Vie Paysanne
Vie Paysanne
LE COCHON
« Les Jours du Cochon »
Le porc, appelé plus souvent le cochon, voir le pourceau, le pourciau (prononcez le pourcia͛o), ou le goret, ĂĠƚĠů͛ƵŶĞ
ĚĞƐƉƌĞŵŝğƌĞƐĞƐƉğĐĞƐĂŶŝŵĂůĞƐĚŽŵĞƐƚŝƋƵĠĞƐƉĂƌů͛ŚŽŵŵĞ. Sur beaucoup de sites archéologiques du Néolithique,
ůĞƐĚĠƉŽƚŽŝƌƐůŝǀƌĞŶƚƋƵĂŶƚŝƚĠĚ͛ŽƐƐĞŵĞŶƚƐ͘ ĂŶƐůĞŵŽŶĚĞƌƵƌĂůĞƚĂŐƌŝĐŽůĞĚ͛ĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕ůĂƚƌĂĚŝƚŝŽŶĚĞůĂ&ġƚĞĚƵ
Cochon perdure, notamment en Bretagne, dans le sud-ouest et les régions de montagne͕ĞŶƚƌĞů͛ĂƵƚŽŵŶĞĞƚů͛ŚŝǀĞƌ.
Le jour du sacrifice, vécu comme une fête de l'abondance et de l'entraide, marque l'avènement de l'hiver ou du
printemps. EŶĐĂƐĚĞĚĞƵdžƚƵĞƌŝĞƐĚĞĐŽĐŚŽŶƐăů͛ĂŶŶĠĞ͕ůĂƉƌĞŵŝğƌĞĂǀĂŝƚůŝĞƵ généralement ĞŶŵĂƌƐ͕ů͛ĂƵƚƌĞăůĂ
Toussaint. Et dans quelques lieux, les dates variaient, ainsi : en mai à Gien dans le Loiret, en juillet à Cambremer dans
le Calvados, sous la neige en montagne. Mais le plus souvent Pâques et la Toussaint ou les vendanges étaient des
dates associées. Le « jour du cochon » pŽƵǀĂŝƚ ŶĞ ĚƵƌĞƌ ƋƵ͛ƵŶĞ ƐĞƵůĞ ũŽƵƌŶĠĞ͘ DĂŝƐ ůĞ ƉůƵƐ ƐŽƵǀĞŶƚ ůĞƐ ũŽƵƌƐ ĚƵ
ĐŽĐŚŽŶ Ɛ͛ĠƚĂůĂŝĞŶƚ ƐƵƌ plusieurs jours : le premier pŽƵƌ ů͛ĂďĂƚƚĂŐĞ, nettoyage, dépeçage et un second, voire un
troisième pour les charcutailles.
Marché aux cochons à Pamiers, Ariège ʹ vers 1900 La « pâtée » du cochon dans la cour de la ferme, Pyrénées, 1900
Départ de cochons soigneusement harnachés pour le marché Marché aux cochons à Huelgoat Finistère Est dans le Parc
de Plougastel (pointe ouest du Finistère) - fin XIXe Ě͛ƌŵŽƌŝƋƵĞ͕ƐŝƚƵĠĂƵĐĞŶƚƌĞĚĞůĂƌĞƚĂŐŶĞ- vers 1930
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 604
Les familles pauvres ƋƵŝŶĞĚŝƐƉŽƐĂŝĞŶƚĚ͛ĂƵĐƵŶĐŚĂŵƉŶŝĚ͛ĂƵĐƵŶĞ récolte pour leur cochon, le laissaient errer aux
environs de leur closerie de misère ou sur les terrains communaux ou le long des chemins ăů͛ĠƉŽƋƵĞĚĞƐŐůĂŶĚƐĞƚĚĞƐ
châtaignes. Fouillant dans la fange, le porc y cherchait avidement vers, racines ou fruits sauvages surtout des glands.
Chez ces derniers, le cochon était si précieux que faute de pouvoir le loger à part, certains le soignaient dans le logis
même, ce qui engendrait des saletés et surtout des risques pour les enfants en bas-âge. Cette pratique de la
cohabitation se ƉĞƌƉĠƚƵĞũƵƐƋƵ͛ĂƵĚĠďƵƚĚƵyyĞƐŝğĐůĞ͘WŽƵƌƉƌĞƵǀĞ͕ĐĞƚƚĞĂƌƚŝĐůĞĚĞƉƌĞƐƐĞƉƵďůŝĠƉĂƌů͛hŶŝŽŶ>ŝďĠƌĂůĞ
de Dinan le 11 mars 1900 : « Madame Callonec sort de chez elle le 2 mars, en laissant sa petite fille de 11 mois dans
son berceau. Un porc se trouve dans la pièce et Madame Callonec oublie de le chasser. >͛ĂŶŝŵĂůĐŚĂǀŝƌĞůĞďĞƌĐĞĂƵĞƚ
ŵĂŶŐĞ ƵŶĞ ŵĂŝŶ Ğƚ ƵŶ ƉŽŝŐŶĞƚ ĚĞ ů͛ĞŶĨĂŶƚ ƋƵŝ ŵĞƵƌƚ ĚĞƐ ƐƵŝƚĞƐ ĚĞ ƐĞƐ ďůĞƐƐƵƌĞƐ ». Il paraît que ces drames hélas
étaient maintes fois répétés. Ils disparurenƚĚğƐƋƵĞůĞƐĐŽŶĚŝƚŝŽŶƐĚĞǀŝĞĞŶŐĠŶĠƌĂůƐ͛ĂŵĠůŝŽƌğƌĞŶƚĂƉƌğƐůĂƉƌĞŵŝğƌĞ
guerre mondiale.
L͛ĂĚĂŐĞ ͨ Tout est bon dans le cochon » (hormis la bile), était connu et très apprécié. En effet la chair même du
cochon permet de proposer des mets variés. Les mĞŝůůĞƵƌƐ ŵŽƌĐĞĂƵdž ƐŽŶƚ ĐŽŶƐŽŵŵĠƐ ă ů͛ĠƚĂƚ ĨƌĂŝƐ͕ ůĞƐ ĂƵƚƌĞƐ
peuvent se conserver sous plusieurs formes (voir Partie 4, la Conservation des Aliments). Pour mémoire, rappelons
ƋƵ͛ă ĐƀƚĠ ĚĞƐ ĐŽĐŚŽŶŶĂŝůůĞƐ (saucisses, saucissons, andouilles, terrines, rillettes, graillons et confits), le sang
permettait de confectionner le boudin, les poils étaient vendus au chiffonnier et les soies transformées en brosses,
les intestins soigneusement lavés servaiĞŶƚ Ě͛ĞŶǀĞůŽƉƉĞƐ aux charcuteries et la vessie pouvait être employée à
divers usages.
Soue à cochons à Loguivy Soues à cochons en Ille et Vilaine, XXe Soue à cochons en Lozère, XXe
Pougras, XIXe
Dans les montagnes ariégeoises, les porcelets achetés au marché au mois de septembre ĠƚĂŝĞŶƚ ĞŶŐƌĂŝƐƐĠƐũƵƐƋƵ͛ă
ů͛ŚŝǀĞƌĚ͛ĂƉƌğƐ͕ĞŶĚĠǀŽƌĂŶƚůĞƐůĠŐƵŵĞƐĞƚůĞƐƉąƚĠĞƐĂƉƉŽƌƚĠĞƐƉĂƌůĂĨĞŵŵĞƚŽƵũŽƵƌƐĐŚĂƌŐĠĞĚĞůĂďĂƐƐĞ-cour. La
nourriture se composait exclusivement des légumes ou fruits cultivés par le foyer : pommes de terre, betteraves,
ŶĂǀĞƚƐ͕ƉŽŵŵĞƐ͕ĐŚŽƵdž͕ďůĞƚƚĞƐ͙ĂƵdžƋƵĞůƐƐ͛ĂũŽƵƚĂŝĞŶƚůĞƐŽƌƚŝĞƐ͘>ĞƚŽƵƚĠƚĂŝƚĐƵŝƚƉĞŶĚĂŶƚĚĞůŽŶŐƵĞƐŚĞƵƌĞƐƐŽŝƚ
dans une grande marmite en fonte située au-ĚĞƐƐƵƐĚ͛ƵŶĨŽLJĞƌĚĂŶƐůĂĐŽƵƌ, soit dans le chaudron de la cheminée.
ĐƌĂƐĠƐĂǀĞĐƵŶƉŝůŽŶ͕ůĞƐůĠŐƵŵĞƐĠƚĂŝĞŶƚĂƌƌŽƐĠƐĚĞƐŽŶĂǀĂŶƚĚ͛ġƚƌĞƐĞƌǀŝƐĂƵĐŽĐŚŽŶ͘ Le mélange était versé dans
une auge en pierre. Les sorties du cochon étaient restreintes ͗ƵŶĞăĚĞƵdžƉƌŽŵĞŶĂĚĞƐĚĂŶƐůĂƐĞŵĂŝŶĞĞƚĐ͛ĠƚĂŝƚƚŽƵƚ.
ŝŶƐŝĚŽƌůŽƚĠ͕ăů͛ąŐĞĚĞĚĞƵdžĂŶƐ͕ůĞĐŽĐŚŽŶĂƚƚĞŝŐŶĂŝƚůĞƉŽŝĚƐƌĞƐƉĞĐƚĂďůĞĚĞϮϬϬăϮϰϬŬŝůŽƐ͘
ĂŶƐ ů͛/ƐğƌĞ, « à Brézins, les cochons mangeaient la préparation cuite dans la chaudière : patates, carottes,
topinambours, raves, navets. Chez nous, on ne tuait pas de gros cochons, 100/120 kilos, jamais plus, mais chez Jean
Mathais, ils étaient nombreux à manger, ils tuaient des cochons de 140/150 kilos ». Souvenirs de Denise et André
Veyron des Marguets ». [Link]
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 605
« En Quercy, le foie servait à faire les pâtés. Les jambons, les côtes et la colonne vertébrale étaient mis à saler dans une
maie en bois, avec le lard. Le sang auquel on ajoutait la chair grasse du cou, découpée en petits dés, donnait un boudin
moelleux. Des jarrets, on faisait les jambonneaux. Les gros fritons comprenaient les oreilles, OH PXVHDX OH F°XU OHV
rognons, les poumons, la langue. On les mettait à cuire dans une grande marmite en cuivre, avec la graisse et les
morceaux de viande récupérés sur les os, pour obtenir les petits fritons. La meilleure chair était réservée aux saucisses et
aux saucissons » SŽƵǀĞŶŝƌƐĚ͛ƵŶĞĂŵŝĞŶĠĞĚĂŶƐůĞdĂƌŶĞŶϭϵϮϳ͕ƌĞĐƵĞŝůůŝs par Jeannine Montarry, en 1996
« En Corrèze OH VDFULILFH GX FRFKRQ TXL DYDLW OLHX O¶KLYHU QpFHVVLWDLW EHDXFRXS GH PRQGH HW GXUDLW WURLV MRXUV Le
SUHPLHUMRXUpWDLWUpVHUYpjO¶DEDWWDJHGXFRFKRQODFRQIHFWLRQGXERXGLQHWGXSkWpGHWrWH Dès le refroidissement du
ERXGLQ HQ ILQ G¶DSUqV-midi, quelques assiettes du précieux mets fermées par un torchon seront distribuées chez les
voisins et amis.
Tôt le lendemain, après le café et une goutte de gnole, le tueur découpe la carcasse devenue ferme et les autres préparent
les morceaux par catégories : morceaux de viande à conserver - PRUFHDX[jIURWWHUDXVHOJULVDYDQWG¶rWUHGpSRVpVDX
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 606
11ʹ >DKZdhK,KEKh>͛É'KZ'DEdKh>͛dd'>͛E/D>
En petite Beauce (Loir et Cher) : « Le saigneur de cochon ou le tueur de goret ĂƌƌŝǀĂŝƚăů͛ŚĞƵƌĞƉƌĠǀƵĞ, à vélo, avec
ses outils enveloppés dans un sac de jute, sur son porte-bagage : ses couteaux, son hacheron et son fusil ou affutoir de
couteaux. Le couteau devait être parfaitement affûté. Et couper comme un rasoir. Plus rarement, on utilisait la meule
ĚĞůĂĨĞƌŵĞƋƵĞů͛ŽŶƚŽƵƌŶĂŝƚĞŶů͛ĂƌƌŽƐĂŶƚĚ͛ĞĂƵ͘
Le jour du sacrifice étant fixé, ů͛ŚŽŵŵĞ ĚĞ ŵĠƚŝĞƌ ƐĞ ůĞǀĂŝƚ ƚƀƚ ƉŽƵƌ ŽĨĨŝĐŝĞƌ ă ů͛ĂƵďĞ͕ ĂĨŝŶ ĚĞ ŶĞ ƉĂƐ ƌĂĐĐŽƵƌĐŝƌ ůĂ
journée de la préparation des cochonnailles. Parfois, il lui arrivait de faire 30 km à vélo, par tous les temps, pour se
rendre à la ferme. Dès son arrivée, le tueur entrait dans la porcherie (la soue à cochon) accompagné de gens de la
ĨĞƌŵĞƉŽƵƌů͛ĠƉĂƵůĞƌ͘Il entravait ů͛ĂŶŝŵĂůĞŶŐůŝƐƐĂŶƚƵŶĞƉĂƚƚĞĂƌƌŝğƌĞĚĂŶƐƵŶŶƈƵĚĐŽƵůĂŶƚĚĞůĂůŽŶŐĞ;ĐŽƌĚĞͿĚŽŶƚ
ŝůĞŶŐĂŐĞĂŝƚů͛ĞdžƚƌĠŵŝƚĠĚĂŶƐůĞƉĂƐƐĂŶƚĚƵǀĞƌƌŽƵ͘ŶƚŝƌĂŶƚůĂůŽŶŐĞĚĞƉůƵƐĞŶƉůƵƐ͕ůĞĐŽĐŚŽŶƋƵŝƌĠƐŝƐƚĂŝƚĨŽƌƚĞŵĞŶƚ à
la traction et poussait des cris stridents finissait par capituler. >͛ĂŶŝŵĂů ƐĞ ůĂŝƐƐĂŝƚ ĂůŽƌƐ ƚƌĂŠŶĞƌ ǀĞƌƐ le seuil avant
Ě͛ġƚƌĞƉŽƵƐƐĠƉĂƌƉůƵƐŝĞƵƌƐŚŽŵŵĞƐƋƵŝĂĐĐŽŵƉĂŐŶĂŝĞŶƚůĞƵƌƐĞĨĨŽƌƚƐĚĞͨ Ho Hisse » et parfois de jurons, dans une
cage. ĞƌƚĂŝŶƐƉƌĞŶĂŝĞŶƚůĞĐŽĐŚŽŶƉĂƌůĞƐŽƌĞŝůůĞƐ͕Ě͛ĂƵƚƌĞƐƉĂƌ les pattes arrière et la queue. >ăŵĂŝŶƚĞŶƵăů͛ĠƚƌŽŝƚ͕ŝů
ĠƚĂŝƚĂƐƐŽŵŵĠƉĂƌůĞƚƵĞƵƌĚĞĐŽĐŚŽŶăů͛ĂŝĚĞĚ͛ƵŶǀŝŽůĞŶƚĐŽƵƉĚĞŵĂŝůůĞƚƐƵƌůĂƚġƚĞ͘^ĠĂŶĐĞƚĞŶĂŶƚĞ͕ů͛ŚŽŵŵĞĚĞ
ŵĠƚŝĞƌƉŝƋƵĂŝƚůĂĐĂƌŽƚŝĚĞăů͛ĂŝĚĞĚ͛ƵŶĐŽƵƚĞĂƵĂƉƉĞůĠͨ ů͛ĠŐŽƌŐĞŽŝƌ », puis il maintenait la saignée en comprimant
ůĂƚĂŝůůĂĚĞĂǀĞĐƐŽŶƉŽƵĐĞ͘>ĞƐĂŶŐƉŝƐƐĂŝƚƉĂƌƐĂĐĐĂĚĞƐĚĂŶƐƵŶĞƉŽġůĞăůŽŶŐŵĂŶĐŚĞƋƵĞů͛ŽŶversait dans un seau,
religieusement, sans en perdre une goutte. On ajoutait un jet de vinaigre et on touillait de temps en temps pour
ĞŵƉġĐŚĞƌ ůĂ ĐŽĂŐƵůĂƚŝŽŶ ĚƵ ƉƌĠĐŝĞƵdž ůŝƋƵŝĚĞ͘ Ƶ ĐŽŝŶ ĚĞ ů͛ƈŝů͕ ůĂ ĨĞƌŵŝğƌĞ ĠǀĂůƵĂŝƚ ůĂ ůŽŶŐƵĞƵƌ ĚĞ ďŽƵĚŝŶ ƋƵĞ ůĂ
ƐĞŝůůĠĞŽďƚĞŶƵĞůƵŝƉĞƌŵĞƚƚƌĂŝƚĚ͛ĞŶƚŽŶŶĞƌ͘>ĞƐ sŽƵďƌĞƐĂƵƚƐĚĞů͛ĂŶŝŵĂů Ɛ͛ĂĨĨĂŝďůŝƐƐĂŝĞŶƚ ; la plaie ne coulait plus. Le
cochon avait vécu ».
Adaptation de « Nos racines retrouvées » (La Petite Beauce) de Gérard BOUTET, 1986, Editions Godefroy .
Ğ ŵŽĚĞ Ě͛ĞdžĠĐƵƚŝŽŶ ĚƵ ĐŽĐŚŽŶ ĂǀĂŝƚ ĚĞƐ ǀĂƌŝĂŶƚĞƐ. En Bretagne et dans Ě͛ĂƵƚƌĞƐ régions, ůĞ ŶƈƵĚ ĐŽƵůĂŶƚ ĠƚĂŝƚ
passé dans la gueule. Une fois traîné par une corde, le porc était déposé horizontalement sur un large banc en bois
bien stable, aux pieds écartés, où il était maintenu non sans mal sur le côté. Un des aides le tenait par le train avant en
prenant bien garde aux coups de pieds. >͛ĂƵƚƌĞƐĂŝƐŝssait la queue et la passait ĞŶƚƌĞůĞƐũĂŵďĞƐĂƌƌŝğƌĞ͘>͛ĂŶŝŵĂůƋui se
débattait poussait des cris terribles. Le groin était alors ĨŝdžĠ ƉĂƌ ůĞ ŶƈƵĚ ĐŽƵůĂŶƚ Ău banc qui comportait un
rétrécissement adéquat à une extrémité. YƵĂŶĚů͛ĂŶŝŵĂůĠƚĂŝt bien plaqué sur le côté, le tueur lui plantait un grand
couteau bien aiguisé en pleine gorge sans assommage préalable. Un grand baquet en bois ou un bassin de cuivre
appelé « une peile », qui avait été ƉŽƐĠ ă ƉƌŽdžŝŵŝƚĠ ĚƵ ďĂŶĐ Ğƚ ĚĞ ůĂ ŐŽƌŐĞ ĚĞ ů͛ĂŶŝŵĂů ƌĞcevait le sang encore
chaud. Pour empêcher celui-ci de coaguler, certains préféraient le brasser énergiquement pour obtenir des
ĨŝůĂŵĞŶƚƐĚĞĨŝďƌŝŶĞƋƵ͛ŝůƐƵĨĨŝƐĂŝƚĞŶƐƵŝƚĞĚ͛ĞŶůĞǀĞƌĂǀĞĐůĂŵĂŝŶ͘
Signalons que ce procédé de mise à mort jugé cruel a été proscrit par les envahisseurs allemands en 1940, ceux-là
même qui ont commis des crimes humains en série.
A Sorgeat, en Haute Ariège, à 1 ϬϬϬŵĚ͛ĂůƚŝƚƵĚĞ͕ĚĂŶƐůĞƐWLJƌĠŶĠĞƐ͕ůĞƚƵĞƵƌƚąƚĂŝƚůĂŐŽƌŐĞƉŽƵƌďŝĞŶƌĞƉĠƌĞƌů͛ĂƌƚğƌĞ
Ğƚ LJ ƉůĂŶƚĂŝƚ ƐŽŶ ĐŽƵƚĞĂƵ Ě͛Ƶn geste sûr pour la sectionner. Le sang jaillissait en un jet tendu, par saccades au
rythme des pulsations cardiaques et était récupéré dans un chaudron ou un seau, tenu par une femme, dans lequel
on avait mis du vinaigre afin d'éviter que le précieux liquide ne se caille. Le mélange sang - vinaigre, était touillé
sans arrêt à l'aide d'un bâton, souvent en noisetier.
Adaptation de [Link]/[Link]/tradition/repas-sacrifice-du-cochon
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 607
En Normandie et en Corrèze, pour obtenir le sang du cochon posé sur un côté, le tueur levait et abaissait rapidement
la patte avant située au-dessus, comme un levier. Ce geste agissait comme une pompe et faisait jaillir le sang.
Il faut plusieurs hommes pour maîtriser le cochon., La corde est passée dans le groin.
Langon, Ille et Vilaine, 1946 Langon, Ille et Vilaine, 1946
Cinémathèque du 0LQLVWqUHGHO¶$JULFXOWXUH Cinémathèque du 0LQLVWqUHGHO¶$JULFXOWXUH
Le porc est allongé de côté sur un banc ĞŶǀƵĞĚĞů͛ŝŶĐŝƐŝŽŶ͘ Là, le porc est déposé sur une grande cuve en bois retournée, il
La mort du porc aura lieu à la fin du saignement. Dès que le ĞƐƚŵĂŝŶƚĞŶƵăů͛ĂƌƌŝğƌĞƉĞŶĚĂŶt le saignement. La femme bat le
sang tombe dans la bassine, la femme le mélange. (Finistère) sang recueilli dans la bassine avec un bâton. (Normandie).
Carte postale Carte postale
ƵƐƐŝƚƀƚ ĂƉƌğƐ ů͛ŝŶĐŝƐŝŽŶ ĚĂŶƐ ů͛ĂƌƚğƌĞ͕ ůĞ ƐĂŶŐ ĞƐƚ ƌĞĐƵĞŝůůŝ /Đŝ͕ů͛ĂŶŝŵĂůĠƚĂŶƚƉŽƐĠĂƵƐŽůƐƵƌƵŶĞƉůĂŶĐŚĞ͕ƉŽƵƌƌĞĐƵĞŝůůŝƌůĞ
dans un seau contenant un peu de vinaigre et touillé pour sang, il faut une poêle à long manche, laquelle sera reversée
éviter la coagulation. dans la marmite voisine. Haut Languedoc.
^ŽƌŐĞĂƚ͕ϵϲŚĂď͕ăϱŬŵĚ͛džůĞƐdŚĞƌŵĞƐ͕,ĂƵƚĞƌŝğŐĞ Carte postale
Lavage du cochon dans une maie, reconstitution, Hte Ariège Sur une vieille table basse, en Lozère
Sorgeat, 96 hab, à 5 ŬŵĚ͛džůĞƐdŚĞƌŵĞƐ͕,ĂƵƚĞƌŝğŐĞ lavage du cochon ăů͛ĞĂƵĐŚĂƵĚĞ Carte postale
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 609
Accrochage du cochon sur une échelle par les tendons arrière Accrochage à une poutre à Sorgeat, Haute Ariège. On distingue
en Normandie et en Ille et Vilaine. le bois cintré engagé ăů͛ĂǀĂŶƚĚes tendons.
Sorgeat, 96 hab, à 5 ŬŵĚ͛džůĞƐdŚĞƌŵĞƐ͕,ĂƵƚĞƌŝğŐĞ
Premier verre après le nettoyage du cochon, Langon ( 35). Deuxième verre après le dépeçage du cochon, Langon (35).
&LQpPDWKqTXHGX0LQLVWqUHGHO¶$JULFXOWXUH &LQpPDWKqTXHGX0LQLVWqUHGHO¶$JULFXOWXre
Langon, Ille et Vilaine, 1946 Langon, Ille et Vilaine, 1946
ƉƌğƐ ů͛ĠǀŝƐĐĠƌĂƚŝŽŶ Ğƚ ůĂ ĚĠĐŽƵƉĞ͕ le travail des hommes était terminé. La carcasse était stockée un jour ou deux
dans une arrière cuisine ou dans un cellier frais afin de maturer. ŶĨĂŝƚů͛ŚŽŵŵĞĚĞŵĠƚŝĞƌƋƵŝĂǀĂŝƚƚƵĠĞƚŽƵǀĞƌƚůĞ
cochon, était celui qui effectuait le travail le plus important. Les hommes accompagnants quŝ ů͛ĂǀĂŝĞŶƚ ĂŝĚĠ ƉŽƵƌ
ĚĠůŽŐĞƌ ů͛ĂŶŝŵĂů ĚĞ ůĂ ƐŽƵĞ͕ ů͛ĂŵĞŶĞƌ ă ůĂ ƚĂďůĞ Ě͛ĂďĂƚƚĂŐĞ͕ ůĞ ŵĂŝŶƚĞŶŝƌ ƉĞŶĚĂŶƚ ůĂ ƐĂŝŐŶĠĞ͕ ƉƵŝƐ ĂŝĚĞƌ ă ůĞ ůĂǀĞƌ
ĂǀĂŝĞŶƚƵŶƐĞĐŽŶĚƌƀůĞ͘DĂŝƐ͕ăĞƵdžƚŽƵƐ͕ŝůƐĐŽŶƐƚŝƚƵĂŝĞŶƚů͛ĠƋƵŝƉĞƉĂƌƚŝĐŝƉĂŶƚĞăůĂũŽƵƌŶĠĞĚƵĐŽĐŚŽŶĞƚĂǀĂŝĞŶƚĚroit
ĂƵdžĂǀĂŶƚĂŐĞƐƋƵŝƐƵŝǀƌĂŝĞŶƚů͛ĂďĂƚƚĂŐĞ͘
WŽƵƌ ƌĠĐƵƉĠƌĞƌ ĂƉƌğƐ ůĞ ĚĠƉĞĕĂŐĞ ĚƵ ĐŽĐŚŽŶ͕ ŝůƐ ƉĂƌƚĂŐĞĂŝĞŶƚ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ǀĞƌƌĞƐ͘ ĞƚƚĞ ƉƌĂƚŝƋƵĞ ĠƚĂŝƚ ŽďƐĞƌǀĂďůĞ ĚĂŶƐ
toutes les régions.
Alors, commençait le travail des femmes. La tête fendue en deux était relavĠĞăů͛ĞĂƵĚĞůĂĨŽŶƚĂŝŶĞŽƵĚƵƉƵŝƚƐĂĨŝŶ
de récupérer la cervelle. Puis les viscères étaient nettoyéƐĞƚůĂǀĠƐƉĂƌĞůůĞƐ͘/ůĨĂůůĂŝƚĚ͛ĂďŽƌĚůĞƐǀŝĚĞƌde leurs contenus
soit en pinçant et en poussant, soit en enfonçant une tige si cela était possible. Ensuite les viscères étaient retournés,
grattés et nettoyés ăů͛ĞĂƵƐƵƌůĞƐĨĂĐĞƐŝŶƚĞƌŶĞĞƚĞdžƚĞƌŶĞĞŶƉƌĞŶĂŶƚƐŽŝŶĚĞŶĞƉĂƐůĞƐĐƌĞǀĞƌ͛͘ĠƚĂŝƚƵŶƚƌĂǀĂŝůĚĠůŝĐĂƚ
et pénible qui leur était réservé.
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 611
Les femmes prenaient le relais pour le nettoyage fastidieux des viscères : intestin et estomac notamment.
Le nettoyage avait lieu à la fontaine du village ou à la cour de la ferme ĚĂŶƐĚĞƐďĂĐƐƌĞŵƉůŝƐĚ͛ĞĂƵƉƌğƐĚƵƉƵŝƚƐ͘
Les autres abats attachés à la carcasse ͗ĐƈƵƌ͕ĨŽŝĞ͕ poumon, cervelle étaient détachés.
Sorgeat, 96 hab, à 5 NPG¶$[OHV7KHUPHV+DXWH$ULqJH
͛ĂƉƌğƐĞŶŝƐĞĞƚŶĚƌĠsĞLJƌŽŶĚĞƌĠnjŝŶƐĞŶ/ƐğƌĞ : « EĞƚƚŽLJĞƌůĞƐďŽLJĂƵdžĠƚĂŝƚƵŶŐƌŽƐƚƌĂǀĂŝů͕ů͛ĞĂƵĚĞůĂĐŚĂƵĚŝğƌĞ
qui avait cuit le boudin était précieuse, elle lavait très bien à cause des épinards qui avaient été mis dans le boudin,
ů͛ĠƉŝŶĂƌĚĚĠŐƌĂŝƐƐĞ͘KŶƵƚŝůŝƐĂŝƚĂƵƐƐŝĐĞƚƚĞĞĂƵƉŽƵƌŶĞƚƚŽLJĞƌůĞƐŽƵƚŝůƐ͕ůĞƐƵƐƚĞŶƐŝůĞƐ͕ůĞƐŵĂƌŵŝƚĞƐ͘hŶĞĨŽŝƐůĞƐďŽLJĂux
lavés, on les mettait à tremper ĚĂŶƐĚĞů͛ĞĂƵĨƌŽŝĚĞsalée en attendant les fabrications. »
[Link]
14 ʹ LES COCHONNAILLES OU CHARCUTAILLES
Nous avons déjà évoqué certaines d͛ĞŶƚƌĞ ĞůůĞƐ ĚĂŶƐ ůĂ Partie 4 dédiée à la Conservation des Aliments. Aussi
Ŷ͛ĠǀŽƋƵĞƌŽŶƐ-nous ici que les principaux rituels de préparation des plats effectués lors des jours du cochon.
141 - LE BOUDIN NOIR
͛ĠƚĂŝƚ ůĞ ƉƌĞŵŝĞƌƉůĂƚƉƌĠƉĂƌĠ car il était constitué du sang du cochon, premier produit recueilli dès égorgement de
ů͛ĂŶŝŵĂů͘ ƉƌğƐ LJ ĂǀŽŝƌ ĚĞ ƐƵŝƚĞ ĂũŽƵƚĠ ĚƵ ǀŝŶĂŝŐƌĞ Ğƚ ů͛ĂǀŽŝƌ ĂŐŝƚĠ ƉŽƵƌ ů͛ĞŵƉġĐŚĞƌ ĚĞ ĐŽĂŐƵůĞƌ͕ ůes fermières y
ĂũŽƵƚĂŝĞŶƚĚ͛ĂƵƚƌĞƐŝŶŐƌĠĚŝĞŶƚƐĞƚĐŚĂĐƵŶĞLJĂůůĂŝƚĚƵƐĞĐƌĞƚĚĞƐĂƌĞĐĞƚƚĞ. Le plus souvent et suivant les régions, elles
y ajoutaient une partie des abats et des joues du porc ou bien de la cervelle ou la langue, coupés en petits morceaux
ŵĂŝƐ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ůĞ ƉƌĠĨĠƌĂŝĞŶƚ ŶĂƚƵƌĞ ŽƵ ƉƌĞƐƋƵĞ ĐĂƌ ĚĂŶƐ ĐĞ ĚĞƌŶŝĞƌ ĐĂƐ ĚĞ ƉĞƚŝƚƐ ŵŽƌĐĞĂƵdž ĚĞ ůĂƌĚ Ğƚ ƉĂƌĨŽŝƐ
Ě͛ŽŝŐŶŽŶƐĠƚaient ajoutés au sang. Toujours, les épices étaient présents : sel, poivre et parfois : eau-de-ǀŝĞ͕ǀŝŶ͙
La mixture du boudin mélangée dans un grand chaudron ĠƚĂŝƚ ŝŶƚƌŽĚƵŝƚĞ ă ů͛ĂŝĚĞ Ě͛ƵŶ
entonnoir à large embout dans un boyau du porc. Comme le boyau était long, il était serré
tous les 30 ou 50 centiŵğƚƌĞƐăů͛ĂŝĚĞĚ͛ƵŶĞĨŝĐĞůůĞ͘ Lorsque tout le mélange de boudin avait
été préparé, ŝů ŶĞ ƌĞƐƚĂŝƚ ƉůƵƐ ƋƵ͛ă ůĞ ĐƵŝƌĞ͘ WŽƵƌ ůĂ ĐƵŝƐƐŽŶ͕ ůĂ ĨĞŵŵĞ ŵĞƚƚĂŝƚ ĚĞ ů͛ĞĂƵ ă
chauffer dans un grande marmite suspendue dans la cheminée. >͛ĞĂƵĚĞǀĂŝƚƐĞƵůĞŵĞŶƚĨƌĠŵŝƌ
(à 95° environ) et ne surtout pas bouillir (à 100°), ce qui aurait eu comme inconvénient de
rompre les boyaux. WŽƵƌƌĠŐƵůĞƌůĂ ƚĞŵƉĠƌĂƚƵƌĞĚĞů͛ĞĂƵ͕ůĂĨĞŵŵĞĚĞǀĂŝƚƌĞƚŝƌĞƌŽƵĂũŽƵƚĞƌ
les braises de bois sous la marmite. Le temps de cuisson était surveillé de près pour obtenir un
boudin suffisamment cuit mais pas trop. >͛ĞĂƵ ĚĞ ĐƵŝƐƐŽŶ ĚƵ ďŽƵĚŝŶ ĠƚĂŝƚ ŐĂƌĚĠĞ ƉŽƵƌ ĚĞƐ Entonnoir à boudin
usages divers : gras de surface pour la cuisine par exemple, mais aussi eau de nettoyage.
En Ille et Vilaine, préparation du boudin avant la cuisson dans une marmite chauffée dans la cheminée
ŝŶĠŵĂƚŚğƋƵĞĚƵDŝŶŝƐƚğƌĞĚĞů͛ŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ͕>ĂŶŐŽŶ͕/ůůĞĞƚsŝůĂŝŶĞ͕ 1949
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 612
Apprentissage : Préparation du boudin devant les enfants Cuisson du boudin dans la marmite par bandes de portions
Voici deux schémas des morceaux de porc qui se complètent. Les mêmes morceaux peuvent porter des noms différents. Ex :
ère
palette pour épaule, collier pour échine. De façon générale, les morceaux dits de 1 catégorie se situent le long du dos, depuis
ůĞƐĐƀƚĞƐũƵƐƋƵ͛ĂƵũĂŵďŽŶŝŶĐůƵƐ͕ƉůƵƐůĞĨŝůĞƚŵŝŐŶŽŶ situé entre le filet et le jambon.
>ĞƐ ŵŽƌĐĞĂƵdž ĚĞ ƐĞĐŽŶĚĞ ĐĂƚĠŐŽƌŝĞ ĠƚĂŝĞŶƚ Ě͛ĂďŽƌĚ ĐŽƵƉĠƐ ĞŶ ŵŽƌĐĞĂƵdž ĚĞ
différente taille, puis frottés au gros sel gris. Chaque couche de viande alternait
avec une couche de sel. Souvent, on mettait dans le fond les morceaux maigres
qui se conservaient plus longtemps que les morceaux gras. Ceux-ci étaient
placés en dernier, car ils seraient consommés plus tôt. Le saloir était fermé
parfois avec une grosse pierre, pour permettre à la saumure de conserver la
viande půƵƐůŽŶŐƚĞŵƉƐăů͛ĂďƌŝĚĞů͛Ăŝƌ͘
Fermeture du saloir et pose de pierre sur le couvercle Ź
Ŷ ƌĞƚĂŐŶĞ͕ ůĂ ďĂƐĞ ĚĞ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ĐĂƌŶĠĞ ĚĞƐ ĨĂŵŝůůĞƐ ƉĂLJƐĂŶŶĞƐ͕ ă ůŽŶŐƵĞƵƌ Ě͛ĂŶŶĠĞ͕ ĠƚĂŝƚ ůĞ ƉŽƌĐ ĚƵ
saloir. Maria garde un mauvais souvenir de ces ŵŽƌĐĞĂƵdž ĚĞ ůĂƌĚ ƋƵ͛ĞůůĞ ĚĠƚĞƐƚĂŝƚ. Mais la grande majorité des
paysans appréciaient ces morceaux notamment sur de grandes tranches de pain. Ils étaient consommés chauds
dans une potée ou froids. Les grillades les rendaient encore plus salés. A tous les repas : matin et goûter compris,
une assiette de lard était posée sur la table. Les animaux de basse- cour ne faisaient pas partie de la nourriture
quotidienne.
