Cours Meca
Cours Meca
à la mécanique analytique
Nicolas Sator
Laboratoire de Physique Théorique de la Matière Condensée
Université Pierre et Marie Curie Paris 6
Bibliographie
2 Approche variationnelle 5
2.1 Équation d’Euler-Lagrange . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.1.1 Notion de fonctionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.1.2 Démonstration de l’équation d’Euler-Lagrange . . . . . . 7
2.1.3 Formule de Beltrami . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2.1.4 Exemple : La courbe brachistochrone . . . . . . . . . . . . 9
2.2 Approche variationnelle avec des contraintes . . . . . . . . . . . . 11
2.2.1 Méthode des multiplicateurs de Lagrange . . . . . . . . . 11
2.2.2 Contraintes de type Holonôme . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.2.3 Contraintes de forme intégrale . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2.4 Exemple : La chainette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2
3 Rudiments de mécanique analytique 20
3.1 De Newton à Lagrange : une reformulation de la mécanique . . . 20
3.2 Le formalisme Lagrangien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
3.2.1 Le principe de moindre action . . . . . . . . . . . . . . . . 20
3.2.2 Le Lagrangien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3.3 Le formalisme hamiltonien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3.3.1 Les équations de Hamilton . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3.3.2 Les crochets de Poisson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
3.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.5.1 L’oscillateur harmonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.5.2 Le cerceau à vitesse angulaire constante . . . . . . . . . . 30
3.5.3 L’atome hydrogénoı̈de . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.5.4 La particule plongée dans un champ électromagnétique . 34
3
1 Introduction : le principe de Fermat
Les lois de l’optique géométrique – propagation rectiligne de la lumière
dans un milieu homogène, principe de retour inverse de la lumière et lois de
la réflexion et de la réfraction de Snell (1621) et Descartes (1637)1 – ont une
origine phénoménologique.
En 1657, Pierre de Fermat propose une autre approche, plus abstraite, basée
sur l’idée que “La nature agit toujours par les voies les plus courtes et les
plus simples”2 . Le principe de Fermat s’énonce comme un principe de moindre
temps3 : La lumière se propage d’un point à un autre sur des trajectoires telles
que la durée du parcours est stationnaire. Il s’agit bien d’un principe variationnel
car la durée du parcours doit être extrémale, en générale minimale, par rapport
à une petite variation du trajet.
Telle la lumière qui se propage moins vite dans l’eau que dans l’air, un maı̂tre
nageur court plus vite qu’il ne nage. Il se trouve au point A lorsqu’il aperçoit
une jolie fille qui se noie en B. Comment arriver en B le plus vite possible ?
Sachant que le maı̂tre nageur court en ligne droite à la vitesse v1 et nage
à la vitesse v2 < v1 , quel est le point I où il doit plonger ? Il faut trouver un
compromis entre la ligne droite et le parcours qui rend minimal le trajet dans
l’eau. La réponse mathématique a été donnée par Maupertuis en 1744.
Comme on le voit sur la figure 1, la trajectoire du maı̂tre nageur est con-
stituée de deux droites AI et IB, où I(x, 0) est le point où le maı̂tre nageur
plonge. A priori la distance AI sera plus grande que la distance IB car il court
plus vite qu’il ne nage.
Le temps T (x) mis par le maı̂tre nageur pour aller de A en B est :
AI IB
T = +
v1 v2
soit, √ p
x2 + a2 (d − x)2 + b2
T (x) = + .
v1 v2
1 En fait le mathématicien arabe Ibn Sahl aurait découvert la loi de la réfraction dès 984.
2 Lettre de Clerselier (cartésien, éditeur de Descartes) à Fermat (1662) : “Le principe que
vous prenez pour fondement de votre démonstration, à savoir que la nature agit toujours par
les voies les plus courtes et les plus simples, n’est qu’un principe moral et non point physique,
qui n’est point et qui ne peut être la cause d’aucun effet de la nature”.
3 Une formulation plus moderne repose sur la notion de chemin optique (L =
R
C ndl, où
n = c/v est l’indice de réfraction et c la vitesse de la lumière dans le vide) : Le trajet suivi
par la lumière entre deux points A et B est celui qui correspond à une valeur stationnaire du
chemin optique.
4
Fig. 1 – Le problème du maı̂tre nageur en A et de la fille qui se noie en B.
Le temps est minimal (il peut pas s’agir d’un maximum !) quand
dT 1 x 1 d−x
= √ − p = 0,
dx v1 x2 + a2 v2 (d − x)2 + b2
soit
1 1
sin(i1 ) = sin(i2 ).
v1 v2
La vitesse de la lumière dans un milieu d’indice de réfraction n étant v = c/n, où
c est la vitesse dans le vide, on retrouve la loi de la réfraction de Snell-Descartes.
