MR Code de L Eau
MR Code de L Eau
PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE
Section 1 – Objet
Article 1er : Le présent code a pour objet de définir le régime juridique des eaux continentales, de
surface et souterraines, à l’exclusion des eaux de la mer, et notamment les règles relatives à la
planification, à l’utilisation et à la préservation des eaux, et celles relatives à l’organisation et au
fonctionnement du service public de l’eau.
L’usage de l’eau constitue un droit reconnu à tous, dans le cadre des lois et règlements en vigueur.
La protection et la mise en valeur des ressources en eau, dans le respect des équilibres naturels,
sont d’intérêt général et constituent un impératif national qui implique l’Etat, les collectivités
locales, les personnes morales de droit privé et l’ensemble de la population.
La politique de l’Etat vise à garantir l’accès des populations à l’eau potable. Elle privilégie le
partenariat entre l’Etat, les collectivités locales et les opérateurs privés, comme cadre de
financement et de gestion des infrastructures de production et de distribution d’eau potable.
Article 3 : La gestion de l’eau doit être globale, durable et équilibrée. Elle vise à assurer :
1) le principe de précaution visant à prévenir, par l’adoption de mesures effectives, les risques
graves et irréversibles pour les ressources en eau ;
2) le principe de prévention de la pollution, en priorité à la source ;
3) le principe utilisateur - payeur selon lequel l’utilisateur de l’eau supporte une partie
significative des frais résultant des mesures de prévention, de réduction de la pollution et de
restauration de la ressource en qualité et en quantité :
4) le principe d’association des utilisateurs à la gestion administrative de l’eau ;
5) le principe de couverture par les usagers des services publics de distribution d’eau potable et
d’assainissement, d’une partie significative des coûts engendrés par ces services, en fonction
de la capacité contributive des usagers.
Toute consommation abusive ou anarchique des eaux superficielles ou souterraines à quelque fin
que ce soit, est interdite.
Article 4 : Les eaux relevant de l’Organisation pour la mise en valeur du Fleuve Sénégal sont
gérées conformément aux principes et normes prévus par la Charte des eaux du fleuve Sénégal
telle que ratifiée par la République islamique de Mauritanie.
Article 5 : Les ressources en eau sont allouées en priorité à l’alimentation en eau des populations.
Lorsqu’il a pu être satisfait à l’alimentation en eau des populations et que la sécurité de leur
approvisionnement n’est pas remise en cause, la priorité revient, dans l’ordre et en fonction des
priorités locales, à la satisfaction des besoins de l’élevage, de l’agriculture, de la sylviculture, de
la pisciculture, de la pêche continentale, des projets de reboisement et, enfin, des complexes
industriels, miniers et agro-industriels.
Les autres besoins sont satisfaits en fonction de leur intérêt économique et des priorités locales.
Section 2 – Consistance
Article 7 : Sous réserve des droits des tiers dûment établis, font partie du domaine public
hydraulique naturel de l’Etat :
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1) les lits des cours d’eau, permanents ou non, navigables ou non, flottables ou non, ainsi que
les lits des lacs ou des étangs dans les limites déterminées à l’article 10 ci-dessous ;
2) les aquifères.
Article 8 : Les limites du domaine public hydraulique naturel sont, pour les cours d’eau, lacs ou
étangs, constituées par la ligne atteinte par les plus hautes eaux avant le débordement.
Elles sont déterminées, en concertation avec le ministre concerné, par arrêté du ministre chargé de
l’eau, à son initiative, le cas échéant, ou à la demande des riverains, après enquête publique et
sous réserve des droits des tiers.
Article 9 : Les actions en reconnaissance de droits acquis sur les terrains inclus par délimitation
dans le domaine public hydraulique naturel sont intentées, sous peine de forclusion, dans le délai
d’un an à compter de la date de publication de l’arrêté de délimitation.
Article 10 : En cas de changement des limites du domaine public hydraulique dû à une cause
naturelle, les riverains peuvent adresser une demande de nouvelle délimitation au ministre chargé
de l’eau qui statue dans un délai d’un an.