« En Beauce, dans les grosses fermes où une vingtaine de domestiques Ɛ͛ĂƚƚĂďůĂŝent à chaque repas, les cochons
abattus finissaient intégralement dans les saloirs et les fermiers préféraient attendre que les porcs soient enveloppés
ĚĞ ƉĂŶŶĞ ĠƉĂŝƐƐĞ Ğƚ Ě͛ĠƉĂŝƐƐĞƐ ĐŽƵĐŚĞƐ ĚĞ ŐƌĂƐ ƉŽƵƌ ƌĂŝƐŽŶ Ě͛ĠĐŽŶŽŵŝĞ ĞŶ Ɖƌŝǀŝůégiant la quantité à la qualité»͙͘
« Certains, semble-t-il, utilisaient des saloirs rancis pour donner très mauvais goût aux morceaux, afin de limiter
leur consommation par les ouvriers ! » ͛ĂƉƌğƐ͕ͨ La France en héritage » de Gérard Boutet, Ed Perrin, 2007
Pincement du boyau et torsion, Le séchage des saucisses près de la cheminée, devant les
Langon, Ille et Vilaine, 1949 ƌĂŵĞĂƵdžĚ͛ŽůŝǀŝĞƌďĠŶŝƐĞƚ sous le crucifix.
ŝŶĠŵĂƚŚğƋƵĞĚƵDŝŶŝƐƚğƌĞĚĞů͛ŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ Langon, Ille et Vilaine, 1949,
Cinémathèque du Ministère de ů͛ŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ
A2 : LES ANDOUILLES
Au début du XXe siècle, la préparation fermière des andouilles était voisine de celle des saucisses au plan du principe, à
la différence près que le contenu des andouilles était et est toujours constitué uniquement ou principalement des
intestins du porc. Les ĚĞƵdž ƚLJƉĞƐ Ě͛ĂŶĚŽƵŝůůĞƐ actuelles les plus prestigieuses sont celles de Guémené, fabriquée à
Guémené sur Scorff dans le Morbihan en Bretagne et celles de Vire dans le Calvados, en Normandie. La plupart des
andoƵŝůůĞƐĨĞƌŵŝğƌĞƐƌĞƐƐĞŵďůĂŝĞŶƚĚĂǀĂŶƚĂŐĞăů͛ĂĐƚƵĞůůĞĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞsŝƌĞ ƋƵ͛ăĐĞůůĞĚĞ'ƵĠŵené qui demande un
ŽƵƚŝůůĂŐĞƉĂƌƚŝĐƵůŝĞƌƌĠƐĞƌǀĠĂƵdžĐŚĂƌĐƵƚŝĞƌƐŽƵĚĠƐŽƌŵĂŝƐăů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĞĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞ͘
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 615
x >͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞ'ƵĠŵĞŶĠ est composée uniquement des gros intestins du porc, appelés « chaudins » enfilés les
uns sur les autres pour former une andouille, qui est fumée puis cuite à l'eau. Le boyau final mesure une
soixantaine de centimètres de longueur et 4 à 5 centimètres de diamètre. Il se distingue par la disposition en
cercles concentriques des intestins utilisés pour sa fabrication et par sa couleur extérieure noire,
traditionnellement due à la fumaison.
On commence par fabriquer le « ĐƈƵƌ » de l'andouille à l'aide des chaudins découpés en lanières. Puis une trentaine
d'autres chaudins saumurés, dégraissés et assaisonnés sont enfilés par-ĚĞƐƐƵƐůĞĐƈƵƌ͕ƐĞůŽŶůĞƵƌĐĂůŝďƌĞ͕ĚĞŵĂŶŝğƌĞ
à former une andouille. La dernière couche est constituée par une baudruche (cæcumͿ ĚĞ ďƈƵĨ͘ >ΖĂŶĚŽƵŝůůĞ ĞƐƚ
fumée au feu de bois (hêtre ou chêne) puis mise à sécher pendant plusieurs semaines. Elle est ensuite piquée pour
que la graisse puisse s'évacuer et cuite dans un bouillon frémissant pendant trois ou quatre heures.
Les amateurs la dégustent froide coupée en tranches avec du pain ou bien chaude en potée avec des pommes de terre
parfois accompagnés de choux, ou grillée avec de la purée de pommes de terre. Maria préparait cette andouille en
potée une à deux fois par an, ƉĞŶĚĂŶƚ ů͛ŚŝǀĞƌ͕ ce qui faisait le régal de sa famille, la saveur des légumes étant
ƌĞŚĂƵƐƐĠĞƉĂƌĐĞůůĞĚĞů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞ.
Le mélange est ensuite enfilé dans un gros intestin, ficelé aux deux
extrémités par portions de 50 cm environ et suspendu pour le
fumage pendant trois semaines, ce qui donnera le goût particulier
ĞƚůĂĐŽƵůĞƵƌŶĂƚƵƌĞůůĞĚĞů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞsŝƌĞ͘
Vous pouvez comprendre aisément maintenant pourquoi les andouilles fermières ressemblaient davantage à
ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞsŝƌĞ͘>ĂĐŽŵƉŽƐŝƚŝŽŶĞƐƚƉůƵƐůĂƌŐĞĞƚƐƵƌƚŽƵƚůĂĨĂďƌŝĐĂƚŝŽŶăƉĂƌƚŝƌĚĞƉĞƚŝƚƐŵŽƌĐĞĂƵdžĞƐƚƉůƵƐĨĂĐŝůĞ͘
Ces ĂŶĚŽƵŝůůĞƐĨĞƌŵŝğƌĞƐĠƚĂŝĞŶƚĚĠůŝĐŝĞƵƐĞƐĞƚĐŚĂƋƵĞĨĞƌŵŝğƌĞĂǀĂŝƚƐĂƌĞĐĞƚƚĞ͘ůůĞƐĂŐƌĠŵĞŶƚĂŝĞŶƚůĞƐƐŽƵƉĞƐĚ͛ŚŝǀĞƌ͘
En fait, elles étaient fabriquées dans toutes les régions de France, ă ƉĂƌƚŝƌ ĚĞ ů͛ĂƉƉĂƌĞŝů ĚŝŐĞƐƚŝĨ ĚƵ ƉŽƌĐ͕ ĂƵƋƵĞů ŽŶ
pouvait ajouter paƌĨŽŝƐ ĚĞƐ ŵŽƌĐĞĂƵdž ĚĞ ƉŽŝƚƌŝŶĞ͕ Ě͛ĠĐŚŝŶĞ͕ ĚĞ ƚġƚĞ͕ ĚĞ ŐŽƌŐĞ ŽƵ ĚĞ ĐƈƵƌ͘ Citons comme autres
recettes qui ont survécu ͗ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞ:ĂƌŐĞĂƵ;>ŽŝƌĞƚͿ͕ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚƵsĂůĚ͛ũŽů;sŽƐŐĞƐͿ͕ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞŽŚĂŝŶ-en
sĞƌŵĂŶĚŽŝƐ;WŝĐĂƌĚŝĞͿ͕ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞsèche du pays basque.
NB ͗ >͛ĂŶĚŽƵŝůůĞƚƚĞ - Citée ĚĞƉƵŝƐ ůŽŶŐƚĞŵƉƐ ĚĂŶƐ ůĂ ůŝƚƚĠƌĂƚƵƌĞ ĨƌĂŶĕĂŝƐĞ͕ ŶŽƚĂŵŵĞŶƚ ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞƚƚĞ ĚĞ dƌŽLJĞƐ͕ ŝů
ƐĞŵďůĞ ƋƵĞ ĐĞƚƚĞ ƌĞĐĞƚƚĞ ƉƌĠƉĂƌĠĞ ĞŶ ĐŚĂƌĐƵƚĞƌŝĞ͕ Ŷ͛Ăŝƚ ƉĂƐ ĠƚĠ fabriquée dans les fermes. Le terme de « petite
andouille ͩ Ŷ͛est pas justifié. Néanmoins, cette préparation de petite taille présente des points communs avec
ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞ : petits morceaux du tube digestif de porc seul ou parfois porc et veau, dans des proportions diverses et
avec assaisonnements autorisés.
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 616
x Les fritons
ƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕ ůĞƐ ĨƌŝƚŽŶƐ ĚĠƐŝŐŶĞŶƚ de petits résidus de viande
grasse (porc, oie, canard) frits dans de la graisse. On peut citer les
fritons du Bassin Aquitain et du Massif central.
ĂŶƐů͛ŽƵĞƐƚ͕ͨ les rillettes de Tours » et « la rillette du Mans » ont succédé aux rillettes faites à la ferme. Il est bien
connu que la rillette du Mans plus grasse est plus facile à tartiner. Mais les rillettes de Tours dégraissées et brunies
par une cuisson de 7 heures sont plus fines et plus digestes.
« Historiquement, le mot « rillettes » ǀŝĞŶƚĚĞ͞ƌŝůůĞƐ͟ƋƵŝĚĠƐŝŐŶĞůĞƐĨŝďƌĞƐĚĞǀŝĂŶĚĞ. Dans toutes les fermes trônait
une marmite au milieu de la cheminée, constamment rechargée en morceaux de viande et de gras. Cette mixture
mijotait en permanence à feu doux. Les bouts de viande confits qui se détachaient étaient ces fameuses rilles,
transformés en rillette ».
͛ĂƉƌğƐ:ƵůŝĞŶ'ĂƌŶŝĞƌW'de la charcuterie Hardouin à Vouvray (37).
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 617
Voici terminée la présentation des principales cochonnailles préparées à la ferme au début du XXe à la ferme. Les
autres préparations : tripes, pâtés de tête, caillettes Ě͛ŚĞƌďĞƐ͙ relèvent du charcutier. ͛ĞƐƚăpartir de 1960 que ces
traditions ont considérablement diminué. Le mode de vie des cultivateurs a évolué, les réfrigérateurs et les
congélateurs ont permis de conserver la viande autrement et ůĞƌƀůĞĚĞƐĨĞŵŵĞƐĂŐƌŝĐƵůƚƌŝĐĞƐƐ͛ĞƐƚƉƌŽĨĞƐƐŝŽŶŶĂůŝƐĠ͘
Désormais, quelques passionnés perpétuent la tradition et des municipalités organisent des fêtes du cochon en
combinant gastronomie, mise en valeur du passé, tourisme et économie locale. Ce qui était autrefois une nécessité
relève maintenant du plaisir.
***
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 618
>͛ĞdžŝƐƚĞŶĐĞ du ƌĂƉƉŽƌƚ ĞŶƚƌĞ ů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ Ğƚ ůĂ ƐĂŶƚĠ ĞƐƚ ƚƌğƐ ƌĠĐĞŶƚe. EŽƵƐ ĠǀŽƋƵĞƌŽŶƐ Ě͛ĂďŽƌĚ ů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ
consommation des viandes en France pour le plus grand nombre depuis 1789.
1- LA CONSOMMATION DES VIANDES, PORC INCLUS, E^ů͛VOLUTION DES PRATIQUES ALIMENTAIRES
« A Plozévet (Finistère), le menu quotidien vers 1900-1910 reste traditionnel malgré le développement de la
production agricole entraînant une certaine aisance dans les fermes :
Soir 6RXSHDXODLWjO¶RLJQRQDX[SRPPHVGHWHUUH
ou Pommes de terre au babeurre
RX%RXLOOLHGHVHLJOHG¶DYRLQH
(QERLVVRQGXFLGUHHVVHQWLHOOHPHQWSHXGHYLQPDLVGHO¶DOFRROXQHPDXYDLVHHDX-de-vie. »
Evolution du régime alimentaire à Plozévet* (Finistère), de 1800 à 1960, par Monik et Pierre le Rhun, 1967, Revue géographique
A - EXEMPLES À PLOZEVET ENTRE 1920 ET 1960, ÉTAPES ALIMENTAIRES INFLUENCÉES PAR LES DEUX GUERRES
MONDIALES
« A Plozévet, la fin de la grande Guerre fut le début des nouveautés͙ Elle fit connaître le vin aux soldats et de
nouvelles habitudes alimentaires : progression de la viande bovine (vaches âgées) le dimanche, ragoûts de légumes
ĂǀĞĐƋƵĞůƋƵĞƐďĂƐŵŽƌĐĞĂƵdžĚĞďƈƵĨ͕ƉƵŝƐǀĞƌƐϭϵϯϱ͕ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĞdžĐĞƉƚŝŽŶŶĞůůĞĚƵǀĞĂƵũƵƐƋƵĞůăƌĠƐĞƌǀĠăůĂ
vente, soit en ragoût, pot-au-ĨĞƵŽƵƉůƵƐƌĂƌĞŵĞŶƚƌƀƚŝƐ͘ũŽƵƚŽŶƐůĂƉƌŽŐƌĞƐƐŝŽŶĚĞƐƚƌŝƉĞƐăůĂŵŽĚĞďƌĞƚŽŶŶĞ͙>Ğ
café fit son apparition, notamment après la soupe du matin, puis il fut remplacé le matin par la soupe au café : le
café était versé sur le pain dans des écuelles. Ensuite le café fut ajouté au casse croûte avec les énormes tartines de
lard ou bien les taƌƚŝŶĞƐďĞƵƌƌĠĞƐĠƚĂŝĞŶƚƚƌĞŵƉĠĞƐĚĂŶƐĚƵĐĂĨĠĂƵůĂŝƚ͙
De nouveaux aliments exotiques apparurent : riz, tapioca, orange, vermicelle, thé, haricot vert...
La seconde guerre mondiale ƋƵŝ ƉƌŽǀŽƋƵĂ ů͛ŽĐĐƵƉĂƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ ƌĞƚĂŐŶĞ ƉĂƌ ůĞƐ ůůĞŵĂŶĚƐ ĞŶƚƌĂŝŶĂ ĨŝŶĂůĞŵent les
ĠĐŚĂŶŐĞƐ ĐůĂŶĚĞƐƚŝŶƐ ĂǀĞĐ ůĞƐ ŐƌĂŶĚĞƐ ǀŝůůĞƐ ƋƵŝ ĐŽŵƉĞŶƐĂŝĞŶƚ ůĞ ƉĂŝŶ ŶŽŝƌ Ğƚ ů͛ŽƌŐĞ ŐƌŝůůĠĞ͕ ƐƵďƐƚŝƚƵƚ ĚƵ ĐĂĨĠ : lard,
ďĞƵƌƌĞ͕ƉŽŵŵĞƐĚĞƚĞƌƌĞ͕ƉŽƵůĞƚƐ͕ůĂƉŝŶƐ͙
ŶƚƌĞϭϵϰϱĞƚϭϵϲϬ͕ů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶƐĞƚƌĂŶƐĨŽƌŵĂ : davantage de viande bovine, pois, confitures, poissons, vin puis
apparition des salades, tomates, melons, raisins, champignons, gâteaux de pâtisserie, apéritifs. Le lard est
désormais en très nette décadence, le porc réapparaît en force sous forme de conserves et de charcuteries, galettes
et crêpes sont en déclin (une fois par semaine). Par contre le beurre longtemps vendu est désormais consommé en
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 620
grandes quantités, le beurre salé devient typique de la table paysanne entre 1930 et 1940, le pain est toujours
fortement consommé.
A Plozévet, eŶ ϭϵϲϬ͕ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ĂůŝŵĞŶƚƐ ƌĞƐƚĞŶƚ ŝŶĐŽŶŶƵƐ : tous les fromages, sauf le camembert et la crème de
ŐƌƵLJğƌĞ͕ĐŚŽƵĐƌŽƵƚĞ͕ŽůŝǀĞƐ͕ŚĂƌĞŶŐƐƐĂƵƌƐ͕ĐƵĐƵƌďŝƚĂĐĠĞƐƐĂƵĨůĞƐĐŽƌŶŝĐŚŽŶƐ͕ĚĂƚƚĞƐ͕ƋƵĞŶĞůůĞƐ͙ »
͛ĂƉƌğƐEvolution du régime alimentaire à Plozévet de 1800 à 1960, par Monik et Pierre le Rhun, 1967, Revue géographique
͛ƵŶĞĨĂĕŽŶŐĠŶĠƌĂůĞ : « >͛ĂŶĂůLJƐĞĚĞƐŐƌĂŶĚĞƐĠǀŽůƵƚŝŽŶƐĚƵƌĠŐŝŵĞĞƚĚĞƐƉƌĂƚŝƋƵĞƐĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐĚĞƐ&ƌĂŶĕĂŝƐŵğŶĞă
ĚĞƐĐŽŶĐůƵƐŝŽŶƐĚŝĨĨĠƌĞŶƚĞƐƐĞůŽŶƋƵĞů͛ŽŶƐ͛ŝŶƚĠƌĞƐƐĞĂƵdžĂƉƉŽƌƚƐŶƵƚƌŝƚŝŽŶŶĞůƐŽƵăůĂĚĞŵĂŶĚĞĞƚů͛ŽĨĨƌĞĚ͛ĂůŝŵĞŶƚƐ͘
͛ƵŶ ƉŽŝŶƚ ĚĞ ǀƵĞ ŶƵƚƌŝƚŝŽŶŶĞů͕ la France, ĐŽŵŵĞ ů͛ĞŶƐĞŵďůĞ ĚĞ ƐĞƐ ǀŽŝƐŝŶƐ ĞƵƌŽƉĠĞŶƐ ;ĂŝŶƐŝ ƋƵĞ ůĞƐ ĂƵƚƌĞƐ ƉĂLJƐ
développés) a connu au XXème siècle une transition vers un régime beaucoup plus riche en lipides et beaucoup plus
pauvre en glucides que lors des siècles passés ». Il est admis que la période 1900-1980 corresponde à une transition
nutritionnelle.
NB : les viandes rouges sont souvent associées au gras, ce qui ne reflète pas la réalité, mais il y est plus visible.
Le second graphique Ź
Graphiques 1 et 2 - Evolution du niveau et de la structure des apports énergétiques en France en longue période
^ŽƵƌĐĞW͘ŽŵďƌŝƐĚ͛ĂƉƌğƐ:͘dŽƵƚĂŝŶ͕&K^ƚĂƚ- Comportements alimentaires ʹ INRA, 2011
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 621
C - CHANGEMENTS SUCCESSIFS DE COMPORTEMENTS VIS-A-VIS DES VIANDES TOUS LES 10 ANS DE 1979 à 2001 PAR
&&d^ ͛' d 'ERATIONS nées de 1907 à 1977, sur les dépenses en viande de boucherie, en euros
constants par an, par unités de consommation (UC), équivalent année 2000.
Graphique 3 - ^ŽƵƌĐĞZK͕Ě͛ĂƉƌğƐĞŶƋƵġƚĞƐ/E^&;ƵĚŐĞƚĚĞƐ&ĂŵŝůůĞƐͿ͕ϭϵϳϵ͕ϭϵϴϰ͕ϭϵϴϵ͕ϭϵϵϱ͕ϮϬϬϬ.
Ce graphique met en évidence la baisse des dépenses en viandes de boucherie, après le pic de 1979, par types de
génération, répertoriées selon les caractéristiques marquantes de la période de naissance :
En partant des personnes les plus âgées à droite : * Groupe 1 : 1907-1916 / Privations * Groupe 2 : 1917-1926 /
Rationnement, * Groupe 3 : 1927-1936 / Réfrigérateur (surtout en ville), * Groupe 4 : 1937-1946 / Robot
électrique (surtout en ville), * Groupe 5 :1947- 1956 / Hypermarché (surtout en ville), * Groupe 6 : 1957-1966 /
Aliments Services ( Rattrapage massif des retards à la campagne, effet des « Trente Glorieuses » de 1945 à 1975), *
1
Groupe 7 : 1967 ʹ 1976 / Low- cost (à bas prix).
1
Le terme « Low-cost ͩ ĂƉƉůŝƋƵĠ Ě͛ĂďŽƌĚ ĂƵdž ƚƌĂŶƐƉŽƌƚƐ ĞƐƚ ĚĠƐŽƌŵĂŝƐ ƉƌĂƚŝƋƵĠ ĚĂŶƐ ůĞ ĚŽŵĂŝŶĞ ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞ : Ed ou Europa
Discount du Groupe Carrefour en 1978, LIDL en France en 1988, Leader Price du Groupe Casino en 1989, Netto (ex CDM : Comptoir
ĚĞƐDĂƌĐŚĂŶĚŝƐĞƐͿĚƵŐƌŽƵƉĞůĞƐDŽƵƐƋƵĞƚĂŝƌĞƐĞŶϭϵϵϭ͙
A partir du graphique 3 du CREDOC, on peut mettre en évidence les générations qui ont le plus diminué leurs
dépenses en viandes de boucherie (voir graphique ci-dessous). En tête les générations 2, 3 et 4 qui ont diminué
régulièrement leur consommation de viande, ce qui représente une large tranche Ě͛ĂĚƵůƚĞƐĂĐƚŝĨƐà partir de 33 ans
et des retraités ʹ Ensuite les générations 1 et 5, plus âgées de 10 ans par rapport au peloton de tête, qui ont
attendu 1984 pour suivre la même tendance - La génération 6 présente deux pics en 1984 pour les 18 à 27 ans (
étudiants et jeunes actifs) et en 1995 pour les 29 à 38 ans ( jeunes adultes) ʹ La génération 7 a augmenté
régulièrement sa consommation de viande ce qui est normal pour des adolescents et des jeunes en période de
croissance.
Ages des personnes
Tranche génération Période économique à la naissance
entre 1979 et 2001
2 : 1937-1946 « Robot » juste avant la seconde guerre mondiale (Irène) 33-64
3 : 1917-1926 « Rationnement » FHOOHGHO¶DSUqVJXHUUHimmédiat 1914/1918 53-84
4 : 1947-1956-« Hypermarché » FHOOHGHO¶DSUqVVHFRQGHJXHUUHPRQGLDOH 23-54
1 : 1927-1936 « Réfrigérateur » pendant la crise économique mondiale 43-74
5 : 1907-1916 « Privations » celle née avant la guerre 1914/1918 (Maria) 63-94
6 : 1957± 1966 « Aliments Services » celle née au milieu des 30 Glorieuses (1945/1973) (Pauline) 13-44
7 : 1967-1976 « Low-cost » celle née près de la fin des Trente Glorieuses (Rémi). 3-34
Diminution des dépenses de viande de boucherie : classement des générations ayant le mieux observé la tendance
après 1979 - par ordre dégressif
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 622
être mises en place pour restaurer davantage de confiance en ce qui concerne les viandes de boucherie et les
volailles ͗ůĂƚƌĂĕĂďŝůŝƚĠĚƵƉƌŽĚƵŝƚĞƚů͛ƵƚŝůŝƐĂƚŝŽŶĚĞůĂŵĂƌƋƵĞ͘>ĞŵŽŶĚĞĂŐƌŝĐŽůĞƉƌŽĚƵĐƚĞur et les commerçants ont
ĚƸƐ͛ĂĚĂƉƚĞƌăĐĞƚƚĞŶŽƵǀĞůůĞĞdžŝŐĞŶĐĞĚĞƐĐŽŶƐŽŵŵĂƚĞƵƌƐ͘
KďƐĞƌǀŽŶƐĚĂŶƐůĞƐƉĂŐĞƐƐƵŝǀĂŶƚĞƐƋƵĞůƋƵĞƐŐƌĂƉŚŝƋƵĞƐ ƉĞƌŵĞƚƚĂŶƚ ĚĞĐŚŝĨĨƌĞƌ ů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶĚĞůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĚĞƐ
produits alimentaires puis des viandes, à partir des années 1960.
Dans ce graphique, sont regroupées les évolutions de la consommation des viandes pendant une période de 40 ans. On
y observe :
x En diminution ͗ůĞƐǀŝĂŶĚĞƐĚĞďƈƵĨ (-11%), de veau (-8%), de cheval (-3%), les produits tripiers (-3%)
x En augmentation : les viandes de porc (+12%), les viandes de volaille (+2%), les préparations à base de viande
(+22%)
x En stagnation ͗ůĞƐǀŝĂŶĚĞƐĚĞŵŽƵƚŽŶĞƚĚ͛ĂŐŶĞĂƵ;ϰйͿ
Conclusion : en 2007, et par rapport aux 40 années précédentes, les Français consomment nettement moins de
ǀŝĂŶĚĞƐƌŽƵŐĞƐĚĞďŽƵĐŚĞƌŝĞĞƚƵŶƉĞƵŵŽŝŶƐĚĞƚƌŝƉĞƐ͘/ůƐĐŽŵƉĞŶƐĞŶƚƉĂƌĚ͛ĂƵƚƌĞƐƚĞŶĚĂŶĐĞƐ :
ΎŶĞƚƚĞŵĞŶƚƉůƵƐĚĞƉŽƌĐ;ŵŽŝŶƐĐŚĞƌĞƚŵŽŝŶƐŐƌĂƐƋƵ͛ĂƵƚƌĞĨŽŝƐͿ͕ un peu plus de volaille
ΎĞƚƐƵƌƚŽƵƚĚĂǀĂŶƚĂŐĞĚ͛ĂůŝŵĞŶƚƐĐƵŝƐŝŶĠƐăďĂƐĞĚĞǀŝĂŶĚĞ ͗ǀŽůĂŝůůĞ͕ůĂƉŝŶ͕ŚĂĐŚĠĚĞďƈƵĨĞƚĚĠĐŽƵƉĞƐĐƌƵĞƐĚĞ
poulet + plats surgelés (steaks hachés et plats cuisinés).
La généralisation du travail des femmes et la diminution du temps de préparation des repas accroissent la demande
de plats services (4ème, voire 5è gamme).
Pain et céréales Pain, pâtes Riz, corn flakes, semoule, pâtisserie artisanale,
pâtisserie industrielle, biscuits, biscottes
Fruits et Légumes Légumes secs, pomme de terre Légumes frais, légumes surgelés, en conserve,
déshydratés ; fruits frais
Boissons Vin de consommation courante, cidre, Vin AOC, Champagne, mousseux, whisky,
bière, Porto, Banyuls, vins doux, cognac, rhum, jus de fruits, eaux et boissons
Vermouth non alcoolisées
Tableau 4 Source : Herpin & Verger, 2008 - Comportements alimentaires ʹ INRA, 2011
Le tableau ci-ĚĞƐƐƵƐ ĐŽŶĨŝƌŵĞ ůĞ ƌĂƉƉŽƌƚ ĚĞ ů͛/ŶƐĞĞ ƉƌĠĐĠĚĞŶƚ͘ On note la diminution de produits traditionnels ou
bruts : pĂŝŶ͕ ǀŝĂŶĚĞƐ ƌŽƵŐĞ͕ ƉŽŵŵĞƐ ĚĞ ƚĞƌƌĞ͙͕ ů͛ĂƵŐŵĞŶƚĂƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ĚĞ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ĨŽƌƚĞŵĞŶƚ
transformés surgelés ou non : pâtisseries et dérivés de céréales, desserts lactés frais, soupes, légumes et plats
préparés à base de viandes, poissons et crustacés ... Le poisson frais pénalisé par la hausse des prix est moins vendu
ƋƵĞůĞƉŽŝƐƐŽŶĐƵŝƐŝŶĠ͘>ĞǀŝŶĐğĚĞůĂƉůĂĐĞăĚ͛ĂƵƚƌĞƐďŽŝƐƐŽŶƐ;ĐŽŶƚƌƀůĞƐĚ͛ĂůĐŽŽůĠŵŝĞͿ͘
A partir de 1980, les comportements commencent à être influencés par les recommandations sanitaires et
diététiques des médecins, relayées par les médias : magazines de santé, émissions de radio ou télévisées. En résumé,
ŝů ĞƐƚ ĐŽŶƐĞŝůůĠ ĚĞ ƌĠĚƵŝƌĞ ůĞƐ ŐƌĂŝƐƐĞƐ Ě͛ŽƌŝŐŝŶĞ ĂŶŝŵĂůĞ͕ ůĞ ƐƵĐƌĞ Ğƚ ůĞƐ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ƐƵĐƌĠƐ Ğƚ Ě͛ĂƵŐŵĞŶƚĞƌ ůĞƐ ŚƵŝůĞƐ
Ě͛ŽƌŝŐŝŶĞvégétale insaturées ainsi que les légumes et les fruits. Mais il faut du temps pour passer à la pratique͙
Il en est résulté que la production des porcs relativement maigres a été encouragée par rapport à celle antérieure des
porcs gras. Des campagnes publicitaires ont même eu lieu à la suite de critiques relatives à la viande de porc. Elles
ŵĞƚƚĂŝĞŶƚů͛ĂĐĐĞŶƚƐƵƌůĂƋƵĂůŝƚĠĚĞƐĂŶŝŵĂƵdžƉŽƌĐŝŶƐĚŽŶƚůĞƐ ŵŽƌĐĞĂƵdžăƐĂƵƚĞƌŽƵăŐƌŝůůĞƌŶ͛ĠƚĂŝĞŶƚƉĂƐƉůƵƐŐƌĂƐ
ƋƵĞĐĞƵdžĚƵďƈƵĨ͕ƐƵƌůĞďĂƐƉƌŝdžĚƵƉŽƌĐăƋƵĂůŝƚĠ ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞĠŐĂůĞĐŽŵƉĂƌĠăĚ͛ĂƵƚƌĞƐǀŝĂŶĚĞƐĞƚƐƵƌů͛ŝŵƉŽƌƚĂŶĐĞ
du savoir cuisiner sainement pour préserver la santé. Par ailleurs, les problèmes sanitaires de la vache folle,
salmonellose, listériose, dioxine ont incité les consommateurs à être plus vigilants vis-à-vis de la qualité.
CAS PARTICULIER DES AGRICULTEURS . La consommation des agriculteurs ĚĠƐŽƌŵĂŝƐ ĠƚƵĚŝĠĞ ƉĂƌ ů͛/E^ fait
apparaître des attitudes inverses à celle des cadres :
« En 1995, les ouvriers et employés dépensent 15 % de moins que la moyenne des ménages pour l'alimentation à
domicile. En revanche, les cadres consomment 10 % de plus et les retraités 17 %. La consommation des agriculteurs
est proche de la moyenne, hormis l'autoconsommation bien supérieure à celle de l'ensemble des ménages.
Les agriculteurs consomment plutôt des produits bruts à forte valeur nutritive, tels que les aliments traditionnels,
sucres et graisses bruts, viandes rouges et porc. Les fruits et légumes ne sont pas prioritaires dans leur alimentation,
ďŝĞŶƋƵ͛ŝůƐ les produisent eux-mêmes pour une part importante.
Evolution de la Consommation des Ménages depuis 40 ans, INSEE, 2002, [Link]
EŶƉƌĞŶĂŶƚĞŶĐŽŵƉƚĞů͛ĂƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ůĞƐĚĠƉĞŶƐĞƐĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐĚĞƐĂŐƌŝĐƵůƚĞƵƌƐƐŽŶƚŶĞƚƚĞŵĞŶƚƐƵƉĠƌŝĞƵƌĞƐ
aux autres catégories socioprofessionnelles. Elles représentent 18,9% des dépenses du ménage par unité de
consommation contre 16,6% de moyenne nationale.
Source Insee, enquête Budget des familles, 2001
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 625
142 - ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOYENNE DE PRODUITS CARNÉS DES ADULTES (15 ANS ET +) SELON LA
CATÉGORIE SOCIO PROFESSIONNELLE, Agriculteurs inclus, en grammes par jour
Le graphique suivant montre ƋƵ͛ĞŶ ϭϵϵϵ ůĞƐ ĐĂƚĠŐŽƌŝĞƐ ƐŽĐŝŽ ƉƌŽĨĞƐƐŝŽŶŶĞůůĞƐ ƋƵŝ ƌĠĂůŝƐĞŶƚ ůĞ ƉůƵƐ Ě͛ĞĨĨŽƌƚƐ
physiques se distinguent nettement par leur consommation plus importante de produits carnés. /ů Ɛ͛ĂŐŝƚ ĚĞƐ
ouvriers : 168 g/j et des agriculteurs : 160 g/j. Les autres catégories ont une consommation proche de la moyenne,
ŵġŵĞ Ɛ͛ŝů ƌĞƐƚĞ ĚĞƐ ĚŝĨĨĠƌĞŶĐĞƐ ĞŶƚƌĞ ůĞƐ ĐĂƚĠŐŽƌŝĞƐ ůĞƐ ƉůƵƐ ĂŝƐĠĞƐ Ğƚ ĐĞůůĞƐ ƋƵŝ ůĞ ƐŽŶƚ ŵŽŝŶƐ͘ ĂŶƐ ů͛ĞŶƐĞŵďůĞ͕ ůĂ
consommation des viandes est à la baisse. Les classes aisées ont diminué leur consommation entre 1999 et 2003, les
autres un peu plus tard entre 2003 et 2007. On peut supposer que les messages de santé ont progressivement été
entendus.
^ƚƌƵĐƚƵƌĞůůĞŵĞŶƚ͕ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ĚĞ ĐŚĂƌĐƵƚĞƌŝĞ͕ ĚĞ ďƈƵĨ Ğƚ ĚĞ ƉŽƌĐ ĞƐƚ ƉůƵƐ ĠůĞǀĠĞ ĐŚez les catégories socio -
ƉƌŽĨĞƐƐŝŽŶŶĞůůĞƐ ůĞƐ ŵŽŝŶƐ ĂŝƐĠĞƐ͕ ƚĂŶĚŝƐ ƋƵĞ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ Ě͛ĂŐŶĞĂƵ Ğƚ ĚĞ ǀŽůĂŝůůĞƐ ĞƐƚ ƉůƵƐ ĠůĞǀĠĞ ĐŚĞnj ůĞƐ
catégories socioprofessionnelles supérieures (cadres et professions libérales). Toutefois, les employés, les artisans et
ůĞƐĐŽŵŵĞƌĕĂŶƚƐƐĞĚŝƐƚŝŶŐƵĞŶƚŶĞƚƚĞŵĞŶƚĚĞƐŽƵǀƌŝĞƌƐĞƚĚĞƐĂŐƌŝĐƵůƚĞƵƌƐĞŶĐĞƋƵ͛ŝůƐĐŽŶƐŽŵŵĞŶƚďĞĂƵĐŽƵƉŵŽŝŶƐ
de porc. Par ailleurs, les cadres et professions libérales tendent à consommer beaucoup moins de charcuteries (- 25 %
par rapport à la population totale) que toutes les autres catégories.
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 626
Plus que la consommation du porc proprement dit, ce qui importĞ͕ Đ͛ĞƐƚ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ƌĠŐƵůŝğƌĞ ĚĞƐ ŐƌĂŝƐƐĞƐ
ƐĂƚƵƌĠĞƐ͕ĞƐƐĞŶƚŝĞůůĞŵĞŶƚĚ͛ŽƌŝŐŝŶĞĂŶŝŵĂůĞ ͗ǀŝĂŶĚĞƐ͕ĐŚĂƌĐƵƚĞƌŝĞƐ͕ƐĂŝŶĚŽƵdž͕ƈƵĨƐ͕ďĞƵƌƌĞ͕ůĂŝƚĂŐĞƐ͕ĨƌŽŵĂŐĞƐ.
