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Pour l’obtention de
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Dédicace
A ma famille …
A mes professeurs…
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Remerciement
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Résume
Depuis les années 1970, le secteur informel suscite un intérêt et un questionnement croissants,
d’une part auprès des chercheurs qui tentent de trouver une explication unanime et d’évoquer
des approches qui éclairent le phénomène, et d’autre part auprès des Etats qui cherchent à
envisager des politiques publiques et des mesures à mettre en œuvre pour limiter son poids, sans
toutefois parvenir à des résultats probants. En effet, dans les économies des pays en
développement, le secteur informel occupe une place considérable, atteignant même parfois la
moitié du poids de l’économie totale pour certains États en voie de développement. Le Maroc, qui
est l’un de ces pays de rang intermédiaire, son économie est caractérisée par la persistance et la
forte contribution des activités informelles et de l’emploi informel.
En effet, la crise sanitaire causée par la pandémie coronavirus (covid-19), va aggraver la situation
du marché du travail et il y aura une forte mobilité du secteur formel au secteur informel. Dans cet
article, l’objectif plutôt modeste est de déterminer la contribution du secteur informel à la
production nationale, la constitution de la valeur ajoutée et le rôle de l’État dans son intégration
dans l’économie. Dans cette recherche, nous avons exploré les données secondaires publiées par
les institutions compétentes et à travers une analyse descriptive, les résultats obtenus reflètent la
réalité du secteur informel par rapport à l’économie nationale et la position de l’État face à ce
secteur sans pour autant prendre en considération l’ampleur de la crise sanitaire puisque il n’y a
pas jusqu’à présent des données officielles reflétant la réalité du secteur informel.
Ainsi, il ressort de cette analyse que même si l’État prend des mesures et des initiatives pour
l’intégration du secteur informel dans l’économie nationale, la situation de l’informalité des
activités est en progression continue. Le secteur informel ne cesse de croître dans l’économie
nationale et sa forte présence menace le marché du travail, la compétitivité des entreprises et
favorise la précarité de la population qui s’y trouve et la fuite fiscale pour l’État. Pour intégrer le
secteur informel dans l’économie nationale, du moins en partie, il convient de parvenir à une forte
croissance économique et de rétablir l’administration publique par le biais de réformes et la lutte
contre la corruption.
Mots-clés : Secteur informel, Unité de production informelle, État, Production nationale, Intégration,
Fiscalité, Contribuable, Entreprises, Maroc
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Liste des abréviations
OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques
HCP : Haut-Commissariat
BAM : Banc-Al-Maghreb
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Sommaire
Introduction générale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Partie théorique
Section I : Concepts historique du secteur informel
Définition et l’origine du concept . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Les diffèrent approches du secteur informel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Partie pratique
Section I : Poids du secteur informel en matière d’emploi
Conclusion générale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
Références bibliographiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
7
Introduction générale
Le début des années 70 du siècle dernier a été marqué par la genèse d’une nouvelle notion dans le
champ économique, il s’agit du « secteur informel ». Ainsi, ce dernier constitue une réalité
largement partagée (CasteIls et Portes, 1989 ; Huang, 2004), et se définit comme étant un secteur
où il n’existe pas de cotisations, de déclarations comptables et de couverture sociale en faveur des
actifs exerçant un emploi informel. Cependant, le secteur informel, dont il faut exclure les activités
souterraines et les activités illégales, dispose d’une place et un poids considérable dans les
économies des pays en développement tant sur le plan de sa valeur ajoutée qu’au niveau de sa
participation aux offres d’emplois.
Ce nouveau concept, apparu dans le champ disciplinaire de l’économie, a en effet suscité des
débats entre théoriciens, économistes et même entre États pour déterminer sa position par
rapport à l’économie capitaliste et traditionnelle. En outre, le secteur informel a fait l’objet de
nombreuses études cherchant à expliquer le phénomène qui a commencé à envahir, plus
particulièrement, les économies des pays en développement.
Compte tenu de la croissance continue du secteur informel et du poids persistant des activités
informelles, les États et le secteur formel sont concernés. Dans certains pays en développement, le
taux d’informalité des activités peut atteindre plus de 60 % par rapport au secteur formel (OCDE
2019). Cette situation comporte plusieurs menaces, la compétitivité des entreprises, l’assiette
fiscale de l’État, la fiabilité des opérations financières, le marché du travail et la structure
économique et sociale dans son ensemble.
Au Maroc, le secteur informel joue un rôle important dans l’économie nationale, contribuant à
plus de 11 % du PIB et 59,2 % des emplois sont informels (Haut-Commissariat au Plan, HCP). Pour
l’État, c’est un défi, la réduction du poids du secteur informel aura certainement un impact sur les
recettes fiscales, la concurrence déloyale et la précarité des emplois. Cependant, plusieurs
contraintes pèsent sur les initiatives de politique publique visant à intégrer le secteur informel
dans l’économie.
Le présent article a pour objectif d’identifier la contribution du secteur informel dans l’économie
marocaine et le rôle de l’État dans son intégration. La question est de déterminer l’évolution des
contributions du secteur informel dans la production nationale, le niveau de sa participation dans
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la constitution de la valeur ajoutée et le rôle de l’État pour faire face à l’ampleur du phénomène
de l’informalité des activités.
La structure de cet article s’articule autour de trois axes. Le premier axe portera sur l’évolution de
la contribution du secteur informel dans la production nationale et la constitution de la valeur
ajoutée précédée d’une définition du secteur informel selon différentes approches. Dans le
deuxième axe, nous présenterons le rôle de l’État face au secteur informel, nous évoquerons
également les mesures et initiatives de l’État avant et après le lancement de l’INDH (en 2005).
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PARTIE THEORIQUE
Section I : Concept historique du secteur informel.
1. Secteur informel : définitions et l’origine du concept
L’économie marocaine a développé ces dernières décennies le champ des activités économiques
informelles. Il est admis qu’elles sont sources d’emplois, qu’elles génèrent des revenus dans
nombre de branches nécessaires à la satisfaction des besoins des populations urbaines tels que
l’alimentation, le logement, l’habillement et le transport. Le débat a mobilisé les chercheurs qui
délibèrent depuis plus de trois décennies sur le contexte de l’apparition du secteur informel, les
termes et les définitions opérationnelles, la mesure de l’informalité, ses fonctions, les politiques de
formalisation à entreprendre, l’extension de la protection sociale des travailleurs de ce secteur et
d’autres questions, sans toujours trouver une définition acceptée de tous.
L’expression «secteur informel» a été utilisée par K. Hart dans une étude portant sur le Ghana et a
été reprise ensuite par le BIT dans le rapport sur le Kenya de 1972, rapport qu’il convient de
considérer comme celui qui a posé les jalons d’une réflexion sur le secteur informel. L’intérêt
porté à l’existence d’activités liées à des stratégies de survie et une réflexion sur «l’évolution de
l’emploi et des instruments d’analyse utilisés pour l’appréhender» sont à l’origine du concept de
secteur informel. L’observation a permis en effet de mettre en évidence, dans nombre de villes des
pays en développement, des phénomènes complexes, parfois contradictoires : une urbanisation
qui se poursuit à un rythme soutenu et qui n’est sans doute pas appelée à s’atténuer et, en même
temps, une faible tendance à la salarisation de la population active par l’économie formelle en
raison du caractère peu «employant» de l’appareil productif moderne. Les modèles de
développement dualiste qui voyaient un cheminement unique et une absorption de la main-
d’œuvre libérée du secteur traditionnel par l’industrie sont infirmés. Ainsi, nombre activités
permettent à ceux qui ne trouvent pas ou pas assez d’emplois dans le secteur moderne d’avoir des
formes d’occupation ou tout simplement de survivre.
Depuis que cette notion est apparue, elle a fait l’objet de débats, souvent confus quant à son
contenu. De plus, les perceptions et les définitions du secteur informel ont évolué, évolution qui
est en lien avec un changement d’attitude à son égard et avec les fonctions différentes que l’on
cherche à lui faire assurer. L’informel est une notion utilisée indifféremment pour désigner des
réalités aussi diversifiées que l’artisanat traditionnel, le commerce de rue, l’emploi non déclaré, la
micro-entreprise, le travail à domicile, les prestations de services (services personnels, d’entretien,
de réparation…), les activités de transport, la contrebande ou le narcotrafic. Les secteurs d’activité
économique incluent, outre celles citées, le secteur financier informel, qui joue un rôle majeur.
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Ces formes d’organisation sont désignées indistinctement sous un foisonnement d’expressions :
secteur non-structuré, travail au noir, autoproduction, travail domestique, entraide, économie
souterraine, économie informelle, non officielle, invisible ou parallèle.
Néanmoins, il convient, de faire une distinction entre l’économie informelle et les activités du
secteur informel, car on a souvent tendance à les confondre, les secondes n’étant qu’une des
quatre composantes de la première. De même, il est important de distinguer les activités du
secteur informel et les activités au noir, souterraines et illicites, les premières ne se réalisant pas
dans l’intention délibérée d’enfreindre les réglementations.
L’approche dualiste est prôné par les auteurs tels que Lewis (1954), Todaro (1969), et se
compose de deux secteurs. Le premier est le secteur « traditionnel » ou secteur agricole se
trouvant généralement dans les zones rurales, et la productivité marginale du travail dans ce
secteur est nulle. Par contre, le deuxième a une productivité marginale du travail plutôt positive et
croissante3, il se situe dans les zones urbaines et appelé secteur « moderne » ou industriel. Le
modèle de Lewis est à la base, conçu pour établir le processus de développement des PED. Pour
cet auteur, la migration rurale urbaine a pour but d’égaliser la productivité marginale à la
campagne et en ville. La main d’œuvre doit se déplacer dans l’hypothèse que le prix ou le salaire
soit le facteur d’équilibre, ce qui veut dire que le chômage est inexistant, et que le marché
fonctionne selon la condition de concurrence pure et parfaite. Le modèle permet alors d’égaliser
le niveau de rémunération entre les deux secteurs. Par ailleurs, les motifs de la migration
perturbent le modèle de Lewis car il ne prend pas en considération les coûts de la migration rurale
urbaine. Les années 60 sont marquées par une augmentation du chômage urbain à cause de la
monté démographique dans les pays du tiers monde. Ce qui contredit le plein emploi du secteur
industriel assuré par le modèle de Lewis.
