Évaluation des ressources en eau à Carabane
Évaluation des ressources en eau à Carabane
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africaine risquant d'être soumise à une carence en eau augmentera de 38 % en 2013 à 74 % en
2040, affectant 28 pays (Sakho, 2018, p 1).
Le Sénégal dispose globalement de ressources en eau suffisantes pour l’alimentation des
populations (Faye et Dieye, 2018, p 450 ; Faye et al., 2019, p 6). La diversité des ressources
en eau permet d’exploiter les eaux de surface ou les eaux souterraines (CONGAD, 2009, p
61). Toutefois, le pays a connu une période de sécheresse durant les années 1970 qui a
entrainé une baisse des nappes phréatiques et perturbé ainsi les ressources en eau du Nord, le
Sahel comme au Sud, la Casamance (Faye et al., 2017, p 17). Selon le rapport du programme
alimentaire mondial en 2003 au Sénégal, seulement 38% des villages ont des forages pour
obtenir de l’eau potable, 27% des puits cimentés et 21% des puits traditionnels (FAO, 2003, p
20).
L’inventaire national des points d’accès à l’eau potable au premier trimestre de 2015 a été mis
en œuvre sur 15.992 localités avec l’appui des dispositifs décentralisés de collecte des
données. Après exploitation des données, il en ressort que le taux d'accès amélioré global à
l'eau potable en milieu rural s’établit en 2015 à 86,6% contre 84,1% en 2014 ; ce qui donne
une progression satisfaisante de l’accès à des points d’eau modernes avec une hausse de 2,5
points. La performance est très satisfaisante même si elle reste un peu inférieure à la période
antérieure où la progression interannuelle était de +3,5 points. En intégrant les statistiques sur
les réalisations nouvelles d’infrastructures d’accès à l’eau enregistrées en 2015, le taux
d’accès global à l’eau potable pour décembre 2015 est estimé à 87,2%. Le taux national
d’accès par adduction d’eau potable s’établit à 74,0% contre 69,85% en 2014 ; soit une bonne
évolution positive de 4,15 points. A contrario, l’accès par puits modernes diminue
sensiblement et s’établit à 12,6% contre 14,25% en 2014. On note donc que l’amélioration de
la qualité et de la sécurité de l’accès à l’eau a nettement bien évolué sur la période 2005-2015
à travers des tendances linéaires dans la hausse du taux d’accès par adduction d’eau et la
baisse du taux d’accès par puits (Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, 2016,
p 1).
L’eau est un liquide si précieux et indispensable à toute existence, à toute forme de vie. Sans
eau, ni le monde animal, ni le monde végétal n’existerait pas. Parmi les ressources qui
contribuent au développement des activités humaines, l’eau présente plusieurs caractéristiques
qui la distinguent de toutes les autres ressources (Baechler, 2012, p 5). Dans certaines zones
rurales du Sénégal, l’approvisionnement en eau se fait toujours à partir des puits traditionnels,
des mares, des eaux de pluie… Dans d’autres zones, les ouvrages hydrauliques ne peuvent
plus assurer une bonne distribution en eau, du fait de leurs vétustés et de la forte croissance de
la population. En plus, dans certaines zones, les points d’eau douce se trouvent à des
kilomètres par rapport aux ménages. Face à la crise de l’eau qui reste le plus souvent liée à la
pénurie absolue de la disponibilité physique (Bohbot, 2008, p 7), il est apparu alors que seule
une nouvelle forme de gestion de cette ressource est susceptible de garantir la durabilité entre
l’offre et la demande ou entre les ressources disponibles et les besoins (Diouf, 2013, p 12).
