L'adéquation Entre La Formation Et L'emploi:: Le Cas de La Formation Sur Mesure Dans L'enseignement Supérieur À Montréal
L'adéquation Entre La Formation Et L'emploi:: Le Cas de La Formation Sur Mesure Dans L'enseignement Supérieur À Montréal
Pierre Doray
Département de sociologie, CIRST-UQAM
Félix B. Simoneau
CIRST-UQAM
Laurence Solar-Pelletier
CIRDEF-OCE-UQAM
TABLE DES MATIERES
TABLE DES
MATIÈRES ............................................................................................................................... iii
TABLEAU DES
ABRÉVIATIONS ................................................................................................................ v
1 INTRODUCTION ...........................................................................................................................
.......... 6
4 CADRE
MÉTHODOLOGIQUE .......................................................................................................... 29
4.1 Rappel des
objectifs ............................................................................................................................
.... 29
4.2 Collecte des
données .............................................................................................................................
. 31 4.3 Analyse des
données .............................................................................................................................
.. 32
BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................................................
.......100
ANNEXE 1 — GUIDE
D’ENTRETIEN .................................................................................................106
P a g e | iv
ACDEAULF Association canadienne d’éducation des adultes des universités de langue française
AEC Attestation d’études collégiales
CCTT Centre collégial de transfert de technologie
CEDEFOP Centre européen pour le développement de la formation
professionnelle
CFP Commissions de formation professionnelle
CPMT Commission des partenaires du marché du travail
CRPMT Conseil régional des partenaires du marché du travail
CREPUQ Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec
CRMT Conseils régionaux du marché du travail
CSMO Comité sectoriel de main-d’œuvre
DEC Diplôme d’études collégiales
EFA Éducation et formation des adultes
EFTLV Éducation et formation tout au long de la vie
FCCQ Fédération des chambres du commerce du Québec
FSM Formation sur mesure
ICEA Institut de coopération pour l’éducation des adultes
MESS Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale
MOOC Massive online open course
MTESS Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale
OBNL Organisation à but non lucratif
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
PME Petites et moyennes entreprises
PSRA Programme de subventions à la recherche appliquée
RAC Reconnaissance des acquis et des compétences
REFET Relations entre éducation, formation, emploi et travail
SAE Services aux entreprises
SOFEDUC Société de formation et d’éducation continue
SQDM Société Québécoise de Développement de la Main-d’œuvre
1 INTRODUCTION
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formations créditées ont déjà fait l’objet de travaux (Doray, Tremblay et Groleau, 2015),
les pratiques de formation sur mesure pensées en association avec les milieux de travail et
les ordres professionnels n’ont pas encore été abordées. Ces pratiques constituent un volet
important, mais peu documenté, de la contribution des établissements d’enseignement.
*
**
Notre rapport est divisé en deux parties. La première comporte trois chapitres qui
portent sur les différents éléments contextuels, théoriques et méthodologiques de notre
étude. Le premier présente l’historique du cadre institutionnel de la formation de la main-
d’œuvre au Québec et, plus spécifiquement, du développement de la formation sur mesure
comme modèle de formation en entreprise. Nous y examinons les différentes actions
publiques et celles des établissements d’enseignement supérieur qui ont mené à la création
de la FSM telle que nous la connaissons aujourd’hui. Le second chapitre porte sur la
problématique de l’adéquation comme objet de recherche. Nous y présentons les
différentes approches théoriques et explicitons notre position de même que le choix de
notre objet de recherche, la FSM dans les établissements d’enseignement supérieur de
Montréal. Le troisième chapitre présente le cadre conceptuel de notre étude et précise la
démarche méthodologique que nous avons adoptée. Nous y détaillons la définition de
l’adéquation que nous avons retenue et les différentes étapes de notre méthode de collecte
de données et d’analyse.
La seconde partie de notre rapport, en quatre chapitres, présente nos résultats et notre
analyse. Les cinquième et sixième chapitres offrent un portrait de la FSM dans les
établissements d’enseignement collégial et universitaire de Montréal. Nous y décrivons les
caractéristiques et les enjeux de la FSM pour ces établissements. Le septième chapitre
contient une analyse plus poussée de nos données qui fait ressortir des pistes de réflexion
sur l’adéquation formation-emploi.
En conclusion, nous approfondissons notre question de recherche, notamment par
rapport aux rôles respectifs des intervenants des milieux de l’entreprise et de l’emploi.
10
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place importante dans les stratégies de développement économique au Canada et au
Québec. Les deux paliers de gouvernement ont entrepris de modifier substantiellement la
structure de formation professionnelle de manière à rapprocher
le champ éducatif de celui de l’économie (Charest, 1999; Doray, 2010).
À ce titre, l’Accord Canada-Québec sur la formation en établissement, adopté en
1987, est particulièrement significatif pour le développement de nouveaux modes de
relations formation-travail (Landry et Mazalon, 1995). Il instaurait un ensemble de
dispositions mettant en place un cadre de fonctionnement de la FSM. Alors que, depuis
leur création, les activités de FSM avaient été réalisées à l’initiative des cégeps selon des
ententes particulières avec des organisations et des individus, l’Accord introduisait dans les
dispositifs de nombreux intervenants gouvernementaux (gouvernements du Canada et du
Québec, ministères de l’Enseignement supérieur et de la Science, de l’Éducation et de la
Main-d’œuvre et de la Sécurité du revenu, autres établissements scolaires) (Campeau, 1987
a, 1987 b; Québec, 1990).
L’Accord marque la réorientation des politiques d’éducation des adultes, tant au
niveau fédéral que provincial, vers un nouveau modèle éducatif distinct de la formation
standardisée (Doray et Rochon, 1993). Pour le gouvernement du Canada, l’Accord s’inscrit
dans le regroupement des programmes de formation professionnelle et de création
d’emplois sous un chapeau commun, la Planification de l’emploi, visant à répondre aux
besoins du marché du travail par un ajustement de l’offre à la demande (Paquet, 1993).
Pour le gouvernement provincial, ce même accord rejoignait sa volonté, inscrite dans son
énoncé de politique d’éducation des adultes, de répondre aux besoins du marché du travail
(Québec, 1984). Mais surtout, il constituait un compromis institutionnel permettant
d’assurer le financement des services d’éducation des adultes des établissements scolaires.
L’Accord considère la FSM comme
[…] un type de formation en établissement qui permet de concevoir et d’organiser des
activités de formation fondées sur un diagnostic précis des besoins de formation liés à
une situation spécifique, sur l’adaptation ou l’élaboration d’un programme de formation
en fonction du diagnostic établi et sur le réinvestissement des apprentissages dans la
situation. Par définition, FME [la formation sur mesure en établissement] se veut une
réponse de formation spécifiquement adaptée aux besoins particuliers d’un groupe,
d’une entreprise ou d’un secteur d’activité économique (Dubé, 1991; 12).
Bien qu’avant cet accord, des formations répondant aux besoins des entreprises
existent déjà au sien du réseau d’enseignement supérieur, elles faisaient l’objet d’une
entente spécifique entre l’établissement et l’entreprise (Campeau, 1987b). L’Accord a
instauré un cadre institutionnel formel à l’intérieur duquel se sont progressivement
construites de nouvelles relations entre les champs éducatifs et productifs.
L’Accord visait à stimuler la formation sur mesure en y allouant près de 40 % des
ressources des établissements d’enseignement consacrées à la formation standardisée
(Paquet, 1993). Il restructurait également le financement de l’éducation des adultes par le
biais d’une nouvelle contribution des entreprises et d’une participation ciblée de
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programmes gouvernementaux (provincial ou fédéral) de développement de la main-
d’œuvre (Doray et
Bélanger, 2005). L’Accord mettait en place le Programme fédéral de financement de la
formation sur mesure en établissement, par lequel les projets de formation répondant aux
objectifs de la Planification de l’emploi pouvaient bénéficier de financement du
gouvernement fédéral (Dubé, 1991).
2 Signalons qu’à la même époque, le gouvernement provincial coupe les budgets consacrés à
l’éducation populaire, dont ceux permettant la collaboration entre les établissements scolaires et les groupes
communautaires.
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maind’œuvre3 (loi 90) obligeant les employeurs avec une masse salariale de plus de 250
000 $ à investir au moins 1 % de cette masse dans des activités de formation (Bernier et
coll., 2003). Selon Bernier (2011a), les SAE ont profité de l’implantation de cette loi pour
consolider leur position dans un marché de la formation en émergence et pour se
positionner comme une institution clé du système de formation de la main-d’œuvre.
En parallèle à ce développement, l’action des intervenants en éducation des adultes a
été structurée par d’autres mesures dont on peut dire qu’elles marquent la progression
d’une régulation intermédiaire. Dès 1984, à la suite du plan d’action du gouvernement
provincial en éducation des adultes, une réorganisation des services publics est amorcée par
la réactivation des commissions de formation professionnelle (CFP). Leur mandat est
précisé : soutenir les entreprises dans leurs efforts de développement de la main-d’œuvre.
La Société québécoise de développement de la main-d’œuvre (SQDM) servira
d’intermédiaire entre les entreprises et l’action gouvernementale en assurant le suivi des
demandes de subvention à la formation en entreprise. En 1992, les CFP seront intégrées à
la SQDM, qui est composée des partenaires socioéconomiques auxquels se joindront des
représentants du ministère de l’Éducation.
Une seconde entente sur la gestion du marché du travail entre le Canada et le Québec,
signée en 1997, a également marqué une étape importante du développement de la
formation continue et plus largement de la formation professionnelle 4. Dans le cadre de
cette entente, le gouvernement du Québec rapatrie l’ensemble des pouvoirs associés à la
formation de la maind’œuvre. Il modifie en même temps le cadre institutionnel régissant le
marché du travail par la création de deux instances gouvernementales, soit le ministère de
l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) 5 et Emploi-Québec, de même que par la
transformation de la SQDM en Commission des partenaires du marché du travail (CPMT)
dotée, comme la SQDM, de conseils régionaux (CRPMT). Créées avec l’intention
d’améliorer le fonctionnement du marché du travail, ces instances allaient voir à l’essor
d’une formation continue en adéquation avec les besoins du marché du travail, en
produisant notamment des normes de qualification et de formation ou en finançant des
recherches ou des activités de formation (Bernier et coll., 2003). Comme le remarquent
Tremblay et coll. (2003), le développement des différentes instances intermédiaires a
3 La loi 90 a été modifiée à deux reprises en 2004 et 2007, réduisant le nombre d’entreprises
assujetties à celles qui ont une masse salariale supérieure à un million de dollars.
4 Cette entente a été renouvelée en 2009 et de nouveau en 2014. Elle est présentement en vigueur
jusqu’en 2020.
5 Il est à noter que le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale portait initialement le nom de
ministère de l’Emploi et de la Solidarité. Il est aujourd’hui le ministère du Travail, de l’Emploi et de la
Solidarité sociale (MTESS).
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changé significativement les relations entre le monde de l’éducation et celui de l’économie
en les élargissant à de nouveaux acteurs.
En même temps, la SQDM et, par la suite, la CPMT instaurent une politique
sectorielle de l’emploi qui se traduit par la création progressive de 29 comités sectoriels 6
dont le mandat est (1) la mise en œuvre et la planification de différentes activités
(préparation d’outils de recueil de besoins, inventaire de formateurs, création d’activités de
formation, aide à l’application de la loi du 1 %, soutien à la création d’institutions
publiques de formation spécialisée dans leur secteur, etc.); (2) la représentation des milieux
de travail auprès du milieu de l’éducation lors des révisions de programmes de formation
professionnelle et technique; et
(3) assumer un rôle d’instance de consultation en matière de formation initiale. Ces comités
serviront d’intermédiaires pour soutenir les entreprises en matière de formation et de
gestion de leur main-d’œuvre.
6 En 2016, une décision gouvernementale a aboli le Comité d’adaptation des personnes handicapées.
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2.3 La formation sur mesure et l’éducation et la formation tout au long de la vie
En 2002, le gouvernement du Québec adopte la Politique gouvernementale
d’éducation des adultes et de formation continue (Québec, 2002a) avec l’intention de
susciter l’expression de la demande de formation, s’inscrivant de ce fait dans le cadre plus
global de l’éducation et de la formation tout au long de la vie (EFTLV). La politique fait de
la formation parrainée par les employeurs un véritable pilier de l’organisation de la
formation au Québec, et son plan d’action prévoit la consolidation des SAE des
établissements d’enseignement (Québec, 2002b). La politique repose sur une
recomposition des rôles et responsabilités des acteurs du champ de l’éducation et de la
formation des adultes de manière à responsabiliser les individus, les entreprises et les
organismes communautaires. Elle prévoit la reconnaissance des entreprises comme lieu de
formation. Ce nouveau partage des responsabilités entre acteurs met en place les conditions
nécessaires à la flexibilisation de l’offre de formation et à la réorientation de l’action
publique vers la demande de formation, la politique visant à stimuler la demande de
formation individuelle, mais aussi organisationnelle par une gestion décentralisée axée sur
la concertation et le partenariat. À ce titre, la politique souligne le rôle primordial des SAE
et de la formation sur mesure dans l’adéquation entre la formation et l’emploi.
En 2008, le gouvernement réaffirme l’importance des SAE et de la FSM dans
l’adéquation formation-emploi avec l’adoption du Pacte pour l’emploi (Québec, 2008).
Décrit comme un véritable « projet de société mobilisateur », le Pacte, a comme objectif
fondamental de favoriser l’adéquation quantitative entre les ressources de main-d’œuvre et
les besoins des entreprises. Il prévoit de rapprocher les milieux de l’éducation et du travail
afin d’améliorer la productivité des entreprises en misant sur la formation de la main-
d’œuvre. À ce titre, le gouvernement souhaitait entre autres favoriser, notamment par la
FSM dans les SAE, le développement de services d’éducation et d’emploi plus près des
entreprises.
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voué au développement de projets de formation de la main-d’œuvre et géré par la CPMT.
Les entreprises occupent donc le rôle de demandeur et de créancier de la formation de la
maind’œuvre. Ensuite, les établissements d’enseignement supérieur ont le mandat, en tant
qu’établissement public, de mettre sur pied des unités administratives s’adressant
spécifiquement aux entreprises (les SAE). Ils occupent le rôle de fournisseur de service. En
ce qui concerne les instances partenariales et intermédiaires, elles doivent veiller à
l’arrimage entre les deux mondes par la concertation, l’évaluation des besoins du marché
du travail et l’adoption de différentes normes de formation. Par la nature de leur mission, le
rôle que jouent ces instances dans la formation sur mesure est variable. Elles peuvent être
engagées directement dans le processus de négociation d’une FSM, par exemple dans le
cadre d’un projet émanant du Fonds de développement des compétences de la main-
d’œuvre, ou indirectement par l’adoption de normes de formation s’appliquant à un secteur
économique ou à une profession7. Ces obligations réciproques des intervenants dans la
FSM forment un dispositif de rapprochement entre les milieux de l’éducation et du travail,
et orientent les pratiques des intervenants favorisant l’adéquation formation-emploi.
Le mouvement de professionnalisation de la formation professionnelle et technique
ainsi que de l’éducation des adultes a aussi conduit à la création d’un marché de la
formation continue parallèle aux interventions des établissements scolaires dans
l’enseignement crédité. En effet, la grande majorité des activités de FSM ne sont pas
créditées. Ce marché revêt la forme d’un quasi-marché, dans la mesure où un ensemble de
règles (loi du 1 %, agrément des formateurs, etc.) met en relation les établissements
d’enseignement et les entreprises. Encore faut-il s’interroger sur la nature de la relation
économique en jeu. Retenons pour le moment que la FSM se déploie dans des relations
marchandes.
7 Les ordres professionnels peuvent également jouer le rôle d’intermédiaire dans la formation de la
main-d’œuvre, puisque l’adoption d’une norme de formation ou d’une politique de formation continue oblige
les professionnels et les entreprises les employant à se conformer à la règlementation pour assurer la
protection du public.
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3 L’ADÉQUATION, QUELQUES REPÈRES THÉORIQUES
L’adéquation formation-emploi est un thème complexe qui peut être abordé sous
plusieurs angles. Dans la littérature scientifique, le thème est généralement analysé selon
deux perspectives qui peuvent s’inscrire dans différents courants théoriques. Selon le
courant, les auteurs vont spécifier une perspective d’analyse afin d’orienter leurs
démarches. Nous présentons ces perspectives et courants théoriques afin de bien situer
l’approche que nous avons adoptée pour traiter de l’adéquation.
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acteurs deux champs
P a g e | 22
interactions entre les acteurs, objectif qui se cristallise dans des ententes, des accords, des
normes ou des politiques.
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L’approche en termes de relation structurelle médiatisée considère, à l’instar de la
première approche, que l’adéquation est issue d’une relation structurelle, mais que cette
relation est médiatisée par le jeu politique des acteurs. Le champ économique oriente le
domaine de l’éducation (Feutrie et Verdier, 1993; Hickox et Moore, 1992; Méhaut, 2001;
Tanguy, 2007). Toutefois, cette liaison est largement médiatisée par des rapports politiques
qui modulent les orientations, les politiques et les formes éducatives. Le politique prend la
forme des relations avec l’État comme instance de planification de l’éducation, mais aussi
celle des relations professionnelles entre employeurs et syndicats dans les entreprises. Les
contraintes structurelles y restent fortes, mais feraient l’objet d’arrangements sociaux entre
les trois grands acteurs, soit les salariés et leurs organisations, l’État et les employeurs et
leurs organisations, structurant ainsi les REFET. Cette approche porte donc moins sur les
transformations socioéconomiques elles-mêmes que sur les compromis sociaux qu’elles
produisent. La médiation politique oriente, module ou façonne l’intervention éducative;
elle permet de rendre compte de la diversité des pratiques et des politiques éducatives. Elle
joue sur le contenu des activités de formation et détermine des règles d’allocation de la
main-d’œuvre dans les postes de travail en fonction de critères de formation; elle fixe aussi
les modes de reconnaissance de la formation en établissant des passerelles formelles entre
les formations suivies, les classifications et les salaires.
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approche favorise généralement des modèles comparatifs entre différents territoires
nationaux afin de rendre compte de la spécificité sociétale de chacune d’entre elles.
