Kinematics
Kinematics
The aim of this thesis is to bring a package of software tools included in a whole
methodology dealing with mechatronic systems design. It comes as an add-on to the work
already carried out at the laboratory in the field of the new generation of aircraft actua-
tion systems: electromechanical actuators (EMA). This technology triggers new problem-
atics leading the engineers to modify their development process as early as the specifica-
tion phase, when mission profiles have to be generated/transformed/analyzed in order to
simplify the design and ensure the validation step. Thus a Simulink toolbox has been cre-
ated to meet the need for an information translator working as an intermediate between
airframer and system-supplier. As for all the embedded systems, the designer has to face
some performance-lifetime-integration trade-off, which can be considered as an optimi-
zation problem described by a set of equations and constraints. Particular attention is
paid here to the conditioning of those explicit equations in order to obtain a standardized
calculation sequence adapted to many optimization algorithms. The method and imple-
mented software, both based on the graph theory, interact with the designer to inform
him on the possible singularity and algebraic loop issues, providing some leads for their
resolution. Finally, some preliminary sizing studies of landing gear and primary flight
control surfaces (aileron and spoiler) actuation systems are presented to highlight the
possibilities brought out by this innovative approach: integrated design with complex
kinematics, collaborative multi-partners design, use of response surfaces to speed up the
optimization.
Ce travail a été mené au sein de l’Institut Clément Ader de Toulouse et sous la direc-
tion de Marc Budinger et Jean-Charles Maré dans le cadre du projet Européen
ACTUATION 2015. Je tiens à remercier ici tous les personnes qui ont contribué à ce que
ces 3 années de doctorat s’effectuent dans des conditions optimales, motivantes et enri-
chissantes.
À M. Marc Budinger pour m’avoir proposé ce doctorat en premier lieu, mais aussi pour
son expertise technique/scientifique, ses nombreuses qualités humaines, les idées et con-
seils prodigués et enfin sa grande disponibilité à mon égard. Ce fût pour moi un réel plai-
sir que de travailler conjointement sur ce projet et de pouvoir m’enrichir scientifiquement
à ses côtés.
Au professeur Jean-Charles Maré pour m’avoir fait part de son expérience profession-
nelle dans le domaine, pour le co-encadrement de ces travaux, d’avoir partagé sa vision
pragmatique sur les problèmes abordés et les moments conviviaux partagés.
À leurs épouses respectives, Mme. Valérie Budinger et Mme. Dominique Maré pour
leur accueil et hospitalité.
Au professeur Jean Renaud, pour avoir présidé la commission d’examen avec une
grande justesse, ainsi que pour son intérêt pour ces travaux.
À Mme. Elise Vareilles et M. Jean-Yves Choley, pour m’avoir fait l’honneur de pren-
dre part au jury auquel ils ont apporté leur vision éclairée.
Aux membres de l’ICA pour l’ambiance réservée. Par ordre alphabétique : Christine
Barrot, Tahar Benhadou, Clément Coic, Stéphane Collin, Alain Daidié, Simon Dols,
Mickael Duval, Amine Fraj, Emmanuelle Gnesi, Fabien Hospital, Nicolas Laurien, Hacene
Mohand, Stéphane Orieux, Manuel Paredes, Jean-Noel Perie, Luis Perini, Thomas Ros,
Florian Sanchez, Tarek Sultan, Jerome Thauvin et tous ceux que j’aurais pu oublier.
Aux membres de l’association TIM, trop nombreux pour être énumérés, mais avec qui
j’ai pu partager des moments mémorables.
Finalement, mes derniers remerciements vont à mes proches à qui je dédie ce mémoire.
Dans ce chapitre sera présenté le contexte contractuel et de recherche dans lequel
s’inscrit cette thèse. Seront abordés les travaux antérieurs réalisés par l’équipe pour bien
mettre en parallèle les besoins du projet et la continuité des outils/méthodes développés
dans le laboratoire au cours des dernières années.
CAO Conception Assistée par Ordinateur
CISACS Concept Innovant de Systèmes d’Actionnement de Commandes de
vols secondaires et de Servitudes
ELISA ElectricaL Innovative Surface Actuation
EMA Electro-Mechanical Actuator
EPICA Electrically Powered Integrated Control Actuators
FP7 Framework Program 7
MEA More Electrical Aircraft
MOET More Open Electrical Technologies
MS2M Modélisation des Systèmes et Microsystèmes Mécaniques
POA Power Optimized Aircraft
SP Service Package
THSA Trimmable Horizontal Stabilizer Actuator
UTAS UTC Aerospace Systems
V&V Verification and Validation
WP Work Package
La tendance actuelle pour le secteur du transport est à l’économie d’énergie qui repré-
sente une part importante des coûts d’exploitation des compagnies (environ 30%). Ceci a
conduit les constructeurs à travailler sur de nombreux axes tels que l’amélioration de
l’aérodynamique (« winglets », aile delta…), de la motorisation (Airbus A320neo et
A330neo, optimisation de la régulation du moteur, turboréacteur à hélice rapide ou
« open-rotor »…), l’allègement des structures par l’introduction de la fibre de carbone
(Airbus A350, Boeing 787), une meilleure gestion du trafic aérien [1] (optimisation des
trajectoires et procédures d’approche, vols groupés…), l’intégration de nouvelles fonction-
nalités telle que le roulage autonome (« green-taxiing ») ou encore une électrification des
servitudes en vue d’optimiser les consommations de puissance secondaire, avec en point de
mire l’avion plus électrique (« More Electric Aircraft » - MEA) voire tout électrique
[2,3,4]. C’est sur cette dernière thématique que s’inscrivent les travaux de l’équipe d’une
manière générale tout comme les études menées dans cette thèse.
Le projet ACTUATION 20151 est un projet se déroulant sur trois ans (de janvier
2012 à décembre 2014), regroupant 53 partenaires Européens présents dans 12 pays dif-
férents, avec à la tête le groupe UTAS pour un budget prévisionnel de 35M€ financé à
hauteur de 60% par l’union Européenne dans le cadre du programme FP7. Il a permis de
financer cette thèse dans sa globalité.
C’est principalement sur l’aspect outils et méthodes (sous projet WP3.2 – « Model ba-
sed design tools ») que l’Institut Clément Ader s’est positionné au travers de cette thèse en
fournissant une librairie de composants pour le prédimensionnement et la validation
d’EMA par simulation 0D-1D, des méthodes d’analyse de profils de mission et d’aide à la
mise en place de cahier des charges système en phase amont de projet (Chapitre 2) et des
méthodes de mise en forme d’une procédure de dimensionnement optimal.
Les diverses méthodes ont pu être appliquées sur plusieurs cas d’étude, en particulier
dans le cadre du WP1.2 – « Short to long range aircraft electrical actuators require-
ments » pour la génération de spécification d’actionneurs de trains d’atterrissage ou en-
core la validation des choix de standardisation sur un nombre restreint de cas
d’application incluse dans la phase d’étude globale de V&V du sous-projet WP6.3 – « Mo-
dularity technology & cost assessments » (travaux encore en cours au moment de la rédac-
tion de ce mémoire).
1
Site internet du projet ACTUATION-2015 : [Link]
Les études peuvent être classées en trois catégories distinctes : des thèses plutôt tein-
tées système haut niveau (optimisation de l’architecture de puissance avion et de ses fonc-
tionnalités [5], génération et test d’un réseau électrique reconfigurable [6]), des thèses
orientées essais/calage de modèles de simulation (construction et caractérisation d’un
banc d’essais avec validation du modèle EMA [7], études de lois pour limiter la désynchro-
nisation ou « force-fighting » [8]), et des thèses intermédiaires touchant à la conception
préliminaire (simulation inverse par Bond-Graph avec étude de fiabilité d’un actionneur
THSA – « Trimmable Horizontal Stabilizer Actuator » [9], création d’une librairie de mo-
dèles composants dans l’environnement de simulation Dymola [10] pour le dimensionne-
ment et la validation d’EMA intégrant les lois d’échelle [11], aspect conception par opti-
misation collaborative [12], travaux sur les aspects : vibratoire – impact des imperfections
sur les performances dynamique – compléments sur les lois d’échelle [13], travaux sur
l’incertitude liée aux lois d’échelle ainsi que les passerelles avec la CAO et des modèles
éléments finis [14], modélisation thermique et étude des pertes dans les réducteurs [15]).
C’est dans cette dernière catégorie qu’il est possible de classer les travaux présentés
dans ce mémoire.
Deux aspects principaux sont abordés :
- L’aide à la formulation d’un cahier des charges complet et cohérent lorsque l’on
s’attaque à la conception d’actionneurs électromécaniques (aspect abordé succinc-
tement dans [11]), avec un certain nombre d’outils implémentés dans
l’environnement de simulation Matlab-Simulink.
- L’aide à l’expression et au conditionnement d’un problème de conception optimale
comportant de nombreuses lois et contraintes. Il s’agit ici de présenter des mé-
thodes pour organiser un chaînage de calcul automatisé en aidant le concepteur.
Ce sujet a découlé d’une observation faite lors de l’optimisation d’un actionneur
de train d’atterrissage [12] : utiliser des outils de simulation dynamique pour la
conception optimale est trop coûteux en temps de calcul. Il est alors plus intéres-
sant, comme on pourra le voir, d’adapter le problème en utilisant des modèles ma-
thématiques explicites équivalents.
Bien que ce mémoire soit essentiellement axé sur les deux aspects présentés plus tôt, à
savoir la spécification (Chapitre 2) et le conditionnement du dimensionnement optimal
(Chapitre 3), d’autres aspects seront abordés. Ainsi dans le Chapitre 1 sera présentée la
méthodologie générale de conception préliminaire d’un actionneur électromécanique, mé-
thode qui reprendra des travaux précédents sur les modèles dynamiques et les lois de simi-
litudes. Dans ce même chapitre sera faite la transition vers le cahier des charges en par-
lant des contraintes technologiques inhérentes aux divers composants et dont il faut tenir
compte dans toute la phase de développement. Enfin, le Chapitre 4 sera un résumé des
dimensionnements réalisés dans le cadre du projet, il comprendra quelques études de sen-
sibilité sur des points clés du cahier des charges et abordera succinctement les notions
liées à la standardisation.
[1] Nangia R., "A vision for highly fuel-efficient commercial aviation," in EUropean
Conference for Aerospace ScienceS, Bruxelles, 2007.
[2] Forsyth A.J., "A review of more-electric aircraft," in Aerospace Sciences and
Aviation Technology, Le Caire, 2009.
[3] Langlois O. & al., "De l'avion plus électrique à l'avion tout électrique: de l'état de
l'art et prospective sur les réseaux de bord," in J3eA, vol. 4, 2005.
[4] Mare J.C., "Towards more electric drives for embedded applications: (re)discovering
the advantages of hydraulics," in 7th international conference on fluid power ,
Aachen, 2010, pp. 75-86.
[5] Hanke S., "A model-based methodology for integrated preliminary sizing and
analysis of aircraft power system architectures," Université de Toulouse, INSA
Toulouse, Thèse de doctorat 2008.
[6] Giraud X., "Méthodes et outils pour la conception optimale des réseaux de
distribution d’électricité dans les aéronefs," Université de Toulouse, Toulouse, Thèse
de doctorat 2014.
[7] Karam W., "Générateurs de forces statiques et dynamiques à haute puissance en
technologie électromécanique," Insa de Toulouse, INSA Toulouse, Thèse de doctorat
2007.
[8] Wang L., "Stratégie d'égalisation d'efforts dans les systèmes d'actionnement actif-
actif à technologie dissimilaire," Université de Toulouse, Toulouse, Thèse de doctorat
2012.
[9] Nfonguem G., "Contribution au developpement d'actionneurs plus électriques -
modélisation inverse et composants mécaniques spécifiques à une application
aéronautique," Insa de Toulouse, Toulouse, Thèse de doctorat 2006.
[10] Dassault Systems. CATIA systems engineering - Dymola. [Online].
[Link]
engineering/modelica-systems-simulation/dymola/
[11] Liscouet J., "Conception préliminaire des actionneurs électromécaniques - approche
hybride, directe/inverse," Université de Toulouse, INSA Toulouse, Thèse de doctorat
2010.
[12] El-Halabi T., "Méthodologies pour la conception optimale des systèmes
d’actionnement électromécanique," Université de Toulouse, INSA Toulouse, Thèse
de doctorat 2012.
[13] Hospital F., "Conception préliminaire des actionneurs électromécaniques basée sur
les modèles: lois d'estimations et règles de conception pour la transmission de
puissance mécanique," INSA Toulouse, Thèse de doctorat 2012.
[14] Fraj A., "Nouvelles approches en conception préliminaire basée sur les modèles pour
les actionneurs embarqués," Université de Toulouse, Toulouse, Thèse de doctorat
2014.
[15] Faugère E., "Modélisation couplée des pertes mécaniques et du comportement
thermique d’un réducteur de transmission de puissance par engrenage par réseaux
nodaux multi-niveaux," Université de Toulouse, INSA Toulouse, Thèse de doctorat
2012.
La conception d’actionneurs aéronautiques, qui plus est d’architecture novatrice mé-
langeant les domaines de compétence électriques et mécaniques, est un challenge particu-
lier, notamment lorsqu’il faut faire face aux problématiques inhérentes aux applications
embarquées : environnement difficile, efficacité énergétique, compacité…
Ce chapitre introductif présente la méthodologie générale à mettre en place pour ré-
soudre le problème d’optimisation contraint qu’est le prédimensionnement d’un tel ac-
tionneur. Cette méthode, pouvant couvrir bien d’autres cas d’application, sera décrite
phase par phase et se basera sur divers aspects traités dans des travaux antérieurs ou me-
nés en parallèle par d’autres membres de l’équipe de recherche tels que les lois d’échelles et
les méta-modèles… Un intérêt particulier sera porté aux composants, à leurs limites et
imperfections ainsi qu’aux fonctions qu’ils sont à même de remplir afin de mieux appré-
hender la forte interaction qu’il y a entre architectures, spécifications et profils de mis-
sion.
Il s’agit en quelque sorte de montrer au lecteur l’intérêt des outils de conception, créés
durant ces travaux de thèse et présentés dans les deux chapitres, dans la phase de concep-
tion préliminaire. Une justification quant aux choix d’implémentation et notamment en ce
qui concerne la capitalisation de connaissances sera apportée.
DRESS Distributed Electrical nose gear Steering System
EBHA Electrical Back-up Hydraulic Actuator
EHA Electro-Hydraulic Actuator
EMA Electro-Mechanical Actuator
GRA Gear Rotary Actuator
IGBT Insulated Gate Bipolar Transistor
LVDT Linear Variable Differential Transformer
MDDO Meta-model Driven Design Optimization
MDO Multidisciplinary Design Optimization
MEA More Electrical Aircraft
MLI Modulation de Largeur d’Implusion
ODDO Objective Driven Design Optimization
SHA Servo-Hydrostatic Actuator
SOA Safe Operating Area
THSA Trimmable Horizontal Stabilizer Actuator
V&V Validation and Verification
Avant même de s’intéresser davantage aux phases de développement des actionneurs
EMA, il est bon de rappeler les raisons pour lesquelles ils ont vu le jour. Même s’il est vrai
que l’architecture globale de l’avion est en train d’être remise en cause (MEA), comme ce-
la a pu être évoqué plus tôt, avec comme objectif bien précis de réduire par tous les moyens
les coûts d’exploitation, il ne s’agit pas de la seule explication quant à l’utilisation des
« systèmes d’actionnement ». Voici donc un peu d’histoire sur le « pourquoi » de leur in-
troduction.
Les systèmes d’actionnement sont présents dans les avions. Ils servent entre autres à
mouvoir les commandes de vol primaires, pour de multiples fonctions qui permettent
d’agir sur la trajectoire de l’avion par le contrôle du mouvement selon les trois axes prin-
cipaux : le tangage (cabrer ou piquer du nez – gouvernes de profondeur et plan horizon-
tal), le roulis (pencher l’avion selon l’axe longitudinal – ailerons) et le lacet (orienter le nez
de l’avion à droite ou à gauche – gouverne de direction). On les retrouve aussi sur les
commandes de configuration aérodynamique de l’avion par l’utilisation
d’hypersustentateurs (becs et volets) ou d’aérofreins (« spoilers »). Enfin des actionneurs
équipent des servitudes, telles que les trains et trappes de trains d’atterrissage, le système
de freinage, les portes cargos…
1
Toujours présents sur les avions de petites dimensions (exemple : ATR) ou des avions conçus dans
les années 1970, avec pour rôle l’acheminement de la commande et une fonction d’actionnement de
secours (Boeing 727-737) .
Puis, par la suite, la commande mécanique a laissé place à l’électronique, avec
l’apparition du « fly-by-wire » comme moyen d’acheminement du signal, et des action-
neurs servohydrauliques (SHA - Figure 1.2a) dans les années 1960-1970 (Concorde, F-
16…). Les intérêts sont alors multiples car l’introduction de calculateurs de vol va per-
mettre non seulement d’embarquer de nombreuses fonctionnalités (aide aux phases
d’approches : décollage/atterrissage) mais aussi d’améliorer le contrôle de stabilité et relâ-
cher ainsi les contraintes fortes en terme de conception aérodynamique (ailes delta).
L’étape suivante, bien plus récente, a été de localiser l’actionneur au plus proche de la
source de puissance, c’est ce que l’on appelle le « power-by-wire », elle se retrouve liée au
concept d’avion plus électrique. Ainsi, le réseau hydraulique est remplacé par un réseau
électrique, et localement la puissance hydraulique est générée par une pompe, c’est
l’apparition des actionneurs électro-hydrostatiques (EHA - Figure 1.2b). Ce n’est
qu’ensuite que sont apparus les premiers concepts d’actionneurs électromécaniques
(Figure 1.2d), remplaçant l’hydraulique par une chaine de transmission de puissance mé-
canique. Ce manuscrit n’a pas pour ambition de comparer ces deux technologies et les
choix faits par les avionneurs, puisque chaque concept a ses avantages et inconvénients, et
que finalement assez peu de retours d’expériences (A380 pour les EHA aileron et EBHA -
Figure 1.2c profondeur/direction, essais sur l’A320-Safran pour un concept d’EMA aile-
ron, B787 pour des EMA de spoilers et freins…) sont disponibles. Néanmoins, le principal
problème des EMA est le grippage dont la probabilité d’occurrence n’est pas critique pour
les EHA. Les solutions mécaniques permettant d’éviter ce grippage tendent à complexi-
fier grandement les architectures.
L’introduction de cette nouvelle technologie pose donc de nouvelles problématiques
non présentes sur les SHA tant au niveau des architectures que, comme on le verra, du
dimensionnement : fortes inerties réfléchies, échauffement difficilement évacuable, cou-
plages multi-domaines. C’est pour toutes ces raisons que le développement « classique » et
ses acteurs sont impactés.
Pour conclure sur les cas d’application aéronautiques de tels systèmes, le Tableau 1.1
donne un aperçu des besoins spécifiques qu’il est possible de rencontrer.
Besoins au niveau actionneur
Applications
Couple maximal Vitesse maximale Débattement
Ailerons
Direction 1 à 20kNm 30 à 40°/s 50 à 80°
Profondeur
Spoilers 15kNm 40°/s 50°
Becs/Volets 10 à 40kNm 2 à 5°/s 30°
Plan Horizontal 60 à 400kNm 0.5 à 1°/s 20°
Trains d’atterrissage 15 à 40kNm 15°/s 90°
Trappes train d’atterrissage 1.2 à 2.5kNm 60°/s 90°
Inverseurs de poussée 2.5 à 5kNm 40°/s 80°
Porte cargo 500Nm 10°/s 120°
Tableau 1.1 – Caractéristiques des actionneurs A380, extrait de [2]
Figure 1.2 – Schéma des différents types d’actionneurs [3]
Si l’on ajoute à cela le fait que les EMA font apparaître de nouveaux couplages inter-
disciplinaires que l’on a déjà pu évoquer (mécanique : tribologie/ vibration/ structure/
conception/ inertie, électrotechnique/ thermique, électronique…), il devient évident que
l’évaluation de solutions architecturales doit être supportée par un ensemble consistant et
efficace de méthodes et d’outils. La traçabilité entre besoins/exigences et les
choix/résultats de conception doit être assurée par la même occasion afin de voir la dé-
marche de traitement et d’en faciliter la validation.
Degrées de liberté de conception
composants de l’architecture
Cinématique et rapports de
Courbe de déplacement2
Modèles et outils de
Architectures
Technologies
transmission
(transitoire)
conception
Spécifications Description
Fonctions principales Ä
Fonctions
Modes opérationels [13] Ä
Performances transitoires
Performances Ä Ä Ä Ä Ä
(précision dynamique [9])
Thermique [10] Ä Ä Ä Ä
Environement
Vibratoire [6,8] Ä Ä Ä
Coût non récurrent Ä
Coût
Coût réccurent Ä Ä Ä
Panne sûre (court-circuit,
Ä Ä Ä
blocage, choc…) [14,6]
Sécurité
Durée de vie/MTBF/taux de
Ä
défaillance [10,11]
Masse Ä Ä Ä Ä
Intégration
Enveloppe géométrique [12] Ä Ä Ä Ä
Tableau 1.2 – Principaux critères et degrés de liberté de conception d’un EMA [-]
Les parties prenantes regroupées autour d’un projet de conception d’EMA sont nom-
breuses en général. On retrouve l’avionneur (client) au sommet de la pyramide,
l’intégrateur/systémier comme principal interlocuteur, puis en dessous les fournisseurs
qui fabriquent l’ensemble des composants. D’autres acteurs majeurs peuvent être cités : les
sous-traitants qui développent les bancs d’essais et/ou réalisent les tests de validation. Ne
prenant pas part dans la phase de conception, ils ont volontairement été mis de côté dans
cette présentation.
Ce travail collaboratif nécessite des transferts de connaissances et compétences de
manière à ce que le cahier des charges, point de départ du projet, soit le plus exhaustif
possible. En effet, d’un côté l’avionneur possède un réel savoir sur les scénarios opération-
nels de l’actionneur en question : fonctions techniques réalisées et cas de pannes, condi-
tions environnementales, profil de mission et performances ; alors que, de l’autre, le sys-
témier a plutôt un savoir-faire dans la proposition d’architectures et le comportement
(limitations/ critères de conception, fonctions, plage d’utilisation d’une technologie…) des
composants.
2
Le profil de déplacement peut être défini pour des application dites point-à-point, non continues.
C’est ce que traduit la Figure 1.5, avec des flux d’information, descendant de
l’avionneur (« top-down ») ou remontant du systémier et de ses fournisseurs (« bottom-
up »), flux nécessaires au développement d’un EMA.
Pour s’assurer de la complétude du cahier des charges, l’auteur de [15] met en place
un outil se présentant sous forme de matrices qui relient globalement ces critères de con-
ception des composants aux scénarios opérationnels. Cela assure d’une part la traçabilité,
et permet d’autre part d’analyser l’impact du cahier des charges sur la définition du pro-
totype. En effet, une fois le prédimensionnement réalisé, il sera possible de simplifier la
matrice en n’énumérant que les critères de conception réellement utilisés ou actifs, autre-
ment dit les critères en limite de ce que la technologie peut faire. Ainsi l’on pourra voir de
quel scénario ils découlent, et en considérant l’impact du composant sur le concept (masse,
coût…), il sera possible de mettre en avant les spécifications importantes. Concernant
l’architecture fonctionnelle, l’auteur propose le même style d’outil pour s’assurer la cor-
respondance entre les besoins et la solution proposée.
La méthodologie générale de conception préliminaire développée dans cette thèse est
synthétisée dans le Tableau 1.3. Comme défini par [16,17], il s’agit d’un ensemble de pro-
cessus (séquence logique de tâches en vue d’obtenir un objectif), méthodes (technique de
réalisation d’une tâche) et d’outils (instrument d’implémentation des méthodes).
La fonction première d’un actionneur électromécanique est de fournir une course suf-
fisante pour asservir la charge en position dans la majorité des cas.
