Culture de Framboisiers sous Tunnels au Québec
Culture de Framboisiers sous Tunnels au Québec
Par
Jonathan Roy
Le 18 avril 2008
LA CULTURE DU FRAMBOISIER REMONTANT Rubus idaeus L.
SOUS GRANDS TUNNELS, UNE POSSIBILITÉ AU QUÉBEC ?
SOMMAIRE
La valeur des importations de framboises au Québec a considérablement augmenté au
cours des dernières années. Les consommateurs désirent avoir accès à des framboises en
toute saison en plus d’un désir croissant d’acheter localement. Le framboisier remontant
peut offrir une production intéressante de fruits à l’automne sous conduite commerciale si
la durée de la saison de végétation est suffisamment longue. Au Québec, la saison
végétative est trop courte pour contribuer à un rendement intéressant. Les grands tunnels
permettent d’allonger la période végétative. L’hypothèse à vérifier est la suivante : « La
culture sous grands tunnels de framboisiers remontants permet de rencontrer les
exigences physiologiques des plants ainsi que de surmonter les limitations
environnementales du climat québécois ». Le framboisier remontant exige une longue
saison de végétation pour produire abondamment des fruits matures; les grands tunnels
permettent d’allonger la période végétative de plus de 50 jours. La date de la première
récolte peut être hâtée avec une augmentation de la température (jusqu’à un maximum de
22°C); les grands tunnels permettent d’augmenter la température et de la contrôler par le
déroulage et le relevage du recouvrement. Toutes les feuilles saines et pleinement
déployées sur la tige de première année ont le même potentiel photosynthétique; le
recouvrement des grands tunnels permet d’augmenter la proportion de lumière diffuse par
rapport à la lumière directe donc contribue à une meilleure pénétration du rayonnement
solaire à l’intérieur du couvert végétal. La forte exigence en eau du framboisier peut être
facilement contrôlée à l’aide du système d’irrigation goutte-à-goutte présent sous les
tunnels. De plus, les framboisiers sont très sensibles aux vents et le recouvrement des
grands tunnels permet de diminuer la vitesse du vent. Il est donc possible théoriquement
de répondre aux exigences du framboisier remontant à l’aide des grands tunnels.
Cependant, plusieurs interrogations demeurent face à ce mode de production sous notre
climat nordique.
ii
TABLE DES MATIÈRES
SOMMAIRE...................................................................................................................... ii
REMERCIEMENTS ........................................................................................................ v
INTRODUCTION............................................................................................................. 1
DÉVELOPPEMENT ........................................................................................................ 2
CONCLUSION ............................................................................................................... 23
BIBLIOGRAPHIE.......................................................................................................... 24
iii
LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES
iv
REMERCIEMENTS
Plusieurs personnes ont contribué de près ou de loin à la réalisation de ce séminaire qui
marque l’aboutissement de mes études au baccalauréat en agronomie. Je tiens à les
remercier tous sincèrement.
À mon superviseur, Yves Desjardins, pour les judicieux conseils et commentaires tout au
long de la session.
À André Carrier et Luc Urbain, pour les photos et les pertinents commentaires et
suggestions. On forme une belle équipe !
À Jean-Pierre Privé, pour avoir su répondre avec entrain à mes interrogations et pour les
documents postés.
À tous mes collègues pour avoir accepté de prendre le relais lorsque je devais m’absenter
du bureau pour être présent à l’université.
v
INTRODUCTION
La valeur des importations de framboises au Québec a augmenté de plus de 100 % entre
2003 et 2006. En 2006, le solde commercial négatif se chiffrait à près de 12 millions $
(MAPAQ, 2008). La demande pour ce petit fruit est en augmentation constante, les
consommateurs désirent avoir accès à des framboises en toute saison en plus d’un désir
croissant d’acheter localement. Il y a donc un intérêt à produire hors de la saison normale
de production qui se situe de juillet à la mi-août. Le framboisier remontant pourrait être
une avenue intéressante. Il possède la faculté de produire des fruits sur la tige de première
année, en septembre et octobre, si la longueur de la saison de végétation est suffisante. De
plus, la qualité de ses fruits, les rendements probables et la régie facilitée notamment par
une fauche au ras du sol, suite à la saison de production, sont d’autres facteurs
intéressants.
