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Le Mentir-Vrai Des Récits Imaginaires: Séquence 1

Transféré par

Mounia Abdelhamid
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Le Mentir-Vrai Des Récits Imaginaires: Séquence 1

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SÉQUENCE 1

LE MENTIR-VRAI*
DES RÉCITS
IMAGINAIRES
La fable, le conte, les récits
imaginaires sont-ils réservés
* Titre d’une nouvelle du poète et romancier aux jeunes lecteurs ?
Louis Aragon (1897-1982).

Anne Ikhlef et Alain Gauthier,


Mon Chaperon Rouge,
© Seuil Jeunesse, 1998.
© Éditions Foucher
Aux pays des fées…
« On donna pour marraines à la
petite princesse toutes les fées
qu’on put trouver dans le pays (il
s’en trouva sept) afin que chacune
d’elles lui faisant un don, […] la
princesse eût par ce moyen toutes
les perfections imaginables. »
Charles Perrault, La Belle au bois
dormant.

… et des sorcières
« La maison [de Baba-Yaga] d’os-
sements était faite, des crânes
avec des yeux ornaient le faîte*,
pour montants des portails de ti-
bias humains […] et en guise de
cadenas verrouillant la porte, une
bouche avec des dents prêtes à
mordre. »
Baba-Yaga, conte populaire russe.

« Selon que vous serez puissant ou misérable,


Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
Jean de La Fontaine, Les Animaux malades de la peste,
Fables, VII, 1, 1678-1679.
Fables de La Fontaine,
mise en scène de Robert Wilson
à la Comédie-Française en 2004.

• Quelles réactions ces œuvres peuvent-elles susciter ?


Qu’en dites-vous ? Appuyez-vous sur les citations et les illustrations.
• Dans cette première approche des récits imaginaires,
© Éditions Foucher

• À quel genre appartiennent les histoires dont sont tirées


les citations ci-dessus ? Si vous en avez lu, citez les titres comment comprenez-vous le titre de la séquence ? Que
qui vous ont marqué(e). répondriez-vous à la question posée ? 13
SÉQUENCE 1 Lecture

Deux contes
d’ici et d’ailleurs
k Comment les contes merveilleux, tout en inventant des univers
imaginaires, évoquent-ils aussi le monde réel ?

Charles 1> La Barbe-bleue de Perrault,


Perrault
(1628-1703) en France au xviie siècle
Auteur des célèbres Contes Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la cam-
de ma mère l’Oye, ou Histoires du pagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderies et des car-
temps passé (1697). rosses tout dorés. Mais, par malheur, cet homme avait la barbe bleue : cela le
rendait si laid et si terrible, qu’il n’était ni femme ni fille qui ne s’enfuît de
5 devant lui. Une de ses voisines, dame de qualité, avait deux filles parfaitement
belles. Il lui en demanda une en mariage, et lui laissa le choix de celle qu’elle
voudrait lui donner. Elles n’en voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient
l’une à l’autre, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe
bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c’est qu’il
10 avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu’on
ne savait ce que ces femmes étaient deve-
nues. La Barbe bleue, pour faire connaissance,
les mena, avec leur mère et trois ou quatre de
leurs meilleures amies et quelques jeunes
15 gens du voisinage, à une de ses maisons de
campagne, où on demeura huit jours entiers.
Ce n’étaient que promenades, que parties de
chasse et de pêche, que danses et festins, que
collations : on ne dormait point et on passait
20 toute la nuit à se faire des malices les uns aux
autres ; enfin tout alla si bien que la cadette
commença à trouver que le maître du logis
n’avait plus la barbe si bleue, et que c’était un
fort honnête homme. Dès qu’on fut de retour
25 à la ville, le mariage se conclut. Au bout d’un
mois, la Barbe bleue dit à sa femme qu’il était
obligé de faire un voyage en province, de six
semaines au moins, pour une affaire de
Illustration de Daniel Cacouault
pour Barbe-bleue.
conséquence […]. « Voilà, dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles ; voilà
30 celles de la vaisselle d’or et30d’argent, qui ne sert pas tous les jours ; voilà celles
de mes coffres-forts où est mon or et mon argent ; celles des cassettes où
sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements. Pour
cette petite clef-ci, c’est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de
l’appartement bas : ouvrez tout, allez partout ; mais, pour ce petit cabinet, je
35 vous défends d’y entrer, et je vous le défends de telle sorte que s’il vous arrive
© Éditions Foucher

de l’ouvrir, il n’y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. » […]

14 Charles Perrault, « La Barbe-bleue », Contes de ma mère l’Oye, 1697.


2> La Barbe-bleue de Eudor
de Galon, conteur antillais
Cette petite fille, qui donc était à marier, refusait tous les prétendants, si Repères
beaux et si riches qu’ils fussent. Elle ne les trouvait jamais dignes d’elle : elle
était trop orgueilleuse ! Et sa vieille nourrice lui répétait : Les indices de temps
– Prends garde ! tu finiras par épouser un fantôme, à moins que ce ne et de lieu
5 soit le Diable lui-même. • Les contes merveilleux se situent
Elle ne voulait épouser qu’un homme aux dents bleues. […] Enfin, il arriva, hors du temps. Ils débutent sou-
on ne sait d’où, un homme, « belgame, briscan1 », un beau Blanc qui avait les vent par Il était une fois…
dents bleues. • Les lieux des contes sont imagi-
Mais la maman était bien inquiète : cet homme n’était pas ordinaire ! Elle naires et leur description est im-
10 venait de s’en apercevoir à ses billets de banque qui avaient une odeur de précise.
cercueil, une odeur de mausolée. • Cependant, la langue du conteur,
– Ma fille, dit-elle, voici une épingle d’or. Lorsque ton fiancé sera là, les portraits des héros, leurs dé-
pique-le comme par mégarde. S’il sort du sang de la piqûre, c’est un honnête sirs et leurs peurs livrent de nom-
homme. S’il en sort de la matière – du pus –, c’est le Diable ! breux indices culturels, historiques
15 Coraline piqua son fiancé. Il en sortit de la « matière ». Elle l’aimait telle- et géographiques.
ment qu’elle n’en dit rien à sa mère.
– Maman, c’est sang qui soti2.
On fit une noce magnifique. Coraline partit donc avec son mari, l’homme
aux dents bleues.
20 Ils arrivèrent devant une belle case, sur un piton. Ils avaient très soif.
Coraline se versa un grand verre d’eau de source. L’homme aux dents bleues
tordit le cou à deux poulets, en but le sang tout chaud puis il remit à sa
femme un trousseau de clés. Et lui montrant les portes de la case, et de la
case à vent et de la case à farine, il disait :
25 « Ouvè ta a, pas ouvè ta a…, ouvè ta a, pas ouvè ta a… ouvè ta a, pas
ouvè ta a…3 »
Puis il descendit dans la cour et donna à manger à son coq favori. […]
Et le coq avalait une bouchée et, entre chaque bouchée, prenait une
­gorgée d’eau. Quand ce fut fini, l’homme aux dents bleues enfourcha son
30 cheval. […]
1 Élégant, distingué.
Eudor de Galon, Thérèse Georgel, in Contes et légendes des Antilles, 2 Maman, il en est sorti du sang.
© Éditions Nathan, 1957. 3 Ouvre celle-ci, n’ouvre pas celle-là.

