Poly Riemann
Poly Riemann
SURFACES DE RIEMANN
Benoît Stroh
Septembre 2020
SURFACES DE RIEMANN
Benoît Stroh
TABLE DES MATIÈRES
1. Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2. Généralités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.1. Surface de Riemann. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.8. Fonctions holomorphes et méromorphes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.38. Formes différentielles holomorphes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
2.61. Etude extensive de P1C . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
5. Revêtements ramifiés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
5.1. Morphismes de surfaces de Riemann. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
5.27. Triangulations et genre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
5.43. Intégration et théorème des résidus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
INTRODUCTION
Les surfaces de Riemann sont des objets omniprésents dans les mathématiques mo-
dernes : bien sûr en analyse et en géométrie complexe, mais aussi en géométrie algébrique,
en théorie des nombre et en théorie des groupes.
En un mot, les surfaces de Riemann sont aux variétés différentiables ce que les fonctions
holomorphes sont aux fonctions C ∞ . Ainsi, à des hypothèses techniques mineures près, une
surface de Riemann est un espace topologique X muni d’un atlas dont le but des cartes
est formé d’ouverts de C et dont les changements de carte sont des biholomorphismes. On
peut alors définir la notion de fonction holomorphe sur X en utilisant l’atlas. De même
pour les fonctions méromorphes ou les morphismes de surfaces de Riemann.
Une remarque sur le terme de « surface » : les surfaces sont localement modelées sur
des ouverts de R2 donc sont des ouverts au sens de la géométrie. Puisqu’elles sont aussi
modelées sur des ouverts de C1 , on les appele aussi courbes complexes.
On peut également développer une théorie en toute dimension, en considérant les varié-
tés localement modelées sur des ouverts de Cn pour lesquelles les changements sont des
biholomorphismes à n variables. On en parlera de temps en temps, mais la contrainte est
qu’il faut au préalable développer le formalisme des fonctions holomorphes à plusieurs va-
riables, et notamment ce qui généralise les formules de Cauchy. Tout cela sera fait en détail
dans le de géométrie complexe et de théorie de Hodge.
Toutefois on remarquera que même si on se restreint à l’étude des surfaces de Riemann,
qui sont donc de dimension complexe 1, des objets de dimension complexe 2 apparaîtront
très vite : par exemple un champ de vecteur holomorphe sur la surface de Riemann X sera
une section du morphisme de variétés complexe T X → X, où T X est le fibré tangent de X
et forme donc une variété complexe de dimension 2.
Local et global. — La différence entre les fonctions C ∞ en (x, y) et les fonctions holomorphes
en z = x + iy sur un ouvert de C est bien connue : les fonctions holomorphes vérifient le
principe du maximum et la formule de Cauchy, donc si f est holomorphe sur la boule
4 CHAPITRE 1. INTRODUCTION
D(0, 1) = {z ∈ C tq |z| < 1}, sa restriction à la boule D(0, 1/2) est déterminée par sa
restriction au cercle C(0, 1/2) = {z ∈ C tq |z = 1/2}.
Toutefois la différence la plus frappante entre les surfaces de Riemann et les variétés
différentiables est globale, lorsque la variété X est compacte. En effet, nous verrons alors
par le théorème de Liouville que toute fonction holomorphe sur X est constante.
Nous montrerons également un théorème d’algébrisation puissant et surprenant : si X est
une surface de Riemann compacte, elle est égale au lieu d’annulation dans PnC de polynômes
homogènes à n + 1 variables. Cela se fera en deux étapes : tout d’abord on montrera que X
est une sous-variété analytique de PnC . Cela résultera assez facilement du théorème de
Riemann-Roch. On esquissera ensuite la démonstration du théorème GAGA (géométrie
algébrique, géométrie analytique) de Serre qui garantit que toute sous-variété analytique
de PnC est en fait projective. Ce théorème frappant est une motivation à lui seul pour
introduire la cohomologie des faisceaux et l’algèbre homologique dont nous parlerons dans
le paragraphe suivant.
Une fois X vue comme lieu d’annulation de polynômes homogènes dans PnC , on peut
parler de fonctions rationnelles sur X : ce sont les quotients de polynômes homogènes où le
dénominateur n’est pas identiquement nul sur X. On obtiendra alors comme conséquence
de GAGA un « super théorème de Liouville » affirmant que si X est compacte, toute
fonction méromorphe sur X est rationnelle. Le cas particulier où X = P1C est en fait un
exercice facile d’analyse complexe disant que si f est holomorphe entière bornée par un
polynôme, c’est un polynôme.
On voit donc que la théorie des surfaces de Riemann compacte est intimement liée à la
géométrie algébrique.
Faisceaux et cohomologie. — L’outil principal pour relier les propriétés locales aux pro-
priétés globales sur une surface de Riemann sera la théorie des faisceaux. Elle est abordée
dans le cours Outil de la géométrie algébrique, mais nous ferons ici les rappels élémentaires
nécessaires. Nous serons alors amenés à introduire les groupes de cohomologie des fais-
ceaux, qui codent la différence entre l’existence locale de fonctions holomorphes vérifiant
certaines propriétés et leur existence globale. Par exemple l’obstruction à ce qu’une fonction
holomorphe inversible g sur X s’écrive g = ef avec f holomorphe sera contenue dans un
Z-module noté H 1 (X, Z). De même l’obstruction à ce qu’une fonction holomorphe g sur X
ait une primitive sera contenue dans le C-espace vectoriel H 1 (X, C). Aussi si P, Q, R ∈ X,
l’obstruction à ce qu’il existe pour tout (a, b, c) ∈ C3 une fonction holomorphe f sur X
vérifiant f (P ) = a, f (Q) = b, f (R) = c sera contenu dans un C-espace vectoriel noté
H 1 (X, OX (−(P ) − (Q) − (R)).
Définir de tels groupes de cohomologie est donc naturel, mais pour que ce soit réellement
utile, encore faut-il être capable de les calculer ! Ce sera l’objet du théorème de Riemann-
Roch qui calculera tous les groupes du type H 1 (X, OX (−(P ) − (Q) − (R)). C’est d’ailleurs
CHAPITRE 1. INTRODUCTION 5
ce théorème qui nous permettra d’algébriser les surfaces de Riemann compactes et leurs
fonctions méromorphes.
On peut d’ailleurs comprendre sous le prisme de la cohomologie la différence entre les
surfaces de Riemann et les variétés différentielles dans le cas compact : en géométrie diffé-
rentielle, tous les groupes de cohomologie en degré > 0 de faisceaux formés de fonctions C ∞
sont nuls, et il n’y a donc peu de différence entre l’existence locale de fonctions vérifiant
certaines propriétés et leur existence globale. La raison de cette annulation des groupes de
cohomologie est l’existence de partitions de l’unité, qui existent en effet dans le monde C ∞
mais pas dans le monde holomorphe.
Exemples de surfaces de Riemann. — Il nous reste à donner quelques exemples de surfaces
de Riemann.
On peut commencer par les courbes algébriques complexes : si P (X, Y, Z) est un poly-
nôme homogène vérifiant qu’il n’existe pas (x, y, z) ∈ C3 \ (0, 0, 0) tel que P (x, y, z) = 0,
∂P/∂X(x, y, z) = 0, ∂P/∂Y (x, y, z) = 0 et ∂P/∂Z(x, y, z) = 0 alors
est une surface de Riemann compacte. Le cas le plus élémentaire est celui où P (X, Y, Z) = Z
et on trouve alors X = P1C , la droite projective complexe qui est aussi appelée la sphère de
Riemann. Elle est en effet homéomorphe à la sphère S2 ⊂ R3 .
Dans le cas non compact, on peut bien sûr considérer les ouverts de C, qui sont des
surfaces de Riemann. On peut par exemple considérer le demi-plan de Poincaré
H = {z ∈ C tq =m(z) > 0}
qui est d’ailleurs isomorphe en tant que surface de Riemann au disque ouvert
D = {z ∈ C tq |z| < 1}
1+z
par l’application D → H, z 7→ i 1−z .
On peut enfin prendre des quotients de surfaces de Riemann par l’action de groupes
discrets agissant proprement sans points fixes. Par soit Λ ⊂ C un réseau, que l’on peut
supposer de la forme Λ = Z + Zτ où τ ∈ H quitte à le dilater et à le translater. Alors le
quotient C/Λ est une surface de Riemann compacte, appelée courbe elliptique. Les courbes
elliptiques seront étudiées en cours fondamentaux I et sont utiles dans des domaines aussi
divers que l’astronomie (les longueurs d’arcs d’ellipses sont données par des fonctions mé-
romorphes sur les courbes elliptiques), la cryptographie (les cryptosystèmes à clé publique
comme RSA sont aujourd’hui basés sur les courbes elliptiques) et la théorie des nombres
(la démonstration par Wiles du théorème de Fermat utilise crucialement les courbes ellip-
tiques).
6 CHAPITRE 1. INTRODUCTION
Si Γ ⊂ SL2 (R) est un sous groupe discret vérifiant certaines hypothèses, on pourra aussi
considérer le quotient H/Γ qui est une surface de Riemann, où SL2 (R) agit sur H par
a b az + b
·z =
c d cz + d
Le cas où Γ ⊂ SL2 (Z) contient le sous-groupe des matrices triviales modulo N pour un cer-
tain N est notable et H/Γ s’appelle alors une courbe modulaire. Les fonctions holomorphes
sur H/Γ seront appelées des formes modulaires et seront étudiées dans un cours fondamen-
tal I. Les formes modulaires sont aussi utilisées dans la démonstration du théorème de
Fermat.
Genre et uniformisation. — Si X est une surface de Riemann compacte, c’est une surface
différentiable compacte, connexe et orientable. On peut donc lui appliquer le théorème de
classification bien connu de ce type d’objets, et prouver qu’elle est homéomorphe à un tore
à g trou. On appelera g le genre de X et c’est un invariant fondamental. On peut alors
chercher à classifier toutes les surfaces de Riemann ayant un genre donné.
Il sera aisé de voir que P1C est l’unique surface de Riemann de genre 0. Nous verrons
ensuite que toute surface de Riemann de genre 1 est une courbe elliptique.
Le difficile théorème d’uniformisation de Poincaré, que nous n’aborderons pas, garantit
quant à lui que toute surface de Riemann de genre ≥ 2 est égale à H/Γ pour un certain
Γ ⊂ SL2 (R). Cela fait évidemment le lien entre théorie des surfaces de Riemann et théorie
des groupes.
Plan du cours. — Dans le premier chapitre on introduira les définitions de base : surfaces
de Riemann, morphisme, fonction et forme différentielle méromorphe. On introduira le
langage des faisceaux et on en verra de nombreux exemples. On traitera extensivement le
cas de P1C dans lequel on cherchera à tout calculer.
Dans le second chapitre, on étudiera les courbes elliptiques complexes. On montrera
qu’elles sont algébriques en introduisant des formes modulaires comme les séries d’Eisen-
stein et le j-invariant.
Dans le troisième chapitre, on introduira les courbes algébriques complexes. Il y aura ici
des liens avec le cours de Variétés algébriques, mais nous nous cantonnerons à un point de
vue élémentaire.
Dans le quatrième chapitre, on étudiera les revêtements ramifiés de surfaces de Riemann.
On développera des outils comme le théorème des résidus qui seront nécessaires à la suite
de notre étude.
On énoncera alors le théorème de Riemann-Roch, ce qui nécessite d’introduire la coho-
mologie des faisceaux cohérents. On montrera des conséquences frappantes de ce théorème,
comme l’algébrisation des surfaces de Riemann compactes. On esquissera notamment la
preuve du principe GAGA de Serre.
CHAPITRE 1. INTRODUCTION 7
GÉNÉRALITÉS
Remarque 2.3. — Une surface de Riemann est donc en particulier une surface du point
de vue de la géométrie différentielle, puisque C = R2 et qu’un biholomorphisme est un
difféomorphisme. Elle est de dimension 2 réelle, mais de dimension 1 complexe d’où l’autre
nom de courbe complexe.
On peut détailler la source et le but de φi ◦ φ−1 j : sa source est φj (Ui ∩ Uj ) et son but est
φi (Ui ∩Uj ). On laissera fréquemment tomber de tels détails plus ou moins évident, mais qui
alourdissent les notations. Rappelons également qu’un biholomorphisme (ou équivalence
conforme) est une application holomorphe, bijective, de réciproque holomorphe.
La collection (Ui , Vi , φi )i∈I est appelé un atlas holomorphe de X, et pour tout i ∈ I, le
triplet (Ui , Vi , φi ) est une carte de cet atlas.
Dans la définition d’une surface de Riemann, il est entendu que l’atlas (Ui , Vi , φi )i∈I
est pris à une relation d’équivalence près : deux atlas (Ui , Vi , φi )i∈I et (Uj0 , Vj0 , φj )j∈J sont
équivalents si leur concaténation (Ui , Vi , φi )i∈I (Uj0 , Vj0 , φ0j )j∈J reste un atlas, donc si φi ◦φ0j
`
Exemple 2.6. — Soit X ⊂ C un ouvert connexe. Alors c’est une surface de Riemann
muni d’un atlas à une carte (X, X, IdX ). Néanmoins les cartes étant prises à équivalence
près, pour tout biholomorphisme φ de X, la structure de surface de Riemann de X est
aussi définie par l’atlas (X, X, φ). Or on ne veut introduire que des notions dépendant de
la structure de surface de Riemann, mais indépendantes du choix de l’atlas particulier. Cela
impose de définir sur X des notions invariantes par application d’un biholomorphisme φ :
X → X.
Par exemple il est courant en analyse complexe de parler du résidu ResP (f ) ∈ C pour
tout P ∈ X ⊂ C et f méromorphe sur X. Mais si X = C et φ(z) = 2z qui est évidemment
un biholomorphisme de X et si f (z) = 1/z alors ResP (f ) = 1 et ResP (f ◦ φ) = 1/2.
Donc le résidu d’une fonction méromorphe n’est pas invariant par précomposition par un
biholomorphisme (ie n’est pas invariant par changement holomorphe de coordonné). En
conséquence une fonction méromorphe sur une surface de Riemann générale n’aura pas de
résidu !
On verra au contraire que ce sont les 1-formes différentielles méromorphes qui admettent
des résidus invariants par application d’un biholomorphisme.
Remarque 2.7. — On pourrait définir de manière très similaire une variété complexe
(lisse) de dimension complexe n ≥ 1 : ce serait un espace topologique X muni d’un atlas
(Ui , Vi , φi )i∈I où Vi ⊂ Cn est un ouvert et φi ◦ φ−1
j est un biholomorphisme entre ouverts
n
de C . Mais pour cela il faudrait définir la notion de biholomorphisme, donc la notion
de fonction holomorphe sur un ouvert de Cn . C’est possible et facile. La théorie admet
néanmoins rapidement des subtilités, concernant par exemple les formules de Cauchy en
dimension n. Le lecteur intéressé pourra consulter Griffiths-Harris, Principles of algebraic
geometry, Chapter I ou Claire Voisin, Théorie de Hodge et géométrie algébrique complexe,
1er chapitre.
Dans ce cours on évitera souvent de parler de variétés complexes de dimension > 1
mais elles apparaitront néanmoins entre les lignes : par exemple le fibré tangent T X → X
d’une surface de Riemann sera une fibration en C-espaces vectoriels de dimension 1, donc
T X sera une variété complexe de dimension 2. Un autre exemple sera l’espace projectif
PnC = (Cn+1 − {0})/C∗ de dimension n.
Remarque 2.11. — Ainsi une fonction holomorphe sur X est exactement un morphisme
de surfaces de Riemann X → C, où C est muni de sa structure de Riemann canonique.
On définit de la même façon que les fonctions holomorphes la notion de fonction méro-
morphe f : X 99K C. On écrit f : X 99K C plutôt que f : X → C car f n’est pas définie
partout (elle est définie et à valeurs dans C seulement hors de son lieu polaire). On verra
dans l’exemple REF que toute fonction méromorphe f : X 99K C définit exactement un
morphisme de surface de Riemann F : X → P1C tel que le lieu polaire de f est F −1 (∞).
Définition 2.12. — Si f : X 99K C est méromorphe non nulle, on définit son ordre en
P ∈ X comme étant l’entier ordP (f ) := ordφi (P ) f ◦ φ−1
i ∈ Z où P ∈ Ui .
Définition 2.13. — On note M(X) l’anneau des fonctions méromorphes sur X. C’est
un corps car X est connexe. Il contient le sous-corps des constantes C.
Remarque 2.14. — Lorsque X est compacte, il n’est pas évident que l’inclusion C ⊂
MX soit stricte. Autrement dit les seules fonctions méromorphes globales pourraient être
constantes (penser au théorème 2.26 de Liouville concernant les fonctions holomorphes
globales). On verra grâce au théorème de Riemann-Roch que ce n’est pas le cas et que
M(X)/C est de degré de transcendance 1.
On note Div(X) le groupe additif des diviseurs de X. On remarque que si X est compacte,
un diviseur est à support fini (car discret dans un compact) et donc Div(X) = Z[X] est le
groupe abélien libre sur X.
Définition 2.16. — Si f : X 99K C est méromorphe non nulle, on définit son diviseur
P
div(f ) = x∈X ordx (f ) · [x] ∈ Div(X), qui est bien de support discret.
Remarque 2.17. — Ainsi div(f ) détermine les pôles et les zéros de f comptés avec mul-
tiplicité (x est un zéro si nx > 0 et un pôle si nx < 0).
P
Définition 2.18. — Un diviseur D = P ∈X nP · [P ] est positif (noté D ≥ 0) si nP ≥ 0
pour tout P ∈ X. Pour D, D0 ∈ Div(X), on note D ≥ D0 si D − D0 ≥ 0.
Ainsi f est holomorphe si et seulement si div(f ) ≥ 0.
On a construit une application div : M(X)∗ → Div(X) dont on vérifie sans peine que
c’est un morphisme de groupe.
Définition 2.19. — Un diviseur D ∈ Div(X) est principal s’il s’écrit D = div(f ) où
f ∈ M(X) est méromorphe sur X.
Remarque 2.20. — Si D est principal, la fonction f est unique modulo multiplication par
toute fonction méromorphe g vérifiant div(g) = 0. Mais cela impose que g soit holomorphe
sans zéro sur X. Ainsi f est unique à multiplication par une fonction holomorphe inversible
près.