KŶ ƐĂŝƚ ƋƵĞ ĚĂŶƐ ĐĞƌƚĂŝŶĞƐ ĨĂŵŝůůĞƐ͕ ŵĂůŐƌĠ ů͛ŝŶĨŽƌŵĂƚion massive relative à la santé Ğƚ ů͛ĞdžŝƐƚĞŶĐĞ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ƉůĂƚƐ
préparés moins gras, on privilégie encore les plats à base de charcuterie. A ce stade, on peut considérer que la
ƌĠƚŝĐĞŶĐĞăĐŚĂŶŐĞƌůĞƐŚĂďŝƚƵĚĞƐĞƚůĞŵĂŶƋƵĞĚ͛ŝŶƚĠƌġƚƉŽƵƌůĂƐĂŶƚĠƐŽŶƚĂƵƐƐŝŝŵƉŽƌƚĂŶƚƐƋƵĞůĞƉƌŝdžĚĞƐĂůŝŵĞŶts.
͛Ăprès Pierre Combris, du LĂďŽƌĂƚŽŝƌĞ ĚĞ ZĞĐŚĞƌĐŚĞ ƐƵƌ ůĂ ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ĚĞ ů͛/EZ : « ͛ĞƐƚ ůĞ ƉŽŝĚƐ ĚĞƐ
contraintes socio-économiques qui intervient dans les choix alimentaires ».
>͛ąŐĞĂƵŶĞĨĨĞƚŝŵƉŽƌƚĂŶƚƐƵƌůĂĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĚĞǀŝĂŶĚĞĚĞďŽƵĐŚĞƌŝĞ. Le poŝĚƐŵŽLJĞŶƋƵŽƚŝĚŝĞŶĐƌŽŠƚĂǀĞĐů͛ąŐĞ
ƉƵŝƐĚŝŵŝŶƵĞƐĞŶƐŝďůĞŵĞŶƚăƉĂƌƚŝƌĚĞϲϱĂŶƐ͕ŶŽƚĂŵŵĞŶƚƉŽƵƌůĂǀŝĂŶĚĞĚĞďƈƵĨ͘ĞůůĞ-ci au contraire est la viande
préférée des jeunes de 15 à 24 ans.
ŶŵĂƚŝğƌĞĚ͛ĂƉƉŽƌƚƐŶƵƚƌŝƚŝŽŶŶĞůƐ͕ůĂĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶŵŽLJĞŶŶĞĚĞƐǀŝandes de boucherie contribue modérément aux
apports énergétiques et lipidiques totaux des Français. En revanche, elle représente une source majeure de protéines
ĚĞŚĂƵƚĞǀĂůĞƵƌďŝŽůŽŐŝƋƵĞ͕ĚĞĨĞƌďŝĞŶĂƐƐŝŵŝůĠƉĂƌů͛ŽƌŐĂŶŝƐŵĞ͕ĚĞǀŝƚĂŵŝŶĞƐϭϮ͕ϯĞƚϲĞƚ de zinc.
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 627
144 - DÉWE^^ EEh>>^ ͛>/DEdd/KE ^ 'Z/h>dhZ^ E ϮϬϬϭ͕ hdKKE^KDDd/KE /E>h^͕
comparée à celle des autres catégories socioprofessionnelles
Si vous comparez ces chiffres de 2001 à ceux de 1995 (voir dernier par. page 624), vous en déduirez que chez les
agriculteurs, la part de la consommation alimentaire dans la part totale des dépenses du ménage est passée de
18,9% en 1995 à 22,7% en 2001, soit 3͕ϴйĞŶƉůƵƐĞŶů͛ĞƐƉĂĐĞĚĞϲĂŶŶĠĞƐƐeulement, ce qui confirme le maintien
Ě͛un dépassement spécifiquement paysan.
Cela peut correspondre à plusieurs raisons ͗ ĂĐƚŝǀŝƚĠƐ ƚƌğƐ ƉŚLJƐŝƋƵĞƐ ƐŽƵǀĞŶƚ ă ů͛ĞdžƚĠƌŝĞƵƌ Ğƚ ůŽŶŐƵĞƐ ũŽƵƌŶĠĞƐ ĚĞ
travail qui accroissent les besoins énergétiques, importance symbolique des aliments produits à la ferme, peu de
ƌĞƉĂƐƉƌŝƐăů͛ĞdžƚĠƌŝĞƵr, mais aussi baisse du revenu moyen des agriculteurs, ce qui a pour corollaire de relever le
pourcentage des dépenses alimentaires.
CONCLUSION
Ici se terminent des éléments de réflexion sur la consommation alimentaire dont celles des viandes dans le monde
agricole. Nul doute que vous aurez remarqué, en ce qui concerne les animaux de ferme dont le cochon, combien
notre monde actuel a évolué par rapport à celui de nos ancêtres. Par exemple :
x En ce qui concerne le cochon dans la société. Pour une minorité, le cochon est devenu un animal de
compagnie, affectueux et intelligent. Pour le plus grand nombre, français et autres nationalités, il est toujours
un animal de consommation dont la viande abordable se prête à de nombreuses préparations culinaires, sans
parler des charcuteries de qualité avec labels, ŐĞŶƌĞƐĂƵĐŝƐƐĞƐƐğĐŚĞƐĚ͛ƌĚğĐŚĞ͕ũĂŵďŽŶƐĚĞŽƌƐĞ ͙ qui ont
toujours leurs amateurs.
x ŶĐĞƋƵŝĐŽŶĐĞƌŶĞů͛ĂďĂƚƚĂŐĞĚĞƐĂŶŝŵĂƵdžĚĞĨĞƌme͘/ůĞƐƚƚŽƵũŽƵƌƐĂƵƚŽƌŝƐĠ͕ŵĂŝƐůĞƐĐŽŶĚŝƚŝŽŶƐĚ͛ĂďĂƚƚĂŐĞ
ont évolué. Celles-ci doivent respecter la loi relative à la Protection des Animaux au moment de leur abattage
ŽƵĚĞůĞƵƌŵŝƐĞăŵŽƌƚ͘:ƵƐƚĞĂǀĂŶƚ͕ů͛ĂŶŝŵĂůĚŽŝƚġƚƌĞŝŵŵŽďŝůŝƐĠĞƚĠƚŽƵƌĚŝĞƚůĂ saignée doit commencer le
ƉůƵƐƚƀƚƉŽƐƐŝďůĞĂƉƌğƐů͛ĠƚŽƵƌĚŝƐƐĞŵĞŶƚĞƚĞŶƚŽƵƚĠƚĂƚĚĞĐĂƵƐĞĂǀĂŶƚƋƵĞů͛ĂŶŝŵĂůŶĞƌĞƉƌĞŶŶĞĐŽŶƐĐŝĞŶĐĞ͘Ŷ
&ƌĂŶĐĞ͕Đ͛ĞƐƚů͛ƌƚŝĐůĞ>ϮϭϰĚƵŽĚĞƌƵƌĂů;ĐŽĚŝĨŝĐĂƚŝŽŶĚ͛ƵŶĞ>ŽŝĚĞϭϵϳϲͿƋƵŝŵĞŶƚŝŽŶŶĞůĞƵƌĐĂƌĂĐƚğƌĞĚ͛ġƚƌĞƐ
sensibles.
x Pour les chevaux, savez-vous que la SPA (Société Protectrice des Animaux) a été créée dès 1845 par Etienne
WĂƌŝƐĞƚ͕ ŵĠĚĞĐŝŶ Ğƚ ŵĞŵďƌĞ ĚĞ ů͛ĐĂĚĠŵŝĞ ĚĞ DĠĚĞĐŝŶĞ͕ pour organiser la défense des chevaux de trait qui
sillonnaient la capitale et dont la ŵĂůƚƌĂŝƚĂŶĐĞ ů͛ĂǀĂŝƚ ŵĂƌƋƵĠ͘ ĞƉƵŝƐ͕ ůĂ ^W Ɛ͛ŽĐĐƵƉĞ ƉƌŝŶĐŝƉĂůĞŵĞŶƚ ĚĞƐ
chiens et des chats abandonnés. Par ailleurs, des Associations de Protection des Animaux de Ferme existent au
plan mondial. Elles militent pour repérer les très mauvaises conditions de vie de certains animaux mettant en
ũĞƵůĂǀŝĞĚĞů͛ĂŶŝŵĂů͘
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 628
x ŶĐĞƋƵŝĐŽŶĐĞƌŶĞů͛/ŵƉĂĐƚĚĞůĂƐƵƌƉƌŽĚƵĐƚŝŽŶĞƚĚĞůĂƐƵƌĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĚĞƉƌŽĚƵŝƚƐĚ͛ŽƌŝŐŝŶĞĂŶŝŵĂůĞƐƵƌ
la planète, Đ͛ĞƐƚlà que se situe le changement le plus important. Il est désormais admis :
Quitte à vous surprendre, il me semble naturel de terminer la Partie 5 ƐƵƌ ͨ ů͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶă ůĂ ĨĞƌŵĞ
vers 1900 » ƉĂƌ ůĞ ƚŚğŵĞ ĚĞ ů͛ůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ - Santé. En effet, ůĞ ƌĂƉƉŽƌƚ ĞŶƚƌĞ ů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ Ğƚ ůĂ ƐĂŶƚĠ
ĐŽŶĐĞƌŶĞ ĂƵƚĂŶƚ ůĞƐ ĂŐƌŝĐƵůƚĞƵƌƐ Ě͛ĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ ƋƵĞ ůĞƐ ƚŽƵƚĞƐ ůĞƐ ĂƵƚƌĞƐ ĐĂƚ égories socio-professionnelles,
ƚĞůůĞŵĞŶƚ ůĞƐ ĐŽŶĚŝƚŝŽŶƐ ĚĞ ƉƌŽĚƵĐƚŝŽŶ Ğƚ Ě͛ĂƉƉƌŽǀŝƐŝŽŶŶĞŵĞŶƚ ĚĞƐ ĂůŝŵĞŶƚƐ ŽŶƚ ĐŚĂŶŐĠ ĚĞƉƵŝƐ ůĞƐ ĂŶŶĠĞƐ
1950. /ůƐĞƚƌŽƵǀĞĚ͛ĂŝůůĞƵƌƐƋƵĞĚĞƉƵŝƐŵŽŶĂĚŽůĞƐĐĞŶĐĞ͕ŵĂŵğƌĞDĂƌŝĂ'ĠƌĂƌĚ͕ sympathisante des préceptes
du Docteur CĂƌƚŽŶ ĚĂŶƐ ůĞƐ ĂŶŶĠĞƐ ϭϵϱϬ͕ ŵ͛ĂǀĂŝƚ ƐĞŶƐŝďŝůŝƐĠĞ ă ĐĞ ƉƌŽďůğŵĞ͕ ƋƵĞ ũĞ ƉĞƌĐĞǀĂŝƐ ĂůŽƌƐ ĂǀĞĐ ƵŶ
certain scepticisme. Avec le recul, elle avait raison ͕ Ě͛ĂƵƚĂŶƚ ƉůƵƐ ƋƵĞ ůĞ ĐŽŶƚĞdžƚĞ ĂŐƌŽ-alimentaire et
économique des années 2000 facilite encore moins les choix.
Il est bien connu que nous sommes inégaux devant la santé et que la maladie peut avoir des origines très
ĚŝǀĞƌƐĞƐ͕ ƐŽƵǀĞŶƚ ůŝĠĞƐ ă ů͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚ͘ >ĞƐ ŵĂůĂĚŝĞƐ ŝŶĨĞĐƚŝĞƵƐĞƐ ĚĞƐ ƉĂLJƐ ƉĂƵǀƌĞƐ ƐŽŶƚ ĚŝĨĨĠƌĞŶƚĞƐ ĚĞƐ
maladies chroniques des pays développés͘EĠĂŶŵŽŝŶƐ͕ů͛KD^ĞƚůĂ&KŽŶƚĚĠŵŽŶƚƌĠĚ͛ƵŶĞŵġŵĞǀŽŝdžĚĞƉƵŝƐ
2000, que le modèle alimentaire occidental implanté dans un pays en développement entraîne à moyen et
long terme les mêmes maladies que dans les pays riches : cancers, diabète, affections cardio-vasculaires,
ŽďĠƐŝƚĠ͙
ĞƉƵŝƐůĞŵŝůŝĞƵĚƵyyğŵĞƐŝğĐůĞ͕ůĞƐŶŽƵǀĞĂƵdžŵŽĚĞƐĚĞǀŝĞĚĞƐŚĂďŝƚĂŶƚƐĚĞƐƉĂLJƐĚ͛ƵƌŽƉĞĚĞů͛KƵĞƐƚ͕ŽŶƚ
fortement diminué nos besoins caloriques. Les multiples transformations technico -économiques et les
échanges ont créé une profusion des aliments pour les consommateurs, y compris pour les agriculteurs qui
achètent des aliments tout en continuant leur autoconsommation. Depuis les accidents de la vache folle et
autres pathologies survenus depuis 1985, les producteurs et les consommateurs font davantage attention à la
qualité des aliments qui inclut leur traçabilité.
Désormais différents organismes de Santé publique publient périodiquement des études détaillées et d es
recommandations destinées aux professionnels de santé mais aussi au grand public. Certains dépliants sont
même destinés aux milieux scolaires. Les contenus varient selon le public visé: malades chroniques : malades
ĚƵĐƈƵƌ͕ŽďğƐĞƐ͕ĚŝĂďĠƚŝƋƵĞƐ͕ĂůůĞƌŐŝƋƵĞƐ͙ŽƵĐĂƚĠŐŽƌŝĞƐĚĞƌĂƚŝŽŶŶĂŝƌĞƐ : enfants, seniors, personnes âgées,
ƐĠĚĞŶƚĂŝƌĞƐ͕ƐƉŽƌƚŝĨƐ͕ƚƌĂǀĂŝůůĞƵƌƐĚĞĨŽƌĐĞ͙
:ĞŵĞĐŽŶƚĞŶƚĞƌĂŝŝĐŝĚĞƐZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐŐĠŶĠƌĂůĞƐĚĞƐƚŝŶĠĞƐăƵŶĞƉĞƌƐŽŶŶĞĂĚƵůƚĞĚŝƐƉŽƐĂŶƚĚ͛ƵŶĞƐĂŶƚĠ
normale, désireuse de se maintenir en forme et de préserver son capital santé. Elles sont présentées en
ĨŽŶĐƚŝŽŶ ĚĞƐ ŚĂďŝƚƵĚĞƐ ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐ ĚƵ ƉůƵƐ ŐƌĂŶĚ ŶŽŵďƌĞ͕ ĐĞ ƋƵŝ ĞdžƉůŝƋƵĞ ů͛ŽƌĚƌĞ ĚĞƐ ƌĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ
ƋƵŝĚŝĨĨğƌĞĚĞů͛ĠƚƵĚĞŚĂďŝƚƵĞůůĞĚĞƐŐƌŽƵƉĞƐĚ͛ĂůŝŵĞŶƚƐ͘
Vous trouverez page suivante en exemple un tableau visuel très résumé destiné à être mémorisé facilement.
>ĞƐ ĐŽŶƐĞŝůƐ ŽŶƚ ĠƚĠ ĠƚĂďůŝƐ ĞŶ ϮϬϬϮ ƉĂƌ ƵŶ ŐƌŽƵƉĞ ĚĞ ƚƌĂǀĂŝů ĚĞ ů͛&^^ ;ŐĞŶĐĞ &ƌĂŶĕĂŝƐĞ ĚĞ ^ĠĐƵƌŝƚĠ
Sanitaire des Aliments) puis validés par des Experts en Santé pu blique réunis par la DGS (Direction Générale
ème
de la Santé͘>ĞĚŽĐƵŵĞŶƚƋƵŝƐ͛ŝŶƚŝƚƵůĞͨ La Santé vient en mangeant » (9 réédition en 2011) est présent sur
ůĞƐŝƚĞĚĞů͛/EW^;/ŶƐƚŝƚƵƚEĂƚŝŽŶĂůĚĞWƌĠǀĞŶƚŝŽŶĞƚĚ͛ĚƵĐĂƚŝŽŶăůĂ^ĂŶƚĠͿ : [Link]
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 630
21 - CONSEILS NUTRITIONNELS ISSUS DES OBJECTIFS DU PROGRAMME NATIONAL NUTRITION SANTÉ, EN 2002
ƉŽƵƌƚŽƵƚĞƉĞƌƐŽŶŶĞŶŽŶƐŽƵŵŝƐĞăƵŶƌĠŐŝŵĞƉĂƌƚŝĐƵůŝĞƌĚ͛ŽƌĚƌĞŵĠĚŝĐĂů
CONSOMMER LIMITER
4 - Viandes et 4 ʹ Sel
volailles, produits de
Trop présent dans les
ůĂƉġĐŚĞĞƚƈƵĨƐ
aliments préparés
1 à 2 fois par jour
Activité physique :
ƵŵŽŝŶƐů͛ĠƋƵŝǀĂůĞŶƚĚ͛ƵŶĞĚĞŵŝ-heure de marche rapide par jour
22 - PRÉCISIONS COMPLEMENTAIRES :
Hépar (555 mg/l), Courmayeur 553 mg/l), Contrex (550 mg/l). Parfois les laitages genre riz au lait sont mieux
supportés que le lait seul de même que les fromages râpés, genre gruyère, dans des potages, sur des légumes
ou des pâtes.
x Bien savoir que pratiquer des sports, sorties ou activités en plein air recharge nos réserves en Vitamine D par
ů͛ŝŶƚĞƌŵĠĚŝĂŝƌĞĚĞůĂƉĞĂƵ͘KƌĐĞůůĞ-ci est nécessaire à la fixation du calcium sur les os. Ceci ne veut pas dire
Ɛ͛ĞdžƉŽƐĞƌĂƵƐŽůĞŝůĂǀĞĐĞdžĐğƐ !
ƉƌŽƉŽƐĚĞů͛ĂĐƚŝǀŝƚĠƉŚLJƐŝƋƵĞ
x Les dernières recommandations de 2007 visant la promotion de la santé diffèrent des recommandations
de 1995 basées sur la capacité cardio-respiratoire.
>ĞƐ ĂĐƚŝǀŝƚĠƐ Ě͛ĞŶĚƵƌĂŶĐĞ ƐŽŶƚ ĚŝĨĨĠƌĞŶƚĞƐ ĚĞƐ ĂĐƚŝǀŝƚĠƐ ĚĞ renforcement musculaire qui sont désormais
recommandées. Celles-ci devraient être pratiquées au moins deux jours par semaine, non consécutifs, sous
forme de 8 à 10 exercices utilisant les principaux groupes musculaires.
Pa ailleurs, pratiquer une activité physique régulière contribue à un bon équilibre du cholestérol :
ů͛ĂƵŐŵĞŶƚĂƚŝŽŶĚĞƐ,>;ŚŝŐŚĚĞŶƐŝƚLJƉƌŽƚĞŝŶƐͿͿ : le bon - et la diminution des LDL (low density proteins) : le
mauvais.
Pour terminer, voici comme exemples, ĚĞƐ ƐĐŚĠŵĂƐ Ě͛ĂƐƐŝĞƚƚĞ ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞ ĨĂĐŝůĞƐ ă ŵĠŵŽƌŝser et une pyramide
alimentaire permettant de hiérarchiser les priorités entre les gƌŽƵƉĞƐĚ͛ĂůŝŵĞŶƚƐ͘
^dZhdhZ͛hE^^/dd^Ed
[Link]/
Il existe quantité de pyramides alimentaires dans le monde adaptées aux conditions locales ou sociales.
:͛ĂŝƌĞƚĞŶƵĐĞůůĞ-ci adaptée à la France et à un large public sans régime, toutes générations confondues.
Le haut de la pyramide correspond aux aliments à utiliser avec parcimonie. Plus on va vers le bas, plus la quantité
nécessaire est importante. On doit consommer le moins possible de sucreries (y compris les jus de fruits) pour
favoriser les apports de viandes ou équivalents et surtout les végétaux frais et cuits (céréales* et féculents) en
ƉƌĠĨĠƌĂŶƚůĞƐĐŽƌƉƐŐƌĂƐĚ͛ŽƌŝŐŝŶĞǀĠŐĠƚĂůĞ͘
*Les graines de céréales en légumes sont préférables aux céréales élaborées et souvent sucrées du petit-déjeuner.
Des schémas à apposer devant le frigo pour petits et grands, pour que le cerveau les enregistre.
***
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 635
Les vêtements portés par les paysans les ont différenciés des autres catégories sociales jusque dans les années 1920
environ pour les jeunes et 1950 pour les anciens ĐĂƌ ůĂ ŵŽĚĞ ƵƌďĂŝŶĞ Ɛ͛ĠƚĞŶĚŝƚ ƉĞƵ ă ƉĞƵ ă ůĂ ĐĂŵƉĂŐŶĞ faisant
presque disparaître les costumes traditionnels. Quand ůĞƐ ũĞƵŶĞƐ ĐŝƚĂĚŝŶƐ ŝƐƐƵƐ ĚĞ ů͛ĞdžŽĚĞ ƌƵƌĂů, habillés de façon
moderne, rendaient visite à leur famille restée ăůĂĐĂŵƉĂŐŶĞŽƵăůĂĨĞƌŵĞ͕ŝůƐƉƌŽǀŽƋƵĂŝĞŶƚůĂĐƵƌŝŽƐŝƚĠŽƵů͛ĞŶǀŝĞĚĞ
ceux restés au pays.
LES COSTUMES TRADITIONNELS EN BRETAGNE
Il faut rappeler ƋƵ͛ĂƵ ƉůĂŶ ůinguistique, la Bretagne comporte deux zones très distinctes, attestées depuis des
siècles : ăů͛ĞƐƚ͕le pays Gallo ŽƵ,ĂƵƚĞƌĞƚĂŐŶĞŽƶů͛ŽŶĂƉƌĂƚŝƋƵĠ la langue gallo, Ě͛ŽƌŝŐŝŶĞƌŽŵĂŶĞ et ăů͛ŽƵĞƐƚ͕le
Pays Bretonnant ou Basse Bretagne Žƶ ů͛ŽŶ ƉĂƌůĞ le breton, Ě͛ŽƌŝŐŝŶĞ celtique. Le Français désormais langue
couramment pratiquée, ne Ɛ͛ĞƐƚŐĠŶĠƌĂůŝƐĠ͕ŶŽƚĂŵŵĞŶƚĞŶĂƐƐĞƌĞƚĂŐŶĞ͕ƋƵĞĚĞƉƵŝƐůĂƐĞĐŽŶĚĞŐƵĞƌƌĞŵŽŶĚŝĂůĞ͘
L͚ŝĚĞŶƚŝƚĠůŝŶŐƵŝƐƚŝƋƵĞĞƚĐƵůƚƵƌĞůůĞreste revendiquée. Mais la Bretagne toute entière relève de la culture celte.
Au plan des costumes traditionnels, des différences de
mode ont existé entre les deux pays depuis le XVIIIe siècle
A Montfort,
quand la suppression des Lois somptuaires à la Révolution près de Rennes,
permit la création de beaux costumes dans toutes les à ů͛ĐŽŵƵƐĠĞĚƵ
classes de la société. La grande période de ces Pays de
costumes a commencé vers les années 1830 pour se Brocéliande
terminer progressivement entre 1920 et 1950 selon les une galerie de
générations, soit pendant un siècle environ. costumes du
pays gallo est
Plus que le costume même dont seuls les tissus variaient, exposée.
F¶pWDLWODFRLIIHTXLGLIIpUHQFLDLWOHVORFDOLWpV
De façon générale, les costumes du pays gallo davantage
influencés par les modes de grandes villes ont évolué En jaune, le pays gallo, ou Haute Bretagne, du nom de la langue parlée
G¶RULJLQH ODWLQH : le Gallo (depuis le Haut Moyen- $JH ,O HQJOREH O¶,OOH HW
pendant cette période. Les costumes du pays celte Vilaine, la Loire-Atlantique et la partie HVWGHV&{WHVG¶$UPRUHWGX0RUELKDQ-
bretonnant étonnamment diversifiés et soumis à des codes En bleu, le pays bretonnant ou Basse-Bretagne, du nom de la langue
précis ont été portés plus longtemps et correspondent aux parlée : le Breton. Il comprend le Finistère et la partie ouest des Côtes
costumes folkloriques les plus célèbres. G¶$UPRUHWGX0RUELKDQ
EŽƵƐ ĐŽŵƉĂƌĞƌŽŶƐ Ě͛ĂďŽƌĚ ůĞƐ ƐŽƵǀĞŶŝƌƐ ĚĞ Maria Gérard à la présentation des habits de son pays gallo, avant
Ě͛ĂďŽƌĚĞƌ les vêtements de travail ou de la semaine puis les costumes du dimanche et des jours de fête. De nos
jours seuls les Musées ou des Associations folkloriques conservent quelques pièces ou en reconstituent de nouveaux
ƉĂƌĨŽŝƐŵŽĚĞƌŶŝƐĠƐăƉĂƌƚŝƌĚĞĚŽĐƵŵĞŶƚƐĚ͛ĠƉŽƋƵĞƋƵŝĚŽŶŶĞŶƚůŝĞƵ à des défilés lors de manifestations célèbres.
I ʹAU PAYS GALLO EN HAUTE BRETAGNE, NOTAMMENT EN ILLE ET VILAINE
11 ʹ LES SOUVENIRS DE MARIA GÉRARD
EĠĞăůĂĨĞƌŵĞĞŶϭϵϬϴĞƚů͛ĂLJĂŶƚƋƵŝƚƚĠĞĞŶϭϵϯϬ͕ƐĞƐƐŽƵǀĞŶŝƌƐƌĞŵŽŶƚĞŶƚăů͛ĞŶĨĂŶĐĞ͕ĐĂƌĞůůĞƐĞƐŽƵǀŝĞŶƚĚƵĚĠďƵƚ
ĚĞůĂŐƌĂŶĚĞŐƵĞƌƌĞ͘>ĞƐǀŽŝĐŝƚĞůƐƋƵ͛ĞůůĞŵĞůĞƐĂƌĂƉƉŽƌƚĠƐƉŽƵƌ la période 1912/1930 :
« Pour les dames : après la toilette, elles enfilaient une chemise assez épaisse en
toile de coton, puis une culotte descendant à mi-cuisse et fermée par un volant. Ź
Certains modèles avaient une fourche ouverte pour faciliter les gestes lors des
Culotte à volant.
besoins naturels. Ensuite, on enfilait des bas de laine retenus par des jarretelles
Descendant en
serrées à 10 cm environ au-dessus des genoux. Le corset ne se portait que le
1880 sous le genou,
dimanche sur une chemise fine en coton.
elle raccourcit peu à
On recouvrait le tout par une sorte de tricot à manches longues, resserré à la taille par peXMXVTX¶jPL-
les côtés et recouvrant le ventre (Maria ne se souvenant plus du nom de ce vêtement, cuisse dès
MH SHQVH TX¶LO V¶DJLVVDLW G¶XQH FDPLVROH* de laine). Si on sortait, on ajoutait une 1910/1920
pèlerine en laine tricotée qui recouvrait les épaules et le ventre. Enfin, on enfilait le
corsage et la jupe. * vêtement court ou long à manches se portant sur la chemise
Les habits du dimanche ne servaient pas dans la semaine.
d
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 636
Sur la tête, on portait la coiffe du pays. Pas de gants. Aux pieds pour travailler, des sabots ou des chaussures montantes
fabriquées par le cordonnier. Les chaussures très bien entretenues duraient des années et celles du dimanche ne servaient pas en
semaine.
Les bijoux Q¶pWDLHQWSRUWpVTXHOHGLPDQFKH HWMRXUVGHIrWHPRQWUHSHWLWHFURL[EURFKHFROOLHUERXFOHVG¶RUHLOOH«GHPrPHTXH
les coiffes très discrètes dans le canton de Tinténiac.
Pour les hommes : Maria se souvenait que ses frères aînés avaient porté la blouse : sorte de longue veste froncée ou plissée
VRXVXQHPSLqFHPHQWTXLGHVFHQGDLWMXVTX¶DX[JHQRX[)HQGue partiellement sur le haut du devant, la blouse était enfilée par la
tête. Les manches amples étaient resserrées par des poignets. Les couleurs habituelles étaient le bleu marine ou le noir. Le tissu
était fait à partir du fil du lin.
En guise de pantalRQOHVKRPPHVSRUWDLHQWFHTXHO¶RQDSSHODLWun « froc » enfilé sur un caleçon. Sur le buste au contact de la
peau, ils mettaient des chemises en flanelles GHFRWRQPROOHWRQQpHVDYDQWG¶HQILOHUXQHchemise en toile de chanvre. Plus tard,
le chanvre fut remplacé par le coton. La chemise de chanvre plutôt rigide avait un pied de col porté tel quel dans la semaine. Le
dimanche, celui-ci était recouvert par un faux col, DVVRUWLG¶XQHcravate fantaisie3XLVRQUHFRXYUDLWODFKHPLVHG¶XQgilet muni
G·XQHSRFKH pour la montre. Par-dessus, on terminait par la blouse ou une veste.
Le chapeau était porté le dimanche ou dans les grandes occasions. Pas de gant. Les chaussettes étaient toutes tricotées à partir
G¶pFKHYHDX[GHODLQHYHQGXVVXUOHVPDUFKpV$X[SLHGVOHVKRPPHVSRUWDLHQWSRXUWUDYDLOOHUGHV sabots ou des chaussures
montantes. Les cKDXVVXUHVGXGLPDQFKHXQHVHXOHSDLUHOHSOXVVRXYHQWQ¶pWDLHQWMDPDLVXWLOLVpHVHQVHPDLQH
JXVTX¶j OD ILQ GX second empire, les sources sur les Costumes sont essentiellement des gravures, lithographies, dessins ou
tableaux. Les photographies ne sont arrivées dans les campagnes TX¶DSUqVODJXHUUHGH2Uà cette période, dans les familles
modestes, se faire prendre en photo était un évènement exceptionnel. Des photographes passaient dans les fermes en proposant
leurs services. Les personnes âgées se faisaient au sens propre « tirer le portrait ª%LHQGHVIDPLOOHVG¶DXMRXUG¶KXLRQWHQFRUHGHV
SRUWUDLWV GH OHXUV DQFrWUHV TXL UHPRQWHQW j FHWWH pSRTXH /HV HQIDQWV TXL Q¶DYDLHQW SDV OD SODFH VRFLDOH TXL OHXU HVW Ueconnue
DXMRXUG¶KXLQ¶pWDLHQWSDVSULVj SDUWHQSKRWR3OXVWDUGLOVEpQpILFLHURQWGHVSKRWRVVFRODLUHV SDUFODVVHDYHFOHXUVPDvtres ou
maîtresses. Vers 1900, les photos de familles paysannes sont rares : parents avec enfants ou personnes âgées sous forme de
portraits. Pour les évènements importants tels que les mariages, le photographe du canton était demandé.
6L YRXV UHJDUGH] G¶DQFLHQQHV SKRWRV GH IDPLOOH, vous pourrez y retrouver la signature du photographe. Ceux qui ont exercé
longtemps au même endroit ont ainsi créé une sorte de photothèque très appréciée de nos jours. Ainsi, pour la famille de Maria
Gérard, les photos de ses grands-parents et parents sont signées « Grenet-Malval » à Tinténiac. Pour elle lors de son mariage, la
signature est devenue « Henry Malval » à Rennes. Henry le fils a continué à venir dans les environs de Tinténiac à la demande des
IDPLOOHVXQOLHQV¶pWDLWFUpp
Pour en revenir au costume du pays Gallo ƋƵŝ ŶŽƵƐ ŝŶƚĠƌĞƐƐĞ͕ ǀŽŝĐŝ ůĂ ĚĞƐĐƌŝƉƚŝŽŶ ĚƵ ĐŽƐƚƵŵĞ ƉƌĠƐĞŶƚĠ ƉĂƌ ů͛ĐŽ-
Musée de Brocéliande, à Montfort, qui consacre une galerie au costume traditionnel du pays gallo. Le pays de
Brocéliande et de Montfort est situé en plein milieu du pays gallo. MontforƚƐŝƚƵĠăϮϱŬŵăů͛ŽƵĞƐƚĚĞZĞŶŶĞƐĞƚ 25
km au sud de Tinténiac est proche du bassin de Rennes et du canton de Tinténiac.
12 - LE COSTUME DE LA RÉGION DE RENNES ET DE MONTFORT EN ILLE ET VILAINE
Ź Le costume féminin vers 1850
>ĂĐŽŝĨĨĞĚ͛ĂŶƚĂŶ
Certaines femmes, et en particulier les artisanes, portent un
bonnet noué sous le menton.
La catiole
͛ĞƐƚůĞŶŽŵĚĞůĂĐŽŝĨĨĞƉŽƌƚĠĞĂƵy/yğme siècle, dans le pays de
Rennes et de Montfort. Elle se compose de deux éléments
principaux : le fond et les ailes. Les ailes se portent repliées sur le
dessus de la tête. La coiffe est posée sur un serre-tête retenant les
ĐŚĞǀĞƵdžăů͛ĂƌƌŝğƌĞ͘DŽŶƚĨŽƌƚ͕ce serre-tête était rond et à trou,
permettant de relever les cheveux sur le haut de la tête. La coiffe
de deuil est blanche et sans ornement. Les ailes de la catiole sont
ďŽƌĚĠĞƐĚ͛ƵŶĞŐĂnjĞ͕ĞƚƐĞƉŽƌƚĞŶƚĚĠƉůŝĠĞƐƐƵƌůĞƐĠƉĂƵůĞƐ͘
La jupe
Confectionnée souvent en « berlingue » (laine et chanvre) ou en
« milaine » (toile de laine et de lin), la jupe est à plis plats sur le
devant et à grosses fronces derrière. Le haut de la jupe est posé Costume de Haute Bretagne au Second Empire (1852-
ƐƵƌ ƵŶ ĐŽƵƐƐŝŶĞƚ͕ ĨŽƌŵĂŶƚ ă ů͛ĂƌƌŝğƌĞ ƵŶ ůĠŐĞƌ ͨ ƉĞƚ ĞŶ ů͛Ăŝƌ ͕ͩ 1870) - Coiffe catiole - Coll. de poupées du Musée de
moins accentué que celui des femmes de la ville. Les couleurs sont Brocéliande à Montfort (35)
claires et assez vives, les tissus unis ou à rayures.
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 637
Le tablier
IL est long et à bavette, soit à rayures sur une jupe unie, soit uni sur une jupe à rayures.
Le chemisier et le corselet à manches
/H FKHPLVLHU VRXYHQW EODQF HVW UHYrWX G¶XQ FRUVHOHW DMXVWp GH FRXOHXU JDUQL GH SDVVHPHQWHULH QRLUH j
O¶RXYHUWXUHet en bas des manches.
La veste ou Le Corselet
La veste est lacée sur le devant, à demi-manches, du même tissu que la jupe. Le corselet est noir.
Le mouchoir de cou
,OVHSRUWHVXUOHVpSDXOHVDYHFTXDWUHSHWLWVSOLVpSLQJOpVjO¶DUULqUH6RXYHQWDPHQpSDU des colporteurs, il
HVWHQFRWRQQDGHLPSULPpHYHQDQWGH3URYHQFHG¶$OVDFHRXGH&KROHW/HVIHPPHVSOXVDLVpHVSRUWHQW
des mouchoirs ou châles de Cachemire provenant de la compagnie des Indes.
