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174 Andrew Murray Demeurez en Christ

Ce document est une préface écrite par Andrew Murray sur la communion avec Jésus Christ. La préface explique l'importance pour les disciples de Jésus de demeurer en lui au-delà de simplement venir à lui, et promet de riches bénédictions à ceux qui acceptent cette invitation.

Transféré par

Jacob Kokou
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174 Andrew Murray Demeurez en Christ

Ce document est une préface écrite par Andrew Murray sur la communion avec Jésus Christ. La préface explique l'importance pour les disciples de Jésus de demeurer en lui au-delà de simplement venir à lui, et promet de riches bénédictions à ceux qui acceptent cette invitation.

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Demeurez en Christ

Andrew Murray

Quelques pensées sur les bienfaits de la communion


permanente avec le Fils de Dieu

« Demeurez en moi et je demeurerai en vous ».


Préface de l’auteur

Pendant son séjour sur la terre, Jésus indiquait les relations


que ses disciples devaient avoir avec lui, par ces mots :
« Suis-moi ! » Quand l’heure de les quitter pour monter au
ciel fut venue, il se servit d’une autre expression révélant
l’union plus intime et plus spirituelle qui allait s’établir entre
eux et lui. « Demeurez en moi ! » leur dit-il.

Le sens profond de ces mots et les promesses qu’ils


renferment, restent malheureusement cachés à bien des
disciples sincères de Jésus. Tout en se confiant en leur
Sauveur pour le pardon de leurs péchés et pour le secours
dont ils ont besoin, et tout en cherchant à lui obéir dans une
certaine mesure ils ne font pas l’expérience de l’intimité, de
la merveilleuse communion de vie et d’intérêt à laquelle
Jésus les invite en leur disant « Demeurez en moi ». Ils
perdent ainsi un bien inappréciable ; et la perte n’est pas
seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour l’Église et pour
le monde. L’ignorance est souvent la source de leur
incrédulité et la raison pour laquelle ils jouissent si peu du
salut complet préparé pour eux.

Qu’on prêche dans nos Églises la vie en Christ, la


communion vivante avec lui, l’expérience de sa présence et
de son secours journalier, avec autant de zèle et de clarté
que son expiation et son pardon, on verra bon nombre de
croyants accueillir avec joie cette nouvelle vie ; et les fruits
ne se feront pas attendre.

C’est dans le désir d’aider ceux qui n’ont pas encore


compris ce que le Sauveur a voulu dire par ce
commandement, ou qui n’osent pas croire que cette vie leur
soit accessible, que ces méditations sont publiées. L’enfant
apprend sa leçon par de fréquentes répétitions. En fixant
son attention tour à tour sur chacune des faces de la foi, le
croyant est amené à se les approprier toutes. Nous avons
l’espoir qu’il sera utile à plusieurs de méditer avec nous,
jour après jour, pendant un mois, à la lumière de la parabole
du cep et des sarments, ces mots précieux : Demeurez en
moi ». L’expérience de cette communion avec Christ nous
apparaîtra comme indispensable à toute vie vraiment
chrétienne : nous découvrirons les bénédictions immenses
qui en découlent. Méditons avec prière et acceptons dans la
foi Jésus tout entier, tel qu’il s’offre à nous, et le Saint-Esprit
rendra cette parole esprit et vie ; elle deviendra pour nous
puissance de Dieu à salut.

Le Seigneur veuille, dans sa miséricorde, bénir ce petit livre


pour ceux qui cherchent à le mieux connaître. Qu’il montre
à ceux de ses enfants qui veulent encore vivre par eux-
mêmes, comment il les veut entièrement à lui, recherchant
uniquement dans une communion entière avec lui, la joie
ineffable et glorieuse après laquelle ils soupirent. Et nous
qui déjà goûtons les douceurs de cette vie, soyons des
témoins toujours plus fidèles de la puissance de notre
Seigneur pour nous garder en lui afin d’en amener un grand
nombre dans cette voie.

En terminant, qu’il nous soit permis de donner un conseil à


nos lecteurs. Il faut du temps pour croître en Jésus, le cep :
n’espérez pas demeurer en lui sans y consacrer le temps
nécessaire. Il ne suffit pas de lire les Écritures ou des
méditations comme celles-ci ; de croire en saisir la pensée
de demander à Dieu sa bénédiction pour reprendre ensuite
le train de vie avec l’assurance que tette bénédiction
viendra. Non il faut chaque jour des moments de
communion directe avec Jésus et avec Dieu. Nous
reconnaissons bien la nécessité de consacrer chaque jour
certains moments à nos repas ; l’ouvrier réclame une heure
pour son dîner. Prendre à la hâte une certaine quantité de
nourriture est de peu de profit. De même pour vivre par
Jésus, nous devons nous nourrir de lui (Jean 6.57) ; nous
devons prendre et nous assimiler le pain céleste que le Père
nous a donné dans son Fils. Ayez donc soin chaque jour,
avant, pendant et après la lecture de votre Bible, de vous
mettre en contact avec la personne vivante de Jésus, pour
vous placer d’une manière directe sous sa divine influence ;
alors vous lui donnerez l’occasion de prendre possession de
vous, et de vous garder en sûreté dans sa puissante
communion.

Que le bienfait de demeurer en Christ avec les riches


bénédictions qui en découlent, soit accordé à tous les
lecteurs de ce volume. Que la grâce de Jésus, l’amour de
Dieu et la communion du Saint-Esprit soient leur portion
journalière. Amen.
« Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron.
Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas
de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte
du fruit, il l’émonde, afin qu’il porte encore plus
de fruit. Déjà vous êtes purs, à cause de la parole
que je vous ai annoncée. Demeurez-en moi, et je
demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut
de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure
attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus,
si vous ne demeurez en moi. Je suis le cep, vous
êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et
en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car
sans moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un
ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme
le sarment, et il sèche puis on ramasse les
sarments, on les jette au feu, et ils brûlent. Si
vous demeurez en moi, et que mes paroles
demeurent en vous, demandez ce que vous
voudrez et cela vous sera accordé. Si vous portez
beaucoup de fruit, c’est ainsi que mon Père sera
glorifié, et que vous serez mes disciples.
Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimé.
Demeurez dans mon amour. Si vous gardez Mes
commandements, vous demeurerez dans mon
amour, de même que j’ai gardé les
commandements de mon Père, et que je
demeure dans son amour. Je vous ai dit ces
choses afin que ma joie soit en vous, et que votre
joie soit parfaite.
C’est ici mon commandement : Aimez-vous les
uns les autres, comme je vous ai aimés.
Jean 15.1-12
1 Demeurez en Christ vous
qui êtes venus à lui

« Venez à moi »

Matthieu 11.28

« Demeurez en moi »

Jean 15.4

C’est à tous ceux qui ont entendu le premier appel de Jésus :


« Venez à moi », et y ont prêté l’oreille, que s’adresse cette
nouvelle invitation du Sauveur : « Demeurez en moi ».
Jamais nous ne nous sommes repentis d’être venus à Jésus ;
nous avons éprouvé qu’il est fidèle dans ses promesses ; il
nous a accordé un pardon complet et gratuit : il nous a
rendus participants de la joie et des bénédictions de son
amour et nous avons trouvé auprès de lui beaucoup plus
que nous ne l’espérions.

Néanmoins, avec le temps, les désappointements sont


venus ; les bénédictions dont nous avions tant joui d’abord
n’ont pas duré ; la joie et l’amour qui avaient rempli nos
cœurs à notre première rencontre avec le Sauveur, loin
d’augmenter, ont peu à peu disparu. Et nous nous sommes
demandé pourquoi.

La réponse est simple : nous nous sommes éloignés de


Christ. Les bénédictions qu’il promet sont étroitement liées
à ce « venez à moi », et ne peuvent être goûtées que dans
une communion intime avec lui. S’il nous a dit de venir à lui,
ce n’était pas pour nous faire éprouver pendant quelques
courts instants après notre conversion la joie du pardon, et
nous laisser ensuite retrouver notre tristesse et notre péché
en retournant à notre vie ordinaire. Il nous destinait à
quelque chose de mieux ; il voulait nous faire demeurer en
lui et nous faire jouir de sa communion permanente au
milieu de nos occupations journalières. Ne l’ayant pas
compris, nous n’avons pas conservé la paix trouvée en
venant à lui. Cependant, c’est l’amour puissant avec lequel
il nous avait dit « Venez » qui lui fait, ajouter : « Demeurez en
moi ». Les bénédictions attachées à ce second appel,
dépassent de beaucoup celles qui accompagnent le
premier ; nous ne pouvons réaliser d’avance les richesses
que ces mots tiennent en réserve pour quiconque les
accepte.

« Demeurez en moi », dit Jésus, et non avec moi. Il veut


établir entre lui et nous des rapports de la nature la plus
intime ; il veut nous rendre participants de sa vie divine.

Venus à lui, nous devons demeurer en lui. Les mêmes motifs


qui nous ont poussés à nous approcher, nous pressent de
demeurer. La crainte du péché et de la malédiction qu’il
entraîne, le sentiment de lassitude et le désir d’être libérés
des liens du péché pour être rendus saints et purs et trouver
le repos de nos âmes, le besoin de connaître l’amour infini,
l’espoir d’un héritage glorieux et éternel : toutes ces choses
qui nous ont amenés à Jésus doivent nous retenir auprès de
lui ; car ce n’est qu’en demeurant en lui que nous
conservons le pardon reçu et que nos âmes altérées seront
rassasiées.

Nous avons été heureux en venant à Jésus, combien plus le


serons-nous en demeurant en lui ! Qui voudrait se contenter
de rester à la porte d’un palais, lorsque le roi l’invite à
entrer pour partager sa gloire ? Et pourtant, beaucoup de
ceux qui sont venus à Jésus confessent qu’ils ne savent pas
ce que c’est que de demeurer en lui. Les uns ne
comprennent pas quelle est la pensée du Sauveur en les
appelant ; d’autres comprennent, mais ne croient pas
qu’une telle communion soit possible possible pour eux.
D’autres croient qu’elle est possible, mais ils n’en peuvent
découvrir le secret ; d’autres enfin confessent que leur
infidélité les a empêchés de jouir de cette grâce, ils
n’étaient pas prêts à tout sacrifier pour demeurer toujours
et complètement en lui.

À tous ceux-là nous apportons ce message de Jésus :


« Demeurez en moi », les invitant à en approfondir le sens
avec nous. Nous ne prétendons pas résoudre toutes les
questions qu’il soulève, Jésus-Christ, seul, doit le faire par
son Saint-Esprit. Nous désirons simplement montrer les
grâces attachées à ce commandement béni, et chercher ce
qui nous en tient éloignés.
Plaçons-nous aux pieds du Sauveur pour méditer cette
parole ; serrons-la, dans notre cœur, attendant de Lui seul,
la force de répondre et de retenir la bénédiction qui nous est
offerte.
2 Demeurez en Christ, et
vous trouverez le repos de
vos âmes

« Venez à moi et je vous donnerai du repos.


Prenez mon joug sur vous et recevez mes
instructions, et vous trouverez du repos pour vos
âmes »

Matthieu 11.28-29

Le repos de l’âme. Voilà ce que le Sauveur offre au pécheur


fatigué et chargé, pour l’attirer à lui. Malgré son apparente
simplicité, cette promesse est aussi ample et complète que
possible. Le repos de l’âme, n’est-ce pas la délivrance de
toute crainte, la satisfaction de tout besoin,
l’accomplissement de tout désir ? Le Sauveur n’offre rien
moins pour ramener celui qui s’est éloigné ; et il répète par
deux fois cette promesse, mais avec des conditions assez
différentes pour nous faire comprendre que le repos promis
ne peut être réalisé et conservé que dans une communion
permanente, en sorte que si nous le perdons, c’est que nous
ne sommes pas demeurés en lui. D’abord il dit : Venez à moi
et je vous donnerai du repos. Au moment même où vous
viendrez et où vous croirez, je vous donnerai du repos, le
repos du pardon et de la réconciliation. Mais il faut du temps
pour vous approprier pleinement ce que Dieu nous donne ;
aussi le Sauveur répète-t-il sa promesse dans les termes qui
n’expriment plus seulement ce premier repos qu’il donne à
l’âme fatiguée quand elle vient à lui, mais le repos plus
solide et plus profond que possède l’âme demeurant en lui,
le repos, fruit d’une connaissance plus complète, d’une
union plus intime et de l’entier abandon de soi. Prenez mon
joug, recevez mes instructions, dit-il, mettez-vous à mon
école, pliez-vous à ma discipline, soumettez-vous en toutes
choses à ma volonté, que votre vie ne fasse qu’un avec ma
vie, en un mot : « Demeurez en moi, et vous trouverez du
repos pour vos âmes ! »

Ces paroles de Jésus, ne nous font-elles pas découvrir la


raison pour laquelle nous perdons si souvent, le repos de
nos âmes ? Le secret d’un repos parfait et durable, c’est de
se livrer complètement à Jésus, de lui abandonner sa vie
pour que lui seul la dirige, se laisser enseigner par lui, être
et faire uniquement ce qu’il veut ; hors de ces conditions,
inutile d’espérer conserver la paix que Jésus nous a une fois
donnée. Le repos est en Christ, l’âme ne peut en jouir qu’en
étant elle-même en lui.

Faute de saisir cette vérité, beaucoup de croyants perdent


vite la paix. Les uns ignorent que Jésus veut une
consécration complète, qu’il n’y a pas un détail de notre vie
sur lequel il ne veuille régner et dans lequel nous ne devions
chercher à lui plaire. D’autres regardent cet état de l’âme
qui demeure constamment en Jésus, comme le
couronnement d’une vie entière de sainteté et de progrès,
mais non comme le point de départ pour un faible
commençant. Prendre le joug de Jésus et le porter sans le
poser un seul instant, semble demander un déploiement
d’efforts, un degré de sagesse tout à fait au- dessus de leur
portée. Ceux qui pensent ainsi ne savent pas combien « son
joug est doux », combien son joug même donne le repos :
car, du moment où l’âme se plie à ce joug, le Seigneur
donne la force et la joie pour obéir. Ils ne remarquent pas
non plus que lorsque Jésus dit : « Recevez mes
instructions », il ajoute « Je suis humble de cœur », nous
donnant, ainsi l’assurance qu’il ira au-devant de notre
faiblesse et nous portera comme une mère porte dans ses
bras son petit enfant. Ils ne voient pas enfin que lorsqu’il
dit : « Demeurez en moi », il demande simplement que nous
nous livrions à lui, son amour tout-puissant se chargeant de
nous garder et de nous bénir. Ainsi, les uns s’égarent faute
d’une consécration entière, les autres faiblissent par
manque de confiance. Consécration et foi sont les deux
éléments essentiels de la vie chrétienne. Tout donner à
Jésus, tout recevoir de Jésus. L’un implique l’autre, et les
deux sont réunis dans cette expression : se livrer. Se livrer
complètement ou s’abandonner, c’est obéir aussi bien que
se confier, se confier aussi bien qu’obéir.

Avec un tel malentendu au point de départ, il n’est pas


étonnant que la vie chrétienne ne soit pas la vie de joie et
de force que nous espérions. Ignorant d’un côté que nous
ne pouvons absolument rien faire en dehors de Christ, et de
l’autre que Christ veut se charger de nous pour nous garder
et nous conduire dans les moindres détails de notre vie,
nous comptons sur nos propres forces, et nous tombons
constamment dans le pêché. Notre sentier au lieu de
devenir de plus en plus lumineux comme le sentier du juste
jusqu’à la parfaite lumière, devient comme le chemin
d’Israël errant dans le désert : toujours en route pour le
repos promis, souvent près de l’atteindre et n’arrivant
jamais.

Âmes fatiguées, qui cherchez ce repos, apprenez


aujourd’hui à connaître la retraite où la paix vous est
assurée.

Mais, direz-vous, c’est précisément de demeurer en Jésus,


de porter toujours son joug, de recevoir ses instructions qui
est difficile ; l’effort même, pour y parvenir, trouble souvent
plus encore que le péché ou le monde ! L’erreur est
précisément de croire qu’il faille un effort. Est-ce une fatigue
pour le voyageur de se reposer sur le lit qui lui a été
préparé ? Est-ce un labeur pour le petit enfant de reposer
dans les bras de sa mère ? N’est-ce pas le lit qui soutient le
voyageur ? N’est-ce pas les bras de la mère qui portent
l’enfant ? Il en est de même de Jésus. L’âme n’a qu’à se
livrer à lui et se tenir en repos. La grandeur même de la
bénédiction nous empêche de la saisir. Nous n’osons pas
croire que Jésus veuille et puisse nous instruire et nous
garder tout le jour durant. C’est là, cependant, ce qu’il a
promis ; et, dans la mesure où nous le croirons, nous
trouverons la paix. La difficulté ne vient pas du joug à
prendre, mais de notre résistance à prendre le joug, puisque
c’est notre complet abandon à Jésus, comme à notre Maître
et notre Gardien, qui nous assure le repos de nos âmes.
Acceptez dès ce jour, en toute simplicité, la parole de Jésus.
L’ordre est positif : « Prenez mon joug, recevez mes
instructions, demeurez en moi ». Nous n’avons pas la liberté
d’hésiter. Le soldat docile, sans demander pourquoi ni
comment, obéit, se confiant en la sagesse de son supérieur
pour pourvoir à tout. À nous donc d’obéir ; à Christ notre
Sauveur de nous rendre capables de demeurer dans le
repos et d’y persévérer ; à lui de nous faire goûter les
bienfaits de ce repos. Et si, par moments, nous faiblissons,
que ce soit une nouvelle raison pour nous confier plus
résolument en l’amour tout-puissant de Jésus.

Heureux repos, avant-goût du ciel ! Quand nous le


possédons nous trouvons la force pour tout devoir, le
courage pour tout combat, une bénédiction dans chaque
croix, la joie de la vie éternelle dans la mort, même.

« Demeurez en moi. Prenez mon joug et recevez mes


instructions, et vous trouverez du repos pour vos âmes ».
3Demeurez en Christ,
vous confiant à lui pour vous
garder

« Je cours pour tâcher de saisir le prix, puisque


moi aussi, j’ai été saisi par Jésus-Christ.

Philippiens 3.12

Parmi ceux qui reconnaissent que c’est un devoir et un


privilège de demeurer constamment en Christ, il en est qui
considèrent cette grâce comme réservée à une élite de
chrétiens favorisés par les circonstances, et non à la
majorité des disciples, dont la vie est remplie, par la volonté
même de Dieu, d’occupations terrestres. Dans leur
faiblesse, ils n’oseraient prétendre à cette vie de
communion permanente. Mais c’est à eux qu’elle convient
précisément ; car il ne s’agit pas d’accomplir quelque chose
de grand, ni même de débuter par une vie de sainteté et de
dévouement : il s’agit, pour le faible, de se confier au Tout-
Puissant pour être gardé ; pour l’infidèle de s’appuyer sur
Celui qui est parfaitement fidèle et vrai. Consentir à laisser
Jésus tout faire pour nous, en nous et par nous, attendant
avec confiance ce qu’il a promis d’accomplir, c’est là
simplement demeurer en Christ.
Beaucoup de personnes qui savent que la conversion et le
pardon viennent de Dieu, font dépendre de leurs efforts et
de leur fidélité ce qui reste encore à faire pour le
perfectionnement de leur salut. Alors les chutes sont
fréquentes, le découragement survient et ne fait
qu’augmenter leur incapacité. Elles n’ont pas fait cette
expérience que Jésus, en disant : « Demeurez en moi ! »
s’offre lui-même, lui, le gardien d’Israël, qui ne sommeille ni
ne dort, comme la demeure vivante de l’âme, où les
influences pénétrantes de sa grâce triompheront de leur
faiblesse.

Demeurer en Christ est, aussi bien que la conversion et le


pardon, une grâce qui vient de lui seul. Si nous avons senti
qu’il nous a attirés à lui en nous appelant à venir, nous
devons compter sur lui quand il dit : « Demeurez en moi »,
pour retenir dans sa communion quiconque répond à son
appel.

Demeurez en moi, n’est point une loi du Sinaï réclamant du


pécheur ce qu’il ne peut accomplir ; c’est un
commandement d’amour, par conséquent une promesse
sous une autre forme. Nous ne sommes pas sous la loi avec
son inexorable : Fais ceci ; mais, sous la grâce, qui dit :
« Crois » ce que Jésus veut faire pour toi. Si donc la pensée
de faire nous-mêmes encore quelque chose nous préoccupe,
disons-nous que notre œuvre n’est que le fruit de l’œuvre
de Christ en nous. Quand notre âme abdique complètement
et attend tout de Christ, elle voit ses forces s’éveiller et
déployer toutes leurs ressources ; alors nous travaillons
avec succès, parce que nous sentons Christ opérer en nous.
Cette relation entre l’œuvre de Christ et la nôtre est
admirablement exprimée dans ces paroles de Paul « Je cours
pour tâcher de saisir (le prix), puisque moi aussi j’ai été saisi
par Jésus-Christ ! » La pleine assurance en Christ qui l’avait
saisi, le portait en avant, en lui donnant le courage et la
force pour atteindre le but pour lequel il avait été saisi.

Une comparaison nous fera mieux comprendre l’expression


de Paul et son application à la vie chrétienne. Représentons-
nous un père aidant son enfant à gravir un roc escarpé. Le
père, se tenant au-dessus de son fils, l’attire à lui, lui
montrant la place où il doit mettre son pied. Le saut serait
trop élevé pour l’enfant laissé à lui-même ; mais se confiant
en la main du père, il s’élance pour parvenir là où le père le
veut. C’est la force du père qui est son salut, qui le soulève
et l’excite à user de ses propres forces.

Telle est la relation entre Christ et le faible croyant. Notre


union avec lui et, par lui, avec le Père, voilà son but
glorieux. Cherchez à vous en rendre compte et en même
temps à faire l’expérience que vous avez été saisis pour ce
but par Jésus-Christ, afin de vous confier en sa toute-
puissance pour achever l’œuvre qu’il a commencée. Tout ce
que vous avez déjà reçu, le pardon et la paix, le Saint-Esprit
et sa grâce, ne sont que les premiers pas vers cette vie de
communion. Tout ce qui vous est encore promis, sainteté,
œuvres à faire et gloire éternelle, n’en sont que les résultats
naturels.

Fixez constamment vos regards sur ce but que Jésus vous


propose. Toute vérité de Dieu qui se fait connaître à nous,
demande de devenir aussitôt un principe de vie. C’est
pourquoi, cédez dès aujourd’hui au Sauveur dans ce qu’il
demande de vous ; renoncez à vous-même pour demeurer
en lui, et il entretiendra lui même votre confiance. Si le
découragement vient après quelque chute, que cette parole
où Paul puisait sa force : « j’ai été saisi par Jésus-Christ »
vous relève aussi et vous redonne confiance. Ainsi vous
arriverez à dire tous les jours avec plus d’assurance : « Je
cours pour tâcher de saisir le prix, puisque moi aussi j’ai été
saisi par Jésus-Christ ».
4
Demeurez en Christ
comme le sarment est uni au
cep

« Je suis le cep, vous êtes les sarments »

Jean 15.5

Jésus employa cette expression « demeurez en moi », après


avoir prononcé la parabole du cep et des sarments. Cette
admirable parabole nous donne la meilleure illustration de
l’union que le Seigneur nous propose.

Elle nous montre la nature de cette union. Le cep et le


sarment sont unis par une vie commune, non par une union
simplement extérieure, temporaire, résultant du travail de
l’homme. Le sarment naturel ou greffé n’existe que par
l’intervention directe du Créateur qui fait circuler dans le
sarment la vie, la sève, la vigueur du cep. De même, l’union
du croyant avec son Sauveur n’est pas le résultat de la
sagesse ni de la volonté humaine, mais d’un acte de Dieu
qui établit la communauté de vie la plus intime et la plus
complète entre son Fils et le pécheur. Dieu a envoyé dans
nos cœurs l’Esprit de son Fils ! Le même Esprit qui a
demeuré et qui demeure dans le Fils, devient le principe
vital du croyant. Dans la communion de ce même Esprit, le
croyant est un avec lui.

La parabole nous enseigne aussi la perfection de cette


union. Entre le cep et le sarment, elle est si complète que
l’un n’est rien sans l’autre et n’existe même qu’en vue de
l’autre.

Sans le cep, le sarment ne peut rien. C’est au cep qu’il doit


sa place dans la vigne, sa vie et sa fécondité. Aussi le
Seigneur dit-il « Sans moi vous ne pouvez rien faire ». Le
croyant ne peut plaire à son Dieu que dans ce qu’il fait par
la puissance de Christ habitant en lui. La sève du Saint-
Esprit, qui lui est journellement communiquée, est sa seule
force pour vivre et pour produire quelque fruit.

D’autre part, sans le sarment, le cep ne peut rien non plus.


Il ne peut produire son fruit. Le sarment n’est donc pas
moins indispensable au cep que le cep au sarment ; et là se
manifeste la merveilleuse condescendance de la grâce de
Jésus, qu’il se soit fait lui-même dépendant de ses disciples,
comme ses disciples le sont de lui. Il a besoin d’eux pour
dispenser ses bénédictions au monde. Il leur est
indispensable dans le ciel pour produire leur fruit ; mais ils
lui sont aussi indispensables sur la terre pour
l’accomplissement de son œuvre.

Il y a plus encore, avons-nous dit : comme l’un n’est rien


sans l’autre, l’un n’existe qu’en vue de l’autre.

Tout ce que le cep possède appartient au sarment. Il tire du


sol sa nourriture et sa saveur en vue du sarment. Jésus dit :
« Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée… Celui qui
croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de
plus grandes… Je me sanctifie moi-même, afin qu’eux aussi
soient sanctifiés ». Toute sa plénitude et ses richesses sont
au croyant. Tout ce qu’il est dans le ciel, il l’est pour le
croyant. Il se tient comme son représentant devant le Père.

Enfin tout ce qui est au sarment appartient au cep. Le seul


mérite du sarment est d’être au service du cep, de porter
des fruits qui témoignent de l’excellence du cep. Magnifique
image de la vocation du croyant et de son entière
consécration au service de son Seigneur. Il doit se sentir
pressé de se donner complètement à Celui qui s’est donné
le premier Son être entier, ses moindres pensées, tous ses
sentiments appartiennent à son Sauveur, afin que, par lui et
pour lui, il puisse produire ses fruits.