Exemple 2.21. — Si X ⊂ C est un ouvert, tout diviseur à support fini est principal :
prendre pour f un polynôme. On a mieux : si X = C ou X = D(0, 1) est le disque centré en
0 de rayon 1, alors tout diviseur de X est principal. Cela résulte du théorème de préparation
de Weierstrass. Dans le cas où X = D(0, 1), le lecteur pourra également se rappeler les
produits de Blaschke en analyse complexe...
Remarque 2.22. — Par contre lorsque X est compacte il est faux que tout diviseur soit
principal. Nous verrons dans la proposition 5.24 qu’il faut nécessairement imposer que
deg(D) = x∈X nx = 0 ∈ Z. Cela n’est une condition suffisante que lorsque X = P1C (voir
P
l’exercice 2.66).
Pour X compacte quelconque, trouver des conditions déterminant les diviseurs princi-
paux est connu comme le problème de Cousin (second problème multiplicatif de Cousin).
Il s’agit d’une question naturelle : trouver des fonctions méromorphes à pôles et zéros pres-
crits, avec ordre prescrit. Ce problème a eu un rôle-clé dans le développement de l’analyse
et de la géométrie complexe, notamment dans ses variantes en dimension > 1. Aucune
réponse simple n’est connue. Ce problème a été reformulé par Elie Cartan en utilisant
la théorie des faisceaux et comme souvent, cette reformulation n’apporte pas de réponse
facile, mais elle permet de comprendre précisément la difficulté du problème.
2.8. FONCTIONS HOLOMORPHES ET MÉROMORPHES 13
2.23.1. Propositions diverses. — Nous établissons dans cette fonctions des proposi-
tions faciles qui nous serviront tout le temps.
Proposition 2.24. — Soit X une surface de Riemann, P ∈ X et f : X − {P } → C
holomorphe qui est bornée au voisinage de P . Alors f s’étend en une fonction holomorphe
sur X.
Démonstration. — La question est locale autour de P , et se résout dans une carte P ∈
U ⊂ X avec φ : U → V ⊂ C. On se ramène donc à l’énoncé bien connu en analyse complexe
relatif à f ◦ φ−1 : V − {φ(P )} → C.
L’unicité du prolongement analytique reste également vraie sur les surfaces de Riemann
(qui sont supposées connexes par définition).
Proposition 2.25. — Soit X une surface de Riemann et D ⊂ X un sous-ensemble conte-
nant un point d’accumulation. Si f, g : X → C coïncident sur D, on a f = g sur X.
Démonstration. — Par hypothèse il existe un ouvert de l’atlas U1 tel que D ∩ U1 contient
un point d’accumulation. On peut donc appliquer l’unicité du prolongement analytique
usuel sur V1 ⊂ C et on a f = g sur U1 . On peut continuer de même avec tous les ouverts Ui
tels que Ui ∩ U1 6= ∅, car Ui ∩ U1 contient alors un point d’accumulation, et ainsi de suite
de proche en proche.
14 CHAPITRE 2. GÉNÉRALITÉS
Enfin le théorème de Liouville est fondamental pour les surfaces de Riemann compactes.
Proposition 2.26. — Soit X une surface de Riemann compacte et f holomorphe sur X.
Alors f est constante.
Démonstration. — La fonction X → R, x 7→ |f (x)| est continue donc atteint son maximum
en P ∈ X. En prenant une carte P ∈ U → V ⊂ C, on voit que f ◦ φ−1 contredit le principe
du maximum sur V , donc est constante. Donc f est constante sur U , puis on applique la
proposition 2.25 pour en déduire qu’elle est constante partout.
2.26.1. Faisceaux 1. — Le théorème de Liouville nous dit donc que les fonctions ho-
lomorphes globales ne sont pas intéressantes lorsque X est compact. Elles sont par contre
cruciales localement, sur de petits ouverts. La théorie des faisceaux va justement nous ser-
vir à différencier les propriétés locales et globales de certains ensembles de fonctions, cela
étant mis dans un cadre formel. Nous l’utiliserons tout au long de ce poly en la développant
au fur et à mesure.
Définition 2.27. — Soit X un espace topologique. Un préfaisceau F sur X est la donné
pour tout ouvert U ⊂ X d’un ensemble F(U ), et la donnée pour tous ouverts U ⊂ V ⊂ X
d’une application resV /U : F(V ) → F(U ). On demande que resU/U = IdF (U ) , et que pour
tous U ⊂ V ⊂ W ⊂ X, on ait resV /U ◦ resW/V = resW/U .
On appellera les éléments de F(U ) les sections de F sur U . On notera fréquemment
H 0 (U, F) = F(U ). On peut penser aux sections de F sur U comme certaines fonctions
généralisées, mais ce ne sont pas nécessairement des fonctions ensemblistes sur U . Cela
peut par exemple être des formes différentielles, des champs de vecteurs, des sections de
fibrés vectoriels etc.
Remarque 2.28. — On vient de définir les faisceaux en ensembles. On définit de même
les faisceaux en groupes (ou groupes abéliens, anneaux, etc) en demandant que F(U ) soit
un groupe pour tout U , et que resU/V soit un morphisme de groupes.
Exemple 2.29. — On dispose des préfaisceaux suivants :
i. F(U ) est l’ensemble des fonctions ensemblistes U → C, et resV /U est la restriction
des fonctions.
ii. F(U ) est l’ensemble des fonctions continues U → C.
iii. Si X est une variété différentiable, F(U ) est l’ensemble des fonctions C ∞ sur U .
iv. Si X est une variété différentiable, F(U ) est l’ensemble des k-formes différentielles
sur U .
v. F(U ) = C pour tout U , et resV /U est l’identité pour tous U, V .
2.8. FONCTIONS HOLOMORPHES ET MÉROMORPHES 15
vi. F(U ) = Cπ0 (U ) est l’ensemble des fonctions localement constantes U → C, et resV /U
la restriction des fonctions. On note usuellement F = CX , et de même en remplaçant
C par Z etc.
On voit donc que les préfaisceaux ne paramètrent pas nécessairement des fonctions, même
si c’est bien sûr la situation typique qu’il faut avoir en tête.
Exemple 2.30. — Si on note F(U ) l’ensemble des fonctions à support compact sur U , on
n’obtient pas un préfaisceau. En effet la restriction ne préserve pas la compacité du support.
Il y a une notion un peu exotique de cofaisceau G, qui sont munis pour tous U ⊂ V d’un
morphisme de corestriction coresU,V : G(U ) → G(V ) et notre F est un cofaisceau.
Lorsque F est un préfaisceau, il n’y a a priori aucun lien entre F(Ui ) pour Ui ⊂ X
parcourant un recouvrement ouvert, et F(X). Par exemple on peut très bien imaginer
F(X) = ∅ et F(Ui ) 6= ∅, ou au contraire F(Ui ) = {pt} pour tout i alors que F(X) est très
grand. La définition de faisceau vient imposer de telles contraintes.
Ainsi un préfaisceau F est un faisceau si les éléments de F(U ) sont “de nature locale”
pour tout U : ils doivent être déterminés par leur restriction à un recouvrement par de plus
petits ouverts, et inversement une famille de sections de F sur les termes du recouvrement
dont les restrictions coïncident sur les intersections 2 à 2 doit provenir d’une section sur U .
La plupart des préfaisceaux usuels sont des faisceaux :
iv. Si X est une variété différentiable, F(U ) est l’ensemble des k-formes différentielles
sur U .
v. F(U ) = Cπ0 (U ) est l’ensemble des fonctions localement constantes U → C.
Exercice 2.34. — Prouver que le préfaisceau des fonctions constantes où F(U ) = C pour
tout U ⊂ X n’est pas un faisceau.
Remarque 2.35. — On peut reformuler la définition de faisceau en disant que les appli-
cations (resU/Ui )i∈I , (resUi /Uij )i,j∈I fournissent une suite exacte courte à gauche d’ensembles
Y Y
F(U ) ,→ F(Ui ) ⇒ F(Ui,j )
i∈I i,j∈I
Dans cette expression, je vous laisse le soin de définir une suite exacte courte d’ensembles...
C’est encore plus simple et plus usuel si F est un faisceau en groupes abéliens, auquel cas
on peut introduire les différences resUi /Uij − resUj /Uij et dire qu’on a une suite exacte courte
à gauche dans le sens habituel
Y Y
0 → F(U ) → F(Ui ) → F(Ui,j )
i∈I i,j∈I
L’exemple suivant est évidemment fondamental dans la théorie des surfaces de Riemann.
Définition 2.39. — Soit X une surface de Riemann d’atlas (Ui , Vi ; φi ). Une 1-forme diffé-
rentielle holomorphe (resp. méromorphe) ω sur X est la donné pour tout i ∈ I de fonctions
fi : Vi → C holomorphes (resp. méromorphes) telles que fj = (fi ◦ φi ◦ φ−1 −1 0
j ) · (φi ◦ φj )
pour tous i, j ∈ I.
Ainsi ω n’est pas une fonction X → C. Il n’y a pas de sens à parler de la valeur ω(P ) ∈ C
si P ∈ X, car la valeur fi (φi (P )) dépend du choix de la carte ou de l’atlas.
Remarque 2.40. — Si X est un ouvert de C muni de son atlas à une carte (X ⊂ C), la
condition de recollement est vide et les 1-formes holomorphes sur X s’identifient canonique-
ment aux fonctions holomorphes. Néanmoins si ω est une 1-forme sur X (donc vue comme
fonction holomorphe ω = f : X → C), on impose à ω de se comporter de manière non
naïve par changement de coordonné ie par application d’un biholomorphisme φ : X → X.
Alors qu’une fonction f : X → C devient f ◦ φ par le changement de coordonné φ (voir
la définition 2.23), la forme différentielle ω devient (ω◦ φ) · φ0 . C’est pour cela qu’il y a une
différence globale entre forme différentielle et fonctions (voir le théorème REF).
Cela justifie aussi que si X ⊂ C est un ouvert, on préfère noter ω = f (z)dz puisque
formellement φ∗ (ω) = f (φ(z))dφ(z) = f (φ(z))φ0 (z)dz. Dans le cas général où X est une
surface de Riemann d’atlas (Ui , Vi ; φi ), une 1-forme ω sera donnée dans les cartes par
φ∗ (ω) = (φ−1 ∗
i ) (ω) = fi (z)dz où fi est la fonction apparaissant dans la définition 2.39.
Proposition 2.43. — Soit X une surface de Riemann. On dispose des constructions sui-
vantes :
i. Si f est une fonction holomorphe (resp. méromorphe) sur X, on a la 1-forme diffé-
rentielle holomorphe (resp. méromorphe) df sur X.
ii. Si ω est une forme différentielle holomorphe (resp. méromorphe) et que f est une
fonction holomorphe (resp. méromorphe), on a la forme différentielle f · ω.
iii. Si ω1 , ω2 6= 0 sont deux formes différentielles méromorphes sur X, on a la fonction
méromorphe ω1 /ω2 sur X.
Corollaire 2.44. — Notons (X) le corps des fonctions méromorphes sur X et M(X)diff
le C-espace vectoriel des 1-fomes méromorphes sur X. Alors M(X)diff est un M(X)-espace
vectoriel de dimension ≤ 1 sans base canonique.
Remarque 2.45. — On verra qu’il existe toujours des formes différentielles méromorphes
non nulles et la dimension de M(X)diff sur M(X) est donc 1. Ce n’est pas évident pour
l’instant et c’est relié au fait que C ⊂ M(X) est une inclusion stricte, autrement dit qu’il
existe des fonctions méromorphes non constantes (voir la remarque 2.14). En effet si f est
méromorphe non constante, df est une forme différentielle méromorphe non nulle.
P
Définition 2.47. — On note div(ω) = P ∈X ordP (ω) · [P ] ∈ Div(X) et on l’appelle le
diviseur de ω.
Remarque 2.48. — Evidemment la géométrie différentielle nous enseigne que ω(P ) est
un élément d’un C-espace vectoriel de dimension un sans base, à savoir le dual de TP X.
Mais les formes différentielles ont d’autres avantages sur les fonctions, comme l’existence
de résidu. Soit en effet P ∈ X et f une fonction méromorphe en P identifée à (fi : Vi → C).
On peut considérer Resφi (P ) (fi ) ∈ C le coefficient de z−φ1i (P ) dans le développement en série
de Laurent de fi en φi (P ) ∈ Vi . Mais cette notion n’est pas invariante par changement de
coordonnée holomorphe ! Autrement dit elle dépend du choix de l’indice i tel que P ∈ Ui
et du choix de l’atlas. Sur une surface de Riemann quelconque, une fonction méromorphe
n’a pas de résidu bien défini.
Le calcul formel d(2z)/(2z) = dz/z suggère par contre que la forme différentielle dz/z
a un résidu bien défini en 0, invariant par changement de coordonnées par un biholomor-
phisme. On va voir dans les lignes suivantes que c’est effectivement le cas.
Soit ω une forme différentielle méromorphe en P sur X, représentée par des fonctions
fi : Vi 99K C dans les cartes. Posons resP (ω) = resφi (P ) fi ∈ C.
Lemme 2.50. — Le nombre complexe resP (ω) est indépendant du choix de la carte P ∈ Ui
et du choix de l’atlas. Il définit un morphisme de groupes canonique
resp : M(X)diff −→ C
Exercice 2.51. — Prouver algébriquement le lemme 2.50. Il s’agit de voir que pour tout
ouvert V ⊂ C, tout Q ∈ V , tout ψ : V → V un biholomorphisme, tout f : V 99K C est
méromorphe, on a Resψ(Q) (f ) = ResQ (f ◦ ψ · ψ 0 ).
Donner ensuite une preuve de ce résultat utilisant l’analyse complexe. Quelle preuve est
la plus simple ? On reviendra sur la définition du résidu avec un tout petit peu plus de
détails dans le lemme 5.46.
Remarque 2.52. — Une question similaire se pose sur tout corps k pour une série de
Laurent f ∈ k((t)) = Frac(k[[t]]) et un automorphisme ψ de k[[t]]. Il est difficile de prouver
l’invariance du résidu de f (z)dz par pré-composition par ψ purement algébriquement.
Tate (REF) a trouvé une preuve élégante reposant sur l’existence de trace de certains
endomorphismes en dimension infinie, et c’est la partie dure de la (d’une...) démonstration
algébrique du théorème de Riemann-Roch pour les courbes.
Remarque
R 2.53. — Ce n’est donc pas pour rien qu’en analyse complexe on note plutôt
C
f (z)dz !
R R1
D’ailleurs on pourrait penser définir C f := 0 f ◦ γ(t)dt. Quelle critique pouvez-vous
formuler envers une telle définition ?
Remarque 2.54. — Il n’y a pas de 2-formes holomorphes sur les ouverts de C (et donc
sur les surfaces de Riemann) car dz ∧ dz = 0. Sur les ouverts de C2 il y a par contre la
2-forme dz1 ∧ dz2 et sur une variété complexe de dimension deux, il faudrait également
s’intéresser aux 2-formes holomorphes.
2.38. FORMES DIFFÉRENTIELLES HOLOMORPHES 21
Remarque 2.56. — On notera bien que les coordonnées locales ne sont absolument pas
canoniques ! On a le choix de l’atlas, de la carte, et de la fonction. Seuls seront intéressant
des objets définis intrinsèquement sur X (par exemple des fonctions ou formes différentielles
méromorphes), qu’on pourra à l’occasion écrire explicitement dans une coordonnée locale
afin de faire des calculs.
Si X ⊂ C est un ouvert, on a cette fois une coordonnée locale canonique en P ∈ C, à
savoir z−P . Mais toute fonction holomorphe du type (z−P )·(1+a1 (z−P )+a2 (z−P )2 +· · · )
conviendrait tout aussi bien.
. Répétons une dernière fois ce que cela veut dire plus canoniquement : on choisit une carte
P ∈ U , φ : U → V ⊂ C telle que φ(P ) = 0 et on écrit φ∗ (ω) comme 1-forme méromorphe
sur V . L’holomorphie de ω se traduit par an = 0 si n < 0.
Exemple 2.58. — On a dans tous les cas un faisceau d’anneau et un faisceau en modules
sur ce faisceau en anneaux :
22 CHAPITRE 2. GÉNÉRALITÉS
On a alors φN ◦ φ−1 −1
S : C → C, z 7→ z . Le changement de carte est donc bijectif. Toutefois
la vision S2 = {(x, y, z) | x2 + y 2 + z 2 = 1} ⊂ R3 n’est bien sûr pas adaptée à l’analyse
complexe et mène à des formules lourdes. On préfère donc utiliser la droite projective
complexe qu’on va maintenant décrire.
Notons P1C = (C2 − {(0, 0)})/C∗ où on agit par homothétie. Notons [X, Y ] ∈ P1C la
classe de (X, Y ) 6= (0, 0). C’est une coordonnée homogène, ce par quoi on veut dire que
[X, Y ] = [λ · X, λ · Y ] pour tout λ ∈ C∗ .
On voit que φ : U = {[X, Y ] ∈ P1C | Y 6= 0} → C, [X, Y ] 7→ X/Y est une bijection
d’inverse C → P1C , z 7→ [z, 1]. De plus si on munit P1C de la topologie quotient induite par
celle de C2 , on se rend compte que c’est même un homéomorphisme.
De même, on note ψ : V = {[X, Y ] ∈ P1C | X 6= 0} → C, [X, Y ] 7→ Y /X, qui est
une bijection d’inverse C → P1C , z 7→ [1, z]. On remarque que P1C = U ∪ V . On notera
0 = 0P1C = [0, 1] ∈ U et ∞ = ∞P1C = [1, 0] ∈ V . On a φ(0) = ψ(∞) = 0 ∈ C, ce qui
se traduit par le fait que (U, φ) et (V, ψ) sont deux carte envoyant respectivement 0P1C
et ∞P1C sur 0 ∈ C. La composée de ces deux bijections ψ ◦ φ−1 (et aussi φ ◦ ψ −1 ) est
C∗ → C∗ , z 7→ z −1 .
Notons C1 et C2 deux copies de C. On désignera par z1 , z10 , · · · ∈ C1 des éléments de la
première copie et par z2 , z20 , · · · ∈ C2 des éléments de la seconde. Considérons la relation
d’équivalence ∼ suivante sur C1 C2 où z1 ∼ z2 si et seulement si z1 , z2 6= 0 et z1 = z2−1 ,
`
changement de variable étant fait de manière différente selon qu’il s’agit d’une fonction ou
d’une forme différentielle.