/·HQVHPEOHGXFRVWXPH de fête est plutôt coloré et soigné : belles étoffes, beau mouchoir de cou. A partir
GHODFRLIIHHVWGHYHQXHSOXVOpJqUHHWSOXVRUQpHTXDQGOHWXOOHV¶HVWUpSDQGXPDVVLYHPHQW
Ci-contre Ź
5HFRQVWLWXWLRQG¶XQ&RVWXPHGHSD\VDQQH GHO¶DQFLHQ Comté de Rennes entre 1830 et 1860/1870, par le Groupe
Gallo-%UHWRQGH5HQQHVG¶DSUqVGHVUHFKHUFKHVHIIHFWXpHVSDU6LPRQH0RUDQG-1001), ethnologue et fondatrice
du groupe.
Ź
Coiffe Polka
Chateaubourg
Typique du
bassin de
Rennes, apparue
à la fin du XIXe
siècle
Ż
Coiffe Polka,
Le Tiercent,
près de Fougères
Ille et Vilaine.
En coton :
&RVWXPHVG¶,OOHHW9LODLQH/HVFRLIIHV : mousseline,
à gauche la « Catiole, » à droite la « Polka ». &RVWXPHVG¶,OOHHW9LODLQH - linon ou
(le jabot ne fait pas parie de la coiffe) A gauche la Catiole, à droite la Polka baptiste
ɼ Après 1900, la catiole est devenue minuscule, épinglée sur un ruban noir. Elle se porte sur des cheveux très tirés. A la fin
du XIXè siècle, apparaît une nouvelle coiffe : la « Polka » appelée aussi « Marie-Louise ». Elle disparaîtra au lendemain de la
seconde guerre mondiale (sauf pour des personnes âgées qui la garderont à vie, comme Marie-Josèphe Vétier, mère de
Geneviève Boulongne). Cette coiffe était plus facile à placer et à repasser. Le châle a remplacé le mouchoir du cou. Assorti au
tablier il est, pour les jours de fête, en tissu soyeux bordé de longues franges.
- Pour les hommes : Le costume masculin, plus encore que celui des femmes, est copié sur la mode urbaine. Le touron (ou la
galicelle) a fait place à une veste en drap de laine. Les guêtres ont disparu, le petit mouchoir de cou est remplacé par O·DQJXLOOH
(sorte de ruban étroit noué autour du col). La chemise en grosse toile est détrônée par la fine chemise à plastron. Le chapeau a
perdu ses larges bords. Cependant, à la campagne, les hommes portent beaucoup la blouse, y compris les jours de fête.
ź A partir de 1930, seules les grands-mères gardent les traces du costume traditionnel : le « cotillon » (ample jupe longue,
noire de préférence). Les anciennes tiennent aussi à leur tablier en satinette noir, sur lequel elles mettent souvent un deuxième
tablier en coutil bleu, pour protéger le premier quand elles travaillent.
La petite catiole a disparu, supplantée majoritairement par la « polka ».Quand les femmes plus jeunes abandonnent la coiffe, elles
gardent la coiffure. Les cheveux, séparés en deux bandeaux, sont retenus par un ruban de velours et enserrés dans une résille.
Quand la chevelure plaquée avait gardé le même pli durant des années, il était difficile pour les femmes de la campagne de se
coiffer à la mode courte et souple de la ville.
Abandonner la coiffe était un premier pas, couper ses cheveux était une autre étape psychologique plus dure à passer.
/¶pYROXWLRQVHIDLVDLWHQIDLWSDUO¶LQIOXHQFHUpFLSURTXHG¶XQHJpQpUDWLRQVXUO¶DXWUH
[Link]
Coiffe de Saint-Servan dite le « Clérin » Jeune fille des bords de Rance, Dinan Ancienne coiffe de Fougères
ŽƐƚƵŵĞƐĚ͛/ůůĞĞƚsŝůĂŝŶĞ͕
Jeune couple paysan
ŽƐƚƵŵĞĚ͛/ůůĞĞƚsŝůĂŝŶĞ Jeunes filles du Pays de Rennes A noter ͗ůĂďůŽƵƐĞĚĞů͛ŚŽŵŵĞĞƚůĂĐŽŝĨĨĞ
polka de la femme
Blouse paysanne de Montreuil le Gast Sabots allégés avec bride en cuir Brodequins cuir et semelle en bois
Ille et Vilaine
13 - COMPARAISON AVEC LES SOUVENIRS DE MARIA GÉRARD
ET LES PHOTOS DE SES GRANDS- PARENTS
Maria Ŷ͛ĂƉĂƐĐŝƚĠůĞŵŽƵĐŚŽŝƌĚĞĐŽƵ͕car dans des souvenirs les
paysannes de La Baussaine en portaient uniquement pour les
gros travaux mais pas comme élément de toilette.
On reconnaissait un paysan de Concarneau aux empiècements de velours qui garnissaient le gilet et surtout la veste. En
effet chaque paroisse avait sa particularité. Les hommes ont porté ce costume jusque dans les années 1930. Le port
du costume a totalement disparu dans les années 1940.
Retour de foire, Chemin de Saint-Jean à Concarneau La fin de la journée des Glaneuses, 1898
Huile sur toile de Deyrolle, 1881, Musée de Brest Huile sur toile de Deyrolle
Les hommes portent chapeau, gilet et veste courte, pantalon droit ou culotte et sabots. Les femmes portent
coiffe, jupes en toiles et chemises. Dans les années 1880, les costumes étaient très colorés. Ils devinrent noirs vers
1900.
Théophile Deyrolle, (1844-ϭϵϮϯͿĨƵƚƵŶƉĞŝŶƚƌĞĐŽŶĐĂƌŶŽŝƐĚ͛ĂĚŽƉƚŝŽŶ
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 643
B ʹ AU PAYS DE QUIBERON
Costumes noirs de femmes de pêcheurs de Quiberon, Scène de battage au manège à Quiberon, vers 1930.
vendant leur récolte de goémons, mode 1900. Les hommes portent la casquette. Les femmes portent le
Seule la coiffe diffère du costume de la paysanne. costume et la coiffe, malgré la pénibilité du travail.
« Quand il faisait chaud pour travailler, les femmes retiraient leur jupe et leur caracot et protégeaient leur
jupon avec leur tablier. Quand le soleil tapait trop fort ou que le vent était frais, elles portaient le fichu blanc en
foulard noué sous le menton. Souvent les vieilles femmes en repliaient les coins à l'intérieur pour ne pas les salir.
Aux pieds elles avaient les habituels chaussons de feutre noir renforcés de peau et les Botou koad (sabots de bois)
qu'elles retiraient bien sûr pour entrer dans la maison ͙Les robes longues jusqu'au sol se sont raccourcies au fur
Ğƚ ă ŵĞƐƵƌĞ ƋƵĞ ůĂ ŵŽĚĞ ŵŽĚĞƌŶĞ Ɛ͛ŝŵƉŽƐĂŝƚ Ğƚ ĐĞƐ ĚĞƌŶŝğƌĞƐ ĂŶŶĠĞƐ ŽŶ ǀŽLJĂŝƚ ĞŶĐŽƌĞ ĚĞƐ ŐƌĂŶĚƐ-mères "en
coiffe" mais portant des vêtements modernes ͙
͙Les hommes aux champs portaient, comme les femmes, les Botou koad (sabots de bois) et leurs chaussons de
ĨĞƵƚƌĞƐŶŽŝƌƌĞŶĨŽƌĐĠƐĚĞƉĞĂƵĂƵdžƚĂůŽŶƐĞƚĂƵdžƐĞŵĞůůĞƐ͙
. ͛ĂƉƌğƐ : [Link] [Link]/[Link]?lng=fr&pg
C - hWz^͛hZz
* Les femmes paysannes du PĂLJƐĚ͛ƵƌĂLJ, en 1843/1844
ĐŽƵǀƌĞŶƚůĞƵƌĐŚĞŵŝƐĞĚ͛ƵŶĞďƌĂƐƐŝğƌĞŽƵĚ͛ƵŶĞǀĞƐƚĞƐĂŶƐŵĂŶĐŚĞ͕
le tout associé à une jupe souvent relevée, laissant apparaître le
jupon.
Avec le ƚĞŵƉƐĐĞƚŚĂďŝƚƐĞůŝŵŝƚĞăƵŶĞũƵƉĞĞƚƵŶĞĐŚĞŵŝƐĞƋƵĞů͛ŽŶ
protège par un tablier avec ou sans bavette. La coiffe reste un
impératif. Sa forme est identique à celle portée dans les grandes
occasions mais plus simple et en étoffe plus grossière.
La tenue de travail ĐŽŵƉŽƌƚĞĂƵƐƐŝĚĞƐƉŝğĐĞƐĚ͛ŚĂďŝƚĚĞĨġƚĞĞŶ >ĞƐƉĂLJƐĂŶŶĞƐĚƵWĂLJƐĚ͛ƵƌĂLJĂƵƚƌĂǀĂŝůĞŶ
fin de vie qui trouvent aux champs un dernier usage. Pour la 1843-1844 [Link]
confection des habits de travail, chaque ferme réserve un terrain à
la culture du chanvre qui fournit assez de fil pour tisser les habits et
le trousseau ».
Pour ůĞƐ ŚŽŵŵĞƐ ƉĂLJƐĂŶƐ ĚƵ WĂLJƐ Ě͛ƵƌĂLJ et Ě͛ĂŝůůĞƵƌƐ ĞŶ
Bretagne:
« La chemise longue à manche longue, de chanvre ou de lin est
ů͛ĠůĠŵĞŶƚĐŽŶƐƚŝƚƵƚŝĨĚƵǀġƚĞŵĞŶƚĚĞƚƌĂǀĂŝů͘Ceinturée à la taille, on
lui ajoute un pourpoint* et des hauts de chausse, pour se protéger
du froid. Cette tenue pratique et solide est immuable du Moyen Âge
au XVIIe siècle. ΎǀġƚĞŵĞŶƚŵĂƐĐƵůŝŶĐŽƵǀƌĂŶƚůĞƚŽƌƐĞũƵƐƋƵ͛au-dessous de
la ceinture. Selon croquis et aquarelles de François-
Hippolyte LALAISSE
Les braies des paysans bretons couvriront les hauts de chausse ou
caleçons courts ũƵƐƋƵ͛ĂƵdž genoux. >͛ĠƚŽĨĨĞ brune des ǀġƚĞŵĞŶƚƐƉĂLJƐĂŶƐĠƚĂŝƚƐŽƵǀĞŶƚĨĂŝƚĞĚ͛ƵŶĞĠƚŽĨĨĞ
ĐŽŶƐƚŝƚƵĠĞ Ě͛ƵŶĞ ƚƌĂŵĞ ĚĞ ůŝŶ Ğƚ Ě͛ƵŶĞ ĐŚĂŠŶĞ ĞŶ ůĂŝŶĞ ďƌƵŶĞ ĚĞƐ ŵŽƵƚŽŶƐ ĚĞ ƉĂLJƐ͕ ƋƵŝ ƉŽƌƚĂŝƚ ůĞ nom de
serge brune. Par la suite, les hommes portent toujours cette chemise mais avec un pantalon et un gilet.
Après la seconde guerre mondiale, le port de la blouse bleue ou grise se généralisa.
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 644
D - A IL L E URS , E N B R E T AG N E
Vers 1905 - Femmes de La Feuillée (29) 1909 - Paysanne bretonne en tenue Vers 1930 - Jeune paysanne bretonne,
filant la quenouille de travail au champ avec sa faucille tenue noire, petite coiffe, sabots à brides
Vers 1935 - Paysans au champ à Bréhat. Seule la femme 1940 - Famille paysanne bretonne. Seule la grand-mère porte
ƉŽƌƚĞů͛ŚĂďŝƚĚĞƚƌĂǀĂŝůƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞů͕LJĐŽŵƉƌŝƐůĂĐŽŝĨĨĞ͘ ůĂĐŽŝĨĨĞ;ĚƵdƌĠŐŽƌͿ͘>͛ŚĂďŝƚƉĂLJƐĂŶĂĚŝƐƉĂƌƵ͘
* « ZŽƵŐŝƌ Ě͛ġƚƌĞ ƉĂLJƐĂŶ ». Dans les années 1950, ce livre rédigé par 2 frères jumeaux : Michel et Joseph
Gicquel, fit grand bruit. « Le paysan maître de sa destinée devenait agriculteur subventionné, la campagne amorçait sa
transformation en terrain de loisirs pour les citadins. Les urbains, même récents, regardaient les ruraux comme des ploucs ou
des culs terreux. Pas toujours facile à vivre« ». Depuis, les exploitants agricoles sont mieux considérés.
***
645 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans
En 1850, la Bretagne reste en marge des évolutions et conserve un mode de vie ancestral. Les paysans bretons vont
ůŽŶŐƚĞŵƉƐƐŽƵĨĨƌŝƌĚĞů͛ŝŵĂŐĞŶĠŐĂƚŝǀĞǀĠŚŝĐƵůĠĞƉĂƌůĞƐǀŽLJĂŐĞƵƌƐ͘En effet, la plupart de ces derniers Ŷ͛ĠƚƵĚŝĞŶƚƉĂƐ
en profondeur la culture paysanne et se contentent de décrire les paysans comme des rustres incultes, sales et
renfermés sur eux-mêmes. Certains néanmoins, telƐƋƵĞů͛ĂƋƵĂƌĞůůŝƐƚĞ&ƌĂŶĕŽŝƐ,ŝppolyte Lalaisse (1810-1884) ou des
peintres : Olivier Perrin (1761-1832) et Théophile Deyrolle (1844ʹϭϵϮϯͿŽŶƚƐĂŝƐŝĚĂŶƐůĞƵƌƐƈƵǀƌĞƐů͛ŽƌŝŐŝŶĂůŝƚĠĞƚůĂ
complexité de la culture bretonne, ce qui de nos jours nous laisse des sources irremplaçables, en plus des
lithographies devenues très populaires dès le début du XIXème siècle.
Qui était François Hippolyte LALAISSE ? (1810 Nancy - 1884 Paris)
Elève de Charlet, puis professeur adjoint de dessin à Polytechnique, il devint peintre et illustrateur français. Il a laissé
ƵŶĞƈƵǀƌĞĐŽŶƐŝĚĠƌĂďůĞ ĚĞƚableaux (« Retraite de Russie » notamment), de lithographies*, aquarelles ou dessins
sur les costumes régionaux et sur les uniformes. WŽƵƌůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐ͕ŝůƐ͛ĞƐƚĚĠƉůĂĐĠĞŶƌĞƚĂŐŶĞĞƚĞŶEŽƌŵĂŶĚŝĞ͘
Il est le seul artiste nous permettant de connaître les costumes bretons et normands au cours du XIXe siècle. Les
musées et les cercles folkloriques utilisent ses gravures pour reconstituer dĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ Ě͛ĠƉŽƋƵĞ͘ ͛ĞƐƚ ă ůĂ
ĚĞŵĂŶĚĞ Ě͛ƵŶ ĠĚŝƚĞƵƌ ƋƵ͛ŝů Ă ĠƚĠ ĐŚĂƌŐĠ ĚĞ ĚĞƐƐŝŶĞƌ ůĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ ďƌĞƚŽŶƐ͘ WŽƵƌ ĐĞ ĨĂŝƌĞ͕ ŝů Ă ĞĨĨĞĐƚƵĠ ĚĞƵdž
ǀŽLJĂŐĞƐĞŶƌĞƚĂŐŶĞ͕ůĞƉƌĞŵŝĞƌƉĞŶĚĂŶƚů͛ĠƚĠϭϴϰϯ͕ůĞƐĞĐŽŶĚĞŶŵĂŝϭϴϰϰ͘
« >ĞĚŽĐƵŵĞŶƚ ƋƵ͛ŝůƉƌŽƉŽƐĞ͕ĞŶϭϴϰϯ-1844, sur la société paysanne bretonne est précis, exact, vivant et coloré,
mais ŵĂůŐƌĠ ůĞ ƌĠĞů ƐŽƵĐŝ Ě͛ŽďũĞĐƚŝǀŝƚĠ ƋƵŝ ů͛ĂŶŝŵĞ͕ ŝů Ă ƐĂŶƐ ĚŽƵƚĞ ŐŽŵŵĠ ůĞƐ ĂƐƉĞĐƚƐ ƚƌŽƉ ŵŝƐĠƌĂďůĞƐ Ğƚ ŝů ŶŽƵƐ
montre surtout les beaux costumes du dimanche et des fêtes; ses paysans sont policés, voire élégants, ses
paysannes surtout jeunes et jolies, et des lithographies sont publiées de son vivant. Cette tendance de LALAISSE
;ďĞĂƵĐŽƵƉƉůƵƐĚĠǀĞůŽƉƉĠĞĚĂŶƐů͛ƈƵǀƌĞůŝƚŚŽŐƌĂƉŚŝƋƵĞƋƵĞĚĂŶƐůĞĚŽĐƵŵĞŶƚŽƌŝŐŝŶĂůͿů͛ĂƉƉĂƌĞŶƚĞĂƵdžŶŽmbreux
ĂƌƚŝƐƚĞƐƋƵŝĞŶƐƵŝƚĞǀŽŶƚĚŽŶŶĞƌƵŶĞŝŵĂŐĞĠĚƵůĐŽƌĠĞĚƵŵŽŶĚĞƉĂLJƐĂŶ͙
Néanmoins, il nous donne à voir les costumes quotidiens et les vêtements de travail. Dés 1843 le souci
Ě͛ĞdžĂĐƚŝƚƵĚĞĚĞů͛ĞŶƋƵġƚĞƵƌ>>/^^ƌĞůğǀĞĚĠũăĚƵcourant réaliste ƋƵŝƐ͛Ġpanouit surtout après 1848 : au-delà du
pittoresque des beaux costumes, il scrute le monde paysan contemporain, observe des hommes ou des femmes
au travail, note leurs outils, leurs objets domestiques, la façon dont les animaux de trait sont harnachés.
Le document de Lalaisse est en fait un carnet de 32cm sur 25 qui comprend 193 feuilles, le plus souvent utilisés au
recto et verso ; il est conservé au Musée des Arts et Traditions Populaires à Paris où Georges-,ĞŶƌŝZ/s/Zů͛ĂĨĂŝƚ
acheter en 1952. Il restĞ ŝŶĠĚŝƚ ũƵƐƋƵ͛ĞŶ ϭϵϴϱ, auparavant le grand public ne pouvait connaître que les
lithographies que Lalaisse a lui-même publiées. Les 134 premiers feuillets portent des dessins au crayon et des
dessins aquarellés, complétés de nombreuses notes explicatives. Ensuite, F.-H. LALAISSE a gardé son carnet à
ů͛ĂƚĞůŝĞƌ Ğƚ ů͛Ă ĐŽŵƉůĠƚĠ ĞŶ ĐŽůůĂŶƚ ƐƵƌ ůĞƐ ĨĞƵŝůůĞƚƐ ǀŝĞƌŐĞƐ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ĚĞƐƐŝŶƐ͕ ůĞƐ ƵŶƐ ĠŐĂůĞŵĞŶƚ ĨĂŝƚƐ ĞŶ ƌĞƚĂŐŶĞ
;ƋƵĞůƋƵĞƐƐĐğŶĞƐĚĞŐƌŽƵƉĞƐͿ͕Ě͛ĂƵƚƌĞƐĨĂŝƚƐĞŶEŽƌŵĂŶĚŝĞĞƚĂŝůůĞƵƌƐ͙ »
Adaptation de [Link]
* ƚĞĐŚŶŝƋƵĞĚ͛impression ăƉůĂƚƋƵŝƉĞƌŵĞƚůĂĐƌĠĂƚŝŽŶĞƚůĂƌĞƉƌŽĚƵĐƚŝŽŶăĚĞŵƵůƚŝƉůĞƐĞdžĞŵƉůĂŝƌĞƐĚ͛ƵŶƚƌĂĐĠĞdžĠĐƵƚĠăů͛ĞŶĐƌĞ
grasse ou au crayon gras sur une pierre calcaire
> K^dhD ZdKE ĞƐƚ ĚĞ ůŽŝŶ ů͛ĠůĠŵĞŶƚ ĚĞ ůĂ ĐƵůƚƵƌĞ ƉĂLJƐĂŶŶĞ ƋƵŝ Ă ůĞ ƉůƵƐ ŵĂƌƋƵĠ ůĞƐ ǀŽLJĂŐĞƵƌƐ ͖ tous
reconnaissent le soin porté aux costumes et la blancheur éclatante des coiffes. Si le vêtement de travail est sobre,
confectionné au village avec des toiles de chanvre, il en va autrement du costume de fête, objet de toutes les
attentions. Le costume ĐŽŶƐƚŝƚƵĞĞŶĞĨĨĞƚƵŶĞǀĠƌŝƚĂďůĞĐĂƌƚĞĚ͛ŝĚĞŶƚŝƚĠĚĞĐĞůƵŝƋƵŝůĞƉŽƌƚĞ͗ŽƌŝŐŝŶĞŐĠŽŐƌĂƉŚŝƋƵĞĞƚ
ĐŽŶĚŝƚŝŽŶƐŽĐŝĂůĞĚĞ ů͛ŝŶĚŝǀŝĚƵLJƐŽŶƚ ďŝĞŶǀŝƐŝďůĞƐ͘>͛ĂƉƉĂƌƚĞŶĂŶĐĞă ůĂ ĐŽŵŵƵŶĂƵƚĠƐĞ ŵĂƌƋƵĞ ĂǀĂŶƚƚŽƵƚ ƉĂƌůĂ
ĨŽƌŵĞĞƚůĂĐŽƵůĞƵƌ͕ĞŶƐƵŝƚĞů͛ŽƌŶĞŵĞŶƚĂƚŝŽŶ précise le statut social de chacun. Et gare à celui qui tente de « tricher» ;
ŝů Ɛ͛ĂƚƚŝƌĞ ůĞƐ ĨŽƵĚƌĞƐ ĚĞ ůĂ ĐŽŵŵƵŶĂƵƚĠ ĞŶƚŝğƌĞ . Les paysans bretons de 1850 ont conjugué un mode de vie très
rustre avec un signe distinctif de haute culture ͗ů͛ŚĂďŝƚĚĞĨġƚĞ.
ĞƋƵĞů͛ŽŶŝŐŶŽƌĞƐŽƵǀĞŶƚ͕Đ͛ĞƐƚůĂƌĂŝƐŽŶƉŽƵƌůĂƋƵĞůůĞůĞƐƉůƵƐĂŶĐŝĞŶƐĐŽƐƚƵŵĞƐďƌĞƚŽŶƐŶĞƌĞŵŽŶƚĞŶƚƋƵ͛ĂƵƉƌĞŵŝĞƌ
quart du XIXe siècle, donc à partir de 1800/1825. E &/d :h^Yh͛À LA REVOLUTION, IL EXISTAIT DES LOIS
SOMPTUAIRES RÉ^ZsEd >͛DW>K/ ES DENTELLES ET TISSUS DE LUXE À UNE CERTAINE CATEGORIE SOCIALE.
͛ĞƐƚ ů͛ĂďƌŽŐĂƚŝŽŶ ĚĞ ĐĞƐ ůŽŝƐ͕ ǀŽƚĠĞ ĂƉƌğƐ ůĂ ZĠǀŽůƵƚŝŽŶ ĨƌĂŶĕĂŝƐĞ͕ ũŽŝŶƚĞ ă ƵŶĞ ĞdžƉĂŶƐŝŽŶ ĠĐŽŶŽŵŝƋƵĞ ĚĞƐ
populations rurales, ƋƵŝ ĞŶƚƌĂŠŶĂ ƵŶĞ ƉĠƌŝŽĚĞ Ě͛ĞdžƉĂŶƐŝŽŶ ĚĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ ƉĂLJƐĂŶƐ ĚĞ Ĩġte. Le culte de St Isidore,
ǀĞŶƵĚ͛ƐƉĂŐŶĞ͕ĂĠƚĠĂĚĂƉƚĠăůĂƌĞƚĂŐŶĞ : chapeau rond à brides, gilet brodés, braies bouffantes. Ces culottes
furent abandonnées au début du XXe siècle. Quant aux spirales brodées sur les plastrons bigoudens, elles ne sont
apparues que vers la fin du XXe siècle, ressuscitant des motifs oubliés depuis 10 siècles.
646 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans
2Q D SHLQH DXMRXUG·KXL j LPDJLQHU TXH OHV FRVWXPHV IRONORULTXHV EUHWRQV SURYLHQQHQW GHV FRVWXPHV SD\VDQV GH IrWH
inventés et réalisés par eux-mêmes. Ils devaient G¶DERUGSURGXLUHOHVWURLVWH[WLOHVGHEDVH : laine, lin et chanvre. La laine
provenait de rares moutons des landes bretonnes, espaces pauvres et incultes couverts de bruyères, genêts, fougères et herbes
basses. Le chanvre était la fibre la plus utilisée servant à la confection des cordages de la ferme, mais aussi des draps, et chemises
de travail. Les tissus de chanvre neufs sont grisâtres et rêches ; les lavages successifs avec de la cendre et les coups de battoirs
SHUPHWWHQWG¶DVVRXSOLUHWGHEODQFKLUOHs étoffes. Parfois, le chef de famille fait étrenner sa nouvelle chemise par son fils ou par un
YDOHWGHIHUPHHWQHODUHSUHQGTX¶XQHIRLVDVVRXSOLH. Comme les lords anglais qui faisaient porter aux domestiques, leurs costumes
HWFKDXVVXUHVjO¶pWDWQHXI car il était de bon ton de ne porter que des tenues déjà patinées. Enfin, les tiges de lin régulièrement
SURGXLWSRXUOHXUXVDJHSHUVRQQHOpWDLHQWURXLHVHWEDWWXHVMXVTX¶jREWHQWLRQGHVILEUHV
Tandis que la laine était filée sur place par les femmes, les fibres de chanvre et de lin étaient transformées en toiles par
certains paysans qui y trouvaient ainsi un revenu complémentaire. Des marchands vendaient le surplus des toiles tissées à des
négociants de la côte, qui exportaient les toiles et dont la fortXQHOHXUDSHUPLVG¶pGLILHUGHVPDLVRQVGHSUHVWLJH
>ĞƐŵĠƚŝĞƌƐăƚŝƐƐĞƌŶ͛ĠƚĂŝĞŶƚƉĂƐƉƌĠƐĞŶƚƐĚĂŶƐĐŚĂƋƵĞŵĂŝƐŽŶ͘>ĞƉůƵƐƐŽƵǀĞŶƚ͕ les femmes se contentaient de filer
ůĞ ĐŚĂŶǀƌĞ ĚĞ ůĞƵƌ ĐŽƵƌƚŝů Ğƚ Ě͛ĞŶǀŽLJĞƌ ůĞƐ ƉĞůŽƚĞƐ ĐŚĞnj ůĞ ƚŝƐƐĞƌĂŶĚ. Au XIXe siècle, les tisserands sont implantés
pour la plupart en milieu rural. Ils passaient dans les fermes reculées pour prendre les fibres avant de les rapporter
tissées sous forme de rouleaux, destinés aux usages quotidiens : chemises de travail et draps. Les draps
constituaient la richesse des femmes.
Les costumes bretons ont des fantaisies choisies collectivement, conformément à un code rigoureux permettant de
ƐŝƚƵĞƌƌĂƉŝĚĞŵĞŶƚů͛ŽƌŝŐŝŶĞŐĠŽŐƌĂƉŚŝƋƵĞ͕ůĂƉƌŽĨĞƐƐŝŽŶ͕ǀŽŝƌĞůĂƉŽƐŝƚŝŽŶƐŽĐŝĂůĞ. Tout écart était sévèrement jugé. Il
a été dénombré 66 modes vestimentaires principales fragmentées en près de 1200 variantes avec les coiffes.
Adaptation de [Link] et [Link]
NB ͗ ůĞƐ ĐŽƵůĞƵƌƐ ǀŝǀĞƐ ĨƵƌĞŶƚ ĚŽŵŝŶĂŶƚĞƐ ƉĞŶĚĂŶƚ ƵŶ ƐŝğĐůĞ͕ ũƵƐƋƵ͛ă ůĂ WƌĞŵŝğƌĞ Guerre Mondiale. Les costumes
uniformément noirs furent introduits, comme en ville, après la défaite de 1870 puis généralisés par le massacre de
la Grande Guerre 1914/1918.
31 ʹ L E S C O ST UM E S D E F ET E E N B R E TA G N E , N O TA M M EN T C E UX D E S P A YS AN S
Les derniers Bragou-Braz, Costumes bigoudens vers 1844 (Lalaisse) Costume des hommes de Landernau,
à Plonévez-Porzay (29) >ĂĐŽŝĨĨĞƐƵƌŵŽŶƚĠĞĚ͛ƵŶĞƉĞƚŝƚĞďƌŽĚĞƌŝĞ 1850,
Les draps bleus provenaient des stocks pointue était appelée le « bigou ». La femme Complet en laine, veste et gilet à une
ĚĞů͛ĂƌŵĠĞĚĞEĂƉŽůĠŽŶĂƉƌğƐůĞƐ portait chemise en lin, gilet brodé et jupe cuite rangée de [Link] ou braies
ŐƵĞƌƌĞƐĚ͛ƐƉĂŐŶĞ;ϭϴϭϱͿ au four pour former les plis. retenues par ceinture.
Cartouche du
pourpoint de
1811, situé à
gauche.
Habit très
rare
Pourpoint Rouge, 1811, Femme de Tréguier (22) par Les fichus de cou des paludières
COLLECTION RARE Lalaisse ʹ Grand tablier à ont des motifs à carreaux
à Noyal Pontivy, Morbihan devancier Croquis de Lalaisse
649 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans
x De 1850 à 1890
Les couleurs vives laissent place
progressivement à des couleurs
pastel. Les femmes se parent
toujours d͛ƵŶĞũƵƉĞ͕ Ě͛ƵŶƚĂďůŝĞƌ
Ğƚ Ě͛ƵŶ ŽƵ ƉůƵƐŝĞƵƌƐ ĐŽƌƐĂŐĞƐ
sous un corselet sans manches
mais la veste est à manches
courtes. La coiffe est plus petite,
parfois brodée.
Les hommes du secteur de
Pontivy portent le costume des
«moutons blancs», une veste
très ajustée avec de nombreux
boutons et un pantalon à pont,
inspirés des vêtements de
marins. ŽƐƚƵŵĞĚ͛ŚŽŵŵĞĐŽŵƉůĞƚ, Ploaré, futur
Mariés paysans de Pontivy, Morbihan,
Partout, la veste ĚĞů͛ŚŽŵŵĞ quartier de Douarnenez,Finistère,
ĐŽůŽƌŝƐĚ͛ĠƉŽƋƵĞ͕Lithographie du XIXème ème
2 moitié XIXe
appelée « chuppen », ne
Ɛ͛ĂƚƚĂĐŚĞƉĂƐ͘
Costume de mariée qui fait exception à la règle des 'ŝůĞƚĚ͛ŚŽŵŵĞ͕ƐŽƵƐle Veste des Moutons Blancs du Pays de
couleurs pastel, mode de Quimper, Région de Plogonnec, chuppen, Le Faouet Pontivy, porté de 1880 à 1920 avec
ème
1880 (56), 2 moitié XIXe bragou et chemise sans col
Pornic, 1860 Pornic vers 1870 Costume des années 1870, Le Faou (29)
Marie-Angélique Querveau Après la guerre de 1870, le Couleurs pastel
Collection privée costume se simplifie Lithographie de Lalaisse
650 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans
x De 1920 à 1940
On aperçoit les chevilles puis les mollets des
femmes. Les camisoles et les jupes se voient
recouvrir de velours orné de galons perlés. Les
tabliers adoptent parfois des couleurs plus vives,
sont peints ou brodés, quelques fois en cannetille
(fil d'or). Les coiffes sont dressées en aéroplane et
comportent des motifs floraux très compliqués, il
n'y a plus de bardes (bandes tombantes).
Lors des mariages bretons, la mariée porte encore
le costume traditionnel, mais le marié tient à
porter le costume de ville. Dans les années
1940/1950, à Sérent dans le Morbihan, on disait
toujours ƋƵĂŶĚ ŽŶ ƐĞ ŵĂƌŝĂŝƚ ĞŶ ĐŽƐƚƵŵĞ͕ ƋƵ͛ŽŶ
se mariait en costume de paysanne. Le
modernisme commence à modifier les habitudes
avant la rupture que provoquera la prochaine
guerre de 1939-1945. Mariés bigoudens vers 1930 Mariés de 1920 à Pont-Aven.
La comparaison des mariés de 1920 avec la photo de Pont-ǀĞŶ͕ŵŽĚĞϭϵϬϬ͕ĚĞůĂƉĂŐĞƉƌĠĐĠĚĞŶƚĞ͕ĨĂŝƚďŝĞŶĂƉƉĂƌĂŠƚƌĞů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶ͘
>ĞƚĂďůŝĞƌĚĞůĂĨĞŵŵĞŶ͛ĂƉůƵƐĚĞďĂǀĞƚƚĞ͘ La collerette amidonnée a disparu et les ailes de la coiffe sont désormais relevées. La
veste traditionnelle ĚĞů͛ŚŽŵŵĞet le pantalon avec une ceinture de flanelle on été remplacés par un costume moderne. Le chapeau a
disparu.
Pour les hommes, le gilet est court, sans manches, Comparé au costume de Vannes du début du
agrémenté de boutons. Une ceinture en flanelle le XXème, p. 650͕ŽŶǀŽŝƚů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶ commencée
maintient. La chemise blanche à col droit se porte après 1920 ͗ ůĂ ĐŽŝĨĨĞ Ɛ͛ĞƐƚ ƌĂĐĐŽƵƌĐŝĞ ĂƵ ƉŽŝŶƚ
sans cravate. de laisser les cheveux visibles. La jupe plus
La veste à manches est en drap noir, elle est garnie courte laisse voir les jambes. Pour le tablier, la
de nombreux ouvragés. Le pantalon long à pont, broderie Richelieu (à trous) en décore le bas
est uni ou rayé, gris ou noir. Le chapeau est en avant de le garnir complètement. Les jeunes
Coiffe de 1930, Le Faou. filles abandonnent le châle au profit du col en
feutre de poils de lapin ou de castor. Les larges Les deux brides sont relevées
bords sont relevés sur les côtés. dentelle.
Laitières de Douarnenez de 1843 Femme de Douarnenez vers 1850 Pêcheuse de Douarnenez, 1894
Dessin de Lalaisse Lithographie vers 1850 Pieds nus, elle porte la pèlerine
Environs de Douarnenez et Pont Croix Laitière de Douarnenez avec pot sur la Ploaré, porté pour le pardon de Ste
Dessin de 1843 du Mucem de Marseille tête et enfant - Lithographie de 1848 Anne la Palue, costume voisin de la
(DƵƐĠĞĚĞƐŝǀŝůŝƐĂƚŝŽŶƐĚĞů͛ƵƌŽƉĞĞƚĚĞůĂ reproduction couleur de 1850, p 669.
Méditerranée)
Jeune fille des environs de Douarnenez Pêcheur avec filet de pêche et enfant de Pêcheurs de Douanenez en 1935
Tréboul, commune de Douarnenez, >͛ƵŶĞƐƚƌĞǀġƚƵĚĞůĂŶŽƵǀĞůůĞƚĞŶƵĞ
ème
2 quart XXe ƉƌŽĨĞƐƐŝŽŶŶĞůůĞ͕ů͛ĂƵƚƌĞƉŽƌƚĞƵŶ
pantalon ravaudé
Ce détour par Douarnenez HIIHFWXpjO¶LQWHQWLRQGH7DOLne, Cyrus et Danaé se termine. Si un jour vous vous voulez en savoir davantage sur le
costume de Douarnenez, je vous conseille le livre suivant paru en 2003 : « Costume et Société, Le monde de Douarnenez et Ploaré vu à travers
ses modes vestimentaires » par Jean-Pierre Gonidec, Editions Coop Breiz. Ce livre révèle les contrastes entre marins et paysans pendant
GHX[VLqFOHVOHVFOHIVGHODVRFLpWpOHVP°XUVHWles rapports de classes.