Quand on a sondé le sens de cette parabole, on saisit la


vraie force de ce commandement d’amour :

« Demeurez en moi ». Jésus, par cette image, nous donne à


entendre par quels liens indissolubles et vivants il veut nous
unir à lui. Il veut nous faire réaliser notre entière
dépendance à son égard, et, en même temps, la richesse de
vie qu’il met à notre disposition. Une fois à lui, tout ce qu’il
possède nous appartient, et nous n’avons qu’à puiser
abondamment. Son intérêt, sa gloire, est que nous soyons
des sarments productifs. Nous sommes incapables, mais il
est Tout-Puissant ; nous sommes pauvres, mais il est riche.
C’est pourquoi nous devons demeurer en lui, recevoir ses
instructions, nous soumettre à sa lui, en nous confiant dans
sa grâce, et en ses promesses ; croire qu’il est le cep et
nous ses sarments.

Comment hésiter encore et ne pas accepter comme une


bénédiction cette communion qui vous est offerte ? Jésus ne
vous demande que cela. Croyez qu’une fois à lui, il vous
portera comme le cep vigoureux porte le faible sarment.

Si vous demeurez en lui, il fortifiera votre foi en vous faisant


pénétrer de jour en jour plus avant dans ce mystère de
notre union avec lui, et il vous la rendra toujours plus facile.
5
Demeurez en Christ
comme vous êtes venus à lui,
par la foi

« Comme vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ,


marchez en lui, étant enracinés et fondés en lui,
et affermis dans la foi, y faisant des progrès »

Colossiens 2.6-7

Ces paroles nous montrent que la foi est aussi indispensable


pour progresser dans la vie chrétienne que pour y entrer.

De sincères chrétiens ne le comprennent pas, ou, s’ils


l’admettent en principe, le nient en pratique. Pour eux,
l’homme est bien justifié par la foi, mais ils négligent cette
autre vérité : « Le juste vivra par la foi ». Ils n’ont jamais
compris quel Sauveur parfait nous avons en Jésus. Sauveur
qui veut faire chaque jour, pour le pécheur, autant qu’au
premier jour où il est venu à lui. Ils semblent ignorer que la
vie de la grâce est toujours et uniquement une vie de foi, et
que le devoir constant du disciple dans ses relations avec
Jésus, est de croire, la foi étant le canal par lequel la grâce
et la force divines parviennent au cœur de l’homme. Le vieil
homme reste mauvais et pécheur jusqu’à la fin chez le
croyant ; et ce n’est qu’autant que celui-ci vient chaque
jour, vide de lui-même et impuissant, à son Sauveur pour
recevoir de sa vie et de sa force, qu’il peut produire des
fruits de justice à la gloire de Dieu. Aussi est-il dit : « Comme
vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ, marchez en lui,
affermis dans la foi, y faisant des progrès ».

Reportons-nous au moment où, pour la première fois, nous


avons reçu Jésus. Que d’obstacles se présentaient à nous
pour nous empêcher de croire : notre indignité, notre
culpabilité. Il semblait impossible que la promesse de
pardon et d’amour s’adressât à d’aussi grands pécheurs que
nous. La conscience de notre faiblesse et de notre état de
mort nous rendait incapables de la confiance et de
l’abandon qui nous étaient demandés ; la prévision de
l’avenir nous empêchait d’entrer dans une voie où il nous
semblait impossible de persévérer. Ces difficultés se
dressaient comme des montagnes sur notre chemin ; mais
ces montagnes ont été transformées par la foi à la Parole de
Dieu. Cette Parole nous assurait notre salut en dépit de
notre état de péché, de notre faiblesse, de notre infidélité.
Cependant nous avons cru et nous n’avons pas été trompés.

Cette expérience, nous devons la renouveler pour ce qui


concerne notre habitation en Christ. Maintenant, comme
alors, les tentations qui nous empêchent de croire sont
nombreuses. En présence des péchés commis depuis que
nous sommes disciples, il nous semble qu’il est
présomptueux de croire que Jésus nous reçoive dans son
intimité et dans la pleine jouissance de son saint amour.
Devant notre incapacité à tenir la résolution la plus sacrée,
nous tremblons à la seule pensée de répondre
affirmativement au commandement du Sauveur de
demeurer en lui. Enfin la pensée de la vie d’amour et de
joie, de sainteté et de bonnes œuvres qui découlerait de
notre habitation en lui nous décourage par sa beauté
même : et il nous semble que prétendre à un tel bonheur,
c’est marcher au-devant d’une déception.

Eh bien ! profitons de notre expérience ; et rappelons-nous


comment nous avons été conduits à prendre les promesses
de Jésus à la lettre, contrairement à nos sentiments à notre
jugement même, et combien nous avons été bénis. Il nous a
reçus et pardonnés ; il nous a aimés et sauvés ; et s’il a fait
cela pour nous lorsque nous étions ennemis, étrangers, que
ne fera-t-il pas maintenant que nous sommes à lui ? Si, par
sa grâce toute-puissante, nous sommes à lui, ne serons-
nous pas, par cette même grâce toute puissante, capables
de demeurer en lui ?

Et que faut-il croire, demanderez-vous, pour demeurer en


Christ ? Croyez d’abord cette Parole de Jésus : « Je suis le
cep ». La vigueur et la fertilité du sarment dépendent de la
force du cep. Ne pensez pas tant à vous-mêmes, mais
commencez par nourrir votre foi de tout ce que Christ est
comme cep, et de ce qu’il est pour nous, ses sarments. Il
nous porte, nous nourrit. Il se charge de notre croissance et
de nous faire produire des fruits. Les sarments, même les
plus faibles, sont portés par le cep ; ils ne le portent pas.
Demandez au Père qu’il vous révèle par son Saint-Esprit
l’amour et la puissance de ce Christ duquel nous tirons
notre vie ; car c’est la connaissance de tout ce que nous
avons en Christ et la foi basée sur cette connaissance, qui
nous feront demeurer en lui et produire des fruits.

Nous ne pouvons trop rappeler aux disciples de Christ


l’importance qu’il y a à exercer leur foi en affirmant qu’ils
sont en lui.

Cette affirmation rend si simple de demeurer en Jésus ! Je


suis en Christ : cette simple pensée, nourrie avec soin dans
la prière et dans la foi, dissipe toute difficulté et fait cesser
tout effort inutile. Je suis en Christ je n’ai donc plus qu’à en
rendre grâce à mon Sauveur et me remettre à sa puissance
miséricordieuse.

Et cette foi, chose étonnante, produira d’elle-même tout ce


qu’implique cette vie en Christ. La vie chrétienne demande
beaucoup de vigilance et de prière, de renoncement et de
combat, d’obéissance et d’activité ; mais tout est possible à
celui qui croit. « La victoire qui a triomphé du monde c’est
notre foi ». Cette foi, qui ne regarde pas à la faiblesse de la
créature, mais se réjouit dans la force du Sauveur rend
l’âme forte et joyeuse. Elle se nourrit de toutes les
révélations des saintes Écritures sur la personne et les
promesses de Jésus et, se fiant à cette parole : « Si ce que
vous avez entendu dès le commencement demeure en
vous, vous demeurerez aussi dans le Fils et dans le Père ; »
elle vit de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu. Ainsi
l’âme est rendue propre à être et à faire tout ce qu’il faut
pour demeurer en Christ.

Croire, croire toujours, croire d’une foi enfantine et


inébranlable à Jésus-Christ comme au cep dont nous
sommes les sarments, voilà la source de notre communion
permanente avec lui.
6 Demeurez en Christ ; car
Dieu lui-même vous a unis à
lui

« C’est par Dieu que vous êtes en Jésus-Christ »

1 Corinthiens 1.30

« Mon Père est le vigneron »

Jean 15.1

« Vous êtes en Jésus-Christ », disait Paul aux disciples de


Corinthe. Ils étaient encore bien faibles et charnels, des
enfants en Christ ; néanmoins, Paul, avant de leur adresser
ses enseignements, veut qu’ils sachent qu’ils sont en Jésus-
Christ. Notre vie chrétienne tout entière dépend du
témoignage intérieur que nous avons de notre position en
Christ : pour demeurer en lui, il faut que nous nous sachions
en lui. Toute exhortation adressée à des croyants, doit, pour
porter du fruit, avoir comme point de départ le fait qu’ils
sont en Christ.

Mais l’apôtre ajoute une chose non moins importante :


« C’est par Dieu que vous êtes en Jésus-Christ ». Nous
devons nous rappeler, non seulement que nous sommes
unis à Christ, mais surtout que cette union est l’œuvre de
Dieu et non la nôtre, ce qui est une source d’assurance et
de force.

Dans notre union avec Christ, il y a une œuvre de Dieu et il


doit y en avoir une de nous ; celle de Dieu consiste à nous
faire faire la nôtre. La sienne est cachée et s’accomplit dans
le silence ; la nôtre est apparente. La conversion et la foi, la
prière et l’obéissance sont des actes dont nous pouvons
nous rendre compte, tandis que le principe spirituel et
vivifiant qui nous vient d’en haut, l’œil ne le distingue pas.
Aussi le disciple qui en vient à dire : Je suis en Christ, peut-il
être tenté de considérer plutôt ce qu’il a fait, que cette
œuvre merveilleuse et invisible de Dieu qui l’a uni à son Fils.
Il est nécessaire cependant de savoir que, lors de notre
conversion, quand nous avons cru et accepté Jésus, c’est la
toute-puissance de Dieu qui agissait en nous, sanctifiant
notre volonté, prenant possession de nous, et accomplissant
son plan d’amour en nous plaçant en Jésus-Christ. Quand le
disciple discerne ce côté divin de l’œuvre de son salut, il ne
peut qu’adorer avec actions de grâce et se réjouir, En
repassant le chemin parcouru, il reconnaît à chaque pas
l’œuvre de Dieu et se dit : C’est par Dieu que je suis en
Jésus-Christ !

Cette expérience le conduira plus loin ; elle le mettra en


présence des profondeurs infinies de l’éternité. « Ceux qu’il
a prédestinés, il les a aussi appelés ». Il découvrira que cet
appel réalisé dans le temps présent, découle d’un plan
éternel. Avant que le monde fût, Dieu l’avait choisi en
Christ. Avec le prophète il pourra dire : « L’Éternel m’est
apparu depuis longtemps et m’a dit : Je t’ai aimé d’un
amour éternel, c’est pourquoi je t’ai attiré par ma
miséricorde ». Il reconnaîtra que son propre salut fait partie
du « mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein
qu’il avait formé en lui-même pour le mettre à exécution
lorsque les temps seraient accomplis » ; et se joignant au
corps entier des croyants, il dira avec eux « En lui nous
sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés
suivant la résolution de celui qui opère toutes choses
d’après le conseil de sa volonté ». Rien ne donne un
sentiment plus vif de l’immensité de la grâce et ne porte
davantage l’homme à s’incliner devant elle que la
connaissance de ce mystère. « C’est par Dieu que vous êtes
en Jésus-Christ.

Cette conviction exerce sur le croyant qui cherche à


demeurer en Christ, une influence puissante. Quel
fondement sûr pour sa foi, si tout ce qu’il se sent en droit
d’attendre de Christ et de sa plénitude repose sur le dessein
et l’œuvre du Père ; s’il voit dans le Père, le Vigneron qui
veille avec le même amour sur le Cep, son Fils bien-aimé, et
sur lui, son sarment ! Quelle source de paix et de confiance
de pouvoir se dire : Si Dieu, qui a choisi Christ pour être le
Cep, l’a formé pour accomplir parfaitement son œuvre,
Dieu, qui m’a choisi pour m’enter en Christ, s’est engagé
par là même à me garder en lui et à me rendre en tous
points semblable à son Fils, pourvu que je me soumette à
son action !

Si vous arriviez à cette conviction, avec quelle joie et quelle


assurance vous feriez monter vos prières vers le Dieu et
Père de Jésus-Christ. Le sentiment de votre dépendance
absolue vous ferait découvrir que votre salut est de vous
attendre constamment à Celui qui vous a unis à Christ, pour
qu’il perfectionne son œuvre et produise en vous le vouloir
et le faire selon son bon plaisir.

Vous trouveriez là un mobile puissant pour entretenir une


vie abondante en fruits. « Nous sommes son ouvrage, ayant
été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, pour
lesquelles Dieu nous a préparés d’avance, afin que nous les
pratiquions ».

Oh ! que les croyants cessent de regarder à eux-mêmes


pour se plaindre de leur faiblesse, comme si Dieu les
appelait à une œuvre pour laquelle il ne les a pas préparés !
Qu’ils acceptent joyeusement et avec foi le fait merveilleux
qu’en les unissant à Christ, Dieu se charge de leur
développement spirituel et des fruits qui en découlent !
Alors, toute paresse, toute hésitation malsaine disparaîtront.
Sous l’influence bénie de la foi en la fidélité de Celui par qui
ils sont en Christ, ils se lèveront, pour accomplir leur
glorieuse destinée.

Cédez à l’influence puissante de cette parole : « C’est par


Dieu que vous êtes en Jésus-Christ ! » Méditez-la dans
l’adoration jusqu’à ce que la lumière d’en haut ait brillé
dans vos cœurs et vous fasse reconnaître dans votre union
à Christ un effet de la volonté du Père qui est fidèle pour
achever l’œuvre qu’il a commencée.
7 Demeurez en Christ
votre sagesse

« C’est par Dieu que vous êtes en Jésus-Christ,


lequel est devenu pour nous sagesse par la
volonté de Dieu, et justice et sanctification et
rédemption »

1 Corinthiens 1.30

Jésus-Christ n’est pas seulement sacrificateur pour nous


obtenir le salut que Dieu a préparé à ceux qu’il aime, et roi
pour nous l’assurer ; il est aussi prophète pour nous le
révéler. Comme au jour de la création, la lumière fut créée
en premier lieu, afin qu’en elle toutes les autres œuvres de
Dieu eussent la vie et la beauté, de même, de tous les dons
qui nous sont réservés en Jésus-Christ, la sagesse est
mentionnée en premier dans notre texte, comme
renfermant les trois autres dons qui suivent. La vie est la
lumière de l’homme. En nous faisant connaître le Père,
Christ nous fait participants de la vie éternelle. « Il est
devenu pour nous sagesse ». En lui sont cachés tous les
trésors de la sagesse et de la science. Pour en jouir, nous
devons demeurer en lui ; voilà ce qu’il nous faut mieux
saisir. Les bénédictions que Dieu nous a préparées en son
Fils, ne peuvent nous être accordées hors de Christ ou
indépendamment de lui ; l’exaucement de chacune de nos
prières relativement à ces dons, ne peut nous venir que
d’une union toujours plus intime avec lui.

Si vous soupirez après cette connaissance de Dieu qui


donne la vie éternelle, demeurez en Jésus ; la vie dans le Fils
conduit à cette communion avec le Père, qui, seule, nous le
fait réellement connaître et nous révèle son amour, sa
puissance, sa gloire infinie. Votre intelligence pourra peut-
être ne pas tout saisir et vous ne saurez exprimer tout ce
qui vous sera donné ; mais vous aurez cette connaissance
intime et profonde qui vient de ce que « nous sommes
connus de lui ».

Vous aimeriez arriver, comme Paul, à regarder toutes choses


comme une perte à cause de l’excellence de la
connaissance de Jésus-Christ. Demeurez eu Jésus et « soyez
trouvés en lui », c’est ainsi que nous connaissons Christ et la
puissance de sa résurrection et la communion de ses
souffrances ». En le suivant nous ne marchons pas dans les
ténèbres, mais dans la lumière de la vie.

Vous voudriez comprendre l’œuvre de Jésus telle qu’il l’a


accomplie sur la terre ou la poursuit du ciel par son esprit ;
vous voudriez savoir comment il peut devenir notre justice,
notre sanctification et notre rédemption. C’est précisément
en devenant votre sagesse qu’il vous le révélera. Aussi,
lorsqu’il vous arrive d’être troublés par des questions sans
nombre auxquelles vous ne trouvez pas de réponses, dites-
vous bien que cela vient de ce que vous ne regardez pas à
lui comme à votre sagesse. Que votre premier soin soit donc
de demeurer en lui de tout votre cœur ; la connaissance
viendra dans la mesure où Christ votre sagesse le jugera
bon. Sans cette union intime, la connaissance n’est d’aucun
profit elle est même dangereuse. L’âme se contente de
pensées qui ne sont que l’image de la vérité, sans recevoir
la vérité elle-même. Dieu donne Christ, et cachés en lui, les
trésors de la sagesse et de la connaissance, tandis que
l’homme cherche la connaissance d’abord et souvent hélas !
s’en tient là. Appliquez-vous seulement à posséder Christ, à
demeurer en lui, à faire de lui votre vie ne cherchant la
connaissance que dans une communion toujours plus intime
avec lui, et vous aurez la science qui donne la vraie vie.

Voir en Jésus votre sagesse, et attendre avec confiance de


lui toute instruction nécessaire pour vivre à la gloire du
Père, quelle bénédiction ! Aussi, pour tout ce qui concerne
notre vie spirituelle, demeurez en lui comme étant votre
sagesse. Vivre en Christ est quelque chose de trop sacré
pour que nous puissions nous en charger. Lui seul peut nous
guider et nous donner, par son Esprit, le discernement, non
seulement de ce qui convient à notre dignité d’enfants de
Dieu, mais surtout de ce qui peut aider ou nuire à notre
union avec lui.

Et quand vous ouvrez la Parole de Dieu, souvenez-vous que


vous devez demeurer en Jésus votre sagesse. Nous devons
sonder la Parole écrite, mais nous ne pouvons la
comprendre que dans la communion de la Parole vivante,
source de toute lumière. « Ses paroles sont esprit et vie »
pour ceux qui sont en lui.
Pour tout ce qui concerne votre vie journalière, enfin,
demeurez encore en Jésus votre sagesse. Notre corps est
son temple, et notre vie de chaque jour, la sphère qui nous
est assignée pour le glorifier. Si vous croyez à sa présence
et à son amour, il vous dirigera dans vos affaires terrestres
de sorte qu’elles tourneront à sa gloire. L’abandon de vous-
mêmes à sa direction vous donnera un esprit calme, libre de
toute passion, et un jugement sûr. Votre prière pour obtenir
la sagesse, comme celle de Salomon, sera exaucée au delà
de ce que vous aurez demandé ou pensé.

De même, pour tout travail entrepris pour le service de


Dieu, reposez-vous sur Jésus comme étant votre sagesse.
« Nous avons été créés en Jésus-Christ pour de bonnes
œuvres pour lesquelles Dieu nous a préparés d’avance afin
que nous les pratiquions ». Ainsi, bannissez toute crainte de
ne pas discerner ces œuvres. « Nous avons été créés en
Christ pour elles ». Il vous les désignera lui-même et vous
montrera comment les accomplir. Apprenez à être joyeux
dans la confiance qu’il vous conduit en toute sûreté, même
là où vous ne pouvez voir l’issue du chemin qu’il vous fait
parcourir. Il sait toutes choses ; et quiconque marche en lui,
n’ignore rien de ce qu’il doit savoir.

Oui, demeurez en Christ, votre sagesse. Cultivez en vous cet


esprit d’attente et de dépendance qui ne veut agir que sous
la direction d’en haut. Toujours plus convaincus de
l’incapacité du cœur naturel pour comprendre les choses de
Dieu, renoncez à votre propre sagesse, ne comptant que sur
celle de Jésus pour vous enseigner et vous diriger, même
dans ce que vous avez à croire et à faire. Seulement,
souvenez-vous que la sagesse divine n’enseigne ni ne dirige
du dehors, mais en vivant en vous. Qu’elle habite donc
abondamment en vous et vous serez conduits en tonte
connaissance et en toute sagesse.
8 Demeurez en Christ
votre justice

« C’est par Dieu que vous êtes en Jésus-Christ,


lequel est devenu pour nous, sagesse par la
volonté de Dieu, et justice, et sanctification et
rédemption »

1 Corinthiens 1.30

La justice est la première bénédiction que Christ, notre


sagesse, nous révèle comme nous étant préparée en lui. Il
est facile de comprendre pourquoi elle vient en premier. Il
ne peut y avoir de prospérité et de progrès que dans la paix,
et il n’y a de paix que là où règnent le droit et la justice. Or,
le péché avait troublé toutes nos relations, nous étions en
guerre avec nous-mêmes, avec les hommes et avec Dieu.
Pour que le salut que Jésus nous apportait pût nous être en
bénédiction, il fallait tout d’abord qu’il nous procurât la paix
comme hase de notre développement moral et spirituel.
Jésus-Christ est venu rétablir l’harmonie sur la terre et dans
notre âme par la justice, en accomplissant pour nous la
volonté de Dieu. Parce qu’il est Melchisédec, roi de justice, il
est roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix. (Hébreux 7.2) Ainsi
s’accomplit ce que les prophètes ont annoncé : « Alors le roi
régnera selon la justice. L’œuvre de la justice sera la paix et
le fruit de la justice, le repos et la sécurité pour toujours ».
(Ésaïe 32.17). « Christ est devenu pour nous, justice par la
volonté de Dieu ; » – « par Dieu nous sommes en lui, devenu
notre justice » et « nous sommes devenus en lui justice de
Dieu ». Ici encore ce n’est que par notre union avec la
personne de Christ que nous pouvons être au bénéfice de
cette justice.

Le pécheur, amené à se confier en Jésus pour son salut,


commence en général par regarder plus à l’œuvre qu’à la
personne de Jésus-Christ, En contemplant la croix où Christ,
meurt, lui juste pour les injustes, il voit dans cette mort
expiatoire le fondement unique, mais suffisant de sa foi au
pardon miséricordieux de Dieu. La pensée que la justice de
Jésus le rend juste aux yeux de Dieu, suffit pour lui donner
la paix. « Étant Justifiés par la foi, nous avons la paix avec
Dieu », et il s’efforce de revêtir cette robe de justice par la
foi en ce don précieux.

Mais en avançant, il éprouve le besoin de mieux


comprendre comment Dieu peut ainsi justifier l’impie par la
justice d’un autre. L’Écriture lui répond alors par cette
admirable description de l’union du fidèle avec Christ,
second Adam. Christ s’étant fait un avec les siens, les siens
ne forment qu’un même corps avec lui. D’accord avec la loi
de la nature, en vertu de laquelle les membres du corps
participent à l’activité, aux souffrances, en un mot, à la vie
de la tête, le fidèle uni à Christ est pleinement participant
de sa justice. Le croyant est ainsi amené à sentir que ce
n’est que dans une union personnelle avec Christ, la tête,
qu’il peut être au bénéfice de la puissance de la justice pour
placer son âme dans la faveur et la communion parfaite du
Dieu saint. L’œuvre de Christ ne lui est pas moins précieuse,
mais sa personne le devient davantage : l’œuvre le conduit
à la personne.

Cette expérience, à son tour, jette un nouveau jour sur


plusieurs passages de l’Écriture dont il n’avait pas jusque-là
saisi la portée, passages qui montrent clairement combien
la justice de Dieu, en devenant nôtre, est liée à la personne
même du Rédempteur.

« Voici le nom dont on l’appellera l’Éternel notre justice. En


l’Éternel seul résident la justice et la force – Il est devenu
pour nous justice par la volonté de Dieu » – « Afin que nous
devenions en lui justice de Dieu ». « Afin d’être trouvés en
lui avec la justice qui vient de Dieu. Il voit que sa justice et
la vie en Christ sont inséparables : « Par un seul acte de
justice, la justification qui donne la vie s’étend à tous les
hommes – Ceux qui reçoivent le don de la justice régneront
dans la vie par Jésus-Christ lui seul ». Et il entrevoit le sens
profond de cette parole qui est la clef de l’épître aux
Romains : « Le juste vivra par la foi ». Il ne lui suffit plus alors
de considérer cette justice qui lui est imputée comme un
manteau qu’il doit revêtir ; mais s’enveloppant de la
personne même de Jésus, il sent combien la justice de Dieu
n’est la sienne qu’en tant qu’il est en Christ. Avant d’en
arriver là, il trouvait difficile de vivre habituellement sous le
couvert de cette justice ; mais maintenant que c’est le
Christ lui-même qui est sa justice, ce Christ qui veille sur lui,
le garde et l’aime comme membre de son propre corps, il lui
devient aisé de marcher tout le jour revêtu de sa présence
bénie. Ce nouveau pas le conduit encore plus loin. La vie et
la justice étant indissolublement unies, le croyant, par son
union à Christ, acquiert la conscience d’une nature juste
enracinée en lui. « L’homme nouveau créé en Jésus-Christ,
est créé dans une justice et une sainteté véritables » –
« Celui qui pratique la justice est juste comme lui-même est
juste ». Son union avec Jésus a effectué un changement,
non seulement dans ses rapports avec Dieu, mais aussi
dans son état personnel devant lui. Et si cette union est
maintenue, la justice devient peu à peu sa propre nature par
le renouvellement progressif de l’être tout entier ; sa vie
témoigne de cette union avec le juste.

Une fois que le chrétien a pénétré le sens profond de ces


mots : « Christ est devenu pour nous justice », il est à peine
nécessaire de lui recommander de demeurer en lui. Aussi
longtemps qu’il ne se regardait que judiciairement juste à
cause de l’expiation de Jésus-Christ, la nécessité de
demeurer en lui n’était pas évidente pour lui ; mais à
mesure que la gloire de l’Éternel, sa justice se dévoile à ses
yeux, il comprend de lui-même que le seul moyen de se
maintenir en tout temps parfait et acceptable devant Dieu,
c’est de demeurer personnellement en Christ, en qui se
fortifie sa nouvelle nature de juste. La pensée principale du
pécheur repentant était la justice qui vient par Jésus
mourant pour le péché ; pour le croyant intelligent et
avancé. Jésus, personne vivante, par qui vient la justice est
tout ; car en le possédant, il possède aussi la justice.

