Tradeoffrevisit 1
Tradeoffrevisit 1
Introduction
Dans de nombreux types d'entreprises, le choix du financement arbitré entre les dettes et les
fonds propres externes (Trade-off theory) représente une question centrale qui a fait l'objet de
nombreux développements contradictoires dans la littérature financière internationale.
L'approche classique rappelée par David Durand (1952) n'avait pas été acceptée par John Burr
Williams (1938) et encore moins par ses successeurs Franco Modigliani et Merton Miller
(1958) qui l'ont contestée plus vivement et qui ont affirmé la neutralité du choix de
financement dans l'évaluation des firmes. Leur analyse n'a pas été exempte de critiques,
comme celles de Durand (1959), d'Hamada (1972) ou encore de Rubinstein (1973). De
nombreux travaux ultérieurs ont conduit au relâchement des hypothèses initiales émises par
Modigliani et Miller sur l’efficience du marché financier. Le rapprochement du thème
théorique de la structure du capital et de la réalité observé a permis de tirer de nouvelles
conclusions. En 1963, Modigliani et Miller corrigent leur théorie (Modigiliani et Miller, 1963)
et introduisent l’incidence de l’impôt sur les sociétés dans leur modèle et la dette devient alors
le moyen de financement le plus apprécié parce qu’elle engendre un accroissement de la
rentabilité, dû à la déductibilité fiscale des intérêts qu'elle génère. Ce résultat a été contesté
par Miller (1977) qui prend en compte la fiscalité dans son ensemble et qui pense que l’effet
de l’imposition sur le revenu des actionnaires et des obligataires peut compenser en grande
partie l’avantage de la déductibilité des intérêts de l’assiette de l’impôt sur les bénéfices de
l’entreprise. La neutralité de la structure du capital réapparaît.
Ces théories ont donné de différentes explications aux comportements financiers des
entreprises. Parmi celle-ci, la théorie compromis, ou de l'arbitrage (Trade off) considère que
les entreprises fixent un niveau d’endettement espéré qu’elles déterminent sur la base d’un
équilibre entre les avantages fiscaux de la dette et les coûts des difficultés financières liés aux
réorganisations nécessitées par un endettement croissant. Le ratio optimal de financement n’a
pas été pris en compte par tous les auteurs. Myers et Majluf (1984), en posant l’hypothèse de
l’ordre hiérarchique de financement (Pecking order) ont une autre logique. Ces auteurs
considèrent que les entreprises son financées en respectant un ordre priorité :
l’autofinancement d'abord, puis la dette classique indivise ou obligataire et en dernier ressort
l’émission d’actions. Cet ordre s’établit en tenant compte des coûts de l’asymétrie
d’information, entre les dirigeants bien informés et les investisseurs peu informés sur la
performance des projets envisagés. Dans ce cadre, plusieurs recherches ont tenté de valider
ces théories empiriquement. Le modèle proposé par ShyamSunder et Myers (1999) donne
l'occasion de tester à la fois la théorie du compromis et la theorie du financement
hiérarchique. Dans leur recherche, ils ont montré que la théorie du financement hiérarchique
explique correctement la structure financière des entreprises. Pour leur part, Frank et Goyal
(2003) ont montré que les grandes entreprises américaines cotées suivent les principes du
financement hiérarchique alors que le comportement des petites entreprises ne ne valide pas
cette théorie. Fama and French (2005) ont expliqué que la théorie du financement
hiérarchique ne pouvait pas expliquer le comportement financier de plus de la moitié des
entreprises de l'échantillon. Une brève revue Revue à la littérature montre qu'il y a une lacune
importante de travaux portant sur les choix de financement des entreprises familiales et sur
leur structure financière, comparée à celle des entreprises non familiales. La recension de la
littérature permet d’identifier quelques contributions remarquables telles que : Gallo, Tapies
et Cappuyns, 2004 ; King et Santor, 2008 ; López-Gracia et Sánchez-Andújar, 2007 ; Colot et
al., 2012 ; Tanewski, et Smyrnios, 2001 ; Amore et al., 2011.
Selon la théorie du compromis (Trade off theory), les entreprises cherchent des économies
d’impôts dûs aux intérêts déductibles de l'impôt sur les sociétés (Modigliani & Miller, 1963 ;
DeAngelo et Masulis 1980), de l’augmentation des coûts de difficultés financières associés à
une augmentation de dettes (Kraus et Litzenberger 1973 ; Kim 1978), de la diminution des
coûts d’agence entre dirigeants et actionnaires et de l’accroissement de ces coûts entre
dirigeants et créanciers lors de la souscription de la dette (Jensen et Meckling 1976 ;
Myers,1977).