Plusieurs raisons motivent une évaluation des ressources en eau et une caractérisation des
facteurs naturels comme anthropiques de leur dégradation dans l’île de Carabane. S’il est vrai
que l’eau est un élément indispensable à la vie et aux activités socio-économiques, une
quantité d’eau importante, capitale, semble être fragile face au variabilité climatique. Dès
lors, il est important de comprendre les facteurs qui rendent vulnérable ces ressources pour
mieux s’adapter aux changements climatiques. Face aux besoins croissants en eau, à la
surexploitation et à la dégradation des ressources, des démarches de restauration du bon état
quantitatif et qualitatif des masses d’eaux doivent être engagées. Aussi, la mise en œuvre de
nouvelles ressources doit s’effectuer dans le cadre d’une démarche raisonnée et respectueuse
de l’environnement. La présente étude fait une évaluation des ressources en eau et une
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caractérisation des facteurs naturels comme anthropiques de leur dégradation dans l’île de
Carabane.
2. Zone d'étude
La présentation géographique de l’île de Carabane porte sur la situation de l’île par rapport à
la commune de Diembéring et dans le bassin versant de la Basse-Casamance (Figure 1). La
carte 1 nous offre l’optique d’identifier les villages environnants qui sont entre autre l’île de
Diogué, les villages d’Elinkine, de Kachouwane, Gnikine, Dimassane, Samatite et Kagnoute.
Ce qui concerne le fleuve et les bolongs qui constituent l’île, au Sud-ouest nous avons le
Cachioune bolong, au Sud-est, nous avons le bolong d’Elinkine et le reste est formé par le
fleuve Casamance (Figure 1) (Manga., 2019, p 21).
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des données quantitatives. L’échantillon utilisé pour effectuer les enquêtes est l’échantillon
systématique. Ainsi, nous avons interrogé tous les manages [ménages ?] existants dans l’île de
Carabane (Tableau 1). Ce choix s’est basé sur le fait que l’île est petite et il n’existe qu’un
village (Carabane) et de deux hameaux (Kafar et Efframe) dans cette zone, nous avons jugé
nécessaire d’interroger tous les chefs ménages disponibles dans l’île (Manga., 2019).
Nombre Chef de
Nombre de Population
Nom Localité de Homme Femme ménages
Concession totale
Ménage Interrogés
Village de Carabane 44 60 203 205 408 60
Hameau de Kafar 4 4 5 15 20 4
Hameau Efframe 2 2 4 4 8 2
Source : Commune de Diembéring, 2013
3.2. Données physico-chimiques de l’eau des puits
Les données physico-chimiques sont obtenues à partir des mesures in situ de l’eau, réalisées
dans 12 puits du village de Carabane. Les instruments de mesure paramètres physico-
chimiques de l’eau comme le conductimètre et le réfractomètre sont utilisés pour faciliter
l’analyse. Toutefois, du fait de l’absence de piézomètre, des sceaux ont été utilisés pour
extraire l’eau dans les puits et mesurer les paramètres physico-chimiques de l’eau de ces puits.
Parmi ces paramètres, sont analysés ici principalement le pH, la conductivité, la salinité et la
température de l’eau des puits choisis.
L’outil GPS nous a permis d’obtenir les coordonnées géographiques de chaque point où les
mesures sont effectuées. Les données sur la salinité sont obtenues à partir du réfractomètre.
Pour effectuer les mesures avec le réfractomètre, nous avons prélevé une toute petite quantité
d’eau de chaque puits (une goute) à l’aide d’une pépite poire. Cette eau a été ensuite vidée sur
la lamelle du réfractomètre, ce qui a permis la lecture de la valeur.
En outre, le conductimètre qui mesure à la fois le pH, la température et la Conductivité
électrique, a permis d’obtenir les données sur l’acidité et la minéralisation des eaux des puits.
La mesure de ces deux paramètres est effectuée en plongeant l’appareil dans l’eau pendant
quelques secondes.