Article 11 : Font partie du domaine public hydraulique artificiel de l’Etat, lorsqu’ils ont été
réalisés par celui-ci et pour son compte, les aménagements et équipements énumérés ci-après,
ainsi que les ouvrages annexes, dans la limite des terrains occupés :
Article 12 : Font partie du domaine public hydraulique artificiel des collectivités locales, dans la
limite de l’occupation effective des terrains concernés, les aménagements et équipements destinés
à l’alimentation en eau potable lorsqu’ils ont été acquis ou réalisés par les collectivités locales,
directement ou par l’intermédiaire d’un maître d’ouvrage délégué, ou qu’ils leur ont été transférés
par l’Etat.
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TITRE III – INSTITUTIONS DANS LE DOMAINE DE L’EAU
Article 13 : Le ministre chargé de l’eau définit et met en œuvre la politique nationale dans le
secteur de l’eau, dans le respect des dispositions du présent code, en concertation avec les
départements ministériels et institutions concernés.
Article 14 : Le ministre chargé de l’eau assure l’organisation générale et permanente des réseaux
de collecte, traitement et exploitation des mesures et données sur l’eau qui portent sur les aspects
quantitatifs et qualitatifs des eaux superficielles et des eaux souterraines.
Il assure le suivi global et à long terme de l’évaluation des ressources en eau par l’intermédiaire
du réseau primaire de collecte des mesures et données sur l’eau, constitué des points de
surveillance permanente répartis sur le territoire national.
Il établit un registre national des eaux à partir des évaluations et comptages fournis par les
titulaires d’autorisation ou de concession sur les quantités d’eau prélevées et les quantités de
pollution rejetées.
Article 15 : Le ministre chargé de l’eau élabore un plan directeur national d’aménagement et de
gestion intégrée de l’eau.
Le plan directeur national d’aménagement et de gestion de l’eau, établi à partir des résultats de
l’inventaire mentionné à l’article 14 ci-dessus, vise à assurer la disponibilité des ressources en eau
au regard des besoins constatés.
Il définit notamment :
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- les objectifs de quantité et de qualité ainsi que les mesures et délais appropriés pour les
atteindre ;
- la localisation de zones de sauvegarde de la ressource en eau mentionnées à l’article 32 ci-
dessous ;
- les mesures d’accompagnement d’ordre réglementaire, institutionnel, économique et
financier ainsi que de sensibilisation et d’éducation, nécessaire à sa mise en œuvre.
Le plan directeur national d’aménagement et de gestion de l’eau est établi pour une durée d’au
moins dix ans et peut être révisé tous les cinq ans, sauf circonstances exceptionnelles exigeant une
modification de son contenu avant l’échéance. Il est approuvé par décret pris après avis du
Conseil national de l’eau.
Article 16 : Le ministre chargé de l’eau est assisté par un Conseil national de l’eau composé, à
parts égales, de représentants de l’Etat, de représentants des élus nationaux et de représentants des
différentes catégories d’utilisateurs publics et privés de l’eau et de personnes compétentes.
Le Conseil national de l’eau est consulté sur la planification nationale dans le domaine de l’eau,
sur les projets d’approvisionnement en eau et d’aménagement et de gestion des eaux ayant un
caractère national et sur les grandes opérations régionales, ainsi que sur toute question relative à
l’eau que le ministre chargé de l’eau juge utile de lui soumettre.
Il donne un avis sur les projets de textes législatifs ou réglementaires portant, en tout ou partie, sur
des questions relatives à l’eau, sur tout projet de planification nationale dans le domaine de l’eau,
ainsi que, en tant que de besoin, sur toute question ou document à caractère national ou
international intéressant l’eau.
Les modalités d’organisation et de fonctionnement du Conseil national de l’eau sont définies par
décret.
Article 17 : L’Autorité de Régulation assure, dans le domaine de l’eau, les attributions qui lui
sont dévolues par la loi n° 2001-18 du 25 janvier 2001, et par le présent code.
Dans ce cadre, elle veille à la mise en œuvre des procédures de délégations de service public en
matière de distribution de l’eau potable et d’assainissement, dans des conditions objectives,
transparentes et non discriminatoires.
L’Autorité peut déléguer, par convention et sous sa responsabilité, des activités liées à sa mission
générale de régulation à toute entité publique ou privée qu’elle juge qualifiée à cet effet.
L’Autorité est consultée sur les projets de textes législatifs et réglementaires relatifs au secteur de
l’eau ainsi que sur la préparation et la négociation des conventions et accords internationaux ou
régionaux dans le domaine de l’eau.