Ainsi z est une coordonnée locale sur l’ouvert U ⊂ P1C dans le sens de la définition 2.55,
qui s’annule en 0. Et z 0 = 1/z est une coordonnée locale sur V qui s’annule en ∞.
Théorème 2.63. — Le corps des fonctions méromorphes M(P1C ) est canoniquement iso-
morphe au corps C(z) des fractions rationnnelles en la variable z.
Démonstration. — Soit f une fonction méromorphe sur P1C . On en déduit une fonction
f ◦ φ−1 : C → C méromorphe dans la carte (U, φ).
Supposons pour expliquer l’idée que f ◦ φ−1 est holomorphe, ie que f n’a pas de pôles
sur U . Alors f ◦ φ−1 est entière, donnée par une série n≥0 an · z n de rayon de convergence
P
Remarque 2.64. — Ainsi M(P1C )/C est une extension de degré de transcendance 1. On
verra que c’est le cas pour toute surface de Riemann compacte (mais rappelons encore que
ce n’est même pas évident qu’il existe une fonction méromorphe non constante sur une
surface de Riemann compacte générale).
Le théorème 2.63 permet de tout savoir sur les fonctions méromorphes sur P1C : leur
diviseur, le nombre de leurs zéros et pôles, etc. On a par exemple la proposition suivante,
dont le premier point est une autre preuve, explicite, du théorème de Liouville.
en ∞ se traduit par an = 0 pour tout n > 0, d’où le premier point. Les autres sont
similaires.
Remarque 2.67. — Soit X une surface de Riemann compacte. On définira son genre
g ∈ N, qui sera nul pour P1C . Le théorème de Riemann-Roch nous montrera que
H 0 (X, OX (D)) = 0 si deg(D) < 0, et garantira que H 0 (X, OX (D)) est de dimension
1 − g + deg(D) si deg(D) > 2g − 2.
La formule deg(div(f )) = 0 pour tout f ∈ M(X)∗ sera toujours vraie. Par contre
tout diviseur de degré nul ne sera pas principal. On introduira au contraire le quotient
Pic(X) = Div(X)/{div(f ), f ∈ M(X)∗ } appelé groupe de Picard de X. Le morphisme
de groupes abéliens deg : Div(X) → Z passe au quotient en deg : Pic(X) → Z puisque
deg(div(f )) = 0. On notera alors Pic0 (X) = Ker(deg : Pic(X) → Z). Ce groupe, qui
quantifie l’obstruction au problème de Cousin, ne sera pas nul et on le calculera pour les
courbes elliptiques. L’exercice montre par contre que Pic0 (P1C ) = 0 et Pic(P1C ) = Z.
Exercice 2.68. — Soit X une surface de Riemann. Prouver que toute fonction méro-
morphe f : X 99K C s’étend par continuité en f˜ : X → P1C , qui est un morphisme de
surfaces de Riemann, puis que cette construction fournit une bijection entre l’ensemble des
fonctions méromorphes sur X et l’ensemble des morphismes de surfaces de Riemann de X
vers P1C .
Remarque 2.69. — Un tel résultat est faux lorsque X est de dimension > 1. Par exemple
si X = C2 , f (z1 , z2 ) = zz21 qui est en effet une fonction méromorphe à deux variables, on a
nécessairement f˜ : X − {z2 = 0} → P1C , (z1 , z2 ) 7→ [z1 , z2 ]. Cette fonction ne s’étend pas
par continuité en f˜ : X → P1C car [0, 0] ∈ / P1C .
26 CHAPITRE 2. GÉNÉRALITÉS
dz
Exercice 2.72. — Calculer le diviseur de la forme différentielle zdz sur P1C . Idem pour z
.
Que vaut la somme des résidus de dz
z
?
Théorème 2.73. — Il existe un isomorphisme canonique M(P1C )diff = C(z)dz où l’on
rappelle que M(P1C )diff désigne le M(P1C )-espace vectoriel des formes différentielles méro-
morphes.
Démonstration. — C’est tautologique puisque M(P1C )diff est un M(P1C )-espace vectoriel de
dimension ≤ 1, qui n’est pas nul puisque dz 6= 0, et qui est donc isomorphe à M(P1C ) · dz,
en notant que M(P1C ) = C(z) par le théorème 2.63.
Corollaire 2.74. — Il n’existe pas de forme différentielle holomorphe non nulle sur P1C .
Ainsi H 0 (P1C , Ω1P1 ) = 0.
C
Remarque 2.75. — On voit bien que globalement les formes différentielles sont diffé-
rentes des fonctions puisque les constantes sont holomorphes sur P1C . On verra que si X
est une surface de Riemann compacte de genre g, le C-espace vectoriel H 0 (X, Ω1X ) est
de dimension g. Ainsi H 0 (X, Ω1X ) caractérise le genre de X, ce qui n’est pas le cas pour
H 0 (X, OX ).
2.61. ETUDE EXTENSIVE DE P1C 27
Exercice 2.76. — Soit ω une forme différentielle méromorphe sur P1C . Prouver que
deg(div(ω)) = −2. En déduire à nouveau que ω ne peut pas être holomorphe.
Remarque 2.77. — Il s’agit encore d’une différence sensible entre formes différentielles
et fonctions méromorphes (dont le diviseur est de degré nul sur toute surface de Riemann
compacte). Lorsque X est compacte de genre g et ω est méromorphe sur X, on verra que
deg(div(ω)) = 2g − 2.
Exercice 2.78. — Prouver les points suivants.
P
i. Trouver une preuve algébrique du fait que P ∈P1C ResP (ω) = 0 pour tout forme
méromorphe ω sur P1C .
ii. Trouver une preuve analytique de ce même fait. On pourra écrire P1C = S2 et appliquer
le théorème des résidus.
iii. En déduire une nouvelle preuve de deg(div(f )) = 0 pour toute fonction méromorphe f
sur P1C .
CHAPITRE 3
Nous allons donner un nouvel exemple de surfaces de Riemann compactes, qui sont de
la forme C/Λ pour Λ ⊂ C un réseau. Commençons donc par une construction générale de
surface de Riemann quotient.
3.1. Quotients
Soit G un groupe discret agissant sur une surface de Riemann X. On dit que l’action est
propre si le quotient X/G muni de la topologie quotient est séparé. On dit que l’action est
holomorphe si pour tout g ∈ G, l’application ag : X → X, x 7→ g ∗ x est un morphisme de
surface de Riemann (auquel cas sa réciproque ag−1 reste holomorphe). On dit que l’action
est sans point fixe si pour tout x ∈ X, on a StabG (x) = {g ∈ G | g ∗ x = x} = {eG }. Lorsque
l’action de G sur X est sans points fixes,
Sous les hypothèses plus faible que G est un groupe discret agissant par homéomor-
phismes sur un espace topologique X, on dispose de l’ensemble quotient X/G et de la
projection π : X → X/G. On munit X/G de la topologie quotient, dont les ouverts
sont les V ⊂ X/G tels que π −1 (V ) ⊂ X est ouvert. De manière équivalente (en utili-
sant π −1 (π(U )) = ∪g∈G g ∗ U ), on peut dire que les ouverts de X/G sont exactement les
π(U ) pour U ⊂ X ouvert. L’application π est donc continue et ouverte. C’est une appli-
cation quotient, ce qui veut dire que pour tout espace topologique Y et toute application
ensembliste f : X/G → Y , on a f continue si et seulement si f ◦ π continue.
Remarque 3.2. — Dans le cas où ∼ est une relation d’équivalence sur un espace topo-
logique X, on munit Y = X/ ∼ de la topologie quotient qui est la meilleure topologie
rendant π : X → Y continue. Ainsi V ⊂ Y est ouvert si et seulement si π −1 (V ) ⊂ X
est ouvert. L’application π alors une application quotient dans le sens précédent. Ce qui
change par rapport au cas d’une relation d’équivalence associée à l’action d’un groupe,
c’est que π n’est pas nécessairement ouverte.
30 CHAPITRE 3. COURBES ET FONCTIONS ELLIPTIQUES
Revenons à l’action par homéomorphismes d’un groupe discret G sur un espace topolo-
gique X. On vérifie que l’action est propre si et seulement si X/G est un espace topologique
séparé. On vérifie également que si l’action est sans point fixe, alors π : X → X/G est un
revêtement topologique : pour tout y ∈ X/G, il existe un voisinage y ∈ V ⊂ X/G et un
homéomorphisme π −1 (V ) = V × G faisant se correspondre π et la première projection prV .
Repassons enfin au cas le plus restrictif où X est une surface de Riemann. La proposition
suivante est naturelle. Elle garantit que l’application π : X → X/G est une application
quotient dans la catégorie des surfaces de Riemann.
Proposition 3.4. — Si un groupe discret G agit sur une surface de Riemann X propre-
ment, holomorphiquement et sans point fixe, il existe une unique structure de Riemann
sur X/G rendant la projection π : X → X/G holomorphe et telle que pour toute surface
de Riemann Y et toute application ensembliste f : X/G → Y , on a f holomorphe si et
seulement si f ◦ π holomorphe.
L’application f 7→ π ∗ (f ) := f ◦ π induit une bijection de l’ensemble des fonctions ho-
lomorphes (resp. méromorphes) f : X/G → C vers l’ensemble des fonctions holomorphes
(resp. méromorphes) f˜ : X → C qui sont G-invariantes, la bijection réciproque étant
le passage au quotient f˜ 7→ f¯˜. Si f et f˜ se correspondent, pour tout P ∈ X on a
ordP (f˜) = ordπ(P ) (f ) et on a π −1 (div(f )) = div(f˜), qui est un diviseur G-invariant sur X.
L’application ω 7→ π ∗ (ω) induit une bijection de l’ensemble des formes différentielles
holomorphes (resp. méromorphes) ω sur X/G vers l’ensemble des formes différentielles
holomorphes (resp. méromorphes) ω̃ sur X qui sont G-invariantes. Si ω et ω̃ se corres-
pondent, pour tout P ∈ X on a ordP (ω̃) = ordπ(P ) (ω) et on a π −1 (div(ω)) = div(ω̃), qui
est un diviseur G-invariant sur X.
Remarque 3.6. — On verra en (REF) un théorème plus fort, qui s’applique au cas de
stabilisateurs finis.
3.7. — Soit H = {τ ∈ C
Exercice
| =(τ
) > 0} le demi-plan de Poincaré. Pour tout
a b a b
∈ SL2 (Z) et τ ∈ H, on pose · τ = aτ +b
cτ +d
et on vérifie que cela fait une action
c d c d
propre par biholomorphisme de SL2 (Z) sur H.
i. Calculer StabSL2 (Z) (τ ) en fonction de τ ∈ H.
ii. Posons PSL2 (Z) = SL2 (Z)/{±1}. Calculer StabPSL2 (Z) (τ ) en fonction de τ ∈ H.
On en déduit que l’action de PSL2 (Z) sur H n’est pas libre, et la proposition 3.4 ne
s’applique pas. Néanmoins le théorème (REF) s’appliquera et munira H/SL2 (Z) d’une
structure de surface de Riemann.
Définition 3.9. — Une courbe elliptique complexe est une surface de Riemann compacte
de la forme C/Λ pour Λ ⊂ C un réseau.
Remarque 3.10. — Il est clair que C/Λ est homéomorphe (et même difféomorphe) au
tore de dimension deux (S1 )2 = (R/Z)2 = R2 /Z2 , et est donc une surface (réelle) compacte
orientable de genre 1. Nous reverrons ces notions dans le chapitre (REF) et nous dirons
qu’une courbe elliptique est de genre 1. De plus nous montrerons (REF) que toute surface
de Riemann de genre 1 est une courbe elliptique complexe.
32 CHAPITRE 3. COURBES ET FONCTIONS ELLIPTIQUES
Remarque 3.11. — Une courbe elliptique C/Λ vient avec le point marqué 0C/Λ =
0C mod Λ. En toute rigueur une courbe elliptique complexe sera donc une surface de
Riemann compacte de genre 1 avec un point marqué.
Remarque 3.12. — Il est clair que C/Λ est un groupe abélien, et que la loi de groupe
(C/Λ)2 → C/Λ est une morphisme de variétés complexe (mais encore une fois, donner un
sens précis à cette assertion demande de définir la surface complexe (C/Λ)2 donc d’étudier
les fonctions holomorphes sur les ouverts de C2 ). On verra (REF) que les seules surfaces
de Riemann compactes munies d’une loi de groupe holomorphe sont les courbes elliptiques
complexes.
Toutes les courbes elliptiques complexes sont donc difféomorphes entre elles. Elles ne
sont par contre pas isomorphes en tant que surfaces de Riemann et nous allons à présent
voir lorsqu’il existe un isomorphisme C/Λ ' C/Λ0 entre surfaces de Riemann.
Remarque 3.13. — La situation est analogue pour les couronnes C(r, R) = {z ∈ C | r <
|z| < R}. Pour tous r < R et r0 < R0 , les couronnes C(r, R) et C(r0 , R0 ) sont difféomorphes,
mais elles ne sont conformément équivalentes (ie biholomorphes, ie isomorphes comme
surface de Riemann) que si R/r = R0 /r0 .
Remarque 3.15. — On peut toujours se ramener à f (0) = 0 quitte à composer par une
translation. Ainsi tout morphisme de C/Λ dans C/Λ0 est une application affine de C passée
au quotient.
Remarque 3.16. — On a utilisé dans cette démonstration que pour toute surface de
Riemann X, son revêtement universel X̃ est muni d’une surface de Riemann rendant la
projection π : X̃ → X holomorphe. Il s’agit d’une réciproque (valable pour tout revêtement
topologique, pas seulement pour le revêtement universel) à la proposition 3.4 qui est aussi
facile à démontrer, en transportant les cartes par l’homéomorphisme local π.
3.8. COURBES ELLIPTIQUES 33
On a également utilisé que pour cette structure de surface de Riemann de X̃, la propriété
universelle du revêtement universel vaut dans la catégorie des surfaces de Riemann : en
fixant x ∈ X et x̃ ∈ X̃ tel que π(x̃) = x, pour toute surface de Riemann simplement
connexe Z munie d’un point z ∈ Z et toute application holomorphe f : Z → X vérifiant
f (z) = x, il existe une unique application holomorphe f˜ : Z → X̃ vérifiant π ◦ f˜ = f et
f˜(z) = x̃.
Notons R l’ensemble des réseaux de C, que l’on munit de la C∗ -action par homothétie
de rapport complexe. Notons φ : H → R l’application τ 7→ Z + Z · τ , qui est bien un
réseau car Im(τ ) 6= 0. L’application φ n’est pas injective car il existe τ, τ 0 ∈ H tels que
Z + Z · τ = Z + Z · τ 0 (en trouver...), et elle n’est pas surjective car tout réseau Λ ⊂ C ne
contient pas Z.
Exercice 3.19. — Vérifier que φ passe au quotient en φ̄ : H/SL2 (Z) → R/C∗ , qui est de
plus bijective. Ici l’action de SL2 (Z) sur H est celle donnée dans l’exercice 3.7.
Remarque 3.21. — On a dit que H/SL2 (Z) sera muni d’une structure de surface de
Riemann quotient, bien que l’action ait des stabilisateurs non triviaux. Ainsi l’ensemble
des classes d’isomorphismes de courbes elliptiques complexes est lui-même muni d’une
34 CHAPITRE 3. COURBES ET FONCTIONS ELLIPTIQUES
3.22. Algébrisation
D’après la proposition 3.4, les fonctions méromorphes f sur C/Λ s’identifient aux fonc-
tions méromorphes f˜ sur C qui sont Λ-périodique, donc telles que f˜(z + λ) = f˜(z) pour
tout z ∈ C et λ ∈ Λ. De plus les ordres des pôles et zéros sont préservés par une telle
identification.
De même les formes différentielles ω sur C/Λ s’identifient aux formes différentielles ω̃
sur C invariantes par translation. Notons aλ : C → C, z 7→ z+λ le morphisme d’action de λ.
En posant ω̃ = f (z)dz (car C est muni d’un atlas à une carte, et il existe une identification
globale entre formes différentielles et fonctions), la condition d’invariance par translation
de ω̃ se réécrit a∗λ (ω̃) = ω̃ pour tout λ ∈ Λ. Il vient (f ◦ aλ ) · a0λ = f pour tout λ ∈ Λ. Mais
pour l’action par translation, a0λ = 1 !
Ainsi les 1-formes méromorphes (resp. holomorphes) sur C/Λ s’obtiennent par passage
au quotient de f (z)dz où f est holomorphe (resp. méromorphe) sur C et Λ-périodique. En
tenant de plus compte du théorème de Liouville qui garantit que les fonctions holomorphes
Λ-périodiques sont constantes, on obtient le corollaire suivant.
On voit aussi que div(dz) est nul dans Div(C/Λ), ce qui est cohérent avec le fait que
le diviseur d’une forme différentielle méromorphe sera de degré 2g − 2 sur une surface de
Riemann compacte de genre g.
mais la convergence n’est pas évidente. On introduit dans cette perspective la fonction de
Weierstrass
1 X 1 1
℘Λ (z) = 2 + − .
z (z − ω)2 ω 2
ω∈Λ−{0}
X 1
G2k (Λ) = .
ω 2k
ω∈Λ−{0}
Remarque 3.28. — La fonction G2k est définie sur l’ensemble des réseaux de C et est
homogène de poids −2k, c’est à dire que G2k (c · Λ) = c−2k · G2k (Λ) pour tout c ∈ C∗ . On
peut aussi voir G2k comme une fonction sur le demi-plan de Poincaré H = {z ∈ C|=(z) > 0}
en posant
X 1
G2k (τ ) = G2k (Z + τ · Z) =
(n + mτ )2k
(n,m)6=(0,0)
36 CHAPITRE 3. COURBES ET FONCTIONS ELLIPTIQUES
Alors G2k : H → C est une forme modulaire de poids 2k pour le groupe SL2 (Z), c’est-à-dire
qu’elle vérifie l’équation fonctionnelle
aτ + b 2k a b
G2k = (cτ + d) · G2k (τ ) ∀ τ ∈ H, ∈ SL2 (Z) .
cτ + d c d
De plus, puisque G2k (τ + 1)G2k (τ ), en posant q = e2iπτ , on peut appliquer la théorie de
Fourier discrète et développer G2k (q) = n∈Z an q n . On voit par calcul direct que an =
P
0 pour tout n < 0, et cette condition est aussi requise dans la définition d’une forme
modulaire.
