Juillet 2022 Errazka Youssef
Algèbre et Géométrie 2018-corrigé
1. On rappelle d’abord le résultat classique suivant :
Si L est un sous-corps de K et E un K-espace vectoriel, alors dimL (E) = dimL (K)dimK (E)
Considérons l’application
ϕ : ΓC (A) −→ ΓR (A)2
M −→ (ReM, ImM )
où ReM et ImM désigne respectivement la partie réelle et la partie imaginaire de
M.
L’application ϕ est bien définie. En effet, si M ∈ Mn (C), alors
M = ReM + iImM ∈ ΓC (A) ⇔ M A = AM
⇔ (ReM + iImM )A = A(ReM + iImM )
⇔ ReM A + iImM A = AReM + iAImM
⇔ ReM A = AReM et ImM A = AImM
⇔ ReM, ImM ∈ ΓR (A)
De plus ; il est clair que ϕ est linéaire et bijective,donc
dimR (ΓC (A)) = dimR (ΓR (A)2 ) = 2dimR (ΓR (A))
D’après le rappel, on a dimR (ΓC (A)) = dimR (C)dimC (ΓC (A)) = 2dimC (ΓC (A)). On
en déduit que :
dimR (ΓR (A)) = dimC (ΓC (A))
2. (a) Soit B ∈ Mn (K). On suppose que B ∈ ΓK (A). Soit x ∈ Ei . On a donc
Ax = λi x où λi ∈ K, ainsi BAx = λi Bx. Or AB = BA puisque B ∈ ΓK (A),
alors ABx = λi Bx, d’où Bx ∈ Ei . C’est-à-dire B stabilise les sous-espaces
propres de A.
Réciproquement, supposons que pour tout i ∈ J1, pK on a BEi ⊂ Ei . Alors pour
tout i ∈ J1, pK et tout x ∈ Ei , on a : BAx = λi Bx = ABx puisque Bx ∈ Ei .
Comme A est diagonalisable, alors K n = E1 ⊕· · ·⊕Ep , donc pour tout x ∈ K n ,
on a : BAx = ABx, i.e BA = AB et donc B ∈ ΓK (A).
1
(b) Soit G le sous-espace de L(K n ) constitué des endomorphismes qui laissent
stables les Ei . Considérons l’application
Φ : G −→ L(E1 ) × · · · × L(Ep )
g −→ (g1 , . . . , gp )
où gk désigne l’endomorphisme induit par g sur Ek . Φ est une isomorphisme, en
effet, il est clair que Φ est linéaire et injective (un endomorphisme qui s’annule
sur les Ek , il s’annule sur K n , car K n = E1 ⊕ · · · ⊕ Ep ), puis Φ est surjec-
tive, car si (g1 , . . . , gp ) ∈ L(E1 ) × · · · × L(Ep ), on définit l’endomorphisme
g de K n sur chaque sous-espace propre Ek . Or dim(L(E1 ) × · · · × L(Ep )) =
p p p
2
dim(Ek )2 . D’après la ques-
X X X
dim(L(Ek )) = dim(Ek ) , alors dim(G) =
k=1 k=1 k=1
tion précédente on a G = ΓK (A), d’où :
p
dim(Ek )2
X
dim(ΓK (A)) =
k=1
3. (a) On vérifie par récurrence que pour m < n, on a :
!
0 In−m
J m
= n−m,m
0m,m 0m,n−m
et J n = 0n,n , ce qui assure bien que J est nilpotente d’indice n.
(b) D’après la question précédente, on a f n−1 est un endomorphisme non nul, donc
il existe u ∈ K n tel que f n−1 (u) ̸= 0. Montrons que la famille (u, f (u), . . . , f n−1 (u))
n−1
αk f k (u) = 0, en
X
est libre. Soit alors α0 , . . . , αn−1 des scalairs tels que :
k=0
composant cette égalité par f n−1 , on obtient α0 f n−1 (u) = 0 puisque f i = 0
pour tout i ≥ n, comme f n−1 (u) ̸= 0, alors α0 = 0. Soit i < n − 1. Suppo-
sons que α0 = · · · = αi = 0 et montrons que αi+1 = 0. Par hypothèse, on
n−1
αk f k (u) = 0, en composant cette égalité par f n−i−2 , on obtient
X
a donc
k=i+1
αi+1 f n−1 (u) = 0 et comme ci-dessus, on aura αi+1 = 0. Ce qui montre par récur-
rence que α0 = · · · = αn−1 = 0 et donc la famille Bu := (u, f (u), . . . , f n−1 (u))
est libre à n éléments, c’est donc une base de K n .
(c) Il est clair que In , J, . . . , J n−1 ∈ ΓK (J) et donc vect(In , J, . . . , J n−1 ) ⊂ ΓK (J)
puisque ΓK (J) est un sous-espace vectoriel de Mn (K).