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L’analyse porte ainsi sur la genèse et les effets des approches et des instruments
utilisés par les acteurs éducatifs ou productifs pour façonner des liaisons pratiques entre les
champs éducatif et productif. Une transformation des relations entre éducation et travail
s’opère lorsque le champ de la production fait l’objet d’une lecture orientée qui est par la
suite traduite en catégories structurantes des programmes éducatifs; une formule
pédagogique. Cette approche s’attarde plus spécifiquement aux actions des acteurs qui
caractérisent la relation entre les champs plutôt qu’au contexte de leur déroulement.
P a g e | 26
P a g e | 27
Ces trois niveaux d’action ne sont pas mutuellement exclusifs. Au contraire, ils sont
constamment en interaction et ont des effets réciproques les uns sur les autres. Les trois
niveaux intègrent tout ce que Doray et Maroy (2001) nomment les deux dimensions de
l’adéquation, soit la dimension cognitive et la dimension organisationnelle, c.-à-d. les
dimensions du jeu des relations sociales à la base de l’adéquation formation-emploi8.
La dimension cognitive porte essentiellement sur la signification de l’adéquation et
des pratiques mises en œuvre dans les champs de l’économie et de l’éducation. Le travail
des acteurs est ici cognitif, dans la mesure où il vise à donner un sens et une légitimité au
rapprochement par la production de justifications sur différents registres (Boltanski et
Thévénot, 1991). Paradoxalement, les acteurs négocient ainsi les raisons pour lesquels ils
négocient le rapprochement entre les deux champs.
La dimension organisationnelle porte, quant à elle, sur les différentes modalités du
rapprochement entre les deux champs. Il s’agit de négocier les différents ajustements
organisationnels ou institutionnels afin de permettre la construction de la relation entre les
établissements d’enseignement et les entreprises (Doray et Maroy, 2001). Cette dimension
regroupe une série de règles instituées, des modes de fonctionnement et des logiques
d’action propres au champ qu’il convient de travailler afin de permettre le rapprochement.
8 Dans leur ouvrage, les auteurs se réfèrent plutôt à la dimension « symbolique ». Nous utilisons le terme «
cognitif » afin d’éviter une confusion avec le processus de symbolisation tel qu’il est utilisé en psychologie.
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sein des milieux de travail, et développer des formations qui « répondent à ces besoins ».
Examinons plus avant les deux aspects.
Le marché de la FSM
La première grande dimension structurante des relations entre les acteurs tient dans
leur caractère économique. La FSM se déploie dans un contexte de marché, ce que les
premiers intéressés reconnaissent explicitement. Il existerait une situation de concurrence
entre les différents fournisseurs de formation. Toutefois, il ne s’agit pas d’une relation
économique classique dans la mesure où le service en jeu n’est pas un service standardisé,
mais un service singulier et incertain (Karpik, 2007). En effet, l’essence de ce service est
d’être adapté à une demande singulière. En ce sens, il s’agit d’un service spécifique dont la
qualité se construit tout au cours de la relation, ce qui est un trait important de la situation
générique de la FSM.
Ce service comporte une forte dose d’incertitude quant à sa qualité tout au cours de sa
conception. Les échanges en cours de planification servent à atténuer cette incertitude, qui
persistera jusqu’à la réalisation de l’activité et son évaluation. Les enjeux présents au cours
des transactions portent davantage sur la qualité recherchée que sur les prix, les jugements
de qualité étant au cœur des transactions. Les acteurs des milieux de travail doivent se faire
une idée de la qualité de la future formation et des personnes qui la produiront. Pour ce
faire, ils auront recours à une quête d’informations, à leurs réseaux et à des dispositifs
impersonnels (des articles de revue, des classements, etc.) qui créent la confiance et
conduisent à un jugement positif. En contrepartie, les acteurs éducatifs mettent en œuvre
différentes stratégies pour gagner la confiance des organisations et des entreprises.
Certaines stratégies concernent la présentation de l’instance de formation; d’autres
concernent les modalités de travail de ses intervenants, car la confiance se construit tout au
cours du processus d’élaboration des formations.
Le marché de la FSM présente également certaines particularités institutionnelles.
D’abord, le modèle pédagogique de la FSM est issu d’un compromis politique entre deux
paliers de gouvernement sur le financement de la formation de la main-d’œuvre. L’entente
qui en a résulté a grandement stimulé le développement de ce modèle, qui n’existait pas en
soi, grâce à l’octroi d’importantes subventions. Le marché de la FSM 9 s’est ainsi développé
sous l’impulsion de politiques publiques incitatives.
Ensuite, la Loi 90 contraint certaines entreprises à investir l’équivalent de 1 % de leur
masse salariale dans la formation de leur main-d’œuvre, sans quoi elles doivent contribuer
au Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre. Le
Fonds subventionne des projets de développement des compétences sur une base annuelle.
Ces dispositions introduisent une régulation du marché par l’État qui contraint et incite les
9 Rappelons que la FSM est une approche pédagogique qui peut s’appliquer à différentes situations.
Toutefois, dans les faits, elle est très largement utilisée dans le cadre de la formation en milieu de travail
quand les entreprises demandent la collaboration des établissements d’enseignement.
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entreprises à investir dans la formation de leur main-d’œuvre. S’il y a contrainte
d’investissement, il n’y en a aucune quant au prestataire de service faisant en sorte que les
entreprises de formation et les consultants privés occupent un secteur du marché. Le
marché de la FSM est ainsi un sousensemble du marché de la formation.
Ces particularités du marché de la FSM font en sorte qu’il s’apparente à un quasi-
marché (Bartlett et Le Grand, 1995), puisque la régulation de l’État y est relativement
importante et que de nombreux acteurs privés œuvrant sur le marché de la formation en
sont absents.
La recherche d’adéquation
Dans ce cadre, on comprend aisément que la qualité en jeu est l’adéquation entre la
demande et la proposition d’activités, recherchée par les acteurs, en tenant compte des
ressources et des contraintes organisationnelles de chaque partie, lesquelles encadrent ainsi
l’échelle opérationnelle de production de l’activité éducative.
Chaque activité éducative planifiée conjointement entre des organisations est le
résultat d’un travail d’acteurs portant sur les articulations entre le milieu de travail et les
services éducatifs. La dimension organisationnelle est fortement présente, car elle est
l’échelle où se déroulent les discussions et les négociations. Dans un tel cadre, l’échelle
opérationnelle fait référence à la mise au point de l’activité de formation et des discussions
qui permettent d’y arriver. L’entente entre les parties se réalise quand les partenaires jugent
que les paramètres de la formation répondent à la demande de l’entreprise.
L’analyse consiste à rendre compte de la construction de l’adéquation en examinant
l’influence des facteurs organisationnels et sociaux ainsi que des choix intellectuels ou
cognitifs. Il faut donc tenir compte des ressources et des contraintes de chaque
organisation, ainsi que des choix intellectuels des acteurs. À cet égard, il est important de
saisir leurs critères d’évaluation utilisés au cours des discussions. La perspective d’analyse
adoptée conçoit ainsi l’adéquation comme le résultat des relations et des négociations
sociales, et rejoint les travaux qui envisagent les REFET comme résultats de négociations
constituantes.
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• Comment se présentent-ils comme intervenants dans le domaine?
• Quels processus mettent-ils en œuvre pour créer de la confiance et réduire
l’incertitude quant à la qualité des formations produites?
• Quels outils utilisent-ils pour arrimer les choix éducatifs envisagés et aux
demandes?
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4 CADRE MÉTHODOLOGIQUE
10 Issue de la France, le concept d’ingénierie de la formation est une démarche, selon Ardouin (2003),
fondée sur le recours à des méthodologies appropriées, où « l’ingénieur de formation » analyse, conçoit,
réalise et évalue des actions, dispositifs ou systèmes de formation. Ce travail est affecté par l’environnement
interne et externe. Les trois étapes de l’ingénierie de formation sont la planification, les activités formatrices
et l’évolution (Ardouin, 2010; Parmentier, 2012). La première étape se compose de l’analyse des besoins et de
la conception d’un plan de formation. Il s’agit de l’expression de la demande. La seconde consiste en la
réalisation des activités et programmes de formation. Elle inclut les variables telles que le lieu de formation, le
type de formation, le formateur ou la formatrice. L’étape finale, l’évaluation, se divise en quatre niveaux selon
le modèle de Kirkpatrick (Kirkpatrick et Kirkpatrick, 2006) : réaction à chaud, évaluation des connaissances
acquises, transfert en milieu de travail et évaluation de l’impact sur le plan organisationnel.
Initialement, la recherche devait se dérouler en deux étapes. La première visait à
dresser un portrait des pratiques de FSM dans les établissements d’enseignement supérieur
de Montréal. L’accent devait être mis sur les actions et les stratégies des services dans la
production et la planification des activités. La méthodologie combine l’analyse
sociohistorique, l’étude documentaire et des entretiens semi-dirigés. La seconde étape
consistait à réaliser des études de cas pour saisir la nature et les enjeux des discussions entre
les organisations et les instances de formation, et atteindre l’objectif ultime de comprendre
les paramètres d’une adéquation réalisée et leur base intellectuelle.
Le présent rapport ne fait état que de la première étape. Cette approche a permis de
faire l’historique de la FSM et de rencontrer des intervenants éducatifs qu’elle mobilise.
Une telle stratégie permet l’exploration et l’identification de données inattendues (Miles et
Huberman, 1994). Par ailleurs, le fait de combiner plusieurs stratégies de collecte contribue
à la triangulation des données et à la fiabilité des résultats (Patton, 2002). Ainsi, les
entretiens semidirigés permettent d’obtenir des informations ciblées et détaillées, alors que
les documents fournissent un accès continu à l’information qui peut être plus fiable en ce
qui a trait aux noms et aux références (Yin, 2009), et que l’analyse sociohistorique permet
de situer et de contextualiser (Buton et Mariot, 2009).
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4.2 Collecte des données
La collecte des données a commencé par la lecture de sources documentaires durant
l’été 2015. Les entretiens menés avec les intervenants engagés dans la FSM des
établissements d’enseignement ont débuté en octobre 2015 pour se poursuivre jusqu’en
mars 2016. Ces données ont, par la suite, été retranscrites, codifiées et analysées.
La cueillette documentaire s’est basée sur la documentation gouvernementale et
institutionnelle (projet éducatif, rapport annuel, documentation d’information, publicité)
traitant du développement de la FSM, et sur les sites Internet des établissements
d’enseignement supérieur montréalais. Toutes les institutions identifiées (dix-sept) ainsi que
les coordonnées des personnes à contacter ont été inscrites dans un fichier. Certains
établissements offraient plusieurs ressources en matière de formation continue. C’est le cas,
par exemple, d’une université qui offre de la formation continue en général, et dont les
facultés de gestion et de droit fournissent également des formations plus ciblées. Chacune
des institutions a été attribuée à un membre de l’équipe responsable de contacter les
établissements pour les inviter à participer à la recherche. En cas d’accord, un rendez-vous
était fixé pour un entretien.
Des grilles d’entrevue ont été conçues en équipe. Elles ont été construites sur la base
d’indicateurs à explorer qui sont identifiés dans le Tableau II – Informations et thèmes
abordés. Une fois la grille d’entrevue approuvée par l’équipe, un premier test a été fait sur
un membre de l’équipe. Après quelques ajustements, la grille a été testée et validée dans le
cadre d’une entrevue menée auprès d’un intervenant d’un établissement de formation. Ce
processus a contribué à assurer la fiabilité de cette stratégie de collecte d’information.
- organisation du service;
- établissement des accords avec les entreprises sur le contenu des activités;
Les entretiens ont été menés auprès de dix-sept des dix-neuf représentants des
services aux entreprises des milieux collégiaux et universitaires. Un cégep et une université
ont répondu d’emblée qu’ils n’offraient pas de formation sur mesure, ils n’ont donc pas été
rencontrés. Les entrevues avec les six universités et onze cégeps qui ont participé à la
recherche ont duré en moyenne une heure. Conformément aux règles d’éthique de la
recherche, les participants ont signé au début des rencontres un consentement de
P a g e | 34
participation. Ils étaient également informés de leur droit de se retirer en tout temps de la
recherche et du fait que les données recueillies demeureraient anonymes.
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Figure 2 – Cadre méthodologique
P a g e | 36
5 LA FORMATION SUR MESURE DANS LES COLLÈGES
11 Il est important de préciser ici que le terme « entreprise » doit être pris au sens large, et qu’il inclut
les entreprises privées ou publiques, les municipalités et autres clientèles possibles telles que diverses entités
gouvernementales.
• Une équipe composée de personnel attitré
Les six SAE qui ont une équipe sont aussi les plus gros services. Ils peuvent
compter sur un coordonnateur ou un directeur, sur plusieurs conseillers
pédagogiques et parfois sur des adjoints administratifs et des spécialistes de
contenus. Les employés, clairement attitrés au SAE, peuvent aussi avoir accès à un
spécialiste des communications qui œuvre aussi avec le service d’éducation des
adultes (ou de formation continue).
une très bonne connaissance d’un secteur d’activité ou d’une clientèle particulière.
P a g e | 38
Tout comme les conseillers pédagogiques, les formateurs jouent des rôles variés selon
les formations et les contextes locaux. Tous sont des spécialistes de contenu qui maitrisent
la matière qu’ils enseignent. Ils sont responsables de l’animation de l’activité de formation,
mais certains doivent également développer la totalité du contenu des activités planifiées.
D’autres se fieront plutôt à un programme ou un modèle de cours déjà établi par le SAE,
comme les microprogrammes préexistants tels le cours « M3I » ou le cours « gestionnaires
efficaces »12.
De manière générale, les SAE ont plusieurs types de formateurs au sein de leur
équipe, mais leur base demeure stable. Ils sont soit des enseignants du secteur régulier de
leur collège ou d’un autre collège, des experts d’un centre collégial de transfert de
technologie (CCTT)13 ou des consultants externes. Dans plusieurs SAE, la majorité des
formations sont données par des personnes externes au collège.
Lorsqu’ils doivent recruter de nouveaux formateurs, les SAE procèdent par des appels
de candidatures. Les modalités d’embauche des formateurs varient d’un SAE à l’autre. Pour
le recrutement des enseignants des collèges, certaines conventions collectives facilitent les
relations en prévoyant la possibilité d’accorder du temps à la formation continue. Pour les
consultants, les SAE ont différentes façons de fonctionner, l’embauche de contractuels étant
le mode dominant. L’objectif de recrutement des SAE est de réaliser un bon jumelage avec
l’interlocuteur de l’entreprise, c’est-à-dire de trouver un formateur qui correspond au profil
recherché par l’entreprise et qui correspond à la spécificité de ses besoins. Choisir un
formateur légitime aux yeux de l’entreprise parce qu’il parle le même langage, c’est une
façon d’assurer la qualité de la formation et d’établir de bonnes relations avec le client dans
le but prolonger la collaboration :
On disait qu’on gère beaucoup de consultants, l’impression qu’on a des fois, c’est
qu’on est des gérants d’artistes […] un consultant ne performera pas nécessairement
bien dans tel type d’organisation et viceversa. Et ils ont des intérêts, des spécialités, des
champs d’intérêt. C’est important pour nous en tant que gérants d’artistes de choisir le
bon consultant pour aller rencontrer l’entreprise (EP-7).
P a g e | 39
Au-delà la taille et de la composition des services, nous avons repéré trois structures
administratives. Les SAE autonomes se caractérisent par une structure relativement
indépendante de l’établissement d’enseignement. Ils y sont considérés comme une petite
entreprise ou une organisation à but non lucratif (OBNL) associée à l’établissement. À ce
titre, les trois SAE de ce type ont une organisation structurée qui relève généralement de la
direction de la formation continue tout en gérant de façon autonome leurs ressources
humaines et financières. Le personnel du SAE s’occupe exclusivement de services aux
entreprises et se spécialise dans quelques secteurs d’activité ou auprès d’une clientèle
particulière. Ces services ont généralement un plan d’affaires bien développé et un
ensemble de pratiques formalisées.
Les SAE associés se caractérisent par leur proximité avec les services de formation
continue. À ce titre, l’organisation de ces SAE est intégrée ou associée à celle du service de
la formation continue, et les deux services se partagent les mêmes ressources humaines et
financières. Les employés travaillent à la fois pour la formation continue et le service aux
entreprises, et ne sont pas spécialisés. Ce type d’organisation est le plus répandu, avec près
de sept établissements fonctionnant de cette façon.
Le SAE intégré a des liens très étroits avec le cégep. Le SAE relève de la direction
de la formation continue et de celle des études (enseignement régulier). Les mêmes
employés travaillent pour le SAE, la formation continue et le secteur régulier de
l’établissement selon les différents domaines d’étude. Ainsi, la division administrative est
axée sur les domaines d’études plutôt que les clientèles (jeunes, adultes et entreprises).
Selon les intervenants, ce mode de fonctionnement permet une plus grande mobilité du
personnel entre les différentes activités, et une cohérence entre les différentes activités de
formation.
Le contenu des postes de cadre et de personnel de soutien varie selon le type
d’organisation des SAE. Les SAE autonomes ont généralement un coordonnateur qui est
appuyé par quelques employés pour assumer la gestion de l’ensemble des activités du SAE.
Dans les SAE associés, la gestion peut relever d’un conseiller pédagogique ou bien de la
direction de la formation continue, assistée ou non de personnel. Le SAE intégré est quant à
lui géré par deux directions responsables de la formation dans le régulier, de la formation
continue et des SAE.
P a g e | 40
Les SAE entretiennent diverses relations avec les autres services de leur établissement
d’enseignement, mais l’élément déterminant est sans contredit le soutien de la direction du
collège. Ainsi, certains SAE font partie intégrante de la planification stratégique de leur
collège, alors que d’autres y sont à peine mentionnés, voire pas du tout. Bien que certains
SAE aient toujours entretenu de bonnes relations avec les différents secteurs de leur
établissement, d’autres ont des relations qui sont ou qui ont été plus tendues, sinon
problématiques.
En ce qui concerne les relations avec la direction générale, les SAE sont assujettis à
l’orientation et aux décisions que cette dernière adopte, ce qui a des répercussions directes
pour le service, notamment au niveau de l’octroi de ressources. Certains SAE ont bénéficié
d’un soutien clairement affirmé de leur direction générale depuis le début de leurs activités,
mais d’autres ont composé avec des décisions ne favorisant pas leur développement. Par
exemple, lors de la période de décroissance du secteur des télécommunications, des
directions générales ont fait le choix de mettre en veilleuse les activités du service pour se
concentrer davantage sur la formation créditée (AEC), plutôt que, par exemple, d’inciter les
SAE à renouveler leur offre de formation. À l’inverse, d’autres directions ont plutôt cherché
à repositionner leur SAE pour assurer sa continuité.
