0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
261 vues12 pages

Ichthus : Symbole Chrétien et Acronyme Grec

Le document décrit l'origine et l'histoire du symbole Ichthus, qui représente Jésus-Christ sous la forme d'un poisson. Il était utilisé par les premiers chrétiens comme signe de reconnaissance et contient en acronyme le nom de Jésus-Christ en grec.

Transféré par

as de pique 8
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
261 vues12 pages

Ichthus : Symbole Chrétien et Acronyme Grec

Le document décrit l'origine et l'histoire du symbole Ichthus, qui représente Jésus-Christ sous la forme d'un poisson. Il était utilisé par les premiers chrétiens comme signe de reconnaissance et contient en acronyme le nom de Jésus-Christ en grec.

Transféré par

as de pique 8
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Ichthus

Ichthus ou Ichtys (du grec ancien ἰχθύς / ichthús,


« poisson ») est l'un des symboles majeurs qu'utilisaient les
premiers chrétiens en signe de reconnaissance. Il représente
le Sauveur durant les débuts de l’église primitive. En grec
IΧΘΥΣ, est un acronyme pour «  Ἰησοῦς Χριστὸς Θεοῦ
Υἱὸς Σωτήρ » / « Iêsoûs Khristòs Theoû Huiòs Sôtếr  »
soit «  Jésus-Christ, Fils de Dieu, [notre] Sauveur  ».
Désormais, il reste un symbole stylisé en forme de poisson
formé de deux arcs de cercle, ainsi qu'un acronyme.

Origines
Le poisson est un symbole récurrent dans le Nouveau Testament au même titre que le pêcheur  :
multiplication des pains et des poissons par Jésus, la pêche miraculeuse, la pièce dans la bouche d'un
poisson pêché par Pierre selon l'indication de Jésus, le poisson grillé mangé par Jésus après sa
1, 2
résurrection .

Les premiers chrétiens persécutés par les autorités romaines l'utilisaient comme code secret pour se
3
reconnaître entre eux . Le signe du poisson (tourné vers la droite ou la gauche) fleurissait notamment en
graffitis sur les murs de Rome avant Pâques, en guise de discrètes flèches pour indiquer aux chrétiens de
passage le chemin des cryptes où aurait lieu l'office pascal.

Pour Clément d'Alexandrie, dans son ouvrage appelé le Pédagogue, les plus anciens symboles de
distinction des chrétiens sont une colombe, pour la colombe de l’arche et le Saint-Esprit, un navire pour
l’Église, une ancre pour l’espérance, et un poisson pour Jésus-Christ, car le mot grec Ichthus contient toutes
4
les premières lettres des noms qui lui sont donnés dans les Écritures .

Ce symbole est le signe de la Résurrection, ensuite celui de l'eau du baptême et de tous les chrétiens
baptisés dans la piscina ou le baptistère, symbole de la vie dans l'Ancien et le Nouveau Testament, donc
1
des vivants (Stèle de Licinia, poisson des vivants Ichthus zwntwn) .

Un acrostiche : le Nom de Jésus


Le poisson représente l'eau du baptême. Par ailleurs, le mot forme, en
grec ancien (langue véhiculaire davantage parlée dans l'Empire romain
que le latin), un jeu de mots puisque c'est aussi l'acrostiche du nom
attribué à Jésus sur laquelle repose la foi chrétienne (Première épître de
Acronyme Ichthus. Jean, 3:23  : «  Croire que Jésus est le Christ c'est-à-dire le Messie
attendu des Juifs », Première épître de Pierre : « Tout repose sur le Nom
de Jésus »).

« Ajoutez à cela que, si l’on joint ensemble les premières lettres de ces cinq mots grecs que
nous avons dit signifier Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, on trouvera Ichthus, qui veut
dire en grec poisson, nom mystique du Sauveur, parce que lui seul a pu demeurer vivant,
c’est-à-dire exempt de péché, au milieu
des abîmes de notre mortalité,
semblables aux profondeurs de la mer. »
—  Saint Augustin, La Cité de
Dieu, XVIII, 23
I (I, Iota) : Ἰησοῦς / Iêsoûs (« Jésus »)
Χ (KH, Khi) : Χριστὸς / Khristòs
(« Christ »)
Θ (TH, Thêta) : Θεοῦ / Theoû (« de
Dieu »)
Υ (U, Upsilon) : Υἱὸς / Huiòs (« fils »)
Σ (S, Sigma) : Σωτήρ / Sôtếr
(« sauveur ») Est autem acrostichis ejusmodi : JESUS CHRISTUS,
DEI FILIUS, SERVATOR, CRUX. Versus aulem ii sunt
Ce qui est traduisible par «  Jésus-Christ fils de (poème de Constantin dans Oratio Sanctorum Coetus).
Dieu, sauveur  ». Pour certains, il représente en La reconnaissance par Constantin du christianisme
même temps l'Eucharistie, c'est-à-dire le Corps, le sortit de la clandestinité son art et ses symboles.
Sang, l'Âme et la Divinité de Jésus-Christ. Les
pains et les poissons sont la manne du Christ
unissant les fidèles dans la communion sacramentelle. Ce symbole est encore souvent employé de nos
jours.

