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La preuve des droits subjectifs en droit

Le document traite de la preuve des droits subjectifs. Il explique qu'il ne suffit pas d'invoquer l'existence d'un droit subjectif, il faut pouvoir le prouver. Le droit marocain est dominé par le système de preuve légale où la loi définit les règles de preuve. L'objet de la preuve concerne ce qui doit être prouvé pour obtenir gain de cause.

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La preuve des droits subjectifs en droit

Le document traite de la preuve des droits subjectifs. Il explique qu'il ne suffit pas d'invoquer l'existence d'un droit subjectif, il faut pouvoir le prouver. Le droit marocain est dominé par le système de preuve légale où la loi définit les règles de preuve. L'objet de la preuve concerne ce qui doit être prouvé pour obtenir gain de cause.

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Introduction aux sciences juridiques Pr.

Laila EL BENNISSI

ANNEE UNIVERSITAIRE : 2020/2021

Pr. Laila EL BENNISSI

Introduction aux sciences juridiques

Leçon n° 7 : La preuve des droits subjectifs

Il ne suffit pas qu’un sujet de droit invoque l’existence d’un droit subjectif pour qu’il soit considéré
comme titulaire de ce droit dans ses rapports avec autrui. Il faut encore qu’il soit en mesure de prouver
l’existence de son droit.

On dit en latin « Idem est non esse et non probari » : "Ne pas pouvoir prouver son droit équivaut à ne
pas avoir de droit".

En réalité, l’absence de preuve ne remet pas en cause l’existence du droit, mais empêche seulement
son exercice dans les rapports que son titulaire entretient avec autrui.

L'adage signifie simplement qu'en matière juridique la simple affirmation est inopérante, et que le
titulaire d'un droit est en danger de ne pouvoir l'exercer s'il est hors d'état de le prouver.

D’où l’importance capitale des questions de preuve. L'issue de la plupart des actions en justice dépend
de problèmes de preuve : même s'il est bien fondé dans son action, celui qui n’arrive pas à prouver
l’existence de son droit perdra le procès.

Remarque
Il ne faut pas pour autant en déduire que les problèmes de preuve ne
surgissent qu’à l’occasion des procès. Toutes les situations juridiques
soulèvent des questions de preuve, et il n’est pas nécessaire d’arriver
à une situation conflictuelle pour s’en rendre compte.

Exemple
Celui qui veut se marier doit prouver qu’il a l’âge requis.

Le droit marocain est dominé par le système de preuve légale : c’est la loi (principalement les articles
399 à 404 du D. O. C. et les articles 85 à 88 du Code de procédure civile) qui prévoit les règles
d’administration de la preuve, et répond aux questions principales : qui doit prouver quoi et comment?

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Introduction aux sciences juridiques Pr. Laila EL BENNISSI

Section 1. L'objet de la preuve


La question de l’objet de la preuve renvoie au point de savoir ce que le justiciable doit prouver pour
obtenir gain de cause.

Nous allons voir d’abord les principes généraux (1), avant d’étudier plus précisément les critères
permettant de connaitre l'objet de la preuve (2), et le mécanisme spécifique des présomptions (3).

§1. Principes généraux

A. Délimitation de l'objet de la preuve

1. Principe
Il faut d’abord préciser que, en principe, seule l’existence du droit subjectif doit être prouvée. Les
règles de droit objectif qui s'appliquent à ce droit n’ont pas à être prouvées.

Exemple
Celui qui prétend qu’il peut vendre un bien car il en est le propriétaire
doit simplement prouver son titre de propriété, et non pas la règle qui
prévoit que le propriétaire peut disposer d’un bien comme il l’entend.
.

2. Exceptions
Il existe toutefois deux types de règles de droit dont on est censé faire la preuve :

• S’ils sont contestés, la coutume et les usages doivent être établis dans leur existence et dans
leur contenu par celui qui s’en prévaut.

Cela se justifie parce que le juge n’a pas toujours les moyens de rechercher lui-même ces règles, qui ne
font pas l’objet d’une publication officielle et unifiée.

Cette preuve pourra se faire par tous moyens, et notamment grâce à la consultation de recueils, d’avis
d’experts ou de parères (d’attestations écrites délivrées par des commerçants notables ou des
organismes comme les Chambres de commerce).

• De même, il appartient aux parties qui invoquent l’application d’une loi étrangère d’en
prouver, sinon l’existence, au moins le contenu. Les mêmes raisons s’imposent ici que pour la
coutume : la loi étrangère ne peut pas bénéficier de la même présomption de connaissance par
le juge que la loi marocaine.