Nous avons identifié, pour tous les SAE, le niveau de soutien de leur direction
générale. Nous nous sommes appuyés à la fois sur l’évaluation des personnes interrogées et
sur la présence des SAE dans la documentation officielle du collège (plan stratégique,
rapports annuels, projet éducatif, etc.). Quatre SAE bénéficient d’un support explicite, qui
s’exprime par leur reconnaissance formelle, des conseils de développement du SAE ou
l’intégration du directeur au comité de direction. Cinq SAE ont un soutien de la direction,
qui reconnait la contribution des SAE. En même temps, le discours du cégep hiérarchise ses
différentes interventions : l’enseignement régulier est de loin privilégié et les SEA sont une
activité secondaire. Les deux derniers SAE n’ont pratiquement aucun soutien, la direction
des cégeps tenant un discours contradictoire qui demande aux intervenants de développer le
SAE, tout en n’offrant aucun soutien, en limitant les ressources et en multipliant les tâches
qui ne sont pas liées à la formation aux entreprises.
Les SAE ont des relations relativement limitées avec l’enseignement régulier,
exception faite d’une structure intégrant la formation régulière et le service de formation
continue. Tous les répondants ont souligné que ces relations peuvent néanmoins avoir une
grande importance, car elles permettent un enrichissement mutuel des deux modes de
formation, en plus de contribuer à améliorer leur pertinence avec les emplois de destination
des formations. Elles peuvent aussi servir
à montrer la plus-value du service aux entreprises et maintenant, ils [l’enseignement
régulier] sont vraiment conscients de l’apport que ça peut leur donner. Après, ils
peuvent transposer l’expérience qu’ils ont vécue avec les travailleurs à
[l’enseignement] régulier, donc ils transmettent ça au DEC. Y a un échange qui a lieu
aussi avec les travailleurs. Parfois, les travailleurs ont accès à des plans, des exemples,
P a g e | 41
des codes que les enseignants peuvent aussi… et c’est très valorisant pour eux d’être
reconnus par le marché du travail (EP4).
La majorité des SAE ont des relations avec l’enseignement régulier pour le
recrutement de formateurs (les enseignants du cégep) et des échanges d’informations sur les
tendances dans les entreprises et dans les secteurs d’activité économique. Quelques
intervenants ont souligné que les échanges avec l’enseignement régulier sont limités, pour
ne pas dire inexistants.
L’absence de relations entre les deux secteurs peut être liée à des enjeux de travail, où
l’enseignement régulier et les SAE n’ont pas les mêmes conditions de travail ou
conventions collectives, le cas échéant. Il peut aussi y avoir désaccord sur le but de la
formation, quand certains reprochent aux SAE de mercantiliser la formation. Il peut
également y avoir une simple méconnaissance des services offerts par les SAE.
Quelques SAE soulignent aussi des collaborations avec les services des cégeps qui
entretiennent des relations à l’externe du cégep (service de placement en stage ou en
emploi, services corporatifs et services des communications). La collaboration facilite la
promotion concertée de plusieurs services offerts par le collège (FSM, stages, location de
salles, etc.), la communication avec la clientèle (parler d’une seule voix pour tous les
services offerts aux entreprises) ou encore l’identification de besoins de formation pour
l’enseignement régulier, la formation continue et la FSM. Cette collaboration s’inscrit dans
une volonté de personnaliser l’approche client et d’assurer un suivi efficace des différents
services offerts aux entreprises.
Enfin, pour les relations avec les CCTT, au sein des cégeps qui en ont un, elles sont
variables. Au moment de nos entrevues, un intervenant tentait, avec un succès jugé assez
limité, d’établir des relations avec ses collègues du CCTT. Quatre SAE ont mentionné
l’existence d’échanges, ajoutant aussi que les centres de transferts préféraient conserver le
contrôle de la formation dans les domaines qui les concernent. À l’opposé, deux autres SAE
ont établi des bases de collaboration importantes, s’occupant d’organiser les formations
offertes par les CCTT. Dans le cas de deux autres SAE, la collaboration est
particulièrement forte et formellement intégrée à l’organisation des deux entités.
P a g e | 42
les SAE subissent une pression plus ou moins grande à cet égard. D’ailleurs, plusieurs
répondants ont mentionné que les récentes modifications des modalités de financement du
réseau collégial avaient accentué cette pression :
le défi de toutes les formations continues au Québec, c’est qu’on est complémentaire au
financement du collège, donc les revenus ont continué d’augmenter, mais le crédité a
diminué, donc les défis pour les équipes sont encore plus grands. C’est plus complexe
d’autogénérer des revenus que de prendre des certifications de crédits de l’État et de
les faire rouler (EP-2).
On fait en sorte, pour parler simple, que l’argent qu’on apporte réponde le mieux
possible aux attentes de la direction générale. Parce que l’argent du service aux
entreprises sert à renflouer les caisses du cégep, c’est comme ça que ça marche […] Il
y a les cibles qu’ils se sont fixées chaque année […] et il s’agit de les atteindre ou de
les dépasser (EP-6).
La pression financière exercée par les directions générales tend à être plus forte, et le
soutien financier qu’elles octroient aux SAE est variable. Trois cas de figure ont été
identifiés : investissement, limitation ou coupes budgétaires. Quatre SAE ont bénéficié
d’une augmentation de leurs ressources afin de développer davantage leurs services et
d’augmenter leur clientèle, et ce, dans un contexte de restrictions. Cet octroi a été fait dans
la perspective d’un retour sur l’investissement, ce qui implique que ces SAE doivent
augmenter leur chiffre d’affaires et générer plus de revenus pour le collège.
Nous, le comité de direction du collège […] on subit des coups durs et il y a deux façons
de voir. Tu coupes du staff, puis tu rentabilises ton budget. Ou tu te dis, j’investis dans
du personnel, puis je vais essayer d’aller chercher des revenus additionnels. C’est le
pari qu’on a pris (EP-2).
Quatre SAE se trouvent dans une situation où ils doivent faire plus avec moins. La
direction générale maintient ou limite les ressources financières à leur disposition tout en
exigeant que le service génère autant, sinon plus de revenus. Les SAE doivent donc tenter
d’augmenter leur niveau d’activités avec un minimum de dépenses, ce qui influence leur
stratégie. Finalement, trois SAE se retrouvent dans une situation où leurs ressources
financières ont été réduites significativement afin d’équilibrer le budget du collège, ce qui
n’est pas sans impact. Par exemple, un SAE a vu la tâche de son responsable alourdie à la
suite de la diminution de moitié du budget de la formation continue. Un autre SAE n’a
pratiquement plus de personnel attitré. Ces SAE doivent, autant que possible, continuer à
s’autofinancer et générer des revenus tout en composant avec les fluctuations de leurs
ressources.
En plus de ces contraintes institutionnelles, les SAE sont aussi soumis aux cycles
économiques des entreprises. Ainsi, ils ont connu, au cours des cinq dernières années, des
cycles de croissance et de décroissance. Plus précisément, nous avons identifié trois phases
constituant les cycles de croissance des SAE, soit la croissance significative (six SAE), la
croissance faible (quatre SAE) ou stabilité, et la décroissance (un seul SAE). Plusieurs
P a g e | 43
facteurs jouent sur ces différences, dont la spécialisation des SAE dans des créneaux précis
de formation ou des secteurs d’activité.
Les cycles de croissance des SAE peuvent être liés aux cycles économiques de
certains secteurs. Par exemple, les télécommunications, au tournant des années 1990, ont
connu une forte croissance, ce qui s’est accompagné d’une demande accrue de main-
d’œuvre qualifiée. Cette évolution a stimulé la croissance des SAE offrant des activités de
formation dans ce secteur. Toutefois, lorsque l’activité économique de ce secteur a ralenti,
avec l’éclatement de la bulle informatique en 2000, plusieurs entreprises ont fermé et la
demande de main-d’œuvre qualifiée a connu une forte chute. Les SAE qui ont adopté ce
créneau ont subi une baisse significative de leurs activités. La croissance des SAE peut
aussi être liée aux obligations de formation professionnelle. Par exemple, l’introduction, en
2012, d’une obligation de formation continue par l’Ordre des infirmières et infirmiers du
Québec a contribué à augmenter significativement la demande de formation dans ce secteur
et, conséquemment, les activités de plusieurs SAE. À l’inverse, les récents changements
dans le réseau de la santé ont eu pour effet de ralentir la demande de formations et de
diminuer les activités de certains SAE :
On a un paquet d’ateliers qu’on avait développés pour les personnels infirmiers […]
qui ont roulé la première année qu’on les a partis, qu’il y avait un grand engouement
pour ça, puis quand le couperet est tombé, y a plus rien qui lève (EP-8).
La place qu’occupent les différents types d’organisations varie d’un SAE à l’autre.
Certains travaillent surtout avec le secteur public ou parapublic, d’autres plutôt avec des
entreprises privées, et quelques-uns cherchent un équilibre entre les deux. Certains SAE
dépendent fortement d’un client ou d’un secteur d’activité particulier, ce qui peut les rendre
vulnérables en cas de difficultés économiques. Afin de réduire cette dépendance, certains
services cherchent à varier leur clientèle.
On travaillait beaucoup avec la fonction publique […] et autres organismes publics et
parapublics. Mais les temps sont durs, et ça me préoccupait beaucoup. Donc on a
vraiment fait un repositionnement et on est allé se chercher un juste équilibre entre des
partenaires du secteur privé et la fonction publique (EP-7).
Ainsi, le développement des SAE peut évoluer en fonction de cycles ou de
conjonctures économiques sur lesquels ils ont peu de contrôle. La spécialisation des SAE
dans certains secteurs d’activité a une grande influence sur leur développement, car chaque
secteur possède ses particularités en ce qui a trait au nombre, à la taille et au statut (public
ou privé) des organisations qui y sont actives. Certains sont dominés par quelques
entreprises multinationales et leur réseau de sous-traitants, alors que d’autres sont composés
majoritairement de PME. D’autres encore se composent essentiellement d’agences et
d’organismes publics ou parapublics. Ces particularités sectorielles influencent
nécessairement la nature des besoins de formation, que ce soit par rapport aux objectifs, au
volume, à la durée ou au budget de la formation.
P a g e | 44
Des environnements internes plus favorables que d’autres
Les différentes caractéristiques organisationnelles montrent la particularité de
l’environnement interne de chaque SAE. Bien que chacun de ces environnements soit
particulier, on peut dégager trois cas de figure en combinant leurs caractéristiques
organisationnelles et institutionnelles (voir Tableau III).
Le premier réunit quatre SAE (EP-2, EP-7, EP-8 et EP-11) qui jouissent d’un
environnement favorable à leur développement et leur croissance. Ils bénéficient du soutien
de la direction générale, qui n’hésite pas à investir même dans les périodes de
ralentissement économique. Ces SAE ont généralement une structure organisationnelle
élaborée et des ressources humaines attitrées, ce qui leur permet de mener leurs activités
sans être contraints par le cadre institutionnel de l’établissement d’enseignement. Ces SAE
accordent une grande importance à l’amélioration et à la formalisation de leurs pratiques
afin d’assurer la qualité de leurs services et de rester compétitifs.
Le second cas de figure se caractérise par une combinaison d’éléments qui conduisent
à un développement limité des activités du SAE. Ils bénéficient généralement d’un soutien
de la direction générale, mais doivent aussi composer avec des contraintes institutionnelles.
Ils ont des ressources humaines qui travaillent à temps plein au SAE bien que leur
financement soit généralement limité. Cela empêche généralement l’ajout de nouvelles
ressources pour soutenir la croissance de leurs activités. Néanmoins, ces SAE réussissent à
assurer la stabilité de leurs activités et même à connaitre une faible croissance. Trois SAE
(EP-3, EP-4 et EP-9) se retrouvent dans ce cas.
Le troisième cas de figure regroupe quatre SAE (EP-1, EP-5, EP-6 et EP-10). Il se
caractérise par l’absence des conditions facilitant leur développement. Ne disposant pas du
soutien de la direction générale ni de ressources adéquates, les SAE sont soumis à de fortes
contraintes organisationnelles et financières qui limitent leur capacité de développement.
N’ayant pratiquement aucune ressource pour mettre en œuvre des activités de formation en
entreprises, ces SAE ont de la difficulté à croitre.
Si certains SAE ont des environnements internes plus favorables, cela n’empêche pas
pour autant les autres de tirer leur épingle du jeu en déployant diverses stratégies pour
assurer leur développement.
Tableau III — Classement de l’environnement interne des SAE
Collège Structure Structure Support Financement Croissance Environne
organisationnelle administrative interne du SAE du service ment
interne
EP-1 Aucune Associée Aucun Coupes Significative Neutre
EP-2 Attitrée Autonome Explicite Investissement Significative Favorable
EP-3 Attitrée Associée variable Limitation Significative Propice
EP-4 Limitée Associée variable Limitation Faible/stable Propice
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EP-5 Aucune Associée variable Limitation Faible/stable Neutre
EP-6 Aucune Associée Explicite Coupes Faible/stable Neutre
EP-7 Attitrée Autonome Explicite Investissement Significative Favorable
EP-8 Attitrée Autonome Explicite Investissement Significative Favorable
EP-9 Attitrée Intégrée variable Investissement Faible/stable Propice
EP-10 Aucune Associée Aucun Coupes Décroissance Neutre
P a g e | 46
font peu de démarchage et ne réalisent que des activités de promotion très ciblée,
notamment parce que le roulement de leurs activités ne peut être accru. Ces SAE sont
intégrés dans des réseaux sectoriels et s’assurent ainsi la visibilité auprès du milieu
industriel qui leur permet d’obtenir un niveau élevé d’activités. Deux de ces SAE sont
petits, aucun employé à temps plein n’étant attitré à la formation en entreprise. Le principal
trait de la troisième situation est le manque de ressources (EP-5 et EP-10) qui leur
permettraient de développer leur clientèle. Ces SAE disposent d’un plan d’affaires, mais ils
n’ont pas les moyens de l’appliquer. Il n’y a aucun employé à temps plein. Par manque de
ressources, ils font très peu de démarchage et de promotion, et attendent que les clients
viennent à eux.
Les stratégies et les situations des différents services indiquent clairement des
investissements et des stratégies différenciées des cégeps d’appartenance.
P a g e | 47
Un second groupe (n = 5) de SAE met plutôt une stratégie de démarchage occasionnel
qui est plus ou moins structurée. Ces SAE ne font pas d’appels et de sollicitation directe,
mais tendent à s’inscrire dans des activités de réseautage. Pour deux SAE, cela s’explique
par un manque de ressources qui ne leur permet pas de prendre le temps de fidéliser leur
clientèle. C’est pourquoi ils vont cibler leurs efforts sur leurs créneaux de formation. Deux
autres SAE n’ont pas le temps de faire de la sollicitation, puisqu’ils n’ont pas de difficulté à
recruter leurs publics qui viennent d’eux-mêmes.
Finalement, les deux SAE moins actifs en FSM, n’ont pas de stratégie de démarchage et
font peu de sollicitation, voire pas du tout. Ce sont les deux SAE qui ont le moins de
ressources et dont les employés n’y sont pas exclusivement affectés. Le manque de temps et
de ressources limite leur capacité à faire du démarchage de façon plus active.
En parallèle, les SAE ont aussi mis sur pied, avec des intensités variables, des
stratégies de communication. Plus de la moitié des SAE en ont adopté une formellement.
Quatre d’entre eux sont aussi très actifs en démarchage. Ils s’inscrivent dans les réseaux
sociaux, font affaire avec un spécialiste pour concevoir un catalogue de formations et une
approche globale des communications, ciblent les véhicules publicitaires jugés pertinents,
ont une infolettre et se sont assurés d’avoir une excellente présence (référencement) sur
Internet. Un SAE déploie une stratégie à multiples volets avec la diffusion d’une infolettre,
l’achat de mots sur Google Ads et une campagne publicitaire ciblée. D’autres mettent en
œuvre une stratégie nettement plus ciblée, car ce sont des services qui disposent de
ressources moindres. Ils vont par exemple mettre leur offre de formation sur le site Internet,
peut-être acheter quelques publicités, mais la démarche reste dans l’ensemble très limitée.
Il y a un lien généralement étroit entre un plan dédié au SAE et l’accès à de
nombreuses ressources, mais quelques exceptions méritent d’être mises en évidence. Ces
situations soulignent aussi la précarité dans laquelle se retrouvent les services et leur
dépendance aux contextes politiques et économiques. Dans un cas, un plan d’affaires a été
développé juste avant que le collège mette à pied le personnel affecté au SAE à la suite de
changements aux modalités de financement du réseau collégial par le gouvernement. Dans
un second cas, le plan a été conçu dans une tout autre perspective. Avec un employé attitré
au SAE à temps partiel, mais avec une volonté forte de la direction de développer le SAE,
un plan a été établi afin d’identifier les meilleures occasions d’affaires pour permettre une
croissance à court et moyen terme. Il en a résulté diverses démarches axées sur un créneau
de formation précis, assez unique au collège, complétées par une stratégie de
communication extrêmement ciblée.
variées, que ce soit dans le secteur public (ex. municipalités), parapublic ou privé (grandes
P a g e | 48
comme petites entreprises). La plupart des SAE est en mesure d’offrir des formations
génériques telles que l’utilisation de la suite Microsoft Office, les compétences générales
(soft skills) et des programmes de gestion. Toutefois, individuellement, ils misent surtout
sur une stratégie de créneaux ou de niches, choisis en fonction des spécialités qui se
retrouvent dans l’enseignement régulier ou la formation continue. Dans certains cas, les
SAE vont cibler des créneaux en fonction des relations de concurrence14 (secteur où l’offre
de formation est limitée ou inexistante) :
Mais on ne veut pas trop pousser certains secteurs, là où il y a beaucoup de
concurrence, en administration notamment, en ressources humaines, on ne veut pas se
lancer dans la masse et dépenser beaucoup d’énergie alors qu’on a vraiment des
créneaux de différenciation au collège (EP4).
Ces créneaux se basent sur des expertises présentes au collège, dans l’enseignement
régulier (programmes conduisant à un DEC), en formation continue (programmes
conduisant à une AEC) ou dans un CCTT (pour trois SAE). Ainsi, le développement de
contenus de formation s’appuie essentiellement sur les forces internes des collèges, et les
intervenants évitent les domaines d’expertise moins maitrisés : « ici, on travaille par niche.