Todaro (1969) a considéré dans son analyse l’existence du chômage urbain du fait de
l’augmentation de la migration rurale urbaine. L’individu agit de manière rationnelle car les motifs
de la migration reposent sur le salaire net entre les deux zones et la probabilité de trouver du
travail dans le secteur d’accueil. L’individu va alors calculer le gain net respectif des deux secteurs
et prend sa décision à partir de ceci c’est-à-dire que si le salaire net dans la zone rurale est
supérieur à celui de la zone urbaine, il ne va pas migrer. Ainsi, pour freiner l’augmentation de la
population en ville, les autorités politiques peuvent agir sur cette anticipation de salaire des
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individus. La théorie du capital humain de Sjaastad (1962) traite cette migration rurale urbaine
comme une décision individuelle et ne considérant pas seulement le salaire ni l’embauche mais
également le capital humain c’est-à-dire les critères : domicile, déplacement, voyage,
informations, psychologie, proximité familiale, etc. En générale, la migration engendre la
multiplication des offreurs de travail dans la zone urbaine et peut provoquer la baisse des salaires
pour pouvoir l’équilibrer avec celui de la zone urbaine. Mais les salaires peuvent être rigides du
fait de l’existence des associations des travailleurs et des syndicats. Les biens et services publics, le
climat, l’environnement physique et sociale peuvent aussi jouer en faveur de la migration.
Un consensus se fait alors, le salariat moderne n’absorbera pas tous les individus provenant de la
migration dans les PED. Ces travailleurs vont devoir attendre l’embauche par le secteur moderne
mais en attendant, ils vont constituer un surplus de mains d’œuvre. Ce surplus sera stockés en
chômeurs et ils vont chercher des sources de revenu et entament des petits emplois jusqu’à ce
que le marché de travail les absorbe. En effet, l’approche dualiste de Lewis (1954) et de Todaro
(1969) invoque l’économie informelle entant qu’économie de subsistance due au
dysfonctionnement de l’économie formelle.
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2.3 L’approche néolibérale
L’approche néolibérale considère la thèse que l’individu doit être libre dans les activités
économiques qu’il effectue. Dans ce sens, l’Etat ne doit pas intervenir ni sous forme de
fiscalisation, ni de réglementation. Les auteurs tels que Hernando de Soto (1994) ; Johnson,
Kaufman et Zoido-Lobaton (1998) prônent cette approche. Les agents économiques choisissent
volontairement de s’échapper du paiement d’impôt, et fuient le système administratif en vigueur.
La fiscalisation de leurs productions signifie que l’Etat collecte de l’agent afin de répondre aux
objectifs à caractère commun. Par contre, la liberté individuelle s’accomplie dans la poursuite des
objectifs particuliers propre pour chaque individu. Ainsi, lorsque l’Etat entre dans les secteurs
d’activité, la production n’atteint pas son niveau optimal.
En outre, cette approche soutient que il existe des coûts à supporter tant pour les entreprises
formelles qu’informelles. Le secteur qui fait intervenir l’Etat dans son activité supporte des « coûts
de la légalité » qui comprennent « le coût d’accession à la légalité » et le « coût de durabilité ». Le
secteur informel supporte également les coûts appelés « coûts de l’informalité » comprenant les «
coûts pour échapper aux sanctions », les effets négatifs induits par « l’absence de droits de
propriété » et les effets négatifs dérivés de « l’incapacité à utiliser le système contractuel ».
Ainsi, le secteur informel est un lieu où l’individu peut s’épanouir en produisant de façon optimal
par l’utilisation de différents moyens tels que la sous-traitance, l’utilisation de capital productif ou
progrès technique.
Des chiffres conséquents rendus visibles par la crise du Covid-19 et pointés du doigt dans le
rapport sur le Nouveau Modèle de Développement qui décrit ce fléau comme " une zone de
non-droit" qui détruit de la valeur en générant de fortes distorsions économiques à travers
la concurrence déloyale, laissant place aux "arrangements interpersonnels et aux pratiques
de corruption".
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un ensemble de mesures-phares, dont une stratégie intégrée à même de ramener
progressivement le poids de l'emploi informel dans l'emploi total à environ 20%.
Cette nouvelle stratégie de rupture qui vise à réduire les importations de plus de 34
milliards de dirhams (MMDH) pourrait également créer les conditions d’une économie de
production et d’exportation de produits manufacturés, créer de l’emploi et de la valeur
ajoutée formels et de transformer définitivement "l’ADN de l’entrepreneur marocain" de
marchand importateur à producteur local et exportateur de labels et créateur de richesses
économiques, sociales et fiscales, a-t-il soutenu.
Et de préciser que l’augmentation des droits de douane décidée en 2020 " accusée à tort de
détruire plus de 1,5 million d’emplois de vendeurs et de commerciaux" permettra au capital
de se libérer et d’investir dans la création de préserver ses emplois et de créer plus de
600.000 emplois nouveaux et de la valeur ajoutée dans les régions enclavées du Maroc,
rattraper les recettes fiscales et les revenus de travail et permettre de lutter contre l’emploi
et l’économie informels.
D’après lui, la stratégie de formalisation de l’économie informelle échouera si " c’est l’option
de la contrainte légale qui est choisie".
Il faudra réduire l’usage du cash dans l’économie pour renforcer la traçabilité et disposer
d’arguments et de preuves de fraudes. Aussi, trouver des mécanismes simplifiés de
règlement de la Contribution Professionnelle Unique (CPU), ingénieuse car sans être
excessive elle comporte une part sociale et une part fiscale, a-t-il recommandé.
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2. L’informel et les politiques de développement
D’une manière générale, les politiques économiques marginalisent le secteur informel, partant
de la vision selon laquelle le développement économique le supprimera progressivement. En dépit
de l’importance du secteur informel, les actions entreprises et les catégories visées demeurent
limitées.
Certes, les enquêtes réalisées depuis le début des années 80 et, plus récemment, la création d’un
ministère chargé des petites entreprises et de l’intégration du secteur informel, témoignent d’une
volonté de reconnaissance officielle.
Cependant, les initiatives de promotion sont inadaptées ou ne s’adressent pas toujours aux
véritables intervenants du secteur. Les actions des pouvoirs publics ont pris, selon la conjoncture,
soit la forme d’un encouragement à l’artisanat, soit celle de la promotion des PME, ou encore se
sont concrétisées par des mesures financières à l’égard des jeunes diplômés sans travail et pour la
création de micro-entreprises.
L’intervention de l’État et des organismes financiers touche peu les principaux agents du secteur
informel, les petits patrons qui y sont déjà installés et les groupes vulnérables ou la strate
inférieure dans les activités de survie. Les actions menées, telles que les activités génératrices de
revenus ou le financement par le micro-crédit, n’ont qu’une portée limitée et sont davantage
destinées à lutter contre la pauvreté. D’une manière générale, la politique d’incitation à la micro-
entreprise est à la fois diffuse, restrictive ou inadaptée. Nous présenterons dans ce suit les actions
les plus significatives.
Au cours des années 70, un ensemble de mesures sont mises en œuvre par le Code des
investissements, incitant les petites unités artisanales au regroupement en associations
professionnelles ou à la création d’ensembles artisanaux. En contrepartie, une assistance est
apportée, dont l’aspect le plus important est l’obtention de crédits. Sont prévus en outre d’autres
aspects promotionnels tels que des exemptions fiscales ou des exonérations d’impôts dans
certains métiers. Néanmoins, en dépit des taux d’intérêt très faibles, la pratique des ensembles
artisanaux ne s’est pas répandue massivement. Au-delà des difficultés liées à la préparation des
dossiers, au suivi des projets et aux garanties nécessaires pour bénéficier d’un crédit, seules
certaines branches de l’artisanat, comme le tapis, ont bénéficié de soutiens financiers, branches
qui sont fortement exportatrices. C’est sans doute l’encouragement à l’exportation qui a motivé
un tel intérêt chez certaines unités.
Les mêmes ambiguïtés et tâtonnements se retrouvent dans les politiques de promotion des PMI
ou PME. Dans le contexte de crise de l’emploi ayant marqué les années 80, l’intérêt des politiques
d’intervention s’est concentré sur la promotion des PME avec une priorité pour les entreprises
manufacturières (PMI) et l’encouragement à la création d’emplois. En fait, là aussi une confusion
règne entre secteur informel et PME, et les mesures conçues sont dirigées plutôt vers celles-ci à
condition qu’elles créent des emplois.
On délimite un statut spécifique des PME avec un certain nombre d’éléments favorables mais qui
restent fondamentalement inadaptés aux activités des micro-entreprises (21). Dans ce cas aussi,
les différents aspects et modalités de l’intervention étatique, le caractère sélectif de «l’aide» (sous
forme de crédits) excluent les vrais participants, les plus précaires des unités, celles qui n’entrent
pas dans la codification étatique. Le profil des entreprises concernées est celui dont le programme
d’investissement comporte des équipements pour une valeur minimale de 100 000,00 dirhams. Il
va de soi que ces mesures restent fondamentalement inadaptées et en contradiction avec la
logique des micro-unités, faiblement capitalisées et reposant avant tout sur l’utilisation d’une
main-d’œuvre instable. Ajoutons également que les mesures mises en place ne sont pas
d’application aisée: les programmes d’investissement doivent être déposés auprès de
l’Administration qui veille à ce que celui-ci corresponde à un type de production répondant à des
normes agréées par le ministère de l’industrie.
Or, le type de production des micro-unités ne peut répondre à une telle logique. Les micro-
entrepreneurs et leurs jeunes salariés désirant s’installer à leur propre compte se trouvent de la
sorte exclus de l’ensemble de ces mesures, non seulement en raison de la difficulté de leur
application, mais surtout parce qu’elles supposent un cadre institutionnel régi par une relation
salariale qui contredit la dynamique interne des activités informelles. Il va de soi que les
bénéficiaires effectifs de l’aide sont extérieurs à ce secteur. Il s’avère douteux, dans ce contexte,
que l’impact sur l’emploi ait été positif. Au total, si certaines actions existent sur des segments
spécifiques, celles-ci ne visent pas les véritables concernés dans le secteur informel.
Ce programme se propose d’élargir l’accès des populations vulnérables aux services sociaux et
d’accroître leurs opportunités d’emplois et de revenus. La consolidation des micro-entreprises
déjà existantes est dans cette perspective visée comme pépinière d’entrepreneurs (Gdoura et
Mourji, 1998).