L’architecture d’un actionneur peut toujours se décrire par la chaîne fonctionnelle
classique de la Figure 1.6 :
Si l’on doit passer en revue les diverses fonctions rencontrées en partant de la source
de puissance pour arriver à la charge, on retrouve les solutions techniques suivantes :
- L’alimentation : la connexion au bus DC de l’avion sera établie au moyen d’un réseau
de contacteurs (architecture électrique reconfigurable [22]) ;
- Le traitement, la communication et la distribution : assurés par le bloc électrique com-
prenant le module de puissance formé de ponts ou demi ponts en H et le module de
commande (cartes électroniques) assurant l’asservissement en position ;
- La conversion d’énergie (électrique → mécanique) : assurée par un moteur électrique
synchrone sans balais à aimants permanents (présente de bonnes performances en
terme de couple massique).
- La transmission/transformation de mouvement : adaptation ‘RT’ d’une rotation (du
moteur) à une translation (de la tige actionneur) au moyen d’une vis à rouleaux ou à
billes (actionneur linéaire), et/ou adaptation de la démultiplication ‘RR’ (aux besoins
de la charge) grâce à un réducteur mécanique.
Les composants et capteurs (position, vitesse ou même effort) s’intègrent dans un car-
ter comportant ou non des éléments de dissipation thermique. Cet assemblage mais aussi
la constitution propre des composants implique assez souvent l’introduction de roulements
et joints d’étanchéité pour une protection vis-à-vis de l’environnement.
Figure 1.8 – Concepts d’actionneur de train d’atterrissage avec fonction « free-fall » [23,24]
Le grippage est, comme cela a pu être dit, l’une des pannes la plus redoutée pour ce
genre d’actionneur. C’est pourquoi certains actionneurs possèdent plusieurs voies de puis-
sance déconnectables afin d’assurer une meilleure tolérance au grippage. Pour illustrer
cela, le système d’actionnement orientant le train d’atterrissage avant sur le projet
DRESS est illustré Figure 1.9.
Figure 1.9 – Remplacement du système d’orientation du train avant – projet DRESS [5]
Dans d’autres cas, comme expliqué plus haut, il peut être demandé de libérer le mou-
vement de l’actionneur avec un mécanisme anti-grippage. Cela est par exemple intéres-
sant lorsque plusieurs actionneurs meuvent la même surface comme dans le cas des com-
mandes de vol d’hélicoptère Figure 1.10 (système innovant présenté par Liebherr).
Figure 1.11 – Brevet d’un mécanisme « fail-safe » sur actionneur THSA [26]
Figure 1.12 – Brevet d’un mécanisme « noback » sur actionneur THSA [27]
Figure 1.13 – Brevet d’un moteur brushless assurant l’amortissement passif par pertes fer [28]
Toujours sur le moteur, et pour répondre cette fois aux contraintes de fiabilité, ceux-ci
peuvent voir évoluer leur architecture interne pour passer du classique 3-phases à plus de
5 phases.
Figure 1.14 – Moteur à six phases [29] vs. moteur 3-phases redondantes [30]
L’intérêt est de conserver des performances correctes, même après la perte d’une
phase, avec un minimum d’oscillation de couple (« ripple »). Néanmoins, ce maintien de
fonctionnalité passe par des architectures spécifiques de l’électronique de puissance
comme des ponts en H pour chaque phase (Figure 1.15). De même, le pilotage nécessitera
un surplus de capteurs de courant (un par phase) là où deux étaient suffisants.
Figure 1.15 – Architecture classique [31] vs. robuste avec ségrégation de phase [29]
Et enfin, pour finir ces illustrations sur les évolutions structurales, une dernière fonc-
tionnalité sur les moteurs, qui peut en définitive être perçue comme une composante para-
site, concerne le couple de détente (ou « cogging torque » en anglais). Il s’agit des varia-
tions de couple lors du passage des aimants devant les dents. Le couple de détente peut
être perçu comme un avantage dans certaines applications (contrôle du moteur pas à pas
sans capteur) ou comme un inconvénient en aéronautique lorsque l’actionneur est en mode
passif, car pouvant provoquer une non réversibilité locale. C’est pourquoi des études sont
menées sur les géométries (et le nombre) des aimants, mais aussi des dents pour réduire au
maximum le couple de détente.
Figure 1.16 –Géométrie des dents et couple de détente (moteur 9 encoches – 6 pôles) [32]
La vis à billes/rouleaux :
Il faut savoir qu’il existe plusieurs types de vis à rouleaux (là où pour les vis à bille on
ne peut jouer quasiment que sur l’écrou). Ainsi on retrouve la vis à rouleaux planétaires,
vis à multiples filets dont le pas reste élevé 6-12mm, comportant un ensemble de rouleaux
filetés liés par une cage (planétaire) et synchronisés par une couronne usinée dans l’écrou.
Les rouleaux n’ont alors aucun mouvement axial par rapport à l’écrou. L’autre technolo-
gie, assez peu rencontrée, est celle à recirculation de rouleaux. Sur ce genre de vis, les rou-
leaux possèdent des gorges et non des filets, et se translatent dans l’écrou avec une en-
coche de recirculation et une came les ramenant en début de course. Ces vis possèdent un
pas très fin (de l’ordre de 2-6mm) favorable au rapport de réduction élevé. La contrepar-
tie est qu’elle ne possède alors que peu de filets : un ou deux.
Alors que la vis à recirculation de rouleaux est adaptée aux applications à forte préci-
sion de positionnement, celle planétaire permet de déplacer de plus fortes charge et ce à
des vitesses plus élevées.
En termes de frottements mais aussi de bruit, les vis à billes peuvent se voir dotées de
structures moins conventionnelles avec l’ajout de billes mortes ou cage intercalées entre
les éléments roulants. L’intérêt est de diminuer les frottements (utilisation de matériaux
polyamides) et les chocs de fonctionnement.
En plus de cet élément parasite, les frottements, la vis a un second point critique,
l’élasticité de transmission (dont le jeu). Pour des applications peu inertielles avec des ef-
forts transmis ne s’inversant pas, cela n’est à priori pas problématique, mais à vide il ne
sera possible d’assurer une erreur de positionnement faible qu’en la pré-chargeant de ma-
nière à supprimer ce jeu. Il est alors possible d’estimer le frottement à vide et en charge à
l’aide de formules de contact d’Hertz [37] comme cela est expliqué en Annexe A1.
Les réducteurs :
Il ne s’agit pas ici de faire une description détaillée de la modélisation des réducteurs,
qui en certains points ressemble à celle des vis à rouleaux (ayant les même effets parasites,
et un modèle de frottement/rendement proche), mais de présenter les diverses technolo-
gies pouvant être appliquées aux EMA afin de réaliser la fonction d’adaptation de la puis-
sance mécanique de rotation.
Alors que les trains d’engrenage à axes parallèles sont une solution souvent utilisée
pour les actionneurs à moteur déporté, d’autres solutions existent pour de la réduction en
ligne (actionneur rotatif ou linéaire). Il est ainsi possible de citer le GRA (« Gear Rotary
Actuator »), apparenté au train épicycloïdal classique, le réducteur cycloidal et l’harmonic
drive.
Les rapports de réduction de ces deux dernières technologies peuvent être assez élevés
et ce grâce à leur principe de fonctionnement. Pour le premier il s’agit d’un mécanisme à
excentrique alors que dans le second cas on joue sur l’ovalité de l’engrenage intérieur dé-
formable pour assurer un déplacement angulaire d’une dent de l’axe lent à chaque rota-
tion de l’axe rapide.
Pour les moteurs on se concentre sur la technologie synchrone sans balais (brushless) à
aimants permanents pour la raison évoquée précédemment. Les aimants permanents se
situent au niveau du rotor (dans la gamme de puissance retenue) alors que le stator est
bobiné. Cela a pour principal avantage de faciliter l’extraction de la chaleur produite par
les diverses pertes au moyen d’un carter adapté, et au besoin, dans le cas de solutions in-
dustrielles non-aéronautiques, en ajoutant un flux forcé d’air ou d’eau. Comme
l’échauffement est une imperfection de premier plan dans la conception, des modèles
thermiques ont dû être créés pour valider les prototypes virtuels en phase amont de déve-
loppement (présentés en Annexe A2).
Il existe deux types de moteurs brushless : les moteurs couples se présentant sous
forme d’anneaux de grande dimension avec une multitude de paires de pôles, et le moteur
haute vitesse de forme cylindrique.
Alors que le moteur couple est particulièrement adapté à des actionneurs aéronau-
tiques direct drive, intégrée directement à la vis inversée (soit pour des rapports de
transmission faibles), le moteur vitesse convient mieux à l’architecture à réducteur et axe
parallèle.
Il est difficile de parler des moteurs sans au moins aborder les divers types de com-
mande, à savoir : l’autopilotage scalaire ou vectoriel. En scalaire l’objectif est d’asservir le
courant lu dans les phases en fonction de l’angle électrique moteur. Cela est alors possible
en jouant sur la tension aux bornes de chaque phase par une modulation de largeur
d’impulsion (MLI).
Figure 1.23 – Pilotage scalaire sur 3-phases [43] vs. n-phases [29]
On ne s’étendra pas sur le sujet, qui est hors propos dans la conception préliminaire, il
s’agissait uniquement de mentionner ces techniques en rappelant que les cartes de com-
mande devront être choisies de manière à assurer les calculs et l’acquisition, nécessaires à
la loi de commande vectorielle, le tout de manière suffisamment rapide. Le module choisi
devra être en adéquation avec la fréquence maximale de la commutation des transistors
(changement de l’état passant à non passant) du module de puissance afin d’en assurer la
commandabilité.
L’électronique de puissance :
C’est avec ce composant central de la conception d’EMA que seront illustrées ces trois
catégories de critères de conception :
- Les critères dits de dégradations rapides (ou transitoires) conduisant à une défaillance
rapide du composant si certaines grandeurs sont dépassées même de manière transi-
toire.
- Les critères de dégradations graduelles : il s’agit d’une usure s’inscrivant dans la du-
rée et s’appuyant sur des valeurs moyennes plutôt que transitoires.
- Les caractéristique parasites qui correspondent aux imperfections du composant ayant
un impact sur le dimensionnement d’autres composants de la chaîne de transmission
mécanique ou sur sa propre sélection.
Si l’on définit les zones de fonctionnement sûr (« Safe Operating Area » - SOA) du
moteur sans balais représentées Figure 1.25, il est possible de mettre en place la classifi-
cation précédente comme résumée dans le Tableau 1.4.
Il ne faut pas confondre ici les limites du moteur et celle de l’électronique de puissance
(limite de tension/courant) qui lui est associée. De plus, il est important de préciser que la
limite thermique donnée dans les catalogues constructeurs (ou point de fonctionnement
nominal) correspondent en réalité aux conditions de fonctionnement en régime perma-
nent conduisant à l’échauffement maximal admissible pour les bobines à une température
ambiante définie. Cette spécification ne présente donc aucun intérêt sauf pour une valida-
tion de profil à chargement constant avec une durée assez longue pour considérer un ré-
gime permanent. C’est d’ailleurs toute la difficulté que l’on a à classer le critère thermique
qui est en définitive un phénomène transitoire (pas d’usure) mais nécessitant un profil
temporel complet, car dépendant de l’histoire du chargement.
Dégradation(s) rapide(s) Dégradation(s) graduelle(s) Imperfection(s)
Le couple maximal dû soit Cyclage thermique de l’isolant Les pertes Joules et fer
à la saturation des dents, des bobines avec vieillissement du moteur conduisant à
soit à la démagnétisation accéléré si décharges par- son échauffement.
des aimants. tielles additionnelles.
La vitesse maximale au- L’inertie du rotor.
delà de laquelle les efforts
centrifuges sur les aimants
conduisent au défrettage.
Limite thermique de tenue
de l’isolant au-delà de la-
quelle un court-circuit peut
apparaître.
Tableau 1.4 – Critères de conception du moteur sans balais (« brushless ») [-]
Figure 1.26 – Phénomènes de fatigue par propagation de fissure lors du roulement [47]
Les formules de calcul (dérivées de celles pour les roulements) sont décrites dans diffé-
rentes normes (ISO281, ISO3408, ISO4379, ISO6336-5, ISO10300) et dans un en-
semble de documents sur la tribologie [48,49,50], elles s’expriment généralement sous la
forme d’un dommage cumulé Q dans le temps, fonction de l’effort F et de la vitesse V :
n = 3 si contact ponctuel
ò
Q = F n .V .dt
n = 10 / 3 si contact linéique
(1.01)
Dans les catalogues, les formules de calcul de durée de vie sont différentes, car elles in-
troduisent un exposant n, changeant en fonction de la plage de pression d’utilisation (al-
lant de 0.2 à n>1.2). En général, pour des disques de glissement (freins, embrayages), il
est possible de considérer une équi-répartition de la pression ou de l’usure, la seconde hy-
pothèse étant la plus conservatrice.
Il est assez compliqué de différencier carter et dissipateur, car souvent les deux fonc-
tions sont réalisées par un même composant, même si cela ne va pas dans le sens de la
standardisation, mais plutôt vers une intégration avancée.
Alors que la fonction de carter se voit impactée par l’intégration des composants, sa
principale limitation « rapide » est finalement la limite plastique du matériau lorsque ce
dernier est soumis au chargement maximal (attention notamment au flambement combi-
né avec la flexion induite par les embouts), ou dans certain cas aux contraintes induites
par les niveaux, directions et fréquence de vibration. La fatigue est alors une fatigue
structurale classique.
Pour ce qui est de la fonction « dissipateur » la seule limite additionnelle peut être la
limite thermique de la pâte d’assemblage si les dissipateurs sont vissés sur le carter et non
usinés. Il sera peut-être aussi utile de tenir compte du cyclage thermique et des con-
traintes thermomécaniques induites par des dilatations différentielles de l’assemblage.
Dans le module d’électronique de puissance n’ont pas été considérés les filtres (induc-
tance en ligne) ni les cartes de commande.
- Les critères rapides de dégradation :
Les limites transitoires pour le module de puissance sont la tension de claquage, et
pour les IGBT uniquement, une limite de courant (« latchup ») à partir de laquelle un effet
thyristor apparait rendant impossible le contrôle du module par la grille et entrainant sa
destruction.
Pour le condensateur, la tension de claquage limite transitoirement son utilisation, le
courant maximal de charge/décharge est assez important et correspond au courant en
court-circuit. Ce n’est donc généralement pas un point limitant. En revanche le taux de
recharge doit être limité (≤105%), pour éviter un claquage.
Une limite transitoire à considérer pour tous ces composants : la limite thermique à ne
pas excéder.
- Les critères graduels de dégradation :
En revanche les modes de dégradation graduelle sont totalement différents. Alors que
pour les IGBT/MOS, il s’agit d’un cyclage thermomécanique conduisant à la rupture des
connexions ou du substrat sur lequel est posée la puce, pour le condensateur il s’agit d’une
vieillissement par dégradation thermique pour laquelle une loi d’Arrhenius adaptée en
fonction de la tension de fonctionnement peut être utilisée [53].
L’inductance interne de la capacité peut quant à elle limiter la bande passante utile.
Toujours concernant la capacité, un autre critère parasite est la variation de tension
aux bornes de l’onduleur et ayant un impact potentiel sur la qualité du réseau avion. C’est
pourquoi elle doit être limitée. Dans [22], une formule analytique de la surface de réponse
de simulations, est donnée par l’auteur pour l’estimation de la variation maximale de la
tension ΔU aux bornes du condensateur. Celle-ci est fonction de sa capacité C, du courant
crête moteur IMAX, de la fréquence de commutation fsw et de la modulation de courant m :
DU =
1
C ò
I
C. f sw
(
I .dt = MAX . - 0,2684.m 2 + 0,3643.m + 9.10 - 5 ) (1.04)
Les capteurs principalement intégrés aux EMA sont : le capteur de position action-
neur (en linéaire on retrouve le LVDT) et moteur (pour la commutation), le capteur vi-
tesse actionneur, et, dans certains cas, des capteurs d’effort et de température.
En termes de limite opératoire transitoires, il est possible de citer la plage de mesure,
la bande passante, mais aussi les conditions d’environnement d’utilisation (humidité, tem-
pérature, champ électromagnétique…).
Il n’y a pas réellement de phénomène de dégradation graduelle, à condition que le cap-
teur soit préservé de la corrosion (étanchéité) et sans contact, mais plutôt un taux de dé-
faillance inhérent à tout matériel électronique.
Les caractéristiques parasites sont alors la précision/résolution du capteur, non-
linéarité (hystérésis et dérive thermique) mais aussi son bruit qui, bien que filtré, peut im-
pacter l’asservissement et l’échauffement du moteur et de l’électronique de puissance. En-
fin, dernier critère parasite et non des moindres (comme on le découvrira dans le chapitre
traitant des cas d’étude), les dimensions qui peuvent compliquer son intégration.
D’où une utilisation croissante de la conception basée sur les modèles et orientée simu-
lations [55,56]. L’idée est d’être capable de tenir compte des interactions apparaissant
entre les composants, et de dimensionner ces derniers tout en validant leurs caractéris-
tiques de fonctionnement. Il s’agit alors de tenir compte des phénomènes transitoires
(thermique, inertiels…) qui apparaissent sur les divers profils de mission, et qui s’avèrent
être de prime importance pour la technologie étudiée. Trois types de modèles sont néces-
saires pour cela :
Le groupe de recherche a développé au cours des années et des projets une librairie ca-
pitalisant ces connaissances. Cette librairie contient les composants les plus utilisés dans
les actionneurs électromécaniques. Chaque composant comporte les trois modèles présen-
tés plus haut qui s’articulent comme montré sur la Figure 1.29.
C’est d’ailleurs ce qui a été fait et présenté dans [60] avec la conception optimisée d’un
actionneur de train d’atterrissage d’Airbus A320, conception par simulation pilotée au
travers du logiciel Optimus. Néanmoins une telle pratique est souvent lourde en calcul et
tend à faire exploser le temps de convergence. C’est ce qui a pu être observé avec une ob-
tention de la solution après plusieurs jours d’itérations.
C’est pourquoi dans ce mémoire nous présentons une façon différente d’implémenter
les modèles, méthode hybride faisant intervenir des formules explicites [61] (ou méta-
modèles) en lieu et place de certaines simulations. C’est alors la méthode numéro 3 pré-
sentée dans la Figure 1.30, où les méta-modèles sont construits sur des simulations (pilo-
tées par le logiciel d’optimisation MDO Optimus et réintroduites dans la procédure de
calcul statique). Le seul point critique est de s’assurer de la validité et de la précision des
modèles mathématiques dans le domaine de recherche de solution.
Au final, cette méthode ressemble assez au dimensionnement statique dans un envi-
ronnement algébrique (Matlab, Excel..), comme cela est couramment fait dans l’industrie
[62], à ceci près que cette fois-ci les phénomènes transitoires (modèle thermique, fa-
tigue…) sont pris en considération.
Il est intéressant d’expliquer en quelques mots les choix qui ont conduit à la réalisation
d’une librairie interne de composant dans le logiciel Dymola basé sur le langage Modelica.
Le but n’est pas de paraphraser le travail réalisé dans [5], mais d’en dresser un résumé
rapide qui permet entre-autre d’expliquer la transition vers un outil d’aide au séquence-
ment des calculs.
Parmi les logiciels de simulation multi-physiques 0D-1D, il est possible de faire une
distinction selon qu’il s’agit d’une définition procédurale ou déclarative des modèles [63].
Alors que le premier type de logiciel définit la séquence des calculs des dérivées des va-
riables d’état, ce qui signifie que les équations du modèle sont orientées, pour le second
type, l’orientation est réalisée à postériori par le compilateur, ce qui signifie que la causa-
lité peut changer, rendant ainsi le modèle adaptable en fonction du besoin de simulation.
Ce dernier point justifie l’utilisation d’un logiciel déclaratif, car un même modèle
pourra servir en simulation inverse, pour le dimensionnement, mais aussi lors de la valida-
tion du prototype virtuel en simulation directe. C’est par conséquent ce qui a motivé le
choix de développer une librairie sous Modelica, langage linéaire déclaratif.
Figure 1.31 – Modèle direct/inverse et propagation du flux de puissance [5]
C’est pourquoi les lois d’échelles ont été introduites. A mi-chemin entre les deux ap-
proches elles permettent de représenter les caractéristiques d’une gamme de composants
au travers de lois mathématiques. Basée sur des lois physiques et des hypothèses géomé-
triques (gamme de produits obtenus par homothétie) et sur les matériaux (identiques),
elles sont plus flexibles dans leur utilisation et permettent d’extrapoler le comportement
d’une technologie. Elles sont plus largement utilisées dans le domaine de la mécanique des
fluides avec l’étude de maquettes réduites. La construction des lois peut alors se faire à
partir de nombres sans dimensions comme expliqué par le théorème de Vaschy-
Buckingham, autrement appelé théorème de Pi.
Dans la suite du document, nous utiliserons la notation proposée par M. Jufer [64] où
le rapport d’échelle l* d’un paramètre donné s’exprime comme suit :
l'
l* = (1.05)
l
Prenons le cas d’un moteur sans balais.
Les méta-modèles peuvent être utilisés à divers niveaux : soit pour représenter le com-
portement d’un modèle, soit pour dresser une surface de réponse des objectifs et con-
traintes de l’optimisation afin d’en accélérer la convergence. En ce qui nous concerne, on
ne s’intéressera qu’au premier cas d’application qui permet de faire un découpage multi-
niveaux.
Les avantages sont multiples : la capitalisation de connaissances, l’étude du compor-
tement quant à l’évolution des paramètres de certains composants et une représentation
plus précise.
Quels sont les cas typiques d’application dans le cadre de la conception mécatronique ?
Eh bien, tout d’abord, à défaut de lois d’échelle, certaines fois difficiles à formuler, les mé-
ta-modèles sont un moyen d’exprimer les caractéristiques d’un composant et notamment
par analyse de résultats issus d’un calcul local, par exemple par éléments finis. Mais ils
peuvent aussi remplacer des résultats de simulation dynamique (comportement de simula-
tions thermiques, électromagnétiques, asservissements…).
La mise en place d’un méta-modèle dépend de trois points [61]:
- Le plan d’expérience (factoriel, composite central, D-optimal, G-optimal, hyper-cube
latin, aléatoire…) ;
- La forme de représentation (polynôme, spline, réseau avec fonction à base radiale, pro-
cessus stochastique, réseau de neurones…) ;
- La méthode de régression (moindres-carrés, moindres-carrés pondérés, propagation
inverse…).
Lors d’expériences physiques, les paramètres d’entrée tout comme les résultats obte-
nus ont une certaine incertitude correspondant assez bien à une loi normale de distribu-
tion. Pour une simulation, ce n’est pas le cas, sa véracité dépend uniquement de la corres-
pondance entre le modèle choisi et le phénomène physique représenté.
Pour s’assurer d’avoir des résultats exploitables, dans le cas de simulations, il s’agira
de couvrir correctement le plan d’expérimentation/d’expérience (DoE – « Design of Expe-
riments »), alors que pour des expériences physiques, il faudra en plus moyenner plusieurs
mesures réalisées avec de faibles variations des paramètres d’entrée.
Figure 1.33 – Plans d’expérience 2 facteurs/3 niveaux (factoriel, composite, latin hyper-cube) [67]
n kx pj n kx 2
/ s j radiale /s 2
2
- x j - x (ji ) - x j - x (ji )
y = f ( X ) = m + åq i Õ e ® y = m + åq i Õ e (1.08)
i =1 j =1 i =1 j =1
Le paramètre μ est alors la moyenne des résultats des points d’expérience xj(i), mais
peut aussi être remplacé par une approximation polynomiale. Cette formulation est en fait
basée sur le principe que des résultats proches sont fortement corrélés, d’où une pondéra-
tion par la distance. L’intérêt par rapport à une simple forme polynomiale réside dans la
capacité à représenter des surfaces de réponse complexes et fortement non-monotones.
Néanmoins, dans le cadre de nos études, où finalement les surfaces de réponse sont as-
sez lisses et continues, la forme polynomiale convient mieux et tend à générer moins
d’erreurs aux frontières ou en dehors du domaine d’étude pour peu que l’ordre du dévelop-
pement reste faible. En ce qui concerne le plan d’expérience, on préfèrera utiliser le plan
latin hyper-cube car il couvre correctement l’espace d’étude tout en permettant une éva-
luation d’un large nombre de niveaux pour chaque paramètre en un minimum
d’expériences.