Autrement dit, par secteur d’activité. On ne se mettra pas à faire demain matin, je ne sais
pas, logistique et transport » (EP-2). Le nombre de créneaux est variable et oscille avec la
taille des cégeps. Pour chaque créneau, il peut y avoir de nombreuses formations offertes,
bien qu’il arrive aussi que la majorité des formations se concentre dans un seul créneau.
Pour un intervenant, l’avantage de cette approche est une maitrise approfondie d’un nombre
limité de niches, ce qui entraine un développement continu en fonction des besoins du
marché du travail.
Voici quelques exemples de créneaux présentés sur des sites Internet de SAE de
collèges15.
14 Cette conscience d’un marché concurrentiel est forte parmi les intervenants, bien que leurs opinions
varient quant à son intensité. La concurrence provient des autres SAE, des services analogues des
commissions scolaires
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Le tableau suivant détaille davantage les principaux créneaux occupés par les SAE.
Ces créneaux ont été inventoriés sur la base des informations collectées sur les sites
Internet. Il en ressort que les technologies de l’information et des communications, ainsi
que ce qui relève de la gestion au sens très large, occupent une place importante au sein de
plusieurs collèges. Par ailleurs, quelques SAE ciblent plutôt des corps de métier et des
professions, tels les infirmières, les policiers, les gestionnaires de premier niveau, des
ingénieurs et des techniciens en génie, ou
ou des universités, et surtout des entreprises privées de formation et des consultants. Toutefois, cette
concurrence est balisée par des partenariats établis avec différents intervenants publics ou privés, et par le
choix de créneaux ou de niches.
15
Les sites Internet des collèges ont été consultés le vendredi 26 février 2016.
encore des employés municipaux.
P a g e | 50
dangereuses
Des cégeps ont développé ensemble des programmes comme « gestionnaires efficaces
» ou « M3I », qu’ils peuvent offrir sur une base individuelle. Un SAE a développé une
étroite collaboration avec une grande entreprise pour développer une formation de longue
durée, qui sera dispensée de manière récurrente à son personnel. Un autre a approché une
association spécialisée en déplacement urbain pour concevoir une formation ciblant les
municipalités. Les comités sectoriels et les associations patronales peuvent également être
des partenaires à ce niveau.
Quelques SAE ont développé des ententes selon lesquelles ils deviennent des
fournisseurs officiels de formation. Cela n’implique pas qu’ils aient l’exclusivité, mais
certaines formations sont reconnues par des ordres professionnels, par exemple.
P a g e | 51
Un partenaire majeur est Emploi-Québec, notamment à cause des formations de
perfectionnement à 2 $/h16. Un intervenant a signalé toutefois que ces formations pouvaient
être assez lourdes à gérer du point de vue administratif et qu’au final, elles n’étaient pas
particulièrement rentables pour son SAE. Les SAE approchent aussi Emploi-Québec et la
CPMT, gestionnaire du Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de
la main-d’œuvre, pour obtenir des subventions dans le but de développer des formations
pour les entreprises. Finalement, des intervenants ont indiqué collaborer avec des comités
sectoriels pour soumettre des projets en tant que promoteur collectif auprès de la CPMT.
5.3 Les pratiques de formation des SAE
Nous avons, dans les pages précédentes, dégagé les conditions d’existence et des
stratégies des services des cégeps en matière de développement de la formation sur mesure.
Nous pouvons les résumer comme suit :
• l’investissement des cégeps dans ce segment de la formation est variable, les
ressources humaines consacrées au développement de la FSM le sont aussi ;
• les intervenants situent leurs actions dans le cadre d’un marché de la
formation. Sur ce plan, les pressions ne sont pas uniquement à
l’autofinancement des activités, car les surplus engendrés servent à «
équilibrer », au moins en partie, les budgets des cégeps ;
• la stratégie de niche conduit chaque SAE à se concentrer sur des secteurs
industriels ou des catégories de salariés. Ces niches sont largement associées
aux spécialités des cégeps en matière de formation technique. Cela conduit à
une différenciation entre les SAE et à une diminution de la pression
concurrentielle.
Cette analyse a permis de cerner trois stratégies de recherche d’adéquation utilisées
par les services aux entreprises ou les services de formation en matière de FSM :
• la spécialisation dans des créneaux ou des niches,
• le choix des personnes qui seront les « passeurs » entre le cégep et
l’organisation
• et l’identification de ce qui est appelé les « bons contenus ».
La présente section décrira avec plus de précision ce travail d’ajustement et de
planification des activités proposées aux entreprises et aux organisations.
L’offre de formation continue des cégeps est très variée : elle comprend des
formations conçues à la suite de la demande explicite d’une entreprise ou d’une analyse de
besoins couvrant un domaine de travail ou une catégorie d’emploi précise. Les SAE se sont
16 Les formations dites à 2 $/h sont celles qui font l’objet d’un financement d’Emploi-Québec dans le
cadre de l’application de la Mesure de formation de la main-d’œuvre.
P a g e | 52
dotés de divers outils afin de s’assurer que leur formation demeure en adéquation avec les
réalités du marché du travail.
Nous amorçons cette section en reprenant les conceptions de l’adéquation proposée
par les intervenants rencontrés, pour mieux comprendre leur point de vue sur leur propre
travail de planification d’activités de formation. Nous poursuivons en examinant leur
conception de la formation sur mesure. Nous examinons aussi les modes de travail utilisés
afin de répondre aux demandes des organisations et des entreprises.
L’adéquation formation-emploi
Sans surprise, tous les intervenants jugent que les formations offertes sont en
adéquation avec l’emploi. Cette dernière est au cœur des préoccupations et des démarches
des SAE, peu importe qu’ils soient très structurés ou non, ou qu’ils fournissent quelques
formations par année ou plusieurs dizaines. Différentes stratégies ont été adoptées pour
s’assurer de l’adéquation des formations :
P a g e | 53
Des intervenants ont aussi précisé que l’on pouvait adhérer à une vision macro de
l’adéquation. Celle-ci répond aux besoins de l’entreprise et des individus, mais aussi à ceux
de la société et de son évolution actuelle et future.
La citation suivante illustre cette vision double de l’adéquation :
Si on parle de formation en entreprise, c’est la formation qui va répondre aux besoins
de cette entreprise-là, alors que si on parle d’adéquation formation-emploi, au sens
plus généralement utilisé, c’est […] déterminer les futurs besoins de formation, pas
seulement les postes qui sont à pourvoir demain, mais aussi quel type de formation qui
permet de bien [y répondre] (EP-1).
En somme, pour les intervenants, l’adéquation formation-emploi vise à répondre à des
besoins exprimés par des entreprises ou des travailleurs, sur une échelle variable allant
d’une organisation bien circonscrite à l’ensemble de la société. Dans tous les cas, il faut que
la formation soit pertinente, applicable et susceptible de pallier des lacunes déjà identifiées.
La formation en adéquation avec l’emploi doit être adaptée à la clientèle et être
immédiatement transférable en milieu de travail.
Si l’adéquation est généralement atteinte dans la relation entre les entreprises ou les
organisations, sur une échelle microsociale ou mésosociale, certains intervenants demeurent
plus sceptiques quand la recherche d’adéquation se fait à une échelle plus large, comme le
marché du travail, ce qui peut remettre en question le concept même d’adéquation. Ainsi,
un SAE a planifié une activité de formation utilisant des informations provenant des
observatoires du marché du travail identifiant des pénuries de main-d’œuvre. Or, ces cours
ne trouvent pas preneurs. À contrario, ses créneaux de spécialisation, qu’elle n’a aucun
problème à remplir et qui sont appréciés de ses clients ne font pas partie de ce qui est
identifié comme prioritaire :
C’est large, ça, l’adéquation formation-emploi […] si on regarde ce que le Conseil
emploi métropole a fait […] ils disaient qu’ils avaient des besoins en fiscalité et système
comptable, donc c’était des besoins en adéquation formation-emploi. Mais moi, mes
créneaux, ce n’est pas ça que j’ai en formation sur mesure. Par contre, j’ai des cours à
temps partiel qui sont dans ce secteur-là, mais pour lesquels j’ai de la difficulté à
vendre, c’est incroyable. Donc, je ne sais pas d’où part l’adéquation formation-emploi
(EP-11).
P a g e | 54
explicite d’analyse et de veille du marché. Ainsi, une formation sur les logiciels Autodesk a
été planifiée pour les travailleurs ou les entreprises en général ; un atelier de
perfectionnement peut cibler les infirmières et infirmiers ; et une formation sur la gestion
agile en production est envisagée pour des entreprises manufacturières. Bref, cette
représentation élargie de la formation sur mesure exclut les formations créditées (DEC ou
AEC), mais pas les cours ou les activités menant à des Unités d’éducation continue (UEC)
reconnues par la Société de formation et d’éducation continue (SOFEDUC).
L’autre moitié des répondants propose une représentation plus étroite de la FSM.
Cette dernière se limite aux activités conçues et réalisées à la suite de la demande d’une
entreprise ou d’une organisation (un client). Cette formation est adaptée et contextualisée à
l’entreprise. Cela peut être une formation en gestion des conflits développée en fonction des
situations propres à un milieu de travail. Les propos de deux intervenants marquent bien la
distinction entre ces deux visions :
Je sais que dans le réseau, on se comprend, nous, quand on dit formation sur mesure, c’est tout ce
qui n’est
pas crédité. C’est un peu ça qui se dit, mais je dirais que moi, la vraie formation sur
mesure, c’est vraiment répondre à un client, avec un besoin particulier et développer
une formation. Oui, peut-être à partir de corpus qu’on a déjà, on ne commence jamais
tout à fait à zéro, mais vraiment l’adapter pour lui versus avoir des formations
préformatées (EP-10).
La formation sur mesure, c’est une formation qui est conçue à partir d’un besoin émis
par une ou plusieurs entreprises et qui se donne dans nos locaux, chez le client ou à
distance. […] On a différentes sortes de formation sur mesure […] on a des ateliers de
perfectionnement, qui regroupent plusieurs entreprises ayant le même besoin […] on a
aussi des ateliers, ce qu’on appelle plus des cours de perfectionnement à temps partiel,
on a une entente avec Emploi-Québec et on a nos fameux cours à 2 $ de l’heure (EP-4).
Ces deux visions ne sont pas incompatibles, puisque la seconde est incluse dans la
première. La première représentation est plus englobante et inscrit un type d’activité dans
l’ensemble des activités non créditées organisées par les services aux entreprises ou les
services d’éducation des adultes. En même temps, plusieurs intervenants adoptent cette
vision pour mettre en valeur la complémentarité des différentes interventions éducatives (un
cours d’informatique proposé aux individus sert de référence pour une offre de formation à
une organisation par exemple) ou les activités de veille qui permettent de suivre l’évolution
des connaissances.
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1. Les ateliers de perfectionnement et les ateliers publics s’adressent aux
travailleurs, qu’ils fassent partie d’une seule entreprise, qu’ils appartiennent à une
profession ou un corps professionnel, comme des ingénieurs ou des informaticiens, ou
qu’ils y participent à titre individuel. Certains ateliers permettent ainsi à des individus de
s’y inscrire, alors que d’autres ciblent des catégories d’employeurs.
Le contenu des ateliers s’inspire souvent des DEC ou des AEC qui sont offerts dans
les collèges. Ils peuvent également s’inscrire dans un créneau dans lequel le SAE a choisi
d’investir. Ces ateliers sont programmés à moments fixes et peuvent être offerts plusieurs
fois par année. Certains peuvent mener à l’obtention d’UEC de la SOFEDUC ou à des
formations de perfectionnement subventionnées par Emploi-Québec (formations à 2 $/h).
Les SAE perçoivent deux avantages à ces ateliers. Ils ont une bonne rentabilité,
puisqu’une fois conçus, ils peuvent être donnés à répétition. D’autre part, les ateliers sont
adaptables aux besoins particuliers d’un client et ils constituent un excellent outil de
promotion de la formation sur mesure. L’offre d’ateliers de perfectionnement fait donc
partie de la stratégie de développement, puisqu’elle permet de promouvoir l’expertise du
collège par effet boule de neige.
2. Les microprogrammes sont des formations généralement offertes en
partenariat par plusieurs SAE. C’est le cas par exemple de « gestionnaires efficaces » ou de
« M3I ». Il s’agit de formations de plus longue durée, composées de plusieurs modules.
Elles peuvent être offertes à des travailleurs en emploi ou encore adaptées à une entreprise
qui en fait la demande.
P a g e | 56
5. Presque tous les SAE offrent la francisation en entreprise subventionnée par
EmploiQuébec dans le cadre d’une école de langue. Quelques-uns offraient également des
cours d’anglais. En dehors de la francisation, toutefois, plusieurs SAE signalent que les
cours de langues se font dans un contexte très compétitif, notamment à cause de présence
importante de fournisseurs privés.
Toutes ces formations peuvent être adaptées à la demande d’un client. Ainsi,
l’ensemble de l’offre, souvent présentée sous forme de catalogue, permet d’informer les
clients potentiels des contenus offerts au sein des collèges. Comme le souligne un
intervenant rencontré, le catalogue permet de faire connaitre les services éducatifs du
cégep :
C’est comme une ligne qu’on lance à l’eau. J’ai toujours vu ça comme ça, dès que je
suis arrivé ici, on n’a aucune formation pour les entreprises, y a rien qui existe, on va
se bâtir un petit catalogue. Donc c’est ce que j’ai tenté de faire au mieux, c’est loin
d’être parfait, je le sais, mais c’est ce que j’avais (EP-1).
P a g e | 57
La planification de l’offre de formation
La détermination des contenus de formation est structurée autour de trois activités.
Une première, générique, prend la forme d’une veille plus ou moins structurée et intensive
visant à repérer les compétences essentielles des niches adoptées et leurs évolutions. La
planification des formations à la suite des demandes est l’activité la plus directe qui soit
alimentée par les savoirs génériques et les demandes des entreprises. Tous disent reprendre
les étapes de planification identifiées par les démarches d’ingénierie de la formation.
L’évaluation des activités réalisées est aussi une occasion d’amélioration et de
transformation des formations.
stratégie d’affaires. Elles leur permettent notamment de cibler de nouvelles clientèles pour
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leurs services existants, d’identifier des partenaires d’affaires potentiels et des ressources
(programmes de subvention, appels d’offres, etc.) pouvant servir au développement du
SAE.
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besoin est B. Donc on a des gens dont la fonction est de faire une analyse de besoins.
Ces gens-là se déplacent en entreprise (EP-11).
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Figure 3 – Processus d’ingénierie de formation des SAE des collèges
Évaluation
comportementale /
organisationnelle
• Occasionnelle
• Requise avec unités éducation continue SOFEDUC
• Requise pour accréditations
• Exceptionnelle
• Service « extra »
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C’est lors de cette phase que le spécialiste de contenu développe davantage sa
formation. Le conseiller pédagogique y joue un rôle d’intermédiaire : il cherche à établir un
équilibre entre l’offre de formation et la réponse au besoin de formation, et s’assure que le
spécialiste reste dans les limites de la demande du client.
C’est important qu’on soit deux, parce que l’expert de contenu, une définition que j’aime
bien, qui est drôle, c’est que l’expert de contenu, c’est quelqu’un que, quand il vous parle, il
vous fait comprendre que ce n’est pas vous l’expert. Il faut que je sois là des fois avec lui,
parce que je veux qu’il écoute ce que dit l’entreprise (EP-6).
Une fois cette analyse plus approfondie réalisée, le plan de formation est soumis au
client pour confirmation. L’étape suivante est l’activité de formation elle-même.
Le taux de succès de l’offre de service, soit l’acceptation de la proposition par
l’entreprise, semble varier d’un SAE à l’autre. En effet, un intervenant signale avoir un taux
de succès avoisinant les 90 % d’obtention d’un mandat à la suite d’une offre de service,
alors qu’un autre indique plutôt qu’il doit faire trois soumissions pour en obtenir une (soit
un taux de 33 %).
Dans tous les cas, les intervenants partagent une vision assez similaire des forces des
SAE et des sources d’échecs. Parmi les forces explicites des services, les intervenants
jugent excellent l’arrimage entre l’offre et les besoins des clients. L’analyse des besoins
contribue à cette adéquation. De plus, les SAE offrent des réponses rapidement et ont un
service qu’ils jugent de qualité. Plusieurs ont mentionné une étude de la Fédération des
cégeps qui vient confirmer que les entreprises méconnaissent les SAE, mais qu’une fois
qu’elles font affaire avec eux, elles sont très satisfaites du service et de la qualité de la
formation.
Dans l’ensemble, les SAE affirment avoir des prix très compétitifs. Néanmoins, deux
intervenants signalent que le prix constitue un frein à l’obtention de contrats. Dans un cas,
c’est l’incapacité du SAE à concurrencer les bas tarifs offerts par les écoles de langue. Dans
l’autre, le problème est inverse : c’est le tarif bas qui rend les clients potentiels méfiants, «
ce qui souvent nous fait perdre des contrats, c’est qu’on est moins cher. On est très souvent
moins cher que des consultants en boite, et ça, ça n’inspire pas confiance (EP-8) ».
P a g e | 62
possible pour le SAE. Une autre personne souligne que la formation n’est pas toujours une
priorité pour les entreprises, et que, pour cette raison, elles ne font pas nécessairement de
suivi après une première demande.
L’activité de formation, dans sa réalisation, a été très peu abordée durant les
entretiens. Celles-ci sont données par le formateur désigné au moment et dans le lieu qui
conviennent le mieux au client. Plusieurs intervenants ont souligné que les contenus étaient
ancrés dans la pratique et liés directement aux tâches que doivent effectuer les employés qui
suivent la formation. Dans quelques cas, les SAE ont investi dans l’achat de matériel ou
utilisent le matériel du collège pour permettre aux apprenants de mettre en œuvre les
enseignements. Un SAE embauche même des comédiens pour simuler de « vraies »
situations de travail. La durée peut être extrêmement variable ; par exemple, les
microprogrammes ou les cours conçus sur demande peuvent durer plusieurs semaines, ou,
au contraire, être très brefs.