De même si vous vous intéressez aux jupons et aux cotillons ( ce qui équivaut aux jupes ) des bretonnes, le site suivant vous IRXUQLUDG¶DPSOHV
renseignements bien illustrés : [Link]
314 - >/E͛V/>&/E>hyK^dhD^&d^Wz^E^ZdKE^
***
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 660
Ŷ ͙ « >K^dhD>͛/^Z est semblable par bien des points à celui de Savoie mais il reste beaucoup moins
varié et moins ornementé que ce dernier. Le costume régional connaît son apogée dans le département au XIXe
siècle puis il disparaît au début du XXe siècle entre les deux guerres. La première moitié du XIXe siècle
correspond en effet à la période du romantisme et favorise le développement et la naissance des particularismes
régionaux (coiffes, fichus, châles...). Les étoffes employées aux vêtements se fabriquent sur les lieux mêmes,
quelquefois au sein du ménage.
Ź LES HOMMES portent une chemise, une culotte, des bas attachés au jarret par une jarretière, un gilet de
couleur voyante, une veste longue non boutonnée, un chapeau à larges bords retroussés sur trois côtés ou bien
un bonnet de laine.
En Chartreuse, ů͛ŚŽŵŵĞĞƐƚĐŽŝĨĨĠĚ͛ƵŶĐŚĂƉĞĂƵĚĞĨĞƵƚƌĞŶŽŝƌăůĂƌŐĞƐďŽƌĚƐ͕ŽƌŶĠĚĞƚƌĞƐƐĞƐĚĞůĂŝŶĞƌŽƵŐĞƐĞƚ
vertes. Il portait un foulard rouge autour du cou, uniquement pour les travaux des champs. Le pantalon était de
velours à côtes charpentier, accompagné de bas de laine. Les galoches (souliers à semelle en bois) étaient les
chaussures communes mais pour les fêtes ou pour aller en ville, les gens optaient pour des souliers plats en cuir.
>͛ĞŶĨĂŶƚƉŽƌƚĞƵŶĞƌŽďĞũƵƐƋƵ͛ăů͛ąŐĞĚĞƐŝdžŽƵƐĞƉƚĂŶƐ puis il est habillé de la même manière que les adultes, en
miniature. Le costume de fête Ŷ͛est porté que pour les très grandes occasions.
Ź LES FEMMES ƉŽƌƚĞŶƚƵŶĞũƵƉĞůŽŶŐƵĞĞƚĂŵƉůĞĚĞĐŽƵůĞƵƌƵŶŝĞ͕ĚŽƵďůĠĞĚ͛ƵŶĐŽƌƐĂŐĞăŵĂŶĐŚĞƐůŽŶŐƵĞƐ
recouvert par la ceinture de la jupe, un mouchoir de cou de tissu de couleur, des bas de laine blanche ou brune,
des souliers plats ou galochés.
En Chartreuse ;ůĞŵĂƐƐŝĨƐ͛ĠƚĞŶĚƐƵƌůĞƐĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚƐĚĞů͛/ƐğƌĞĞƚĚĞůĂ^ĂǀŽŝĞͿ͕ les costumes de femmes étaient
faits dans des lainages unis de couleurs vives͘ĞƐďĂƐĚĞůĂŝŶĞďůĂŶĐƐĠƚĂŝĞŶƚƐƵƌŵŽŶƚĠƐĚ͛ƵŶƉŝƐƐĞ-ǀŝƚĞ͕Đ͛ĞƐƚ-à-
ĚŝƌĞĚ͛ƵŶĞĐƵůŽƚƚĞĨĞŶĚƵĞ ĞƚĚ͛ƵŶũƵƉŽŶďůĂŶĐŽƌŶĠĚĞĚĞŶƚĞůůĞƐĞƚĚ͛ƵŶĞďŽƵƌƐĞƐĞƌǀĂŶƚĚĞƉŽĐŚĞ͘
La jupe était à plis avec un boƵƌƌĞůĞƚĂƵƚŽƵƌĚĞƐŚĂŶĐŚĞƐĞƚƐ͛ouvrait devant. Elle était constituée de longues raies
rouges et bleues ou noires. Le tablier était en coton et en soie les jours de fêtes. Il pouvait aussi être en étoffe de
limoges rouge uni ou à petites raies noires. Mais il était important pour les jeunes ĨŝůůĞƐ Ě͛avoir un tablier de
taffetas car cela représentait un symbole de séduction.
Le corsage était assorti au jupon, à manches longues amples et resserrées aux poignets. Il était composé de
grosses ratines et de toiles de fil et de coton. Ces toiles étaient communément appelés tridaine.
Le châle est orné de dessins peints à la ŵĂŝŶĞƚƉŽƐĠĞŶƉŽŝŶƚĞ͘ĨŝŶĚ͛éviter qƵĞůĞŵŽƵĐŚŽŝƌŶĞƌĞŵŽŶƚĞũƵƐƋƵ͛aux
cheveux, les femmes font trois plis͕ƐLJŵďŽůĞĚĞůĂdƌŝŶŝƚĠ͘ŝŶƐŝů͚encolure était dégagée et permettait un décolleté
en pointe, laissant de la place pour accrocher le ruban de velours noir qui retenait la croix.
Ŷ Dans les Terres-Froides (pays de collines au climat rigoureux situé au nord-ŽƵĞƐƚ ĚĞ ů͛/ƐğƌĞ), entre les deux
ĨůĞƵǀĞƐĚƵZŚƀŶĞĞƚĚĞů͛Isère, les coiffures seules offrent un peu de cachet. >͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĞĚƵĐŚĂƉĞĂƵĚĞƉĂŝůůĞĞƐƚĞŶ
plein essor dans le Trièves et vers Monestier de Clermont. Ainsi, la femme porte le chapeau de paille garni de
rubans de velours noir sur un bonnet d͛ŝŶĚŝĞŶŶĞďŽƌĚĠĚ͛un ruché de dentelle noire ou sur une coiffure plissée
blĂŶĐŚĞƉŽƐĠĞƐƵƌůĞĐŚŝŐŶŽŶ͘ů͛époque on ne doit pas montrer sa chevelure ce qui implique de porter nuit et
jour un bonnet, une coiffe ou un chapeau. La richesse de la coiffe rend compte du rang social du mari au début du
XXème siècle. La sous-coiffe ƉĞƌŵĞƚ ĚĞ ĨĂĐŝůŝƚĞƌ ů͛entretien de la coiffe car les cheveux étaient peu lavés. Vers
1820-1825, le chapeau de paille à larges bords est rabattu avec des rubans noués sous le menton.
Les jeunes filles ont le droit de montrer leur chevelure, mais elles portent un bonnet de toile blanche ruchée.
En 1830 la calette fait son apparition. /ůƐ͛ĂŐŝƚĚĞůĂĐŽŝĨĨĞĚĞůĂǀĂůůĠĞĚƵ'ƌĠƐŝǀĂƵĚĂŶ͘ůůĞĞƐƚĐŽŶƐƚŝƚƵĠĞĚ͛un
bonnet simple en piqué ou en étoffe ferme avec une passe frontale cousue, un ďŽŶŶĞƚĚĞĨŽƌŵĞŝĚĞŶƚŝƋƵĞŽƶů͛on
épingle du tulle et de la mousseline brodée. Deux barbes ǀŝĞŶŶĞŶƚƐ͛ajouter qui traversent le front sur la passe et
ƌĞƚŽŵďĞŶƚĚĞĐŚĂƋƵĞĐŽƚĠũƵƐƋƵ͛aux épaules. Chez les femmes riches, les barbes sont souvent retenues par deux
ou trois épingles en or.
Les bijoux occupaient également une place importante dans le costume dauphinois. Les paysannes aisées du
Vercors portaient des ĐŽůůŝĞƌƐĐŽŵƉŽƐĠƐĚĞƉůĂƋƵĞƐĚ͛or ovales réunies par des chaîneƚƚĞƐ͘>ĞƐďŽƵĐůĞƐĚ͛oreilles
étaient appelées des briquets. Enfin, les bagues que recevaient les fiancées de leurs futurs époux étaient appelées
des croix de pucelage et représentaient un cƈur retenu par deux mains. Ces mêmes bagues étaient appelées
alliances de Caux à Briançon, en référence au lieu où elles étaient fabriquées.
ƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ ŽŶ ƌĞƚƌŽƵǀĞ ĚĞƐ ƚƌĂĐĞƐ ĚĞ ů͛ancien costume dauphinŽŝƐ ĚĂŶƐ ůĞƐ ĐĂŶƚŽŶƐ ĚĞ ŽƵƌŐ Ě͛Oisans, Mens,
Monestier de Clermont, Villard de >ĂŶƐ͕WŽŶƚĞŶZŽLJĂŶƐĞƚďŝĞŶĚ͛autres͙
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 663
Ŷ ͙ Le Vercors* (à cheval sur ůĞƐ ĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚƐ ĚĞ ů͛/ƐğƌĞ Ğƚ ĚĞ ůĂ ƌƀŵĞ) constitue une exception par rapport au
département de la Drôme, pauvre en costume folklorique. >͛homme y portait une veste courte, une culotte et un
gilet de draps roux du pays avec des guêtres de mêmes draps, ou bien de gros bas de laine qui recouvraient la
culotte. Il portait également un chapeau rond, une calotte conique et à larges bords, et enfin des souliers ferrés.
La femme portait quant à elle un costume identique à celui porté par les femŵĞƐĚƵĂƵƉŚŝŶĠ͕ăĐĞůĂƉƌğƐƋƵ͛elle
portait la calette puis un petit bonnet à brides͙͘ Fin de citation
>͛ŚŽŵŵĞ ƋƵŝ ƚŝĞŶƚ ƵŶ ůŝğǀƌĞ͕ ƉŽƌƚĞ ƵŶ >ĞƉĂLJƐĂŶƚŽƵƚ ăĚƌŽŝƚĞƉŽƌƚĞůĞ ďŽŶŶĞƚĞƚ ƵŶĞďůŽƵƐĞ͘>͛ŚŽŵŵĞĚĞ
pantalon droit, une veste sur une chemise à dos à sa gauche porte une culotte, des bas et une longue veste. Les
faux col et un chapeau à larges bords garni deux autres hommes ont adopté le pantalon droit moderne. Les deux
Ě͛ƵŶ ĨŽƵůĂƌĚ ŝŵƉƌŝŵĠ. La femme située à femmes ont revêtu la longue jupe, le corsage à manches longues.
ů͛ĂƌƌŝğƌĞ porte la coiffe locale du Queyras, la Celle du centre qui dépend la saucisse porte une coiffe͕ů͛ĂƵƚƌĞĚĞǀĂŶƚ
« Cornette à ailes battantes», ů͛ĂƵƚƌĞ a noué ůĂĐŚĞŵŝŶĠĞƋƵŝƐĞŵďůĞũĞƵŶĞŶ͛ĞŶƉŽƌƚĞƉĂƐ, mais elle a un châle.
un fichu blanc sur sa tête.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 665
KďƐĞƌǀŽŶƐĚ͛ĂďŽƌĚůĞƐĐŽŶƚŽƵƌƐ
du département puis ses
régions naturelles qui
Ŷ͛ĂƉƉĂƌĂŝƐƐĞŶƚ ƉĂƐ ƐƵƌ ƚŽƵƚĞƐ
les cartes.
ĂƌƚĞĚƵĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚĚĞů͛/ƐğƌĞ
2 - LA CHARTREUSE
Les femmes portent le châle. La blouse des hommes recouvre une culotte de drap noir très Un paysan en blouse de maquignon de
courte appelée « BRAYES » , prolongées par de grands bas de laine brute : « LES SAYES » toile bleue foncée appelée la BIAUDE ou la
serrés par des jarretières rouges en harmonie avec la pointe de coton nouée autour du cou. bliaude
Chapeau noir à large bord plat.
En fait le maquignon présenté ici
ĐŽŵŵĞ ƵŶ ƉĂLJƐĂŶ Ŷ͛ĞŶ ĞƐƚ ƉĂƐ Ƶn.
Un maquignon est un marchand de
chevaux et par extension de bovins.
Nous en avons vus également en
Bretagne. Il en existait dans toutes les
ƌĠŐŝŽŶƐ Ě͛ĠůĞǀĂŐĞ͘ KŶ ůĞƐ ĂƉƉĞůĂŝƚ
également des marchands de
bestiaux. Ils allaient de ferme en
ferme repérer les animaux qui leur
convenaient, avant de les emporter
dans des charrettes. Ils pouvaient
également conseiller un paysan
ĠůĞǀĞƵƌ ĚĠƐŝƌĞƵdž Ě͛ĂĐŚĞƚĞƌ ĚĞƐ ƚġƚĞƐ
ĚĞ ďĠƚĂŝů ůŽƌƐ Ě͛ƵŶĞ ĨŽŝƌĞ͕ ĐŽŶƚƌĞ ƵŶ Coiffe portée par toutes les femmes de La Marchande de toile de Voiron : BONNET
forfait ou un pourcentage. Chartreuse : BONNET de toile avec dentelle de pique avec dentelle de coton, grand
de coton, CHAPEAU DE FEUTRE bleu. CHAPEAU à larges bords EN PAILLE de blé.
3ʹ LE GRESIVAUDAN
En 1830. Pour les femmes, les galons décorent jupes et tabliers tandis que le jupon se laisse voir. Les hommes ƉŽƌƚĞŶƚů͛HABIT A LA
FRANÇAISE : Pantalon en drap beige et veste queue de pie marron, gilet rouille, grand chapeau à larges bords plats. Chaussures
noires à boucles argentées et lavallière rouge.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 668
KEEdhK/E͛Zs/hy
en faille prune avec dentelle de coton,
Coiffes alpines de St Véran ʹ Musée dauphinois :
rubans de couleurs
CORNETTE A AILES BATTANTES ou BONNETS GARNIS
CALETTE du village de Brunissard Coiffes du village de St Véran, appelées « CORNETTES » : en toile blanche et dentelle au
en toile fuseau. Portée longue le dimanche, les pans relevés pendant la semaine
La robe des femmes Ŷ͛ĞƐƚƉůƵƐŶŽŝƌĞ͕ŵĂŝƐen couleur. >͛ŚŽŵŵĞƌĞƉƌĠƐĞŶƚĠĞƐƚůĞMULETIER DU VERCORS : chemise en toile de lin,
ƌĞĐŽƵǀĞƌƚĞĚ͛ƵŶĞĐŚĂƐƵďůĞĞŶĚƌĂƉƌĂLJĠĚĞƚŽƵƚĞƐůĞƐĐŽƵůĞƵƌƐ, culotte de drap bleu, bonnet de laine surmonté
Ě͛ƵŶĐŚĂƉĞĂƵďƌŝƋƵĞĐŽŶŝƋƵĞăůĂƌŐĞƐďŽƌĚƐ͘
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 671
Danse des Hautes-Alpes en costume paysan alpin, par le Groupe Folklorique « La Taïole », de Tallard (05) au sud de Gap.
La petite ville de Talard « entre edelweiss et lavande » est placée par certains en Haute-Provence. Ces images récentes
témoignent de la survivance des costumes traditionnels des Hautes-Alpes et du rôle important des groupes folkloriques.
Les informations qui suivent et les images sont extraites du
site : http: [Link] tag Les anciens costumes
des Alpes et du Dauphiné. La personne qui a créé ce site
Ɛ͛ĂƉƉĞůůĞ ĂƚŚĞƌŝŶĞ ĞďƵƐŶĞΎ déjà citée. Elle Ɛ͛ŝŶƚĠƌĞƐƐĞ
surtout à la aute-Provence et à ses traditions et a fait
paraître sur son blog des extraits du livre ͛DKE>z
paru en 1922 : « LES ANCIENS COSTUMES DES ALPES DU
DAUPHINE », livre de référence, épuisé de nos jours. De ce
fait, je peux vous en présenter des passages.
Ź
Les extraits ĚƵůŝǀƌĞĚ͛ĚŵŽŶĚĞůĂLJĞ(photo de couverture à
droite) sont présentés en encadré sur fond beige.
Le vêtement des hommes se composait d'une ample veste à larges basques faite de gros drap vert, brun, gris
ou marron qui descendait au dessous des jarrets, d'une culotte ordinairement de même drap et de même
couleur. Vers 1840, le pantalon avait déjà remplacé la culotte et devenait de plus en plus commun dans les
Hautes-Alpes. Des souliers énormes et ferrés, un chapeau ou un bonnet.
Le costume des femmes était généralement fait d'une robe de drap noir, d'un bonnet ou coiffe de drap ou de
toile sans ornements, et aussi d'énormes souliers ferrés.
La grossièreté des étoffes qui servaient à confectionner l'habillement des deux sexes et qui portaient
habituellement les noms de Cordelia ou de cadis étaient fabriqués dans les ménages avec des laines du pays.
Presque partout, durant les longs hivers, chaque famille avait sa veillée particulière pendant laquelle, à la lueur
d'une lampe peu flamboyante appelée "creijor" et qui rappelait la lampe romaine, les hommes réunis dans
l'étable, tillaient le chanvre en racontant des légendes gracieuses ou terribles, tandis que les femmes le filaient
pour en faire la toile de leurs chemises ou la dentelle de leurs coiffes. Elles filaient aussi la laine de leurs brebis
d'où sortait le drap nécessaire à la maison.
Le département des Hautes-Alpes était divisé en trois grandes régions correspondant aux trois
arrondissements :
A. Le Gapençais : la région de Gap - le Valgaudemar - le Dévoluy - le Serrois.
B. Le Briançonnais : la région de Briançon - le Queyras - La Vallouise - La région de la Grave.
C. L'Embrunois : la région d'Embrun - le Champsaur - Ceillac
A- LE GAPENCAIS
A1 - Dans le Gapençais, le linge que portaient les montagnards était fait avec le lin ou le chanvre qu'ils
avaient recueillis, et les vêtements avec la laine de leur brebis.
Leur trousseau se composait ordinairement de deux chapeaux, deux paires de souliers, deux vestes, deux
gilets, deux culottes, deux paires de bas, une paire de guêtres. Le plus vieux de leurs vêtements servait aux jours
de travail, et le moins usagé, les dimanches et fêtes.
En 1789, la dépense annuelle de l'habillement d'une famille composée du mari, de la femme et de deux enfants,
était d'environ 75 francs, en 1802 de 100 francs et en 1835, d'au moins 150 francs.
Si au jour d'une fête ou de leur mariage, ils se donnaient un habit fin, c'était un meuble pour la vie qui, souvent
même, servait à deux générations.
Depuis l'époque gauloise, les paysans de cette région ne se coupaient point les cheveux ; Ils les portaient encore
vers 1850 presque dans toute leur longueur, flottant sur les épaules.
Au milieu de ce XIXe siècle qui, avec le progrès, devait
être le tombeau de presque tous les anciens costumes
provinciaux, dans les communes peu importantes, les
ruraux, aux jours de mauvais temps, arboraient déjà
le grand parapluie de couleur voyante, et aux grands
jours se coiffaient du chapeau de soie de Lyon qui leur
coûtait 8 francs. Les jeunes filles vont délaisser coiffes
et bonnets, et orner leurs têtes du grand chapeau de
paille de riz, réalisant ainsi le portrait imaginaire de
la "Bergère des Alpes".
Région de Gap : Napoléon 1er qui passa à Gap les 5 et 6
mars 1815, à son retour de l'Ile d'Elbe, y fut hébergé par
l'aubergiste Marchand, et nous possédons un portrait de
sa femme, Mme Marchand qui nous donne la forme des
bonnets de cette époque, faits de tulle uni ou brodés et
bordés d'une dentelle ou de tulle plissé, portés alors par
toutes les matrones de la localité.
EĚ͛/ƌğŶĞ : il est permis de penser que pour recevoir Napoléon, la
ĨĞŵŵĞĚĞů͛ĂƵďĞƌŐŝƐƚĞĂǀĂŝƚƌĞǀġƚƵƐĞƐplus beaux habits.
Coiffe bonnet du Gapençais
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 673
Au XVIIIe siècle, apparut dans cette contrée, comme dans toutes les
Alpes, la mode du fichu ou petit châle que LES PAYSANNES
portèrent comme les autres dauphinoises.
Les plus anciens étaient en lainage ou en soie de couleurs brune,
vieux rouge ou feuille morte. les uns étaient tissés, les autres
imprimés, d'autres brodés à la main, d'autres encore en soie
brochée. Une paysanne aisée en avait vingt-cinq ou trente dans
son trousseau, y compris un noir en cas de deuil.
Trois plis épinglés, vers la nuque permettaient aux femmes de
s'orner le col d'un collier de velours attachant c±ur et croix d'or
sur leur poitrine Les fichus des dauphinoises
apparurent au XVIIIe
Le tablier sans bavette, qui s'appelait "faudier" faisait également partie du costume féminin. Il était en lainage plissé à la
ceinture et en général de couleur sombre. Au XVIIIème siècle il était surtout en soie unie à reflets, genre dit gorge de
pigeon. Mais la partie du costume la plus variée et la plus pittoresque a été la coiffure des femmes.
A Briançon, la coiffure du XVIIIe siècle tenait un peu de la coiffe boulonnaise, mais formant une auréole moins
développée sur les côtés. Elle était faite de dentelle ou de tulle noir brodé, soutenue par une monture rigide et gaufrée à plis
partant du centre en rayons.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 674
De 1830 à 1850, la coiffe que l'on appelle encore aujourd'hui la cornette et que les vieilles femmes aux alentours de
Briançon portent toujours, fit son apparition et se transforma petit à petit pour donner le type actuel.
B2 - LE QUEYRAS. Etant classé par Edmond Delaye dans le Briançonnais, voici ce quǯ en dit en ce qui
concerne des costumes :
Les Queyrassiens acculés et isolés à l'une des extrémités du Dauphiné, se
suffisaient pleinement à eux-mêmes, et avaient des besoins si restreints qu'ils
ignoraient l'usage du coton et du chanvre. Ils avaient, comme en Vallouise,* des
draps en peau de chèvres qui servaient une année complète sans lavage.
*Vallouise, commune en bordure du Parc des Ecrins, non loin de Briançon.
Le vêtement national des hommes se composait, au XVIIIe siècle, d'un habit
carré et large, taillé en sifflet, d'un long gilet et d'une culotte dont les
genoux étaient recouverts par les bas, Ils portaient de grands chapeaux
rabattus et le Tricorne, les jours de fête, sur leurs cheveux longs et
flottants.
Les femmes portaient un costume fort simple, soit fait d'une seule pièce, taille
et jupon tenant ensemble, en laine noire ou sombre, soit composé d'un
corsage aux couleurs vives et d'une jupe courte et plissée en drap, ce
dernier depuis la Révolution. Leur tablier était souvent vert et leurs fichus Le chapeau Tricorne
de toutes couleurs, mais surtout des dessins rouges, lie de vin ou bleus.
Une de ses formes les plus anciennes que l'on connaisse était celle
dans laquelle la passe frontale s'allongeait aux deux extrémités
jusqu'à descendre au-dessous des seins. les paysannes les
garnissaient habituellement de dentelles fortes qu'elles
fabriquaient elles-mêmes à la veillée, à l'aide d'un tambour et de
petits fuseaux.
Les veuves portaient la même coiffe de toile de lin, mais la dentelle
était remplacée par un bord de mousseline unie, de même largeur,
mousseline qui fut petit à petit, d'abord plissée, puis brodée. Malgré
tout, la coquetterie ne disparaissait pas avec le défunt.
Ces parties longues et pendantes de la coiffe que j'appellerai "barbes"
étaient parfois fort gênantes, quand la femme vaquait à des travaux de
ménage ou des champs. Elle les relevait alors habituellement par trois fois,
en les épinglant. Actuellement, on appelle cette coiffe ancienne : la Type de coiffe la plus ancienne des
Cornette à ailes battantes » paysannes de Saint-Véran. Les deux
pans étaient appelés les « barbes ».
De nos jours (vers 1920), les vieilles
Véranoises portent encore un bonnet
ordinairement noir (voir photo de droite)
qui se rapproche de la cornette du
Champsaur et des bonnets de la Grave et
d'Arvieux, et que l'on appelle
communément "béguin", comme dans la
Vallouise. Les jeunes filles le portent en
dentelle blanche avec bord ruché.
A Arvieux, près de Fort Queyras, la coiffe
était ordinairement noire et ronde, avec le
bord tuyauté s'arrondissant vers les
oreilles et formant un court bavolet en
arrière. Ce village était un centre protestant,
comme Brunissard, et les femmes portaient
au cou la croix huguenote.
La naissance d'un enfant y était fêtée par un
repas appelé en patois "la beuveugno" et,
parmi leurs cadeaux, le parrain et la
marraine offraient à leur filleul, un bonnet
en soie de couleurs voyantes et variées et Anciennes femmes de Saint-Véran portant le bonnet noir
une cravate. (Voir la planche ci-après) ƚƵLJĂƵƚĠăů͛ĂǀĂŶƚ et ƐĞƉƌŽůŽŶŐĞĂŶƚăů͛ĂƌƌŝğƌĞƉĂƌƵŶĐŽƵƌƚďĂǀŽůĞƚ
C - L'EMBRUNOIS
C1 - LA REGION D'EMBRUN :
Dans la région d'Embrun, nous noterons le Tricorne pour les hommes
jusqu'au premier Empire, et à partir du XIXe siècle, le grand chapeau
variable de forme selon les époques.
Pour les coiffes des femmes, la partie entourant le visage était tuyautée
et comme sur la cornette actuelle de Briançon, les deux bouts de l'attache
qui servaient à serrer la coiffe sur la nuque remontaient sur le sommet de
²î
à
±Ǥ
Pour se protéger du soleil, les femmes portaient sur leur coiffe un
chapeau dont la forme la plus typique correspondait à une calotte assez
haute, et dont le bord, court derrière la tête pour laisser passer le Coiffe ĚĞůĂƌĠŐŝŽŶĚ͛ŵďƌƵŶ
chignon, s'allongeait beaucoup sur le devant. >ĞƐĚĞƵdžďŽƵƚƐĚĞů͛ĂƚƚĂĐŚĞĠƚĂŝĞŶƚ
noués au sommet de la tête
C2 - LE CHAMPSAUR :
Région pauvre située au Nord
de l'Embrunois, selon les termes
ǯǤ
(Géographiquement, ce pays
ǯ°ǡ
alors ǯ est situé dans les
Hautes-Alpes).
La dernière coiffe portée un
peu plus façonnée que les
plus anciennes, ressemble
beaucoup à celles du Queyras
et du Briançonnais, mais
nous trouvons un bavolet sur
la nuque et un bourrelet ou
tuyautage autour du front,
jusqu'à l'extrémité inférieure
des oreilles. Les robes des
femmes étaient en général de
couleurs sombres, assez Ancienne paysanne de Chabottes
souvent noires et quelquefois Carte postale représentant un couple âgé
portant bonnet tuyauté et capeline
vert foncé. » de la région du Champsaur. Fin XIXe.
à la fin du XIXe siècle.
Coll. Robert Faure
Coll. Robert Faure
Commentaires Ě͛/ƌğŶĞ, ŚŽƌƐĐŝƚĂƚŝŽŶĚƵůŝǀƌĞĚ͛ĚŵŽŶĚĞůĂLJĞ :
Paysanne de Chabottes : Sur la coiffe tuyautée, la capeline semble être en paille. La forme de la coiffe correspond en tous
ème
points à la description ci-ĚĞƐƐƵƐĚĞůĂĐŽŝĨĨƵƌĞĚ͛ŵďƌƵŶƉĞŶĚĂŶƚů͛ĠƚĠ;ϯ par.) On distingue une camisole noire à manches
longues, recouverte Ě͛ƵŶĞƉğůĞƌŝŶĞĞŶƚƌŝĐŽt de laine noire, un tablier foncé à deux poches profondes qui protège la jupe. Les
pointes du châle ou pèlerine sont insérées sous la ceinture du tablier Ğƚů͛ĞŶĐŽůƵƌĞĞƐƚĠŐĂLJĠĞĚĞů͛ĂƚƚĂĐŚĞďůĂŶĐŚĞĚĞůĂĐŽŝĨĨĞ͘
Couple du Champsaur ͗>͛ŚŽŵŵĞƉŽƌƚĞƵŶĞǀeste à larges revers des années 1850 sur un gilet à boutons, un pantalon droit et
large, un col cassé blanc et une lavallière noire. La femme porte un chapeau de paille à large bord noir sur bonnet blanc
largement tuyauté, jupe foncée à tissu épais, tablier à pois sur fond noir muni de deux grandes poches, camisole rayée de noir à
manches longues, châle noir maintenu sous la ceinture du tablier et croix en bijou sous ů͛ĂƚƚĂĐŚĞďƌŽĚĠĞĚĞůĂĐŽŝĨĨĞ.
Dans les deux cas, on constate que les poches des tabliers des dames bien remplies tenaient lieu de sac à main.
C3 - CEILLAC : « Quoique géographiquement, Ceillac fasse partie du massif du Queyras, ce village et sa vallée
étaient compris dans l'arrondissement d'Embrun.
* L'HOMME, comme dans toutes les Alpes, portait l'habit à la française, la culotte, les bas et le tricorne
remplacé, au milieu du XIXème siècle par le chapeau monté et pour le travail, le bonnet pointu de laine
rouge sous le grand chapeau qui garantissait du soleil.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 679
CONCLUSION : ^ŝ ũ͛Ăŝ ĚĠǀĞůŽƉƉĠ ůĞƐ ĂŶĐŝĞŶƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ ĚĞ ů͛/ƐğƌĞ Ğƚ ĚĞƐ
Hautes-Alpes, quasiment autant ƋƵĞ ůĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ ďƌĞƚŽŶƐ͕ Đ͛ĞƐƚ ƋƵĞ ũ͛Ăŝ
pensé à mes petits-enfants nés en Isère à Grenoble et passant des vacances
non loin de Saint-Bonnet en Champsaur, dans les Hautes-Alpes.
Ces deux départements représenteront pour eux des souvenirs de jeunesse
ă ũĂŵĂŝƐ ŐƌĂǀĠƐ ĚĂŶƐ ůĞƵƌ ŵĠŵŽŝƌĞ͘ ƵƐƐŝ ũ͛ĞƐƚŝŵĞ ŝŵƉŽƌƚĂŶƚ͕ ƋƵ͛ĞŶ ƉůƵƐ
des souvenirs transmis par leur famille maternelle, ils puissent connaître
comment vivaient une partie de leurs ancêtres et combien la vie a changé
en seulement un siècle. En ce qui concerne le costume paysan, ils pourront
ĐŽŶƐƚĂƚĞƌ ƋƵ͛ĞŶ ĚĠƉŝƚ ĚĞ ĐŽŶĚŝƚŝŽŶƐ ĚĞ ǀŝĞ ƉĂƌĨŽŝƐ ĚŝĨĨŝĐŝůĞƐ͕ ůĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ
traditionnels du Dauphiné ont une propre identité en accord avec
ů͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚĐƵůƚƵƌĞůĚĞĐĞƚƚĞƌĠŐŝŽŶ͘
Je ne résiste pas dans ce chapitre réservé aux costumes paysans, à insérer le costume des « facteurs ruraux » créés
en 1830. A partir de 1835, ils ĚƵƌĞŶƚ͕ăůĞƵƌƐĨƌĂŝƐ͕ƐĞǀġƚŝƌĚ͛ƵŶĐŽƐƚƵŵĞĂŐƌĠĠƉĂƌů͛ĚŵŝŶŝƐƚƌĂƚŝŽŶ͘ Vous pourrez
constater que leur costume réglementaire était bien voisin des costumes traditionnels.
Costume des Facteurs ruraux en Facteur de 1889 - Aquarelle de Kermabon Facteurs ruraux, fin XIXe
1835. La blouse remplace la veste. Plaque de Blouses et veste à deux rangées de
La plaque de facteur est visible sur la facteur visible sur la bandoulière de la boutons. Plaques de facteur toujours
bandoulière de la sacoche. sacoche. visibles.
Plaque ou Médaillon
de facteur rural devant être porté
par le facteur rural lors de sa
création en 1830. Evolution du costume de facteur Vers 1950
>ĞĨĂĐƚĞƵƌĞƚů͛ĂŐƌŝĐƵůƚĞƵƌ
Fin de la parenthèse sur le costume du facteur rural créé en 1830.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 681
Briançonnais+
Queyras +
Vallouise et La
Grave (Ecrins)
Gapençais +
Valgaudemar
+ Dévoluy et
Serrois
Embrunois +
Champsaur
Carte touristique du département des Hautes Alpes : « des Lavandes aux Glaciers ».
On peut distinguer dans la carte du haut, les trois chefs- lieux Ě͛ĂƌƌŽŶĚŝƐƐĞŵĞŶƚs correspondant aux trois régions
relevées par Edmond Delaye dans son livre « Les anciens costumes du Dauphiné » : le Gapençais, le Briançonnais
Ğƚů͛ŵďƌƵŶŽŝƐ͘ĞƐƚƌŽŝƐƌĠŐŝŽŶƐůŝĠĞƐĂƵdžĐŽƐƚƵŵĞƐĚŝǀŝƐĞŶƚůĞĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚĞŶƚƌŽŝƐďĂŶĚĞƐ : ouest, centre et est.
Ce découpage est différent des dix régions de territoires répertoriées désormais. En effet, Edmond Delaye
annexe :
x au Gapençais : le Valgaudemar, le Dévoluy et le Serrois
x au Briançonnais : ůĞYƵĞLJƌĂƐ͕ůĂsĂůůŽƵŝƐĞ;ĂƵĐƈƵƌĚƵDĂƐƐŝĨĚĞƐĐƌŝŶƐͿĞƚůĂƌĠŐŝŽŶĚĞůĂ'ƌĂǀĞ
x à ů͛ŵďƌƵŶŽŝƐ : le Champsaur et Ceillac (dans le Queyras).
&ŝŶ ĚĞ ů͛Ġ ǀŽĐ Ăƚ ŝŽ ŶĚ ĞƐ c o stu m e s t r ad it io n n e l s d u D au p h in é .
***
682 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans
32 - EN PROVENCE
&¶HVWGpVRUPDLVjO¶LQWHQWLRQGH)UDQoRLVHWG¶+pORwVHPHVSHWLWV-enfants de Provence, que je fais une incursion sur les vêtements
traditionnels de Provence et les vêtements paysans de cette région. Depuis leur plus jeune âge, ils ont vécu en Avignon, à
O¶H[WUpPLWpRXHVWGHOD3URYHQFHPDLVLOVRQWpJDOHPHQWSDVVpGHQRPEUHX[VpMRXUs GXF{WpG¶$SWGaQVODUpJLRQG¶RULJLQHGHOHXU
grand père paternel. Et par leurs déplacements, ils connaissent bien la région sud-est de la France. Comme ailleurs en France, les
FRVWXPHVWUDGLWLRQQHOVV¶\VRQWGpYHOoppés avant et au cours du XIXe siècle.
$YDQW G¶DERUGHU OHV FRVWXPHV QRXV DOORQV UpVXPHU OD JpRJUDSKLH HW O¶KLVWRLUH G¶DERUG GH OD UpJLRQ 3URYHQFH HQVXLWH du
département du Vaucluse.