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TITRE IV – REGIMES D’UTILISATION DE L’EAU
Article 18 : L’usage de l’eau, prélevée à des fins domestiques ou assimilées, à partir de sources
disponibles, pérennes ou saisonnières, est exempté de toute formalité. Un décret définira le critère
de la domesticité de l’usage de l’eau.
Article 19 : Sont soumises au régime de la déclaration, les opérations énumérées à l’alinéa 2 de
l’article 18 ci-dessus, susceptibles de ne présenter que des dangers faibles pour la santé et la
sécurité publiques et des incidences limitées sur l’écoulement des eaux, sur la ressource, du point
de vue tant quantitatif que qualitatif, ainsi que sur la diversité du milieu aquatique.
Article 20 : Sont soumises au régime de l’autorisation, les opérations énumérées à l’alinéa 2 de
l’article 18 ci-dessus, susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publiques,
de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, de porter atteinte à la qualité
de l’eau ou à la diversité du milieu aquatique.
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Section 3 – Procédures
Article 22 : Le ministre chargé de l’eau instruit le dossier de déclaration et en délivre récépissé
s’il estime que celui-ci est complet et que les incidences de l’opération sur la ressource sont
limitées.
Le récépissé de déclaration est assorti de toutes prescriptions spécifiques de nature à en limiter les
incidences.
Article 23 : Le ministre chargé de l’eau instruit le dossier de demande d’autorisation, qui
comporte en particulier une étude technique détaillée et une étude d’impact, et accorde ou refuse
l’autorisation par arrêté au vu des résultats d’une enquête publique préalable.
Le dossier comporte en particulier une étude d’avant projet détaillée et une étude d’impact.
La concession est accordée ou refusée par arrêté conjoint des ministres mentionnés au premier
alinéa du présent article, au vu des résultats d’une enquête publique préalable.
Article 25 : Les autorisations ou concessions sont accordées à titre précaire et révocable, hormis
le cas où l’opération faisant l’objet de la concession présente un caractère d’intérêt général ou
bénéficie d’une déclaration d’utilité publique.
Dans les autres cas, la modification ou la révocation sans indemnité de l’acte d’autorisation ou de
concession est prononcée de plein droit, à tout moment par le ministre chargé de l’eau, en
particulier lorsque cette modification ou révocation est rendue nécessaire pour l’alimentation en
eau des populations, soit pour prévenir ou faire cesser un trouble dommageable causé par les
eaux, soit à raison d’inobservation des clauses qu’elle comporte.
Article 26 : Tout transfert partiel ou total d’autorisation ou de concession ne peut se faire
qu’après accord préalable du ministre chargé de l’eau.
Lorsque aucune demande ne revêt un caractère de priorité par rapport à une autre, le ministre
chargé de l’eau décide s’il y a lieu d’accorder la préférence à la première en date.
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Article 28 : Les frais d’instruction sur les lieux des demandes d’autorisation ou de concession,
que celles-ci soient accordées ou refusées, sont à la charge du demandeur. Il en est de même pour
les frais de récolement des travaux.
Article 29 : Les autorisations et concessions sont accordées sous réserve des droits des tiers.
Article 30 : L’autorisation et la concession donnent lieu à la perception d’une redevance fixée par
décret pris sur rapport conjoint du ministre chargé des finances et du ministre chargé de l’eau.
Les installations existantes disposent d’un délai de deux ans à compter de la publication du
présent code au Journal officiel pour se mettre en conformité.
Article 31 : Les modalités d’application des articles 18 à 30 ci-dessus sont fixées par décret,
notamment en ce qui concerne :
Article 32 : Pour faire face à une menace ou aux conséquences d’accidents, de sécheresse, d’une
pollution accidentelle, d’inondations ou à un risque de pénurie, le ministre chargé de l’eau, peut
de plein droit et sans indemnité, ordonner des mesures de limitation ou de suspension provisoire
ou définitive des usages de l’eau.
Au cas où la ressource en eau est menacée au plan quantitatif ou qualitatif, des zones de
sauvegarde stratégique peuvent être instaurées sur les eaux superficielles ou souterraines, à
l’initiative du ministre chargé de l’eau.
