑛 est l’ordre global de la réaction. De manière générale, dans le cas d’une combustion
hydrocarbure/air, la vitesse de combustion diminue avec l’augmentation de pression. En effet, à
haute pression, la réaction de recombinaison suivante 𝐻 + 𝑂2 + 𝑀 → 𝐻𝑂2 + 𝑀 entre en
compétition avec la réaction d’initiation fournissant les radicaux libres 𝑂 et 𝑂𝐻: 𝐻 + 𝑂2 → 𝑂 +
𝑂𝐻 [9]. A pression élevée, cette réaction de recombinaison inhibe donc la réaction globale de
combustion et la vitesse de combustion laminaire est alors plus faible qu’à pression
atmosphérique.

6.3 Epaisseur de flamme laminaire


On recense dans la littérature plus de sept définitions de l’épaisseur de flamme laminaire𝛿𝐿 .
Néanmoins, la définition la plus largement utilisée reste celle établie par Zeldovich [10] :
𝜆
𝛿𝐿 = 𝜌𝐶 0 (6.8)
𝑃 𝑆𝐿

Où 𝜆, 𝜌𝑢 . et 𝐶𝑝 sont respectivement la conductivité thermique, la masse volumique et la capacité


calorifique massique à pression constante du mélange réactif, 𝑆𝐿0 est la vitesse de combustion
laminaire d’une flamme plane, adiabatique et non-étirée. Cette définition est déduite de
l’équilibre entre la diffusion thermique et la diffusion des espèces, c’est-à-dire que la quantité de
chaleur dégagée par la combustion sert à élever la température des gaz frais dans l’épaisseur 𝛿𝐿 à
la température adiabatique de flamme [11]. Le front de flamme laminaire ne correspondant pas à

77
une discontinuité brusque (Fig. 6-1), l’épaisseur de flamme laminaire peut être considérée comme
la somme de l’épaisseur de préchauffage 𝛿𝑝 et de l’épaisseur de la zone de réaction𝛿𝑟 .
On peut alors définir un temps caractéristique de la combustion 𝜏𝑐 comme le rapport
𝛿𝐿
Celui-ci intègre le temps de préchauffage et le temps de réaction.
𝛿𝐿0

6.4 Etirement du front de flamme


La vitesse de combustion laminaire 𝑆𝐿0 est une grandeur caractéristique d’un mélange
combustible. Cette grandeur se définit dans une situation de flamme plane se propageant
librement dans un mélange combustible homogène. En pratique, la flamme plane ne peut pas être
reproduite expérimentalement car les zones réactives sont toujours soumises à des contraintes
extérieures locales (pertes de chaleur, profil de vitesse dans les gaz frais non plat, …). La vitesse
de combustion est alors modifiée localement et l’amplitude de cette variation est extrêmement
riche en information pour de nombreux domaines en combustion. Le concept d’étirement de
flamme a été largement étudié par de nombreux auteurs, notamment Clavin [12] et Markstein
[13], et regroupe en un seul paramètre la contribution de deux mécanismes physiques influençant
localement la structure de la flamme : les gradients de vitesse devant la flamme et la courbure des
zones réactives. L’étirement des zones réactives peut entraîner, suivant la composition des
mélanges, une augmentation ou une diminution de la vitesse de combustion laminaire, voire, pour
les plus fortes valeurs d’étirement, des extinctions locales de la flamme. Williams [14] propose la
formulation générale d’un facteur d’étirement, exprimé comme la variation dans le temps d'un
élément de surface A :
1 𝑑𝐴
𝐾= (6 .9)
𝐴 𝑑𝑡

Il existe dans la littérature différentes formulations du facteur d’étirement K. Candel and Poinsot
[39] établissent une expression générale de l’étirement K à partir de l’équation de transport appliquée
au vecteur normal 𝑛⃗ d’un élément de surface 𝐴 se déplaçant à la vitesse 𝑤
⃗⃗ :
⃗𝑤
𝐾 = −𝑛⃗𝑛⃗: ∇ ⃗⃗⃗ 𝑤
⃗⃗ + ∇. ⃗⃗ (6.10)
⃗𝑤
Où 𝑛⃗𝑛⃗: ∇ ⃗⃗ = 𝑛𝑖 𝑛𝑗 𝜕𝑤/𝜕𝑥𝑗
⃗⃗ peut s’écrire comme la somme de la vitesse locale des gaz frais 𝑢
La vitesse 𝑤 ⃗⃗⃗⃗𝑔 et de la vitesse
de la flamme dans la direction normale (équation (6-2)). Le facteur d’étirement s’écrit alors [15]:
⃗ ⃗⃗⃗⃗
𝐾 = −𝑛⃗𝑛⃗: ∇ ⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗
𝑢𝑔 + ∇ ⃗⃗⃗ 𝑛⃗
. 𝑢𝑔 + 𝑆𝐿 ∇. (6.11)

78
Dans l’expression (6-9), les deux premiers termes sont associés au gradient de vitesse
tangentielle. Le terme 𝑆𝐿 ⃗⃗⃗
∇. 𝑛⃗ décrit les effets de la courbure de la flamme.
On peut alors définir les étirements 𝐾𝑆 et 𝐾𝐶 respectivement liés aux étirements tangentiels et
à la courbure du front de flamme par :
𝐾 = 𝐾𝑆 + 𝐾𝐶 (6.12)
avec
⃗ ⃗⃗⃗⃗
𝐾𝑆 = −𝑛⃗𝑛⃗: ∇ ⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗
𝑢𝑔 + ∇ . 𝑢𝑔 (6.12a)
et
𝐾𝐶 = 𝑆𝐿 ⃗⃗⃗
∇. 𝑛⃗ (6.12b)

6.5 Principales configurations expérimentales des flammes laminaires de


prémélange
Plusieurs configurations expérimentales utilisées dans la littérature permettent d’étudier les
flammes laminaires dans des conditions simplifiées et d’en déterminer les caractéristiques
fondamentales. Ces techniques impliquent des flammes qui sont soit stabilisées (flammes
coniques, flammes plates ou flammes à jets opposés), soit en propagation dans un milieu
homogène au repos (flammes sphériques en expansion). Ces quatre principales configurations
ainsi que leurs caractéristiques en termes d’étirement sont présentée ci-dessous (Fig.6-3).

Fig.6-3 : Configuration de flammes laminaires : a) flamme conique, b)flamme plate


flamme, c) à jets opposés, d) flamme sphérique[15].

79
6.6. Vitesse de combustion d’une flamme sphérique en expansion

6.6.1. Vitesse de combustion laminaire étirée


Les techniques de diagnostics optiques telles que l’ombroscopie ou la tomographie laser par
diffusion de Mie permettent de déterminer le rayon du front de flamme 𝑅𝑓 correspondant
respectivement au gradient maximal de température dans le front de flamme ou à l’isotherme
associée à la température d’évaporation des particules d’ensemencement utilisées en
tomographie. La position du rayon du front de flamme considéré est essentielle dans la
détermination théorique de la vitesse de flamme laminaire. En pratique, la position du rayon 𝑅𝑓
dans le front de flamme est à l’origine de l’hypothèse de flamme infiniment mince.
La mesure expérimentale de l’évolution temporelle du rayon du front de flamme 𝑅𝑓 permet de
définir la vitesse de propagation étirée 𝑉𝐿 , c’est-à-dire la vitesse de déplacement du front de
flamme dans le référentiel du laboratoire :
𝑑𝑅𝑓
𝑉𝐿 = (6.13)
𝑑𝑡

Dans le cas d’une flamme sphérique en expansion, la seule vitesse pouvant être déterminée
expérimentalement sans ambigüité est la vitesse de propagation laminaire étirée 𝑉𝐿 . En effet, la
relation entre la vitesse de propagation laminaire 𝑉𝐿 et la vitesse de combustion laminaire 𝑆𝐿
n’est pas évidente et s’appuie sur de nombreuses hypothèses. On trouve couramment dans la
littérature la relation suivante :
𝜌
𝑆𝐿 (K) = 𝜌𝑏 𝑉𝐿 (𝐾) (6.14)
𝑢

où 𝜌𝑢 et 𝜌𝑏 sont respectivement les masses volumiques des gaz frais et des gaz brûlés. Cette
relation approximée ne prend cependant pas en considération les phénomènes suivants :
- Pendant les premiers instants de la propagation de la flamme, l’énergie déposée à l’allumage
modifie la température des gaz brûlés ainsi que la vitesse de combustion.
- Les effets de courbure et de diffusion influencent également l’évolution de la propagation de
la flamme et la température des gaz brûlés. Dans l’équation (6-14), les effets de l’étirement sur la
masse volumique 𝜌𝑏 ne sont pas pris en compte.
- Pour les grands rayons, le confinement de la flamme dans une enceinte fermée influence 𝜌𝑏
et 𝜌𝑢 et donc modifie la vitesse de flamme𝑆𝐿 .

80
Ainsi, on préférera utiliser ici la démonstration décrite dans [16], permettant de relier la vitesse
de consommation 𝑆𝐶 à la vitesse de propagation 𝑉𝐿 .
La vitesse de consommation des gaz frais 𝑆𝐿 peut s’exprimer à partir du taux de réaction 𝜔̇ 𝑘 de
l’espèce 𝑘 (équation (6-5)). Dans le cas d’une flamme sphérique en expansion, elle s’écrit sous la
forme :
1 𝑅0
𝑆𝐶 = ∫ 𝜔𝑘̇ 𝑟 2 𝑑𝑟 (6.15)
𝜌𝑢 (𝑌𝑘𝑏 −𝑌𝑘𝑢 )𝑟 2 0

où 𝑌𝑘𝑢 . est la fraction massique de l’espèce 𝑘 les gaz frais, et 𝑅0 est la limite du domaine
d’intégration (en pratique, 𝑅0 correspond au rayon de l’enceinte de combustion).
D’après l’équation de conservation de l’espèce 𝑘, on peut également écrire:
𝜕𝜌𝑌𝑘
+ 𝛻⃗(𝜌(𝑢𝑖 + 𝑉𝑘,𝑖 )𝑌𝑘 = 𝜔𝑘̇ (6.16)
𝜕𝑡

où 𝑢𝑖 et 𝑉𝑘,𝑖 sont respectivement les i-èmes composantes de la vitesse du fluide et de la vitesse de diffusion
de l’espèce 𝑘. L’intégration de l’équation (1-14) dans le domaine de contrôle (0 ≤ 𝑟 ≤ 𝑅0 ) donne :
𝜕𝑀𝑘 𝑅
+ 4𝜋𝑅0 2 𝜌𝑢 𝑌𝑘 (𝑟 = 𝑅0 )[𝑢𝑟 (𝑟 = 𝑅0 ) + 𝑉𝑘,𝑟 (𝑟 = 𝑅0 )] = ∫0 0 𝜔𝑘 4𝜋𝑟 2 𝑑𝑟 (6.17)
𝜕𝑡
.
où 𝑀𝑘 est la masse totale de l’espèce 𝑘 dans le domaine: 𝑀𝑘 = ∫𝑉 𝜌𝑌𝑘 𝑑𝑉. Le second terme à
gauche de l’égalité (1-15) représente le flux de l’espèce 𝑘 sortant du domaine au rayon 𝑟 = 𝑅0 .
En utilisant la définition (1-13) de la vitesse de combustion laminaire, l’équation (1-15) devient :
𝜕𝑀𝑘
+ 4𝜋𝑅0 2 𝜌𝑢 𝑌𝑘 (𝑟 = 𝑅0 )[𝑢𝑟 (𝑟 = 𝑅0 ) + 𝑉𝑘,𝑟 (𝑟 = 𝑅0 )] = 𝑆𝐶 4𝜋𝑟 2 𝜌𝑢 [𝑌𝑘𝑏 − 𝑌𝑘𝑢 ] (6.18)
𝜕𝑡

Dans une configuration où la flamme se propage dans un espace fini (dans une enceinte de
combustion par exemple), la vitesse de diffusion de l’espèce 𝑘, 𝑉𝑘,𝑟 , et la vitesse des gaz 𝑢𝑟 sont
nulles lorsque 𝑟 = 𝑅0 . La relation (1-11) est valable avec 𝑘 étant un réactif ou un produit de la
combustion. On considère le cas où 𝑘 est un produit. On définit alors un rayon moyen 𝑟𝑝
correspondant à une sphère contenant la masse 𝑀𝑝 de produits formés :
𝑴𝒑
𝒓𝒑 𝟑 = 𝟒𝝅 𝒃 (6.19)
( ̅̅̅̅
)𝒀𝒑 (𝝆 𝒃)
𝟑

où 𝑌𝑝𝑏 est la fraction massique d’un produit de la réaction dans l’ensemble des gaz
brûlés et 𝜌
̅̅̅𝑏 est la masse volumique des gaz brûlés moyenné spatialement entre 𝑟 = 0
et 𝑟 = 𝑟𝑝 .
Les équations (1-14) et (1-15) donnent alors :
̅̅̅̅
𝜌𝑏 𝑑𝑟𝑝 𝑟𝑝 𝑑̅̅̅̅
𝜌𝑏
𝑆𝐶 = + 3𝜌 (6.20)
𝜌𝑢 𝑑𝑡 𝑢 𝑑𝑡

81
Il est important de remarquer que la définition (6-20) de la vitesse de consommation
ne suppose pas que la flamme est infiniment mince. En pratique, la détermination de la
vitesse de consommation 𝑆𝐶 à partir de la relation (6-20) nécessite néanmoins d’émettre
quelques hypothèses sur 𝜌
̅̅̅𝑏 et 𝜌𝑢 . En effet, on suppose que les masses volumiques sont
homogènes dans l’espace et ne varient pas au cours du temps. Ainsi, il est généralement
admis que la masse volumique des gaz frais 𝜌𝑢 . reste égale à sa valeur initiale, en
négligeant les effets de confinement, c’est-à-dire en supposant que l’enceinte est
suffisamment grande. La masse volumique moyenne̅̅̅̅
𝜌𝑏 est obtenue en admettant que
sa valeur ne varie pas entre 𝑟 = 0 et 𝑟 = 𝑟𝑝 , et est assimilée à la masse volumique des
gaz brûlés à l’équilibre 𝜌𝑏 é𝑞 . Il est important de noter que cette approximation est
moins bien vérifiée à basse pression par exemple, c’est-à-dire lorsque l’épaisseur de
flamme est relativement grande. La masse volumique moyenne 𝜌𝑏 peut aussi être
considérée comme constante au cours du temps sous l’hypothèse d’une combustion
isobare. Dans ces conditions, l’équation (6-20) devient alors :
é𝑞
𝜌𝑏 𝑑𝑟𝑝
𝑆𝐶 = 𝜌 (6.21)
𝑢 (𝑡=0) 𝑑𝑡

Il est impossible de distinguer les rayons 𝑟𝑝 et 𝑅𝑓 Ainsi, dans la suite, on fera l’hypothèse
d’une flamme infiniment mince et on admettra que 𝑟𝑝 ≈ 𝑅𝑓 .