4. Résultats et discussion
4.1. Evaluation des ressources en eau selon la population locale dans l’île de Carabane
Dans cette partie les différents types de ressources en eau existantes dans l’île de Carabane
sont caractérisés et quantifiés. Dans l’île de Carabane, les eaux utilisables sont les eaux de
pluie, les de surface et les eaux souterraines. L’île de Carabane est dotée d’importantes
ressources en eau. Le fleuve Casamance couvre presque la totalité partie de l’île par ses
réseaux hydrographiques. Les nappes souterraines constituent l’essentiel des ressources
exploitées pour les différents usages domestiques, agricoles... Cependant, la gestion
coordonnée des prélèvements pose des problèmes aigus : l’augmentation des besoins a
coïncidé avec le moment où les ressources subissent sans cesse les assauts de la variabilité
climatique (une baisse du niveau de certaines nappes, une percolation directe des eaux
superficielles dans les eaux souterraines, absence d’alimentation de ces nappes du fait de la
baisse des pluies…). Les ressources souterraines sont en général douces mais elles sont de
plus en plus affectées par le sel du fait de l’intrusion marine et la baisse des pluies (Mahé,
2006, p 78). La pluie (ressource pluviale) est en général régulière dans l’île de Carabane mais
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elles sont de nos jours de plus en plus vulnérables face à la variation climatique. Les
ressources superficielles sont représentées par le fleuve Casamance, le cachouane bolong et le
ourong bolong.
100.0 89.4 86.4 90.9
Eaux pluviales
80.0 Eaux souterraines
Pourcentage
40.0
20.0
6.1 4.5 6.1 4.5 9.1 3.0 0.0 0.0 0.0
0.0
Abondantes Peux abondantes Suffisantes Insuffisantes
Figure 2 : Perception de la population locale sur les ressources en eau dans l’île de Carabane (Source :
Enquêtes Manga, 2018)
Les données d’enquêtes révèlent que les ressources en eau sont abondantes dans l’île car
parmi les 66 ménages interrogés, 90,9% (Figure 2) sont favorables à l’idée selon laquelle les
ressources en eau sont suffisamment abondantes dans l’île du fait de la présence en abondance
du fleuve, des nappes plus ou moins affleurantes et une pluviométrie régulière. Toutefois, la
qualité reste à apprécier surtout pour les ressources souterraines qui sont généralement
saumâtres.
4.1.1. Perception de la population locale sur la pluviométrie dans l’île de Carabane
La caractérisation des ressources pluviales dans l’île de Carabane se réfère au fait que ces
ressources sont saisonnières. On les retrouve pendant la saison des pluies. L’analyse de la
figure 9, nous montre que sur 66 ménages interrogés, 89,4% ont jugé la ressource eau pluviale
abondantes dans l’île de Carabane du fait de la régularité des saisons des pluies, 6% des
ménages soutiennent que la ressource est peu abondante car selon eux, la ressource tend à
baisser au fur des années. Par contre parmi ces ménages interrogés, 4,5% estiment que cette
ressource est suffisante car elle parvient à satisfaire au moins leur besoin en eau de pluie.
Cependant un seul ménage déclare que cette ressource est insuffisante et qu’elle ne peut pas
satisfaire les besoins quotidiens des ménages (Figure 2).
4.1.2. Perception de la population locale sur les ressources en eau superficielle dans l’île
de Carabane
Pour la caractérisation et la quantification des ressources eau superficielle dans l’île, nous
avons utilisé les données obtenues durant les enquêtes menés dans le village de Carabane.
Parmi les 66 ménages interrogés à Carabane, 90,9% ont pu constater un taux abondant des
ressources en eau superficielle existantes dans l’île (Figure 2). Cette partie de la population
ont basé cette remarque sur la présence en permanence du fleuve Casamance dans la zone
(carte 4). Mais 6% des ménages estiment que cette ressource est peu abondante. Selon eux,
cette remarque est basée sur le fait que la qualité de cette ressource reste à désirer. Les
ménages interrogés soutiennent que l’eau douce insuffisante car les eaux de surface
disponibles se sont pas potables et ne satisfont non plus les besoins quotidiens de la
population de Carabane. La Figure 1 met également en exergue la quantité abondante de la
ressource en eau superficielle dans l’île de Carabane matérialisée par le fleuve Casamance et
les deux bolongs. Elle est en d’autres termes la ressource en eau la plus représentative dans
l’île.