L’évaluation de la formation reste sommaire dans la majorité des cas. Seul le niveau 1
du modèle de Kirkpatrick (Kirkpatrick et Kirkpatrick, 2006) est systématisé, c’est-à-dire
l’évaluation de la satisfaction de la formation. Selon le type de formation, quelques
évaluations de niveau 2 — acquisition des compétences — sont faites. Au-delà, deux SAE
signalent offrir un service d’évaluation « extra » (payant), qui les amènent à vérifier, sur les
lieux du travail, si la formation a bel et bien eu un effet sur les comportements et la
performance organisationnels. Trois SAE (EP-7, EP-8 et EP-9) se distinguent par une offre
d’évaluation de la formation plus développée.
Toutes les formations, qu’elles soient faites à la demande d’un client ou qu’elles
soient un atelier de perfectionnement, se concluent avec un formulaire, généralement d’une
page, qui interroge les participants sur leur satisfaction quant au contenu, au formateur, à la
salle, etc. Les
SAE contactent également les clients après la formation pour faire un suivi avec eux. La
compilation des réactions permet d’ajuster les formations et de faire une rétroaction auprès
des formateurs.
Dans le cas des ateliers de perfectionnement donnés dans le cadre de formation
continue obligatoire, il y aura une évaluation un peu plus développée, conformément aux
critères fixés par la SOFEDUC pour émettre des UEC.
Finalement, plusieurs FSM d’envergure font l’objet d’une évaluation plus soutenue.
Par exemple, une multinationale qui souhaitait changer ses méthodes de travail dans une
unité de production a demandé au SAE de reproduire sa chaine de montage et de former sa
maind’œuvre. Dans ce cas, l’évaluation des compétences se fait sur les quatre niveaux,
puisque l’impact aux plans comportemental et organisationnel a été pris en compte : il
devient facile de repérer les employés qui ne respectent pas la nouvelle méthode de travail.
Ce principe s’applique à d’autres cas de multinationales ou de grandes entreprises qui ont
P a g e | 63
fait appel à des SAE pour former leur main-d’œuvre sur des aspects précis liés aux
processus internes.
5.4 Synthèse
Les informations recueillies permettent de dégager un certain nombre de constats au
regard du travail réalisé par les agents éducatifs pour se positionner sur le marché de la
FSM et pour planifier des activités qui répondent aux demandes des organisations et des
entreprises.
Les cégeps montréalais investissent différemment en FSM ; les ressources
disponibles, la structure du service et la formalisation des pratiques en font foi. En ce sens,
il y a positionnement différencié des cégeps. À cet égard, les stratégies déployées pour être
des interlocuteurs légitimes sont mises en œuvre avec une intensité variable. Une constance
ressort : chacun cherche sa légitimité en assurant la qualité de ses actions. Les stratégies
impliquent différents dispositifs et outils visant à produire un jugement positif des
demandeurs de formation et une confiance dans la capacité à planifier des activités
pertinentes sur le plan technique.
Nous pouvons dégager trois situations types qui distinguent les SAE sur le plan de
leur investissement, de leur organisation et de leurs stratégies de développement. Il s’agit de
types théoriques ou abstraits, construits en reprenant les grandes caractéristiques de chaque
service analysé. En ce sens, aucun type n’existe réellement, mais en même temps chaque
SAE « réel » se rapproche de l’un ou de l’autre type.
La première situation est celle des SAE qui sont le mieux implantés sur le marché de
la formation sur mesure, les SAE établis. Véritable organisation de FSM, ces SAE
s’appuient sur une structure organisationnelle bien établie et d’importantes ressources
financières et humaines pour mettre en place des stratégies de positionnement
systématiques et structurées. Ces SAE sont reconnus comme des intervenants importants
dans les secteurs économiques liés à leurs créneaux d’expertise respectifs et interviennent
dans plusieurs activités de réseautage et de planification de formation de la main-d’œuvre.
Leurs activités de veille sont régulières et poussées, et prennent la forme d’études de
marché. Les SAE établis réalisent un grand volume d’activités de formation annuellement
et observent une croissance continue de leurs activités grâce au travail de développement
d’affaires qui représente une partie non négligeable des tâches de leur personnel. Ces SAE
bénéficient à la fois d’un grand soutien et d’une grande autonomie de la part de leur cégep
d’attache, qui les considère comme un volet de leur mission éducative (formation continue
des adultes en emploi et transfert de connaissances vers la collectivité) et un moyen de
générer des revenus qui permet une plus grande flexibilité financière.
La seconde situation est celle des SAE actifs dont le positionnement sur le marché de
la FSM est étroitement lié à la position de leur cégep d’affiliation dans le secteur de la
formation continue pour les adultes. Leur structure organisationnelle s’insère dans un
service de la formation continue qui regroupe plusieurs services de formation créditée et
P a g e | 64
non créditée s’adressant tant aux individus et aux entreprises. La division du travail y est
plus ou moins développée, les professionnels s’occupant à la fois des services aux
entreprises et aux individus. Les ressources financières et humaines disponibles pour la
FSM varient en fonction des besoins et des capacités du service de formation continue dans
son ensemble, ce qui n’empêche pas pour autant les SAE d’avoir accès à des ressources
importantes. Les activités de positionnement sur le marché de la FSM ne sont pas
systématiques, puisque le personnel doit également voir au positionnement du service de
formation continue dans le réseau institutionnel. Le volume d’activités de FSM est
généralement stable, mais moindre que celui de la formation continue. Les activités de
veille sont également moins systématiques et se réalisent essentiellement par les réseaux
institutionnels et professionnels. Les activités de FSM ont le soutien du cégep d’affiliation
au même titre que les autres activités de formation continue.
La troisième situation est celle des SAE qui sont à peu près absents du marché de la
FSM. Pour le cégep d’affiliation de ces SAE, la FSM n’est pas une activité stratégique et ne
bénéficie que de peu ou pas de soutien du tout. Ces SAE intégrés au service de formation
continue sont très peu structurés et ont des ressources financières et humaines limitées. Le
personnel responsable de la FSM n’y consacre que peu de temps, ayant de nombreuses
autres tâches en formation continue. Le volume d’activité de FSM est relativement
marginal par rapport aux autres services de formation continue, et la clientèle est très peu
fidélisée. À ce titre, les activités de positionnement sur le marché sont pour ainsi dire
inexistantes, les ressources n’étant pas disponibles pour effectuer ce genre d’activités.
Peu importe le type de SAE, le jugement sur la qualité des services est au cœur de
l’activité des SAE. Les visions de l’adéquation exprimées par les intervenants ont permis de
relever à quel point cet objectif est central à tous les SAE. En effet, on remarque que, d’une
part, l’offre de formation généralement concentrée dans des niches permet aux SAE de se
distinguer les uns des autres et de maitriser les besoins d’un secteur économique ou une
profession. Ce choix leur permet de bien connaitre le champ en effectuant des activités de
veille, des approfondissements et même des études de marché, ce qui contribue au
développement de formations offertes à tous qui servent de vitrines pour l’expertise du
service. Les partenariats renforcent cette capacité qu’ont les SAE à demeurer informés des
tendances en matière de développement des compétences.
D’autre part, la démarche d’ingénierie de formation, suivie de manière rigoureuse par
les différents intervenants, constitue un outil d’arrimage entre la formation et les besoins
précis. Les SAE prennent le temps de comprendre l’entreprise et ses enjeux, souvent en
collaboration avec un spécialiste de contenu. Le processus d’ingénierie est fort similaire
d’un collège à l’autre, même dans les SAE qui n’ont pas autant formalisé leurs pratiques
que certains de leurs homologues. Les formations données sont toujours adaptées à leur
clientèle, une bonne dose de travaux pratiques, par exemple, assurant que celles-ci soient
rapidement transférables à un autre milieu professionnel.
P a g e | 65
Une des forces des SAE — qui a été peu mentionnée explicitement par les
intervenants, mais qui se déduit de leurs discours — est qu’ils respectent les mêmes
exigences de qualité pédagogique que leur établissement collégial. L’importance accordée à
la pédagogie se perçoit dans le choix des formateurs, qui sont des enseignants ou des
consultants retenus parce qu’ils sont considérés comme de bons andragogues. Pour les
SAE, les formateurs doivent avoir la capacité à transmettre leurs savoirs, savoir-faire et
savoir-être : il s’agit d’une condition d’embauche et d’une garantie de qualité de la
formation, ce que, selon quelques intervenants, des firmes ou des consultants ne peuvent
pas nécessairement offrir.
P a g e | 66
6 FORMATION SUR MESURE DANS LES UNIVERSITÉS
Inscrites dans un même contexte de marché de la formation que les cégeps, les
universités montréalaises ont développé une offre et une organisation de la formation
significativement différente de celle de leurs homologues de l’enseignement collégial.
Selon les cas, ce sont les facultés, écoles, départements ou encore des services de formation
continue qui ont développé une offre de formation pour les entreprises au cours des
dernières décennies. Certains se sont spécialisés de manière à cibler une profession en
particulier, alors que d’autres ont une offre assez diversifiée et présentée sous forme de
catalogue. S’il y a de la concurrence entre les universités sur le marché de la formation, il
peut même y en avoir, jusqu’à un certain point, entre les centres de formation d’une même
université. À ce titre, les centres de formation se distinguent quant à leur organisation
interne, leur stratégie d’affaires, les relations qu’ils entretiennent à l’externe et les
ressources tant humaines que financières qu’ils investissent dans la FSM.
P a g e | 68
Les formateurs sont recrutés, sur la base de leurs compétences pédagogiques et de
leur expertise dans un domaine de formation, parmi les professeurs et les chargés de cours
de l’université d’attache ou chez les consultants externes. Ils disposent d’une grande liberté
pour la conception d’un projet de formation et le choix d’une approche pédagogique, qui
doit comprendre une partie pratique significative. Dans la majorité des cas, ils entrent en
contact avec l’entreprise ou des organisations (comme les ordres professionnels) dès la
réception d’une demande. Ils participent à l’analyse et à la validation des besoins auprès de
l’entreprise.
Pour plusieurs intervenants rencontrés, les formateurs qui sont professeurs ou chargés
de cours constituent une véritable force des centres de formation en ce sens que leur
expérience leur permet d’effectuer un transfert des connaissances universitaires vers les
milieux concernés. Les services bénéficient d’un atout important dans l’embauche des
professeurs, car les conventions collectives ne sont pas contraignantes à cet égard, la
participation des professeurs reposant sur une base volontaire :
[…] les professeurs ne sont pas obligés de travailler avec nous. Ça ne fait pas partie de
leur cheminement de carrière, ça leur donne aucun point, [ils] sont obligés de faire
beaucoup de choses, mais pas ça. Alors ceux qui travaillent avec nous, c’est ceux qui,
justement, veulent garder un lien très étroit […] avec la pratique (EP-16).
Un seul centre engage exclusivement des formateurs qui sont consultants externes,
alors que deux autres y font appel de manière régulière ou ponctuelle. Pour les intervenants,
les formateurs externes ont la qualité d’être des praticiens qui sont près du milieu du travail,
ce qui représente un avantage dans certains projets de formation.
L’équipe de direction des centres assume un large éventail de tâches liées à
l’administration des activités de formation et au contact avec la clientèle. Outre les tâches
administratives régulières (réception de la demande, suivis avec le client, etc.), certaines
équipes de direction font également du démarchage et du développement d’affaires. À ce
titre, certains centres ont des professionnels affectés exclusivement à ce type de tâches.
Dans d’autres cas, le centre peut avoir un coordonnateur spécialisé dans le développement
pédagogique. Un intervenant a souligné que les centres de formation universitaires
bénéficiaient, comme le veut la tradition universitaire, d’une grande liberté d’action vis-à-
vis de leur unité d’attache. Cela n’empêche pas pour autant les centres d’être soumis à une
reddition de compte :
[…] ma seule motivation, c’est de le [le centre de formation] gérer correctement, et je
suis 100 % imputable et ma reddition de comptes, elle est totale et […] transparente (EP-
12).
L’organisation des ressources humaines varie selon la structure administrative de
chacun des services. Le centre EP-12 relève d’une faculté. Son équipe, composée de cinq
professionnels et d’une direction, n’a pas une organisation du travail précise, car aucun de
ses membres n’est permanent. La direction est assumée par un cadre permanent de
l’université qui a été affecté à ce poste, alors que les professionnels sont engagés à forfait
P a g e | 69
en fonction des ressources financières à la disposition du centre. Les membres de l’équipe
ne sont pas affectés uniquement à la FSM ; ils doivent également voir à l’organisation
d’autres services de formation continue. À ce titre, les professionnels s’occupent
essentiellement de l’organisation et du suivi des différentes activités de formation, alors que
la direction s’occupe du démarchage et du développement d’affaires.
EP-14 relève d’une faculté. Consacré exclusivement à la formation non créditée, le
centre emploie trois personnes qui ont un mandat à la fois fonctionnel et stratégique, c’est-
àdire qu’ils doivent assurer l’organisation des activités de formation continue et de FSM, et
effectuer le suivi avec la clientèle tout en faisant du développement d’affaires. Ces
professionnels doivent également veiller à la mise en place du processus d’assurance qualité
des formations développées par les formateurs.
EP-15 est une sous-division d’une école de formation continue qui relève d’une
faculté. Elle se consacre exclusivement à de la formation non créditée et emploie une
direction et quatre professionnels qui se consacrent essentiellement à l’organisation de FSM
et de formations publiques.
Le centre EP-13 relève du rectorat et regroupe un ensemble de services de formation
créditée ou non créditée. Les six employés du centre, un coordonnateur et cinq
professionnels, ne sont pas affectés à un seul type de formation, et s’occupent à la fois de la
FSM, de la formation continue et de programmes de formation créditée. EP-16 est une
école de formation continue qui relève de l’administration centrale de l’université. Cette
école est dotée d’une organisation structurée qui regroupe une vingtaine d’employés pour
les services de formation continue, dont plus de la moitié est affectée exclusivement aux
activités de FSM. Cette école, qui a l’équipe la plus imposante, compte plus d’un
coordonnateur et plusieurs professionnels responsables de l’organisation des formations et
du contact avec la clientèle. EP-17 relève aussi de la direction de l’université. Doté d’une
organisation structurée qui regroupe neuf employés, le centre offre exclusivement de la
formation non créditée. Il emploie deux coordonnateurs, un attitré aux formations publiques
et au développement pédagogique, et l’autre affecté plutôt à la FSM et au développement
d’affaires. Sous la supervision d’une direction, l’équipe de professionnels voit à
l’organisation des formations publiques et de la FSM, et au suivi avec la clientèle.
Chaque centre a donc un modèle organisationnel particulier où les différentes
ressources humaines assurent la gestion, la planification et la réalisation d’activités de FSM.
Relations internes
Les centres de formation entretiennent des relations variées avec les différentes unités
de leur établissement d’enseignement. Sauf une exception, les centres ont tous des relations
étroites avec les professeurs et les chargés de cours de l’université qui sont à la fois
spécialistes de contenu et formateurs. Ces relations se basent généralement sur le principe
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de la liberté académique : l’expertise des professeurs et des chargés de cours est pleinement
reconnue, ce qui se traduit par une forte autonomie dans le développement des contenus de
formation. Selon un répondant, il s’agit d’une condition essentielle pour qu’une formation
soit réellement sur mesure, dans l’optique où le formateur doit pouvoir sélectionner les
différents moyens pédagogiques et didactiques répondant aux besoins des entreprises.
Plusieurs intervenants ont également mentionné que les relations avec les professeurs et
chargés de cours s’inscrivaient dans la mission du transfert de connaissances du centre et,
plus généralement, de leur université. Bien que les professeurs et chargés de cours
bénéficient d’une grande marge de manœuvre, ils sont tout de même redevables de la
qualité de leur formation, et le centre peut choisir de ne pas faire appel à leurs services s’il
n’est pas satisfait de la formation offerte.
Deux centres se distinguent en entretenant peu, sinon aucune relation, avec le corps
professoral de l’université. Les formateurs sont plutôt des consultants recrutés en fonction
de leur expertise, qui est considérée comme étant plus près de la réalité des entreprises.
Contrairement aux autres services, où la liberté académique est au cœur de la relation avec
les formateurs et experts de contenus, ces deux centres ont des relations qui sont plutôt
basées sur la prestation de services et le contrôle de la qualité. Les formateurs ont des
balises ou des contraintes spécifiques à respecter quant à la forme et au contenu de la
formation qu’ils offrent à la clientèle des centres. Selon les cas, cet encadrement prend
différentes formes, allant de la révision des plans de cours à un accompagnement
pédagogique complet dans le développement des contenus de formation. Pour ces centres,
la mission universitaire du transfert des connaissances n’est pas réellement intégrée à celle
du service, qui cherche plutôt à concevoir des cours axés sur la pratique pour répondre aux
besoins des entreprises.
On est très sévère avec les formateurs qu’on choisit, on n’embauche pas des gens qui
sont des chercheurs, pas parce qu’ils n’ont pas de crédibilité, mais parce qu’ils ne sont
pas sur le terrain, ils sont en mode laboratoire, en mode recherche. Ce qui est très bien,
mais les gens dans les entreprises, ils ne veulent surtout pas ça, ils veulent quelqu’un
qui, du lundi au vendredi, dans la journée, son vrai travail, c’est d’être un consultant
(EP-14).
Les relations d’un centre ou d’un service avec les différentes entités
organisationnelles de l’université (faculté, département, décanat ou autre) sont ou bien
quasi exclusives, avec son unité d’attache directe, ou bien réparties entre la grande majorité
des facultés ou départements de l’université. Avec les unités d’attache, les relations portent
essentiellement sur des questions administratives ou pédagogiques (reddition de compte,
allocation de ressources, sanction des études, etc.). La collaboration avec les autres entités
est limitée, pour ne pas dire inexistante, et ce, pour différentes raisons. L’unité d’attache
peut, par exemple, être une faculté dont la discipline (ex. médecine ou pharmacie)
correspond à la spécialisation du centre, ce qui facilite l’accès à une expertise disciplinaire
et au corps professoral, et rend ainsi les collaborations avec les autres unités de l’université
P a g e | 71
plus ou moins pertinentes. Le centre peut également décider, pour des raisons
organisationnelles, de ne pas entretenir de relations avec les différentes unités et chercher
plutôt à collaborer à l’externe. À l’inverse, avec les facultés et les départements, les centres
entretiennent des relations aussi nombreuses que diversifiées. On peut distinguer deux types
de relations : pédagogiques et fonctionnelles.