6.6.2. Vitesse de combustion laminaire non-étirée et longueur de


Markstein
Afin d’obtenir une vitesse de flamme non-étirée (c’est-à-dire indépendante de la
configuration expérimentale) et ainsi, caractéristique d’un mélange réactif, il est
nécessaire de corriger la vitesse de propagation étirée obtenue expérimentalement.
Dans le cas d’une flamme sphérique en expansion, l’étirement total 𝐾 que subit la
flamme à chaque instant s’écrit, d’après l’équation (6-7) :
2 𝑑𝑅𝑓
𝐾=𝑅 (6.22)
𝑓 𝑑𝑡

Bradley et al. [17] expriment les étirements 𝐾𝑆 et 𝐾𝐶 à partir des relations (6-12a) et (6-12b)
proposées par Candel and Poinsot [18], dans le cas d’une flamme laminaire sphérique :
2 2
𝐾𝑠 = 𝑅 𝑢𝑔 et 𝐾𝑐 = 𝑅 𝑆𝐿 (6.23)
𝑓 𝑓

82
On retrouve, en utilisant la relation (6-3) entre les vitesses 𝑆𝐿 , 𝑢𝑔 et 𝑉𝐿 , l’expression (6-20)
écrite sous la forme :
2
𝐾 = 𝑅 𝑉𝐿 (6.24)
𝑓

L’existence d’une relation entre la vitesse de propagation laminaire locale et la


courbure locale du front de flamme a été suggérée la première fois par Markstein [13].
par la formulation linéaire suivante :
𝑉𝐿 = 𝑉𝐿0 − 𝐿𝑏 𝐾 (6.25)
où 𝑉𝐿0 est la vitesse de propagation non-étirée définie pour une flamme plane, 𝐿𝑏 est la
longueur de Markstein côté gaz brûlés, paramètre qui dépend des propriétés
physicochimiques du mélange réactif.
Dans le cas d’une flamme non-étirée, la vitesse de combustion laminaire 𝑆𝐿0 est égale
à la vitesse de consommation des gaz frais [19]. D’après l’équation (1-21), à pression
constante et dans l’hypothèse d’un front infiniment mince, on peut alors écrire :
é𝑞
𝜌𝑏
𝑆𝐿0 𝐶 = 𝑉𝐿0 (6.26)
𝜌𝑢

où 𝜌𝑏é𝑞 est la masse volumique des gaz brûlés supposée uniforme et à l’équilibre. Le
é𝑞
𝜌𝑏
rapport correspond au facteur d’expansion thermique.
𝜌𝑢

6.7. Instabilités du front de flamme


Les instabilités de combustion sont nombreuses et proviennent de l’interaction de
deux ou plusieurs phénomènes physiques. Certaines font intervenir les propriétés du
système (instabilités dues aux forces de gravité par exemple), d’autres sont intrinsèques
aux mécanismes de propagation du front de flamme (instabilités hydrodynamiques et
thermodiffusives). L’ensemble de ces instabilités modifie à la fois l’équilibre local des
paramètres thermodynamiques et les concentrations locales des espèces, et provoque la
déformation du front de flamme.
Les instabilités thermo-diffusives sont dues à la compétition entre la diffusion
moléculaire (flux de masse) et la diffusion thermique (flux de chaleur), et peuvent
stabiliser la flamme ou, au contraire, favoriser le développement de structures en forme
de cellules. Ces deux effets se traduisent par des valeurs caractéristiques du nombre de

83
Lewis 𝐿𝑒, c’est-à-dire du rapport entre la diffusivité thermique 𝐷𝑡ℎ et la diffusivité
moléculaire 𝐷𝑚 du réactif limitant.
𝜆
𝐷𝑡ℎ = 𝜌 (6.27)
𝑢 𝐶𝑝

La diffusivité thermique est évaluée dans les gaz frais à la température initiale𝑇𝑖 .
où 𝜆, conductivité thermique du mélange, est calculée à partir de l’expression suivante
[20] :
1 1
𝜆 = 2 [(∑𝑛𝑗=1 𝑋𝑗 𝜆𝑗 ) + ∑𝑛 ] (6.28)
𝑗=1 𝑋𝑗 /𝜆𝑗

𝑋𝑗 étant la fraction molaire de l’espèce 𝑗 du mélange. Les conductivités thermiques


des espèces pures, 𝜆𝑗 , sont déduites de relations empiriques logarithmiques fonctions de
la température [20] .
La diffusivité moléculaire 𝐷𝑚 correspond à la diffusivité moléculaire du réactif limitant 𝑘 dans le
mélange réactif. Elle est définie au chapitre 4 :
1−𝑌𝑘
𝐷𝑚 = ∑ (6.29)
𝑗≠𝑘 𝑋𝑗 /𝐷𝑖𝑘

où 𝑌𝑘 . est la fraction massique de l’espèce 𝑘 et 𝐷𝑖𝑘 sont les diffusivités moléculaires


des espèces 𝑗 dans 𝑘, calculées à partir de relations empiriques fonctions du logarithme
de la température [20].
𝐿𝑒 < 1 : La diffusivité moléculaire est plus grande que la diffusivité thermique, ce
qui se traduit par une diminution de la vitesse de flamme. Ces effets thermo-diffusifs
sont alors déstabilisants.
𝐿𝑒 < 1 : La diffusion de chaleur est importante par rapport à la diffusion de masse. Cela
implique une augmentation de la vitesse de flamme dans les zones concaves et une diminution
dans les zones convexes. Les effets thermo-diffusifs sont donc stabilisants.
Les nombres de Lewis 𝐿𝑒𝐷 et 𝐿𝑒𝐸 sont déterminés en considérant respectivement le
réactif limitant ou le réactif en excès. Celle-ci permet de définir un nombre de Lewis
«effectif» 𝐿𝑒𝑒𝑓𝑓 , correspondant à une moyenne pondérée des nombres 𝐿𝑒𝐷 et 𝐿𝑒𝐸
nombre de Lewis 𝐿𝑒𝑒𝑓𝑓 est définie par [21] :
(𝐿𝑒𝐸 −1)+(𝐿𝑒𝐷 −1)𝐴
𝐿𝑒𝑒𝑓𝑓 = 1 + (6.30)
1+𝐴

84
𝐴 est tel que 𝐴 = 1 + 𝛽(𝜃 − 1), avec 𝜃 = 𝜙 si le mélange est riche et 𝜃 = 1/𝜙 si le
mélange est pauvre, 𝜙 étant la richesse du mélange. 𝛽 correspond à l’énergie réduite
d’activation de la réaction et est définie par la relation suivante :
𝛽 = 𝐸(𝑇𝑎 − 𝑇𝑖 )/𝑅𝑇𝑎 (6.31)
où 𝑅 est la constante des gaz parfaits, 𝑇𝑖 est la température initiale des gaz frais et 𝑇𝑎 ,
est la température adiabatique de flamme déterminée en utilisant le code de calcul
EQUIL du package Chemkin [20] et 𝐸 est l’énergie d’activation de la réaction [21].

85
Exercice 6.1
Le temps caractéristique de réaction d'un processus de combustion est donné par la
1 160
relation suivante :𝜏 = 1. 1010 𝑒𝑥𝑝 (− ) 𝑠 −1.Le coefficient de diffusion moyen a la
𝑅𝑇

valeur 𝐷 = 0.1(T/298)1.7 𝑐𝑚2. Le nombre de Lewis Le=1. Quelles sont les valeurs de
la vitesse de flamme laminaire à 1000K et 2000K. L’épaisseur de la flamme est donnée
approximativement par 𝑑 = 𝑐𝑜𝑛𝑠/(𝜌𝑢 𝑣𝐿 ). De quelle manière l'épaisseur de la flamme
dépond de la pression.
Soit : 𝐿𝑒 = 𝐷/𝛼 avec 𝛼 = 𝜆/𝜌𝑐𝑝

Vitesse de flamme 𝑣𝐿 = √𝛼/𝜏


𝜆
𝛿𝐿 = 𝜌𝐶 0
𝑃 𝑆𝐿

Exercice 6.2
Un mélange hydrocarbure-air dans une bulle de savon avec un diamètre de 2 cm est
allumé dans le centre. La température de gaz non brûlé est Tu = 300 K, celle des gaz
brûlés est Tb = 1500 K. La conduction thermique entre les deux couches doit être
négligée. La vitesse de propagation de front de flamme de l'expansion sphérique est de
Vb=150 cm/s. Quelle est la vitesse de flamme laminaire (prendre en compte que Vb
observé est causé par une combinaison de propagation de la flamme et l'expansion).
Combien de temps faut-il pour que la flamme a atteint la limite de la bulle, quelle est
alors son diamètre? Trace le comportement dans le temps du rayon de la flamme et le
rayon de la bulle de savon.

86
Chapitre 7 : Flamme de diffusion laminaire

7.1 Intérêt des flammes de diffusion laminaire


Dans les flammes non prémélangées ou flammes de diffusion, les réactifs sont
introduits séparément dans la zone de réaction, de part et d’autre de la flamme. Ils sont
alors essentiellement localement entraînés dans la zone de réaction par diffusion
moléculaire. Le prototype de ces flammes, schématisé sur la figure (7.1), est obtenu par
injection d’un combustible gazeux dans une atmosphère oxydante (le plus souvent l’air)
au repos. C’est, par exemple, la géométrie d’une flamme de bec Bunsen quand la virole
est fermée (pas de prémélange d’air à la base du brûleur), d’une flamme de briquet ou
encore d’une veilleuse de chauffe-eau. Si cette configuration est moins performante, en
terme de dégagement d’énergie, la flamme de diffusion offre, deux avantages
indéniables : la simplicité et la sécurité. Les flammes de diffusion sont invoquées pour
décrire les combustions liquide/gaz ou solide/ gaz, dont voici quelques exemples.
- Combustible liquide dans une atmosphère oxydante (Fig. 7-2). Dans la plupart des
applications pratiques, on considère que le liquide est vaporisé avant la zone de flamme
qui sépare alors vapeur de combustible et oxydant. Feux de nappes (Fig. 7-5). Dans
cette situation, voisine de la précédente, la flamme se développe au-dessus d’un bac de
liquide. L’analyse de cette configuration est plutôt du ressort de la protection incendie.

Fig. 7-1 : Géométrie d’une flamme de diffusion laminaire obtenue par injection d’un jet de combustible
dans une atmosphère oxydante au repos

(b)
(a)

Fig.7-2 : (a) Combustion d’une goutte de combustible dans une atmosphère oxydante, (b) Feux de nappes

87
Combustible solide dans une atmosphère oxydante (Fig. 7-3). Identique à la
précédente, hormis le remplacement du combustible liquide par un combustible solide,
cette situation concerne nombre de situations pratiques (combustion du bois, du
charbon, certains moteurs-fusée, ...) mais aussi la sécurité incendie (combustion d’une
paroi, d’un plancher, d’un plafond). Remarquons que l’orientation du combustible
solide par rapport à la verticale peut jouer un grand rôle dans la description du
phénomène puisqu’elle conditionne l’action de la convection naturelle.
-Déposition chimique en phase vapeur (Chemical Vapor Deposition, ou CVD). Très
importante pour l’industrie des semi-conducteurs, cette technique consiste à déposer sur
une paroi une couche de matériau (silicium en général) à partir d’un écoulement
gazeux. Si cette application est un peu en marge de la combustion « traditionnelle »
(écoulements très lents, de quelques millimètres à 1 cm/s ; réactions avec des temps
caractéristiques très longs), elle peut néanmoins être décrite comme une flamme de
diffusion laminaire. Vu l’importance pratique des flammes non prémélangées, l’étude et
la compréhension des flammes laminaires de diffusion sont indispensables.
En effet, si elles ne se rencontrent que dans quelques rares applications pratiques
(briquet, veilleuse de chauffe-eau ou de chaudière, CVD,...), elles constituent un
élément fondamental de la description des flammes turbulentes non prémélangées dont
l’importance pratique est considérable (moteurs-fusée, fours industriels et domestiques,
moteurs Diesel, etc.). En effet, les flammes turbulentes sont le plus souvent décrites
comme constituées d’éléments de flamme laminaire (ou « flammelettes »). La
connaissance de la structure et des caractéristiques des flammes laminaires de diffusion
devient alors primordiale. En outre, la stabilisation des flammes turbulentes s’effectue
généralement dans des zones laminaires de l’écoulement.