De Miguel et Pindado (2001), ont construit une mesure des coûts des difficultés financières
prenant en compte deux composantes : d'une part la différence entre l’écart-type du bénéfice
avant Intérêts et Impôts (EBIT) et son espérance par rapport au temps temps et, d'autre part, la
valeur des actifs immatériels. Ils montrent que cette variable est négativement corrélée avec
le ratio d’endettement des entreprises. López-Gracia et Sánchez-Andújar (2007), qui utilisent,
dans une étude comparative du comportement financier des entreprises familiales espagnoles,
la même variable de mesure des coûts des difficultés financières (De Miguel and Pindado
2001), ne trouvent pas une relation significative entre le ratio d’endettement et le coût des
difficultés. Serrasqueiro et Caetano (2015) , en utilisant le même variable, arrivent à la même
conclusion d'un résultat non significatif.
Cette première approche montre que la théorie du compromis est applicable aux entreprises
familiales, avec quelques précautions.
Cette première hypothèse principale (H1) est relative aux facteurs qui déterminent la structure
financière d’une entreprise. Elle exprime que l’évolution de la structure financière des
entreprises est expliquée par six déterminants traditionnels (H 1-1 à H1-6), découlant des
conséquences théoriques de la théorie du compromis.
- H1-1 : La relation négative entre le niveau de la dette et les opportunités de croissance
est plus faible pour les entreprises familiales que pour les entreprises non-familiales.
Le coût de faillite et le coût d’agence sont plus élevés pour les entreprises en forte croissance
et elles peuvent limiter leurs dettes pour limiter probabilité du coût de faillite. Elles ne doivent
donc pas utiliser la dette comme le premier choix de financement. Selon la théorie du
compromis, ces mêmes entreprises ayant des opportunités de croissance élevées ont un niveau
inférieur de la dette. Comme en plus les entreprises familiales sont plus rentables que les
entreprises non familiales (Allouche et al. 2008), elles diminuent leur niveau de la dette car
génèrent davantage de fonds propres.
- H1-2 : Il existe une relation positive entre la rentabilité et la dette dans les entreprises
familiales et dans les entreprises non familiales.
Les entreprises les plus rentables ont une capacité d'endettement plus élevée et une aptitude
plus grande à profiter des avantages fiscaux de la dette (Fama and French, 2002). Elles ont
aussi une aptitude plus grande à rembourser le principal de la dette et les intérêts et à limiter
leur probabilité de faillite. La théorie du compromis implique que les entreprises familiales les
plus rentables ont une capacité d'endettement supérieure.
- H1-3 : Selon la théorie dut compromis, il existe une relation positive entre la taille et le
ratio d’endettement total.
Les grandes entreprises sont plus diversifiées et moins susceptibles de défaut, de sorte que la
taille est un proxy inverse po r le risque d'entreprise et la faillite (Degryse, de Goeij et
Kappert, 2012). Les banques devraient être plus disposées à les financer et donc la taille peut
être liée positivement à l'effet de levier. Un tel lien est également mis en évidence par la
théorie du compromis. Comme les grandes entreprises ont moins de problèmes informations
et un pouvoir de négociation supérieur, elles peuvent augmenter leur ratio d’endettement.
- H1-4 : Il existe une relation négative entre la volatilité de profit (EVOL) et le ratio
d’endettement total.
Selon (Deesomsak, Paudyal et Pescetto, 2009), l'hypothèse de la volatilité de profit suppose
une relation positive parce que les entreprises peuvent réduire la probabilité de liquidation
inefficace de leurs opportunités de croissance à risque par l'émission de dettes à long terme.
Kane et al. (1985) font valoir qu'il existe une relation inverse entre la volatilité de la maturité
de la dette et la volatilité du profit. Les entreprises à faible volatilité du bénéfice choisissent la
maturité de la dette pour éviter les rééquilibrages constants de la structure de leur capital. Au
contraire, les entreprises ayant un risque d'entreprise supérieure sont sujettes à des coûts
d'agence élevés, et elles sont incitées à raccourcir la maturité des dettes pour diminuer les
coûts d'agence.
