Concurrence Bancaire et Politique Monétaire
Concurrence Bancaire et Politique Monétaire
CADRE ANALYTIQUE
AN ANALYTICAL FRAMEWORK
Par
Salma DRISSI
&
Khadija ANGADE
Résumé :
Le secteur bancaire est souvent tributaire des inflexions issues de tout changement de
politique monétaire. Autrement dit, c’est un chenal de transmission de cette dernière. Dans ce
contexte, il nous semble primordial d’examiner le comportement d’offre de crédit bancaire
dans un système duel afin d’évaluer l’efficacité de la transmission de la politique monétaire.
Cet article a pour objectif de développer un modèle théorique de comportement de banques
dans un environnement de concurrence imparfaite en adaptant le modèle de Monti-Klein à un
duopole bancaire à la Cournot composé à la fois de banques conventionnelles et de banques
islamiques. Les résultats du modèle font ressortir que la concurrence bancaire dans le secteur
bancaire duel peut constituer une source de rigidité quant à la transmission de la politique
monétaire, due à la divergence entre les banques islamiques et les banques conventionnelles.
Mots-clés : Politique monétaire, Banque islamique, Banque conventionnelle, Concurrence.
Abstract:
The banking sector is often dependent on inflections resulting from any change in monetary
policy. In other words, it is a channel for transmitting monetary policy from the monetary
sphere to the real sphere.In this context, it seems to us essential the behaviour of bank credit
offer in a dual system to evaluate the effectiveness of the transmission of monetary policy.
This article aims to develop a theoretical model of banking behaviour in an imperfect
competitive environment by adapting the Monti-Klein model to a Cournot banking duopoly
composed of conventional banks and Islamic banks. The results of the model reveal that
banking competition in the dual banking sector can be a source of rigidity in the transmission
of monetary policy, due to the divergence between Islamic banks and conventional banks.
Keys – Word: Monetary policy, Islamic banks, conventional bank, competition.
2
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Revue Économie, Gestion et Société N°12 décembre 2017
Introduction
Au cours de cette dernière décennie, on observe que la concurrence dans le secteur bancaire
s’est intensifiée au point d’exercer une pression croissante sur les rendements bancaires. En
effet, la majorité des groupes bancaires les plus renommés choisissent d’intégrer de nouveaux
marchés ou d’élargir leurs éventails d’offres afin de consolider leurs présences et accroitre
leurs rentabilités. En guise d’exemple de ce développement, on trouve l’expansion de l’activité
bancaire islamique qui, depuis son début à 1963 en Égypte avec l’expérience de Mit Ghamr
Saving Bank a pu séduire des acteurs financiers conventionnels en tant qu’un modèle viable et
prometteur de financement. D’ailleurs, on observe qu’à l’exception de quelques pays comme
l’Iran et le Soudan, la majorité des systèmes financiers sont marqués par l’existence d’une
cohabitation entre le système financier islamique et conventionnel, tel est le cas en Indonésie,
la Malaisie, la Turquie et pour quelques pays du Golfe persique1. Dans ce contexte, les
banques islamiques se voient proliférer leurs activités en dehors des pays du Golfe persique ou
les pays à convictions musulmanes voyant en elle une niche en pleine croissance avec des
perspectives de développement à ne pas négliger2.Toutefois, bien que la finance islamique soit
devenue une industrie en pleine expansion ayant développé des solutions à la fois compétitives
et innovantes, la libération des marchés financiers pose aussi bien des opportunités que des
défis pour les banques islamiques. Les conditions concurrentielles entre les banques islamiques
et les banques conventionnelles sont pertinentes pour au moins deux raisons. La première,
l’environnement bancaire et en pleine mutation en incitant les banques à reformuler leurs
stratégies ce qui peut avoir de sérieuses implications pour la stabilité financière. Davantage
d’attention a été portée, dans la littérature concernant l’influence de la concurrence bancaire
sur la stabilité financière, à l’instar des travaux empiriques de Keely (1990)3 pour qui il existe
une relation négative entre le pouvoir le marché et les incitations à la prise des risques.
D’autres études comme celles menées par (Hellmann, Murdock & Stiglitz, 2000)4 expliquant
que la concurrence peut miner le comportement prudentiel des banques. Quant à la seconde,
elle concerne les effets de la concurrence bancaire sur la transmission de la politique
monétaire. En fait, la concurrence dans le secteur bancaire présente une source de rigidité qui
peut bloquer la transmission de la politique monétaire de la sphère monétaire à la sphère
réelle5.