On montrerait de même la loi de la réflexion.
2 Approche variationnelle
Dans le cas de la loi de la réfraction, la trajectoire du rayon lumineux était
déterminée par la valeur de x qui minimise T (x). En général, c’est toute une
fonction (par exemple une trajectoire) que l’on recherche.
Par exemple, quel est le plus court chemin entre deux points A et B d’un plan ?
5
y
A B
ds
dy
dx
x
Fig. 2 – Le chemin le plus court entre deux points A et B.
dy
où y ′ (x) = dx . La longueur l du chemin est donnée par
Z B Z xB p
l[y] = ds = 1 + y ′2 dx.
A xA
On cherche donc la fonction y(x) qui rend l’intégrale l[y] minimale telle que
y(xA ) = y(xB ) = cte. La réponse est bien sûr y(x) = cte, mais comment le
démontrer ?
Comme nous le verrons plus loin, un autre exemple plus intéressant est celui
de la courbe brachistochrone qui est la trajectoire qui minimise le temps de
parcours entre deux points dans le champ de pesanteur.
6
donc :
df ∂f ∂f dy ∂f dy ′ ∂f ∂f ′ ∂f ′′
= + + ′ = + y + ′y .
dx ∂x ∂y dx ∂y dx ∂x ∂y ∂y
Définissons la fonctionnelle S[y] par l’intégrale :
Z x2
S[y] = f y(x), y ′ (x), x dx.
x1
La fonctionnelle S[y] est donc un nombre qui dépend de la fonction y(x). L’ap-
proche variationnelle va nous permettre de déterminer la fonction y(x) telle que
S[y] soit stationnaire (extrémale), sachant que y(x1 ) et y(x2 ) sont donnés.
Nous allons montrer que la fonction y(x) qui remplit cette condition doit
vérifier l’équation d’Euler-Lagrange :
∂f d ∂f
− = 0.
∂y dx ∂y ′
où ∀x, η(x) << y0 (x) et calculons la variation induite de la fonctionnelle pour
une valeur de x fixée :
Z x2
′ ′
′
δS = f y0 (x) + η(x), y0 (x) + η (x), x − f y0 (x), y0 (x), x dx.
x1
7
Comme δS = 0, quelle que soit η(x) on doit avoir :
∂f d ∂f
− = 0.
∂y dx ∂y ′
C’est l’équation d’Euler-Lagrange, qui s’écrit plus explicitement :
∂f y′
=p = c,
∂y ′
1 + y ′2
où c est une constante. On trouve donc y ′ = cte, autrement dit, l’équation
d’une droite qui passe par les points A et B. Dans cet exemple la réponse était
évidente, mais l’approche variationnelle est très utile lorsque l’espace-temps est
doté d’une métrique plus complexe.
8
2.1.4 Exemple : La courbe brachistochrone
La courbe brachistochrone4 a été étudiée par Leibniz, Newton, Jacques et
Jean Bernoulli et Euler : En partant d’une position donnée sans vitesse initiale,
quelle est la trajectoire qui permet d’atteindre le plus rapidement possible une
position finale dans le champ de pesanteur ?
Pour préciser les notations, supposons que l’objet parte du point A de co-
ordonnées xA = 0 et yA = h > 0, sans vitesse initiale et glisse le long d’un
toboggan jusqu’au point B de coordonnées xB = d > 0 et yB = 0 (voir la figure
3). On doit donc exprimer la durée du parcours entre A et B, puis chercher la
courbe (la forme du toboggan) qui minimise cette durée.
h A
B
d x
Fig. 3 – Un objet part du point A sans vitesse initiale et glisse le long de la
courbe jusqu’au point B.
9
Le temps de parcours s’écrit donc :
Z d
T [y] = f (y, y ′ )dx,
0
s
′ 1 + y ′2
où f (y, y ) = ne dépend pas de x. On cherche donc la forme y(x)
2g(h − y)
qui minimise la fonctionnelle T [y]. Puisque f est indépendante de x, on peut
utiliser la formule de Beltrami
∂f
f − y′ = C,
∂y ′
où C est une constante. Donc
1 p
p = C 2g(h − y).
1 + y ′2
En élevant au carré on a donc :
R
1 + y ′2 = ,
h−y
où R = 1/2gC 2 . Posons y ′ = tan(θ/2) :
θ 1 R
1 + y ′2 = 1 + tan2 = θ
= ,
2 cos2 2
h−y
soit
θ R
y = h − R cos2 = h − (1 + cos θ).