Lemme 3.29. — La série qui définit G2k (Λ) avec Λ ⊂ C ou G2k (τ ) avec τ ∈ H converge
absolument pour tout k > 1 et la fonction H → C, τ 7→ G2k (τ ) est holomorphe.
On pose enfin g2 (Λ) = 60·G4 (Λ) et g3 (Λ) = 140·G6 (Λ), normalisations qui sont justifiées
par l’énoncé suivant.
Proposition 3.30. — On a ℘0Λ (z)2 = 4·℘Λ (z)3 −g2 (Λ)·℘Λ (z)−g3 (Λ) pour tout z ∈ C−Λ.
Démonstration. — On considère z 7→ ℘0Λ (z)2 − 4 · ℘Λ (z)3 + g2 (Λ) · ℘(z) + g3 (Λ) qui est
holomorphe sur C − Λ et qui est Λ-périodique. De plus un développement limité montre
qu’elle est holomorphe près de 0 et s’annule en 0. On en déduit qu’elle est holomorphe sur
le compact C/Λ donc bornée par le théorème de Liouville, donc nulle.
L’application (C − Λ)/Λ → C2 , z 7→ (℘Λ (z), ℘0λ (z)) a donc son image inclue dans la
courbe algébrique affine CΛaff formée des (x, y) ∈ C2 vérifiant l’équation polynomiale y 2 =
4x3 − g2 (Λ)x − g3 (Λ). Pour étendre cette application à C/Λ il faut chasser les pôles de ℘Λ
et de ℘0Λ , ce est possible en remplaçant la courbe affine par sa version projective.
Notons pour cela P2C = (C3 −{0})/C ∗ muni de la topologie quotient, qui est compact. On
notera [X, Y, Z] ∈ P2C un élément, et on a donc [X, Y, Z] = [aX, aY, aZ] pour tout a ∈ C∗ .
Notons CΛproj ⊂ P2C l’ensemble des [X, Y, Z] vérifiant l’équation homogène
Y Z 2 = 4X 3 − g2 (Λ)XZ − g3 (Λ)Z 3 .
Proposition 3.32. — L’application (C − Λ)/Λ → CΛproj , z 7→ [℘Λ (z), ℘0Λ (z), 1] s’étend par
continuité en une application C/Λ → CΛproj qui envoie 0 sur [0 : 1 : 0].
On pose ∆(Λ) = g2 (Λ)3 − 27g3 (Λ)2 qui est le discriminant usuel du polynôme 4x3 −
g2 (Λ)x − g3 (Λ) et il s’annule donc si et seulement si ce polynôme a une racine de multipli-
cité ≥ 2.
à une constante près. En développant ce produit infini et en introduisant une notation pour
les coefficients, il vient ∆(q) = n≥1 τ (n)q n où la fonction n 7→ τ (n) est appelée fonction
P
Remarque 3.35. — Ramanujan a remarqué que τ (n) ∼ = σ11 (n) mod 691 pour tout en-
k
P P
tier n. Ici k (n) = d|n d est une fonction arithmétique usuelle. Cette congruence n’est
pas non plus un hasard, et a donné lieu aux conjectures de Bloch-Kato sur les nombres
premiers divisant certaines valeurs spéciales de fonctions ζ ou L. Ainsi la fonction ∆ est à
ce point fondamentale qu’aucune coïncidence n’a lieu avec elle : le moindre énoncé d’ap-
parence anecdotique la concernant n’est que la face cachée d’un iceberg de la géométrie
arithmétique, concernant ultimement tous les motifs sur Q.
38 CHAPITRE 3. COURBES ET FONCTIONS ELLIPTIQUES
3.35.1. Exercices. — Le lecteur pourra s’exercer sur les fonctions elliptiques dans les
exercices suivants.
Exercice 3.36. — Soit Λ ⊂ C un réseau. On appelle fonction elliptique relativement à Λ
toute fonction méromorphe f : C → C qui est Λ-périodique. On note C(Λ) le corps des
fonctions elliptiques pour Λ.
Pour toute fonction méromorphe f : C → C et tout w ∈ C on note ordw (f ) ∈ Z l’ordre
du zéro ou du pôle de f en w et on note resw (f ) son résidu.
i. Soit f ∈ C(Λ). Montrer par l’analyse complexe que
X
(3.36.a) resw (f ) = 0
w∈C/Λ
X
(3.36.b) ordw (f ) = 0
w∈C/Λ
X
(3.36.c) ordw (f ) · w ∈ Λ
w∈C/Λ
Prouver que σΛ est holomorphe sur C avec zéros simples en z ∈ Λ et pas d’autres
zéros.
d2 log σΛ (z)
vii. Prouver que dz 2
= −℘Λ (z) pour tout z ∈ C − Λ.
viii. Prouver que pour tout ω ∈ Λ il existe aω , bω ∈ C tels que σΛ (z + ω) = eaω z+bω · σΛ (z)
pour tout z ∈ C.
ix. En déduire la suite suivante est exacte
P
∗ ∗ div 0
0 −→ C −→ C(Λ) −→ Div (C/Λ) −→ C/Λ −→ 0
3.22. ALGÉBRISATION 39
3.40. Invariant j
Le j-invariant est un nombre complexe qui caractérise la classe d’isomorphisme d’une
courbe elliptique. Soit Λ ⊂ C un réseau. Rappelons qu’on a noté ∆(Λ) = g2 (Λ)3 −
27g3 (Λ)2 6= 0 qui vérifie ∆(c · Λ) = c−12 ∆(Λ). On pose alors j(Λ) = 1728 · g2 (Λ)3 /∆(Λ) qui
vérifie j(c · Λ) = j(Λ). Ainsi j est une fonction sur l’ensemble des classes d’homothéties de
réseau, c’est à dire une fonction H/SL2 (Z) → C qui est holomorphe.
Remarque 3.41. — On ne peut pas dire que j est une forme holomorphe de poids 0
car elle n’est pas holomorphe à l’infini. Elle a en fait un pôle simple en l’infini et son
q-développement commence par 1/q + 744 + 196884q + · · · . L’intérêt de la normalisation
par 1728 est de rendre le résidu égal à un.
Remarque 3.42. — Les coefficients du q-développement de j sont eux aussi des objets
magiques : le Moonshine de Borcherds les relie aux dimensions des représentations irréduc-
tibles du fameux groupe simple de plus grand cardinal, le Monstre !
La proposition suivante demande un peu plus de travail. Elle sera vue en cours de formes
modulaires et/ou de courbes elliptiques.
Proposition 3.43. — La fonction j induit une bijection entre l’ensemble des classes d’iso-
morphismes de courbes elliptiques sur C et C. Autrement dit les courbes elliptiques C/Λ
et C/Λ0 sont isomorphes si et seulement si j(Λ) = j(Λ0 ) et pour tout j ∈ C il existe Λ ⊂ C
tel que j(Λ) = j.
Corollaire 3.44. — La fonction j induit une bijection H/SL2 (Z) → C.
Remarque 3.45. — Lorsqu’on munit H/SL2 (Z) de la structure de surface de Riemann
quotient, c’est de plus un isomorphisme. On retrouve ici le contenu de la remarque 3.21,
dans laquelle on affirmait que cette surface de Riemann était naïve. En effet, que pourrait-
on attendre d’intéressant de la surface de Riemann C ? La bonne perspective qui rend
H/SL2 (Z) plus intéressante est de la remplacer par le champ quotient [H/SL2 (Z)].
CHAPITRE 4
Après avoir vu le cas de P1C puis de C/Λ dans les chapitres précédents, il nous faut
maintenant construire des surfaces de Riemann compactes plus générales. Ce sera le cas
des courbes algébriques complexes projectives lisses.
Remarque 4.3. — Le théorème vaut bien sûr pour une fonction holomorphe à deux va-
riables f quelconque, pas seulement pour un polynôme. Mais les courbes algébriques seront
par définition associées à un polynôme. Le lieu d’annulation d’une fonction holomorphe à
deux variables s’appellerait plutôt une variété analytique complexe, et sera étudié dans le
cours de théorie de Hodge.
∂f
ii. On dit que f est lisse (ou régulier, ou non-singulier) en P = (x0 , y0 ) ∈ X si ∂x
(P ) 6= 0
ou ∂f
∂y
(P ) 6= 0.
iii. On dit que la courbe X est lisse (ou régulière, ou non-singulière) en P ∈ X si f l’est.
iv. On dit que X est lisse si elle l’est en tout point.
Proposition 4.6. — Soit X une courbe algébrique complexe plane affine lisse associée à
un polynôme f irréductible. Elle est canoniquement munie d’une structure de surface de
Riemann.
Remarque 4.7. — Le lecteur très attentif qui aura regardé la référence à Shafarevich
verra que la preuve de la connexité repose sur le théorème de Riemann-Roch, qui sera un
4.12. CAS PROJECTIF 43
des derniers ingrédients prouvés dans ce cours. Cela ne pose toutefois pas de problèmes de
circularité dans l’approche.
Remarque 4.8. — Une telle surface de Riemann X n’est jamais compacte. En effet sinon
son image par pr1 : C2 → C serait compacte. Mais cette image est C car pour tout x ∈ C,
le polynôme f (x, Y ) a des racines en Y par le théorème de D’Alembert-Gauss s’il est non
constant. Et f (x, Y ) est constant en Y pour tout x ∈ C si et seulement si f ∈ C[x]. Dans
ce cas on voit directement que le lieu d’annulation de f dans C2 est non compact.
Remarque 4.9. — Dans le cas où f est singulier (ie non-lisse) on peut voir que l’ensemble
S des P tels que f (P ) = ∂f
∂x
(P ) = ∂f
∂y
(P ) = 0 est un ensemble fini. Dans ce cas X − S est
une surface de Riemann.
Exemple 4.10. — On a déjà rencontré des courbes affines dans l’étude des courbes ellip-
tiques puisque (C−Λ)/Λ est en bijection avec (x, y) ∈ C2 vérifiant y 2 = 4x3 −g2 (Λ)x−g3 (Λ)
où ∆(Λ) 6= 0.
Exercice 4.11. — Soit h(x) ∈ C[x] un polynôme. Prouver que y 2 − h(x) est irréductible
dans C[x, y] si et seulement si h n’est pas un carré, et que y 2 − h(x) est lisse si et seulement
si h est sans racines multiples.
Définition 4.13. — Soit F ∈ C[X, Y, Z] un polynôme homogène. On dit qu’il est lisse
∂F ∂F
(ou régulier ou non-singulier) si le système F = ∂X = ∂Y = ∂F
∂Z
= 0 n’a pas de solution
3
(X, Y, Z) 6= (0, 0, 0) dans C .
Le lemme suivant contient la formule d’Euler pour les polynômes homogènes. La preuve
est directe en remarquant que la question est linéaire et en faisant le calcul sur les mo-
nômes. Il n’y a bien sûr aucun analogue pour les polynômes non homogènes, une dérivée
ne déterminant pas le polynôme originel sans primitivation.
1
Pn ∂F
Lemme 4.14. — Soit F ∈ C[X1 , · · · , Xn ] homogène de degré d. Alors F = d i=1 Xi ∂Xi
.
44 CHAPITRE 4. COURBES ALGÉBRIQUES COMPLEXES
Remarque 4.16. — On a en fait prouvé que F est lisse dans le sens homogène si et
seulement si ses trois déshomogéinisations F (1, u, v), F (u, 1, v) et F (u, v, 1) sont lisses
dans le sens usuel.
Remarque 4.18. — Il faut néanmoins vérifier que X est connexe, ce qui peut sembler
surprenant car on n’a pas demandé à F d’être irréductible. Mais un résultat basique (exer-
cice !) garantit qu’un polynôme homogène lisse est nécessairement irréductible, et toujours
d’après Shafarevich, Basic Algebraic Geometry 2, Chapter VII, ğ 2.2, X est alors connexe
pour la topologie complexe.
irréductible, mais que c’est faux dans le cas non homogène est relié à la différence entre
géométrie projective et affine.
Lemme 4.21. — Soit Q ∈ C[x, y] tel que Q(x, y) = 0 pour tous (x, y) ∈ C2 tels que
f (x, y) = 0, où f est irréductible. Alors f divise Q.
Démonstration. — C’est une conséquence directe du Nullstellensatz [?], qui garantit qu’une
puissance de Q est dans l’idéal engendré par f . Donc Qr = f g avec g ∈ C[x, y]. Mais C[x, y]
est factoriel, donc f irréductible est premier donc vérifie le lemme d’Euclide-Gauss, donc
f |Qr implique f |Q.
Remarque 4.23. — Toutes les fonctions méromorphes ne sont pas de ce type : prendre
sin(z) si X = C.
Remarque 4.24. — L’anneau C[x, y]/f est intègre car f est irréductible donc premier
car C[x, y] est factoriel, donc l’idéal (f ) est premier. Par Frac on désigne bien sûr son
corps des fractions. On voit que l’extension Frac(C[x, y]/f )/C est de type fini (ie engendré
par un nombre fini d’éléments, soit x et y) de degré de transcendance un. Par exemple
si f (x, y) 6= x, alors f ne divise pas x donc le morphisme C[x] → C[x, y]/f est injectif, et
il passe aux corps des fractions en une injection
C(x) ,→ Frac(C[x, y]/f )
qui est une extension algébrique de degré fini : à C(x) on adjoint une variable y assujettie
à la relation f (x, y) = 0.
En utilisant le lemme 4.21 dans les trois cartes, on voit donc que Q est identiquement nul
sur X si et seulement si F divise X.
P (X,Y,Z)
Remarque 4.25. — Le lecteur prendra garde que si Q(X,Y,Z) définit une fonction méro-
morphe sur X , ce n’est pas le cas de P (X, Y, Z) ou de Q(X, Y, Z) indépendamment. En
effet ils ne sont pas homogènes de degré nul, donc ne définissent même pas des fonctions
ensemblistes sur X ou sur P2C .
Reprenons tout simplement le cas X = P1C = {[X, Y ]} pour expliquer cela plus en
détail. Le lecteur verra en géométrie algébrique qu’il existe pour tout k ≥ 0 un faisceau
OP1 (k) de OP1 -modules dont les section globales sur P1C sont les les polynômes homogènes
de degré k en X et Y . C’est un exemple de faisceau “abstrait” qui ne paramètre pas des
fonctions, puisque X n’est pas une fonction ensembliste sur P1C . Disons-le autrement : le
faisceau OP1 (k) n’est pas canoniquement plongé dans le faisceau des fonctions méromorphes
sur P1C .
Mais tout choix d’un point P ∈ P1C définit le faisceau OP1 (k · (P )) qui est cette fois
plongé dans le faisceau des fonctions méromorphes sur P1C , puisqu’il paramètre des fonctions
méromorphes de diviseur ≥ −k · (P ). Il se trouve que les faisceaux OP1 (k · (P )) et OP1 (k)
sont non canoniquement isomorphes en tant que faisceaux de OP1 -modules, ce qui permet
de plonger OP1 (k) dans le faisceau des fonctions méromorphes, donc de voir ses sections
globales comme des fonctions méromorphes.
Par exemple on a dit que par définition H 0 (P1C , OP1 (1)) = C · X + C · Y qui ne s’injecte
pas dans M(P1C ). Si on choisit P = ∞ = [1, 0] ∈ P1C , on a par contre H 0 (P1C , OP1 (1 ·
(∞))) = C[z]deg≤1 = C + C · X/Y , qui est bien plongé dans M(P1C ). Il se trouve que
pour P = ∞, l’isomorphisme H 0 (P1C , OP1 (1)) → H 0 (P1C , OP1 (1 · (∞))) est l’application
C · X + C · Y 7→ C + C · X/Y , f 7→ f /Y .
Si par contre on avait choisi P = 0 = [0, 1] ∈ P1C , on aurait toujours H 0 (P1C , OP1 (1)) =
C · X + C · Y mais cette fois H 0 (P1C , OP1 (1 · (∞))) = C + C · Y /X qui s’injecte dans M(P1C ).
L’isomorphisme correspondant au niveau des sections globales est C·X+C·Y 7→ C+C·Y /X,
f 7→ f /X.
On résume cette discussion fastidieuse en que tous les faisceaux ne paramètrent pas des
fonctions, ie ne sont pas plongés dans le faisceau des fonctions méromorphes. Le même fais-
ceau OP1 (k) admet plusieurs plongements dans le faisceau des fonctions méromorphes, qui
au niveau des sections globales reviennent à diviser un polynôme homogène de degré k par
un polynôme homogène fixé de degré k ; le résultat est une fonction rationnelle homogène
de degré nul, donc effectivement une fonction méromorphe.
Comme on vient de le dire, si R(X, Y, Z) est une fraction rationnelle homogène de degré
nul, la fonction méromorphe qu’elle définit sur X devient égale à R(1, u, v) sur la courbe
affine X ∩U1 . Réciproquement toute fraction rationnelle S(u, v) dont le dénominateur n’est
pas divisible par F (1, u, v) définit la fonction méromorphe S(Y /X, Z/X) sur X ∩ U1 , dont
4.30. FORMES DIFFÉRENTIELLES 47
fonctions holomorphes pour cette topologie. Ici “an” veut dire analytique-complexe, qui est
un autre mot pour holomorphe. Par définition, X an est un espace localement annelé, c’est
à dire un espace topologique muni d’un faisceau d’anneau.
Définition 4.38. — La topologie de Zariski (notée Zar) sur X est la topologie dont une
base d’ouverts est U (f ) = {(x, y) ∈ X | g(x, y) =
6 0} où g ∈ C[x, y] est un polynôme.
Remarque 4.39. — La même définition muni C2 d’une topologie de Zariski, mais égale-
ment Cn et tout sous-ensemble X ⊂ Cn défini par l’annulation de fonctions polynômiales
f1 , · · · , fr ∈ C[x1 , · · · , xn ], sans aucune hypothèse d’irréductibilité ou de lissité. Notons
dans ce dernier cas I = (f1 , · · · , fr ) ⊂ C[x1 , · · · , xn ] l’idéal engendré. L’ouvert U (f ) de X
ne dépend que de l’image de g ∈ C[x1 , · · · , xn ] dans C[x1 , · · · , xn ]/I.