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2.3. La politique de financement par le micro-crédit
Comme nous l’avons examiné plus haut, dans le secteur informel, aussi bien pour les micro-
entrepreneurs que pour les travailleurs indépendants, le manque de moyens financiers est un des
obstacles majeurs, rendu encore plus important par les difficultés de l’accès au crédit.
Depuis plus d’une vingtaine d’années, le micro-crédit se développe dans le monde comme un
nouvel instrument dont l’objectif principal est la lutte contre la pauvreté et la promotion de la
micro-entreprise. Cette pratique s’est répandue dans nombre de pays d’Asie, d’Afrique
d’Amérique latine et même d’Europe. La montée de la pauvreté, la faible portée des programmes
étatiques de financement ont conduit à davantage d’implication des ONG et à la création
d’institutions de micro-crédit.
Le Maroc est le pays du Maghreb où le micro-crédit est le plus développé et où les institutions de
micro-crédit sont les plus nombreuses. Les premiers programmes de prêts ont démarré dans les
années 1993-1994. Actuellement, le pays détient 50 % des encours de micro-crédit dans toute la
zone MENA et compte, en juin 2013, onze associations de micro-crédit réglementées servant
environ 820 000 clients. La stratégie nationale de la micro-finance se propose un objectif de 3 200
000 bénéficiaires en 2020.
Au Maroc, l’impact de ces politiques est controversé et parfois même remis en cause.
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de la pseudo-privatisation de l’action publique. Dans la même optique, on lui reproche la tendance
à se détourner de sa mission sociale initiale de prévention du surendettement ou encore de
protection des emprunteurs. En effet, si dans certains cas, le système de financement par le micro-
crédit peut favoriser une dynamique entrepreneuriale, nombre d’effets pervers en découlent,
effets accentués par les contrecoups de la crise de 2009 qui a montré les insuffisances du système
et de ses acteurs. Parmi ses effets pervers, il y a lieu de citer le surendettement des bénéficiaires,
des taux d’intérêts élevés, des échéances de remboursements inadaptées et l’endettement croisé
qui consiste à s’endetter auprès d’une institution pour faire face au remboursement auprès d’une
autre (plus de 40% des clients avaient des prêts auprès de plusieurs institutions). En même temps,
l’insuffisance des montants alloués ne peut provoquer de véritables logiques d’investissement qui
permettraient le passage à une échelle supérieure (Mejjati, 2007). Il faut également souligner les
problèmes de gouvernance liés à la professionnalisation des équipes et au contrôle interne.
A partir de 2005, l’Initiative emploi s’appuie sur des incitations macroéconomiques avec pour
objectif la création de 200 000 emplois pour les jeunes chômeurs dans le cadre de l’auto-emploi.
Parmi les orientations principales mises en place, le programme d’appui à l’auto-emploi et à la
création de petites entreprises, Moukawalati, s’adresse aux jeunes chômeurs désireux de créer
leur propre entreprise et aux petites entreprises du secteur informel souhaitant se formaliser.
2.5. Les activités génératrices de revenus (AGR) comme moyen de lutte contre la
pauvreté
L’échelle et l’ampleur des programmes des AGR diffèrent selon les pays. En Amérique latine, il
s’agit de programmes de grande ampleur qui peuvent être ou non conditionnés. Au Maroc, les
programmes sont ceux de l’Agence de développement social (ADS) et de l’Initiative nationale pour
le développement humain (INDH), qui visent la lutte contre la pauvreté. En 2005, l’INDH comporte
quatre programmes, l’adoption de politiques publiques mieux ciblées et l’appropriation par les
bénéficiaires des projets de développement. En milieu rural, l’objectif est la réduction du taux de
pauvreté dans 360 communes, par le soutien à l’accès aux équipements sociaux, sanitaires et
éducatifs de base, le soutien à l’action sociale et la mise en place d’AGR qui intègrent la dimension
genre. L’éligibilité du projet est conditionnée par la participation financière des bénéficiaires
représentant au moins 10 % du coût du projet. Il existe aussi des programmes AGR à plus petite
échelle comme ceux de l’IPEC qui touchent un nombre limité de familles et qui sont conditionnés
par la réduction du travail des enfants (IPEC, 2007).
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Les performances des AGR et leur fonctionnement se heurtent toutefois à des limites. Dans le
programme de l’INDH, elles sont le parent pauvre et ne représentent que 16,3 % du nombre total
de projets engagés entre 2005 et 2010 et à peine 12,5 % en milieu urbain. Ce dernier a même
connu un réel ralentissement en 2007, sans réelle reprise les années suivantes. Sur le plan
financier, les AGR n’absorbent que 8,6 % des dépenses totales des projets de l’INDH (ONDH, 2013,
p. 5).
Parmi les principaux handicaps qui freinent le développement des AGR, on peut citer les suivants;
le peu de diversité dans la nature des projets, le manque d’accompagnement et d’encadrement
des associations et des coopératives qui les mettent en œuvre et leur faibles capacités techniques
et gestionnaires, le manque d’accompagnement en matière de recherche de débouchés et
l’absence de maîtrise des circuits de commercialisation. Dans de nombreuses AGR, l’accès aux
marchés y est en effet, problématique. C’est le cas des AGR traditionnelles des produits
alimentaires, de la broderie-confection et, d’une manière générale, de l’artisanat. Il existe un
excès de l’offre par rapport à la demande et des fluctuations importantes de la demande. Il faut
ajouter que les montants exigés pour adhérer aux coopératives et aux associations, soit 10 à 30 %
du projet, demeurent élevés pour les bénéficiaires et en particulier les plus pauvres d’entre eux.
Cet ensemble de handicaps se traduit par une faible viabilité des AGR et ne permettent
généralement pas de stabiliser l’environnement commercial et les revenus des bénéficiaires et
ainsi assurer la pérennité des AGR. Au total, on ne peut considérer qu’il existe une réelle politique
de promotion du secteur informel, tant par les modalités d’action que par les catégories visées. Il
convient à présent de procéder à l’analyse du cadre réglementaire des entreprises du secteur
informel.
Bien qu’il n’y ait pas encore de consensus concernant la définition de l’économie sociale et
solidaire, personne ne peut nier qu’elle occupe une position souvent déterminante dans
l’économie. Par exemple, en Europe, l'ESS fournit plus de 14,5 millions d'emplois, soit près de 6,5
% de la population active de l'Union Européenne (CESE, rapport 2015). La contribution de l'ESS au
PIB de certains pays, tels que la Belgique, la France et les Pays-Bas, dépasse 10 %.Il ressort de ces
différentes expériences étrangères que l'ESS a permis à certains de ces pays de remédier en partie
aux effets et impacts négatifs de la crise de l’année 2008. Au Maroc, l’économie sociale et solidaire
emploie 5% de la population active au Maroc avec un effectif total de 599 694 personnes. Elle
contribue à hauteur de 2 % au PIB et emploie 2 % des diplômés au Maroc. Actuellement le nombre
des coopératives a atteint 20000 unités dont 2600 sont féminines et qui emploient 146.368
femmes. En total, 504.715 membre sont considérés comme des travailleurs du secteur coopératif.
Pour ce qui concerne la contribution des associations dans la création des emplois et la lutte
contre l’informalité des activités et malgré la présence de 150000 unités associatives, seulement
2000 associations qui créent des emplois soit 1,3% et ne contribuent que à 1% dans le PIB (HCP
2017).
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Au Maroc, l’économie sociale et solidaire ne date pas d’aujourd’hui, elle remonte à une histoire
lointaine. Les cultures de solidarité, d’entraide et de travail collectif, qui constituent les principes
de base de l’économie sociale, ont toujours fait partie des traditions et des pratiques de la société
marocaine. Les formes de solidarité et de travail collectif constituent les piliers des relations entre
les individus de la même famille et de la même tribu, entre les jeunes et les vieux, entre les riches
et les pauvres, etc. Parmi ces formes nous pouvons citer certaines institutions dont le
fonctionnement fait référence de façon très avancée aux principes de l’économie sociale dans sa
définition moderne. Les habitants, particulièrement en milieu rural, s’organisent selon des formes
particulières pour répondre à leurs besoins économiques et sociaux. Il s’agit par exemple de:
- L’Agadir il s’agit d’une forme consistant au stockage collectif en construisant des dépôts.
- La khatara, cette forme repose sur la construction des bassins et dépôts d’eau pour exploitation
collective,
- L’augog : il s’agit d’une forme d’organisation pour le partage de l’eau pour l’irrigation. Il repose
sur une gestion de bien commun (eau) pour l’irrigation collective des champs ;
- LaTaouiza, qui est une sorte de mutualisation des services partagés entre un groupe d’individus.
Cette forme est principalement employée dans le domaine de l’agriculture
- Le chard constitue un engagement par la communauté d’un enseignant (fkih) pour éduquer,
former et enseigner les enfants et même les adultes en contrepartie d’une prise en charge totale.
Au Maroc, les définitions de l'économie sociale et solidaire, la délimitation de son champ d'action
et sa conceptualisation ont connu une évolution marquante et ont conduit à un concept reposant
sur une finalité sociale de services rendus aux membres et à la collectivité.
Le Conseil Economique, Social, et Environnemental ( CESE), quant à lui considère que « L’économie
sociale et solidaire est l’ensemble des activités économiques et sociales organisées dans le cadre
de structures formelles ou de groupements de personnes physiques ou morales poursuivant une
20
finalité d’intérêt collectif et sociétal, indépendantes et jouissant d’une gestion autonome,
démocratique et participative et auxquelles l’adhésion est libre ».
L’économie sociale et solidaire est une hybridation entre l’économie marchande et non
marchande. Pour ce qui est de l’économie, il repose sur des initiatives à finalité économiques et
sociales, une économie de proximité, de développement local et de cohésion sociale. Pour ce qui
concerne le social, il s’agit de l’amélioration des services de base à la population à savoir, l’emploi,
l’accès aux services (par exemple l’eau, électricité) et aux biens. Le terme solidaire désigne une
mutualisation des moyens et des risques vers l’intérêt commun d’une population donnée ou dans
un champ d’activité vaste et varié.
Les acteurs de l’économie sociale et solidaire sont en principe au nombre de quatre, les
coopératives, les associations, les mutuelles et les fondations.