Les relations pédagogiques s’établissent sur une base ponctuelle ou continue, et
consistent essentiellement en une collaboration entre le centre et des départements ou des
facultés pour le développement de contenu de formation. Qu’il s’agisse de l’adaptation d’un
programme de formation créditée à de la formation sur mesure ou de l’adaptation d’une
formation sur mesure pour qu’elle soit créditée, la collaboration entre le centre et les
départements et les facultés vise à diffuser les contenus de formation créditée ou non
créditée pour qu’ils bénéficient à l’ensemble de la communauté de l’université.
Les relations fonctionnelles s’établissent plutôt sur une base continue et consistent en
un partage de ressources ou de personnel entre le centre et les autres unités de l’université
pour différentes opérations stratégiques, à la fois pour le centre et pour ces unités. La
collaboration peut porter sur le développement d’affaires, la mise en place d’une stratégie
de communication commune, le suivi de la clientèle ou le partage des projets de formation.
Selon les cas, ces relations fonctionnelles se limitent à un nombre spécifique d’unités de
l’université ou de projets de formation, ou alors s’intègrent au modèle organisationnel du
centre.
Selon le type de relations qu’ils entretiennent au sein de leur université, les centres de
formation bénéficient ou non d’un soutien interne au niveau départemental, facultaire ou
universitaire. À ce titre, trois intervenants ont souligné que leurs relations avec les autres
unités de leur université étaient relativement tendues, ce qui nuisait à l’obtention d’un
soutien. Un intervenant a mentionné qu’il était difficile de se faire reconnaitre au sein de
l’université :
On a essayé justement, dans le passé, de faire connaitre nos bons coups par le service
des communications, et puis c’est la croix et la bannière, il faut pratiquement monter
au recteur pour qu’on accepte de faire un article sur nous, parce que c’est mal vu à
[EP-12] de répandre la bonne parole et d’expliquer les bonnes réalisations (EP-12).
Un autre intervenant a également mentionné qu’il avait été difficile pour son centre de
se faire inclure dans le plan stratégique de son université d’attache. Un troisième a indiqué
que l’importance de la formation non créditée n’avait été reconnue dans l’établissement que
récemment.
distribution des services de FSM entre plusieurs centres au sein d’un même établissement.
P a g e | 72
Contrairement aux cégeps, où les services de FSM sont centralisés et dispensés par les
SAE, chaque université distribue ses services de FSM en fonction des domaines
disciplinaires et de différentes modalités organisationnelles. Chaque université présente une
configuration particulière qui peut prendre la forme d’un centre regroupant tous les services
de FSM ou à l’inverse, de plusieurs centres se partageant les services de formation aux
entreprises. Les différents centres d’une même université peuvent avoir été créés
indépendamment les uns des autres, être issus d’une division d’un grand centre en plusieurs
petits ou plus spécialisés (ex. gestion ou administration), ou résulter d’un regroupement de
plusieurs petits centres départementaux ou facultaires. L’histoire du centre a une influence
sur son orientation, ses domaines d’expertise, sa clientèle potentielle, ses moyens et ses
stratégies de développement.
Deux cas de figure illustrent les différentes configurations possibles. D’abord, nous
retrouvons les centres « spécialisés » dans un domaine disciplinaire particulier qui offrent
des services de FSM ciblés sur les entreprises. Dans la majorité des cas, ces centres sont
axés sur des domaines disciplinaires à caractère professionnel tels que la gestion ou
l’ingénierie. Le second cas de figure est celui des centres « généralistes » qui offrent des
services de FSM sur un grand nombre de thèmes, de sujets ou de domaines qui ne sont pas
couverts par l’offre de formation d’un centre spécialisé, bien que certains chevauchements
existent. Les centres généralistes touchent à des domaines disciplinaires qui n’ont pas
nécessairement de caractère professionnel. Dans les deux cas, les services de FSM sont
organisés en fonction des domaines disciplinaires offerts dans différentes unités – facultés
ou départements. Dans certains cas, l’expertise particulière d’un centre est aussi un facteur
déterminant. Certains centres ou services de formation ont donc une offre extrêmement
variée, ou, au contraire, assez ciblée. Leur position organisationnelle dans l’université ou au
sein d’une faculté influence directement la diversité de la formation et de la clientèle. Les
nombreux sites Internet consultés sont assez révélateurs à ce sujet (voir Tableau V).
Ce tableau montre que les écoles de gestion sont résolument spécialisées en gestion,
ce qui constitue une offre très large, puisqu’elle couvre de nombreuses spécialités. En
matière d’ingénierie, l’École Polytechnique semble avoir une offre dédiée au génie, alors
que l’ÉTS se diversifie davantage avec, notamment, une offre riche en gestion. L’offre des
autres centres de formation continue est parfois plus variée, même avec une certaine
spécialisation par créneaux ; par exemple, la Formation continue de l’UQAM se concentre
en communication et relations publiques. Tous offrent de la formation sur mesure pour les
entreprises.
P a g e | 73
6.2 Conditions de développement
Bien que ces fluctuations économiques aient un impact sur les activités des centres, elles ne
semblent pas poser une menace significative à leur survie, affectant plutôt leur volume
d’activités. Les intervenants rencontrés ont tous affirmé que leurs centres avaient connu une
croissance continue au cours des cinq dernières années. L’un d’entre eux a précisé que la
croissance était particulièrement forte depuis les deux dernières années.
P a g e | 74
Tableau V — Offre de formation dans les universités : quelques exemples
Faculté ou école Type de l’offre Détails de l’offre
École des dirigeants (HEC, Spécialisée en gestion Formation sur mesure
école affiliée à Université de Séminaires, EMBA, MBA, colloques,
Montréal) webinaires, etc.
Faculté d’éducation Variée : amélioration des processus, Formation sur mesure
permanente de l’Université de intervention sociale, philanthropie, Certificats, modules et
Montréal habiletés organisationnelles et microprogrammes,
professionnelles, leadership et capital langues
humain, langues, informatique
Formation continue — Variée : langues, communications, Formation sur mesure
UQAM relations humaines, relations publiques, Conférences, coaching, formations
environnement et responsabilité sociale publiques
ETS formation (Université du Offre vaste, notamment en ingénierie et Formation sur mesure
Québec) en gestion Catalogue : gestion de projet,
management et gestion, qualité et
amélioration des processus,
approvisionnement et logistique, etc.
John Molson Executive Centre Spécialisée en gestion Formation sur mesure
(Concordia) Séminaires publics, formation
avancée en gestion, coaching
individuel
McGill Executive Institute Spécialisée en gestion Formation sur mesure
(McGill) Séminaires, mini-MBA, leadership et
gouvernance, etc.
Perfectionnement et formation Spécialisée en gestion Formation sur mesure
continue en gestion — ESG Catalogue : gestion de projet, audit
(UQAM) interne, intelligence d’affaires et
gestion de la clientèle, tourisme
Perfectionnement Spécialisée en ingénierie Formation sur mesure
Polytechnique (école affiliée à Formations intensives, conférences,
Université de Montréal) certificats et microprogrammes
School of Continuing Studies Offre variée, s’appuie sur diverses Formation sur mesure
(McGill) facultés Catalogue vaste : comptabilité,
aérospatiale, santé et services sociaux,
gestion des ressources humaines,
informatique, langues, leadership,
éducation, etc.
The Centre for Continuing Variée : gestion, communications et Formation sur mesure
Education (Concordia) relations publiques, informatique, Ateliers, cours crédités
langues, photographie et arts numériques,
développement personnel
P a g e | 75
Les stratégies de développement
Bénéficiant d’une très forte autonomie dans la gestion de leurs ressources, leurs
stratégies et le recrutement des formateurs, les centres de formation cherchent par différents
moyens à assurer leur développement en se positionnant sur le marché de la formation en
entreprise. Ils adoptent des plans d’affaires et mettent en place différentes stratégies
promotionnelles leur permettant de faire connaitre la variété de leur offre de formation.
La question du plan d’affaires n’a pas été directement abordée durant les entrevues.
Toutefois, les propos recueillis permettent d’établir qu’au moins quatre centres en ont
adopté un. Un service a ciblé des clientèles particulières ou certains créneaux où la
concurrence est moins forte, alors qu’un autre cible les créneaux de son expertise. Deux
centres viennent de revoir en profondeur l’ensemble de leur structure ou de leur stratégie
promotionnelle. Dans ces trois cas, on peut discerner une ligne directrice basée sur un plan
d’affaires contenant une étude de marché, une réflexion sur le positionnement et
l’établissement d’objectifs de croissance, qui s’avère assez forte selon les intervenants. Un
quatrième a revu récemment sa stratégie de communication, mais il n’est pas possible, en
interprétant les propos recueillis, de déterminer si cette décision résulte d’un exercice
stratégique.
Le marché de la formation est concurrentiel, et les centres doivent réussir à se
démarquer. Le niveau de concurrence varie selon les milieux, mais aussi selon la langue
d’enseignement. Sauf une exception, tous les intervenants relèvent que les autres
universités de la région sont leurs principaux concurrents. Des centres ont même indiqué
que d’autres centres de formation de leur propre université pouvaient aussi être des
concurrents, certains plus que d’autres, par exemple dans le domaine de la gestion ou de
l’enseignement de l’anglais. Il semble que le marché anglophone soit un peu moins
concurrentiel que le francophone. Les entreprises privées, les firmes de formation et les
consultants sont également d’importants concurrents, ainsi que certains ordres
professionnels pour qui la formation serait une « vache à lait » selon un intervenant.
On remarque ainsi que les intervenants adoptent des stratégies de positionnement très
variées. Contrairement aux cégeps, il n’y a pas, à une exception près, une réelle stratégie de
niche avec une spécialisation pointue. Par exemple, EP-12 a une stratégie de
développement axé sur le marché international, EP-13 une stratégie de fidélisation de sa
clientèle, EP-14 une stratégie de développement de marchés qui sont peu ou pas desservis,
EP-15 une stratégie commune avec un autre centre de la même université, EP-16 une
stratégie axée sur le prestige qui cible les grandes et très grandes entreprises, et EP-17 une
stratégie de créneaux.
À cet égard, nous pouvons penser que le rattachement institutionnel joue un rôle. Les
services de formation en ingénierie se développent dans les écoles ou les facultés de génie.
En plus, comme les domaines disciplinaires des universités sont souvent plus diversifiés
que ceux des cégeps, les stratégies de promotion des services centraux visent plusieurs
créneaux.
P a g e | 76
Se faire connaitre : démarchage et promotion
Le démarchage et la promotion des formations, sans être identiques dans les six
centres, présentent certaines similitudes, avec un markéting relativement ciblé et la
réputation de l’université comme élément d’attraction. Plusieurs affirment répondre à des
appels d’offres pour accroitre leur volume d’affaires.
Deux centres font peu de démarchage, voire pas du tout. En fait, les intervenants
maintiennent les contacts avec leur clientèle. Ils vont notamment les informer de la diversité
de leur offre de formation pour les inciter à s’engager dans d’autres activités. Un manque de
temps et de ressources compétentes a été identifié comme des freins à une stratégie plus
développée. Les quatre autres centres font beaucoup de démarchage, allant jusqu’à faire de
la sollicitation à froid (cold call), même si deux d’entre eux ont relativement peu de
ressources.
La question de la stratégie promotionnelle n’a pas été abordée directement dans deux
entretiens. Dans les quatre autres, l’adoption de stratégies a été mentionnée. Ainsi, deux
centres viennent de revoir leur image de marque et ont renouvelé leurs outils de
communication. Dans un cas, ce changement s’intègre à la stratégie de communication de
l’établissement d’affiliation, alors que dans l’autre il s’intègre plutôt une stratégie de
développement de partenariats de visibilité avec des intervenants du milieu. Un troisième
centre travaille à développer des cours en ligne ouverts à tous (massive online open
courses, MOOC) afin d’en faire des outils de promotion de formations payantes. Le dernier
centre a également revu son approche en misant sur le numérique, avec des infolettres
ciblées, des contenus vidéo et un meilleur référencement sur les moteurs de recherche. Tous
signalent en outre que les ateliers ou séminaires publics constituent des outils
promotionnels pour les différentes formations et leur transformation possible en formation
sur mesure.
P a g e | 77
formation et d’accréditation dans plusieurs pays, partenariat avec des universités
européennes ou étatsuniennes).
Il ne semble pas y avoir de partenariats majeurs avec les établissements de formation
secondaire ou collégiale ni avec d’autres universités québécoises. Cela n’empêche pas les
intervenants de se connaitre et de discuter entre eux. Quelques intervenants ont aussi
mentionné Emploi-Québec ou la Commission des partenaires du marché du travail.
Toutefois, il semble que les liens soient assez limités avec la CPMT et Emploi-Québec, du
fait de la structure propre à ces institutions. Il faut aussi préciser que les formations
universitaires sont exclues des politiques et des services de formation de la main-d’œuvre.
Il n’y a pas de partenariat entre l’université et Emploi-Québec, bien que nous ayons
essayé d’établir une relation il y a quelques années. On dirait que de la façon dont
c’est structuré, que c’est régulé, ça ne résulte en rien de spécifique […] Ce qui est
dommage. Je ne comprends pas pourquoi c’est comme ça, parce que si t’es un collège,
tu peux avoir du financement pour la formation d’employés (EP-15).
P a g e | 78
• les intervenants œuvrent dans un marché de la formation où ils se positionnent à
l’aide de stratégies adaptées aux domaines disciplinaires qu’ils couvrent.
L’analyse de ces caractéristiques nous permet d’entrevoir deux stratégies de recherche
d’adéquation adoptées par les centres : le choix de l’expertise (choix du formateur afin
d’assurer le jumelage avec l’entreprise) et la mise en place de conditions favorables à
l’adéquation. En effet, il y a une forte flexibilité, une autonomie et une confiance qui
sont accordées aux centres eux-mêmes, d’une part, et aux formateurs d’autre part. Ces
derniers, par leur expertise, contribuent à orienter l’offre de formation et maintiennent
à jour les contenus des activités. Le coordonnateur ou le directeur, par le suivi réalisé
au cours de l’ingénierie de formation, contribue à consolider l’ensemble du
développement d’une formation répondant aux besoins exprimés par la clientèle.
La présente section décrira plus précisément l’ajustement et la planification des
activités proposées aux entreprises et aux organisations.
La FSM est planifiée ou construite après l’identification des besoins, avec des
objectifs spécifiques répondant aux enjeux exprimés par le client. Le contenu sera conçu en
fonction des compétences détenues par les participants. Cette formation sur mesure peut
inclure celle donnée à la demande de regroupement d’entreprises ou d’une association.
P a g e | 79
Donc notre approche […] est un peu comme [celle d’] un tailleur qui fait des vêtements
sur mesure, un couturier qui fait des vêtements sur mesure, on prend les mesures et on
fait quelque chose qui va vraiment bien tomber pour le client (EP-14).
L’adéquation formation-emploi
Les intervenants des centres, tout comme ceux des SAE, jugent évidemment que leurs
formations sont en adéquation avec l’emploi. Ils affirment eux aussi que l’adéquation est
une préoccupation centrale de leur activité, et adoptent deux stratégies similaires à celles
des SAE :
1. Des stratégies de positionnement dans le marché de la formation sur mesure
comme la réalisation d’activités de veille informationnelle, la mise en œuvre de
partenariat, la définition de clientèles ou de secteurs cibles selon les domines
disciplinaires.
2. Des stratégies d’analyse des demandes par le biais d’une ingénierie de formation
(mise en œuvre de pratiques de planification des activités) spécifique à chaque
centre tout en suivant une séquence commune.
À la question de présenter, dans leurs mots, ce qu’était l’adéquation formation-
emploi, les intervenants ont tenu un discours commun : une formation est en adéquation
avec l’emploi quand elle répond d’abord à la demande d’une entreprise. Il s’agit alors de
bien définir le besoin, ce qui est une responsabilité partagée entre le client et le centre.
Ainsi, la formation se fonde sur une demande réelle liée à des compétences ou des habiletés
à développer. En plus, elle doit répondre aux besoins des employés dans un contexte
organisationnel donné. Cette formation doit contenir des dimensions concrètes et proches
de l’environnement de travail immédiat.
Deux intervenants ont élargi leurs propos pour souligner que, dans l’idéal, cette
formation répond également à des besoins du milieu et pas strictement de l’entreprise. En
ce sens, la collaboration avec des comités sectoriels de main-d’œuvre, par exemple,
favorise un meilleur ancrage et une meilleure connaissance des secteurs économiques. De
plus, les partages de contenus au niveau facultaire permettent un ajustement des formations
créditées ou non créditées aux besoins réels du marché.
Ces propos rejoignent les différentes visions de la mission des centres de formation
universitaires exprimées par les répondants. Certains affirment que leur principale raison
d’être s’inscrit dans la mission de transfert de connaissances des universités. Pour d’autres,
il s’agit d’abord et avant tout de répondre à la demande de formation exprimée par les
individus et les entreprises sur le marché de la formation continue. D’autres intervenants
estiment que la mission des centres est à la fois de contribuer à la société, en tant
P a g e | 80
qu’université, tout en répondant aux besoins du marché. Les différentes visions ne sont pas
exemptes de critiques de part et d’autre. Par exemple, un intervenant se fait critique de la
seconde vision, reprochant à certains concurrents de ne viser que les profits,
particulièrement avec les cours « vanille » qui ne seraient pas adaptés à une demande
précise.
… Est-ce que c’est la mission d’un centre de formation que de se foutre, dans le fond,
de la formation et de ne faire que des profits et de reverser ces profits-là pour le bien
de l’université, ou est-ce que c’est de faire de l’innovation, du transfert de
connaissances et des choses qui permettent de ramener les savoirs qui sont présents
dans les murs de l’université ? Poser la question, dépendamment à quelle enseigne vous
logez, c’est y répondre (EP-12).
L’opposition entre les visions de la mission des centres repose essentiellement sur des
réflexions autour de l’idée d’offrir des formations dans une perspective mercantile. Malgré
cette divergence de vues, il reste que les centres s’assurent que leur offre reste pertinente
tout en étant rentable, et ce, sans égard à la perspective exprimée. De plus, les intervenants
ont exprimé des visions très semblables de la formation sur mesure.
Des intervenants ont aussi souligné que l’inadéquation ne tient pas uniquement au
travail des formateurs. Ils déplorent que des entreprises ne demandent des formations que
pour
« cocher la case », c’est-à-dire respecter la Loi du 1 %. Dans ce cas, le centre est incapable
de développer une formation qui serait réellement en adéquation avec l’emploi. Les centres
cherchent alors à personnaliser la formation en fonction des pratiques existantes dans les
entreprises de manière à rendre les apprentissages plus concrets pour les employés. Un
intervenant pousse plus loin la critique : la Loi du 1 % créerait une offre de formation
inadéquate, non adaptée à l’entreprise. De fait, ces intervenants regrettent que la formation
soit loin d’être une priorité pour certaines entreprises.
