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Culture de Framboisiers sous Tunnels au Québec

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LA CULTURE DU FRAMBOISIER REMONTANT Rubus idaeus L.

SOUS GRANDS TUNNELS, UNE POSSIBILITÉ AU QUÉBEC ?

Présenté dans le cadre du cours


Séminaire en phytologie
PTT-15504

Par
Jonathan Roy

Conseiller : M. Yves Desjardins

Faculté des Sciences de l’Agriculture et de l’Alimentation


Université Laval

Le 18 avril 2008
LA CULTURE DU FRAMBOISIER REMONTANT Rubus idaeus L.
SOUS GRANDS TUNNELS, UNE POSSIBILITÉ AU QUÉBEC ?

Par: Jonathan Roy


Sous la supervision de: Yves Desjardins

SOMMAIRE
La valeur des importations de framboises au Québec a considérablement augmenté au
cours des dernières années. Les consommateurs désirent avoir accès à des framboises en
toute saison en plus d’un désir croissant d’acheter localement. Le framboisier remontant
peut offrir une production intéressante de fruits à l’automne sous conduite commerciale si
la durée de la saison de végétation est suffisamment longue. Au Québec, la saison
végétative est trop courte pour contribuer à un rendement intéressant. Les grands tunnels
permettent d’allonger la période végétative. L’hypothèse à vérifier est la suivante : « La
culture sous grands tunnels de framboisiers remontants permet de rencontrer les
exigences physiologiques des plants ainsi que de surmonter les limitations
environnementales du climat québécois ». Le framboisier remontant exige une longue
saison de végétation pour produire abondamment des fruits matures; les grands tunnels
permettent d’allonger la période végétative de plus de 50 jours. La date de la première
récolte peut être hâtée avec une augmentation de la température (jusqu’à un maximum de
22°C); les grands tunnels permettent d’augmenter la température et de la contrôler par le
déroulage et le relevage du recouvrement. Toutes les feuilles saines et pleinement
déployées sur la tige de première année ont le même potentiel photosynthétique; le
recouvrement des grands tunnels permet d’augmenter la proportion de lumière diffuse par
rapport à la lumière directe donc contribue à une meilleure pénétration du rayonnement
solaire à l’intérieur du couvert végétal. La forte exigence en eau du framboisier peut être
facilement contrôlée à l’aide du système d’irrigation goutte-à-goutte présent sous les
tunnels. De plus, les framboisiers sont très sensibles aux vents et le recouvrement des
grands tunnels permet de diminuer la vitesse du vent. Il est donc possible théoriquement
de répondre aux exigences du framboisier remontant à l’aide des grands tunnels.
Cependant, plusieurs interrogations demeurent face à ce mode de production sous notre
climat nordique.

ii
TABLE DES MATIÈRES

SOMMAIRE...................................................................................................................... ii

TABLE DES MATIÈRES............................................................................................... iii

LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES....................................................................... iv

REMERCIEMENTS ........................................................................................................ v

INTRODUCTION............................................................................................................. 1

DÉVELOPPEMENT ........................................................................................................ 2

1. Les caractères généraux du framboisier remontant. ............................................... 2


1.1 Historique et statistiques de la culture de la framboise................................... 2
1.2 Botanique et morphologie............................................................................... 4
1.3 Stades phénologiques et cycle de croissance .................................................. 8
1.4 Physiologie, composantes du rendement et limitations environnementales..10
1.5 Variétés ......................................................................................................... 14

2. Les caractéristiques des grands tunnels ................................................................ 15


2.1 Qu’est-ce qu’un grand tunnel ?..................................................................... 15
2.2 Types de grands tunnels................................................................................ 16
2.3 Climat sous les grands tunnels...................................................................... 18
2.4 Bénéfices et inconvénients des grands tunnels ............................................. 19

3. La faisabilité de ce mode de production ............................................................... 20


3.1 Conditions favorisant la culture du framboisier sous grands tunnels ........... 20
3.2 Aperçu des coûts et revenus.......................................................................... 22

CONCLUSION ............................................................................................................... 23

BIBLIOGRAPHIE.......................................................................................................... 24

iii
LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES

Tableau I Description sommaire des variétés de framboisiers remontants


disponibles au Québec…………………………………………………… 14
Tableau II Comparatif entre grands tunnels et serres……………………………….. 15
Tableau III Les exigences du framboisier remontant versus l’apport du grand tunnel. 21
Tableau IV Aperçu des profits théoriques pour les trois premières années de produc-
tion de framboisiers remontants sous grands tunnels de 1,3 hectares….... 22

Fig. 1 ― Valeur des exportations et des importations de framboise fraîche et


transformée au Québec de 2003 à 2006 en milliers de $..................................... 3
Fig. 2 ― Classification botanique de Rubus idaeus L…………………………………… 4
Fig. 3 ― Morphologie du framboisier…………………………………………………… 5
Fig. 4 ― Cycle de production du framboisier non remontant………...……………….… 6
Fig. 5 ― Cycle de production du framboisier remontant………………………………… 7
Fig. 6 ― Taille pour « conduite commerciale »………………………………………….. 7
Fig. 7 ― Le cycle de croissance du framboisier remontant……………………………… 8
Fig. 8 ― Les stades phénologiques du framboisier……………………………………… 9
Fig. 9 ― Effet de la température sur le taux de développement des framboisiers ………. 11
Fig. 10 ― Effet de la température sur le poids de matière sèche de la variété
« Autumn Bliss »……………………………………………………………… 12
Fig. 11 ― Type Monorang……………………………………………………………….. 16
Fig. 12 ― Type Casado…………………………………………………………………... 16
Fig. 13 ― Type Barre…………………………………………………………………….. 16
Fig. 14 ― Type Filclair…………………………………………………………………... 16
Fig. 15 ― Type Graffoulière……………………………………………………………... 16
Fig. 16 ― Type simple de forme en pic………………………………………………….. 17
Fig. 17 ― Type en multi-chapelles de forme Quonset (arrondie)……………………….. 17

iv
REMERCIEMENTS
Plusieurs personnes ont contribué de près ou de loin à la réalisation de ce séminaire qui
marque l’aboutissement de mes études au baccalauréat en agronomie. Je tiens à les
remercier tous sincèrement.

