Diagnostic de gestation chez les ruminants
Diagnostic de gestation chez les ruminants
1. Objectifs
Justifier les intérêts d'un constat précoce (<60 jours) de gestation chez la vache
Justifier les intérêts d'un constat tardif (>=60 jours) de gestation chez la vache
Comparer les avantages et inconvénients des méthodes hormonales et non hormonales de diagnostic
de gestation utilisés en pratique chez la vache.
Comparer les avantages et inconvénients des méthodes de diagnostic de gestation utilisés en pratique
chez les petits ruminants
Le constat de gestation chez les ruminants/ 4
2. Introduction
L'identification précoce des animaux non-gestants constitue une étape obligée vers la réduction de
l'intervalle entre vêlages et donc l'optimisation du potentiel de production des élevages laitiers et viandeux.
Les méthodes de diagnostic de gestation peuvent se répartir en deux groupes. Le premier rassemble ceux
basés sur les modifications hormonales inhérentes à la gestation tandis que le second comporte les
méthodes basées sur les modifications physiques de l'animal ou de l'utérus gravide. S’y ajoutent les
méthodes basées sur la détection du retour éventuel en chaleurs de l’animal et les méthodes associées
telle que la mesure de la résistance électrique ou la biopsie vaginale (Tableau 1).
Le choix d'une méthode de diagnostic de gestation repose essentiellement sur la triple notion de précocité,
de praticabilité et d'exactitude. La notion de précocité ne s'applique pas de la même façon aux constats de
gestation et de non-gestation. Plus le constat de non-gestation peut être précoce et plus rapidement
pourra être mise en place une démarche zootechnique ou thérapeutique visant à raccourcir le délai entre le
vêlage et l'insémination fécondante. A l'inverse, la confirmation précoce de la gestation est entachée du
risque supplémentaire de mortalité embryonnaire précoce ou tardive. La practicabilité de la méthode doit
également être prise en considération. Elle implique tout à la fois l'expérience de l'utilisateur, les conditions
pratiques de contention et de notation des données dans l'élevage, les investissements possibles par le
vétérinaire et l'éleveur, l'appareillage nécessaire, l'application potentielle de ce dernier dans un autre cadre
que le diagnostic de gestation...La notion d'exactitude de la méthode revêt une importance pratique
certaine. En fait, les méthodes de constats de gestation peuvent être évaluées au moyen de 4 critères que
sont .la sensibilité et la spécificité, le degré d'exactitude des diagnostics de gestation et de non-gestation.
Alors que les deux premiers évaluent la méthode, les deux derniers évaluent davantage leur utilisateur.
En présence d'un animal à examiner et eu égard au résultat de cet examen, quatre situations sont possibles
La sensibilité de la méthode évalue sa capacité à détecter les animaux positifs. Elle s'exprime par le rapport
entre a/a+c. Parmi les animaux réellement gestants, elle détermine le pourcentage d'animaux qui ont été
diagnostiqués gestants par la méthode utilisée.
La spécificité de la méthode évalue sa capacité à détecter les animaux négatifs: elle s'exprime par le rapport
d/b+d. Parmi les animaux réellement non-gestants, elle détermine le pourcentage d'animaux qui ont été
diagnostiqués non-gestants par la méthode.
Les degrés d'exactitude (ou valeurs prédictives) (+ ou -) de la méthode ont davantage une valeur
pronostique. Le degré d'exactitude des diagnostics de gestation s'exprime par le rapport a/a+b et celui des
diagnostics de non gestation par le rapport d/c+d. Ces rapports expriment la probabilité que le diagnostic
posé se révèle exact ou inexact. Il convient de rappeler l'antagonisme existant habituellement entre la
précocité de la méthode et le degré d'exactitude des diagnostics positifs; Du fait en effet du risque
Le constat de gestation chez les ruminants/ 5
d'interruption de gestation, plus la précocité est élevée et moins l'exactitude des diagnostics de gestation
sera grande.
3.1.1. La progestérone
L'identification du rôle indispensable de la progestérone dans le maintien de la gestation est connue depuis
longtemps et a constitué une des premières méthodes de son diagnostic hormonal. Au cours de la
gestation, l’origine de la progestérone varie selon les espèces. Un relais placentaire est observé chez la
vache, la jument, la brebis et la femme respectivement 200, 70, 50 et 50 jours après la fécondation. Ce
relais n’est pas observé chez la chatte, la chèvre, la truie ou la, chienne. Précisons également que chez la
jument une synthèse complémentaire de progestérone est assurée par les corps jaunes secondaires.