Le pouvoir des contes


Comparer et interpréter 7 Lexique Citez des mots montrant l’atemporalité
des contes et d’autres révélant les contextes historique
La structure des intrigues et géographique.
1 Comparez le début des deux intrigues. 8 langue Relevez des effets d’oralité dans le texte 2.
2 Comment imaginez-vous la suite des récits ? 9 Que pouvez-vous en conclure sur la visée des contes ?
Les personnages et la morale des contes Pourquoi sont-ils encore lus ?
3 Distinguez, dans les portraits et les relations des
personnages, ce qui est vraisemblable.
4 Quels défauts sont critiqués ? Quelle sera, à votre avis, À vos recherches
la morale de ces deux contes ? multiculturelles !
Les ingrédients du merveilleux Vous êtes breton, martiniquais… mais aussi « citoyen du
monde ». Cherchez des contes témoignant de notre univer-
© Éditions Foucher

5 Dans ces récits, où se situe le merveilleux ?


6 Quels désirs et quelles peurs sont ainsi exprimés ? salité et de nos diversités culturelles. Lisez-les ou racontez-
les en respectant leur structure.
15
SÉQUENCE 1 Lecture

Les métamorphoses
d’une fable
k Pourquoi les fables, depuis l’Antiquité, ne sont-elles pas
seulement des affabulations ?

Jean de 1> Les Loups et les Brebis,


La Fontaine
(1621-1695) Jean de La Fontaine, 1668
Après des études de droit, il obtient Après mille ans et plus de guerre1 déclarée,
un diplôme d’avocat et hérite de la
Les Loups firent la paix avecque les Brebis.
charge de maître des eaux et forêts de
son père. C’était apparemment le bien2 des deux partis ;
Mais il se consacre surtout à la litté- Car si les Loups mangeaient mainte bête égarée,
rature et vit grâce aux pensions de 5 Les Bergers de leur peau3 se faisaient maints habits.
ses protecteurs. Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
Élu à l’Académie française, il est
Ni d’autre part pour les carnages :
toujours célébré pour ses contes et
ses fables publiées de 1668 à 1694. Ils ne pouvaient jouir qu’en tremblant de leurs biens.
La paix se conclut donc : on donne des otages ;
Les Loups, leurs Louveteaux ; et les Brebis, leurs Chiens.
Repères 10
L’échange en étant fait aux formes ordinaires
Et réglé par des commissaires4 .
Les mensonges et Au bout de quelque temps que messieurs les Louvats5
les vérités des fables Se virent Loups parfaits et friands de tuerie,
• Récits imaginaires, les fables 15 Ils vous prennent le temps6 que dans la bergerie
sont de pures affabulations car Messieurs les Bergers n’étaient pas,
elles créent un monde où les ani- Étranglent la moitié des Agneaux les plus gras,
maux agissent, pensent et parlent Les emportent aux dents, dans les bois se retirent.
comme les humains. Ils avaient averti leurs gens secrètement.
• Toutefois, leurs mensonges 20 Les Chiens, qui, sur leur foi, reposaient sûrement,
sont au service de la vérité. Furent étranglés en dormant :
Par le biais des animaux, les fabu- Cela fut sitôt fait qu’à peine ils le sentirent.
listes décrivent leur société et leurs Tout fut mis en morceaux ; un seul n’en échappa7.
contemporains. Allégories* des
vices et des défauts humains, des Nous pouvons conclure de là
abus politiques des puissants, « les 25 Qu’il faut faire aux méchants guerre continuelle.
animaux sont les précepteurs des La paix est fort bonne de soi8 ;
hommes » (La Fontaine, dédicace J’en conviens ; mais de quoi sert-elle
du livre XII). Avec des ennemis sans foi9 ?
• Aux xviie et xviiie siècles, les
fables, par le détour de l’imaginaire, Jean de La Fontaine, Fables, livre III, 13, 1668.
permettaient aussi d’échapper, en
partie, à la censure royale.
1 En 1668, Louis XIV annexe la Flandre. C’est la fin de la guerre de Dévolution.
* Expression d’une idée par une 2 À l’avantage. 3 Avec la peau des loups. 4 Représentants du roi pour l’établissement
forme concrète. et l’exécution des traités. 5 Louveteaux. 6 Ils profitent d’un moment où… 7 Pas un seul
n’en échappa. 8 En elle-même. 9 Sans loyauté.
© Éditions Foucher

16
2> Les Loups et les Moutons, 
la fable d’origine d’Ésope 1

Des loups cherchaient à surprendre un troupeau de moutons. Ne pouvant


s’en rendre maîtres, à cause des chiens qui les gardaient, ils résolurent d’user
de ruse pour en venir à leurs fins. Ils envoyèrent des députés2 demander aux
moutons de leur livrer leurs chiens. C’étaient les chiens, disaient-ils, qui
5 étaient cause de leur inimitié ; on n’avait qu’à les leur livrer et la paix régne-
rait entre eux. Les moutons, ne prévoyant pas ce qui allait arriver, livrèrent
1 Écrivain grec (vie siècle av. J.-C.)
les chiens, et les loups, s’en étant rendus maîtres, égorgèrent facilement le considéré, avec le Romain Phèdre
troupeau qui n’était plus gardé. Il en est ainsi dans les États : ceux qui livrent (ier siècle), comme le créateur
facilement leurs orateurs ne se doutent pas qu’ils seront bientôt assujettis à du genre de la fable.
10 leurs ennemis. 2 C’est en effet à Athènes,
au ve siècle av. J.-C., que
Ésope, « Les Loups et les Moutons », Fables. la démocratie voit le jour.