À mon superviseur, Yves Desjardins, pour les judicieux conseils et commentaires tout au
long de la session.

À André Carrier et Luc Urbain, pour les photos et les pertinents commentaires et
suggestions. On forme une belle équipe !

À Jean-Pierre Privé, pour avoir su répondre avec entrain à mes interrogations et pour les
documents postés.

Au comité de direction de la Direction régionale de la Chaudière-Appalaches du


MAPAQ, Angèle Bilodeau, Renée Caron, Étienne Pouliot et, depuis plus récemment,
Pierre Lemay et Robert Beaulieu, pour leur appui dans mon projet un peu fou d’obtenir
un baccalauréat tout en travaillant.

À Guy-Anne Landry, pour les échanges de documents. Une belle entraide!

À Sylvie Boily, pour la révision linguistique.

À Nancy Drolet, pour l’aide à la recherche des références bibliographiques.

À tous mes collègues pour avoir accepté de prendre le relais lorsque je devais m’absenter
du bureau pour être présent à l’université.

À ma conjointe, Isabelle, pour l’aide à la transcription.

v
INTRODUCTION
La valeur des importations de framboises au Québec a augmenté de plus de 100 % entre
2003 et 2006. En 2006, le solde commercial négatif se chiffrait à près de 12 millions $
(MAPAQ, 2008). La demande pour ce petit fruit est en augmentation constante, les
consommateurs désirent avoir accès à des framboises en toute saison en plus d’un désir
croissant d’acheter localement. Il y a donc un intérêt à produire hors de la saison normale
de production qui se situe de juillet à la mi-août. Le framboisier remontant pourrait être
une avenue intéressante. Il possède la faculté de produire des fruits sur la tige de première
année, en septembre et octobre, si la longueur de la saison de végétation est suffisante. De
plus, la qualité de ses fruits, les rendements probables et la régie facilitée notamment par
une fauche au ras du sol, suite à la saison de production, sont d’autres facteurs
intéressants.

Les grands tunnels, quant à eux, nous permettent d’allonger la période de végétation avec
des coûts moindres à ceux des serres. Le microclimat, sous grands tunnels, nous permet
d’envisager une diminution de l’incidence des maladies fongiques, une récolte facilitée
ainsi qu’une augmentation des rendements et de la qualité des fruits. Les grands tunnels
offrent aussi une protection contre la pluie et le vent ainsi que contre les extrêmes
climatiques, un environnement propice à la lutte biologique et une possibilité pour la
production hors saison.

L’hypothèse proposée est la suivante : « La culture sous grands tunnels de framboisiers


remontants permet de rencontrer les exigences physiologiques des plants ainsi que de
surmonter les limitations environnementales du climat québécois ». Afin de confirmer
cette hypothèse, ou du moins en confirmer une partie, j’élaborerai sur les caractères
généraux du framboisier pour ensuite approfondir ceux du framboisier remontant. En
deuxième lieu, j’aborderai les caractéristiques des grands tunnels et du microclimat qu’on
y retrouve pour finalement terminer en vérifiant la faisabilité théorique de ce mode de
production.

Afin de valider cette hypothèse, j’ai procédé à une cueillette d’information basée
principalement sur une recherche bibliographique d’articles scientifiques parus dans des
publications reconnues, de thèses de doctorat, de rapports du cours « sujets spéciaux »
ainsi que de documents de vulgarisation tels que cahiers de conférences, notes de cours,
livres, revues et journaux spécialisés. De plus, puisque ce mode de production est à
l’essai depuis peu sous les conditions climatiques québécoises, j’ai communiqué avec des
professeurs, chercheurs, conseillers et étudiants afin de valider les informations et
recueillir leurs points de vue.

1
DÉVELOPPEMENT

1. Les caractères généraux du framboisier remontant.

1.1 Historique et statistiques de la culture de la framboise

Selon Edin et al. (1999), le framboisier est une plante des régions tempérées et froides.
Cette espèce relativement homogène a été nommée Rubus idaeus par Carl von Linné,
botaniste suédois du XVIIIe siècle en souvenir de Pline l’Ancien.

Le sang de la nymphe légendaire (tiré de Edin et al., 1999)

Selon la légende, la framboise des origines était blanche. La nymphe Ida, fille du roi de
Crête, nourrice de Zeus, voulut un jour cueillir des framboises pour apaiser la faim de son
protégé olympien. Mais elle s’égratigna le sein aux épines de l’arbuste, et depuis ce jour,
les framboises prirent la couleur du sang. Pline, dans son histoire naturelle, affirme que
cette ronce ne pousse que sur le mont Ida en Crête, ce qui amena les botanistes à baptiser
la framboise Rubus idaeus…

La présence de graines dans des fouilles du néolithique prouve que la framboise était
consommée dès la plus haute Antiquité. Les Grecs et les Romains ne la cultivaient pas
mais en cueillaient les fruits pour un usage médicinal. Au Moyen-âge, les moines en ont
développé la culture et celle-ci prit de l’importance aux XVIIe et XVIIIe siècles. À cette
époque, la framboise semblait surtout destinée à la fabrication de boissons et de
médicaments et à l’extraction des parfums.