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4.1.3. Perception de la population locale sur les ressources en eau souterraine dans l’île
de Carabane
Par rapport aux ressources en eau souterraines, parmi les 66 ménages interrogés à Carabane,
86,4% ont pu constater un taux abondant des ressources en eau souterraines existantes dans
l’île (Figure 2). Cette partie de la population ont basé cette remarque le fait que la nappe est
peu profonde. Mais 5% des ménages estiment que cette ressource est peu abondante. Selon
eux, cette remarque est basée sur le fait que la qualité de cette ressource reste à désirer et 8%
pensent que cette ressource est suffisante dans l’île. Certains ménages interrogés soutiennent
que les ressources en eau souterraines comment à devenir insuffisantes, ne sont plus potables
et ne satisfont non plus les besoins quotidiens de la population de Carabane.
Malgré toutes ces potentialités en eau, la population de l’île a du mal à trouver de l’eau douce
pour la consommation. Cela est le problème majeur qui ronge cette belle île de l’embouchure
du fleuve Casamance.
4.2. Caractérisation des facteurs de dégradation des ressources en eau dans l’île de
Carabane
Dans cette partie, il est indiqué comment par le biais des facteurs naturels, le changement
climatique impacte sur les ressources en eau de l’île de Carabane, mais aussi les liens
existants entre les actions anthropiques et les ressources en eau.
4.2.1. Impacts des facteurs naturels sur les ressources en eau dans l’île de Carabane
Dans l’île de Carabane, plusieurs facteurs naturels rendent les ressources en eau vulnérables.
Il s’agit entre autres l’intrusion marine (93% des répondants), de la remontée du biseau salée
(66,7%), de l’augmentation des températures (47%), de la rareté des pluies (42,4%), de la
progression de la sécheresse (27,3%), du ruissellement des eaux de pluies 6,1%), du
déferlement des vagues (1,5%)… (Tableau 2). Quant au niveau de vulnérabilité des
ressources en eau, il est généralement jugé fort (supérieur à 60%) par les populations
interrogées pour les différentes catégories de ressources en eau (Figure 3).
Tableau 2: Facteurs naturels rendant les ressources en eau vulnérables dans l’île de Carabane
Paramètres Nombre Pourcentage
Rareté de pluie 28 42,40%
Augmentation des températures 31 47,00%
Progression de la sécheresse 18 27,30%
Intrusion marine 62 93,90%
Remontée du biseau salée 44 66,70%
Ruissellement des eaux de pluies 4 6,10%
Déferlement des vagues 1 1,50%
Autres 1 1,50%
Total 66
Source : Enquêtes Manga, 2018
6
90.0 Eaux pluviales
80.0 76.6
70.0 Eaux souterraines 65.2
60.0
60.0 Eaux superficielles
Pourcentage
50.0
40.0
30.0 22.7 26.2
20.0 12.3 12.5 9.4 9.1
10.0 1.5 1.6 3.0
0.0
Très faible Faible Moyen Fort
Figure 3 : Niveau de vulnérabilité des ressources en eau du fait des facteurs naturels dans l’île de
Carabane (Source : Enquêtes Manga, 2018)
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Tableau 4: Résultats des analyses des paramètres hydrologiques de 12 puits dans le village de Carabane.