L’étape de validation de la qualité de la surface est primordiale, car c’est elle qui ga-
rantit la qualité des résultats observés dans le cas de l’adoption du modèle. Une première
façon de s’en assurer est de tracer la correspondance entre la valeur estimée et la valeur
obtenue pour les points de validation. Les données doivent se rapprocher le plus possible
de la droite y=x.
Un indicateur mathématique de vérification calcule le coefficient de corrélation li-
néaire de Bravais-Pearson [71], qui doit alors être proche de 1 :
å (x )( )
n
(i )
- x y (i ) - y
rxy = i =1
(1.09)
å (x ) å (y )
n n
2 2
(i )
-x (i )
-y
i =1 i =1
Le choix fait quant à la méthode d’optimisation est tout aussi important que celui con-
cernant la forme et le type de régression du méta-modèle. C’est pourquoi il est utile de
rappeler ici les choix qui s’offrent au concepteur et les raisons qui ont motivé l’utilisation
d’une solution en particulier.
L’optimisation peut alors être effectuée directement sur la réponse du système (ODDO
– « Objective Driven Design Optimization ») ou sur un méta-modèle représentant la ré-
ponse (MDDO – « Meta-model Driven Design Optimization »). Cela permet d’accélérer
grandement la convergence quand on est conduit à utiliser des simulations lourdes en
temps de calcul. Les techniques peuvent être alternées tout en réduisant l’espace de re-
cherche afin d’en améliorer la précision. Dans le cadre de cette thèse et du dimensionne-
ment d’actionneurs EMA, le parti pris est d’utiliser au plus tôt les méta-modèles, soit en
priorité sur les composants (comportement thermique, structurel…) et de conserver une
optimisation ODDO. L’intérêt est double : cela permet non seulement de capitaliser des
connaissances (dans les librairies multi-domaines) mais aussi d’assurer une certaine quali-
té de modélisation par l’assemblage de sous-problèmes.
De plus, la procédure de calcul que l’on souhaite mettre en place est quasi-statique et
ne nécessite qu’un bon traitement des profils de mission pour en extraire l’information clé,
et au besoin des méta-modèles pour décrire certains phénomènes dynamiques transitoires
comme la vibration de carter, les propriétés d’une cinématique complexe, la thermique du
moteur… C’est pourquoi la construction d’un méta-modèle sur la réponse n’est, encore une
fois, pas nécessaire, et qu’une ODDO est suffisante.
Avant de parler des algorithmes d’optimisation, il est important de définir le genre de
problème que l’on est conduit à résoudre lorsqu’il s’agit de concevoir un EMA. En général
il est possible de le formuler mathématiquement comme suit :
inf f (x ) Î Â n
xÎA (1.10)
avec g (x ) £ 0
Il s’agit donc de minimiser/maximiser (équivalent à minimiser la fonction opposée)
éventuellement de multiples objectifs f (masse, coût…) en jouant sur les paramètres com-
posants, x, dans un domaine de recherche défini par les technologies, A. Cette optimisa-
tion se fait sous contraintes g, car il est nécessaire de vérifier que les limites de perfor-
mance ne sont pas outrepassées ou que l’intégration et les interactions inter-composants
n’altèrent pas la viabilité de l’architecture.
Il faut savoir que les algorithmes d’optimisation peuvent être classés dans diverses ca-
tégories selon que la méthode d’optimisation utilisée est locale ou globale, à objectifs mul-
tiples ou unique, fonction de paramètres définis dans un intervalle continu ou discret (op-
timisation combinatoire)… Un autre aspect important concernant le choix de
l’algorithme, pour les méthodes de recherche des zéros du gradient (Newton-Raphson) ou
de la plus forte pente, il est nécessaire de connaître les dérivées de la fonction et dérivées
secondes (pour la Hessienne), ou d’en construire localement une approximation. C’est le
cas de la résolution numérique, qui ne marche bien que lorsque la fonction ne présente pas
trop de discontinuités. De plus, la vitesse de convergence peut s’avérer désastreuse dans
certains cas, notamment du fait que pour couvrir le domaine de recherche et s’assurer la
convergence vers un optimum global ces techniques d’optimisation doivent être couplées à
une surcouche d’initialisation heuristique (départs multiples). Il est important de nuancer
ces propos car d’autres techniques basées sur la dérivation formelle voire automatique
(prise en compte des dérivées de programmes) sont possibles [72] et permettent
d’améliorer la précision et la convergence des solveurs en s’affranchissant du problème
d’instabilité numérique rencontrée avec les différences finies.
1
Association Française d’Ingénierie Système ([Link]
Il contient une librairie de modèles (profils point-à-point, dynamique actionneur, ci-
nématique d’intégration, charge, analyse de performance) qui permettent de répondre à
ces besoins.
Pour les applications continues, des scénarios décrivant un vol typique ou extrême sont
joués sur simulateurs et des profils temporels de charge-position sont alors générés.
Néanmoins ces fichiers de points peuvent présenter un certain nombre d’imperfections :
échantillonnage, discontinuités dues à la concaténation de phases de vol, enregistrement
de l’ordre de position et non de la position actionneur obtenue (Figure 2.3). Toutes ces
raisons font que la dynamique des profils (vitesse, accélération) peut être incohérente et
ne traduit pas correctement le comportement actionneur.
C’est pourquoi des filtres non-linéaires ont été développés, afin de tenir compte des
performances extrêmes spécifiées (bande passante, mais aussi saturation en vitesse et ac-
célération). Une des sections suivantes leur est dédiée.
Une autre façon de filtrer des séries de données temporelles en l’absence du modèle dy-
namique d’actionneur est de réaliser un lissage glissant à l’aide de polynômes en utilisant
par exemple l’algorithme de Savitzky-Golay. Un script Matlab de l’algorithme est mis à dispo-
sition dans YouSpecify. Son fonctionnement est le suivant : la valeur au point xk ainsi que sa
dérivée première et seconde s’obtiennent par pondération des valeurs en xk-i…xk+i au moyen
des coefficients de convolution. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de l’algorithme : obtenir des dérivées
moins bruitées que par simple dérivation numérique.
Le lissage de données bruitées issues de mesures est aussi un des points fort de
l’algorithme, mais hors de propos lorsqu’il s’agit de résultat de simulation numérique. Ici,
le but premier est d’identifier rapidement des problèmes de discontinuité mais aussi de
valider la correspondance entre spécifications (vitesse-accélération limites) et profil de
mission.
Il convient cependant de faire attention à une chose : l’échantillonnage. En effet, dans
le cas d’un pas non constant les coefficients de convolution extraits des tables ne
s’appliquent plus et doivent être recalculés.
Dans le cas où la dynamique du profil est vraiment distincte de celle spécifiée pour
l’actionneur (si seuls quelques points erratiques sont repérés ils peuvent être retirés ou lis-
sés), il convient de filtrer le profil avec une dynamique correcte (et non un lissage). Mais
modifier le profil temporel de position implique un recalage du profil de charge, car la co-
hérence F(t)=f(x(t)) doit être conservée. C’est pour pouvoir opérer ces adaptations qu’une
catégorie de modèles de charges paramétrables simples a été implémentée. Elle sera elle
aussi abordée dans une des sections suivantes.
Pour les applications dites continues, la seule brique d’intérêt dans la catégorie « pro-
fils » est donc le bloc personnalisé (« custom » en anglais) qui permet de réutiliser les pro-
fils générés par l’avionneur en vue d’une éventuelle adaptation/analyse. Toujours pour ce
type d’applications, le dossier de spécifications techniques peut également contenir des
gabarits de spécifications basés sur des profils sinusoïdaux de commande en position.
Ils peuvent être de deux types :
- Un gabarit de validation en puissance : des limites de vitesse sont données sous effort
antagoniste typique [0 ; F1], maximal Fmax et aidant F.V≤0 (cf. Figure 2.4).
- Un gabarit de validation dynamique : il s’agit de vérifier que la réponse fréquentielle
dans une bande passante [0 ; fmax] soit contenue dans un intervalle d’amplitude et de
retard de phase (cf. Figure 2.5).
Les applications continues ne sont pas les seules présentes sur un avion puisque de
nombreux actionneurs fonctionnant transitoirement ou de manière impulsionnelle per-
mettent d’assurer un certain nombre de servitudes. Il se trouve que pour de tels cas, choi-
sir une loi de commande adéquate permet alors d’optimiser le design de l’actionneur EMA
[1] ou de son réseau d’alimentation en limitant les phénomènes transitoires critiques
(charge inertielle, échauffement, puissance consommée, vibrations…).
C’est pourquoi le fait de définir une forme particulière pour le profil de déplace-
ment point-à-point présente un intérêt particulier.
La courbe en « S » :
Le terme est d’une manière générale associé aux profils de position non infiniment dé-
rivables et dont la nième dérivée (n≥3 pour avoir un jerk fini) présente une succession de
formes rectangulaires facilement paramétrables [4]:
La généralisation d’un tel profil est somme toute assez fastidieuse, et on se limitera à
la représentation de l’ordre 3 avec une façon propre de paramétrer le profil.
Figure 2.7 – Profil de jerk et d’accélération paramétré pour une courbe en « S » d’ordre 3 [-]
Où α est la proportion temporelle à jerk constant et β celle à vitesse constante, comme
représenté sur la Figure 2.7.
Le nom courbe en « S » vient de la forme du profil de position (intégrale double de
l’accélération), qui est finalement assez proche des autres types de profils :
On se rend compte que lorsque la charge est purement inertielle, l’échauffement peut
être minimisé en prenant comme valeur de paramètre α=0 et β=1/3, soit un profil trapé-
zoïdal de vitesse. Néanmoins, il est possible de fortement diminuer les vibrations en dimi-
nuant le jerk sans pour autant pénaliser fortement l’échauffement. D’autres calculs
comme la puissance totale consommée, les efforts/puissance crête, comme présentés dans
[5], auraient pu être réalisés. Néanmoins, la pertinence des résultats obtenus dépendra du
type de charge réellement présente : dominance d’un effet de raideur, frottement sec ou
visqueux, inertie… Le panel est large, c’est pourquoi dans cette partie seul l’aspect échauf-
fement pour une charge de la forme présentée dans (2.09) sera traité. Ce type de charge a
plus de chance de correspondre à une application machine-outil qu’à un système
d’actionnement avion, cependant avec l’augmentation de l’inertie ramenée sur la charge
qu’implique le passage à la technologie d’actionnement électromécanique, cela peut être
un critère à étudier.
2
L’espace limite est défini par la relation β+4α≤1
Le profil trapézoïdal/triangulaire :
Le profil trapézoïdal est un cas particulier de la courbe en « S » pour laquelle α=0 et
β≠0. Il en est de même pour le profil triangulaire qui peut être considéré comme un cas
particulier de profil trapézoïdal ou de courbe en « S » dont les deux paramètres sont nuls.
Le profil sera néanmoins paramétré de nouveau selon la convention prise dans l’outil
développé, YouSpecify.
Figure 2.10 – Profil d’accélération et de vitesse paramétré pour un profil trapézoïdal [-]
Le profil sinusoïdal/trigonométrique :
Tout l’intérêt d’un profil sinusoïdal est sa capacité à être indéfiniment dérivable. Ce
qui implique un jerk non infini et un profil « adouci ». Dans la littérature, il est utilisé
pour approximer les profils polynomiaux notamment afin d’en simplifier les divers calculs
de puissance/énergie.
Pour un tel profil, les vitesse/accélération/jerk extrêmes ainsi que l’énergie joules
s’exprimeront de la manière suivante :
p 3 Dr
J max = . (2.17)
2 Dt 3
p 2 Dr
Amax = . (2.18)
2 Dt 2
p Dr
vmax = . (2.19)
2 Dt
æ p 3 J 2 .Dr 2 ö
EJ = lç . + Tl 2 .Dt ÷ (2.20)
ç 4 Dt 3 ÷
è ø
Le profil polynomial/parabolique :
Le profil polynomial de position, autrement appelé spline ou parabolique pour un ordre
égal à 3 [6], a une écriture de la forme suivante :
r (t ) = a0 + a1.(t - t0 ) + a2 .(t - t0 ) 2 + a3 .(t - t0 )3 + ...+ an .(t - t0 ) n (2.21)
A la vue des résultats présentés et sans autres considérations (puissance pic, totale
consommée avec chargement réel…), la consigne sinusoïdale, plus « douce », semble la plus
avantageuse sur de nombreux points.
Le modèle aérodynamique :
La formule de portance Fz d’une aile est fonction du coefficient de portance Cz, lui-
même dépendant de l’inclinaison du profil par rapport au flux d’air, notée α. On retrouve
également la surface de référence de l’aile Sxy (projection dans le plan x-y parallèle au flux
d’air), et la densité ρ ou encore la vitesse apparente de l’air V. A ces deux derniers para-
mètres peut être substituée la pression dynamique de l’air notée q.
1
Fz = .r .V 2 .S .C z (a ) = q.S .C z (a ) (2.31)
2
La formule est semblable à l’expression de la traînée Fx, souvent usitée en automobile à
ceci près que le coefficient de portance est remplacé par le coefficient de traînée Cx, et la
surface de référence par la surface de l’avion projetée dans le plan x-z, normal au flux
d’air Sxz (proche de la surface frontale).
Le repère orthonormé direct (G, x , y , z ) est alors défini au centre de gravité G de
l’avion par le vecteur x , orienté selon le flux d’air.
Dans le cadre de l’actionnement d’une partie seulement du profil d’aile (aérofreins, ai-
leron…), le chargement appelé moment de charnière T va alors dépendre aussi de l’angle
de déflection de la surface β. Pour des variations d’angle mesurées, il est possible de linéa-
riser le modèle [9] afin d’en simplifier la détermination sans perdre en qualité :
[
T = Fz .l = q. f (a , b ) » q. kc + ka .a + k b .b ] (2.32)
Le modèle inertiel :
Dans le modèle (2.30) a été abordé l’effort inertiel, dû à l’accélération, induit par le
profil de position choisi.
Néanmoins les systèmes terrestres en mouvement subissent la gravité, mais aussi des
accélérations intrinsèques à leur déplacement (accélération longitudinale lors du décollage
atterrissage de l’avion, accélération centrifuge en virage). La composante globale
d’accélération est alors appelée facteur de charge et elle pourra créer un couple de char-
nière additionnel.
Dans le cadre du dimensionnement des actionneurs de surfaces de vol primaire les
phénomènes inertiels (des surfaces uniquement) pourront être négligés au regard des ef-
fets aérodynamiques. Ce ne sera pas le cas pour d’autres applications comme les trains
d’atterrissage.
Dans le cadre de la thèse, pour adresser la partie standardisation, et après avoir fait le
constat qu’il était assez difficile d’obtenir une multitude de cahiers des charges couvrant
divers systèmes d’actionnement sur une gamme d’avions, la question suivante s’est posée:
est-il possible d’appliquer des effets d’échelle sur un dossier de spécifications techniques
pour couvrir une même application sur un avion de taille différente ? Cela permettrait
entre-autre de travailler sur la répartition de gammes de composants équipant une famille
d’avions.
Cette famille répond en général à une logique de standardisation liée au taux de rem-
plissage d’un avion commercial de personnes. Ce taux appelé aussi surface mouillée de fu-
selage ramenée à un passager correspond au ratio entre la surface de fuselage en susten-
tation et le nombre de passagers qu’il contient. La taille d’un être humain étant quasi
invariante, les largeurs de fuselages (dépendantes du nombre de places de front, de couloir
de circulation et de ponts) auront donc une répartition discrète. Pour les trois avions pré-
sentés plus haut la surface mouillée évolue de 2,21m2/passager pour l’A340 à
1,36m2/passager pour l’A380.
Afin de répondre à cette logique, supposons que l’on souhaite fabriquer un avion deux
fois plus gros. En appliquant une simple similitude géométrique, sa masse serait multi-
pliée par huit, or d’après la formule de la portance (2.31), la masse ne pourrait être com-
pensée que par une augmentation de la vitesse V qui serait alors multipliée par 1,4.
M .g l *3
= cste Þ = 1 Þ V * = l *0,5 (2.33)
Fz * 2 * 2
V .l
Cependant la vitesse est bornée d’un côté par la vitesse minimale de sustentation (ou
durée de vol) et d’un autre par la limite subsonique de 0,86 Mach (au-delà la complexité
aérodynamique/motorisation ne serait plus économiquement viable comme cela a pu être
illustré avec le cas du « concorde »). Elle ne peut donc pas être augmentée indéfiniment.
Ceci signifie qu’un simple agrandissement n’est pas envisageable, il faudra que la sur-
face de référence de portance augmente, soit que le rapport surface aile/fuselage aug-
mente. Comme le montre la Figure 2.13, une première façon d’y arriver est d’augmenter
l’envergure (transition A320→A340), mais l’encombrement des aéroports fixe alors une
limite à ne pas franchir, ce qui signifie que pour des avions de très grande dimension, il
faudra ensuite augmenter la largeur de voilure (transition A340→A380).
Figure 2.13 – Photos d’avions Airbus (échelles variées) redimensionnés par rapport au fuselage [-]
Concernant les surfaces de commande de vol, elles devraient suivre la tendance des
surfaces portantes (ailes). Néanmoins leur fractionnement (nombre total d’ailerons, aéro-
freins, becs, volets…) pourrait différer afin de distribuer les charges et admettre les dé-
formations. Un exemple concret de ce phénomène concerne les trains d’atterrissage. En
effet, la surface d’appui au sol augmente moins vite que l’évolution massique de l’avion, ce
qui impose une augmentation du nombre de roues (sur nos trois avions présentés Figure
2.13, leur nombre est respectivement de 4-10-20). Pour limiter la masse des trains et ré-
partir les contraintes sur la piste d’atterrissage, le nombre de trains évolue lui aussi.
En faisant abstraction du fractionnement, on se rend compte que le profil d’aile chan-
geant, le flux d’air et par conséquent le modèle de chargement des surfaces est difficile-
ment extrapolable.
Ces transformations ont implicitement été utilisées dans le modèle de dynamique ac-
tionneur présenté Figure 2.2
L’approche considérée ici consiste alors à lier l’angle entre bielles α à l’angle de bra-
quage β. Pour cela une combinaison d’angles est nécessaire :
Ù
a = b i - b + BAB ' (2.35)
Sous ces conditions l’analyse de l’évolution du bras de levier est simple et consiste à
étudier la variation de la fonction trigonométrique sinus (λ/R=sin(α)) pour la plage d’angle
de déflection utile [β- ; β+] (cf. Figure 2.18).
Figure 2.18 – Fenêtre d’utilisation de l’actionneur et rapport de transmission (hypothèse linéaire) [-]
Une dernière relation nous intéresse, celle liant les accélérations. Elle s’obtient par dé-
rivation de l’équation (2.39) :
2
¶ 2 AB ¶2x ¶l æ ¶b ö ¶2b ¶l
= = .ç ÷ + l. 2 où £R (2.42)
¶t 2 ¶t 2 ¶b è ¶t ø ¶t ¶b
Avec pour formulation de variation du bras de levier soit la formule simple en cosinus
déduite de l’équation (2.38), soit la formule exacte :
dl R.[x A . cos (b - b i ) + y A . sin(b - b i )] (R.[x A . sin(b - b i ) - y A . cos (b - b i )])2
= + (2.43)
db L( b ) L( b ) 3
En ce qui concerne les angles de rotulage (extrémités de l’actionneur), ils ont été im-
plicitement donnés dans les formulations précédentes puisque la formule de (ܤܣ ሬሬሬሬሬሬԦ) est
ሬሬሬሬሬԦ , ܤܣǯ
ሬሬሬሬሬሬሬԦ, ሬሬሬሬሬሬԦ
donnée dans (2.36) et l’angle (ܤܣԢ ܤǯ=) ܥ180°-α.
La problématique du mécanisme quatre barres est similaire à celle des trois barres si
ce n’est, et on le verra, que l’élaboration d’une simple formule est impossible. Le nom vient
lui aussi du nombre de barres du mécanisme en comptant la barre virtuelle représentant la
cellule avion.
Mais en premier lieu une présentation de cette cinématique s’impose avec un schéma
paramétré Figure 2.20 illustrant un débattement angulaire β.
Figure 2.20 – Schéma du mécanisme 4 barres (extension d’un angle β) [-]
Il est important de noter deux points qui ont leur importance : tout d’abord, un repère
spécifique (O, ݔ ሬሬሬሬԦ,
ଵ ݕሬሬሬሬԦ)
ଵ a été choisi pour simplifier les calculs, et non le repère avion (O, ሬሬሬሬԦ,
ݔ
ݕ
ሬሬሬሬԦ)
, l’angle δ n’ayant aucun impact sur le rapport de transmission ; ensuite, les longueurs
de bielles tout comme la distance du centre de rotation actionneur ont été adimensionnali-
sées de manière à couvrir plus de cas lors de l’analyse du système :
OI OB AB IA
l0 = = 1; l1 = ; l2 = ; l3 = (2.47)
OI OI OI OI
Comme pour le mécanisme à 3 barres, le but est de lier les déplacements/vitesses/accé-
lérations de l’actionneur à ceux de la surface, soit les transformations directe et inverse
suivantes :
o b b o
-1
¶o ¶t a TF a ¶b ¶t ¶b ¶t a TF a ¶o ¶t (2.48)
¶ 2 o ¶t 2 ¶ 2 b ¶t 2 ¶ 2 b ¶t 2 ¶ 2 o ¶t 2
Il faut savoir que beaucoup d’études ont porté sur le mécanisme quatre barres, mais ce
fut longtemps des analyses graphiques [20]. Il a fallu attendre les années 1950 et
l’apparition des ordinateurs et algorithmes pour que des gens comme Freudenstein
[21,22] se rendent compte du potentiel de résolution analytique que cela impliquait. C’est
donc sur les équations qu’il développa que nous allons nous appuyer pour construire le mo-
dèle et l’analyse.
Pour commencer, Freudenstein introduit les grandeurs suivantes afin de simplifier les
équations de mouvement :
1 1 1 + l12 - l2 2 + l3 2
R1 = ; R2 = ; R3 = (2.49)
l3 l1 2.l1.l3
Et la condition de fermeture du mécanisme :
R1. cos(f ) - R2 . cos(y ) + R3 = cos(f -y ) = cos(f ). cos(y ) + sin(f ). sin(y ) (2.50)
Il s’agit alors de lier l’angle de rotation de l’actionneur ψ à l’angle de la surface de con-
trôle ϕ, sachant que :
f = bi - b (2.51)
Et :
o = oi -y (2.52)
De l’équation de Freudenstein, il en découle la relation suivante :
æ [(R + R1. cos (f ))(R2 + cos (f ))] - D(f ) ö
"f £ ft ,y = cos -1 ç 3 ÷
ç
è [
(R2 + cos(f )) + sin (f )
2 2 ÷
ø ]
æ [(R + R1. cos (f ))(R2 + cos (f ))] - D(f ) ö
"f > ft ,y = 360° - cos -1ç 3 ÷
ç
è [
(R2 + cos(f )) + sin (f )
2 2 ÷
ø ] (2.53)
æ l 2 - l 2 - (1 + l ) 2 ö
ft = 90° - sin -1 ç 2 1 3 ÷
ç
è 2.(1 + l3 ) ÷
ø
Avec le terme delta s’écrivant comme suit :
D(f ) = [(R3 + R1. cos(f )).(R2 + cos(f ))]2 - ...
[(R ][
2 + cos (f )) + sin (f ) . (R3 + R1. cos (f )) - sin (f )
2 2 2 2
] (2.54)
N=
¶y ¶t ¶o ¶t
=
[R .sin(f ) - sin(f -y )]
= 1
¶f ¶t ¶b ¶t [R2 . sin(y ) - sin(f -y )]
(2.55)
En ce qui concerne l’accélération, elle s’obtient en dérivant l’équation liant les vitesses
(2.55) de rotation et s’écrit de la manière suivante :
¶ 2o ¶N ¶b ¶2b æ ¶N ¶f ¶ 2f ö÷
= . + N. =-ç . + N. (2.56)
¶t 2 ¶t ¶t ¶t 2 ç ¶t ¶t ¶t 2 ÷ø
è
Où la dérivée du rapport de réduction cinématique s’exprime :
¶N R . cos (f )(
. ¶b ¶t ) + J (y ,f ) (R2 . cos (y ).N .(¶b ¶t ) + J (y ,f )).([Link](f ) - sin(f -y ))
=- 1 +
¶t R2 .sin(y ) - sin(f -y ) (R2 .sin(y ) - sin(f -y ))2
(2.57)
¶b
avec J (y ,f ) = [cos (f ). cos (y ) + sin(f ).sin(y )].(N - 1)
¶t
L’ensemble des formules d’intérêt ont été abordées à l’exception des angles de rotules
ou encore de la relation liant l’effort F à travers la barre intermédiaire et le couple Ts sur
la charnière de surface de contrôle ou celui développé par l’actionneur Ta.