Sur le continent américain, on trouve la trace des premières framboises cultivées en 1771
où quatre variétés étaient proposées à la vente dans un catalogue de l’État de New-York.

Actuellement, la framboise est cultivée principalement en Europe et en Amérique, mais


on la retrouve aussi en Australie, en Nouvelle-Zélande ainsi qu’au Japon. En 2002, la
Russie occupait le premier rang des pays producteurs avec un volume de près de 100 000
tonnes soit 24% de la production mondiale. L’Ex-Yougoslavie et les États-Unis
occupaient respectivement le 2e et le 3e rang. Le Canada occupait, quant à lui, le 8e rang
avec 13 000 tonnes de production totale. Depuis 1980, la production canadienne a doublé
et la production étatsunienne a triplé (Caron et Laverdière, 2003).

La framboise est produite commercialement dans toutes les provinces canadiennes. Les
principales provinces productives sont la Colombie-Britannique (83%), le Québec (10%)
et l’Ontario (5%) (AAC, 2007).

2
En 2006, on retrouvait au Québec 593 entreprises productrices de framboises. La
superficie en culture représentait 567 hectares dont 425 hectares en récolte en soustrayant
les superficies non productives. La quantité commercialisée était de 828 tonnes de
framboises fraîches et 23 tonnes pour le marché de la transformation pour des recettes
totales en provenance du marché de 4,1 millions de dollars. Pour cette même année, la
valeur des exportations de framboises au Québec était de 194 000 $ tandis que la valeur
des importations se situait autour de 12 millions $. Le solde commercial est donc
grandement négatif (MAPAQ, 2008).

Fig. 1 ― Valeur des exportations et des importations de framboise fraîche et transformée


au Québec de 2003 à 2006 en milliers de $ (MAPAQ, 2008).

3
1.2 Botanique et morphologie

L’ordre des Rosiflores est constitué par la famille des Rosacées, d’où on retrouve le genre
Rubus, et par la famille des Saxifragacées, d’où on retrouve le genre Ribes qui comprend
toutes les espèces de groseilliers. Sous le genre Rubus, on retrouve le sous-genre Rubus
ideobatus qui comprend notre framboisier, Rubus idaeus. Le framboisier est une espèce
diploïde (2n = 14).

Fig. 2 ― Classification botanique de Rubus idaeus L. (Edin et al., 1999).

Au sens strict, un framboisier est caractérisé par (Desjardins, 2007) :


• une végétation pérenne;
• une croissance déterminée;
• un système aérien biennal sans cesse renouvelé;
• une multiplication naturelle par drageonnement à partir de bourgeons
nouvellement formés sur la partie superficielle du système racinaire;
• une floraison abondante, sur rameaux axillaires appelés latérales fruitières, en
cymes lâches, et très échelonnée dans le temps, ce caractère se répercute sur la
maturité des fruits;
• un fruit blanc, jaune, orange, rouge, pourpre ou noir, composé de nombreuses
drupéoles charnues, monospermes, portées sur un réceptacle fibreux, allongé
ou arrondi, adhérant au calice et au pédoncule;
• une graine entourée d’un endocarpe très dur, c’est pourquoi la germination des
graines est très difficile. Cet obstacle peut être levé naturellement par
zoochorie ou artificiellement par scarification mécanique ou chimique. Le
framboisier est une plante dont les racines et les couronnes sont vivaces mais
les tiges sont bisannuelles.

4
Fig. 3 ― Morphologie du framboisier (tiré de Edin et al., 1999).

On classe les framboisiers en deux groupes en fonction de leur type de fructification : le


framboisier non remontant aussi appelé framboisier conventionnel ou traditionnel et le
framboisier remontant aussi appelé framboisier d’automne ou à deux saisons. En anglais,
on appelle ce dernier « primocane fruiting raspberry ».

Chez le framboisier non remontant, le cycle aérien et productif est biennal. La première
année, on assiste à la croissance des pousses herbacées aussi appelées drageons, turions,
cannes ou « primocanes » en anglais. L’initiation florale s’effectue pendant les jours
courts de la fin de l’été et de l’automne. Les bourgeons demeurent dormants durant

5
l’hiver. Au printemps suivant, les bourgeons se développent pour donner des rameaux
florifères horizontaux constitués d’une dizaine d’entre-nœuds. Les fleurs apparaissent
d’abord à l’extrémité des rameaux puis se différencient progressivement jusqu’à la base.
Les fruits mûrissent du début juillet à la mi-août. Puis, les cannes se dessèchent et
meurent afin d’être remplacées par une nouvelle série de drageons.

Fig. 4 ― Cycle de production du framboisier non remontant (tiré de Edin et al., 1999).

Le framboisier remontant est également bisannuel, mais la principale différence concerne


sa capacité à produire des fruits dès la première année de sa croissance. Au printemps, un
turion sort de terre et produit des rameaux florifères horizontaux qui fleuriront à partir de
la fin de l’été, de haut en bas, tant que la température sera favorable. Les fruits mûrissent
du début de l’automne jusqu’aux premières gelées. La plante donne une première récolte
en juillet sur le turion de l’année précédente et une seconde récolte en septembre-octobre
sur le turion de l’année en cours (Desjardins, 2007 et Edin et al., 1999).