- H1-5 : Les ratios d'endettement devraient être augmentés avec la possession d'actifs
réels servant de garantie.
Les immobilisations réelles des entreprises peuvent être utilisées comme garantie, ce qui
réduit le coût de l'agence de la dette pour les prêteurs (Titman et Wessels, 1988). Par
conséquent, et en raison de moindres coûts des difficultés financières, plus la proportion des
immobilisations corporelles est importante et plus les banques sont disposés à accorder des
prêts, et l'effet de levier devient plus élevé. Les deux principales théories de la structure du
capital, la théorie du compromis et la théorie du financement hiérarchique, impliquent une
relation positive entre la réalité des actifs et le ratio d'endettement (Degryse, de Goeij et
Kappert, 2012). Pour les entreprises familiales, toutefois, l'utilisation d'actifs fixes dans la
mesure de la garantie peut être contestée, car elle ne tient pas compte des garanties privées et
des sûretés fournies par le propriétaire (Hall et al., 2004). D'autres auteurs tels que : Degryse,
de Goeij, and Kappert (2012) ou López-Gracia et Sogorb-Mira (2008b) constatent une
corrélation positive entre la part des actifs corporels et l'effet de levier, mais au contraire
Serrasqueiro, Armada et Nunes (2011a) ne trouvent aucun résultat significatif.
H1-6 : Il existe une relation négative entre les économies d'impôt non iées à la dette
(NDTS) et le ratio d’endettement à long terme.
Selon DeAngelo et DeAngelo (2007), les entreprises sont incitées à augmenter le levier pour
exploiter les avantages fiscaux de la dette. Cependant, les paiements d'intérêts sont la seule
façon de réduire l'impôt sur le revenu. Selon Titman et Wessels (1988) et DeAngelo et
(Masulis, 1980), la de dispositions fiscales spécifiques, telles que les amortissements
accélérés ou exceptionnels, l'imposition de l'investissement des crédits, devraient influencer
les décisions d'optimalisation de la structure du capital. Les entreprises peuvent utiliser les
opportunités fiscales pour réduire l'impôt des sociétés sans dette supplémentaire et l'associer
au risque de difficultés financières. Avec l'augmentation des opportunités fiscales,
l’entreprise est moins dépendante de la déduction des charges d'intérêt, ce que confirment
López-Gracia et Sogorb-Mira (2008b) et López-Gracia et Sánchez-Andújar (2007) qui
constatent un tel effet tant pour les PME que pour les entreprises familiales.
- H2-2 : Le ratio d’endettement des entreprises familiales est plus faible que celui des
entreprises non familiales.
- H2-3 : Les comportements financiers des entreprises familiales diffèrent de façon
significative de ceux des entreprises non familiales.
Selon la théorie du compromis, plus le niveau de la dette est élevé, plus le risque financier
augmente. Par conséquent, la probabilité de faillite augmente.
Comme le soulignent González et al. (2013), les entreprises familiales sont plus réticentes au
risque et à la perte de contrôle que les entreprises non familiales et elles limitent la dette dans
la structure du capital. Dans le même ordre d’idées, Anderson et Reeb (2003) notent que les
entreprises familiales, contrairement à d'autres organisations veulent assurer prioritairement
leur pérennité et la transmission aux générations futures. Ceci les amène à renforcer la
prévention des entreprises familiales pour l'effet de levier. Certains auteurs suggèrent que les
entreprises familiales préfèrent utiliser des fonds propres d'origine familiale et avoir moins de
dette que les entreprises non familiales. D'autres indiquent que les entreprises familiales ont
des niveaux d'endettement comparables ou supérieurs à ceux des entreprises non familiales.
Le désir de maintenir la famille en position dominante et de contrôler la gouvernance, la
dilution et l’entrée de nouveaux actionnaires, conduisant à augmenter le niveau des dettes.