æ
(B, OB, AB) = cos -1 ç([Link](f ) - l3 .sin(y )).sin(f ) + (l1. cos(f ) + 1 - l3 . cos(y )). cos(f ) ö÷
ç ÷ (2.58)
ç
è (l1 . sin(f ) - l3 . sin(y ) )2
+ (l1 . cos(f ) + 1 - l3 . cos(y ) )2 ÷
ø
æ
(A, IA, AB) = cos -1 ç([Link](f ) - l3 .sin(y )).sin(y ) + (l1. cos(f ) + 1 - l3 . cos(y )). cos(y ) ö÷
ç ÷ (2.59)
ç
è (l1 . sin(f ) - l3 . sin(y ) )2
+ (l1 . cos(f ) + 1 - l3 . cos(y ) )2 ÷
ø
En renommant les angles θ1=(B, ܱܤ ሬሬሬሬሬԦ , ܤܣ
ሬሬሬሬሬԦ ) et θ2=(A, ሬሬሬሬԦ
ܣܫ, ܤܣሬሬሬሬሬԦ ), on retrouve l’équation
liant couple et effort sur la barre intermédiaire :
Ts Ta
F= = (2.60)
OB. sin(q1 ) IA. sin(q 2 )
Comme pour le mécanisme à trois barres, autant le modèle direct que le modèle inverse
de cinématique nous intéressent. C’est pourquoi il est intéressant de réarranger les équa-
tions (2.55) et (2.56) :
¶b 1 ¶o 1 ¶y
= . =- . (2.61)
¶t N ¶t N ¶t
¶2b 1 æç ¶ 2 o ¶N ¶b ö 1 æ ¶ 2y ¶N ¶b
÷ = .ç -
ö
÷
= . - . - . (2.62)
¶t 2 N çè ¶t 2 ¶t ¶t ÷ N ç ¶t 2
ø è ¶t ¶t ÷
ø
Maintenant que les équations du mécanisme ont été mises à plat, une analyse du rap-
port de réduction s’impose. Comme pour le mécanisme à 3 barres, les cas d’applications
sur lesquels on est à même de travailler ont des dynamiques assez faibles. Une analyse de
l’accélération a donc peu d’intérêt. Seule la transformation d’effort et de vitesse importent
et par conséquent il convient de s’intéresser au rapport cinématique N.
Figure 2.23 – Représentation des configurations géométriques pour ϕ=100° (λ3/λ1=1/3 et λ1=2,5) [-]
La première conclusion est qu’un rapport λ2/λ1≤1, mais proche de 1, parait plus inté-
ressant car cela fait apparaître un rapport de réduction à peu près constant sur la plage.
Si l’on répète l’étude mais en faisant évoluer le troisième paramètre, soit λ3≈0,5.
Figure 2.25 – Représentation des configurations géométriques pour ϕ=100° (λ3/λ1=1/4- λ1=2,5) [-]
L’augmentation du déséquilibre λ1-λ3, avec une barre actionneur plus courte, n’est pas
profitable. Bien que le rapport de transmission augmente, cela se fait au détriment de la
plage d’utilisation qui se restreint.
L’allongement de l’ensemble des barres, sans toucher aux points d’ancrage à la cellule,
a l’effet inverse de celui évoqué précédemment : diminution du rapport de réduction et
élargissement de la plage de fonctionnement.
Au final le réglage manuel se fait en trois étapes :
- Choisir l’entraxe OI petite de manière à garantir l’intégration dans l’enveloppe de
l’aile ;
- Définir l’équilibre λ3-λ1 qui fait apparaître un rapport à peu près plat ;
- Augmenter de manière proportionnelle les bielles afin d’obtenir la plage utile ;
- Adapter légèrement λ2 pour les dernières modifications de forme.
Sans aller dans l’analyse d’interférence avec une enveloppe d’aile complète, une pre-
mière analyse a tout de même été considérée (en dehors de l’outil YouSpecify) pour notre
cas d’application spoiler : l’interférence carter réducteur/barre intermédiaire (de section
ronde).
Comme le montre la Figure 2.29, il s’agit de vérifier que la distance entre carter et
barre intermédiaire reste positive.
[ ] d
D ³ 0 Þ "f Î f - ;f + , sin(q 2 ) ³ actionneur
2.l3
+ d barre
(2.66)
La réponse d’un système asservi à une consigne de commande est empreint de cer-
taines altérations (retard, amplitude pouvant différer, erreur statique…). Pour des sys-
tèmes non-linéaires, ces altérations sont encore plus marquées. Or, comme cela a été dis-
cuté dans le Chapitre 1, les EMA sont un agrégat de composants de natures diverses
possédant leurs propres limitations qui vont comme nous allons le voir créer des satura-
tions au niveau des états du système (position/vitesse/accélération).
C’est pourquoi un bloc Simulink a spécifiquement été développé dans YouSpecify. Il
pourra servir à l’avionneur de manière à valider la spécification dynamique vis-à-vis des
performances en boucle fermée de l’avion, mais aussi au filtrage de profils continus comme
cela a été expliqué précédemment.
Cette équation temporelle peut alors être représentée par le modèle d’état Figure 2.31,
qui a pour principal intérêt de permettre l’accès aux vitesses et accélération et non uni-
quement à la position de l’actionneur.
Figure 2.31 – Modèle d’état d’un second ordre classique 3 [-]
Il est temps maintenant d’intégrer les non-linéarités représentatives des limites tech-
nologiques. Pour rappel, le couplage moteur/électronique de puissance constitue une pre-
mière source de non linéarité, car le flux de puissance est limité tant au niveau du couple
par le courant qu’au niveau de la vitesse par la tension.
La limitation de couple (comme éventuellement la puissance consommée) est un cri-
tère un peu complexe à prendre en compte dès l’analyse d’un profil de mission alors que
l’actionneur n’est pas conçu. En effet, la capacité d’accélération du moteur dépend du
chargement mais aussi des imperfections internes comme son inertie.
¶ 2q
=
1
(
. Tmoteur - Tch arg e ) (2.68)
¶t 2 J
Le principal problème est donc le suivant : à cette étape du projet la valeur du rapport
de réduction, des rendements internes ou encore du moteur et de ses limites ne sont pas
encore connus. Il n’est donc pas possible, même en ayant connaissance des exigences
d’’interface au réseau (tension DC, puissance-courant pic), d’adapter dynamiquement
l’accélération ou de trouver une valeur de saturation de vitesse respectant les critères
énoncés. Il s’agit donc de trouver un jeu de valeurs qui permette de valider le dossier de
spécifications tout en dimensionnant le moteur au plus proche des besoins de l’application.
Mais avant cela l’influence de ces saturations sur la réponse en fréquence et à un échelon
sera étudiée.
3
Les notations ¶x / ¶t – x& et ¶ 2 x / ¶t 2 – &x& sont équivalentes
Où J, Tm et Km sont respectivement l’inertie, le couple électromécanique et la constante
de couple moteur et I le courant consommé (modélisation DC équivalente).
Le couple de charge Tc est en général négligeable à haute fréquence, le couple inertiel
devenant prépondérant (l’inertie d’un actionneur électromécanique étant naturellement
élevée par la contribution du rotor moteur).
Ce qui signifie qu’en cas de saturation du couple/courant moteur Imax, on aura alors :
-K m K m .I max J
q 0 .sin(wt ) £ .(- I [Link](wt )) Þ q l ( p) £ (2.71)
2
J .w w2
Ceci correspond à une droite de pente -40dB/décade dans le plan fréquence délimitant
la zone de fonctionnement de l’actionneur en terme d’amplitude de mouvement.
Dans ces conditions, on peut traiter plus largement cette non-linéarité au moyen de
l’équation électrique d’un moteur DC équivalent au moteur choisi (modèle simplifié) :
¶q ¶I æ - Jw 2q 0 sin(wt ) ö
U m = Km + R.I + L. » K m W + R.I = K m .w.q 0 cos (wt ) + R.ç ÷ (2.72)
¶t ¶t ç K ÷
è m ø
Comme on a un décalage de π/2 entre les deux termes, on peut assumer que la tension
maximale sera obtenue pour la vitesse maximale, ce qui revient à négliger le terme RI de-
vant la force contre-électromotrice Km.Ω, hypothèse assez courante.
Dans ce cas, on obtient :
1 1 U K
q 0 cos (wt ) £ .U m (t ) = .(U max. cos(wt ) ) Þ q l ( p) £ max m (2.73)
K m .w Km w
Dans le plan fréquence apparait alors une seconde droite de pente -20dB/décade déli-
mitant un peu plus la zone utile de l’actionneur.
Nous avons présenté les limites à partir desquelles l’actionneur ne fonctionne plus de
manière linéaire, mais en réalité la performance maximale non-linéaire est obtenue par
décalage des courbes dans le plan amplitude-fréquence d’un facteur 4/π :
4 U max K m 4 K m.I max J
q nl ( p) £ & q nl ( p) £ (2.74)
p w p w2
La démonstration est donnée dans [25] et dupliquée des SHA aux EMA. Même si cela
n’a pas été prouvé mathématiquement, pour un système comportant de multiples satura-
tions, la performance dynamique est toujours égale à l’asymptote la plus contraignante.
C’est pourquoi il est possible de tracer une zone de fonctionnement utile pour l’actionneur
dans le diagramme fréquentiel, zone à la fois la plus restreinte possible afin de ne pas sur-
dimensionner l’actionneur, mais aussi suffisamment grande pour respecter les perfor-
mances dynamiques à tester ou valider.
Figure 2.32 – Performance linéaire limite dans le plan fréquentiel [-]
Nous avons abordé l’effet des saturations en vitesse et couple sur la réponse dynamique
en fréquence. Qu’en est-il pour une consigne d’échelon ? Il faut savoir que pour un système
représenté par un second ordre et se comportant linéairement, le temps de réponse (la
consigne étant atteinte avec une erreur maximale de 5%), est minimal pour ξ=0,7 (dépas-
sement <5%) et vaut :
2.9
t r ,5% » (2.75)
wn
Il s’agira alors de comparer la bande passante obtenue à celle définie par la spécifica-
tion fréquentielle pour cette valeur « idéale » de ξ. Si le dépassement est contraint à une
valeur plus faible, ξ devra être choisi en conséquence (ξ=1 pour un dépassement nul).
il est alors possible d’étudier les variables d’influence de la stabilité du système, no-
tamment en écrivant la fonction de transfert entre effort actionneur F et vitesse moteur
δx1/δt, l’effort de charge Fc étant considéré nul :
2
æ p ö
1 + çç ÷÷
1 è w a ø k S .kT 1
x&2 ( p) = . .F ( p ); w = .
(M c + M m ). p æ p ö
2 a
k S + kT M c
(2.80)
ç1 + ÷
ç w . 1+ R ÷
è a m ø
Il est alors possible d’introduire des ratios adimensionnels de masse, raideur et fré-
quence, comme expliqué dans [26] :
Mc k w
Rm = ; Rk = S ; Rw = a (2.81)
Mm kT w0
Où ω0 représente la bande passante requise. On peut alors estimer la valeur limite de
stabilité pour le ratio d’inertie en fonction des deux autres.
1
Rm ³ (2.82)
Rw 2 .(Rk + 1) - 1
Cette expression issue de [26] peut être utilisée comme règle de bonne conception à
considérer en phase de pré-design comme contrainte à ajouter au dossier de spécifications.
De même, dans ce chapitre ont été évoqués les diverses boucles « principales »
d’asservissement, néanmoins, pour la réjection des perturbations et limiter l’effet déstabi-
lisant de dérive des intégrateurs, des principes d’asservissement avancés sont alors néces-
saires avec des boucles en anticipation (« feed-forward » en anglais), des anti-windup…
mais on s’attaque alors plus à de la modélisation de prototypes virtuels nécessaires à la va-
lidation, inutilisables durant la phase de définition du dossier de spécifications, donc hors
de propos ici même.
La phase d’analyse des profils de mission/spécifications est finalement la pierre angu-
laire de la phase de génération du dossier de spécifications, tous les modèles présentés
jusqu’ici n’étant que des outils d’adaptation des données brutes. L’analyse peut porter sur
des phénomènes transitoires : extraire les points de fonctionnement transitoires les plus
demandants (vitesse maximale, effort maximal, puissance mécanique maximale, points
très dynamiques…) ; ou moyens : recherche des portions de profils impactant le plus les
valeurs moyennes (fatigue, échauffement…). C’est pourquoi la section se divisera en deux
parties : analyse transitoire et analyse continue.
Un réducteur droit à deux étages couplé à un moteur brushless de vitesse semble être
une architecture adéquate, à condition que les critères dimensionnants soient bien ceux
cités plus haut, et que le couple inertiel additionnel du moteur soit faible devant le couple
de charge.
En effet, cette étude d’architecture néglige le terme inertiel. Néanmoins pour des ac-
célérations importantes (actionneur dynamique), le rapport couple inertiel/couple de
charge peut atteindre des valeurs supérieures à 30% (cas rencontré lors du dimensionne-
ment d’un actionneur de vecteur poussée [7]), rendant l’étude technologique précédente
caduque.
Afin de vérifier l’impact potentiel du couple inertiel du moteur, il est intéressant
d’utiliser un autre graphe faisant appel à deux grandeurs conservatives (aux rendements
près) : la puissance de coin, comme précédemment, mais aussi le terme « taux de montée
en puissance » δP (ou « power-rate » en anglais), produit de l’effort et de l’accélération
maximaux. Pour un moteur, si l’on considère que 100% du couple est utilisé pour accélérer
son propre rotor, on tombe sur la première des courbes de la Figure 2.36:
Tm 2 æ ¶ 2q ö
= Tm . maxç ÷ = maxæç F ö÷. maxæç N . ¶V ö÷ = max (F ). maxæç ¶V ö÷ (2.84)
J ç ¶ 2t ÷ èNø è ¶t ø è ¶t ø
è ø
Ce graphique a été obtenu, lui aussi, au moyen des lois d’échelle. Il illustre les besoins
d’un actionneur devant délivrer une puissance coin de 2kW et un taux de montée en puis-
sance de 22kW/s.
Figure 2.36 – Diagramme du taux de montée en puissance (vis-écrou 5mm/tr) [-]
Ici, il est clair que la part de couple inertiel est négligeable (<1%) et la conclusion est
immédiate. Néanmoins, pour des cas où la part inertielle représente plusieurs dizaines de
pourcents il est difficile de conclure. D’autant plus que l’accélération maximale n’apparait
pas forcément pour le point de charge extrême. C’est pourquoi d’autres techniques
d’analyse, plus avancées, existent.
( ) æ 1
T * W* = inf ç FVmax +
y £ W * çè
a ö
.y ÷
y Vmax ÷ø
(2.90)
Ceci étant expliqué, une question demeure : comment extraire et comparer les divers
points de fonctionnement d’un profil complet afin de ne conserver que les points les plus
contraignants ?
4
L’utilisation d’un rendement moyen en lieu et place des rendements direct/inverse reste critiquable
- Pour les points restants, non-dominés, l’analyse de Van de Straete permettra de les
départager et de restreindre encore plus l’espace des points critiques :
P v = E1v È E2v / E v1 Ì E p1, E v 2 Ì E p 2 (2.94)
Sur l’exemple ci-dessus d’un cycle de vol de près d’1h, échantillonné à 5ms, soit com-
portant plus de 600000 points, l’analyse par front de Pareto permet de ne retenir que 67
points pour un coût de calcul inférieur à 0.2s sur un ordinateur personnel classique.
Vient alors la 3ème phase d’analyse qui consiste à comparer les courbes Ti*=f(Ωi*), point
à point, et de supprimer les points pour lesquels la courbe reste dominée quel que soit Ω*.
Pour ce faire, il s’agit de découper l’analyse sur trois intervalles distincts (en suppo-
sant que Ω1,s*< Ω2,s*):
- Portion Ωa*=[0 ; Ω1,s*] : portion de non saturation
- Portion Ωb*=[ Ω1,s* ; Ω2,s*] : comparaison de la courbe 2 à l’asymptote 1
- Portion Ωc*=[ Ω2,s* ; 0] : comparaison des asymptotes
Fi
Wi* = .Vmax (2.95)
ai
Sur la portion de non saturation montrer que le point 2 domine le point 1 revient à
démontrer que :
é 1 ù é A ù
"W* £ W1, s* , T2* ³ T1* Û ê((F2 - F1 ).Vmax ). + ((a2 - a1 ).Vmax ).W* ú = ê + B.W* ú ³ 0 (2.96)
* *
ë W û ëW û
Les deux points faisant partie du front de Pareto, les termes A et B sont forcément de
signe opposé et non nuls. Reste alors à écrire la condition de validité de cette formule :
A A
B > 0 Þ W* ³ - = Wc* ; B < 0 Þ W* £ - = Wc* (2.97)
B B
Si ce Ωc*se trouve dans l’intervalle, alors aucun point n’est dominant, sinon l’un des
point est dominant, et plus précisément le point 2 si la condition B<0 est vérifiée et le
point 1 dans le cas contraire. Un changement de dominance permet de sauter les compa-
raisons dans les deux autres intervalles (Ωb* et Ωc*) en gardant les deux points.
Si c’est le cas, le point dominant reste dominant et l’autre est supprimé, sinon on
garde les deux points.
Cette analyse permet dans le cas évoqué plus tôt, de restreindre l’étude à une vingtaine
de points de fonctionnement (21 avec le point de vitesse maximale) en 0.1s, mais plus im-
portant, de pouvoir les identifier sur le tracé temporel des profils d’effort/accélération Fi-
gure 2.41.
Figure 2.41 – Points de fonctionnement transitoirement importants [-]
Afin d’en réduire encore le nombre, il serait possible de faire des regroupements de
cas proches et d’analyser uniquement 5 points de fonctionnement, dont 4 apparaissent
pendant la phase de croisière alors que la vitesse maximale est obtenue durant la phase de
vérification au sol.
Il aurait aussi été possible de pousser l’analyse de Van de Straete un peu plus loin en
ne comparant non plus un point de fonctionnement à un autre, mais l’ensemble des points
finaux entre eux. Pour ce faire, il aurait fallu déterminer le front de Pareto composé de
portions de courbes T*=f(Ω*), et déterminer pour chaque point si une portion de sa courbe
est incluse dans le front. C’est mathématiquement et informatiquement plus complexe et
n’a que peu d’intérêt par rapport aux simplifications par regroupement expliqués plus
haut.
En parlant d’analyse transitoire, il est aussi important d’aborder l’analyse de la dyna-
mique permettant de valider essentiellement le comportement en fréquence du modèle
d’actionneur non-linéaire, notamment à la saturation.
A1ors que le modèle d’état saturé représentant la dynamique a été présenté plus tôt
(Figure 2.33) et que l’on a pu discuter du diagramme asymptotique des performances en
saturation (2.74), pour valider un gabarit fréquentiel de performance, il s’agit de tracer la
réponse du système dans le diagramme de Bode. Alors que pour un système linéaire la ré-
ponse est triviale, lorsque des saturations existent ce travail devient plus complexe.
C’est pour cela qu’il est possible d’utiliser un outil d’analyse fréquentielle, comme ex-
pliqué dans [29], qui génère un signal sinusoïdal x*(t)=[Link](ωt) de commande du système
et étudie les propriétés de la première harmonique de sa réponse x(t)=[Link](ωt+ϕ). La pre-
mière harmonique correspond, pour une décomposition en série de Fourier de la réponse, à
la composante sinusoïdale de plus forte amplitude (fréquence fondamentale).
Deux grandeurs d’intérêt peuvent alors être évaluées :
Tm Tm
2 2
a1 =
Tm ò x(t ).sin(wt ).dt » [Link](j ); b1 = Tm ò x(t ). cos(wt ).dt » [Link](j ) (2.99)
0 0
Qu’il est ensuite possible de combiner pour déterminer l’amplitude et la phase :
a12 + b12 æb ö
A= ; j = tan -1 çç 1 ÷÷ + p .(a1 < 0) (2.100)
a è a1 ø
Le tracé de la réponse de l’amplitude (pour un déplacement donné) et du retard de
phase est alors possible.
Maintenant que l’ensemble des analyses transitoires ont été abordées, il s’agit de se
pencher sur les phénomènes plus dans la durée, comme l’échauffement, moyenne filtrée
des pertes Joules essentiellement, et la fatigue/usure mécanique.
Aspect fatigue/usure :
Les aspects fatigue/usure peuvent s’évaluer par la formule générique suivante, uni-
quement dépendante de la charge Fc et de la vitesse V de fonctionnement du
composant [30] :
j k
Q = ò Fc .V .dt (2.101)
Pour certains dispositifs préchargés comme la vis, la fatigue vue par chaque moitié de
l’écrou diffère. La charge Fc se calcule alors de part et d’autre à partir des formules de
contact d’Hertz et de la raideur de contact (Annexe A1 et [31]).
Il en découle les formules suivantes :
j
òu (Fpr + 0.64.F )(. F ³ -2,[Link] )(. F < 2,[Link] ) + F.(F ³ 2,[Link] )
ui
Qiu + =
k
.V .dt (2.103)
i -1
j
òu (Fpr - 0.36.F )(. F £ 2,[Link] )(. F > -2,[Link] ) + F.(F £ -2,[Link] )
ui
Qiu - =
k
.V .dt (2.104)
i -1
A 2,8 fois l’effort de précharge, il y a rupture du contact, et l’effort de contact est alors
directement égal à l’effort appliqué.
Nous verrons dans la partie illustration comment un tel outil peut être appliqué à un
profil de mission et surtout comment il peut être utilisé pour la génération d’un profil
simplifié équivalent.
Aspect thermique :
Les actionneurs EMA sont particulièrement soumis aux problématiques
d’échauffement qui constituent bien souvent un des critères phare de dimensionnement
des applications fonctionnant durant la totalité du vol comme les surfaces de contrôle
primaires. De plus, les pertes étant, du moins pour le moteur, assez souvent constituées
majoritairement des pertes Joule, il est intéressant d’en déterminer une grandeur propor-
tionnelle directement utilisable lors de l’analyse du profil, le carré de l’effort:
R æ R ö
PJ (t ) = R.I (t ) 2 = Tm (t ) 2 » ç ÷.F (t ) 2 µ F (t ) 2 (2.105)
2 ç 2 2 2÷
km è k m .l .h ø
Le rapport de proportionnalité est assez évident, puisque aux rapports de réduction et
rendements près (dépend du quadrant de fonctionnement), et en faisant abstraction du
couple inertiel (attention cependant aux applications dynamiques), l’effort est propor-
tionnel au courant.
Pour se rendre pleinement compte de l’échauffement du moteur au cours du cycle, il
faut utiliser un filtre représentatif d’un modèle thermique de moteur électrique. Des hypo-
thèses de modélisation (2 corps et 1 corps) détaillées en Annexe A2 sont rappelées ici.
Figure 2.42 – Rappel des modèles thermiques 1 corps (gauche) et 2 corps (droite) du moteur [-]
Le choix du modèle dépend de la dynamique étudiée. Sur une période de temps courte
(de l’ordre de la constante de temps des bobines) le modèle 2-corps est plus approprié alors
que pour une période plus longue (de l’ordre de la constante de temps du carter) le modèle
un corps est suffisant. En régime établi, un modèle purement résistif peut être utilisé.