Cet acrostiche est cité par l'Empereur Constantin dans l’Oratio Sanctorum Coetus ainsi
5
qu'un poème dont chaque initiale en grec forme le mot Jésus Christ Sauveur .

On le trouve deux fois sous cette forme d'acrostiche dans l'épitaphe d'Abercius
6
d'Hiérapolis et dans l'épitaphe de Postumius (marbre dit d'Eutérion) . Le mot ΙΧΘΥΣ s'y
trouve écrit deux fois, horizontalement en tête du titulus, et verticalement en tête des cinq
lignes dont il se compose. Une sixième lettre est ajoutée, c'est un N qui s’interpréterait soit
par, Nika = vince une acclamation de victoire au Fils de Dieu Sauveur ! Vainqueur ou bien
cela peut signifier noster, comme s'il disait « notre poisson » ; c'est-à-dire, « le Christ notre
poisson ».

I POSTVMIVS EVTHERION. FIDELIS. QVI GRATIA

X SANCTA [Link] PRIDIE NATALI SVO SEROTINA

Θ HORA REDUIT DEBITVM VITE SVB QVI VIXIT

U ANNIS SEX ET DEPOSITVS. QVINTO IDVS IVUAS DIE

C JOVIS QVO ET NATVS EST CVIVS ANIMA.

N CVM SANCTOS IN PACE FILIO BENEMERENTI

POSTVMl FELICISSIMVS ET LVTKENIA ET FESTA A VIA IPSEIVS

« Le poisson. Postumius Eutherion, fidèle qui, obtenu par une grâce sainte la veille de sa
naissance, le soir rend la dette de sa vie, qui a vécu six ans, et inhumé le cinquième des ides
de juillet, le jour de Jupiter (jeudi) où il est né ; dont l'âme est avec les saints dans la paix. À
ce digne fils Postumus Felicissimus et Lutkenia et Festa son aïeule. »
Parfois un poisson vertical à côté de l'inscription remplace l'acrostiche (acrostiche de
Caîus Anchosius, cat. de Saint Sébastien).

Ce nom grec, ainsi que le poisson, étaient les deux signes que les chrétiens représentaient partout : sur les
épitaphes, les mosaïques, les peintures, les anneaux, les coupes et les patères de verre, les sceaux, etc. Sur
l'origine de cet acrostiche, il y avait deux opinions différentes : l'une est que les chrétiens ont ainsi appelé le
Christ, pour en dissimuler le nom aux empereurs païens, qui leur avaient interdit le culte du Christ ; mais
d'autres ont pensé que ce nom ΙΧΘΥΣ était tiré des vers de la sibylle Érythrée, et aux livres sibyllins ; car
les vers sibyllins, présentaient les lettres initiales disposées de manière que l'ordre des éléments faisait lire :
Ιησους Χριστός Υιος θεου Σωτηρ. Ce mot transposé des Grecs chez les Latins, pour les chrétiens du
premier siècle, tenait sur les inscriptions la place du mot de Christ ; et sur les pierres latines il était écrit en
grec : ainsi la pierre de Postumius et celle d'Abercius. Il offrait un acrostiche résultant de la position du mot
et des lettres qui le composent. La seconde théorie se fondait sur un texte attribué (de manière incertaine) à
Prosper d'Aquitaine, Le livre des Promesses et Prédications, donc daté du milieu du ve siècle :

«  Car ce mot ΙΧΘΥΣ, en latin, piscis (poisson), nos ancêtres l'ont


interprété par de saintes lettres, d'après les vers sibyllins, comme
signifiant Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur. Poisson consommé par
sa passion, et par les remèdes intérieurs duquel nous sommes tous les
jours éclairés et nourris. »
— Prosper d'Aquitaine

En fait cet acrostiche est à la fois grec et hébreu dans la mesure où le mot Jésus
signifie en hébreu Sauveur. Jésus vient de l'hébreu Yeshouah (Josué) mot lui-
même composé de Yaweh-Dieu et du mot Sauveur  : Jésus, en grec Ιησους /
Ièsous, vient de Yehoshua (hébreu : ‫ )יהושע‬qui signifie : Dieu sauve.