2.2.1 - Les variables dépendantes et des variables explicatives des échantillons appariés
EseFamililales
Variables Effectif Moyenne Ecart-type Min Max Skewness Kurtosis
Croisef 1,000 -0.0370 0.312 -1.000 5.048 5.781 82.422
Profef 1,000 0.0479 0.177 -0.930 0.954 -0.268 12.272
Tailleef 1,000 15.80 2.984 6.815 20.46 -0.683 2.641
Volatilitef 1,000 1.068 2.999 0 39.23 7.581 75.839
Tangef 1,000 0.433 0.281 0 1.015 0.232 1.849
Ndtsef 1,000 0.190 0.189 0 0.629 0.806 2.250
Tableau 3 - Statistiques des variables explicatives des entreprises non familiales
La Croissance est mesurée par la variable Croisi,t représentant le taux de croissance annuel du
Total de l'actif de l’entreprise i à l’instant t. La profitabilité est mesurée par la variable Profi,t =
RCAIi,t / TAi,t représentant la rentabilité de l’actif (ROA : Return On Asset) qui est le rapport
entre le Résultat courant avant impôt (RCAIi,t) et le total de l’actif de l’entreprise i à l’instant
t. La taille est mesurée par la variable Taillei,t = ln (CANi,t) qui est le logarithme népérien du
chiffre d’affaires net de l’entreprise i à l’instant t. Selon la formule de Deesomsak et al.
(2009) la volatilité est mesurée par la variable EVoli, représentant la volatilité des résultats
(résultats courants avant impôt : RCAIi,t). Selon Pandey (2001) les actifs corporels sont
mesurés par la variable Tangi,t = ICNi,t / TAi,t représentant le rapport entre les immobilisations
corporelles nettes et le total de l’actif de l’entreprise i à l’instant t. Les économies d’impôt non
liées à la dette sont mesurées par la variable Ndtsi,t = DAi,t / TAi,t représentant le rapport entre la
dotation aux amortissements et le total de l’actif de l’entreprise i à l’instant t.
• DTi,t * est l'endettement total cible estimé pour chaque entreprise par la moyenne
chronologique sur 10 années de l’endettement ;
En reportant les valeurs de l’équation (2), l’équation (1) nous obtenons :
DTi,t - DTi,t-1 = 0 + 1 Profi,t + 2 Taillei,t + 3 Ndtsi,t + 4 Tangi,t + 5
Croii,t + 6 Voli,t - DTi,t-1 ϑi + ϑt + i,t (3)
Où Effet spécifique individuel pour chaque entreprise à partir du panneau, qui ne pas varier
dans le temps; variable de capture tout spécifique effet temporaire; enfin, est un terme
d'erreur, indépendant et identiquement distribuées (iid) avec une constante variance.
Avec :
= 0 ;
= (1 -
k,i,t = k,i,t .
- Test de spécification d'Hausman et méthode des moments généralisés en panel dynamique
La première méthode consiste à vérifier si la spécification est en accord avec l’hypothèse
d’hétérogénéité entre individus, autrement dit à savoir si nous avons le droit de supposer que
le modèle théorique étudié est parfaitement identique pour tous les entreprises, ou au contraire
s’il existe des spécificités propres à chaque entreprise pouvant entrainer des coefficient
différents. On peut utiliser le test de spécification de Hausman (1978) qui est un test de
spécification des effets individuels. Il sert à spécifier les effets fixes et aléatoires. Il est aussi
pertinent de tester la méthode des moments généralisés e, panel dynamique GMM. Un modèle
en panel dynamique est un modèle dans lequel un ou plusieurs retards de la variable endogène
se présentent comme variables explicatives. A l’opposé du GMM (Generalized Method of
Moment) en panel dynamique, les méthodes économétriques standards comme les MCO ne
conduisent à l'obteniton d'estimations efficientes d’un tel modèle, à cause de la présence de la
variable endogène retardée. Il existe deux méthodes d’estimateur des GMM en panel
dynamique : l’estimateur GMM en première différence et l’estimateur GMM en système.
L’estimateur GMM en première différence GMM-DIF (Anderson et Hsiao 1982) consiste à
prendre pour chaque période la première différence de l’équation à estimer pour éliminer les
effets spécifiques des échantillons, et par la suite à instrumenter les variables exogènes de
l’équation en première différence par leurs valeurs en niveau retardées d’une période ou plus.