P a g e | 81
1. Les ateliers/séminaires publics, aussi nommés séminaires, sont ouverts au
public. Ces formations sont offertes de façon régulière et selon un horaire fixé à l’avance.
Les individus désireux de suivre le cours s’inscrivent en leur propre nom. Les contenus des
ateliers sont diversifiés : la communication, la gestion d’équipe, l’apprentissage d’une
langue, etc. Ils peuvent mener à l’obtention d’unités d’éducation continue (UEC).
Pour les intervenants, l’intérêt de ces séminaires est de faire connaitre l’offre de
formation des universités. Ils peuvent tous être adaptés à un client. Ils constituent surtout un
outil d’obtention de contrats de formation sur mesure, puisque des personnes ayant suivi la
formation à titre individuel peuvent informer leur employeur, qui peut se montrer intéressé
par la formation offerte dans l’entreprise. Cet instrument de promotion permet de nuancer
un préjugé selon lequel les universités sont trop ancrées dans la théorie et pas assez dans la
pratique.
2. Les programmes ou formations de longue durée (approche par modules)
sont des formations qui ont généralement été conçues à la demande d’un client. Elles
peuvent également être un peu plus généralistes, mais être adaptées aux employés d’une
entreprise. Dans tous les cas, il s’agit de formations de longue haleine, qui peuvent se
dérouler sur plusieurs mois, voire une ou deux années. Dans le but d’alléger le parcours, la
formation est offerte de façon modulaire, ce qui permet d’échelonner les apprentissages
dans le temps. Plusieurs formateurs peuvent être mobilisés, chacun étant responsable d’un
module correspondant à son expertise.
3. La formation sur demande est, selon la vision de la majorité des
intervenants universitaires, la formation sur mesure à l’état pur. Elle est conçue de A à Z
pour répondre à la demande d’un client. Le centre analyse en profondeur les besoins et
développe les contenus en conséquence. Les ateliers et les programmes de longue durée
peuvent servir de base à l’adaptation d’une formation. Les cours crédités peuvent aussi
servir de base aux formations sur mesure. La formation est d’une durée variable, allant
d’une demi-journée à plusieurs jours. Elle peut être plus longue, comme nous l’avons décrit
au point 2.
4. La Formation créditée mène à une reconnaissance formelle. Plusieurs
centres offrent la possibilité que des formations sur demande soient créditées. Dans ces cas,
l’analyse de besoins est en quelque sorte double, puisque les centres doivent assurer la
correspondance entre les besoins de l’entreprise et les exigences institutionnelles de la
sanction des études. Les centres doivent donc mettre en place un processus rigoureux pour
assurer que, d’une part, les apprenants ont les compétences préalables à une formation de
niveau universitaire et, d’autre part, qu’ils ont atteint les objectifs d’apprentissage à la fin
de la formation. Ces formations, généralement d’une durée pouvant s’étirer sur plusieurs
années, demandent une organisation particulière, notamment pour le suivi de la progression
des apprentissages des participants.
P a g e | 82
5. Les conférences sont des formations d’environ une heure sur un sujet précis.
Elles peuvent être données en entreprise à la demande d’un client, ou être ouvertes au
public.
6. Les écoles de langues/francisation consistent en de la francisation en
entreprise en collaboration avec Emploi-Québec.
7. Les accréditations permettent à des professionnels de suivre des formations
ou de passer des examens pour obtenir une accréditation (ex. l’accréditation de comptable
professionnel agréé).
Plusieurs intervenants offrent des activités sur une base régionale et même
internationale, les activités pouvant être créditées et non. Pour un intervenant, l’activité à
l’étranger constitue une pierre angulaire de la stratégie de croissance de son centre. Un
élément clé de l’offre universitaire est la capacité des centres de transformer, à la demande
d’un client, une formation non créditée en formation créditée, et vice-versa.
Les centres de formation des universités se veulent sensibles et réactifs aux demandes
de la clientèle. Au niveau logistique, les centres offrent des horaires modulables de jour, de
soir et de fin de semaine. La majorité des formations se font sous un mode présentiel, bien
que plusieurs formations puissent aussi être suivies en ligne ou sous une forme hybride. En
fait, le choix du format et du mode de formation se fera lors de la planification de l’offre de
formation avec l’entreprise.
Un autre centre, avec une offre variée, concentrait sa veille dans les secteurs les plus
P a g e | 83
importants pour sa clientèle. Un quatrième centre avait un intervenant actif dans divers
réseaux afin de garder à jour sa connaissance des besoins du marché. Un cinquième
concentrait les activités de veille dans les secteurs d’activités ciblés. En fonction des
informations collectées, ces centres pouvaient développer de nouvelles formations.
La mise à jour de la formation ou la création de nouvelles activités reposent aussi sur
l’expertise des formateurs. Les intervenants de trois centres, avec une offre ciblée,
soulignent que ces formateurs assurent la pertinence des formations : « nos ressources
naturelles, ce sont les professeurs (EP-16) ». Ces formateurs, tout en enseignant, sont en
relation avec les milieux organisationnels par leurs recherches et autres activités
universitaires. En restant en phase avec l’évolution du milieu, il devient alors naturel de
transférer les savoirs issus de la recherche vers l’entreprise :
[…] de transférer des savoirs, c’est de miser sur les innovations qui sont véhiculées à
travers la recherche et à travers les enseignements des professeurs et des chargés de
cours. C’est de miser là-dessus pour le transférer dans les organisations, dans les
entreprises, c’est ça la raison d’être pour l’université (EP-12).
P a g e | 84
Pour l’essentiel, les demandes sont de deux types : elles concernent soit un atelier public ou
une conférence, soit la construction pure et simple d’une formation adaptée à l’entreprise.
Dans le premier cas, le processus peut être simple, le coordonnateur développe l’offre
de service et sélectionne le formateur attitré à l’atelier ou la conférence. Toutefois, la
majorité des entreprises souhaitent plutôt un atelier « personnalisé ». Dans cette éventualité,
le coordonnateur identifie le formateur approprié. Ils vont ensemble chez le client pour
mieux comprendre les besoins. Le formateur construit la formation, définit les objectifs
d’apprentissage et l’approche pédagogique. Sur la base de ces informations, le
coordonnateur construit une offre de service à soumettre au client.
Quand la demande vise la création d’une formation entièrement sur mesure, le
processus s’amorce avec la sélection du formateur et l’analyse des besoins du client.
Cependant, les démarches d’analyse seront nettement plus poussées : elles pourront
mobiliser plusieurs formateurs et nécessiter plus de rencontres entre le client et les
personnes déléguées par le centre de formation. Une proposition est alors développée par le
coordonnateur et soumise au client. Les formations sur mesure durent généralement
plusieurs jours et sont souvent divisées en plusieurs modules. Peu importe le type de
formation demandée, tous les coordonnateurs ont affirmé prendre le temps de bien
comprendre le besoin du client, ses attentes, le type d’employés ciblés, etc. Il leur est déjà
arrivé, après la discussion, de proposer une formation qui semblait plus pertinente par
rapport aux besoins exprimés.
Là, la conversation se fait avec le client et, assez souvent, on se rend compte que la
formation qu’ils demandent n’est pas tout à fait ce dont ils ont besoin. Et qu’ils ont
besoin de quelque chose de complètement différent. […] Alors on essaie de les
réorienter vers ce qu’on pense qui serait le plus approprié et on leur propose la
formation qu’on pense être adéquate (EP-15).
La sélection des formateurs s’effectue selon deux critères : leur expertise et la réussite
du jumelage avec l’entreprise. Les centres qui emploient davantage les professeurs et les
chargés de cours semblent cibler d’abord l’expertise, bien que leur capacité à intervenir en
entreprise reste primordiale. Des intervenants ont particulièrement insisté sur la
compatibilité entre la personne formatrice et l’entreprise lorsqu’ils sélectionnent leur
spécialiste de contenu. « Ça, c’est la première [exigence] […] la cueillette de données.
Après c’est à moi de trouver le bon formateur, alors c’est le bon mariage entre l’entreprise
et le formateur (EP-13) ».
Lors de la présentation de l’offre de service, le coordonnateur peut éventuellement
offrir au client que la formation devienne créditée, ce qui implique de nombreuses autres
démarches pour assurer que les employés ont les qualifications requises pour suivre une
formation universitaire. Ce processus a été peu abordé lors des entretiens.
Finalement, il est possible que le centre de formation refuse une demande. Plusieurs
raisons ont été soulevées, la plus importante étant que la formation demandée ne correspond
pas à ce que les intervenants jugent de qualité de niveau universitaire. Cette idée de
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maintenir une qualité de la formation est centrale. Un centre a aussi signalé que, lorsqu’ils
constatent que la demande leur est soumise pour avoir un troisième soumissionnaire, mais
que l’intérêt du client n’y est pas, il ne va pas s’investir sérieusement dans l’offre de
service.
Identification problématique
Soumission
Succès
Développement /
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Si le client accepte l’offre de service, on passe à l’analyse approfondie des besoins,
qui peut conduire à divers ajustements si le client l’exige. Le centre poursuit son analyse
des besoins s’il obtient le contrat avec le client. Cette étape d’approfondissement de
l’analyse des besoins et de personnalisation de la formation est généralement menée par le
ou les formateurs retenus, sous la coordination d’un professionnel du centre. Les formateurs
vont se rendre plusieurs fois chez le client afin de bien cerner les objectifs poursuivis et les
dispositions des personnes à former.
Pour les formations longues composées de plusieurs modules, un travail d’articulation
est nécessaire. Chaque module est enseigné par un formateur distinct, et le centre s’assure
de la continuité des apprentissages entre les modules. C’est le cas, par exemple, d’une
formation en gestion d’équipe qui s’étend sur plusieurs jours. Cette formation, dont le
contrat a été obtenu grâce à un contact déjà établi entre un professeur et l’entreprise, a été
planifiée après plusieurs rencontres entre les professeurs concernés et le personnel de
l’entreprise. Cela a permis aux formateurs de mieux cibler les besoins et de construire la
formation modulaire, chaque module durant une journée. Un projet pilote a été amorcé pour
permettre à l’équipe de faire des ajustements aux modules. Cette formation est maintenant
donnée plusieurs fois par année et fait l’objet d’ajustements continus. Le centre s’assure
aussi de la cohérence lorsque les apprenants d’une même cohorte passent d’un module à
l’autre.
Presque tous les centres laissent une forte autonomie à leurs formateurs dans la
construction du plan de cours, du choix de la pédagogie et des contenus abordés. Les
P a g e | 87
propos d’un intervenant illustrent la philosophie qui sous-tend cette dynamique
intrinsèquement liée au concept de liberté académique :
Si je faisais affaire avec des consultants, ce serait différent, mais comme je fais affaire
avec des profs, et moi ce qui est sacré dans mon livre à moi, c’est le droit d’auteur.
C’est des droits qui leur appartiennent […] c’est au professeur d’avoir une liberté
académique pour choisir sa stratégie, sa pédagogie et sa didactique. J’ai déjà été
chargé de cours, je vous dirais le libellé de ma charge de cours, c’était trois lignes, le
reste, c’était moi qui le créais, mon cours. C’est comme ça qu’il faut que ça fonctionne
la formation sur mesure (EP-12).
P a g e | 88
cours crédités : l’évaluation des formateurs doit atteindre un niveau minimum de
satisfaction de la part des personnes formées.
Un intervenant a décrit plus longuement le processus d’évaluation en soulignant qu’il
est difficile, lors d’interventions de courte durée, d’évaluer à quel point les formations
touchaient leurs cibles, car les centres ne contrôlent pas l’environnement dans lequel les
participants sont appelés à mettre en pratique leurs apprentissages.
Parce que le participant, il peut bien développer sa compétence, mais […] est-ce que le
contexte, est-ce que son supérieur, est-ce que l’équipe, est-ce que le climat est tout en
place pour que lui, il devienne meilleur dans sa job ? […] on contrôle pas les autres, on
contrôle pas l’environnement (EP-17).
Certaines formations, notamment celles de longue durée ou données par modules, ont
des évaluations plus développées. Les formateurs vérifient si les participants ont acquis les
compétences prescrites et même, dans certains cas, s’il y a transfert en milieu
organisationnel. Deux intervenants ont indiqué que l’intérêt de ces évaluations est d’assurer
l’adéquation de la formation aux caractéristiques de la cohorte et, si nécessaire, de modifier
le contenu de la formation. Certaines formations sont en processus continu d’amélioration
afin de correspondre toujours mieux à la réalité du client.
Les formations menant à des unités d’éducation continue ou les formations créditées
font l’objet d’une évaluation plus poussée. Celles qui mènent à des accréditations
professionnelles sont assujetties à des examens administrés par les ordres professionnels
concernés.
Dans l’ensemble, les intervenants ont indiqué que le niveau de satisfaction par rapport
à la formation reçue était très élevé dans la majorité des cas. Il s’agit manifestement d’un
enjeu important. Un centre offre même une garantie de satisfaction. Si l’évaluation de la
formation ne correspond pas aux standards fixés par le centre, celui-ci prendra un
arrangement avec l’entreprise — ou les participants s’il s’agit d’ateliers publics — afin de
remédier à la situation. Le centre offre généralement une formation gratuite en
remplacement de celle qui a reçu une évaluation défavorable.
Les critères de qualité des formations sont variables. D’abord, la réputation et la
crédibilité de l’université sont des facteurs d’attraction majeurs et donc des indicateurs de
qualité en amont de la réalisation des activités. Les intervenants insistent également sur la
qualité des formateurs : professeurs ou chargés de cours qui sont des experts dans leur
domaine, ou consultants privés qui connaissent mieux que les universitaires les entreprises.
Quand je suis arrivé ici, un des enjeux, c’était, ah vous autres, vous êtes une université,
ça va être trop théorique, ça va être trop des modèles, ça va être trop de l’enseignement,
ça ne sera pas pratico-pratique. Vous êtes trop loin. Alors il a fallu que cette perception
change et elle a changé par la pratique. On les offre, nos séminaires, les gens viennent
et là ils voient comment ça se passe (EP-16).
P a g e | 89
Pour un autre intervenant, la qualité de la formation est plutôt garantie par
l’accompagnement pédagogique qu’offre le centre à ses formateurs. Le bon rapport qualité-
prix des formations a été souligné à trois occasions. Finalement, la capacité à adapter les
formations aux besoins de la clientèle et le côté pratique des formations — même si elles se
déroulent en milieu universitaire — sont des atouts clés évoqués par plusieurs répondants.
6.4 Synthèse
Les services de formation continue ou les centres de formation des adultes des
universités se distinguent des SEA des cégeps sur les plans organisationnel et institutionnel.
Leur structure et les relations avec leur environnement institutionnel sont différenciées,
comme l’indiquent les différentes formes de rattachement ainsi que les stratégies de
développement dans lesquelles les stratégies de niche sont moins importantes. En même
temps, deux caractéristiques sont communes. Les centres qui produisent des formations sur
mesure sont constitués de petites équipes permanentes et de nombreux collaborateurs à
temps partiel qui proviennent de l’établissement ou qui sont consultants. Les conditions
économiques sont similaires : les services doivent au moins s’autofinancer, et au mieux
générer des surplus. Le moteur économique des relations avec les entreprises et les
organisations professionnelles n’est pas le prix, mais la qualité des prestations. À cet égard,
l’ingénierie de la formation mise en œuvre consiste justement à assurer une qualité qui
prend la forme de l’adéquation formationtravail-emploi. Cette recherche de pertinence se
retrouve en amont des activités de formation dans les activités de veille informationnelle, de
sélection des formateurs et de planification des formations. Cette préoccupation est aussi
présente en aval dans les dispositifs d’évaluation de la satisfaction mis en œuvre avec une
intensité variable selon les activités.
P a g e | 90
7 L’ADÉQUATION ET LA FORMATION SUR MESURE
Les Similitudes
Une première similitude tient dans les conditions d’existence des services ou des
centres. Les équipes responsables de la mise en œuvre des FSM sont, règle générale, de
petites équipes composées de quelques professionnels et employés de soutien à temps
plein, et d’une constellation de formateurs à temps partiel. Ces équipes travaillent dans un
contexte d’autofinancement. On leur demande fréquemment de réaliser des surplus qui sont
largement utilisés pour développer leur institution de rattachement.
Pour favoriser l’adéquation de leurs formations, les centres universitaires comme les
SAE font des activités de veille ou des études de marché poussées afin de saisir les
tendances du marché du travail. Bien que certains centres ou SAE soient plus actifs que
d’autres dans ce domaine, il n’en reste pas moins qu’ils s’efforcent tous de bien connaitre
le marché du travail et d’en saisir les différents enjeux. Ainsi, ils mettent à jour leur offre
de formation et développent des contenus de formation correspondant à ces enjeux et,
même à des enjeux anticipés « en avant de ce qui se passe sur le marché » (EP-17). Cette
veille est un premier outil de rapprochement ou d’adéquation de leur formation, avant
même l’expression d’une demande précise de formation. Un second outil est la
consolidation de partenariats avec les intervenants du milieu (entreprises, intervenants
sectoriels, professionnels et gouvernementaux) pour réaliser des analyses du marché du
travail.
Ces analyses permettent aux centres et aux SAE de se positionner sur le marché de la
formation. Dans certains cas, ils vont revoir et ajuster leur offre de formations dans les
secteurs où ils sont déjà actifs. Cela peut se traduire par un ajustement continu de certains
contenus de formation ou encore par le remplacement de formations devenues obsolètes.
Dans d’autres cas, les services vont plutôt chercher, selon leur expertise, à occuper un
secteur où l’offre de formation est limitée ou inexistante. Cela peut se produire à la suite de
l’adoption de nouvelles technologies par des organisations, de la mise en place de
nouvelles normes sectorielles ou professionnelles ou encore de nouvelles pratiques
organisationnelles.
Des partenariats sont aussi constitués afin de développer des activités et de réaliser
des projets de formation. Les partenariats pour le développement de contenus permettent
aux différents services de mieux connaitre les besoins des intervenants ou encore de
développer leur expertise dans différents domaines. Les SAE et les centres ont ainsi accès à
une aide extérieure. Les partenariats conçus pour réaliser et faire la promotion de projets de
formation permettent aux centres et aux SAE de se positionner sur le marché par des
ententes d’exclusivité avec des partenaires privilégiés, ou encore par la mise en commun
des ressources de promotion de leur offre auprès d’éventuels clients.