La fin de l'Évangile de Saint Jean (Jean:20) propose cette signification de ce


que la foi dans le Christ est source de vie comme le poisson abondant en est le
signe (Ézéchiel) «  Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que
Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son
nom ». Ceci est suivi dans le chapitre (21) de l'épisode de la pêche miraculeuse
et du poisson grillé sur le rivage, que les premiers chrétiens ont assimilé au
Christ :

« Piscus assus est Christus. »

Sceau et numismatique

On retrouve cet acrostiche sur les épitaphes, gravé sur de la pierre, mais aussi sur des pierres précieuses, des
7 8
gemmes, des bagues , améthyste, jaspe ou agate, et comme sceau ainsi que le préconise Clément.

En 1898, Robert Mowat propose une hypothèse fondée sur la numismatique, remarquant que l'expression
Ichthus : « Jésus-Christ/ Fils de Dieu/ Sauveur » reprend la forme tripartite romaine de l'expression du nom
d'une personne : prénom et nom (filiation paternelle), surnom ou fonction « Marcus/Tullius/Cicero ». Ainsi
en numismatique : « César /fils du divin Vespasien Domitien / Consul pour la septième fois. ». Cela peut
évoquer tant le statère trouvé dans le poisson par Saint Pierre que le denier rendu à César…. afin de rendre
à Dieu ce qui lui appartient.

Citations
Tertullien : Le baptême, c'est pour Tertullien l'eau de la vie, celle hors de laquelle un
chrétien ne saurait vivre : « Nous, petits poissons, qui tenons notre nom de notre ΙΧΘΥΣ
Jésus-Christ, nous naissons dans l'eau et ce n'est qu'en demeurant en elle que nous
sommes sauvés. (…) Le meilleur moyen de faire mourir ces petits poissons : les sortir de
9
l'eau » . « Le chrétien est comparable à un petit poisson à l'image du Christ Lui-même ».
Julius Africanus appelle le Christ « Le grand poisson pris à l'hameçon de Dieu et dont la
chair nourrit le monde entier ».
Saint Augustin évoque le Livre de Tobie : « Ce poisson, qui remontait le fleuve et se livrait
à Tobie, c'est le Christ qui par sa passion amère, a mis en fuite Satan et guéri le monde
aveugle ». Il écrit dans la Cité de Dieu : « Ichthus, c'est le nom mystique du Christ, parce
qu'il est descendu vivant dans l'abîme de cette vie, comme dans la profondeur des
eaux… ».

Bède emploie cette expression : « Piscis assus, Christus passus » : le


poisson grillé, c'est le Christ. Cette expression est reprise par plusieurs
auteurs.
Blason de la
Prosper d'Aquitaine « Jésus Filiis Dei Salvator, piscis in sua Passione ville de Saint-
decoctus, cujus ex interioribus remediis quotidie illuminamur et Raphaël, Tobie
pascimur » et l'ange.
Optimus (évêque) : « Le Verbe, c'est le poisson qui, par les paroles
saintes du Baptême, est attiré dans les eaux, et c'est du poisson (piscis)
que le bassin prend le nom de piscine »
Optat de Milève explique le sens de cet acrostiche au livre III Contre Parmenianum. Il relie
l'acrostiche Ichtys au Livre de Tobie, le poisson préfigurant le Christ comme le Livre de
Jonas.

«  Hic est piscina qui in baptismate per invocationem fontalibus undis vocitetur. Cujus
piscis nomen secundum appellationem Graecam, in uno nomine continet, ΙΧΘΥΣ quod est
Latinus JESUS-CHRISTUS, DEI FILIUS, SALVATOR. hanc vos piscinam, quae in omni
Catholica per totum orbem terrarum, ad vitam generis humani, salutaribus undis
exuberat; transduxistis ad voluntatem vestram, et solvistis singulare baptisma, ex quo
baptismate hominibus muri facti sunt ad tutelam. »
10
— Optat de Milève, De Schismate Donatistarum Adversus Parmenianum

La Bonne Nouvelle
Cet acrostiche reprend les différentes étapes de l'annonce de la rédemption  ; elle est destinée au monde
entier, à tous les hommes :

Annonciation : « L'ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du


Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera
appelé Fils de Dieu.» (Luc 1:35.)
Nativité : « Ne craignez point ; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout
le peuple le sujet d’une grande joie: c’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est
né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez:
vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche. Et soudain il se joignit à
l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant: Gloire à Dieu dans les lieux
très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée! ». (Luc 2:1-14.)