.
Fig.7-3 :Trois situations sont représentées, selon que la combustion se déroule au-dessus du combustible
a , au-dessous b ou le long d'une paroi c [22]

88
7.1.1 Structure des flammes de diffusion
Dans les flammes de diffusion (ou non-prémélangées par opposition aux flammes
parfaitement prémélangées), les réactifs sont introduits séparément dans la zone de réaction, de
part et d’autre de la flamme. Une représentation schématique d’une flamme de diffusion est
donnée sur la figure 7.4. Dans ce régime de combustion, la flamme est pilotée par la quantité de
réactifs entraînés par diffusion moléculaire dans la zone de réaction. L’apport de masse par
diffusion limite alors les vitesses de réaction.

Fig.7-4 : Structure d’une flamme laminaire de diffusion (d’après [23]).

La flamme de diffusion se structure en trois zones distinctes (Fig. 7-4) :


 la zone de réaction (𝑙𝑟 ) correspond à la zone de dégagement maximal de chaleur (les
termes sources chimiques atteignent un maximum), lorsque les réactifs chauds sont
mélangés à l’échelle moléculaire dans des proportions stœchiométriques. Les réactifs y
sont entièrement consommés et la température atteint la température adiabatique de
flamme.
 la zone de diffusion (𝑙𝑑 ) est une zone où les réactifs froids se mélangent aux produits de
réaction chauds évacués de la zone de réaction par diffusion. Les réactifs y sont chauffés
par diffusion thermique de la zone de réaction et par dilution avec les gaz chauds. Dans
l’hypothèse d’un nombre de Lewis unitaire, les zones de diffusion des espèces et de la
température sont similaires.

89
 la zone d’apport des réactifs froids, de part et d’autre de la zone de diffusion, alimentée
dans le cas présenté ci-dessus par convection.
La structure de la flamme de diffusion laminaire est entièrement pilotée par la compétition
entre la chimie et la diffusion, et donc indirectement par l’apport des réactifs. Elle se distingue de
la flamme de prémélange, la dynamique de la flamme de diffusion est imposée par la dynamique
de l’écoulement qui alimente la flamme.

7.2 Calcul d’une flamme de diffusion laminaire


Il s’agit de l’étude d’un jet plan bidimensionnel de combustible 𝐹, cocourant avec un jet infini
d’oxydant 𝑂. Les deux jets sont supposés avoir le même débit unitaire initial 𝜌𝑢 (soit 𝜌𝐹 𝑈𝐹 =
𝜌𝑜 𝑈𝑜 où𝜌𝐹 et 𝜌𝑜 désignent respectivement les masses volumiques des écoulements combustible
et oxydant, tandis que 𝑈𝐹 et 𝑈𝐹 correspondent aux vitesses de ces écoulements). Cette
configuration idéale n’est pas réaliste puisqu’elle suppose implicitement un débit infini
d’oxydant.
Dans le cas simplifié d’une réaction unique et irréversible du type :
𝐹 + 𝑠𝑂 → (1 + 𝑠)𝑃
où s désigne le coefficient stœchiométrique massique de la réaction (pour brûler 1 kg de
combustible, il faut s kg d’oxydant).
Soit 𝑌𝐹 et 𝑌𝑂 les fractions massiques de combustible et de comburant. Elles obéissent aux
équations de transport :
𝜕𝜌𝑌𝐹
⃗ 𝑌𝐹 ) = ∇. (𝜌𝐷∇𝑌𝐹 ) + 𝜔𝐹̇
+ ∇. (𝜌𝑉 (7.1)
𝜕𝑡
𝜕𝜌𝑌𝑜
⃗ 𝑌𝑜 ) = ∇. (𝜌𝐷∇𝑌𝑜 ) + 𝜔𝑜̇
+ ∇. (𝜌𝑉 (7.2)
𝜕𝑡

⃗ vecteur vitesse, 𝜌 masse volumique, 𝜔𝐹̇ et 𝜔𝑂̇ vitesses


où D coefficient de diffusion, t temps, 𝑉
de réaction respectivement du combustible F et du comburant O. Les flux de diffusion
moléculaires sont supposés suivre la loi de Fick avec la diffusivité massique 𝜌𝐷 .
De même, la fraction massique de produits de combustion 𝑌𝑃 suit l’équation
𝜕𝜌𝑌𝑃
⃗ 𝑌𝑃 ) = ∇. (𝜌𝐷∇𝑌𝑃 ) + 𝜔𝑃̇
+ ∇. (𝜌𝑉 (7.3)
𝜕𝑡

avec 𝜔𝑃̇ vitesse de production de produits P. La stœchiométrie de la réaction et la


conservation de la masse totale imposent les deux relations :
𝜔𝑜̇ = 𝑠𝜔𝐹̇ et 𝜔𝑃̇ = −(1 + 𝑠)𝜔𝐹̇ (7.4)

90
En supposant que tous les constituants ont, pour simplifier, la même capacité thermique
massique à pression constante 𝑐𝑝 et la même conductivité thermique 𝜆, l’équation pour
température T s’écrit :
𝜕𝜌𝑐𝑝 𝑇
⃗ 𝑐𝑝 𝑇) = ∇. (λ∇𝑇) − ∆𝐻 0 𝜔𝐹̇
+ ∇. (𝜌𝑉 (7.5)
𝜕𝑡

avec ∆𝐻 0 chaleur de réaction massique (par unité de masse de combustible). Le milieu est ici
supposé adiabatique (pas de pertes thermiques) et le rayonnement de la flamme est négligé. Il
convient maintenant d’ajouter l’équation de conservation de la masse (ou de continuité) :
𝜕𝜌
⃗)=0
+ ∇. (𝜌𝑉 (7.6)
𝜕𝑡

et les équations de quantité de mouvement (j = 1, 2 ou 3) :


𝜕𝜌𝑢𝑗 ∂𝑝
⃗ 𝑢𝑗 ) = −
+ ∇. (𝜌𝑉 + ∆. 𝜏 (7.7)
𝜕𝑡 ∂𝑥 𝑗

⃗ , p pression, 𝜏 tenseur des forces


avec 𝑢𝑗 composante dans la direction 𝑥𝑗 du vecteur vitesse 𝑉
visqueuses.
Les forces d’action en volume, et donc la convection naturelle, sont ici négligées.
Pour simplifier le système d’équations précédent, Burke et Schumann [30] introduisent les
hypothèses suivantes :
- l’écoulement est stationnaire ;
- toutes les vitesses sont supposées parallèles à l’axe des jets (𝑢2 = 𝑢3 = 0) ; en fait, cette
hypothèse n’est pas en fait, cette hypothèse n’est pas légitime, comme cela fut découvert par la
suite ; il faudrait faire ici une analyse de type « couche limite » en conservant le gradient
transversal de la vitesse 𝑢2 (soit 𝜕𝑢2 /𝜕𝑥2 ) ; néanmoins, cette hypothèse permet une analyse
simple et ne s’avère pas trop fausse ; c’est pourquoi nous la conserverons ici ;
-tous les flux de diffusion dans la direction de l’écoulement sont négligés devant les flux
convectifs ;
- les fluides sont supposés newtoniens.
Les équations précédentes se simplifient alors pour devenir :
𝜕𝜌𝑢
=0 (7.8)
𝜕𝑥
𝜕𝜌𝑢𝑌𝐹 ∂ ∂𝑌𝐹
= ∂y (𝜌𝐷 ) + 𝜔𝐹̇ (7.9)
𝜕𝑥 ∂y

91
𝜕𝜌𝑢𝑌𝑜 ∂ ∂𝑌𝑜
= ∂y (𝜌𝐷 ) + 𝜔𝑜̇ (7.10)
𝜕𝑥 ∂y
𝜕𝜌𝑢𝑌𝑃 ∂ ∂𝑌𝑃
= ∂y (𝜌𝐷 ) + 𝜔𝑃̇ (7.11)
𝜕𝑥 ∂y
𝜕𝜌𝑢𝑐𝑝 𝑇 ∂ ∂T
= ∂y (λ ∂y) − ∆𝐻 0 𝜔𝐹̇ (7.12)
𝜕𝑥

𝜕𝜌𝑢2 ∂𝑝 ∂ ∂𝑢
= − ∂𝑥 + ∂y (𝜇 ∂y ) (7.13)
𝜕𝑥

avec 𝜇 viscosité dynamique du fluide.


Nous supposerons les nombres de Schmidt des espèces égaux à l’unité, c’est-à-dire que les
viscosités dynamique et moléculaire sont identiques (𝜇 = 𝜌𝐷 ).
L’équation (7.7) conduit, compte tenu de l’hypothèse que les jets ont le même débit unitaire
initial 𝜌𝑢, à la solution immédiate :
𝜌𝑢 = 𝜌𝐹 𝑈𝐹 = 𝜌𝑂 𝑈𝑂 = 𝐶𝑡𝑒 (7.14)

L’équation de quantité de mouvement devient alors inutile car la pression est sensiblement
constante dans un tel écoulement. Il nous reste donc maintenant à déterminer 𝑌𝐹 , 𝑌𝑂 , 𝑌𝑃 et 𝑇.
Pour cela, une nouvelle variable , dont vont dépendre ces quatre grandeurs, est introduite.
𝑌𝑂
𝑍𝐹 = 𝑌𝐹 − (7.15)
𝑠

où s est le coefficient stœchiométrique massique de la réaction (𝑠 = 𝜈0 𝑀0 /𝜈𝐹 𝑀𝐹 ) , 𝐹 est le


combustible de fraction massique 𝑌𝐹 , 𝑂 est l’oxydant de fraction massique 𝑌𝑂 et P correspond
aux produits. Dans ces conditions de chimie infiniment rapide, la résolution de la flamme de
diffusion laminaire est entièrement déterminée par la connaissance de 𝑍𝐹 . L’équation qui régit
l’évolution de 𝑍𝐹 est de type convection-diffusion (sans terme source chimique) et 𝑍𝐹 est donc un
scalaire passif.
La combinaison linéaire [(7.1) – (7.2)/s] des équations de transport des fractions massiques 𝑌𝐹
et 𝑌𝑂 permet d’établir facilement une équation de transport pour 𝑍𝐹 :
𝜕𝜌𝑍𝐹 𝜔̇𝑜
+ ∇. (𝜌𝒖𝑍𝐹 ) = ∇. (𝜌𝐷∇𝑍𝐹 ) + (𝜔𝐹̇ − ) (7.16)
𝜕𝑡 𝑠

Par définition de la réaction chimique et du coefficient stœchiométrique massique s, le terme


source de cette équation, est nul (équation (7.4)). En effet, il faut s kg d’oxydant O pour brûler 1
kg de combustible F.

92
La grandeur 𝑍𝐹 suit donc une équation de convection/diffusion sans terme source. C’est
pourquoi 𝑍𝐹 est alors appelé scalaire passif (c’est un scalaire qui n’est pas modifié par la réaction
chimique). Il est aussi connu sous le nom de variable de Schwab-Zeldovitch.
Remarquons que :
-dans l’écoulement de combustible, 𝑍𝐹 = 𝑌𝐹∞ où 𝑌𝐹∞ désigne la fraction massique de combustible
dans cet écoulement ; cette fraction massique peut être différente de l’unité si le combustible est
dilué ;
-dans l’écoulement d’oxydant, 𝑍𝐹 est négatif et vaut 𝑍𝐹 = −𝑌𝐹∞ /𝑠, où 𝑌𝐹∞ désigne la fraction
massique d’oxydant O dans cet écoulement ; cette fraction massique est inférieure à l’unité quand
l’oxydant est dilué ; ainsi la fraction massique d’oxygène dans un écoulement d’air (et donc dilué
dans l’azote) vaut 𝑌𝐹∞ ≈ 0.23 ;
- si la réaction chimique est supposée infiniment rapide, c’est-à-dire si le combustible F et
l‘oxydant O ne peuvent coexister sans être immédiatement transformés en produits P, la zone de
réaction vérifie 𝑌𝐹 = 𝑌𝑜 = 0 et correspond donc à une valeur 𝑍𝐹 = 0; par conséquent, la zone de
réaction correspond à l’isovaleur 𝑍𝐹 = 0.
Nous avons donc défini un scalaire passif ZF qui vérifie l’équation de convection-diffusion :
𝜕𝜌𝑍𝐹
+ ∇. (𝜌𝒖𝑍𝐹 ) = ∇. (𝜌𝐷∇𝑍𝐹 ) (7.17)
𝜕𝑡

où la combustion n’intervient pas directement et dont la valeur ZF = 0 correspond à la zone de


réaction. La description d’une flamme de diffusion laminaire revient finalement à décrire un
problème de mélange. Ce scalaire passif n’est pas unique et il est possible d’en définir d’autres
par combinaison linéaire des équations de conservation des espèces et de la température. Ainsi :
 𝑍𝑃 = 𝑌𝐹 + 𝑌𝐹 /(1 + 𝑠) est un scalaire passif qui relie les fractions massiques 𝑌𝐹 de
combustible et 𝑌𝑃 de produits de réaction ; de même, 𝑍𝑂 /𝑠 = 𝑌𝑃 /(1 + 𝑠)est aussi un scalaire
passif reliant 𝑌𝑂 et 𝑌𝑃 ;
 sous l’hypothèse d’un nombre de Lewis unitaire (diffusivités thermique et moléculaire
identiques : 𝜌𝐷𝑚 = 𝐷𝑡ℎ = 𝜆/𝜌𝐶𝑃 ), 𝑍𝑇 = 𝑌𝐹 + 𝑐𝑝 /∆𝐻 0 est un scalaire passif qui relie la
fraction massique de combustible 𝑌𝐹 à la température T.
Il est facile de montrer que tous ces scalaires passifs sont des fonctions linéaires les uns des
autres. Par exemple, remplacer le scalaire 𝑍𝑃 par 𝑍𝑃 = 𝛼𝑌𝐹 + 𝛽, où 𝛼 et 𝛽 sont deux constantes,
dans l’équation de transport de 𝑍𝑃 redonne immédiatement l’équation de transport de 𝑍𝐹 .