Dans le cas d’une courbe algébrique plane, la topologie de Zariski sur X est tout sim-
plement celle dont les fermés sont les unions finies de points, et les ouverts leurs complé-
mentaires.
Remarque 4.40. — La topologie de Zariski est non séparée car l’intersection de deux
ouverts non vides est non vide (et même dense). Elle est moins fine que la topologie
complexe, donc le morphisme identité (X , Compl) → (X , Zar) est continu mais n’est pas
un homéomorphisme.
Dans ce cas particulier d’une courbe algébrique plane, cela définit complètement le fais-
ceau puisque tout ouvert est dans la base, car complémentaire d’un nombre fini de points.
Dans le cas plus général où X ⊂ Cn est défini par l’annulation d’un idéal I ⊂ C[x1 , · · · , xn ],
on pose de manière similaire mais cela ne définit le faisceau d’anneau que sur la base d’ou-
verts. On le définit sur tout ouvert en forçant la propriété de faisceau à être vérifiée : si
U = ∪i U (gi ), on définit H 0 (U, OXalg ) comme le noyau de la flèche de restriction
Y Y
H 0 (U (gi ), OXalg ) → H 0 (U (gi ) ∩ U (gj ), OXalg )
i i,j
Vu que U (gi ) ∩ U (gj ) = U (gi · gj ), on définit donc H 0 (U, OXalg ) comme le noyau de la flèche
induite par les flèches évidents A[1/g] → A[1/gh], où on a noté A = C[x1 , · · · , xn ]/I pour
alléger.
Exercice 4.43. — Montrer que C2 − {(0, 0)} est un ouvert de Zariski de C2 qui n’est pas
dans la base d’ouverts. Calculer H 0 (C2 − {(0, 0)}, OCalg2 ).
50 CHAPITRE 4. COURBES ALGÉBRIQUES COMPLEXES
Exercice 4.44. — Vérifier que pour tout X ⊂ Cn défini par l’annulation d’un idéal I ⊂
C[x1 , · · · , xn ], le préfaisceau OXalg défini auparavant est bien un faisceau. Ainsi il faut vérifier
que si U (g) = ∪i U (gi ) sont dans la base d’ouvert, la suite
1 Y 1 Y 1
0 → A[ ] → A[ ] → A[ ]
g i
gi i,j
gi · gj
est exacte.
Remarque 4.46. — Que l’espace topologique ne détermine pas le faisceau d’anneau n’est
pas si choquant : penser aux sphères exotiques en géométrie différentielle. Sur l’espace
topologique S7 il existe plusieurs structures différentielles non équivalentes, donc plusieurs
faisceaux de fonctions C ∞ non égaux. En géométrie différentielle, l’objet fondamental n’est
pas l’espace topologique S7 mais l’espace localement annelé (S7 , C ∞X.
Lemme 4.48. — Soit A, B deux k-algèbres de type fini, où k est un corps algébriquement
clos et ψ : A → B un morphisme de k-algèbres. Pour tout idéal maximal m ⊂ B, l’idéal
ψ −1 (m est maximal dans A.
Démonstration. — On a une injection k ⊂ A/ψ −1 (m ⊂ B/m mais il résulte du Nullstel-
lensatz 4.51 que B/m = k donc A/ψ −1 (m) et ψ −1 (m) est maximal.
topologie de Zariski, bref que g(ψ(x1 ), · · · , ψ(xn )) = 0 pour tout g ∈ J et pour tous
(x1 , · · · , xn ) ∈ Cn vérifiant f (x1 , · · · , xn ) = 0 pour tout f ∈ I.
4.50.1. Reformulation via le spectre maximal. — Le lien avec les idéaux maximaux
est déjà clair, de part l’utilisation à plusieurs reprises du Nullstellensatz. Par le corol-
laire 4.55, on peut remplacer {(x1 , · · · , xn ) ∈ Cn |f (x1 , · · · , xn ) = 0∀f ∈ I} pour tout idéal
I ⊂ C[X1 , · · · , Xn ] par le spectre maximal Spm(C[X1 , · · · , Xn ]), puisque (x1 , · · · , xn ) 7→
(X1 − x1 , · · · , Xn − xn ) induit une bijection entre ces deux ensembles. On peut donc trans-
porter les ouverts de Zariski du côté gauche en des sous-ensembles du côté droit, ie munir
Spm(C[X1 , · · · , Xn ]/I) de la topologie de Zariski. On vérifie sans peine que l’ouvert U (g)
correspond à {m | f ∈ / m}.
Ainsi au final on peut redéfinir les variétés algébriques affines complexes comme les
Spm(A) pour A une C-algèbre de type fini, muni de la topologie engendrée par les U (f ) =
{m | f ∈/ m} et du faisceau d’anneau dont les sections sur U (f ) est A[1/f ].
Terminons sur un panorama des différentes variantes des objets affines de géométrie
algébrique disponibles dans la littérature :
i. La plus élémentaire consiste à parler des sous-ensemble XI ⊂ k n définis par l’annu-
lation des éléments d’un idéal I ⊂ k[X1 , · · · , Xn ]. Ici k est un corps algébriquement
clos. C’est l’approche du chapitre I de Hartshorne, Algebraic Geometry. Dans cette
approche
√ il faut sans cesse utiliser le théorème 4.58. La variété XI ne dépend
√ que
de I, l’anneau des fonctions algébriques globales sur XI est k[X1 , · · · , Xn ]/ I, les
morphismes X√ I → XJ correspondent √ bijectivement aux morphismes de k-algèbres
k[Y1 , · · · , Ym ]/ J → k[X1 , · · · , Xn ]/ I.
ii. Une variante existe lorsque k est parfait non algébriquement clos. On fixe k̄ une
clôture algébrique. Dans ce cas on fixe I ⊂ k[X1 , · · · , Xn ] un idéal et on définit
XI ⊂ k̄ n comme le sous-ensemble des points annulés par tous les f ∈ I, muni de son
action canonique de Gal(k̄/k). C’est un point de vue élémentaire développé dans le
chapitre 1 de Silvermann, Arithmetic of Elliptic Curves.
iii. Que k soit algébriquement clos ou pas, on peut définir XI comme le spectre maxi-
mal de k[X1 , · · · , Xn ]/I muni de sa topologie de Zariski et de son faisceau d’an-
neaux dont les section globales sont k[X1 , · · · , Xn ]/I. C’est au final le point de vue
adopté dans toute notre discussion. Ici le faisceau d’anneau est porteur d’une infor- √
mation plus riche que l’espace topologique, car il dépend de I et pas juste de I.
De même les morphismes XI → XJ sont par définition associés aux morphismes
de k-algèbres k[Y1 , · · · , Ym ]/J → k[X1 , · · · , Xn ]/I. C’est également le point de vue
développé dans https://webusers.imj-prg.fr/~daniel.juteau/juteau_files/
LePotier.pdf. En vérité les trois points de vue précédents posent de sérieux pro-
blèmes mathématiques à divers stades de la théorie.
4.37. SPECTRE MAXIMAL ET TOPOLOGIE DE ZARISKI 53
iv. Le meilleur point de vue, qui est à la fois le plus général et le plus abstrait, est
bien sûr celui de Grothendieck que vous verrez en cours de schémas. On regarde ici
l’ensemble des idéaux premiers Spec(A) de toute anneau A (y compris Z[x, y]/(y 2 −
4x3 − 1), ce qui a des applications arithmétiques évidentes) muni de sa topologie de
Zariski et d’un faisceau d’anneaux dont les sections globales sont A. Les morphismes
Spec(A) → Spec(B) sont associés aux morphismes d’anneaux B → A dans l’autre
sens. Voir la remarque 4.49 pour comprendre pourquoi les idéaux maximaux doivent
être remplacés par les idéaux premiers lorsque A n’est plus une algèbre de type fini
sur un corps.
4.50.2. Annexe : les théorèmes Nullstellensatz. — Il s’agit plus d’une marque dé-
posée de théorèmes que d’un énoncé individuel. Le lecteur trouvera les démonstrations
absentes dans tous les livres d’algèbre commutative. Soit k un corps algébriquement clos.
Soit A une k-algèbre de type fini. En choisissant une présentation k[X1 , · · · , Xn ] → A et
en notant I le noyau, on en déduit que A est isomorphe à k[X1 , · · · , Xn ]/I. Par noethéria-
nité de k[X1 , · · · , Xn ], l’idéal I = (f1 , · · · , fr ) est de plus engendré par un nombre fini de
polynômes. On notera alors Spm(A) l’ensemble des idéaux maximaux de A.
Théorème 4.51. — L’application k n → Spm(k[X1 , · · · , Xn ]) qui envoie (x1 , · · · , xn ) sur
(X1 − x1 , · · · , Xn − xn ) est bijective.
Remarque 4.52. — C’est complètement faux si k n’est pas algébriquement clos : l’idéal
(X 2 + 1) est maximal dans R[X].
Remarque 4.53. — Ainsi l’idéal maximal correspondant à (x1 , · · · , xn ) est l’idéal m des
f ∈ k[X1 , · · · , Xn ] tels que f (x1 , · · · , xn ) = 0. En effet m est maximal comme noyau
du morphisme d’algèbre k[X1 , · · · , Xn ] → k, f 7→ f (x1 , · · · , xn ), et contient clairement
(X1 − x1 , · · · , Xn − x − n) qui est aussi maximal, d’où l’égalité. L’enjeu du Nullstellensatz
est de prouver que tout idéal maximal est de ce type.
Remarque 4.54. — Pour tout f ∈ k[X1 , · · · , Xn ], notons V (f ) = {(x1 , · · · , xn ) ∈
k n | f (x1 , · · · , xn ) = 0. La bijection réciproque Spm(k[x1 , · · · , Xn ]) → k n est alors
m 7→ ∩f ∈m V (f ) et tout l’enjeu de la preuve est de vérifier que cette intersection est un
singleton.
Corollaire 4.55. — Soit I = (f1 , · · · , fr ) un idéal de k[X1 , · · · , Xn ]. L’application
{(x1 , · · · , xn ) ∈ k n | fi (x1 , · · · , xn ) = 0 ∀i = 1 . . . r} → Spm(k[X1 , · · · , Xn ]/I)
qui envoie (x1 , · · · , xn ) sur (X1 , · · · , Xn ) est bijective de réciproque m 7→ ∩f ∈m V (f ).
Démonstration. — L’application de passage au quotient π : k[X1 , · · · , Xn ] →
k[X1 , · · · , Xn ]/I induit (via π −1 ) une bijection entre les idéaux maximaux de k[X1 , · · · , Xn ]/I
et les idéaux maximaux de k[X1 , · · · , Xn ] contenant I. Il suffit donc de prouver que
54 CHAPITRE 4. COURBES ALGÉBRIQUES COMPLEXES
REVÊTEMENTS RAMIFIÉS
Démonstration. — Comme f est ouverte de source compacte et de but séparé, son image
est ouverte et fermée. Comme Y est connexe on a le résultat.
56 CHAPITRE 5. REVÊTEMENTS RAMIFIÉS
Définition 5.9. — On dit que P est un point de ramification de f s’il est de multiplicité >
1. On dit alors que Q = f (P ) est un point de branchement de f .
Proposition 5.10. — Soit X ⊂ C2 la courbe algébrique plane d’équation f (x, y) = 0 avec
f ∈ C[x, y] lisse irréductible. Le morphisme π = pr1 : X → C, (x, y) 7→ x en P = (x0 , y0 )
si et seulement si ∂f
∂y
(P ) = 0. On a multP (π) = 1 + ordP ∂f
∂y
.
Démonstration. — Il est sous-entendu dans la proposition que π n’est pas constant, donc
que f n’est pas un polynôme uniquement en x. C’est la condition qui garantit que ∂f ∂y
n’est
pas identiquement nulle sur X (exercice : le prouver en utilisant le Nullstellensatz). Par
définition, ordP ∂f
∂y
est l’ordre en P de la fonction holomorphe ∂f ∂y
restreinte à la surface de
Riemann X .
Si ∂f
∂y
(P ) 6= 0, alors par construction de la structure de Riemann sur X , une carte au
voisinage de P est fournie par π. Dans cette carte, π devient l’identité d’un ouvert de C
donc est non ramifiée.
Si ∂f
∂y
(P ) = 0 alors ∂f
∂x
(P ) 6= 0 par lissité, et pr2 : X → C, (x, y) 7→ y est une carte au
voisinage de P . Sa réciproque C → X (définie seulement sur un voisinage de y0 dans C)
est z 7→ (g(z), z) avec g holomorphe vérifiant f (g(z), z) = 0 pour tout z ∈ C dans un
voisinange de y0 . En dérivant il vient
∂f ∂f
(g(z), z)g 0 (z) + (g(z), z) = 0
∂x ∂y
En évaluant en z = y0 il vient bien g 0 (y0 ) puisque ∂f
∂y
(P ) = 0 et ∂f
∂x
(P ) 6= 0. Mais dans la
carte pr2 , l’application π = pr1 devient z 7→ g(z). Donc multP (π) = 1 + ordy0 (g 0 ) > 1.
Remarque 5.11. — On a bien sûr un énoncé symétrique pour la seconde projection pr2 :
X → C.
La démonstration de la proposition suivante est laissée en exercice à partir du cas affine
traité juste avant.
Proposition 5.12. — Soit X ⊂ P2C une courbe projective plane définie par l’annulation
de F homogène lisse. L’application π : X → P1C , [X, Y, Z] 7→ [X, Y ] est ramifié en P =
[X0 , Y0 , Z0 ] si et seulement si ∂F
∂Z
(P ) = 0. De plus multP (π) = 1 + ordP ( ∂F
∂Z
).
Remarque 5.13. — Attention, l’application π : X → P1C , [X, Y, Z] 7→ [X, Y ] n’est pas
définie sur tout X mais seulement sur l’ouvert où (X, Y ) 6= (0, 0). Il faut également, et
c’est plus important, faire attention à la définition non triviale de ordP ( ∂F
∂Z
). En effet ∂F
∂Z
est
58 CHAPITRE 5. REVÊTEMENTS RAMIFIÉS
un polynôme homogène de degré d non nul en général. Il ne définit donc pas une fonction
holomorphe sur X !
On appelle alors ordP ( ∂F
∂Z
) l’ordre en P de la fonction holomorphe G1 · ordP ( ∂F
∂Z
) sur X ,
où G est n’importe quel polynôme homogène de degré d non nul en P . On vérifie que cela
ne dépend pas du choix de G.
Si ∂F
∂Z
n’est pas une fonction ensembliste sur X , c’est néanmoins une section de la res-
triction à X du faisceau localement libre OP2 (d), voir la remarque 4.25. En général, on
peut définir l’ordre en P de toute section d’un faisceau localement libre de rang un sur une
surface de Riemann, en divisant au préalable cette section par une section non nulle en P ,
afin d’obtenir une fonction holomorphe définie au voisinage de P .
Remarque 5.14. — La proposition 5.12 admet des variantes par permutation des va-
∂F
riables. Par exemple X → P1C , [X, Y, Z] 7→ [Y, Z] est ramifié si ( ∂X )(P ) = 0.
Proposition 5.15. — Soit f : X → Y un morphisme non constant entre surfaces de
P
Riemann compactes. La fonction Y → N qui envoie Q sur P ∈f −1 (Q) multQ (f ) est une
constante notée deg(f ) et appelée le degré de f .
Démonstration. — Notons D ⊂ C une boule ouverte centré en 0. Pour tout m ≥ 1,
l’application f : D → D, z 7→ z m vérifie évidemment P ∈f −1 (Q) multQ (f ) = m qui est
P
constant sur D.
Notons D1 , · · · , Dk des copies disjointes de la boule ouverte centrée en 0. L’application
f : D1 · · · Dk → D qui envoie z1 ∈ D1 sur z1m1 , z2 ∈ D2 sur z2m2 ,..., zk ∈ Dk sur zkmk
` `
Remarque 5.16. — Autrement dit le nombre dans les fibres est constant lorsqu’on les
compte avec multiplicité.
Remarque 5.17. — La proposition est bien sûr prise en défaut si X n’est pas compacte :
prendre par exemple l’injection d’un ouvert X dans Y . Voir la remarque 5.20 pour un
contre-exemple plus intéressant.
5.1. MORPHISMES DE SURFACES DE RIEMANN 59
Remarque 5.19. — On peut noter un parallèle avec la théorie de la ramification dans les
corps de nombres : si L/K est une extension de corps de nombres et p ⊂ OK est un idéal
maximal, on décompose p · OL en produit d’idéaux premiers de OL , soit
r
Y
p · OL = Pei i
i=1
En notant fi = [OL /Pi : OK /p], on sait que ri=1 ei fi = [L : K] qui est donc constant
P
en p.
La théorie des schémas nous apprend que ce n’est pas juste une analogie mais exactement
le même phénomène que dans les surfaces de Riemann ! En effet les formules précédentes
reviennent à étudier la ramification du morphisme Spec(OL ) → Spec(OK ) entre schémas
réguliers de dimension un, c’est à dire entre courbes.
Dans le cadre des surfaces de Riemann on ne voit pas le terme fi mais c’est parce que C
est algébriquement clos, contrairement au corps fini OK /p. Notons en effet OY,Q l’anneau
local de Y en Q. C’est l’anneau des couples (U, f ) où Q ∈ U ⊂ Y est un ouvert et f est
holomorphe sur U . On identifie de plus (U, f ) et (V, g) si f et g coïncident sur un ouvert.
Alors OY,Q est un anneau local d’idéal maximal mQ = {(U, f ) | f (Q) = 0}. L’évaluation
en Q fournit un isomorphisme
OY,Q /mQ = C
De même pour tout antécédant P ∈ X de Q, on dispose de OX,P et de son idéal maxi-
mal mP . L’analogue de l’entier f de la théorie algébrique des nombres est le degré de
l’extension (OX,P /mP )/(OY,Q /mQ ) et c’est donc 1 !
On voit aussi que la définition de l’entier e de la théorie algébrique des nombres et
de notre entier m = multP (f ) sont exactement les mêmes : en choisissant un paramètre
local z en P et z 0 en Q, on obtient que mP est principal engendré par z, et mP est principal
engendré par z 0 . Comme par forme normale de f , on a f (z 0 ) = z m , on voit que mQ · OX,P =
z 0 · OX,P = z m · OX,P = mmP.