3> Autre temps,


autre loup
Le 1er septembre 1939, Hitler et son
armée envahissent la Pologne après avoir
occupé le territoire de la Tchécoslovaquie
sans que la France et le Royaume-Uni
aient réagi.
J.-Y. Mass, « Le Loup et l’Agneau »,
Les Fables de La Fontaine et Hitler, Sorlot, 1939.
Paris, Bibliothèque nationale.

Les deux morales et leur visée


Comparer et interpréter 7 Où les deux morales sont-elles situées ?
8 Pourquoi sont-elles, toutes deux, politiques ?
L’histoire racontée dans les deux fables Laquelle, toutefois, est plus universelle ? Pourquoi ?
1 En quoi les deux histoires se ressemblent-elles
et en quoi diffèrent-elles ? L’illustration des fables au xxe siècle
2 Pourquoi sont-elles imaginaires ? 9 Quelle est l’époque historique évoquée dans le dessin ?
3 Quelle fable vous semble la plus vivante Pourquoi l’auteur a-t-il choisi la forme de
et la plus théâtralisée ? Pourquoi ? la caricature ?
10 Le dessinateur est-il fidèle aux fables ?
La personnification des animaux Que cherche-t-il à dénoncer ?
4 langue À l’aide d’exemples, dites ce qu’est ­
une personnification.
5 Quelles valeur et contre-valeur les animaux incarnent-ils
À votre bestiaire !
Quelles allégories animales associeriez-vous aux termes
© Éditions Foucher

dans chaque fable ?


­suivants : tyrannie, paix, fraternité, générosité, ruse, etc. ?
6 Pourquoi La Fontaine a-t-il remplacé les moutons d’Ésope
Justifiez votre choix en citant des titres de fables.
par des brebis ? 17
SÉQUENCE 1 Lecture

Deux récits imaginaires


d’aujourd’hui
k Les univers imaginaires des fictions contemporaines ressemblent-ils à
ceux des contes du passé ?

1> « Châteaux en carcasses »,


Régis Jauffret, 2007
– Vers minuit, mon appartement s’agrandit.
Régis
II a plus de fenêtres, plus de portes, les pièces se multiplient, et le couloir
Jauffret
(né en 1955) devient un tube qui n’en finit plus de se dérouler comme une lance à incen-
die. L’immeuble vacille, comme s’il voulait se mettre à marcher. Il se déplace
D’origine marseillaise, 5 par petits sauts, il quitte l’arrondissement, et va de pays en pays comme une
Régis Jauffret est l’auteur de nom-
tour qui glisse sur un échiquier. Il monte dans les hauteurs, il vrombit, coupe
breux romans pour lesquels il a reçu
plusieurs prix littéraires. Dans son les gaz.
recueil Microfictions, il raconte près – II plane.
de cinq cents histoires. Une seule Il croise d’autres maisons, des villages, des routes embouteillées, des
contrainte d’écriture : chaque récit 10 gares aux trains gris sous les lumières, des aéroports d’où les avions décol-
ne dépasse jamais une page et
lent en s’entrechoquant comme des coupes de champagne dans une fête,
demie.
des époques révolues aux châteaux en carcasses, aux princesses figées au
milieu de bals où les violons ne jouent plus que la poussière.
– Aux batailles où on s’est tant tué qu’on ne meurt plus depuis longtemps.
15 Il rencontre des solitaires qui marchent tête baissée dans les rues de villes
en pièces détachées, il ouvre grand sa porte pour boire les ivrognes titubants
sortant des bars, les fous qui parlent à des flaques, les folles qui hurlent dans
des cabines téléphoniques à l’appareil arraché par des vandales.
– L’immeuble est immobile autour de moi.
20 Je le porte comme un vêtement, un lourd manteau de pierres. Je respire à
sa place, je souffle l’oxygène dans les chambres, les poumons. Je parviens à
faire quelques pas, ma tête crève le toit, mes bras pendent le long de la
façade. Je suis un malfaiteur, un criminel qui rêve d’écraser, de moudre,
toutes ces constructions alignées, qui bifurquent, qui s’écartent soudain pour
25 laisser passer un jardin public, une place, une esplanade, un morceau de
fleuve, une baie où la mer brisée n’ose même plus bouger. En faire des
cailloux, du sable, du désert.
– M’allonger sur une dune en regardant la lune.
Les pièces vont et viennent. Je n’essaie même pas de leur courir après. Les
30 meubles sont partis, toutes les lampes m’ont abandonné, je m’accroche à
mon lit. J’attends le matin, mais je sais qu’il ne se déplacera pas pour moi. Le
soleil restera dans son coin, et le jour se dissimulera, hypocrite, au lieu de
m’affronter en combat singulier. Je ne fais plus partie de ceux qui connais-
sent la vie, je me retranche.
35 – Je me coule dans l’absence comme dans un moule.
© Éditions Foucher

Régis Jauffret, Microfictions, © Éditions Gallimard, 2007.

18
2> La Boîte noire,
Ferrandez et Benacquista, 2000
Au début de l’histoire racontée
dans la bande dessinée de
Ferrandez et Benacquista, le héros
a un accident de voiture. La
planche ci-contre transporte le
lecteur dans « la boîte noire » de la
victime.
Comme une épitaphe, sur la pre-
mière page de l’album, figure
cette citation de Luis Buñuel :
« Il est dangereux de se pencher
au-dedans. »
Jacques Ferrandez et Tonino
Benacquista, La Boîte noire,
© Éditions Gallimard / Fonds
Futuropolis.