93
7.2.1 Chimie infiniment rapide
L’hypothèse de chimie infiniment rapide, c’est-à-dire où combustible F et oxydant O ne
peuvent coexister, permet de simplifier considérablement notre problème. Nous avons déjà
remarqué que la flamme correspond à la valeur 𝑍𝐹 = 0, mais il est aussi possible de déterminer
complètement la structure du front.
-Du côté du combustible (𝑍𝐹 ≥ 0) 𝑌𝑂 = 0 (puisqu’il ne peut exister d’oxydant), on a :
𝑌𝐹 = 𝑍𝐹 (7.18)
-Du côté de l’oxydant 𝑍𝐹 ≤ 0 et 𝑌𝑂 =-𝑠 𝑍𝐹 (puisque 𝑌𝐹 = 0, car il ne peut y avoir du combustible),
on a :
𝑌𝑂 =-𝑠 𝑍𝐹 (7.19)
Les fractions massiques du combustible 𝑌𝐹 et d’oxydant 𝑌𝑂 sont donc directement
proportionnelles au scalaire passif 𝑍𝐹 . La détermination de la fraction massique 𝑌𝑃 des produits
de combustion est un peu plus délicate. Puisque 𝑌𝐹 + 𝑌𝑃 /(1 + 𝑠) et 𝑌𝑂 /𝑠 + 𝑌𝑃 /(1 + 𝑠)sont aussi
des scalaires passifs, ils sont des fonctions linéaires de 𝑍𝐹 . La fraction massique 𝑌𝑃 est donc une
fonction linéaire de 𝑍𝐹 , par morceaux sur les intervalles [−𝑌𝐹∞ /𝑠 , 0] et [0, 𝑌𝐹∞ ]. Bien
évidemment, 𝑌𝑃 = 0 pour 𝑍𝐹 =𝑌𝐹∞ (écoulement combustible) et 𝑍𝐹 = −𝑌𝑜∞ /s (écoulement
oxydant). Puisque 𝑍𝑃 est un scalaire passif, fonction linéaire de 𝑍𝐹 , nous avons :
𝑃 𝑌
𝑍𝐹 = 𝑌𝐹 + 1+𝑠 = 𝛼𝑍𝐹 + 𝛽 (7.20)

où 𝛼 et 𝛽 sont deux constantes, Vu les conditions aux limites :


𝑍𝑃= 𝑌𝐹∞ pour 𝑍𝐹= 𝑌𝐹∞
∅ 𝐹 𝑌∞
𝛼 = ∅+1 et 𝛽 = ∅+1 (7.21)

Où ∅ = 𝑠𝑌𝐹∞ /𝑌𝑂∞ est le rapport d’équivalence de la réaction chimique. Doù :


𝑃 𝑌 ∅𝐹 𝑌∞
𝑍𝑃 = 𝑌𝐹 + 1+𝑠 = ∅+1 𝑍𝐹 + ∅+1 (7.22)

- Côté combustible (𝑍𝐹 ≥ 0), on a alors :


1+𝑠
𝑌𝑃 = ∅+1 [𝑌𝐹∞ − 𝑌𝐹 ] (7.23)

- Côté oxydant (𝑍𝐹 ≤ 0 ), on a alors :


1+𝑠 1+𝑠 ∅
𝑌𝑃 = ∅+1 [∅𝑍𝐹 + 𝑌𝐹∞ ] = [𝑠𝑍𝐹 + 𝑌𝑂∞ ] (7.24)
𝑠 1+∅

La fraction massique maximale de produits𝑌𝑃𝑚𝑎𝑥 , est donc obtenue sur la surface de flamme
(𝑍𝐹 = 0 ) et vaut :

94
1+𝑠 1+𝑠 ∅
𝑌𝑃𝑚𝑎𝑥 = ∅+1 [𝑌𝐹∞ ] = [𝑌𝑂∞ ] (7.25)
𝑠 1+∅

Le même raisonnement s’applique au scalaire passif 𝑍𝑇 = 𝑌𝐹 + 𝐶𝑃 𝑇/∆𝐻 0 et permet de


déterminer la température T :
𝐶 𝑇 1 𝐶 𝐶𝑃 𝑇𝑂
𝑃
𝑍𝑇 = 𝑌𝐹 + ∆𝐻 0
𝑃
= ∅+1 [1 + 𝑌 ∞∆𝐻 0
(𝑇𝐹 − 𝑇0 )] (∅𝑍𝐹 + 𝑌𝐹∞ ) + (7.26)
𝐹 ∆𝐻 0

Fig.7-5 :Fractions massiques de combustible 𝑌𝐹 , d’oxydant 𝑌𝑂 et de produits de combustion 𝑌𝑃 en


fonction du scalaire passif 𝑍𝐹 = 𝑌𝐹 – 𝑌𝑂 /s pour une chimie infiniment rapide.

où ont été introduites les températures respectives 𝑇𝐹 et 𝑇𝑂 , a priori différentes, des écoulements
initiaux de combustible et d’oxydant. Il en résulte donc l’expression de la température T en
fonction du scalaire passif 𝑍𝐹 :
1 ∆𝐻 0 𝐶𝑃 (𝑇𝐹 −𝑇0 ) 𝑇𝐹 −𝑇𝑂
𝑇= [𝑌𝐹∞ − (1 − ∅ ) 𝑍𝐹 ] + 𝑇𝑂 + (7.27)
∅+1 𝐶𝑃 𝑌𝐹∞ ∆𝐻 0 ∅+1

-côté oxydant (𝑍𝐹 ≤ 0) :


1 ∆𝐻 0 𝐶𝑃 (𝑇𝐹 −𝑇0 )
𝑇 = ∅+1 [1 + ] (∅𝑍𝐹 +𝑌𝐹∞ ) + 𝑇𝑂 (7.29)
𝐶𝑃 𝑌𝐹∞ ∆𝐻 0

La température maximale, Tmax , atteinte sur la flamme (ZF = 0) vaut donc :


1 ∆𝐻 0 𝑇𝐹 −𝑇𝑂
𝑇𝑚𝑎𝑥 = ∅+1 𝑌𝐹∞ + 𝑇𝑂 + (7.30)
𝐶𝑃 ∅+1

Ces résultats sont résumés dans le tableau (7.1) et la figure (7.5). La description de la structure
d’une flamme de diffusion laminaire se réduit donc, dans le cadre d’une chimie infiniment rapide,
à la description du scalaire passif ZF . La connaissance de ZF permet alors la connaissance directe
des fractions massiques YF , YO et YP ainsi que la température T. La fin du calcul ne nécessite
donc plus que la résolution de l’équation (9.17).

95
Tableau 7-1 : Détermination de la température T et des fractions massiques de combustible YF , d’oxydant
YO et de produits de combustion YP à partir du scalaire passif (ZF = YF – YO/s) pour une chimie infiniment
rapide.
ZF YF YO YP T
Combustible 𝑍𝐹 ≥ 0 𝑍𝐹 0 1+𝑠 ∞ 1 ∆𝐻 0 ∞ 𝐶𝑃 (𝑇𝐹 − 𝑇0 ) 𝑇𝐹 −𝑇𝑂
[𝑌 − 𝑍𝐹 ] [𝑌 − (1 − ∅ ) 𝑍𝐹 ] + 𝑇𝑂 +
∅+𝑠 𝐹 ∅ + 1 𝐶𝑃 𝐹 𝑌𝐹∞ ∆𝐻0 ∅+1
Oxydant 𝑍𝐹 ≤ 0 0 −𝑠𝑍𝐹 1+𝑠 ∅ 1 ∆𝐻 0 𝐶𝑃 (𝑇𝐹 − 𝑇0 )
[𝑠𝑍𝐹 + 𝑌𝑂∞ ] [1 + ] (∅𝑍𝐹 +𝑌𝐹∞ ) + 𝑇𝑂
𝑠 1+∅ ∅ + 1 𝐶𝑃 𝑌𝐹∞ ∆𝐻 0

Remarque : dans le cas où les températures initiales des écoulements de combustible et


d’oxydant sont identiques (TF = TO = Ti), les grandeurs YP/(1 + s ) et Cp (T – Ti )/∆𝐻 0 sont
identiques.
En effet, elles ont la même équation de transport et les mêmes conditions aux limites, nulles
en 𝑍𝐹 = −𝑌𝐹∞ /𝑠F et 𝑍𝐹 = 𝑌𝐹∞ . Ce résultat est la conséquence de l’hypothèse d’un milieu
adiabatique et d’un nombre de Lewis unitaire (diffusivités moléculaire et thermique identiques).
Il peut être démontré soit directement à partir des équations de transport, soit à partir des
expressions établies ci-dessus, comme nous allons le faire ici. En effet, lorsque TF = TO = Ti :
- côté combustible, les équations (7.23) et (7.27) permettent d’écrire :
𝑌𝑃 1 𝐶𝑃 (𝑇−𝑇𝑖 )
= ∅+1 [𝑌𝐹∞ − 𝑍𝐹 ] = [ ] (7.30)
1+𝑠 ∆𝐻 0

- côté oxydant, les équations (7.24) et (7.28) permettent d’écrire :


𝑌𝑃 1 𝐶𝑃 (𝑇−𝑇𝑖 )
= ∅+1 [∅𝑍𝐹 − 𝑌𝐹∞ ] = [ ] (7.31)
1+𝑠 ∆𝐻 0

7.2.2 Résolution de l’équation de ZF


Avec les hypothèses précédentes (§ 7.1), le problème de Burke et Schumann se réduit à la
résolution de l’équation du scalaire passif ZF :
𝜕𝑍𝐹 𝜕 𝜕𝑍𝐹
𝜌𝑢 = 𝜕𝑦 (𝜌𝐷 ) (2.32)
𝜕𝑥 𝜕𝑦

Avec les conditions aux limites :


-en 𝑥 = 0, 𝑍𝐹 = 𝑌𝐹∞ pour 𝑦 ≤ 𝑒0 (jet de combustible), 𝑍𝐹 = −𝑌𝑜∞ /𝑠 pour 𝑦 > 𝑒0 (jet
d’oxydant) ;
𝜕𝑍𝐹
- en y = 0, = 0 (condition de symétrie) ;
𝜕𝑦

- en y = +∞, 𝑍𝐹 = −𝑌𝑜∞ /𝑠 (jet d’oxydant).