Article 33 : Les modalités d’application de l’article 32 ci-dessus sont fixées par décret,
notamment en ce qui concerne :
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SOUS-TITRE III – QUALITE DE L’EAU OFFERTE A LA CONSOMMATION
HUMAINE
Article 34 : Quiconque offre au public de l’eau en vue de l’alimentation humaine, à titre onéreux
ou gratuit sous quelque forme que ce soit, y compris de l’eau minérale ou naturelle et de la glace
alimentaire, est tenu de s’assurer que cette eau est conforme aux normes de potabilité définies par
la législation et la réglementation en vigueur.
En cas de distribution publique d’eau potable, le service distributeur de l’eau est tenu de s’assurer
de la conformité de l’eau distribuée aux normes mentionnées à l’alinéa précédent.
Article 35 : Le service distributeur de l’eau est tenu de faire analyser périodiquement l’eau
distribuée et autant de fois qu’il le jugera utile dans les cas d’épidémie ou de forte présomption
d’épidémie, sous le contrôle des agents du ministère chargé de la santé publique qui, à cette fin,
ont libre accès à toute installation et documentation.
Article 36 : Le service distributeur de l’eau est présumé responsable des dommages résultant d’un
défaut de conformité de l’eau aux normes de potabilité mentionnées à l’article 34 ci-dessus, à
charge pour celui-ci d’apporter la preuve de l’existence d’une cause exonératoire de sa
responsabilité.
Article 37 : Les agglomérations disposant d’un schéma directeur d’urbanisme doivent être dotées
d’un assainissement collectif permettant d’assurer une évacuation rapide et complète des eaux
usées domestiques et industrielles raccordées ainsi que leur traitement, dans des conditions
conformes aux exigences de la santé publique et de la protection de l’environnement.
Dans un délai, fixé par arrêté conjoint des ministres chargés de l’eau, des collectivités locales et
de la santé publique, à compter de la mise en service du réseau d’assainissement collectif, le
raccordement à l’égout de toute habitation ou établissement rejetant des eaux usées est obligatoire.
Toutefois, le raccordement des eaux résiduaires autres que domestiques est soumis à l’approbation
préalable du gestionnaire du réseau.
Article 38 : Dans le cas où la mise en place d’un réseau d’assainissement collectif n’est pas
obligatoire, l’évacuation des eaux usées domestiques se fait au moyen d’installations
d’assainissement individuel maintenues en bon état de fonctionnement.
Un arrêté du ministre chargé de l’eau fixe les normes techniques relatives aux installations
d’assainissement individuel.
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TITRE VI – SERVITUDES
Article 39 : Les périmètres de protection des captages d’eau ont pour objet d’assurer la protection
qualitative et quantitative des eaux destinées à l’alimentation humaine, qu’elles proviennent des
eaux souterraines ou des eaux superficielles.
Article 40 : Il est institué, par arrêté du ministre chargé de l’eau, autour de tout point de captage
d’eau destinée à l’alimentation humaine :
1) un périmètre de protection immédiate, dont les terrains sont acquis en pleine propriété et
clôturés par l’institution responsable du prélèvement ou de la distribution de l’eau potable,
au terme d’une procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique ;
2) un périmètre de protection rapprochée, à l’intérieur duquel sont interdits :
l’implantation, sans étude d’impact préalable, d’ouvrages de prélèvement
supplémentaires ;
le dépôt d’ordures, immondices, détritus, cadavres d’animaux et tous produits et
matières susceptibles d’altérer la qualité de l’eau ;
l’installation de canalisations, réservoirs ou dépôts d’hydrocarbures, de produits
chimiques ou de substances toxiques ;
l’épandage de fumier, l’abreuvage et le pacage d’animaux ;
l’exploitation de carrières à ciel ouvert ;
l’établissement de quelque construction que ce soit.
Article 41 : Les indemnités qui peuvent être dues aux propriétaires et aux occupants des terrains à
acquérir soit pour constituer le périmètre de protection immédiate, soit pour la mise en œuvre des
servitudes dans le périmètre de protection rapprochée, sont fixées selon les règles applicables en
matière d’expropriation pour cause d’utilité publique.
Article 42 : Les fonds riverains d’un cours d’eau ou d’un lac sont grevés, à partir des limites du
domaine public hydraulique naturel déterminées conformément à l’article 8 ci-dessus, d’une
servitude d’utilité publique d’une largeur de six mètres, dite servitude de marchepied et de libre
accès, au profit des agents du ministère chargé de l’eau, sur l’espace de laquelle il ne peut être fait
aucune construction ou clôture. Le ministre chargé de l’eau peut exiger la démolition de toute
construction ou l’enlèvement de toute clôture.