Demeurons fermes en Christ devenu notre justice ; car nous


portons en nous une nature entièrement vile et corrompue
qui se relève toujours pour étouffer le sentiment de notre
acceptation devant Dieu et contester le droit que nous
avons à une communion permanente avec le Père. Cette
habitation constante en Jésus, notre justice, nous rend seuls
capables de marcher tous les jours, sans être ébranlés, dans
la lumière et dans la paix ; seule, elle nous permet de jouir
des dons réservés pour nous en Christ, et d’entrer dans le
repos de Dieu où règnent la joie et le bonheur.
9 Demeurez en Christ
votre sanctification

« C’est par Dieu que vous êtes en Jésus-Christ


lequel est devenu pour vous sagesse par la
volonté de Dieu, et justice, et sanctification, et
rédemption »

1 Corinthiens 1.30

« Paul à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont


été sanctifiés en Jésus-Christ, appelés à être saints. Ainsi
commence le chapitre dans lequel Christ est présenté
comme notre sanctification. Dans l’Ancien Testament, les
croyants sont appelés les « justes » ; dans le Nouveau, « les
saints sanctifiés en Jésus-Christ ». Saint est plus que juste1.
Par rapport à Dieu, saint, s’applique à sa personne ; juste, à
la manière dont il agit envers ses créatures. Chez l’homme
la justice n’est que le premier pas vers la sainteté. C’est par
elle qu’il peut s’approcher le plus de la perfection de Dieu.
(Comparez Matthieu V, 48 ; 1 Pierre I, 16). La justice se
trouvait sous l’ancienne Alliance, tandis que la sainteté n’y
est que figurée, en attendant d’être réalisée en Jésus-Christ,
le Saint, puis dans ses disciples, les saints.
Dans notre texte, ainsi que dans l’Écriture en général, la
justice précède la sainteté ; il en est de même dans
l’expérience personnelle. Lorsque le croyant trouve en
Christ sa justice, il en éprouve une si grande joie, qu’il se
préoccupe peu de sainteté. Le besoin, cependant, s’en fait
bientôt sentir, et il cherche le moyen de l’obtenir. Il arrive
souvent alors que le croyant poursuit en vain, pendant des
années, la sanctification, comme si elle devait être le fruit
de sa reconnaissance et de ses efforts personnels, jusqu’à
ce qu’enfin il écoute l’enseignement de l’Esprit qui, encore
ici, donne gloire à Christ en le révélant comme étant, lui-
même notre sanctification, que nous devons nous
approprier par la foi seule.

La sainteté est la nature même de Dieu elle a été


manifestée en la chair et mise à la portée de l’homme en
Christ, le Saint de Dieu. Celui-là seul est saint qui est uni
Dieu par Christ, et il le deviendra dans la mesure où il
demeurera en lui.

Nous avons dans l’arbre greffé une vivante illustration de


cette œuvre de sanctification proportionnée à l’union du
fidèle avec son Sauveur. On peut greffer un arbre de
manière à ce qu’une branche seule porte de bons fruits,
tandis que d’autres branches naturelles portent encore leurs
fruits sauvages. Vrai type de ces chrétiens chez lesquels
une faible partie de la vie est sanctifiée, mais en qui, par
ignorance ou pour d’autres raisons, la vie charnelle a gardé,
sur bien des points, toute sa puissance. On peut encore
greffer un arbre en coupant toutes les branches, de sorte
qu’il soit entièrement renouvelé pour porter de bons fruits ;
toutefois, si on ne veille pas à la tendance du tronc à
produire des pousses naturelles, celles-ci peuvent croître et
affaiblir la nouvelle greffe en absorbant toute la sève. Tels
sont les chrétiens qui à leur conversion avaient tout
abandonné pour suivre Jésus et semblaient fermes en la foi,
mais qui ont laissé, par manque de vigilance, d’anciennes
habitudes reprendre peu à peu le dessus ; ils végètent dans
leur vie chrétienne et portent peu de fruits.

Mais pour changer radicalement la nature d’un arbre, il faut


le prendre jeune encore, couper la tige à fleur de terre et le
greffer à l’endroit même où il sort du sol ; puis veiller sur le
moindre rejeton de l’arbre sauvage, qui pourrait paraître,
pour l’enlever, jusqu’à ce que la sève soit concentrée sur la
branche greffée, qu’elle y coule librement et que la nature
sauvage soit entièrement vaincue. Cet arbre nouveau,
produisant des fruits succulents, est un emblème du
chrétien qui a appris, par une pleine consécration, à tout
abandonner pour Christ et à demeurer constamment en lui
dans une foi vivante.

Ce chrétien-là a compris que, par lui-même, il est enclin au


mal, incapable d’aucun bien, – « ce qui est bon n’habite pas
en moi », – que l’œuvre de la sanctification peut seulement
s’accomplir en lui par le don d’une nouvelle nature en
Christ, et par l’intervention constante de Dieu pour détruire
impitoyablement tout ce qui tient à sa propre nature, afin de
favoriser le développement de la vie sainte de Jésus-Christ
en lui. Il sait même s’associer à cette œuvre de
sanctification en priant Dieu de la poursuivre, et en se
livrant volontairement à l’action divine. Il produit ainsi des
fruits de sainteté à la gloire de Dieu.

Dieu a promis de nous rendre saints ; ne craignons pas de


réclamer l’accomplissement de ses promesses. N’écoutons
pas la voix qui prétend que la corruption du vieil homme est
trop grande pour que la sainteté puisse s’établir en nous.

« Ce qui est bon n’habite pas en moi », c’est-à-dire dans


notre chair, et cette chair quoique crucifiée avec Christ,
n’est pas encore morte ; elle cherchera continuellement à se
relever pour nous induire au mal. Mais « c’est par Dieu que
nous sommes en Christ », et la vie sainte et puissante de
Jésus triomphera de notre nature corrompue. Le vieil
homme subsiste avec ses penchants ; mais le nouvel
homme est là aussi. Christ, notre sanctification est vivant ;
et, en lui, toutes nos pensées, nos sentiments, nos désirs,
peuvent être sanctifiés à mesure qu’ils naissent, et tourner
à la gloire du Père.

Vous qui avez soif d’une vie sainte, demeurez en Christ,


votre sanctification. Regardez à lui comme le saint de Dieu.
Ne considérez pas la vie de sainteté comme un travail et un
effort constant, mais comme le fruit naturel de la vie de
Christ en vous. Abandonnez toute confiance en vous-mêmes
et ne regardez qu’à la présence de Jésus votre force et votre
sanctification ; reposez-vous dans la ferme et paisible
assurance que tout ce qui vous est nécessaire pour vivre
dans la sainteté, vous sera communiqué de la sainteté
même de Jésus. Vous connaîtrez ainsi réellement ce que
c’est que de demeurer en Christ votre sanctification.
1 La Sainteté peut être appelée la perfection
spirituelle comme la justice est la perfection légale. La
Sainteté, selon Dieu, par H Bonar.
10 Demeurez en Christ
votre rédemption

« C’est par Dieu que vous êtes en Jésus-Christ,


lequel est devenu pour nous sagesse par la
volonté de Dieu, et justice et sanctification et
rédemption »

1 Corinthiens 1.30

Nous arrivons ici au haut de l’échelle qui atteint, dans le


ciel, le but auquel doit nous conduire la vie en Christ. Le mot
rédemption, quoique appliqué parfois à la délivrance de la
condamnation du péché se rapporte ici à la délivrance
complète et finale de toutes ses conséquences, quand
l’œuvre du Rédempteur sera pleinement manifestée,
délivrance qui s’étendra même à la rédemption du corps. Ce
mot rédemption dirige nos regards vers la plus grande gloire
à venir, et par là même aussi, vers la plus grande
bénédiction dont nous puissions jouir dès maintenant en
Christ. Nous avons vu que Christ, comme prophète, est
notre sagesse, nous révélant Dieu et son amour, ainsi que la
nature et les conditions du salut que cet amour nous a
préparé. Comme sacrificateur, il est notre justice,
rétablissant nos relations avec Dieu et nous assurant la
faveur divine. Comme roi, il est notre sanctification, nous
formant et nous conduisant dans l’obéissance à la sainte
volonté du Père. Quand il aura, par ces trois offices,
accompli le grand dessein de Dieu, le salut sera consommé ;
la délivrance complète du péché et de toutes ses
conséquences sera opérée ; et l’humanité, rachetée,
retrouvera en Christ tout ce qu’elle avait perdu.

Ainsi, nous sommes, non seulement appelés à contempler


Jésus sur la terre, nous enseignant par ses paroles et son
exemple, sur la croix, nous réconciliant avec Dieu, dans sa
résurrection, Roi victorieux recevant sa couronne, mais
encore nous avons à le chercher à la droite de Dieu, rentré
dans « la gloire qu’il avait eue auprès du Père avant que le
monde fût fait », et tenant, cette gloire-là en réserve pour
nous. Sa nature humaine, affranchie de toutes les
conséquences du péché auxquelles il s’est, pour un temps
assujetti, est unie à la majesté divine. Comme Fils de
l’homme, il demeure sur le trône et dans le sein du Père. La
délivrance est complète, éternelle. Il est devenu
rédemption.

Il l’est devenu pour nous : croyons-le ; et mieux nous le


réaliserons, mieux nous ferons l’expérience déjà ici-bas des
« puissances du monde à venir ». À mesure que notre
communion gagnera en intensité avec lui, et que nous
laisserons l’Esprit saint nous le révéler dans sa gloire
céleste, nous sentirons davantage la puissance d’une vie
divine agir en nous ; nous aurons un avant-goût de la vie et
de la gloire éternelles.
Par cette communion, l’âme est délivrée de la crainte de la
mort, crainte que le Sauveur lui-même a connue. Mais il a
triomphé de la mort, son corps même est entré dans la
gloire, et le fidèle uni à Christ sa parfaite rédemption,
remporte spirituellement, déjà maintenant, sa propre
victoire sur la mort. Il ne voit plus en elle que l’acte qui le
délivre des derniers lambeaux de son vêtement charnel
avant d’entrer dans la gloire où il sera revêtu du corps
glorifié. La tombe est pour lui le champ où la semence est
déposée corruptible pour en sortir incorruptible. La
résurrection du corps n’est plus une doctrine stérile ; elle
devient une espérance vive même une réalité anticipée ; car
« l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts
habite en nous » comme le gage de la vie qui sera rendue
aussi à nos corps mortels. (Romains 8.11-23). Cette
espérance exerce une influence sanctifiante et nous porte à
livrer volontairement nos membres souillés pour être
mortifiés et mis au service de l’Esprit, en attendant le temps
où notre corps tout entier sera changé et rendu semblable
au corps glorieux de Christ.

Il est difficile de faire saisir la portée de cette parfaite


rédemption de Christ s’étendant aussi au corps. C’est de
l’homme complet, âme et corps, qu’il est dit qu’il fut « fait à
l’image et à la ressemblance de Dieu ».
Dieu avait créé les anges, esprits sans corps matériels ; et,
d’autre part, la matière existait sans l’esprit dans la
création. L’homme devait être l’œuvre la plus parfaite de
l’art divin, la combinaison de la matière et de l’esprit dans
une complète harmonie, comme symbole de l’union de Dieu
avec sa propre création. Le péché survint dans le monde et
parut devoir entraver le plan de Dieu : la matière acquit sur
l’esprit une effrayante suprématie. Il fallut encore que la
Parole fut chair. La plénitude divine fut incarnée dans
l’humanité de Christ, afin que la rédemption pût être
complète, et que « toute création qui soupire et qui est en
travail jusqu’à maintenant », pût être affranchie de la
servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté
glorieuse des enfants de Dieu. Le dessein de Dieu ne sera
accompli, et la gloire de Christ pleinement manifestée, que
lorsque le corps, avec l’ensemble de cette création dont il
fait partie et dont il est la tête, aura été transfiguré par la
puissance de la vie spirituelle, et changé en un vêtement
transparent propre à faire resplendir la gloire de l’Esprit
infini. Alors seulement, nous comprendrons dans quel sens
profond et complet Jésus est devenu pour nous rédemption.

En attendant, notre devoir est de nous appuyer sur cette


parole : « Par Dieu vous êtes en Christ, votre rédemption ».
Ce n’est point une révélation à laisser pour les temps futurs.
Pour le plein développement de notre vie chrétienne, nous
devons, dès à présent, chercher, en demeurant en Christ, à
la pénétrer, à la saisir, et à nous l’approprier. Pour cela,
apprenons à triompher de la mort, à regarder Christ comme
le Chef de notre corps, réclamant son entière consécration,
et nous assurant même ici-bas, (si notre foi sait aller jusque-
là), la victoire sur la puissance du péché dans le corps (Marc
16.17, 18). Habituons-nous à considérer la nature entière
comme faisant partie du royaume de Christ et destinée à
participer à la rédemption. Laissons les puissances du siècle
à venir agir en nous pour nous faire goûter par anticipation
ces choses qui ne sont point montées au cœur de l’homme.
Demeurez en Christ, votre rédemption que ce soit le
couronnement de notre vie chrétienne. Mais ne cherchez
pas à y parvenir tout d’abord et indépendamment de la
connaissance de Christ dans ses autres relations. Il ne peut
être notre rédemption que si nous sommes fidèles à
demeurer en lui, comme notre sagesse, notre justice, notre
sanctification. L’expérience que nous aurons faite de
l’étendue et de la puissance de l’œuvre de Christ nous
amènera à attendre, à réaliser par la foi sa parfaite
rédemption ; et nous vivrons, dès ici-bas, en Jésus notre
rédemption, en étant affranchis de la domination de la
chair, et comme les héritiers de la gloire à venir ; ayant
enfin compris la place assignée à l’homme par Dieu dans
l’univers, à savoir que « toutes choses lui sont assujetties »,
nous serons rendus capables de répondre à cette vocation
céleste.
11 Demeurez en Christ
crucifié

« Je suis crucifié avec Christ et je vis, non plus


moi-même, mais Christ vit en moi ! »

Galates 2.20

« Nous avons été faits une même plante avec lui


par la conformité à sa mort »

Romains 6.5

L’apôtre disait : « Je suis crucifié avec Christ ; » il réalisait


donc pleinement sa communion aux souffrances et à la mort
de Christ, et il faisait également l’expérience des
bénédictions de cette communion, puisqu’il pouvait ajouter
avec autant d’assurance « Je vis, non plus moi-même, mais
Christ vit en moi ». Cette expérience de la solidarité avec
Jésus dans sa mort, est d’une grande efficacité. Pouvoir se
considérer comme personnellement mort dans la mort de
Christ, parfaitement obéissant dans son obéissance,
victorieux sur le péché dans sa victoire, et entièrement
délivré de sa domination dans sa délivrance ; reconnaître
par expérience que la puissance de cette mort agit par la foi
constamment en nous pour mortifier la chair, voilà la source
de cette vie nouvelle qui nous fait être une même plante par
la conformité à sa résurrection. La communion habituelle
avec Jésus crucifié, fortifie et développe en nous cette
nouvelle vie qui naît toujours de la mort de la vieille nature.

L’expression de Paul : « Faits une même plante avec lui par


la conformité à sa mort », nous aide à comprendre ce que
signifie : demeurer en Christ crucifié. La greffe introduite
dans l’arbre dont elle doit tirer sa vie, doit y rester ; elle est
fixée dans le tronc à la place où l’incision a été pratiquée
pour la recevoir. Pas de greffe sans meurtrissure, pour
atteindre les sources même de la vie de l’arbre. Il en est de
même du pécheur à l’égard de Jésus. Pour participer à la vie
de Christ et à la puissance qui est en lui, pour être conforme
à lui dans sa résurrection, il nous faut d’abord être faits une
même plante avec lui par la conformité à sa mort, être
entrés dans sa meurtrissure ; et, comme la greffe, y
demeurer pour recevoir en nous la vie de Jésus.

Mais la greffe, pour être unie à l’arbre, doit être séparée de


son propre tronc ; elle aussi doit être taillée pour pouvoir
s’adapter à la place qui lui est préparée dans le nouveau
tronc. De même, pour le fidèle, il faut qu’il meure à sa vieille
nature et soit rendu conforme à Christ par la mort, pour
trouver la vie en lui.

S’il y a communion de souffrances avec Christ, si nous


sommes animés des mêmes dispositions que Christ a
manifestées en se chargeant de sa croix, si nous
reconnaissons, comme lui, la justice du jugement et de la
malédiction prononcés sur le péché par un Dieu saint, si
nous livrons à la mort avec lui notre vie chargée de péché et
de malédiction, la clouant, par la foi, sur la croix, pour
arriver à la vie nouvelle, nous ferons avec lui l’expérience
que le renoncement à soi-même, le sacrifice de
Gethsémané et de Golgotha, est le chemin de la joie et de la
vie de résurrection.

Par notre communion avec Jésus crucifié, nous apprendrons


à voir dans la croix, non seulement notre expiation devant
Dieu, mais aussi notre victoire sur Satan ; non seulement
notre délivrance de la condamnation, mais encore notre
affranchissement de la puissance du péché ; non seulement
le tribut payé à la mort, mais en même temps le gage d’une
vie nouvelle.

La croix est le point de réunion entre Christ et l’homme.


Pourquoi ? Parce que, pur la croix, le Fils de Dieu partage le
sort de l’humanité maudite, et associe l’homme pécheur à
sa vie divine. Sa participation à la mort nous donne la
communion à sa vie. Par la mort, le prince de la vie a
triomphé de la puissance de la mort ; et, là seulement, il
peut nous rendre participants de cette victoire. La vie, pour
nous, naît de la mort. Nous ne pouvons avoir communion
avec Celui qui nous a rachetés de la malédiction, que par la
communion avec Celui qui est « maudit pour nous et pendu
au bois ». Il est venu nous chercher sur la croix, nous devons
le rencontrer là; car sur la croix est notre place plus que la
sienne ; il y est par son libre choix, nous y sommes de droit.
Mais là il y a échange ; tandis qu’il prend sur lui notre
corruption, nous revêtons sa vie. Ainsi, de la croix de
malédiction, il a fait une croix de bénédiction. C’est par la
communion intime et journalière avec Christ crucifié, que
nous goûterons la grandeur de son amour, la puissance de
sa vie, et la plénitude de son salut.

Il est profond le mystère de la croix de Christ. Beaucoup de


chrétiens se contentent de contempler Christ, mourant pour
nos péchés et se soucient, peu d’entrer en communion avec
ses souffrances. Beaucoup n’ont aucune idée de ce que
c’est que d’être crucifié avec Christ ; ils considèrent les
afflictions ordinaires de la vie qu’ils ont en commun avec les
enfants du monde, comme leur participation à la croix de
Christ. Mais se charger de la croix de Christ, c’est être
animés des mêmes sentiments qui ont conduit Jésus dans le
sentier de l’obéissance. Nul ne peut dire : « Je suis crucifié
avec Christ », je demeure en Christ crucifié, sans connaître
l’abandon de sa volonté propre, le renoncement à tout désir
de la chair, la séparation complète d’avec le monde, d’avec
sa manière de penser et d’agir, sans savoir perdre et haïr sa
propre vie, et s’oublier dans l’intérêt des autres. Voilà les
dispositions de celui qui s’est chargé de la croix de Christ.

Demandez à Dieu qu’il vous rende, par son Saint-Esprit,


participants de la croix de Christ, en vous apprenant, non
seulement à croire en Christ crucifié, mais encore à
demeurer en lui, afin qu’étant « une même plante avec lui
par la conformité à sa mort, vous le soyez aussi par la
conformité à sa résurrection ».
12 Demeurez en Christ.
Dieu lui-même vous
affermira en lui

« Celui qui nous affermit avec vous en Christ,


c’est Dieu »

2 Corinthiens 1.21

Il est bon de nous rappeler que notre affermissement en


Christ est l’œuvre du Père aussi bien que notre union à lui.

« L’Éternel achèvera de pourvoir à ce qui me concerne » –


« Celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre, la
rendra parfaite pour le jour de Christ ». Celui qui nous
affermit avec vous en Christ, c’est Dieu ». Voilà autant de
promesses dont nous devrions nous nourrir ; car elles sont
propres à nous garder du découragement, et nous montrent
le vrai chemin du progrès dans la vie en Christ. Combien de
chrétiens se plaignent des fluctuations continuelles de leur
vie spirituelle. Un jour, ils sont pleins d’amour et de zèle
pour Dieu ; le lendemain, tout est perdu. Prières, efforts,
résolutions, rien ne leur fait retrouver la communion de
Dieu. Et leur foi en est ébranlée. Tout cela vient de ce qu’ils
ne comprennent pas que Dieu seul peut nous affermir en
Christ. Leurs efforts sont la cause même de leurs chutes ; de
même que, pour leur justification, ils ont dû y renoncer et
saisir par la foi les promesses de vie, de même pour l’œuvre
de la sanctification, ils ont besoin d’apprendre à ne
s’assurer qu’en Dieu seul ; et ils recevront de lui, en
abondance, ce qu’ils cherchent vainement par eux-mêmes.
« Dieu est fidèle, lui qui nous a appelés à la communion de
son fils Jésus-Christ ».

Quelle source de paix, de savoir que Dieu veille à notre


croissance, qu’il travaille lui-même à rendre parfaite notre
union avec Christ, éloignant ce qui peut nuire à cette union,
pourvoyant à ce qui peut la favoriser. Quel repos de
remettre enfin et complètement à ses soins notre vie en
Christ, et de sentir que tout ce que nous faisons pour
demeurer plus fidèlement en son fils, nos désirs, nos
pensées, nos prières, ne sont que la manifestation de son
œuvre en nous ; car c’est lui qui nous affermit, en nous
portant, à veiller, à attendre, à travailler. Mais il ne peut
accomplir cette œuvre avec puissance que lorsque nous
cessons de l’entraver par nos propres efforts, et acceptons
par la foi la position dépendante qui, en même temps
qu’elle l’honore, ouvre le cœur à son action. Alors, au milieu
de la vie bruyante et agitée du monde, des tentations
subtiles et incessantes du péché, au milieu des soucis
journaliers et des épreuves, même les plus grandes, l’âme,
confiante, conserve la paix, sachant que Dieu l’affermit en
Christ.

Cette bénédiction est à la portée de tous ceux qui ont cru.


Et la foi à cette parole « Celui qui vous affermit avec nous en
Christ, c’est Dieu », ne nous donnera pas seulement la paix,
mais sera le moyen de réaliser les progrès que nous
désirons. L’Écriture nous enseigne que dans toute la
conduite de Dieu envers son peuple, la foi a toujours été la
condition de la manifestation de sa puissance ; elle met un
terme à tous les efforts de la nature, elle affranchit de tout
joug ; la foi, c’est la faiblesse qui s’avoue et saisit la
promesse de Dieu en réclamant son accomplissement elle
consiste à nous remettre tranquillement entre les mains de
Dieu pour qu’il fasse lui-même son œuvre.

Voyez ce que dit l’Écriture :

« C’est le Très Haut qui l’affermit » (Psaumes 87.3)

« À Celui qui peut vous affermir… soit la gloire aux siècles
des siècles ». (Romains 16.25)

« Il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de


l’affermir ». (Romains 14.4)

« Il vous affermira aussi jusqu’à la fin, pour que vous soyez
irréprochables au jour de notre Seigneur Jésus-Christ ». (1
Corinthiens 1.8)

« Afin d’affermir vos cœurs pour qu’ils soient d’une sainteté


irréprochable devant Dieu ». (1 Thessaloniciens 3.13)

« Le Seigneur est fidèle, il vous affermira et vous préservera


du malin ». (2 Thessaloniciens 3.37)

« Le Dieu de toute grâce qui vous a appelés en Jésus-Christ


à sa gloire éternelle… vous perfectionnera lui-même, vous
affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables ». (1Pi
5.10).

Nous avons là suffisamment de promesses pour nous


permettre de croire que, nous aussi, quelque vacillante
qu’ait été jusqu’ici notre vie spirituelle, quelque
défavorables que puissent nous paraître nos circonstances
ou notre caractère naturel, nous pouvons devenir des
chrétiens affermis.

Commençons par recevoir avec simplicité ces promesses


comme venant de Dieu ; peu à peu la confiance naîtra, et
nous en verrons l’accomplissement en nous. La chose est si
simple ; Pourquoi faut-il tant de temps pour la comprendre ?
N’est-ce pas peut-être que la grâce offerte est si divinement
grande, tellement au-dessus de nos pensées, que nous n’en
comprenons pas toute la portée ? Le chrétien qui a
découvert ce qu’elle renferme et en a fait l’expérience, subit
une véritable transformation dans sa vie spirituelle. Jusque-
là il s’était chargé de son propre bonheur ; maintenant Dieu
en prend soin. Il ne demande plus qu’une chose : se sentir
continuellement entre les mains de Dieu et le suivre sans
hâte ni retard, attendant qu’il produise en lui le vouloir et le
faire selon son bon plaisir.

Quelle vie bénie qu’une vie de confiance comme celle-là!


Mais, direz-vous peut-être, nous avons essayé d’abandonner
ainsi le soin de notre vie intérieure à Dieu, mais nous ne
pouvons le faire d’une manière suivie ; nous oublions, nous
nous relâchons ; et, au lieu de commencer chacune de nos
journées en nous déchargeant joyeusement des besoins et
des soucis de notre vie spirituelle sur le Père, nous nous
sentons de nouveau inquiets et languissants. Vous n’avez
sans doute pas remis au Père le soin mène de vous rappeler
votre privilège de pouvoir, chaque jour, renouveler votre
abandon entre ses mains. La mémoire est une grande
puissance de notre nature. Par elle, un jour se lie à l’autre,
l’unité de la vie est conservée à travers nos années, et nous
nous reconnaissons nous-mêmes. Dans la vie spirituelle
aussi, le souvenir est d’un grand prix, et Dieu a pourvu à la
sanctification de notre mémoire. Le Saint-Esprit a pour
mission de nous en tenir lieu. Jésus dit « Il vous rappellera
tout ce que je vous ai dit ». Il nous est donné pour nous
affermir. « Celui qui nous a affermis en Christ avec vous,
c’est Dieu, lequel nous a aussi marqués d’un sceau, et a
mi » dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit ». Il vous
rappellera non seulement les promesses de Dieu, mais les
actes de foi qu’elles ont provoqués en vous, et les
bénédictions que vous en avez reçues ; et il vous portera
ainsi à renouveler vos expériences. Abandonnez donc, dès
maintenant, à Dieu, le souci de vos progrès, avec le soin de
vous rappeler, jour après jour, la nécessité de ne compter
que sur lui seul pour être affermis en Christ. Il le fera, et
votre foi grandira journellement et deviendra toujours plus
joyeuse.
13 Demeurez en Christ
dans une communion de tous
les instants

« En ce jour-là, chantez un cantique sur la vigne.