Actuellement, la coexistence entre les banques islamiques et les banques conventionnelles est
devenue une réalité. Ceci dit, les relations financières et monétaires dans un système financier
islamique doivent être organisées et menées de sorte à écarter l’utilisation de l’intérêt, quelles
que soient les formes possibles de la mise en place. Une telle restriction rend la transmission de
la politique monétaire dans un système financier duel très différente de celle dans un système
financier conventionnel.
1
Juan A Sole, ‘Introducing Islamic Banks into Coventional Banking Systems,’ (2007).
Ibid., 60.
2
Wissem Ajili and Z Ben Gara, ‘Quel Avenir Pour La Finance Islamique En Tunisie?,’ Unpublished Working
Paper (2013).
3
Michael C Keeley, ‘Deposit Insurance, Risk, and Market Power in Banking,’ The American Economic Review
(1990).
4
Thomas F Hellmann, Kevin C Murdock, and Joseph E Stiglitz, ‘Liberalization, Moral Hazard in Banking, and
Prudential Regulation: Are Capital Requirements Enough?,’ American economic review (2000).
5
Bernard Bensaid and André de Palma, « Concurrence Imparfaite Et Transmission De La Politique Monétaire
Sur Les Taux Débiteurs, » Revue d’économie financière, no. 27 (1993) : 299.
3
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Cet article aura pour objectif de mettre en lumière l’impact du facteur de la concurrence
bancaire sur le mécanisme de transmission de la politique monétaire dans un environnement
bancaire duel. Dans cet ordre d’idées, cet article a pour but de mettre en exergue les effets des
comportements stratégiques, qui tiennent compte des réactions des concurrents aux décisions
de la banque en termes de transmission de la politique monétaire. En outre, ce travail aspire à
examiner l’efficience de la politique monétaire en prenant en considération le comportement
des banques conventionnelles et les banques islamiques, tout en sachant que ces dernières dans
une perspective comparative font face à de nombreuses difficultés ; le faible niveau des
échanges interbancaire6, l’interdiction de l’intérêt, les comptes de dépôts ne sont pas rémunérés
où le mécanisme de préteur en dernier ressort ne s’applique pas7.
Dans ce contexte, la modélisation proposée examine le comportement des banques islamiques
et conventionnelles sur le marché des crédits bancaires selon une logique de marché qui se
nourrit d’un optimisme perpétuel basé sur la confrontation de l’offre et de la demande des
fonds prêtables afin de déterminer le volume du crédit consenti et le taux auquel il doit être
consenti. Dans un marché concurrentiel, l’interaction entre l’offre globale des crédits et la
demande globale permet la détermination de la quantité qui équilibre et le prix d’équilibre du
marché des crédits bancaires8. Il s’agit en fait, d’un modèle d’équilibre partiel qui consiste à
étudier un marché pris isolément, en négligeant les effets d’équilibre général sur les autres
marchés. Le Consommateur, dans notre cas, l’emprunteur est mené à arbitrer entre un crédit
bancaire sur le marché des crédits et les autres biens assimilés à un bien composite. Les
préférences de l’emprunteur sont exprimées par une fonction d’utilité quasi linéaire qui peut
être formulée selon le modèle de Singh et Vives (1984)9. À cet effet, l’article examine l’impact
du comportement bancaire dans des conditions oligopolistiques sur la transmission de la
politique monétaire. Les interactions entre les banques conventionnelles et les banques
islamiques vont se faire à travers les quantités en particulier à travers le duopole à la Cournot
qui correspond à la situation où chaque firme fournit de façon isolée les quantités qu’elle
fournit au marché10. Dans le contexte de notre étude, l’idée est de modéliser le comportement
des banques islamiques par rapport aux banques conventionnelles en prenant comme variable
stratégique la quantité de crédit dans le but d’examiner l’influence de la concurrence par la
quantité des crédits distribués sur le processus de transmission de la politique monétaire dans
un système bancaire duel.
6
Iwona Sobol, ‘Liquidity Management Practices in Islamic Banking,’Zarządzanie i Finanse 2, no. 1 (2013): 2.
7
Jean-Baptiste Desquilbet and Fedi Kalai, « La Banque Conventionnelle Et La Banque Islamique Avec Fonds
Propres : Contrat De Dépôt Et Partage Du Risque De Liquidité, » (2013) : 2-3.
8
André Fourcans, « La Formation Du Taux D’interet Et Le Marche Des Credits Bancaires Français Une Étude
Théorique Et Économétrique, » Revue économique (1975) : 558.