Les grands tunnels, quant à eux, nous permettent d’allonger la période de végétation avec
des coûts moindres à ceux des serres. Le microclimat, sous grands tunnels, nous permet
d’envisager une diminution de l’incidence des maladies fongiques, une récolte facilitée
ainsi qu’une augmentation des rendements et de la qualité des fruits. Les grands tunnels
offrent aussi une protection contre la pluie et le vent ainsi que contre les extrêmes
climatiques, un environnement propice à la lutte biologique et une possibilité pour la
production hors saison.
Afin de valider cette hypothèse, j’ai procédé à une cueillette d’information basée
principalement sur une recherche bibliographique d’articles scientifiques parus dans des
publications reconnues, de thèses de doctorat, de rapports du cours « sujets spéciaux »
ainsi que de documents de vulgarisation tels que cahiers de conférences, notes de cours,
livres, revues et journaux spécialisés. De plus, puisque ce mode de production est à
l’essai depuis peu sous les conditions climatiques québécoises, j’ai communiqué avec des
professeurs, chercheurs, conseillers et étudiants afin de valider les informations et
recueillir leurs points de vue.
1
DÉVELOPPEMENT
Selon Edin et al. (1999), le framboisier est une plante des régions tempérées et froides.
Cette espèce relativement homogène a été nommée Rubus idaeus par Carl von Linné,
botaniste suédois du XVIIIe siècle en souvenir de Pline l’Ancien.
Selon la légende, la framboise des origines était blanche. La nymphe Ida, fille du roi de
Crête, nourrice de Zeus, voulut un jour cueillir des framboises pour apaiser la faim de son
protégé olympien. Mais elle s’égratigna le sein aux épines de l’arbuste, et depuis ce jour,
les framboises prirent la couleur du sang. Pline, dans son histoire naturelle, affirme que
cette ronce ne pousse que sur le mont Ida en Crête, ce qui amena les botanistes à baptiser
la framboise Rubus idaeus…
La présence de graines dans des fouilles du néolithique prouve que la framboise était
consommée dès la plus haute Antiquité. Les Grecs et les Romains ne la cultivaient pas
mais en cueillaient les fruits pour un usage médicinal. Au Moyen-âge, les moines en ont
développé la culture et celle-ci prit de l’importance aux XVIIe et XVIIIe siècles. À cette
époque, la framboise semblait surtout destinée à la fabrication de boissons et de
médicaments et à l’extraction des parfums.
Sur le continent américain, on trouve la trace des premières framboises cultivées en 1771
où quatre variétés étaient proposées à la vente dans un catalogue de l’État de New-York.
La framboise est produite commercialement dans toutes les provinces canadiennes. Les
principales provinces productives sont la Colombie-Britannique (83%), le Québec (10%)
et l’Ontario (5%) (AAC, 2007).
2
En 2006, on retrouvait au Québec 593 entreprises productrices de framboises. La
superficie en culture représentait 567 hectares dont 425 hectares en récolte en soustrayant
les superficies non productives. La quantité commercialisée était de 828 tonnes de
framboises fraîches et 23 tonnes pour le marché de la transformation pour des recettes
totales en provenance du marché de 4,1 millions de dollars. Pour cette même année, la
valeur des exportations de framboises au Québec était de 194 000 $ tandis que la valeur
des importations se situait autour de 12 millions $. Le solde commercial est donc
grandement négatif (MAPAQ, 2008).
3
1.2 Botanique et morphologie
L’ordre des Rosiflores est constitué par la famille des Rosacées, d’où on retrouve le genre
Rubus, et par la famille des Saxifragacées, d’où on retrouve le genre Ribes qui comprend
toutes les espèces de groseilliers. Sous le genre Rubus, on retrouve le sous-genre Rubus
ideobatus qui comprend notre framboisier, Rubus idaeus. Le framboisier est une espèce
diploïde (2n = 14).
4
Fig. 3 ― Morphologie du framboisier (tiré de Edin et al., 1999).
Chez le framboisier non remontant, le cycle aérien et productif est biennal. La première
année, on assiste à la croissance des pousses herbacées aussi appelées drageons, turions,
cannes ou « primocanes » en anglais. L’initiation florale s’effectue pendant les jours
courts de la fin de l’été et de l’automne. Les bourgeons demeurent dormants durant
5
l’hiver. Au printemps suivant, les bourgeons se développent pour donner des rameaux
florifères horizontaux constitués d’une dizaine d’entre-nœuds. Les fleurs apparaissent
d’abord à l’extrémité des rameaux puis se différencient progressivement jusqu’à la base.