Les entreprises de l’économie sociale existent donc sous diverses formes juridiques. Pour pouvoir
être considérées comme une organisation ou une entreprise de l’économie sociale, ces entités
doivent satisfaire les valeurs et principes suivants :
• finalité du service rendu plutôt que recherche de profit : l’activité d’économie sociale peut
générer des profits, or sa finalité première ne consiste pas à faire des bénéfices mais à rendre un
service à la communauté. La rentabilité, à la différence des entreprises classiques, n’est pas ici la
fin mais le moyen.
• autonomie de gestion : l’organisation dispose, pour sa gestion, d’une grande autonomie par 1
rapport à l’Etat notamment, ce qui la différencie des services publics.
• primauté de la personne et de l’objet social sur le capital dans la répartition des excédents :
les bénéfices seront prioritairement investis dans l’activité et répartis de manière limitée entre les
membres.
Depuis le lancement de l’INDH en 2005, les institutions de l'ESS ne cessent de croître. En 2019,
selon les données de l’ODECO, le nombre des coopératives au Maroc compte près de 20.000
unités avec plus de 504.715 adhérents et dont 2.600 sont des coopératives 100% féminines. Le
nombre des associations est estimé à 116.836 associations selon le ministère de l’intérieur.
21
En conciliant entre l’utilité sociale et la performance économique et environnementale, les
entreprises de l’économie sociale créent un cadre pour la modernisation de ces petites activités.
Par leur appartenance à une organisation de l’économie sociale, les travailleurs et opérateurs de
l’économie informelle peuvent générer des économies d’échelle et de gamme, mieux se faire
entendre et représenter, améliorer leur pouvoir de négociation et obtenir un minimum de
protection sociale par l’entraide, la solidarité et la réciprocité. Les entreprises de l’économie
sociale peuvent par ailleurs être des vecteurs importants pour la diffusion des connaissances et de
l’information parmi leurs membres et offrir des possibilités de développement des compétences
et de formation. Parmi les entreprises de l’économie sociale qui remplissent déjà.
Beaucoup d’études se penchent davantage sur les obstacles à la croissance des petites
entreprises informelles que sur leur décision de s’intégrer dans l’économie formelle. Il est
néanmoins raisonnable d’en déduire que certains obstacles à la croissance, à savoir ceux qui
affectent les plus petites entreprises, ont des chances d’être corrélés avec les obstacles à
l’intégration. C’est ce que corrobore le sous-ensemble de données relatives aux obstacles à
l’intégration, qui montre que les principaux obstacles sont d’ordre réglementaire et administratif.
Les freins à l’intégration dans le secteur formel se classent en plusieurs catégories : i) obstacles
réglementaires ; ii) obstacles administratifs ; iii) droits et charges financières ; iv) corruption dans
l’administration ; v) attitudes socioculturelles ; vi) absence des services-clé aux entreprises ; et vii)
criminalité. Toute montre que les obstacles réglementaires, administratifs et financiers, à quoi
s’ajoute la corruption, sont ceux qui ont le plus d’impact sur la décision. En réduisant ces
obstacles, on aidera les entreprises informelles à évoluer progressivement vers un statut plus
formel.
i) Les obstacles réglementaires. sont des obligations indûment imposées par des
gouvernements qui ne se rendent pas compte de ce qu’impliquent pour les entreprises (en
particulier les plus petites) les exigences supplémentaires de compte rendu, de contrôle et
autres procédures On ne tient pas compte de ce que coûte le temps que les entrepreneurs
doivent passer à maintenir et développer leur entreprise. Diverses études ont montré que
22
les réglementations lourdes et coûteuses sont le principal facteur d’informalité en même
temps qu’une source de corruption. D’une façon générale, des années de mauvaise
législation dans les pays en développement ont créé un nœud inextricable de complexités
formel un obstacle presque insurmontable. Les charges réglementaires (et administratives)
ont un effet cumulé majeur sur l’environnement des affaires.
ii) Les obstacles administratifs. sont dus à la façon dont la réglementation est appliquée :
lourdeurs des formalités, inefficience ou retard dans les décisions, inaccessibilité des
services, obstruction bureaucratique et abus d’autorité. Ces obstacles ont des sources
multiples : complexité inutile de la réglementation, méthodes de travail périmées, manque
de moyens, centralisation excessive, méfiance à l’égard du secteur privé et – corollaire de
tout cela – corruption. Dans beaucoup de pays, on n’a pas fait grand-chose pour faire
prendre conscience aux fonctionnaires des besoins du secteur privé, ou pour instaurer une
culture plus orientée vers le service (par opposition à une culture uniquement axée sur le
contrôle et la sanction).
iii) Les obstacles financiers. sont constitués par des droits dégressifs qui pénalisent les petites
entreprises, des réglementations fiscales indûment complexes et une mauvaise
administration de la fiscalité. Les droits d’immatriculation des nouvelles entreprises et le
permis d’exploitation sont souvent trop chers. Les entreprises informelles ont d’autres
raisons d’hésiter à se soumettre à la fiscalité : les niveaux d’imposition leur paraissent trop
élevés; elles ne savent pas comment remplir les obligations fiscales; elles craignent le
comportement des fonctionnaires des impôts; ou elles n’attendent aucun service en
échange des sommes qu’elles verseront. Malheureusement, peu de projets visant à
améliorer l’administration fiscale se penchent d’assez près sur l’économie informelle pour
comprendre lesquels de ces obstacles sont les plus problématiques et méritent l’attention.
Trop peu de projets de réforme envisagent des alternatives indirectes à l’impôt sur le
revenu, trop lourd pour les petites entreprises. Les obstacles financiers sont intimement
mêlés aux obstacles réglementaires et administratifs liés à l’immatriculation des
entreprises en général et au permis d’exploitation dans certains secteurs. S’agissant de
l’immatriculation, le principal obstacle est l’excès de formalités administratives, avec tous
les coûts et les pertes de temps qu’il suppose. Dans certains pays en développement, il y a
une certaine confusion entre l’immatriculation et le permis d’exploitation :
l’immatriculation devrait être une simple formalité administrative qui laisse peu de place à
l’appréciation; or on y englobe souvent des éléments qui relèveraient du permis
d’exploitation propre à un secteur, tel que contrôle des sites, réexamen et renouvellement
annuels du permis, ce qui peut être assez dissuasif s’agissant d’une simple
immatriculation. Certains pays font du « permis d’exploitation » la principale composante
des recettes annuelles des collectivités locales (c’est le cas en Afrique de l’Est). Dans un
certain nombre de pays, les entrepreneurs sont obligés, pour remplir ces formalités, de se
déplacer jusqu’à la capitale ou à une autre ville distante. L’informalité est un moyen
d’échapper à la législation du travail et aux charges qu’elle implique (assurances sociales,
etc.). Dans de nombreux pays, le recrutement d’un premier salarié « formel » est un
véritable parcours du combattant. En Amérique latine, les charges supplémentaires
qu’impose le droit du travail sont considérées comme le principal obstacle à l’intégration
des petites entreprises dans l’économie formelle. Un droit du travail trop rigide va souvent
à l’encontre des intérêts de ceux qu’il est censé protéger, en maintenant les travailleurs
dans l’économie informelle et en empêchant une croissance économique qui pourrait être
créatrice d’emplois.
23
iv) La corruption. est aussi un obstacle majeur à l’intégration dans l’économie formelle, car
les entreprises évitent de se faire immatriculer pour ne pas avoir affaire à des et
d’incohérences qui constitue pour les entreprises qui voudraient s’intégrer au secteur
fonctionnaires corrompus. Une étude portant sur 69 pays a montré qu’il y avait un lien
direct entre le recul de la corruption et l’expansion de l’économie formelle. La corruption
sape la confiance des entreprises dans l’appareil d’État et leur donne le sentiment que
leurs perspectives à long terme dans l’économie formelle sont médiocres. Autrement dit, il
ne sert à rien d’essayer de réduire les obstacles à la croissance et à l’intégration dans
l’économie formelle si l’on ne s’attaque pas aussi à la corruption. Réduire et simplifier les
exigences réglementaires et administratives revient à diminuer les possibilités de
corruption, ce qui explique d’ailleurs certaines résistances à ce type de réformes.
v) Obstacles socioculturels. Dans certains pays, les réticences à s’intégrer dans l’économie
formelle sont en partie dues à des facteurs socioculturels. En effet, l’économie informelle
est constituée de solides réseaux de confiance et d’interdépendance, souvent cimentés
par une histoire commune, d’oppression ou d’exclusion sociale par exemple. Lorsqu’un
entrepreneur informel est depuis longtemps en affaires avec d’autres entrepreneurs
informels appartenant au même groupe social, il n’a peut-être guère de raisons de
changer de statut. Dans certains pays où l’État est défaillant, l’économie informelle est
intouchable, car elle est depuis longtemps obligée de s’autoréguler et d’assurer beaucoup
de fonctions qui devraient incomber à l’État.
vi) Absence des services essentiels aux entreprises. Certains considèrent que la possibilité
pour les entreprises formelles d’accéder à davantage de services (financement,
enregistrement des titres de propriété, infrastructures, possibilité de marchés publics, aide
à la gestion, etc.) permet d’attirer des entreprises informelles dans le secteur formel. Offrir
ainsi des avantages supplémentaires aux entreprises formelles pourrait, selon eux, leur
faire mieux accepter les coûts imposés par la réglementation. C’est une hypothèse
séduisante; malheureusement, elle est impossible à démontrer. En effet, que
l’amélioration des services ait eu ou non pour but explicite d’attirer des activités vers
l’économie formelle, dans le suivi et l’évaluation de ces nouveaux services, on n’a pas pris
en compte cet aspect, mais seulement le revenu d’activité, la création d’emplois et
d’autres améliorations de la qualité de vie et de travail. Le peu d’éléments dont on dispose
soulève quelques doutes quant au pouvoir d’attraction de ce type de services sur les
acteurs de l’économie informelle.
vii) Criminalité. Certaines personnes hésitent à communiquer à des fonctionnaires des
informations sur leur situation et leur fortune personnelle, car elles craignent que ces
informations puissent filtrer vers le crime organisé et faire d’eux une cible potentielle.
Divers moyens peuvent contribuer à réduire l’informalité. Les bonnes pratiques actuelles des
donneurs, s’agissant d’abaisser les obstacles réglementaires et administratifs à l’intégration dans
l’économie formelle, consistent à :
Le système fiscal marocain a énormément évolué ces dernières années vers plus de
simplification, transparence et modernité pour, entre autres, améliorer le climat d’affaires dans le
pays et lutter contre l’informel.