Salinité Conductivité Température
Paramètres pH
(mg/l) (μS/cm) (°C)
Puits 1 (école Primaire) 9 7,41 4,55 39
Puits2 (Badjicounda) 7 7,5 9,15 29,4
Puits 3 (Porton) 5 7,47 3,85 29.3
²Puits 4 (Chez Héléna) 5 7,4 7,1 31,4
Puits 5 (Baracouda) 3 7,9 1,36 28
Puits 6 (école spéciale) 1 7,6 0,9 28,8
Puits 7 (Chapel) 4 7,5 2,5 31,1
Puits 8 (Sarrcounda) 2 7,41 1,32 35
Puits 9 (chef du village) 1 6,98 1,76 28,1
Puits 10 (forage) 1 7,15 0,76 29,8
Puits 11 (Après CEM1) 1 7,65 0,24 29
Puits 12 (Après CEM2) 1 7,21 0,48 30,1
Normes 0,2 mg/l 6-9 250 μS/cm 20-30°C
Source : Manga, 2018
Cette analyse porte sur la salinité, le pH, la conductivité et la température de l’eau de 12 puits
existants dans le village de Carabane (Tableau 4 et Figure 4). Les échantillons traités et ont
été pris à la fin de la saison des pluies.
Figure 4: Localisation des différents puits analysés dans le village de Carabane (Source : Manga, 2018)
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Au niveau de l’île de Carabane, les ressources en eau pluviale subissent les impacts des effets
de la variabilité climatique qui en retour rendent la population locale de Carabane très
sensible face aux effets de ces variations. En effet, avec les changements climatiques, on note
une baisse drastique de la pluviométrie dans cette zone. Cette diminution de la ressource en
eau pluviale se ressent nettement dans l’île car selon certains ménages interrogés, ces
dernières années, le stock des eaux de pluies ne couvre plus la saison sèche contrairement aux
stocks des années passées qui ils parvenaient à couvrir toutes l’année. C’est ce qui pousse
certains à faire des kilomètres pour trouver de l’eau douce dans l’île de Carabane. De plus, on
note une irrégularité des saisons des pluies dans l’île de Carabane. Les changements
climatiques ont beaucoup contribué à la baisse de cette ressource en eau pluviale.
Au niveau de l’île de Carabane, les ressources en eau pluviale subissent les impacts des effets
de la variabilité climatique qui en retour rendent la population locale de Carabane très
sensible face aux effets de ces variations. En effet, avec les changements climatiques, on note
une baisse drastique de la pluviométrie dans cette zone (Tableau 5). En se basant sur les
enquêtes, 81,8% des ménages interrogés estiment que le début de la saison des pluies a connu
un retard pendant ces dernières années. Pour cette partie des ménages interrogés, ce retard est
causé essentiellement par les changements climatiques. En plus, 74,2% de ces ménages
déclarent qu’ils observent une baisse de la pluviométrie. Selon eux, la variabilité climatique,
reste le seul facteur de cette diminution.
Tableau 5: Perception de la population de l’île de Carabane sur la pluviométrie
Paramètres Nombre Pourcentage
Augmentation de la pluviométrie 6 9,10%
Diminution de la pluviométrie 49 74,20%
Retard dans le démarrage de la saison 54 81,80%
Pluies précoces 10 15,20%
Total 66
Source : Enquêtes Manga, 2018
4.2.2. Impacts des activités socioéconomiques sur les ressources en eau dans l’ile de
Carabane
La multitude de menaces importantes qui pèsent sur les ressources en eau découlent toutes
principalement des activités humaines. Ces menaces sont entre autres la souillure, la pauvreté,
la croissance urbaine et les transformations du paysage telles que la déforestation. Chacune de
ces menaces a un impact non négligeable, le plus souvent directement sur les écosystèmes,
avec des répercussions sur les ressources en eau. Ainsi, les facteurs anthropiques jouent un
rôle majeur dans l’accélération du processus de la dégradation des ressources en eau dans l’île
de Carabane (Tableau 6).