9
Bernard Decaluwé, André Martens, and Luc Savard, La Politique Économique Du Développement Et Les
Modèles D’équilibre Général Calculable : Une Introduction À L’application De L’analyse Mésoéconomique
Aux Pays En Développement (PUM, 2001).
10
Olivier Hueber, « Economie Générale, » (2012).
4
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La fonction d’utilité est quasi linéaire, nous permet de maximiser une fonction de bien-être
social par l’intermédiaire de la maximisation de l’utilité d’un agent représentatif. Dans ce
modèle économique simplifiée, on considère X un bien composite qui a un prix égal à 1 de
manière que les quantités achetées ou vendues par les agents correspondent à une dépense ou
une recette dans les autres biens. La fonction d’utilité U est non linéaire par rapport au crédit
bancaire et linéaire par rapport au bien composite.
On considère rp et ic, les taux débiteurs associés au crédit pet Lc. En réalité, l’agent représentatif
peut acquérir de nombreux services de crédit, mais pour simplifier le modèle, nous considérons
le cas où il y a que deux banque. Cette simplification nous permet de représenter les
préférences de l’agent représentatif.
L’agent représentatif dispose d’un revenu limité qui impose une contrainte qui est appelée la
contrainte budgétaire11. Cela dit, son panier de consommation ne doit pas couter plus que son
revenu total.
La contrainte budgétaire de l’agent représentatif s’écrit :
Soit
Avec Y est le revenu général du consommateur. En remplaçant la valeur de X dans (1) par sa
valeur en (2) on aura :
La fonction d’utilité est dérivable, on peut donc différencier cette relation pour dégager les
conditions du premier ordre. Les conditions du premier ordre s’écrivent :
11
Paul R Krugman and Robin Wells, Microéconomie (De Boeck Supérieur, 2016), 463.
5
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Vu que la fonction de demande de crédit est décroissante par rapport aux taux débiteurs, il
s’agit de deux fonctions de demandes inverses. Autrement dit, la fonction exprime le prix en
fonction de la quantité.
Cette fonction décrit les préférences de l’agent en termes de prêts. En vue d’expliciter les
préférences de l’agent en termes de prêts, il faut spécifier la fonction d’utilité V. Pour ce faire,
ces préférences sont supposées revêtir la forme quadratique suivante :
Dans cette situation, les deux services proposés sont substituables et l’agent représentatif
leurattribue le même coefficient . En outre, aucune des deux banques n’est en situation de
domination par rapport à l’autre.
Le programme de maximisation de l’agent représentatif peut être réécrit sous la forme
suivante:
trouver pas un produit équivalent aux comptes PSIA (Profit Sharing Investissement Account)
qui est un compte d’investissement à partir duquel les rendements de la banque n’yest
déterminé. Dans cette perspective et avant de déterminer la contrainte budgétaire de la banque
islamique, il semble indispensable d’exposer et d’expliquer brièvement les éléments qui
composent le bilan. D’ailleurs, il faut noter que les banques islamiques recourent pour leur
comptabilité soit à l’emploi des normes IFRS12 , soit par aux normes financières comptables
(FAS) de l’Organisation d’Audit et de Comptabilité des Institutions Financières Islamiques
Internationales (AAOIFI), sinon les normes locales établies par la législation du pays
d’exercice. Compte tenu de ce qui précède, et pour mieux jouer leur rôle de supervision, les
banques centrales obligent les banques de second rang de présenter leur bilan consolidé.
12
Azzouz Elhamma, « La Comptabilité Des Produits Financiers Islamiques : Normes Aaoifi Vs. Ifrs, »Revue de
Management et de Stratégie (2015).
13
Mohammed El Qorchi, ‘Islamic Finance Gears Up,’ Finance and Development 42, no. 4 (2005).
7
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14
Ibid.
15
Mohamed Fall Ould-Bah, Les Systèmes Financiers Islamiques: Approche Anthropologique Et Historique
(KARTHALA Editions, 2011), 122.
8
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Résultat net de l’exercice : ce compte regroupe l’ensemble des résultats réalisés par la
banque à travers toutes ses activités d’intermédiation, de marché d’investissement, les
prestations de services ainsi que toutes autres prestations exercées au cours d’un
exercice comptable après déduction de toute sommes dues.
Réserves pour risque d’investissement : lorsque les projets financés par les comptes
d’investissement conduisent à des pertes, cette réserve prend le relais en octroyant aux
comptes d’investissement standards une partie des profits réalisés lors d’opérations
antérieures.