Ici encore, la preuve peut être faite par tous moyens. Le plus souvent, ce sera un document écrit émanant
d’un juriste spécialisé, ou d’une autorité officielle étrangère.

Il demeure assez exceptionnel qu’une partie ait à rapporter la preuve de la règle de droit objectif, tandis
qu’elle a pratiquement toujours à faire la preuve de son droit subjectif.

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Introduction aux sciences juridiques Pr. Laila EL BENNISSI

B. Décomposition du travail probatoire


Deux règles permettent de connaître la façon dont se décompose le travail probatoire : « A l’appui de
leur prétention, les parties ont la charge d’alléguer les faits propres à les fonder ».

La prétention, c’est ce que veut obtenir le plaideur.

Exemple : Des dommages et intérêts, ou l'annulation d’un contrat.

Alléguer, c'est faire valoir en justice un fait qui justifie le succès d'une prétention.

Exemple : Le demandeur allègue que le défendeur l'a renversé avec sa


voiture, ou qu'il l'a induit en erreur pour le convaincre de conclure un
contrat désavantageux.

• « Il incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires à leur
prétention».

Le travail d’administration de la preuve peut donc se décomposer comme ceci :


• 1- La prétention ;
• 2- L’allégation, composée par les faits et actes qui justifient la
prétention ;
• 3- la preuve des faits et actes qui composent l’allégation, qui permet
le succès de cette prétention.

 La partie qui a une prétention doit d'abord alléguer les faits ou actes qui justifient cette prétention.
Ensuite, il doit prouver ces faits ou actes.

En principe, tous les éléments qui constituent l’allégation doivent être prouvés.

Exemple : Si A réclame des dommages et intérêts à B (prétention) en


soutenant que B l’a renversé avec sa voiture (allégation), il va lui falloir
démontrer tous les éléments de cette allégation :
1. Existence de l’accident ;
2. Fait que B est l’auteur de l’accident ;
3. Réalité du dommage subi par A ;
4. Fait que l’accident est à l’origine du dommage...

Dans un procès, il est donc fréquent que de nombreux éléments aient à être prouvés. Encore est-il
possible de subdiviser les éléments précités : ainsi, pour prouver que B est l’auteur de l’accident, il faut
démontrer que la voiture lui appartenait, que c’est bien cette voiture qui est à l’origine de l’accident, que
c’est B qui la conduisait.... et ainsi de suite.

Pour éviter que les plaideurs aient à prouver à l’infini tous les faits qui ont créé la situation décrite dans
l’allégation, certains critères délimitent l’objet de la preuve.

§2. Les critères de délimitation de l'objet de la preuve


Ne sont en réalité objet de preuve que les faits pertinents, contestés et contestables.

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Introduction aux sciences juridiques Pr. Laila EL BENNISSI

A. Le fait à prouver doit être pertinent


Le fait désigné comme objet de la preuve doit être un fait pertinent, c’est-à-dire un fait dont il est utile
qu’il soit prouvé, parce qu’il a une influence sur la décision judiciaire à venir.

En d'autres termes, de la preuve de ce fait découlera l’application d’une règle de droit qui entraînera le
succès de la prétention de la partie en question.

Exemple
Un homme A est assigné par une femme B qui exerce au nom de son
enfant une action en recherche de paternité (c’est-à-dire qu’elle essaie
de faire reconnaître juridiquement que le défendeur est le père de son
enfant).
Si l'homme se défend simplement en démontrant qu'il est déjà marié
avec une autre femme C, le fait qu'il aura prouvé ne sera pas pertinent,
car il ne permet pas à lui seul de démontrer qu'il n'a pas eu de relations
sexuelles avec la femme B, et qu'il ne peut donc être le père de l'enfant.
En revanche, la stérilité du défendeur, ou son absence à l'étranger
pendant toute l'année précédent la naissance de l'enfant seront des faits
pertinents, dont la preuve aura normalement pour effet de faire obstacle
à l’action en recherche de paternité.

B. Le fait à prouver doit être contesté et contestable

1. En principe, on ne doit prouver que ce qui est contesté par l’autre partie
De fait, les juges considèrent généralement que ce qui n’est pas contesté est « constant », c’est-à-dire
qu’il n’a pas besoin d’être prouvé.