Pour simplifier la résolution de l’équation (7.32), nous supposerons que 𝜌𝐷 est constant.
L’équation de ZF devient alors :

96
𝜕𝑍𝐹 𝜕 𝜕𝑍
= 𝛼 𝜕𝑦 ( 𝜕𝑦𝐹) (7.33)
𝜕𝑥
𝜌𝐷 𝐷 𝐷
𝛼= = 𝑈𝐹 = 𝑈𝑂 (7.34)
𝜌𝑢 𝐹 𝑂

où 𝐷𝐹 et 𝐷𝑂 désignent respectivement les coefficients de diffusion des écoulements de


combustible et d’oxydant.
L’équation (7.33) est en fait l’équation de la chaleur, en régime permanent, dont la solution est
classique :
2
𝑍𝐹 +𝑌𝑜∞ /𝑠 1 +𝑒0 (𝑦−𝑦 ′ )
=2 ∫ exp (− ) 𝑑𝑦′ (7.35)
𝑌 ∞ +𝑌 ∞ /𝑠
𝐹 𝑜 √𝜋𝛼𝑥 −𝑒0 4𝛼𝑥

qui, pour des valeurs de l’abscisse x grandes comparées à la demi-taille e0 du jet de combustible,
peut être approchée par :
𝑍𝐹 +𝑌𝑂∞ /𝑠 𝑒0 𝑦2
= exp (− 4𝛼𝑥) (7.36)
𝑌𝐹∞ +𝑌𝑂∞ /𝑠 √𝜋𝛼𝑥

Le problème est donc maintenant résolu et il est possible de tracer les profils radiaux et
transversaux de ZF , YF , YO, YP et T (Fig. 7-6). Nous pouvons aussi déterminer la longueur 𝐿𝑓 de
la flamme par le point d’intersection de l’isovaleur ZF = 0 avec l’axe x (Z (x = 𝐿𝑓 , y = 0) = 0) :
𝑒0 2 𝑈𝐹
𝐿𝑓 = (∅ + 1)2 (7.37)
𝜋𝐷𝐹

et se réécrit, en introduisant le nombre de Reynolds 𝑅𝑒 = 2𝑒0 𝑈𝐹0 /𝐷𝐹 du jet de combustible


(remarquons que 𝑅𝑒 = 2𝑒0 𝑈𝐹0 /𝜈 puisque, comme les nombres de Schmidt ont été supposés
égaux à l’unité, coefficient de diffusion 𝐷𝐹 et viscosité cinématique 𝜈 sont égales) :
𝑒0 𝑅𝑒
𝐿𝑓 = (∅ + 1)2 (7.38)
2𝜋

Fig. 7-6 : Profils du scalaire passif ZF, des fractions massiques de combustible YF et d’oxydant YO et de
température T dans la flamme de Burke et Schumann

97
La longueur Lf de la flamme varie donc linéairement avec la vitesse du combustible et avec le
carré de la demi-taille du jet e0 et est inversement proportionnelle au coefficient de diffusion DF .
Lf est aussi proportionnel au nombre de Reynolds Re du jet de combustible, du moins tant que
l’écoulement reste laminaire, c’est-à-dire que Re reste inférieur à un nombre de Reynolds
critique. L’expérience montre que, lorsque l’écoulement devient turbulent, la longueur de flamme
ne dépend plus du nombre de Reynolds.
Remarque : tout le calcul précédent a été conduit pour un jet plan. La même analyse peut être
faite avec un jet axisymétrique (« jet rond »). L’équation (7.33), en coordonnées cylindriques,
s’intègre alors avec des fonctions de Bessel

7.3 Utilisation du scalaire passif Z

7.3.1 Définitions
En général, à la définition simple du scalaire passif de la relation (7.15), on préfère :
1 𝐹 𝑌 𝑂 𝑌
𝑍 = ∅+1 [𝜙 𝑌 ∞ − 𝑌∞ + 1] (7.39)
𝐹 𝑂

où ∅ est le rapport d’équivalence de la réaction, défini par :


𝑠𝑌𝐹∞
∅= (7.40)
𝑌𝑂∞

Il est facile de montrer que Z ainsi défini est également un scalaire passif (il s’agit, en fait,
d’un adimensionnement du scalaire passif défini par la relation (7.15) qui vérifie l’équation de
convection-diffusion, sans terme source) :
𝜕𝜌𝑍
+ ∇. (𝜌𝒖𝑍) = ∇. (𝜌𝐷∇𝑍) (7.41)
𝜕𝑡

Le scalaire passif Z, appelé aussi fraction de mélange, a les propriétés intéressantes suivantes :
- Z = 1 dans l’écoulement de combustible pur ;
- Z = 0 dans l’écoulement d’oxydant pur ;
- dans l’hypothèse d’une chimie infiniment rapide, la flamme se situe sur l’iso-surface Z = Zst
telle que YF = YO = 0 :
1
𝑍𝑠𝑡 = ∅+1 (7.42)

qui correspond à la valeur de Z obtenue quand les réactifs F et O sont en proportions


stœchiométriques ;

98
 en l’absence de réaction chimique, Z caractérise le mélange du combustible et de l’oxydant
justifiant ainsi son appellation de fraction de mélange. Tous les calculs du § 7.2 peuvent être
refaits avec ces nouvelles définitions. À titre d’exemple, le tableau (7.2) explicite les relations
liant les fractions massiques YF , YO à la fraction de mélange Z. Il reprend, avec la nouvelle
définition de Z, les résultats du tableau (7.1).
Remarques
1. La définition du scalaire passif Z n’utilise pas l’existence d’une flamme de diffusion. Elle reste
donc valable en prémélange où cette notion n’a toutefois aucun intérêt puisque Z est alors
constant dans tout le champ. Par ailleurs, Z peut être utilisé pour décrire le mélange entre deux
constituants inertes (mélange pur) ou deux réactifs dans le cas de situations partiellement
prémélangées.
2. La définition de Z repose ici sur une chimie simple à une étape avec des coefficients de
diffusion identiques pour les deux espèces, combustible et oxydant, considérées. Cette notion de
scalaire passif est toutefois généralisable, sous certaines conditions, à des situations plus
complexes, par exemple en utilisant la conservation des atomes.
3. Le rapport d’équivalence ∅ ne doit pas être confondu avec la richesse introduite en
prémélange, malgré l’ambiguïté du terme anglais « equivalence ratio » utilisé pour désigner les
deux notions. ∅ ne dépend que de la nature des réactifs initiaux et de leur éventuelle dilution
(tableau 7-3) mais pas des conditions opératoires, notamment des débits relatifs des écoulements.
Ainsi, le rapport d’équivalence pour la combustion d’hydrogène pur dans de l’oxygène pur est
toujours 𝜑 = 8. Le rapport d’équivalence correspond en fait à la richesse qu’aurait un
prémélange réalisé avec la même masse de combustible et d’oxydant. Cette notion n’est donc pas
équivalente à celle d’excès d’air, utilisée par les industriels, qui compare le débit d’air injecté à
celui nécessaire pour une combustion stœchiométrique.

7.3.2 Description de la flamme en terme du scalaire passif Z


Nous avons vu précédemment que, dans le cas d’une cinétique chimique infiniment rapide, la
flamme de diffusion pouvait être décrite à l’aide du scalaire passif Z et qu’elle correspondait à
l’isosurface Z = Zst . Nous allons essayer de préciser ces notions. Pour cela, réécrivons l’équation
de transport du combustible (1) dans un nouveau repère lié aux isosurfaces Z (direction normale à
l’isosurface Z locale et deux directions orthogonales dans le plan tangent à l’isosurface Z ). Les

99
coordonnées (t, x1 , x2 , x3) sont alors remplacées par les coordonnées (t, Z, y1 , y2). Ces nouvelles
coordonnées sont connues sous le nom de variables de Crocco. L’équation (7.1) peut être
entièrement réécrite dans le nouveau repère [24]. Pour alléger le calcul, nous supposerons que
seuls les gradients perpendiculaires aux iso-surfaces Z = cste sont importants (on ne conservera
𝜕 𝜕 𝜕𝑍 𝜕 𝜕
donc que les gradients 𝜕/𝜕𝑍). Le changement de variables s’écrit :𝜕𝑡 = 𝜕𝑡 + 𝜕𝑡 𝜕𝑍, ∇= ∇𝑍 𝜕𝑍

L’équation (1) devient alors :


𝜕𝑌𝐹 𝜕𝑍𝜕𝑌𝐹 𝜕𝑌𝐹 𝜕𝑌𝐹 𝜕2 𝑌𝐹
𝜌 +𝜌 + 𝜌𝒖∇𝑍 = ∇. (𝜌𝐷∇𝑍) + 𝜌𝐷(∇𝑍)2 + 𝜔̇ 𝐹 (7.43)
𝜕𝑡 𝜕𝑡𝜕𝑍 𝜕𝑍 𝜕𝑍 𝜕𝑍 2

qui se simplifie, en utilisant l’équation de Z (équation (7.41)) et l’équation de continuité


(équation (7.6)) pour devenir :
𝜕𝑌𝐹 𝜕2 𝑌𝐹
𝜌 = 𝜌𝐷(∇𝑍)2 + 𝜔̇ 𝐹 (7.44)
𝜕𝑡 𝜕𝑍 2

où apparaît une quantité très importante dans l’étude des flammes de diffusion : la dissipation
scalaire 𝜒 :
𝜕𝑍 2
𝜒 = 2𝐷|∇Z|2 = 2𝐷 (𝜕𝑥 ) (7.45)
𝑖

Remarque: cette définition varie selon les auteurs. En effet, la masse volumique 𝜌 peut y être
incorporée (𝜒 = 2𝜌𝐷|𝛻𝑍|2 ), ou, au contraire, le coefficient 2 supprimé (𝜒 = 𝐷|𝛻𝑍|2 ).
L’équation (44) se réécrit alors :
𝜕𝑌𝐹 𝜒 𝜕2 𝑌𝐹
𝜌 =𝜌2 + 𝜔̇ 𝐹 (7.46)
𝜕𝑡 𝜕𝑍 2

Tableau 7-2 : Détermination des fractions massiques de combustible YF , d’oxydant YO et de produits YP à


partir du scalaire passif Z pour une chimie infiniment rapide
Z YF YO YP
Combustible 𝑍 ≥ 𝑍𝑠𝑡 𝑍(∅ + 1) − 1 0 𝑌𝐹∞ (1 − 𝑍)
𝑌𝐹∞ (1 + 𝑠) [ ]
∅ ∅
Oxydant 𝑍 ≤ 𝑍𝑠𝑡 0 𝑌𝑂∞ [1 − 𝑍(∅ + 1)] (1 + 𝑠)𝑍𝑌𝐹∞
Z varie de 0 dans l’écoulement de comburant à 1 dans celui de combustible. ∅ est le rapport d’équivalence de la réaction
chimique et Zst = 1/(∅ + 1) désigne la valeur stœchiométrique du scalaire passif Z.

Tableau 7-3 : Quelques valeurs du rapport d’équivalence pour la combustion d’un combustible pur
(𝑌𝐹∞ = 1) dans l’air (𝑌𝑂∞ = 0,23) ou dans l’oxygène pur (𝑌𝑂∞ = 1,0)
∅ Hydrogène 𝐻2 Méthane𝐶𝐻4 Propane 𝐶3 𝐻8
Air 34.8 17.4 15.8
Oxygène pur 8.0 4.0 3.6

100
Dans le cadre de nos hypothèses (seuls les gradients perpendiculaires aux surfaces iso-Z sont
importants), la fraction massique de combustible YF (ainsi que les fractions massiques d’oxydant
YO, de produits YP et la température) peut être directement déterminée en fonction de Z à partir de
l’équation (7.44). Si le champ de scalaire passif Z est connu, tous les autres champs peuvent alors
être calculés. Dans le cas général, les fractions massiques de combustible, d’oxydant et de
température dépendent donc de Z, de c, la dissipation scalaire de Z, et du temps t (équation
(7.44)). Signalons toutefois deux cas particuliers : celui du mélange pur et celui de la chimie
infiniment rapide.

7.3.2.1Mélange pur
Il s’agit ici du mélange de deux constituants inertes F et O. En régime stationnaire, l’équation
(7.44) se réduit immédiatement à :
𝜕2 𝑌𝑓
=0 (7.47)
𝜕𝑍 2

Les fractions massiques sont alors des fonctions linéaires de Z. Les conditions aux limites :
 en Z = 0 : YO = 𝑌𝑂∞ et YF = 0 ;
 en Z = 1 : YF =𝑌𝐹∞ et YO = 0
conduisent immédiatement à la solution (Fig. 7-7) :
𝑌𝐹 = 𝑌𝐹∞ 𝑍 ; 𝑌𝑂 = 𝑌𝑂∞ (1 − 𝑍) (1.48)
Le scalaire passif Z caractérise bien le mélange des deux réactifs. En outre, ceux-ci sont en
proportion stœchiométrique lorsque sYF = YO , ce qui correspond à Z = Zst . La richesse locale 𝜑
du mélange constitué est donnée par :
𝑠𝑌𝐹 𝑠𝑌 ∞ 𝑍
𝐹 𝑍
𝜑= = 𝑌 ∞(1−𝑍) = ∅ (1−𝑍) (1.49)
𝑌𝑂 𝑂

et dépend donc du rapport d’équivalence ∅ et de la fraction de mélange Z.

7.3.2.2 Chimie infiniment rapide


Le taux de réaction est nul en dehors de l’isosurface Z = Zst . En régime permanent, l’équation
(7.44) donne également une solution linéaire en Z. Les conditions aux limites sont toutefois
différentes des précédentes :
- en Z = 0 : YO = 𝑌𝑂∞ et YF = 0 ;
- en Z = Zst : YO =𝑌𝐹∞ YF = 0 ;

101
- en Z = 1 : YF =𝑌𝐹∞ et YO = 0.
On retrouve alors la solution de Burke et Schumann (tableau 7-2), représentée sur la figure (7-
7).
(b))
(a)

Fig. 7-7 : Fractions massiques réduites de combustible 𝑌𝐹 /𝑌𝐹∞ et d’oxydant 𝑌𝑂 /𝑌𝑂∞ et de température en
fonction du (a)scalaire passif Z dans le cas d’un mélange inerte (b) du scalaire passif Z dans le cas d’une
cinétique chimique infiniment rapide (solution de Burke et Schumann).

7.3.2.3 Cas général


Dans le cas général, la solution de l’équation (7.44) dépend non seulement de Z mais aussi de
la dissipation scalaire 𝜒 et du temps t. En pratique, on observe des écarts à la solution de Burke et
Schumann, comme le montre la figure (7.8). Signalons aussi qu’une dissipation scalaire excessive
𝜒 peut conduire à l’extinction de la flamme (voir § 7.4.2.3).