Réserves pour péréquation des résultats : ces réserves sont constituées à partir du
résultat brut avant l’allocation des profits avec les titulaires des comptes
d’investissement. Au moment où le taux de rendement des investissements est supérieur
à celui des investissements, la banque a le droit de garder une rémunération similaire à
celle du marché et laisser le reliquat pour alimenter ces réserves. Son montant revient
aux actionnaires et aux titulaires des comptes d’investissement en se référant au même
ratio de partage du profit déjà établi dans le contrat Moudaraba et qui servira par la suite
pour lisser le rendement positif et préserver les réserves pour faire face aux risques
inattendus.
Compte tenu de ce que nous avons développé au préalable, nous pouvons présenter le bilan
d’une banque islamique comme ainsi:
Tableau n°1: Bilan de la banque islamique
Actif Passif
Compte de participation : Dépôts à vue :
- Moudarabah - Compte courant
- Moucharaka - Murabaha interbancaire
Compte de financement : - Sukuks émit
- Mourabaha - Provision pour risque
- Ijara d’investissement
- Salam Dépôts à terme :
- Istisnâa - Capital et Fonds propres
- Mourabaha interbancaire - Compte d’investissement
- Sukuks acquit - Compte d’épargne
Trésorerie net - Résultat net de l’exercice
- Provision pour péréquation des
résultats
Source : Auteurs
Les ressources détenues par la banque islamique proviennent essentiellement des épargnants et
des investisseurs. En ce qui concerne le passif, les banques islamiques auront seulement à gérer
des dépôts d’investissement.
Du côté de l’actif, les fonds mobilisés seront utilisés à travers des contrats de participation aux
profits (Moucharaka et Moudaraba).
La contrainte budgétaire de la banque islamique sera présentée comme suit :
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Avec :
: Un agrégat qui présente les deux types de financement présentés par la banque islamique
: Les dépôts d’investissements.
: Les dépôts à vue non rémunérés.
: Les Sukuks.
Les banques islamiques reçoivent deux types de dépôts : les dépôts liés directement à leurs
transactions qui sont assimilés aux dépôts à vue effectués dans une banque conventionnelle.
Pour cette catégorie de dépôts, les banques islamiques assument tous les risques. Néanmoins,
elles ne versent aucun revenu ou rémunération, quel que soit le solde du compte16. En ce qui
concerne les dépôts d’investissement, ils représentent la source principale des banques
islamiques. À l’instar des dépôts à vue, les déposants ne reçoivent pas d’intérêt, mais ils sont
traités comme s’ils étaient des actionnaires, ce qui leur procure le droit à une part des profits
réalisés ou des pertes subies par la banque. Les dépôts d’investissement sont supposés
homogènes et rémunérés selon le résultat de l’actif pour notre modèle.
Les différents types de dépôts collectés par la banque islamique sont employés essentiellement
dans les opérations de financement . Deux modes de financement se présentent : le
financement basé sur le principe de partage des profits et des pertes et les contrats de
financement de dettes . Ce type de contrat est l’instrument de financement le plus utilisé
dans le monde de la finance islamique17.
L’actif de la banque islamique est composé donc de ces deux modes de financement de façon à
ce que chacune de ces modes représente un pourcentage dans l’actif de la banque et le
coefficient mentionné ci-dessus nous permet de saisir cette part par rapport au total du
portefeuille de l’actif .
De sorte que:
16
Ibid., 121-22.
17
Olivier Pastré and Krassimira Gecheva, « La Finance Islamique À La Croisée Des Chemins, » Revue
d’économie financière (2008).
10
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Pour les réserves obligatoires , ils sont constitués auprès de la banque centrale en fonction
d’un pourcentage des dépôts détenus par les banques. Les banques islamiques ne peuvent donc
pas bénéficier de cette rémunération à cause du taux d’intérêt or elles sont contraintes de
constituer ces réserves obligatoires auprès des banques centrales.
Une partie du portefeuille d’actif de la banque islamique est constitué de contrats de
financement qui s’applique aux opérations de partage des profits et des pertes. Dans ce cas le
pourcentage de rémunération n’est pas fixé à l’avance, mais dépend des résultats réalisés en
aval de l’opération de financement. Vu que le financement participatif est une faction du
total de financement, la répartition des résultats financiers selon le principe de partage des
profits et des pertes donne plus d’importance à la rentabilité des projets. Ceci dit, la fonction
de demande des techniques de financement participatif est une fonction décroissante par
rapport aux taux de partage.
La fonction de demande est supposée linéaire et la banque islamique suit une stratégie de
maximisation de son profit en intégrant le comportement de la demande.