Les fruits mûrissent du début juillet à la mi-août. Puis, les cannes se dessèchent et
meurent afin d’être remplacées par une nouvelle série de drageons.
Fig. 4 ― Cycle de production du framboisier non remontant (tiré de Edin et al., 1999).
6
Fig. 5 ― Cycle de production du framboisier remontant (tiré de Edin et al., 1999).
7
1.3 Stades phénologiques et cycle de croissance
Les drageons peuvent provenir de bourgeons adventifs situés sur les racines, de
bourgeons basaux situés sur des cannes existantes ou de bourgeons axillaires disposés sur
les cannes existantes sous le niveau du sol.
La croissance des cannes du framboisier est sigmoïdale, c’est-à-dire que la croissance est
lente en début de saison, elle s’accélère au milieu de l’été et ralentit en fin de saison
(Carew et al., 2000).
8
Fig. 8 ― Les stades phénologiques du framboisier (tiré de Edin et al., 1999).
9
1.4 Physiologie, composantes du rendement et limitations environnementales
Effectivement, les variables climatiques ont une grande influence sur les composantes du
rendement végétatif et reproductif du framboisier remontant. La température du sol et la
disponibilité de l’eau ont une très grande influence tandis que la photopériode, la
radiation solaire et la température hors sol ont aussi une influence, mais moindre. La
température du sol exerce sa plus grande influence au printemps en avril et en mai tandis
que la disponibilité de l’eau exerce son influence tout au long de la saison de végétation.
La température de l’air et le niveau de radiation solaire exercent la majeure partie de leur
influence pendant la période de l’initiation florale et du développement, c’est-à-dire en
juin et juillet tandis que la photopériode exerce sa plus grande influence entre juin et
octobre. Le nombre de fruits, la grosseur et le rendement sont grandement influencés par
les conditions climatiques (Privé et al., 1993). De plus, la longueur de la saison de
croissance est très importante (Hoover et al., 1989).
Il a été démontré que la croissance des tiges de la variété « Autumn Bliss » est
grandement influencée par la température de l’air; ainsi la température optimale serait de
22°C. Williams (1959) a démontré qu’à des températures élevées (24°C), la variété
bisannuelle « Malling Promise » avait une croissance végétative vigoureuse. Cependant,
à de basses températures (11°C), l’élongation des tiges est arrêtée à 1-2 cm de hauteur,
suggérant une induction de la dormance. Il a également été démontré qu’aux
températures de 11°C et 24°C, la photopériode n’avait aucune influence. Par contre, à des
températures intermédiaires (17°C), la photopériode détermine la courbe de croissance
des tiges. À une photopériode de 9 heures, les tiges cessaient leur croissance à 1-2 cm de
hauteur de la même manière que les plants exposés à de basses températures (11°C) telles
que mentionnées précédemment. Si la photopériode est augmentée à 14 heures, la
croissance est alors similaire aux tiges exposées à de hautes températures (24°C).
10
L’environnement influence la date de la récolte ainsi que le rendement en fruits. Dale
(1986) a démontré que la quantité de fruits, de fleurs et de bourgeons produite en serre
était supérieure à celle produite en plein champ. De plus, la température en début de
saison influence le nombre et le poids des drupéoles par fruit (Dale et Danberry, 1985).
Il a été démontré que la première récolte de la variété « Autumn Bliss » exigeait une
accumulation de 2300 degrés jour à une température de base de 1,7°C (Carew et al., 1999
cité dans Bélanger, 2007).
11
Fig. 10 ― Effet de la température sur le poids de matière sèche de la variété
« Autumn Bliss » (tiré de Privé, 1991).
Le niveau de radiation solaire a aussi son importance. Puisque toutes les feuilles saines
pleinement déployées le long des tiges de première année ont le même potentiel
photosynthétique, il est donc important d’obtenir une bonne interception de la lumière, de
haut en bas du couvert végétal, afin d’optimiser la production de matière sèche chez le
framboisier rouge remontant (Privé et al., 1997). La production de fruits s’effectue à
partir du sommet des tiges où la majeure partie du rayonnement solaire est interceptée;
les assimilas produits par la photosynthèse sont plus facilement et rapidement dirigés vers
les fructifications (Palmer et al, 1987).