6 Comment le dessinateur suggère-t-il l’inconscient du


Analyser et interpréter personnage ? Que révèlent les images sur son passé ?
L’histoire du « Château en carcasse » Les sources et les visées des contes modernes
1 Racontez en quelques mots l’histoire « vécue » par 7 Avec quels « matériaux » les romanciers et les dessinateurs
le narrateur. Est-elle vraisemblable ou imaginaire ? d’aujourd’hui nourrissent-ils leurs récits imaginaires ?
8 En quoi ces récits imaginaires suggèrent-ils,
Rêve ou cauchemar ? à leur manière, le monde réel ?
2 Relevez des éléments qui appartiennent à l’univers
des contes. Comment l’auteur les métamorphose-t-il ?
3 Lexique Citez des expressions montrant l’environnement À votre récit imaginaire !
personnifié. Quelle est l’atmosphère créée ? Rédigez un récit, à la manière de Régis Jauffret. La phrase
4 Ce récit fait-il rêver et/ou fait-il peur ? Justifiez votre réponse. suivante vous servira d’enclencheur : Vers midi, quand les
© Éditions Foucher

Les images de La Boîte noire bureaux se vident et que les rues s’animent, mon blouson
5 Lexique Qu’est-ce, au sens propre, qu’une « boîte noire » ? quitte son portemanteau… Comparez ensuite vos créations.
Pourquoi cette expression connote-t-elle aussi l’imaginaire ? 19
SÉQUENCE 1 Lexique

Autour des mots


sur l’imaginaire et l’imagination
L’évolution du sens des mots Recherches
IMAGE n. f. est un emprunt au latin imago qui désigne une 1 Quels sont la langue et
« représentation », un « portrait », un « fantôme », une
l’étymon communs aux trois
« apparence » par opposition à la réalité. Image a d’abord eu
le sens de « statue » mais dès le xiie siècle, le mot désigne
mots ? Appartiennent-ils à la
aussi une vision au cours d’un rêve et, par extension du pre- même famille ? Consultez le
mier sens, la représentation graphique d’un objet, d’une Mémo.
personne. Au xxe siècle, image désigne aussi l’élément 2 Quel est le sens commun
visuel, au cinéma et à la télévision. à ces trois mots ? Quel autre
IMAGINAIRE adj. et n. m. est emprunté (1486) au latin terme leur est opposé ?
imaginarius, « simulé », « qui n’existe qu’en imagination », 3 Quel mot appartient à deux
dérivé de imago. L’adjectif s’applique d’abord à ce qui n’a de classes grammaticales
réalité qu’en apparence. L’imaginaire n. m. (1820) désigne différentes ? Quelles sont-
l’ensemble des produits de l’imagination. elles ?
IMAGINATION n. f. est un emprunt au latin imaginatio, 4 Quel sens spécifique possède
« image », « vision » et se dit d’abord d’une image de rêve. chaque terme aujourd’hui ?
Par extension, le mot désigne (1269-1278) la faculté d’in- 5 Pour les mots imaginaire
venter des images et, depuis le xixe siècle, de former des et imagination, quels suffixes
combinaisons nouvelles d’images. Se détachant de l’idée ont été ajoutés à l’étymon ?
d’image, le mot en vient à une valeur plus abstraite, Lequel des deux suggère une
« faculté de créer en combinant des idées », spécialement action et le résultat de cette
« inspiration littéraire et artistique ». action ?
Dictionnaire historique de la langue française,
sous la direction d’Alain Rey, © Le Robert, 1998.

MÉMO
Pour enrichir son vocabulaire
L’étymologie Les familles de mots Les synonymes
• C’est la science qui étudie • C’est l’ensemble des mots • Ce sont des mots de même
l’origine, la filiation et l’évolution provenant d’un même étymon classe grammaticale et de sens
sémantique (de sens) des mots. (radical) par dérivation ou par ajout voisin.
• Dans le dictionnaire, l’étymologie d’affixes (préfixes et/ou suffixes). Créer, inventer.
est mentionnée par la référence à In / imag / inable • Il n’existe pas de synonymes
  
la langue d’origine du mot et par Préfixe Étymon Suffixe parfaits. Chacun d’eux ajoute
une date correspondant à la première • Ces mots sont de classes un sens.
apparition connue. grammaticales différentes et n’ont Créer : réaliser, fabriquer.
© Éditions Foucher

Fable (1190 ; lat. fabula, « propos, pas le même sens. Inventer : réaliser en innovant
récit »). Rêver (verbe), rêve (nom commun), (+ nouveau) ; ou réaliser en
20 rêveur (nom commun et adjectif). imaginant (+ fiction).
Exercices
1. Les familles de mots 3. Corrections
De nombreux termes peuvent être associés au mot imagi- a Corrigez le début du commentaire consacré à l’illus-
nation. tration ci-dessous. Nous avons volontairement commis
a Construisez toutes les familles de mots possibles des erreurs et pour vous aider à les repérer, nous les
avec les termes de la liste ci-dessous. Citez, pour chaque avons soulignées.
famille créée, l’étymon. b Analysez précisément la nature des erreurs (ortho-
b Soulignez , dans ces familles, les mots qui sont graphe, grammaire, vocabulaire).
construits comme imagination. L’illustration évoque un voyage férique et
c Complétez éventuellement chaque famille avec chimèrique. Deux héros légendaire, comme ceux
d’autres mots. des comtes du passé, parte pour un fantaisiste pé-
riple. Bien installés au creux des ailes d’un oiseau
Liste
fantasmagorique, ils semble voler à la conquête
Noms
d’un univers irréelle qui séduira les lecteurs les plus
• affabulation, créativité, divagation, fabulation, fic-
inventives et les plus imaginatifs.
tion, inspiration, invention, inventivité.
Adjectifs
• chimérique, fantaisiste, fantasmagorique,
fantastique, féerique, fictif, irréel, légen-
daire, mythique, romanesque, utopique.
• créatif, fécond, fertile, imaginatif, ingé-
nieux, inventif, prolifique.
Verbes
• combiner, concevoir, conjecturer, cons­
truire, créer, échafauder, élaborer, fabriquer,
forger, inventer.
• affabuler, délirer, divaguer, fabuler, fantas-
mer, idéaliser, imaginer, rêver, romancer.