2 2
Par ailleurs,
dy dy dθ R dθ θ θ dθ
y ′ = tan(θ/2) = = = sin θ = R sin cos ,
dx dθ dx 2 dx 2 2 dx
donc
θ
dx = R cos2 dθ,
2
soit en intégrant
R R
x= (θ + sin θ) + cte et y = h − (1 + cos θ),
2 2
que l’on peut écrire avec le changement de variable θ → θ − π et en imposant
x(0) = 0 :
R R
x = (θ − sin θ) et y = h − (1 − cos θ).
2 2
C’est l’équation d’une cycloı̈de. Reste à déterminer R pour que la trajectoire
passe par le point B. Sur la figure 4, on remarque que la pente à l’origine est
infinie pour obtenir une accélération initiale maximale5 .
5 On peut également s’intéresser à la courbe tautochrone (“tauto” le même) telle que tout
objet lâché sans vitesse initiale de n’importe quel point de la courbe arrive à son extrémité
en un temps indépendant du point de départ (mais pas à la même vitesse). On retrouve une
cycloı̈de.
10
1
0.8
0.6
0.4
y
0.2
-0.2
0 0.5 1 1.5 2
x
est fixé.
11
dont il est facile de trouver le minimum obtenu pour R = (V /2π)1/3 , soit un
rapport L = 2R (qui se rapproche le plus d’une sphère).
Si toutes les variables x1 , x2 , ..., xn sont indépendantes, cette condition est vérifiée
pour
∂f
= 0, i = 1 · · · n. (5)
∂xi
Si les variables xi vérifient une contrainte supplémentaire sous la forme (con-
trainte de type holonôme)
g(x1 , x2 , · · · , xn ) = 0, (6)
En revanche, d’après l’équation (6), les variations dxi sont liées par :
X ∂g
dg = dxi = 0. (7)
i
∂xi
Puisque l’équation (7) relie les variables dxi entre elles, une façon de procéder
est d’exprimer dxn en fonction de dx1 , dx2 ,...,dxn−1 et de remplacer dxn dans
l’équation (4). On se ramène donc à un problème de n−1 variables indépendantes
avec n − 1 équations à résoudre (obtenues par l’annulation des coefficients des
dxi )...ce qui peut être très compliqué !
12
Finalement, cette dernière équation est valable pour tout i = 1, 2, ..., n, comme
si toutes les variables xi étaient indépendantes. Elles ne le sont pas et s’expri-
ment toutes en fonction de µ. Reste à calculer le multiplicateur de Lagrange en
remplaçant les xi dans la contrainte (6).
Fig. 5 – La fonction f (x, y) est l’altitude du point de coordonées (x, y) (sur une
carte) et le chemin parcouru (en rouge) est imposé.
Aux points où g coupe une ligne de niveau (f (x, y) = cte), le chemin est
en pente. Un extremum (stationnaire) correspond forcément à un point où le
chemin est tangent à une ligne de niveau. Autrement dit, au point extrémal les
vecteurs gradients sont colinéaires :
∇g = µ∇f,
où µ est le multiplicateur de Lagrange. On a donc
∂f ∂g
−µ = 0
∂x ∂x
∂f ∂g
−µ = 0.
∂y ∂y
On peut bien sûr ajouter des contraintes (en nombre inférieur au nombre de
variables).
13
Et la contrainte impose
∂g ∂g ∂g
dg = dx + dy + dz = 0. (9)
∂x ∂y ∂z
Et finalement :
∂g
∂f ∂x ∂f
= ∂g
∂x ∂z
∂z
∂g
∂f ∂y ∂f
= ∂g
.
∂y ∂z
∂z
14
• Reprenons l’exemple de la boı̂te cylindrique. Introduisons le multiplicateur
de Lagrange µ. On cherche les extrema de S + µV . Soit
∂S ∂V
+µ = 0,
∂L ∂L
∂S ∂V
+µ = 0.
∂R ∂R
Donc
2πR + µπR2 = 0,
4πR + 2πL + 2µπRL = 0.
Donc
R = −2/µ,
L = −4/µ.
15
La fonction µ(x) est déterminée a posteriori par la contrainte (10).
Quelle est le chemin le plus cours entre deux points à la surface d’une sphère ?