Pour la banque islamique, on aura le profit illustré par la fonction suivante:
α.F + (1 α). F
Les opérations sur titres: ce sont des interventions qu'une banque effectue pour
son compte propre sur le marché des capitaux. À l'actif, on trouve, les placements de la
banque, au passif la dette émise pour le refinancement.
Les valeurs immobilisées: il s’agit des biens et valeurs censés demeurer durablement
dans le patrimoine de la banque.
Les Capitaux propres : ce sont les fonds propres exigés afin de couvrir le risque de
défaut de la banque. Ils sontcréés par la matérialisation des risques portant sur ses
portefeuilles.
Les réserves obligatoires: les réserves obligatoires sont des placements cash de
trésorerie qui vont être utilisés en vue de compenser le risque de liquidité auquel les
banques doivent faire face.
Considérons donc une banque conventionnelle dont le bilan est représenté ainsi :
Tableau n°2: Bilan de la banque conventionnelle
Actif Passif
- Prêts interbancaires - Emprunts interbancaires
- Crédits de la clientèle - Dépôts de la clientèle
- Divers - Divers
- Portefeuille titres - Certificats de dépôts
- Immobilisations - Obligations
- Fonds propres
Source : Auteurs
La contrainte budgétaire de la banque conventionnelle est surgie du bilan agrégé ci-dessous:
Avec:
: L’offre du crédit de la banque conventionnelle.
: Les réserves obligatoires.
: Les bons de trésor.
: Les dépôts à terme.
: Les dépôts à vue.
: Le refinancement auprès de la banque centrale.
: Les capitaux propres.
Ceci dit, le profit de la banque conventionnelle s’écrit ainsi :
12
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3. L’ÉQUILIBRE DU MARCHÉ
Par définition, l’équilibre du marché du crédit est la situation pour laquelle il y a égalité entre
l’offre et la demande de crédit. Ainsi, la détermination de l’équilibre du marché du crédit se
résume à partir du programme d’optimisation de chacune des deux banques que ce soit la
banque islamique ou la banque conventionnelle par la maximisation de son profit sous sa
contrainte budgétaire et en prenant en considération le comportement de la demande.
Dans ce contexte, chacune des deux banques va réagir non seulement par rapport à sa propre
demande qui dépend de sa fonction de demande de crédit mais elle doit prendre en compte les
crédits octroyés par sa concurrente. Toutefois, aucune des deux banques n’a les moyens
d’apprendre à l’avance l’offre de crédit octroyé par sa rivale. Dans ce cas de figure, chacune
des deux banques cherche la maximisation de son profit en anticipant la réaction de sa
concurrente .Dans ce cas, la banque islamique doit anticiper la quantité de crédit qui maximise
son profit pour chaque niveau d’offre possible de sa concurrente de façon à déterminer à
l’avance la meilleure réponse qu’elle peut lui donner pour chacune de ses stratégies . Ce
raisonnement est aussi valable pour la banque conventionnelle. Il s’agit donc d’un duopole de
Cournot où chacune des deux banques doit être en mesure de déterminer sa quantité de crédit à
offrir, en prenant en considération la structure du marché et la fonction de demande tout en
anticipant l’offre de son concurrent.
A l’équilibre, chacune des deux banques maximise son profit de façon à ce que l’offre soit
égale à la demande.
Pour la banque islamique, les conditions de premier ordre et de seconds ordres de ce problème
sont données par:
13
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Vu que la fonction de la demande fournie par l’équation est inverse, la première condition
peut être reformulée de la façon suivante:
Vu que:
P) (2 P)
( )
(1
Sur la base de l’écriture ci-dessus, le taux optimal qui nous indique la quantité de crédit que
doit fournir la banque islamique pour chaque niveau d’offre de sa rivale, de manière à
maximiser son profit est :
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Vu que la fonction de la demande fournie par l’équation est inverse, la première condition
peut être reformulée de la façon suivante:
Sur la base de l’écriture ci-dessus, le taux optimal qui nous indique la quantité de crédit que
doit fournir la banque conventionnelle pour chaque niveau d’offre de sa rivale, de manière à
maximiser son profit est:
Il s’agit d’un équilibre de Cournot où le volume de crédit d’équilibre de chacune des banques
reste sa meilleure réaction au volume d’équilibre de sa concurrente.
Dans notre modèle, nous avons :
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L’équation indique que le taux optimal des crédits pour les banques islamiques est une
La pression réglementaire pour lisser les taux de rendement sur les comptes d’investissement
participatifs diffère selon les régions du monde. (Simon Archer & Rifaat Ahmed Abdel Karim,
2009)18. Dans la majorité des pays, avec un système bancaire duel, le taux de rendement des
dépôts d’investissement est positivement corrélé au taux de rendement des Sukuks qui à son
tour une fonction décroissante du financement participatif.