2. Les significations des mots


Trouvez, dans la liste ci-dessus, les termes qui
correspondent précisément aux définitions pro-
posées. Pour vous aider, nous vous donnons la
classe grammaticale de chacun de ces termes.
Le Rokh, gravure coloriée du xixe siècle.
– Nom commun. C’est un récit fictif qui s’appuie
sur un mensonge. C’est une (....).
– Noms communs. Ce romancier a imaginé une
fabuleuse histoire. Il a fait preuve de beaucoup
d’(....). et de (....).
– Adjectif qualificatif. C’est un récit fictif qui ra-
conte un rêve. C’est un récit (....).
L’orthopiège
– Adjectif qualificatif. C’est un récit fictif qui idéa- Conte, compte ou comte ?
onter) est une
lise la réalité. C’est un récit (....). • Un conte (conter, conteur, rac
– Adjectifs qualificatifs. Son œuvre s’inspire de histoire imaginaire.
ur, décompte)
sources antiques. Ses récits sont (....) ou (....). • Un compte (compter, compte
, d’une quantité.
– Verbes. Avant de publier, le romancier travaille désigne un calcul d’un nombre
personne qui
beaucoup. Il (....) et (....) avec grand soin ses intri- • Un comte (comtesse) est une
possède un titre de noblesse.
© Éditions Foucher

gues.
– Verbes. Ce conteur n’est pas fou ! Même s’il (....)
parfois, il ne (....) jamais ! 21
SÉQUENCE 1 À l’oral

Réaliser un spectacle
de contes
Votre sujet
À la manière des conteurs d’autrefois, vous décidez de faire partager à un public – vos camarades
de classe ou d’autres personnes – votre plaisir de lire et de dire des contes, qu’ils soient originaux,
pastichés ou parodiés. Vous choisissez un fil rouge pour votre spectacle et vous sélectionnez
des contes qui vous plaisent, en faisant des recherches à la bibliothèque, au CDI ou sur Internet.
En introduction, vous pouvez, si vous le souhaitez, dire le texte d’Henri Gougaud qui pastiche
le début d’un recueil mondialement connu : Les Contes des Mille et Une Nuits.

Votre démarche

1 Choisir le fil rouge • Quelques exemples : au pays des fées et des sorcières ; quand
du spectacle. les petits triomphent ; les contes : des missions impossibles ?

2 Sélectionner les contes • Les informations indispensables : brève biographie des « auteurs » ;
et rédiger des fiches titres des recueils et des contes ; époque et lieu de leur création ;
de présentation. bref résumé de l’histoire.
En plus !
3 Lire silencieusement • Distinguez par des crochets Si vous cherchez des contes
les textes et les légender. les étapes des récits.
Quelques sites utiles :
• Surlignez des mots importants.
• http://feeclochette.chez.com/
• Distinguez par deux slashs
auteurs.htm
les passages où marquer les pauses
pour maintenir l’intérêt du public. • http://www.contesafricains.com
• Entourez les termes difficiles • http://www.crdp.ac-creteil.fr/
à prononcer. Entraînez-vous à les telemaque/comite/contes-bibli.
dire plus aisément. htm
• http://www.litteratureaudio.com
4 Organiser la salle • Disposez les chaises afin que le public soit proche des conteurs.
et suggérer le décor. • Choisir quelques accessoires selon le fil rouge du spectacle.

5 Dire les contes avec • Pour le jeu dramatique :


expression. – Parlez lentement et ne dites pas à plusieurs les dialogues.
Vous êtes le seul conteur. Mais, si possible, adaptez votre diction
en fonction des personnages.
– Variez, selon le sens du texte, le débit de votre lecture.
– Modulez les intonations de votre voix pour suggérer des émotions :
© Éditions Foucher

la colère, la peur, la tendresse…


– Déplacez-vous et sollicitez votre public.
22
Un exemple de conte

La mère des contes Les Mille et Une Nuits est un recueil de contes populaires
arabes. Schéhérazade, pour ne pas être tuée par le sultan,
II était pour la première fois, dans la grande forêt des
premiers temps, un rude bûcheron et son épouse
lui raconte chaque nuit une histoire…
t
triste. Ils vivaient pauvrement dans une maison
basse, au cœur d’une clairière. Ils n’avaient pour voi-
sins que des bêtes sauvages et ne voyaient passer,
dehors, par la lucarne, que vents, pluies et soleils.
Mais ce n’était pas la monotonie des jours qui attris-
tait la femme de cet homme des bois et la faisait
pleurer, seule, dans sa cuisine. De cela elle se serait
accommodée, bon an, mal an. Hélas, en vérité, son
mari avait l’âme aussi broussailleuse que la barbe et
la tignasse. C’était cela qui la tourneboulait.
Caressant, il l’était comme un buisson d’épines, et
quand il embrassait en grognant sa compagne, ce
n’était qu’après l’avoir battue. Tous les soirs il faisait
ainsi, dès son retour de la forêt. II poussait la porte
d’un coup d’épaule, empoignait un lourd bâton de
chêne, retroussait sa manche droite, s’approchait de
sa femme qui tremblait dans un coin, et la rossait.
C’était là sa façon de lui dire bonsoir.
Passèrent mille jours, mille nuits, mille roustes.
L’épouse supporta sans un mot de révolte les coups
qui lui pleuvaient chaque soir sur le dos. Vint une Illustration d’Edmond Dulac (1882-1953), 1911.
aube d’été sur la clairière. Ce matin-là, comme elle tois et content qu’il oublia d’abattre son bâton sur le
regardait son homme s’éloigner sous les grands dos de sa femme. Toute la nuit elle parla. Toute la nuit
arbres, sa hache en bandoulière, elle posa les mains il l’écouta, les yeux écarquillés, sans remuer d’un poil.
sur ses hanches et pour la première fois depuis le jour Et quand le jour nouveau éclaira la lucarne, elle se tut
de ses épousailles elle sourit. Elle venait à l’instant de enfin. Alors il poussa un soupir, vit l’aube, prit sa hache
sentir une vie nouvelle bouger là, dans son ventre. et s’en fut au travail. Au soir gris, il revint. Elle l’enten-
« Un enfant ! » pensa-t-elle, tremblante, émerveillée. dit pousser la porte à grand fracas. Elle courut à lui.
Mais son bonheur fut bref, car lui vint aussitôt plus – Attends, mon maître, attends ! Il faut que je te
d’épouvante qu’elle n’en avait jamais enduré. dise une nouvelle histoire. Écoute-la d’abord, tu me
« Misère, se dit-elle, qui le protégera si mon mari me battras après !
bat encore ? En me cognant dessus, il risque de l’at- À l’instant même un conte neuf naquit de sa
teindre. Il le tuera peut-être avant qu’il ne soit né. bouche surprise. Comme la nuit passée son époux
Comment sauver sa vie ? En n’étant plus battue. Mais l’écouta, l’œil rond, le poing tenu en l’air par un fil
comment, Seigneur, ne plus être battue ? » Elle réflé- invisible. Le temps parut passer comme un souffle. À
chit à cela tout au long du jour avec tant de souci, de l’aube elle se tut. Il vit le jour, se dit qu’il lui fallait
force et d’amour neuf pour son fils à venir qu’au soir partir pour la forêt, prit sa hache, et s’en alla. Et
elle sentit germer une lumière. Elle guetta son quand le soir tomba vint encore une histoire.
homme. Au crépuscule il s’en revint, comme à son Neuf mois, toutes les nuits, cette femme conta
habitude. Il prit son gros bâton, grogna, leva son bras pour protéger la vie qu’elle portait dans le ventre. Et
noueux. Alors elle lui dit : quand l’enfant fut né, l’homme connut l’amour. Et
– Attends, mon maître, attends ! J’ai appris quand l’amour fut né, les contes des neuf mois enva-
aujourd’hui une histoire. Elle est belle. Écoute-la hirent la terre. Bénie soit cette mère qui les a mis au
d’abord, tu me battras après. monde. Sans elle les bâtons auraient seuls la parole.
© Éditions Foucher