(a) (b)
((b
a)b
))

Fig.7.8 – (a) Fractions massiques réduites de combustibles 𝑌𝐹 /𝑌𝐹∞ d’oxydant 𝑌𝑂 /𝑌𝑂∞ et température en
fonction du scalaire passif Z. Allure de la solution dans le cas général (écart à la solution de Burke et
Schumann). (b) Domaine d’évolution de la fraction massique de combustible Y F en fonction de la fraction
de mélange Z

102
7.3.3 Remarques

7.33.1 Domaine de combustion


Les deux cas limites mélange pur (rien ne brûle, § 7.4.2.1) et chimie infiniment rapide (tout ce
qui peut brûler brûle, § 7.4.2.2) sont très intéressants car ils déterminent, relativement à la
fraction de mélange Z, le domaine dans lequel peuvent évoluer les fractions massiques. La figure
(7.8b) présente le domaine d’évolution de la fraction massique YF . Les courbes YF(Z) qui
décrivent la combustion sont situées dans ce domaine et sont souvent appelées trajectoires dans
l’espace des phases. Leur détermination permet de décrire la flamme et est à la base de modèles
pour la combustion turbulente non prémélangée [25].

7.3.3.2 Vitesse de réaction - extinction


La relation (7.44) a une autre conséquence importante. En effet, lorsqu’une situation
stationnaire est atteinte, la vitesse de réaction apparaît être le produit de deux contributions, l’une
correspondant au mélange (dissipation scalaire de Z), l’autre dépendant de la structure de la
flamme :
𝜕2 𝑌𝐹 𝜒 𝜕2 𝑌𝐹
𝜔̇ = −𝜌𝐷(∇𝑍)2 =𝜌2 (7.50)
𝜕𝑍 2 𝜕𝑍 2

méla chimi
Plus le mélange est important, plus la vitesse de réaction est donc importante. Néanmoins, ce
nge
phénomène a uneelimite. L’épaisseur ld de la zone de diffusion peut être estimée à partir du
gradient de la variable de mélange Z :
1 2𝐷
𝑙𝑑 ≈ |∇𝑍| ≈ √ 𝜒 (7.51)

Plus le mélange augmente (plus la dissipation scalaire 𝜒 augmente), plus le taux de réaction
augmente mais plus l’épaisseur 𝑙𝑑 de la couche diffusive diminue. Au-delà d’une certaine
dissipation scalaire 𝜒𝑒𝑥𝑡 , le flux thermique qui quitte la zone de réaction, d’autant plus important
que l’épaisseur 𝑙𝑑 est faible, n’est plus compensé par le dégagement de chaleur et la flamme
s’éteint (voir § 7.4.2.3). Ce mécanisme est facile à observer : pour entretenir un feu de bois, il est
possible de souffler dessus, mais pas trop...

103
7.33.3 Vers la modélisation de la combustion turbulente
La plupart des modèles développés pour décrire la combustion turbulente non prémélangée
sont basés sur la notion de « flammelettes ». La flamme turbulente est analysée comme une
collection d’éléments de flamme laminaire, les « flammelettes », convectés et modifiés, en
particulier étirés, par l’écoulement turbulent. Cette vision conduit immédiatement à deux types de
modèles pour exprimer la vitesse de consommation moyenne de combustible, qui intervient dans
les équations moyennées de la combustion turbulente [25].
Si la réaction chimique est infiniment rapide, comparativement aux temps caractéristiques du
transport turbulent, et donc a fortiori de la diffusion moléculaire, nous avons vu que la flamme
correspondait à l’interface Z = Zst . Si Σ désigne la densité de surface de cette iso-surface Z = Zst
(soit la quantité de surface disponible par unité de volume), la vitesse de réaction peut s’écrire :

̅̅̅̅
𝜔̇ 𝐹 = 𝑉𝐹 Σ (7.52)
où VF désigne la vitesse de réaction du combustible F par unité de surface de flamme. Cette
formulation a l’avantage de découpler l’aspect purement chimique de la réaction, incorporé dans
VF, de la description du plissement du front de flamme par la turbulence décrit par Σ. Il reste alors
à déterminer VF et Σ. Si la densité de surface de flamme Σ est généralement décrite par une
expression algébrique ou une équation de transport, cette description dépasse largement le cadre
de notre étude. En revanche, l’expression du taux de réaction par unité de surface VF provient, par
hypothèse, de l’analyse des flammes laminaires de diffusion. En général, il est déduit de l’étude
des flammes laminaires étirées (voir § 7.4).
Puisque la fraction massique de combustible d’une flamme laminaire ne dépend, en régime
stationnaire, que de la fraction de mélange Z et de sa dissipation scalaire 𝜒 (équation (7.44)), la
fraction massique moyenne du combustible F peut simplement s’écrire par une analyse
statistique:
. .
𝜌̅ 𝑌̃𝐹 = ̅̅̅̅̅
𝜌𝑌𝐹 = ∫𝑍 ∫𝜒 𝜌𝑌𝐹 (𝑍, 𝜒)𝑃(𝑍, 𝜒)𝑑𝜒𝑑𝑍 (7.53)

où désigne𝜌̅ la moyenne de la quantité 𝜌, 𝑌̃ la moyenne de Favre (pondérée par la masse) de


cette quantité et P (Z, 𝜒 ) la fonction densité de probabilité jointe de la fraction de mélange Z et
de sa dissipation scalaire c. Si YF(Z, 𝜒 ) est directement solution de l’équation (7.44), la
description de la combustion turbulente réclame la connaissance de la fonction densité de
probabilité P (Z, 𝜒 ). Sans entrer dans des détails qui dépassent le cadre de cette étude, signalons

104
que cette fonction densité de probabilité peut être soit présumée (c’est-à-dire avoir une forme
fixée a priori qui peut dépendre de grandeurs solutions des équations résolues), soit être solution
d’une équation de transport.

7.33.4 Généralisation de l’équation (7.44)


Lors de l’établissement de l’équation de transport de la fraction massique YF dans l’espace de
la fraction de mélange Z (équation (7.44)), nous nous sommes volontairement restreints aux
gradients perpendiculaires aux surfaces iso-Z. Il est toutefois possible d’écrire une équation plus
générale [24], en se plaçant dans le repère où Z est l’une des coordonnées, les deux autres, x et y,
mesurant les distances le long de surfaces où Z est constant. Soient u et v les vitesses dans les
directions x et y, relatives à ce nouveau repère. On peut montrer que l’équation de transport de la
fraction massique de combustible YF (équation (7.1)) devient, dans ce repère :
𝜕𝑌𝐹 𝜕2 𝑌𝐹
𝜌 + 𝜌𝐕⊥ ∇⊥ 𝑌𝐹 = 𝜌𝐷|∇𝑍|2 + 𝜔̇ 𝐹 + ∇⊥ . (𝜌𝐷𝐕⊥ 𝑌𝐹 ) − 𝜌𝐷∇⊥ (𝑙𝑛|∇𝑍|). ∇⊥ 𝑌𝐹 (7.54)
𝜕𝑡 𝜕𝑍 2

où 𝐕⊥ est le vecteur bidimensionnel de composantes (u, v) dans le plan (x, y) et


∇⊥ l’opérateur gradient bidimensionnel dans ce même plan (x, y ). Le premier terme du membre
de gauche et les deux premiers termes du membre de droite constituent l’équation (7.44). Les
autres termes concernent des gradients le long des surfaces iso-Z que nous avions négligés
précédemment. Si l’équation (7.54) est, a priori, plus satisfaisante pour l’esprit puisqu’elle
n’introduit pas d’autres hypothèses que l’existence d’un scalaire passif Z, elle n’est néanmoins
pas utilisée en pratique. En effet, toutes les études de flamme laminaire de diffusion se contentent
𝜕
de l’équation (7.44) et se restreignent le plus souvent au régime stationnaire ( 𝜕𝑡 =0).

7.4. Flammes de diffusion laminaires étirées

7.4.1 Introduction
Les flammes laminaires étirées, tant de prémélange que de diffusion, ont fait et font toujours
l’objet de nombreuses études aussi bien théoriques qu’expérimentales. La configuration la plus
simple pour une flamme de diffusion est celle de la flamme à contrecourant (Fig. 7-9). Un jet de
combustible et un jet de comburant de directions opposées forment un écoulement avec un point
de stagnation (x = y = 0). Le front de flamme est alors étiré dans son propre plan, voisin du plan y
= 0. L’intérêt de ces flammes étirées est double.

105
Il s’agit d’une des configurations les plus simples. En première approximation, ces flammes
peuvent être supposées monodimensionnelles et ne dépendent que d’une seule coordonnée
spatiale. Elles ont aussi l’avantage d’être stationnaires, ce qui facilite considérablement toute
étude expérimentale. Ainsi, elles se prêtent particulièrement bien aux confrontations
théories/expériences et permettent l’analyse aisée de nombreux phénomènes dont, notamment,
l’influence de schémas cinétiques chimiques détaillés.
Elles constituent l’ingrédient de base de nombre de modèles proposés pour décrire la
combustion turbulente. En effet, sous l’hypothèse dite de « flammelettes », nous avons vu (§
7.3.3.3) que les flammes turbulentes peuvent être analysées comme constituées d’éléments de flamme
laminaire étirée. Ainsi, le taux de réaction de combustible VF par unité de surface de flamme est, le plus
souvent, exprimé comme celui d’une flamme laminaire étirée.

7.4.2 Flamme de diffusion étirée stationnaire à contre-courant

7.4.2.1 Solution analytique


Pour simplifier l’analyse, nous supposerons la masse volumique 𝜌 constante. Cette hypothèse
forte, dite thermodiffusive, offre l’avantage de découpler le champ de vitesse de celui des
constituants chimiques (fractions massiques, vitesse de réaction) puisque, faute de dilatation
thermique, il n’y a pas rétroaction de la combustion sur la structure de l’écoulement.

Fig. 7-9 : Flamme plane de diffusion laminaire étirée à contre-courant[5].

Remarque : cette hypothèse est clairement fausse pour la plupart des flammes d’intérêt pratique, mais
elle permet d’obtenir des solutions analytiques simples et mettre en évidence un certain nombre de
phénomènes. Il est possible de reprendre cette analyse avec une masse volumique 𝜌 variable et d’obtenir
des expressions similaires, en incorporant les variations de masse volumique dans les coordonnées

106
spatiales (transformation de Howarth-Dorodnitzyn). La variable y, coordonnée normale à la flamme, est
alors remplacée par :


1 𝑦
𝑦 = ∫ 𝜌𝑑𝜉
𝜌0 0
où 𝜌0 est une masse volumique de référence. Moyennant cette transformation, les équations deviennent
formellement identiques à celles obtenues pour une masse volumique constante.
Soit y l’axe vertical qui correspond à l’axe des deux jets et x la direction transversale (Fig.
7.9). L’origine des axes est choisie au point de stagnation (u = 0). Le problème est supposé ici
bidimensionnel plan et stationnaire. L’équation de continuité (ou de conservation de la masse)
s’écrit :
𝜕𝑢 𝜕𝑣
+ 𝜕𝑦 = 0 (7.55)
𝜕𝑥

où u et v désignent respectivement les composantes du vecteur vitesse u dans les directions x et y.


Soit 𝜀𝑠 l’étirement, supposé constant :
𝜕𝑢 𝜕𝑣
= 𝜀𝑠 ; = −𝜀𝑠 (7.56)
𝜕𝑥 𝜕𝑦

L’équation de transport du scalaire passif, ou fraction de mélange, Z s’écrit :


𝜕𝑍 𝜕𝑍 𝜕𝑍 1
+ 𝑢 𝜕𝑥 + 𝑣 𝜕𝑦 = 𝜌 ∇. [𝜌𝐷∇𝑍] (7.58)
𝜕𝑡

En supposant que le problème est stationnaire et monodimensionnel (Z ne dépend que de la


coordonnée y) et en ajoutant, pour simplifier, l’hypothèse d’un coefficient de diffusion D
constant, l’équation (7.58) se réduit à :
𝜕𝑍 𝜕2 𝑍
−𝜀𝑠 𝑦 𝜕𝑦 = 𝐷 𝜕𝑦 2 (7.59)

avec les conditions aux limites :


- Z (+∞) = 1 (jet de combustible)
- Z (-∞) = 0 (jet d’oxydant)
La solution de l’équation (7.59) est immédiate :
1 𝜀
𝑍 = 2 [𝑒𝑟𝑓 (√2𝐷𝑠 𝑦) + 1] (7.60)

où 𝑒𝑟𝑓 est la fonction d’erreur exponentielle, définie par :


2 𝑥 2
𝑒𝑟𝑓(𝑥) = 𝜋 ∫0 𝑒 −𝜂 𝑑𝜂 (7.61)

Puisque la flamme se situe à l’interface Z = Zst (voir relation (7.42)), sa position yf est obtenue
à partir de l’équation (7.60) :

107
2𝐷 1−𝜙 2𝐷
𝑦𝑓 = √ 𝜀 𝑒𝑟𝑓 −1 (1+𝜙) = √ 𝜀 w (7.62)
𝑠 𝑠

en introduisant :
1−𝜙
w = 𝑒𝑟𝑓 −1 (1+𝜙) (7.63)

Cette relation permet de préciser la position de la flamme relativement au plan y = 0 qui


contient le point d’arrêt (x = y = 0) de l’écoulement :
- si 𝜙 = 1 (réactifs en proportion stœchiométrique), la flamme correspond au plan d’arrêt y = 0 ;
- si 𝜙 ≥ 1 (combustible en excès), la flamme se situe du côté de l’oxydant (yf ≤0) ;
- si 𝜙 ≤ (oxydant en excès), la flamme est du côté du combustible (yf ≥0).
La flamme se situe donc du côté du réactif en défaut. Compte tenu des valeurs pratiques du
rapport d’équivalence 𝜙 , voir tableau (7-3), la flamme est généralement du côté de l’écoulement
d’oxydant, au moins pour les combustibles non dilués. Par ailleurs, la flamme se rapproche du
point d’arrêt lorsque le taux d’étirement 𝜀𝑠 augmente.
Dans le cas d’une chimie infiniment rapide, les profils des fractions massiques de combustible
YF , de comburant, YO et de produits YP se déduisent immédiatement du tableau (7.2) et de la
solution (7.60) :
- pour y≥ yf (côté combustible) :
𝜀 𝜀
𝑒𝑟𝑓(√ 𝑠 𝑦)−𝑒𝑟𝑓(√ 𝑠 𝑦𝑓 )
2𝐷 2𝐷
𝑌𝐹 = 𝑌𝐹∞ (7.64)
𝜀
1−𝑒𝑟𝑓(√ 𝑠 𝑦𝑓 )
2𝐷

𝑌𝑂 = 0 (7.65)
𝑠+1 𝜀
𝑌𝑃 = 𝑌𝐹∞ [1 − 𝑒𝑟𝑓 (√2𝐷𝑠 𝑦)] (7.66)
2∅

- pour y≤ yf (côté oxydant)


𝑌𝐹 = 0 (7.67)
𝜀 𝜀
𝑒𝑟𝑓(√ 𝑠 𝑦𝑓 )−𝑒𝑟𝑓(√ 𝑠 𝑦)
2𝐷 2𝐷
𝑌𝑂 = 𝑌𝑂∞ (7.68)
𝜀
1+𝑒𝑟𝑓(√ 𝑠 𝑦𝑓 )
2𝐷

𝑠+1 𝜀
𝑌𝑃 = 𝑌𝐹∞ [1 + 𝑒𝑟𝑓 (√2𝐷𝑠 𝑦)] (7.69)
2

Tous ces profils sont représentés sur la figure (7.10).