Moi, l’Éternel, j’en suis le gardien, je l’arrose à
chaque instant ; de peur qu’on ne l’attaque, nuit
et jour, je la garde »

Ésaïe 27.2, 3

La vigne était le symbole du peuple d’Israël, au milieu


duquel devait se trouver le vrai cep, le sarment étant le
type du fidèle individuellement uni au cep. Ce cantique sur
la vigne s’applique aussi au cep et à chacun des sarments ;
et le devoir des gardiens de la vigne est encore de répéter à
chaque sarment : « Moi, l’Éternel, j’en suis le gardien, je
l’arrose à chaque instant ; de peur qu’on ne l’attaque, nuit
et jour je la garde ».

Nous avons là, semble-t-il, la réponse de la bouche même


de Dieu à cette question si souvent posée : Est-il vraiment
possible au croyant de demeurer sur cette terre dans une
communion ininterrompue avec Jésus ? « Non, sûrement pas
par ses propres forces ». Mais « ce qui est impossible aux
hommes est possible à Dieu ». Si le Seigneur lui-même veut
garder l’âme nuit et jour, veiller sur elle et l’arroser à
chaque instant, la communion constante avec Jésus devient
une possibilité à ceux qui peuvent se confier à la fidélité de
Dieu pour accomplir ce qu’il a promis. L’union du sarment
au cep subsiste jour et nuit, été et hiver, communiquant
constamment la vie du cep au sarment, et la communion du
fidèle avec son Sauveur est permanente.

Dans un sens, on peut dire qu’il n’y a pas de fidèle qui ne


demeure toujours en Jésus. « Si quelqu’un ne demeure pas
en moi, il est jeté dehors ». Mais quand Jésus dit :
« Demeurez en moi », en ajoutant « Celui qui demeure en
moi porte beaucoup de fruits », il parle de cet acte
conscient, de libre abandon du cœur qui ne veut plus vivre
qu’en lui.

Il y a deux objections principales qu’on oppose à la


possibilité de demeurer toujours en Jésus, volontairement
consciemment. L’une est tirée de la faiblesse de la nature
humaine. Nous n’avons pas la faculté de faire deux choses à
la fois, dit-on ; et le chrétien, obligé de donner à ses affaires
une attention soutenue, ne peut en même temps se
maintenir en communion active avec Christ. Cette
communion est considérée comme exigeant un tel effort et
une telle tension de l’esprit, que, pour pouvoir en jouir, il
faudrait sortir de la vie ordinaire. Nous reconnaissons là
l’erreur qui a entraîné les premiers moines au désert.

Mais il n’y a heureusement aucune nécessité à se retirer du


monde. Demeurer en Jésus, ce n’est pas un travail qui
absorbe à chaque instant les facultés de l’esprit et du cœur ;
c’est se confier à la garde de son amour, dans l’assurance
qu’il se tiendra près de nous, nous préservera de tout mal et
nous dirigera, tandis que nous serons engagés dans les
affaires de la vie, de sorte que le cœur est en repos, se
sentant gardé quand il ne peut se garder lui-même.

Nous avons autour de nous de nombreux exemples de


fortes affections exerçant leur empire sur l’âme, tandis que
l’esprit est absorbé par des travaux divers. Le mari occupé
tout le jour à son bureau, loin de sa femme, est de cœur et
d’esprit avec elle : quoi qu’il se passe des heures où il ne
peut pas même lui accorder une pensée, tout ce qu’il fait, il
le fait en vue d’elle et sous son influence. Ne peut-il pas en
être de même avec Jésus ? Et mieux encore ; car il habite
lui-même en nous. Ne peut-il pas prendre possession de
notre esprit et de notre cœur, tellement que nous ayons
constamment conscience de sa présence ? Sa communion
est une communion de vie ; et, au travail comme au repos,
nous pouvons sentir sa vie agissant en nous.

L’autre objection se base sur notre état de péché. Les


chrétiens sont si accoutumés à considérer le péché
journalier comme inévitable, que, pour eux, c’est chose
admise que personne ne peut demeurer dans une
communion permanente avec le Sauveur. Mais n’est-ce pas
précisément parce que nous avons une nature entièrement
corrompue, que Dieu nous a préparé une union avec Christ,
le saint, comme notre unique délivrance ? Comment nous
donnerait-il ce commandement : « Demeurez en moi », sans
nous assurer la grâce et la puissance de le faire ?
Ayez recours à Dieu comme au gardien d’Israël dont il est
dit « L’Éternel te gardera de tout mal, il gardera ton âme ; »
et vous apprendrez à croire que Dieu a bien réellement
préparé une communion de chaque instant à tous ceux qui
l’aiment.

Poursuivez ce but. Avant de l’atteindre vous rencontrerez


peut-être bien des difficultés, d’autant plus que vous pouvez
être entourés de chrétiens en grand nombre qui sont loin
d’être des témoins de la fidélité de Dieu, comme Caleb et
Josué, encourageant leurs frères à monter pour posséder le
pays et leur disant : « Nous y serons vainqueurs ».

« Si l’Éternel nous est favorable, il nous mènera dans ce


pays ». Que ces difficultés ne vous arrêtent pas, qu’elles
vous portent au contraire à vous appuyer davantage sur la
parole de Dieu lui-même.

Tous n’arriveront pas de la même manière à cette


communion. Les uns la recevront subitement comme un
don ; en temps de réveil, quand l’Esprit agit sur un grand
nombre d’âmes à la fois, ou dans la solitude, la lumière peut
se faire tout à coup, et cette vie de communion se révéler
comme une chose toute simple qu’on s’étonne de ne pas
avoir comprise plus tôt. D’autres y arriveront plus
difficilement, à travers les chutes et les découragements
par une lutte de chaque jour ; que ceux-là ne craignent pas ;
ce chemin conduit aussi sûrement au repos ; qu’ils serrent
dans leur cœur cette promesse : « Moi, l’Éternel, je la garde
huit et jour, je l’arrose à chaque instant » qu’ils voient là le
gage de l’amour de Dieu qui les y fera parvenir.
Qui que vous soyez, ne doutez plus de la possibilité de
demeurer en Christ chaque instant de votre vie ; ne pensez
plus que les devoirs et les soucis, que les chagrins et les
péchés doivent réussir à nous en priver ; mais prenez plutôt,
avec l’apôtre, le langage de la foi : « J’ai l’assurance que ni
la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni les
choses présentes, ni les choses à venir, ni les puissances, ni
la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature, ne
pourra me séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-
Christ, notre Seigneur ». Et chaque fois que votre foi
chancelle, fortifiez-vous par ces paroles « Moi, l’Éternel, j’en
suis le gardien, je l’arrose à chaque instant ; de peur qu’on
ne l’attaque, nuit et jour je la garde ».
14 Demeurez en Christ
jour après jour

« Le peuple sortira et ramassera jour après jour la


quantité nécessaire »

Exode 16.4

Jour après jour la quantité nécessaire : telle était la règle


pour la manne ; telle est encore la loi pour toutes les
dispensations de la grâce de Dieu envers ses enfants. Ce
principe, bien compris dans toutes ses applications, est d’un
grand secours. Le plus faible peut ainsi parcourir
joyeusement, presque sans s’en douter, sa carrière
terrestre. Un malade, gravement atteint, demandait à son
médecin « Combien de temps aurai-je à souffrir ? » –
Seulement un jour à la fois, fut la réponse. Dieu enseigna
cette leçon à son peuple dans tous les âges. C’est déjà, sans
doute, dans cette pensée d’amour et de compassion pour la
faiblesse de l’homme, qu’il fit succéder la nuit au jour, le
jour à la nuit. Le repos de la nuit prépare au lendemain et
permet de reprendre chaque jour la vie comme tout à
nouveau ; l’expérience porte son fruit, les fautes de la veille
sont évitées. Dieu ne nous demande d’être fidèle qu’un jour
à la fois, mais un jour s’ajoute à l’autre, une année à une
autre année ; ainsi la vie a soin d’elle-même et se passe
sans que le sentiment de sa longueur et de son poids
devienne un fardeau.

Cette pensée est des plus encourageantes pour notre vie


spirituelle. Que d’âmes s’inquiètent de savoir comment elles
pourront ramasser la quantité de manne nécessaire à leur
long voyage, au travers du désert aride de la vie ! Ce grand
principe : jour après jour, enlève tout souci du lendemain.
Aujourd’hui seul nous appartient ; demain est au Père.
Inutile alors de nous demander quelle garantie nous avons
de pouvoir demeurer en Jésus toute notre vie au milieu des
rigueurs, des tentations et des épreuves du monde. La
nourriture et la force, comme la manne, ne sont accordées
qu’au jour le jour. La fidélité dans le présent est notre seule
garantie pour le futur. Acceptons et jouissons,
accomplissons de tout notre cœur ce que nous avons faire
aujourd’hui, et l’expérience du secours de Dieu aujourd’hui
nous ôtera toute crainte de manquer de confiance demain.

Nous voyons par là le prix que nous devons attacher à


chacune de nos journées. Nous sommes facilement portés à
considérer la vie comme un tout et à négliger le court
espace d’un jour ; nous oublions que les jours font les
années, que la valeur d’un jour dépend de son influence sur
tout l’ensemble de la vie. Un jour perdu est un anneau brisé
de la chaîne et en demande souvent plus d’un pour être
réparé ; il déteint sur le suivant et le rend plus difficile à
passer : il peut même rendre inutile le travail de mois et
d’années.
Voulons-nous demeurer en Jésus ? Faisons-le jour après jour.
C’est autre chose encore que de demeurer en lui à chaque
instant. Il y a beaucoup de moments dans notre vie où nous
demeurons en Jésus en nous reposant simplement sur
l’assurance qu’il nous garde ; mais pour nous assurer cette
communion de tous les instants, nous devons renouveler
chaque jour notre acte d’abandon et de confiance. C’est là
demeurer en Christ jour après jour. Dieu a groupé en
quelque sorte nos moments en journées afin que nous
apprenions à les compter. Si nous les considérons d’avance
le matin ou les repassons le soir en pesant chaque moment
séparément. Nous apprenons à les employer avec sagesse.
Puisque Dieu se présente à nous chaque matin, nous offrant
la bénédiction de la journée pour nous et les nôtres,
acceptons-la, reconnaissant chaque jour à nouveau avec
actions de grâce la position qui nous est faite en son Fils
bien-aimé. Comprenons la valeur de chaque jour en vue de
notre vocation à demeurer en Christ. Accueillons-le avec
gratitude quel qu’il soit, jour de santé ou de maladie, de joie
ou de tristesse, de repos ou de travail, de combat ou de
victoire, comme un don de Dieu, par lequel nous pouvons
être unis plus Intimement à lui.

La provision de manne pour Israël devait durer tout le jour,


mais la récolte se faisait de bonne heure, le matin. Ceci
nous révèle l’influence qu’a, sur la journée entière, l’emploi
de la première heure. « Si les prémices sont saintes, la
manne l’est aussi ». Pendant la journée viennent les heures
de travail et les distractions de tout genre, le Père seul peut
nous garder dans une communion non interrompue avec
Jésus. Le fidèle doit s’assurer dès le matin la provision pour
la journée en renouvelant, directement sa communion avec
le Sauveur par un moment de prière et de méditation
intime ; et cette communion l’accompagnera tout le jour.

Quelle bénédiction mise à notre portée !

Pouvoir, dans le silence et la paix du matin, faire une revue


anticipée des différents devoirs et des tentations qui nous
attendent, les traverser pour ainsi dire d’avance avec notre
Sauveur, remettant tout entre ses mains ; puis aller au-
devant de la journée dans l’assurance qu’elle sera une
journée de bénédiction et de progrès !

Et quand nous avons appris comment Jésus peut, de jour en


jour, nous garder pour la journée, nous avons trouvé, sans
nous en douter, le secret de cette règle : « Chaque jour, à
perpétuité ». (Exode 29.38) La fidélité d’un jour prépare
celle du lendemain, et rend la confiance et l’abandon
toujours plus faciles. Ce qui paraissait impossible à atteindre
est rendu possible à celui qui se contente d’offrir, jour après
jour selon ce qui est ordonné pour chaque jour. (Esdras 3.4)
Déjà maintenant, nous pouvons entendre ce témoignage :
C’est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de
chose, je te confierai beaucoup. Notre vie devient alors un
échange journalier de grâces et de louanges. Nous arrivons
à comprendre pourquoi Dieu ne nous pourvoit que pour un
jour à la fois mais suffisamment pour chaque jour ; et
entrant nous mêmes dans cette voie, nous demandons
chaque jour la portion de la journée. La vie spirituelle
devient ainsi continue comme la vie terrestre, et la vie en
Christ nous apporte jour après jour sa bénédiction
quotidienne.
15 Demeurez en Christ
maintenant

« Voici maintenant le temps favorable, voici le


jour du salut »

2 Corinthiens 6.2

Dans la vie en Christ, l’habitude de vivre d’heure en heure


est d’une importance si capitale, surtout au point de vue de
la part que nous devons prendre dans cette vie de
communion, que nous ne saurions trop y revenir ; et à tous
ceux qui désirent apprendre ce mode de vivre si béni, nous
leur dirons d’emblée : le meilleur moyen d’y parvenir est de
ne s’inquiéter que du moment présent. Chaque fois que
votre attention est libre de se tourner vers Jésus, soit avec
du temps pour réfléchir ou pour prier, soit seulement pour
quelques secondes, que votre première pensée soit : Je suis
maintenant en Jésus.

Ne perdez pas cet instant en vains regrets sur le passé ou


en craintes pour l’avenir ; mais persuadez-vous que, pour le
moment présent, vous êtes en Christ, non parce que vous le
sentez, mais parce que vous le voulez. Ce n’est pas une
question de sentiment, ni de progrès ou de force dans la vie
chrétienne ; il s’agit simplement de savoir si votre volonté
est, pour le moment, de reconnaître la place qui vous est
faite comme croyant, dans le Sauveur ; car si vous êtes un
croyant, vous êtes en Christ, et c’est votre devoir de vous
en rendre compte.

Une des forces de la vie de la foi est renfermée dans ce mot


maintenant. Savoir faire l’expérience que maintenant,
quelles que soient nos circonstances, l’œuvre du salut
s’accomplit en nous, que maintenant Jésus nous appartient
et toutes choses en lui, que nous pouvons en disposer
maintenant, tel est le secret du repos et de la victoire. Au
lieu de chercher en vain à entrer dans un état d’âme
durable qui vous permette de demeurer en Christ d’une
manière permanente, commencez, par la foi, à y demeurer
dans le moment présent. Jésus vous gardera pour le
moment suivant, et vous arriverez par ce chemin à la
communion de tous les instants.

La vie de communion permanente n’est pas un don qui nous


soit fait en bloc ; il nous est accordé au fur et à mesure.
C’est pourquoi saisissez toutes les occasions d’exercer votre
foi à vous confier pour le moment présent. Même quand
vous êtes surpris par le péché et que votre cœur est troublé,
confessez votre péché comme demeurant néanmoins en
Christ, implorant, malgré tout, les fruits de la communion. Et
pourquoi ne pas entrer dans cette vie de communion
constante à cet instant, tandis que vous lisez ces lignes ?

Il y a dans la vie de David un trait qui peut servir à rendre


cette pensée plus claire. (2 Samuel 3.17, 18). David avait
été oint roi en Juda ; les autres tribus suivaient encore
Isçbosceth, fils de Saül. Abner, chef de l’armée de Saül
résolut de les amener à se soumettre à David, le roi donné
par Dieu à toute la nation. « Vous désiriez autrefois avoir
David pour roi, dit-il aux anciens ; établissez-le maintenant,
car l’Éternel a dit de lui : C’est par David, mon serviteur, que
je délivrerai mon peuple d’Israël de la main des Philistins et
de la main de tous ses ennemis. Ils le firent et oignirent
David, une seconde fois pour être roi sur tout Israël comme
ils l’avaient fait une première fois, sur Juda seulement ». (2
Samuel 5.3)

L’âme suit souvent le même chemin qu’Israël. Elle ne


reconnaît d’abord que partiellement Jésus pour roi ; or, le
cœur partagé ne peut vaincre ses ennemis. Jésus est établi
roi en Juda, l’endroit de la montagne sainte, c’est-à-dire
dans l’intimité de l’âme ; mais le territoire environnant, la
vie journalière, est encore dirigé par la volonté propre et par
d’autres puissances ; aussi pas de vraie paix intérieure, ni
de victoire sur des ennemis. Au début, le croyant, comme
Israël, a bien désiré que Jésus régnât sur la vie entière ; mais
l’incrédulité l’a détourné et l’a privé de la puissance de Jésus
pour l’affranchir de ses ennemis. Il a soif, cependant, de
quelque chose de meilleur, mais sans plus oser l’espérer. La
promesse se présente alors de nouveau avec le maintenant
libérateur. « Établissez-le maintenant ; car l’Éternel a dit de
lui : C’est par David, mon serviteur, que je délivrerai mon
peuple d’Israël de la main des Philistins et de la main de
tous ses ennemis ». Magnifique type de la promesse par
laquelle l’âme est invitée à se confier en Jésus pour obtenir
la victoire sur le péché, et une vie de complète communion.
Le triomphe est certain ; car la promesse était de Dieu
« L’Éternel a dit ». Pour nous aussi le triomphe était, certain.
(Luc 1.70-75). « Il a suscité, comme il l’avait annoncé, un
Sauveur qui nous délivre de nos ennemis et de la main de
tous ceux qui nous haïssent,… selon le serment par lequel il
avait juré de nous permettre, après que nous serions
délivrés de la main de nos ennemis, de le servir sans
crainte, en marchant devant lui dans la sainteté et dans la
justice, tous les jours de notre vie ». David régnant sur toute
l’étendue du pays, conduisant un peuple uni et éclairé, de
victoire en victoire, telle est l’image de ce que Jésus peut
faire pour nous, dès que, par la foi dans la promesse de
Dieu, tout lui est assujetti, qui ; notre vie entière lui est
abandonnée pour être gardée dans sa communion.
« Établissez-le maintenant ? » dit Abner. « Voici maintenant
le temps favorable, voici le jour du salut », dit aussi l’apôtre.
Quel que soit le moment présent que nous soyons préparés
ou pris par surprise, maintenant est le temps favorable pour
reconnaître Jésus roi sur notre vie, dans tous ses domaines.

Il faudra sans doute du temps pour que le Seigneur


établisse son règne et mette tout en nous d’accord avec sa
volonté, pour qu’il vainque les ennemis et tourne toutes nos
forces à son service. Ce n’est pas l’œuvre d’un instant.
L’œuvre d’un instant, de l’instant présent, c’est l’abandon
de tout à Jésus, de notre être entier pour ne vivre qu’en lui.
À mesure que la foi sera rendue, par l’exercice, plus forte et
plus joyeuse, cette consécration peut devenir plus précise et
plus éclairée ; mais, en vain, attendrions-nous qu’elle le
devint sans la pratique de la foi. Le seul moyen d’y arriver
jamais est d’entrer immédiatement dans cette voie de
complet abandon. « Établissez-le maintenant », Jésus est
toujours prêt à répondre à tout acte de foi.

Commencez, et vous expérimenterez bien vite combien la


bénédiction du moment présent se reporte sur le suivant.
Quelque insignifiant qu’il paraisse, le moment présent n’est
cependant rien moins que le commencement du moment
toujours présent qui est le mystère et la gloire de l’éternité.
16 Demeurez en Christ
renonçant à tout pour lui

«  J’ai renoncé à tout et je regarde toutes choses


comme de la boue, afin de gagner Christ et d’être
trouvé en lui »

Philippiens 3.8, 9

Partout où il y a vie, il y a échange, et la faculté de recevoir


s’accroît à proportion de ce qu’on donne.

Certains chrétiens font consister les bienfaits de la vie


spirituelle dans le privilège de toujours recevoir ; et
cependant le renoncement continuel à tout ce que nous
avons peut seul faire abonder en nous les richesses divines.
Jésus insistait beaucoup sur cette vérité. Quand il parlait de
vendre tout pour s’assurer un trésor de perdre sa vie pour la
retrouver, quand il promettait à ses disciples le centuple de
ce qu’ils abandonnaient, il indiquait le sacrifice de soi-même
comme la loi du royaume des cieux, pour lui-même aussi
bien que pour tout croyant. En effet, « pour gagner Christ et
être trouvé en lui », il faut pouvoir dire avec Paul : « Je
regarde toutes choses comme une perte à cause de
l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon
Seigneur ».
Essayons de découvrir à quoi nous devons renoncer. Tout
d’abord au péché. Il ne peut y avoir de vraie conversion
sans l’abandon du péché. Néanmoins, chez le nouveau
converti, soit qu’il ignore ce qui est réellement péché, ou
quelles sont les exigences de la sainteté de Dieu, soit qu’il
ne connaisse pas encore la puissance de Jésus pour nous
faire triompher du mal, la rupture n’est que partielle et
superficielle. Mais avec le développement de la vie
chrétienne, le besoin de se séparer toujours plus de tout ce
qui est impur se fait sentir ; et il vient un moment où l’âme,
désirant la communion de Jésus, voit la nécessité d’un
nouvel acte de consécration, par lequel elle ratifie sa mort
au péché en Christ, et rompt définitivement avec tout ce qui
est péché pour ne plus servir que la justice. Elle le fait
joyeusement ; car elle a pu constater que chaque péché
abandonné favorise la présence de Christ en elle.

Après le péché vient la propre justice. Quoique nous nous


défendions en toute sincérité du mérite des œuvres, nous
sommes longtemps avant de savoir ce que c’est que de ne
pas s’attribuer la moindre place et le moindre droit devant
Dieu. Sans nous en douter, nous laissons souvent libre cours
aux impulsions de notre esprit, de notre cœur et de notre
volonté. Au lieu de tout attendre du Saint-Esprit, dans tout
ce que nous faisons pour le service de Dieu dans la prière,
dans l’adoration, dans la lecture de la Bible, nous attendons
de nous-mêmes une part que nous sommes incapables de
fournir. Mais une fois que nous avons reconnu qu’en nous
c’est-à-dire en notre chair n’habite aucun bien nous voyons
qu’il n’est pas possible de demeurer en Christ sans
abandonner tout ce qui est de nous-mêmes pour ne
dépendre que du souffle du Saint-Esprit, seul capable de
produire ce qui est agréable et Dieu.

Viennent ensuite les facultés et les dons naturels que nous


tenons de notre Créateur ainsi que les occupations et les
intérêts dont sa providence nous a entourés. C’est une
erreur de croire qu’une fois convertis ces choses sont
naturellement au service du Seigneur. Il faut pour cela une
grâce toute particulière. Lors même que nous sommes
enfants de Dieu, nos dons et nos facultés sont encore
souillés par le péché et sous la domination de la chair ; ils
me peuvent être employés tels quels à la gloire de Dieu, et
nous sommes par nous-mêmes totalement incapables d’en
user convenablement. Ils sont même dangereux pour nous,
parce que, par leur moyen, la vieille mature, le moi reprend
facilement sa puissance. Cette conviction doit nous amener
à y renoncer et à les apporter à Christ pour qu’il en prenne
possession et les purifie ; quand il les a acceptés et marqués
de son sceau, ils nous sont rendus, mais pour les considérer
dorénavant comme la propriété de Jésus et attendre de lui
seul la grâce d’en user sainement et uniquement sous son
influence. Ici encore, l’entière consécration est le chemin du
salut parfait. Non seulement ce que nous avons abandonné
nous est rendu pour être doublement à nous, mais en
renonçant à tout, nous recouvrons tout.

Il en est de même pour toutes les occupations et les biens


légitimes que Dieu nous a confiés, pour le filet des pêcheurs
de Galilée comme pour les devoirs domestiques de Marthe,
pour les affections naturelles : la famille et les amis. Jésus
exerçait ses disciples à renoncer à tout pour lui. C’est, la loi
du royaume de sa grâce, que toutes choses sont faites
nouvelles pour nous dans la mesure où les choses
anciennes sont passées ou rejetées.

Ce principe a une application plus profonde encore : les


dons purement spirituels, qui sont l’œuvre directe de l’Esprit
de Dieu au dedans de nous, ces dons mêmes doivent être
remis entre les mains de Dieu. L’échange continuel, qui est
le principe fondamental de la vie, ne peut cesser un instant.
Aussitôt que le croyant commence à se complaire dans la
jouissance de ce qu’il a, la communication de grâces
nouvelles est retardée et menace d’être arrêtée ; les flots de
l’eau vive ne peuvent couler que dans l’âme altérée.
Chaque bénédiction doit retourner à Dieu de qui nous la
tenons, pour être mise à sa disposition ; alors elle nous
apporte le parfum du ciel, et nous pouvons en recueillir tout
le fruit. N’est-ce pas là ce que nous enseigne Isaac sur
Morija ? N’était-il pas le fils de la promesse le don
miraculeux de la toute puissance de Celui qui fait revivre les
morts ? (Romains 4.17). Et pourtant il a fallu qu’il fût immolé
pour pouvoir être recouvré et devenir mille fois plus
précieux qu’auparavant.

Ce renoncement à tout pour Christ est-il un acte unique


dans la vie ou bien une marche à poursuivre de jour en
jour ? L’un et l’autre. Lorsque le croyant ouvre les yeux à
cette vérité, il peut arriver qu’à un moment donné, disposé
par la puissance de Dieu, il s’offre tout entier et pour la vie
sur l’autel en sacrifice vivant et agréable. Des moments
comme ceux-ci ont souvent marqué la transition bénie
d’une vie d’errements et de chutes à une vie en Dieu dans
laquelle se manifeste la puissance divine ; mais encore faut-
il que ce sacrifice soit continu et journellement renouvelé
dans tous les détails de la vie, et qu’une prière incessante
monte du cœur pour obtenir une intelligence toujours plus
grande de cet abandon parfait et de cette consécration
constante de toutes choses à Dieu.

La nature recule devant l’application rigide à tous les détails


de la vie d’un tel renoncement ; mais ce que la nature
n’aime pas, ce qu’elle ne peut faire, la grâce l’accomplit ; et
elle fait même de cette vie de sacrifices une vie de joie et
de gloire. Ayez recours à cette grâce et vous recevrez le
centuple de tout ce que vous aurez sacrifié. Se donner tout
entier à Christ pour le posséder tout entier, tel est le secret
de la vie en Christ.
17 Demeurez en Christ par
la puissance du Saint-Esprit

« L’onction que vous avez reçue de lui demeure


en vous,… comme cette onction vous enseigne
toutes choses,… vous demeurerez en lui, selon
qu’elle vous a enseignés »

1 Jean 2.27

Vivre toujours en Christ ! N’est-ce pas là le but de nos


désirs ? Néanmoins beaucoup de chrétiens croient la chose
impossible et accueillent avec un soupir cette invitation de
Jésus : « Demeurez en moi ». Nous voudrions leur rendre la
joie et l’espérance en leur rappelant cette parole de Jean qui
nous sert de texte ; car elle affirme que ceux qui ont cru ont
reçu l’onction du Saint-Esprit pour leur enseigner toutes
choses, par conséquent aussi pour leur apprendre comment
ils peuvent demeurer en Christ.