Réciproquement, soit g un endomorphisme commutant avec f . D’après la ques-
n−1
αk f k (u). Comme
X
tion précédente il existe α0 , . . . , αn−1 ∈ K tels que g(u) =
k=0
f g = gf , alors pour tout i ∈ N, on a : gf i = f i g (une récurrence simple sur i),
2
en particulier
n−1 n−1 n−1
g(f i (u)) = f i (g(u)) = f i ( αk f k (u)) = αk f k+i (u) = αk f k (f i (u))
X X X
k=0 k=0 k=0
n−1
αk f k ) coïncident sur la base Bu , on en
X
c’est-à-dire les endomorphismes g et
k=0
déduit que :
n−1
αk f k
X
g=
k=0
n−1
αk J k , donc M ∈
X
Matriciellement, cela signifie que si M ∈ ΓK (J), alors M =
k=0
vect(In , J, . . . , J n−1 ). D’où ΓK (J) ⊂ vect(In , J, . . . , J n−1 ). Par conséquent :
ΓK (J) = vect(In , J, . . . , J n−1 )
(d) Il suffit de prendre la matrice J. On sait que l’unique valeur propre d’une
matrice nilpotente est 0. D’autre part, on a rg(J) = n − 1 (puisque la ma-
trice extraite en supprimant la première ligne et la dernière colone, à sa-
voir In−1 est inversible et la matrice J ne l’est pas), alors par théorème du
rang, on a dim(E0 ) = dim(ker(J)) = 1 (E0 étant le sous-espace propre asso-
ciè à la valeur propre 0). Mais d’après la question précédente, on a ΓK (J) =
vect(In , J, . . . , J n−1 ), donc dim(ΓK (J)) = dim(vect(In , J, . . . , J n−1 )) = n puisque
la famille (In , J, . . . , J n−1 ) est libre, donc base de vect(In , J, . . . , J n−1 ), ce qui
preuve que la relation obtenue à la question 2.(b) n’est vraie si la matrice n’est
pas diagonalisable.
Remarque : la matrice J n’est pas diagonalisable. En effet, la seule valeur
propre de J est 0, donc si elle est diagonalisable, elle sera semblable à la matrice
nulle, donc J = 0 ce qui est absurde.
4. (a) Soient ϕ1 , ϕ2 ∈ E. Pour tout M ∈ Mn (K), on a :
ϕ1 oϕ2 ( t M ) = ϕ1 (ϕ2 ( t M )) = ϕ1 ( t ϕ2 (M )) = t (ϕ1 (ϕ2 (M ))) = t (ϕ1 oϕ2 (M ))
donc ϕ1 oϕ2 ∈ E, de plus idMn (K) ∈ E ainsi E est une sous-algèbre de L(Mn (K)).
(b) On remarque que : φ2 = idMn (K) , donc X 2 − 1 est un polynôme annuleur de
φ, comme il est scindé à racines simples, alors φ est diagonalisable et on a
sp(φ) ⊂ {−1, 1}. Or φ(In ) = In , 1 est donc une valeur propre de φ. Mais 1 ne
peut être la seule valeur propre de φ (car sinon φ = idMn (K) ce qui n’est pas
le cas), d’où sp(φ) = {−1, 1}.
(c) Avec les notation de la question précédente, un élément ϕ appartient à E si et
seulement si ϕ commute avec φ, donc E = ΓK (φ) (en identifiant φ à sa ma-
trice dans la base canonique). Comme φ est diagonalisable et sp(φ) = {−1, 1}
(question précédente), alors d’après la question 2.(b), on a alors :
dim(E) = dim(E−1 )2 + dim(E1 )2
3
On sait bien que Mn (K) = Sn (K) ⊕ An (K), où Sn (K) désigne l’ensemble
des matrices symétriques, et An (K) celui des matrices antisymétriques. Soit
(A1 , . . . , Ap ) et (B1 , . . . , Bq ) une base respective de l’espace vectoriel des ma-
trices symétriques et antisymétriques de sorte que (A1 , . . . , Ap , B1 , . . . , Bq ) soit
une base de Mn (K). Nous avons φ(Ai ) = t Ai = Ai et φ(Bi ) = t Bj = −Bj
pour tout (i, j) ∈ J1, pK × J1, qK. Donc (A1 , . . . , Ap , B1 , . . . , Bq ) est une base
de vecteurs propres de φ, en particulier dim(E1 ) = p et dim(E−1 ) = q. Or
p = dim(Sn (K)) = n(n+1) 2
et q = dim(An (K)) = n(n−1)
2
, alors dim(E1 ) = n(n+1)
2
n(n−1) 2 n(n+1) 2
et dim(E−1 ) = n(n−1)
2
. On en déduit alors que : dim(E) = 2
+ 2
.