Elle ne savait rien de ce qu’elle allait dire, mais un


conte lui vint. Ce fut comme une source innocente et Henri Gougaud, « La mère des contes »,
rieuse. Et l’homme demeura devant elle captif, si pan- L’Arbre d’amour et de sagesse, Contes du monde entier,
© Éditions du Seuil, 1992, Éditions Points, 1997. 23
En question
La fable, le conte, les récits imaginaires
sont-ils réservés
aux jeunes lecteurs ?
On considère souvent que les contes, les fables et les récits imaginaires
sont destinés aux enfants. Pourtant, certaines illustrations et histoires,
tout comme leur morale, invitent à nuancer cette affirmation…

2 1
Le Petit Chaperon rouge vu par une photographe La moralité du Petit Chaperon Rouge
contemporaine, Sarah Moon Voici la moralité que l’on trouve à la fin du conte
de Charles Perrault :

MORALITÉ
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles,
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte1,
Sans bruit, sans fiel2 et sans courroux,
Qui privés3, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Photographie de Sarah Moon pour Le Petit Chaperon rouge de Charles Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
Perrault. © Grasset, coll. « Monsieur Chat », 1983 ; rééd. 2002.
De tous les Loups sont les plus dangereux.
3 1 Aimable. 2 Sans hargne. 3 Familiers.
Les intentions de Charles Perrault Charles Perrault, Contes de ma mère l’Oye, 1697.
Il n’est pas croyable avec quelle avidité ces âmes in-
nocentes, et dont rien n’a encore corrompu la droi-
4
ture naturelle, reçoivent ces instructions cachées ;
on les voit dans la tristesse et dans l’abattement, L’opinion d’un critique aujourd’hui
tant que le Héros ou l’Héroïne de Conte sont dans le Depuis quelques dizaines d’années, les pédopsycho-
malheur, et s’écrier de joie quand le temps de leur logues voient dans les contes de fées un formidable
bonheur arrive ; de même qu’après avoir souffert moyen thérapeutique susceptible d’aider enfants et
impatiemment la prospérité du méchant ou de la adultes à résoudre leurs difficultés en réfléchissant
méchante, ils sont ravis de les voir enfin punis sur les conflits incarnés dans ces histoires. […] En
comme ils le méritent. Ce sont des semences qu’on explorant le monde des fantasmes et de l’imagina-
jette qui ne produisent d’abord que des mouve- tion, en allant jusqu’au bout de conflits anxiogènes,
© Éditions Foucher

ments de joie et de tristesse, mais dont il ne manque l’individu affronte ses peurs, les maîtrise et s’en li-
guère d’éclore de bonnes inclinations. bère.
24 Charles Perrault, Préface des Contes en vers, 1694. http://expositions.bnf.fr/contes/arret/ingre/morale.htm
5
Une fable de La Fontaine et ses illustrations
La Poule aux œufs d’or
L’Avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la poule, à ce que dit la fable,
Pondait tous les jours un œuf d’or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor.
Il la tua, l’ouvrit, et la trouva semblable
À celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
S’étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches !
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus,
Qui du soir au matin sont pauvres devenus,
Pour vouloir trop tôt être riches !
La Fontaine, Fables, livre V, fable 13, 1668.