En production commerciale, la récolte de deuxième saison en juillet est peu intéressante


puisque, même si les bourgeons restants réussissaient à survivre à la rigueur de nos
hivers, les fruits de la partie inférieure des tiges sont très difficiles à récolter. De plus, la
nouvelle génération de drageons rend la tâche encore plus ardue. La totalité de la
végétation est coupée au ras du sol et seule la production d’automne sur les drageons de
l’année est valorisée (Lareau, 2004). Dans les sections suivantes, nous traiterons de la
production automnale du framboisier remontant.

6
Fig. 5 ― Cycle de production du framboisier remontant (tiré de Edin et al., 1999).

Fig. 6 ― Taille pour « conduite commerciale » (tiré de Edin et al., 1999).

7
1.3 Stades phénologiques et cycle de croissance

Les drageons peuvent provenir de bourgeons adventifs situés sur les racines, de
bourgeons basaux situés sur des cannes existantes ou de bourgeons axillaires disposés sur
les cannes existantes sous le niveau du sol.

Les phases de croissance des cannes sont les suivants :


• initiation de bourgeons racinaires;
• croissance souterraine des drageons;
• émergence des drageons;
• élongation des pousses (l’initiation des feuilles, l’élongation des entre-nœuds et le
développement des feuilles sont alors concurrentiels);
• arrêt de la croissance végétative et initiation florale;
• floraison;
• fructification;
• dessiccation et mort de la section de la canne.

La croissance des cannes du framboisier est sigmoïdale, c’est-à-dire que la croissance est
lente en début de saison, elle s’accélère au milieu de l’été et ralentit en fin de saison
(Carew et al., 2000).

Fig. 7 ― Le cycle de croissance du framboisier remontant (tiré de Carew et al., 2000).

8
Fig. 8 ― Les stades phénologiques du framboisier (tiré de Edin et al., 1999).

9
1.4 Physiologie, composantes du rendement et limitations environnementales

Au Québec, le framboisier remontant est peu cultivé en plein champ de manière


commerciale puisque la saison de végétation est trop courte et plusieurs fruits
n’atteignent pas leur maturité avant les gels automnaux (Duval, 2003). De plus, selon
Jean-Pierre Privé, chercheur pour Agriculture et Agroalimentaire Canada
(communication personnelle), cette production est quasi impossible en plein champ sans
abris sous les climats nordiques de l’est du Canada.

Effectivement, les variables climatiques ont une grande influence sur les composantes du
rendement végétatif et reproductif du framboisier remontant. La température du sol et la
disponibilité de l’eau ont une très grande influence tandis que la photopériode, la
radiation solaire et la température hors sol ont aussi une influence, mais moindre. La
température du sol exerce sa plus grande influence au printemps en avril et en mai tandis
que la disponibilité de l’eau exerce son influence tout au long de la saison de végétation.
La température de l’air et le niveau de radiation solaire exercent la majeure partie de leur
influence pendant la période de l’initiation florale et du développement, c’est-à-dire en
juin et juillet tandis que la photopériode exerce sa plus grande influence entre juin et
octobre. Le nombre de fruits, la grosseur et le rendement sont grandement influencés par
les conditions climatiques (Privé et al., 1993). De plus, la longueur de la saison de
croissance est très importante (Hoover et al., 1989).

Il a été démontré que la croissance des tiges de la variété « Autumn Bliss » est
grandement influencée par la température de l’air; ainsi la température optimale serait de
22°C. Williams (1959) a démontré qu’à des températures élevées (24°C), la variété
bisannuelle « Malling Promise » avait une croissance végétative vigoureuse. Cependant,
à de basses températures (11°C), l’élongation des tiges est arrêtée à 1-2 cm de hauteur,
suggérant une induction de la dormance. Il a également été démontré qu’aux
températures de 11°C et 24°C, la photopériode n’avait aucune influence. Par contre, à des
températures intermédiaires (17°C), la photopériode détermine la courbe de croissance
des tiges. À une photopériode de 9 heures, les tiges cessaient leur croissance à 1-2 cm de
hauteur de la même manière que les plants exposés à de basses températures (11°C) telles
que mentionnées précédemment. Si la photopériode est augmentée à 14 heures, la
croissance est alors similaire aux tiges exposées à de hautes températures (24°C).

Concernant la floraison, la température a un impact important sur celle-ci. Des essais


effectués par Hoover et al. (1989) avec la variété « Autumn Bliss » ont démontré que la
floraison est plus précoce à une température de 22°C qu’à une température de 13°C (110
jours comparativement à 160 jours). Au-dessus de 22°C, la floraison est retardée due à la
sensibilité du framboisier à des températures élevées. L’initiation florale joue un rôle
important dans la qualité des récoltes. La densité des bourgeons n’est que le reflet de la
longueur des entre-nœuds. Elle est corrélée négativement avec la vigueur ou le diamètre
de la canne. Le nombre de bourgeons floraux arrive à 2 mm de diamètre et la majorité des
bourgeons floraux qui atteignent ce diamètre donnent un fruit. Seulement les tiges
matures (plus de 20 nœuds) initient leur floraison à l’automne (Caron et Laverdière,
2003).

10
L’environnement influence la date de la récolte ainsi que le rendement en fruits. Dale
(1986) a démontré que la quantité de fruits, de fleurs et de bourgeons produite en serre
était supérieure à celle produite en plein champ. De plus, la température en début de
saison influence le nombre et le poids des drupéoles par fruit (Dale et Danberry, 1985).

Fig. 9 ― Effet de la température sur le taux de développement des framboisiers


(tiré de Bélanger, 2007).

La température a donc un rôle important à jouer dans le développement du framboisier


remontant. La date de la première récolte est de plus en plus hâtive à mesure que la
température augmente et ce, jusqu’à un maximum de 22°C; au-delà de cette température,
l’effet est négatif.