Deux types de dosage sont actuellement utilisés: le dosage radio-immunologique (RIA) et l'ELISA (Enzyme
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déterminant la présence d'un corps jaune fonctionnel, il rend possible la sélection de receveuses dans le
cadre d'un programme de transfert d'embryons.
Synthétisées par les cellules binucléées du trophoblaste et caractéristiques du placenta cotylédonaire des
ruminants, les hormones spécifiques de la gestation, la PSPB (Pregnancy Specific Protein B) et la PAG
(Pregnancy Associated Glycoprotein) sont détectées dans le sang dès le 15ème (PSPB) ou le 22ème jour
(PAG) après la fécondation.
La mise au point de dosages radio-immunologiques chez la vache, la chèvre, la brebis et le chevreuil en
rend l’intérêt particulièrement évident pour le diagnostic de gestation mais aussi l’étude de la mortalité
embryonnaire. Par rapport au dosage de la progestérone, la détermination de la concentration en PSPB ou
PAG offre l’avantage de pouvoir être réalisé quel que soit le stade de gestation.
Diverses études ont précisé leur cinétique pendant la gestation. Chez les bovins, leurs concentrations
augmentent dans le plasma ou le sérum entre le 20 ème et le 30ème jour de gestation. Elles sont détectables à
partir du 30ème jour de gestation dans la circulation maternelle chez 98 % des femelles gestantes. La
précocité de ce moment de détection varie cependant d’un individu à l’autre. En pratique, le prélèvement
sera effectué plus de 30 à 35 jours après l’insémination. La concentration est habituellement inférieure à 1
ng/ml avant le 30ème jour de gestation et atteint plusieurs centaines de ng/ml au moment de la parturition
(4ng/ml à la 6ème semaine, 159 ng à la 35ème semaine et 2000 ng 1 à 5 jours avant le part). Le degré
d’exactitude des diagnostics de non-gestation est également plus élevé (85 % vs 58 %). A l’inverse étant
donné sa demi-vie particulièrement longue (7 jours) surtout si la gestation a été menée à son terme, il est
impératif de respecter une période d’attente de 100 jours après le vêlage pour effectuer un diagnostic chez
la vache.
Le prélèvement de sang peut être réalisé sur tube sec ou hépariné. Les prélèvements peuvent être ainsi
conservés à 4°C pendant 9 à 15 jours.
Quelques analyses préliminaires ont identifié la présence de la bPAG dans le lait au cours du mois suivant le
vêlage . Cette présence dans le lait est due au fait qu’avant la parturition, cette hormone est présente à
des concentrations très élevées dans le sang. La bPAG est également présente dans le sang des nouveau-
nés avant toute prise de colostrum. Elle augmente significativement dans les 24 heures suivant l’absorption
de colostrum.
Le rôle exact de ces hormones n’est pas encore élucidé. Leurs propriétés immunosuppressives
expliqueraient leur implication dans le mécanisme de reconnaissance et du maintien de la gestation. Ses
effets potentiels sur le mécanisme du détachement placentaire et l’involution utérine mériteraient d’être
approfondis.
De nature glycoprotéique, l’Early Pregnancy Factor (EPF) encore appelé Early Conception Factor (ECP)
apparaît quelques heures après la fécondation dans le sang de la plupart des espèces animales dont la
vache, la truie, et la brebis. Ce facteur existe en fait sous deux formes: l’une sécrétée par l’ovaire ipsilatéral
à la corne gestante (EPF-B) (Nancarrow et al. 1981) et l’autre synthétisée par l’oviducte (EPF-A) (Morton et
al. 1980). Leur synthèse ovarienne est initiée par un petit peptide appelé zygotine (Orozco et al. 1986) et
est donc indépendante de la présence du placenta. Il se pourrait que ce facteur contribue à diminuer
l'immunocompétence des lymphocytes en début de gestation et ainsi faciliter la reconnaissance
immunologique de l'embryon par l'organisme maternel. La détermination de sa concentration
constituerait un bon moyen d’identification d’une mortalité embryonnaire si ce n’était le manque de
reproductibilité de son évaluation plasmatique, imputable au fait qu’elle est influencée par de nombreux
facteurs biologiques. Le dosage de l’EPF permettrait d’identifier les vaches non-gestantes entre le 6ème et le
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20ème jour suivant l’insémination à partir d’un prélèvement de lait et entre le 6 ème jour et le 90ème jour
suivant l’insémination à partir d’un prélèvement de sang. Cependant l’évaluation sur le terrain d’un test
(ECF Dip Stick Test : Concepto Diagnostics, PO Box 6275 Knoxville, TN 37914 USA) en a démontré la faible
spécificité (26 %), sensibilité (81%) et valeurs prédictive positive (40 %) et négative (69%). (DesCôteaux et
al. Evaluation of the early conception factor (ECP) dip stick test in dairy cows between days 11 and 15
postbreeding. The bovine Practitioner 2000, 34, 2, 87).