On recherche les fonctions x(t), y(t) et z(t) telle que l[x, y, z] soit minimale avec
la contrainte (12). On introduit donc la fonction µ(t) et on cherche à minimiser
RB
l’intégrale A h(x, y, z, x′ , y ′ , z ′ )dt où
p
h(x, y, z, x′ , y ′ , z ′ ) = x′2 + y ′2 + z ′2 − µ(t)(x2 + y 2 + z 2 − R2 )
L’équation d’Euler-Lagrange pour la fonction x donne
∂h d ∂h d x′
= −2µx = = p
∂x dt ∂x′ dt x′2 + y ′2 + z ′2
de même pour y et z. On peut donc écrire :
du
= −2µr, (13)
dt
où u est le vecteur unitaire tangent à la trajectoire :
1 dr
u= p .
x + y + z dt
′2 ′2 ′2
16
2.2.3 Contraintes de forme intégrale
Dans les problèmes aux variations, la contrainte peut également s’exprimer
sous la forme d’une intégrale :
Z x2
C[y1 , y2 , ...yn ] = g y1 (x), y2 (x), ...yn (x), y1′ (x), y2′ (x), ..., yn′ (x), x dx. (14)
x1
d ∂h1
= 0,
dt ∂x′
donc
∂h1 x′
= y − µ = b, (18)
∂x′
p
x′2 + y ′2
où b est une constante. On pourrait exprimer l’équation d’Euler-Lagrange pour
y mais il est plus facile d’utiliser à présent la fonctionnelle (17) et donc h2 =
17
p
−xy ′ − µ x′2 + y ′2 . L’équation d’Euler-Lagrange pour y donne donc ( ∂h
∂y = 0,
2
variable cyclique) :
d ∂h2
= 0,
dt ∂y ′
donc
∂h2 y′
= −x − µ p = −a, (19)
∂y ′ x′2 + y ′2
où a est une constante. En multipliant l’équation (18) par 2y ′ et l’équation (19)
par 2x′ on obtient en ajoutant ces deux équations :
d 2
x + y 2 − 2ax − 2by = 0.
2(xx′ + yy ′ − ax′ − by ′ ) =
dt
Soit
x2 + y 2 − 2ax − 2by = (x − a)2 + (y − b)2 − a2 − b2 = c2 ,
où c est une constante.
√ On trouve bien sur l’équation d’un cercle centré en (a, b)
et de rayon R = a2 + b2 + c2 . L’intérêt de la paramétrisation est que l’on peut
calculer facilement le multiplicateur de Lagrange. En effet, avec x(t) = a+R sin t
et y(t) = a + R cos t on trouve µ = R. On vérifie également que R = l/2π et
A = l2 /4π. Il est facile de se convaincre que cet extremum est bien un maximum.
Réponse :
Soit y(x) l’équation de cette forme. On a les conditions aux limites y(0) =
y(a) = 0 et la contrainte :
Z Z p Z ap
l = ds = dx2 + dy 2 = 1 + y ′2 dx = constante. (20)
0
1 a p
Z
Xg (y ′ , x) = x 1 + y ′2 dx,
l 0
et a
1
Z p
Yg (y, y ′ ) = y 1 + y ′2 dx.
l 0
9 Cette
question a intéressé de nombreux savants comme Galilée, Leibniz, Jean Bernoulli
et Huygens.
18
La condition d’équilibre impose que le centre de gravité soit le plus bas possible :
yg minimale avec la contrainte (20). En utilisant la méthode des multiplicateurs
de Lagrange, on recherche donc l’extremum de
Z a
S[y] = h(y, y ′ )dx,
o
p p
où h(y, y ′ ) = y 1 + y ′2 + µ 1 + y ′2 qui est indépendante de x, on peut donc
utiliser la formule de Beltrami :
∂h p y ′2
h − y′ = (y + µ) 1 + y ′2 − (y + µ) p = C,
∂y ′
1 + y ′2
soit
y+µ
p = C.
1 + y ′2
Donc
y+µ 2
1 + y ′2 = ( )
C
y+µ
Posons z = C , on a
1p 2
1 + C 2 z ′2 = z 2 soit z′ = ± z − 1.
C
Une solution est de la forme z = cosh (αx + β) avec α = 1/C. Donc
x
y(x) = C cosh( + β) − µ.
C
a
Or y(0) = y(a) = 0 donc β = −a/2C et µ = C cosh( 2C ). Ainsi :
x − a/2 a
y(x) = C cosh( ) − cosh( ) .
C 2C
Reste à déterminer la constante C à l’aide de la contrainte (20) qui donne
l’équation implicite :
a
l = 2C sinh .
2C
On en déduit également
1 a p aC a a
Z
Xg = x 1 + y ′2 dx = sinh = ,
l 0 l 2C 2
19
3 Rudiments de mécanique analytique
3.1 De Newton à Lagrange : une reformulation de la mécanique
L’expérience montre que le mouvement d’un objet ponctuel est complètement
déterminé par sa position q(t) et sa vitesse q̇(t) à un instant donné t (on se place
pour l’instant dans un espace à une dimension). En effet, l’équation fondamen-
tale de la dynamique fournit l’expression de q̈(t) en fonction de q(t) et q̇(t) :
q̈(t) = f q(t), q̇(t) .
