Découvert bancaire : définition et frais
pratiqués par les banques
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Le découvert bancaire, qui intervient quand le solde de votre compte devient négatif,
est un service utile quand votre banque l’autorise, pour gérer une fin de mois difficile
ou une grosse dépense ponctuelle. Mais il peut aussi vous coûter très cher s’il n’est
pas utilisé avec discernement.
Qu'est-ce que le découvert bancaire ?
La fin de mois approche, et le montant que vous avez dépensé dépasse celui de vos
rentrées d’argent. Le solde votre compte bancaire passe alors en territoire négatif : vous
êtes à découvert. Ça n’a rien d’exceptionnel : c’est le cas, chaque mois, de 4 Français
sur 10.
Dans ce cas, votre banque a deux réactions possibles : soit elle accepte de payer les
opérations qui se présentent sur le compte à découvert ; soit elle refuse et les opérations
restent impayées. Le découvert, en effet, n’est pas un droit, mais un service, une forme
de crédit inscrit dans la convention de compte, et en contrepartie duquel votre banque va
vous facturer des frais. Elle vous accordera d’autant plus facilement un découvert qu’elle
vous considère comme un client fidèle et solvable, parce que vous domiciliez chez elle
des revenus réguliers, ou que vous y possédez d'autres comptes.
Le découvert, lorsqu’il est autorisé, a peu de conséquences : quelques euros, au
maximum, d’intérêts débiteurs (des agios dans le langage courant). En revanche, s’il
n’est pas autorisé, ou s’il dépasse le montant autorisé, ou encore s’il dure trop
longtemps, les conséquences peuvent être très lourdes.
Quels sont les différents types de découvert ?
Rappel : rien, dans la réglementation, n'oblige votre banque à vous accorder un
découvert, c'est-à-dire à vous avancer l'argent permettant de couvrir les dépenses qui
placent votre compte en position débitrice. Si elle accepte de le faire, elle doit en
revanche se référer au cadre fixé, notamment, par le code de la consommation. Celui-ci
distingue deux cas de figure :
L'autorisation de découvert, où le « prêteur autorise expressément
l'emprunteur à disposer de fonds qui dépassent le solde du compte de dépôt
de ce dernier ».
Le dépassement, qui est « un découvert tacitement accepté en vertu duquel
un prêteur autorise l'emprunteur à disposer de fonds qui dépassent le solde
de son compte de dépôt ou de l'autorisation de découvert convenue ».
Les conditions d'utilisation du découvert (en particulier son plafond et sa durée) doivent
être détaillées dans la convention de compte qui lie la banque et son client. Attention :
l'autorisation de découvert inscrite dans la convention peut être à durée indéterminée,
c'est-à-dire que le client peut avoir recours au découvert à tout moment. Cela ne veut
pas dire qu'il peut rester en permanence à découvert.
On distingue trois types de découvert, selon la durée durant laquelle le compte reste
dans le rouge :
la facilité de caisse de moins d'un mois ;
le découvert occasionnel de 1 à 3 mois ;
le découvert de plus de trois mois.
La facilité de caisse
L'expression « facilité de caisse » n'est pas très employée. C'est pourtant la forme de
découvert la plus répandue, que désigne dans le langage courant l'expression
« découvert autorisé ».
Il s'agit généralement d'une autorisation permanente de faire passer son compte dans le
rouge, à condition de respecter des limites de montant et de durée. Cette autorisation de
découvert figure dans la convention de compte. Elle est souvent accordée par défaut,
par exemple dans le cadre d'une offre groupée de services (un « package »).
La durée maximum pour rembourser une facilité de caisse est d'un mois en général. Le
solde du compte ne peut donc pas rester négatif trop longtemps, et surtout pas en
permanence. Les banques limitent d'ailleurs l'utilisation de la facilité de caisse, souvent à
15 jours par mois.
Le montant, lui, dépend du client. Il est généralement calculé en fonction des rentrées
d'argent mensuelles sur le compte, afin que ces dernières puissent facilement couvrir un
éventuel passage dans le rouge. Vous pouvez toutefois choisir de limiter ce montant au
strict minimum, ou tenter de négocier avec votre banque un découvert plus élevé, en
justifiant cette demande.
Le découvert occasionnel de 1 à 3 mois
Votre situation financière ne vous permet pas de repasser dans le vert au terme du délai
prévu par votre convention de compte ? Votre solde négatif dépasse le montant de votre
facilité de caisse ? Attention : votre banque peut, à partir de ce moment, choisir de ne
plus payer les opérations se présentant sur le compte. Vous vous exposez donc à des
incidents de paiement (refus de chèques ou de prélèvement) qui donnent lieu à la
perception de frais très coûteux.
Elle peut aussi choisir, pour éviter la dégradation de votre situation, de vous accorder
un découvert occasionnel, une avance supplémentaire exceptionnelle destinée à couvrir
ces dépenses. Elle n'y est toutefois pas contrainte : sa décision dépendra de votre profil
et de votre historique au sein de la banque.
Si la dégradation de votre situation est prévisible ou récurrente, il est toujours préférable
de contacter votre banque le plus tôt possible et de lui demander une autorisation de
découvert spécifique. Elle pourra, le cas échéant, être pérennisée. Dans ce cas, le
découvert est formalisé par un avenant à la convention. En amont de la signature, votre
banque doit vous communiquer les caractéristiques du crédit (durée, taux, frais).