Le terme P renvoie donc au pourcentage des dépôts d’investissement qui sera transformé au
financement basé sur le principe du partage des profits et des pertes.
Vu que, le taux de rendement des Sukuks est ajusté aux taux de rendement offerts aux
déposants on peut écrire avec est le coût d’ajustement du taux de rendement
des Sukuks.
La banque islamique fait du taux de rendement des Sukuks la référence aux rendements des
dépôts d’investissement.
18
Noraini Mohd Ariffin, Simon Archer, and Rifaat Ahmed Abdel Karim, ‘Risks in Islamic Banks: Evidence from
Empirical Research,’Journal of Banking Regulation 10, no. 2 (2009).
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L’équilibre de ce duopole doit être donc une situation telle qu’une fois atteinte, aucune banque
ne doit avoir envie de s’éloigner de cet état. La solution géométrique est représentée par
l’intersection entre les deux droites représentant les fonctions de réaction des deux banques
formant le duopole.
En réexaminant l’équation de la demande inverse, renvoi au maximum que peut atteindre les
coûts de crédit au-delà duquel se font les crédits bancaires.
4. RÉSULTATS ET DISCUSSIONS
L’équation indique que le taux optimal des crédits pour les banques islamiques est une
moyenne pondérée de deux variables, et .
On sait que d’un côté, le taux de rendement des dépôts d’investissement est lié aux taux de
partage P qui s’appliquent aux revenus générés par le financement :
D’un autre côté, le taux de rendement d’investissement est une fonction croissante du taux de
rendement des Sukuks.En cherchant à optimiser, le comportement de maximisation du profit
de la banque islamique par rapport aux dépôts, sachant la fonction de demande de dépôts est :
On aura:
Autrement dit:
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Nous constatons donc que le taux de rendement des dépôts d’investissement est positivement
corrélé au taux de rendement des Sukuks qui deviendront la référence sur laquelle sont indexés
les taux exigés sur ce mode de financement.
En examinant l’effet du taux de rendement des Sukuks sur le volume de crédit que la banque
islamique devrait accorder :
Cet effet négatif s’explique par le comportement d’indexation adopté par la banque islamique.
Le taux de rendement des Sukuks est la référence à laquelle sont indexés les taux de ce mode
de financement. Ceci dit, les banques islamiques sont amenées à diminuer leur offre de crédits
à chaque fois que le taux de rendement des Sukuks augmente .En outre, la banque islamique en
cherchant à garder ses profits à un niveau optimal répercute toute augmentation du taux auquel
se fait ce partage à savoir P, sur le volume des crédits distribués.
Cela peut être écrit sous la forme suivante :
En cas d’augmentation du taux de partage des profits et des pertes, la banque a tendance à
diminuer le volume du crédit accordé. Néanmoins, la répercussion par l’effet du taux de
rendement des Sukuks dont la baisse amortit le taux de partage des revenus avec les déposants.
Autrement dit, à chaque fois que le taux P de partage est en hausse sa répercussion sur le
volume de crédit est amortie par l’effet du taux de rendement des Sukuks.
L’équation montre que le taux de partage des revenus de financement avec les déposants est un
coût marginal qui se reflète sur le taux de rendement du financement.
En examinant, les fonctions de réactions des deux banques, nous constatons une asymétrie de
transmission de la politique monétaire identifiée à travers les réactions des deux pôles
bancaires face à la variation entre et le taux directeur qui sert, en principe comme taux de
référence.
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En effet, toute modification de la politique à travers une variation de son taux interbancaire
affecterait le coût et le volume des crédits accordés .Il s’agit de formuler implicitement une
hypothèse qui d’ores était déjà mentionnée au préalable à savoir le fonctionnement du canal de
crédit comme canal de transmission de la politique monétaire. D’ailleurs, il est
communémanent primordial de diviser ce canal en deux branches : le canal large du crédit,
appelé aussi canal du bilan, et le canal étroit du crédit19 .