108
Fig. 7-10 : Profils de la fraction de mélange Z et des fractions massiques réduites de combustible 𝑌𝐹 /𝑌𝐹∞ ,
d’oxydant 𝑌𝑂 = 𝑌𝑂∞ et de produits2𝑌𝑃 /𝑌𝐹∞ (𝑠 + 1) dans une flamme plane de diffusion laminaire à contre-
courant (étirement constant 𝜀𝑠 ) tracés en fonction de la coordonnée spatiale adimensionnée√𝜀𝑠 /2𝐷 𝑦

La vitesse de réaction correspond, en chimie infiniment rapide, à l’apport des réactifs par
diffusion moléculaire à la flamme. La vitesse de consommation massique de combustible par
unité de surface de flamme, VF est donc donnée par :

𝜕𝑌𝐹 1 𝜕𝑌0
𝑉𝐹 = −𝜌𝐷 [ ] = + 𝜌𝐷 [ ] (7.70)
𝜕𝑌 𝑦=𝑦𝑓 𝑠 𝜕𝑌 𝑦=𝑦𝑓
ce qui conduit à :

∅+1 𝐷𝜀 2
𝑉𝐹 = −𝜌𝑌∞
𝐹 [√ 𝑠 𝑒−w ]
∅ 2𝜋

où w est défini par la relation (7.63). En raison de nos conventions de signe (équation (7.1)), VF est
logiquement négatif puisqu’il correspond à une consommation de réactifs. La vitesse de consommation
massique d’oxydant, VO est donnée par :

𝜕𝑌 𝐷𝜀 2
𝑉𝑂 = 𝜌𝐷 [ 𝜕𝑌𝑂 ] = −𝜌𝑌∞ 𝑠
𝑂 (∅ + 1) [√ 2𝜋 𝑒
−w ] (7.72)
𝑦=𝑦𝑓
qui vérifie bien la relation stœchiométrique attendue (équation (7.4))

𝑌𝑂∞
𝑉𝑂 = ∅ 𝑉 = 𝑠𝑉𝐹 (7.73)
𝑌𝐹∞ 𝐹

7.42.2 Relation entre taux d’étirement 𝜺𝒔 et dissipation scalaire𝝌


Au paragraphe précédent, la structure de la flamme étirée a été décrite en terme de taux d’étirement 𝜀𝑠
(relations (7.60) à (7.73)); Pourtant, d’après l’équation (7.44), cette structure est fonction de la dissipation
scalaire χ. Il est donc intéressant de préciser la relation entre ces deux notions. Pour une flamme laminaire
étirée à contrecourant, le scalaire passif Z ne dépend que des gradients le long de la direction y :
109
𝜕𝑍 2
χ = 2𝐷 (𝜕𝑦) (7.74)

d’où, d’après l’équation (7.60) :


𝜀𝑠 −𝜀𝑠
χ= 𝑒𝑥𝑝( 𝑦2) (7.75)
𝜋 𝐷

La dissipation scalaire χ𝑓 au front de flamme (y = yf ) vaut donc, d’après l’équation (7.62) :


𝜀𝑠
χ𝑓 = 𝑒𝑥𝑝(−2w 2 ) (7.76)
𝜋

Le taux de réaction VF du combustible F et VO de l’oxydant O s’exprime alors directement en fonction de


χ𝑓 :

∅+1 𝐷χ
𝑉𝑂 = −𝜌𝑌∞
𝐹( )√ 𝑓 (7.77)
∅ 2
∞ 𝐷χ𝑓
𝑉𝑂 = −𝜌𝑌𝑂 (∅ + 1)√ 2 (7.78)
Ces relations sont très importantes et montrent que les notions d’étirement et de dissipation scalaire
sont intimement liées. Dans le cas d’une flamme laminaire étirée stationnaire à contre-courant, étudié ici,
la dissipation scalaire au front de flamme, χ𝑓 , est directement proportionnelle à l’étirement 𝜀𝑠 (relation

(7.76)). Remarquons toutefois que dans cette situation, l’étirement 𝜀𝑠 est constant dans tout le champ,
tandis que la dissipation scalaire dépend de la coordonnée spatiale y (équation (7.75)).
La structure locale d’une flamme de diffusion peut donc être déterminée soit en terme de taux
d’étirement 𝜀𝑠 , soit en terme de dissipation scalaire au front de flamme χ𝑓 . Ainsi, il est possible de

remplacer la dissipation scalaire χ par le taux d’étirement 𝜀𝑠 dans l’expression (7.53) et exprimer YF en
fonction de Z et de 𝜀𝑠 . La principale différence entre 𝜀𝑠 et χ réside dans le fait que l’étirement ne dépend
que de l’écoulement puisqu’il n’est fonction que des gradients de vitesse, tandis que la dissipation scalaire
incorpore des notions relatives aux réactifs chimiques (intervention du rapport d’équivalence ∅, via w,
dans l’expression (7.76)). Moins intuitive que la notion d’étirement, la dissipation scalaire est finalement
plus riche. En effet, si l’on cherche, par exemple à déterminer la structure d’une flamme étirée à contre-
courant non infiniment mince (chimie à vitesse finie), la résolution des équations du (§ 7.4.2.1) impose de
se fixer les valeurs du scalaire passif Z (le plus souvent Z = 0 ou Z = 1) à une certaine distance ylim
(éventuellement infinie) de la flamme, pour accéder à la solution YF (Z, 𝜀𝑠 ). En revanche, les conditions
aux limites de l’équation (7.44), pour déterminer YF (Z, χ ), sont, par définition même du scalaire passif Z,
toujours YF = 0 pour Z = 0 et YF =𝑌𝐹∞ pour Z = 1. La résolution dans l’espace des phases (coordonnée Z )
sera donc plus adaptée à la prise en compte d’effets de dilution par les gaz brûlés ou de prémélange

110
partiel, susceptibles de modifier sensiblement les conditions aux limites de Z dans l’espace physique
(coordonnée y ).

7.4.2.3 Influence du taux d’étirement sur la vitesse de réaction


La vitesse de réaction VF croît avec la racine carrée du taux d’étirement 𝜀𝑠 (équation (7.71)) ou de la
dissipation scalaire 𝜒𝑓 au front de flamme (équation (7.77)). En fait, plus le taux d’étirement augmente,
plus l’apport des réactifs à la zone de flamme est important et donc plus la réaction est intense puisque,
dans la limite d’une chimie infiniment rapide, tout le combustible au contact de l’oxydant brûle
immédiatement. En pratique, la réaction chimique a une vitesse limite et il existe alors une valeur critique
du taux d’étirement, 𝜀𝑠 𝑒𝑥𝑡 (ou de la dissipation scalaire, 𝜒𝑓 𝑒𝑥𝑡 ), au-delà de laquelle la flamme s’éteint. En

fait, si l’apport des réactifs augmente avec 𝜀𝑠 , la réaction chimique n’est plus assez rapide pour brûler les
réactifs disponibles et le refroidissement de la zone de réaction, dû à la vitesse croissante de l’écoulement
conduit à l’extinction.

Fig.7-11 :Valeur absolue du taux de réaction d’une flamme laminaire étirée à contre-courant en fonction
de l’étirement 𝜀𝑠 ou de la dissipation scalaire au front de flamme 𝜒𝑓

Remarque : La solution correspondant à une cinétique chimique infiniment rapide est tracée en tireté. La
branche BC de la courbe en S est instable et les valeurs 𝜀𝑠 𝑒𝑥𝑡 , 𝜒𝑓 𝑒𝑥𝑡 , 𝜀𝑠 𝑎𝑙𝑙 et 𝜒𝑓 𝑎𝑙𝑙 correspondent
respectivement aux valeurs critiques d'extinction et d'allumage de l'étirement et de la dissipation scalaire.
Un phénomène d'hystérésis apparaît : si la flamme s'éteint pour un étirement supérieur 𝜀𝑠 à 𝜀𝑠 𝑒𝑥𝑡 , le
réallumage n'est possible qu'en deçà de la valeur 𝜀𝑠 𝑎𝑙𝑙 de l'étirement.

On observe alors que la vitesse de réaction du combustible suit, en fonction du taux d’étirement 𝜀𝑠 ou
de la dissipation scalaire 𝜒𝑓 , une « courbe en S » caractéristique, présentée sur la figure (7.11). Au delà

des valeurs 𝜀𝑠 𝑒𝑥𝑡 ou 𝜒𝑓 𝑒𝑥𝑡 (point B), la flamme s’éteint. En revanche, partant de valeurs supérieures aux
conditions d’extinction pour la dissipation scalaire ou l’étirement (flamme éteinte), il faut revenir en deçà

111
des valeurs 𝜀𝑠 𝑎𝑙𝑙 ou 𝜒𝑓 𝑎𝑙𝑙 (point C) pour pouvoir rallumer la flamme. La branche BC de la courbe est
instable. Les valeurs typiques des taux d’étirements d’extinction sont, pour les combustibles les plus
courants (hydrogène, méthane, propane, ...) dans les conditions normales, de l’ordre de quelques dizaines
à quelques centaines de s–1. Bien évidemment, plus la cinétique chimique est lente, plus les valeurs des
taux d’étirement et de dissipation scalaire d’extinction sont basses.

7.4.3 Flamme de diffusion étirée instationnaire


Au paragraphe précédent (§7.5.2), nous avons décrit la structure d’une flamme étirée à contre-courant
stationnaire. L’objectif est maintenant d’analyser la réponse instationnaire d’une telle flamme à une
perturbation de l’écoulement. Considérons une flamme stationnaire soumise à un taux d’étirement
constant 𝜀𝑠0 . À l’instant t = 0, l’étirement passe brutalement à la valeur 𝜀𝑠 , comme le montre la figure
(7.12). Pour simplifier, nous supposerons le nouveau champ de vitesse stationnaire dès l’instant t = 0.
L’équation (58) devient ici :
𝜕𝑍 𝜕𝑍 𝜕2 𝑍
𝜕𝑡
− 𝜀𝑠 𝑦 𝜕𝑦 = 𝐷 𝜕𝑦2 (7.79)

avec toujours les conditions aux limites :


- Z (+ ∞) = 1 (jet de combustible)
- Z (– ∞) = 0 (jet d’oxydant)

Fig.7-12 : Réponse d’une flamme de diffusion laminaire étirée à contre-courant à une perturbation
instantanée de l’étirement

Remarque : À l'instant t = 0 l'étirement subi par la flamme (courbe en tireté) passe brutalement de la
valeur 𝜀𝑠0 à 𝜀𝑠 la valeur tandis que la réponse de la flamme (courbe en continu) est représentée en terme
d'étirement équivalent .

Puisque la solution stationnaire (pour 𝑡 ≤ 0 𝑜𝑢 𝑡 → −∞) de cette équation est connue [équation
(7.60)], cherchons les solutions instationnaires sous la forme :
1 𝜀
𝑍 = 2 [𝑒𝑟𝑓 (√2𝐷𝑠 𝑓(𝑡)𝑦) + 1]

112
où f (t ) est une fonction du temps t dont les conditions aux limites sont, d’après l’équation (7.60) :

- pour 𝑡 ≤ 0, 𝑓 (𝑡 ) = √𝜀0𝑠 /𝜀𝑠 ,

- pour 𝑡 → −∞, 𝑓(𝑡) = 1.