Plusieurs, malheureusement, répondront que cette


promesse ne leur est d’aucun secours, n’ayant jamais pu
discerner la voix du Saint-Esprit.

Des pensées comme celle-ci viennent de l’erreur, très


commune, qui consiste à croire que le Saint-Esprit révèle les
mystères de la vie spirituelle à l’intelligence d’abord, et,
ensuite seulement, à l’expérience. Les voies de Dieu suivent
une marche exactement inverse. Nous devons pratiquer la
vérité et en faire l’expérience pour la connaître. « Ce que je
fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le
comprendras bientôt », est une règle du royaume des cieux.
Accepter ce qu’on ne comprend pas, se soumettre à ce
qu’on ne s’explique pas, croire ce qui paraît impossible,
marcher dans un chemin dont l’issue vous est cachée ; voilà
les premières leçons qu’il faut apprendre à l’école de Dieu.
« Si vous persistez dans ma doctrine, vous connaîtrez la
vérité ». Le vrai disciple commence par suivre le Seigneur,
et la connaissance vient par sa communion avec lui.

L’enseignement, du Saint-Esprit consiste à diriger notre vie


spirituelle, sans que nous sachions toujours comment, en
vue des choses que Dieu a préparées pour nous. Fort de la
promesse de Dieu, et s’appuyant sur sa fidélité, le croyant,
se place sous la direction du Saint-Esprit, consentant à le
laisser faire son œuvre dans son âme sans toujours
s’expliquer ce qu’il fait. Par la foi, il croit à l’action cachée de
l’Esprit dans les retraites profondes de sa vie intérieure, en
sorte que la parole de Jésus-Christ et le don du Saint-Esprit
lui sont une garantie suffisante que l’Esprit lui enseignera
comment demeurer en Christ et l’amènera à la communion
constante. Le Saint-Esprit est l’Esprit de vie en Jésus-Christ ;
et son œuvre n’est pas seulement de produire la vie
nouvelle, mais aussi de l’entretenir de la fortifier et de
l’amener à la perfection. Dans la mesure où le croyant se
soumettra sans réserve à la loi de l’Esprit de vie, sa foi se
changera en connaissance, l’Esprit lui révélant dans la
Parole ce dont il lui aura fait faire l’expérience dans sa vie.

Cette expression des Écritures « la communion de l’Esprit »


nous donne une idée de l’œuvre immense confiée au Saint-
Esprit. Il est le lien qui unit le Père et le Fils, qui unit les
croyants entre eux, par-dessus tout qui unit Christ et les
croyants ; il est la sève qui fait du cep et des sarments une
seule et même plante ; si nous croyons à sa présence en
nous et si nous veillons à ne pas le contrister, si nous
demandons sans cesse qu’il nous remplisse, il nous
enseigne à demeurer en Christ presque sans que nous
sachions comment, d’abord amenant notre volonté à nous
attacher à Christ de tout notre cœur ; puis animant notre foi
d’une confiance et d’une attente toujours plus grandes ;
enfin répandant dans notre cœur une paix et une joie qui
surpassent toute intelligence. Passant ainsi par le cœur et la
vie à l’intelligence, il nous fait connaître la vérité, non
comme une chose abstraite, mais comme la réalité qui est
en Christ.

Pour être mis en possession de la vie en Christ par cet


enseignement de l’Esprit, nous avons, avant tout, besoin
d’une foi calme et confiante. Au milieu de toutes les
questions et les difficultés que peuvent faire surgir nos
propres efforts, quand il nous arrive d’éprouver un ardent
désir d’être aidé par un chrétien d’expérience, ou que nous
sommes accablé par le sentiment pénible de nos chutes, de
notre ignorance, de notre faiblesse, tenons-nous fermes à
cette bienheureuse confiance : Nous avons reçu l’onction du
Saint-Esprit pour nous enseigner à demeurer en lui.
« L’onction que vous avez reçue de lui, demeure en vous ;
vous demeurerez en lui, selon qu’elle vous a enseignés ». (1
Jean 2.27). Faites de cet enseignement de l’Esprit
concernant la vie en Christ, un objet spécial de foi. Croyez
que si vous l’avez demandé et le demandez encore au Père,
déjà vous avez l’Esprit en vous, qu’il travaille lors même que
vous ne pouvez vous en douter, et qu’il fera son œuvre avec
puissance si vous ne l’empêchez pas. Il est impossible de
vivre une pleine communion avec Christ sans être rempli du
Saint-Esprit. Ayez donc soin de vous placer fréquemment
par la prière au pied du trône de Dieu et de l’Agneau, d’où
découlent des flots d’eau vive ; car c’est là, là seulement
que vous pourrez être rempli de l’Esprit. Alimentez votre foi
par la Parole et par tout ce qu’elle dit de l’Esprit, de sa
puissance, de ses consolations et de son œuvre. Que cette
foi en sa présence vous détourne de tout ce qui pourrait le
contrister, esprit mondain, œuvres de la chair et de la
propre justice ; qu’elle vous porte à regarder à Christ,
duquel nous avons reçu l’onction et qui peut la faire
abonder toujours plus en nous. Il est « l’Oint ». Quand nous
regardons à lui la sainte onction descend sur nous « comme
l’huile précieuse, répandue sur la tête d’Aaron, descend sur
le bord de ses vêtements ». (Psaume 133).

Acceptée ainsi, la vie en Christ peut-elle être encore un


sujet de tristesse et d’effroi ? Non, assurément. Si nous
connaissions l’excellence de notre Consolateur et les
bénédictions qui découlent d’une pleine soumission à sa
volonté, nous apprécierions mieux le privilège d’avoir un tel
guide pour nous amener à la vie en Christ. Sa mission est de
nous faire réaliser constamment la présence en nous du
Sauveur vivant dans toute sa puissance rédemptrice et la
plénitude de sa victoire sur le péché. Il est appelé, à cause
de cela, le Consolateur. Avec lui, nous ne devons jamais
pleurer un Jésus absent.

Ayez donc l’assurance que le Saint-Esprit, qui est en vous,


vous enseignera toutes choses, et qu’il vous fera vivre
toujours en Christ, si vous ne résistez pas à son influence
par votre incrédulité.
18 Demeurez en Christ en
vous tenant en repos.

« C’est dans la tranquillité et le repos que sera


votre salut, c’est dans le calme et la confiance
que sera votre force »

Ésaïe 30.15

« Garde le silence devant l’Éternel et espère en


lui »

Psaumes 37.7

« Oui, c’est en Dieu que mon âme se confie »

Psaumes 62.2

Nous sommes facilement portés à considérer la vie


chrétienne comme une association entre Dieu et l’homme,
admettant bien que la part de l’homme dans cette
association est petite et entachée de péché mais que s’il ne
la fait de son mieux, il ne peut attendre de Dieu qu’il fasse
la sienne. Dès lors, nous avons peine à comprendre ce que
les Écritures entendent, lorsqu’elles parlent de se tenir en
repos et d’attendre de voir le salut de Dieu, lorsqu’elles
présentent cette tranquillité et cette absence de tout effort
comme le secret de la force et de la plus grande activité de
l’homme. Voici comment s’explique cette apparente
contradiction. Lorsqu’il est parlé de Dieu et de l’homme
comme travaillant ensemble, il n’est pas question d’une
alliance entre deux associés faisant chacun sa part d’un
même travail, mais plutôt d’une coopération basée sur le
principe de la subordination. Comme Jésus était entièrement
dépendant du Père pour toutes ses paroles et ses œuvres,
de même le croyant ne peut rien faire de lui-même. Il faut
qu’il y renonce et attende l’œuvre de Dieu en lui. Quand il
fait trêve à tout effort, la foi lui donne l’assurance que Dieu
accomplit ce dont il s’est chargé, et l’œuvre de Dieu
consiste à renouveler, sanctifier, stimuler toutes ses forces,
en sorte que selon la mesure où le croyant se constituera
réellement un instrument passif dans sa main, Dieu fera de
lui l’instrument actif de sa toute-puissance. (Jean 5.19-28)

L’expérience de la vie chrétienne sera d’autant plus grande


chez le croyant, qu’il réalisera mieux cette merveilleuse
combinaison d’une entière passivité avec la plus grande
activité.

Rien n’est plus favorable à la communion avec Jésus, que la


tranquillité d’âme. Dans cet état seulement, nous pouvons
obtenir la, docilité qui permet au Seigneur de nous révéler
ses secrets et de nous montrer notre chemin.

C’est cette disposition d’esprit que nous voyons se


manifester, dans toute sa beauté, chez ces trois femmes
dont parle l’Évangile ; d’abord Marie qui a pu dire : « Voici la
servante du Seigneur, qu’il m’arrive selon que tu m’as dit ; »
et dont il est écrit qu’elle « conservait toutes ces choses et
les repassait dans son cœur ». Puis cette autre Marie qui
restait assise aux pieds de Jésus, l’écoutant parler, et qui
montra, en oignant le Seigneur pour sa sépulture, combien
elle avait pénétré dans le mystère de sa mort, plus
profondément même que le disciple bien-aimé. Enfin cette
grande pécheresse cherchant son Sauveur jusque dans la
maison du pharisien, avec des larmes qui en disaient plus
que des paroles.

Quand l’âme se tient silencieuse en la sainte présence de


Dieu, elle reçoit des enseignements que ses propres efforts
et l’agitation de ses pensées ne lui avaient jamais laissé
entendre auparavant ; et elle comprend toujours mieux que
son salut est dans ce repos intime : écouter, croire, veiller,
attendre pour voir ce que Dieu fera ; puis, dans la foi et
l’obéissance, se soumettre à l’action de Celui qui opère avec
puissance.

Il semble qu’aucun message ne devrait nous être plus doux


et plus précieux que le commandement de rester tranquilles
et de nous tenir en repos, Dieu se chargeant de travailler
pour nous et en nous. Pourquoi avons-nous tant de peine à
l’accepter ? Pourquoi sommes-nous si lents à comprendre
que la tranquillité de l’âme est une bénédiction, une force,
une source de grande activité, le secret de toute véritable
vie en Christ ? Cherchons ensemble ce qui nous prive de ce
repos de l’âme. Nombreux sont les dangers qui le
menacent.
Il y a d’abord la dissipation de l’âme, provenant d’une
préoccupation inutile ou trop grande des intérêts de ce
monde. Chacun de nous a sa vocation terrestre ; et, dans le
cercle prescrit par Dieu, l’intérêt pour notre travail et pour
ce qui le concerne est un devoir. Mais, même en ceci, le
chrétien a besoin de vigilance et de modération. Nous
devons encore plus veiller à une sainte réserve dans les
choses qui ne nous sont pas absolument imposées par Dieu.
Si demeurer en Christ, est réellement notre premier but,
prenons garde à cette excitation inutile ; prenons garde
même dans les choses nécessaires et légitimes, au pouvoir
extraordinaire qu’elles ont d’absorber tellement l’âme, qu’il
lui reste peu de force et peu de goût pour la communion
avec Dieu. L’inquiétude et les soucis au sujet des choses
terrestres, tendent constamment à détruire la vie confiante,
et rendent l’âme semblable à une mer agitée. Dans cet état,
il est impossible d’entendre le son doux et subtil de l’Esprit.

L’esprit de crainte et de méfiance dans les choses


spirituelles, n’est pas moins nuisible ; de même le trouble
provenant de ce que nous cherchons dans nos propres
efforts et dans nos propres forces, les bénédictions
spirituelles qui ne viennent que d’en haut.

Enfin, même lorsque l’âme cherche sincèrement à entrer


dans le chemin de la foi, il y a le danger de l’impatience de
la chair qui juge de la vie et des progrès de l’âme au point
de vue humain et non divin.

En face de ces dangers et de tant d’autres encore, heureux


celui qui apprend à tenir son âme en repos, selon cette
parole : « C’est dans le calme et la confiance que sera votre
force ! »

Que personne ne s’imagine pouvoir demeurer en Christ


avec une âme agitée et sans avoir chaque jour son moment
de tranquillité, son heure de méditation, où il écoute son
Dieu. Dans ces moments, nous devons chercher à entrer
dans un état d’âme qui nous permette de passer au milieu
du monde et de ses distractions, le cœur et l’esprit remplis
de cette paix de Dieu, qui surpasse toute connaissance et
nous garde de tout mal. Ce silence de l’âme fortifie la foi,
permet au Saint-Esprit de se faire entendre et au Père
d’accomplir son œuvre glorieuse.

Recherchez auprès de Dieu, qui seul peut la donner, cette


disposition d’esprit ; cultivez-la comme un moyen de vivre
en Christ et attendez-vous à la recevoir comme fruit de sa
communion.
19 Demeurez en Christ
dans l’affliction et dans
l’épreuve

« Tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde afin


qu’il porte encore plus de fruit »

Jean 15.1

Aucune plante ne donne une plus fidèle image des relations


de l’homme avec Dieu que le cep de vigne. Aucune ne
produit un fruit aussi savoureux, aussi fortifiant tout en
ayant une tendance naturelle si prononcée à pousser des
jets sauvages et inutiles. Aucune ne réclame autant de soins
et de culture et ne demande à être taillée aussi souvent et
impitoyablement mais aussi aucune plante ne récompense
plus richement de ses peines le cultivateur. Le Sauveur
signale par un seul mot, la nécessité d’émonder la vigne et
le résultat merveilleux qu’on obtient par ce moyen. Mais
quelle lumière ce seul mot jette sur les souffrances des
croyants ! Quels trésors de consolations il renferme pour les
heures d’épreuves « Tout sarment qui porte du fruit, il
l’émonde afin qu’il porte plus de fruit ». Par ces paroles
Jésus a préparé ses disciples, si facilement ébranlés dans
leur confiance, à voir dans chaque affliction un message qui
les sollicite à demeurer encore plus intimement en lui.

Nous faire demeurer en Christ, tel est, en effet, le but du


Père en envoyant l’épreuve. L’arbre tourmenté par l’orage
plonge ses racines plus profondément dans le sol ; par la
souffrance, le Père veut nous faire pénétrer plus avant dans
l’amour du Sauveur. Nos cœurs sont enclins à s’éloigner
constamment de lui ; la prospérité et les jouissances nous
satisfont trop aisément et nous rendent impropres à sa
communion. C’est une grâce du Père de semer des
tristesses sur notre route, de nous priver momentanément
de joies devenues dangereuses pour nous. Il le fait pour
nous amener à sentir plus vivement notre état de péché,
pour nous pousser à chercher notre repos en Christ, afin
que, lorsque l’affliction sera ôtée, nous soyons tellement
affermis en lui, que dans la prospérité, il soit encore notre
seule joie. Quoi qu’il lui en coûte d’affliger, il n’épargnera
pas les châtiments les plus douloureux si, par là, peut
ramener son enfant à demeurer en son Fils bien-aimé.

Appliquons-nous à voir dans toute épreuve, grande ou


petite, un témoignage de son amour.

Demeurons en Christ ; et nous aurons part à toutes les


riches bénédictions que Dieu nous destine dans l’affliction.
Notre assurance en son fidèle amour s’affermira, et la
puissance de son Esprit accomplira en nous cette
promesse : « Dieu nous châtie pour notre profit, afin de nous
rendre participants de sa sainteté ». Notre croix deviendra
un moyen de communion avec sa croix ; rendus semblables
à notre Sauveur dans ses souffrances, nous aurons une
expérience plus intime de son amour. Nous serons purifiés
de toute souillure et affinés comme de l’or pur de telle sorte
que l’image même de Christ se reflétera en nous ; la
puissance de la chair sera détruite, l’impatience et la
volonté propre seront domptées et remplacées par la
douceur et l’humilité de Jésus. «Un croyant peut passer sans
profit par beaucoup d’afflictions mais s’il demeure en Christ,
il en retire la bénédiction.

Demeurons en Christ ; et nous trouverons en lui une


abondante consolation. Dans l’affliction nous cherchons
souvent la consolation d’abord, le fruit seulement ensuite.
Le Père céleste n’oublie pas de nous consoler ; mais il nous
aime d’un amour tel que, pour lui, notre progrès spirituel est
son premier objet. S’il console, c’est pour induire le cœur
meurtri à se tourner vers lui ; s’il refuse la consolation, son
but est le même. C’est en nous rendant participants de sa
sainteté qu’il nous donne la vraie consolation. Le Saint-
Esprit est le Consolateur, non seulement parce qu’il nous
parle de l’amour de Dieu, mais surtout parce qu’il nous
sanctifie et nous met en communion intime avec Christ, et,
par lui, avec Dieu. En Christ, le cœur du Père se révèle à
nous. Où pourrions-nous être mieux consolés que dans le
sein du Père ? En lui, nous trouvons la plénitude de l’amour
divin, la tendre sollicitude d’une mère. Que demander de
plus ? En lui, nous recevons le centuple de ce que nous
perdons, et nous voyons que Dieu ne nous dépouille que
pour nous enrichir. En lui, la souffrance est sanctifiée et
devient le gage que l’Esprit de Dieu repose sur nous et nous
prépare pour la gloire éternelle.
Demeurons en Christ au temps de l’affliction, et nous
porterons beaucoup de fruit. L’expérience que nous ferons
alors de sa tendresse et de l’amour du Père, nous amènera
à ne plus vivre que pour sa gloire et pour faire connaître à
d’autres ce merveilleux amour. Ayant appris le renoncement
à nous-mêmes et à notre propre volonté, nous saurons
sympathiser avec la misère des autres ; assouplis par
l’épreuve, nous serons préparés à devenir, suivant
l’exemple de Jésus, serviteurs de tous. Déjà pendant
l’affliction, nous profiterons de notre retraite forcée pour
intercéder en faveur de nos semblables. La pensée que le
Père nous afflige pour nous faire porter plus de fruit, nous
disposera à nous soumettre, afin que son désir, devenu le
nôtre, soit accompli « Tout sarment qui porte du fruit, il
l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit ».

Le temps de l’affliction sera ainsi un temps béni qui fera de


nous des vaisseaux sanctifiés, propres au service du Maître
et préparés pour toutes sortes de bonnes œuvres.
Rappelons-nous seulement que, dans l’affliction, la seule
chose à faire est de demeurer en Christ. Tenons-nous en
garde contre les consolations et les distractions que trop
souvent nos amis veulent nous apporter ; et que Jésus seul
soit notre consolateur. Réjouissons-nous enfin dans la
pensée qu’une communion plus intime et un fruit abondant
seront certainement l’issue de l’épreuve, puisque c’est le
Vigneron lui-même qui émonde.
20 Demeurez en Christ,
afin de porter beaucoup de
fruit

« Celui qui demeure en moi et en qui je demeure


porte beaucoup de fruit – Si vous portez
beaucoup de fruit, c’est en ceci que mon Père
sera glorifié »

Jean 15.5-8

Le sarment est destiné à produire un fruit qui rafraîchit et


nourrit l’homme ; aussitôt mûr, le sarment l’abandonne pour
recommencer son travail d’approvisionnement et préparer
un nouveau fruit pour la saison suivante. Mais il n’opère ce
travail qu’en demeurant attaché au cep.

Ainsi le chrétien, en resserrant son union avec le Cep divin,


non seulement accroît sa force, mais porte du fruit,
beaucoup de fruit même et devient pour son entourage une
source de vie.

Notre parabole jette une nouvelle lumière sur cette parole :


« C’est de moi que tu recevras ton fruit ». (Osée 14.8).
L’âme ne doit avoir d’autre souci que de demeurer
intimement en Christ ; lui-même produira le fruit et se
chargera de faire du croyant une bénédiction pour tous ceux
qui l’entourent.

En demeurant en lui, nous recevons son Esprit d’amour et


de compassion pour les pécheurs. Le cœur naturel est plein
d’égoïsme ; même chez le croyant, son propre salut et son
propre bonheur restent, trop souvent, le but exclusif ; mais
au contact de l’amour infini de Jésus, son cœur se réchauffe
à l’égard de ses semblables. Nous apprenons à souffrir et de
la misère du pécheur et de l’injure qu’il fait à Dieu par son
impénitence. Avec Christ, nous commençons à porter le
fardeau des âmes, le poids de péchés qui ne sont pas les
nôtres ; et plus notre union devient intime, plus nous
sentons s’éveiller en nous quelque chose de cette passion
pour les âmes qui a conduit Jésus au Calvaire ; nous
sommes prêts à suivre ses pas, à sacrifier notre propre
bonheur pour gagner ces âmes que nous avons appris à
aimer. L’Esprit du Cep est amour, et il remplit le sarment qui
y est attaché.

Ce désir d’être en bénédiction n’est encore qu’un


commencement. À peine à l’œuvre, nous nous apercevons
de notre faiblesse et des difficultés qui sont sur notre
chemin. Les âmes ne sont pas sauvées à notre
commandement, et nous sommes tentés de nous
décourager, de ralentir nos efforts. Mais si nous persistons à
demeurer en Christ, nous recevons sans cesse une force et
un courage nouveaux pour notre travail. Toujours plus
convaincus que nous ne sommes que l’instrument indigne
par lequel la puissance invisible de Christ accomplit son
œuvre dans le monde, nous comprenons combien sa force
peut être rendue parfaite et glorieuse dans notre faiblesse.
Et c’est déjà un grand point pour le croyant d’avoir
conscience de sa faiblesse, tout en persévérant à travailler
fidèlement, dans l’assurance que le Seigneur opère par son
moyen. Cette conviction même qu’il n’est rien, que Jésus est
tout, sert à le faire demeurer en Christ et devient une force.
Il ne considère plus sa propre faiblesse ; mais se sentant un
avec son Seigneur il compte sur sa puissance. Il va de
l’avant, sûr de la victoire car « la victoire qui a triomphé du
monde, c’est notre foi ». Pour lui, ce n’est plus faire acte
d’humilité que de prétendre que Dieu ne peut bénir ses
efforts indignes : au contraire il réclame la bénédiction et
l’attend, parce que ce n’est plus lui, mais Christ en lui qui
agit. Il demande sans crainte d’être présomptueux, sa part
de cette étonnante promesse : « Celui qui croit en moi fera
aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes,
parce que je m’en vais au Père ». La pensée que l’absence
de fruit et de bénédiction dans son travail, sont nécessaire
pour le garder dans l’humilité, ne l’aborde plus : n’est-ce pas
le sarment le plus chargé de fruit qui est le plus courbé, et
n’a-t-il pas reconnu, en demeurant en Christ, que son fruit
est tout à la gloire du Père ; qui est le Vigneron.

De là découle un premier enseignement : Si nous


demeurons en Christ, mettons-nous à l’œuvre, afin que
Jésus puisse produire des fruits abondants par nous’
Acceptons franchement et joyeusement notre sainte
vocation d’être, dès maintenant, les instruments de l’amour
de Jésus vis-à-vis de notre prochain. Comme le sarment
ressemble au cep, que quelque chose de la sainteté et de la
douceur de Jésus se reflète en nous ; que notre vie
journalière soit, comme la sienne, une prédication ; car
l’Église et le monde ont besoin d’hommes et de femmes
remplis du Saint-Esprit et d’amour, qui soient les témoins
vivants de la puissance de Christ et de sa grâce en faveur
de ceux qui croient. Possédés par le désir de voir Jésus
glorifié dans les âmes, offrons-nous aussi à lui pour un
travail positif, dans notre propre maison auprès des
pauvres, des malades, des délaissés. Il y a à faire pour nous
de mille manières différentes que l’Esprit de Christ indique à
ceux qui se laissent conduire par lui ; peut-être même
devrons-nous servir Jésus par des moyens nouveaux qui
n’ont pas encore été employés, et qui nous seront révélés ;
travaillons, travaillons, non pas en nous contentant de
prendre part à quelques œuvres religieuses, mais en
devenant toujours plus semblables à Christ, et en voyant,
comme lui, dans l’œuvre de gagner des âmes au Père, le
commencement, sur la terre, de la joie et de la gloire du
ciel.

Et voici un second enseignement Si nous travaillons


demeurons en Christ. Une des bénédictions du travail, s’il
est fait dans un bon esprit, sera d’affermir notre union avec
notre Sauveur. En constatant notre faiblesse, nous
rechercherons sa force ; en priant pour les autres, notre âme
s’unira plus intimement à la sienne. Nous demeurerons en
Christ, sentant que les tentations et les dangers abondent.
L’activité, même au nom de Christ, a souvent éloigné de lui
et a pris la place de sa communion ! Elle peut donner les
apparences de la piété à qui n’en a pas la force. Qu’une foi
vivante en sa puissance soit le ressort caché de tout notre
travail, et nous serons remplis en même temps d’humilité et
de courage. Encore une fois, pour que Jésus travaille
réellement par nous, il faut une consécration de nous-
mêmes entière et de jour en jour renouvelée. Mais nous
comprenons maintenant que c’est justement là demeurer
en lui ; c’est là ce qui constitue notre privilège et notre
bonheur : être un sarment portant beaucoup de fruits, rien
de plus, rien de moins.
21 Demeurez en Christ et
vous serez puissant dans la
prière

« Si vous demeurez en moi, et que mes paroles


demeurent en vous, demandez ce que vous
voudrez, et cela vous sera accordé »

Jean 15.7

La prière est à la fois un moyen de s’unir à Christ et un fruit


de l’union avec lui. Comme moyen de s’unir à Christ, elle est
d’une importance infinie. Tous les mouvements de l’âme,
tous les élans de la foi, ses désirs, ses aspirations, trouvent
leur expression dans la prière. Le croyant qui prie, entre en
contact avec Jésus ; et celui qui persévère dans ses
supplications jusqu’à ce qu’il soit exaucé, jusqu’à ce qu’il
soit mis en possession de la bénédiction après laquelle il
soupire, trouve dans ses prières un moyen puissant de
demeurer plus complètement en lui.