Les mêmes fonds sont également grevés d’une servitude permettant aux agents du ministère
chargé de l’eau d’y installer les instruments de mesure que nécessite le recueil des données sur
l’eau prévues à l’article 14 ci-dessus.
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Article 43 : Les fonds supportant un ou plusieurs éléments du domaine public hydraulique
artificiel de l’Etat ou des collectivités locales sont grevés d’une servitude d’accès à ces éléments,
au profit des agents du ministère chargé de l’eau.
Article 44 : Les fonds intermédiaires sont grevés d’une servitude de canalisation permettant à tout
exploitant de la ressource en eau effectuée dans un but d’utilité publique d’y faire transiter des
conduites d’eau potable ou d’eaux usées, des canaux d’amenée d’eau, d’irrigation ou de drainage.
L’instauration de cette servitude ouvre droit à une juste indemnité et ne s’applique pas aux
habitations, cours, jardins et dépendances.
Article 45 : Les fonds inférieurs sont tenus, envers ceux qui sont plus élevés, à recevoir les eaux
qui en découlent naturellement sans que la main de l’homme y ait contribué.
Le propriétaire du fonds inférieur ne peut élever aucun obstacle qui empêche cet écoulement.
Le propriétaire du fonds supérieur ne peut rien faire qui aggrave la servitude du fonds inférieur.
Article 46 : Le ministre chargé de l’eau est maître d’ouvrage pour les opérations relatives à la
mise en valeur des ressources en eau et à la mise en œuvre des programmes nationaux
d’investissement public dans le secteur de l’eau.
Article 47 : Les communes exercent la maîtrise d’ouvrage publique à l’égard des aménagements,
installations et équipements relevant de leur compétence dans le domaine de l’eau qu’elles
tiennent des dispositions de l’article 2 de l’ordonnance n° 87-289 du 20 octobre 1987, lorsque ces
aménagements, installations ou équipements ont été acquis ou réalisés par les communes,
directement ou par l’intermédiaire d’un maître d’ouvrage délégué, ou lorsqu’ils leur ont été
transférés par l’Etat.
Les communes peuvent déléguer la gestion des ouvrages dont elles ont la maîtrise à des personnes
publiques ou privées, conformément à la législation en vigueur et dans le respect de la procédure
prévue au Titre VIII ci-après.
Article 48 : Le service public de l’eau recouvre l’ensemble des activités visant
l’approvisionnement en eau potable des populations, y compris l’exploitation de l’eau minérale et
l’assainissement des eaux usées domestiques.
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Le service public de l’eau peut faire l’objet d’une délégation à une entité publique ou privée.
Article 49 : Au-delà d’un seuil fixé par décret, pris sur proposition du ministre chargé de l’eau, la
distribution publique d’eau potable fait l’objet d’une délégation de service, dans les conditions
prévues par le présent code.
Dans les zones non soumises au régime de la délégation, les conditions de distribution d’eau
potable sont fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l’eau et du ministre chargé des
collectivités locales.
Article 50 : Les délégations de service public de l’eau potable sont accordées par le maître
d’ouvrage, sur proposition de l’autorité chargée de la régulation.
Ces délégations sont accordées, pour une durée déterminée, aux personnes morales publiques ou
privées et, dans certains cas, à des personnes physiques exerçant une activité d’intérêt général.
La durée de délégation doit être suffisante pour permettre la rentabilisation des investissements du
délégataire.
Par l’effet de la délégation, le délégataire se trouve soumis de plein droit à l’ensemble des normes
applicables aux services de distribution publique de l’eau potable, et notamment aux règles prévues
aux articles 34 à 36 ci-dessus.
Article 51 : Les délégations sont accordées sur la base d’un appel public à candidatures assorti d’un
cahier des charges. La procédure d’attribution des délégations est mise en œuvre, par voie d’appels
d’offres, par l’autorité chargée de la régulation, dans le respect strict des principes d’équité, de
transparence et de non discrimination.
Article 52 : Les délégations donnent lieu au paiement d’une redevance dans les conditions prévues
au cahier des charges. Les modalités d’affectation du produit de cette redevance seront définies par
décret pris sur rapport conjoint du ministre chargé des finances et du ministre chargé de l’eau.