La période entre 1999 et 2010 a été marquée par l’adoption de plusieurs mesures fiscales à travers
les différentes lois de finances. Ces mesures ont permis la mise à niveau des textes fiscaux de 1999
26
à 2003, la réforme de la T.V.A lancée en 2005, l’élaboration du livre des procédures fiscales en
2005, l’élaboration du livre d’assiette et de recouvrement en 2006, l’édition du CGI en 2007, la
réforme de l’I.S et l’intégration de la taxe sur les actes et conventions dans les droits
d’enregistrement en 2008, la refonte des droits de timbre et de la taxe spéciale annuelle sur les
véhicules automobiles TSAVA en 2009, la réforme de l’impôt sur le revenu I.R poursuivie en 2010,
etc.
Un effort important a été fourni pour la conceptualisation du nouveau référentiel fiscal marocain,
les différents textes de lois qui existaient ont été regroupés dans un seul document appelé le CGI.
La rédaction de ce nouveau référentiel a été basée sur son harmonisation avec la loi comptable, le
code de commerce et les différentes lois sur les sociétés, la loi bancaire et les textes relatifs à la
bourse. Le CGI a été complètement institué en 2007. Le système fiscal marocain a retenu le
principe de déclaration pour la grande partie des impôts et taxes, à savoir l’I.S, la T.V.A, les D.E et
celui de la retenue à la source pour les autres impôts, et particulièrement l’I.R.
Cet effort de réaménagement fiscal a permis à notre pays de se doter d’un système fiscal
moderne dont le processus de la réforme continu toujours.
27
3 : Mesures fiscales qui contribuent indirectement à la lutte contre
l’informel
Plusieurs pays ont essayé de dépasser le problème de l'informel en mettant au point une
fiscalité d’adhésion volontaire des contribuables. La prise en compte des contraintes et des
difficultés fiscales des activités, à travers une progressivité d’imposition, une simplification des
procédures fiscales et une taxation adaptée et modérée permet normalement à plusieurs
personnes de l’informel de migrer vers l’identification fiscale.
Le Maroc a également retenu la fiscalité comme l’un des principaux axes d’intégration de
l’informel dans l’économie organisée. Les Lois de Finances de 2001 à 2013 ont introduit plusieurs
mesures fiscales qui favorisent le transfert des activités informelles vers l’économie formelle. Ces
mesures fiscales ont fixé plusieurs objectifs notamment la simplification, la modernisation et
l’harmonisation du système fiscal marocain.
Suppression du paiement de 25% au titre de la PSN sur les revenus professionnels exonérés
de l’I.G.R (mesure introduite en 2001) ;
Recensement annuel au lieu tous les cinq ans des immeubles bâtis et des constructions
(mesure introduite en 2002) ;
Majoration de 2% tous les cinq ans au lieu de 2% par an de la valeur locative des immeubles
ou parties d’immeubles occupés par le redevable à titre d’habitation (mesure introduite en 2002) ;
Baisse du taux de majoration des droits d’enregistrement de 25% à 15% pour certains actes
ou déclarations (mesure introduite en 2003) ;
Changement de la mention « mois » par « 30 jours » pour ce qui est des délais de
souscription et de déclaration relatifs à l'I.G.R, l'I.S, la T.V.A et les DE (mesure introduite en 2003) ;
28
Réduction de 4% à 3% du taux appliqué sur le prix de revient des terrains, constructions,
agencements, matériels et outillages pour la détermination de la valeur locative minimale servant
de base de calcul à la patente et à la taxe urbaine (mesure introduite en 2003) ;
Vérification au titre de la T.V.A, I.G.R et I.S ne peut dépasser 6 mois pour les entreprises dont
le chiffre d'affaires déclaré au titre des exercices assujettis au contrôle est inférieur ou égal à 50
millions de dirhams hors taxe (mesure introduite en 2004) ;
Baisse du D.E de 10% à 5% sur la cession du droit au bail d’un immeuble qu’elle soit qualifiée
de pas-de-porte, d’indemnité de départ ou autre (mesure introduite en 2004) ;
Acceptation du prix révisé par l’administration, en matière des D.E ou de T.V.A et sur lequel le
contribuable a acquitté les droits dus, comme étant le prix d’acquisition à prendre en
considération au moment de la cession dudit bien immobilier (mesure introduite en 2005) ;
Elaboration du livre des procédures fiscales qui a regroupé l’ensemble des dispositions
relatives aux procédures fiscales prévues en matière d’I.S, I.G.R, T.V.A et D.E (mesure introduite en
2005) ;
Réduction au titre de l’I.R du nombre des seuils de chiffre d’affaires pour l’option aux régimes
du résultat net simplifié et du forfait à deux limites seulement par régime d’imposition au lieu de
trois, 2.000.000 dirhams et 500.000 dirhams pour le régime du résultat net simplifié et 1.000.000
et 250.000 dirhams pour le régime du forfait (mesure introduite en 2009) ;
Relèvement du seuil d’assujettissement à la T.V.A pour les petits fabricants et les petits
prestataires de services de 180.000 à 500.000 dirhams (mesure introduite en 2009) ;
Mise en place d’une charte des contribuables dans le but de renforcer les garanties des
contribuables lors d’un contrôle fiscal (mesure introduite en 2011) ;
o Le terme « informel » a été utilisé pour la première fois au niveau de la note circulaire de la
DGI commentant les dispositions fiscales de la loi de finances de l’année 2010 ;
o Le CGI n’a aucunement fait référence à ce terme.
En ce qui concerne l’intégration de l’informel dans l’économie formelle, le système fiscal marocain
a varié les mesures fiscales adoptées. Celles qui visent directement la migration de l’informel
sont :
4.1 Encouragement en faveur des contribuables qui s’identifient pour la première fois
C’est l’une des mesures phares d’encouragement des personnes actifs dans l’informel pour
intégrer l’économie organisée.
Cette mesure a été introduite en 2010 et concerne les contribuables exerçant avant le 1er janvier
2011 une activité passible de l’impôt sur le revenu, et qui s’identifient pour la première fois auprès
de l’administration fiscale, à partir du 1er janvier 2011, en s’inscrivant au rôle de la taxe
professionnelle.
Les dispositions fiscales exigent à ce que l’identification aux services des impôts soit effectuée
entre le 01/01/2011 et le 31/12/2012.
Une fois identifiées, ces personnes ne sont imposables que sur la base des revenus acquis et
opérations réalisées à partir de la date de leur inscription aux impôts. Cette mesure offre
automatiquement au contribuable qui se déclare aux impôts une amnistie fiscale sur les
opérations et activités exercées avant son identification.
30
Les personnes concernées sont celles dont les revenus professionnels sont déterminés selon le
régime du résultat net réel ou sur option selon celui du résultat net simplifié. En ce qui concerne
les stocks apportés, le cas échéant, par ces personnes, ils sont évalués, de manière à dégager une
marge brute au minimum de 20%, à l’occasion de leur vente dans le cadre de leur activité
déclarée. Cette marge est soumise éventuellement à la T.V.A sans droit à déduction, jusqu’à
épuisement du stock apporté.
31
4.2 Institution en 2011 d’un taux d’imposition réduit de 15% en faveur des PME
La loi de finances de l’année 2011 a institué un taux spécifique de 15% en faveur des sociétés
réalisant un chiffre d’affaires égal ou inférieur à trois millions de dirhams hors T.V.A. Cette
incitation fiscale concerne aussi bien les sociétés existantes au 01/01/2011 que celles qui seront
créées à partir de cette date. Les petits entrepreneurs qui opèrent dans l’informel et veulent
intégrer l’économie formelle peuvent bénéficier de cette mesure fiscale et profiter d’une
imposition spécifique réduite de 15% au lieu du plein tarif de 30%.
4.3 Application d’un taux réduit d’imposition de 10% en faveur des PME
Avec la loi de finances 2013, les PME dont le bénéfice fiscal est inférieur ou égal à trois cent mille
de dirhams ont bénéficié d’un taux réduit d’imposition de 10% appliqué au résultat fiscal au lieu
de l’imposition normale de 30%. Cette disposition a remplacé celle relative à l’imposition réduite à
l’I.S de 15%.
Dans le cadre des dispositions fiscales de la loi de finances 2014, l’article 32 du CGI a été complété
pour adopter un nouveau statut fiscal et juridique appelé l’auto-entrepreneuriat dont l’objectif
principal est de résorber le chômage des jeunes et lutter contre les activités informelles.
L’encouragement de la création d’emploi et l’accès à l’activité entrepreneuriale, ont été actés par
ce nouveau régime fiscal spécifique et optionnel en faveur des personnes physiques. Ce régime qui
offre plusieurs avantages sociaux et fiscaux peut réduire l’informel, développer l’esprit
d’entreprendre et faciliter l’accès au marché du travail par l’auto-emploi. Considéré aujourd’hui
comme l’une des solutions pour la résorption du chômage, l’autoentrepreneuriat traduit
clairement la volonté de l’Etat d’encouragement de l’auto-emploi. Sur le plan fiscal les auto-
entrepreneurs bénéficient d’une imposition forfaitaire.
En quoi consiste ce régime ? Quelles sont les personnes bénéficiaires ? Quelles sont les conditions
exigées ? Quels sont les avantages qu’il offre ? Les points suivants vont apporter des éléments de
réponses à ces questions :
Contribuables concernés : Ceux exerçant leur activité à titre individuel ou dans le cadre
d’une société de fait.
Personnes exclues de ce régime : Celles exerçant des professions libérales ainsi que celles
exerçant des activités exclues du régime forfaitaire.
32
Demande d’option pour ce régime : Demande à formuler lors du dépôt de la déclaration
d’existence auprès de l’organisme désigné à cet effet (guichet unique dont le texte législatif le
régissant n’est pas encore adopté).
- Base imposable : Les plus-values nettes des cessions ou retraits des biens corporels et
incorporels affectés à l’exercice de l’activité.
L’auto-entreprenariat est un outil comme tout autre, sa réussite dépend de la volonté des
personnes concernées. Ce régime a le mérite d’encourager les jeunes entrepreneurs à se déclarer
pour s’acquitter des impôts à des taux préférentiels.
33
à la transparence totale et peut pousser certaines personnes à se diriger vers des activités
informelles.
Egalement le dispositif des sanctions fiscales soufre de certaines faiblesses. Les personnes qui
exercent dans l’informel, étant non visibles, ne subissent généralement pas de sanctions. Ainsi, le
système de sanction conçu pour traquer les fraudeurs de « mauvaise foi » se trouve largement
appliqué aux contribuables, de « bonne foi », qui déclarent leurs activités.