Les besoins en eau varient selon le stade végétatif de la plante, la surface foliaire,
l’environnement et les variétés. En raison de son système radiculaire superficiel et de sa
forte évapotranspiration, le framboisier a besoin d’un apport d’eau élevé régulier (Edin et
al., 1999).
12
Le vent a également un effet sur la croissance végétative et reproductive ainsi que sur le
rendement photosynthétique foliaire des framboisiers remontants. Privé et Allain (2000)
ont démontré que les plants cultivés dans des endroits abrités portent une biomasse verte
plus importante et des entrenœuds plus longs. De plus, deux années sur trois, leur surface
foliaire et leur rendement étaient plus élevés. Les plantes abritées conservent une surface
foliaire plus abondante et sont donc en mesure de fixer une plus grande quantité de
carbone que les plantes poussant en plein vent. Les framboisiers abrités ont une charpente
fructificatrice plus développée, accroissant d’autant les possibilités de rendement.
Concernant la résistance au froid, cet aspect ne devrait pas être limitatif étant donné la
fauche complète des tiges au ras du sol avant la saison de végétation. Il est par contre
primordial d’implanter des variétés rustiques adaptées à notre climat nordique. Nous
verrons les principales variétés disponibles au Québec à la section suivante.
Les plants de framboisiers ont une aptitude remarquable à compenser les changements
des différentes composantes du rendement. Si une ou plusieurs de ces composantes sont
affectées, d’autres augmenteront afin de minimiser l’impact global sur le rendement. Par
exemple, si le nombre de bourgeons par canne diminue, les nœuds restants seront plus
fructifères. Une baisse dans la densité du nombre de cannes entrainera la production de
latérales plus longues, plus fructifères ainsi qu’une augmentation de la taille des fruits.
Afin d’augmenter la production, le choix du site et du cultivar, l’espacement entre les
rangs, la gestion du sol, l’irrigation, les systèmes d’occupation de l’espace, la taille, la
phytoprotection, la fertilisation et les techniques de récolte sont parmi les plus
importantes décisions d’exploitation (Edin et al., 1999).
13
1.5 Variétés
CALIBRE
DÉBUT RENDEMENT SAVEUR POINTS POINTS
VARIÉTÉ ORIGINE DU
RÉCOLTE1 POTENTIEL DU FRUIT FORTS FAIBLES
FRUIT
Hâtivité.
Autumn Fruit difficile à
Angleterre 25 août Moyen-Élevé Gros Moyen Belle qualité
Britten récolter.
de fruit.
Hâtivité.
Bon
rendement. Fruit difficile à
Polana Pologne 25 août Moyen-Élevé Moyen Bonne
Fruit de récolter.
bonne
qualité.
Bonne
vigueur et Production trop
15 Très productivité. tardive. Sensible
Heritage États-Unis Faible Moyen
septembre bonne Fruit de au pourridié
bonne phytophthoréen.
qualité.
1
La date de récolte peut être hâtée d’environ 2 semaines sous grands tunnels.
14
2. Les caractéristiques des grands tunnels
Un grand tunnel est formé d’une structure légère en acier de forme ovale ou en pic
recouverte d’un film de polyéthylène clair. Le film de polyéthylène peut être relevé, retiré
ou installé selon les saisons. La structure est composée d’arcs en acier fixés à des poteaux
vissés dans le sol et espacés de 2,5 à 3,5 mètres. Normalement les grands tunnels ne
possèdent pas de système d’éclairage d’appoint, ni de système de ventilation automatique
ou de chauffage. Le seul raccordement extérieur demeure le système d’irrigation pour
l’approvisionnement en eau. La ventilation est naturelle et se fait par les extrémités
lorsque celles-ci sont ouvertes manuellement ainsi que par l’enroulement du
recouvrement sur les côtés de la structure. Afin d’obtenir un meilleur contrôle sur la
température, le recouvrement sur le côtés et les extrémités peut être descendu la nuit et
relevé le jour. D’un point de vue législatif cette structure est considérée comme non
permanente donc elle possède un avantage en ce qui a trait aux taxations et règlements de
zonage. Les grands tunnels permettent d’atteindre un environnement intermédiaire entre
la serre et le plein champ. Les plants sont habituellement plantés en pleine terre mais la
production peut aussi se faire en pot.