321 ʹ LA REGION PROVENCE
Elle se caractérise par son agriculture : olives, fleurs, herbes aromatiques, ses vins rosés et rouges, sa végétation : chêne
vert, pin maritime, garrigue de thym et romarin et son relief à dominante de collines et petites montagnes. Sa population
est concentrée dans les grands pôles urbains. Les zones agricoles VXELVVHQWODSUHVVLRQGHO·XUEDQLVPH
3211 ʹ GEOGRAPHIE DE LA PROVENCE
A : Au plan géologique
'¶DSUqV « /¶H[SORUDWLRQ JpRORJLTXH GH OD
Provence » par Jean Philip, 2012, la Provence
comprend trois parties :
* La Haute Provence alpine DX QRUG GH O¶D[H
Verdon-Durance englobant les massifs du
/XEHURQ GHV $OSLOOHV O¶$UF GH &DVWHOODQH HW GH
Digne, le bassin tertiaire de Digne-Valensole
ainsi que les unités géologiques situées au nord
de la Basse Durance : Ventoux-Lure, le plateau
de Vaucluse, les bassins WHUWLDLUHV G¶$SW
*
Forcalquier et Manosque.
* La Basse Provence calcaire (en ocre)
occupe une large place centrale, depuis des
massifs j O¶RXHVW (Ste Baume et Ste Victoire, Brignoles
(WRLOH HW 1HUWKH SUqV GH 0DUVHLOOH MXVTX¶DX[
PDVVLIV GH SOXV GH P G¶DOWitude situés
HQWUH O¶D[H 'UDJXLJQDQ-Brignolles et le cours
inférieur du Verdon. Carte géologique de la Provence par Michel Crivellaro
* La Basse Provence cristalline PDVVLIV GHV 0DXUHV GX 7DQQHURQ HW GH O¶(VWHUHO PDVVLIV WRXORQQDLV GH /DPDOJXH 3UDGHW
Sicié, Dépression permienne en bande continue de Fréjus à Hyères).
B : Au plan physique selon les
termes en usage vers 1942 :
* Les Massifs ou Petites Alpes en
marron clair : Mont Ventoux (1 912m),
Montagne de Lure (1 661m), Lubéron
(petit et grand séparés par la combe de
Lourmarin), Ste Victoire, Ste Baume,
Maures, Esterel, Cairon, Castellane.
* Les Plaines, en kaki clair: Comtat,
Crau, Camargue.
* Les Montagnes des Alpes, en rose,
(le point culminant est le Mont Pelat
(3 053 m)) et les Plateaux (plus de
1 000m) : St Christol, Valensole. Il
FRQYLHQWG¶\DMRXWHUOHV$OSLOOHVDXVXGGH
St Rémy de Provence et le plateau de
Vaucluse.
* 3ULQFLSDX[ FRXUV G¶HDX : Rhône et
Durance. /¶D[H'XUDQFH9HUGRQGpOLPLWH LA PROVENCE PHYSIQUE
la Basse et la Haute Provence. ͛ĂƉƌğƐůĞŵĂŶƵĞůͨ Notre Provence » par Garrigue et Vérola, Instituteurs, vers 1942
683 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans
D : Au plan économique
Vers 1942, la Provence était un pays
agricole et industriel. Le tourisme
Q¶H[LVWDLWTXHVXUOD&{WHG¶$]XU
Principales cultures : primeurs et
fruits (Plaine du Comtat et Petite
Crau), fleurs (Grasse), vigne et
ROLYLHUTXHO¶RQFXOWLYHSDUWRXW
Troupeaux transhumants dans la
*UDQGH &UDX %°XIV HW FKHYDX[ HQ
Camargue.
Près des côtes, on pêche : thon,
maquereau, sardine, anchois.
Principales industries : usines
électriques, mines de bauxite
(Brignoles) et de lignite,
constructions navales (La Seyne, La
Ciotat), huileries et fabriques de
conserves, poteries, industries
WRXULVWLTXHV&{WHG¶$]XU ͛ĂƉƌğƐͨ Notre provence » par [Link] et A. Vérola, Instituteurs, vers 1942
684 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans
E - Au plan administratif
Le Comté de Provence
dans la région Paca
En 1976, la création de la
nouvelle Région PACA
3URYHQFH$OSHV&{WHG¶$]XU
englobant la Corse en
Carte des trois fiefs provençaux Provence, a rétabli plus ou
en 1125.
PRLQV O·DQFLHQQH 3URYHQFH
En 1125, à OD VXLWH G¶XQ WUDLWp OH
Médiévale, en lui ajoutant le
Marquisat de Provence fut attribué aux
Comtat Venaissin en 1793 ²
Comtes de Toulouse, le Comté de
le Comté de Nice avec une
Forcalquier devint autonome et le Comté La France en 1477 partie des Alpes Maritimes
de Provence revint aux Comte de
En 1482, le Comté de Provence fut légué au roi en 1860, les petits territoires
Barcelone. En 1193 le mariage
de France Louis XI, tout en gardant son frontaliers de Tende et de La
G¶$OSKRQVHGH3URYHQFHDYHF*HUVDQGH
indépendance. Un Parlement de Provence fut Brigue en 1946 - les Hautes
de Sabran* SHUPLW O¶XQLILFDWLRQ GHV
créé en 1501 et les rois de France* qui Alpes en 1982. La région Paca
Comtés de Forcalquier et de Provence.
gouvernaient la Provence comme toute province, ne correspond pas à une unité
(Q OH &RPWp G¶2UDQJH YDVVDO GX
furent néanmoins tenus de respecter les droits naturelle, elle intègre divers
Marquisat de Provence fut érigé en
HWFRXWXPHVORFDX[MXVTX·jOD5pYROXWLRQ milieux structuraux et une
Principauté autonome. En 1274, le
grande diversité climatique.
Marquisat de Provence fut transmis à la * Seul Louis XIV a pris Marseille en 1660 pour châtier
Papauté et devint le Comtat Venaissin. XQFRPSORW/H3DUOHPHQWG¶$L[HQ3URYHQFH
suspendu en 1771 fut rétabli en 1775.
* Les descendants de ůĂĨĂŵŝůůĞĚĞ^ĂďƌĂŶŽŶƚƌĠƐŝĚĠĂƵĐŚąƚĞĂƵĚ͛ŶƐŽƵŝƐũƵƐƋƵ͛ĞŶϮϬϬϴ͘Héloïse et Irène ont visité les lieux en
août 2010 avec les nouveaux propriétaires.
3222 ʹ ,/^dK/ZZ^hD͛s/'EKEdhKDddsE/^^/E
$O¶LVVXHGHODSpULRGHGHVgrandes invasions, les romains y LPSODQWqUHQWODYLJQHHWO¶ROLYLHU0DLVFe sont les papes, installés à
Avignon et dans le Comtat Venaissin durant plusieurs siècles (par les légations, voir p 688) qui ont donné à cette terre sa
particularité historique et son épanouissement culturel.
A - /$9,//('·$9,*121
De nombreux vestiges DWWHVWHQWG·XQHRFFXSDWLRQGHVVROVDQVDY-&HWFRQVWLWXHnt O·XQHGHVSOXVYLHLOOHVYLOOHV
G·(XURSH$SUqVODSpULRGHIpRGDOH$YLJQRQGHYLHQWXQHFLWpSURVSqUHV·HQWRXUDQWGHUHPSDUWVHWSUpOHYDQWGHVGURLWV
VXU OHV PDUFKDQGLVHV WUDYHUVDQW OH 3RQW 6W %HQH]HW WDQGLV TXH V·pWDEOLW XQ HQVHPEOH UHOLJLHX[ GRWp GH SDURisses,
commanderies, couvents et une université ouverte en 1303.
* Au XIIIe siècle : en 1229, le Comte de Toulouse vaincu par la Guerre des Albigeois doit céder le COMTAT VENAISSIN au
SAINT SIEGE, par le traité de Paris signé par Saint Louis. Après la mort du comte de Toulouse Raymond VII en 1245, la ville
passe sous la double tutelle de Charles Ier d
$QMRXFRPWHGH3URYHQFHHWG¶Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse, tous deux
frères du roi Saint Louis. Ils restaurent l'autorité comtale en réduisant définitivement le pouvoir communal en 1251. En 1274, le
roi Philippe III le Hardi, héritier de son oncle Alphonse de Poitiers mort sans descendance fait définitivement don du Comtat
Venaissin à l'Eglise. Son successeur Philippe le Bel céda ses parts sur Avignon en 1290 au comte de Provence Charles
II d'Anjou qui devient alors le seul maître d'Avignon.
* Le XIVe siècle est une période prestigieuse qui verra se succéder sur lHVULYHVGX5K{QHGXUDQWSUqVG·XQVLqFOHQHXI
papes dont deux schismatiques (* voir ci-après résumé de la Papauté). En 1309 le pape bordelais Clément V fuyant
O·LQVpFXULWpURPDLQHV·LQVWDOOHj$YLJQRQLe Palais des Papes est construit : la partie la plus ancienne entre 1334 et 1342
par Benoît XII, la plus récente entre 1342 et 1352 par son successeur Clément VI, ainsi que O·pJOLVH6W'LGLHUHWOD/LYUpH
Ceccano.
* Du XVe au XVIIIe siècle, après le départ de la Papauté*, Avignon est gouvernée par des légats nommés par le Pape puis par
des vice-légats. La prospérité de la ville profite au monde intellectuel et artistique (Ex : La Pieta conservée au Musée du Louvre
due à la célèbre « (FROHG¶$YLJQRQ »). Plusieurs édifices baroques sont construits (Musée du petit Palais, Hôtel des Monnaies,
Musée Calvet).
* Au cours du XIXe siècle, Avignon exerce le rôle de chef-OLHX G¶XQ GpSDUWHPHQW HVVHQWLHOOHPHQW DJULFROH : garance, vers à
VRLH«*UkFHDX[)pOLEUHVGRQW7KpRGRUH$XEDQHO-RVHph Roumanille et surtout Frédéric Mistral, elle redevient capitale de la
5HQDLVVDQFHSURYHQoDOH/¶XUEDQLVPHVHPRGHUQLVHSHUFHPHQWGHODUXHGHOD5pSXEOLTXHPDLULHWKpkWUH
* Au XXe siècle, Jean Vilar crée, dans le Palais des Papes, le plus important festival de théâtre du Monde qui se perpétue de
nos jours. Les quartiers modernes extra-PXURV VRQW FRQVWUXLWV HW OD UpQRYDWLRQ GX SDWULPRLQH G¶$YLJQRQ HVW ODQFpH DYHF OD
FUpDWLRQG¶XQ3DODLVGHV&RQJUqVHWG¶XQH8QLYHUVLWp/¶pJOLVH6W-RVHSK-Travailleur entre Champfleury et Monclar est inscrite au
titre des Monuments historiques. De nouveaux ponts sont édifiés sur le Rhône dont un pour le TGV.
* RESUME DE LA PAPAUTE A AVIGNON (synthèse de nombreux sites)
Pour présenter simplement une situation complexe, il faut savoir que dès 395, des différences ont commencé entre le
christianisme oriental (ex ͗ů͛ŵƉĞƌĞƵƌƌĞƉƌĠƐĞŶƚĂŶƚĚƵŚƌŝƐƚĞƐƚůĞĐŚĞĨĚĞů͛ĠŐůŝƐĞͿĞƚůĞĐŚƌŝƐƚŝĂŶŝƐŵĞŽĐĐŝĚĞŶƚĂůƐŽƵŵŝƐă
ER
la seule autorité du Pape. Il en est résulté un 1 SCHISME EN 1054 (renforcé par la prise de Constantinople en 1204) qui a
séparé dans la Chrétienté, les Catholiques et les Orthodoxes. En réalité, les divergences concernaient la liturgie, la
spiritualité, la théologie et le droit canonique. Les structures fondamentales eucharistique, sacramentelle et épiscopale
restaient communes.
Le terme « Grand SchiƐŵĞĚ͛KĐĐŝĚĞŶƚ » désigne une nouvelle crise du catholicisme entre 1378 et 1417 où la papauté
ƌŽŵĂŝŶĞƐ͛ŽƉƉŽƐĞ ă ůĂ ƉĂƉĂƵƚĠĂǀŝŐŶŽŶŶĂŝƐĞ͘ ƉƌğƐůĂŵŽƌƚĚĞ 'ƌĠŐŽŝƌĞ y/͕ĚĞƌŶŝĞƌ ƉĂƉĞ Ě͛ǀŝŐŶŽŶŵŽƌƚă ZŽŵĞ ĞŶ
1378, de nombreux conflits ont opposé les partisans Ě͛ƵŶƉĂƉĞƌŽŵĂŝŶĞƚĐĞƵdžĚ͛ƵŶƉĂƉĞĂǀŝŐŶŽŶŶĂŝƐ͘WĞŶĚĂŶƚϯϬĂŶƐ͕ĚĞƐ
élections parallèles subsisteront entre les deux villes.
Depuis longtemps déjà et surtout pendant la deuxième moitié du XIIIe siècle, le pape a l'habitude de résider hors de
Rome. Innocent IV, par exemple, séjourna plusieurs années à Lyon entre 1245 et 1251. Quand le pape Clément V arrive à
Avignon en 1309, accueilli par les Dominicains, il n'a pas l'intention de s'y établir définitivement ni de faire de cette ville
une nouvelle capitale de la chrétienté. C'est pourtant le rôle que la ville va jouer pendant un siècle.
Le choix d'Avignon comme lieu de résidence permanent est dû essentiellement à des considérations politiques. Le pape ne
veut plus résider dans une Rome déchirée par des clans rivaux, en proie à des émeutes quasi-permanentes. Depuis le
Schisme entre Église d'Orient et d'Occident, Rome se trouve excentrée par rapport au centre de la chrétienté catholique dont
les royaumes de France et d'Angleterre sont les deux grandes puissances rivales. Avignon jouxte le Comtat Venaissin, terre de
l'Eglise depuis 1274. La ville elle même appartient à Charles II d'Anjou, comte de Provence mais aussi vassal et fidèle allié du
pape en tant que roi de Naples. La Provence, pacifiée, jouit d'une paix profonde depuis un demi-siècle.
Les Papes résidèrent à Avignon pendant deux périodes consécutives :
688 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans
A) Pendant la 1ère période, de 1309 à 1378, sept papes légitimes se succédèrent. Ces années vont radicalement
transformer la ville et la marquer d'une empreinte à laquelle elle doit encore sa renommée mondiale.
3HQGDQW FHWWH SpULRGH R OD 3DSDXWp G¶$YLJQRQ IXW UHFRQQXH RIILFLHOOHPHQW FRPPH FKHI GH O¶(JOLVH FDWKROLTXH URPDLQH GHV
affrontements eurent lieu entre Philippe le Bel et la Papauté SRXUGHVUDLVRQVILQDQFLqUHVHWGHULYDOLWpGqVVXLYLVG¶DXWUHV
conflits avec Clément V, alors que se déroulait le procès des Templiers HWTXHV¶LQVWDOODLWXQFRQWHQWLHX[IUDQFR-italien. Notons au
passage que Clément V établit sa curie à Carpentras en 1313 et que cette ville devint la capitale du Comtat Venaissin en 1320.
7URLVDQVSOXVWDUGODSODLQHGX&RPWDWpWDLWGHYHQXHOHJUHQLHUjEOpGHODSDSDXWpG¶$YLJQRQ
Puis, la reine Jeanne de Naples ayant vendu Avignon à Clément VI en 1348, les deux possessions pontificales de Carpentras
HW G¶$YLJQRQ IRUPqUHQW DORUV FKDFXQH XQ (WDW GLVWLQFW IUDSSDQW PRQQDLH HW EDWWDQW SDYLOORQ. Leurs habitants étaient
exempts de taxes.
Ź /(66(373$3(6'·$9,*121'(/$(5(3(5,2'(-1378) - tous français et reconnus par tous comme
chefs GHO·(JOLVHFDWKROLTXHURPDLQH
Source des images : [Link]
1. Clément V, 2. Jean XXII, 3. Benoît XII, 4. Clément VI, 5. Innocent VI, 6. Urbain V, 7. Grégoire XI,
1305-1314 1316-1334 1334-1342 1342-1352 1352-1362 1362-1370 1370-1376
Réside en 1309 à Austère, tenta de Amateur du faste, Austère, vendit des Austère et Neveu de Clément
: Avignon, puis à (QULFKLWO¶JOLVHSDU rétablir la paix, et des Arts, fit objets personnels bénédictin, entreprit VI, promeut la
Malaucène, la fiscalité. entreprit la construire la plus pour renflouer le St les premières Croisade pour
Carpentras et Combat contruction du belle partie du Siè[Link] édifier des démarches pour arrêter les Infidèles
Caromb. Meurt à O¶,QTXLVLWLRQ. Palais en 1340 Palais en ruinant le remparts pendant la fixer la Papauté à et veut ramener la
Roquemaure en Inhumé dans la Trésor. Inhumé à peste. Enterré à la Rome. Seul pape Papauté à Rome où
rejoignant sa cathédrale des O¶DEEDWLDOH GH OD Chartreuse de G¶$YLJQRQ EpDWLILp il meurt en 1378.
Guyenne natale. Doms. Chaise ±Dieu. Villeneuve. en 1870.
B) Pendant la seconde période, de 1378 à 1418, correspondant au *UDQG6FKLVPHG·2FFLGHQW : deux papes rivaux
se succédèrent qui SUpWHQGLUHQWUpJQHUVXUOD&KUpWLHQWpO·XQj$YLJQRQO·DXWUHj5RPH
Cette période vit la chrétienté catholique divisée en deux obédiences pendant quarante ans, les successions pontificales eurent
lieu simultanément à Avignon et à Rome. Il en résulta de multiples rebondissements dont la promulgation par Charles VII de
« La Pragmatique Sanction de Bourges » mettant en place une alliance entre le souverain et le clergé avec une limitation des
prérogatives du Pape.
Celle-FLIXWDFFHSWpHSDUOHFOHUJpIUDQoDLVHWODSOXSDUWGHV3DUOHPHQWVjO¶H[FHSWLRQGHFHX[GH%UHWDJQHHWGe Bourgogne.
Avignon avait définitivement perdu sa prérogative papale. Cette crise religieuse correspondait en fait à une crise plus large de la
société féodale.
Ź /(6'(8;3$3(6'·$9,*121'(/$ $ OD PrPH SpULRGH G·DXWUHV
2ème PERIODE (1378-1418) dénommés SDSHV UHFRQQXV SDU O·(JOLVH
« antipapes », non reconnus par tous ź exerçent à Rome :
SHQGDQWOH*UDQG6FKLVPHG¶2FFLGHQW
[Link] VI(italien)
La division de l'Eglise catholique en deux 2. Boniface IX
obédiences durera jusqu'en 1409. Il faudra 3. Innocent VII
plusieurs Conciles. A celui de Pise, un 3ème *UpJRLUH;,,«
pape fut élu. A celui de Constance (1415-
** 2. Considéré comme anti-pape
1418), les trois papes sont déposés et 1. Clément VII, 1378- Benoît XIII, 1394-1403 et indésirable, fut contraint de
O·pOHFWLRQ G·XQ SDSH XQLTXH UHFRQQX GDQV 1394 (français) * catalan, retenu V¶HQIHUPHUGDQVOH3DODLVSHQGDQW
WRXW O·RFFLGHQW D OLHX en 1417 : Martin V. prisonnier 5 ans avant 5 ans avant de se réfugier au
Mais la Réforme est ORLQ G¶rWUH WHUPLQpH GHV¶HQIXLU ** château de Châteaurenard.
Suivront notamment les réformes * 1. Clément VII a un train de vie fastueux. Son 6¶LQVWDOOHUD à Carpentras et au
protestantes et catholiques. neveu Pierre de Luxembourg, considéré comme un château de Sorgues avant de
saint eut des apparitions. Une chapelle en rappelle UHMRLQGUHO¶Italie.
le lieu à Châteauneuf du pape.
689 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans
B ² LE COMTAT VENAISSIN
Le nom de VENAISSIN apparaît dans le haut Moyen Age HWVRQRULJLQHHVWWUqVGLVFXWpHSDUOHVKLVWRULHQVOHVXQVSHQVHQWTX¶LO
vient de VENDASCA ou VENASQUE qui a joué un rôle important en abritant les évêques entre le 5ème et le 9ème siècle.
'¶DXWUHVSHQFKHQWSRXUOHQRPG¶$9,*121$9,1,&86$XMRXUG¶KXL la première thèse semble prévaloir.
En 1229, le Comte de Toulouse vaincu par la Guerre des Albigeois doit céder le COMTAT VENAISSIN au SAINT SIEGE, par le
traité de Paris signé par Saint Louis. Le COMTAT VENAISSIN deviendra un état pontifical. Pour gérer cet état, le Pape y placera
un évêque venant de Rome, qui prendra le nom de « Recteur ». /HV pYrTXHV V¶installeront à Venasque, Pernes et enfin
&DUSHQWUDVHQRLOVUHVWHURQWMXVTX¶DXUDWWDFKHPHQWjODFrance.
Après le départ du dernier pape d'Avignon en 1403, Avignon et le Comtat Venaissin vécurent encore près de quatre
siècles sous le gouvernement de la Papauté. Constituées en légation permanente et administrées par un cardinal légat,
puis par un vice-légat, ces terres d'outre- monts enclavées dans le royaume de France, connurent un statut original
sous double influence romaine et française. C'est la Révolution qui mit fin à la souveraineté pontificale en 1791.
Tout au long de cette périodeOHV5RLVGH)UDQFHILUHQWSUHVVLRQVXUO¶pFRQRPLHGHV(WDWV3RQWLILFDX[QRWDPPHQWSDUODPLVHHQSODFHGH
droits de douane exorbitants. Par ailleurs, une grande épidémie de peste qui se décleQFKDj0DUVHLOOHjSDUWLUG¶XQEDWHDXOHPDL
HWSULWILQj$YLJQRQOHRFWREUHHXWSRXUFRQVpTXHQFHO¶pGLILFDWLRQG¶XQPXUGHODSHVWHHQSLHUUHVVqFKHVSRXr tenter de
limiter la contagion vers le Comtat Venaissin. On compta 126 000 morts dans la Provence, le Languedoc et le Comtat.
(QOHVGLVHWWHVH[LVWDLHQWjO¶pWDWHQGpPLTXHGDQVOH&RPWDWFH
TXLSURYRTXDXQSLOODJHGHVJUHQLHUVG¶$YLJQRQ/HMXLOOHWGHODPrPH
année, la Prise de La Bastille à Paris entraîna une grande peur dans
toutes les provinces. De nouveaux troubles éclatèrent à Avignon et à
Carpentras. Le 12 novembre, un député de Provence proposa une
PRWLRQGHUHVWLWXWLRQG¶$YLJQRQ HWGX&RPWDW9HQDLVVLQjOD)UDQFH,O
V¶HQVXLYLWVXUSODFHGHYLYHVUpDFWLRQVHWODJXHUre entre Avignon et le
Comtat se déclencha le 2 janvier 1791. A Avignon les meneurs étaient
des roturiers, des négociants, des hommes de loi, des maîtres-artisans
HW GHV ERXWLTXLHUV WUqV SURFKHV GX SHXSOH WDQGLV TX¶j &DUSHQWUDV OHV
rôles étaient tenus par GHV PHPEUHV GH O¶DULVWRFUDWLH Finalement, il
IDOOXW DWWHQGUH OH GpFUHW GX VHSWHPEUH SULV SDU O¶$VVHPEOpH
Constituante, pour « O¶LQFRUSRUDWLRQ j OD )UDQFH GHV GHX[ (WDWV UpXQLV
G¶$YLJQRQHWGH&DUSHQWUDV ». Le dit décret fut sanctionné par Louis XVI Carte de la Chronologie de la formation
le 2 octobre suivant. du futur territoire du Vaucluse
Le Comtat Venaissin cédé au Saint-Siège par le Comte de Toulouse au traité de Paris de 1229, effectivement remis à la papauté en 1274.
La ville d'Avignon, achetée en 1348 par le pape Clément VI à la Reine Jeanne, Comtesse de Provence.
La Principauté d'Orange, indépendante, avec des épisodes de main mise du roi de France jusqu'à son annexion au Dauphiné en 1731.
Une partie de Provence avec Apt (Sénéchaussée de Forcalquier), Pertuis (Viguerie d'Aix), Sault (terre adjacente de Provence, dépendant
directement du comté), Mondragon (Sénéchaussée d'Arles avec longtemps l'archevêque d'Arles comme principal coseigneur).
Saint-Marcellin-lès-Vaison, enclave du Dauphiné en Comtat. Source : Archives départementales du Vaucluse
323ʹ WZ^Edd/KE^hyK^dhD^dZ/d/KEE>^ů͛Kh^d>WZKsE
Le costume provençal traditionnel de la Provence Ouest comporte deux types de costumes dont les aires géographiques ont
donné lieu à maintes discussions depuis la fin du XIXe siècle. Si on résume :
1. LE COSTUME ARLESIEN est porté dans ODUpJLRQG·$UOHV englobant la Camargue
formée par le delta du Rhône, située dans les Bouches du Rhône et le sud du Gard. Son
aire V·pWHQGégalement à la Crau et aux Alpilles.
2. LE COSTUME COMTADIN est porté dans le Vaucluse : Comtat Venaissin, Avignon et
au nord de la Durance, avec des incursions dans la Drôme provençale entourant Gard 2
O·HQFODYHGH9DOUpDVHW dans la partie nord est du Gard. Mis à part la coiffe et quelques
détails, les pièces de ce costume se retrouvent dans tous ceux de la Provence intérieure.
3RUWpV WRXV OHV GHX[ MXVTX·DX[ DQQpHV QRWDPPHQW OH GLPDQFKH OHXU XVDJH DX TXRWLGLHQ D
été abandonné progressivement au cours de la 1ère moitié du XXe siècle. Mais des personnes
SDVVLRQQpHV°XYUDQWGDQVGHV$VVRFLDWLRQVIRONORULTXHVRXGDQVGHV&RQVHUYDWRLUHVRQWVXPDLQWHQLUOHV
traditions, effectuer des recherches, créer des costumes au plus près de la réalité historique, les faire
évoluer et les mettre en valeur. Chaque année, à différentes occasions festives, les deux costumes sont 1
présentés dans des défilés accompagnés de danses, très appréciés des touristes et des autochtones
(gens du pays). (QFRUHDXMRXUG¶KXL les arlésiennes sont considérées comme des femmes aisées ayant
HX OH PR\HQ GH V¶KDELOOHU SOXV ULFKHPHQW TXH OHV &RPWDGLQHV HW DXWUHV 3URYHQoDOHV GRQW OHV FRVWXPHV
moins luxueux et non pas moins beaux correspondent à des traditions plus rurales et paysannes.
Aires géographiques des deux costumes : 1 : Arlésien ʹ 2 : Comtadin
3231 ʹ ZdZ/^d/Yh^ h K^dhD >͛Z>^/EE, extraits de [Link] [Link]/-L-association -
[Link] - [Link]
Ź dŽƵƌĚ͛ŚŽƌŝnjŽŶĂǀĂŶƚĚ͛ĞŶƚƌĞƌĚĂŶƐůĞĚĠƚĂŝů, Ě͛ĂƉƌğƐůĞƐ beaux ĐƌŽƋƵŝƐĚĞů͛ĐŽůĞĚĞDŽŶƉůĂŝƐŝƌăƌůĞƐ
>Ğ ĐŽƐƚƵŵĞ ĚĞ ů͛ƌůĠƐŝĞŶŶĞ ŶĂŠƚ vers le milieu du XVIIIĞ ;ƐŽƵƐ >ŽƵŝƐ ysͿ͕ ĚƵ ĚĠƐŝƌ ĚĞƐ ŚĂďŝƚĂŶƚĞƐ Ě͛ƌůĞƐ ĚĞ
Ɛ͛ŚĂďŝůůĞƌĚŝĨĨĠƌĞŵŵĞŶƚ ĚĞƐĂƵƚƌĞƐĨĞŵŵĞƐ͛͘ĞƐƚ ƵŶĐŽƐƚƵŵĞƋƵŝǀĂƌŝĞƐĞůŽŶůĞƐĐůĂƐƐĞƐƐŽĐŝĂůĞƐ͕ůĞƐŵŽĚĞƐ͕ůĞƐ
ƐĂŝƐŽŶƐĞƚůĞƐąŐĞƐ͘>͛ƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶͨ Tradicioun » a élaboré une Charte qui codifie ces nombreux vêtements, ce qui
ĞƐƚĐŽŶƚĞƐƚĠƉĂƌĚ͛ĂƵƚƌĞƐ͘>ĞƐĚĠĨŝůĠƐ ƚŽƵƌŝƐƚŝƋƵĞƐŵĞƚƚĞŶƚƐŽƵǀĞŶƚů͛ĂĐĐĞŶƚƐƵƌůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐůĞƐƉůƵƐůƵdžƵĞƵdž͘
1- Le costume de l'arlésienne se compose d'une coiffe UpDOLVpH j SDUWLU G¶XQ FKLJQRQ VSpFLILTXH HQWRXUp G¶XQ UXEDQ GH YHORXUV
SDUWLFXOLHURXELHQUHFRXYHUWG¶XQHFUDYDWHSRVpHVXUun dessous de coiffe.
2- /H KDXW HVW FRPSRVp G·XQ FRUVDJH SUqV GX FRUSV DSSHOp XQH qVR RX DLVR VRXYHQW QRLUH qui peut être agrémenté ou non de
GHQWHOOHV,OHVWUHFRXYHUWG¶XQHchapelle composée de 4 pièces : 1 : SODVWURQRXGHYDQWG·HVWRPDF(trapèze de tissu brodé cachant la
poitrine)² 2 : guimpe (pièce de lingerie facultative en forme de U encadrant le cou et le plastron) ² 3 : fichu de dessous ou de propreté (
grand carré de tissu léger blanc plié en diagonale et plissé) ² 4 : fichu de dessus (grand carré de tissu plié en diagonale ou coupé en
WULDQJOH SODFp HQ GHUQLHU VXU OHV pSDXOHV UHFRXYUDQW OH GRV HW OD SRLWULQH G¶XQH IDoRQ SDUWLFXOLqUH HW V\PpWULTXH Ces pièces sont
généralement de coton, de dentelles, de soie, et peuvent être brodé ou boutiV/¶KLYHUOHILFKXHVWHQODLQH
3- /HEDVHVWFRPSRVpGHFROODQWVFRXOHXUFKDLUG·XQSHQWLV (sorte de pantacourt avec dentelle ouvert entre les jambes ± comme les
arrière grands-mères à cause des jupes), G·XQMXSRQOXLDXVVLSRVVpGDQWGHVGHQWHOOHVHW de la jupe, qui peut être ronde ou à traîne
pour monter en amazone sur les chevaux de Camargue QRXV DYRQV YX HQ JpRJUDSKLH TXH OD YLOOH G¶$UOHV HVW OD FDSLWDOH GH OD
Camargue). Les tissus sont au choix de la demoiselle.
Nous allons détailler les costumeVGHO¶DUOpVLHQQHHQFRPPHQoDQWSDU les points communs. Puis nous verrons les principaux
types de costume TXL RQW VXUYpFX GH QRV MRXUV HW TXL RQW IDLW O¶REMHW GHV FURTXLV GH OD SDJH SUpFpGHQWH. La plupart des
illustrations sur le costume arlésien sont extraites dHO¶H[FHOOHQW site : [Link]/Charte-costume-d-Arles.
LES POINTS COMMUNS DANS PLUSIEURS CATEGORIES DU COSTUME ARLESIEN
Comme ils se retrouvent dans plusieurs des catégories, nous les abordons en préalable pour ne plus y revenir :
A - Les accessoires
B - Les deux types de coiffe : en cravate et au ruban ainsi que les modalités de la coiffure spécifique
C - La chapelle
A - LES ACCESSOIRES
Les principaux sont :
* les bijoux dont la croix
Ě͛Žƌ ŽƵ Ě͛ĂƌŐĞŶƚ ƐƵƌ
ruban de velours noir,
* les broches dont
cigales ou oliviers,
* l͛ŽŵďƌĞůůĞ pour se
protéger du soleil,
Ύ ů͛ĠǀĞŶƚĂŝů pour se
ventiler ou se cacher,
* les gants en dentelle, La croix Le médaillon >͛ĂƵŵƀnière
* le page : sorte de
Ύů͛ĂƵŵƀŶŝğƌĞ ƉŽƵƌƌĞĐƵĞŝůůŝƌů͛ĂƌŐĞŶƚĚĞůĂŵĞƐƐĞ
crochet monté sur
chapine qui sert à * le sac ͙
maintenir la traîne de la
jupe. ź/HSDJH
Commencer les plis vers le milieu Continuer en alternant les côtés La cravate est pliée
Pour se coiffer en cravate, préparer le peigne, le bonnet ou dessous de coiffe, 3 lacets, des crochets à cheveux, une
barrette, la laque - avant de procéder à la coiffure :
en premier séparer les cheveux en deux
crêper en prenant les mèches toujours dans le
même sens
laquer pour fixer le crêpage
positionner le peigne à environ 4 doigts du début du
ĐƵŝƌĐŚĞǀĞůƵĞƚů͛ĂƚƚĂĐŚĞƌăů͛ĂŝĚĞĚĞƐůĂĐĞƚƐ͘hŶƉĞigne
mal fixé compromet la solidité de toute la coiffure
faire une couette et attacher au bout un lacet
construire ensuite le premier bandeau et fixer celui-
ci au peigne
pratiquer de même pour le bandeau opposé, et
vérifier que les deux bandeaux soient identiques
positionner le bonnet ou dessus de coiffe Coiffe en cravate paysanne -
puis mettre la cravate autour du peigne Coiffe en cravate blanche dans ce cas les petits motifs
mettre la barrette en finition et un petit peu de du dimanche sont autorisés
laque sur le tout
B 2 - LA COIFFE AU RUBAN
ǀĂŶƚĚ͚ġƚƌĞƉŽƌƚĠƐ͕ůĞƐƌƵďĂŶƐĂƌůĠƐŝĞŶƐƐŽŶƚ
« sabrés » . Les fils de trame sont en effet
rasés à la main pour mettre en relief les motifs
Coiffe au ruban simple de cavalière du velours, ce qui représente au minimum une
Coiffe au ruban classique
porté avec un fichu simple journée de travail et explique leur coût.
porté avec un fichu habillé
Le ruban demande un tissu particulier, du velours le plus souvent et des décors spécifiques ce qui rendait et rend
ĞŶĐŽƌĞƐŽŶƉƌŝdžƚƌğƐĠůĞǀĠ͘^ĞƵůĞƐůĞƐĨĂŵŝůůĞƐĂŝƐĠĞƐƉŽƵǀĂŝĞŶƚƐĞů͛ŽĨĨƌŝƌ͘>ĞƐĐŽŝĨĨĞƐĂƵƌƵďĂŶƐŽŶƚƉŽƌƚĠĞƐĂǀĞĐĚĞƐ
costumes souvent habillés. Les femmes portent alors des « costume au ruban ». Ils sont portés majoritairement
pour une fête. Les rubans mesurent le plus souvent 100 cm de long (parfois 150) sur 7, 5 cm de large. Les rubans
authentiques du XIXe ont une valeur estimée de 100 à 600 euros. Si une extrémité se termine en arrondi (la demi-
lune), elle est appelée le guidon.