L’estimateur GMM système GMM-SYS de Blundell et Bond (1998), consiste à combiner les
équations en première différence avec les équations en niveau dans lesquelles les variables
sont instrumentées par leurs valeurs en niveau retardées d’au moins une période. Blundell et
Bond (1998) considèrent que l'utilisation de l'estimateur de système GMM est bien adaptée,
lorsque la variable endogène est persistante, c'est à dire quand il y a une forte corrélation entre
la valeur de la dette actuelle et sa valeur dans les périodes antérieures, évitant les biais dans
les résultats estimés. L’endettement d’une entreprise est associé à une forte persistance, avec
une forte corrélation entre la dette dans les périodes actuelles et précédentes. Cela étant,
l'utilisation du GMM en système est le moyen le plus approprié pour estimer les déterminants
de la dette total, plutôt que d'utiliser la méthode des moments généralisés GMM (Anderson et
Hsiao, 1982). Blundell et Bond (1998) et Arellano et Bover (1995) ont établi une méthode qui
permet d'utiliser les variables retardées mais différenciées comme instruments. L'avantage
avec cette méthode qu'elle identifie la variable dépendante du modèle et par conséquent les
instruments et fixe la limite des retards des variables endogènes différenciées utilisées comme
instruments. Deux tests sont associés à l’estimateur des GMM en panel dynamique : le test de
sur-identification de Sargan-Hansen, qui permet de tester la validité des variables retardées
comme instruments, et le test d’autocorrélation d’Arellano et Bond où l’hypothèse nulle est
l’absence d’autocorrélation de premier ordre des erreurs de l’équation en niveau. C'est cette
dernière méthode que nous avons utilisée ici.
Pour ce qui concerne les entreprises familiales : nous avons testé en priorité l'équation (5)
désormais appelée modèle 5. Le modèle 5 comporte une variable endogène : le ratio
d’endettement total RatioDTi,t. Ce modèle 5 est le modèle de base qui nous a permis de
développer l’essentiel des explications et des tests de spécification. Nous avons défini plus
haut l'équation principale du modèle :
En première analyse, nous avons constaté l’absence d’autocorrélation de second ordre des
perturbations. On peut donc conclure que les instruments utilisés sont pertinents et qu'ils
induisent par conséquent la validité des résultats. Les tests d’absence d’autocorrélation de
premier et de second ordre des perturbations, nous permettent de rejeter l’hypothèse qu’il
n’existe pas d’autocorrélation de premier ordre des erreurs, sans pouvoir rejeter l'hypothèse de
l’absence d’autocorrélation de second ordre. La validité des estimations est aussi établie et
confirmée par la significativité globale du modèle.
La relation δ entre les variables Ratio DTi,t-1 et Ratio DTi,t est positive et significative. Il résulte
que le coefficient λ d’intérêt dans cette recherche affiche une valeur positive et significative.
Ce coefficient représente la vitesse d’ajustement du ratio d’endettement total des entreprises
familiales tentent d'atteindre le niveau cible de référence. Cette vitesse d’ajustement est faible,
mais elle confirme néanmoins que la structure financière totale des entreprises familiales de
l'échantillon étudiés est convergent conformément à l’hypothèse H2-1, à savoir que : Le ratio
d’endettement des entreprises familiales non cotées converge vers le ratio d’endettement
cible.
Les implications pour la théorie financière de ce résultat seront discutées dans la deuxième
partie de discussion. Les coefficients des déterminants traditionnels de la structure financière
sont tous significatifs à l’exception des variables profitabilité et Volatilité, ce qui ne permet
pas de juger de la nature de leur influence sur l’endettement total dans le cadre précis du
modèle 5. Les autres variables sont significativement corrélées au Ratio DT i,t. La variable
Taille est positivement corrélée à l’endettement total avec des valeurs significatives, vérifiant
l'hypothèse H1-3 : Selon la théorie du compromis, il existe une relation positive entre la taille
et le ratio d’endettement total. Les variables Tangef et Ndtsef sont corrélées significativement
à l’endettement total mais elles ne confirmant pas les hypothèses H1-5 : les ratios
d'endettement devraient être augmentés avec la possession d'actifs réels servant de garantie et
H1-6 : il existe une relation négative entre les économies d'impôt non liées à la dette (NDTS) et
le ratio d’endettement à long terme.
Le modèle 5 permet aussi de faire une comparaison des résultats prenant spécifiquement en
compte les effets fixes du temps sur la structure financière. L’influence de la variable
endogène Ratio DTi,t-1 est positive et significative. La vitesse d’ajustement λ est également
positive et significative. Le test de significativité conjointe (Wald νt) des effets fixes
temporels montre qu’ils ne sont pas significatifs : on ne peut pas conclure de façon formelle
que leur incidence sur la politique globale de financement est effective. Les coefficients des
variables restent proches de leur situation initiale : l’influence de la variable Tang reste
toujours négative, celle des variables Prof et volatilité n'est pas significatives, et celle de la
variable taille est positive et significative. Pour le modèle 5, nous aboutissons aux mêmes
conclusions que celles du modèle de base. Les effets fixes du temps ne changent pas
significativement le comportement des déterminants traditionnels de la structure financière
sauf pour ce qui concerne les variables prof et volatilité.