Au xixe siècle, illustration de Gustave Doré


(1832-1883)

6
Au xxie siècle, illustration
En débat. La Fontaine… de Daniel Maja (né en 1942),
Ces fables sont un tableau où chacun de nous © Éditions Gallimard Jeunesse
se trouve dépeint. Ce qu’elles nous représen-
tent confirme les personnes d’âge avancé dans
les connaissances que l’usage leur a données,
et apprend aux enfants ce qu’il faut qu’ils sa-
chent.
La Fontaine, Préface aux Fables. Analysez
… face à Rousseau
On fait apprendre les fables de la Fontaine à
1 ( Doc. 1 et 2) À quel public s’adresse
tous les enfants, et il n’y en a pas un seul qui les la morale du conte ? L’illustrateur vise-t-il
entende. Quand ils les entendraient, ce serait les mêmes lecteurs ?
encore pis ; car la morale en est tellement 2 ( Doc. 3 et 4) Quels buts Charles Perrault
mêlée et si disproportionnée à leur âge, qu’elle visait-il en écrivant ses Contes ? Sont-ils
les porterait plus au vice qu’à la vertu. […] lus de la même manière aujourd’hui ?
Composons, monsieur de la Fontaine. Je pro- 3 ( Doc. 5) La fable et ses illustrations
mets, quant à moi, de vous lire avec choix, de concernent-elles seulement les jeunes
vous aimer, de m’instruire dans vos fables ; car lecteurs ? Justifiez votre réponse.
j’espère ne pas me tromper sur leur objet ; mais, 4 ( Doc. 6) Pourquoi les deux écrivains
pour mon élève, permettez que je ne lui en s’opposent-ils sur la portée des fables ?
laisse pas étudier une seule jusqu’à ce que vous Quel est votre avis personnel ?
m’ayez prouvé qu’il est bon pour lui d’ap-
prendre des choses dont il ne comprendra pas
le quart. Synthétisez
Jean-Jacques Rousseau, L’Émile, livre second, 1762.
• Sous la forme d’un commentaire
argumenté, répondez à la question posée
© Éditions Foucher

dans le titre de la séance.


25
SÉQUENCE 1 LE MENTIR-VRAI DES RÉCITS IMAGINAIRES

Bilan Les récits


imaginaires
> L’imagination et l’imaginaire
• Dans le langage courant, les mots imagination* et imaginaire* sont souvent
perçus comme synonymes et opposés à ce qui est considéré comme réel.
• En littérature, les récits imaginaires, comme les contes* merveilleux* et les
fables*, naissent de l’imagination de leurs auteurs. Leurs histoires, atemporelles,
se déroulent dans des lieux irréels avec des personnages confrontés à des événe-
ments surnaturels. Mais ces récits témoignent aussi, indirectement, du monde réel.
Illustration de Rose Yeatman Woolf
pour un livre de contes orientaux, 1920.
> L’histoire et la géographie des contes
• Les contes sont de toutes les époques,
depuis l’Antiquité grecque et romaine, et de
tous les continents, de l’Asie à l’Amérique,
sans oublier l’Antarctique…
• Le conte le plus ancien date du xiiie siècle
avant Jésus-Christ. Intitulé « Les Deux
Frères », il a été retrouvé sur un papyrus
égyptien. Issus de récits religieux et sacrés,
les contes auraient été remplacés, au fil du
temps, par des histoires plus proches de la
vie quotidienne.
• D’auteurs inconnus, les contes sont à
l’origine transmis par voie orale, circulant par
le bouche à oreille et de pays à pays. Aussi
sont-ils fréquemment transformés et adaptés
à leur public, pastichés* ou parodiés*, même
si les fondements de l’histoire sont reconnais-
sables quels que soient les contextes.
• En France, au xviie siècle, Charles Per-
rault (1628-1703) fixe par écrit les contes
populaires. Ceux-ci deviennent des objets lit-
téraires très appréciés dans les salons mon-
dains pour éduquer jeunes et moins jeunes.
• En Europe, au xixe siècle, son œuvre a été
poursuivie en Allemagne par les frères Grimm
(Jacob : 1875-1863 ; Wilhem : 1786-1859) et
au Danemark par Hans Christian Andersen
(1805-1875).
© Éditions Foucher

Illustration de Kay Nielson


26 pour un livre de contes nordiques, 1914.
> La structure et les visées
des contes merveilleux
• La structure des contes est souvent identique. Un héros, pour
surmonter un malheur, doit affronter de dangereuses épreuves.
Mais, par le recours à la magie et grâce à son courage, il franchit
les obstacles et connaît ainsi une vie plus heureuse. Le conte se
termine parfois par une moralité* : la leçon induite par le récit.
• Les psychanalystes associent le schéma du conte au passage
de l’enfance à l’âge adulte, comme la découverte de la sexualité.
• Le pacte de lecture des contes merveilleux diffère de celui
des récits fantastiques : le public feint de croire à l’invraisemblance
de l’histoire.

> Les fables


• À l’origine, les fables, comme les contes, relèvent de la tradi-
tion orale. De sources gréco-latine et orientale, elles se présentent
sous la forme de courts récits en prose.
• Au xviie siècle, avec La Fontaine (1668-1684), la fable devient Illustration de Félix Lorioux (1872-1964).
une création poétique à part entière. Ce sont des poèmes en vers libres com-

Fiche-bac
posés d’un récit et, le plus souvent, d’une morale*. Malgré l’universalité du
propos, le lecteur reconnaît des liens avec le contexte de création.
-la grâce aux
• Le bestiaire* allégorique* des fables, fondé sur la personnification*, Recopiez la fiche. Complétez
bilan ci-contre.
appartient à notre mémoire collective. séances de la séquence et au

I. Les contes
> Les récits imaginaires d’aujourd’hui 1. Origines
• Les formes des récits imaginaires contemporains (nouvelles, romans, 2. Structure et visées
BD, films) n’obéissent plus à des codes littéraires stricts. Pastiches, parodies 3. Exemples
ou créations à part entière, ils puisent dans différents registres narratifs : le II. Les fables
merveilleux, le fantastique (voir p. 70-71) et la science-fiction (voir p. 188- 1. Origines
visées
189). 2. Formes, structure et
• Mais au-delà des rêves ou des peurs qu’ils suscitent, ces récits s’an- 3. Exemples
crent dans le monde réel : ils expriment les fantasmes intimes de leurs au-
teurs comme ceux de leurs lecteurs ; ils questionnent notre présent. III. Les récits imaginaires
d’aujourd’hui
 :
1. Pastiches et parodies
définitions
2. Registres et visées
• Allégorie n. f. Figure de style consistant à ex- 3. Exemples
Mini-dico

primer une abstraction par une forme concrète  :


La colombe est la figure allégorique de la paix.
• Bestiaire n. m. Recueil de poèmes ou de fables • Morale/moralité n. f. Enseignement, leçon
sur les animaux. énoncée au début ou à la fin des contes et des fables.
• Conte n. m. Court récit d’aventures imaginaires • Pastiche n. m. Imitation d’un texte.
qui délivre souvent une leçon. • Parodie n. f. Imitation dans une intention co-
• Fable n. f. Récit allégorique avec une morale ex- mique ou satirique d’une œuvre sérieuse.
plicite ou implicite. • Personnification n. f. Figure de style consis-
• Imaginaire n. m. Univers créé par l’imagina- tant à attribuer à un objet, une idée ou un animal des
© Éditions Foucher

tion. Adj. Qui est sans réalité, fictif. caractéristiques humaines.