Article 53 : Des modifications aux délégations ou aux cahiers des charges des opérateurs peuvent
être apportées, après approbation du maître d'ouvrage, sur avis de l’autorité chargée de la
régulation.
L’avis prévu à l’alinéa ci-dessus est motivé. Il est publié au bulletin officiel de l’autorité chargée de
la régulation.
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L’autorité chargée de la régulation indique le délai qui ne pourra être inférieur à 30 jours, pendant
lequel le titulaire de la délégation pourra exprimer son avis sur la modification envisagée et
demander à être entendu. L’autorité chargée de la régulation devra entendre chaque opérateur qui
en aura fait la demande.
Article 54 : Toute modification de la délégation ou du cahier des charges qui affecte les obligations
de son titulaire devra prendre en compte l’équilibre économique et financier de la délégation.
Les décisions concernant la modification des délégations sont susceptibles des recours prévus par
les lois et règlements en vigueur.
Article 55 : Les délégations délivrées en application du présent code sont personnelles. Elles ne
peuvent être transférées à un tiers qu’avec l'accord du maître d'ouvrage et sur proposition de
l’autorité chargée de la régulation.
L'autorisation ou le refus du transfert est notifié par écrit dans un délai maximal de deux (2) mois, à
compter de la date de saisine de l’autorité chargée de la régulation. Le refus doit être motivé.
Article 56 : Tout transfert implique la poursuite du respect de l'ensemble des obligations liées à la
délégation.
En cas de transfert d’une délégation, les parties sont tenues d’en informer l’autorité chargée de la
régulation quinze jours au moins avant la conclusion de la convention de transfert et d’accomplir
les formalités prévues à cet effet.
Le non respect de ces procédures est sanctionné conformément aux dispositions du présent code.
Article 57 : Les délégations de service public de l’eau potable sont retirées par le maître d’ouvrage,
sur rapport de l’autorité chargée de la régulation, lorsque le titulaire a violé de façon grave et/ou
répétée les obligations légales, réglementaires et contractuelles qui s’imposaient à lui.
La décision de retrait d’une délégation est motivée. Elle est prise pour des raisons objectives et non
discriminatoires.
Article 58 : Le retrait est prononcé après que l’intéressé ait reçu notification des griefs et ait été mis
en mesure de consulter le dossier et de présenter des observations écrites et verbales.
L’intéressé peut exercer toutes les voies de recours prévues par les lois et règlements en vigueur.
Article 59 : L’autorité chargée de la régulation sanctionne, soit d’office, soit à la demande du
maître d’ouvrage, d’une organisation professionnelle, d’une association d’utilisateurs ou d’une
personne physique ou morale ayant intérêt à agir, les manquements qu’elle constate de la part des
opérateurs bénéficiant d'une délégation de service public.
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Article 60 : Quand elle est saisie d’une demande de sanction, l’autorité chargée de la régulation
met en demeure l’auteur du manquement de se conformer aux règles applicables à son activité dans
un délai déterminé.
L’autorité chargée de la régulation rend cette mise en demeure publique par tout moyen approprié.
Article 61 : L’autorité chargée de la régulation informe l’opérateur susceptible d’être sanctionné
des griefs qui sont relevés à son encontre.
Elle lui accorde un délai pour lui permettre de consulter le dossier le concernant et présenter ses
observations écrites et verbales.
Article 62 : Lorsque l’auteur du manquement ne se conforme pas dans le délai fixé par l’autorité
chargée de la régulation, celle-ci prononce à son encontre, sans préjudice des sanctions pénales
éventuelles, l’une ou l’autre des sanctions suivantes :
Article 64 : La décision par laquelle l’autorité chargée de la régulation inflige une sanction à
l’opérateur est motivée. Elle est susceptible d’un recours devant la Chambre administrative de la
Cour suprême, dans le délai d’un mois à compter de la notification qui est faite par l’autorité
chargée de la régulation.
Article 65 : Les tarifs de l'eau sont homologués par le ministre chargé de l’eau, sur avis de
l’autorité chargée de la régulation.
Article 66 : Les principes de la tarification de l’eau sont fixés par l’autorité chargée de la
régulation.
Ces principes devront prendre en compte les exigences de l’équilibre économique et financier des
délégataires.