3.3.1.2. La zygotine
Identifiée chez la brebis (Morton et al. 1979), la truie (Morton et al. 1983) et la vache (Nancarrow et
Wallace 1980), la zygotine ou EPAF (Embryo Platelet Activating Factor) possède la propriété d’inhiber la
formation de rosettes par des hématies mises en présence de lymphocytes. Elle possède des propriétés
chimiques, biochimiques et physiologiques comparables à celles du PAF (Platelet Activating Factor: 1-O-
alkyl-2-acetyl-sn-glycero-3-phosphocholine), facteur produit notamment par les neutrophiles, le foie et les
muscles lisses (Hanahan 1986). La zygotine ne serait cependant pas homologue au PAF. Son couplage à
une molécule de transport la protégerait d’une dégradation enzymatique (Adamson et al. 1991). Son rôle
exact reste à démontrer. Molécule de faible poids moléculaire, elle induit la production par l’oviducte et
l'ovaire porteur du corps jaune d'un facteur précoce de la gestation appelé EPF (Early Pregnancy factor).
Elle ne serait pas impliquée directement dans la synthèse de progestérone par le corps jaune (Hansel et al.
1989) ou de prostaglandines par l'endomètre (Gross et al. 1990).
De nature glycoprotéique, l’hCG (Human Chorionic Gonadotropine) encore appelée PU (Pregnant Urine
Gonadotropine) est depuis longtemps connue dans l’espèce humaine pour stimuler la synthèse de
progestérone par le corps jaune. Chez la jument ce rôle est dévolu à la PMSG (Pregnant Mare Serum
Gonadotropine) ou ECG (Equine Chorionic Gonadotropine). Semblable substance a également été identifiée
chez la vache (Ailenberg et Shemesh 1983), la brebis (Lacroix et Martal 1979) et la truie (Saunders et al.
1980). Leur rôle semble cependant relativement peu important en début de gestation.
Absente chez la jument, la truie, la chatte et la chienne, l’hormone placentaire a par contre été identifiée
chez les ruminants et les primates (Martal et Charlier 1985). Elle est chez la brebis sécrétée par le
trophoblaste dès le 16ème-17ème jour de gestation. Il semble bien qu’elle soit davantage impliquée dans
le développement embryonnaire que dans le maintien du corps jaune. Sécrétée par les cellules binucléées,
cette hormone est détectée dans le sang maternel entre le 26ème et le 110ème jour de gestation et son
taux plasmatique est maximal (1 à 2 ng/ml) aux environs du vêlage. Sa sécrétion restant faible durant les
premiers mois de la gestation, elle ne constitue pas un bon indicateur de mortalité embryonnaire et en
rend peu pratique l'utilisation dans le cadre d'un diagnostic clinique de gestation.
Les œstrogènes sont chez la truie synthétisés dès le stade de blastocyste (Geisert et al. 1982b). Possédant
dans cette espèce un effet lutéotrophique, ils induiraient par ailleurs un changement directionnel des
prostaglandines synthétisées. Celles-ci ne passeraient pas dans la veine utérine mais seraient sécrétées
dans la lumière utérine (Bazer et Thatcher 1977).
Le placenta est une source importante d'œstrogènes. Chez les ruminants leur synthèse est faible
(séquestration) au cours de la première moitié de la gestation. Ils sont détectables dès le trentième jour de
gestation dans le liquide amniotique et le 50ème jour dans le liquide allantoïdien. Le dosage du sulfate
d'œstrone dans le lait est possible à partir du 110ème jour de gestation. Cette contrainte en limite
nettement l'utilisation pratique.
Le constat de gestation chez les ruminants/ 9
3.3.1.6. La prostaglandine E
Le rôle exact de la prostaglandine E produite par les blastocystes ovins et bovins (Marcus 1981, Milvae et
Hansel 1980, Lacroix et Kahn 1982, Lewis et al. 1982) reste à démontrer. Elle serait impliquée dans le
maintien de la gestation étant donné in vitro son effet lutéotrope (Shelton et al. 1990) et l'augmentation de
sa concentration dans la corne gestante après le 12ème jour de gestation. Chez la jument, elle serait
responsable de la migration des embryons dans l’oviducte, les ovocytes non fécondés n’étant pas
concernés (Weber et al. 1991a, 1991b).
3.3.1.7. La trophoblastine
De nature protéique, la trophoblastine est synthétisée par le trophectoderme (Godkin et al. 1984a in 6432).