• Imagination n. f. Faculté d’inventer, de créer, • Merveilleux n. m. / adj. Registre qui recourt au
de se représenter l’irréel. surnaturel, à la magie et qui s’oppose au réalisme. 27
SÉQUENCE 1 LE MENTIR-VRAI DES RÉCITS IMAGINAIRES

Pour le diplôme
Évaluation intermédiaire

Capacités Connaissances
• Contextualiser et mettre en relation des œuvres traitant, par l’imaginaire, • Imagination/imaginaire
un même aspect du réel à des époques différentes. • Le conte
• Interpréter le discours tenu sur le réel à travers le discours de l’imaginaire • La fable
(en particulier poétique et romanesque). • La morale
• Réaliser une production faisant appel à l’imaginaire. • La personnification

a. Tolstoï,
« Le loup et le moujik1 », 1888
Un loup, poursuivi par un chasseur, rencontra un moujik qui revenait
des champs, portant un sac et une chaîne à battre le blé. Alors le loup
lui dit :
– Moujik, cache-moi ! Les chasseurs me poursuivent.
5 Le moujik eut pitié du loup, le cacha dans son sac, et le mit sur son
épaule. Les chasseurs vinrent et demandèrent au moujik s’il n’avait pas
vu le loup.
– Non, je ne l’ai pas vu ! répondit le moujik.
Les chasseurs s’éloignèrent, le loup sortit du sac, et se jeta sur le mou-
10 jik. Et le moujik s’écria :
– Oh ! Loup ingrat ! Tu n’as pas de honte ? Je viens de te sauver la vie, et
c’est moi que tu veux dévorer !
Le loup lui répondit :
– Un bienfait s’oublie !
15 – Non, reprit le moujik, un bienfait ne s’oublie pas ; interroge qui tu
voudras, on te le dira.
Et le loup reprit :
– Eh bien, soit ! Allons ensemble sur la route, nous demanderons à la
première personne que nous rencontrerons si un bienfait s’oublie ou
20 non. Si l’on me dit « Non », je te laisserai vivre. Si c’est le contraire, je te
mangerai !
Et ils continuèrent leur route. Bientôt ils rencontrèrent un vieux cheval.
Le moujik lui demanda :
– Dis-moi, cheval, si un bienfait s’oublie ou non.
25 Le cheval dit : – Voilà ce que je sais, moi. J’ai vécu douze ans chez mon
maître, et je lui ai donné douze chevaux, et, en même temps, je l’ai aidé
© Éditions Foucher

1 Paysan russe. dans la culture ; l’an passé, je devins aveugle ; alors il me fit travailler au

28
moulin. Enfin, je perdis mes forces, et, un jour, je tombai sous la roue.
On me frappa, on me traîna par la queue, et l’on me mit dehors.
Quand je revins à moi, je m’éloignai. Où je vais ? Je n’en sais rien !
30 Alors le loup dit :
– Vois-tu, moujik, qu’un bienfait s’oublie ?
Et le moujik répondit :
– Attends encore, et demandons à un autre. […]
Léon Tolstoï, Contes et fables, 1888.

Gros plan

b. La Fontaine, Les modalités


de l’épreuve
« Le Loup et la Cigogne », 1668 • Durée : 1 h 30
Les Loups mangent gloutonnement. • Coefficient : 3
Un Loup donc étant de frairie1,
• Support(s) : un texte littéraire
Se pressa, dit-on, tellement
et/ou un document
Qu’il en pensa perdre la vie.
5 Un os lui demeura bien avant au gosier. • Connaissances et capacités
De bonheur pour ce Loup, qui ne pouvait crier, évaluées : « Le candidat répond,
Près de là passe une Cigogne. par écrit, à des questions de
Il lui fait signe ; elle accourt. vocabulaire et de compréhension.
Voilà l’Opératrice2 aussitôt en besogne. Il rédige ensuite un texte qui peut
10 Elle retira l’os ; puis, pour un si bon tour, être une écriture à contraintes
Elle demanda son salaire. (suite de texte, récit, portrait,
« Votre salaire ? dit le Loup : écriture à la manière de…)
Vous riez, ma bonne Commère ! ou une écriture argumentative
Quoi ! Ce n’est pas encor beaucoup (vingt à vingt-cinq lignes).  »
15 D’avoir de mon gosier retiré votre cou ?
Allez, vous êtes une ingrate ;
Ne tombez jamais sous ma patte. » 1 Divertissement, partie de plaisir.
2 Chirurgien ou médecin qui vendait
Jean de La Fontaine, livre III, fable 9, 1668. des drogues sur les places publiques.

Questions
Compréhension et vocabulaire 10 points cation dans chacun des deux récits. De quel défaut le Loup
fait-il preuve ? 2 points
1 Quelles ressemblances et quelles différences relevez-vous
dans les deux histoires ? En quoi sont-elles imaginaires ? 4 points Écriture 10 points

2 Quel texte fait référence explicitement à un environnement Rédigez, en une vingtaine de lignes, une suite au conte de
historique et géographique ? Que dénonce-t-il ? Lequel des deux Tolstoï. Le moujik et le loup vivront trois autres péripéties met-
textes est le plus universel ? Justifiez votre choix. 4 points tant en scène des animaux personnifiés et/ou des êtres
humains. Ces événements annonceront la morale finale qui
© Éditions Foucher

3 L’adjectif qualificatif « ingrat » est cité dans les deux textes pourra ressembler ou non à celle de La Fontaine.
(l.11 du premier texte et l.16 du second). Expliquez sa signifi-
29

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