Mais ce n’est pas tant comme moyen que comme fruit de la


vie en lui, que le Sauveur parle de la prière dans la parabole
du cep et des sarments. Il ne voit pas seulement dans la
prière un moyen d’obtenir des bénédictions personnelles, il
y voit une des principales forces dont nous disposons pour
mettre le monde entier au bénéfice de la rédemption ; et il
nous assure que si nous demeurons en lui, nous serons
autant d’Israël, vainqueurs de Dieu et des hommes. Nos
prières seront l’intercession du juste, fervente, efficace,
puissante comme celle d’Élie en faveur du peuple idolâtre.
De telles prières seront le résultat de notre vie en Christ et
produiront beaucoup de fruits.

Pour le chrétien qui ne demeure pas pleinement en Christ, la


prière rencontre parfois des difficultés assez grandes pour le
priver de la consolation et de la force qu’il devait en retirer.
Sous prétexte d’humilité, il se demande comment une
créature aussi indigne que lui pourrait influencer le Dieu
tout-puissant et sage. Ces questions angoissantes sont
épargnées à celui qui demeure véritablement en Christ ; il
fait de plus en plus l’expérience que ses prières ne sont
entendues et exaucées que grâce à son union avec le
Christ. Parce que nous sommes un avec lui, nos prières
montent à Dieu comme ses propres prières.

En effet, en demeurant en Christ et en gardant sa Parole,


nous apprenons à prier selon la volonté de Dieu. Notre
volonté propre étant domptée, nos pensées, nos désirs
naturels s’effacent devant les pensées et les désirs de
Christ ; son Saint-Esprit pénètre tout notre être ; et, sans que
nous sachions comment, nos vœux rendus conformes à la
volonté de Dieu grâce au souffle divin, peuvent recevoir leur
accomplissement ; notre volonté étant renouvelée et
sanctifiée, nous pouvons demander librement ce que nous
voulons, et cela nous est accordé.
Puis la communion de Christ nous enseigne à ne rechercher
que la gloire de Dieu dans nos prières. Jésus promettait
d’exaucer ses disciples, afin que le Père soit glorifié dans le
Fils. (Voyez Jean 14.13) Dans sa prière sacerdotale, nous
voyons que cette gloire a été son but sur la terre (Jean 17) ;
dans le ciel, c’est encore sa grande préoccupation. Celui qui
demeure en lui est gagné par ce désir, et la gloire de Dieu
devient sa pensée dominante. D’abord, cette pensée, en
maîtrisant l’âme, la porte presque à craindre de nourrir un
désir de peur qu’il ne se trouve pas être à la gloire du Père.
Mais une fois cette suprématie acceptée, elle devient une
puissance qui élève le cœur, l’élargit, le rend capable
d’embrasser le vaste horizon de cette gloire, et de dire avec
le Fils : « Père, glorifie ton nom ».

De plus, si nous demeurons en Christ, nous pouvons nous


prévaloir avec assurance du nom de Christ. Souvent les
croyants essaient, en priant, de penser au nom de Jésus et à
ses mérites, cherchant à se persuader qu’à cause de lui, ils
seront exaucés, bien qu’ils sentent péniblement leur peu de
foi en ce nom. Ils n’agissent pas au nom de Jésus et ne
veulent s’en servir que pour prier ; mais la promesse : « Tout
ce que vous demanderez en mon nom », ne peut être
séparé du commandement : « Tout ce que vous faites, faites-
le au nom du Seigneur Jésus ». Si le nom de Christ doit être
entièrement à notre disposition, de telle sorte que nous
puissions en user librement, cela fie se peut que si nous-
mêmes, tout d’abord, nous nous sommes entièrement livrés
à lui, et qu’il dispose librement de nous. C’est la vie en
Christ qui donne le droit et la possibilité d’user de son nom
avec assurance. Le Père ne refuse rien au Fils. Si nous
demeurons dans le Fils, nous venons au Père, comme ne
faisant qu’un avec lui ; sa justice nous couvre, son Esprit est
en nous, le Père nous voit dans le Fils et nous accorde notre
requête. Ce n’est point par une sorte de compromis que le
Père nous considère comme étant en Christ, sans que nous
y soyons réellement. Il faut que le Père nous voie vivre en
lui, pour que nos prières le fléchissent. Non seulement la vie
en Christ transforme notre volonté de manière à ce que nos
prières soient conformes à l’esprit de Dieu, mais encore elle
nous impute la vertu toute-puissante des mérites de Christ.

Demeurer en Christ produit aussi en nous la foi qui seule


obtient l’exaucement. Selon la règle du royaume des cieux,
il nous est fait selon notre foi. « Croyez que vous recevrez et
il vous sera accordé ». Cette foi a ses racines dans la Parole
de Dieu ; mais il y a en elle quelque chose d’infiniment plus
élevé que cette conclusion logique puisque Dieu a promis,
j’obtiendrai. Étant un acte spirituel, la foi repose sur la
Parole qui demeure en nous comme une puissance de vie,
et par conséquent elle dépend de notre état intérieur. Sans
jeûne et sans prières (Marc 9.29), sans humilité et sans
spiritualité (Jean 5.44), sans l’obéissance de l’amour (1 Jean
3.22), il ne peut y avoir de foi vivante. Mais l’âme unie à
Christ, qui voit combien lui seul rend ses prières
acceptables, ose, par cela même, compter sur
l’exaucement. Par la foi elle a appris à demeurer en lui ; et
cette loi a eu pour effet d’augmenter sa confiance en tout
ce que Dieu promet d’être et de faire pour elle. Elle croit
toujours plus fermement que ce qu’elle demandera en son
nom, elle le recevra.
Enfin, en Christ, nous sommes à la seule place où la réponse
peut nous être accordée. Que de chrétiens implorent
ardemment la bénédiction de Dieu ; et quand Dieu vient a
eux pour les bénir, il ne sait pour ainsi dire pas où les
prendre ; ces chrétiens-là ne se doutent pas que la réponse
aussi doit être attendue et reçue dans la prière’ C’est en
Christ qu’elle nous est donnée ; hors de lui, l’exaucement
risquerait d’être mis au service de nos voluptés. (Jacques
4.3) Les meilleurs exaucements du reste, comme le don de
la grâce ou de la force pour travailler et faire le bien, ne
nous viennent que sous la forme d’une expérience
croissante de ce que Christ peut être fait pour nous de la
part de Dieu.

Demeurons en Christ, et nous apprendrons, ce que tant


d’âmes ignorent, que le secret de la prière de la foi est la
vie de la foi, la vie en Christ seul.
22 Demeurez en Christ et
dans son amour

« Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi


aimés. Demeurez dans mon amour »

Jean 15.9

Avant de nous inviter à demeurer dans son amour, le


Sauveur nous enseigne ce qu’est cet amour. Ce qu’il nous
en dit est bien propre à gagner nos cœurs et à éloigner
toute pensée de résistance.

« Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés ». Dieu


est amour. L’amour n’est pas un de ses attributs, il est
l’essence même de sa nature le centre de toutes ses
perfections. L’amour a besoin d’un objet sur lequel il puisse
s’exercer ; c’est pourquoi Dieu a un Fils, et au sujet de ce
Fils, il dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis
toute mon affection ». Cet amour du Père est une divine
passion, un feu brûlant, intense, éternel, n’ayant qu’un
objet, qu’une joie : le Fils unique. Quand nous considérons
tous les attributs de Dieu, son éternité, sa perfection, son
immensité, sa majesté, sa toute-puissance, qui sont le
rayonnement de la gloire de son amour, nous n’avons
encore qu’une idée bien faible de cet « amour qui surpasse
toute connaissance ». Et pourtant l’amour de Dieu pour son
Fils est placé devant nous comme le miroir où nous pouvons
contempler celui de Jésus pour le pécheur. Jésus, lui aussi,
met toute son affection dans ses rachetés.

Son amour est éternel. Déjà avant la fondation du monde,


nous dit la Bible, Dieu avait établi Christ pour être Chef de
l’Église, qui serait son corps et dans lequel sa gloire serait
manifestée d’éternité en éternité. Christ a aimé d’avance
ceux qui lui avaient été donnés par le Père, et quand il parut
et dit à ses disciples : « Comme mon Père m’a aimé, je vous
ai aussi aimés », il ne parlait pas d’un amour terrestre et
temporaire, mais éternel : « Je t’aime d’un amour éternel.
(Jérémie 31.3)

Son amour est parfait. « Le Père aime le Fils et lui a remis
toutes choses ». Jésus aime les siens de la même manière ;
tout ce qu’il a nous appartient. Il a sacrifié son trône et sa
couronne ; il a donné sa vie et son sang ; sa justice, son
Esprit, sa gloire, son trône même, tout, tout est à nous. Et
c’est dans cet amour sans réserve qu’il nous invite à
demeurer tous les jours de notre vie.

Son amour est doux et tendre. L’amour du Père pour le Fils


se comprend ; car, dans le Fils, tout en est digne. Mais nous
ne pouvons nous expliquer celui de Christ pour nous quand
nous ne voyons en nous que péché et que nous nous
sentons indignes même de rencontrer son regard. Comment
l’amour du Père, exercé dans le sein de la vie divine et de
ses perfections, peut-il être comparé à celui qui a pour objet
des pécheurs ? Peut-il lui être semblable ? Oui, la nature de
l’amour est toujours la même, quoique son objet diffère.
Christ ne peut aimer autrement que son Père, et notre
misère ne sert qu’à manifester avec plus d’éclat la beauté
de cet amour. Il s’abaisse jusqu’à notre faiblesse, il supporte
nos lenteurs, nos craintes et nos folies, avec une patience et
une douceur infinies. C’est l’amour du Père pour le Fils,
embelli, glorifié par la miséricorde et la compassion.

Son amour enfin est invariable. « Ayant aimé les siens qui
étaient dans le monde il manifesta son amour jusqu’à la
fin » – « Quand les montagnes s’éloigneraient, quand les
collines chancelleraient, mon amour ne s’éloignera point de
toi ». (Ésaïe 54.10)

« Je ne t’abandonnerai point que je n’aie fait ce que je t’ai


dit », (Genèse 28.15) telles sont les promesses avec
lesquelles il entreprend son œuvre dans notre âme. Et
puisque notre misère est précisément ce qui nous a d’abord
valu cet amour, le péché par lequel nous l’affligeons
constamment, qui pourrait nous rendre craintifs et nous
faire douter, n’est qu’une raison de plus pour lui de nous
aimer.

Et maintenant cet amour nous donne le motif, la mesure et


le moyen de l’abandon de nous-mêmes à Christ.

Le motif : Cet amour ne nous presse-t-il pas de rendre enfin


les armes et de demeurer en Celui qui nous a aimés de
toute éternité, qui a quitté la gloire éternelle pour s’offrir sur
la croix, et qui, dans le ciel, intercède, plaide et prie
constamment pour nous ?
La mesure : Jésus s’est donné tout entier ; pouvons-nous
hésiter à nous livrer entièrement ? quel sacrifice pourrait
nous coûter en face de son grand sacrifice ? S’il nous
réclame tout, entiers, c’est pour nous remplir plus
complètement de son amour ; tout ce que nous
abandonnons nous est compensé au centuple déjà dans cet
te vie. Oh puissions-nous comprendre les richesses infinies
et les trésors de joie que tient en réserve pour nous cet
« amour dont la largeur, la longueur, la profondeur et la
hauteur surpassent toute connaissance », afin de profiter du
privilège qui nous est offert !

Le moyen : Si nous avons encore des doutes sur la


possibilité de demeurer dans cet amour, cet amour même
nous fournit le moyen de le faire ; la foi en cet amour suffit
pour nous en rendre capables. Si nous le croyons réellement
divin, puissant, intense comme celui du Père pour le Fils,
nous compterons sur son efficacité pour nous garder, pour
triompher de notre faiblesse et de notre péché. C’est là tout
ce que Dieu demande de nous ; il nous a créés libres et ne
veut pas nous imposer ses bénédictions ; il n’attend que
notre consentement et, pour gage de notre acquiescement,
il se contente, dans sa bonté de la foi par laquelle nous nous
remettons à son amour.
23
Demeurez en Christ
comme Christ demeure dans
le Père

« Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi


aimés. Demeurez dans mon amour… de même
que je demeure dans son amour ! »

Jean 15.9-10

Tandis qu’il était sur la terre, Jésus avait enseigné à ses


disciples que demeurer en lui, c’est demeurer dans son
amour ; sur le point de les quitter il leur donne pour
commentaire de son commandement sa propre vie. Qu’ils le
contemplent, lui, demeurant dans l’amour du Père, et ils
sauront comment demeurer dans son amour. Sa vie dans le
Père sera le modèle de leur vie en lui.

Cette pensée est si profonde, que nous pouvons à peine la


concevoir ; elle est cependant exprimée d’une manière
assez positive pour que nous n’osions pas la négliger. Ne
lisons-nous pas dans Jean 6.57 : « Comme je vis par le Père,
ainsi celui qui me mange, vivra par moi », et n’entendons-
nous pas le Fils demander à son Père : « Qu’ils soient un
comme nous sommes un ? » – « Je suis en eux et tu es en
moi ». Examinons donc sa vie dans le Père et nous
comprendrons ce que doit être la nôtre en lui.

Considérons d’abord l’origine de cette vie de Christ dans le


Père. Elle avait ses racines dans une double union de vie et
d’amour. Quoique demeurant sur terre, Jésus savait qu’il
était un avec le Père, que la vie du Père était en lui, et que
son amour reposait sur lui. Sans cette certitude, il lui eût été
impossible de demeurer dans le Père et dans son amour. De
même, nous ne pouvons demeurer en Christ et dans son
amour, qu’en croyant que nous sommes un avec lui. Un par
nature ; car il a revêtu notre humanité ; et, par notre
nouvelle naissance, nous sommes faits participants de sa
nature divine. Un dans l’amour ; car le lien de la vie divine,
est celui d’un amour infini. Dans la vie d’humiliation sur la
terre, Jésus a goûté le bienfait de cet amour divin, la force
que donne la conviction d’en être l’objet et de pouvoir y
demeurer constamment. Par son exemple, il nous invite à
faire la même expérience. Puisque nous sommes un avec
lui, confions-nous en son amour qui nous presse ; laissons-le
pénétrer dans nos cœurs.

Et quel est le moyen par lequel le Fils demeure dans le Père


et dans son amour ? « J’ai gardé les commandements de
mon Père, et je demeure dans son amour ». Sa vie a été une
vie de soumission et de dépendance. Pour notre nature
orgueilleuse, dépendance et soumission signifient
humiliation et servitude ; mais dans la vie d’amour dont le
Fils de Dieu vécut et à laquelle il nous invite, ces deux
conditions sont le secret du bonheur. Que pouvait perdre le
Fils en se soumettant ? Le Père l’aime et n’a aucun intérêt
qui ne soit le sien ; si le Fils donne quelque chose au Père, le
Père met à sa disposition tout ce qu’il a. Aussi, quand Jésus
dit : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce
qu’il voit faire au Père », il ajoute aussitôt : « Tout ce que le
Père fait, le Fils aussi le fait pareillement. Car le Père aime le
Fils et lui montre ce qu’il fait ». Quand nous étudions la vie
de Christ comme le modèle et le gage de ce que peut être
la nôtre, nous comprenons que si Jésus nous dit : « Hors de
moi vous ne pouvez rien faire ». c’est qu’il nous permet
d’ajouter : « Je puis tout par Christ qui me fortifie » Nous
apprenons à nous plaire dans les faiblesses, dans les
calamités, dans les détresses à cause de Christ ; car nous
pouvons dire : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis
fort ». Dépendance, soumission, sacrifice personnel, sont,
pour le chrétien comme pour Christ, le chemin de la vie et
du bonheur.

Contemplons aussi la gloire de cette vie de Christ dans


l’amour du Père. Parce qu’il s’est consacré à la volonté et à
la gloire du Père, le Père l’a couronné de gloire et d’honneur.
Il l’a établi comme son seul représentant, l’a fait participant
de sa puissance, et l’a élevé jusqu’à lui faire partager son
trône divin. Il en est de même pour nous. Si Christ nous
trouve disposés à remettre notre personne et nos intérêts à
son amour, à renoncer à toute satisfaction de notre propre
volonté pour ne trouver notre gloire que dans une absolue
dépendance de lui en toutes choses, à accepter de n’avoir
de vie qu’en lui, il fait pour nous ce que le Père a fait pour
lui. Il fait reposer sa gloire sur nous « Comme le nom de
notre Seigneur Jésus-Christ est glorifié en nous, nous
sommes glorifiés en lui ». (Voyez 2 Thessaloniciens 1.12). Il
nous reconnaît comme ses représentants ; nous pouvons
disposer de sa puissance ; il permet que notre intercession
ait une part dans le gouvernement de son Église et du
monde ; il se sert de notre intermédiaire pour exercer son
autorité et son influence sur les hommes, pour accomplir
son œuvre divine. Quelle vie bénie que celle de l’âme qui
demeure dans l’amour de Christ comme Christ demeure
dans celui du Père !

Faisons des relations du Fils avec le Père, un objet constant


d’étude pour connaître ce que doivent être les nôtres avec
Christ. Notre vie en lui peut être aussi féconde, puissante,
glorieuse qu’était la sienne dans le Père. Acceptons cette
vérité dans la foi, et, loin de nous paraître encore un joug et
un travail, la vie dans l’amour de Christ deviendra pour
nous, au contraire, une source de repos, de force et de joie.
Demeurer dans cet amour tout-puissant, qui sauve, qui
garde, qui rassasie, comme Jésus a demeuré dans l’amour
du Père, ne peut être notre œuvre, la grandeur même de la
vocation nous le fait sentir ; il faut pour nous, comme pour
lui, que ce soit le fruit d’une vie intérieure sanctifiée et le
résultat du travail profond de l’amour divin. Ce que nous
avons à faire, nous, c’est d’étudier avec soin et de
contempler en Christ le modèle de cette vie d’amour,
jusqu’à ce que nous entendions Jésus dire à chacun de nous
par son Esprit : « Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi
aimés. Demeurez dans mon amour, de même que je
demeure dans l’amour du Père ».

Si cette grâce nous paraît trop élevée, trop sublime,


rappelons-nous que la grandeur du privilège est justifiée par
le but que Dieu a en vue. Comme le Fils était la révélation
du Père, le croyant est appelé à être la révélation de Christ ;
il ne peut l’être que s’il est uni d’une union parfaite avec
Christ, comme Christ l’est avec le Père, afin de posséder en
lui la plénitude de sa grâce ; il ne peut l’être que s’il croit à
son amour comme Christ croyait à l’amour du Père.
24 Demeurez en Christ en
obéissant à ses
commandements

« Si vous gardez mes commandements, vous


demeurerez dans mon amour ; de même que j’ai
gardé les commandements de mon Père et que je
demeure dans son amour »

Jean 15.10

Ces paroles nous montrent la place que doivent occuper les


œuvres dans la vie du croyant. Christ, comme Fils bien-
aimé, était dans l’amour du Père ; il y demeura en gardant
ses commandements. De même, le croyant admis par
grâce, sans œuvres, dans l’amour de Christ, y demeurera
s’il garde ses commandements. Quand nous cherchons à
venir à Jésus par nos œuvres, l’Esprit nous répète sans
cesse : Ce n’est point par les œuvres ; mais une fois à lui, de
peur que la chair n’abuse de cette parole, il nous dit aussi
clairement : « Vous êtes créés en Jésus-Christ pour de
bonnes œuvres ». (Éphésiens 2.9, 10). Les œuvres peuvent
être le plus grand obstacle qui retienne le pécheur loin de
son Sauveur, tandis qu’elles sont une source de forces et de
bénédictions pour le croyant, car par elles « la foi est rendue
parfaite » (Jacques 2.22) ; l’union avec Christ est cimentée,
l’âme est enracinée dans son amour. « Si quelqu’un m’aime,
il gardera ma parole, et mon Père l’aimera » – « Si vous
gardez mes commandements, vous demeurez dans mon
amour ».

La relation entre l’observation des commandements de


Christ et la communion dans son amour, est facile à saisir.
Notre union avec Jésus-Christ n’est pas une affaire
d’intelligence ou de sentiment, mais une union vitale avec
sa personne sainte. La vocation du chrétien est de penser,
de sentir, de vouloir exactement ce que Jésus a pensé, senti
et voulu. Il désire participer non seulement à la grâce, mais
aussi à la sainteté de son Sauveur ; ou plutôt, il voit que la,
sainteté est ce qu’il y a de plus beau dans la grâce ; vivre (le
la, vie de Christ, vouloir ce qu’il veut, c’est
l’affranchissement de l’esclavage de notre volonté
corrompue, c’est le chemin de la vraie liberté.

Le tiède ou l’ignorant font une grande distinction entre les


promesses et les commandements de l’Écriture. Ils ne
trouvent de consolation et de nourriture que dans les
premières ; mais celui qui cherche demeurer dans l’amour
de Christ, discerne l’amour divin dans les commandements
aussi bien que dans les promesses ; car ils conduisent à une
participation toujours plus grande de la vie divine, à une
union toujours plus intime avec le Seigneur. L’harmonie
entre notre volonté et la sienne est un des principaux
éléments de notre communion avec lui. Comment pourrait-il
y avoir communion sans un accord parfait avec sa volonté ?
Car la volonté est la faculté centrale chez l’Être divin
comme chez l’être humain. Tant que le salut n’est pour le
pécheur qu’une sécurité personnelle, il reste indifférent ou
hostile à la volonté de Dieu ; mais aussitôt qu’il comprend,
par les Écritures et par l’enseignement de l’Esprit, ce qu’est
le salut, c’est-à-dire le retour à la communion et à la
conformité, avec Jésus, il trouve naturelle, belle même,
cette loi qui fait de l’observation des commandements le
moyen de demeurer dans son amour (Jean 14.15, 16, 21,
23) : son être intérieur se réjouit de ce que Jésus en a fait la
condition d’une plus abondante communication de l’Esprit.

Du reste, Christ lui-même n’est demeuré dans l’amour du


Père que par cette loi. L’obéissance a été une solennelle
réalité pour lui durant sa vie terrestre. La puissance
redoutable qui a poussé l’homme à la révolte contre son
Dieu, s’est aussi attaquée à lui et l’a tenté. Pour Jésus
homme, les séductions dont le tentateur usa, ne pouvaient
le laisser indifférent. Il ne put résister que par le jeûne et la
prière. « Il a souffert, étant tenté ». Le sacrifice de sa volonté
a été pour lui aussi un renoncement continuel. S’il est
demeuré dans l’amour du Père, c’est qu’il a fait de
l’obéissance à son commandement le but de sa vie. « Je ne
fais rien de moi-même, dit-il, mais je parle selon ce que le
Père m’a enseigné. Celui qui m’a envoyé est avec moi, il ne
m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est
agréable ». (Jean 8.28) Il nous a ainsi ouvert la voie d’une
vie sur la terre passée dans l’amour du ciel ; et quand son
Esprit pénètre en nous comme la sève du cep dans le
sarment, cette obéissance aux commandements devient un
des éléments les plus sûrs et les plus élevés de la vie qu’il
nous communique.
Si vous désirez demeurer en Jésus, observez ses
commandements. Ne vous contentez pas de les posséder
dans la Bible qu’ils soient gravée par la méditation et la
prière, par l’enseignement de l’Esprit et une obéissance
pleine d’amour, sur les tables de vos cœurs. N’en négligez
aucun. Nous qui jouissons des privilèges de la nouvelle
alliance, voudrions-nous rester en arrière des saints de
l’ancienne alliance qui disaient avec tant de ferveur « Les
ordonnances de l’Éternel réjouissent le cœur ; ses
jugements sont tous justes ». Nous sommes encore loin de
comprendre toute la volonté du Seigneur. Nous avons
besoin de demander constamment pour nous et pour tous
les croyants, ce que Paul demandait pour les Colossiens :
« Qu’ils soient remplis de la connaissance de sa volonté en
toute sagesse et intelligence spirituelle », et ce qu’Épaphras
désirait pour ces mêmes chrétiens « Qu’étant parfaits et
pleinement persuadés, ils persistent dans une entière
soumission à la volonté de Dieu ». Il n’y a pas de progrès
spirituel possible sans progrès constant dans la
connaissance de la volonté de Dieu à notre égard. L’entière
consécration, loin d’être le couronnement d’une vie sainte,
n’en est que le point de départ. Paul, après avoir convié les
chrétiens à s’offrir eux-mêmes en en sacrifice vivant et saint
à Dieu » (Romains 12.1) ajoute aussitôt, indiquant ce qu’est
une vie vraiment consacrée à Dieu : « Soyez transformé par
le renouvellement de l’intelligence, afin d’éprouver que la
volonté de Dieu est bonne, agréable et parfaite ». Le
renouvellement graduel qu’opère le Saint-Esprit, développe
une perception spirituelle, un saint instinct par lequel l’âme,
« prompte à comprendre dans la crainte du Seigneur », sait
découvrir la valeur des commandements de Dieu et leur
application dans la vie journalière, d’une manière qui reste
cachée au chrétien ordinaire.