Prédication « Il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes » (Matthieu:4-19)
Passion : « Le centenier et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le
tremblement de terre et ce qui venait d'arriver, furent saisis d'une grande frayeur, et dirent :
Assurément, cet homme était Fils de Dieu. »
(Matthieu:27-54)
Résurrection : Il leur dit: «Jetez le filet du côté droit de
la barque et vous trouverez.» Ils le jetèrent donc et ils
ne parvinrent plus à le retirer, tant il y avait de
poissons. Alors le disciple que Jésus aimait dit à
Pierre: «C'est le Seigneur!» Dès qu'il eut entendu que
c'était le Seigneur, Simon Pierre remit son vêtement et
sa ceinture, car il s’était déshabillé, et se jeta dans le
lac. Les autres disciples vinrent avec la barque en
tirant le filet plein de poissons, car ils n'étaient pas loin
de la rive, à une centaine de mètres. Lorsqu'ils furent
descendus à terre, ils virent là un feu de braises avec Codex Egberti.
du poisson dessus et du pain. Jésus leur dit:
«Apportez quelques-uns des poissons que vous venez
de prendre.» Simon Pierre monta dans la barque et tira le filet plein de 153 gros poissons
à terre; malgré leur grand nombre, le filet ne se déchira pas. Jésus leur dit: «Venez
manger!» Aucun des disciples n'osait lui demander: «Qui es-tu?» car ils savaient que
c'était le Seigneur. Jésus s'approcha, prit le pain et leur en donna; il fit de même avec le
poisson.» (Jean:21).

Symbole évangélique
Le thème de la pêche et du
poisson est constant dans
l'évangile, depuis le début
(appel des quatre premiers
disciples pêcheurs reprisant
les filets de leur père) à la
fin des évangiles lors de
l'épisode de la résurrection
du Christ et de la pêche James Tissot, musée de Brooklyn,
miraculeuse. Le poisson La Pêche miraculeuse.
symbolise aussi l'homme  :
Simon-Pierre, la pierre
angulaire de l'église, sera un « pêcheur d'hommes ». Ce thème de la
pêche se retrouve sur les mosaïques chrétiennes du pavement de la
Basilique d'Aquilée ou païenne de la Piazza Armerina. Ce signe
11 contenant le nom du Christ était le résumé de ce sur quoi le
La Vierge au poisson de Raphaël.
christianisme, la nouvelle religion, serait fondé, plus que celui du
phénix : tout reposera sur le nom du Sauveur Jésus-Christ et il n'en
aura pas d'autre qui puisse sauver (Première épître de Jean). Jésus signifie Sauveur en hébreu et c'est l'alpha
et l'oméga de l'acrostiche qui finit comme il a commencé (ce qui évoque la figure géométrique parfaite du
cercle ou du triangle tripartite, autre symbole de Dieu). Le mode sacrificiel de l'holocauste étant achevé
avec le sacrifice de Jésus sur la Croix, le grand poisson des vivants, désormais le repas de poisson, l'agape,
remplace celui des viandes immolées à Dieu, aussi ne voit on pas Jésus attablé à un festin de viande grillée
mais de poisson grillé. L'Ichthus était en quelque sorte le nouveau nom de Dieu comme le fut pendant des
siècles le tétragramme hébreu imprononçable d'un Dieu alors immatériel, et redoutable, mais infini, sinon
par le grand prêtre : Yaweh ; codé il était secret, mais chacun pouvait le prononcer, et il était matérialisable
dans la chair du poisson, symbole de l'incarnation et de la communion, aliment divin qu'on pouvait manger,
multiplié à l'infini.
Symbole du baptême
Le poisson, Ichthus en grec, est un symbole chrétien à double sens.
Il signifie le Christ et la vie en abondance promise aux chrétiens
mais aussi le chrétien romain lui-même  : les chrétiens étaient
appelés les pisci : les poissons, les vivants.