60 CHAPITRE 5. REVÊTEMENTS RAMIFIÉS
Remarque 5.20. — Le fait que la somme des multiplicités est constante dans les fibres
est fortement relié au caractère lisse des surfaces de Riemann (qui sont localement homéo-
morphes à un ouvert de C). Lorsqu’on développe la théorie des courbes algébriques planes
plus en détail que nous avons fait, on introduit également les courbes singulières, qui sont
définies par l’annulation d’un polynôme f ∈ C[x, y] non nécessairement lisse et irréductible.
Considérons Y = {(x, y) ∈ C2 | xy = 0} qui est l’union des axes de coordonnées dans C2 .
`
Ce n’est donc pas une surface de Riemann. Considérons X = C C qui est une surface de
Riemann au défaut de connexité près. Comme d’habitude on va noter C1 et C2 les deux
facteurs de l’union disjointe. Soit f : X → Y qui envoie x1 ∈ C1 sur (x1 , 0) et x2 ∈ C2 sur
(0, x2 ). Alors f est surjective, est un isomorphisme au dessus de Y( 0, 0) mais f −1 (0, 0) est
de cardinal 2.
Plus généralement la normalisation d’une courbe algébrique singulière Y est une courbe
lisse X (donc une surface de Riemann aux problèmes de connexité près), et le morphisme de
normalisation f : X → Y est génériquement un isomorphisme mais pas un isomorphisme.
5.20.1. Conséquences. — Le fait que la somme des multiplicités dans les fibres soit
constante a des conséquences intéressantes.
Démonstration. — SI f est de degré un, il est injectif puis on applique les propositions 5.3
et 5.4.
Corollaire 5.22. — Soit X une surface de Riemann compacte et f une fonction méro-
morphe sur X avec un unique pôle, qui est simple. Alors f˜ induit un isomorphisme entre X
et P1C .
Remarque 5.23. — Autrement dit si X n’est pas isomorphe à P1C , toute fonction méro-
morphe a au moins deux pôles comptés avec multiplicités. On a déjà vu cela lorsque X =
C/λ dans l’exercice 3.36. Cela fournit pour tout X 6= P1C une obstruction au problème de
Cousin différente du degré (voir la remarque 5.26) puisque le diviseur (P ) − (Q) n’a aucune
chance d’être principal.
Proposition 5.24. — Soit f méromorphe non constante sur une surface de Riemann
P
compacte X. Alors P ∈X ordP (f ) = 0.
Corollaire 5.25. — Le degré d’un diviseur principal est nul sur une surface de Riemann
compacte. Le morphisme deg : Div(X) → Z se factorise donc en deg : Pic(X) → Z.
de R2 (on dira que Si est un triangle de S, et on pourra parler de ses sommets et de ses
arrêtes) telle que Si et Sj
i. sont disjoints,
ii. ou se rencontrent en une arrête commune,
iii. ou se recontrent en un sommet commun.
Pour les deux propositions suivantes, le lecteur pourra consulter [BG, III.2].
Définition 5.28. — Soit S compacte munie d’une triangulation finie. Soit s le nombre
de sommets, a le nombre d’arrêtes, t le nombre de triangle. Alors χ(S) = s − a + t est
indépendant du choix de la triangulation.
Proposition 5.29. — Supposons de plus S compacte orientable. Elle est alors homéo-
morphe à un tore à g-trous et on a χ(S) = 2 − 2g.
Il reste à prouver qu’une surface de Riemann est orientable et admet une triangulation,
et on obtiendra la définition de son genre lorsqu’elle est compacte.
Proposition 5.30. — Soit X une surface de Riemann. C’est une variété différentielle
réelle orientable.
Démonstration. — On va donner deux démonstrations (en fait la même démonstration
dite en des termes différents).
Soit T X → X le fibré tangent C ∞ . C’est donc un fibré vectoriel en R-espace vectoriels
de dimension deux. La structure de surface de Riemann sur X induit une structure de C-
fibré vectoriel sur T X. On le considère ici comme un C-fibré vectoriel C ∞ , ce qui veut
dire qu’il existe un recouvrement X = ∪Ui et un isomorphisme φi : T X|Ui → Ui × C tel
que φi ◦ φj : Uij × C → Uij × C soit du type (x, v) 7→ ψij (x), gij (x)v où ψij est C ∞ sur Uij
et gij : Uij → GL1 (C) est C ∞ . Bien sûr c’est aussi un C-fibré vectoriel holomorphe, ce qui
veut dire que ψij et gij sont holomorphes. Ainsi on dispose d’un endomorphisme de fibré
· × i : T X → T X qui induit la multiplication par i sur Tx X pour tout x ∈ X. Le fibré
tangent est donc muni d’une notion de rotation d’angle +π/2, donc de la notion de base
directe et X est orientable.
Pour l’autre démonstration, on introduit un atlas de surfaces de Riemann dont les chan-
gements de cartes sont des difféomorphismes φ : U → V , (x, y) 7→ (f (x, y), g(x, y)) entre
ouverts de C = R2 . Ces difféomorphismes sont holomorphes, ce qui se traduit par les équa-
tions de Cauchy-Riemann. Ainsi pour tout (x, y) ∈ U , la différentielle d(x,y) φ est un élement
de C∗ ⊂ GL2 (R). Donc la différentielle des changements de carte est de déterminant > 0,
ce qui est aussi une définition de l’orientabilité de X.
Remarque 5.32. — Si on suppose que X est compacte et qu’il existe une fonction mé-
romorphe non constante sur C, donc un morphisme non constant de X vers P1C , on peut
considérer l’image inverse d’une triangulation de P1C et prouver facilement que X est tri-
angularisable. Voir [BG, prop.III.1.4].
Néanmoins, et nous avons déjà insisté à plusieurs reprises sur ce point, il n’est pas du
tout évident qu’une surface de Riemann compacte (a priori non algébrique) admette des
fonctions méromorphes non constantes.
Corollaire 5.33. — Toute surface de Riemann compacte est homéomorphe à un tore à g
trous. On appelle g le genre de X.
Exemple 5.34. — Si X = P1C qui est homéomorphe à S2 , elle est de genre nul. Si X =
C/Λ, elle est de genre 1. On verra que toute surface de Riemann compacte de genre 0 et
1 est de ce type (REF).
d’où la formule en passant au degré puisque degX (f −1 (D)) = deg(f ) · degY (D) pour
tout diviseur D de Y de support disjoint des points de branchements. Le lecteur
pourra chercher le lien avec la suite exacte courte des différentielles de Hartshorne,
Algebraic Geometry, ch IV prop.2.1.
iii. On peut définir g comme la dimension de H 0 (X, Ω1X ) donc comme le nombre de formes
différentielles holomorphes linéairement indépendantes sur X. Toutefois il n’est pas
du tout évident que cet espace est de dimension finie (on le prouvera dans le théorème
de Riemann-Roch).
iv. On peut définir g comme la dimension de H 1 (X, OX ). Ce n’est pas la définition la
plus intuitive mais elle est très utile. Elle nécessite de savoir ce qu’est la cohomologie.
Elle nécessite aussi de connaître la finitude de ce groupe de cohomologie (qui sera
prouvée via l’analyse fonctionnelle holomorphe lors de la preuve du théorème de
Riemann-Roch). La formule de Riemann-Hurwitz résulte alors de la suite longue de
cohomologie associée à la suite exacte courte de faisceaux
X mult (f )−1
0 → OY → f∗ OX → Of (P )P →0
P ∈X
Remarque 5.38. — Le cas de genre 0 et 1 est à part. Par exemple l’application C/Λ →
CLambda, z 7→ nz est de degré n2 (pourquoi ?), non ramifiée et n’est pas un isomorphisme.
Aussi l’application P1C → P1C , [X, Y ] 7→ [X 2 , Y 2 ] est de degré 2, ramifiée en 2 points et cela
est compatible avec Riemann-Hurwitz.
Nous pouvons enfin calculer le genre d’une surface de Riemann compacte associée à une
courbe projective plane lisse.
Démonstration. — Si d = 1 c’est évident car X est une droite projective isomorphe à P1C .
On suppose donc d > 1.
On utilise la formule de Riemann-Hurwitz pour le morphisme π : X → P1C , [X, Y, Z] 7→
[X, Y ]. On peut déjà supposer qu’il est défini sur tout X , ie que [0, 0, 1] ∈
/ X en précom-
2
posant par un élément bien choisi de PGL3 (C) agissant sur PC .
P
Il faut ensuite calculer P ∈X (multP (π)−1). D’après la proposition 5.12 on a multP (π)−
1 = ordP ∂F | , où cet ordre est défini dans la remarque ??.
∂Z X
On veut donc calculer P ∈X ordP ∂F | . Déjà ∂F
P
∂Z X
| n’est pas identiquement nul car F
∂Z X
est lisse homogène donc irréductible, donc non divisble par ∂F ∂Z
. Remarquons que parler de
∂F ∂F
la nullité de ∂Z |X a un sens même si ∂Z |X ne définit pas une fonction ensembliste sur X
(cf. la remarque 5.13, c’est en fait une section d’un faisceau localement libre de rang un
non plongé dans le faisceau des fonctions méromorphes).
On affirme alors (et cette affirmation demanderait plus de géométrie algébrique pour
être complètement justifiée) que P ∈X ordP ∂F
P
| est le nombre de points de l’intersection
∂Z X
2 ∂F
de X et de Y = {P ∈ PC | ∂Z (P ) = 0}, comptés avec multiplicité (et il faut justement une
certaine quantité de géométrie algébrique pour définir cette multiplicité). Le théorème de
Bezout garantit que ce nombre est le produit des degrés des deux polynômes homogènes,
d’où la réponse.
R R
i. On a γ◦α
ω=
ω pour tout reparamétrisation α.
γ
R R
ii. On a −γ ω = − γ ω.
iii. Si f est C ∞ sur X on a γ df = f (γ(1)) − f (γ(0)).
R
iv. Pour Rtout f : XR→ Y , tout chemin γ sur X et tout ω sur Y , si on note f∗ (γ) = f ◦ γ
on a f∗ (γ) ω = γ f ∗ ω.
Lemme 5.46. — Le nombre ResP (ω) ∈ C est indépendant du choix de la carte. En fait
pour tout petit chemin γ autour de P qui évite les autres pôles de ω, on a
Z
1
ResP (ω) = ω
2iπ γ
On peut aussi intégrer des 2-formes C ∞ sur des triangles. Rappelons qu’un triangle de X
est un fermé muni d’un homéomorphisme vers un triangle de C. Lorsque T est inclusRR dans
le domaine d’une carte, si ω est une 2-forme sur X on définit tout de suite T ω ∈ C
par passage à la carte. De même pour tout triangle en le partitionnant en plus petits
triangles inclus dans le domaine d’une carte. De même pour tout sous-ensemble D ⊂ X
triangularisable.
Rappelons de plus que si T ⊂ X est un triangle, on dispose du chemin ∂T ⊂ X. Si D ⊂ X
est un sous-ensemble muni d’une triangulation finie, on obtient ∂D qui est un élément du
groupe libre sur les chemins de X. Bien sûr ∂D dépend du choix de la triangulation
mais toutesR les intégrales qu’on écrira n’en dépendront plus. Pour tout 1-forme ω sur X,
l’intégrale ∂D ω ∈ C est bien définie.
Démonstration. — Par linéarité, raffiner la triangulation pour que les triangles soient
inclus dans le domaine de cartes, puis utiliser le théorème de Stokes pour les triangles
de C.
Théorème 5.48 (des résidus). — Soit ω une 1-forme méromorphe sur X une surface
P
de Riemann compacte. On a P ∈X ResP (ω) = 0.
68 CHAPITRE 5. REVÊTEMENTS RAMIFIÉS
THÉORÈME DE RIEMANN-ROCH ET
COHOMOLOGIE DES FAISCEAUX
par rapport à la définition officielle donnée par exemple dans le cours Outils de la géométrie
algébrique. Toutes les suites exactes rencontrées dans ce cours le seront dans notre sens
fort.
Remarque 6.4. — Le point crucial est qu’on n’a pas demandé que la suite
0 → F1 (U ) → F2 (U ) → F3 (U ) → 0
est exacte pour tout ouvert U de X, mais seulement pour des ouverts assez petits. En
particulier on n’a pas une suite exacte courte au niveau des sections globales. Cela sera
évident sur tous les exemples à venir.
Exercice 6.5. — Si 0 → F1 → F2 → F3 → 0 est une suite exacte courte de faisceaux
sur X, montrer que pour toute ouvert U ⊂ X, la suite 0 → F1 (U ) → F2 (U ) → F3 (U ) est
exacte. Autrement dit le seul point pris en défaut est la surjectivité de F2 (U ) → F3 (U ).
Exemple 6.6. — Soit X une surface de Riemann. On a alors les suites exactes courtes de
faisceaux
d
i. 0 → CX → OX → Ω1X → 0 où CX est le faisceau des fonctions localement constantes
et d est l’opérateur de différentiation. La surjectivité de d sur des petits ouverts Ui
contractiles est bien connu, mais cette surjectivité est évidemment fausse sur des
ouverts quelconques.
exp ∗
ii. 0 → 2iπ · Z X → OX → OX → 0 où exp(f ) = ef et où est le faisceau en groupe multi-
plicatif des fonctions holomorphes ne s’annulant pas. La surjectivité locale de exp est
claire sur des ouverts contractiles, puisqu’il existe des logarithmes complexes, mais
fausse en général.
div
iii. 0 → OX ∗
→ M ∗X → Div X → 0 où M ∗X est le faisceau en groupe multiplicatif des
fonctions méromorphes non nulles (sur U il vaut M(U )∗ ) et Div X est le faisceau des
diviseurs (sur U il vaut Div(U ). Cette suite est exacte car sur un disque ouvert de C,
l’analyse complexe prouve que tout diviseur est principal.
dlog
iv. 0 → C∗X → OX ∗
→ Ω1X → 0 où dlog(f ) = df /f . Le lecteur pourra prouver que c’est
bien une suite exacte courte.
φ
v. 0 → OX (−(P )) → OX → OP → 0 où P ∈ X et φ(P ) = f (P ). Par définition, OP est
le faisceau gratte-ciel en P , tel que OP (U ) = C si P ∈ U et OP (U ) = 0 sinon. Cette
suite est même exacte au niveau des section globales car pour tout λ ∈ C, il existe f
(constante !) telle que f (P ) = λ.
Remarque 6.7. — Il y a des variantes plus intéressantes du dernier exemple. Si P 6=
φ
Q ∈ X on a une suite exacte courte 0 → OX (−(P ) − (Q)) → OX → OP ⊕ OQ → 0 où
φ(f ) = (f (P ), f (Q)). Cette fois elle n’est plus exacte au niveau des sections globales si X
est compacte.
6.1. COHOMOLOGIE DES FAISCEAUX 71
De même pour tout diviseur effectif D ≥ 0, on a une suite exacte courte 0 → OX (−D) →
φ
OX → OD → 0. Ici OD = ⊕i OPni si D =
P
ni (Pi ). Ici la définition de φ dépend du
choix de paramètres locaux zi en Pi pour tout i. On peut alors écrire f ∈ OX (U ) comme
une série gi (zi ) et φ(f ) = (f (Pi ) = gi (0), gi0 (0), · · · , g (ni −1)i (0) )i . Cette suite est surjective
lorsque U est biholomorphe à un ouvert de C car l’interpolation de Lagrange montre qu’il
existe un polynôme avec valeurs arbitraires des dérivées fixées.
φ
De même lorsque D ≥ 0 est effectif on a une suite exacte courte 0 → OX → OX (D) →
OD → 0 où cette fois φ(f ) est la famille des parties polaires de f en les Pi , cette définition
dépendant aussi du choix des paramètres locaux zi .
6.7.1. Groupes de cohomologie. — On voit dans tous les exemples précédents qu’il
paraît souhaitable de quantifier le défaut de surjectivité au niveau des sections globales
F2 (X) → F3 (X) pour une suite exacte courte de faisceaux 0 → F1 → F2 → F3 → 0.
Cela répond en effet à des questions éminemment classiques d’existence de primitive, de
logarithmes, de problème de Cousin ie d’existence de fonctions méromorphes à diviseur fixé,
d’existence de fonctions méromorphes avec partie polaire fixée. La cohomologie permettra
cela.
Exercice 6.8. — Qu’est ce qui marchait dans l’exercice 6.5 et qui cesse de marcher pour
prouver la surjectivité de F2 (X) → F3 (X) sachant la surjectivité de cette application sur
des ouverts assez petits recouvrant X ?
Le théorème suivant est notre première boîte noire d’algèbre homologique. On don-
nera néanmoins quelques indications de construction juste après. Rappelons qu’on a noté
H 0 (X, F) = F(X), et le théorème explique en particulier cette notation en donnant en
sens aux H i pour i ≥ 1.
Théorème 6.9. — Soit X un espace topologique. Il existe une famille de foncteurs (appe-
lés des δ-foncteurs) H i (X, •) de la catégorie des faisceaux en groupes abéliens sur X vers la
catégorie des groupes abéliens pour tout i ≥ 0, tels que H 0 (X, F) = F(X) pour tout F, et
il existe pour toute suite exacte courte 0 → F1 → F2 → F3 → 0 une famille de morphismes
de groupes abéliens
H i (X, F3 ) → H i+1 (X, F1 )
pour tout i ≥ 0 telle que la suite suivante soit une suite exacte longue de groupes abéliens
0 → H 0 (X, F1 ) → H 0 (X, F2 ) → H 0 (X, F3 )
d
Remarque 6.10. — On rappelle qu’une suite exacte longue de groupes abéliens A1 →1
d
A2 →2 A3 · · · est une famille de groupes abéliens et de morphismes vérifiant Im(di ) =
Ker(di+1 ) pour tout i.
Ainsi H 1 (X, C X ) contient l’obstruction à l’existence de primitives sur X des 1-formes dif-
férentielles holomorphes, H 1 (X, Z X ) celle à l’existence de logarithme global, etc. Plus pré-
cisément, il existe des primitives globales à toute 1-forme holomorphe sur X si et seulement
le morphisme H 1 (X, C X ) → H 1 (X, OX ) est injectif. C’est bien sûr le cas si H 1 (X, C X ) = 0.
