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Ce document traite de la présomption d'innocence et de sa relation avec les médias. Il explique que la mise en examen d'une personne correspond en réalité à une présomption de culpabilité fondée sur des éléments concrets, et non à une présomption d'innocence. Le document souligne l'importance de respecter à la fois la présomption d'innocence et la liberté de la presse.

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Ce document traite de la présomption d'innocence et de sa relation avec les médias. Il explique que la mise en examen d'une personne correspond en réalité à une présomption de culpabilité fondée sur des éléments concrets, et non à une présomption d'innocence. Le document souligne l'importance de respecter à la fois la présomption d'innocence et la liberté de la presse.

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PRESOMPTION D'INNOCENCE ET MEDIAS

Jean-Louis Coste

PRESOMPTION
DE CULPABILITE

' I e respect de la présomption d'innocence, de la phase


L d'enquête à la mise en examen, puis jusqu'au jugement, ne
. I pose guère de difficultés dans la pratique judiciaire. La
présomption d'innocence est affirmée par la loi, elle est garantie par
la loi, et le respect des dispositions légales de procédure pénale par
les enquêteurs, par le procureur, par le juge d'instruction induit le
fait qu'elle s'impose d'elle-même dans les limites que la loi lui définit :
la présomption d'innocence n'est que la conséquence immédiate
d'une présomption de culpabilité.
En revanche, des difficultés surviennent avec la diffusion des
faits et des décisions judiciaires par les journaux, sur les ondes ou
à la télévision pendant les différentes phases de l'enquête et de
l'instruction.
33
REVUE DES DEUX MONDES SEPTEMBRE 1998
PRESOMPTION D'INNOCENCE ET MEDIAS
Présomption
de culpabilité

Mais ce n'est plus un problème de droit ; cela relève autant,


sinon plus, de la liberté de la presse et de la déontologie des
journalistes, que de l'attitude des magistrats à l'égard des médias.
La présomption d'innocence, droit fondamental proclamé par
la Déclaration du 26 août 1789, la Déclaration universelle des droits
de l'homme du 10 décembre 1948, la Convention européenne du
4 novembre 1950, la Constitution de la Ve République, trouve sa
limite avec la déclaration de culpabilité prononcée par un tribunal.
L'existence même de cette limite détermine celles d'un état
intermédiaire, entre l'innocence et la culpabilité, où la personne
soupçonnée peut être interpellée, gardée à vue, mise en examen,
détenue... Une personne est suspectée, parce que des éléments
objectifs de participation à un délit ou à un crime ont été rassemblés
par les policiers ou les gendarmes et portés à la connaissance du
procureur.
Une personne est suspectée parce qu'il existe à son encontre
une présomption de culpabilité. A trop vouloir protéger la
présomption d'innocence, à force de répéter qu'un mis en examen
bénéficie d'une présomption d'innocence, à toujours rappeler qu'il
s'agit d'un principe fondamental trop souvent bafoué, on oublie
l'essentiel : la présomption d'innocence est l'accessoire d'une
présomption de culpabilité. Sans présomption de culpabilité, la
présomption d'innocence n'existe même pas : c'est l'innocence pure
et simple.
La confusion, volontaire ou non, provient sans doute du fait
de ce que l'interpellation de l'auteur présumé d'une infraction, puis
sa mise en examen, équivaudrait pour certains à une présomption
d'innocence.
Rien n'est plus faux.
Une mise en examen est bien au contraire une présomption
de culpabilité. Cela relève du simple bon sens, d'une bonne
compréhension de la langue française et de la loi !
Un procureur ne requiert la mise en examen d'une personne,
et le juge d'instruction ne la prononce, que si des indices graves
et concordants d'avoir participé à une infraction ont été réunis à
son encontre. C'est la loi : article 80-1 du code de procédure pénale.
C'est aussi du bon français : la présomption se définit comme
un état provisoire jusqu'à l'administration de la preuve établie par

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PRESOMPTION D'INNOCENCE ET MEDIAS
Présomption
de culpabilité

un tribunal. Il s'agit donc d'une culpabilité provisoire, ou d'une


innocence provisoire, mais en ne perdant pas de vue que la cause
de cette situation provisoire est bien une suspicion de culpabilité
fondée sur des éléments de fait et de droit.
C'est enfin le simple bon sens : quel arbitraire ne faudrait-il
pas dénoncer si une mise en examen était fondée sur une
présomption d'innocence ?
Au demeurant, la Déclaration des droits de l'homme et du
citoyen ne dit pas autre chose :
Article 9 : « Tout homme est présumé innocent jusqu'à ce qu'il
ait été déclaré coupable. »
Article 7 : * Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu
que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle
a prescrites. »