Exemple : Vous vendez votre vélo à un ami. Lorsque vous lui réclamez
l’argent, il prétend que vous le lui avez donné. Il ne sert à rien dans cette
hypothèse d’essayer de démontrer que le vélo vous appartenait, puisque
ce fait n’est nullement contesté par votre ami. C’est l’existence du
contrat de vente qui est contestée, et qu’il vous faudra donc démontrer.

2. Il ne suffit pas que le fait soit contesté, il faut encore qu’il soit contestable.
Il arrive que la loi interdise de contester certains faits.

Exemple : Le vendeur professionnel est présumé connaitre les vices de


la chose qu'il a vendue, et il n'est pas admis à démontrer le contraire.

Les faits non contestables (qui font l'objet de "présomptions irréfragables") ne sont toutefois pas très
nombreux.

Une fois que l’on a déterminé quels étaient les faits pertinents et contestés nécessaires au succès de la
prétention, on a trouvé l’objet de la preuve.

§3. Les présomptions qui déplacent l'objet de la preuve

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Introduction aux sciences juridiques Pr. Laila EL BENNISSI

Il peut arriver qu'un plaideur obtienne gain de cause alors même qu'il n’a pas établi directement les faits
qui constituent l’objet de la preuve. Il peut en effet bénéficier de ce que l’on appelle une présomption.

Les présomptions sont des moyens utilisés pour faciliter l’administration de la preuve : lorsque les faits
qui constituent l’objet de la preuve sont trop difficiles à prouver, on admet que la partie se contente de
démontrer l’existence de faits connexes, plus faciles à démontrer, et qui rendent vraisemblable
l’existence du fait qui devrait normalement être prouvé.

Art. 449 du D.O.C.: « Les présomptions sont des indices au moyen desquels la loi ou le juge établit
l’existence de certains faits inconnu ».

Il y a ainsi, en quelque sorte, déplacement de l’objet de la preuve.

Il existe deux sortes de présomptions déplaçant l’objet de la preuve :


• les présomptions légales et
• les présomptions du fait de l'homme.

A. Les présomptions légales


Comme leur nom l’indique, les présomptions légales sont celles qui sont expressément prévues par la
loi. Trois exemples permettent de comprendre le mécanisme :

1. Exemples
• La présomption de paternité
L'enfant d'une femme marié est présumé avoir pour père le mari. Il en résulte
que le mari n’a pas besoin de prouver qu'il est véritablement le géniteur de
l'enfant : il lui suffit de démontrer qu’il était marié avec la mère de l’enfant au
jour où celui-ci est né ou a été conçu.

C'est bien le mécanisme de la présomption qui est mis en œuvre ici : de faits
connus et facilement démontrables (le mariage et la naissance), on déduit un fait
inconnu et difficilement prouvable (la filiation).

• La possession
En droit des biens, la possession c'est le pouvoir de fait exercé sur une chose,
et manifesté par des actes de propriétaires (cultiver, construire, habiter...).

Il existe une règle qui dit que la possession fait présumer la propriété. Il est en
effet vraisemblable que celui qui possède un bien, c’est-à-dire celui qui se
comporte comme le véritable propriétaire, est effectivement propriétaire. Dans
certains cas, celui qui se prétend propriétaire pourra donc se contenter de
démontrer qu’il est possesseur du bien. Cette règle vaut en particulier pour les
biens meubles (dans certaines conditions).

• L'autorité de la chose jugée


L’autorité de la chose jugée, est un principe qui interdit à une partie au procès
de saisir à nouveau le juge pour lui soumettre une prétention déjà tranchée dans
un jugement devenu définitif.

La loi attache à la chose jugée une présomption de vérité, qui rend le jugement
incontestable (sauf par les voies de recours ouvertes par la loi : appel et
cassation). Dès lors, celui dont le litige a été tranché pourra s'en prévaloir contre

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Introduction aux sciences juridiques Pr. Laila EL BENNISSI

autrui, en se contentant de rappeler le jugement, sans avoir à démontrer son


droit.

La plupart des présomptions se fondent sur l’idée selon laquelle « le plus


souvent, il en est ainsi» (on parle du principe de vraisemblance) : en effet le plus
souvent, le mari est effectivement père, le possesseur est réellement
propriétaire, la chose jugée est bien jugée...

2. Force de la présomption
Toutes les présomptions n'ont pas la même autorité :

• Certaines présomptions sont irréfragables, c’est-à-dire incontestables.

Exemple : C'est le cas de l’autorité de la chose jugée : l’évolution de


l’idée consistant à considérer que personne ne pouvait démontrer que le
mari n'était pas le père de l'enfant.