Gardons ces commandements dans l’obéissance. N’avons-


nous pas fait vœu de rejeter tout péché ? « Je jure et je le
tiendrai, d’observer les lois de ta justice ». (Psaumes
119.106). Luttons donc dans la prière pour devenir parfaits
dans toute la volonté de Dieu, demandant ardemment que
tout péché secret, tout ce qui en nous n’est pas en
harmonie avec sa volonté, nous soit révélé. Marchons
fidèlement, humblement, selon la lumière que nous avons,
résolus à obéir à toutes les ordonnances du Seigneur. Quand
Israël fit un vœu d’obéissance au désert (Exode 19.8; 24.7),
ce ne fut que pour le violer aussitôt ; mais la nouvelle
alliance donne le vouloir et le faire, le vœu et la force de
l’accomplir (Jérémie 31). Tenons-nous en garde contre toute
désobéissance, même dans les petites choses. La
désobéissance énerve la conscience, obscurcit, l’âme, tue
les forces spirituelles. Si parfois ces commandements nous
semblent pénibles, rappelons-nous qu’ils procèdent de Celui
qui nous aime. Ils sont amour et nous parlent de son amour.
Chaque acte nouveau d’obéissance, chaque sacrifice
accompli pour garder ses commandements, resserre notre
union avec la personne du Sauveur, nous fait pénétrer plus
avant dans son amour, et nous rend plus conformes à sa vie
sainte, en sorte que cette parole nous devient toujours plus
précieuse : « Si vous gardez mes commandements, vous
demeurerez dans mon amour, de même que j’ai gardé les
commandements de mon Père et que je demeure dans son
amour ». (Jean 15.19).
25 Demeurez en Christ afin
que votre joie soit parfaite

« Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en


vous, et que votre joie soit parfaite »

Jean 15.11

La vie en Christ est une source inépuisable de bonheur. À


mesure que Christ prend plus pleinement possession de
l’âme, elle entre dans la joie de son Sauveur qui devient la
sienne à toujours. La joie est un trait caractéristique de celui
qui vit en Christ, et nous savons tous en apprécier la valeur ;
elle est la meilleure preuve que le cœur est réellement
satisfait. Aussi n’y a-t-il pas, chez le chrétien, d’attrait plus
irrésistible, de prédication plus persuasive et qui manifeste
mieux au monde la réalité de l’amour divin, que le
rayonnement de cette joie, triomphant des épreuves de la
vie. Pour le bien même du croyant, elle est un élément
indispensable ; car la joie du Seigneur est sa force. En elle
se retrempent sa confiance, son courage et sa patience.
Avec un cœur joyeux, aucun travail ne lasse, aucun fardeau
n’accable ; et Dieu lui-même est notre force et notre chant
de victoire.
Jésus promet sa joie à celui qui demeure en lui : « ma joie »,
dit-il. La parabole du cep et des sarments se rapportant
toute à la vie que ses disciples auraient en lui, quand il
serait remonté au ciel ; c’est de la joie céleste et éternelle
dont il s’agit, ce que montre également cette autre
promesse : « Je vous reverrai et votre cœur se réjouira, et
nul ne vous ravira votre joie ». (Jean 16.22). Ce fut
seulement à la résurrection que commença cette vie de joie,
et c’est en la résurrection qu’elle a sa source, alors que
s’accomplit cette parole : « C’est pourquoi ton Dieu t’a oint
d’une huile de joie par-dessus tes semblables ». (Psaumes
45.8). Le jour de son couronnement fut pour Jésus celui de
la pleine satisfaction de son cœur. Sa joie était celle d’une
œuvre parfaitement accomplie et pour toujours, la joie de
rentrer dans le sein du Père et, d’avoir racheté beaucoup
d’âmes. Celui qui est réellement uni à lui, participe à cette
joie ; il partage si complètement la victoire et la parfaite
rédemption de son Sauveur, qu’il peut dire sans cesse, par
la foi : « Grâce a Dieu qui me donne toujours la victoire ». En
Christ, il jouit de l’amour inaltérable du Père ; et, apprenant,
avec lui, à aimer les âmes, il se réjouit aussi de ce qu’elles
sont rachetées. Soit qu’il contemple l’œuvre parfaite de
Jésus ou la récompense que trouve le Fils dans l’amour du
Père, soit qu’il considère sa gloire croissant avec le nombre
des pécheurs qui se convertissent, toujours la joie du
Seigneur est la sienne.

Jésus parle encore de cette joie comme devant être


permanente chez le croyant. « Afin que ma joie soit (ou
demeure) en vous » – « Nul ne vous ravira votre joie ». Tant
de chrétiens ne le peuvent comprendre ; ils se figurent que
la vie chrétienne est une vie de continuelles alternatives de
joie et de tristesse, et ils vont jusqu’à en donner comme
preuve, les expériences de l’apôtre Paul. Mais la vie de Paul
est précisément, au contraire, l’exemple le plus frappant de
cette joie inaltérable. L’apôtre avait saisi le paradoxe de la
vie chrétienne où se trouvent à la fois, et souvent au même
moment, toutes les amertumes de la terre et toute la joie du
ciel. « Comme attristés et nous sommes joyeux », dit-il ; et,
par ces mots admirables, il nous enseigne comment la joie
de Christ peut triompher de la tristesse du monde, comment
elle peut nous faire chanter tout en pleurant, et nous
conserver, même dans l’épreuve, le sentiment d’une joie
inexprimable et glorieuse. La seule présence de Jésus suffit
pour rendre cette joie permanente « Je vous reverrai et votre
cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie ».
Comment l’âme qui se sent en Christ ne serait-elle pas
satisfaite et joyeuse ? Même lorsqu’elle pleure sur ses
péchés et sur le péché de ses semblables, une source de
bonheur jaillit de sa foi en la puissance et l’amour du Christ
pour sauver.

Jésus veut enfin que cette joie soit parfaite, Il le dit à trois
reprises durant la dernière nuit qu’il passe sur la terre.
D’abord dans la parabole du cep et des sarments : « Je vous
ai dit ces choses afin que votre joie soit parfaite ; et cette
parole se confirme, pour le chrétien, à chaque nouvelle
expérience qu’il fait du privilège de la communion de Jésus.
Puis à propos de l’exaucement de la prière (Jean 16.24) :
« Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit
parfaite ». En effet, pour celui qui juge spirituellement des
choses, une prière exaucée n’est pas seulement le don
d’une bénédiction particulière il y voit infiniment plus : c’est
pour lui un gage de sa communion avec le Père et le Fils
dans le ciel, une preuve qu’il est admis dans leur conseil ; et
encore là, quelle source d’ineffable joie ! Jésus y revient en
dernier lieu dans la prière sacerdotale (Jean 17.13) : « Je dis
ces choses afin qu’ils aient en eux ma joie parfaite ». La
contemplation de notre grand sacrificateur, se tenant en la
présence du Père pour intercéder continuellement en notre
faveur et poursuivre avec puissance son œuvre bénie, nous
donne l’assurance d’un salut complet, et par conséquent
une parfaite joie.

La joie de Christ lui-même, joie permanente, parfaite, telle


est la part du croyant qui demeure en lui. Pourquoi y en si
peu qui la désirent ? C’est que peu, même parmi les enfants
de Dieu, y croient. Au lieu de considérer la vie en Christ
comme le sort le plus heureux qu’il soit donné à l’homme
d’obtenir, ils l’envisagent comme une vie de tristesse et de
renoncement ; mais s’ils n’y voient que cela, c’est qu’ils ne
demeurent pas en Christ. Ceux qui acceptent une fois pour
toutes, sans réserve, la vie en Christ comme une source de
joie et de bénédiction, voient leur foi se changer en réalité,
et la joie du Seigneur devenir la leur.

C’est en terminant sa parabole du cep et du sarment, que


Jésus conclut par ces paroles : « Je vous ai dit ces choses,
afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit
parfaite ». Réclamons donc la joie comme un élément de la
vie du sarment, propre à rendre évidente à nos yeux la
suffisance de Christ pour répondre aux besoins de notre
âme. S’il y a des temps où cette joie du Sauveur abonde en
nous, rendons-en grâce à Dieu ; mais si, par moment, nous
la sentons moins vivement que nous le voudrions, rendons
également grâces pour la vie de bénédiction en vue de
laquelle nous avons été rachetés ; car, là encore, « il nous
sera fait selon notre foi ». Réclamons cette joie, non pas en
notre nom, mais au nom de Jésus qui l’a promise, et pour la
gloire du Père ; car il n’est pas possible d’accepter Jésus
dans son cœur, sans recevoir en même temps sa joie. C’est
pourquoi, « réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le
répète, réjouissez-vous ».
26 Demeurez en Christ
vous aimant les uns les
autres

« C’est ici mon commandement : Aimez-vous tes


uns les autres, comme je vous ai aimés »

Jean 15.12

« Comme le Père m’a aimé, je vous ai aimés ; comme je


vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». Dieu s’étant
fait homme, l’amour divin a habité dans un cœur humain ;
dès lors, les hommes ont pu s’aimer d’un amour divin, et
goûter sur la terre l’amour du ciel.

« C’est ici mon commandement, dit le Sauveur aimez-vous


les uns les autres, comme je vous ai aimés ». Voilà le
commandement par excellence, le résumé de tous les
autres ; aussi Jésus appelle-t-il « son commandement, le
commandement nouveau », destiné à mettre en évidence la
réalité de la nouvelle alliance et la puissance de la vie
nouvelle révélée en Jésus-Christ, destiné à devenir le signe
caractéristique et irrécusable du disciple de Christ. « À ceci,
tous les hommes connaîtront que vous êtes mes disciples »
– « Qu’eux aussi soient un en nous pour que le monde croie.
« Qu’ils soient parfaitement un et que le monde connaisse
que tu les a aimés, comme tu m’as aimé ». Et si
l’obéissance à ce commandement est pour le chrétien la
preuve qu’il est uni à Christ, elle est aussi pour lui le moyen
d’arriver à rendre cette union toujours plus parfaite.

Dieu est amour, et Christ est venu pour nous le révéler, non
sous la forme d’une doctrine abstraite, mais par sa vie. En
aimant des êtres indignes et ingrats, en s’abaissant jusqu’à
marcher parmi les hommes comme un serviteur, en se
livrant lui-même à la mort, Jésus a été la démonstration
vivante de l’amour de Dieu. Et maintenant ses disciples sont
appelés, à leur tour, à manifester au monde son amour en
vivant, et en aimant comme lui. Par leur ressemblance avec
le Sauveur, il faut qu’ils prouvent qu’ils sont animés de
l’Esprit qui animait Christ, qu’ils sont les membres d’un
même corps et unis entre eux malgré les diversités de
caractères ou de croyances, de langage ou de situations.
Leur vie d’amour est le témoignage essentiel du
christianisme, la preuve donnée au monde que Dieu a
envoyé son Fils et qu’il a répandu dans ses disciples le
même amour dont il l’a aimé.

Cet amour des disciples de Christ les uns pour les autres,
occupe la place intermédiaire entre leur amour pour Dieu et
leur amour pour les hommes. L’amour pour un Être invisible,
qui pourrait aisément rester une affaire de sentiment ou
même d’imagination, a l’occasion de s’exercer dans les
rapports des disciples entre eux, et de prouver sa réalité par
des actes que le Père accepte comme étant faits à lui-
même. Puis de cet amour fraternel naît celui pour tous les
hommes ; car, en s’aimant les uns les autres, les enfants de
Dieu se forment à aimer leurs semblables encore éloignés
de Christ, non plus par sympathie naturelle, mais de cet
amour sanctifié qui s’attache aux plus indignes, au nom de
Jésus, et supporte ceux qui ont le moins d’attraits.

Jésus nous présente, dans ses rapports avec ses disciples, le


modèle de cet amour fraternel. Si nous étudions son esprit
de support et de pardon, sa patience, son humilité, la
douceur et la charité avec lesquelles il se fait serviteur pour
gagner à lui les pécheurs, nous l’écouterons Volontiers
quand il nous dit : « je vous ai donné un exemple, afin que
vous fassiez comme je vous ai fait ». (Jean 13.15). En
suivant ses traces, le disciple ne vit plus pour lui-même,
mais pour les autres ; son langage respire la bonté ; car
l’amour lui interdit toute parole contraire à la charité. Non
seulement il ne sait pas médire, mais, plus jaloux de la
réputation de son frère que de la sienne, il refuse même de
supposer le mal ou d’y prêter l’oreille ; car, pour ce qui le
concerne, il peut s’en remettre au Père, tandis qu’il est
responsable de son frère devant le Père. L’amour divin,
répandu dans son cœur, éclate dans sa vie en douceur, en
bonté, en affection, en générosité, en dévouement, en
bienfaisance, comme dans la vie de Jésus.

Aimer comme Christ a aimé ! Notre cœur ne s’émeut-il pas à


la pensée du privilège immense auquel nous sommes
appelés, de refléter l’amour éternel ? Ou bien serions-nous
peut-être tentés de soupirer de ce que Dieu nous propose
un degré si élevé de perfection ? Gardons-nous-en ; car nous
avons précisément, là un gage précieux de l’amour du Père,
qu’il veuille nous rendre semblables à Christ, comme Christ
lui est, semblable. Et si Jésus a rattaché si intimement le
commandement de nous aimer les uns les autres, à sa
parabole du cep et des sarments, c’est pour nous donner à
entendre qu’en demeurant en lui, nous serons capables
d’aimer comme lui. Ce commandement est donc un
nouveau motif pour nous de vivre en Christ et dans son
amour infini, afin de recevoir de sa plénitude la faculté
d’aimer. Dans ces conditions, le commandement qui nous
était à charge devient une source de joie.

L’amour pour nos frères n’est-il pas un de ces nombreux


fruits que Jésus nous a promis, une grappe d’Escol par
laquelle nous pouvons prouver aux autres que le pays de la
promesse est bien un bon pays ? Faisons passer dans la
pratique de tous les jours, en toute honnêteté et simplicité,
les choses que nous professons par le langage de la foi et
de l’enthousiasme chrétien, afin que les hommes voient et
croient. Apportons à Jésus tout ce qui, dans nos caractères
et dans nos vies, fait obstacle à cet amour fraternel. Il peut
nous rendre doux et patients, diriger nos paroles, retenir nos
lèvres, nous donner cette charité qui refuse de s’offenser,
qui est toujours prête à excuser, à supporter et à espérer le
bien cet amour qui ne se cherche pas lui-même, mais qui
est toujours disposé à laver les pieds des autres et à se
donner pour eux. Plaçons-nous comme des écoliers dociles
sous la direction du Saint-Esprit : la vie la plus ordinaire peut
être transfigurée par l’éclat d’une beauté céleste, quand
l’amour divin brille à travers notre frêle humanité.
Loin de nous plaindre, rendons grâce à Dieu de ce que nous
sommes appelés à aimer comme Jésus aime, comme Dieu
aime ! Louons-le de ce que nous le pouvons. Oui, la nouvelle
nature, la nature sainte dont nous sommes revêtus par
notre union au divin Cep, peut aimer comme il a aimé.
Fortifions cette nouvelle nature en demeurant en Christ et
dans son amour.
27Demeurez en Christ,
afin que vous ne péchiez pas

« Il n’y a point en lui de péché. Quiconque


demeure en lui ne pèche point »

1 Jean 3.5, 6

Lorsque l’apôtre prononça les paroles de notre texte, il


venait de dire : « Vous savez que Jésus a paru pour ôter les
péchés. Ce rapprochement montre que le but de
l’incarnation du Fils était de délivrer, non seulement du
péché, mais aussi de la puissance du péché, en sorte que le
croyant ne pèche plus. C’est la sainteté personnelle de
Christ qui lui permet d’accomplir cette œuvre ; admettant
les pécheurs dans une communion de vie avec lui-même il
rend, par cette union, leur vie semblable à la sienne. « Si la
racine est sainte, les branches le sont aussi ».

« En lui, il n’y a point de péché. Quiconque demeure en lui


ne pèche point ». Tant que le croyant demeure en Christ, et
dans la mesure où il y demeure, il ne pèche pas.

Mais aussitôt se pose la question : comment ceci peut-il


s’accorder avec l’enseignement de la Bible sur la corruption
inhérente à notre nature humaine, ou avec ce que Jean lui-
même affirme, quand il dit : « Si nous disons que nous
n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes ;
et si nous disons que nous n’avons pas péché, sa parole
n’est point en nous ? » (1 Jean 1.8-10) C’est précisément ce
passage, étudié avec soin, qui fera comprendre le vrai sens
du texte qui nous occupe. Ces deux expressions : « Si nous
disons que nous n’avons pas le péché », (vers. 8), et : « Si
nous disons que nous n’avons pas péché » (vers. 10), ne
sont pas équivalentes. Avoir du péché signifie : avoir une
nature pécheresse. Le croyant le plus fidèle doit confesser à
chaque instant que le péché est en lui, dans sa chair, en
laquelle n’habite aucun bien. Pécher, ou commettre le
péché, est tout autre chose ; c’est céder à la nature de
péché et tomber dans la transgression positive. Ainsi, tout
vrai croyant doit admettre deux choses : la première, que le
péché est encore en lui (vers. 8), la seconde, que le péché
s’est pendant un temps manifesté par des actes de péché
(vers. 10). Aucun croyant ne peut dire : je n’ai point de
péché, et encore moins : je n’ai jamais péché. Mais nous ne
devons pas nécessairement avoir à confesser que nous
péchons actuellement, Dieu ne l’attend pas de nous,
quoique nous ayons le péché actuellement en nous ; la
confession d’avoir péché se rapporte au passé. D’après le
chapitre 2, verset 1, il se peut que nous ayons aussi à
confesser des péchés actuels, mais, encore une fois, ce
n’est pas une nécessité. Et nous voyons ainsi comment la
confession la plus sincère de péchés passés (comme celle
de Paul reconnaissant qu’il a été un persécuteur), et le
sentiment profond d’avoir encore une nature corrompue,
peuvent s’accorder avec d’humbles, mais joyeuses actions
de grâce à Celui qui préserve de chutes.

Mais, dit-on, comment un croyant, ayant le péché habitant


en lui, peut-il ne pas pécher ? La réponse à cette objection
se trouve dans ces paroles : « En lui, il n’y a point de péché.
Quiconque demeure en lui ne pèche pas ». Quand le croyant
demeure en Christ dans une union constante, il est gardé
par le Seigneur, qui tient en échec la vieille nature, si bien
qu’elle ne peut reprendre sa domination sur l’âme.
Malheureusement, la plupart des chrétiens demeurent en lui
d’une manière si incomplète et si intermittente, que le
péché reprend constamment son ascendant et assujettit
l’âme tout à nouveau. La promesse faite à la foi est bien :
« Le péché n’aura point de pouvoir sur vous ; » mais elle est
accompagnée du commandement « Que le péché ne règne
point dans votre corps ». Le croyant qui réclame la
promesse avec une foi pleine et entière, est rendu capable
d’obéir au commandement, et le péché ne peut exercer son
pouvoir sur lui. L’ignorance de la promesse, l’incrédulité, ou
encore l’absence de vigilance, ouvrent la porte au péché ;
mais que le croyant recherche une communion permanente
avec Celui qui est saint, il le sauvera effectivement de toute
transgression, non pas assurément en le délivrant de sa
nature pécheresse, mais en l’empêchant de lui céder.
« Quiconque demeure en lui ne pèche pas ».

On parle de jeunes lions que rien ne peut dompter, si ce


n’est l’œil de leur gardien. En sa présence, malgré leur
naturel féroce et leur soif de sang, ils sont soumis et
tremblants, au point qu’on peut s’approcher d’eux sans
crainte ; mais loin de leur gardien, on n’ose les aborder. Il en
est de même du croyant ; il peut avoir le péché en lui, et
pourtant ne pas pécher. Sa nature corrompue, sa chair n’est
pas changée dans son inimitié contre Dieu ; mais elle est
domptée par la présence de Jésus, auquel il se confie avec
foi. L’union avec Christ est donc le secret de la vie sans
péché « En lui, il n’y a point de péché ».

Mais encore, en admettant en principe qu’on soit gardé de


péché par la communion constante et complète avec Jésus,
cette communion peut-elle se réaliser, pouvons-nous
prétendre à la possibilité de demeurer en Christ, même un
seul jour, de telle sorte que nous puissions être préservés
de toute chute ? Nous avons déjà répondu à cette objection ;
et, du reste, la question, pour quiconque la pose et la
considère avec droiture, renferme elle-même la réponse.
Quand Christ nous commande de demeurer en lui, nous
promettant des fruits abondants à la gloire du Père et
l’exaucement de nos prières, peut-il avoir autre chose en
vue que l’union parfaite du sarment au cep ? Quand il
promet de demeurer en nous, qu’entend-il, sinon que sa
présence en nous sera la présence même de la puissance et
de l’amour divin Et cette manière de délivrer du péché,
n’est-elle pas tout à sa gloire, nous maintenant toujours
humbles et dépendants dans le sentiment de notre nature
corrompue, vigilants et actifs dans la crainte du pouvoir
redoutable qu’elle exerce, et en même temps confiants
dans la pensée que la seule présence de Jésus peut la tenir
en échec ?
Oui, n’en doutons plus : si nous ne pouvons être affranchis
du monde et de ses tribulations, de notre nature corrompue
et de ses tentations, Jésus nous assure du moins la grâce de
pouvoir demeurer pleinement en lui, pour être préservés de
tout mal.

Nourrissez-vous de cette promesse, et croyez, sans vous


inquiéter de savoir s’il vous sera possible d’être à l’abri du
péché votre vie entière. La foi doit vivre au jour le jour et ne
se préoccuper que du moment présent. Si vous croyez que
Jésus peut vous garder présentement de toute
transgression, cela suffit ; allez de l’avant avec une
confiance toujours renouvelée. Et qu’au lieu de vous
décourager, les chutes et les péchés servent à vous faire
rechercher, avec plus d’ardeur, votre force et votre salut
dans la communion de l’Homme-Dieu. Vous pouvez faire des
progrès étonnants dans cette voie-là, pourvu que vous vous
remettiez entièrement aux mains de Dieu pour être gardés
par lui de pécher, et que vous persévériez dans la foi.

Considérez la, nature sainte de Jésus homme, comme la


nature même dont il veut nous rendre participants avec lui,
et vous découvrirez qu’il y a quelque chose de mieux encore
que d’être préservé de pécher, de plus élevé que
l’abstention du mal : c’est la bénédiction bien plus grande
d’être, dès maintenant, un vase purifié, sanctifié rempli de
la plénitude de Jésus, l’instrument par lequel il manifeste sa
puissance et sa gloire.
Le péché journalier est-il
inévitable ?

(Fragment tiré de Christ and the Church. Sermons de A.


Saphir).

Comment se fait-il que, possédant un Sauveur dont l’amour


et la puissance sont infinis, nous soyons si souvent remplis
de crainte et de désespoir, las et languissants dans nos
esprits ? Parce que nous ne regardons pas fermement à
Jésus, l’auteur et le consommateur de la foi, assis à la droite
de Dieu, dont la toute-puissance embrasse le ciel aussi bien
que la terre, et qui la déploie dans ses faibles enfants.

Nous nous rappelons notre faiblesse, et nous oublions sa


toute-puissance ; nous reconnaissons que sans Christ nous
ne pouvons rien, et nous ne sayons pas nous élever ou nous
abaisser jusqu’à dire dans l’humilité chrétienne : « Je puis
tout par Christ qui me fortifie ». Nous nous confions dans ni
vertu de la mort de Jésus pour effacer notre culpabilité et
nous n’entretenons pas en nous une foi confiante, digne de
la toute-puissance du Sauveur vivant pour nous délivrer de
l’esclavage et de la puissance du péché dans notre vie
journalière. Nous oublions que Christ travaille puissamment
en nous et que, étant un avec lui, nous possédons une force
suffisante pour surmonter toute tentation. Ou bien, perdant
de vue notre néant, nous avons la présomption de croire
que, par nos propres forces, nous pouvons vivre sans péché,
accomplir nos devoirs, supporter nos épreuves ; ou bien,
nous ne réclamons pas la toute-puissance de Jésus, qui seul
peut s’assujettir toutes choses, et nous garder des infirmités
et des chutes journalières que nous croyons être une
nécessité. Si réellement nous nous appuyions en toutes
choses et en tout temps sur Christ, nous gagnerions aussi la
victoire en toutes choses et en tout temps, par Celui dont la
puissance est infinie et qui est établi par le Père pour être le
Chef de notre salut. Alors, toutes nos actions se feraient
noie seulement devant Dieu, mais en la gloire du Père, et au
nom de Jésus, notre sanctification. Rappelons-nous que
toute puissance lui est donnée dans le ciel et sur la terre, et
vivons dans un continuel exercice de foi en sa vertu infinie.
Travaillons à nous convaincre que nous n’avons rien et ne
sommes rien ; qu’en lui-même l’homme n’a pas la vie pour
porter du fruit, mais que Christ est tout ; qu’en demeurant
en lui et en gardant sa Parole, nous pouvons porter
beaucoup de fruits.
28 Demeurez en Christ
votre force

« Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la


terre »

Matthieu 28.18

« Fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force


toute-puissante »

Éphésiens 6.10

« Ma puissance s’accomplit dans la faiblesse »

2 Corinthiens 12.9

Nous reconnaissons aisément notre complète faiblesse,


mais nous ne comprenons pas toujours le rôle qu’elle doit
jouer dans notre vie. Ici, comme ailleurs, les pensées de
Dieu sont élevées au-dessus des pensées de l’homme,
autant que les cieux sont élevés au-dessus de la terre.

Souvent le chrétien cherche à oublier sa faiblesse, il veut la


vaincre, en être délivré. Dieu veut, au contraire, que nous
nous la rappelions, que nous la sentions profondément ; il
veut que nous y demeurions et même que nous nous
réjouissions en elle. Le chrétien gémit de sa faiblesse, mais
Christ enseigne à ses disciples à dire : « Je me plais dans les
faiblesses ; je me glorifierai bien plus volontiers de mes
faiblesses ». Le chrétien la considère comme le plus grand
obstacle qui l’empêche de vivre pour son Dieu ; et Dieu nous
dit qu’elle est le secret de la force et du succès. C’est notre
faiblesse, franchement reconnue, qui nous donne droit et
accès à la force de celui qui a dit : « Ma puissance
s’accomplit dans la faiblesse ».

Une des dernières paroles de notre Seigneur, alors qu’il


allait prendre place sur le trône de Dieu, fut celle-ci : « Tout
pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre ». La toute-
puissance allait être conférée au Fils de l’homme, afin que,
désormais, elle pût se manifester par l’intermédiaire de la
nature humaine ; c’est pourquoi Jésus rapproche ce fait de la
promesse qu’il fait à ses disciples de participer à cette
toute-puissance « Quand je serai monté au ciel, vous serez
revêtus de la puissance d’en haut ». (Luc 24.49; Actes 1.8).
C’est dans le Sauveur siégeant, à la droite du Père que le
croyant doit chercher sa force.

C’est là que les disciples la trouvèrent après dix jours de


prières et de consécration, pendant lesquels leurs âmes
s’affermirent dans une communion toujours plus intense
avec Jésus assis sur le trône de Dieu, ils furent revêtus de
force, au dedans pour vaincre le péché, au dehors pour
annoncer Jésus-Christ.