Il a été démontré que la première récolte de la variété « Autumn Bliss » exigeait une
accumulation de 2300 degrés jour à une température de base de 1,7°C (Carew et al., 1999
cité dans Bélanger, 2007).

11
Fig. 10 ― Effet de la température sur le poids de matière sèche de la variété
« Autumn Bliss » (tiré de Privé, 1991).

Le niveau de radiation solaire a aussi son importance. Puisque toutes les feuilles saines
pleinement déployées le long des tiges de première année ont le même potentiel
photosynthétique, il est donc important d’obtenir une bonne interception de la lumière, de
haut en bas du couvert végétal, afin d’optimiser la production de matière sèche chez le
framboisier rouge remontant (Privé et al., 1997). La production de fruits s’effectue à
partir du sommet des tiges où la majeure partie du rayonnement solaire est interceptée;
les assimilas produits par la photosynthèse sont plus facilement et rapidement dirigés vers
les fructifications (Palmer et al, 1987).

Les besoins en eau varient selon le stade végétatif de la plante, la surface foliaire,
l’environnement et les variétés. En raison de son système radiculaire superficiel et de sa
forte évapotranspiration, le framboisier a besoin d’un apport d’eau élevé régulier (Edin et
al., 1999).

12
Le vent a également un effet sur la croissance végétative et reproductive ainsi que sur le
rendement photosynthétique foliaire des framboisiers remontants. Privé et Allain (2000)
ont démontré que les plants cultivés dans des endroits abrités portent une biomasse verte
plus importante et des entrenœuds plus longs. De plus, deux années sur trois, leur surface
foliaire et leur rendement étaient plus élevés. Les plantes abritées conservent une surface
foliaire plus abondante et sont donc en mesure de fixer une plus grande quantité de
carbone que les plantes poussant en plein vent. Les framboisiers abrités ont une charpente
fructificatrice plus développée, accroissant d’autant les possibilités de rendement.

La disponibilité des éléments nutritifs tels que l’azote, le phosphore, le potassium, le


magnésium, le bore, le fer, le manganèse et le zinc est aussi essentielle à l’obtention de
rendements intéressants. L’aspect fertilisation ne sera pas abordé dans ce document.

Concernant la résistance au froid, cet aspect ne devrait pas être limitatif étant donné la
fauche complète des tiges au ras du sol avant la saison de végétation. Il est par contre
primordial d’implanter des variétés rustiques adaptées à notre climat nordique. Nous
verrons les principales variétés disponibles au Québec à la section suivante.

Les plants de framboisiers ont une aptitude remarquable à compenser les changements
des différentes composantes du rendement. Si une ou plusieurs de ces composantes sont
affectées, d’autres augmenteront afin de minimiser l’impact global sur le rendement. Par
exemple, si le nombre de bourgeons par canne diminue, les nœuds restants seront plus
fructifères. Une baisse dans la densité du nombre de cannes entrainera la production de
latérales plus longues, plus fructifères ainsi qu’une augmentation de la taille des fruits.
Afin d’augmenter la production, le choix du site et du cultivar, l’espacement entre les
rangs, la gestion du sol, l’irrigation, les systèmes d’occupation de l’espace, la taille, la
phytoprotection, la fertilisation et les techniques de récolte sont parmi les plus
importantes décisions d’exploitation (Edin et al., 1999).

13
1.5 Variétés

Ils existent de nombreuses variétés de framboisiers remontants cultivées dans le monde.


Quelques variétés disponibles au Québec semblent plus prometteuses pour la production
sous grands tunnels sous notre climat dont Autumn Bliss, Autumn Britten, Polana et
Caroline.

Tableau I Description sommaire des variétés de framboisiers remontants disponibles


au Québec (adapté de Edin et al., 1999, Lareau, 2004, Urbain, 2004 et
[Link]).

CALIBRE
DÉBUT RENDEMENT SAVEUR POINTS POINTS
VARIÉTÉ ORIGINE DU
RÉCOLTE1 POTENTIEL DU FRUIT FORTS FAIBLES
FRUIT

Production Tiges courtes.


hâtive. Sensible au
Pathfinder --- 25 juillet Très élevé Moyen Bonne Bonne tétranyque à deux
fermeté du points et à la
fruit. rouille jaune.

Hâtivité. Fruit mou avec


Gros fruit faible cohésion.
Autumn Très
Angleterre 25 août Élevé Gros avec de Sensible au virus
Bliss bonne
larges du nanisme
drupes. buissonnant.

Hâtivité.
Autumn Fruit difficile à
Angleterre 25 août Moyen-Élevé Gros Moyen Belle qualité
Britten récolter.
de fruit.

Hâtivité.
Bon
rendement. Fruit difficile à
Polana Pologne 25 août Moyen-Élevé Moyen Bonne
Fruit de récolter.
bonne
qualité.

Excellente Hauteur des


Caroline États-Unis 5 septembre Moyen Gros Excellente qualité du cannes sous
fruit. grand tunnel.

Bonne
vigueur et Production trop
15 Très productivité. tardive. Sensible
Heritage États-Unis Faible Moyen
septembre bonne Fruit de au pourridié
bonne phytophthoréen.
qualité.
1
La date de récolte peut être hâtée d’environ 2 semaines sous grands tunnels.