Ce facteur a été identifié chez la brebis (oTP-1 : ovine Trophoblast protein -1) chez la chèvre (cOTP-1 :
caprine trophoblast protein-1) et chez la vache (bTP-1 : bovine Trophoblast Protein 1) (Helmer et al. 1987,
Martal et al. 1979, Heyman et al. 1984). Une grande homologie d’effets et de structures existent entre les
trophoblastines de ces espèces (Martal et al. 1984a, 1984b in 6432). La trophoblastine est identifiée dans
le liquide de lavage de la cavité utérine vers le 8ème jour de gestation chez les brebis (Bazer 1989 in 9341)
et le 12ème jour chez la vache (Humblot et Dalla-Porta 1984, Thatcher et al. 1985, Bazer 1989). Sa
concentration augmente de manière synchrone avec les changements morphologiques de l'embryon. Chez
la vache elle peut encore être détectée jusqu'au 38ème jour de gestation (Bazer 1989). La chèvre synthétise
une trophoblastine entre le 16ème et le 21ème jour de gestation (Gnatek et al. 1989). Localisée au niveau de
l’endomètre, la trophoblastine n’est pas retrouvée dans le sang et par conséquent ne peut être utilisée
comme méthode de diagnostic de gestation.
La détermination de la séquence d’acides aminés de la trophoblastine en a révélé la grande analogie avec
les interférons (La Bonnardière et Martal 1991). Par ailleurs, elle présente les mêmes propriétés
antivirales, antiprolifératives et immunosuppressives que les interférons et se lient à leurs récepteurs
(Roberts 1989 in 9341). Ces faits en justifient l'appellation nouvelle d'interféron tau (oIFN-t : Ovine
interferon tau, bIFN-t : bovine interferon tau) (Roberts et al. 1992, Bazer et al. 1994).
Il est intéressant de noter que la plus grande prolificité de certaines races de porc telles que la Meishan ou
la Jiaxing serait moins imputable à un plus grand nombre d’ovulations qu’à une plus faible mortalité
embryonnaire au cours des 30 premiers jours de gestation. Ces deux races de porcs témoignent entre le
12ème et le 20ème jour de gestation d’une activité antivirale plus importante que les races européennes
(La Bonnardiere et al. 1991). Deux types d'interféron alpha et gamma ont été identifiés chez la truie (Bazer
et al. 1989). Leur rôle est à ce jour inconnu (Bazer et al. 1994).
3.3.1.8. Les facteurs de croissance
De multiples facteurs contrôlent de manière autocrine ou paracrine le développement des premiers stades
de l’embryon (Heyner et al. 1993, Simmen et al. 1993, Gandolfi 1994 phc 10335) et la différenciation
endométriale (Murphy et Ghahary 1990 in 9300) tels le TGF (Transforming Growth Factor), les l’IGF I et II
(Insulin growth Factor) (Référ 16,17 19 in Gandolfi phc 10335), l’EGF (Epidermal Growth Factor) (réf 33),
l’insuline, le PDGF (Platelet Derived Growth Factor) (Réf 25), le bFGF (basic Fibroblast Growth Factor) (Réf
26) mais aussi une multitude d’autres protéines plus spécifiques à l’oviducte (OSP : Oviduct Specific
Protein) Réf 13 in 10335). Il est prématuré d'en envisager l'utilisation dans les milieux de culture des
embryons, les premières tentatives réalisées n'ayant enregistré aucune amélioration du développement
embryonnaire (Flood et al. 1993).
Le constat de gestation chez les ruminants/ 10
« Elle ressemble à un thriller au cours duquel souris, rats et chats joueraient au ping-pong avec un ballon de
football et des gants de boxe tout en dégustant des citrons.... »
L’exploration manuelle de l’utérus par voie transrectale d’un animal supposé gestant poursuit divers
objectifs mais présente également certaines limites. Il offre la possibilité de confirmer ou non un état de
gestation, d’en déterminer le stade, de vérifier la viabilité fœtale, de confirmer la topographie normale de
l’utérus, de diagnostiquer diverses pathologies de la gestation.
La confirmation manuelle de la gestation est basée sur la mise en évidence d'un ou de plusieurs éléments
caractéristiques d'un utérus gravide à savoir la fluctuation des liquides de gestation, la palpation des
membranes fœtales, la palpation de l'embryon et du fœtus, la palpation des placentomes et de l'artère
utérine. Il importe donc de bien connaître les principales modifications anatomiques générales et
topographiques de l’utérus gestant mais également la symptomatologie des principales pathologies liées à
la gestation (hydropisie des membranes fœtales, torsion utérine, momification, macération, avortement
…).