Les sanctions fiscales très répressives peuvent ainsi susciter des craintes chez les individus pour
s’identifier aux impôts et intégrer l’économie organisée. Certaines sanctions sont jugées trop
lourdes par rapport aux infractions commises. Plusieurs exemples peuvent le montrer, à titre
indicatif, des sanctions pour défaut de déclaration fixées à 15% de l’impôt dû sont considérées
disproportionnées. Egalement, des sanctions appliquées à une information incomplète ou non
renseignée, dans une déclaration même si déposée dans les délais avec paiement d’impôt, sont
jugées abusives.
Certaines informations sanctionnées ne concernent pas le calcul de l’impôt (n° CNSS, nom,
prénom, adresse de tiers,…). Ce mode de sanction peut faire fuir une partie de l’activité de
certaines personnes vers l’informel ou encore n’encourager pas la migration de l’informel vers
l’économie formelle.
Les mesures de distanciation physique comme seule option et un choix difficile pour les
travailleurs de l'économie informelle, entre la prévention et la famine. En attendant la découverte
de vaccins et de traitements appropriés, la distanciation physique est pratiquement la seule option
disponible pour briser la chaîne de transmission et protéger une grande partie de la population.
C'est pourquoi des mesures de confinement total ou partiel sont désormais mises en œuvre dans
le monde entier, touchant en avril 2020 plus de 5 milliards de personnes, auxquelles les
gouvernements ont demandé où ordonné de rester chez elles.
Tous les pays sont à risque et doivent se préparer et réagir au COVID-19 pour faire face à ses
conséquences sanitaires mais aussi économiques. Des initiatives commencent à prendre forme
dans des pays de tous les continents. Le fait que le coronavirus se soit propagé dans de nombreux
34
pays à faible et moyen revenu après avoir atteint l'Asie et l'Europe leur a donné un certain temps
pour se préparer. Pourtant, dans la plupart des pays à faible et moyen revenu, la majorité de la
population dépend de l'économie informelle, les ressources sont rares, les inégalités et les
discriminations entre les sexes persistent et la capacité de certaines structures institutionnelles - y
compris les systèmes de santé et de protection sociale - est limitée. Cela limite la possibilité de
reproduire les mesures appliquées ailleurs. Certaines mesures d'échelle supplémentaires pour
l'économie informelle sont nécessaires.
En avril 2020, on estime que 1,6 milliard de travailleurs, y compris les entrepreneurs, sont
gravement touchés par la crise du COVID-19 et les mesures nécessaires pour garantir
l'éloignement physique. Pour de nombreuses personnes de l'économie informelle, arrêter de
travailler ou travailler à distance à la maison n'est pas une option. En l'absence de revenu de
remplacement ou d'économies, rester chez soi signifie perdre son emploi et, pour beaucoup,
perdre ses moyens de subsistance.
Les secteurs et les activités économiques de l'économie informelle sont fortement touchés par les
conséquences du COVID-19. Les secteurs et sous-secteurs les plus représentés dans l'économie
informelle sont souvent également ceux qui sont directement touchés par le COVID-19 et les
mesures associées visant à assurer l'éloignement physique (restrictions de mobilité, confinement
partiel ou total), ce qui affecte en même temps la demande, les importations et l'accès aux
matières premières et aux biens intermédiaires nécessaires à la production. Les secteurs les plus
touchés sont notamment le secteur du commerce de gros et de détail, qui concentre un quart des
emplois informels non agricoles dans le monde, mais un tiers dans les pays en développement,
dont une majorité de vendeurs ambulants et d’autres commerçants sans lieu fixe. La crise touche
également les petits artisans dans les secteurs de l'habillement, du cuir ou de la menuiserie, les
travailleurs des transports et des activités connexes comme les mécaniciens automobiles, les
travailleurs des services à la personne, y compris la restauration, la coiffure et les salons de
beauté, mais aussi les nombreux travailleurs domestiques et bien d'autres encore. Elle concerne
également l'agriculture - qui représente 40 pour cent de l'emploi informel total dans le monde,
mais plus des deux tiers dans les pays en développement -, des millions de petits paysans des
zones rurales ou périurbaines produisant pour le marché urbain n'étant pas en mesure de vendre
leurs produits.
Aggravation des vulnérabilités préexistantes. Cette crise sanitaire, économique et sociale touche
les entreprises ainsi que les travailleurs et travailleuses qui font déjà face à d'importants déficits
de travail décent. Il s'agit notamment de revenus du travail insuffisants, imprévisibles et irréguliers
(en particulier chez les femmes et certains groupes en situation de vulnérabilité tels que les
personnes handicapées, les migrants et les réfugiés), de l'absence de revenu de remplacement
faute de couverture sociale, d'un accès insuffisant aux soins de santé et d'un manque de
protection financière en matière de santé, de l'absence de reconnaissance de la relation de travail
35
pour les salariés, et pour les entrepreneurs, de l'absence de reconnaissance juridique de leur unité
économique.
Les mesures habituelles visant à soutenir les revenus et à maintenir le tissu économique sont hors
de portée des travailleurs et des entreprises de l'économie informelle. Outre l'éloignement
physique, les mesures visent également à maintenir et à stimuler le tissu économique tout en
assurant la sécurité des revenus des individus. Cependant, l'examen des mesures qui ont été
développées par les pays les plus touchés (en particulier l'Europe, la Chine et l'Amérique du Nord)
montre que les mesures habituelles de stimulation et de soutien de l'activité économique - y
compris pour les petites entreprises - ainsi que les mesures de protection des revenus
n'atteindront guère l'économie informelle. En l'absence de protection sociale et de reconnaissance
juridique des activités et des emplois, les propositions relatives aux allocations chômage (partielles
ou totales), aux allégements fiscaux, aux nouvelles lignes de crédit ou aux subventions aux
entreprises, limitent la réponse aux entreprises et aux travailleurs formels. Toutes ces mesures
sont importantes car elles contribuent et continueront à prévenir la pauvreté et l'informalisation
de l'économie formelle tout en soutenant la demande mondiale ; indispensable pour la survie des
unités économiques informelles. Cependant, elles ne toucheront guère les femmes et les hommes
de l’économie informelle - ou ceux qui sont passés à travers les mailles des systèmes de protection
sociale existants.
Dans le même temps, l'économie informelle joue un rôle important dans la lutte contre
l'insécurité, le chômage et le sous-emploi. Les entreprises artisanales de l'économie informelle
jouent également un rôle majeur dans la formation professionnelle, représentant pour de
nombreux jeunes le seul moyen d'acquérir des compétences pour le monde du travail. Pourtant,
pour pouvoir être instrumentale, il est nécessaire de préserver l'économie informelle de cette
crise sanitaire, économique et sociale associée au COVID-19 et d'en limiter les conséquences
négatives immédiates, à moyen et long terme. Il est également nécessaire d’œuvrer à la
formalisation graduelle des emplois et des unités de l’économie informelle.
Nous devons agir. Cette situation appelle sans aucun doute des réponses qui complètent les
mesures conventionnelles pour atteindre efficacement les travailleurs et travailleuses de
l'économie informelle. La priorité est d'entendre et de faire entendre la voix des femmes et des
hommes entrepreneurs et travailleurs de l'économie informelle, ainsi que des organisations qui les
représentent. La priorité est également d'identifier l'étendue et la nature des effets directs et
indirects du COVID-19 et des mesures préventives qui y sont associées. Il est aussi prioritaire
d’identifier les possibilités d'assurer la continuité des activités, de prévenir la fermeture
d'entreprises et les pertes d'emplois, d'assurer et de maintenir la contribution de l'économie
informelle au tissu économique et de garantir un revenu aux personnes qui en dépendent en
offrant des options réalistes. L'évaluation rapide contribue à la réalisation de ces priorités en
36
fournissant des informations sur la situation des travailleurs et des unités économiques dans
l'économie informelle.
• Mettre en évidence les secteurs et les groupes les plus touchés par la crise. Fournir le
contexte en donnant un aperçu de la situation en ce qui concerne le COVID-19, les mesures de
prévention et de protection adoptées ainsi que l'étendue et les principales caractéristiques des
travailleurs de l'économie informelle dans le pays.
37
causés aux activités de l'économie informelle et à maintenir les possibilités
d'emploi.
o Le profil de l'informalité dans le pays vise à identifier les activités et les groupes de
travailleurs les plus touchés par la crise et ciblés par l'évaluation rapide. L'aperçu
de l'informalité dans le pays doit fournir des informations sur l'étendue et la nature
de l'informalité dans le pays, les formes d'informalité prévalent, les secteurs les
plus représentés et ceux qui sont les plus susceptibles d'être touchés par la crise.
Le profilage doit être complété par des indicateurs économiques clés, permettant
d'avoir un aperçu des secteurs les plus touchés ou les plus menacés2. Dans le cas
d'évaluations ciblant des groupes particuliers prédéfinis (tels que les travailleurs
domestiques ou le travail non déclaré), l'analyse contextuelle se concentrera sur
les travailleurs ou les unités concernés.