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Les conditions tarifaires resteront en vigueur pendant une période déterminée qui sera définie au
préalable dans le cahier des charges du titulaire de la délégation.
Article 67 : Outre les officiers et agents de police judiciaire, sont habilités à rechercher et à
constater les infractions au présent code et aux règlements pris pour son application, les agents de
contrôle relevant du ministre chargé de l’eau, les agents de contrôle relevant des ministres chargés
de la santé publique, de l’environnement, de l’aménagement rural, de la pêche, dûment
commissionnés et assermentés conformément à la législation en vigueur.
Ils sont en droit de se faire produire tous renseignements et documents utiles à l’exécution de leur
mission.
Au cas où l’accès leur serait indûment refusé par l’occupant, ils peuvent y pénétrer de force, soit
sur réquisition du procureur de la République, du juge d’instruction ou de toute autorité judiciaire,
soit sur mandat de cette dernière, soit encore accompagnés par un officier de police judiciaire.
Toutefois, l’accès des locaux à usage d’habitation ne leur est permis que sous réserve de
l’assentiment exprès de l’occupant.
Article 69 : Les infractions aux dispositions du présent code et aux règlements et décisions pris
pour son application sont constatées par des procès-verbaux dûment notifiés au contrevenant et
transmis au procureur de la République.
En cas de flagrant délit et dans les conditions prévues par la législation en vigueur, les agents
chargés du contrôle peuvent demander au procureur de la République le déféré des délinquants et
les conduire devant lui ou devant l’autorité judiciaire compétente.
Ils peuvent requérir l’intervention de la force publique dans l’exercice de leurs fonctions.
Article 70 : Toute personne qui a réalisé, exploité ou participé à la réalisation d’une opération
mentionnée à l’alinéa 2 de l’article 18 ci-dessus, sans avoir satisfait aux formalités procédurales
mentionnées aux articles 19 à 21 ci-dessus, est passible :
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- d’une peine d’amende de 50 000 à 100 000 ouguiyas, s’il s’agit du récépissé de
déclaration ;
- d’une peine d’emprisonnement d’un à dix jours et d’une peine d’amende de
100 000 à 300 000 ouguiyas, ou de l’une de ces deux peines seulement, s’il s’agit d’une
autorisation ;
- d’une peine d’emprisonnement de dix à trente jours et d’une peine d’amende de 200 000 à
500 000 ouguiyas, ou de l’une de ces deux peines seulement, s’il s’agit d’une concession.
Article 71 : Toute personne qui a jeté, déversé ou laissé s’écouler dans les eaux superficielles ou
souterraines, directement ou indirectement, une ou plusieurs substances dont l’action ou les
réactions ont entraîné des effets nuisibles à la santé et à l’environnement, est passible d’une peine
d’emprisonnement de dix à trente jours et d’une peine d’amende de 100 000 à 300 000 ouguiyas
ou de l’une de ces deux peines seulement.
Article 72 : Toute personne qui ne respecte pas les prescriptions édictées par le ministre chargé
de l’eau au titre des procédures prévues aux articles 19 à 21 ci-dessus, est passible :
- d’une peine d’amende de 30 000 à 50 000 ouguiyas, s’il s’agit de prescriptions annexées
au récépissé de déclaration ;
- d’une peine d’amende de 50 000 à 150 000 ouguiyas, s’il s’agit d’une autorisation ;
- d’une peine d’amende de 100 000 à 250 000 ouguiyas, s’il s’agit d’une concession.
La même peine est applicable en cas d’absence ou de défaut de conformité des dispositifs
d’évaluation ou de comptage prévus à l’article 30 ci-dessus.
Article 73 : Toute personne qui ne respecte pas les interdictions, prescriptions et servitudes
instaurées dans un périmètre de protection de captage d’eau destinée à la consommation humaine,
mentionné à l’article 39 ci-dessus, est passible d’une peine d’emprisonnement d’un à dix jours et
d’une peine d’amende de 50 000 à 500 000 ouguiyas, ou de l’une de ces deux peines seulement.
Article 74 : Toute personne qui ne respecte pas les mesures de limitation ou de suspension
provisoire ou définitive des usages mentionnées à l’article 31 ci-dessus est passible d’une peine
d’emprisonnement d’un à dix jours et d’une peine de 100 000 à 300 000 ouguiyas, ou de l’une de
ces deux peines seulement.