1744 et Joseph-Louis de Lagrange qui, en 1787, en donne la formulation complète que nous
connaissons aujourd’hui.
20
q
A1 q1
q0
q
2
A2
q
3
t1 t2 t
où la fonction L(q(t), q̇(t), t) est appelée le Lagrangien du système. Nous verrons
plus loin comment écrire cette fonction11 .
Remarquons que la fonction L dépend du temps explicitement, mais aussi
implicitement à travers q(t) et q̇(t). La dérivée de L par rapport à t est donc :
dL ∂L ∂L dq ∂L dq̇ ∂L ∂L ∂L
= + + = + q̇ + q̈.
dt ∂t ∂q dt ∂ q̇ dt ∂t ∂q ∂ q̇
Pour un chemin donné, tel que q(t1 ) et q(t2 ) sont fixés, S[q] prend une certaine
valeur. D’après le principe de moindre action, la trajectoire physique est le
chemin qui donne une valeur minimale12 à l’action. La trajectoire est donc
donnée par l’équation d’Euler-Lagrange :
∂L d ∂L
− = 0. (22)
∂q dt ∂ q̇
21
déduit d’une unique grandeur, appelée action, qui doit être minimale pour
représenter la réalité.
3.2.2 Le Lagrangien
Comment écrire le Lagrangien d’un système ? Considérons pour commencer
une particule libre. D’après l’équation fondamentale de la dynamique13 , on doit
avoir
d
mq̈ = (mq̇) = 0. (23)
dt
Le Lagrangien d’une particule libre ne dépend a priori que de la vitesse q̇.
L’équation d’Euler-Lagrange impose donc
d ∂L(q̇)
= 0.
dt ∂ q̇
En comparant avec l’équation fondamentale de la dynamique (23), on peut
choisir
1
L = mq̇ 2 .
2
Dans le cas où le système est soumis à une force conservative14, il est raisonnable
d’écrire le Lagrangien sous la forme
1 2
L(q, q̇) = mq̇ + f (q),
2
où f est une fonction qui ne dépend que de la position. Retrouver l’équation
fondamentale de la dynamique à l’aide de l’équation d’Euler-Lagrange impose
f (q) = −U (q), où U est l’énergie potentielle d’interaction. Soit :
1 2
L(q, q̇, t) = mq̇ − U (q). (24)
2
Ainsi, dans le cas où U = U (q) l’énergie potentielle ne dépend que de la coor-
donnée q, l’équation d’Euler-Lagrange implique
∂U
mq̈ = − .
∂q
D’une façon générale, on écrira le Lagrangien comme
L = T − U,
13 Une méthode alternative est de raisonner à partir des symétries du système (Mécanique,
L. Landau et E. Lifchitz (Mir, Moscou, 1982)). Par symétrie, le Lagrangien d’une particule
libre ne peut dépendre explicitement de sa position q (invariance par translation d’espace),
du temps t (invariance par translation du temps) et de la direction de sa vitesse (isotropie
de l’espace). C’est donc une fonction de la norme de la vitesse uniquement (qui peut a priori
varier au cours du temps). A une dimension on a donc L = f (q̇ 2 ). Le principe de relativité de
Galilée impose ensuite la forme du Lagrangien.
14 L’utilisation exclusive de forces conservatives en mécanique analytique peut sembler être
un handicap, mais la dissipation de l’énergie n’intervient que de façon effective pour des
systèmes macroscopiques. Sur le plan fondamental, pour des systèmes microscopiques étudiés
dans le cadre de la physique quantique, cette restriction ne pose pas de problème.
22
où T est l’énergie cinétique et U l’énergie potentielle.
15 Une contrainte sur les coordonnées réduit le nombre de degrés de liberté. Par exemple, une
particule qui se déplace à la surface d’une sphère n’a que deux degrés de liberté. Compte tenu
de la symétrie, on choisira les angles q1 = θ et q2 = φ plutôt que les coordonnées cartésiennes.
En général s’il y a m contraintes, il y a 3N − m degrés de liberté (c’est-à-dire de coordonnées
indépendantes qui fixent la position du système).