693 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans
Pour se coiffer en ruban, il faut séparer les cheveux en deux par une ligne bien droite,
crêper chaque mèche puis laquer pour fixer le crêpage ʹ positionner le peigne
ƐƉĠĐŝĨŝƋƵĞăϰĚŽŝŐƚƐĚƵĚĠďƵƚĚƵĐƵŝƌĐŚĞǀĞůƵƐƵƌůĞĨƌŽŶƚĞƚů͛ĂƚƚĂĐŚĞƌĂƵdžĐŚĞǀĞƵdžă
l͛ĂŝĚĞĚƵůĂĐĞƚ;ŽƉĠƌĂƚŝŽŶĞƐƐĞŶƚŝĞůůĞͿʹ tourner les mèches une à une sur elles mêmes
pour former les bandeaux ʹ les attacher au fur et à mesure par un lacet et les attacher
au peigne. Les deux bandeaux doivent être identiques. Positionner le dessous de
coiffe (petite pièce en dentelle) au-ĚĞƐƐƵƐ ĚƵ ƉĞŝŐŶĞ Ğƚ ĚĞ ů͛ĂƚƚĂĐŚĞ ĚĞƐ ĐŚĞǀĞƵdž ʹ
ƉůĂĐĞƌ ůĞ ƌƵďĂŶ ĂƵƚŽƵƌ ĞŶ ů͛ĞŶƌŽƵůĂŶƚ ƉůƵƐŝĞƵƌƐ ĨŽŝƐ ʹ consolider avec une barrette. Les accessoires
>͛ĞdžƚƌĠŵŝƚĠĨŝŶĂůĞĚƵƌƵďĂŶĞƐƚƉŽƐŝƚŝŽŶŶĠĞĚĞĚŝǀĞƌƐĞƐĨĂĕŽŶƐ͘
Coiffes au ruban. Le ruban a une extrémité droite ou arrondie. Cette dernière est appelée le guidon avec ou sans dentelle.
C ʹ LA CHAPELLE
KŶĂƉƉĞůůĞĂŝŶƐŝů͛ĞŶƐĞŵďůĞĨŽƌŵĠĚƵĚĞǀĂŶƚĚ͛ĞƐƚŽŵĂĐ͕ĚĞůĂŐƵŝŵƉĞĞƚĚĞƐĨŝĐŚƵƐ, qui se place ƐƵƌů͛ğƐŽƉĂƌĚĞƐ
épingles savamment fixées. Le mot viendrait du Moyen-ŐĞ Žƶ ŝů ĚĠƐŝŐŶĂŝƚ ů͛ĞŶƐĞŵďůĞ ĚĞƐ ƌŝĚĞĂƵdž ĞŶĐĂĚƌĂŶƚ
ů͛ĂƵƚĞůĚĂŶƐůĞƐĠŐůŝƐĞƐ͛͘Žƶů͛ĂƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶĂǀĞĐůĞŵĂƌŝĂŐĞĚĞƐĚĞŶƚĞůůĞƐŽƵĚƌĂƉĠƐĂƵƚŽƵƌĚĞƐĐƌŽŝdžĚ͛ŽƌŽƵƉŝĞƌƌĞƐ
ĂƵĐŽƵ͙
1. >W>^dZKEKhsEd͛^dKD
4. LE FICHU DE DESSUS
͛ĞƐƚ ĂƵƐƐŝ ƵŶ ĐĂƌƌĠ Ě͛ϭ͕ϮϬ ŵ ĚĞ
côté ou bien un triangle, brodé ou
garni de dentelle, posé sur les
épaules.
* Le costume en cravate est un costume simple à porter tous les jours, à la ville comme à la campagne. Sur la tête,
une coiffe blanche : la "cravate" : triangle de percale blanche noué autour de la tête en "oreille de lapin", formant
ainsi deux jolies cornettes sur le dessus de la tête (voir p 692). Le costume en cravate est porté par toutes les
ƚƌĂŶĐŚĞƐĚ͛ąŐĞĚĞƉƵŝƐ ϴͬϵĂŶƐũƵƐƋƵ͛ăůĂŵĂŵĠ.
Il est composé d'une jupe de couleur en forme, ronde ou froncée, portée avec un tablier et un jupon de dessous
qui fait gonfler la jupe et paraître la taille plus fine, d'un corsage qu'on appelle "èso" près du corps, à manches
longues et toujours noir, sur lequel on pose la chapelle complète ou partielle. Partielle, la chapelle comprend au
minimum : 1. un devant d'estomac : plastron blanc en forme de trapèze, 2. un fichu de propreté (dessous), 3. un
fichu de dessus plissé blanc ou imprimé, complété dimanches ou jours de fête par une guimpe.
Il peut correspondre à trois catégories de costumes :
41 - le costume paysan
42 - le costume de villageoise ou costume simple
43 - le costume endimanché
* Le costume en ruban est une toilette de ville habillée . Sur la tête, la coiffure au ruban (voir p 692 et 693). Pour
sortir et pour recevoir, comme pour aller à la messe. Il se compose d'une jupe en forme sur un ou plusieurs
jupon(s) de dessous et d'un fichu fait dans le même tissu, celui-ci recouvre une "chapelle" parfois complète fixée
grâce à des épingles, qui superpose 1. devant d'estomac ou plastron, 2. guimpe, 3. fichu de dessous ou fichu de
propreté, 4. fichu de dessus plissé. Ce dernier doit être assorti à la jupe si possible dans le même tissu ou alors
blanc brodé. Le Ruban de coiffe en velours assortit ses couleurs à celles de la jupe et du fichu.
Dans le costume en ruban, on distingue :
51 - le costume quotidien
52 - le costume endimanché
53 - le costume habillé
54 - le costume de cérémonie en gansée ;ƋƵĞĐĞƌƚĂŝŶƐĐůĂƐƐĞŶƚăƉĂƌƚĞŶů͛ĂƉƉĞůĂŶƚcostume gansé)
DĂůŐƌĠůĞƐĂƉƉĂƌĞŶĐĞƐ͕ůĂƌĠŐŝŽŶĚ͛ƌůĞƐĞƚůĂĂŵĂƌŐƵĞŽŶƚĚĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůƐ paysans, mais ils sont moins
valorisés que dans le Comtat. Nous en verrons plus loin en distinguant les costumes paysans hors Camargue et ceux
de la Camargue qui relèvent des manadiers et des gardians. Les très nombreuses manifestations célébrant le costume
arlésien, présentent parfois les deux, suivant les coutumes du lieu. Par ailleurs, les costumes féminins sont de loin les
ƉůƵƐƌĞƉƌĠƐĞŶƚĠƐ͕ĐĞƋƵŝŶĞǀĞƵƚƉĂƐĚŝƌĞƋƵĞůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐŵĂƐĐƵůŝŶƐŶ͛ĞdžŝƐƚĞŶƚƉĂƐ͕ŵĂŝƐŝůƐƐŽŶƚŵŽŝŶƐĐĠůĠďƌĠƐ͘
NB : Pièces de costume non étudiées en détail :
Le panty ou pantalon Le jupon simple- ŝůƐ͛ĞŶĨŝůĞƐƵƌůĞ La jupe simple motifs colorés, Le tablier
resserré aux genoux panty plis froncés ou canon uni assorti à la jupe
Ź Les costumes illustrés qui vont suivre sont présentés ĚĂŶƐů͛ŽƌĚƌĞévoqué ci-dessus :
696 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans
ŶƚƌĞϭϬĞƚϭϱĂŶƐ͕ů͛ĂĚŽůĞƐĐĞŶƚĞĨŽƌŵĞĚĞƵdž
bandeaux avec ses cheveux et les recouvre
Ě͛ƵŶ ďŽŶŶĞƚ ĚĞ ŵŽƵƐƐĞůŝŶĞ ďůĂŶĐŚĞ. Puis
ĞůůĞů͛ĞŶƚŽƵƌĞĚĞůĂĐƌĂǀĂƚĞďůĂŶĐŚĞĚŽŶƚůĞƐ
ĞdžƚƌĠŵŝƚĠƐďƌŽĚĠĞƐƐŽŶƚŶŽƵĠĞƐăů͛ĂǀĂŶƚĐĞ
qui forme des cornettes ou banettes. Ź
Cette coiffe porte le nom de Mireille en
ĂůůƵƐŝŽŶăů͛ŚĠƌŽŢŶĞĚĞ&ƌĠĚĠƌŝĐDŝƐƚƌĂůĐĞŶƐĠĞ
ĂǀŽŝƌƉŽƌƚĠĐĞƚƚĞƚĞŶƵĞ͘>͛ĂƉƉĞůůĂƚŝŽŶƌĞŵŽŶƚĞ
aux années 1920/1930.
Le costume comprend une jupe en cotonnade
arrivant au-ĚĞƐƐƵƐĚĞƐĐŚĞǀŝůůĞƐ͕Ě͛ƵŶƚĂďůŝĞƌ͕
Ě͛ƵŶĞğƐŽŶŽŝƌĞ͕Ě͛ƵŶĨŝĐŚƵƐŝŵƉůĞ͘
Détail de la coiffe de Mireille, le fond du bonnet a
été recouvert de dentelle, avant le montage du
fichu en cornettes par Calie, brodeuse Ź Le costume de Mireille
[Link]
42 ʹ Le costume de villageoise ou
costume simple
͛ĞƐƚ ůĞ ĐŽƐƚƵŵĞ ƋƵĞ ů͛ŽŶ ƉŽƌƚĞ ƉŽƵƌ
rester chez soi, aller au marché, à une
ferrade, à une pegoulado (défilé).
Le haut comprend soit une blouse
simple (les 3 à droite sur la photo) soit
un fichu de propreté avec plastron
simple et fichu blanc ou coordonné à la
jupe (les 3 à gauche).
Les jupes sont rondes ou biaisées,
coupées dans des tissus à petits motifs et
recŽƵǀĞƌƚĞƐ Ě͛ƵŶ ƚĂďůŝĞƌ ƉŽƵǀĂŶƚ ġƚƌĞ
ŽƌŶĠĚ͛ƵŶǀŽůĂŶƚŽƵďƌŽĚĞƌŝĞ͘
Les couleurs sont parfois plus vives.
43 ʹ Le costume endimanché
La chapelle très soignée donne le ton à
la tenue endimanchée.
>͛ğƐŽ ;ĐĂƌĂĐŽ ă ŵĂŶĐŚĞƐ ůŽŶŐƵĞƐ) est
toujours noire, le tissu de bonne qualité.
Les manches sont garnies finement. La
matière peut-être légèrement travaillée.
>͛ĠƚĠĞůůĞĞƐƚůĠŐğƌĞ͘
La couleur de la jupe contraste toujours
ĂǀĞĐ ů͛ğƐŽ ŝŶǀĂƌŝĂďůĞŵĞŶƚ ŶŽŝƌĞ Ğƚ ůĞ
ĨŝĐŚƵŶ͛ĞƐƚũĂŵĂŝƐĂƐƐŽƌƚŝăůĂũƵƉĞ͘
La croix sur ruban de velours noir et le
sac sont de sortie.
53 ʹ Le costume habillé
A certaines manifestations, le
costume se fait soyeux, précieux,
riche.
* Le demi-deuil a une
durée moins longue, 5 à 6
mois. La tenue reprend la
base du costume
précédent mais peut être
rehaussée Ě͛ƵŶ ĨŝĐŚƵ ĞŶ
mousseline blanche
brodée de noir ou
comportant de petits
motifs noirs. La jupe est
noire agrémentée de fins
motifs discrets. Le ruban,
ou la cravate, reste noir.
B ʹ LE S GR AN D S P A RE NT S : L A M AM É E T L E PA P É
Les mamés sont celles qui maintiennent les traditions et les
transmettent à leurs filles, petites-filles et pour certaines même à
leurs arrières petites-filles. Sans elles les coutumes auraient sombré
ĚĂŶƐů͛ŽƵďůŝ͘
La mamé porte le costume en ruban tant que ses cheveux le lui
permettent.
Ensuite elle porte la cravate ou le ruban enveloppant toute la tête
selon la mode Louis Philippe.
Quel que ƐŽŝƚů͛ąŐĞ͕ŽŶƐĂŝƚƌĞƐƚĞƌĐŽƋƵĞƚƚĞ͘
Passé un certain âge, le deuil est de rigueur. En effet, la femme porte Ici la coiffe en cravate est assortie aux
ƚŽƵũŽƵƌƐůĞĚĞƵŝůĚ͛ƵŶƉĂƌĞŶƚƉƌŽĐŚĞŽƵĠůŽŝŐŶĠ. cheveux gris.
C ʹ L E S S AI S ON S
* En hiver et en automne : les matières sont chaudes, laine, coton épais et flanelle. Les couleurs sont dans des
teintes foncées, sombres. Les manteaux, châles, gants, mitaines, chauffes épaules, tour de cou, dessus de chapelle,
bas de laine, chapelle et jupons de flanelles remplissent
parfaitement leurs offices. Ź
les fichus sont blancs, les mousselines, les jupes fleurissent, en laine
est bordé
ůĞƐ ĐŽƵůĞƵƌƐ ƐŽŶƚ ĐŚĂƚŽLJĂŶƚĞƐ͕ ů͛ğƐo version été (manches
Ě͛un galon
plus courtes) est appréciable. Les manches ne sont pas en
de velours
dentelle mais dans un tissu ajouré non doublé au niveau des
ŵĂŶĐŚĞƐ͘>͛ŽŵďƌĞůůĞĞƚů͛ĠǀĞŶƚĂŝůƐŽŶƚĚĞƐŽƌƚŝĞůĞƐũŽƵƌƐĚĞ
grandes chaleurs.
2QGHYLQHO¶pSDLVVHXUGHVMXSHVHW
des dessous, car les jupons aussi
sont en coton épais et chaud.
D ʹ L E S D ES S OU S
La chemise est en chanvre, lin et coton pour les
costumes simples, elle est de fin coton pour les
costumes soyeux. Les chemises sont brodées lors de
la confection du trousseau, plus ou moins selon la
richesse du costume. Le corset et le cache-corset
peuvent être portés en costume habillé.
Les jupons peuvent être au nombre de trois. Ils sont
plus ou moins riches selon le costume. La culotte
fendue suit la même évolution. Les bas sont de soie,
ůĂŝŶĞ ŽƵ ĐŽƚŽŶ͕ ƵŶĞ ĨĞŵŵĞ Ŷ͛ĞƐƚ ũĂŵĂŝƐ ũĂŵďĞƐ
nues.
ŽƐĚ͛ƵŶũƵƉŽŶĞŶĚĂŵĂƐĚĞĐŽƚŽŶďůĂŶĐ. Ÿ Autrefois, le jupon en boutis était utilisé par
On distingue les plis formés par un lien coulissant à nouer dans le dos pour ů͛ƌůĠƐŝĞŶŶĞ͘ĞŶŽƐũŽƵƌƐ͕ŝůů͛ĞƐƚƐƵƌƚŽƵƚĚĂŶƐ
ŐŽŶŐůĞƌů͛ĂƌƌŝğƌĞĚĞůĂũƵƉĞ͘ le Comtat
E ʹ LE S C O ST UMES P O UR LE S T RA VA UX AG R IC OL E S
Lors des défilés actuels, OHV DUOpVLHQQHV VRUWHQW OHXU FRVWXPH G¶DSSDUDW mais elles ULVTXHQW G·RFFXOWHU un des aspects
IRQGDPHQWDX[GHFHVLqFOHTX·HOOHVYHXOHQWIDLUHYLYUH : les costumes pour les travaux dans les champs : vendange, cueillette
des olives, préparation des fruits et légumes pour les marchés « Pour mener à bien leurs travaux, les Arlésiennes de la
campagne ne portaient pas leur grand costume, mais des cotonnades plus pratiques.
Les paysannes arlésiennes étaient souvent coiffées en cravate, portant des lainages ou des cotonnades simples. Pour
certains travaux plus exigeants, elles renonçaient même à la cravate. Sur la tête, elles portaient un simple fichu noué s ous le
menton ² ou une capeline en coton, coiffe très enveloppe rappelant un peu la quichenotte de Vendée, qui les protégeait du
soleil et de la poussière ² RXXQHFDSHOLQHHQSDLOOHTXLDWWpQXDLHQWO·DUGHXUGXVROHLO
Dans le Parc Naturel des Alpilles VLWXpHQWUH&UDX&DPDUJXH'XUDQFHHWDXF°XUGX3D\VG¶$UOHVles Fêtes traditionnelles rythment
OD YLH GHV YLOODJHV GHV $OSLOOHV WRXW DX ORQJ GH O¶DQQpH VRXYHQW OLpHV HQFRUH DX FDOHQGULHU DJULFROH célébrant les saisons et les
récoltes (moissons, olivades, vendanges..) : fêtes de la transhumance, feux de la Saint-Jean, pegoulado (défilé), carretto
ramado (charrette décorée de produits du terroir tirée par des chevaux)IrWHVYRWLYHVIrWHVFDOHQGDOHV«Elles sont un moment
G¶H[SUHVVLRQSULYLOpJLpSRXUOa musique et les danses, le costume traditionnel du Pays d'Arles, la célébration du taureau camarguais.
(QG¶DSUqVOHVDUFKLYHVGHV%RXFKHVGX5K{QHOD&DPDUJXHFRQVWLWXDLWXQHUpJLRQDJULFROHGHSRO\FXOWXUHYLWLFXOWXUHH t riz,
alors que dans la région voisine de la Crau, on y trouvait GHVFXOWXUHVIRXUUDJqUHVHWGHVpOHYDJHVG¶RYLQV$FWXHOOHPHQWOHVSULQFLSDOHV
DFWLYLWpV DJULFROHV GX 3D\V G¶$UOHV FRQFHUQHQW O¶pOHYDJH GHV WDXUHDX[ HW GHV FKHYDX[ FDPDUJXDLV HQ YXH GHV FRPEDWV GH OD
sélection et GHODYLDQGHOHUL]OHVHOOHYLQ/DFXHLOOHWWHGHVROLYHVV¶HVWGpYHORSSpHGDQVG¶DXWUHVUpJLRQVGHOD3URYHQFH$XWUDvers
des images suivantes, je vous laisse observer les costumes des femmes et des hommes du milieu agricole.
E 1 ʹ Moisssons
et Fenaisons
Paysanne avec fichu Bonnet pouvant être porté sous la Moisson en Provence, juin 1888 , environs
au moment des moissons capeline de paille Ě͛ƌůĞƐ͘Tableau de Van Gogh
Le moulin à vent de Fontvieille, dit de Daudet, est le plus connu des moulins à vent de la région, mais bien Ě͛ĂƵƚƌĞƐ
moulins à vent très anciens ĂƚƚĞƐƚĞŶƚĚĞů͛ĂĐƚŝǀŝƚĠĚĞŵĞƵŶĞƌŝĞ͕ĚŽŶĐĚĞĐĠƌĠĂůĞƐăŵŽƵĚƌĞ͘ Il existait aussi des moulins
à huile ƚĠŵŽŝŐŶĂŶƚĚ͛ƵŶĞĂĐƚŝǀŝƚĠĚĞpuis des lustres de la proĚƵĐƚŝŽŶĚ͛ŽůŝǀŝĞƌƐ.
E 2 - Vendanges
F - L E S CO ST UME S D E G ARD IA NS
Le gardian (du provençal gardian,
littéralement « gardien ») est le gardien
d'une manade camarguaise ou troupe
de taureaux ou de chevaux élevée en
semi-liberté et appartenant à un
manadier. Pour le Code du travail, le
gardian est un ouvrier agricole.
Le quotidien du gardian est de veiller à la
reproduction des animaux, leur dressage,
leur marquage et le bon état sanitaire du
troupeau.
Au XIXe siècle, les gardians considérés
comme les bouviers de Camargue,
Ɛ͛ŚĂďŝůůĂŝĞŶƚ ĐŽŵŵĞ ůĞƐ ƉĂLJƐĂŶƐ ĚĞ Tenue avec veste croisée, pantalon dĞŶƵĞĚ͛ŚŝǀĞƌ͕ůĞƐbottes remplacent les
ů͛ĠƉŽƋƵĞ : pantalon en peau de diable droit, sabots, casquette. Vers 1900. sabots. Vers 1900.
(taupe), veste légère souvent en alpaga,
casquette, sabots ou bottes. >͛ŽƵƚŝů ĚĞƐ
gardians à pied était le bâton, celui des
gardians montés était le trident. Ils
portaient un sac musette en bandoulière
et logeaient dans une cabane en
roseaux.
Vers 1900 la tenue évolue : pantalon
ample à liseré latéral, chemise à rayures,
petit gilet et chapeau foncé à petits
bords. Puis sous la houlette du marquis
Folco de Baroncelli, la coupe gardianne
prend sa forme définitive vers 1920 :
veste de velours noir à bord
satiné et pantalon en eau de taupe et
veste traditionnelle sans gilet, Cabane Desfonds - Vers 1900 - Tenues de semaine : les hommes ont leur tenue de
chemises rouges ou à pois, à ramages ou travail, la femme aussi mais la coiffure, le fichu et un port altier la rendent élégante.
à grands carreaux.
Pour les gardians, dans les manifestations publiques, Ě͛ĂƉƌğƐ ůĂ ŚĂƌƚĞ ĚƵ ĐŽƐƚƵŵĞ ĠƚĂďůŝĞ ƉĂƌ
ů͛ƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶdƌĂĚŝĐŝŽƵŶ, en accord avec les professionnels, la tenue suivante actuelle est conseillée :
x Chemises à manches longues et de couleurs vives recommandées. La diversité des couleurs est à rechercher,
ĂĨŝŶĚ͛ĠǀŝƚĞƌƚŽƵƚĞƵŶŝĨŽƌŵŝƐĂƚŝŽŶ͕ůĞƐŵĂŶĐŚĞƐůŽŶŐƵĞƐƐĞƌŽŶƚďĂŝƐƐĠĞƐ;ĞƚĂƚƚĂĐŚĠĞƐĂƵdžƉŽŝŐŶĞƚƐͿƉĞŶĚĂŶƚ
toutes les cérémonies
x Cravate de couleur ou noeud ou cordon, col de chemise fermé
x Pantalon de gardian avec liseré, le port du gilet traditionnel est admis
x Chapeau de préférence à large bord de type « Valergues » qui peut être de couleur autre que le noir, par
exemple gris ou marron͕ĞŶĠǀŝƚĂŶƚĐĞƉĞŶĚĂŶƚůĞƐĐŽƵůĞƵƌƐƚƌŽƉĐƌŝĂƌĚĞƐ;ƌŽƵŐĞĞƚĐ͙͘Ϳ
x Chaussures montantes (avec ou sans lacets) ou bottes de cuir (toute autre chaussure est à proscrire y
compris les santiags et bottes pointues américaines ou mexicaines)
x Eperons camarguais ăƉƌŝǀŝůĠŐŝĞƌ;ůĞƐĠƉĞƌŽŶƐĚ͛ƵŶĂƵƚƌĞƚLJƉĞƐŽŶƚăƉƌŽƐĐƌŝƌĞͿ
x Trident et seden (corde de 8 à 10 mètres tressée avec le crin des juments)
x Cheval de type Camargue et harnachement complet Camargue͕ů͛ĞŶƐĞŵďůĞĚĞǀĂŶƚġƚƌĞĚĞƉƌĠƐĞŶƚĂƚŝŽŶ
impeccable
Lors des fêtes et spectacles avec jeux organisés régulièrement en Arles :
x Les tenues des gardians sont respectées par rapport au protocole fixé par le marquis Folco de Baroncelli
x les tenues des cavalières sont le plus souvent des costumes habillés au ruban, en soierie. Elles montent toujours
en amazone, seules ou derrière un cavalier.
710 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans
Pour les gardians à pied : tenue correcte de travail, soit au minimum : chemise de couleur, pantalon de gardian et
chapeau à large bord ou casquette classique (non américaine) ou béret.
er
Fête annuelle des Gardians à Arles le 1 Mai 2009 - En attente du défilé.
711 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans
Ż
Amazone et
gardian
Amazones aux
ĂƌğŶĞƐĚ͛rles
Le gilet "rustique" en coton, ou en velours, la veste de lainage ou de velours, la cape de laine ou de toile en hiver
complètent la tenue masculine. Le chapeau est de feutre noir ou brun ou de paille porté sur la tête nue ou par dessus
un bonnet de laine ou un mouchoir noué. Les hommes sont chaussés de brodequins, de souliers en toile. Aux champs ils
portent des sabots avec des guêtres de peau ou de grosse toile entourant le bas de la jambe et nouées avec un
cordonnet.
* Le costume endimanché
La chemise est blanche, en coton. La forme du col et
ĚĞƐŵĂŶĐŚĞƐƉĞƵƚǀĂƌŝĞƌƐĞůŽŶů͛ĠƉŽƋƵĞ͘hŶĞ lavallière
(large ruban de soie), une cravate ou un nƈud
papillon est noué autour du cou. La lavallière ainsi que
ůĂ ĐƌĂǀĂƚĞ ƉĞƵǀĞŶƚ ġƚƌĞ ĂŐƌĠŵĞŶƚĠƐ Ě͛ƵŶĞ ĠƉŝŶŐůĞ ă
cravate plus ou moins précieuse. Il est également
possible de porter un grand carré de soie, plié et posé
en son mŝůŝĞƵƐƵƌůĂƉŽŵŵĞĚ͛ĚĂŵ͕ĐƌŽŝƐĠĚĞƌƌŝğƌĞůĞ
cou puis noué sur le devant.
Le pantalon peut être à pont, à pinces, à fines rayures
ou uni et de ton sombre͘ >͛ĠƚĠ ŝů ƉĞƵƚ ƐĞ ƉŽƌƚĞƌ ĚĞ ZĞĚŝŶŐŽƚĞĚ͛ŚŝǀĞƌ
couleur claire, en lin par exemple. Plusieurs formes
existent selon les époques. Les bretelles accompagnent
les tenues endimanchées.
Le gilet peut être en soie brodée, en tissu précieux, en
velours de soie à petits motifs, en coton uni ou à
motifs͘^ĞůŽŶů͛ĠƉŽƋƵĞ͕ŝůǀĂƌŝĞĚĞůŽŶŐƵĞƵƌĞƚĚĞĨŽƌŵĞ
ĚĞ ĐŽů͘ >Ğ ŐŝůĞƚ ĞƐƚ ƌĞĐŽƵǀĞƌƚ͘ /ů ƉĞƵƚ ů͛ġƚƌĞ ƉĂƌ ƵŶĞ
veste de velours, une redingote ou une cape de laine
en hiver. Les chaussures sont sombres et en cuir.
Un homme ne sort jamais découvert, il porte un haut
de forme noir ou gris, feutre noir à bord large, voire
un canotier. ŶĚĠĨŝůĠĚ͛ĠƚĠ͕ŐŝůĞƚƐŽLJĞƵdžĞƚ
canotier
'ŝůĞƚƐŝŵƉůĞĚ͛ĠƚĠ
avec le tambourin
Certains commentaires et images de la fin du chapitre relatifs aux costumes de gardians et aux costumes masculins traditionnels
arlésiens sont extraits du site : [Link]
sŽŝĐŝ ƚĞƌŵŝŶĠĞ ů͛ĠǀŽĐĂƚŝŽŶ ĚƵ ostume traditionnel arlésien, dont la mémoire est entretenue et valorisée par des
passionnés, dans une région touristique et festive attirant de nombreux publics français et étrangers.
Nous pouvons remarquer que les costumes habillés notamment ceux des femmes arlésiennes restent les costumes les
plus présents, lors des manifestations de prestige organisées pour le grand public et pour les touristes. En fait on peut
Ɛ͛ŝŶƚĞƌƌŽŐĞƌ ƐƵƌ ůĞƐ ĐƌŝƚğƌĞƐ ĚĞ ĐŚŽŝdž de ces costumes par rapport aux périodes concernées, essentiellement le XIXe
siècle. A cette époque les activités agricoles et artisanales en Camargue comme partout en France étaient nettement
plus importantes et les habits traditionnels de la population concernée étaient différents. Certains pourraient regretter
que ůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐĚĞƐĚŝĨĨĠƌĞŶƚĞƐĐůĂƐƐĞƐƐŽĐŝĂůĞƐĚĞĐĞƚƚĞƉĠƌŝŽĚĞƋƵĞů͛ŽŶ tend à faire revivre ne soient traités à égalité.
Sans doute en sera-t-il autrement dans les évocations des costumeƐĚ͛ĂƵƚƌĞƐƌĠŐŝŽŶƐĚĞůĂWƌŽǀĞŶĐĞƋƵŝǀŽŶƚƐƵŝǀƌĞ͘
***
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 713
La Drôme
provençale
autour de
Valréas
Le Comtat
Venaissin
et le Mont
Ventoux
/·D[H$YLJQRQ
Fontaine de
Vaucluse
/·RXHVWGX
Luberon de
Cavaillon à
Bonnieux. Le Comtat Venaissin
dans ses limites du XVIIIe siècle
Aire géographique du costume comtadin. et les communes actuelles
Au travers du temps, elle V¶LQVSLUHGHVDQFLHQQHVOLPLWHVGX&RPWDW9HQDLVVLQ
2 ʹPrésentation globale du costume comtadin
La version du costume comtadin de 1850 a été relancée par le félibre Théodore Aubanel au début du XXe siècle,
ƉƌŽďĂďůĞŵĞŶƚ ƉĂƌĐĞ ƋƵ͛ĞŶ ϭϴϴϰ͕ ůĞ ĨĠůŝďƌĞ &ƌĠĚĠƌŝĐ DŝƐƚƌĂů ĂǀĂŝƚ ĐŚĞƌĐŚĠ ă ŝŵƉŽƐĠ ůĞ ĐŽƐƚƵŵĞ Ě͛ƌůĞƐ comme
symbole du costume provençal. Cette réaction me semble tout à fait louable et justifiée. En effet le costume
comtadin représente davantage la Provence intérieure, campagnarde et authentique, loin des grands circuits
touristiques où la population paysanne est encore bien présente.
͛ĂƉƌğƐ ͨ La Restanco », groupe folklorique provençal à Vaison la Romaine, voici les grandes lignes de ce
costume :
* Coiffe à la grecque ou à la phrygienne : c'est souvent seul en velours, lacé devant, pour plus Ě͛ĂŝƐĂŶĐĞ
surtout cette coiffe qui permet de différencier le lors des représentations.
Comtat de tout le reste de la Provence. Fond froncé
* Le jupon d'en dessous en coton blanc orné d'un volant
par une coulisse avec bordure plus ou moins large
brodé, ou de dentelles. On ne le voit pas.
encadrant le visage, la coiffe est fixée sous le
menton par de longues brides : les veto. Il y avait * Le cotillon piqué : jupe ample doublée, en tissu d'indienne
aussi la coiffe à la catalane, et la coiffe à canons͙ et petits motifs, des plis canons (image page suivante) et
une coulisse à la taille permettent de faire gonfler la jupe,
* La chemise à listo : linge du dessous (comme le c'est la pièce obligatoire du trousseau.
pantalon) en toile de lin ou de chanvre avec une
encolure en tissu plus fin qui reste visible : la * Le caraco : corsage d'indienne dont la forme a beaucoup
"listo". évolué, suivant la mode et les époques. D'abord couvrant le
* Le corselet : tous les tissus sont permis, il est buste, il s'est raccourci ensuite. Ajusté dans le dos, et
recouvert normalement par le caraco, mais décolleté, il laisse apparaître la listo de la chemise du
les groupes de danses folkloriques le portent dessous.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 714
e
Voici deux photos prises à Villeneuve les Avignon dans la première moitié du XX siècle, qui vous permettront de
voir ů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶĚĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůƐ dans un intervalle de moins de 40 ans.
1913
Comtadines à la fête
provençale
en présence de
Frédéric Mistral.
1951
Comtadines devant
tabliers courts,
Jupe et casaquin,vers 1780, Provence, Motif brodé Indienne à petits motifs tissée mécaniquement, XIXe
imitant les indiennes ʹ Collection Villa Rosemaine
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 716
Jupon en boutis véritable. Par transparence, Jupe en tissu piqué à motifs. Jupe à petis motifs
on voit les motifs rembourrés par des mèches Le montage en plis canons à la taille en véritable boutis.
enfoncées à la main rend la jupe gonflante. Collection Cabanel
C : >dZ/d/KE^d,E/Yh^͛/DWZ^^/KE
D'un point de vue technique, l'Impression sur étoffes peut se définir comme la reproduction d'un décor, par application d'un outil
chargé de matière colorante sur un support textile.
Au XVIIIe siècle, la planche de bois gravée en relief, utilisée dès le XIVe siècle pour l'impression de pigments peu solides
domine. La rencontre avec les procédés de coloration indiens entraîne son essor.
Le coloriste, ancêtre du chimiste extrait et mélange les substances naturelles, essentiellement végétales qui composent la pâte
colorée. Le dessinateur réalise une maquette gouachée à taille réelle. Pour chaque couleur que compte le motif, le graveur
réalise une planche dans une essence dure, bois fruitier en général, souvent complétée par l'insertion de picots et de
lamelles de laitons pour les finesses.
Enfin, l'imprimeur pose les planches chargées de matières colorantes sur la toile et y applique un coup de maillet.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 718
La jupe ĞƐƚů͛ĂƵƚƌĞƉŝğĐĞĚĞǀġƚĞŵĞŶƚ ƚLJƉŝƋƵĞ͘ Elle est ĨĂŝƚĞĚ͛ŝŶĚŝĞŶŶĞ, coton imprimé provençal, spécialité des
terres pontificales au cours des XVIIe et XVIIIe siècles qui a traversé les époques sans perdre de son attrait. Le
tissu, en plus de son imprimé coloré et chatoyant, Ɛ͛ŽƌŶĞĚ͛ƵŶ incroyable ƚƌĂǀĂŝůĚ͛ĂŝŐƵŝůůĞĞƚĚĞƌĞŵďŽƵƌƌĂŐĞƋƵŝ
ů͛ĂůŽƵƌĚŝƚĞƚůƵŝĚŽŶŶĞƐŽŶĂƉůŽŵď͘
Sur la chemise, généralement blanche, se place un fichu, lui aussi en indienne, retenu par deux épingles.
Pour compléter sa tenue, ůĂŽŵƚĂĚŝŶĞƐĞƉĂƌĂŝƚĚ͛ƵŶďŝũŽƵ : une croix tenue par une chaîne ou par un ruban noir.
On arbore encore souvent ce costume traditionnel lors de fêtes locales ou de cérémonies ».
A ʹ > K^dhD KDd/E Ě͛ĂƉƌğƐ > KE^ZsdK/Z h K^dhD KDd/E de Pernes les Fontaines
(Vaucluse) - GENERALITES - (Fond rose)
/H&RQVHUYDWRLUHGX&RVWXPH&RPWDGLQV¶HVWGRQQpSRXUEXW la défense et la promotion du Costume du Comtat Venaissin. Il
SUpVHQWHGHVFRVWXPHVDX0XVpHGH3HUQHVOHV)RQWDLQHVHWDQLPHGHVDWHOLHUVGHIRUPDWLRQjODUHFKHUFKHO¶HQWUHWLHQHWOD
création de FRVWXPHVjSDUWLUG¶DUFKLYHV,OSXEOLHGHVYXHVG·ensemble, mais peu de rubriques détaillées sur le costume,
aussi en verrons-QRXV j SDUWLU G·DXWUHV VLWHV Par contre il publie les costumes de quelques catégories sociales que
nous verrons HQILQG·H[WUDLW
/DSULQFLSDOHFDUDFWpULVWLTXHGHFHFRVWXPHYLHQWGHFHTX¶LOUHIOqWHOHVFODVVHVVRFLDOHVQRQSDUVHVFRPSRVDQWHVPDLVSDUles
textiles utilisés.
A 1 - CARACTERISTIQUES DU COSTUME COMTADIN FEMININ
* Le costume féminin comprend une
chemise, des jupons, un corset, une jupe qui
ƐĞ ĐŽŵƉůğƚĞ Ě͛ƵŶ ƚĂďůŝĞƌ͕ ƵŶ ĐĂƌĂĐŽ Ğƚ ƵŶ
fichu.