En effet, les erreurs de constat de gestation sont d’origine diverse.
La vessie peut être confondue avec une corne gravide. L’évaluation des rapports avec la structure
fluctuante (palpation du col et de la bifurcation des cornes) permet d'éviter toute confusion.
Plusieurs affections utérines peuvent ressembler à une gestation : le pyomètre ou l'hydromètre ont une
consistance liquidienne uniforme plus ou moins sous tension, mais les membranes foetales, les cotylédons
ou le fœtus ne sont pas perceptibles. La momification fœtale et différentes néoplasies (lymphome de
l'utérus, tumeurs de l'ovaire) sont différenciés de la gestation par l'absence de liquide entourant ces
formations
La démarche clinique du constat manuel de gestation est présentée sous la forme de la carte conceptuelle
ci-dessous.
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Le constat de gestation chez les ruminants/ 12
Le constat de gestation chez les ruminants/ 13
Tous les auteurs s’accordent à dire que chez la vache la corne droite est plus souvent gravide que la corne gauche.
Des valeurs comprises entre 57 et 67 % ont été avancées, une valeur moyenne de 60 % pouvant être retenue. De
même, le taux de gémellité est compris selon plusieurs enquêtes entre 0.5 % dans le bétail à viande et 1.04 %
dans le bétail laitier. Des pourcentages peuvent augmenter chez les sujets bien entretenus ou plus âgés. Le plus
souvent il y a un fœtus dans chaque corne et un corps jaune sur chaque ovaire. Des gestations unilatérales ont
néanmoins été observées. Dans 4 à 6 % des cas une gestation gémellaire peut être observée avec un seul corps
jaune. Les triplés seraient observés dans 0.02 % des gestations.
Le poids de l’utérus avec son contenu se trouve centuplé au cours de la gestation. De 800 g à la fin du premier
mois il passe à 40 voire 80 kgs à la fin du 9ème mois. Vidé de son contenu, l’utérus passe de 500 g à 6 voire 10 kgs
en fin de gestation. Son poids serait multiplié par 15 à 18 chez la vache. Sa capacité passerait de 200 ml à 55 litres
en fin de gestation.
L’extension crâniale de la corne gestante est également remarquable : la distance séparant la grande courbure de
l’exocol passerait de 24 à 96 cm. Selon Barone, l’utérus d’une vache de taille normale atteindrait 90 cm environ
sur son grand axe en fin de gestation. En fait cette valeur est sous-évaluée compte tenu de la forte incurvation de
l’organe en cours de gestation. Ainsi, mesurée au niveau de sa grande courbure, l’utérus atteindrait du col utérin
à l’ovaire en fin de gestation 1.5 m de longueur chez la vache. L’extension crâniale de la corne gestante ne
s’accompagne pas de celle des ligaments larges qui en fin de gestation ne soutiennent plus que le tiers caudal de
l’organe, laissant une importante mobilité aux deux tiers antérieurs.
Ces modifications de longueur sont responsables d’un déplacement différent des ovaires. Situés normalement à
environ 16 cm de l’exocol, leur distance par rapport à ce dernier augmente en cours de gestation. Ainsi, l’ovaire
ipsilatéral à la corne gestante peut se trouver déplacer à 39 cm environ de ce dernier et l’ovaire contralatéral à 31
cm.
La circonférence utérine serait de 26 cm à la fin du 1ème mois à 130 cm en fin de gestation.
L'accroissement de la taille de l'utérus est variable d'un sujet à l'autre et se produit par poussée. Elle intéresse
surtout la corne gravide et entraîne une asymétrie des cornes, en particulier chez les primigestes. L'asymétrie
peut être négligeable en début de gestation chez les pluripares quand la gestation précédente a eu lieu dans la
corne opposée.
L’épaisseur de la paroi utérine serait de 5.4 mm dans le cas d’un utérus non-gestant à 1.3 mm au niveau de la
corne gestante et 1.8 mm au niveau de la corne non-gestante. Lors de césarienne, la brusque rétraction de
l’organe en augmenterait l’épaisseur jusque 1 à 2 cm.
En ce qui concerne leur consistance, durant les premiers deux mois de gestation, les cornes utérines sont
enroulées et relativement toniques, en particulier chez les primigestes, créant une certaine difficulté à les palper
jusqu’à leur extrémité. Au début de la gestation (< 35-40 jours), la modification de consistance de la corne est
observée après la courbure vers l’extrémité de la corne gravide. C’est la raison pour laquelle il est essentiel de
palper les cornes sur toute leur longueur. Ce premier signe de gestation correspond à la formation et à
l'accumulation de liquides fœtaux dans la lumière utérine.