Retrouver le sens des mots

L'histoire nous rappelle que les hommes de 1789 entendaient


avant tout s'élever contre la pratique des lettres de cachet qui
permettaient au roi d'embastiller ses sujets sans jugement. Il me
semble difficile aujourd'hui à quiconque de soutenir que les pour-
suites pénales, en France, ne reposent pas sur des cas déterminés par
la loi et ne sont pas engagées selon les formes légales. Et si la loi est
respectée, la présomption d'innocence est également respectée.
Si, en revanche, respecter la présomption d'innocence signifie
occulter la cause (la présomption de culpabilité), la réalité juridique
et matérielle doit être tue, et aucune information ne doit ni être
donnée aux médias ni même divulguée d'initiative par les journa-
listes. Mais museler la presse ncrelève pas d'une démarche très saine
pour la démocratie.
Dès lors qu'une affaire judiciaire est sur la place publique,
l'alternative pour les magistrats ne soulève pas de difficulté majeure,
soit pour refuser toute communication d'information, soit pour
accepter de répondre aux sollicitations.
Dans le premier cas, le champ est laissé libre aux médias, avec
des risques divers :

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PRESOMPTION D'INNOCENCE ET MEDIAS
Présomption
de culpabilité

- risques de diffusion d'information mal maîtrisée, tronquée,


voire erronée ;
- risques d'interprétations inexactes, de suppositions
tendancieuses ;
- risques d'altération de la vérité.
Les journalistes iront chercher les informations auprès des
victimes ou des auteurs (présumés) ou de leur(s) avocat(s), sans
aucune garantie d'objectivité ; les premières fourniront la substance
émotionnelle de l'événement, les seconds insisteront vraisemblable-
ment sur leur innocence. En définitive, quelle que soit la version
donnée au public, l'objectif de protection de la présomption
d'innocence sera écarté.
La mise au point du procureur, si elle n'est pas non plus sans
risque, aura en revanche le mérite de fixer les limites de ce qui peut
être révélé, de préciser la nature exacte des faits, leur qualification,
de faire le point de l'enquête et d'éviter les extrapolations. Au
surplus, ne faut-il pas, au contraire, satisfaire un légitime droit à
l'information la plus exacte, la plus objective possible ? Qui, sinon
les magistrats, garants des libertés individuelles, seraient mieux à
même de fournir les mises au point utiles ?
Les écueils à éviter sont nombreux : secret de l'instruction,
protection des personnes (auteurs présumés, proche famille,
victimes), vedettariat, pressions, risque d'alimenter une polémique,
etc., mais la démarche relève, me semble-t-il, d'une saine conception
de la démocratie.
La meilleure façon de mieux respecter la présomption
d'innocence serait encore de retrouver le sens des mots, d'accepter
- ce qui est la réalité matérielle et juridique - qu'un mis en examen
puisse être regardé comme un présumé coupable - présumé et non
déclaré - et de redonner au terme « présomption » le sens que lui
attribue la langue française.
L'attitude contraire renforce l'effet inverse ; le passage du statut
d'inculpé à celui de mis en examen (loi du 4 janvier 1993) n'a non
seulement rien changé, mais a accentué l'impression qu'un mis en
examen était certainement encore plus (présumé) coupable dans
la mesure où la réforme de 1993 coïncidait précisément avec
l'inculpation de deux hommes politiques dont l'« innocence » devait
pour leur parti apparaître plus que présumée.

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PRESOMPTION D'INNOCENCE ET MEDIAS
Présomption
de culpabilité

(Tous deux ont été définitivement reconnus coupables


depuis.)
L'hypocrisie peut certes être poussée plus avant, et il est
toujours possible de proscrire tout terme ou toute information de
nature à laisser entendre qu'une personne est suspectée. On lira alors
très certainement dans la presse, comme dans certains journaux
anglo-saxons, que M. X collabore activement avec la police ! En
France, plus vraisemblablement, il s'agira du « témoin assisté », mais,
en toute hypothèse, l'assimilation avec une inculpation sera
immédiate.
La protection de la présomption d'innocence passe vraisem-
blablement par un meilleur contrôle du choix et de l'objectivité des
informations publiées. La commission de réflexion sur la justice
présidée par le premier président de la Cour de cassation a formulé
des propositions : celles-ci, comme cela a été au demeurant mais
insuffisamment souligné dans le rapport, ne doivent pas laisser au
second plan la protection de deux impératifs essentiels : la liberté
d'information et le souci de ne pas désarmer l'Etat dans la lutte contre
la délinquance.
Enfin, pour retrouver le sens des mots, la conclusion peut être
empruntée à Bossuet : «- La pire aberration de l'esprit humain est
de voir les choses comme on souhaite qu'elles soient, et non comme
elles sont. »

Jean-Louis Coste

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