14
2. Les caractéristiques des grands tunnels

2.1 Qu’est-ce qu’un grand tunnel ?

Un grand tunnel est formé d’une structure légère en acier de forme ovale ou en pic
recouverte d’un film de polyéthylène clair. Le film de polyéthylène peut être relevé, retiré
ou installé selon les saisons. La structure est composée d’arcs en acier fixés à des poteaux
vissés dans le sol et espacés de 2,5 à 3,5 mètres. Normalement les grands tunnels ne
possèdent pas de système d’éclairage d’appoint, ni de système de ventilation automatique
ou de chauffage. Le seul raccordement extérieur demeure le système d’irrigation pour
l’approvisionnement en eau. La ventilation est naturelle et se fait par les extrémités
lorsque celles-ci sont ouvertes manuellement ainsi que par l’enroulement du
recouvrement sur les côtés de la structure. Afin d’obtenir un meilleur contrôle sur la
température, le recouvrement sur le côtés et les extrémités peut être descendu la nuit et
relevé le jour. D’un point de vue législatif cette structure est considérée comme non
permanente donc elle possède un avantage en ce qui a trait aux taxations et règlements de
zonage. Les grands tunnels permettent d’atteindre un environnement intermédiaire entre
la serre et le plein champ. Les plants sont habituellement plantés en pleine terre mais la
production peut aussi se faire en pot.

Tableau II Comparatif entre grands tunnels et serres.

GRANDS TUNNELS SERRES


Forme ovale, en pic ou gothique, structure
Forme ovale ou en pic, structure légère.
rigide et permanente.
Espacement entre les arcs de 2,5 à 3,5 Espacement entre les arcs de 1,2 à 1,8
mètres. mètre.
Recouvrement en saison de végétation. Recouvrement permanent.
Absence de système d’éclairage d’appoint, Éclairage d’appoint, ventilation
de ventilation mécanique et de chauffage. mécanique, chauffage.
Ventilation naturelle et manuelle. Ventilation automatique.
Possibilité d’ouverture des extrémités et Extrémités fermées. Possibilité d’ouverture
côtés. des côtés.
Coûts moyens (1$ / pied carré). Coûts élevés (15 à 30 $ / pied carré).
Recouvrement de verre ou polyéthylène
Recouvrement de polyéthylène simple.
double.
Passage de petits tracteurs possible. Passage de petits tracteurs difficiles.

Législation : installation temporaire. Législation : installation permanente.

15
2.2 Types de grands tunnels

Ils existent plusieurs types de grands tunnels adaptés aux différentes cultures et divers
climats. Edin et al. (1999) ont effectué un classement en 6 types selon les caractéristiques
suivantes: largeur au sol, type de fixation au sol, diamètre et longueur des tubes, hauteur,
espacement entre les mailles et largeur des plastiques (voir Figures 11 à 15).

Fig. 11 ― Type Monorang. Fig. 12 ― Type Casado.

Fig. 13 ― Type Barre. Fig. 14 ― Type Filclair.

Fig. 15 ― Type Graffoulière.

Le système de classement de Heidenreich et al. (2008) identifie deux grands types : les
simples et les multi-chapelles. Ce système de classement, plus simple, semble mieux
adapté à ce que l’on retrouve en Amérique du Nord. Les modèles simples peuvent être de
forme en pic ou Quonset (de forme arrondie) tandis que les multi-chapelles sont
normalement de forme Quonset (voir Figures 16 et 17).

16
Fig. 16 ― Type simple de forme en pic.

Fig. 17 ― Type en multi-chapelles de forme Quonset (arrondie).

Au Québec, on retrouve le modèle en multi-chapelles de forme arrondie de 3 tunnels et


plus. C’est le modèle qui semble le mieux adapté à notre marché et notre climat. Les trois
fournisseurs sont Récoltech (Tunnel Tech), Plastitech Inc. et Industries Harnois Inc. Le
modèle en multi-chapelles permet de diminuer les coûts d’exploitation et l’effet de
bordure tout en favorisant un climat plus homogène (Jenni et Dorais, 2007).

17
2.3 Climat sous les grands tunnels

Il est possible de recréer un microclimat très favorable à plusieurs productions horticoles


sous grands tunnels et d’allonger la période végétative de plus de 50 jours. Ce
microclimat plus favorable et cette extension de la période sans gel avantagent plusieurs
productions horticoles qui étaient jusqu’alors limitées par notre climat nordique.

Les grands tunnels peuvent modifier le microclimat suffisamment pour allonger la saison
de croissance de une à quatre semaines au printemps et de deux à huit semaines à
l’automne (Wells, 1996).

Une étude réalisé au Québec par Jenni et Dorais (2007) sur la modification du climat sous
des grands tunnels en multi-chapelles avec les extrémités ouvertes a fait ressortir les
points suivants :

• Avec un polyéthylène de 0,153 mm d’épaisseur, le rayonnement solaire quotidien


reçu fut réduit de 20% en moyenne. Par contre le recouvrement accroît la
proportion de la lumière diffuse par rapport à la lumière directe favorisant ainsi
une meilleure pénétration de la lumière à l’intérieur du couvert végétal et, par
conséquent, un meilleur taux de photosynthèse des feuilles inférieures.

• Les températures hebdomadaires moyennes de l’air à 15 cm du sol à l’intérieur


des grands tunnels étaient entre 0,4 et 1,2°C plus élevées (moyenne de 0,8°C) que
la température extérieure. De plus, les tunnels augmentaient les températures
minimums du sol de 1,2°C et les températures moyennes du sol de 0,8°C.

• L’humidité relative de l’air, dans les grands tunnels, était plus faible de 3,2% en
moyenne par rapport à l’extérieur. Par contre, afin de contrer l’effet de l’air plus
chaud dans les tunnels, il vaut mieux comparer le déficit de pression de vapeur
(Dpv). Le Dpv était supérieur dans les grands tunnels avec des valeurs moyennes
de 0,64 kPa comparativement à 0,54 kPa pour le plein champ.