Le placenta subit également de profondes modifications en cours de gestation. Le nombre total de placentomes
peut varier entre 42 et 132 avec une valeur moyenne comprise entre 70 et 110. Certains auteurs ont avancé le
nombre moyen de 97 en cas de gestation simple et de 170 en cas de gémellité. La taille des placentomes serait
de 6.5x3.5x2.0 à la fin du 4ème mois et de 14.0x6.5x4.5 à la fin du 9 ème mois. Les placentomes représentent des
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structures proéminentes et bien délimitées qui sont perceptibles à travers la paroi utérine. Sur la corne gravide,
les placentomes commencent à être palpables vers 70 à 75 jours de gestation. Leur taille varie selon leur
localisation sur la corne et s'accroît avec le stade de gestation. La palpation des placentomes constitue le principal
élément de certitude du diagnostic entre 4 et 7 mois de gestation, quand la plus grande partie de l’utérus est hors
de portée de la main. Le poids moyen des caroncules serait de 300 g. Le poids des enveloppes atteint en moyenne
4.0 kgs dans les gestations simples, 6.5 kgs dans les gestations doubles mais la variation est comprise entre 2.0 et
16.0 kgs. Les annexes des fœtus mâles seraient de 300 à 800 g supérieures à celles des fœtus de sexe femelle. Le
volume des eaux fœtales, amniotiques et allantoïdiennes, augmente brusquement entre le 40 ème et le 65ème jour
de gestation puis entre le 3ème et le 4ème mois puis à nouveau entre le 6.5 et le 7.5 ème mois. La première et la
dernière augmentation est due celle des liquides allantoïdiens, la deuxième à celle du liquide amniotique. Le
volume total des liquides serait de 5 litres à 5 mois et de 20 litres au terme de la gestation.
L’artère utérine subit également d’impressionnantes modifications. Né sous la première vertèbre sacrée, le tronc
de l’artère utérine double sa longueur en fin de gestation et s’étend alors sur 50 à 60 cm. Son calibre passe de la
taille d’un brin de paille à celui d’un doigt. Les trajets de ces artères deviennent asymétriques. Du côté de la corne
gestante se développe davantage la portion vaginale de l’artère utérine. Particulièrement mobile, elle devient
frémissante à partir du 4ème mois (thrill). Ce frémissement circulatoire se surimprime au pouls suite à la
turbulence produite par l'augmentation du flux circulatoire et l'hypertrophie de l’artère utérine. À 6 mois de
gestation, le diamètre de l'artère utérine est de 0,5 à 0,8 cm et à 8 mois de 1,25 à 1,7 cm. Par ailleurs, les deux
rameaux utérins primaires, crânial et caudal, résultant de la bifurcation terminale de l’artère utérine se
subdivisent en arcades anastomotiques le long de la petite courbure des cornes. Ils s’en échappent des rameaux
utérins pariétaux. Ces modifications vasculaires persistent chez les animaux qui ont été gestants.
La palpation du thrill manque toutefois de fiabilité, car une augmentation de diamètre de l'artère utérine peut
parfois être constatée lors de métrite ou de pyomètre.
Chez la vache, le grand épiploon présente une disposition particulière. Les deux lames qui le constituent restent
distinctes. L’une s’insère sur le sillon longitudinal inférieur du rumen et l’autre dans le sillon supérieur. Elles
tapissent les deux côtés du sac inférieur ou droit du rumen , se rejoignent à son bord inférieur puis appliquées
l’une à l’autre, remontent dans le flanc droit jusqu’au niveau de la région sous-lombaire où elles s’insèrent en
commun après avoir adhéré à la partie terminale du colon. Elles délimitent ainsi une cavité pratiquement
virtuelle sauf dans le flanc gauche qui renferme le sac droit du rumen. Cependant ces deux lames de l’épiploon et
le rumen forment un vaste sac à paroi très solide dans laquelle est logée l’ensemble de la masse intestinale c’est
la bourse omentale ou cavité supra-omentale .
- Vers le 35ème jour le diamètre de la corne utérine est compris entre 5 et 10 cm. On commence à pouvoir
identifier le glissement des membranes fœtales au travers de la paroi utérine (slipping réalisé par la préhension
de la corne et son glissement entre les doigts et le pouce pour obtenir la sensation d’une « chemise au travers du
veston ». Chez les ruminants, l’attachement du placenta se limite aux caroncules utérines. De ce fait il est possible
de percevoir le glissement des membranes placentaires entre les doigts. Pour ce faire, le corne est sasie entre le
Le constat de gestation chez les ruminants/ 15
pouce et les autres doigts. Une légère pression est ainsi exercée sur le corne que l’on laisse filer entre les doigts.