Reporter la solution (7.80) dans l’équation (7.79) conduit à l’équation pour f :
𝜕𝑓 3
− 𝜀𝑠 𝑓 + 𝜀𝑠 𝑓 (7.81)
𝜕𝑡

qui s’intègre, après multiplication de chaque terme par f en :


𝜀0𝑠 𝑒2𝜀𝑠 𝑡
𝑓(𝑡) = √ (7.82)
𝜀𝑠 +𝜀0𝑠 (𝑒2𝜀𝑠 𝑡 −1)

La flamme réagit donc avec un temps de réponse de l’ordre de 1/𝜀𝑠 . Ce temps n’est pas négligeable
puisque, pour des étirements caractéristiques de 100 à 1 000 s–1, il s’échelonne de 1 à 10 ms, ce qui
correspond à des déplacements de l’ordre de 1 à 10 cm dans un écoulement à 10 m/s. Sur une telle
distance, l’étirement induit par l’écoulement a pu être considérablement modifié...
𝑒𝑞
Il est possible de définir un « taux d’étirement équivalent » 𝜀𝜀 comme le taux d’étirement de la
flamme stationnaire qui aurait la même structure et la même vitesse de réaction. D’après les relations
(7.80) et (7.82), ce taux d’étirement équivalent s’exprime par :
𝜀𝑠0 𝑒 2𝜀𝑠 𝑡
𝜀𝜀𝑒𝑞 = 𝜀𝑠 𝜀 0 2𝜀 𝑡 (7.83)
𝑠 +𝜀𝑠 (𝑒 𝑠 −1)
𝑒𝑞
Ce qui permet de tracer la réponse de la flamme en terme d’étirement équivalent 𝜀𝜀 /𝜀𝑠 sur la
figure (7.12) pour le cas 𝜀𝑠 /𝜀𝜀0 = 10.
L’existence de ce temps de réponse d’une flamme de diffusion laminaire à une perturbation du
taux d’étirement (ou de dissipation scalaire) a plusieurs conséquences pratiques :
- une flamme laminaire étirée pourra supporter sans s’éteindre des taux d’étirement largement
supérieurs au taux d’étirement d’extinction introduit au paragraphe (7.5.2.3), pourvu que ces
taux d’étirement ne soient pas appliqués trop longtemps (temps inférieurs à 1/𝜀𝑠 ) ;
- le temps de réponse de la flamme induit un effet de filtre passe-bas. En effet, la flamme sera
incapable de réagir à des perturbations du taux d’étirement à des fréquences trop élevées
(typiquement du même ordre de grandeur que le taux d’étirement 𝜀𝑠 , soit environ 1000 Hz en
pratique) ;
- l’introduction d’un taux d’étirement équivalent 𝜀𝜀𝑒𝑞 est très intéressante pour la description des
flammes turbulentes non prémélangées. En effet, nous avons vu que ces dernières pouvaient
être analysées comme collection d’éléments de flammes laminaires (voir § 7.3.3.3). Dès lors,
les effets instationnaires pourront être pris en compte via𝜀𝜀𝑒𝑞 qui permet d’utiliser la structure

113
d’une flamme laminaire étirée stationnaire équivalente, pour déterminer, en particulier, la
vitesse de réaction.

7.5. Stabilisation des flammes de diffusion


Jusqu’à présent, nous avons essentiellement analysé la structure de flammes laminaires de
diffusion établies, sans se préoccuper de leur initiation ou des mécanismes de stabilisation qui
leur permettent de subsister. En pratique, l’initiation des flammes fait appel à un apport d’énergie
extérieur qui provient, par exemple, d’une petite flamme annexe (allumette) ou de l’étincelle
issue d’une bougie d’allumage. Mais cet apport n’intervient en général que pendant un temps
limité. Ensuite, la flamme doit rester stable sans source extérieure d’énergie, sous peine de
s’éteindre. L’analyse des mécanismes de stabilisation d’une flamme est donc très importante en
pratique : une flamme qui s’éteint intempestivement non seulement ne remplit plus sa mission
(que penser d’un réacteur d’aviation qui s’éteindrait en vol ?) mais peut conduire à de graves
problèmes ultérieurs (explosion) si les écoulements de réactifs ne sont pas stoppés... Les
principaux mécanismes de stabilisation des flammes de diffusion vont maintenant être
brièvement décrits. Ils sont évoqués à la fois pour décrire la stabilisation des flammes laminaires
et des flammes turbulentes. Il est vrai que la stabilisation des flammes turbulentes est le plus
souvent analysée comme se produisant dans des zones où les caractéristiques de l’écoulement
sont laminaires...

7.5.1 Auto-inflammation
Ce mécanisme, illustré sur la figure (7.13) est le plus simple : les réactifs mis en contact
s’auto-inflamment spontanément. Ce mécanisme remplit à la fois les rôles d’allumage (pas
d’apport d’énergie extérieur pour initier la réaction) et de stabilisation. La flamme ne se
développe en général qu’à partir d’une distance di , distance d’auto-inflammation. Un prémélange
se forme d’abord en aval des lèvres du brûleur puis s’enflamme spontanément ensuite [26]. En
pratique, ce mécanisme d’auto-inflammation se rencontre dans deux situations :
- le couple de réactifs réagit spontanément dans les conditions d’injection. Ce n’est pas le cas
des combustibles usuels pour les conditions atmosphériques. Par ailleurs, la réaction
hydrogène/ fluor, utilisée pour réaliser des lasers chimiques, est spontanée dans les conditions
ambiantes ;

114
- au moins un des écoulements est préchauffé jusqu’à une température suffisante pour
provoquer l’auto-inflammation. Cette situation se rencontre dans les « superstatoréacteurs »
(statoréacteurs en écoulement supersonique) où l’écoulement d’air est naturellement
préchauffé par compression jusqu’à des températures de l’ordre de 1000 K. La connaissance,
et la maîtrise, de la distance d’allumage di est primordiale pour la conception de ces foyers.

Fig.7-13: Stabilisation d’une flamme de diffusion par auto-inflammation[22].

7.5.2 Stabilisation sur les lèvres du brûleur


Si les échanges thermiques avec la flamme permettent à la lèvre du brûleur de rester
suffisamment chaude, la flamme peut s’accrocher à celle-ci, comme le montre la figure (7.14).
Cette situation se rencontre, par exemple, dans le cas d’une flamme de bec Bunsen (virole
fermée) mais est plutôt « fragile » : une légère augmentation de la vitesse du jet de combustible
peut conduire à l’extinction par diminution de la température de la lèvre du brûleur.

7.5.3 Stabilisation par flamme triple


Si la flamme n’est pas accrochée à la lèvre du brûleur, une zone de prémélange se forme en
aval du brûleur. La composition de ce prémélange n’est, bien évidemment, pas uniforme mais il
existe des zones où sa richesse est voisine de l’unité. Ce prémélange peut être enflammé par
apport extérieur d’énergie (étincelle, allumette, ...). Une flamme de prémélange se développe
alors et se propage vers l’amont du brûleur avec une vitesse SL. Elle se stabilisera en un point de
l’écoulement où la vitesse des gaz est voisine de SL (en fait, une analyse plus poussée montre que
la flamme modifie l’écoulement en amont et peut soutenir des vitesses d’écoulements de l’ordre
de 𝑆𝐿 √𝑇𝑏 /𝑇𝑢 où Tu et Tb désignent respectivement la température des gaz frais et des gaz
brûlés). On observe alors une flamme qui a l’allure présentée sur la figure (7.15) et connue sous
le nom de flamme triple. Elle est constituée de trois parties. La flamme prémélangée a deux
branches : une branche riche en combustible (du côté de l’écoulement de combustible) qui laisse

115
du combustible imbrûlé en aval et une branche pauvre (côté oxydant) qui laisse en aval des gaz
chauds encore oxydants. En aval de cette double flamme de prémélange se développe la flamme
de diffusion proprement dite. Ce mécanisme de stabilisation par flamme triple est également
invoqué, à l’échelle microscopique, pour décrire la stabilisation d’une flamme sur les lèvres du
brûleur (§ 7.5.2). Ces flammes sont également observées lors de la combustion de milieux
réactifs non parfaitement prémélangés où coexistent des zones riches (combustible en excès) et
pauvres (combustible en défaut). Historiquement, ces flammes triples ont d’ailleurs été mises en
évidence pour la première fois (Phillips, 1965) lors de l’étude des « coups de grisou » dans les
mines où une stratification est observée entre l’air ambiant et le méthane plus léger donc plus
proche du plafond. D’un point de vue pratique, ces flammes détachées des lèvres du brûleur, sont
relativement fragiles. Elles ne peuvent en particulier supporter que des vitesses d’écoulement
faibles, de l’ordre de la vitesse de flamme laminaire prémélangée SL (typiquement de quelques
dizaines de cm/s selon le combustible). Une perturbation des conditions opératoires peut conduire
à les souffler.
Remarque : Signalons que l’extinction d’une flamme stabilisée dans le jet d’une bouteille de
gaz, exercice classique des pompiers, se fait simplement en interposant un obstacle entre la sortie
de la bouteille et le point de stabilisation de la flamme triple.

Fig. 7-14 : Stabilisation d’une flamme de diffusion par la lèvre du brûleur si celle-ci reste suffisamment
chaude[22]

Fig. 7-15 : Stabilisation par « flamme triple » d’une flamme de diffusion décrochée des lèvres
du brûleur [22].

116
7.5.4 Stabilisation par zone de recirculation
Nous avons vu aux deux paragraphes précédents (§ 7.5.2 et 7.5.3) que la stabilisation
d’une flamme sur les lèvres d’un brûleur maintenues suffisamment chaudes ou par une
flamme triple en aval de celle-ci est relativement fragile. En effet, une perturbation
minime des conditions opératoires peut conduire à une extinction non contrôlée de la
flamme qui doit être évitée, ne serait ce que pour des raisons évidentes de sécurité.
C’est pourquoi, la plupart des dispositifs pratiques ont recours à une stabilisation par
zone de recirculation (ou en aval d’un « bluff-body » [27], pour reprendre le terme
anglais), illustrée sur la figure (7.16). L’idée est d’opposer à l’écoulement un obstacle
suffisamment grand, qui peut d’ailleurs être les lèvres du brûleur elles-mêmes, pour
permettre le développement de zones de recirculation. Ces zones de recirculation,
utilisées également pour la stabilisation des flammes prémélangées, offrent deux
avantages évidents :
- elles créent et maintiennent dans l’écoulement des points de vitesses suffisamment
faibles pour permettre un accrochage de type « flamme triple » de la flamme [28] ;
- elles sont susceptibles de constituer un réservoir de gaz chauds (recirculation des gaz
issus de la combustion) à température suffisante pour enflammer les réactifs. Si la
structure interne de ces zones de recirculation n’est pas toujours bien comprise ni
parfaitement décrite par les modèles, ce processus de stabilisation est à la fois simple à
fabriquer et particulièrement efficace. C’est pourquoi il est utilisé dans la quasi-totalité
des applications pratiques.

7.5.5 Flamme pilote


Il s’agit cette fois de « forcer » l’inflammation des réactifs par l’utilisation d’une
petite flamme annexe, généralement située au voisinage des lèvres du brûleur (voir
figure (7.17). Cette petite flamme est le plus souvent prémélangée. Cette configuration
est parfois utilisée pour la stabilisation de flamme de grandes dimensions ou
fonctionnant dans des conditions opératoires proches des limites d’extinction.
Remarque : les veilleuses de chauffe-eau ou de chaudières jouent, dans une certaine
mesure, le rôle de flamme pilote, au moins pour provoquer l’allumage des flammes
principales.

117
Fig.7-16 : Flamme de diffusion stabilisée en aval d’une zone de recirculation(L'obstacle qui
génère la zone de recirculation peut séparer les deux écoulements combustible et oxydant (a)
ou se trouver à la périphérie (b) [22].

Fig.7-17 : Stabilisation d’une flamme de diffusion par flamme pilote (Cette flamme-pilote, alimentée par
un dispositif annexe, est le plus souvent prémélangée) [22].

118
Exercice1

Un jet gazeux laminaire de l’écoulement carburant et l'air, où il est allumé. La hauteur de la


flamme est de 8 cm. Ensuite, le diamètre du jet est augmenté de 50% et la vitesse du jet réduit de
50%. Comment la hauteur de la flamme change? Montrer que la hauteur d'un jet de flamme de
diffusion ne dépend pas de la pression pour un flux de masse constante.

Exercice2

On considère une flamme de diffusion co-courant (acétylène-oxygène). L’écoulement1 se


compose uniquement de l'oxygène (O2), l’écoulement2 seulement de l'acétylène (C2H2)
(a) déterminer les fractions de mélange ξi pour les éléments C, H et O avant l'allumage.
(b) Déterminer les fractions de mélange pour C, H et O après l'allumage. Prendre en compte que
CO2 et H2O sont formés (assumer diffusivités égales).
(c) Quelle est la valeur de la fraction de mélange à composition stœchiométrique?

Exercice3

Supposons que vous avez un jet de flamme de diffusion laminaire de l'hydrogène dans l'air qui
a une longueur de flamme L (voir Fig.7.18). Estimer la longueur de la flamme si le carburant
hydrogène H2 est remplacé par du deutérium D2. (Deutérium a deux fois la masse d'hydrogène,
avec près de la même cinétique chimique et thermique de la combustion.)

Fig.7-18 : Resultats expérimentales et numérique de la température (de gauche) et la fraction molaire


de radical OH (de droite) dans un jet de la flamme de diffusion laminaire flamme (Smooke et al. [29]).

119
Références
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