23
3.3 Le formalisme hamiltonien
3.3.1 Les équations de Hamilton
Si le Lagrangien ne dépend pas explicitement du temps ( ∂L
∂t = 0) :
3N
X ∂L
q̇i − L (25)
i
∂ q̇i
Dans le cas d’une force conservative (à une dimension), on voit que :
∂L 1 1
q̇ − L = mq̇ 2 − mq̇ 2 + U (q) = mq̇ 2 + U (q)
∂ q̇ 2 2
est une constante du mouvement. Autrement dit, l’énergie du système est bien
conservée. Ce résultat suggère l’utilisation d’une autre fonction que le Lagrang-
ien pour déduire les équations du mouvement. On définit le moment conjugué
(ou impulsion généralisée) pi associé à la coordonnée qi par
∂L
pi = . (26)
∂ q̇i
24
A partir de l’expression (25), définissons une nouvelle fonction appelée Hamil-
tonien et notée H :
3N
X
H= q̇i pi − L = T + U. (27)
i=1
∂H ∂H
q̇i = et ṗi = − pour i = 1, 2, ...3N. (28)
∂pi ∂qi
dδq ∂H ∂H
Z
= (q̇δp + p − δq − δp)dt
dt ∂q ∂p
Z » –
∂H ∂H
= (q̇ − )δp − (ṗ + )δq dt + [pδq],
∂p ∂q
où l’on a intégré par parties. Le terme entre crochets étant nul, on retrouve les équations de
Hamilton.
25
Les équations de Hamilton impliquent pour i = 1, 2, ...3N :
pi ∂U
q˙i = et ṗi = − = Fi ,
m ∂qi
où Fi est la composante de la force associée à la coordonnée qi .
p2
m 2 2
H = pθ θ̇ − L = ml2 θ̇2 − l θ̇ + mgl cos θ = θ 2 − mgl cos θ.
2 2ml
Le portrait de phase
26
Fig. 7 – Le portrait de phase du pendule simple.
où l’on a introduit les crochets de Poisson de f avec H. En général, les crochets
de Poisson de deux fonctions f et g s’écrivent :
3N
X ∂f ∂g ∂f ∂g
f, g = − .
j=1
∂qj ∂pj ∂pj ∂qj
Pour ouvrir une porte sur la mécanique quantique, les crochets de Poisson
sont à l’origine de la quantification et du commutateur entre deux opérateurs.
Ainsi, les crochets de Poisson
q, p = 1,
27
annonce la relation fondatrice de la mécanique quantique18 :
[q, p] = i~,
3.4 Conclusion
Pour traiter un problème de mécanique, nous avons trois approches à notre
disposition :
– Newtonienne : 3N équations (scalaires) différentielles du 2eme ordre à
résoudre (et 6N conditions initiales). Mais la notion de force sur laquelle
repose la mécanique newtonienne ne se généralise pas à l’échelle quantique.
– Lagrangienne : 3N équations différentielles du 2eme ordre à résoudre (et
6N conditions initiales).
– Hamiltonienne : 6N équations différentielles du 1eme ordre à résoudre (et
6N conditions initiales)19 .
La différence principale entre les approches newtonienne et lagrangienne est que
la première est différentielle et donc locale (relation entre la cause et l’effet). Le
principe de moindre action implique lui une approche variationnelle et donc
globale20 .
28
3.5 Exercices
3.5.1 L’oscillateur harmonique
L’énergie potentielle d’un oscillateur harmonique (classique) à une dimension
s’écrit
1
U (q) = mω 2 q 2 .
2
1) En déduire l’équation du mouvement à l’aide du formalisme lagrangien.
2) En déduire l’équation du mouvement à l’aide du formalisme hamiltonien.
3) Montrer à l’aide des équations de Hamilton que le Lagrangien suivant
décrit le mouvement d’un oscillateur amorti :
1 αt 2
L= e (q̇ − ω 2 q 2 ).
2
Réponse :
1) Le Lagrangien s’écrit :
1 2 1
L= mq̇ − mω 2 q 2 .
2 2
Et d’après l’équation d’Euler-Lagrange :
∂L d ∂L
=
∂q dt ∂ q̇
donc
−mω 2 q = mq̈.
2) Le Hamiltonien s’écrit :
p2 1
H= + mω 2 q 2 .
2m 2
Les équations de Hamilton donnent
p
q̇ = et ṗ = −mω 2 q.
m
On en déduit l’équation du mouvement :
q̈ + ω 2 q = 0.
∂L
3) Le moment conjugué s’écrit p = ∂ q̇ = q̇eαt donc
1 2 −αt 1 2 2 αt
H= p e + ω q e .
2 2
29
Les équations de Hamilton donnent
q̇ = pe−αt et ṗ = −ω 2 qeαt .
q̈ + ω 2 q + αq̇ = 0.
Réponse :
30
est U (θ) = mgR cos θ. On en déduit le Lagrangien du système :
1
L(θ, θ̇) = mR2 (θ̇2 + ω 2 sin2 θ) − mgR cos θ.