Ces filtres paramétrés ont été implémentés sous forme de fonctions de transfert, avec
une formule relativement simple pour le modèle un corps :
F 2 filtered ( p ) 1 1
G( p) = = = (2.106)
F ( p) 2 1 + (Rth Cth ) p 1 + t th p
Et un peu plus complexe pour un modèle deux corps :
æ t ö
1+ ç ÷p
ç k (1 + 1 k )2 (1 + 1 k ) ÷
G ( p) = è R R C ø
æ t .(k R k C + k C + 1) ö æ t2 ö 2
1 + çç ÷p + ç ÷p (2.107)
÷
è k C k R (1 + 1 k R )(1 + 1 k C ) ø ç k k (1 + 1 k )2 (1 + 1 k )2
è R C R C
÷
ø
VEGA est un lanceur spatial européen léger de dimension et capacité d’emport réduite
développé sous maitrise d’œuvre italienne. Elle répond au besoin de mise sur orbite géos-
tationnaire à moindre coût de satellites, segment confié, jusqu’à récemment, quasi exclu-
sivement à des lanceurs russes. L’étude porte sur le système d’actionnement du premier
étage de propulsion dont le développement a été confié à l’entreprise Herakles. On se con-
tentera ici d’analyser et comparer deux profils de mission en position angulaire de la
tuyère (Figure 2.43) : un de test (échelons) et l’autre correspondant à un vol typique (si-
nusoïdes), aux spécifications techniques.
Figure 2.43 – Système d’actionnement VEGA5 et profils typiques de test et de vol [-]
En phase amont de projet, le profil de test donné correspond à l’ordre de position
tuyère et non à la position réelle de celle-ci. Quant au profil de vol, il fait apparaître des
non-linéarités d’assemblage de phases sinusoïdales. C’est pourquoi le dossier des spécifica-
tions a été complété par des performances harmoniques et des temps de réponse à des con-
signes échelon, qui vont permettre de mettre en place un modèle dynamique (2nd ordre)
non-linéaire de l’actionneur en vue d’une adaptation des profils, le modèle de charge étant
connu.
5
Retrouvez le projet VEGA sur le site de l’agence spatiale européenne ([Link]
La mise en place du modèle dynamique passe par la détermination de la bande pas-
sante, du coefficient d’amortissement et des saturations de vitesse et accélération. Pour
réaliser ces réglages, il convient de comparer la sévérité des spécifications techniques
données et rappelées dans les Tableau 2.2 et Tableau 2.3.
Figure 2.44 – Réponse optimale (temps minimal) à un ordre de position de petite amplitude [-]
Avec l’hypothèse d’un tel profil, l’accélération et la vitesse maximales sont données
par les formules suivantes :
x0 * tm
Amax = 4. ; Vmax = Amax. (2.110)
tm2 2
Figure 2.45 – Réponse optimale (temps minimal) à un ordre de position de grande amplitude [-]
Figure 2.46 – Validation de la réponse harmonique avec modèle Simulink saturé (|β|=2%.βmax) [-]
Pour obtenir ce genre de résultat, un script pilotant le modèle Simulink est utile pour
faire varier la fréquence de la commande et tracer les résultats d’amplitude/phase ainsi
que le gabarit spécifié, dans un diagramme de Bode.
La vérification des temps de réponses à un échelon de position est aussi réalisée :
Figure 2.47 – Validation de la réponse à un échelon avec le modèle dynamique saturé [-]
Après avoir validé le filtre, il a été possible de filtrer les profils de position, puis cons-
truire un modèle de charge avec le reste des spécifications afin d’obtenir la cohérence
charge-position. Seul le filtrage du profil de test a été représenté, car c’est le plus pro-
bant.
Figure 2.48 – Filtrage du profil de test (commande) par le modèle dynamique de l’actionneur [-]
Ce profil filtré de position permet de générer, au moyen du modèle de charge, le profil
d’effort correspondant, et à eux deux, ils constituent une nouvelle donnée d’entrée du dos-
sier de spécifications.
Le second cas, qui a été finalement le cas le plus long à traiter est celui d’un actionneur
d’aileron d’avion court-courrier. La raison est assez simple, à la différence de VEGA, le
modèle de charge n’était pas connu, et des profils de charge T=f(t) et position angulaire
θ=f(t) de la surface de contrôle, généré par un simulateur avion, ont été donnés (avec
d’autres paramètres tels que l’angle d’incidence de l’aile et la pression dynamique). Mais
lors du tracé des profils dans le graphe T-δθ/δt, un ensemble de points de fonctionnement
se sont retrouvés hors gabarit (Figure 2.4). Une adaptation de la dynamique est par con-
séquent nécessaire.
Réglage du modèle dynamique actionneur :
Comme précédemment, un filtre d’état saturé a été réglé en tenant compte de la limi-
tation de vitesse, énoncée dans le dossier de spécifications, et une limitation d’accélération
suffisamment haute pour ne pas voir apparaître de saturation dans la bande passante.
Figure 2.49 – Réponse harmonique pour une excitation à petit (0,5mm) et grand signal (19mm) [-]
La bande passante 4Hz est assurée pour les petits signaux (déphasage de 45°) con-
formément au dossier de spécifications initial. Le modèle est donc validé et le profil de po-
sition peut être filtré. Mais arrive alors un problème de taille : comment recréer un modèle
de charge, équivalent, en l’absence du simulateur de vol ?
Le calage du modèle a été réalisé sur les profils issus du simulateur de vol en considé-
rant une combinaison de modèles de charges présentés précédemment :
¶2b
[ ]
T = q. kc + ka .a + k b .b + J 2
+ c.
¶b
¶t
+ Tg (2.112)
¶ t
Comprenant une part aérodynamique, l’inertie de la surface et des frottements ainsi
qu’une charge gravitaire constante Tg. Une régression au sens des moindres carrés a alors
été réalisée, mais les résultats se sont avérés peu réalistes.
Figure 2.50 – Etude de la corrélation du modèle de charge aux résultats simulateur [-]
La raison de cette mauvaise corrélation était claire, les termes inertiels et de frotte-
ments étant négligeables : le modèle aérodynamique (soit les coefficients ki) dépend des
conditions d’écoulement et notamment de la pression dynamique (ki=f(q)).
[ ]
T ' = q. kc (q ) + ka (q ).a + kb (q ).b + Tg (2.113)
C’est pourquoi ont été tracées, pour un angle d’incidence quasi constant (1° pour les
phases 1 et 2,5° pour la phase 3), les charges angulaires lors de mouvement de la surface
durant trois phases différentes :
On se rend alors compte que kβ ne varie pas (Kβ représentant la pente est directement
proportionnel à q). De plus les coefficients d’angle d’incidence et d’angle de braquage
semblent avoir des impacts identiques : kα≈kβ. En revanche, le terme kc doit être recalé, et
le parti pris est une interpolation linéaire (après compensation de kα.Δα sur la phase 3):
kc = f (q ) = kc0 + kc1.q (2.114)
Ceci a alors permis d’obtenir une modèle plus fidèle :
Figure 2.52 – Etude de la corrélation du modèle de charge aux résultats simulateur [-]
Il ne s’agit pas de regarder le coefficient de corrélation, qui est à la base correct et si-
milaire pour les deux modèles, mais plutôt la correspondance (linéarité) entre les résultats
issus du modèle Simulink et ceux générés par l’avionneur. Si les phases de décollage et
d’atterrissage (points grisés) sont mises de côté, l’erreur est alors bien plus contenue
(<8%). La mauvaise fidélité du modèle pour ces phases s’explique par la modification du
flux d’air due à l’ouverture des hypersustentateurs.
Une conclusion avant les analyses : on voit qu’il est possible de retrouver le modèle de
charge (ou du moins un qui s’en approche) à partir des profils avion fournis par
l’avionneur. C’est pourquoi il parait judicieux de limiter ce transfert de connaissances en
ne fournissant au systémier que des profils simplifiés.
Figure 2.55 – Filtrage de l’effort - modèle thermique 2 corps (répétition de vols avec phase au sol) [-]
Le profil mécanique simplifié, présenté plus tôt, a lui aussi été filtré et présente des
échauffements équivalents (conservatifs).
Il est cependant à remarquer que le profil complet excède 100% du profil de vol car
l’on suppose que la phase au sol (débarquement, remplissage des réservoirs et embarque-
ment des nouveaux passagers/staff) représente à peu près 50% du temps de vol, ce qui
laisse le temps à l’actionneur de se refroidir par convection. On aurait pu choisir un temps
au sol nul afin de durcir la spécification.
Il est aussi à noter que la valeur initiale d’effort n’est pas nulle. Ceci est rendu possible
par l’initialisation de l’intégrateur du modèle à une valeur autre que 0N. Le réglage de cet
offset initial permet de retrouver les valeurs après un nombre important de répétitions du
cycle de vol (journée de fonctionnement), et donc en régime établi. Manuellement on
cherche la valeur qui permet de trouver un effort initial égal à l’effort en fin de cycle.
Le test de validation consisterait donc à partir d’une température à régime établi
(maintien d’un effort égal à 2% de l’effort maximal) avant de passer le profil thermique.
Les ordinateurs permettront donc d’aborder des problèmes de plus en plus sévères
pouvant faire intervenir un très grand nombre de variables (100-1000) et contraintes. Il
devient alors inconcevable de demander à l’utilisateur de vérifier la concordance et cohé-
rence du problème qu’il a posé, et des méthodes mathématiques d’analyse devront l’aider à
vérifier que ce dernier est correctement posé et contraint ou encore qu’une solution est
envisageable.
Le dimensionnement d’un actionneur EMA et plus largement de systèmes multi-
physique, finalement exprimable sous forme d’un problème de satisfaction de contrainte
(CSP), est défini par :
CSP = ( X , D, C )
- X, ensemble de variables ;
(3.01)
- D, domaines d’appartenance des valeurs des variables ;
- C, contraintes reliant les variables.
Les critères ou objectifs à optimiser sont intégrés en tant que contraintes. En se ra-
menant à un CSP, il est possible d’utiliser les techniques de résolution de la programma-
tion par contraintes : exploration et exploitation de solutions au moyen de méthodes lo-
cales ou évolutives, méthodes de propagation de contrainte (réduction des domaines des
variables)…
Dans [8] et [9], une distinction est faite entre les contraintes selon qu’elles soient sous
forme : d’équations algébriques (relation régulière), d’équations différentielles ou inté-
grales (relations continues) ou d’inéquations (relation intervalle).
Bien que les méthodes de résolution ou de vérification de la singularité du problème
soient issues principalement de la théorie des graphes, des techniques comme la propaga-
tion de contraintes visant à réduire les domaines de définition des variables s’appliquent
prioritairement à certains types de relations (ici les intervalles).
Il faut savoir qu’en plus des logiciels précédemment énoncés, un ensemble d’outils gra-
phiques existent et permettent d’ores et déjà de représenter et analyser le flux
d’information. Pour des problèmes relativement simples, ces méthodes de représentation
visuelles permettent même de vérifier la qualité du problème (dont le bouclage algé-
brique). Parmi les plus connues, on retrouve :
f 3 : z 3 - 2x + a = 0
Où X=[x, y, z]T est le vecteur inconnu et a et b deux paramètres d’entrée connus.
Les entrées du problème, connues, sont liées aux équations par des connexions orien-
tées, et seront écartées des représentations suivantes (et des algorithmes) pour alléger
l’écriture d’autant plus qu’elles ne sont pas traitées.
La première étape est celle de l’appairage, les connexions non-affectées (ou non-
orientées) se transformeront en connexions affectées (double-trait).
Figure 3.6 – Appairage équations paramètres inconnus dans un graphe bipartite [-]
Une fois l’affectation maximale obtenue sur le graphe biparties (contraintes vs. va-
riables), celui-ci pourra être transformé en graphe orienté et simplifié.
Un des objectifs de l’outil logiciel, développé dans le cadre de cette thèse, est de forma-
liser et capitaliser le savoir (limites, modèles d’estimation et méta-modèles comportemen-
taux..) dans des blocs composants et scénarios sous forme d’équations/inéquations algé-
briques déclaratives, blocs qui sont à leur tour classés dans une librairie. Le
prédimensionnement d’une nouvelle architecture avec de nouvelles spécifications consiste
alors en un assemblage de blocs et l’ajout de liens entre les paramètres par des équations
(et inéquations) déclaratives.
Le problème ainsi décrit peut être singulier (sur/sous-contraint, redondant) et a des
chances de présenter des boucles algébriques (certes en nombre réduit, car la conception
mécatronique d’EMA demeure peu couplée). Pour toutes ces raisons, une aide intelligible
doit être apportée au concepteur pour le guider dans les étapes de mise en forme et de
conditionnement du problème.
Enfin, une des volontés majeures était d’obtenir en sortie du logiciel un code de calcul
explicite, ouvert et utilisable sur des solveurs de calcul « grand public » tels qu’Excel ou
Matlab. C’est pourquoi les bouclages numériques seront conditionnés de manière à être
reportés sur la boucle d’optimisation externe. Ce n’est pas forcément la méthode de réso-
lution la plus rapide, mais c’est celle choisie pour des raisons d’implémentation « ouverte ».
Pour tous ces aspects, qu’il n’est possible de trouver sur aucun des logiciels existants, il
a été considéré de développer une solution informatique spécifique (et à la fois assez large,
car divers problèmes mécatroniques peuvent être traités en fonction de la richesse de la
librairie).
Le problème de satisfaction de contrainte optimisé se présente sous forme
d’équations/inéquations algébriques (puisque les modèles de simulation pourront être
remplacés par une approximation mathématique) pour la plupart non-linéaires (lois
d’échelle, flux de puissance, méta-modèles…). Sa formulation (3.01) peut être affinée :
Une fois les singularités détectées, l’ingénieur sera amené à les supprimer en posant au
besoin un certain nombre de paramètres comme étant connus ou en déplaçant des con-
traintes inégalitaires vers la surcouche d’optimisation en introduisant dans un même
temps un ou des coefficients de surdimensionnement.
Le problème étant alors normalement contraint, il s’agit de vérifier s’il contient des
boucles algébriques symbolisées par des composants fortement connexes.
Comme un chaînage de calcul explicite ne peut pas contenir de boucles qui supposent
une résolution numérique locale, il s’agit de détruire ces boucles en posant un minimum de
paramètres (de la boucle) comme étant connus et dans un intervalle (IR + ou IR-) à définir.
Le bouclage numérique sera alors géré par la surcouche d’optimisation qui devra alors vé-
rifier la concordance entre valeur supposée et estimée.
Figure 3.9 – Interface graphique du prototype GraphSize développé sous Matlab [-]
Les équations saisies sont analysées et les paramètres extraits et ajoutés dans
l’arborescence. Il est alors possible de les typer comme étant des entrées connues du pro-
blème (fixe : défini par un réel, variable : défini par un intervalle continu) ou des variables
inconnues à déterminer (donc éventuellement des sorties).
Ce que l’on appelle contraintes sont en réalité les inéquations considérées comme
telles. Elles ne sont prises en considération que par la surcouche d’optimisation et non par
le traitement des graphes.
Il est bien entendu possible d’importer des composants, qui sur cette version beta, de-
vront être enregistrés de manière manuelle dans des fichiers texte. L’enregistrement et
l’ouverture d’un projet existant sont possibles, tout comme les principales étapes d’analyse
indiquées plus haut (singularités, boucles, export de la procédure de calcul explicite sous
forme de fonction Matlab).
Le plan chronologique des tâches réalisées dans GraphSize sera suivi, à l’exception de
la 3.2, explicitée séparément. Mais avant d’aborder ces algorithmes « avancés », il con-
vient de comprendre ceux, basiques, sur lesquels ils sont fondés : les recherches en profon-
deur (« Depth First Search » - DFS) et en largeur (« Breadth First Search » - BFS).
L’algorithme est basé sur l’utilisation d’une file dans laquelle il retire le premier som-
met disponible, et place à la fin de celle-ci les sommets voisins (ou adjacents) non encore
explorés. Les sommets explorés doivent être marqués (enregistrés) afin d’éviter de mul-
tiples explorations et bouclages.
Afin de connaitre la taille de l’arbre et « l’altitude » des divers sommets, il convient de
classer les nœuds par niveau, c’est une option permise par l’algorithme et utile pour les
études qui suivront. Les nœuds décrivant le niveau i+1 correspondent à la pile lorsque
l’ensemble des nœuds du niveau i ont été traités.
Pour résumer :
1. Initialiser la file (un ou plusieurs nœuds, en fonction du traitement à réaliser) et
l’enregistrer dans le niveau 1 ;
2. Retirer le premier nœud et chercher les sommets adjacents ;
3. Enregistrer les sommets adjacents non présents dans la file et non enregistrés dans
les niveaux inférieurs (traités) à la suite de la file ;
4. Si une fois le nœud retiré, aucun des nœuds du niveau courant i n’est présent dans
la pile, enregistrer celle-ci comme étant le niveau i+1 ;
5. Répéter les étapes 2 à 4 jusqu’à épuisement des sommets dans la file.
Sur la Figure 3.10, il faut attendre la fin de l’étape de traitement n°2 pour que les
sommets A et B disparaissent de la file, et, par conséquent, que le niveau 2 et les sommets
C-D-E soient enregistrés. C’est ensuite à la fin de l’étape n°5 que l’enregistrement du ni-
veau 3 a lieu avec les sommets F-G-H.
L’algorithme de parcours en profondeur est assez similaire au BFS, à l’exception de la
gestion de la file (appelée pile). En effet au lieu d’appliquer le principe du premier arrivé-
premier traité (« First In, First Out » - FIFO), le premier nœud traité est le dernier enre-
gistré, comme sur une pile de livres par exemple (« Last In, First Out » - LIFO). Il n’a pas
pour but de hiérarchiser les sommets, uniquement de parcourir une arborescence, c’est
pour cela qu’on ne parle pas, ici, de notion de niveau.
Maintenant que les concepts de base sont plus clairs pour le lecteur, il est possible
d’aborder la présentation des algorithmes constituant le cœur logiciel.
Reprenons l’exemple (modifié) présenté dans [26] pour illustrer ces étapes au travers
des Figure 3.12, Figure 3.13 et Figure 3.14.
Figure 3.12 – Exemple de problème à 6 équations-6 inconnues avec initialisation de l’appairage [-]
Sur un tel cas, on se rend compte qu’après l’initialisation grossière, deux équations
(5,6) et deux paramètres (5,6) restent libres. Appliquons alors l’algorithme BFS en pre-
nant dans la file initiale (et au niveau 1) les nœuds « équations » numérotés 5 et 6. Rappe-
lons que pour l’adjacence, depuis un carré on accède à tous les ronds alors que depuis un
rond on n’accède qu’au carré lié par un double trait.
Figure 3.13 – Etapes de traitement du BFS (lecture de gauche à droite et de haut en bas) [-]
Figure 3.14 – Numérotation finale obtenue (après BFS) et identification du paramètre libre 5 [-]
Passons maintenant à la seconde étape : l’application de l’algorithme de parcours en
profondeur pour remonter du paramètre libre 5, vers un des sommets (équations libres 5
et 6). Pour faciliter la visualisation des explications, nous rappelons la matrice d’adjacence
avec en ligne les équations et en colonne les paramètres (un rond).
Paramètres inconnus
1 2 3 4 5 6
1 o x x x x
Equations 2 x o x x
3 x x o x
4 x x x o x
5 x
6 x
Figure 3.15 – Matrice d’adjacence-EP [-]
Figure 3.16 – Représentation du chemin et du nouveau résultat obtenu par BFS [-]
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
1 x x o x x x
2 o x x x x UCR
3 x x o
4 o x x
5 x o x
NCR
6 o x
7 x o x
8 o x
9 o
OCR
10 x
11 x x
UCC NCC OCC
Figure 3.17 – Exemple de décomposition fine d’un problème de taille 11² extrait de [27]
Le problème peut être découpé, dans un premier temps de manière grossière, en trois
sous-problèmes : sous-contraint (« Under Constrained Column/Row » - UC(C/R), norma-
lement contraint (« Normally Constrained Column/Row » - NC(C/R)) et sur-contraint
(« Over Constrained Column/Row » - OC(C/R)).
Il convient maintenant de savoir comment sont formés les ensembles UCC/UCR,
OCC/OCR et NCC/NCR.
La recherche du sous-problème sous-contraint se fait au moyen d’une recherche en
profondeur en partant de paramètres libres. Le paramètre adjacent à une équation ne
peut être que celui qui lui est affecté, alors qu’à un paramètre les équations adjacentes
sont toutes celles dans lesquelles il apparait.
Ainsi, en appliquant un DFS à la file {(1),(2)}, on trouve {(1),[1]}, puis {(1),(3)}-
{(1),[3]}-{(1),[5])}. Le paramètre 5 est lié aux équations 1-2-3, or seule l’équation 2 n’a
pas encore été traitée, donc la pile devient {(1),[2]}, puis {(1),(4)}. Les paramètres 1 et 4
n’étant liés qu’à des équations déjà traitées, la recherche se termine, et UCR={[1],[2],[3]}
alors que UCC={(1),(2),(3),(4),(5)}.
Passons maintenant à la recherche des équations et paramètres constituant le pro-
blème sur-contraint. Le principe est exactement le même que pour le problème sous-
contraint mais en intervertissant les propriétés entre équations et paramètres. On doit
donc réaliser un DFS en partant de la pile d’équations libres {(10),(11)} et récursivement
(en sachant que la propriété d’adjacente est inversée) on va retrouver OCR={[8],[9],[10],
[11]} et OCC={(10),(11)}.
Le sous-problème normalement contraint est alors constitué des équations et para-
mètres restants.
Qu’en est-il alors de la décomposition fine ? Il faut savoir que la matrice d’adjacence
est sous la forme suivante :
é Ah X Xù
A = êê 0 Ac X úú (3.06)
êë 0 0 Av úû
découpage correspondant en réalité aux trois sous-problèmes énoncés précédemment,
avec Ah une matrice horizontale, Ac une matrice carrée et Av une matrice verticale. Pour les
matrices Ah et Av, la mise en forme pour atteindre la décomposition fine correspond à des
interversions de lignes et de colonnes en ne regardant que les appairages.
Ainsi, pour Ah, on va traiter par ordre croissant les équations d’UCR. La pile des co-
lonnes est initialisée aux paramètres libres {(1),(2)}. Puis on va affecter à la pile les para-
mètres auxquels elles sont appariées, on obtient ainsi le réagencement des colonnes.
Pour Av, même approche, mais la pile est initialement vide, et une fois terminé y sont
ajoutées les équations libres.
La diagonalisation de la matrice Ac est plus compliquée. Il s’agit de rechercher les
composantes fortement connexes, d’opérer des regroupements et de réaliser les réagence-
ments par une recherche en largeur sur le graphe orienté. Et qui dit composantes forte-
ment connexes dit algorithme de Tarjan, algorithme abordé dans la section suivante.
Sur le cas présenté Figure 3.17, le concepteur serait averti que son problème est par-
tiellement sous-contraint et qu’il doit poser comme entrées connues deux des paramètres
de {1, 2, 3, 4, 5}, mais aussi qu’il est partiellement sur-contraint et qu’il doit retirer deux
des équations {8, 9, 10, 11} ou les transformer en contrainte (inégalités prioritaires).
L’algorithme développé par Robert Endre Tarjan [28] et repris largement dans la lit-
térature a pour vocation de réduire un graphe orienté contenant des boucles en un graphe
orienté sans boucle uniquement en réalisant des regroupements de nœuds paramètres en
super-nœud ou composants fortement connexes. L’algorithme de Tarjan s’applique au
sous-problème normalement contraint, comme expliqué auparavant. Dans ce cas,
l’ensemble des équations/paramètres sont affectés. Il est alors possible de transformer la
matrice d’adjacence-EP en une matrice d’adjacence classique et de simplifier le graphe
(retrait des nœuds équations).
Afin d’expliciter le fonctionnement de l’algorithme, nous allons nous baser sur un
exemple (simplifié) présenté dans [31].
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
1 x
2 x x x
3 x
4 x x x
5 x
6 x x
7
8
9 x x x
10 x
Figure 3.18 – Exemple de dépendances dans un problème à 10 paramètres (avec graphe orienté) [-]
Cet algorithme (avec l’heuristique qui suit) est l’un des plus complexes présenté dans
ce manuscrit. C’est pourquoi une attention particulière sera portée à l’illustration sur
l’exemple présenté Figure 3.18. L’algorithme est alors le suivant :
1. Initialiser la pile des nœuds traités et la matrice d’enregistrement des SCC comme
étant vides et prendre aléatoirement un nœud à placer dans la pile ;
2. Prendre le dernier paramètre de la pile et rechercher les paramètres qui en dépen-
dent. Alors pour le premier d’entre eux, on peut être confronté à plusieurs possibi-
lités :
- Le nœud est déjà traité ou fait déjà partie du dernier regroupement, on ne s’en
préoccupe pas. Choisir un autre des paramètres dépendants.