Il reste que l’outil principal pour favoriser la qualité des formations et l’adéquation,
qui est commun à tous les services, est l’utilisation du processus d’ingénierie de la
formation. En effet, l’élaboration de leurs projets de FSM s’intègre à ce processus, qui
s’appuie sur une communication continue avec les représentants de l’entreprise. Tous les
établissements d’enseignement passent systématiquement par les deux phases de l’analyse
des besoins afin d’élaborer le contenu de leurs formations. Ils évaluent leur capacité de
répondre aux besoins exprimés par le client. Cette analyse consiste à valider l’expression
des besoins fournie par les responsables de l’entreprise. Cela suppose d’explorer la validité
des analyses proposées par la rencontre d’intervenants. Les professionnels des services
s’inscrivent dans un processus de confrontation et de validation des options préconisées par
les représentants de l’entreprise. Ils sont sensibles au possible décalage entre les « besoins
P a g e | 92
exprimés » et les « besoins réels », ce qui peut conduire à formuler des ajustements
éducatifs de contenu ou de format. Une attention particulière est accordée à l’évaluation du
niveau de compétences des employés qui suivront la formation.
P a g e | 93
formation une grande autonomie administrative. Une même université offre généralement
aux entreprises plusieurs interlocuteurs qui se différencient significativement les uns des
autres et qui se répartissent la clientèle selon la discipline de leur unité d’affiliation. Les
modes de rattachement institutionnels sont plus variés.
Les SAE et les centres de formation se différencient également par leurs approches
en matière d’adéquation formation-emploi. L’approche des SAE est étroitement liée à la
spécialisation de leur établissement d’affiliation dans certains créneaux techniques, ce que
nous avons appelé la stratégie de niche. Elle consiste essentiellement à identifier un ou
plusieurs de ces créneaux et d’y spécialiser l’offre de formation du SAE de manière à
orienter de façon cohérente l’ensemble de ses actions. Le développement de contenus de
formation, les stratégies promotionnelles et la création de relations avec les intervenants du
milieu se font en fonction de cette spécialisation et permettent ainsi aux SAE de concentrer
leurs ressources et leurs efforts organisationnels dans des secteurs d’activités précis. De
cette façon, les SAE sont en mesure de se démarquer les uns des autres, de cibler leur
clientèle potentielle et d’éviter de diluer leurs efforts. Dans certains cas, les SAE peuvent
bénéficier de l’expertise développée par l’enseignement régulier, la formation continue ou
les CCTT de leur établissement d’affiliation, le cas échéant, pour développer leurs
formations ; bénéficier de leur réputation pour la promotion de leurs formations ou encore
de leurs relations avec des intervenants du milieu pour en établir eux-mêmes de nouvelles.
Les services universitaires s’appuient aussi sur l’expertise (académique ou
professionnelle) de leurs formateurs qui sont des professeurs, des chargés de cours ou des
professionnels actifs. Mais globalement, ils n’ont pas une approche aussi intégrée que les
SAE. Les centres ou les services peuvent être généralistes ou intervenir sur des
spécialisations disciplinaires qui sont relativement larges (gestion, ingénierie, etc.). Ils ne
ciblent pas nécessairement des créneaux étroits pour se positionner sur le marché de la
formation. Tout en tenant compte de leur spécialisation disciplinaire (l’ÉTS et l’École
Polytechnique sont des établissements dédiés à la formation en génie), ils cherchent plutôt
à se démarquer en misant sur la réputation de leur établissement, de la particularité de leur
offre de ou de leurs formateurs. Les centres cherchent à conclure des ententes stratégiques
(développement de contenus, promotion des services ou ententes d’exclusivité) pour des
projets de formation spécifiques. Les stratégies promotionnelles des centres sont très
différentes : certaines s’orientent vers la formation offerte sur une base locale ou régionale ;
d’autres, vers la formation en entreprise à l’international.
Le processus d’ingénierie de la formation est structuré de manière différente dans les
SAE et les centres universitaires. Les conseillers pédagogiques des SAE (ou
coordonnateur/directeur selon les cas) jouent un rôle important tout au long du processus,
bien qu’ils ne développent pas eux-mêmes les projets de FSM. Ils sont responsables de
l’arrimage entre les besoins de la clientèle, l’expertise des formateurs, les exigences
pédagogiques et l’atteinte des standards de qualité du service. Dans les centres
universitaires, l’encadrement pédagogique des formateurs apparaît généralement plus
P a g e | 94
limité, ce qui s’explique en partie par la reconnaissance du principe de leur liberté
académique, surtout quand ils sont enseignants à l’université.
En somme, plusieurs différences entre les deux ordres d’enseignement tiennent à leur
appartenance à un ordre ou un autre, à leur ancrage dans une institution donnée et aux
conditions d’existence produites par celle-ci. La structure organisationnelle ainsi que
plusieurs stratégies de développement des SAE tiennent aux orientations des cégeps et à
l’importance qu’ils accordent à la formation sur mesure. Nous avons donc distingué trois
situations institutionnelles. Les SAE ÉTABLIS s’appuient sur organisation établie,
d’importantes ressources financières et humaines et l’appui de la direction du cégep. Les
SAE ACTIFS constituent une entité administrative et un mode d’action éducative à
l’intérieur du service de formation des adultes ou du service de formation continue ayant un
niveau d’activités moindre, mais stable. Finalement, nous retrouvons les ABSENTS, qui
existent dans des cégeps pour qui ce mode d’action n’est pas stratégique. La structure
organisationnelle et les ressources financières et humaines sont réduites au minimum, ne
serait-ce que parce que le personnel se voit confier d’autres responsabilités qui limitent leur
investissement dans les SAE.
Les services et les centres se distinguent aussi par les expertises mises de l’avant.
Encore une fois, l’ancrage institutionnel joue un rôle. La plupart des cégeps développent
une stratégie de niches, souvent en s’appuyant sur les domaines d’expertise présents en leur
sein. Dans les universités, la situation est quelque peu différente, car les stratégies de
niches sont moins présentes. Par contre, le fait d’être rattaché à une école spécialisée (ex.
l’ETS), à une faculté ou à un service de formation continue centralisé a un effet direct sur
les domaines d’expertise couverts par les services ou les centres.
Une dernière différence entre les cégeps et les universités ressort. Dans ces
dernières, la formation sur mesure est aussi mise en œuvre dans les partenariats établis
entre les services de formation continue de plusieurs disciplines et les ordres professionnels
qui obligent leurs membres à suivre annuellement un nombre minimal d’heures de
formation. Dans certaines disciplines, il s’agit d’une tradition qui est même antérieure au
développement de la formation sur mesure pour les entreprises.
P a g e | 95
Les acteurs de la FSM
Nos données indiquent que le nombre et la composition des acteurs impliqués dans un
projet de FSM peuvent varier significativement. Dans certains cas, nous retrouvons
seulement un représentant de l’entreprise, un professionnel et un formateur du SAE ou du
centre ; dans d’autres, nous retrouvons, en plus de ces trois acteurs, plusieurs autres, issus
d’une pluralité de milieux (privé, syndical, sectoriel, professionnel, gouvernemental et
paragouvernemental).
L’organisation administrative des entreprises, des SAE ou des centres peut influencer
le nombre d’acteurs en présence et la composition des parties prenantes au projet. De
manière générale, plus les moyens d’une entreprise, d’un SAE ou d’un centre sont
importants, plus grand sera le nombre d’acteurs impliqués. Du côté des entreprises, dans les
grandes organisations où la division du travail est importante, un projet de formation peut
mobiliser des acteurs de la haute direction, du département des ressources humaines, de la
supervision, de la production et du syndicat. Les SAE et les centres dotés d’une grande
équipe peuvent également mobiliser plusieurs employés dans un projet de formation.
Le secteur d’activités des entreprises influence la participation d’une variété
d’acteurs, chaque secteur regroupant une variété plus ou moins étendue d’acteurs : ordres
professionnels, associations patronales et syndicales, regroupements sectoriels, etc., dont le
niveau d’engagement dans la planification ou la réalisation de la formation de la main-
d’œuvre est variable. Certains secteurs font également l’objet de mesures
gouvernementales spécifiques qui influencent aussi la configuration des acteurs
susceptibles de participer à un projet de FSM. Un autre facteur de modulation tient dans les
relations d’affaires et les partenariats qu’entretiennent les entreprises, les SAE et les centres
avec d’autres acteurs. Il ressort des entretiens la présence des acteurs suivants, avec un
engagement propre à chacun.
P a g e | 96
la formation envisagée, qui ont une influence sur le projet quand les intervenants
des SAE réalisent leur analyse approfondie des besoins ou leur diagnostic de
situation.
La composition des acteurs mobilisée autour d’un projet de FSM n’est pas une
question anodine, car chacun peut être appelé à proposer des orientations, des contenus ou
des options pédagogiques et ainsi influencer le projet. Ainsi, il faut considérer que
l’éventail des acteurs présents constitue un facteur qui intervient dans la négociation des
paramètres du projet de formation.
1. Besoin individuel
Les individus cherchent une formation pouvant être transférable immédiatement dans
leur milieu de travail ou dans le cadre d’un autre emploi. Ils sont à la recherche d’une
formation pratique qui leur permettra d’améliorer ou de développer leurs
P a g e | 97
compétences et habiletés au travail. Leurs besoins de formation sont donc liés à un
enjeu d’employabilité : le maintien en emploi ou l’amélioration des possibilités
d’avancement.
4. Besoins gouvernementaux
Pour le gouvernement et ses agences, la création et le maintien d’emplois sont les
objectifs fondamentaux de la formation. Ils visent à combler les besoins de
maind’œuvre dans les différents secteurs économiques en fonction de ses prévisions
économiques. Ces besoins de formation concernent donc des enjeux politiques et
socioéconomiques.
P a g e | 98
l’amélioration des compétences et habiletés des individus. Ces formations s’adressent
spécifiquement aux individus, qui peuvent recevoir un soutien de leur employeur. Elles
peuvent conduire à une certification ou à l’obtention de crédits de formation continue. Les
individus sont libres de s’y inscrire selon un horaire préétabli. Ces formations sont de bons
outils de promotion de l’expertise des SAE et des centres sur le marché public de la
formation. Cette expertise est souvent mobilisée en formation sur mesure, les ateliers étant
adaptés pour répondre à des demandes particulières. Les ateliers offerts en entreprises, pour
un ordre professionnel, ou les ateliers de formation subventionnés par Emploi Québec (les
formations dites à 2 $/h) en sont un exemple.
Les formations de type francisation et RAC (reconnaissance des acquis et des
compétences) répondent à des besoins individuels. Elles visent à réagir à des enjeux
sociaux ou des priorités gouvernementales comme l’intégration des personnes immigrantes
et l’augmentation du niveau de formation de la main-d’œuvre. Certaines formations
bénéficient d’un financement public. Il est aussi possible de modifier ces formations et de
les adapter à des demandes provenant des entreprises.
Les formations de type microprogramme ou programme de longue durée répondent
aux besoins des individus et des entreprises. Offertes en format modulaire, ces formations,
généralement de longue durée, s’adressent aux individus ; elles peuvent aussi être adaptées
aux demandes des entreprises. Tout comme les ateliers publics, les programmes modulaires
sont également des outils de promotion pour les SAE et les centres de formation. Dans les
cégeps, ces activités s’enchâssent souvent dans les attestations d’études collégiales (AEC).
Le public cible est souvent composé de personnes sans emploi, et les règles de
fonctionnement sont établies par Emploi-Québec. Ces formations peuvent aussi être
proposées à des entreprises. Dans les universités, ce type de formation est souvent dispensé
selon des formats (certificats ou microprogrammes) et des durées différents.
Dans les faits, il existe des complémentarités entre la FSM et les autres formules
éducatives. Ces dernières constituent autant d’outils de promotion des services d’éducation
des adultes et de leurs champs d’expertise. Les intervenants en FSM les utilisent comme
carte de visite. Surtout, les autres activités sont aussi considérées comme des réservoirs
d’expertise auxquels puisent les intervenants pour planifier les activités de formation sur
mesure.
P a g e | 99
visage quantitatif. Le second niveau, méso, met l’accent sur les demandes de formation
communes à une catégorie d’emplois, à un secteur d’activité ou à une activité
professionnelle. Les acteurs cherchent à développent des connaissances et des compétences
transversales à plusieurs milieux de travail ou à un secteur industriel en particulier.
L’échelle micro se caractérise par une correspondance propre à un acteur ou une entreprise,
ce qui est l’objectif de la formation sur mesure.
En formation sur mesure, le discours des intervenants met la recherche d’adéquation
au premier plan de leurs préoccupations et de leurs actions. Toutefois, il ne faudrait pas
croire que celle-ci est essentiellement microsociale. La recherche d’adéquation des
intervenants est de portée générale quand elle prend la forme d’une veille informationnelle
ou d’une analyse de marché. Les informations recueillies ont une portée sectorielle ou
macrosociale (ou macroéconomique). Elles s’inscrivent dans une visée d’adéquation
qualitative (quelles sont les tendances observées en matière de qualifications et de
compétences ?) ou quantitative (quelle est la taille de la demande éventuelle ?). Dans tous
les cas, il s’agit pour les intervenants éducatifs d’établir leur légitimité auprès des
entreprises et d’évaluer le marché potentiel. À cet égard, des intervenants ont souligné
l’échec de leurs efforts pour établir une demande en reprenant des informations sur
l’évolution du marché du travail.
La recherche d’adéquation est surtout présente dans l’usage des analyses de besoins
présentes dans les approches d’ingénierie de la formation. La recherche est qualitative, car
les acteurs veulent élaborer des contenus de formation personnalisés et adapter leur
approche et le matériel pédagogique à la demande du client et des futurs apprenants.
L’adéquation entre la formation et l’emploi est ici évaluée en fonction de la capacité de la
formation à répondre de manière précise à un élément d’un emploi.
En cherchant à établir la plus forte correspondance possible entre la demande de
l’entreprise et la proposition de formation qui lui sera présentée, la portée du travail de
planification est essentiellement microsociale. La correspondance entre l’emploi, le travail,
la formation et l’emploi porte soit sur des modalités d’exercice du travail, des changements
dans l’environnement de travail ou encore des modifications associées à un enjeu
organisationnel. Ce travail suppose une exploration directe dans l’entreprise pour valider la
demande en élargissant les sources d’informations in situ. Le contenu des activités est en
jeu. Il convient aussi de s’assurer des conditions de faisabilité, dont, au premier chef, le
niveau des compétences et des qualifications des catégories professionnelles visées par la
formation. Il s’agit d’introduire des préoccupations éducatives dans la planification de la
formation. Ainsi, le travail de mise en correspondance n’est pas unidirectionnel (travail
vers éducation), mais bidirectionnel.
Les différents volets du travail de mise en correspondance des acteurs éducatifs
soulignent bien l’interdépendance des échelles d’action. Si la recherche d’adéquation à
l’échelle microsociale cible des besoins de formation spécifiques à une organisation, elle ne
P a g e | 100
concurrence, disponibilité de la main-d’œuvre, niveau de qualification de la main-d’œuvre,
etc.) et de ceux, plus généraux, du marché du travail et de l’économie (niveau de la
croissance économique, pénuries de main-d’œuvre, taux de chômage, etc.), puisqu’ils ont
des répercussions sur les organisations.
P a g e | 101
8 CONCLUSION : UNE APPROCHE À PRIVILÉGIER ?
Nous avons en fait dégagé la ou les postures des acteurs éducatifs dans leur recherche
d’adéquation. Il nous reste à saisir comment les acteurs des entreprises réagissent à ces
postures et entrent en relation avec les institutions d’enseignement, comment se déroulent
les discussions, et comment on arrive à un accord. Nous désirons saisir la teneur des
discussions entre les acteurs éducatifs et les porteurs des demandes des entreprises.
Comment les discussions se déroulent-elles ? Quels sont les registres d’action présents au
cours des négociations ? Quels sont les obstacles les plus fréquents ? En répondant à ces
questions, nous pourrions saisir comment l’adéquation est atteinte.
P a g e | 103
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P a g e | 110
ANNEXE 1 — GUIDE D’ENTRETIEN
• Histoire/évènement(s) marquant(s)
• Croissance/décroissance
• Enjeux/difficultés
• Financement
• Positionnement par rapport à la formation régulière
• Structure organisationnelle
• Ressources (humaines, matérielles et financières)
• Stratégie de développement
• Démarchage auprès des entreprises
1.3 – En quoi votre service de formation sur mesure se distingue-t-il de celui des autres
établissements ?
2e thème : la formation sur mesure
• Spécialisation de l’établissement
• Secteurs d’activités
• Type de formation/pédagogie
• Nombre de projets de formation
2.1 – En vous basant sur un exemple récent, décrivez-nous les différentes étapes d’un projet de formation
sur mesure.
• Description de l’entreprise
• Nature et origine de la demande
• Réception de la demande dans le service
• Planification de la formation
• Contenu
• Intervenant(s)
• Type d’évaluation
• Intervenant(s)
• Impact de l’évaluation
2.2 – À quel point ce projet est-il représentatif des projets de formation de votre établissement ?
P a g e | 112
2,2. 1 — Est-ce qu’un projet s’est déjà soldé par un arrêt de la collaboration ?
• Détails/raisons
2.3 – Est-ce que les projets de formations réalisés au cours de la dernière année correspondent à ce que
vous présentez dans vos communications ?
• Ressemblances/différences
• Raison(s)
3— Pouvez-vous me parler des entreprises qui ont eu recours à la formation sur mesure chez vous ?
• Clientèle
• Stabilité de la clientèle
• Relation avec les entreprises
• Enjeux
3.1 – Savez-vous pourquoi les entreprises vous sollicitent pour leurs besoins de formation ?
• Atout(s) de l’établissement
• Limite(s) de l’offre et la demande
• Élément(s) favorisant ou limitant les partenariats
3.2 – Avez-vous d’autres partenaires dans vos projets de formation sur mesure ?
• Modalités du partenariat
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4e thème : adéquation entre formation et emploi
4— À votre avis, en quoi consiste une formation qui est en adéquation avec l’emploi ?
• Conception de la compétence
4.1 – Estimez-vous que la formation sur mesure dans votre établissement est en adéquation avec
l’emploi ? Précisez.
• Formation académique
• Expérience
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