15
2.2 Types de grands tunnels
Ils existent plusieurs types de grands tunnels adaptés aux différentes cultures et divers
climats. Edin et al. (1999) ont effectué un classement en 6 types selon les caractéristiques
suivantes: largeur au sol, type de fixation au sol, diamètre et longueur des tubes, hauteur,
espacement entre les mailles et largeur des plastiques (voir Figures 11 à 15).
Le système de classement de Heidenreich et al. (2008) identifie deux grands types : les
simples et les multi-chapelles. Ce système de classement, plus simple, semble mieux
adapté à ce que l’on retrouve en Amérique du Nord. Les modèles simples peuvent être de
forme en pic ou Quonset (de forme arrondie) tandis que les multi-chapelles sont
normalement de forme Quonset (voir Figures 16 et 17).
16
Fig. 16 ― Type simple de forme en pic.
17
2.3 Climat sous les grands tunnels
Les grands tunnels peuvent modifier le microclimat suffisamment pour allonger la saison
de croissance de une à quatre semaines au printemps et de deux à huit semaines à
l’automne (Wells, 1996).
Une étude réalisé au Québec par Jenni et Dorais (2007) sur la modification du climat sous
des grands tunnels en multi-chapelles avec les extrémités ouvertes a fait ressortir les
points suivants :
• L’humidité relative de l’air, dans les grands tunnels, était plus faible de 3,2% en
moyenne par rapport à l’extérieur. Par contre, afin de contrer l’effet de l’air plus
chaud dans les tunnels, il vaut mieux comparer le déficit de pression de vapeur
(Dpv). Le Dpv était supérieur dans les grands tunnels avec des valeurs moyennes
de 0,64 kPa comparativement à 0,54 kPa pour le plein champ.
• La durée de mouillure du feuillage a été mesurée durant neuf nuits sans pluie
entre le 11 août et le 12 septembre. En moyenne, les feuilles restaient mouillées
14,2 heures sous grands tunnels contre 10,7 heures en plein champ. En
contrepartie, les plants sous les grands tunnels ne sont pas mouillés durant les
jours de pluie.
• La vitesse du vent a été mesurée à l’intérieur des tunnels avec les extrémités
ouvertes lors d’une période de neuf jours avec des vents variant de 0 à 29 km/h.
La vitesse du vent était réduite en moyenne de 53% (allant de 17 à 100% de
réduction).
18
2.4 Bénéfices et inconvénients des grands tunnels
Les grands tunnels apportent plusieurs bénéfices aux cultures. Voici les principaux :
Cependant il existe aussi certains inconvénients à la culture sous grand tunnel tel que :
19
3. La faisabilité de ce mode de production
Afin de produire des fruits matures abondamment sur les tiges de l’année, le framboisier
remontant a besoin d’une longue saison de végétation. Sous notre climat, en plein champ
sans abris, le framboisier remontant est très peu productif à l’automne. Les grands tunnels
permettent d’allonger la période végétative de plus de 50 jours, en hâtant les conditions
propices au printemps de une à quatre semaines et en les allongeant à l’automne de deux
à huit semaines. Pendant les périodes froides, le recouvrement peut être déroulé et relevé
lors des périodes chaudes. Il est possible d’utiliser des bâches réfléchissantes de type
« Extenday » afin de maximiser la réflexion de la lumière. Les grands tunnels favorisent
donc une meilleure pénétration du rayonnement solaire à l’intérieur du couvert végétal.
Le vent a aussi un effet négatif sur la croissance végétative et reproductive ainsi que sur
le rendement photosynthétique des framboisiers remontants. Des essais réalisés au
Québec (voir section 2.3) ont démontré une diminution moyenne de 53% de la vitesse du
vent sous des grands tunnels dont les extrémités étaient ouvertes. Les grands tunnels
diminuent donc l’incidence du vent sur le développement des framboisiers.
Il est important de contrôler l’humidité dans les grands tunnels afin d’éviter les excès
attribuables à la condensation, les feuilles demeurent mouillées plus longtemps sous
grand tunnel qu’en plein champ. Il est donc important d’assurer une bonne ventilation le
matin afin de limiter la condensation. En contrepartie, le feuillage n’est jamais mouillé
par la pluie.