• La durée de mouillure du feuillage a été mesurée durant neuf nuits sans pluie
entre le 11 août et le 12 septembre. En moyenne, les feuilles restaient mouillées
14,2 heures sous grands tunnels contre 10,7 heures en plein champ. En
contrepartie, les plants sous les grands tunnels ne sont pas mouillés durant les
jours de pluie.

• La vitesse du vent a été mesurée à l’intérieur des tunnels avec les extrémités
ouvertes lors d’une période de neuf jours avec des vents variant de 0 à 29 km/h.
La vitesse du vent était réduite en moyenne de 53% (allant de 17 à 100% de
réduction).

• Et bien sûr, lorsque le recouvrement est en place, il n’y a aucune précipitation


sous les tunnels.

18
2.4 Bénéfices et inconvénients des grands tunnels

Les grands tunnels apportent plusieurs bénéfices aux cultures. Voici les principaux :

• augmentation de la température de l’air et du sol donc extension de la saison


de production;
• protection contre le vent;
• protection contre la pluie donc diminution de l’incidence des maladies
fongiques et récolte facilitée;
• introduction facilitée de contrôle biologique (prédateurs, parasites et
parasitoïdes);
• rendements plus élevés;
• production de meilleure qualité;
• protection contre les extrêmes climatiques : température froide, rayonnement
solaire excessif, vent violent, pluie et grêle;
• propice aux cultures intercalaires donc favorise la production intensive;
• possibilité de production hors saison donc meilleur prix obtenu pour la récolte.

Cependant il existe aussi certains inconvénients à la culture sous grand tunnel tel que :

• possibilité de création de microclimat favorable à certains insectes et acariens


indésirables;
• les coûts des infrastructures et de leur entretien;
• augmentation des besoins en main-d’œuvre nécessaire pour relever, enlever et
installer le recouvrement;
• requiert une attention particulière pour l’irrigation et le contrôle de la
température et de la condensation;
• plusieurs mises aux points techniques sont nécessaires puisque c’est un mode
de production récent.

19
3. La faisabilité de ce mode de production

3.1 Conditions favorisant la culture du framboisier remontant sous grands tunnels

Tel que vu précédemment, le framboisier remontant a certaines exigences concernant son


environnement de croissance. Le microclimat retrouvé sous les grands tunnels est
favorable à plusieurs cultures. Est-ce que les conditions retrouvées sous les grands
tunnels favorisent la culture du framboisier remontant ? Bien sûr, plusieurs interrogations
demeurent et plusieurs essais et recherches devront être effectués sous notre climat afin
d’être assuré de la régie de culture à adopter. Analysons maintenant les données
présentées dans les sections précédentes.

Afin de produire des fruits matures abondamment sur les tiges de l’année, le framboisier
remontant a besoin d’une longue saison de végétation. Sous notre climat, en plein champ
sans abris, le framboisier remontant est très peu productif à l’automne. Les grands tunnels
permettent d’allonger la période végétative de plus de 50 jours, en hâtant les conditions
propices au printemps de une à quatre semaines et en les allongeant à l’automne de deux
à huit semaines. Pendant les périodes froides, le recouvrement peut être déroulé et relevé
lors des périodes chaudes. Il est possible d’utiliser des bâches réfléchissantes de type
« Extenday » afin de maximiser la réflexion de la lumière. Les grands tunnels favorisent
donc une meilleure pénétration du rayonnement solaire à l’intérieur du couvert végétal.

En raison de son système radiculaire superficiel et de sa forte évapotranspiration, le


framboisier a besoin d’un apport d’eau élevé et régulier. L’utilisation d’un système
d’irrigation goutte-à-goutte permet de contrôler les apports en eau selon le stade et les
besoins de la plante et conserve le feuillage sec en tout temps donc, diminue les risques
de maladie fongique. Les grands tunnels permettent donc un meilleur contrôle de
l’irrigation.

Le vent a aussi un effet négatif sur la croissance végétative et reproductive ainsi que sur
le rendement photosynthétique des framboisiers remontants. Des essais réalisés au
Québec (voir section 2.3) ont démontré une diminution moyenne de 53% de la vitesse du
vent sous des grands tunnels dont les extrémités étaient ouvertes. Les grands tunnels
diminuent donc l’incidence du vent sur le développement des framboisiers.

Il est important de contrôler l’humidité dans les grands tunnels afin d’éviter les excès
attribuables à la condensation, les feuilles demeurent mouillées plus longtemps sous
grand tunnel qu’en plein champ. Il est donc important d’assurer une bonne ventilation le
matin afin de limiter la condensation. En contrepartie, le feuillage n’est jamais mouillé
par la pluie.

Malgré une diminution marquée de l’incidence des maladies fongiques sur le feuillage et
les fruits, l’environnement des tunnels est considéré comme un lieu propice à d’autres
problèmes. Par exemple, l’oïdium (blanc) est une maladie qui peut être favorisé sous les
tunnels (Orzolek et al., 2004). De plus, plusieurs insectes et acariens s’adaptent bien au

20
microclimat créé par les tunnels. En contrepartie, les grands tunnels sont des milieux
favorables à la lutte biologique.

Les conditions retrouvées sous les grands tunnels nous permettent d’envisager la
production d’un fruit de meilleure qualité et de meilleure conservation. Puisque les fruits
ne sont jamais en contact avec la pluie, il est possible de les récolter à tout moment et le
risque de moisissure est diminué; cependant, il faut faire attention à la condensation. Les
fruits peuvent aussi être récoltés plus gros, donc un meilleur rendement possible et plus
mûrs, donc théoriquement plus savoureux. Les fruits sont donc globalement de meilleure
qualité et arrivent sur le marché du frais hors de la saison normale de production donc, le
prix obtenu peut être supérieur.