Par conséquent, on a :
n2 (n2 + 1)
dim(E) =
2
5. Soient i, j ∈ J1, nK. On a :
fU,V (Ei,j ) = U Ei,j V
= [0, . . . , 0, Ci (V ), 0, . . . , 0]V
avec [0, . . . , 0, Ci (V ), 0, . . . , 0] désigne la matrice dont toutes les colonnes sont nulles
sauf la j-ème qui vaut Ci (V ) (la i-ème colonne de V ). Posons U = (ui,j )1≤i,j≤n et
V = (vi,j )1≤i,j≤n
n
X
On peut alors écrire : [0, . . . , 0, Ci (V ), 0, . . . , 0] = uk,i Ek,j . Or :
k=1
n X
X n
Ek,j V = Ek,j ( vp,q Ep,q )
p=1 q=1
n
XXn
= vp,q Ek,j Ep,q
p=1 q=1
Xn X n
= vp,q δj,p Ek,q
p=1 q=1
Xn X n
= vp,q δj,p Ek,q
q=1 p=1
Xn
= vj,q Ek,q (∗)
q=1
où δj,p désigne le sympole de Kronecker qui vaut 1 si j = p et 0 sinon. Il s’ensuit
4
alors que :
n
X
fU,V (Ei,j ) = ( uk,i Ek,j )V
k=1
n
X
= uk,i Ek,j V
k=1
Xn n
X
= uk,i vj,q Ek,q d’après (*)
k=1 q=1
ce qui montre que la matrice de fU,V dans la base B est :
u1,1 V ··· u1,n V
. ..
..
matB (fU,V ) = . ∈ Mn2 (K)
un,1 V ··· un,n V
6. ∗) Il est clair que : ϕT = fT,In − fIn ,T , or d’après la question précédente, on
t1,1 In t1,2 In · · · t1,n In
T
0
t2,2 In · · · t2,n In
...
a : matB (fT,In ) =
.. .. ... .. et matB (fIn ,T ) =
,
. . .
T
0 0 · · · tn,n In
alors :
t1,1 In − T ···
t1,2 In t1,n In
0 t2,2 In − T · · · t2,n In
matB (ϕT ) = .. .. ... ..
. . .
0 0 ··· tn,n In − T
∗∗) Les coefficients diagonaux de la matrice matB (ϕT ) comporte au moins n zé-
2
ros, si Bc = {e1 , . . . , en2 } désigne la base canonique de K n alors pour tout
k ∈ {1, . . . , n} ek2 ∈ Ker(matB (ϕT )). La famille {ek2 }1≤k≤n étant libre, donc
dim(ker(matB (ϕT ))) ≥ n et par théorème du rang ; on obtient :
rg(ϕT ) ≤ n2 − n
7. (a) Quitte à se placer dans une base adaptée, on peut supposer que A est triangu-
laire supérieure, il résulte de la question précédente que
dim(ΓK (A)) = dim(ker(matB (ϕT ))) ≥ n.
(b) Dans le cas général, soit L un corps de décomposition du polynôme caractéris-
tique χA de A sur K. La matrice A est donc trigonalisable dans Mn (L) puisque
χA est scindé sur L. La question précédente assure que dimL (ΓL (A)) ≥ n. Pour
conclur, il suffit de montrer que dimK (ΓK (A)) = dimL (ΓL (A)).
On sait bien que L est une extension finie de K, soit alors a1 , . . . , ap une K-
base de L. Soit M1 , . . . , Mr une L-base de ΓK (A). Montrons que M1 , . . . , Mr
est une L-base de ΓL (A). En effet :
5
☛ Famille libre
Soit λ1 , . . . , λr ∈ Lr tel que ri=1 λi Mi = 0. On sait donc que pour tout
P
i ∈ J1, rK, λi = pi=1 µki ak .
P
On a donc
r
X X p
r X p
X r
X
!
λi Mi = µki ak Mi = ak µki Mi = 0
i=1 i=1 i=1 k=1 i=1
Ainsi, pour tout k ∈ J1, pK, ri=1 µki Mi puisque (ak ) est une famille libre.
P
Finalement, pour tout k ∈ J1, pK et pour tout i ∈ J1, rK ; µki = 0 ce qui
entraîne que pour tout i ∈ J1, rK, λi = 0.
☛ Famille génératrice
Soit X ∈ ΓL (A) noté X = (xij ).
On a, pour tout i, j ∈ J1, nK : xij = pk=1 µij (k)ak .
P
Posons µ(k) = (µij (k))1≤i,j≤n . Montrons que pour tout k ∈ J1, pK, µ(k) ∈
ΓK (A). On sait que XA = AX, donc pour tout i, j ∈ J1, nK,
n
X n
X
(XA)ij = (AX)ij ⇔ ail xlj = xil alj
l=1 l=1
Xn p
X
! n
X p
X
!
⇔ ail µlj (k)ak = µil (k)ak alj
l=1 k=1 l=1 k=1
Xp Xn
!
Xp n
X
!
⇔ ak ail µlj (k) = ak µil (k)alj
k=1 l=1 k=1 l=1
Xp p
X
⇔ ak Aµ(k) = ak µ(k)A
k=1 k=1
Xp
⇔ ak (Aµ(k) − µ(k)A) = 0
k=1
Comme ; pour tout k ∈ J1, pK, ak ̸= 0 (sinon la famille (ak ) ne serait pas
libre), on a que pour tout k ∈ J1, pK, µ(k) ∈ ΓK (A).
Ainsi ; il existe bk1 , . . . , bkr ∈ K tels que µ(k) = ri=1 bki Mi . Ainsi
P
r
X p
X
!
X= bki ak Mi .
i=1 k=1
Finalement, X ∈ vectL (M1 , . . . , Mr ). D’où le résultat.