Lemme 6.12. — La catégorie des faisceaux en groupes abéliens sur X a assez d’injectifs,
ce qui veut dire que pour tout faisceau F il existe une injection de F dans un faisceau
injectif I.
Corollaire 6.13. — Soit F un faisceau en groupes abéliens sur X. Il existe une suite
exacte longue
d d
0 → F → I0 →0 I1 →1 · · ·
où les Ii sont injectifs pour tout i ≥ 0.
Le formalisme général de l’algèbre homologique montre que cela ne dépend pas du choix
de la résolution injective, que c’est fonctoriel en F et que bien des suites exactes longues
associées aux suites exactes courtes de faisceaux.
Bien sûr cette construction est très formellement et pas directement utilisable dans la
pratique. On verra d’autres incarnations beaucoup plus concrètes de certains groupes de
cohomologie de certains faisceaux. Pour cela il faut caractériser d’autres faisceaux non
nécessairement injectifs qui permettent de calculer la cohomologie.
Définition 6.15. — Un faisceau F en groupes abéliens sur X est acyclique si H i (X, F) =
0 pour tout i > 0.
La proposition suivante est un abstract-non-sense d’algèbre homologique.
d d
Proposition 6.16. — Soit F un faisceau sur X et 0 → F → F0 →0 F1 →1 · · · une suite
exacte longue où Fi est acyclique pour tout i. Le i-ème groupe de cohomologie du complexe
d d
0 → F(X) → F0 (X) →0 F1 (X) →1 · · ·
est égal à H i (X, F).
Autrement dit, on peut calculer la cohomologie de F avec n’importe quelle résolution
par des faisceaux acycliques non nécessairement injectifs. Pour qu’un tel énoncé soit utile,
encore faut-il dégager des classes de faisceaux acycliques....
Définition 6.17. — Un faisceau F sur X est flasque pour tous ouverts U ⊂ V ⊂ X, la
restriction resV /U : F(V ) → F(U ) est surjective.
Autrement dit un faisceau flasque paramètre des “fonctions” qui s’étendent toujours à
un ouvert plus gros.
Exemple 6.18. — i. Si P ∈ X, le faisceau gratte-ciel OP vérifiant OP (U ) = C si
P ∈ U et OP (U ) = 0 sinon est flasque.
ii. Le faisceau de toutes les fonctions ensemblistes est flasque.
iii. Les faisceaux de fonctions continues, C ∞ , holomorphes (si X est une variété différen-
tielle ou une surface de Riemann), etc, ne sont jamais flasques.
iv. Le faisceau des fonctions localement constantes ZX n’est pas flasque car si U ⊂ V ,
U peut avoir plus de composantes connexes que V .
Lemme 6.19. — Un faisceau flasque est acyclique.
Définition 6.20. — Soit A un faisceau en anneaux sur X. On dit qu’il est fin s’il admet
des partitions de l’unité subordonnées à tout recouvrement. Donc pour tout recouvrement
P
X = ∪i∈I Ui , on demande qu’il existe une famille (fi ∈ A(X))i∈I telle que 1A(X) = i∈I fi ,
P
telle que supp(fi ) ⊂ Ui , et telle que la somme i∈I fi soit localement finie.
74 CHAPITRE 6. THÉORÈME DE RIEMANN-ROCH ET COHOMOLOGIE DES FAISCEAUX
Définition 6.21. — Un faisceau fin est un faisceau F tel qu’il existe un faisceau en an-
neaux fin A tel que F soit un faisceau en A-modules.
Remarque 6.22. — On peut trouver des définitions plus générales dans la littérature
(voir Gunning, Lectures on Riemann Surfaces) mais elles sont un peu tirées par les cheveux.
Exemple 6.23. — Les faisceaux de fonctions continues et C ∞ sont des faisceaux en an-
neaux flasques. Les faisceaux de sections continues de fibrés vectoriels sont des faisceaux
fins. Les faisceaux de formes différentielles ou de champs de vecteurs C ∞ sont fins.
Par contre si X est une surface de Riemann, les faisceaux OX et Ω1X ne sont pas fins car
il n’existe pas de partition de l’unité dans le monde holomorphe par le principe des zéros
isolés.
Remarque 6.28. — Le fait que deg(K) est indépendant du choix de ω est clair, puisque
M(X)diff est un M(X)-espace vectoriel de dimension 1, donc deux formes s’écrivent ω 0 =
f ω avec f méromorphe, mais deg(div(f )) = 0.
De même si K = div(ω), K 0 = div(ω 0 ) et ω 0 = f ω, la multiplication par f induit un
isomorphisme de faisceaux OX (K − D) → OX (K 0 − D) d’où le fait que hi (K − D) ne
dépend pas du choix de ω.
6.31. PREMIÈRES CONSÉQUENCES DE RIEMANN-ROCH 75
On va vite voir sur des exemples que seule la dualité de Serre rend le théorème de
Riemann-Roch réellement utile. En effet elle permet de remplacer le terme h1 a priori
inconnu par un h0 , plus concret et pour lequel on peut prouver des énoncés d’annulation.
La preuve de la dualité de Serre est délicate et de nature analytique. De même le fait que
H 0 (X, OX (D)) et H 1 (X, OX (D)) sont de dimension finie se prouve de manière analytique
(REF). Par contre une fois cette finitude prouvée, nous verrons que la preuve de h0 (D) −
h1 (D) = 1 − h0 (0) + deg(D) est quasiment triviale d’un point de vue de la cohomologie
des faisceaux.
Remarque 6.30. — Soit X une variété complexe compacte de dimension d (encore une
fois la définition rigoureuse est facile si l’on connaît les fonctions holomorphes sur les ouverts
de Cd , cf le cours de théorie de Hodge et de géométrie complexe pour plus de détails). Soit
ΩdX le faisceau des d-formes différentielles holomorphes sur X, qui s’écrivent dans les cartes
sous la forme f (z1 , · · · , zd )dz1 ∧ · · · ∧ dzd . La dualité de Serre prédit alors que les C-espace
vectoriels de dimension finie H d−i (X, OX ) et H i (X, ΩdX ) sont duaux l’un de l’autre pour
tout 0 ≤ i ≤ g. De plus ces espaces sont nuls en degré cohomologique > d. Il y a aussi une
variante avec des diviseurs, une fois cette notion définie sur X de dimension d.
Dans tous les cas on voit que la dualité de Serre ne permet plus de remplacer les H i , i ≥ 0
par des H 0 . C’est en grande partie ce qui explique que la théorie des courbes complexes
(ie des surfaces de Riemann) est spécialement simple, avec des résultats généraux élégants,
par opposition à la théorie en dimension supérieure.
Lemme 6.32. — Soit X une surface de Riemann compacte et D un diviseur de degré < 0.
On a h0 (D) = 0.
Lemme 6.33. — Soit X une surface de Riemann compacte de genre g. Soit ω ∈ Mdiff (X)
une forme différentielle méromorphe non nulle et K = div(ω). Le degré de K est 2g − 2.
Démonstration. — On applique le théorème à D = K. On en déduit h0 (K) − h1 (K) =
1 − g + deg(K). Mais par dualité de Serre, h1 (K) = h0 (0) = 1 d’après le théorème de
Liouville, et h0 (K) = h1 (0) = g par le second point du théorème 6.26.
Remarque 6.36. — On l’a compris, c’est le corollaire 6.35 qui rend le théorème de
Riemann-Roch utile, en annulant h1 (D) et en donnant une formule close pour h0 (D).
Cette formule ne dépend notamment de X et de D que par leur genre et degré. Au
final h0 (D) est simple hors de l’intervalle deg(D) ∈ [0, 2g − 2]. Dans cet intervalle,
h0 (D) − h1 (D) = 1 − g + deg(D) reste simple, mais h0 (D) et h1 (D) individuellement
sont mystérieux. La théorie des courbes algébriques étudie notamment la variation de
h0 (D) dans cet intervalle. Le problème est subtil, il demande de distinguer diverses
classes de surfaces de Riemann de genre donné (par exemple, hyperelliptique ou non) et
diverses classes de diviseurs de degré donné. Néanmoins on va voir que le cas facile où
deg(D) > 2g − 2 a déjà des applications impressionnantes.
Remarque 6.37. — D’après le corollaire 6.35, si g > 1, pour tout diviseur D de degré
> 2g−2, il existe f méromorphe de degré ≥ −D, puisque deg(D)+1−g > 0. Ce phénomène
est à l’origine de la dichotomie entre surfaces de Riemann de genre 0 et 1, et surfaces de
Riemann de genre > 2. Une autre dichotomie, plus profonde, proviendrait du théorème
d’uniformisation (REF).
Le corollaire suivant répond à une question qu’on peut se poser depuis longtemps, mais
qui n’admet pas de preuve n’utilisant pas le théorème de Riemann-Roch.
Corollaire 6.38. — Soit X une surface de Riemann compacte de genre 0. Elle est iso-
morphe à P1C .
Démonstration. — Soit P ∈ X quelconque. En utilisant 2g − 2 = −2, on trouve que
h0 ((P ) = 1 − g + deg((P )) = 2. Donc l’inclusion de C-espaces vectoriels
C = H 0 (X, OX ) ( H 0 (X, OX ((P )))
6.31. PREMIÈRES CONSÉQUENCES DE RIEMANN-ROCH 77
est stricte et il existe f ∈ H 0 (X, OX ((P ))) non constante. D’après (REF) elle induit
f˜ : X → P1C de degré 1, qui est donc un isomorphisme.
Proposition 6.39. — Soit X une surface de Riemann compacte de genre 1. Elle est iso-
morphe à la courbe plane projective lisse d’équation Y 2 Z = 4X 3 − aXZ 2 − bZ 3 où ∆ =
a3 − 27b2 6= 0.
Remarque 6.40. — Soit X de genre 1, qui est donc isomorphe à Cproj d’équation Y 2 Z =
4X 3 − aXZ 2 − bZ 3 via le choix d’un point base P ∈ X. Un exercice de formes modulaires
montre que pour tous a, b ∈ C tels que a3 − 27b2 6= 0, il existe un réseau Λ ⊂ C tel que
g2 (Λ) = a et g3 (Λ) = b. On en déduit que X est isomorphe à C/Λ, l’isomorphisme envoyant
P sur 0. En effet, les deux sont isomorphes à Cproj munie du point base [0 : 1 : 0]. On peut
donc donner une définition équivalente des courbes elliptiques en disant que ce sont des
surfaces de Riemann compactes de genre 1 munies d’un point marqué.
On verra avec le théorème d’Abel-Jacobi comment procéder plus rapidement pour prou-
ver que toute surface de Riemann de genre 1 muni d’un point est isomorphe à C/Λ pour
Λ ⊂ C un réseau.
Continuons avec les courbes elliptiques et leur loi de groupe. Soit C/Λ une courbe ellip-
tique, qui est donc de genre un. Elle est isomorphe en tant que surface de Riemann à Cproj
d’équation Y 2 Z = 4X 3 − aXZ 2 − bZ 3 dans P2C . Mais C/Λ est un groupe et la loi de groupe
est holomorphe (à deux variables). Cette loi se transfert automatiquement en une loi de
groupe holomorphe sur Cproj . On peut chercher à caractériser directement une telle loi, et
vérifier si elle ne serait pas de plus algébrique, ie donnée par des fractions rationnelles sans
pôle.
On a donc définit une application • • : Cproj × Cproj → Cproj qui est clairement
holomorphe (à deux variables), et même donné par des formules algébriques. Il n’est pas
du tout évident qu’il s’agit d’une loi de groupe. L’associativité notamment pose problème.
La commutativité est par contre claire, de même que l’existence de [0 : 1 : 0] comme neutre,
et l’existence d’inverse (quels sont-ils ?).
Remarque 6.43. — On pourrait prouver que ϕ(z1 + z2 ) = ϕ(z1 ) ϕ(z2 ) d’une manière
tout à fait analytique, car il s’agit au final d’une formule d’addition pour ℘Λ (z1 + z2 )
et sa dérivée qui écrit ces quantités de manière algébrique en ℘Λ (zi ) et ℘0Λ (zi ) pour i =
1, 2. Des fonctions holomorphes vérifiant de telles propriétés rappelant celles de sin et cos
ont étudiées en détail du temps d’Abel. Néanmoins la perspective moderne, utilisant le
théorème de Riemann-Roch, a comme avantage de réellement expliquer d’où sort la loi
compliquée .
Soit X une surface de Riemann compacte de genre g. Pour tout point P ∈ X, soit OP le
faisceau gratte-ciel en P sur X, qui vérifie OP (U ) = C si P ∈ U ⊂ X et OP (U ) = 0 sinon.
On a déjà cité le lemme suivant comme exemple de suite exacte courte de faisceaux, mais
revoyons la preuve.
Un terme classique est de dire que le système linéaire f1 , · · · , fr est sans point base.
Remarque 6.50. — Rappelons que si P n’est pas dans le support de D, alors φ(f ) =
f (P ). Si P est dans le support de D, alors φ(f ) est l’évaluation en P d’une régularisation
de f , dépendant du choix d’une uniformisante locale z en P . Ainsi dans ce cas, φ(f ) ∈ C
est mal défini mais seul son image dans C/C∗ est indépendante du choix de z.
Par contre, par définition d’une coordonnée projective, on voit que ι est indépendant du
choix d’uniformisantes locales.
Remarque 6.51. — On peut formuler le résultat plus canoniquement sans fixer de base.
Pour tout C-espace vectoriel de dimension finie V , notons P(V ) l’espace des hyperplans
de V . Si note V ∗ le dual de V , on a donc P(V ) = (V ∗ − 0)/C∗ . Tout choix de base de V
dim(V )−1
fournit donc un isomorphisme entre P(V ) et PC .
On dispose alors de l’application canonique ι : X → P(H 0 (X, OX (D))) qui envoie P sur
l’hyperplan des f ∈ H 0 (X, OX (D)) tels que φ(f ) = 0. Le fait que ce soit un hyperplan
résulte bien sûr du corollaire 6.48.
On dit aussi que ι sépare les points de X. Comme en géométrie différentielle, cela ne
suffit pas à ce que ι(X) ⊂ Pr−1 C soit une sous-variété complexe et que ι : X → ι(X) soit un
isomorphisme de surfaces de Riemann (considérer par exemple l’analogue affine X = C →
C2 , t 7→ (t2 , t3 ) dont l’image est la courbe algébrique singulière Y = {(x, y) ∈ C2 |y 2 = x3 }).
Toutefois les problèmes sont corrigés si ι sépare également les tangentes en tout point de X.
Développons cette notion.
On note OX,P l’anneau des couples (U, f ) où P ∈ U ⊂ X est un ouvert et f est
holomorphe sur U . On identifie de plus (U, f ) et (V, g) si f = g sur U ∩ V , ie on s’autorise
à rapetisser U . On dira que (U, f ) est un germe de fonction en P et que OX,P est l’anneau
local de X en P . On remarque qu’on peut évaluer un germe (U, f ) en P , mais qu’on ne peut
l’évaluer en aucun autre point Q 6= P . Toutes les notions exposées rapidement ici seront
développées en cours de schéma I,II (dans le contexte algébrique, mais c’est exactement la
même chose que pour les surfaces de Riemann en ce qui concerne les anneaux locaux et les
espaces tangents).
Remarque 6.54. — Pour calculer OX,P on peut bien sûr utiliser une carte et une co-
ordonnée locale z centrée en P . On trouve que OX,P est l’ensemble des séries formelles
f (z) = n≥0 an z n convergeant sur une boule centrée en 0, donc telles qu’il existe R (dé-
P
Lemme 6.55. — L’anneau OX,P est local dans le sens de l’algèbre commutative, ie il a
un unique idéal maximal mP = {(U, f ) , f (P ) = 0}. De plus le morphisme OX,P → C,
f 7→ f (P ) fournit un isomorphisme OX,P /mP = C.
Lemme 6.56. — Le C-espace vectoriel mP /m2P est de dimension un. On dispose d’un
isomorphisme canonique TX,P = (mP /m2P )∗ entre l’espace tangent de X en P et le C-dual
de mP /m2P .
On dispose également du fait suivant, qui est l’analogue exact en géométrie complexe
d’un résultat de géométrie différentielle. On renvoie au cours de géométrie complexe et
théorie de Hodge pour plus de détails, car encore une fois nous n’avons même pas donné
la définition formelle d’une variété complexe de dimension > 1.
Bien sûr dans cet énoncé, on dit que f est immersive si pour tout P ∈ Y , la différentielle
dP f : TP Y → Tf (P ) Z est injective entre espaces tangents.
Revenons à notre surface de Riemann compacte et à l’injection ι : X ,→ Pr−1 C . On veut
prouver qu’elle est immersive, donc que pour tout P ∈ X,
dP ι : TX,P → TPr−1 ,ι(P )
C
est injective. Puisque la source est un C-espace vectoriel de dimension un, il s’agit de
montrer que dιP est non nulle. Mais ι induit une application
ι∗ : OPr−1 ,ι(P ) → OX,P , (V, g) 7→ (ι−1 (V ), g ◦ ι)
C
Il est alors clair par les définitions que, via l’identification de l’espace tangent avec m/m2
fournie par le lemme 6.56, la différentielle dP ι est égale à l’application duale (ι∗ )∨ de ι∗ .
Puisqu’on veut prouver que dP ι est non nulle, il suffit de prouver que (ι∗ )∨ est non nulle.
Autrement on veut prouver qu’on n’a pas une inclusion
Im ι∗ : mPr−1 ,ι(P ) → mX,P ⊂ m2X,P
C
On n’a toutefois pas fini l’algébrisation des surfaces de Riemann compactes : il reste
à prouver que la sous-variété complexe X ⊂ Pn (avec n = g + 1 ou 3, peu importe) est
algébrique, ie est définie par l’annulation d’un polynôme homogène lisse à n + 1 variables.
Cela peut sembler magique. C’est un corollaire du théorème GAGA (=Géométrie Analy-
tique, Géométrie Algébrique) de Serre. Ce théorème et sa preuve est une des meilleures
justifications qu’on puisse donner à l’utilité des faisceaux, de leur cohomologie, de l’algèbre
homologique, etc. On verra en effet que grâce à des dévissages plus ou moins standards, on
se ramène à un calcul explicite extrêmement simple de cohomologie de l’espace projectif,
à la fois dans le monde analytique et dans le monde algébrique, et à la vérification qu’on
obtient le même résultat dans ce cas élémentaire. Ainsi le théorème GAGA, dont l’énoncé
6.62. UN SURVOL DE GAGA 85
est élémentaire et aurait pu être découvert depuis Riemann, etc, se trouve être un corollaire
facile des mathématiques du 20ème siècle.