Malgré une diminution marquée de l’incidence des maladies fongiques sur le feuillage et
les fruits, l’environnement des tunnels est considéré comme un lieu propice à d’autres
problèmes. Par exemple, l’oïdium (blanc) est une maladie qui peut être favorisé sous les
tunnels (Orzolek et al., 2004). De plus, plusieurs insectes et acariens s’adaptent bien au
20
microclimat créé par les tunnels. En contrepartie, les grands tunnels sont des milieux
favorables à la lutte biologique.
Les conditions retrouvées sous les grands tunnels nous permettent d’envisager la
production d’un fruit de meilleure qualité et de meilleure conservation. Puisque les fruits
ne sont jamais en contact avec la pluie, il est possible de les récolter à tout moment et le
risque de moisissure est diminué; cependant, il faut faire attention à la condensation. Les
fruits peuvent aussi être récoltés plus gros, donc un meilleur rendement possible et plus
mûrs, donc théoriquement plus savoureux. Les fruits sont donc globalement de meilleure
qualité et arrivent sur le marché du frais hors de la saison normale de production donc, le
prix obtenu peut être supérieur.
Les grands tunnels, a priori, semblent donc créer un milieu favorable au développement
du framboisier remontant. La preuve a déjà été faite pour plusieurs productions horticoles
dans de nombreuses régions du monde.
Tableau III Les exigences du framboisier remontant versus l’apport du grand tunnel.
21
3.2 Aperçu des coûts et revenus
Tableau IV Aperçu des profits théoriques pour les trois premières années de produc-
tion de framboisiers remontants sous grands tunnels de 1,3 hectare
(adapté de Bélanger, 2007).
Coût
Coût transport
Rendement Revenu Amortissement1 Profit
Année production &
(kg) ($) ($) ($)
($) contenants
($)
1 1875 15 000 56 812 2812 13 000 (52 000)
La production, à plus petite échelle, avec vente au kiosque à la ferme ou au marché public
pourrait théoriquement dégager de meilleurs profits étant donné la diminution des coûts
au niveau du transport. Il peut donc être avantageux financièrement de produire la
framboise sous grands tunnels, il est par contre important de bien calculer avant de se
lancer dans un tel projet puisque les investissements sont importants.
22
CONCLUSION
Il est donc possible théoriquement de répondre aux exigences physiologiques du
framboisier remontant à l’aide des grands tunnels. Nous avons vu que le framboisier
remontant exige une longue saison de végétation pour produire abondamment des fruits
matures et que les grands tunnels permettent d’allonger la période végétative de plus de
50 jours. La date de la première récolte peut être hâtée avec une augmentation de la
température (jusqu’à un maximum de 22°C); les grands tunnels permettent d’augmenter
la température et de la contrôler par le déroulage et le relevage du recouvrement. Toutes
les feuilles saines et pleinement déployées sur la tige de première année ont le même
potentiel photosynthétique; le recouvrement des grands tunnels permet d’augmenter la
proportion de lumière diffuse par rapport à la lumière directe donc, contribue à une
meilleure pénétration du rayonnement solaire à l’intérieur du couvert végétal. La forte
exigence en eau du framboisier peut être facilement contrôlée à l’aide du système
d’irrigation goutte-à-goutte présent sous les tunnels. De plus, les framboisiers sont très
sensibles aux vents et le recouvrement des grands tunnels permet de diminuer la vitesse
du vent.
Ce mode de production est très récent au Québec; par contre, il est déjà utilisé sur de très
grandes surfaces pour diverses productions horticoles ailleurs dans le monde. La Chine, à
elle seule, compterait 750 000 hectares sous tunnels et la région du bassin méditerranéen
produirait sous tunnels sur une superficie de 300 000 hectares.
Cependant plusieurs questions demeurent. Quelles sont les techniques les mieux adaptées
à notre climat ? Est-ce que le recouvrement permettra un bon aoûtement des framboi-
siers ? Quels seront les ravageurs et les maladies ? Quelle sera la longévité des plants
sous notre climat ? Quelles sont les variétés les mieux adaptées ? Est-ce rentable ?
Les essais d’innovation technologique et les recherches à ce sujet ainsi que la mise en
commun des informations recueillies seront donc d’une importance majeure au cours des
prochaines années afin de développer ce mode de production qui semble promis à un bel
avenir.
23
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