- Le nœud est non traité et n’est pas dans la pile, l’ajouter à la fin de celle-ci.
- Le nœud est dans la pile, un bouclage est détecté. Regrouper l’ensemble des
nœuds de la pile à partir de ce paramètre dans un même SCC.
Si aucun paramètre n’est trouvé (ou s’ils sont tous écartés), traiter le para-
mètre comme étant traité, et passer au nœud suivant de la pile.
Si le paramètre constituait le dernier paramètre de la SCC, enregistrer cette
dernière et supprimer les composantes de la matrice SCC.
3. Tant que tous les paramètres n’ont pas été traités, répéter l’étape 2, et si la pile se
retrouve vide, la remplir aléatoirement avec un des nœuds non encore explorés ;
4. Terminer par une inversion du vecteur des SCC enregistrés (classement par ordre
décroissant).
Revenons sur l’exemple présenté Figure 3.18, nous allons représenter l’évolution des
regroupements comme dans le document [31] :
Partiellement décrite dans [17], elle a été implémentée par l’auteur, avec succès, dans
un logiciel nommé DesignSheet. Elle a pour but de trouver le minimum de paramètres de
la SCC à considérer comme entrées connues afin d’être en mesure de détruire le(s) bou-
clage(s) algébrique(s). Les équations d’estimation de ces paramètres devront alors être
utilisées pour valider l’hypothèse quant à la valeur supposée initialement. Cela est possible
en définissant un niveau d’erreur acceptable entre valeur estimée et calculée sous forme
d’inéquations gérées comme contraintes par la surcouche d’optimisation.
Figure 3.20 – Graphe orienté d’une SCC (extrait de l’exemple précédent) [-]
En pratique, la recherche des plus petits ensembles de paramètres à fixer peut être ac-
célérée par un test intelligent des combinaisons. En effet, même pour des SCC de grandes
dimensions, pour la conception mécatronique, le problème reste en général assez « creux »,
soit peu couplé. Cela signifie que les ensembles sont de petite taille, c’est pourquoi dans un
premier temps l’ensemble des ceux de rang 1 sont testés car le coût de calcul est faible.
Si aucune solution n’est trouvée, une recherche « avancée » de la taille ‘n’ de l’ensemble
est lancée. Il s’agit d’écarter les alternatives successives dont le degré de résolution est
identique voire moins bon que la solution courante. On se base alors sur les propriétés ex-
primées dans l’encadré suivant. Pour comprendre ce concept, on se reportera à l’exemple
illustré Figure 3.20. Si la première combinaison testée est S=(2), on voit qu’une boucle
subsiste et aucun autre paramètre n’est déterminé. Si l’on fixe un second nœud, (3) par
exemple, cela permet de déterminer les valeurs de (4) et (6), soit la résolution totale de la
SCC.
Néanmoins, comme les nœuds (4) et (6) sont déterminés lorsque l’on pose le nœud (3)
comme étant connu, alors les sets S1=(2,4) et S2=(2,6) sont potentiellement moins bons
que S=(2,3). La raison est simple, on n’est pas sûr que le paramètre (3) soit finalement
calculable. En réalité dans le cas présenté, la phase initiale de recherche de set de rang 1
permet de trouver une solution S=(4) sans passer par la phase de recherche de taille.
1. Si le set courant comporte i paramètres et que la SCC n’est pas encore déterminée
alors qu’un set de i+1 paramètre est déjà solution, procéder directement à un
changement du nœud précédent sans continuer la résolution ;
2. Supposons que la combinaison {x1,x2,…xi-1,xi…} ait déjà été traitée et que de poser
le nœud ‘xi’ comme étant connu conduit à déterminer les paramètres w et y, dans
ce cas les combinaisons {x1,x2,…,xi-1,w…} et {x1,x2,…,xi-1,y…} ne présentent aucun
intérêt et peuvent ne pas être testés.
Vient enfin la dernière phase de recherche des alternatives de sets de rang ‘n’ solution.
Il s’agit en définitive de tester l’ensemble des combinaisons ‘n’ parmi ‘m’ (m>n). L’objectif
visé est de laisser assez de souplesse à l’utilisateur quant aux choix qu’il peut faire pour
mettre en forme le problème, l’ensemble des combinaisons de taille minimales doivent lui
être proposées. On verra concrètement le type d’aide à la résolution que proposera le pro-
gramme sur un cas classique de moteur électrique dans la section illustrant l’outil.
Celles-ci n’ont subi aucune manipulation par les algorithmes présentés jusqu’ici. Le
but est de rechercher les paramètres d’entrée variables auxquels elles sont liées directe-
ment ou au travers d’étapes de calcul. Ceci est réalisé au moyen d’une recherche en pro-
fondeur. On obtient alors une matrice d’adjacence-CP, soit Contraintes-Paramètres.
L’idée est ensuite de réaliser un appairage maximal et d’analyser le résultat :
- Une contrainte liée à aucun paramètre variable : soit les intervalles d’entrée sont la
solution du problème, soit le prédimensionnement est impossible.
- Une contrainte liée à un ou plusieurs paramètre(s) variable(s) mais non appariée : la
contrainte partage un même degré de liberté avec une autre contrainte. Si elles sont
concurrentes, il se peut que l’intersection de ces espaces solutions soit l’ensemble nul.
- La contrainte est liée et appariée à au moins un paramètre variable : il existe poten-
tiellement une solution au problème. La vérification n’est pas triviale car il y a des
chances que la contrainte ne soit pas monotone. Du coup le test des bornes n’est pas
suffisant pour conclure.
En l’état actuel, un simple avertissement est donné dans les deux premiers cas de fi-
gure.
Une remarque peut être formulée sur le dernier cas de figure (contrainte appariée).
On prend l’exemple d’un moteur électrique devant répondre à trois contraintes f1, f3 et f5 :
f 1 : Cmot, sat ³ max(C (t )) = CMAX
f 2 : Cmot,th = a1 .Cmot, sat
f 3 : Cmot,th = [³]CRMS (3.07)
où α1, α2, CMAX, CRMS et ωMAX sont des paramètres d’entrée connus issus, pour les deux
premiers des références choisies pour les lois d’échelles, et pour les trois suivantes, du dos-
sier de spécification technique et/ou des profils de mission. La singularité (sur-
contraintes), comme on le verra par la suite, conduit à l’intégration de deux coefficients
de surdimensionnement k1-k2 servant à valider les contraintes correspondantes c1-c2. La
transformation du problème conduit à la forme suivante :
Ce niveau de vérification n’a pas été implémenté, mais, en réalité, il s’agit d’une adap-
tation de l’aide à la résolution des singularités.
Jusqu’à présent, les programmes de fond ont été présentés avec en ligne de mire une
explication concernant le fonctionnement du cœur du programme, basé sur la théorie des
graphes. Mais il convient aussi d’aborder la forme et plus précisément l’interprétation de
la formalisation du problème et finalement de ses nombreuses contraintes (égalitaires ou
non).
Il se trouve que le code de calcul explicite découlant du logiciel devra pouvoir être ab-
sorbable par différentes plateformes de calcul (Excel, Matlab) après avoir subi une mani-
pulation symbolique (réalisée au moyen du logiciel libre Maxima [33]). C’est dans le but
de valider la syntaxe qu’une grammaire informatique spécifique a été établie (même si des
adaptations pour le passage d’une plateforme à l’autre sont toujours nécessaires). Cette
étape permettra dans un même temps d’extraire les paramètres contenus dans les équa-
tions/inéquations, et par conséquent de définir la matrice d’adjacence-EP.
Dans un premier temps il est vérifié qu’aucun des caractères spéciaux n’est utilisé
(‘?’,‘!’,‘:’, ‘;’,'&','#','@','°',…). Ensuite les fonctions, opérateurs ('+','-','*','^','/'), identifica-
teurs ('=','<','>','>=','<=','=<','=>'), variables et nombres constants rencontrés dans
l’expression sont remplacés par des symboles :
Pour les fonctions, l’indice ‘i’ est incrémenté au fur et à mesure que des fonctions réfé-
rencées sont trouvées (codage sur deux digits, soit une limitation du problème à
l’utilisation de 100 fonctions).
Le traitement est assez poussé puisqu’il est considéré d’analyser le nombre de para-
mètres d’entrée affectés aux diverses fonctions. La grammaire est en définitive un en-
semble de règles de substitutions s’opérant dans l’expression de l’équation/inéquation afin
d’en simplifier la forme. Ces règles sont exprimées dans le Tableau 3.3.
Dans un premier temps, les règles 1 à 8 sont répétées de manière à concaténer les ex-
pressions passées en paramètres dans des fonctions, alors que les règles 9-16 permettent
ensuite de compter le nombre de paramètres (variables et nombres constants) passés en
attributs de la fonction. Une fois ce nombre obtenu (et enregistré), il est possible
d’appliquer la règle 17 de transformation des fonctions en une simple variable.
L’idée est d’utiliser l’appairage défini par l’algorithme de Hopcroft & Karp, et de re-
formuler les équations/expressions en fonction du paramètre d’appairage, avant de les ré-
injecter dans les suivantes. Pour une composante fortement connexe (faisant par consé-
quent intervenir autant d’équations que d’inconnues, car extraites du problème
normalement contraint), la dernière expression ne devrait donc faire apparaitre qu’un seul
paramètre. Mais s’il existe une redondance, l’équation sera alors un simple test de validité
(0=0, toujours vrai, ou 0=A≠0, toujours faux).
A ceci peut être ajoutée une remarque concernant la résolution d’un système linéaire
classique comme le suivant :
f 1 : 2x + 3 y - 3 = 0
(3.11)
f 2 : 7y + x = 0
Ce genre de système fait apparaitre un bouclage entre x et y (et donc une SCC) qui
nécessiterait de supposer un des paramètres connu, et d’en recalculer la valeur avec
l’équation correspondante. Cette technique de convergence numérique est longue, alors
qu’avec le mécanisme de substitution présenté précédemment, le bouclage disparait.
Jusqu’ici, seules des redondances de type combinaisons linéaires ont été présentées.
Or, il arrive (à cause du flux de puissance), que les erreurs de rajout d’une équation par
l’utilisateur (qui aurait alors tendance à sauter une ou plusieurs étapes de calcul) ne soit
plus linéaire, mais en puissance :
f 1 : J 2 - J 1.N 2 = 0 ® J 2 = J 1.N 2
1 1 1
f 2 : M - J 2 . = 0 ® M = J 2 . = J1 .N 2 .
l2 l2 l2 (3.12)
2 2 2
æNö æ l ö 1 æ l ö
f 3 : M - J1.ç ÷ = 0 ® J1 = M .ç ÷ = J1.N 2 . .ç ÷ = J1
è l ø èNø l2 è N ø
Même constat, la dernière expression J1=J1 équivalente à 0=0 est redondante et tou-
jours vrai, donc elle peut être retirée du problème. Il faut bien faire attention à ce genre de
problème qui peut se produire, et qui conduirait faussement l’analyse automatique à dé-
clarer un problème comme étant sur-contraint ou normalement-contraint à tort, ou en-
core ferait apparaitre des bouclages qui n’en sont pas.
Il faut savoir que le prototype logiciel fonctionnant à ce jour n’inclut pas ces traite-
ments.
Dans cette partie seront illustrées des problématiques typiques qu’il est possible de
rencontrer dans le cadre d’un prédimensionnement système. Le problème de singularité
sera le premier abordé avec un cas de conception de vérin hydraulique sous-contraint et
d’un autre côté le design sur-contraint d’une vis à rouleaux. Enfin un cas de bouclage al-
gébrique de dimensionnement moteur sur un scénario dynamique mettra en avant les
techniques de conditionnement vers un problème explicite optimisé.
Parmi les paramètres listés (13), certains sont des entrées du cahier des charges (F0,
V0, dx, Pnet, K), alors que d’autres sont des sorties objectif ou contrainte (Qmax, Fmax).
La Figure 3.21, obtenue après application des algorithmes Hopcroft-Karp et Dul-
mage-Mendelsohn présente le problème composé de 6 équations et 8 paramètres inconnus.
Figure 3.21 – Matrice d’adjacence-EP, cas d’un vérin servohydraulique, matrices Ah et Ac [-]
D’après le typage choisi par l’utilisateur, pour les variables, le logiciel va proposer de
fixer de manière préférentielle les paramètres inconnus de type ‘entrée*’ devant ceux
non-typés (‘inconnu’) qui eux-mêmes seront pris prioritairement si opposés à de para-
mètres de type ‘sortie*’. Le fait d’ajouter cet attribut au paramètre permet de faciliter
l’implémentation du code dans un algorithme d’optimisation puisque les paramètres qui
pourront être imposés comme entrées du processus de calcul présenteront alors un do-
maine de définition plus facilement imposable.
Dans le cas présent, il est par exemple plus logique de considérer que la section S du
piston est difficile à borner (typée ‘sortie*’) alors que la chute de pression dPnom dans
l’électrovalve, dépendante de la technologie, ou encore la pression maximale dans le vérin
P0 (bornée par [0, Pnet]) sont deux grandeurs dont les domaines sont faciles à imposer (et
par conséquent typées en ‘entrée*’). C’est pourquoi elles seront fixées en lieu et place des
autres alternatives : Qmax, Qnom, S, Fmax, Q0.
Le problème n’est alors plus singulier et la matrice d’adjacence-EP est présentée Fi-
gure 3.22.
Figure 3.22 – Matrice d’adjacence-EP, cas d’un vérin servohydraulique, matrice Ac [-]
Considérons alors les équations suivantes dont les lois de similitude servent à estimer
les caractéristiques du composant :
Fmax : effort maximal du profil
Frmc : effort de fatigue du profil
f 1 : F0 ³ F max F0,ref : charge statique de la référence
f 2 : Fd ³ Frmc Fd,ref : charge dynamique de la référence
0,9
æ F ö Ln : longueur de l’écrou
f 3 : Fd = Fd , ref .ç 0 ÷ Ln,ref : longueur de l’écrou de référence
ç F0, ref ÷
Scenarios è ø Ls : longueur de la vis
dx : course utile (3.14)
0, 5 Lb : largeur de la butée
æ F ö
f 4 : Ln = Ln, ref .ç 0 ÷ ms : masse linéique de la vis
ç F0, ref ÷
è ø ms,ref : masse linéique de la vis de référence
f 5 : Ls = dx + Le + Lb
Ms : masse de la vis
æ F ö
f 6 : ms = ms , ref .ç 0 ÷
ç F0, ref ÷
è ø
Composants
f 7 : M s = ms .Ls
Comme l’ensemble des caractéristiques du composant de référence ‘Xx,ref’ est disponible
(caractéristiques extraites du catalogue constructeur) et que les performances décrites
par le profil de mission découlent du cahier des charges, dx, Fmax et Frmc sont aussi connus.
De plus, la butée étant dimensionnée en amont, sa largeur Lb est connue.
Figure 3.23 – Matrice d’adjacence, cas d’une vis à rouleaux, matrices Ac et Av [-]
Le logiciel met en évidence qu’une des trois contraintes de l’encadré, Figure 3.23
(considérées comme étant des égalités) est de trop. Il est alors proposé au concepteur de
déplacer une des inégalités (prioritaires devant les égalités) vers l’ensemble des con-
traintes (gérées par la surcouche optimisation seulement) et d’introduire un degré de li-
berté k défini dans [1,+∞[ à l’intérieur de l’autre inégalité. Ceci conduit alors au condi-
tionnement suivant :
f 1 : F0 ³F max ® déplacée
f 2 : Fd ³ Frmc ® Fd = [Link]
Ou (3.15)
f 1 : F0 ³F max ® F0 = k.F max
f 2 : Fd ³ Frmc ® déplacée
Le dernier exemple de problème typique est celui des boucles algébriques, illustré ici
sur un moteur électrique sans balais dimensionné dynamiquement. Il se trouve que le
couple maximal de définition T0 dépend du couple inertiel additionnel or l’estimation de
l’inertie J dépend, elle, du couple de définition du moteur.
Figure 4.2 – Rappel de la forme du profil à deux paliers de vitesse (angulaire de la jambe) [-]
Alors que la position des capteurs a été définie pour répondre à des critères
d’intégrabilité et de détection de tige, la vitesse basse donnée pour limiter les chocs, il ne
reste alors plus qu’à jouer sur l’accélération et la vitesse maximale pour figer le profil.
Le temps d’ouverture maximal étant fixé, avec une plus grande sévérité pour le mode
vol-normal, il s’agit en définitive de trouver le meilleur compromis accélération-vitesse
maximale. Afin de limiter les efforts inertiels, la vitesse maximale sera choisie la plus éle-
vée possible tout en ne dépassant pas le critère de puissance transitoire consommée, esti-
mée à la charge au moyen d’une valeur typique de rendement pour le système
d’actionnement. Ce qui signifie finalement que le profil de position de la jambe et le calcul
de charge associé, T(t)=f(θ(t)) (cf. Figure 4.3) ne font finalement pas partie du problème
d’optimisation.
Figure 4.3 – Charges aérodynamiques et gravitaires appliquées au train (valeurs extrêmes égales) [-]
Il est, par conséquent, possible de réaliser un dimensionnement par analyse des profils
et calcul séquentiel des composants de l’architecture, à l’exception du carter dont le de-
sign est figé en dernier sur des critères d’intégration et de résistance aux vibrations.
Le calcul des composants se fait au moyen des fiches de calcul Excel intégrant les lois
d’échelle [1] ainsi que des règles de calcul (adaptation de la durée de vie pour divers taux
de fiabilité et fonction de la course…) et un chaînage du flux de puissance.
C’est pourquoi il a été décidé de construire des surfaces de réponse des indicateurs de
performance (course, effort max…) pour les scénarios opérationnels les plus sévères, et ce,
en fonction des paramètres d’intégration de l’actionneur (x 1…x4) à la cinématique 2D. Ce-
la sera complété par une étude cinématique avancée pour mettre en avant le logiciel dédié
développé, mais aussi les configurations d’intégration pouvant poser problème.
En ce qui concerne le carter, et afin de s’affranchir de la boucle d’optimisation imbri-
quée, des surfaces de réponse de la masse et des diamètres ont été construites en fonction
essentiellement de deux paramètres : la longueur actionneur et l’effort de définition de la
vis à rouleaux. Les résultats présentés correspondent à ceux d’un carter d’EMA exempt de
la fonction « free-fall », cas le plus couramment rencontré, mais sous-estimant, dans ce
cas, la masse réelle de l’architecture étudiée.
Un outil a été spécifiquement créé dans Matlab pour étudier cette cinématique. Il
permet, en mode « simulation simple » de définir les dimensions des diverses pièces de la
cinématique et d’en étudier le comportement (visualisation graphique du dépliement, tra-
cé des courbes temporelles ou angulaires de différentes grandeurs : bras de levier/dép-
lacements/position des points d’ancrage…). Il sert aussi à générer les profils d’effort, vi-
tesse et accélération des divers scénarios de fonctionnement enregistrés, ainsi que d’en
extraire les indicateurs de performance1. Pour ce faire le logiciel s’appuie sur un modèle
Simulink paramétré.
1
Effort cubique moyen (fatigue), effort carré moyen (échauffement), effort-vitesse extrêmes…
En mode « surface de réponse », seule la phase d’étude cinématique n’est plus acces-
sible, en revanche les calculs des différentes configurations d’ancrage, définis par le plan
d’expérience issu du fichier Excel, sont alors évaluées en boucle, et les indicateurs de per-
formance enregistrés dans ce même fichier. Les surfaces de réponse peuvent alors être
construites par régression linéaire dans Excel.
Quelques captures de l’interface graphique sont présentées Figure 4.6, où l’on voit les
deux modes d’utilisation, la fenêtre de visualisation 2D du déploiement, et l’analyse du
comportement au moyen des courbes.
Finalement, on a dit que les points d’ancrage constituent 4 degrés de liberté définis
dans des plages de valeurs (variations de l’ordre de quelques centimètres), néanmoins, et
c’est là où ça se complique, l’espace de recherche n’est pas toujours solution.
Comme cela a été expliqué, l’outil peut s’interfacer avec Excel pour récupérer la ma-
trice d’expérimentation, créée par l’utilisateur, et correspondant aux diverses configura-
tions d’accrochage. Les calculs sont alors réalisés en « batch » et les indicateurs sauve-
gardés. Vient alors la phase de recherche d’un modèle mathématique pouvant
correspondre aux phénomènes étudiés. Il a été décidé de prendre une forme polynomiale
d’ordre 3, cf. (4.01), et de réaliser une régression linéaire au moyen de la toolbox d’Excel.
Les paramètres de ces polynômes sont alors les suivants : positionnement de l’actionneur
sur la contre-fiche secondaire (axialement – x3, radialement – x4) et dans la cellule avion
(horizontalement – x1, verticalement – x2), comme représenté Figure 4.10.
FMAX , Dx, L... = f (x1 , x2 , x3 , x4 ) = a0 + å ai .xi + å aij .xi .x j + å aiij .xi 2 .x j (4.01)
Le choix de prendre des polynômes d’ordre si élevé est lié au fait de s’assurer une
bonne qualité de modèle. Néanmoins, une analyse postérieure peut être réalisée quant à
l’impact qu’ont chaque facteur ou leurs interactions sur l’indicateur, comme expliqué dans
[2]. C’est ainsi qu’il est possible d’opérer des simplifications de l’expression du modèle et
surtout réaliser « à la main » l’optimisation lorsque l’on sait quel indicateur a le plus
d’impact sur l’objectif global : ici la masse actionneur. Bien entendu, ceci suppose de nor-
maliser les paramètres (variation entre -1 et +1) pour l’étude, et la sensibilité s’entend
pour les plages de variations données. En effet si un des paramètres d’intégration ne peut
varier que de quelques microns là où les autres bougent de plusieurs centimètres, il est fort
à parier que ce degré de liberté sera perçu comme non influent.
0,025
0,02
0,015
0,01
0,005
0
a1
a3
a11
a33
a12
a14
a24
a111
a333
a112
a114
a223
a331
a334
a442
-0,005
Figure 4.11 – Validation du modèle de la course (estimé vs. simulé) et analyse de sensibilité [-]
Les analyses de sensibilités ont alors mis en évidence plusieurs tendances :
- La course de l’actionneur dépend principalement du positionnement de
l’actionneur axialement sur la contre-fiche (x3) et augmente avec celui-ci.
- La longueur de l’actionneur dépend en revanche du positionnement vertical dans
la cellule avion (x2) et augmente aussi avec celui-ci.
- L’accélération est fonction de l’inclinaison de l’actionneur, soit les paramètres x1
et x4, qui doivent alors être minimisés pour limiter l’effort inertiel.
- Concernant l’effort maximal (modèle moins précis bien que linéarisé sur l’inverse
de l’effort), les facteurs ayant le plus d’influence sont les degrés d’intégration à la
contre-fiche secondaire (x3 et x4). C’est pourquoi il peut être intéressant d’aller
plus loin en traçant les courbes de niveau d’effort en fonction de ces deux para-
mètres pour des valeurs moyennes de x1 et x2 comme représenté Figure 4.13.
- Pour les efforts moyens (cubique et carré) la conclusion est identique.
20000
15000
10000
5000
0
a1
a3
a11
a33
a12
a14
a24
a111
a333
a112
a114
a223
a331
a334
a442
-5000
-10000
-15000
Figure 4.12 – Validation du modèle de la course (estimé vs. simulé) et analyse de sensibilité [-]
Figure 4.13 – Représentation des iso-courbes d’effort maximal : intégration à la contre-fiche [-]
Les surfaces de réponse illustrées jusqu’à présent ont été construites en rejetant les
configurations singulières afin de conserver de bonnes propriétés de continuité. C’est
pourquoi il convient d’ajouter des contraintes sur les valeurs que peuvent prendre les pa-
ramètres d’intégration afin de s’assurer que la solution choisie est non singulière.