Théorème 6.63 (GAGA naïf ). — Soit X ⊂ PnC une sous variété complexe fermée. Elle
est algébrique, ie il existe P1 , · · · , Pr ∈ C[X0 , · · · , Xn ] homogène telle que X = {[X0 : · · · :
Xn ] ∈ PnC | Pi (X0 , · · · , Xn ) = 0 ∀ i.
Nous l’appelons théorème naïf car il s’agit de la formulation qui aurait pu être connue
depuis les années 1800. Toutefois le théorème paraît infiniment difficile à prouver dans
cette formulation. Voyons une formulation un peu plus robuste. Pour cela on rappelle qu’il
existe un foncteur des sous-variétés fermées algébriques de PnC vers les sous-variétés fermées
complexes, noté X alg 7→ X an . On a vu ce foncteur en détail dans le cas où n = 2 dans
REF ! ! ! ! et c’est pareil si n ≥ 2. Ici X alg est un espace localement annelé, c’est à dire un
sous-ensemble X ⊂ PnC égal au lieu d’annulation de polynômes homogènes P1 , · · · , Pr , et
l’on munit X de sa topologie de Zariski et du faisceau (pour cette topologie) d’anneaux
des fractions rationnelles sans pôles. La variété complexe X an est également un espace
localement annelé. Le sous-ensemble de PnC est toujours égal à X mais on le munit de la
topologie complexe, induite par la topologie complexe de PnC , qui est elle-même la topologie
quotient de Cn+1 − 0, et on le munit du faisceau (pour cette topologie) d’anneaux des
fonctions holomorphes.
Comme tout ouvert Zariski est un ouvert complexe, et toute fraction rationnelle sans
pôle est holomorphe on en déduit un morphisme d’espace localement annelé Xalg → X an
qui est l’identité sur l’ensemble X sous-jacent.
Théorème 6.64 (GAGA moins naïf ). — Le foncteur X alg 7→ X an induit une équiva-
lence de catégories entre les sous-variétés algébriques de PnC et les sous-variétés complexes
de PnC . De plus le morphisme Xalg → X an induit et tout i ≥ 0 un isomorphisme
H i (X an , OX an ) = H i (X alg , OX alg )
86 CHAPITRE 6. THÉORÈME DE RIEMANN-ROCH ET COHOMOLOGIE DES FAISCEAUX
De plus X alg est une courbe algébrique lisse irréductible si et seulement si X an est une
surface de Riemann. Dans ce cas pour tout diviseur D de X et tout i ≥ 0 on a un isomor-
phisme
H i (X an , OX an (D)) = H i (X alg , OX alg (D))
Dans ce cas on a aussi égalité M(X an ) = M(X alg ) entre le corps des fonctions méro-
morphes sur X an et celui des fonctions rationnelles homogènes de degré nul sur X alg .
Remarque 6.65. — Il s’agit donc d’un super-théorème de Liouville car on algébrise tous
les objets sur X : on commence par algébriser X an lui-même en X alg par essentielle sur-
jectivité. Puis toute fonction méromorphe sur X an s’algébrise en une fraction rationnelle
homogène de degré 0. Par exemple, les fonctions holomorphes sont bien algébriques, puis-
qu’elles sont constantes.
Un cas très particulier est élémentaire : un exercice classique d’analyse complexe prouve
en effet que H 0 (P1,an
C , OP1,an (d(∞))) = H 0 (P1,alg
C , OP1,alg (d(∞))). Autrement dit toute fonc-
C C
tion holomorphe sur C qui est méromorphe en ∞ est un polynôme.
La preuve du théorème 6.64 procède par dévissage. Il s’agit d’une technique employée
par Grothendieck tout au long de SGA. Le principe est de réduire une situation compliquée
en des situations de plus en plus simple, et de traiter la dernière de ces situations par un
calcul explicite facile. Toutefois pour être capable d’effectuer ce dévissage, il faut en général
opérer un changement de cadre, comme typiquement remplacer les sous-variétés par des
faisceaux.
Le premier fait utilisé dans ce changement de cadre est que toute sous-variété complexe
X ⊂ Pn,an
an
C est déterminée par son faisceau d’idéal
IX an ⊂ OPn,an
C
Ici pour tout ouvert complexe U ⊂ PnC l’idéal IX an est l’ensemble des fonctions holomorphes
sur U qui sont identiquement nulles sur X ∩ U . De même pour une sous-variété algébrique
X alg ⊂ Pn,alg
C .
Ainsi pour montrer que X alg 7→ X an est une bijection, il suffit de prouver qu’on a une
bijection entre l’ensemble des sous-faisceaux d’idéaux I an de OPn,an
C
et l’ensemble des sous-
alg
faisceaux d’idéaux I de OPn,alg . On peut maintenant utiliser des techniques d’algèbre
C
homologique dans le cadre des faisceau pour résoudre un faisceau d’idéal par des faisceaux
plus élémentaires.
où Ei est un faisceau de OPn -modules localement libres pour tout 0 ≤ i ≤ N . Autrement dit
il existe pour tout 0 ≤ i ≤ N un recouvrement ouvert (pour la topologie complexe ou bien
Zariski) Pn = ∩Uj , un entier ri et un isomorphisme de faisceaux sur Uj
E i |Uj = OUrij
qui soit OUj -linéaire pour tout j.
Exemple 6.68. — Pour tout entier d ∈ Z, le faisceau OPn (d) des fonctions rationnelles
homogènes de degré 0 sans pôle est localement libre de rang 1, aussi bien dans le cadre
analytique que dans le cadre algébrique.
Remarque 6.70. — Ainsi tout faisceau localement libre E se dévisse en suite d’extensions
successives de faisceaux du type OPn (d) avec d ∈ Z. On peut aussi dire que E est muni
d’une filtration de Jordan-Hölder dont les graduées sont isomorphes à des OPn (d). C’est le
dévissage dont on voulait parler.
Remarque 6.71. — La preuve des propositions 6.67 et 6.69 est en fait plus facile dans
le cadre algébrique (elle sera abordée dans le cours de schémas II) que dans le cadre
analytique, où elle utilise les célèbres théorèmes A et B de Cartan sur les espaces de Stein.
On a ainsi successivement dévissé tout faisceau d’idéal en des faisceaux localement libres,
puis en des faisceaux élémentaires du type OPn (d). Or le faiseau OPn (d) existe aussi bien
du côté algébrique que du côté analytique. Pour vérifier que les faisceaux d’idéaux sont en
bijection des deux côtés, il reste à voir que les extensions successives des OPn (d) sont les
mêmes du côté analytique et du côté algébrique.
Remarque 6.74. — De plus, toujours par des arguments généraux d’algèbre homolo-
gique, Ext1OX (OX , F) s’identifie aux classes d’isomorphismes d’extensions
0 → F → E → OX → 0
dans la catégorie des faisceaux en OX -modules. Aussi Ext2OX (OX , F) s’identifie aux classes
d’isomorphismes d’extensions en deux crans
0 → F → E → E0 → 0
0 → E 00 → E 0 → OX → 0
etc pour tout i ≥ 1.
Remarque 6.76. — Insistons sur le fait que les énoncés 6.72, 6.73 et 6.75 sont absolument
formels et ne posent pas plus de difficulté que la compréhension de l’algèbre homologique
et de la théorie des faisceaux.
On en déduit que les classes d’isomorphismes d’extensions successives des OPnC (d), d ∈ Z
sont en bijection du côté analytique et du côté algébrique si et seulement si on a l’égalité
de C-espaces vectoriels de dimension finie pour tout i ≥ 0 et d ∈ Z
H i (Pn,alg
C , OPn,alg (d)) = H i (Pn,an
C , OPC (d))
n,an
C
6.62. UN SURVOL DE GAGA 89
DÉMONSTRATION DU THÉORÈME DE
RIEMANN-ROCH
(REF) donc acyclique et donc que H i (X, OP ) = 0 pour tout i > 0. La suite longue de
cohomologie associée à la suite exacte courte de faisceau précédente s’écrit donc
(7.1.a)
0 → H 0 (X, OX (D−(P ))) → H 0 (X, OX (D)) → C → H 1 (X, OX (D−(P ))) → H 1 (X, OX (D)) → 0
Lemme 7.2. — Le C-espace vectoriel H 0 (X, OX (D)) est de dimension finie pour tout D.
Démonstration. — Notons ∗D cette assertion. Par Liouville on voit que ∗0 est vraie. Il
suffit donc de montrer que pour tout D ∈∈ Div(X) et P ∈ X, les assertions ∗D , ∗D−(P ) et
∗D+(P ) sont équivalentes. En renversant le rôle de D et de D − (P ), on se rend compte qu’il
suffit de prouver que ∗D et ∗D−(P ) sont équivalentes. Mais cela résulte immédiatement de
la suite exacte longue 0 → H 0 (X, OX (D − (P ))) → H 0 (X, OX (D)) → C.
Admettons maintenant que H 1 (X, OX (D)) est de dimension finie pour tout D. On prou-
vera cette assertion dans le paragraphe suivant.
Lemme 7.3. — On a h0 (D)−h1 (D) = h0 (OX )−h1 (OX )+deg(D) pour tout D ∈ Div(X).
Démonstration. — Puisque h0 (D) − h1 (D) tend vers l’infini et que h1 (D) est fini, néces-
sairement h0 (D) tend vers l’infini.
la famille (resUi ,Uij (fi ) − resUi ,Uij (fj ))i,j . Lorsque r = 1, d1 : i,j F(Ui,j ) → i,j,k F(Ui,j,k )
Q Q
envoie la famille (fi,j )i,j sur la famille (resUij ,Uijk (fij )+resUjk ,Uijk (fjk )−resUik ,Uijk (fik )jk )i,j,k .
Dans le cas général le lecteur consultera https://stacks.math.columbia.edu/tag/03AK
pour la convention de signes. On vérifie que dr+1 ◦ dr = 0 pour tout r.
Exemple 7.7. — Ainsi Ker(d0 ) est formé des familles de sections fi ∈ F(Ui ) telle que fi
et fj coïncident sur Uij pour tous i, j. D’après la propriété de faisceau, on voit que Ker(d0 ) =
F(X) = H 0 (X, F) qui est en particulier indépendant du choix du recouvrement Ui .
Aussi Ker(d1 ) est formé des familles de sections fij ∈ F(Uij ) vérifiant la règle de Chasles
(fij +fjk coïncide avec fik sur Uijk ), et Im(d0 ) est formé des familles de sections fij ∈ F(Uij )
de la forme fij = gi −gj où gi ∈ F(Ui ) pour tout i ∈ I. Comme (gi −gj )+(gj −gk ) = gi −gk
il est clair que d1 ◦ d0 = 0.
Exemple 7.9. — On a donc ȞU0 • (X, F) = H 0 (X, F). Aussi ȞU1 • (X, F) est l’ensemble des
fij ∈ F(Uij ) vérifiant la relation de Chasles fij + fjk = fik , modulo les fij de la forme
fij = gi − gj où gi ∈ F(Ui ). Dans tous les cas la cohomologie de Cech est extrêmement
concrète, avec un contenu combinatoire assez limpide. Le lecteur intéressé par l’algèbre
simpliciale pourra d’ailleurs construire un complexe de groupes abéliens simpliciaux qui via
l’équivalence de Dold-Kan correspond au complexe de Cech ; cela permet de comprendre
la définition compliquée du bord di .
Définition 7.10. — Soit (Vj )j∈J un sous-recouvrement de (Ui )i∈I , ce par quoi on veut
dire que pour tout j ∈ J, il existe ij ∈ I tel que Vj ⊂ Uij . On note alors
Ȟ i (X, F) = colimU• ȞUi • (X, F)
où la limite inductive (ie colimite) est prise sur l’ensemble des recouvrements ouverts de X
pour la relation d’ordre partielle induite par le raffinement. On appelle Ȟ i (X, F) le i-ème
groupe de cohomologie de Cech de X à valeurs dans le faisceau F.
La proposition suivante est prouvée par Godemont dans Topologie algébrique et théorie
des faisceaux. Elle demande que X est un espace topologique séparable (ie il existe un
sous-ensemble dénombrable dense, et on ne confondra pas séparable et séparé...) ou plus
généralement paracompact (ie tout recouvrement ouvert a un raffinement localement fini).
Les surfaces de Riemann vérifient ces hypothèses.
Cela fournit une interprétation très concrète de la cohomologie des faisceaux, au prix de
devoir considérer tous les recouvrements possibles dans la cohomologie de Cech.
Néanmoins, pour être vraiment explicite, il est utile de trouver des hypothèses sur le
couple (U• , F) qui garantissent directement que H i (X, F) = ȞUi • (X, F)
Proposition 7.12. — Supposons que X est une surface de Riemann et que Ui est iso-
morphe à une boule ouverte de C pour tout i ∈ I, et que F = OX (D). Alors H i (X, F) =
ȞUi • (X, F) pour tout i ≥ 0.
Lemme 7.13. — Soit X une surface de Riemann compacte. Il existe un entier n et deux
recouvrements X = U1 ∪ · · · ∪ Un = V1 ∪ · · · Vn tels que V̄i ⊂ Ui pour tout 1 ≤ i ≤ n. Ici V̄i
désigne l’adhérence de Vi dans X. De plus on peut supposer que Ui et Vi sont isomorphes
à des boules ouvertes de C.
96 CHAPITRE 7. DÉMONSTRATION DU THÉORÈME DE RIEMANN-ROCH
Remarque 7.14. — Tout le point du lemme 7.13 est que les deux recouvrements ont
même nombre d’ouvert, et c’est bien sûr pour obtenir cela que la compacité de X est
cruciale.
On fixe désormais deux tels recouvrements comme dans le lemme 7.13.On peut alors
calculer la cohomologie de X à l’aide de ces deux recouvrements. D’après la proposition 7.12
l’application de restriction de Ui à Vi (et de même pour tout sous-ensemble I ⊂ {1, · · · , n}
et la restriction de UI à VI ) fournit un morphisme de complexe
res : Č • (X, U• , F) → Č • (X, V• , F)
qui induit un isomorphisme sur les groupes de cohomologie (ie le morphisme de complexe
res est un quasi-isomorphisme). On va prouver la finitude de H i (X, OX (D)), i = 0, 1, en
vérifiant que res est un opérateur compact puis en prouvant qu’un opérateur compact
est un isomorphisme si et seulement si l’espace vectoriel sous-jacent est de dimension finie.
Mais cela n’est que l’idée de l’argument, et pour le formaliser techniquement on aura besoin
de remplacer l’espace vectoriel H 0 (Ui , OX (D) de fonctions méromorphes par un espace de
Hilbert. On va donc introduire quelques outils d’analyse fonctionnelle holomorphe.
•
Proposition 7.17. — L’inclusion de complexes Č(2) (X, U• , F) ⊂ Č • (X, U• , F) induit un
isomorphisme entre la cohomologie de ces deux complexes.
Démonstration. — Lorsque i = 0, cet énoncé a déjà été prouvé dans la proposition 7.2.
Donnons néanmoins une nouvelle preuve qui s’adaptera au cas i = 1. On fixe des recou-
vrements fournis par le lemme 7.13. On a donc une application
resi : Ĉ(2)
i i
(X, U• , OX (D)) → Ĉ(2) (X, V• , OX (D))
pour i = 0, 1. On a aussi une application de bord
i+1
δUi : Ĉ(2)
i
(X, U• , OX (D)) → Ĉ(2) (X, U• , OX (D))
pour i = 0, 1, et de même pour δVi . Comme (resi )i est un morphisme de complexe, on a
res1 ◦ δU0 = δV0 ◦ res0 donc on obtient res0 : Ker(δU0 ) → Ker(δV0 ) qui est un isomorphisme
par les propositions 7.12 et 7.18 (en effet par ces propositions Ker(δU0 ) et Ker(δV0 ) s’iden-
tifient à H 0 (X, OX (D)) et res0 devient l’identité après ces identifications). Or δU0 est une
application continue entre espaces de Hilbert donc Ker(δU0 ) est un espace de Hilbert, et
idem pour Ker(δV0 ). Donc res0 : Ker(δU0 ) → Ker(δV0 ) est une application continue bijective
entre espaces de Hilbert, donc un isomorphisme d’espaces de Hilbert par le théorème de
l’application ouverte. Mais elle est de plus compacte par le théorème 7.15, puisque c’est
déjà le cas de
res0 : Ĉ(2)
0 0
(X, U• , OX (D)) → Ĉ(2) (X, V• , OX (D))
Or il résulte aisément de la définition et du théorème de Riesz (la boule unité d’un espace
vectoriel normé est compacte si et seulement si on est en dimension finie) qu’un isomor-
phisme compact entre espaces de Hilbert n’existe qu’un dimension finie.
Lorsque i = 1 la même idée de preuve va marcher, mais on devra tenir compte du fait
0
qu’il n’est pas évident que Im(δU0 ) ⊂ Ĉ(2) (X, U• , OX (D)) est un sous-espace de Hilbert. On
considère l’application
(δV0 , res1 ) : Ĉ(2)
0
(X, V• , OX (D)) × Ker(δU1 ) → Ker(δV1 )
continue entre espaces de Hilbert. Elle est surjective par les propositions 7.12 et 7.17, qui
garantissent que l’application induite par la restriction Ker(δU1 )/Im(δU0 ) → Ker(δV1 )/Im(δV0 )
est bijective. On applique alors le lemme suivant à φ = (δV0 , res1 ) et ψ = (0, res1 ) et on
obtient que le conoyau de ψ −φ = (δV0 , 0) est de dimension finie, donc que H 1 (X, OX (D)) =
Ker(δV1 )/Im(δV0 ) est de dimension finie.
Remarque 7.20. — L’espace vectoriel H i (X, OX (D)) reste de dimension finie pour tout
i ≥ 0, car on prouvera directement dans le chapitre suivant qu’il est nul pour i ≥ 2.
7.21. DUALITÉ DE SERRE ET COHOMOLOGIE DE DOLBEAUT 99