2
On en déduit à l’aide de l’équation d’Euler-Lagrange :
∂L d ∂L
= ,
∂θ dt ∂ θ̇
soit
d
mR2 ω 2 sin θ cos θ + mgR sin θ = (mR2 θ̇) = mR2 θ̈,
dt
donc
mRω 2 sin θ cos θ + mg sin θ = mRθ̈.
A l’aide de l’équation fondamentale de la dynamique projetée sur ~eθ pour
éliminer la réaction du cerceau sur la bille et en tenant compte de la force
centrifuge de norme mω 2 R sin θ on aurait bien :
∂L
pθ = = mR2 θ̇,
∂ θ̇
donc
1 p2θ 1
H = θ̇pθ −L = mR2 (θ̇2 −ω 2 sin2 θ)+mgR cos θ = 2
− mR2 ω 2 sin2 θ+mgR cos θ.
2 2mR 2
D’après les équations de Hamilton :
∂H pθ
θ̇ = =
∂pθ mR2
et
∂H
p˙θ = − = mR2 ω 2 sin θ cos θ + mgR sin θ.
∂θ
On retrouve bien sûr l’équation du mouvement.
3) D’après le Hamiltonien :
1
V (θ) = mR2 (2ω02 cos θ − ω 2 sin2 θ).
2
La fonction est symétrique par rapport à π (V (π − θ) = V (π + θ)). Et
dV
= −mR2 sin θ(ω02 + ω 2 cos θ).
dθ
31
2
pour w=0.7w0
pour w=w0
pour w=1.3w0
1.5
0.5
V(theta)
-0.5
-1
-1.5
-2
-2.5
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3
theta
ω02
cos(θ) > − .
ω2
4) Dans le cas d’une rotation lente (ω < ω0 ), cette condition est remplie
quelle que soit la valeur de θ. La dérivée est donc négative pour tout θ et
s’annule en 0 (équilibre instable) et en π (équilibre stable), en bas du cerceau.
Au voisinage de ce q point d’équilibre, la bille a un mouvement harmonique avec
ω02
la pulsation ωl = ω ω2 − 1. En effet :
d2 V
= −mR2 (ω02 cos θ + ω 2 (cos2 θ − sin2 θ))
dθ2
et
1 d2 V
1
2
= mR2 ωl2 .
2 dθ π 2
5) Dans le cas d’une rotation rapide (ω > ω0 ), cette condition est remplie si
ω2
θ < θs tel que cos(θs ) = − ω02 . L’angle θs est donc un point d”équilibre (stable)
et 0 et π deviennent des points d’équilibre instables. En ce point, l’énergie
potentielle vaut
1 ω4
V (θs ) = − mR2 ω 2 (1 + 04 ).
2 ω
Laqbille a un mouvement oscillant autour de l’angle θs avec la pulsation ωr =
ω04
ω 1− ω4 . Quand ω → ∞, θs → π/2.
32
3.5.3 L’atome hydrogénoı̈de
On considère l’électron d’un atome hydrogénoide21 subissant l’effet du po-
tentiel central :
Ze2
V (r) = − . (30)
4πǫ0 r
1) Donner l’expression du Lagrangien de ce système en coordonnées sphériques.
2) Établir les équations de Lagrange dans ce même système de coordonnées.
3) En déduire l’existence de quantités conservées. Interpréter.
4) Écrire le Hamiltonien de ce système et les équations de Hamilton.
Réponse :
1 2 1 Ze2 1 Z ẽ2
1) On a L = mṙ −V (r) = mṙ2 + ˆ mṙ2 +
= dont on note qu’il
2 2 4πǫ0 r 2 r
est invariant par rotation. On a introduit une charge effective pour simplifier les
notations
En coordonnées sphériques on a : r = r ur et ṙ = ṙ ur + r θ̇ uθ + r sin θ ϕ̇ uϕ
d’où :
1 Z ẽ2
L(r, θ, ϕ) = m(ṙ2 + r2 θ̇2 + r2 sin2 θ ϕ̇2 ) + . (31)
2 r
33
L’invariance complète par rotation du système implique que les autres com-
posantes Jx et Jy sont aussi conservées. C’est la dissymétrie du système de
coordonnées qui privilégie l’axe Oz et, par conséquent, la composante Jz du
moment cinétique. Mais comme le choix de l’axe Oz est arbitraire la conserva-
tion de Ji vaut pour tout i = x, y ou z.
∂L
pr = = mṙ
∂ ṙ
∂L
pθ = = mr2 θ̇
∂ θ̇
∂L
pϕ = = mr2 sin2 θϕ̇.