Les premiers chrétiens persécutés par les autorités romaines


l'utilisaient comme code secret pour se reconnaître entre eux.
Clément d'Alexandrie, dans son ouvrage appelé le Pédagogue,
pour les catéchumènes, met le poisson au nombre des symboles que
les chrétiens sont autorisés à porter sur leurs anneaux (sceaux, Jonas jeté à la mer.
lampes)  : «  les signes qui doivent distinguer le chrétien sont une
colombe, un poisson, une nacelle portée à pleine voile vers le ciel
12
(…)» .

Alpha et Oméga des chrétiens : On le trouve sur une mosaïque du pavement de la basilique d'Aquilée et,
des lampes (lumière et vie). Mais aussi symbole du début (alpha) et de la fin (oméga) de la vie chrétienne
des baptisés : sur les mosaïques des baptistères (piscinae - eau et vie des baptêmes des convertis de l'Église
nouvelle, préfigurés par la pêche miraculeuse de Pierre, ou par la guérison des malades de la piscine de
Bethesda : Le début de la vie du chrétien) et aussi sur des sarcophages ou dans les catacombes et cimetières
de Rome, c'est-à-dire un passage vers une autre vie, et associé à l'Ancre (symbole) de la promesse divine et
de l'espérance de la vie éternelle.

À Ostie antique, ancien évêché,


la «  Maison aux poissons» est
considérée comme chrétienne à
cause de la mosaïque du
vestibule, une coupe ou un
baptistère renfermant un
13
poisson .

Le poisson est aussi au cœur de


agapes, le repas chrétien. Le
La Maison au Poisson, à Ostie port
de Rome.
poisson étant la nourriture des
chrétiens et non plus la viande
immolée en sacrifice, ceux-ci
deviennent eux-mêmes leur nourriture, des poissons. Il symbolise
également le sacrement de l'Eucharistie préfigurée par la multiplication
des pains et des poissons. Pavement de la basilique
d'Aquilée, pêcheurs.
Jésus-Christ et ses apôtres étaient souvent désignés sous le nom de
pêcheurs et figurés comme tels, donc on appela «  poissons  » les
hommes gagnés à la foi chrétienne grâce à leur parole. Cette appellation fut sans doute inspirée par les
histoires de pêches si fréquentes dans l'Évangile, et particulièrement par la pêche miraculeuse, où le Christ a
voulu mettre la réalité à côté de la figure (Luc 5 v.1-11). Monté sur la barque de Pierre, qui était l'image de
l'Église chrétienne, son Maître commence par «  pêcher les âmes  » en annonçant la bonne nouvelle à la
foule qui le suivait  ; et ensuite, il fait prendre sous ses yeux, par ses apôtres, une quantité énorme de
poissons, qui sont la figure des multitudes qu'ils devaient convertir un jour  ; il donne exactement la
signification de ce miracle, en leur annonçant que désormais Simon (Pierre) sera « pêcheur d'hommes ».

Duccio  : Appel des Duccio : Agapes aux Duccio  : Pêche


disciples lors du poissons. miraculeuse.
retour de pêche.

Plus tard l'iconographie de Saint Brendan reprendra ces deux symboles de la barque et du poisson, dans
une civilisation devenue monachique  : l'iconographie des catacombes liant le poisson et le pain
eucharistique, saint Brendan célèbre la messe sur l'Ile du Poisson. Ce symbole est cependant abandonné par
les chrétiens dès le ve siècle puis, au Moyen Âge.

Lampe Lampe Lampe


paléochrétienne de paléochrétienne de paléochrétienne de
Samos à deux Samos à quatre Samos.
14
poissons accolés . poissons.

Art paléo-chrétien
Le propre du paléo-christianisme est d'avoir très souvent représenté le symbole de l'ichthus dans les arts,
dans les catacombes, ainsi que les lampes qui servaient à les éclairer. Durant cinq siècles environ il demeure
le principal symbole du Christianisme naissant.