• Mais la plupart des présomptions sont des présomptions simples, que l'on peut contester en
justice.
Dans ce cas la partie adverse, celle qui ne bénéficie pas de la présomption, peut démontrer que
le lien généralement admis entre le fait prouvé et le fait présumé ne se retrouve pas en l’espèce.

Exemple : Il est possible de prouver que l’homme, bien que marié avec
la mère de l’enfant, n’en est pas véritablement le père. La présomption,
autrefois irréfragable, est devenue simple.
On peut toujours démontrer que tel individu, bien que possesseur d’un
bien, n’en est pas le véritable propriétaire.

B. Les présomptions du fait de l'homme


En dehors du cas des présomptions légales, les juges admettent fréquemment que l’objet de la preuve
soit déplacé, et que la preuve de l’allégation ne soit rapportée que de façon indirecte.
On appelle cela des présomptions "du fait de l'homme".

Exemple : Pour reconstituer la vitesse à laquelle roulait une voiture lors


d'un accident, on se fie à l’impact laissé sur la carrosserie, ou on mesure
les traces de pneus laissées sur la route.
On reste dans la mécanique de la présomption puisqu'on déduit d’un fait
connu (l'état de la carrosserie, les traces de pneus) un fait inconnu (la
vitesse du véhicule).

Le mécanisme de la présomption présente donc un avantage majeur : il rend plus facile


l’administration de la preuve. Mais il a aussi un inconvénient : en admettant une preuve indirecte, on
distend le rapport entre le fait prouvé et la vérité. On est donc moins sûr de la vérité.

Pour limiter les dangers d’un tel mécanisme, deux précautions :


1. L’article 454 du D.O.C. précise que « les présomptions qui ne sont pas établies par la loi sont
remises à la prudence des juges ; il ne doit admettre que des présomptions graves et précises
ou bien nombreuses et concordantes ; la preuve contraire est de droit, et elle peut être faite
par tous moyens ». L’article précise en outre qu’il existe des cas dans lesquels le juge ne peut
admettre les présomptions - nous y reviendrons.

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Introduction aux sciences juridiques Pr. Laila EL BENNISSI

2. Ces présomptions du fait de l’homme sont toujours des présomptions simples, et il est toujours
possible de rapporter la preuve contraire.

Qu'elles soient légales ou du fait de l'homme, simples ou irréfragables, ces présomptions ont toujours
pour objectif de faciliter le travail probatoire des parties, en leur permettant de démontrer un fait connexe
à celui qui constitue véritablement l'objet de la preuve.

Une fois que l'on a déterminé l'objet de la preuve, il faut s'interroger sur le point de savoir qui doit
prouver le point pertinent et contesté. C'est la question de la charge de la preuve.

Section 2. La charge de la preuve


La question de la charge de la preuve suppose que soit résolue celle de l’objet de la preuve.

Il s’agit ici de savoir, lorsqu’il y a une contestation sur l’existence d’un droit, qui doit prouver ce
droit : est-ce celui qui l’invoque, ou celui qui le conteste ?

Remarque
Dans le procès civil, de type accusatoire, le juge n’a, traditionnellement qu’un
rôle passif : ce n’est pas à lui d’établir les faits donnant raison à telle ou telle
partie. Il doit attendre que les parties apportent leurs preuves, et trancher en
conséquence.
Cependant, il ne faut pas exagérer cette passivité du juge civil : le juge peut
quand même intervenir et aider les parties dans l’administration de la preuve,
en ordonnant des mesures d’instruction (expertises, enquêtes, déplacement sur
les lieux...), en convoquant des témoins, ou en ordonnant à une partie de
produire des éléments de preuve qu’elle détient, même si ils peuvent aider au
succès de la prétention de la partie adverse.

C’est principalement aux parties de prouver les faits nécessaires au succès de leur prétention.

Cette règle est reprise plus précisément dans les articles 399 et 400 du D.O.C., qui constituent les textes
de référence en matière de charge de la preuve.

L’article 399 du DOC dispose: « la preuve de l’obligation doit être faite par celui qui s’en prévaut ».

L’article 400 du DOC énonce « lorsque le demandeur a prouvé l’existence de l’obligation, celui qui
affirme qu’elle est éteinte ou qu’elle ne lui est pas opposable doit le prouver ».

Donc, selon les dispositions du D.O.C. : chacun doit prouver ce qu’il soutient.

On exprime ce principe avec l’adage Actori incumbit probatio : La preuve incombe au demandeur.

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