• Identifier les effets directs et indirects de la pandémie et les mesures préventives adoptées
sur certains secteurs, sous-secteurs ou activités de l'économie informelle (en veillant à une bonne
représentation des femmes et des hommes, des entreprises et des profils des travailleurs et, si
possible, des zones géographiques), ce qui inclut :
o Identifier les défis de la mise en œuvre des mesures de prévention contre le COVID-
19 afin de réduire l'exposition des travailleurs et de leurs familles au virus et au
o risque de contagion ; les défis de l'accès effectif aux soins de santé pour ceux qui
sont infectés ; les défis de la fourniture d'un revenu et d'un soutien alimentaire aux
individus et à leurs familles pour compenser la perte ou la réduction de l'activité
économique ; et les défis de la mise en œuvre des mesures pour réduire et prévenir
les dommages sur les activités de l'économie informelle et maintenir les
opportunités d'emploi ;
o Identifier les mécanismes mis en œuvre au niveau individuel ou collectif pour
minimiser l'impact de la pandémie sur les travailleurs et les unités de l'économie
informelle ;
o Identifier les possibilités de maintenir les entreprises à flot, de limiter les risques de
fermeture et d'éviter les pertes d'emplois et de revenus ; identifier les modalités et
conditions connexes pour permettre leur réalisation effective des opportunités
existantes et, plus généralement, limiter les conséquences négatives immédiates, à
moyen et long terme de la pandémie du COVID-19. Cela inclut par exemple une
réorientation des activités commerciales et les besoins connexes en termes
d'acquisition de nouvelles compétences, de développement technologique, de liens
avec les entreprises formelles ou les autorités locales qui fournissent ou produisent
des biens et des services liés aux mesures de prévention et de protection contre le
COVID-19 ;
38
o Évaluer la participation des organisations d'entrepreneurs et des organisations de
travailleurs de l'économie informelle, y compris les organisations de femmes et de
groupes vulnérables, dans les réponses au COVID-19 et identifier les moyens de
favoriser et de promouvoir leurs actions ;
o Évaluer les capacités des organisations de l'économie informelle à participer à la
mise en œuvre d'une réponse en faveur des unités économiques et des travailleurs
(dossiers d'adhésion, préexistence de fonds d'urgence, actions dans le domaine de
la protection sociale) ;
o Évaluer la connaissance des mesures existantes et recueillir les perceptions des
femmes et des hommes de l'économie informelle, y compris des personnes en
situation de plus grande vulnérabilité, et de leurs organisations, sur les mesures
adoptées par les gouvernements et identifier les mesures jugées prioritaires par ces
acteurs directement concernés ;
39
PARTIE PRATIQUE
Section I : Poids du secteur informel en matière d’emploi
L’un des principaux objectifs de l’enquête nationale sur le secteur informel est de mesurer la
contribution de ce secteur en matière de création d’emplois au niveau national et de mettre en
exergue les caractéristiques de l’emploi du secteur informel.
Entre 2007 et 2014, le volume de l’emploi dans le secteur informel est passé de 2,216 millions à
2,373 millions de postes, soit une création nette de 157 mille postes d’emploi au cours de cette
période ou une création annuelle de 24,1 mille postes, ce qui représente 28,7% du volume
d’emploi créé annuellement par l’économie nationale (Selon l’enquête nationale sur l’emploi, près
de 84 mille postes d’emploi ont été créés en moyenne chaque année durant la période 2007-
2014).
Examiné selon le secteur d’activité, presque la moitié de l’emploi du secteur informel est
concentrée dans le secteur du commerce (47%) enregistrant une diminution de 4 points par
rapport à 2007, le reste de l’emploi est réparti entre les services (24,1%), l’industrie (20,1%) et le
BTP (8,8%).
En 2014, la contribution de l'emploi du secteur informel à l'emploi non agricole global est de
36,2% enregistrant une baisse de 1,1 point par rapport à 2007, année où elle était de 37,3%. Il
convient de signaler que cette baisse a été marquée par des évolutions contrastées selon les
secteurs d’activité. Ainsi, une diminution très prononcée a été observée dans le secteur
commercial dont la part de l’emploi provenant du secteur informel est passée de 81,1% à 68,5%
témoignant ainsi une certaine organisation de l’emploi dans ce secteur.
En revanche, les autres secteurs : le BTP, l’industrie et les services ont enregistré une tendance
inverse ; leurs parts respectives dans l’emploi global par secteur se sont accrues de 4,7, de 2,7 et
de 2,9 points
40
Tableau 1 : Evolution du volume de l’emploi dans le secteur informel entre 2007 et 2014 par
secteur
2007 2014
Volume de
l'emploi dans le
secteur informel
en effectif
142936 1128852 475451 486877 2216116 209447 114772 476629 572091
Volume de
l'emploi dans le
secteur informel 6,4 50,9 21,5 21,2 100 8,8 47,0 20,1 24,1
en %
Part de l'emploi
du secteur
informel dans
l'emploi non
agricole total (en
17 81,1 34,5 18,6 37,3 21,4 68,5 37,2 21,5
%)
Source : HCP
Analysé selon le milieu de résidence, l’emploi dans le secteur informel est plus concentré dans le
milieu urbain avec un taux de 72,9 % contre 27,1% dans le milieu rural. On notera par ailleurs un
léger recul de l’emploi du secteur informel dans le milieu rural par rapport à 2007 puisqu’il est
passé de 28,5% à 27,1%.
Source : HCP
Tableau 3 : Evolution de l’emploi dans le secteur informel et de sa part dans l’emploi non
agricole global par région entre 2007 et 2014
2007 2014
42
Par rapport à l’emploi non agricole global, la représentativité régionale de l’emploi dans le
secteur informel varie en 2014 entre 28,1% au niveau de la région de Casablanca-Settat et 80,4%
au niveau de la région d’Eddakhla-Oued Eddahab.
De ce fait, le salariat reste peu répandu dans ce secteur, le nombre des salariés permanents en
2013 a été estimé à seulement 15,9% de l’ensemble des travailleurs permanents (15,8% pour
2007). Cette proportion augmente à 17,3% si l’on intègre l’emploi saisonnier et occasionnel dans
l’ensemble de l’emploi du secteur informel.
Le secteur de l’industrie se caractérise par un taux de salariat important par rapport aux autres
secteurs. Il atteint 28,9% pour l’ensemble de l’emploi permanent du secteur et 30,6% pour
l’ensemble de l’emploi du secteur industriel.
Concernant les emplois non-salariés, ils représentent 5,2% de l’ensemble et sont pour l’essentiel
des aides familiales (4,6%) et des apprentis (0,5%).
43
Tableau 4 : Les actifs occupés permanents dans le secteur informel selon le statut
professionnel et le milieu de résidence
Milieu de résidence
Urbain Rural ensemble
Statut
professionnel Effectifs % effectifs % effectifs %
Source : HCP
La grande majorité (91,1%) des chefs des unités informelles est masculine. Les femmes chefs
d’unité sont quasiment absentes dans le secteur des bâtiments où elles ne représentent que 0,7%.
Dans le secteur commercial, elles ne sont que 5,7% à gérer des UPI. Dans le secteur des services
9,1%. C’est dans le secteur industriel qu’elles sont le plus représentées avec 22,6%. La
représentativité féminine au niveau de la gestion des UPI a enregistré son plus haut niveau en
1999 où elle avait atteint 12,4%. Toutefois, la diminution la plus prononcée a été enregistrée dans
le secteur de l’industrie où elle est passée de 37% à 22,7%.
44
Graphique 1 : Evolution de la part des UPI dirigées par des femmes
40
35
30
25
20
15
10
5
0
Industrie BTP Commerce Services
Figure 1
La moyenne d’âge des chefs des unités de production informelles est de 42,5 ans. 61,9% des chefs
des UPI ont entre 35 et 60 ans, les plus jeunes comptent pour 28,8%. La proportion des chefs d'UPI
ayant plus de 60 ans s’établit en 2014 à 9,5% enregistrant une baisse de 6,5 points par rapport à
2007.
Graphique 2 : Répartition des chefs des unités de production informelle selon les tranches d’âge
70
60
50
40
30
20
10
0
Moins de 35 ans Entre 35 et 59 ans 60 ans et plus
Figure 2
Source : HCP
45
En 2014, le niveau d’instruction des chefs des unités de production informelles reste très faible
malgré son amélioration depuis 2007.
En effet, le pourcentage des chefs des unités de production informelles qui n’ont aucun niveau
d’instruction a considérablement diminué depuis 2007 passant de 35,6% à 24,7% en 2014. 33,6%
des chefs d’UPI ont atteint le niveau primaire contre 30,4% en 2007.
Les chefs d’UPI qui ont atteint le niveau secondaire représentent 28,4% en 2014 contre 21% en
2007. Quant à ceux qui ont atteint les niveaux d’études supérieurs, ils représentent 3,3% contre
2,9% en 2007.
Au cours de l’exercice 2013-2014, le chiffre d’affaires annuel (CA) du secteur informel a atteint 409
445 millions de dirhams au lieu de 289 456 millions de dirhams réalisé en 2007, enregistrant ainsi
un taux d’accroissement global de 41,5% et un taux d’accroissement annuel moyen de 5,5%. Par
ailleurs, le rythme d’accroissement du CA informel a connu un ralentissement par rapport à la
période 1999-2007 où il s’est accru de 6,7% en moyenne annuelle.
De son côté, le secteur des services reste le plus concerné par cette augmentation avec une part
passant de 6,6% en 2007 à 9% en 2013. Il est suivi du secteur de l’industrie qui a confirmé sa
position dans le CA informel avec une part de 13,1% contre 11,1% six ans auparavant et celui du
BTP dont la part a atteint 8,1% contre 7,5%.
46
Graphique 3 : Evolution de la structure du CA du secteur informel par secteur d'activité entre 2007 et 2014
74.80%
69.80%
13.10%
11.10%
7.50% 8.10% 9.00%
6.60%
Industrie BTP Commerce Service
1999 2007
Source : HCP
Par ailleurs, et dans une perspective d’apprécier correctement le niveau de revenu réel procuré
par les unités informelles et d’en évaluer le poids économique réel, il convient de mentionner qu’il
est plus opportun de raisonner en termes de production ou de valeur ajoutée, étant donné que le
secteur du commerce est prédominant dans le secteur informel et que sa production est calculée
à partir de la marge commerciale qu’il réalise et non pas à partir du CA directement.
Ainsi, le secteur informel a produit pour 185 009 millions de dirhams de biens et services en
2013/2014, soit 12,2% de la production nationale (production nationale de 2013), enregistrant un
taux d’accroissement annuel moyen de 7,2% depuis 2007.
Graphique 4 : Evolution de la structure de la Production informelle par secteur d'activité entre 2007 et 2014
37.50%
34.70%
28.60%
27.20%
2007 2014
47
Le secteur du commerce participe à hauteur de 34,7% à la production du secteur informel, un
poids qui a sensiblement baissé par rapport à 2007 (37,5%). Les secteurs de l’industrie et des
services ont par contre vu leur part dans la production augmenter respectivement de 27,2% à
28,6% et de 16,8% à 18,6%. La contribution du BTP a quasiment stagné passant de 18,6% à 18,1%.
L’industrie alimentaire prédomine dans la production du secteur secondaire (36,2%). Elle est suivie
des industries de textile et d’habillement (27,7%). Les transports et la communication sont les plus
représentés (34,7%) dans le secteur des services suivis de la restauration et de l’hôtellerie (33,1%).
Quant au secteur du commerce, c’est encore le commerce de détail qui s’accapare la plus grande
part (72,6%), enregistrant cependant une baisse de 1,8 point par rapport à 2007, au profit du
commerce de gros (15,7%) qui a enregistré une hausse de 2,6 points.