Le découvert de plus de 3 mois
Si la situation débitrice persiste au-delà de 3 mois, le découvert devient, au regard de la
réglementation, un crédit à la consommation à part entière. Votre banque doit donc
impérativement vous proposer une offre de crédit, qui vous permettra d'échelonner les
paiements destinés à rembourser l'avance, à un taux beaucoup plus avantageux que
celui des intérêts débiteurs.
Des informations obligatoires
Vous ne savez plus quel est le montant de votre découvert autorisé, ni à combien s'élève
votre taux débiteur ? Votre banque a l'obligation de faire figurer ces deux informations
sur vos relevés de compte.
Dans le cas d'un dépassement significatif de l'autorisation de découvert qui se prolonge
au-delà d'un mois, vous devez également être informé, sans délai, par écrit (ou sur un
autre support durable), du montant de ce dépassement, du taux débiteur et de tous frais
ou intérêts qui vous seront appliqués.
À consulter également : La protection des consommateurs en matière de crédit
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Combien coûte un découvert ?
Dans le cadre d'une autorisation de découvert
Vous avez fini le mois dans le rouge, en restant dans les limites de montant et de durée
définies dans le cadre de votre autorisation de découvert ? Pas d'inquiétudes : votre
banque se contentera de vous facturer des intérêts débiteurs, qu'on appelle
communément des agios. Les taux pratiqués dépendent des banques. Ils sont en
général plus faibles dans les banques en ligne (autour de 8%). Dans les banques
traditionnelles, ils peuvent se rapprocher des taux d'usure, mais en aucun cas les
dépasser. Dans tous les cas, ces agios ne représenteront que quelques euros au
maximum.
À consulter : les taux des découverts autorisés ou non autorisés dans les banques
Attention aux frais annexes
Certaines banques facturent l'accès à une autorisation de découvert. Celles-ci accordent
aussi, en général, une franchise d'agios, c'est-à-dire un seuil en dessous duquel les
intérêts débiteurs ne sont pas facturés.
À l'inverse, certaines banques prévoient un minimum de perception d'agios (ou minimum
forfaitaire) : en cas de découvert même minime, elle vous prélève ce montant forfaitaire
(3 ou 4 euros, voire plus) s'il est supérieur au montant réel d'intérêt débiteur calculé. Une
pratique contestée.
En cas de découvert non autorisé
Relativement indolore lorsqu'il est maîtrisé, le découvert peut en revanche coûter très
cher en cas de dérapage.
Si votre banque tolère le dépassement et vous accorde une autorisation occasionnelle,
elle va d'abord pratiquer un taux débiteur supérieur à celui du découvert autorisé. Elle va
également facturer, à chaque opération se présentant sur le compte en position
débitrice, une commission d'intervention. Elle rémunère ainsi en quelque sorte l'arbitrage
du conseiller qui accepte de laisser passer l'opération.
Les banques ne peuvent pas facturer cette commission d'intervention à leur guise.
Depuis 2014, son montant unitaire est plafonné à 8 euros, et son cumul à 80 euros par
mois.
Combien coûte la commission d'intervention dans votre banque ?
Votre banque peut également faire le choix de rejeter l'opération se présentant sur le
compte (sauf s'il s'agit d'une opération par carte bancaire, irrévocable une fois qu'elle a
été autorisée). C'est le scénario « catastrophe » : ce refus d'honorer les paiements
entraîne la facturation, en plus des agios et des commissions d'intervention, d'une série
de lettres d'informations et de frais de rejets (de prélèvements, de chèques, etc.), dont le
total peut rapidement s'élever à plusieurs centaines d'euros et entraîner une interdiction
d'émettre des chèques.
Les frais d'incidents plafonnés
Pour limiter la cascade de frais qui accompagnent les incidents de paiements, les
pouvoirs publics ont mis en place des plafonnements. Les frais de rejets de chèque sont
ainsi capés à 30 euros pour les chèques d'un montant inférieur ou égal à 50 euros,
50 euros pour les chèques de montant supérieur. Le prix d'un rejet de prélèvement ne
peut excéder le montant de l'opération, dans la limite de 20 euros.
Certains plafonds ne concernent que les clients considérés comme financièrement
fragiles. Pour eux, le prix de la commission d'intervention est limité à 4 euros par
opération, et à 20 euros par mois en cumul (contre 8 et 80 euros pour les autres). Depuis
2019, ils bénéficient également d'un plafonnement général des frais d'incidents, à
25 euros par mois, voire à 20 euros par mois et 200 euros par an pour ceux qui
souscrivent à une offre bancaire spécifique.
Comment éviter les frais de découvert ?
Pour éviter de subir la cascade des frais de découvert, la meilleure solution est bien
évidemment d'éviter d'être dans le rouge. Si vous avez des difficultés à boucler vos fins
de mois, calculez votre reste à vivre, c'est-à-dire ce qui vous reste chaque mois une fois
que vous avez payé vos charges fixes (factures, impôts, transport, etc.) et vos
mensualités de crédit. Et essayez de vous y tenir.
Si le dérapage est inévitable, il existe plusieurs solutions pour limiter les frais :
négocier une autorisation de découvert avec votre banque ;
si vous avez de l'épargne disponible, virer de l'argent de manière préventive
sur le compte ;
si vous faites face à de fortes dépenses ponctuelles, contracter un prêt
personnel, généralement moins coûteux qu'un découvert.
Autre conseil : en période de découvert, éviter autant que possible de multiplier les
chèques ou les petits paiements par carte. Utilisez, autant que possible, les espèces
pour vos dépenses du quotidien, en attendant des jours meilleurs.