Sur la Figure 4.14 ont été tracés les résultats de rapport entre effort maximal (bas) et
effort haut (qui devait être supérieur à 1,5 pour s’assurer un déploiement complet, même
en mode hangar), contrainte passée sous silence car en définitive validée pour l’ensemble
des solutions valides. En revanche, et ce qui est intéressant sur cette figure c’est de voir la
frontière (courbe proche du rapport nul) qui limite l’espace des solutions viables (les solu-
tions rejetées se voyant attribuer une valeur 0 pour le tracé des iso-courbes de rapport
d’effort). Ainsi pour une configuration dont les paramètres x1 et x2 sont pris égaux à leur
borne inférieure, soit en normalisé : (x1 ; x2)=(-1 ; -1), une contrainte sur les deux autres
paramètres d’intégration peut être fixée de manière à s’assurer une solution viable :
x3≤(x4+1)/2 (contrainte conservatrice pour d’autres valeurs de x1 et x2).
Figure 4.14 – Espace restreint de recherche pour une cinématique non singulière [-]
2
Les équations permettant de calculer la contrainte vibratoire sont résumées en Annexe D.
Figure 4.15 – Modèle de carter bicorps [-]
Néanmoins, ce que l’on souhaiterait c’est le problème inverse, c’est à dire être en me-
sure d’estimer la géométrie de l’actionneur qui respecte cette contrainte limite et mini-
mise la masse. Mais le nombre de paramètres à manipuler reste encore élevé, c’est pour-
quoi un prétraitement est réalisé de manière à définir la masse rapportée et les diamètres
d’écrou et de vis uniquement en tenant compte de deux facteurs l’effort maximal Fmax et
l’allongement δ=Δx/L (rapport de la course sur la longueur actionneur étendu). On re-
trouve alors le schéma global d’optimisation en Figure 4.16.
Sur cette figure, on voit clairement apparaître les deux transitions géométriques sur
les diamètres.
Les dimensions obtenues par les méta-modèles en vibration (et d’autant plus lorsque le
dimensionnement est uniquement conditionné par les contraintes de fabrication – épais-
seurs minimales, et l’intégration) doivent être comparées au dimensionnement statique.
Ce dernier se fait sous charge maximale, actionneur étendu et se rétractant. La contrainte
est alors une combinaison de l’effort normal et de la flexion induite par le couple de frot-
tement aux rotules. Pour simplifier les calculs, et afin de prendre une hypothèse conserva-
trice, le carter est supposé mono-corps de dimensions celles de la tige.
Dans ce cas, la contrainte limite devra vérifier :
æ
sl ³ ç
4 32.m.d embout (d + 2.e2 ) ö÷. max(F (t ))
. 2
è ( 2 2 2
+
) (
ç p . (d + 2.e )2 - d 2 p . (d + 2.e )4 - d 4
2 2 2 )
2 ÷
ø
(4.03)
Dimensionnement Dimensionnement
Paramètres/résultats
Optimal Manuel
x1 (normalisé) -1,00 0,00
x2 (normalisé) 0,20 0,17
x3 (normalisé) -0,09 0,00
x4 (normalisé) -1,00 0,00
pas de la vis (mm) 5,0 5,0
rapport de réduction 5,0 4,8
kmoteur - inertiel 1,25 1,30
kvis - LVDT 1,13 1,29
kbutée - fatigue 1,24 1,39
Masse actionneur (kg) 21,1 22,3 (+6%)
Les embouts représentent une part non négligeable de la masse actionneur et pénali-
sent la taille de ce dernier (intégrabilité) car ils sont surdimensionnés (kembout=2) pour ré-
pondre à la contrainte de diamètre d’axe imposée. Après, les résultats obtenus sont assez
éloquents puisque le motoréducteur (et donc le moteur) ainsi que le carter représentent à
eux deux 78% de la masse EMA.
Le problème est donc complexe, mais découpé et analysé par sous-problèmes au moyen
de méta-modèles, cela permet à un seul et même acteur de mener à bien la conception
complète de l’intégration cinématique au prédimensionnement actionneur.
Une fois l’architecture décidée, et les critères de conception listés, il est possible de
faire remonter l’information à l’avionneur qui pourra alors mettre en place les scénarios
les plus sévères quant à l’étude des phénomènes listés :
- Pour la fatigue : profil de vol typique, avec le plus grand nombre de répétitions ;
- Pour l’échauffement : conditions extérieures chaudes et fonctionnement dégradé, soit
une voie active l’autre passive ou maintien de l’effort pour compenser la perte d’une
autre surface de contrôle (ex : THSA bloqué) ;
- Points de fonctionnement maximaux : conditions de vol extrêmes, rafales de vents…
A partir de ces conditions de vol et d’un modèle avion simulé, il est en mesure de géné-
rer des profils de charge et position temporels, puis de les analyser et simplifier, au besoin,
pour des raisons de confidentialité, mais aussi afin d’accélérer le travail du systémier.
Celui-ci peut alors réaliser le prédimensionnement et faire remonter de l’information
sur les critères de conception réellement actifs et les plus pénalisants afin que l’avionneur
ajuste au mieux la cinématique.
Comme pour le train d’atterrissage, une étude de préconception a été menée de ma-
nière à pouvoir faire un bilan massique et un premier retour sur les paramètres clés de di-
mensionnement.
Dimensionnement
Paramètres/résultats
Optimal
pas de la vis (mm) 6,00
rapport de réduction 3,15
effort précharge (kN) 4,50
kfer – pertes moteur 25
Une question se pose : est-il possible de jouer sur la cinématique pour minimiser la
masse actionneur ? Cette question est justifiée, car les études de tendance précédentes ont
été menées pour une cinématique figée supposée optimale.
Nous allons montrer que cette étude peut alors être menée de manière séparée par
l’avionneur uniquement et ce éventuellement au moyen de logiciels spécifiques, dès lors
que l’on connait les critères de conception actifs.
Sur le cas d’application présenté, on peut dire que la course comme la longueur de
l’actionneur n’auront d’impact que sur les masses de la vis et de son carter, soit assez peu
d’impact sur la masse globale. Il s’agit plutôt de regarder du côté du moteur et de ses deux
contraintes actives Cnom et Jmot. Il se trouve que le bras de levier noté ‘l’ n’est pas constant
sur la course, et pour rappel du Chapitre 2, qu’il peut s’exprimer sous forme d’une fonc-
tion sinusoïdale de l’angle de braquage β :
l (b ) » R. sin(b i - b ) (4.16)
Or, le bras de levier à considérer pour la contrainte inertielle est la pire des configura-
tions rencontrées au cours de la course complète, soit :
2 2
æNö æNö
l I = max(l (b )); J rapportée = (J mot + J red ).çç ÷÷ .l I 2 » J mot .çç ÷÷ .l I 2 £ J spec (4.17)
è pø è pø
avec Jred l’inertie du réducteur qui est souvent négligeable.
Pour la définition du couple thermique, il s’agit en revanche de prendre en compte le
bras de levier pour la phase de vol correspondante (croisière) qui correspond à un bra-
quage oscillant autour de 0° :
l RMS = l (0°) (4.18)
Du coup, l’optimisation du dimensionnement passe par une diminution de lI et une
maximisation de lRMS, qui tend vers lI = lRMS pour l’optimum.
Ce qui, concrètement, se traduit par un décalage de la fenêtre de fonctionnement :
Figure 4.23 – Optimisation cinématique 3 barres sur un cas aileron (α≈βi-β) [-]
Figure 4.24 – Rappel du schéma du mécanisme 3 barres pour les deux configurations [-]
La problématique est alors similaire à celle présentée Figure 4.21, si ce n’est que dans
les fiches de dimensionnement, une part du savoir a été transféré du fournisseur vers le
systémier. L’architecture présentée Figure 4.25 est en revanche totalement différente et
« simple », si ce n’est que le mécanisme de limitation des efforts et réalisant la fonction
damping passif (disques de frottement) n’a pas été représenté et s’avère être assez lourd et
encombrant. C’est pourquoi les résultats présentés par la suite seront à prendre avec pré-
caution et sans oublier que le dimensionnement est exempt de ce mécanisme.
Le moteur étant assez standard, l’effort a donc été mis sur la modélisation des diverses
lois d’estimation pour le GRA, qui, pour des raisons d’encombrement (diamètre fortement
contraint) pourra se voir dédoublé.
La conception d’un GRA passe par la définition géométrique des divers groupes
d’engrenages (module et nombre de dents), de la correction de denture, mais aussi un
choix de matériau et de lubrifiant. C’est un savoir que possède un des partenaires du pro-
jet ACTUATION 2015, l’université Polytecnico di Turino qui a des liens privilégiés avec
le fournisseur de composants aéronautiques Microtecnica.
C’est donc en travaillant en collaboration étroite avec cette université et plus précisé-
ment Mr Bertucci, ingénieur de recherche au département mécanique-aéronautique, que
nous sommes parvenus à sélectionner dans un premier temps les géométries les plus per-
formantes en terme de couple (statique) massique. Dans un second temps, les surfaces de
réponse ont été construites dans le but de relier cet indice de performance Ip ainsi que le
rapport entre diamètre et couple statique à trois grandeurs : le facteur de forme ψ=d/L
(diamètre sur longueur), le rendement réducteur η et le rapport de réduction N.
C0 d3
Ip = = f (l ,h , N ); = f (l ,h , N ) (4.19)
M C0
Là encore un polynôme poussé à l’ordre 3 a permis de représenter avec une bonne fidé-
lité les performances obtenues par l’outil spécifique de calcul des GRA. Ceci a donné lieu à
une nouvelle fiche composant qui a, à son tour, pu être intégrée au fichier de dimension-
nement préliminaire sous Excel.
Un dimensionnement a été mené pour une cinématique, encore une fois, figée par
l’avionneur. Les résultats sont, comme pour le cas aileron, sans appel : la masse moteur
peut être importante comparativement aux autres composants constituant le système.
Dimensionnement
Paramètres/résultats
Optimal
rapport de réduction N 400
rendement réducteur η 0,86
facteur de forme ψ 1,85
(
M * = Cnom*3 / 3,5 = C RMS *3,5 / 2,5 )
3 / 3,5
= C RMS *3 / 2,5 (4.23)
La pénalisation est tout de même moindre par rapport à celle du cas précédent.
L’impact sur la masse actionneur est encore plus faible, restant quasiment dans le rap-
port de proportionnalité.
Figure 4.27 – Optimisation de l’angle initial (mécanisme 4 barres) pour un cas spoiler [-]
Le thème général du projet Européen finançant ces travaux de thèse est accès stan-
dardisation. Alors que jusqu’ici il a été possible de montrer notre implication en termes de
standardisation des procédures, méthodes et outils de design, la standardisation et modu-
larité des composants physique n’a pas encore été dressée et c’est le but de cette section.
Ne sera en revanche pas abordé la standardisation des procédés de fabrication ou mé-
thodes de test/validation faisant aussi partie intégrante du projet mais thèmes sur lesquels
le laboratoire n’était pas présent.
Si l’on se réfère à [8], la création de gamme de composants est basée sur les similitudes
ou semi-similitudes géométriques, et les séries correspondent à une suite géométrique des
paramètres clés. Au passage, cela tend à confirmer l’intérêt des modèles d’estimation et
des lois d’échelle. Comment cela fonctionne ? Imaginons que la gamme de composants
s’étend de Xmin à Xmax (X étant le paramètre dimensionnant). Si l’on souhaite créer une
gamme de N composants, le facteur géométrique sera alors :
1
æX ö (n-1)
j = çç max ÷÷ (4.26)
è X min ø
Les séries géométriques les plus connues en création de gammes sont celles de Charles
Renard qui a subdivisé les décades en respectivement 5-10-20-40 sous-intervalles. Pour
la petite histoire, Charles Renard a été en charge de la standardisation des câbles utilisés
dans la confection des dirigeables militaires dans les années 1870. Ces séries ont alors été
adoptées comme étant un standard international ISO3 en 1952.
L’intérêt d’une répartition de gamme en série géométrique est simple : elle permet de
couvrir l’intervalle de la manière la plus efficace possible, limitant l’erreur maximale entre
une valeur prise aléatoirement dans l’intervalle et le composant dans la gamme le plus
proche. Sur ce point, il est possible de citer le standard électronique IEC60063 concer-
nant les gammes de résistances et condensateurs, qui subdivise la décade en 6-12-24…
sous-intervalles. Cela permet de couvrir n’importe quelle application avec une déviation
maximale de 20%-10%-5%...
Concernant la conception assistée par ordinateur, on serait tenté de dire qu’une pure
similitude géométrique permet d’accélérer grandement la phase de conception, car alors
un modèle paramétré pourrait constituer à lui seul une gamme. Or, comme le rappelle [8],
il n’est pas toujours possible de procéder de la sorte, et ce pour diverses raisons : les phé-
nomènes physiques évoluent avec les dimensions (thermique, gravité et effet inertiel…),
pour des contraintes ergonomiques ou de production (notamment la modularité : réutili-
sation de composants éventuellement surdimensionnés et d’interfaces standard, limites de
fabrication…). Ce n’est donc pas surprenant de voir réapparaître la modularité et ce du-
rant la phase de dessin industriel. A titre d’exemple, les choix de finition d’axes ou de vis à
billes/rouleaux ou encore des choix d’écrous assez variés pour ces derniers.
Au niveau de la modularité, des choix différents peuvent être faits selon que l’on sou-
haite créer un seul module répondant à l’ensemble des applications et regroupant toutes
les fonctionnalités dont certaines non-utilisés, ou que le module ne doive regrouper que les
fonctionnalités communes, les fonctions annexes se greffant par la suite. C’est ce que Mil-
ler explique dans [10] avec les concepts concurrents de « narrowing » et « widening ».
Figure 4.31 – Structurer un design pour une famille de produits [10]
Dans [11], l’auteur présente une méthode de calcul d’indices de similitudes qui com-
pare la ressemblance de diverses pièces en les sous-divisant en formes élémentaires.
Chaque fois que ces indices passent sous un certain seuil, il est considéré de fabriquer une
seule et unique pièce.
Pour résumer, la standardisation se focalise plus sur les choix de gammes et les inter-
faces mutualisées de manière à favoriser l’interchangeabilité. Néanmoins, elle se focalise
principalement sur les facteurs clés du design et pas forcément sur les paramètres secon-
daires, qui, d’un sous-traitant à un autre, de par des conceptions ou matériaux diver-
geants, peuvent présenter des comportements réellement disparates. C’est pourquoi il pa-
rait important de mener des analyses de sensibilité sur ces caractéristiques secondaires,
particulièrement dans le domaine des systèmes d’actionnement, de manière à identifier
ceux ayant le plus d’impact et les borner dans le cahier des charges détaillés.
L’intégration devra amener à des solutions robustes à tous points de vue, et en parti-
culier celui de la commande.
Les choix faits par les partenaires industriels en terme de standardisation se canton-
nent essentiellement à deux composants : l’électronique de puissance et le système vis
écrou.
Ainsi pour la vis à rouleaux, il a été décidé de définir un diamètre et pas unique et une
standardisation des éléments roulants. L’écrou est alors un élément de modularité et
d’adaptation pour le carter, tout comme la longueur de vis, dépendante de la course utile
de l’application. La raison évoquée quant à ces choix était plutôt économique, puisque il
s’agit du composant le plus onéreux dans la fabrication d’un EMA, quant au pas, valeur
typique, il a été choisi lors de la considération des frottements internes (ou rendements)
sous charge.
A la vue des premiers résultats obtenus avec un cahier des charges commun (avion
court-courrier) à plusieurs applications (actionneur d’aileron, de gouverne de direction et
de gouverne de profondeur), avec l’une d’entre elles, dominante, la décision d’une vis
commune est apparue logique. En effet, le dimensionnement se faisant sur des critères
d’intégration du capteur de position, aucun gain de masse n’est à espérer même en défi-
nissant une vis spécifique.
De plus, l’impact de ce dernier sur la masse semble restreint, et un surdimensionne-
ment permet donc d’augmenter la fiabilité/durée de vie par rapport au critère de fatigue
et blocage.
La modularité peut être définie comme étant un moyen de customiser une solution
standardisée en offrant une flexibilité dans la construction de plusieurs variantes. Dans
[8], un produit modulaire est défini comme un assemblage de composants assurant des
fonctions diverses au travers de la combinaison de blocs élémentaires (modules).
3
Analyse des relevés de capteurs pour faire le diagnostic de fonctionnement des composants (usure)
Toujours dans le même article, l’auteur guide le concepteur vers un partitionnement
fonctionnel (module de base, modules auxiliaires, modules d’adaptation et modules spéci-
fiques), partitionnement intéressant dès lors que le nombre de fonctions est important,
alors qu’un partitionnement orienté production est préférable dans les autres cas.
Dans [12], la modularité est dépeinte comme une similarité entre architecture phy-
sique et fonctionnelle conduisant à la minimisation des interactions entre composants. Ici,
trois grands types de modularité sont décrites : l’interchangeabilité des composants (di-
vers composants peuvent être intégrés à un même module), le partage de composants
entre des produits alternatifs et la modularité de type « bus » (permettant l’intégration
d’autant de modules souhaités, de n’importe quel type et à diverses positions).
On remarque que les définitions sont assez similaires et se recoupent avec souvent une
division fonctionnelle du produit, une définition claire des interfaces de sorte à comparti-
menter la conception et limiter les risques d’une refonte globale. La question est alors de
savoir ce qui a déjà pu être expérimenté et implémenté au niveau de la communauté scien-
tifique : une table récapitulative des travaux rencontrés dans la littérature a été proposée
dans [13]. Ces travaux sont comparés sur trois critères : les modèles et les méthodes mises
en place mais aussi les problèmes visés.
Il est intéressant de revenir brièvement sur certaines études qui ont mis en avant des
outils d’aide à la modularité, comme par exemple Lehtonen [9]. La méthode présentée
consiste à créer une matrice représentant les dépendances entre composants, matrice qui
sera ensuite diagonalisée (même technique que celle présentée dans le chapitre 4) faisant
apparaitre des regroupements de composants en fortes interactions : les modules. Un
autre outil, tout aussi intéressant et développé, cette fois, par Gunnar Erixon [14], l’outil
de déploiement de fonctions modulaires. L’idée phare est de considérer que la modularité
est introduite par une compagnie pour diverses raisons (« drivers ») de diverses natures.
Un composant peut alors être évalué selon ces raisons et reçoit un niveau de priorité. La
somme est alors calculée et si elle dépasse un certain niveau (défini par la compagnie), le
composant est candidat à la modularité. L’étape suivante consiste à opérer des regroupe-
ments d’éléments mettant en avant les mêmes conditions de modularité, autour d’un com-
posant d’importance. Si l’on prend l’exemple de la Figure 4.32, le grip et le couvercle peu-
vent alors être couplés au carter (« housing ») sur le critère de style.
Figure 4.32 – La matrice de calcul d’indices de modularité [14]
Dans ces deux sections traitant de la standardisation et modularité ont été abordés les
concepts généraux ainsi que certaines méthodes pour procéder à des regroupements
d’organes et/ou de fonction de manière à créer des modules. Ces derniers devront alors
être validés sur des indicateurs de performance comme : les coûts de fabrication, de main-
tenance mais aussi la disponibilité ou encore la performance de module (notamment en
terme de masse embarquée ou durée de vie) vis-à-vis de développements spécifiques.
C’est le principal composant sur lequel un effort certain a été mis concernant l’aspect
modulaire. Pour les composants mécaniques seul l’écrou de la vis à rouleaux présente un
aspect modulaire. Mais des concepts de carter interchangeables ou adaptables (privilé-
giant un refroidissement convectif plus ou moins important avec éventuellement des dis-
sipateurs vissés) pourraient être des solutions à investiguer.
Dans ce chapitre ont été présentés différents cas d’étude réalisés au cours de cette
thèse de manière à illustrer les apports des logiciels développés et leur intégration dans le
processus global de dimensionnement préliminaire. Pour certains cas d’application, où
lorsque l’étude peut être cloisonnée, des logiciels spécifiques peuvent grandement accélé-
rer le travail de conception : logiciel NLG-Kinematics, analyse cinématique… Concernant
le logiciel YouSpecify, il permet de faire le lien/l’interface dès lors que le problème de con-
ception devient collaboratif. Même si l’analyse et la simplification de profils de mission
(reprise du Chapitre 2) n’ont pas été développées ici, il s’agit d’étapes clés du processus
d’optimisation. D’ailleurs la part d’analyse a même été poussée plus loin sur le cas du train
d’atterrissage avec une transformation des spécifications temporelles en modèles
d’estimation paramétrés pour les indicateurs de performance (effort maximal, longueur
actionneur, course…).
L’utilisation de méta-modèles comme vecteur d’accélération des calculs dans une pla-
teforme exempte de simulations est une des idées phares de GraphSize (qui pour des rai-
sons de timing par rapport aux délivrables du projet ACTUATION2015, n’a pas permis
de mettre en place les procédures de calcul des fichiers Excel présentés, mais dont
l’utilisation devrait mener à un conditionnement identique du problème). Ces méta-
modèles ont pu être utilisés avec succès non seulement pour retranscrire les profils de mis-
sion d’un train d’atterrissage, mais aussi lors d’une étude de modélisation de lois
d’estimation de composants comme le carter, ou encore un réducteur assez particulier : le
GRA. Pour ce dernier, les résultats obtenus sont le fruit d’une collaboration étroite avec
l’université italienne Politecnico di Torino.
Enfin il est important d’insister sur la cinématique qui est souvent un levier dans
l’optimisation des actionneurs. Celle-ci ne peut être menée que lorsque les critères actifs
de conceptions sont connus, ce qui signifie que la conception n’est pas totalement intégrée
à une unique entreprise, mais issue d’un travail collaboratif. Des informations doit alors
être échangé pour mener à bien un prédimensionnement global. Car, et on l’a vu, dans le
cas de couplages de ces critères de dimensionnement, l’évolution de spécification peut
avoir un impact désastreux sur la solution obtenue, mais la cinématique a elle aussi un im-
pact potentiellement négatif.
Lors du dimensionnement, on s’est rendu compte que l’aspect thermique semblait être
assez souvent de première importance dans les applications dites continues (surfaces de
contrôle primaires). Le fait de prendre pour hypothèse une convection naturelle dans une
ambiance régulée facilite grandement les tests de validation, mais cela reste peu représen-
tatif des conditions de vol, où l’actionneur se retrouve dans un environnement confiné
(cellule avion) avec des échanges convectifs forcés à ses bords (au niveau de la peau).
C’est pourquoi des études sont menées au sein du laboratoire, afin de développer des mo-
dèles d’estimations thermiques avancés (de la résistance thermique de convection notam-
ment), modèles qui sont alors basés sur des résultats de calcul numérique de mécanique
des fluides (essentiellement 2D).
[1] Liscouet J. & al., "Estimation models for the preliminary design of electromechanical
actuators," in Proceedings of the Institution of Mechanical Engineers, Part G:
Journal of Aerospace, 2012, pp. 243-259.
[2] Goupy J. & al., Introduction aux plans d'expériences, 3rd ed., Dunod, Ed., 2001.
[3] EUROCAE, "EUROCAE ED-14E: environmental conditions and test procedures for
airbone equipment," 2005.
[4] Hospital F. & al., "Preliminary design of aerospace linear actuator housings,"
Aircraft Engineering and Aerospace Technology, 2013.
[5] Davis M.A., "High performance electromechanical servoactuation using brushless
DC motors," in MOTOR-CON, Atlantic City, 1984.
[6] Foray D., "Standardisation et concurrence: des relations ambivalentes," Revue
d'économie industrielle, vol. 63, pp. 84-101, 1993.
[7] Perera H.S.C. & al., "Component part standardization: a way to reduce life-cycle
costs of products," International journal of production economics, 1999.
[8] Pahl G. & al., Engineering design: a systematic approach.: Springer-Verlad, 1988.
[9] Lehtonen T., "Designing modular product architecture in the new product
development," Tampere University of technology, Thèse de doctorat 2007.
[10] Miller T.D. & al., "Structuring principles for design - balancing product
performance with process efficiency," in CIRP international design seminar, 1999,
pp. 155-160.
[11] Junmin W. & al., "Standardizing components for product family - configuraton
design," in International technology and innovation conference, 2006, pp. 2308-
2315.
[12] Ulrich K. & al., "Fundamentals of product modularity," Management of Design, pp.
219-231 , 1994.
[13] Huang C.C., "Overview of modular product development," in National science
council ROC, 1999, pp. 149-165.