Pour ce qui concerne les entreprises non familiales, la relation δ entre les variables Ratio
DTi,t-1 et Ratio DTi,t est positive et significative. Il en découle que le coefficient λ d’intérêt de
cette recherche affiche une valeur positive et significative. Ce coefficient représente la vitesse
d’ajustement du ratio d’endettement total des entreprises familiales étudiées dans leur effort
d'atteinte dee vers leur niveau cible. Cette vitesse d’ajustement est forte et confirme bien que
la structure financière totale des entreprises non familiales étudiées convergente
conformément à l’hypothèse H2-1 : la vitesse d’ajustement des entreprises familiales converge
plus rapidement vers le ratio d’endettement de référence que la vitesse d’ajustement des
entreprises non familiales et les entreprises familiales sont plus aptes à réduire les coûts
d’agence. Les coefficients exogènes du modèle 5 de la structure financière sont tous
significatifs à l’exception des variables Croisenf et Ndtsef dont les valeurs ne permettent pas
d'apprécier la nature de leur influence sur l’endettement total dans le cadre précis du modèle.
Mais les autres variables sont significativement corrélées au Ratio DT i,t. Les variables Taille
et Volatilité sont positivement corrélées à l’endettement total avec des valeurs significatives
qui confirment les hypothèses H1-3 : selon la théorie du compromis, il existe une relation
positive entre la taille et le ratio d’endettement total et H1-4 : il existe une relation négative
entre la volatilité de profit (EVOL) et le ratio d’endettement total. Les variables Tangef et
Profitabilité sont négativement corrélées à l’endettement total et confirmant pour leur part, les
hypothèses H1-2 (Il existe une relation positive entre la rentabilité et la dette dans les
entreprises familiales et dans les entreprises non familiales) et H1-6 (Il existe une relation
négative entre les économies d'impôt non iées à la dette (NDTS) et le ratio d’endettement à
long terme).
2.3.2 - Discussion des résultats et implications sur la structure financière des entreprises
familiales et non familiales
- Les résultats des déterminants traditionnels de la structure financière
La structure financière reconnaît l’influence des caractéristiques propres à l’entreprise sur son
niveau d’endettement. D’après Frank et Goyal, 2009), les déterminants les plus étudiées sont
appelés déterminants traditionnels de la structure financière et expliquent bien les
comportements de financement des entreprises familiales.
- La profitabilité
Le tableau 5 montre les résultats relatifs à l’hypothèse de profitabilité des entreprises
familiales et non familiales :
Tableau 5 - Relation entre la profitabilité et le ratio de l’endettement
Entreprises Entreprises non
familiales familiales
Profitabilité&DT -0.0162 -0.0877***
*** significatif au seuil de 0,1%,
Dans le cas des entreprises familiales, l’hypothèse n’est pas confirmée puisque nous avons
constaté une relation négative et non significative. Ce résultat est contradictoire avec les
prévisions de la théorie du compromis, mais il n’est pas étonnant pour les entreprises
familiales. En effet, elles se caractérisent par l’aversion au risque et le maintien de contrôle et
lorsqu'elles ne sont plus rentables, les dirigeants familiaux préfèrent mettre en réserve tout ou
partie de leurs bénéfices, utilisant ce type de ressources dont le coût est faible plutôt que
d'avoir recours à l’endettement. Cette explication est conforme à la base théorique de la
théorie du financement hiérarchique (pecking order) de Myers (1984) et Myers et Majluf
(1984) . Notre résultat est conforme à ceux de nombreux auteurs (Vieira, 2013 ; Burgstaller et
Wagner, 2015 ; López-Gracia et Sánchez-Andújar, 2007 ; Serrasqueiro, Armada, and Nunes,
2011b). Pour les entreprises non familiales, l’hypothèse n’est pas confirmée et nous avons
trouvé une relation négative et significative. Cette explication est aussi conforme à la théorie
du financement hiérarchique.
- La taille
Ces résultats permettent de valider l’hypothèse H1-3 qui prédisait une relation positive avec
l’endettement total comme c’est indiqué dans ce tableau. Cependant, cette relation positive et
significative, est cohérente avec les prédictions de la théorie du compromis.