Tableau 6: Facteurs anthropiques impactant les ressources en eau dans l’île de Carabane
Paramètres Nombre Pourcentage
Surutilisation des ressources en eau 22 33,30%
Pauvreté excessive (problèmes économiques) 25 37,90%
Augmentation des besoins due à la hausse de la population 24 36,40%
Utilisation et gestion archaïque des ressources en eau 16 24,20%
Pollution 34 51,50%
Autres 8 12,10%
Total 66
Source : Enquêtes Manga, 2018
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La dégradation des ressources en eau est en effet liée à la croissance démographique de plus
en plus élevée. Les principaux facteurs anthropiques de cette dégradation sont la souillure
(51.5%), l’augmentation des besoins en eau due à la hausse de la population (36.4%), la
pauvreté (37.9%), la surutilisation des ressources en eau (33.3%) mais aussi l’utilisation et la
gestion archaïque de ces ressources (24.2%). Néanmoins, les personnes interrogées ont
indiqué un niveau de vulnérabilité des ressources en eau, du fait des facteurs anthropiques,
dans l’île de Carabane généralement faible (plus de 55% pour les différentes catégories d’eau)
(Figure 5).
70.0
60.0 57.1 59.5 56.1 Eaux pluviales
50.0 Eaux souterraines
Pourcentage
10
Figure 6 : Souillure des lits mineur et majeur du marigot de l’île de Carabane (Clichés Manga, 2018)
Dans ce lieu, la plupart des eaux des nappes existantes sont le plus souvent sombres du fait de
la pollution. Selon une partie de la population, le fait de jeter des ordures dans les marigots est
la raison principale de la pollution de ces ressources en eau (même souterraines), les marigots
et le fleuve étant parfaitement connectés aux nappes souterraines.
[Link]. Augmentation des besoins en eau due à la hausse de la population
A la recherche de meilleur condition de vie, l’homme se déplace sans cesse et s’installe dans
des zones plus favorables à son développement. Ainsi, l’île de Carabane est parmi l’une des
îles les plus belles de la basse Casamance et avec un meilleur temps, une histoire bien parfaite
et connue et une zone touristique. Ainsi, on assiste à des arrivées massives des personnes dans
cette île dont la majorité finit par s’y installer de manière définitive. Cela participe à
l’augmentation de la population locale de Carabane et qui en retour à des impacts très
importants sur les ressources en eau. En effet, la population locale de Carabane (avec 36.4%
des réponses) affirme qu’avec la hausse de la population, on note une augmentation sans cesse
des besoins en eau potable dans l’île pour les besoins agricoles, les tâches ménagères et la
consommation…
Les prélèvements d’eau douce ont beaucoup augmenté dans l’île de Carabane, en partie sous
l’effet de la croissance démographique. La population de Carabane, qui s’élevait en 2003 à
223 habitants, est aujourd’hui estimée à 428 habitants (Commune Diembéring, 2013). Dans le
même temps, la demande supplémentaire en eau augmente de plus en plus chaque année.
Ainsi, plus la population augmente, plus les besoins en produits agricoles et domestiques
s’accroissent. Si rien n’est fait pour rationaliser l’utilisation de l’eau dans l’agriculture et dans
les tâches ménagères, les besoins en eau devraient augmenter de plus en plus alors même que
l’île tend à atteindre déjà l’état de stress hydrique. Cela se traduit par la baisse considérable du
niveau des nappes phréatiques durant la saison sèche mais aussi l’assèchement temporaire de
certains puits de l’île sur la même saison.
[Link]. Surutilisation des ressources en eau
Dans l’île de Carabane, on assiste à des phénomènes de surexploitation des ressources en eau,
plus précisément l’eau douce des nappes phréatiques. En effet, l’eau souterraine subit une
pression non négligeable de la part de la population locale du fait de l’agriculture en
particulier du maraichage dans cette l’île. Dans ce lieu, la majorité des femmes font le
maraichage et que cette activité consomme beaucoup d’eau. Ainsi, avec cette problématique
de trouver de l’eau douce dans cette île, ces femmes sont dans l’obligation de surexploiter
cette faible ressource afin de satisfaire les besoins journaliers en eau douce des plantes
cultivées.