Pour le canal large du crédit, il conçoit que toute modification du taux directeur affecte la
valeur des actifs et les flux de trésorerie des agents emprunteurs. Quant au deuxième type, le
canal du crédit au sens étroit, la politique monétaire affecte directement l’offre de crédit
proposée par les banques commerciales. Dans le cas d’un choc de politique monétaire négatif,
les ressources bancaires vont diminuer ce qui engendre par la suite une diminution de l’offre de
crédit20. Face à cette situation, les banques cherchent à recourir au financement via les
marchés financiers. Certes, l’effet du choc de la politique monétaire serait amorti, toutefois les
ressources obtenues sur les marchés seront plus couteuses21.De nombreux travaux ont tenté
d’identifier les effets de la politique monétairesur l’offre de crédit. Dans ce contexte, la
littérature en la matière met en évidence l’impact de la capitalisation (Kashyap et Stein, 2000 ;
Altunbas et al. 2002 ; Altunbas et al. 2009 ;Altunbas et al. 2010), la taille (Kashyap et Stein
1994) et la liquidité (Kashyap et Stein, 2000, Ehrmann et al. 2001 ; Altunbas et al. 2010) sur
la réaction d’une banque à une modification de la politique monétaire. Néanmoins, très peu de
travaux ont examiné les effets de la concurrence et des interactions stratégiques sur le canal du
crédit. En effet, il faut savoir que l’effet d’un choc monétaire se ne manifestera pas seulement
par une modification des réserves obligatoires, mais aussi par celle du coût de refinancement.
Si nous supposons que le marché bancaire et parfaitement concurrentiel, le choc de la politique
monétaire ne se répercutera sur l’offre de crédit. Cependant, dans le cas contraire, le caractère
imparfait de la concurrence pousse les banques à absorber ce choc en réduisant leurs marges
d’intermédiation afin qu’elles ne perdent pas leurs parts de marché. Dans une telle situation,
les banques seront moins sensibles à la hausse des coûts de financement ce qui réduit le rôle de
la prime du risque22.
Dans ce contexte, nous optons pour un outil d’analyse connu sous le nom de statique
comparative 23 pour distinguer la banque ayant une plus grande sensibilité à la politique
monétaire de celle qui fait preuve d’une indifférence de réaction. Ainsi vérifié s’il existe une
asymétrie de transmission de la politique monétaire à travers le canal du crédit dans un système
bancaire duel.
En faisant appel à la méthode des dérivées partielles, nous retrouvons le résultat suivant :
En reprenant l’équation et et en remplaçant par Δe.
19
Ben S Bernanke and Mark Gertler, ‘Inside the Black Box: The Credit Channel of Monetary Policy
Transmission,’ (National bureau of economic research, 1995), 307.
20
Ben S Bernanke and Alan S Blinder, ‘Credit, Money, and Aggregate Demand,’ (National Bureau of Economic
Research Cambridge, Mass., USA, 1988), 307.
21
Jeremy C Stein, ‘An Adverse Selection Model of Bank Asset and Liability Management with Implications for
the Transmission of Monetary Policy,’ (National bureau of economic research, 1995), 325.
22
La prime de risque sert à rémunérer le risque d’intermédiation que prennent les établissements bancaires. Ces
dernières ajoutent une prime du risque au taux des marchés monétaires et obligataires selon la durée pour fixer
leurs taux débiteurs.
23
Il s’agit d’un outil d’analyse permettant de comparer deux situations disjointes sans prendre en considération
la continuité du phénomène entre les deux situations.
19
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Dans le cas d’une augmentation du taux directeur de la banque centrale, les deux banques ne
sont plus en mesure d’accroître leurs tarifs vu que chacune d’elle prend en considération la
réaction de sa rivale. Tout compte fait, l’écart entre taux directeurs et le coût d’ajustement du
portefeuille, capté par Δe, a pour conséquence réduire l’intensité et l’ampleur de la
transmission de la politique monétaire à travers le canal du crédit. En effet, un écart très élevé
entre le taux directeur et le coût d’ajustement effectué rend ladite banque moins réactive aux
changements du taux directeur et par la suite peu sensible aux chocs monétaires. Pourtant ce
n’est pas le cas pour la banque islamique. En effet, pour le cas de la banque conventionnelle
une variation aussi importante du taux de refinancement impacte l’offre des crédits vu que le
refinancement leur sera très coûteux. En général, toute augmentation du taux de refinancement
se répercute par les établissements de crédit sur leurs taux débiteurs24.Toutefois, la banque
comme toute entreprise cherche un avantage concurrentiel ce qu’elle l’incite à réduire ses
marges afin d’augmenter ses parts de marchés. Autrement dit, la banque conventionnelle
cherchant de garder son pouvoir de marché, elle pourrait absorber ce choc de la politique
monétaire en réduisant sa marge ce qui la rend moins sensible à tout choc de politique
monétaire.