Les grands tunnels, a priori, semblent donc créer un milieu favorable au développement
du framboisier remontant. La preuve a déjà été faite pour plusieurs productions horticoles
dans de nombreuses régions du monde.

Tableau III Les exigences du framboisier remontant versus l’apport du grand tunnel.

Exigences du framboisier Apports du grand tunnel

Longue saison de végétation pour Allongement de la période végétative de


production abondante de fruits matures. plus de 50 jours.

Hâtivité de la première récolte avec × de la × de la T°C et contrôle possible avec


T°C (jusqu’à 22°C). déroulage et relevage du recouvrement.

× proportion lumière diffuse p/r lumière


directe = meilleure pénétration du
Même potentiel photosynthétique de toutes rayonnement solaire à l’intérieur du
les feuilles saines pleinement déployées sur couvert végétal.
tige de 1ère année.
À l’essai : bâches réfléchissantes de type
« Extenday ».
Utilisation d’un système d’irrigation
Forte exigence en eau
goutte-à-goutte.
Grande sensibilité aux vents Ø de la vitesse du vent

21
3.2 Aperçu des coûts et revenus

Le prolongement des récoltes à l’automne et la protection de celles-ci peuvent donner


accès à de nouveaux marchés. De plus, une récolte, une qualité et un taux de rejet des
fruits améliorés permettent d’augmenter les revenus. Le contrôle de l’apport en eau et de
la température aide à régulariser les récoltes. Il faut donc évaluer les coûts de la structure,
de l’entretien, du système d’irrigation, de la plantation, du palissage et de la main-
d’œuvre. Cependant, le prix obtenu pour les fruits est supérieur puisque les fruits sont
d’excellente qualité et sont produits hors saison; de plus, le rendement est augmenté. On
peut aussi considérer la diminution des coûts reliés à la baisse de l’utilisation de
fongicides. Sans entrer dans les détails d’une étude économique voici quelques chiffres.
L’investissement est évalué à environ 1 $/pied carré, soit 40 000 $/acre ou près de
100 000 $/ha. Ces coûts reliés à la construction de tunnels ne sont pas à négliger. À
grande échelle, la production de framboises sous grands tunnels exige un investissement
important dès la première année; cependant les profits réalisés à partir de la troisième
année permettent, théoriquement, de rentabiliser l’investissement.

Tableau IV Aperçu des profits théoriques pour les trois premières années de produc-
tion de framboisiers remontants sous grands tunnels de 1,3 hectare
(adapté de Bélanger, 2007).

Coût
Coût transport
Rendement Revenu Amortissement1 Profit
Année production &
(kg) ($) ($) ($)
($) contenants
($)
1 1875 15 000 56 812 2812 13 000 (52 000)

2 10 000 80 000 26 500 22 500 13 000 18 000

3 15 000 120 000 26 500 30 000 13 000 50 500

Totaux 31 875 215 000 109 812 55 312 39 000 16 500


1
L’amortissement est basé sur une durée de vie de 10 ans.

La production, à plus petite échelle, avec vente au kiosque à la ferme ou au marché public
pourrait théoriquement dégager de meilleurs profits étant donné la diminution des coûts
au niveau du transport. Il peut donc être avantageux financièrement de produire la
framboise sous grands tunnels, il est par contre important de bien calculer avant de se
lancer dans un tel projet puisque les investissements sont importants.

22
CONCLUSION
Il est donc possible théoriquement de répondre aux exigences physiologiques du
framboisier remontant à l’aide des grands tunnels. Nous avons vu que le framboisier
remontant exige une longue saison de végétation pour produire abondamment des fruits
matures et que les grands tunnels permettent d’allonger la période végétative de plus de
50 jours. La date de la première récolte peut être hâtée avec une augmentation de la
température (jusqu’à un maximum de 22°C); les grands tunnels permettent d’augmenter
la température et de la contrôler par le déroulage et le relevage du recouvrement. Toutes
les feuilles saines et pleinement déployées sur la tige de première année ont le même
potentiel photosynthétique; le recouvrement des grands tunnels permet d’augmenter la
proportion de lumière diffuse par rapport à la lumière directe donc, contribue à une
meilleure pénétration du rayonnement solaire à l’intérieur du couvert végétal. La forte
exigence en eau du framboisier peut être facilement contrôlée à l’aide du système
d’irrigation goutte-à-goutte présent sous les tunnels. De plus, les framboisiers sont très
sensibles aux vents et le recouvrement des grands tunnels permet de diminuer la vitesse
du vent.

Ce mode de production est très récent au Québec; par contre, il est déjà utilisé sur de très
grandes surfaces pour diverses productions horticoles ailleurs dans le monde. La Chine, à
elle seule, compterait 750 000 hectares sous tunnels et la région du bassin méditerranéen
produirait sous tunnels sur une superficie de 300 000 hectares.

Cependant plusieurs questions demeurent. Quelles sont les techniques les mieux adaptées
à notre climat ? Est-ce que le recouvrement permettra un bon aoûtement des framboi-
siers ? Quels seront les ravageurs et les maladies ? Quelle sera la longévité des plants
sous notre climat ? Quelles sont les variétés les mieux adaptées ? Est-ce rentable ?

Les essais d’innovation technologique et les recherches à ce sujet ainsi que la mise en
commun des informations recueillies seront donc d’une importance majeure au cours des
prochaines années afin de développer ce mode de production qui semble promis à un bel
avenir.

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