[14] Erixon G., "Modular function deployment (MFD), support for good product
structure creation," Centre for Industrial Engineering - Dalama University,
Stockholm, 1998.
Le secteur aéronautique est en perpétuelle évolution afin de permettre aux avionneurs
de conserver une longueur d’avance sur un marché compétitif. Des innovations doivent
voir le jour pour repousser les limites actuelles de fiabilité et réduire les coûts opération-
nels et de développement. C’est dans ce contexte que sortent, ces dernières années, des
avions allégés par l’utilisation de matériaux composites, plus aérodynamiques (insertion
de winglets) et surtout comportant des motorisations plus performantes et avec un impact
environnemental moindre (rejets de CO2 et pollution sonore en baisse) ; on peut à ce titre
citer la modernisation de la famille Airbus avec l’appellation « NEO» - New Engine Op-
tion. D’autres pistes d’amélioration en termes d’économie d’énergie sont sous investiga-
tion au niveau de la recherche : il s’agit de l’avion plus électrique. L’objectif est de simpli-
fier les réseaux de puissance embarqués (pneumatique : pressurisation cabine,
hydraulique : actionnement, électrique – servitudes) à un seul réseau électrique hautement
reconfigurable. Cela permettrait une réduction de la masse, une amélioration des perfor-
mances moteur, mais et surtout, une plus grande flexibilité de fonctionnement et de ges-
tion des pannes. Le projet de recherche finançant cette thèse, ACTUATION 2015, con-
cerne la thématique de suppression du circuit hydraulique des systèmes d’actionnement
par un saut technologique vers des actionneurs électromécaniques. Le frein principal à
l’intégration de cette technologie est essentiellement économique avec des coûts de déve-
loppement et de fabrication prohibitifs. C’est pourquoi une standardisation des méthodes,
des outils de conception, des procédés de fabrication et des composants est étudiée. Ces
travaux se sont positionnés sur les deux premières parties afin d’aider le concepteur dans
la démarche de développement préliminaire.
A l’issue de cette thèse, plusieurs pistes de travaux sont encore envisageables afin no-
tamment d’apporter une richesse supplémentaire aux outils et modèles développés.
En ce qui concerne la représentation du problème de conception, il serait intéressant
de travailler sur la visualisation graphique des modèles dans les couches proposées ici. A la
suite du prototype Matlab, un essai Java a été réalisé mais une représentation à base de
diagrammes SysML pourrait également s’envisager pour décrire les scénarios de concep-
tion de la couche mécatronique ou les connaissances de la couche composants (dia-
grammes paramétriques).
Concernant l’étape de conditionnement du problème, des fonctions telles que l’analyse
syntaxique poussée (grammaire) ou encore la réinjection successive des paramètres
d’entrée par reformulation des étapes de calcul pourront apporter de la robustesse au pro-
cessus (élimination des équations redondantes).
Des fonctionnalités supplémentaires pourront en découler, comme la reformulation des
objectifs comme équations fonction uniquement des entrées du problème. Il sera alors pos-
sible de mener des analyses de sensibilité symbolique.
Enfin, la formulation du dimensionnement étant proche de celle de la programmation
par satisfaction de contraintes, des techniques de propagation d’intervalles pourraient
être ajoutées afin de restreindre l’espace d’optimisation et accélérer la résolution, mais
aussi pour valider la présence d’une solution.
Finalement sur les modèles composants représentant le savoir de domaines spécifiques,
leur génération pourrait être systématisée par l’utilisation de méthodes de méta-
modélisation avant d’être capitalisés sous la forme de librairies métiers. Nous avons no-
tamment montré que l’échauffement moteur est souvent un critère actif d’impact majeur
sur la conception (illustré ici par les applications de surface de contrôle primaires). Le pa-
ramétrage du modèle à deux corps proposé est basé actuellement sur l’hypothèse d’une
convection naturelle dans une ambiance thermique donnée, hypothèse conservatrice mais
critiquable lorsque l’on sait que les conditions réelles de vol correspondent à un espace
confiné en échange convectif forcé avec l’environnement extérieur (au niveau des peaux
des ailes). De plus, une partie des pertes générées par le moteur, est drainée par le carter
d’assemblage. C’est pourquoi des travaux sur la réduction de modèles numériques de mé-
canique des fluides est un point d’amélioration important afin de mieux appréhender les
phénomènes d’échange et de pouvoir spécifier avec une plus grande certitude les perfor-
mances attendues.
Le système vis-écrou est l’élément au centre de la conception des actionneurs électro-
mécaniques linéaires de par sa fonction de transformation de mouvement mais aussi la
problématique de panne au grippage qu’il peut présenter. Ce composant possède un en-
semble de critères de dégradation qu’ils soient rapides ou graduels (présentés dans le
Chapitre 1) mais aussi des imperfections impactant les performances globales de
l’actionneur (élasticité et asservissement) et notamment le dimensionnement des compo-
sants en aval du flux de puissance inverse (rendement-frottements). Ces deux aspects se-
ront brièvement dépeints ici sous forme condensée des résultats présentés dans l’article
[1].
Pour le premier aspect, seule la raideur de contact est difficile à déterminer et dépend
du montage (possibilité d’ajouter des rouleaux et d’effectuer un appairage de manière à
supprimer le jeu), mais aussi du type d’écrou (simple, préchargé ou double).
Figure A1.1 – Répartition des efforts de contact sur une vis préchargé – constructeur Rollvis [2]
La raideur est non linéaire et peut être évaluée au moyen des formules de pression
d’Hertz en considérant la précontrainte Fpr de montage et la charge de fonctionnement Fl.
hi = 2 - 1 h d (A1.7)
C’est pourquoi, au final la force de frottement à vide peut s’estimer uniquement à par-
tir de la précharge et du rendement direct :
F f 0 = 2F pr .(1 h d - 1) (A1. 8)
D’une manière générale, et comme cela est indiqué dans [3], il est recommandé de
choisir des vis avec un angle d’hélice important (>2°) afin de s’assurer des rendements
corrects et une bonne réversibilité (ηi>0,9.ηd).
[1] Mare J.-C., "Friction modelling and simulation at system level - considerations to
load and temperature effects," Journal of Systems and Control Engineering , 2014.
[2] Rollvis, "Vis à rouleaux satellites," Catalogue constructeur 2007.
[3] Karam W., "Générateurs de forces statiques et dynamiques à haute puissance en
technologie électromécanique," Insa de Toulouse, Toulouse, Thèse de doctorat 2007.
[4] SKF, "Roller screws," Catalogue constructeur 2003.
Le moteur électrique sans balais à aimants permanents est lui aussi un élément essen-
tiel dans la conception d’un actionneur électromécanique puisqu’il réalise la conversion de
puissance. Son design se trouve souvent impacté par l’évacuation de l’échauffement dû
aux pertes. Ces imperfections seront alors présentées dans un premier temps avec les for-
mules de calcul qui leur sont associées avant d’aborder la modélisation thermique à pro-
prement parler.
Maintenant que les formules d’expression des pertes ont été présentées, il convient de
parler du/des modèle(s) thermique(s) pouvant être utilisés pour estimer l’échauffement du
moteur sur un profil de mission thermique donné. Ainsi la Figure A2.1présente dans un
premier temps un modèle deux corps (schéma et modèle Dymola) et sa correspondance
physique ainsi qu’un modèle simplifié à un corps.
Le premier corps correspond aux bobines du stator et est modélisé par une capacité
thermique Cth1, le second corps est alors l’assemblage de tôles du stator de capacité ther-
mique Cth2. Il existe ensuite une résistance de conduction Rth1 entre les bobines et les tôles
(isolant électrique), mais aussi entre les tôles, le carter et l’environnement Rth2. Alors que
la résistance de conduction tôles-carter peut être négligée (pâte thermique), la résistance
de convection carter-environnement est de première importance.
Il se trouve que l’hypothèse faite pour l’ensemble des calculs de validation (et notam-
ment ceux présentés au Chapitre 4) était jusqu’à présent une convection naturelle dans
une ambiance à température donnée. Il se trouve que l’environnement avion ne correspond
pas exactement à cette hypothèse et des perspectives d’amélioration (en cours d’étude)
seront exposées dans le Chapitre 4.
Les pertes Joules sont dans la majorité des cas prépondérantes devant les pertes fer.
C’est pourquoi sur les schémas présentés (équivalence électrique) la source de courant est
celle des pertes Joules.
[1] Grellet G., "Pertes dans les machines tournantes," Techniques de l'ingénieur, no.
D3450, 1989.
[2] Budinger M. & al., "Optimal preliminary design of electromechanical actuators,"
Journal of Aerospace Engineering, vol. 228, no. 9, pp. 1598-1616, 2014.
Le module de puissance est en général choisi sur des critères de performance transi-
toire. Néanmoins, ses imperfections, et principalement les pertes, ont un impact direct sur
le dimensionnement d’autres composants : les dissipateurs thermiques.
Comme cela a pu être expliqué dans le Chapitre 1, elles sont de deux types : les pertes
par conduction et commutation [1]. Des formules d’estimation sont alors présentées et
serviront à estimer les températures de jonction et de peau au moyen du modèle thermique
de la Figure A3.2.
Les pertes par conduction Pcond des transistors MOSFET ou IGBT et des diodes cor-
respondent aux pertes Joule dans leur état passant. Pour une commande sinusoïdale en
courant d’amplitude crête IMAX et de fréquence fsw, les pertes s’estiment à partir de :
I MAX 2 é 8 ù
Pcond _ MOS = RDSON . .ê1 + .m. cos (j )ú (A3.1)
8 ë 3p û
I é p ù I MAX 2 é 8 ù
Pcond _ IGBT = VCE 0 . MAX .ê1 + .m. cos (j )ú + RC . .ê1 + .m. cos (j )ú (A3.2)
2p ë 4 û 8 ë 3p û
2
I MAX é p ù I é 8 ù
Pcond _ DIODE = VD0 . .ê1 - .m. cos (j )ú + RD . MAX .ê1 - .m. cos (j )ú (A3.3)
2p ë 4 û 8 ë 3p û
Où m représente la modulation de courant, VCE0 et VDE0 les chutes de tension respecti-
vement aux bornes du transistor et de la diode sans tenir compte de la résistance de corps
additionnelle, en série (cf. Figure A3.1), notée RC et RD. L’angle φ correspond au dépha-
sage entre le courant et la tension du moteur et dépend des caractéristiques (résis-
tance/inductance) des bobines. Pour les MOSFET, aucun courant ne peut rentrer par la
grille, si bien que la chute de tension est nulle et la formule se résume aux pertes dans la
résistance en mode passant (direct) RDS,ON.
Afin d’estimer les températures de jonction, mais aussi de peau (au contact du dissipa-
teur), un modèle thermique doit être utilisé. Comme la dynamique thermique des transis-
tors et diodes est rapide, un modèle en régime permanent (ou ne considérant que la dyna-
mique du dissipateur) peut être utilisé. Il est présenté Figure A3.2.
La figure met en évidence deux chemins de puissance : celui des diodes PD et celui des
transistors PT. L’hypothèse prise est, encore une fois, un environnement à température
fixe. L’élévation de température du dissipateur Td s’évalue donc au moyen des pertes to-
tales en connaissant la résistance de convection dissipateur-environnement Rthde. Connais-
sant par ailleurs les résistances de conduction socle composant-dissipateur Rthcd (pâte
thermique) et jonction-socle Rthjc, il est possible d’évaluer la température de jonction du
transistor TT ou de la diode TD et de la comparer à la valeur critique donnée par le cons-
tructeur.
[1] Turpin C., "Développement, caractérisation des pertes et amélioration de la sûreté de
fonctionnement d'un ondulateur multicellulaire à commutation douce," INP, Toulouse,
Thèse de doctorat 2001.
[2] Wikipédia. Transistor bipolaire à grille isolée. [Online].
[Link]
[3] Morczinek D., "Preliminary design for reliability and lifetime prediction of
electromechanical actuator systems," Institut Clément Ader, Toulouse, Thèse de
master 2012.
La spécification d’un actionneur suit les règles de bonne pratique de l’ingénierie des
exigences [1]. Le dossier de spécification technique correspond alors à l’étape de défini-
tion des besoins techniques du système d’actionnement.
Un plan type est alors proposé dans [1].
1 – INTRODUCTION
1.1 – Objet
1.2 – Documents relatifs
1.3 – Terminologie
2 – PRESENTATION DU SYSTEME
2.1 – Finalité, mission et objectifs du système
2.2 – Contexte organique et fonctionnel du système (périmètre du système)
2.3 – Parties prenantes
3 – EXIGENCES TECHNIQUES
3.1 – Exigences fonctionnelles
3.1.1 – Modes et scénarios opérationnels (actif, amortisseur/passif, dégradé/secours,
maintenance…)
3.1.2 – Fonctions de l’actionneur (limitation d’effort, repli actif, « Health-
monitoring »…)
3.2 – Exigences d’interface
3.2.1 – Interfaces fonctionnelles (données/signaux échangés avec les autres systèmes
avion, protocoles, propriétés de l’interface)
3.2.2 – Interfaces physiques (enveloppe, connecteurs physiques)
3.3 – Exigences de performance (charge typique-limite-extrême, vitesse, jeu, élastici-
té, performances dynamiques, erreur statique, inertie rapportée, amortissement
en mode passif…)
3.4 – Exigences opérationnelles
3.4.1 – Exigences d’ergonomie et de facteurs humains
3.4.2 – Exigences de sûreté de fonctionnement (sécurité, fiabilité : taux de défail-
lance déconnexion-« runaway 1»-grippage, durée de vie/maintenabilité et test
associés)
3.4.3 – Exigences d’environnement opérationnel (thermique, vibratoire, électroma-
gnétique… : documents associés)
3.4.4 – Exigences de transport et de stockage (thermique, vibratoire, hygromé-
trique…)
1
Le « runaway » correspond à une perte du capteur de position conduisant à un choc en fin de course
à pleine vitesse.
3.5 – Contraintes
3.5.1 – Contraintes physiques (masse, inertie…)
3.5.2 – Contraintes de conception et réalisation (conception à masse minimale/fiab-
ilité maximale, non utilisation de certaines technologies, choix de compo-
sants/matériaux, protections…)
3.5.3 – Contraintes de production (épaisseurs minimales de fabrication, complexité
des pièces…)
3.5.4 – Contraintes de règlementation
3.5.5 – Contraintes de coûts et de délai de fabrication du produit
3.6 – Exigences de validation et de certification (procédures de validation : documents
associés)
[1] Collectif AFIS, Guide Bonnes Pratiques en Ingénierie des Exigences, Cépaduès, Ed.,
2012.
Cette annexe reprend le détail des calculs conduisant à l’obtention des grandeurs
d’intérêt du profil polynomial et présente un profil additionnel à deux seuils de vitesse.
Le profil polynomial/parabolique :
Pour rappel, le profil polynomial de position a une écriture de la forme suivante :
r (t ) = a0 + a1.(t - t0 ) + a2 .(t - t0 ) 2 + a3 .(t - t0 )3 + ...+ an .(t - t0 ) n (C.01)
Figure C.1 – Profil à deux paliers de vitesses (courbes d’accélération et vitesse) [-]
On sait que pour une accélération infinie, et afin d’avoir une vitesse maximale finie, la
vitesse du palier bas doit vérifier :
Dr
v1 > æç1 + Dr1 - Dr2 ö÷. (C.11)
è Dr Dr ø Dt
Pour que l’accélération ne soit pas infinie, la vitesse maximale devra vérifier :
æ Dr2 - Dr1 ö
ç Dr Dr ÷ø
vmax > è .v1 > v1 (C.12)
éDt.v1 æ Dr2 Dr1 ö ù
+ - -1
êë Dr çè Dr Dr ÷øúû
Amax = .
[
vmax3 - X 3 + 2. X 2 - 3. X + 1 ]
avec X=
v1
[Link] æ Dr2 - Dr1 ö.(1 - a ) vmax (C.13)
ç Dr Dr ÷ø
è
Pour que le problème admette une solution Amax positive, il faut que [-X3+2.X2-
3.X+1]<0, soit vmax≤2,32.v1. Cela signifie que l’on peut encadrer vmax en combinant avec
l’équation (C.12). Donc, une solution existe si et seulement si :
æ Dr2 - Dr1 ö
ç Dr Dr ÷ø
1< è < 2,32 (C.14)
éDt.v1 æ Dr2 Dr1 ö ù
+ - -1
êë Dr çè Dr Dr ÷øúû
Dernière remarque : si le profil n’est pas identique quel que soit le sens de fonctionne-
ment (Δr1/Δr≠(1-Δr2/Δr), alors en ayant les mêmes saturations d’accélération et de vi-
tesse, les calculs précédents sont à réaliser en choisissant le sens de calcul tel que :
Dr1 æ Dr2 ö
³ ç1 - ÷ Þ Dt £ Dt ref (C.15)
Dr è Dr ø
La conception des carters d’actionneurs implique de s’intéresser aux contraintes ty-
piques de fonctionnement : souvent une combinaison de la contrainte normale due à
l’effort de traction/compression, mais aussi de la contrainte due à la flexion générée par le
frottement des embouts (points de fixation de l’actionneur). Néanmoins dès que leur lon-
gueur, une fois déployé, passent une valeur critique (typiquement des actionneurs de taille
supérieure à 35 cm), la tenue en vibration devient le critère critique de conception. C’est
pourquoi une étude analytique théorique, appuyée par des retours d’essais, a été réalisée et
synthétisée dans un article scientifique [1], regroupant quelques règles de calcul de bonne
conception. Parmi ces règles on retrouve deux modèles analytiques (un et deux-corps) ba-
sés sur la théorie de Rayleigh et une méthode avancée d’assemblage de matrices de trans-
fert pour traiter des géométries plus complexes. Lors de la phase de prédimensionnement,
la géométrie est sujette à des variations car le prototype n’est pas encore totalement ma-
ture. C’est pourquoi le modèle bicorps analytique a été utilisé durant la phase de prédi-
mensionnement et sera succinctement présenté dans cette annexe.
La vibration en flexion d’un tube métallique peut être étudiée par les formules de ré-
sistance de matériau. Pour établir la formule d’équation d’onde, un élément volumique,
portion de cette « poutre », peut être isolé, de manière à déterminer le déplacement ortho-
gonal au moyen notamment de la seconde loi de Newton [2]:
[
U ( x, t ) = Re A( x). je - jwt ] (D.01)
Equation admettant comme solution théorique :
A( x) = [Link](kx) + b. cos(kx) + [Link](kx) + d . cosh(kx) (D.02)
où k dépend de la pulsation et les coefficients a, b, c et d des conditions aux limites.
Si l’on considère la géométrie d’un carter bicorps présentée Figure D.1, une approxi-
mation polynomiale, plus simple, de la déformée peut être prise comme hypothèse puisque
pour un carter mono-corps ce genre de considération a mené à des résultats proches de la
forme sinusoïdale théorique entachés d’une erreur faible (<4%).
La masse et la raideur modale ont alors une forme polynomiale fonction de b, les coef-
ficients étant calculés au moyen de la géométrie et des matériaux.
ì r1 S1 L (1113 + 399.r + 38.r ² ) r 2 S 2 L (38 + 399.r + 1113.r ² )
ïa1 = 2 31500
+
2 31500.r ²
ï
ï
M eq = a1 .b² + b1 .b + g 1 with íb1 = 1 1
r S L (- 7686 - 840.r + 76.r ² ) r
+ 2 2
S L (- 76 + 840.r + 7686.r ² )
(D.06)
ï 2 31500 2 31500.r ²
ï r1S1 L (17073 - 1239.r + 38.r ² ) r 2 S 2 L (38 - 1239.r + 17073.r ² )
ïg 1 = 2 +
î 31500 2 31500.r ²
ì 8.E1 I1 (456 + 108.r + 36.r ² ) 8.E 2 I 2 (36 + 108.r + 456.r ² )
ïa 2 = +
ï L3 125 L3 125.r ²
ï 8.E1 I1 (- 912 + 72.r ² ) 8.E 2 I 2 (- 72 + 912.r ² )
K eq = a 2 .b² + b 2 .b + g 2 with íb 2 = + (D.07)
ï L3 125 L3 125.r ²
ï 8.E1 I1 (456 - 108.r + 36.r ² ) 8.E 2 I 2 (36 - 108.r + 456.r ² )
ïg 2 = +
î L3 125 L3 125.r ²
A la première fréquence propre d’excitation, les déplacements sont maximaux, ce qui
conduit à déterminer la fréquence mais, et surtout le paramètre b, solution du polynôme
d’ordre 2 suivant :
ì 2
ïïw 0 = a 2 b + b 2 b + g 2
í a1b 2 + b1b + g 1 (D.08)
ï
ïî(a1 b 2 - a 2 b1 )b 2 + (2a1g 2 - 2a 2g 1 )b + (b1g 2 - b 2 g 1 ) = 0
La contrainte maximale est alors obtenue lorsqu’une excitation d’accélération sinu-
soïdale de pulsation, la pulsation propre du système, est établie.
a(t ) = a0 .sin(w0 .t ) (D.09)
Si l’on se ramène au système masse ressort 1D équivalent, l’effort d’excitation peut
être calculé au moyen de la formule de l’effort total, soit :
é r .S .L æ 3 3b ö r .S .L ù
F0 = a0 .ê 2 2 .ç 67 + 17b - + ÷ - 1 1 .(- 67 + 17b + 3r + 3br ) + M rapportée ú (D.10)
ë 200 è r r ø 200 û
La contrainte maximale dans chaque carter est obtenue au moyen des formules :
ì æ d1 ö 24
ï s 1,max = ç + e1 ÷.[Link] max. (b - br - r - 1)
ï è 2 ø 5L ² F0
í où Du max = .Q (D.11)
ïs 2,max = æç d 2 + e2 ö÷.E 2 .Du max. 24 (b - br - r - 1) K eq
ï
î è 2 ø 5L ² r
Avec Q le coefficient de qualité du matériau supposé égal à 30 comme valeur typique
[4], en l’absence de donnée supplémentaire sur le matériau métallique.
[1] Hospital F. & al., "Preliminary design of aerospace linear actuator housings," Aircraft
Engineering and Aerospace Technology, 2013.
[2] Gerardin M. & al., Théorie des vibrations, Masson, Ed., 1993.
[3] Lagrange J.-L., Mécanique analytique - Tome 1.: Mallet Bachelier, 1853.
[4] European Aviation Safety Agency, "Certification specifications and acceptable means
of compliance for large aeroplanes ," CS-25, 2013.
A la vue des résultats présentés dans le Chapitre 4, le moteur est un composant clé de
la conception des systèmes d’actionnement des surfaces de contrôle primaires. Afin
d’accélérer la sélection de solution architecturale par comparaison de dimensionnement
préliminaire, le savoir des spécialistes doit être retranscrit par un ensemble de modèles
d’estimation. Ceci permet d’inverser le problème, puisque l’ensemble des caractéristiques
secondaires du composant (dimension, masse, propriétés thermique, pertes…) découlent
des critères de définition primaire (ici le couple de saturation) et non plus d’une concep-
tion détaillée.
Pour ce faire des lois d’échelle peuvent être définies, lois se basant sur une similitude
géométrique (évolution homothétique des dimensions), des matériaux identiques et des
phénomènes physiques dominants inchangés.
Figure E.1 – Evolution homothétique d’un moteur brushless cylindrique r’/r=l’/l [-]
Simulation
Inertie kg.m² J mot * = C sat *5 / 3,5 (E.06)
Limite opérationnelles
Couple thermique permanent Nm Cnom* = C sat * (E.15)
Vitesse maximale mécanique rad/s w meca* = C sat *-1/ 3,5 (E.16)
Tableau E.1 – Lois d’échelle du moteur brushless cylindrique (similitude géométrique) [1]
[1] Liscouet J. & al., "Estimation models for the preliminary design of electromechanical
actuators," in Proceedings of the Institution of Mechanical Engineers, Part G:
Journal of Aerospace, 2012, pp. 243-259.
[2] Budinger M. & al., "Chaînes de transmission de puissance mécatroniques - modèles
d'estimation," Techniques de l'ingénieur, no. BM8026, 2013.
[3] Budinger M. & al., "Mise en place des modèles d’estimation pour la conception
préliminaire," Techniques de l'ingénieur, no. BM8025, 2011.