Quant à la banque islamique, il s’avère qu’elles sont plus sont sensibles aux changements de
la politique monétaire plus que les banques conventionnelles. Les changements des taux
d’intérêt directeurs ont un impact sur les encours des dépôts et des financements des
banques islamiques. Les banques islamiques recourent à l’ajustement de leurs rendements des
comptes PSIA taux de rendements des Sukuks comme nous avons avancé plutôt qui est à son
tour indexé aux taux directeurs de la banque centrale. Ce faisant, toute évolution des taux de
référence cause la variabilité des taux de rendement sur les dépôts d’investissement dans les
banques islamiques. Ainsi, la banque islamique en cherchant à garder ses profits à un niveau
optimal répercute toute augmentation du taux auquel se fait ce partage à savoir P, sur le
volume des crédits distribués. Dans ce cas, l’affaiblissement de l’ampleur de la transmission de
la politique monétaire à travers le canal du crédit se produit chez la banque qui surévalue le
coût de refinancement par rapport à sa concurrente. En effet, la hausse de cet écart alourdit le
coût de refinancement ce qui se traduit par une disparité entre les banques en matière de
transmission de la politique monétaire. Il semble évident donc de dire que cet écart traduit non
seulement l’ampleur de la transmission de la politique monétaire, mais aussi l’enjeu stratégique
de la concurrence entre les deux pôles bancaires.
De ce point de vue, il convient de préciser que cette asymétrie en matière de transmission de la
politique monétaire ne concerne que le canal du crédit au sens strict .En effet, cette asymétrie
24
Jean-Luc Bailly, Économie Monétaire Et Financière (Editions Bréal, 2006), 203.
20
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Nous avons examiné à travers cet article, l’impact de la concurrence bancaire sur la
transmission de la politique monétaire pour un système bancaire duel dont résulte une
asymétrie de transmission de politique monétaire plus en faveur de la banque conventionnelle
que pour la banque islamique. En particulier, nous avons montré que la concurrence bancaire
peut constituer un élément important, négligée jusqu’à ici, dans l’analyse de l’efficacité de la
politique monétaire. Le modèle proposé est une extension du modèle de Monti-Klein (Klein,
1971 ; Monti, 1972) dans sa version monopolistique, reformulée e duopole bancaire de
Cournot composé à la fois d’un pôle de banque conventionnelle et d’un pôle de banque
islamique. L’équilibre de concurrence fait ressortir le résultat que le comportement de marge
des banques a un impact significatif sur la transmission des impulsions monétaires au secteur
réel. Dans un système bancaire duel qui suppose la cohabitation des banques islamiques avec
les banques conventionnelles, il peut se poser le problème d’asymétrie de transmission de la
politique monétaire liée à la différence entre l’intermédiation financière chez les banques
islamiques par rapport à leurs homologues conventionnelles.
D’ailleurs, dans un environnement concurrentiel qui impose la consistance entre les banques
conventionnelles et les banques islamiques, ces dernières se trouvent moins avantageuses par
rapport à leurs rivales qui connaissent en effet mieux le marché, vu qu’elle établit en général
depuis plus longtemps, et disposent de l’instrument du taux d’intérêt.
Ceci -dits, dans le modèle proposé, nous avons constaté que les banques conventionnelles
peuvent réduire l’intensité et l’ampleur des impulsions monétaires par rapport aux banques
islamiques qui se montrent plus sensibles aux chocs monétaires.
Toutefois, ce modèle doit encore faire objet de plusieurs extensions afin d’améliorer ses
différents aspects inhérents liés essentiellement à l’adaptation du modèle Monti-Klein à la
banque islamique. D’abord, notre modèle s’inscrit dans le cadre d’une analyse en équilibre
partiel qui nécessite d’être étendue à une analyse plus complète en équilibre général .Cette
transition semble primordiale dans la mesure que dans une analyse en équilibre partiel on ne
considère que les échanges effectués dans un marché en particulier en négligeant ce qui se
passe avec les autres marchés , on dit qu'on suppose « toutes choses égales par ailleurs » . Par
ailleurs, l’adoption d’un modèle d’équilibre général, statique ou dynamique semble le plus
adéquate pour montrer les effets des chocs monétaires sur le comportement de marge au niveau
des banques islamiques. En deuxième lieu, il faut prendre en considération la cohabitation de
la finance islamique avec la finance conventionnelle et l’effet de débordement que génère la
concurrence entre les banques conventionnelles et les banques islamiques.
En effet, les banques islamiques qui opèrent dans un système financier dualiste semblent avoir
plus de marge de manœuvre pour développer leurs propres pratiques financières que dans un
contexte entièrement islamisé comme l’Iran ou le Pakistan à travers lequel les pratiques
d’intermédiation financières sont imposées par l’État. Toutefois, les banques islamiques se
21
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