∂ ϕ̇
En coordonnées sphériques, le moment conjugué est donc différent de l’impulsion
p = mṙ. Le Hamiltonien du système s’écrit donc
∂H pr ∂H p2 p2ϕ Z ẽ2
ṙ = = et ṗr = − = θ3 + −
∂pr m ∂r mr mr3 sin2 θ r2
2
∂H pθ ∂H pϕ cos θ
θ̇ = = et ṗθ = − =
∂pθ mr 2 ∂θ mr2 sin3 θ
∂H pϕ ∂H
ϕ̇ = = et ṗϕ = − = 0.
∂pϕ mr2 sin2 θ ∂ϕ
En utilisant les expressions des moments conjugués, on retrouve bien les équations
du mouvement obtenues à l’aide du formalisme lagrangien.
34
2) Déterminer le Hamiltonien de la particule.
3) En déduire les équations de Hamilton.
Réponse :
1) On a :
1
L= mv2 + q v.A(r, t) − q φ(r, t) (35)
2
où l’on note que A et φ font intervenir, via leurs arguments, la position de la
particule.
On en tire :
∂L
= mẋi + qAi (r, t)
∂ ẋi
(36)
∂L ∂A j (r, t) ∂φ(r, t)
=q ẋj − q
∂xi ∂xi ∂xi
et :
d ∂L ∂Ai (r, t) ∂Ai (r, t)
= mẍi + q + ẋj (37)
dt ∂ ẋi ∂t ∂xj
avec sommation sous-entendue sur l’indice répété (j). L’équation du mouvement
de la particule est alors donnée par :
∂φ(r, t) ∂Ai (r, t) ∂Ai (r, t) ∂Aj (r, t)
mẍi = −q −q + ẋj − ẋj . (38)
∂xi ∂t ∂xj ∂xi
On montre à la fin de cet exercice que l’on retrouve bien l’équation usuelle de
la particule chargée dans un champ électromagnétique :
dv
m = q (E + v ∧ B) . (39)
dt
2
p2
X pi
q X 1 X pi qAi qAi
= − pi Ai − m − −q Ai − + qφ
m m i 2 i
m m i
m m
(42)
35
où l’on a, cette fois, explicité les sommes (sur l’indice i). On a, en simplifiant
l’expression précédente :
1
H= (p − qA)2 + q φ (43)
2m
où l’on remarque que l’impulsion de la particule p est remplacée par p − qA.
∂H ∂H
3) Les équations de Hamilton sont données par : ṗi = − et q̇i =
∂xi ∂pi
soit, de façon explicite :
∂H ∂ 1 2 q ∂Ak ∂φ
= (p − qA(r, t)) + q φ(r, t) = − (pk − qAk ) +q
∂xi ∂xi 2m m ∂xi ∂xi
(44)
et
∂H 1
= (pi − qAi ) . (45)
∂pi m
Montrons à présent que l’équation du mouvement (38) est bien l’équation usuelle
de la particule chargée dans un champ électromagnétique :
dv
m = q (E + v ∧ B) . (46)
dt
Le champ électrique E vérifie :
∂B ∂
∇∧E = − = − (∇ ∧ A) (47)
∂t ∂t
A étant le potentiel vecteur.
On a donc :
∂A(r, t)
E=− − ∇φ(r, t) (48)
∂t
et la composante Ei du champ électrique est donnée par :
∂Ai (r, t) ∂φ(r, t)
Ei = − − (49)
∂t ∂xi
qui correspond bien (à la charge q près) aux deux premiers termes du second
membre de l’expression (38). La composante i du produit vectoriel v ∧ B est
donnée par :
(v ∧ B)i = ǫijk ẋj Bk (50)
où, de nouveau, la sommation sur les indices répétés (j et k) est sous-entendue.
Le tenseur antisymétrique de Levi-Civita ǫijk est définit par : ǫ123 = 1 ainsi
que toute permutation circulaire de ces indices : ǫ123 = ǫ231 = ǫ312 = 1. L’an-
tisymétrie implique : ǫ213 = ǫ321 = ǫ132 = −1 et ǫiik = ǫijj = ǫiii =etc= 0.
36
Finalement une propriété importante de ce tenseur est :
X
ǫijk ǫilm = ǫijk ǫilm = (δjl δkm − δjm δkl ) (51)
i
Bk = ǫklm ∂l Am . (52)
On a donc :
(v ∧ B)i = ǫijk ǫklm ẋj ∂l Am = ǫkij ǫklm ẋj ∂l Am
qui sont bien les troisième et quatrième termes figurant dans le second membre
l’expression (38).
37