En termes de valeur ajoutée, le secteur informel a créé 103 346 millions de DH en 2013. La
répartition par secteur montre que la plus grande partie de la valeur ajoutée (43,1%) provient du
secteur commercial bien qu’elle ait diminué depuis 2007, année où elle s’élevait à 49%. Cette
baisse a profité au secteur industriel qui a vu sa part augmenter de 20,1% en 2007 à 22,8% en
2013, au secteur des services dont la part a augmenté de 18% à 19,9% et au secteur du BTP avec
une part qui a passé de 12,9% à 14,3%.
En 2014, les principaux agrégats moyens par unité de production informelle se sont sensiblement
améliorés par rapport à l’année 2007. Le CA annuel moyen s’est élevé à 244 300 DH contre 180
559 DH en 2007. La production annuelle moyenne a atteint 110 387 DH contre 69 592 DH tandis
que la valeur ajoutée annuelle moyenne est estimée à 61 662 DH contre 43 209 DH.
Par secteur d’activité et à l’image de 2007, c’est le BTP qui réalise la plus grande production
annuelle moyenne, suivi par l’industrie. Le commerce, par contre, enregistre la production
moyenne la plus faible.
Au titre de la valeur ajoutée, les UPI du BTP sont également plus créatrices de richesses avec une
moyenne annuelle de 100 571 DH. Elle est de 86 907 DH dans l’industrie, 52 470 DH dans le
commerce et 50 059 DH dans les services.
L’analyse des indicateurs de productivité montre que dans l’ensemble, un actif occupé du secteur
informel crée en moyenne une valeur ajoutée annuelle de 43 497 DH. Une telle productivité reste
largement inférieure à celle réalisée en moyenne par un actif occupé au niveau national et qui est
de l’ordre de 76 393 DH en 2013.
48
Les actifs occupés du secteur du BTP sont les travailleurs les plus productifs du secteur informel et
créent en moyenne 69 333 DH de VA annuelle tandis que ceux du secteur des services ne réalisent
que 35 868 DH de valeur ajoutée en moyenne.
Par ailleurs, une heure de travail effectuée dans le secteur informel génère 19 DH de valeur
ajoutée, soit près de la moitié de la productivité générée par une heure de travail au niveau
national (35,5 DH).
Source : HCP
En somme, en 2013, l’investissement annuel total réalisé par le secteur informel s’est élevé à
3,366 milliards de dirhams contre 2,741 milliards de dirhams en 2007 enregistrant un taux
d’accroissement global de 22,8% et un taux d’accroissement annuel moyen de 3,2%. La proportion
des UPI qui ont réalisé des investissements durant l’année s’est manifestement accrue puisqu’elle
est passée de 11,3% en 2007 à 17,5% en 2013.
Avec ce montant global d’investissement réalisé, les UPI ont participé pour 1,1% de la formation
brute du capital au niveau national en 2013 au lieu de 1,2 % en 2007.
L’investissement moyen s’élève à 2009 DH par UPI, cependant cette moyenne varie sensiblement
selon son âge.
49
En effet, les unités informelles ayant moins d’une année participent à hauteur de 19,7% à
l’investissement informel même si elles ne représentent que 5,7% de l’ensemble des UPI qui ont
réalisé des investissements, celles qui ont moins de 3 ans réalisent 14,3% de cet investissement
sachant qu’elles constituent 19,4% de l’ensemble. Les unités informelles qui ont entre 3 et 10
années constituent 26,3% des unités investisseuses et participent à hauteur de 37,2 % unités
informelles les plus anciennes, c’est à dire celles qui ont une durée de vie qui dépasse 10 ans,
représentent 42,6% et ne participent à l’investissement qu’à hauteur de 34,5%.
Selon la taille de l’UPI, plus de la moitié de cet investissement est réalisé par les unités à une seule
personne et 39,2% est réalisé par les unités employant deux ou trois personnes. Les unités
employant quatre personnes et plus contribuent seulement de 9,5% à la totalité de
l’investissement.
L’essentiel de l’investissement réalisé par le secteur informel est destiné à l’achat des
équipements et outillages (34,1%), des moyens de transport (33,4%) et à l’acquisition de
constructions, terrains et aux travaux d’infrastructure (24,2%).
Les immobilisations incorporelles ne représentent que 6,1% du total des investissements, les
achats de meubles et matériels de bureau et des matériels informatiques représentent 1,7% du
total des investissements des UPI et les emballages récupérables 0,3%.
Graphique 5 : Répartition de l'investissement du secteur informel selon la nature des biens acquis
Moyens de Constructions et
transport Travaux
34% d'infrastructure
24%
Emballages
récupérables
2%
Equipements et outillages
33%
Figure 35
50
Source : HCP
Si près de 70% des investissements trouvent l’origine dans l’autofinancement par les chefs d’UPI,
le recours aux institutions bancaires et financières reste très limitée dans la mesure où les banques
et les institutions de microcrédits n’interviennent qu’à hauteur de 1,5% du total des
investissements réalisés pendant les douze mois qui précèdent l’enquête.
Par ailleurs, la deuxième source de financement dominante reste le recours à des emprunts
auprès de la famille ou d’autres personnes (13,4% de leur investissement).
51
Conclusion générale
Le poids du secteur informel par rapport à l’économie nationale a pris un essor, en particulier
du fait des effets sociaux des politiques d’ajustement structurel (PAS). Conformément aux
estimations du HCP, qui sont fondées sur plusieurs critères (absence de comptabilité), la part du
secteur informel est significative à la fois au regard de l’emploi que celle des unités de production.
En effet, les estimations de la contribution du secteur informel en emploi non agricole
représentent près de 40 % et ce secteur participe à hauteur de 12,2 % du PIB. Selon les données
de l’enquête effectuée sur ce secteur entre 2013 et 2014, la part du secteur informel dans le PIB
est de 11,5 % sans compter le secteur agricole et l’ampleur de secteur informel dans l’économie
du Maroc est pesante ; il occupe 40 % de l’économie nationale. Ces chiffres montrent le poids
redoutable du secteur informel même s’il joue un rôle important dans la création des emplois.
La croissance démographique ainsi que l’exode rural non maitrisé conduit à la surpopulation,
particulièrement, dans les milieux urbains. Cette forte migration se traduit par un excès de l’offre
de travail dans les secteurs privés. Malgré cela, ils ne sont plus capables d’en absorber la totalité.
De ce fait, cette situation aggrave le taux de chômage. En raison de survie, ces gens marginalisés
essaient de gagner leur vie en imprégnant dans des activités informelles qui sont devenues très
importantes actuellement et reflète même le fonctionnement de l’économie nationale. Ainsi, ce
secteur informel intervient pour équilibrer le marché de travail et permet à la majorité des
pauvres à satisfaire leur minimum de survie ou de bien-être. Vis-à-vis de l’Etat, le non
enregistrement de ces activités ne fait qu’aggraver la pauvreté du pays à cause de la privation
d’une majorité des ressources étatiques.
Par contre, le fait de le formaliser peut conduire à des conflits entre ces deux institutions. En
outre, cette politique peut induire à la distribution de revenu au niveau de ce secteur, voire une
dégradation de leur pouvoir d’achat. L’existence de ce nouveau système de survie va donc influer
au développement du pays. De plus, il représente une vie sans issue et sans espoir en raison de
l’absence de l’incitation à concevoir un avenir autre que celui du modèle d’une société ambiante.
En tout cas, cet informel ne constitue pas la base du modèle de développement. De plus, il ne
forme même pas l’ensemble des éléments tels que les potentialités, les dynamismes, le tissu de
base économique et social qui permettent à la reprise de la croissance. Il n’est qu’un seul
régulateur de crise dans la courte durée. Mais au moment où ces activités deviendraient une
composante principale de l’économie en répondant à des conditions du passage à la formalité, la
recherche de la politique de développement doit en tenir compte afin de mener un vrai
développement du pays.
52
Références bibliographiques
- Charmes, J. (2002). Les origines du concept de secteur informel et la récente définition de
l’emploi informel. World Bank. De Soto H., 1994, L’autre sentier, la révolution
informelle dans le tiers monde (traduit de l’espagnol par Martine Couderc), La
Découverte, Paris.
- Elhoussain CHOUKAR. (2021). Secteur informel dans l’économie marocaine et rôle de
l’état pour son intégration
- Mejjati. R.A (2014), Le secteur informel au Maroc, éditions Presses économiques du
Maroc
- RAZAFIMANANTSOA Nary Ny Aina. (2016). « Le secteur informel : une issue de
secours de la pauvreté malgache et un défi a relever pour l’état, cas des unités de
production individuelles après la crise de 2009 ».
- Article de SNRT NEWS (2022). « La lutte contre l’informel un défi de taille pour le
Maroc ».
- Rajaa Mejjati Alami. (2014).L’informel et les politique de développement
- HCP (2017), « marché de travail, défis et opportunités »
- Conseil Economique, Social et de l’Environnement CESE/rapport 2017
- Ministère de l’Intérieur (MI)
- Ministère Chargé de l’Artisanat et Economie Sociale (MCAES)
- ODECO (L’Office du développement de la coopération, Maroc)
- OCDE, (2019) « perspectives de l’emploi »
- OCDE (2008), « Élimination des obstacles à l'intégration dans l'économie formelle », dans
Promoting Pro-Poor Growth : Policy Guidance for Donors, Éditions OCDE, Paris
- Nabil Bouayad Amine, Khalid Falhaoui. (2014). « Lecteur informel au Maroc : état de
53
-
Figure 1 : Evolution de la part des UPI dirigées par des femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Figure 2 : Répartition des chefs des unités de production informelle selon les tranches d’âge . . . 43
Figure 3 : Evolution de la structure du CA du secteur informel par secteur d'activité entre 2007 et 2014 . . . . 45
Figure 4 : Evolution de la structure de la Production informelle par secteur d'activité entre 2007 et 2014 . . . 45
Figure 5 : Répartition de l'investissement du secteur informel selon la nature des biens acquis . . . . . . . . . . . . 48
Tableau 1 : Evolution du volume de l’emploi dans le secteur informel entre 2007 et 2014 par
secteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Tableau 3 : Evolution de l’emploi dans le secteur informel et de sa part dans l’emploi non agricole
global par région entre 2007 et 2014 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
Tableau 4 : Les actifs occupés permanents dans le secteur informel selon le statut professionnel et
le milieu de résidence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
54