Quelques exemples

Les poissons sont figurés sur des lampes en terre cuite paléo-
chrétiennes (lampe du Campo Santo tedesco, lampe du musée
d'Arles, lampe du musée de Pérouse) ou des mosaïques (pavement
d'Aquilée : scène de pêche, mosaïque chrétienne Pax et Concordia
Lampe à huile, figurant un poisson de Tipaza, catacombes de Sousse, inscription Ichthus, salus mundi,
en avalant un autre, antiquité mosaïque de Saint Apollinaire in Classe), vases, peintures (Agapes,
chrétienne tardive. Musée de Laon. catacombes St Callixte, panier, poisson et verre de vin, crypte de
Gaudentius, catacombes de SS. Pierre et Marcellin, etc. : le poisson
est toujours peint sur la table du la cena, au centre du banquet), bas-
relief (Poisson copte, Musée du Louvre, Bas relief avec 2 poissons, Saint-Laurent-hors-les-murs, Rome),
épitaphes et sarcophages (sarcophage de Livia Primitiva, Musée du Louvre) ou les épitaphes (catacombes
de Saint-Sébastien)  ; pierre de fermeture de loculi (cimetière Ste Agnès, Catacombe de Saint-Calixte, de
Sainte-Domitille), sur les murs des catacombes, (catacombes d'Hadrumète), des pierres (pierre de Henchir
el Oued, Algérie), ou par des objets (poisson de verre] retrouvé près des catacombes de Saint-Calixte,
15
Musée océanographique de Monaco ; Poisson d'améthyste, Musée de Berlin) , etc.

La figure de deux poissons accolés existe aussi, autour d'une ancre ou sur le chapiteau d'une colonne dans
16
la basilique de Tébessa .

Pectorius d'Autun

L'épitaphe d'Autun dite épitaphe de Pectorios (fin iie - début


e e 17
iii  siècle) découverte fin xix  siècle et souvent étudiée , désigne le
Christ sous le nom d'ichthus acrostiche deux fois gravé sur la
pierre :

«  Race divine du céleste Ichthus, qui est venu parmi les


mortels faire entendre ses immortelles paroles  ! Ami,
ensevelis ton âme dans les eaux sacrées, ces eaux
éternelles qui donnent la sagesse avec tous ses trésors  !
Prends l'Ichthus dans tes mains, mange et bois, rassasie-
toi de cette douce nourriture que le Sauveur donne a ses
saints. Ô Ichthus, ô maître Sauveur, exauce mes désirs!
Basilique St Apollinaire, Dernière
Que ma mère te contemple dans sa joie, je t'en prie avec Cène.
elle, ô lumière des mortels ! Ascandius, père bien-aimé de
mon cœur; et vous aussi, ma douce mère, souvenez-vous
de votre fils Pectorius, qui verse des larmes sur votre tombeau. »

Ainsi que l'épitaphe dite d'Abercius d'Hiérapolis :

« La foi me guidait et me procurait en tout lieu pour nourriture un poisson très grand et très
pur, recueilli à la source par une vierge sans tache, et c'est ce qu'elle sert constamment à la
table des amis, elle a un vin excellent qu'elle verse (coupé d'eau  ?) pour accompagner le
18
pain . »

Le poisson, seul ou double, peut donc désigner le chrétien (piscus) soit le Christ, soit la pêche symbolique
(Saint Pierre « pêcheur d'hommes »), soit la pêche miraculeuse, soit la nourriture sur la table (Agapes), ou
encore la multiplication des pains et des poissons (Ravenne Mosaïque st Apollinaire Nuovo, Tabgah), enfin
l'eucharistie  : «  tu tiens l'ichthus dans la paume de ta main  » (épitaphe et poème d'Abercius) enfin il est
souvent associé à l'ancre (épitaphe de Licinia Rome ICHTHUC ZWNTWN, Poisson des vivants).

La Prière du cœur
En Grèce et en Orient, le symbole du poisson est inexistant, mais la prière du cœur, aussi appelée prière de
19
Jésus reprend dans sa forme grecque l'acrostiche Ichthus et lui donne tout son sens  : « Seigneur, Jésus-
Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur » « Jésus, sauve-moi… Jésus-Christ, aie pitié, sauve… Jésus,
sauve-moi… Jésus, mon Dieu »

L'Église de Rome, celle des martyrs de Néron, put ainsi adopter le symbole du poisson jusqu'au ive siècle
en ces cinq lettres grecques et l'Orient développer le thème de la prière. L'Ichthus est donc le ciment de
l'unité des églises chrétiennes.
Galerie

Prière de Jésus dans un


christogramme en
roumain.
Basilique d'Aquilée, Poisson et pains, Hiérapolis
Jonas Eucharistie
Catacombes de
Callixte


Poreč, en Croatie, Poisson des Agapes Roma, Villa dei Symbole de la roue
basilique Catacombes saints Quintili, Antiquarium à huit rayons, créé à
euphrasienne Pierre et Marcellin partir des lettres
grecques ΙΧΘΥΣ


Stèle de Licinia Inscription Milan, Château tardif symbole


d'Abercius contemporain

Usages contemporains
Dans les années 1970, l’usage de l'ichthus s’est répandu aux États-Unis
avec le Jesus Movement auprès des chrétiens, et spécialement chez les
20
chrétiens évangéliques .