Pour la théorie du compromis, les grandes entreprises familiales ont un risque de faillite
moins élevé et donc des coûts de faillite plus faibles (Degryse, de Goeij et Kappert, 2012).
Elles sont aussi moins diversifiées, ce qui renforce leur capacité d'endettement. Les petites
entreprises familiales ont un accès plus réduit aux crédits car leurs actifs corporels ont un
montant plus faible et n’offrent pas suffisamment de garanties (López-Gracia and Sogorb-
Mira 2008a). Les résultats constatés pour les entreprises familiales montrent bien que
l’influence significative de la taille sur le ratio d’endettement total (+ 0.00819). Ce résultat est
conforme à ceux de Serrasqueiro, Armada, et Nunes (2011b) ou Vieira (2013). Pour les
entreprises non familiales, la relation entre la taille et le ratio d’endettement est positive (+
0.0210) : elle est significative et conforme à notre hypothèse.
Le coefficient qui exprime la vitesse d’ajustement est positif (0.299) et significatif au seuil de
1%. Il apporte des informations sur la vitesse à laquelle les entreprises familiales réagissent
aux fluctuations transitoires de leur structure financière. Nous constatons que la réaction
desdites entreprises est lente. Elles convergent vers leur ratio d’endettement total cible à une
vitesse plutôt réduite. Cette lenteur de convergence suggère l’existence de coûts de
transactions élevés, conduisant les dirigeants à opérer un arbitrage entre les coûts engendrés
par leur stratégie d'atteinte du niveau d’endettement cible et les coûts que crée leur situation
de déséquilibre (Ozkan, 2000). N'oublions pas que cette hypothèse est modérée par les
travaux de DeAngelo et DeAngelo (2007) qui montrent que, même en situation de coûts de
transaction nuls, il y a dans le comportement d’endettement des entreprises, une tendance au
retour vers la cible. Il faut donc interpréter ce coefficient avec prudence car Antoniou et al.
(2008), en particulier, obtiennent une valeur de 0,3935 (λ= 1 – 0,6065) qu'ils considèrent
comme étant une vitesse d’ajustement rapide.
Conclusion
Cet article vise à identifier selon la théorie du Trade off les différences entre les structures
financières, sur la base de deux échantillons de 100 entreprises familiales non cotées et de 82
entreprises non familiales non cotées, à l'aide de divers estimateurs de données de panel
dynamique (GMM-SYS).
Notre estimation concernant les déterminants traditionnels des entreprises familiales montre
d’abord que la taille et l’opportunité de croissance sont conformes aux prédictions théoriques
de la théorie du Trade off et que les variables qui restent, comme la profitabilité, la volatilité
de profit, sont non significatives. Enfin, les variables (actif tangible et économie d’impôt non
liée à la dette), sont significatives mais non conformes aux prédictions théoriques de la théorie
du Trade off.
Quant à la vitesse d’ajustement de la dette totale vers le ratio d'endettement cible elle est
moins rapide pour les entreprises familiales non cotées que pour les entreprises non familiales
non cotées. Notre résultat ne coïncide pas avec celui trouvé par (López-Gracia et Sánchez-
Andújar 2007). Ces auteurs trouvent que la vitesse d’ajustement est plus rapide pour les
entreprises familiales, et leur explication en est que les entreprises familiales sont moins
influencées par les coûts d’agence, comme le suggèrent (Blanco-Mazagatos, De Quevedo-
Puente, et Castrillo 2007a).
En effet, le comportement financier des entreprises familiales non cotées diffère globalement
de celui des entreprises non familiales non cotées et spécifiquement par les variables
d’opportunité de croissance, de profitabilité et d’actif tangible.
En outre, les données empiriques obtenues au cours cette étude, montrent que l’applicabilité
de la théorie du Trade off, est justifiée pour les entreprises familiales et les entreprises non
familiales, concernant la convergence du ratio d’endettement vers le ratio optimal.
Néanmoins, cette théorie n’explique que partiellement les déterminants traditionnels, comme
l’actif tangible, la profitabilité et l’économie d’impôt non liée à l’endettement.
Cette étude s’est fixé deux limites. Tout d'abord, l’applicabilité de la théorie du Pecking Order
pour les EFNC, ensuite, la combinaison des deux théories à la fois.
Bibliographie
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