La puissance d’en haut vint les qualifier en vue de la


mission qu’ils avaient acceptée, de rendre témoignage à
leur Maître ressuscité. Pour les uns, le témoignage consistait
surtout en une vie sainte révélant le ciel et le Christ d’où
cette vie procédait, manifestant la puissance de Jésus
glorifié pour donner la victoire sur le péché et faire vivre les
hommes dans la sainteté au milieu du monde ; d’autres
devaient ajouter à ce témoignage celui de la parole et
consacrer leur vie à parler au nom de Jésus. Mais aux uns et
aux autres, cette vertu d’en haut était indispensable pour
prouver au monde que Jésus avait bien reçu du Père tout
pouvoir dans le ciel et sur la terre, pour démontrer que le
royaume de Dieu auquel ils professaient d’appartenir, ne
consiste pas en paroles seulement, mais en force. Et cette
force fut sentie même par ceux qui refusaient de s’y
soumettre. (Actes 2.43; 4.13; V, 13)

Ce que Jésus fut pour ses premiers disciples, il l’est pour


nous aussi. Notre vie entière aussi bien que notre vocation
comme disciples, ont leur origine et leur garantie dans cette
parole : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la
terre ». Ce qu’il accomplit en nous et par nous, doit porter le
sceau de sa toute-puissance. Aussi, le croyant le plus faible
qui demande d’être gardé du péché, de croître dans la
sainteté, de porter beaucoup de fruits, peut avoir la
confiance, comme membre du corps de Christ, que ses
requêtes seront exaucées avec une puissance toute divine.

Et si nous demandons comment la puissance nous est


donnée, la réponse est simple : Christ nous la donne, ainsi
qu’aux premiers disciples en établissant en nous sa propre
vie par son Saint-Esprit, et non pas, comme beaucoup le
croient, en venant seulement en aide à nos faibles efforts. Il
ne supprime pas le sentiment de notre faiblesse ; au
contraire, chose merveilleuse, en laissant et même en
développant en nous le sentiment d’une totale impuissance,
il nous donne, en même temps, conscience d’une grande
force en lui.

« Nous portons ce trésor dans des vases de terre, afin que


cette grande puissance soit attribuée à Dieu et non pas à
nous ». La faiblesse et, la force marchent de front ; si le
sentiment de l’une augmente, le sentiment de l’autre
augmente aussi, jusqu’à ce qu’enfin nous puissions dire
avec saint Paul : « Lorsque je suis faible, c’est alors que Je
suis fort ; je me glorifierai bien plus volontiers de mes
faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi ».

Le chrétien vivant apprend à considérer en Christ assis sur


le trône de Dieu, la position qui lui est acquise à lui-même ;
il contemple cette vie pure et sans tache dans sa puissance
et dans sa gloire ; il y voit la vie éternelle dans l’homme
glorifié. Et si, faisant un retour sur lui-même, il soupire après
la sainteté, après la force d’être agréable à Dieu et de faire
sa volonté, il sait qu’il n’a qu’à lever les yeux sur Christ, sa
vie, qui accomplira en lui tout ce qui lui manque. C’est à
Christ revêtu de force qu’il s’attend en toute occasion, dans
les petites choses comme dans les grandes, pour être gardé
du mal d’instant en instant, ou pour lutter contre une
difficulté contre une tentation particulière. Sa vie devient
ainsi de plus en plus paisible et joyeuse, non qu’il sente plus
de force, mais parce qu’il a en lui-même toujours la victoire
en son Sauveur.
Oui, notre force est en Christ, prête à nous être
communiquée dans la mesure où nous la réclamerons, et où
elle trouvera notre foi disposée à la recevoir. Elle est là, que
nous en usions ou non. Le Père a donné à Jésus tout pouvoir
dans le ciel et sur la terre, par conséquent sur nos cœurs et
sur nos vies, ainsi que sur les puissances qui les
assujettissent, afin qu’il soit pour nous un Sauveur parfait.

Et cette puissance pénètre en nous par notre communion


avec lui. Si la communion est faible et peu goûtée, sa force
ne sera communiquée que dans une faible mesure ; mais si
nous cultivons cette union avec joie, comme notre plus
grand bien, étant prêts à tout sacrifier pour la conserver,
« sa puissance s’accomplit dans notre faiblesse ». Notre
unique soin doit donc être de demeurer en Christ, notre
force, de « nous fortifier dans le Seigneur et par sa force
toute-puissante ».

Cherchons, par la foi, à acquérir une connaissance toujours


plus claire et plus profonde, une expérience toujours plus
parfaite de l’infinie grandeur de la puissance de Dieu dans
ceux qui croient, de cette puissance du Christ ressuscité et
glorifié, par laquelle il triomphe de tous les ennemis.
(Éphésiens 1.19-24). Acceptons, par la foi, ce plan
admirable de Dieu : en nous, rien que faiblesse, en Christ, la
toute-puissance. Ne regardons plus à nous-mêmes, mais
seulement à Christ, et nous arriverons à dire : « Je puis tout
par Christ qui me fortifie ».
29 Demeurez en Christ et
non en vous-mêmes,

« Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi »

Romains 7.18

Avoir la vie en soi, est le privilège de Dieu seul, et du Fils à


qui le Père l’a aussi donné. Quant à la créature, sa gloire est
de chercher sa vie en Dieu. Le crime et la folie de l’homme
pécheur est de vivre pour lui-même et en lui-même, tandis
que le croyant trouve le bonheur en vivant en Christ et pour
Dieu. « Si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit
en moi. Non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est
avec moi ». Tel est le témoignage de tous ceux qui ont
connu le bienfait de la vie de la foi, qui ont su haïr, perdre
leur vie, y renoncer pour recevoir à la place la vie sainte de
Christ. Il n’y a qu’un chemin pour arriver à la vraie vie, à la
vie en Christ, celui de la crucifixion, que notre Sauveur lui-
même a suivi.

Il est rare que nous le comprenions au début de notre vie


chrétienne. Dans la joie du pardon, nous nous sentons
pressés de vivre pour notre Sauveur ; et nous croyons
qu’avec l’aide de Dieu, nous en serons capables, ignorant
encore la terrible inimitié de la chair contre Dieu et sa
résistance absolue, même chez le croyant, à se soumettre à
sa loi ; ignorant aussi que la mort seulement, et la
soumission implicite à la mort de tout ce qui tient à notre
nature, rend possible en nous la vie divine et la
manifestation de sa puissance. Mais les chutes
douloureuses se chargent bientôt de nous montrer combien
la connaissance que nous avons de Christ pour le salut est
insuffisante ; elles font naître en nous un ardent désir de
mieux connaître notre Sauveur. Quand Jésus voit paraître ce
désir, il nous montre avec amour sa croix nous avons reçu là
notre titre à la vie par la foi à sa mort expiatoire ; c’est là
aussi que nous devrons faire une expérience plus complète
de cette vie. Alors se pose pour nous la question de savoir si
nous sommes réellement décidés à boire la coupe que Jésus
a bue, à être crucifiés avec lui. De fait, nous sommes, en lui,
déjà crucifiés et morts, c’est-à-dire que, sans en avoir
conscience, à partir de notre conversion, nous sommes
devenus participants de sa mort ; mais ce qu’il faut
maintenant, c’est de donner à ce que nous avons reçu sans
le comprendre, notre libre et entier consentement par un
acte volontaire, reconnaissant vouloir mourir avec Christ au
péché.

C’est un moment solennel pour le croyant que celui où cette


question s’impose à lui. Devant elle, plus d’un recule et
souvent ne la comprend pas. Nombre de chrétiens
s’accoutument si bien à la médiocrité, à une vie de chutes
continuelles, qu’ils désirent à peine une délivrance ; ils
n’osent même pas croire à la possibilité de la sainteté, de
notre parfaite conformité avec Jésus et de notre communion
ininterrompue en son amour. Or, là où il n’y a pas un besoin
intense d’être préservé d’une manière absolue du péché et
d’entrer dans l’union la plus étroite avec le Sauveur, la
pensée d’être crucifié avec lui ne peut trouver accès. Ces
chrétiens-là ne voient dans la crucifixion que honte et
souffrances, et il leur suffit que Jésus ait porté la croix pour
leur gagner la couronne qu’ils espèrent porter eux-mêmes
un jour.

Le croyant, avide de sainteté, considère tout autrement la


crucifixion. Il sait, par d’amères expériences que son plus
grand obstacle pour la vie d’abandon et de confiance en
Christ c’est lui-même, son moi, qui tantôt refuse de se
soumettre, tantôt entrave par ses vains efforts l’œuvre de
Dieu en lui. Il sent que la vie en Christ lui restera
inaccessible tant que ce moi, cette volonté propre et ses
œuvres ne seront pas remplacées par Christ, par sa volonté
et par ses œuvres ; et cette question : Veux-tu mourir à toi-
même ? devient pour lui la question vitale.

Étant nés de Dieu, vous êtes déjà en Christ morts au péché


et vivants à Dieu. Mais êtes-vous prêts par la puissance de
cette mort, à mortifier vos membres, à renoncer
complètement à votre vieil homme, à le clouer sur la croix
jusqu’à son entière destruction ? Vous demandez peut-être
si c’est réellement là ce qui est réclamé du croyant ? Notre
nature n’est-elle pas l’œuvre de Dieu, et nos forces
naturelles ne peuvent-elles pas être sanctifiées pour son
service ? Oui, elles le peuvent ; mais seulement en étant
soustraites à la domination du moi, pour être placées sous
la puissance de la vie de Christ. (Romains 6.18 ; 12.1).
Ce n’est que par une mortification complète du moi que les
forces merveilleuses que Dieu nous a dispensées pour le
servir, nos dons, nos talents, tout en nous, peut lui être
entièrement consacré. Lors même qu’il est impossible, tant
que nous sommes dans la chair, de dire que le moi est mort,
cependant, quand nous avons permis à la vie de Christ de
prendre pleine possession de nous, il peut être, par la toi,
maintenu sur la croix et subir sa sentence de mort si
réellement, qu’il n’aura plus sur nous aucune puissance,
même momentanée. Jésus-Christ étant devenu notre
second nous-mêmes, ce n’est plus nous qui vivons, mais
Christ en nous.

Cette rupture avec nous-mêmes qui est une condition


indispensable à notre communion avec Christ, Christ
l’accomplit chez quiconque lui permet de le faire, et il
promet de remplir de sa présence celui qui est disposé à le
recevoir. Ne reculez donc plus devant le sacrifice, dans la
crainte de ne pouvoir y persévérer ; mais appuyez-vous sur
la promesse qu’il vous fait de vivre en vous à votre place.
Faites cette expérience que vous êtes morts à vous-mêmes :
le moi subsiste encore, mais il n’a plus aucun pouvoir sur
vous, c’est-à-dire sur votre nature renouvelée, sur le nouvel
homme né en Christ, sauf lorsque dans l’ignorance, la
négligence ou l’incrédulité, vous consentez à céder à son
autorité usurpée (Romains 6.11). Acceptez simplement, en
sincérité de cœur, par la foi, la glorieuse position qui vous
est faite en Christ, sachant que votre vieil homme a été
crucifié avec lui, pour que vous ne soyez plus esclaves du
péché (Romains 6.6), et vivez comme ayant en vous la vie
en Christ qui est « un esprit vivifiant ». (Romains 6.7).
Demeurez en Christ dans cette conviction, reposez-vous sur
lui ; mais aussi veillez constamment avec un saint
tremblement sur l’ennemi, le moi, qui cherche à reprendre
vie et ne cesse de vous solliciter de lui donner du relâche.
Réfugiez-vous en Christ. Mettez votre être tout entier à sa
disposition, il vous enseignera à être humbles et vigilants,
heureux et confiants. Et dans la paix de cette nouvelle vie,
vous éprouverez une joie constante, sans cesse renouvelée
en constatant la transformation merveilleuse opérée en
vous par ce renoncement à vous-mêmes pour ne vivre que
de Christ seul.
30 Demeurez en Christ le
garant de l’alliance

« Jésus est le garant d’une alliance plus


excellente »

Hébreux 7.22

Les Écritures parlent de l’ancienne alliance comme n’étant


pas sans défaut, et Dieu se plaint de ce qu’Israël n’y a pas
persévéré, en sorte qu’il a dû les rejeter (Hébreux 8.7-9). Le
but de cette alliance, qui était d’unir Israël à Dieu, n’avait
pas été atteint. C’est pourquoi Dieu promet de faire une
nouvelle alliance, plus excellente que la première et propre
à accomplir son dessein, assurant la fidélité réciproque de
Dieu et de son peuple. D’une part il dit « Je mettrai mes lois
dans leur esprit », ainsi la fidélité du peuple est assurée
pour toujours ; et d’autre part « Je n e me souviendrai plus
de leurs péchés », la fidélité de Dieu est garantie à
perpétuité. (Voyez Hébreux 8.10-12) Un Dieu qui pardonne
et un peuple qui obéit, tels sont les deux éléments qui
doivent se rencontrer et s’unir éternellement dans l’alliance
nouvelle. Ce qui en fait la valeur, c’est que Jésus en est le
garant : « Jésus est le garant d’une alliance plus excellente ».
Vis-à-vis de l’homme, il se fait, comme Fils de Dieu, garant
de la fidélité du Père à remplir ses engagements, en sorte
que l’homme peut compter sur le pardon de Dieu et
accepter l’alliance -sans crainte de l’abandonner. Comme
Fils de l’homme, Jésus se fait, vis-à-vis de Dieu, garant de la
fidélité de l’homme à remplir son mandat, en sorte que Dieu
peut répandre sur lui les bénédictions de l’alliance. Étant un
avec Dieu et un avec nous, Jésus, l’Homme-Dieu, est
doublement garant de cette alliance nouvelle. Il est dès lors
aisé de comprendre que c’est dans la mesure où nous
demeurerons en Jésus, garant de l’alliance, que les
conditions et les bénédictions de cette alliance se
réaliseront en nous.

Nous le comprendrons encore mieux en considérant la


nouvelle alliance à la lumière d’une des promesses qui s’y
rapportent, celle de Jérémie 32.40, par exemple : « Je
traiterai avec une alliance éternelle, je ne me détournerai
plus d’eux, je leur ferai du bien, et je mettrai ma crainte
dans leur cœur, afin qu’ils ne s’éloignent pas de moi ».

Avec quelle admirable condescendance Dieu infini s’abaisse


jusqu’à notre faiblesse ! Lui, le Dieu fidèle, immuable, dont
la parole est la vérité, il donne aux héritiers de la promesse
un gage de la sûreté de son conseil, il s’engage lui-même à
ne jamais varier : « Je traiterai une alliance éternelle, je ne
me détournerai plus d’eux ». Heureux celui qui s’approprie
Si complètement cette promesse, qu’il y trouve son repos !

Mais dans une alliance, il y a deux contractants ; et qu’en


sera-t-il si l’homme est infidèle ou fait défaut ? Par lui-
même, il est incapable de donner une garantie de sa
fidélité ; mais Dieu y pourvoit. Dans cette nouvelle alliance,
il s’engage, non seulement à ne pas se détourner de son
peuple, mais aussi à mettre sa crainte dans leur cœur, afin
qu’ils ne s’éloignent pas de lui : « Je ferai que vous suiviez
mes ordonnances et que vous observiez et pratiquiez mes
lois ». (Ézéchiel 36.27). Heureux encore celui qui comprend
cette condition de l’alliance ! Le salut de l’homme est donc,
non pas de faire avec son Dieu une alliance qu’il romprait
constamment, mais simplement d’entrer dans celle où Dieu
s’engage à le maintenir, en sorte qu’il n’a qu’à accepter la
promesse de Dieu et attendre en assurance son
accomplissement.

L’œuvre de Jésus, donnée par le Père comme garant,


commence précisément là. C’est à lui que le Père a dit : « Je
t’établirai pour traiter une alliance avec le peuple ». Et le
Saint-Esprit rend d’autre part ce témoignage que « toutes
les promesses de Dieu sont oui en lui et amen en lui, afin
que Dieu soit glorifié par nous ». (2 Corinthiens 1.29). Ainsi
le croyant, qui demeure en Christ, possède en lui
l’assurance de l’inviolabilité de cette alliance et de
l’accomplissement de chacune des promesses qu’elle
renferme.

« Christ est le garant d’une alliance plus excellente ». C’est


comme notre Melchisédec que Christ est garant (Voyez
Hébreux 7). Aaron et ses fils sont morts, mais de Christ il est
dit qu’il est vivant, Il est sacrificateur pour toujours « selon
la puissance d’une vie impérissable ». « Parce qu’il demeure
éternellement, il possède un sacerdoce qui n’est pas
transmissible. C’est aussi pour cela qu’il peut sauver
parfaitement étant toujours vivant pour intercéder ». Voilà
ce qui rend sa garantie efficace. Sa sainte présence devant
le Père et son intercession permanente nous rendent
participants de la vie céleste avec ses bénédictions et ses
puissances. Comme garant de la faveur du Père à notre
égard, il ne cesse de prier pour nous ; comme notre garant
devant le Père, il ne cesse de travailler en nous et de nous
révéler le Père.

Le mystère de la sacrificature selon l’ordre de Melchisédec,


que les Hébreux ne pouvaient saisir, est le mystère de la vie
de résurrection (Hébreux 5.10-14). La nature même de cette
sacrificature éternelle de Jésus notre garant, explique
comment nous pouvons demeurer en lui d’une manière
constante. S’il plaide sans cesse pour nous. l’exaucement
de ces intercessions descend continuellement sur nous ; et
comme il est répondant de l’accomplissement de cette
promesse de l’alliance : « Je mettrai ma crainte dans leur
cœur, afin qu’ils ne s’éloignent pas de moi », il ne peut nous
abandonner un seul instant à nous-mêmes sans manquer à
son mandat. Notre incrédulité peut mettre obstacle pour
nous à la réalisation de la promesse ; mais lui ne peut être
infidèle. Contemplons-le dans la gloire de cette vie éternelle
qui lui a valu son titre de souverain sacrificateur, et notre foi
se fortifiera, et nous croirons que nous sommes bien
réellement appelés à vivre constamment en lui.

Quand nous saisissons parfaitement ce qu’est Jésus et ce


qu’il est pour nous, il nous devient naturel et simple de
demeurer en lui dans tous les moments et toutes les
circonstances de la vie ; quelle que soit notre disposition,
nous trouvons en lui ce qu’il nous faut. Dans les moments
de communion directe, nous nous reposons sur lui comme
notre Sauveur, notre garant, vivant éternellement. Dans nos
moments de faiblesse, d’obscurité, de crainte, nous
regardons à lui comme à notre Souverain sacrificateur,
revêtu de la puissance d’une vie qui n’a ni fin ni variation. Et
quand la communion directe doit faire place aux
occupations indispensables de la vie, nous pouvons encore
nous reposer sur lui pour nous représenter devant le Père,
et compter sur sa puissance pour nous garder en lui.
31 Demeurez en Christ
glorifié

« Votre vie est cachée avec Christ en Dieu.


Quand, Christ votre vie paraîtra, alors vous
paraîtrez aussi avec lui dans la gloire »

Colossiens 3.3-4

La communion avec Christ crucifié nous apprend à être


crucifiés avec lui et réellement morts au péché. La
communion avec Christ ressuscité et glorifié nous rend de
même participants de sa vie de résurrection et de la gloire
dont il a été couronné dans le ciel. Les bienfaits que l’âme
retire de cette vie en Christ glorifié sont immenses.

Vie de victoire et de paix. Sur la terre, le Fils de Dieu avait à


souffrir, à lutter : il pouvait être tenté, assailli par le péché ;
ressuscité, il est victorieux du péché glorifié, il est revêtu
dans son humanité, de la gloire divine. En demeurant en
Jésus comme étant glorifiés avec lui, nous savons par
expérience que la puissance du péché est bien réellement
détruite ; l’assurance que notre délivrance complète,
éternelle, est un fait accompli, s’empare de notre âme et la
remplit d’une paix toujours croissante.
Vie aussi de pleine communion avec l’amour et la sainteté
du Père. Jésus considérait sa mort comme un retour au
Père : « Je m’en vais au Père », disait-il. « Glorifie-moi auprès
de toi-même de la gloire que j’avais auprès de toi ». Si nous
cherchons quel avantage nous retirons de notre union avec
Christ glorifié, nous voyons que la gloire et la joie du Fils
sont dans la présence lumineuse du Père où tout est
sainteté, parfaite harmonie ; et le croyant, sanctifié par
cette sainte communion, connaît, par expérience, la
présence de Dieu ; il sent l’accord s’établir de plus en plus
entre la volonté du Père et la sienne ; car la vie de Jésus
ressuscité est la puissance qui détruit en nous le péché.

Vie d’activité, d’amour et de bienfaisance. Du trône où il est


assis, Jésus dispense ses dons, répand son Esprit, travaille
avec les siens et ne cesse de veiller avec amour sur eux.
Nous ne pouvons être unis à lui dans sa gloire sans nous
sentir nous-mêmes remplis de zèle et fortifiés pour
accomplir son œuvre, son Esprit et son amour nous
communiquant la volonté ci la force d’être en bénédiction
aux autres ; car Jésus est monté au ciel dans le dessein
même d’obtenir la puissance de bénir abondamment ; et,
comme le Cep divin, il bénit par le moyen de ses disciples,
les sarments.

Vie, enfin, d’attente et d’espérance glorieuses. Jésus est


assis à la droite de Dieu, attendant que ses ennemis soient
mis sous ses pieds, le regard fixé vers le temps où il recevra
sa pleine récompense, quand sa gloire sera manifestée et
que son peuple sera pour toujours avec lui dans cette gloire.
L’espérance de Christ est celle de ses rachetés. « Je
reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je
suis vous y soyez aussi ». (Jean 14.3). Cette promesse est
aussi précieuse à Jésus qu’à nous : la joie de la rencontre est
aussi grande pour l’époux qui vient que pour l’épouse qui
attend. Et le croyant, intimement uni à Christ, s’en réjouit,
non pas tant en vue de son bonheur personnel, que comme
un sujet fidèle à son roi qu’il lui tarde de voir venir dans la
gloire, victorieux de ses ennemis, alors que l’amour éternel
du Père sera pleinement révélé. « Jusqu’à ce qu’il vienne »
est le mot d’ordre du croyant sincère. « Quand Christ votre
vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la
gloire ». (Colossiens 3.4)

Cette attente est un sujet de joie et de force. Jésus


revenant, nous prenant à lui ; Jésus adoré comme le
Seigneur de tous, est le résumé et le centre de l’espérance
de l’Église entière.

C’est en contemplant Jésus glorifié et en demeurant en lui


comme tel, que le croyant parviendra à cette conception
vraiment spirituelle de sa venue, qui seule apporte à l’âme
une vraie bénédiction.

Il y a souvent dans l’étude des choses à venir un intérêt plus


intellectuel que spirituel, qui se complaît dans les
discussions plus que dans la contemplation de la gloire
promise. Ce qui nous préparera à la rencontre avec Jésus et
ce qui convaincra l’Église et le monde que notre espérance
est selon la puissance de Dieu et non selon la sagesse
humaine, ce n’est pas la justesse de nos vues ni le zèle avec
lequel nous les défendons ; mais c’est un esprit d’humilité et
d’amour qui témoigne que Celui qui vient est déjà en vérité
notre vie ; c’est cette communion avec lui qui, faisant
pénétrer en nous sa gloire, nous donne de refléter en nos
personnes l’image du Christ glorifié.

Qu’elle est bénie, la vie cachée avec Christ en Dieu !


Demeurer en Christ glorifié, être assis avec lui dans les lieux
célestes ! Mais, encore une fois, de misérables créatures,
nées de la poudre, peuvent-elles réellement demeurer dans
la communion du Roi de gloire ? Oui, grâces à Dieu ; et
l’œuvre même de Christ est de maintenir cette union. Il
dispose pour cela de la toute-puissance dans le ciel et sur la
terre en faveur de quiconque s’en remet à lui et persévère
dans la foi. Par un simple acte de foi, l’âme s’est d’abord
abandonnée au Sauveur ; par un simple acte de foi encore,
mais d’une foi devenue puissante en grandissant, l’âme
reçoit le Christ glorifié et la plénitude de grâce qu’il apporte
avec lui. Saisissant toujours mieux la réalité de cette gloire,
elle y participe par sa communion, si bien que la vie du
croyant commence à reluire, comme la face de Moïse, d’un
éclat qui n’est pas de ce monde.

Vie glorieuse ! et qui nous appartient puisque nous


possédons Christ. Sa puissance cachée agit déjà en nous, en
attendant son épanouissement complet dans la gloire.
Puissent la joie et la paix, dans notre vie journalière, en être
une preuve éclatante Puisse notre communion avec Christ
glorifié être notre force pour vivre à la gloire du Père et nous
rendre participants de la gloire du Fils !
Et maintenant petits enfants demeurez en lui,
afin que lorsqu’il paraîtra nous ayons de
l’assurance, et qu’à son avènement nous ne
soyons pas confus et éloignés de lui.

1 Jean 2.28
Édition Numérique Yves Petrakian – France 2011.

Diffusion gratuite uniquement en indiquant la source :


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Table des matières
Préface de l’auteur

1 Demeurez en Christ vous qui êtes venus à lui

2 Demeurez en Christ, et vous trouverez le repos


de vos âmes

3 Demeurez en Christ, vous confiant à lui pour


vous garder

4 Demeurez en Christ comme le sarment est uni


au cep

5 Demeurez en Christ comme vous êtes venus à


lui, par la foi

6 Demeurez en Christ ; car Dieu lui-même vous a


unis à lui

7 Demeurez en Christ votre sagesse

8 Demeurez en Christ votre justice

9 Demeurez en Christ votre sanctification

10 Demeurez en Christ votre rédemption

11 Demeurez en Christ crucifié


12 Demeurez en Christ. Dieu lui-même vous
affermira en lui

13 Demeurez en Christ dans une communion de


tous les instants

14 Demeurez en Christ jour après jour

15 Demeurez en Christ maintenant

16 Demeurez en Christ renonçant à tout pour lui

17 Demeurez en Christ par la puissance du Saint-


Esprit

18 Demeurez en Christ en vous tenant en repos.

19 Demeurez en Christ dans l’affliction et dans


l’épreuve

20 Demeurez en Christ, afin de porter beaucoup


de fruit

21 Demeurez en Christ et vous serez puissant


dans la prière

22 Demeurez en Christ et dans son amour

23 Demeurez en Christ comme Christ demeure


dans le Père

24 Demeurez en Christ en obéissant à ses


commandements
25 Demeurez en Christ afin que votre joie soit
parfaite

26 Demeurez en Christ vous aimant les uns les


autres

27 Demeurez en Christ, afin que vous ne péchiez


pas

28 Demeurez en Christ votre force

29 Demeurez en Christ et non en vous-mêmes,

30 Demeurez en Christ le garant de l’alliance

31 Demeurez en Christ glorifié

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