Même si l’agriculture pèse très lourde sur cette forte exploitation de ces ressources en eau, on
a aussi les besoins domestiques qui à leur tour impactent sur ces ressources en eau dans l’île.
Selon les enquêtes menées, l’activité touristique est bien présente dans cette petite l’île avec
plus de 4 campements, un hôtel et plusieurs résidences. Ainsi, l’exploitation des ressources en
eau devient très probable. Cependant, avec le problème de retrouver de l’eau douce en
abondance dans l’île pour la satisfaction des besoins en eau, la population de Carabane se voit
juste dans l’obligation d’exploiter cette maigre ressource pour maintenir leurs activités
touristiques comme ménagères. Par conséquent, cette surexploitation a des répercussions non
négligeable sur ces ressources en eau, particulièrement celle souterraine, car on assiste à une
baisse sans cesse du niveau des nappes phréatiques, en atteste la baisse du niveau des puits et
leur tarissement durant la saison sèche (Figure 7).
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Figure 7 : Puits taris pendant la saison sèche du fait de la forte utilisation de l’eau à Carabane (Clichés
Manga, 2018)
[Link]. Pauvreté et forme de gestion traditionnelle des ressources en eau
La population de Carabane est très pauvre (PDD Diembéring, 2013) et utilise de manière
traditionnelle les ressources en eau, favorisant leur vulnérabilité face au changement
climatique. En effet, l'eau non potable et un mauvais assainissement entraînent insalubrité et
maladies. Dans cette île isolée et très enclavée, les femmes et les enfants passent souvent
plusieurs heures par jour à marcher vers la source la plus proche pour rapporter de l'eau au
village. Ce temps passé sur les chemins empêche les jeunes d'aller à l'école. Cette situation les
enferme dans un cycle de pauvreté dont les conséquences sont dramatiques. Du fait de la
pauvreté, la population va chercher de l’eau douce dans la forêt avec des bassines, des bidons
ou des sceaux, bien que cette eau ne soit pas toujours potable, et donc peut être source
d’infection et de transmission de maladie. Cet état de fait pousse d’autres habitants de l’île de
Carabane à recueillir les eaux de pluies afin de s’en servir comme eau de boisson alors que la
conservation reste à désirer. Ce qui rend certains des habitants et les ressources en eau très
vulnérables face aux impacts du changement climatique dans de l’île de Carabane.
5. Conclusion
Cette étude est menée dans le souci de faire une évaluation des ressources en eau et une
caractérisation des facteurs naturels comme anthropiques de leur dégradation dans l’île de
Carabane. Les disponibilités en eau sont évaluées en fonction des résultats obtenus durant les
enquêtes et les entretiens effectués dans l’île de Carabane et les résultats montrent que l’eau
est effectivement disponible en quantité suffisante en raison des niveaux d’eau plus ou moins
importants durant toute l’année, la présence en permanence du fleuve et une nappe
affleurante. Toutefois, il faut retenir qu’il s’agit en grande partie d’eau saumâtre à salée, ce
qui fait que l’accès à l’eau douce reste un grand problème dans cette zone du bassin versant de
la Basse-Casamance. Ce phénomène est inhérent à la dynamique hydrologique ou encore au
comportement hydrologique de l’île qui est fortement alimenté par l’eau du fleuve. Sur le plan
socio-économique, la variabilié de ces ressources rend la population locale très sensible face
aux assauts de la variabilité climatique. Les activités qui sont menées dans l’île sont
tributaires aux ressources en eau. C’est le cas du tourisme, de la pêche et de l’agriculture. Par
conséquent la des ressources en eau face aux changements climatiques impacte directement
sur les activités socio-économiques des habitants de l’île de Carabane.
Sources de financement : Cette recherche n'a reçu aucune subvention spécifique des
organismes de financement des secteurs public, commercial ou sans but lucratif.
Références
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durable, L'Europe en Formation 3/2012 (n° 365), 260, 3-21.
12
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