Lors du passage des membranes placentaires, on sent de fines bandes de tissus dont une plus épaisse et ferme. La
présence d’une certaine quantité de fluide dans la portion de la corne est essentielle pour percevoir le glissement
et il est important d’englober toute la corne et de ne pas se limiter uniquement à sa partie dorsale. Finalement, la
pression appliquée sur la corne doit être pondérée pour permettre le passage des membranes. Le glissement de
MF peut être mis en évidence sur la corne gravide dès 30 jours de gestation et devient fiable à partir de 34 jours
de gestation. Cette méthode peut être appliquée à la corne non gravide à partir de 50 jours de gestation. Au
début de la gestation, l’allantochorion est mince et un toucher délicat et une certaine expérience sont nécessaires
pour reconnaître ces signes.
- La vésicule amniotique (VA), constituée de l'amnios et du liquide amniotique, peut être décelée à la palpation
dès le 28ème jour de gestation chez la génisse et le 32 voire 35èmejour chez la vache Sa palpation sera réalisée en
glissant les doigts de chaque côté de la corne, de l’extrémité ovarienne et jusqu’au ligament intercornual. En
appliquant un minimum de pression, on peut sentir une structure cylindrique plutôt ferme et fuyante à l’intérieur
de la corne au passage des doigts. Après le 65ème jour 65 jours, la vésicule est moins turgescente et plus difficile à
identifier.
- Au 45ème jour, l’asymétrie des cornes et le glissement des membranes fœtales sont aisément identifiés.
- Au 60ème voire 70ème jour, l’utérus commence à basculer dans l’abdomen du fait de l’augmentation de son poids.
La corne gestante a la forme d’une banane et sa taille est double de la corne non-gestante. Les placentomes
commencent à être palpables. Le scrotum est identifiable sur le fœtus qui a la taille d’une souris. A partir du
65ème jour de gestation, la vésicule amniotique est plus flasque et le fœtus peut être détecté par palpation. La
main à plat au-dessus de l'utérus exercera une pression sur les liquides qui entrent en mouvement et on sent, par
effet rebond, le fœtus contre la main. Chez la plupart des vaches laitières, le fœtus devient inaccessible entre les
5ème et 7ème mois. En effet, à partir du 5ème mois, son poids l’entraîne au fond de la corne gravide et à partir du 7ème
mois, il est suffisamment volumineux pour devenir à nouveau accessible.
- Au 90ème jour, le col est localisé sur le bord antérieur du bassin. La corne gestante a la forme d’un gant de boxe
et sa taille est comparable à celle d’un ballon de football. Le foetus a la taille d’un rat et sa tête celle d’une balle
de ping-pong. Des poils sont identifiables au niveau des lèvres, du menton et des paupières du foetus.
- Au 120ème jour, l’utérus a la taille d’un gros ballon de football. Le foetus a la taille d’un petit chat et sa tête celle
d’un citron. Son flottement dans la cavité utérine est aisément perceptible par succussion de l’utérus. Les
cotylédons ont une taille de 2.5 cm. Le thrill ou fremitus de l’artère utérine est aisément identifié. De fins poils
sont identifiables sur les sourcils du foetus. Les onglons sont bien développés. L’ébauche des cornes est visible.
- Au 150ème jour, l’utérus a terminé sa descente et se retrouve sur le plancher de la cavité abdominale. A ce stade,
son expansion devient plus latéale.
Entre le 165ème et le 210ème jour de gestation, le foetus n’est habituellement plus palpable. Les testicules sont
présents dans le scrotum. Les ébauches des trayons sont bien identifiables. Les poils sont nettement présents sur
les sourcils et les lèvres.
- Au 180ème jour de gestation, des poils sont présents dans l’oreille, au bout de la queue et autour de l’ébauche
des cornes.
- Vers le 210ème jour de gestation, l’utérus entame sa remontée et le foetus devient de plus en plus aisément
palpable. Il présente des poils sur les métatarses, métacarpes et les extrémités des membres.
- Au 240ème jour de gestation, une fine pilosité commence à apparaître sur l’entièreté du corps. Les incisives ne
sont pas encore sorties.
Le degré d'exactitude des diagnostics posés par palpation manuelle est étroitement lié à la qualité de
l'apprentissage et au maintien d'une pratique quotidienne. D'autres facteurs peuvent induire le diagnostic de faux
positifs (palpation de la vessie, du rumen, du rein, d'un pyomètre, d'un fœtus momifié ou macéré).