Article 75 : Le défaut de raccordement à l’égout dans le délai prescrit à l’article 37 ci-dessus est
passible d’une peine d’amende de 50 000 à 200 000 ouguiyas.
La même peine est applicable en cas de défaut de conformité ou d’entretien des installations
d’assainissement individuel prévues à l’article 38 ci-dessus.
Article 76 : Tout maître d’ouvrage ou délégataire du service public de l’eau qui offre de l’eau à la
consommation humaine non conforme aux normes de potabilité prescrites ou qui ne procède pas
aux contrôles de qualité requis, est passible d’une peine d’emprisonnement de dix à 30 jours et
d’une peine d’amende de 300 000 à un million d’ouguiyas, ou de l’une de ces deux peines
seulement.
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Article 77 : Toute personne qui consomme de l’eau obtenue directement ou indirectement par
l’intermédiaire de raccordements clandestins ou frauduleux, est passible des peines
d’emprisonnement et d’amende, ou de l’une de ces peines seulement, prévues pour le vol par la
législation pénale en vigueur.
Article 78 : Toute personne qui est confondue d’utilisation abusive d’eau entraînant un gaspillage
ou une surexploitation, volontairement ou par négligence et à quelque fin que ce soit, est passible
d’une peine d’amende de 3 000 à 30 000 ouguiyas.
La même peine est applicable à l’encontre de toute personne qui aura omis de porter à la
connaissance de l’administration en charge de l’eau tout fait susceptible de porter atteinte à la
ressource en eau.
Article 79 : Les déclarations déposées, les autorisations ou concessions accordées au titre de
l’ordonnance n° 85-144 du 4 juillet 1985 portant code de l’eau valent déclaration, autorisation ou
concession au titre du présent code.
Lorsque des opérations légalement réalisées sans qu’il y ait eu lieu à application de l’ordonnance
précitée du 4 juillet 1985 viennent à être soumises à déclaration, autorisation ou concession au
titre du présent code, ces opérations peuvent se poursuivre sans cette déclaration, cette
autorisation ou cette concession à la condition que l’exploitant, le propriétaire ou le responsable
informe le ministre chargé de l’eau dans le délai de deux ans à compter de la publication du
présent code au Journal officiel de la République islamique de Mauritanie.
Le manquement à l’obligation d’information dans le délai prescrit entache de nullité les récépissés
de déclaration obtenus, les autorisations et concessions accordées.
Article 80 : Est réputée bénéficier d’une délégation, au sens du présent code, la Société nationale
des eaux (SNDE), telle que créée par le décret n° 88-2001/PM du 29 juillet 2001 portant scission
de la Société nationale d’eau et d’électricité en deux sociétés nationales
Article 81 : Est réputée bénéficier de délégations, au sens du présent code, l’Agence nationale
d’eau potable et d’assainissement (ANEPA), reconnue d’utilité publique par le décret n° 2002-19
du 31 mars 2002, dans les centres urbains ou ruraux gérés sous sa supervision et qui, à la date de
publication du décret prévu à l’article 49 ci-dessus, atteignent le seuil prévu à ce même article.
La délégation prévue à l’alinéa ci-dessus est accordée pour une durée de trois ans et exercée dans
les conditions définies dans un cahier des charges approuvé par l’autorité chargée de la régulation.
Pendant la durée prévue à l’alinéa ci-dessus, l’autorité chargée de la régulation met en œuvre la
procédure prévue aux articles 50 et suivants ci-dessus afin de sélectionner des délégataires de
service.
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Dans le cas où la procédure de sélection d’un délégataire serait infructueuse, le ministre chargé de
l’eau peut proroger, par arrêté, la durée de la délégation consentie à l’ANEPA, sur demande de
l’autorité chargée de la régulation.
TITRE XI – DISPOSITIONS FINALES
Article 82 : Les dispositions du présent code sont précisées, en tant que de besoin, par voie
réglementaire.
Article 83 : Sont abrogées toutes dispositions antérieures contraires aux dispositions de la
présente loi et notamment celles de l’ordonnance n° 85-144 du 4 juillet 1985 portant code de
l’eau.
Article 84 : La présente loi sera publiée suivant la procédure d’urgence et exécutée comme loi de
l’Etat.
Le Président de la République
Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya
Le Premier Ministre
Me Sghair Ould M’Bareck
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