Ce symbole est utilisé principalement sur les pendentifs, les épingles ou sur
21, 22
les voitures, en signe d'appartenance à la foi chrétienne .
Ichthus sur une voiture.
On le retrouve également sur le logo de la conférence des évêques de
23
France .
Notes et références
1. (en) Diane Apostolos-Cappadona, A Guide to Christian Art, UK, Bloomsbury Publishing,
2020, p.183.
2. Multiplication des pains et poissons : Évangile de Matthieu 14 v.13-21, 15 v.32-38 / Évangile
de Marc 6 v.34-44, 8 v.1-10 / Évangile de Luc 9.10-17 / Évangile de Jean 6 v.5-13 ; Pêche
miraculeuse : Évangile de Luc 5 v. 4-9 ; Statère : Évangile de Matthieu 17 v. 24-27 ;
Résurrection : Évangile de Luc 24 v.36-43 / Évangile de Jean 21 v. 1-13
3. Paul Fieldhouse, Food, Feasts, and Faith: An Encyclopedia of Food Culture in World
Religions, ABC-CLIO, USA, 2017, p. 214
4. Histoire des trois premiers siècles de l’église chrétienne, Volume 2, Partie 1. ([Link]
[Link]/books?id=ihEqAQAAIAAJ&pg=PA124&dq=ichtus&hl=fr&ei=NbHRS-7wM8b5-Abn1
OydDA&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=10&ved=0CFcQ6AEwCTi0AQ#v=onepag
e&q=ichtus&f=false)
5. Poème Acrostiche Iesus Christos Sôter Oratio Sanctorum Coetus Chapitre 28 page 452 (http
s://[Link]/ark:/12148/[Link].r=++coetum+Sanctorum++.[Link]
[Link]).
6. La Bibliothèque des catacombes de Rome ([Link]
AJ&pg=PA279&dq=Evtherion&hl=fr&ei=5Yu1S7HsC9yJ4gbthLm6Dg&sa=X&oi=book_resul
t&ct=result&resnum=6&ved=0CEoQ6AEwBQ#v=onepage&q=Evtherion&f=false), Edmond
Caillette de l'Hervilliers.
7. Pour les bagues, lire : Abbé Barraud, « Des bagues à toutes les époques… » : Le Poisson ;
Bulletin monumental, volume 30, pages 626-628, description détaillée de quelques bagues ;
[lire en ligne ([Link]
m%C3%A9thyste&lr=&cd=11#v=onepage&q=poisson%20am%C3%A9thyste&f=false)] .
8. Inscriptions sur gemmes de l'acrostiche Ichthus ([Link]
ntique/[Link])
9. Traité du Baptême I, 3
10. Optatus Afrus, De Schismate Donatistarum Adversus Parmenianum ([Link]
[Link]) page 992.
11. La Vierge au poisson de Raphaël : explication nouvelle de ce tableau ([Link]
r/books?id=6a8-AAAAcAAJ&pg=PA71&dq=LA+vierge+au+poisson+Raphael+IChtus&hl=fr&
ei=T5fRS-30FIfj-Qaj7Y2VDA&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CC8Q6AE
wAA#v=onepage&q&f=false) par Pierre V. Belloc.
12. Signa nobis sint columba, aut piscis, aut navis, quae celeri cursu in caleum feratur, aut Lyra
musica…aut anchora nautica… » Clément d'Alexandrie, Paed. Livre III chapitre 2.
13. Porte des Brebis et Porte des Poissons à Jérusalem : En Italie, à Ostie, la Porte (Ostium) des
brebis qui auront la vie en abondance, ce sera le baptistère orné du poisson qui donne
l'entrée dans la vie baptismale, le poisson étant lui-même symbole de vie avec l'eau
(Ézéchiel). Ante pacem : archaeological evidence of church life before Constantine ([Link]
[Link]/books?id=swtI9Cpyl3kC&pg=PA207&lpg=PA207&dq=A+of+the+Domus+dei+
Pesci++Ostie+antique&source=bl&ots=sqOtPfhYif&sig=mrc7B_OxzFIsM5vjfGklpFUsKkQ&h
l=fr&ei=S6CfS9jeNMvG4gbBv5z_DQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0C
AUQ6AEwADgK#v=onepage&q=&f=false) par Graydon F. Snyder, page 207.
14. Lampes paléochrétiennes de Samos ([Link]
bch_0007-4217_1986_num_110_1_1814), Nathalie Poulou-Papadimitriou, Bulletin de
correspondance hellénique, 1986 volume 110, n° 110-1, p. 583-610.
15. Dictionnaire d'Archéologie Chrétienne et de Liturgie, Dom Fernand Cabrol et Dom Henri
Leclerc, tome 14, 1939.
16. Voir sur [Link]. ([Link]
RCHER&FIELD_1=PAYS&VALUE_1=ALGERIE&FIELD_6=SERIE&VALUE_6=TOURING)
17. Catholicisme. Hier - Aujourd'hui - Demain, dir. par G. Jacquemet, T. 11.
18. Les Martyrs : récits et chants sacrés sur leurs tourments et leurs triomphes… ([Link]
[Link]/books?id=P2IuAAAAYAAJ&pg=PA165&dq=ichtus&lr=&cd=25#v=onepage&q=ichtu
s&f=false) par Morel page 165.
19. Archimandrite Sophrony ([Link]
20. Randall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism: Revised and expanded edition,
Baylor University Press, USA, 2004, p. 350
21. Larry Eskridge, God's Forever Family: The Jesus People Movement in America, Oxford
University Press, USA, 2013, p. 91
22. Yannick Fer, L'offensive évangélique. Voyage au cœur des réseaux militants de Jeunesse
en Mission, Labor et Fides, Suisse, 2010, p. 170
23. « Conférence des évêques » ([Link]
france/), sur Église catholique en France (consulté le 18 mai 2022)