L’utérus gestant et son contenu présente diverses caractéristiques à la palpation offrant la possibilité de
déterminer plus ou moins précisément le stade de la gestation (Tableau 3 et 3a). Ces caractéristiques présentent
néanmoins d’importantes variations raciales ou individuelles inhérentes à la conformation des animaux, à la
présence d’un ou de plusieurs fœtus ou à celle de pathologies intercurrentes. Le cas échéant, l’examen de
Le constat de gestation chez les ruminants/ 16
l’avorton offrira des précisions supplémentaires.
Les limites de la palpation manuelle sont liées au délai nécessaire pour identifier les premières modifications
anatomiques de l’utérus gestant. Avant le 35ème jour de gestation, il est pratiquement exclu de poser un
diagnostic avec une exactitude qui soit significativement différente de celle due au hasard. De même, le praticien
doit être conscient du risque iâtrogène lié à l’examen, risque plus ou moins important en fonction des critères pris
en considération (identification de la fluctuation et/ou du glissement des membranes fœtales). Ainsi, entre le
35ème et le 50ème jour de gestation le risque d'interruption de la gestation n'est pas négligeable (4 à 10 %). Aussi la
période comprise entre le 50ème et le 70ème jour de gestation apparaît-elle la plus favorable parce qu'elle réduit les
risques de mortalité embryonnaire et permet de confirmer les diagnostics plus précoces effectués.
3.2.2. L'échographie
Les applications de l’échographie à l’examen de l’utérus gestant font l’objet d’un chapitre particulier (Voir
Applications de l’échographie à la reproduction des ruminants)
6. Tableaux
J 20 à J 23 après l'insémination
- sur tube hépariné
centrifugation dans l'heure suivant le prélèvement
pipetage du plasma
identification du tube
congélation ou envoi au laboratoire
- sur tube sec contenant de l'azide de sodium (5 mg/ml de sang)
identification du tube
conservation à 4°C et envoi au laboratoire
J Diamètre dePlacentome
la Membranes Liquides foetaux Diamètre Longueur Longueur dePoids
la Taille Position de l’utérus Migration d
corne gestante foetales de l’artère du foetus tête du foetus du foetus l’utérus
utérine
cm cm ml mm cm cm g/kg
30 2-4 30 - 60 4-6 0.8 - 1 0.3 – 0.5 g Pelvienne
35 GMF +
40 4-6 GMF + 75 - 100 4-6 1.75 – 2.5 1.0 – 1.5 g Pelvienne
40 - 60 Augmentation du
volume
45 GMF ++
50 5-7 GMF ++ 90 - 200 4-6 3.5 - 5.5 3–6g Pelvienne
60 6-9 GMF ++ 200 - 450 4-6 6-8 8 – 30 g Souris Pelvienne
(2)
70 7 - 10 0.5 - 0.75 GMF ++ 350 - 650 5–7 7 - 10 1.5 25 – 100 g Pelv.-abdo. Descente(7)
80 9 - 12 0.5 - 1.0 GMF ++ 500 - 800 5 - 7(1) 8 - 13 3.5(3) 120 200 g Pelv.-abdo Descente
(8) (1) (4)
90 10 - 13 1.0 - 1.5 750 - 1400 5-7 13 - 17 5.5 200 – 400 g Rat Pelv.-abdo Descente
90 - 120 Nouvelle
augmentation du
volume
120 13 - 18 1.5 - 2.5 2000 - 3500 7 - 9(1) 22 - 32 10.5(5) 1 – 2 kgs Petit chat Pelv.abdo Descente
(1)
150 18 - 23 2.5 - 4.0 4000 - 5000 7 - 10 30 - 45 3 – 4 kgs Gros chat Abdominale basse
(1)
180 4.0 - 5.0 4000 - 7500 9 - 13 40 - 60 5 - 10 kgs Beagle Abdominale basse
(1)
210 5.0 - 7.5 6300 – 10.000 13 - 15 55 - 75 8 - 10 kgs Abdominale Remontée(9)
240 6.0 - 9.0 8.000 – 12.000 13 - 15(1) 60 - 85 15 – 25 kgs Abdominale haute Remontée
(1)
270 8.0 - 12.0 12.000 – 20.000 15 - 19 70 - 100 20 – 50 kgs Abdominale haute
(1) (2
palpation du fremitus (Thrill), ) largeur d’un doigt
(3)
largeur de deux doigts
Le constat de gestation chez les ruminants/ 22
(4)
largeur de trois doigts
(5)
largeur d’une main
(7)
l’utérus commence à basculer dans l’abdomen
(8)
les cotylédons commencent à être aisément palpables
(9)
l’utérus remonte du fait du développement fœtal. Le fœtus devient plus aisément palpable
GMF + : le glissement des membranes fetales devient perceptible
GMF ++ le glissement des membranes foetales est très perceptible