Voir aussi
Sur les autres projets Wikimedia :
Ichthus ([Link]
iki/Category:Ichthys?uselang=fr), sur
Wikimedia Commons
Dic. [Link]. Martigny : Poisson,
sur Wikisource
Dic. Arch. Ch. Cabrol : Poisson,
sur Wikisource

Bibliographie
Jean Daniélou, Les Symboles chrétiens primitifs, 1998, Seuil
Édouard Urech, Dictionnaire des symboles chrétiens, 1972
Franz Joseph Dölger Ichthus: das Fischsymbol in früchristlicher Zeit, 1910. ICHTHUS als
Kürzung der Namen Jesu IESOUS CHRISTOS THEOU UIOS SOTER, 1928
Franz Joseph Dölger : ICHTHYS Nachdruck/Reprint in 6 Bänden (Band 5 in 2 Bänden)
Oberhausen/Duisburg 1999-2000, Peter W. Metzler Verlag, Buch- und Medienversand
Peter Metzler, Deutschland/Germany.
Christian Cannuyer : « Le poisson Ichthus, symbole du Christ, serait-il d'origine
égyptienne ? », dans Acta Orientalia Belgica, XV, 2002, p. 255-292, cf. [Link] (htt
p://[Link])
Léon Nicolas Godard, Cours d'archéologie sacrée [lire en ligne ([Link]
KMCAAAAQAAJ&pg=PA404&dq=ichtus&lr=&cd=58#v=onepage&q=ichtus&f=false)]
[lire en ligne ([Link]
Tobie et le poisson dans la littérature et l'iconographie occidentales (IIIe-ve  siècle). Du
symbolisme funéraire à une exégèse christique, J. Doignon Revue de l'histoire des
religions, Année 1976 , Volume 190, Numéro 190-2, p. 113-126.

Articles connexes
Tétragramme YHWH
Symbolique chrétienne primitive
Christogramme
Lac de Tibériade

Liens externes
Symbolisme et Art Sacré ([Link]

Le sarcophage de la Gayole
(iii e  siècle) Musée de Brignoles (Var).

Explication du bas-relief du sarcophage (Agrandir l'image) : Le pêcheur est à gauche, identique à celui du
Pavement d'Aquilée mosaïque, (cf. première illustration en haut à gauche), l'ancre au centre et le Bon
Pasteur à droite.
Saint Grégoire de Nazianze : le pécheur Jésus est venu, sur l'abîme tempétueux de cette
vie, en retirer les hommes comme des poissons, pour les enlever vers le Ciel.

Ce document provient de « [Link]

Vous aimerez peut-être aussi