Le choix des tissus suit la personne :
paysanne, artisane ou « grangère » (la
grange ͩ ĠƚĂŶƚ ůĂ ĨĞƌŵĞ ƌŝĐŚĞ͕ ů͛ĠƋƵŝǀĂůĞŶƚ
de la bastide aixoise).
Mais la partie la plus caractéristique reste la
coiffe qui dans sa version populaire devient
un cache chignon.
Comtadines à Pernes les Fontaines ۀ
Coiffes à barbes, fichus imprimés sur les caracos,
tabliers sur les jupes et accessoires.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 719
A 3 ʹ Caractéristiques du
costume comtadin des enfants
* Les fillettes portent une jupe
et un corset sur une chemise.
Une blouse peut protéger le tout.
Un bonnet attaché sous le
manteau maintient la chevelure.
Coiffe comtadine à la grecque. Le large Coiffe paysanne à fond plat. Autre coiffe paysanne proche du cache
bandeau cache les cheveux. Le fond froncé Les cheveux sont bien visibles, car le chignon. Dans tous les cas, les barbes
cache le chignon juché sur le haut de la tête. bandeau est relié au fond en continu. sont libres.
Costumes présentés par le Conservatoire de Pernes les Fontaines reconstitués
Ě͛ĂƉƌğƐĚŽĐƵŵĞŶƚƐƌĞƚƌŽƵǀĠƐʹ Commentaires et images extraites du site :
[Link]
2 ʹ LE PAYSAN
La chemise est en toile de lin et de chanvre, son col est en tissu plus souple.
(OOHHVWRXYHUWHMXVTX¶DXPLOLHXGHODSRLWULQHHWIHUPpHSDUXQbouton. Le dos est
IURQFpVRXVO¶HPSLqFHPHQWGHVpSDXOHV
Le pantalon est en coutil - Le gilet est noir - La taillole, longue ceinture en
flanelle naturelle maintient les reins au chaud.
Le couvre-chef : ODEDUUHWWH³EDUUDWLQR´HVWXQbonnet en laine rouge qui ressemble
au bonnet phrygien des révolutionnaires.
La blode : F¶HVWXQHUHFRQVWLWXWLRQUpDOLVpHGDQVXQYLHX[GUDSHQOLQTXLDpWpWHLQW
en bleu. Le paysan la porte par dessus ses vêtements quand il se rend au marché.
Elle est ornée de broderies au SRLQW G¶pSLQH j O¶HQFROXUH DX[ SRLJQHWV HW DX[
épaules. On accède aux poches du pantalon par des fentes sur les côtés.
La cravate : O¶KRPPHSRUWHXQPRXFKRLUGHFRXHQURXHQQHULHGHVWLQpjpSRQJHUOD
transpiration et à protéger le col de la chemise. Costume de paysan du XIXe
Carpentras - 1850
Bijoux et accessoires : montre à gousset, bourse
3 - LA BUGADIÈRE (la laveuse)
La coiffe HQ SLTXp VHF HVW O¶pOpPHQW OH SOXV FDUDFWpULVWLTXH GX FRVWXPH On
O·DSSHOOHcoiffe à la grecque .
Les dessous : la chemise en chanvre largement échancrée voit son encolure
UpWUpFLHSDUXQHEDQGHGHWLVVX³la listo´IURQFpHLFLSDUXQHDWWDFKH Les manches
confectionnées dans un tissu plus léger sont portées longues avec un revers. Le
corset épinglé est en toile indigo.
Le jupon est en basin bleu. &¶HVWXQWLVVXFRPSRVpG¶XQmélange de coton et de lin.
La jupe de travail est épaisse en lin et chanvre rouge à raies bleues.
Le fichu en coton blanc possède une bordure tissée bicolore, orange et bleue.
Le tablier en toile de Nîmes du début du 19e siècle, possède une particularité : les
UXJXHXVHV /D FHLQWXUH Q¶HVW SDV FRXVXH VXU WRXWH OD ODUJHXU GX KDXW GX WDEOLHU
laissant 2 morceaux libres de chaque côté.
Accessoires : les sabots, le chapeau de paille.
La bugadière du XIXe
La coiffure : les bandeaux de chaque côté de la raie sont tressés Pernes vers 1850
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 721
4 ² LA GRANGÈRE - Costume 1 :
La coiffe en coton blanc possède une passe et un fond brodés au point de noeud,
On remarque une couronne et une fleur de lys qui font penser que la famille voulait
montrer son soutien à la royauté. Elle a été datée grâce à ces broderies (1814). La
passe est bordée G¶XQHGHQWHOOHGH/LOOHIDLWHjODPDLQ
Les dessous : la chemise à liste festonnée est en toile de chanvre, le corset lacé
en piqué blanc ainsi que les poches volantes. Les bas sont finement ornés.
La jupe piquée date du début du 19ème siècle. La ceinture est montée à plis plats.
/DFRPSRVLWLRQDpUpHjIRQGEODQFGRQQHXQHJUDQGHpOpJDQFHjO¶HQVHPEOH/HV
couleurs sont restées éclatantes. L¶HQYHUV HVW FRQVWLWXp GH SOXVGH PRUFHDX[
de tissus différents. - Le fichu est en mousseline de coton brodée (Pernes) - Le
tablier est en soie.
Les bijoux OD IHPPH SRUWH XQH FURL[ GpYRWH GX qPH VLqFOH /¶DYHUV HVW HQ
argent, le revers en or et OHVSLHUUHVVRQWWDLOOpHVHQWDEOH/HVERXFOHVG¶RUHLOOHV
sont des dormeuses avec breloque. Le clavier en argent possède un crochet ciselé
HQIRUPHGHO\UHjO¶H[WUpPLWpGHODFKDvQHXQHSDLUHGHFLVHDX[
Accessoire F¶HVW XQH FDSH G¶LQGLHQQH GH OD ILQ GX qPH VLqFOH ERUGpH G¶XQH
large bande froncée formant un volant qui fait le tour de la cape avec son
capuchon. Cette bande appelée ³ la polonaise ´ donne son nom à la cape. 1 - Grangère début XIXe
Pernes 1814
(OOHHVWGRXEOpHG¶XQHtoile de Jouy imprimée à la planche de cuivre dans des camaïeux de bleu.
LA GRANGÈRE - Costume 2 :
La coiffe : à la grecque, en mousseline de coton brodée au point de Beauvais (point de
chaînette).
Les dessous : la chemise coulissée est en lin, le corset en coton rayé bleu et blanc est
lacé), les bas sont blancs, elle porte une poche indépendante piquée de chevrons.
Les jupons :
* dessous XQMXSRQHQFRWRQEODQFGRQWOHYRODQWHVWEURGpG¶XQIHVWRQ
* dessus XQ MXSRQ SLTXp j SHWLW VHPLV GRQW O¶HQYHUV HVW GRXEOp G¶XQH LQGLHQQH SOXV
simple. La taille est montée à plis canonsOHEDVRXUOpG¶XQYHORXUVHVWXQHSDUWLFXODULWp
du Comtat Venaissin.
La robe : en indienne marron très froncée à la taille a une forme cintrée dans le dos et
des pinces de poitrine.
Le fichu : en tulle à deux pointes est brodé au point de sarci qui est une sorte de point
de reprise.
Le tablier HQVRLHPRLUpHHVWXQHUHFRQVWLWXWLRQ,OGLVVLPXOHO¶RXYHUWXUHGHODMXSHHQ
ayant ici une fonction purement décorative. Les attaches se nouent devant ou derrière
suivant la localité.
Les bijoux : Sylvette porte une rivière en or et argent, composée de cabochons dans
2 - Grangère du XIXe
OHVTXHOV VRQW LQVpUpV GHV GLDPDQWV /HV ERXFOHV G¶RUHLOOHV VRQW GHV GRUPHXVHV avec
Pernes 1850-1860
breloques. Elle a un clavier en argent.
Accessoire : un châle cachemire brodé, importé des Indes. Il est tissé en plusieurs morceaux cousus entre eux afin de
reconstituer une pièce entière. Ce châle fut très à la mode pendant tout le 19e siècle.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 722
5 ² LE GRANGER
La chemise : O¶KRPPH porte une chemise ancienne à boutons.
La culotte V¶DUUrWHDX[JHQRX[HWSRVVqGHXQHIHQWHDXPLOLHXGXGRV/DWDLOOHSODFpH
WUqV KDXW HVW PDLQWHQXH j O¶DUULqUH SDU GHV OLHQV FURLVpV /H EDV GH OD MDPEH HVW
recouvert par des guêtres en grosse toile qui se ferment par un lacet.
La taillole : grise, écrue, bordeaux, elle est ici en lainage rouge. En été elle peut être en
coton.
Le couvre-chef OH ³VRIp´ HVW OH FKDSHDX FDUDFWpULVWLTXH GH OD FDSLWDOH GX &RPWDW
Venaissin : Carpentras. Le sofé désignait un haut de forme qui est apparu au XIXe.
La cravate : autour du cou, Jean-Claude a noué un carré en rouennerie.
Les tissus employés, toujours blancs depuis le XIXe siècle, sont variables : simple piqué de coton ou piqué
façonné, piqué rebrodé, mousseline, tulle brodé ou juxtaposition de lés de dentelle, qu'elle soit mécanique
ou de Valenciennes.
Pour les matériaux les moins rigides, il est nécessaire d'empeser les coiffes afin qu'elles gardent une forme
harmonieuse. L'empois le plus utilisé est une solution d'amidon, qui est solidifiée par application de fer
chaud.
B 2 - LA POINTE, ou 'pouncho' en provençal, est une simple étoffe de coton carrée, pliée en deux selon une
diagonale pour former un triangle. Portée en mouchoir de cou ou sur la coiffe, elle est très courante jusqu'aux
années 1760, où elle est progressivement remplacée par le fichu, surtout chez les citadines, suite à la fin de la
prohibition des indiennes.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 723
Coiffes et fichus Ě͛ĠƉŽƋƵĞ ŽƵ confectionnés à la main dans La fillette porte une Le chapeau Ɛ͛ĂƚƚĂĐŚĞă
ů͛ĞƐƉƌŝƚĚĞƐŵŽĚğůĞƐŽƌŝŐŝŶĂƵdž : mousseline, organdi, dentelles simple pointe ou ůĂƚĂŝůůĞƐ͛ŝůŶ͛ĞƐƚƉĂƐ
et imprimés. « pouncho » mis sur la tête
B 3 - LE CHAPEAU : il est constitué d'une tresse de paille, cousue en spirale et mise en forme. Présentant des
similitudes avec le chapeau niçois, ses bords sont toutefois plus larges, et son fond plus profond. Il est orné
d'un bourdalou, ou ruban de velours. Extrêmement souple et résistant, il s'attache à la taille lorsqu'il n'est
pas porté sur la tête. KŶĚŝƚĂůŽƌƐƋƵ͛ŝůĞƐƚƉŽƌƚĠ« à la bérigoule ».
B 4 - LA CHEMISE
Comme dans le reste de la France, sa fonction première
est d'assurer la propreté : elle absorbe la sueur et la
crasse, et permet d'épargner les vêtements de dessus.
Initialement en toile de chanvre avec des manches en
tissu plus léger, elle évolue progressivement. Le lin puis
la percale remplacent le chanvre, et les manches se
raccourcissent, laissant apparaître la moitié du bras, puis
leur quasi-totalité au XIXe siècle. Toutefois, dans le
Comtat Venaissin, elle est portée avec des manches semi-
longues, ressemblant à la traditionnelle camisole.
B5 - LE JUPON OU LES
JUPONS ET LE
PANTALON
Plusieurs cas sont
rapportés de port de
trois à quatre jupons
faits de tissus simples
ou genre patchwork
avec des assemblages
de tissus.
Ils évoluent eux aussi
vers la percale, et sont
progressivement ornés
dans leur partie basse, Jupon fin orné de broderies et
dentelles Le pantalon fendu, encore porté
au fur et à mesure que Une jeune comtadine ũƵƐƋƵ͛ĂƵdžĂŶŶĠĞƐϭϵϮϬ͕
les jupes raccourcissent montrant son jupon a pris le nom de panty
avec le port de bas et
de chaussures.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 724
B 6 - LE CORSET OU CORSELET
Initialement corset, en matière
semi-rigide ou basin, quelquefois
pourvu d'armature, cette pièce de
l'habillement évolue rapidement
vers le corselet, pièce sans manche
portée sur la chemise dont il laisse
apparaitre le bord (listo) et lacé de
façon plus ou moins échancré sur
le devant (voir photos à droite).
Le velours est actuellement
largement employé dans la
fabrication de nouveaux costumes.
ů͛ŽƌŝŐŝŶĞ͕ŝůĠƚĂŝƚƌĞĐŽƵǀĞƌƚƉĂƌůĞ
caraco.
B9 - LA JUPE « COUTHILOUN »
Simple pour les paysannes qui la
portent lors des travaux
champêtres, il en existe une
version matelassée. Une couche
Ě͛ouate est insérée entre deux
types de tissus, et piquée à la
main par des coutures en forme
de losanges, ou moins
fréquemment brodée pour faire
ressortir des motifs, voire
encore traitée selon la
technique du boutis.
Le bas de la jupe comporte
plusieurs rangs horizontaux de
piqures à petits points. Ces
jupes sont montées à plis
canons sur l'arrière, et Jupe piquée. >͛Žuverture du devant Jupe authentique rapiécée de paysanne
maintenus par un bourrelet. est cachée par le tablier. sur jupon rayé.
Photos ci-dessus : La jupe de gauche est une jupe piquée ou matelassée comtadine. La jupe de droite est un modèle usagé
et authentique de jupe paysanne, constituée de morceaux assemblés « peço su peço », en patchwork. Les personnes peu
fortunées récupéraient tous les morceaux de tissus et les assemblaient. Remarquez aussi le tissu rayé du jupon.
La partie avant de la jupe, fendue au centre, est montée sur ruban coulissant et s'ajuste en nouant cette
coulisse. Les plis obtenus par le tirage du ruban sont moins nombreux (voire absents pour peu que la
comtadine ait pris de l'embonpoint) faisant apparaître un ventre plat et un postérieur rebondi.
Le cotillon était initialement un vêtement de dessous, puis il s'est progressivement raffiné dans ses motifs
lorsƋƵ͛ŝů est devenu vêtement de dessus, pouvant être lié au caraco alors de même tissu pour former une
robe. Celle-ĐŝŶ͛est apparue que vers 1825. Elle remplace alors la jupe et le caraco.
Les matériaux, initialement de toile monocolore, cadis, toile bleue de Nîmes, chanvre ou laine se transforment
entre le XVIIe siècle et le XVIIe siècle et sont remplacés par des cotonnades unies, ou des « petites étoffes »,
mélanges de soie et de coton. Les motifs se diversifient : étoffes à rayures pour les paysannes, à fleurs, ou
motifs persans pour les citadines, avec en parallèle un large recours aux indiennes.
B 10 - LE TABLIER
Pièce importante de l'habillement, le
tablier ou faudau cumule trois
fonctions : de protection, symbolique et
d'ornement.
Le chanvre, les toiles rustiques, les tissus
de réemploi sont les matières utilisées
pour les grands tabliers des travaux
ordinaires ceinturés par des attaches ou
une coulisse.
Des poches intérieures ou appliquées, plus
ou moins grandes le complètent.
La percale glacée, le taffetas, la soie, les
petits plis et les fronces sont choisis pour
confectionner les beaux tabliers longs et
étroits des tenues.
Dans le Comtat, il est assez courant de Grand tablier de bugadière Tablier comtadin étroit pour les
croiser les attaches du tablier dans le dos comtadine (laveuse). Les côtés ne costumes du dimanche et des
pour les ganser sur le devant. sont pas cousus à la ceinture pour jours de fête
permettre une meilleure protection.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 726
Nous avons terminé les deux grands types des ĐŽƐƚƵŵĞƐƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůƐĚĞů͚ŽƵĞƐƚĚĞůĂWƌŽǀĞŶĐĞ͘ En conclusion,
ǀŽLJŽŶƐƋƵĞůůĞĞƐƚůĂƉůĂĐĞĚĞůĂǀŝůůĞĚ͛ǀŝŐŶŽŶĚĂŶƐůĂƚƌĂŶƐŵŝƐƐŝŽŶĚĞĐĞƐcostumes traditionnels.
C - W> > s/>> ͛s/'EKE d h WZdDEd h sh>h^ E^ > dZE^D/^^/KE ^
COSTUMES TRADITIONNELS DE LA PROVENCE RHODANIENNE
Les deux types de costumes sont présents en Avignon et dans le Vaucluse où des groupes folkloriques
existent.
* En ce qui concerne le costume arlésien, il est représenté par « Le Riban de Provence », créé en 1924 par la
poétesse avignonnaise Farfantello (Henriette Dibon), alors âgée de 21 ans, à la demande du Marquis Folco de
Baroncelli, lui-ŵġŵĞăů͛ŽƌŝŐŝŶe des traditions camarguaises. Son siège est au Palais du Roure à Avignon. Ce
ŐƌŽƵƉĞƐĞŵďůĞŶĞƌĞƐƚŝƚƵĞƌƋƵĞůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐĚƵƉĂLJƐĚ͛ƌůĞƐ͘ƚũ͛ĂŝƌĞŵĂƌƋƵĠƋƵĞůĞƐƌğŐůĞƐĚƵĐŽƐƚƵŵĞƐŽŶƚ
plus souples que celle de Tradicioun. Les appellations même peuvent différer. Voir ci-dessous des images des
costumes.
Sur ces photos, le grand costume peut être assimilé au costume habillé, le petit costume au costume simple ou de
paysanne, mais le ĐŽƐƚƵŵĞĚĞĐŚĞǀĂůƋƵŝĨĂŝƚů͛ŽďũĞƚĚ͛ƵŶĞĐĂƚĠŐŽƌŝĞăƉĂƌƚĞƐƚŶŽƵǀĞůůĞƉĂƌƌĂƉƉŽƌƚăůĂŚĂƌƚĞĚĞ
Tradicioun. Serait-ĐĞ ů͛ŝŶĨůƵĞŶĐĞ ĚƵ ĂƌŽŶ &ŽůĐŽ ĚĞ Baroncelli, manadier et camarguais, créateur du costume du
guardian, qui se perpétue ?
En ce qui concerne le Costume Comtadin, sur Avignon, il est représenté par « ů͛ĐĂĚĠŵŝĞWƌŽǀĞŶĕĂůĞ » et par« Li
Cardelina ». Par ailleurs, le Conservatoire du Costume comtadin à Pernes les Fontaines dans le Vaucluse, organise
tous les deux ans une « Fête des Costumes de Provence » à Pernes. A Carpentras, « La Ruche carpentrassienne »
ƉƌĞƐƋƵĞ ĐĞŶƚĞŶĂŝƌĞ Ɛ͛ĞƐƚ ƐƉĠĐŝĂůŝƐĠĞ ĚĂŶƐ ůĞƐ ĚĂŶƐĞƐ ƉƌŽǀĞŶĕĂůĞƐ͘ Cavaillon, « >͛ƐĐĂŶĚŝŚĂĚŽ » présente des
ĚĂŶƐĞƐĞƚĚĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐĚƵŽŵƚĂƚăů͛ĂŝĚĞĚĞũĞƵŶĞƐĚĞϱăϮϱĂŶƐ͘>ĞĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚĚƵsĂƵĐůƵƐĞĐŽŵƉƌĞŶĚƉƌğƐ
Ě͛ƵŶĞƚƌĞŶƚĂŝŶĞĚĞŐƌŽƵƉĞƐĂƵdžŽďũĞctifs divers : musiques, danses, dont « La Jouvenco » de Montfavet et sa Fête
des Foins.
Ź
Page de couverture
des Tablettes
Ě͛ǀŝŐŶŽŶĞƚĚĞ
Provence, N° 126
;ƉŚŽƚŽĚĞů͛ĂƵƚĞƵƌͿ͘
Certains affirment
ƋƵ͛ŝů suffisait de
traverser la Durance
pour quitter le
costume arlésien et
endosser le costume
comtadin.
[Link]/[Link]
?ID_ARTICLE=ETHN_081
_0139 1928
'ƌŽƵƉĞĐŽŵƚĂĚŝŶĚĞ>͛ƐĐĂŶĚŝŚĂĚŽĚĞĂǀĂŝůůŽŶ Avignonnaise en Comtadine portant
la coiffe en piqué toujours en usage.
CONCLUSION : Dans le Vaucluse comme ailleurs, des groupes folkloriques ou quelques sociétés savantes
Ɛ͛ŝŶƚĠƌĞƐƐĞŶƚĂƵdžĂƌƚƐƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůƐLJĐŽŵƉƌŝƐůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐ͕ůĞƐĚĂŶƐĞƐĞƚůĞƐŵƵƐŝƋƵĞƐ͘
La Provence est une région très étendue ĚŽŶƚŶŽƵƐŶ͛ĂǀŽŶƐƉĂƌĐŽƵƌƵƋƵĞůĂƉĂƌƚŝĞKƵĞƐƚ : une partie des Bouches
du Rhône avec la Camargue et le Vaucluse. Il nous reste à voir les costumes traditionnels des autres
départements : Alpes de Haute Provence, Var, Alpes Maritimes.
&ŝŶĚĞů͛ĂƉĞƌĕƵƐƵƌůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐĂƌůĠƐŝĞŶƐĞƚĐŽŵƚĂĚŝŶƐ.
***
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 728
LE JUPON DE DESSOUS : Le jupon ample comporte un empiècement sur le devant du ventre d'ou part une coulisse
qui permet de le froncer et de l'ajuster à la taille. On en ajoute selon les saisons. Il peut être en coton, toile, lainage,
tricoté, décoré de dentelle, de broderie, de petits plis, blanc ou de couleur, uni ou rayé... selon la condition.
LE JUPON DE DESSUS : Le jupon de dessus "coutihoun" appelé également 'jupe piqué". Le gonflant sur les
hanches est le dos est donné par un grand nombre de plis "canon", un ruban coulissé permet l'ajustement et le maintient
de la taille, il est de petits motifs ou rayé pour les paysannes. le bas du jupon est souvent protégé par un contrefort. Le
jupon piqué est le dessus le plus festif et le plus riche, le plus chaud aussi. Deux étoffes sont assemblées envers contre
envers, une couche de coton cardé entre elles, un travail sur métier permet de fixer les trois épaisseurs, à petits points,
dessinant divers motifs décoratifs (losanges, perles avec parfois un frise de rinceaux).
LA ROBE : La robe d'une seule pièce semble plus fréquente chez les classes aisées.
Les différents tissus utilisés pour leur confection confirme l'aisance pécuniaire de sa
propriétaire : indienne, mousseline, soie.
LE FICHU : Il se présente sous la forme d'un carré de tissu plié en deux, une grande
pointe épinglée au milieu du dos, les deux pointes croisées sur la poitrine et glissées
sous la ceinture du tablier. Il est en laine, coton ou en soie selon les circonstances et les
saisons, blanc ou de couleur à motif uni.
LE TABLIER : Sur la jupe ou la robe se met toujours le tablier qui peut, selon la
circonstance, être de soie, de coton ou d'indienne et de diverses couleurs Un fichu en indienne
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 730
LES CAPES : Contre le froid, les femmes s'enveloppent dans des capes doublées amples à capuchons appelée "des
visites" ou encore "des ramoneurs" en indienne avec des petits motifs.
LES BAS : Les bourgeoises portent des bas blancs unis, tandis que les paysannes mettent des bas de couleurs unis ou
encore rayés. (coton, fil, filoselle, laine, soie...)
LES POCHES : Un lien attaché à la taille cousue porte une paire de poches en coton blanc. Elles jouent en quelque
sortes le rôle du sac.
LES BIJOUX : Chez les classes privilégiées, figurent les "bracelets en cheveux et fermoir en or" "les colliers de perles
purpurines garnies en or" "les perles cornaline". Il existe aussi des bijoux particuliers tels que les bijoux que recevaient
la femme lors de son mariage : des chaînes, des boucles d'oreilles en or, le clavier d'argent : porté à la ceinture avec
chaînes auxquelles s'accrochaient clefs, ciseaux...
VOYONS MAINTENANT DES IMAGES DE CES COSTUMES DE BASSE PROVENCE PAR CATEGORIES SOCIALES.
A ʹ LES PAYSANS Ě͛ĂƉƌğƐ Le Rode de Basse Provence du Var
Au XIXe siècle, les paysans sont pauvres. Ils vivent dans un modeste logis et travaillent aux champs. Leurs
maigres ressources ne leur permettent pas une garde robe bien fournie. Leurs habits sont composés de tissus solides
et grossiers souvent tissés à la maison.
La coiffe est en piqué de coton ou en toile.
La chemise « à liste » ou à encolure ovale à coulisse, tissée en chanvre puis en
coton, se porte à même la peau de jour comme de nuit.
Le corset (ou corselet) apparent dans la tenue de travail est en grosse toile ou
en basin rayé et laisse apparaître les manches de la chemise.
Le fichu est un carré de coton imprimé plié en pointe.
La jupe de toile épaisse tissée rayée, aux couleurs le plus souvent rouge, bleu
et blanc. Coiffe du dimanche
Le tablier en cotonnade unie, rayée ou fleurie, est très enveloppant en piqué de coton
Paysans et
Paysannes de
Basse Provence
Notez le chapeau
de paille en deux
teintes :
naturelle et
noire.
Images de
Lou Roudolet dei
DŝĞůŽĚ͛ŝdž
Cartes postales
anciennes
de paysannes
de Basse Provence.
groupes folkloriques.
En Basse Provence, les coiffes de paysanne en toile étaient coupées en biais et resserrées par un cordon arrière
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 732
La blouse
Bas rayés
Jupe rayée
B ʹ LES ARTISANS
Propriétaires fermiers, ils habitent le mas ou la bastide où ils vivent du produit de leur terre. Possédant une bonne
instruction, la bastidane a la haute main sur le linge, la cuisine, la basse-cour, la magnanerie, pendant que son mari
Ɛ͛ŽĐĐƵƉĞĚĞƐĐŚĂŵƉƐ͘
De situation très aisée, voire riche, elle est toujours très élégante et porte des cotillons piqués et même une robe
pour le dimanche. Son mari, en vêtemenst de travail en semaine porte le dimanche une veste de velours ras et un
gilet brodé.
La coiffe ĚĞ ů͛ĂƌƚŝƐĂŶĞ ĞƐƚ ƵŶĞ coiffe « à gauto » : coiffe qui recouvre les joues,
souvent confectionnée en broderie anglaise.
Le caraco ĞƐƚ ƵŶ ĐŽƌƐĂŐĞ Ɛ͛ĂƌƌġƚĂŶƚ ă ůĂ ƚĂŝůůĞ ŽƵ ƐŽƵƐ ůĂ ƉŽŝƚƌŝŶĞ͕ ĞŶ ŝŶĚŝĞŶŶĞ
Ě͛ŝŵƉƌĞƐƐŝŽŶƐĚŝfférentes suivant les époques.
Le fichu est un carré de mousseline de coton brodé au point de chaînette ou de
tulle brodé au point de sarci (point de reprise).
Le cotillon en indienne imprimée se porte en jupe. Uni, il se porte en jupon sous
une robe de belle indienne ou de soie.
Le tablier ĞƐƚĐŽŵƉŽƐĠĚ͛ƵŶĞďĞůůĞŝŶĚŝĞŶŶĞŽƵĚĞƐŽŝĞ͘
Coiffe « a gauto »
Belle indienne
Une poissonnière de Marseille début XXe Lavage du poisson à Marseille ʹ début XXe
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 735
Le corsage ou caraco très ajusté et très cambré dans le dos, présentant un large décolleté qui permet de voir le corset et
la chemise.
La robe en deux parties, corsage et jupe qui apparaît d'un seul tenant au XIXe siècle, en tissus d'indienne.
Le tablier accompagnant toujours le costume.
Le fichu porté sur les épaules de manière très précise, en cotonnade imprimée pour la paysanne, en mousseline ou tulle
finement bordé pour les plus riches.
Les souliers très légers pour la bastidane, en cuir et fortement cloutés pour la paysanne.
Capes, châles, mitaines, chapeau de feutre ou de paille sont les éléments indispensables, sans oublier les bijoux et
autres accessoires.
x Le costume masculin
Les hommes portaient les "braies" (pantalons) de cadis roux, de cardeillat ou même de bure serrées au mollet par
des guêtres de même drap et serrées à la taille par la "taiollo" ceinture de drap de couleur rouge, grise ou bleue.
Ils avaient un justaucorps ou gilet que recouvrait une veste courte. L'étoffe des vêtements est toujours du cadis* ou
du cardeillat. Elle est teinte en gros bleu, vert bouteille ou reste "couleur de bête". La vogue durable de ces gilets ne
s'explique que dans les pays ou manteaux et vestes restent déboutonnés. La veste a été portée plus d'un siècle, de 1780
environ à 1880. * le cadis est une serge de laine cardée assez épaisse
Les hommes même de condition modeste, ont une préférence pour le chapeau de feutre, souple, assez large et le
portent en toute saison.
Les bergers portaient la "roupo", manteau à col montant, à pèlerine courte couvrant les épaules.
Les manteaux sont davantage portés par les hommes que par les femmes. Les vêtements chauds étaient surtout à l'usage
des travailleurs, des paysans exposés aux intempéries : on les usait jusqu¶à la trame, aux champs, sur les chantiers.
Les guêtres, attirail purement masculin, recouvraient les bas de laine en hiver et complétaient la culotte .
Ź QUELQUES IMAGES DE COSTUMES TRADITIONNELS DES ALPES DE HAUTE PROVENCE
A - ͛ĂƉƌğƐle site : [Link] - images sur fond bleu
Chers petits-enfants, vous aurez compris que dans toutes les régions, les costumes traditionnels des XVIIIe et début
XIXe siècles sont en général constitués des mêmes pièces. On a déjà ǀƵƋƵĞůĞƐĐŽŝĨĨĞƐĠƚĂŝĞŶƚů͛ĠůĠŵĞŶƚĚĠƚĞƌŵŝŶĂŶƚ
mais aussi les tissus dont la qualité, les impressions (indiennes), les façonnages (piqués, boutis) et leur coût
différenciaient les catégories sociales. Il faut ajouter que la tenue variait également selon les circonstances. Parfois le
corset ou le caraco était superflu. Le nombre de jupons et leur épaisseur variaient suivant les saisons, de même que les
ĐŚĂƉĞĂƵdž͙ Les femmes du peuple portaient au travail, en été, uniquement le corset sur la chemise et le jupon à
rayures. >ĞƐ ƉĂLJƐĂŶƐ ƉĂƵǀƌĞƐ Ɛ͛ŚĂďŝůůĂŝĞŶƚ ĚĞ ĐŚŝĨĨŽŶƐ ƌĞĐŽŶƐƚŝƚƵĠƐ ĞŶ ƚŝƐƐƵƐ ƉĂƚĐŚǁŽƌŬ ŽƵ ĚĞ ƚŝƐƐƵƐ ă ů͛ĠƚĂƚ ďƌƵƚ͘ /ůƐ
sont sous-représentés dans les groupes folkloriques, car il est difficile de nos jours Ě͛ŝŵĂŐŝŶĞƌůĞƵƌĚĞŐƌĠĚĞƉĂƵǀƌĞƚĠĞƚ
les images sont introuvables.
x Des paysannes
Artisanes du pays de Manosque En haut une coiffe à « gauto » En haut, corselet en piqué
A droite, cotillon piqué, petit tablier de Manosque dont la passe enserre les joues - /HVIHQWHVGXGRVSHUPHWWHQWGHV¶DGDSWHU
et coiffe de la Mitrone. A gauche, jupe En bas, la coiffe de la Mitrone de aux plis canon de la jupe
G¶LQGLHQQHWDEOLHUSOXVODUJHLes deux ont Manosque. '¶DERUGen toile,
En basHQYHUVG¶XQMXSRQSLTXp
corselet de velours noir et mouchoir de cou avec elle fut ensuite réalisée en
/¶pSDLVVHXUHWOHIDoRQQDJHGRQQHQWODtenue.
pointes insérées dans le corselet. mousseline, linon et dentelles.
* La nourrice
* La domestique
Seule la domestique sans doute plus
âgée porte le costume traditionnel.
Ż la cape du berger est en cadis
Costumes de Haute Provence par Les Fileuses Costumes de Haute provence par le Rodde Osco Manosco.
Ě͛KƌĂŝƐŽŶ. A droite, costume de paysanne. La Au premier plan, tenue soignée : jupon piqué, casaquin marine à
coiffe est une capeline. basque descendante ăů͛ĂƌƌŝğƌĞĞƚ fichu arrondi à dentelle.
Mère et fille - en costume de Haute Provence Coiffes de Manosque. Les fichus diffèrent, les imprimés aussi.
Les Fileuses Ě͛KƌĂŝƐŽŶ >͛ŚŽŵŵĞƉŽƌƚĞŐŝůĞƚ͕ǀĞƐƚĞĞƚŵŽƵĐŚŽŝƌĚĞĐŽƵŶŽƵĠ
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 739
ŽŵƚĠ ĚĞ EŝĐĞ ũƵƐƋƵ͛ĞŶ ϭϴϲϬ - En jaune, territoire Tracé rouge dans les Alpes Maritimes : anciennes bornes frontières
cédé en 1860 - En ocre, territoire cédé en 1947. entre France/Savoie, Monaco/Savoie et France/Italie,
de 1761 à 1823
Pour revenir au costume niçois de la Basse Provence que je ne peux développer ici, je vous invite à consulter les
sources documentaires, dont le site : [Link]/costumes provençaux, où vous trouverez un descriptif.
***
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 740
IV ʹ LES SOUS-VETEMENTS DES FEMMES ET DES PAYSANNES AU XIXe ET DANS LA 1ère MOITIE DU XXe siècle
Jusqu'à la fin du 19e siècle, les paysannes de France et d'Europe, portaient comme unique sous-vêtement une
ĐŚĞŵŝƐĞ ůŽŶŐƵĞ͕ ĂǀĞĐ ĚĞƐ ŵĂŶĐŚĞƐ ƉůƵƐ ŽƵ ŵŽŝŶƐ ůŽŶŐƵĞƐ ĞŶ ŚŝǀĞƌ Ğƚ ƉĂƌĨŽŝƐ ƐĂŶƐ ŵĂŶĐŚĞƐ ů͛ĠƚĠ. Cette chemise
longue assurait l'hygiène du corps et l'isolait de la robe. En effet, les femmes de la campagne ignoraient le port du
pantalon (nous dirions aujourd'hui la culotte), la chemise de corps étant suffisamment longue pour couvrir au
moins jusqu'à mi-cuisse. Sur cette chemise étaient portée la « robe » en deux pièces : le surcot ou corselet qui se
fermait devant par un jeu de laçage, de boutons ou d'agrafes et la longue jupe.
Quand la jupe était séparée du corsage, un bourrelet rempli de crin, d'étoupe ou de paille était ajouté lacé au niveau
de la taille ou encore cousu à l'arrière du corselet, afin d'assurer le maintien de la lourde jupe qui descendait souvent
jusqu'aux chevilles. En Ille et Vilaine, ce bourrelet adapté aux hanches s'appelait « liron » à Dol et « boudin » à
Pléchatel. En ville, le bourrelet appelé tournure succéda vers 1870 à la crinoline. Les paysannes bretonnes portaient
primitivement un ou plusieurs jupons de lourde toile ou de laine épaisse qui leur donnaient un aspect majestueux et
légèrement pyramidal. Elles adoptèrent ensuite des jupons plus légers dont elles faisaient ressortir les dentelles
comme les « demoiselles » de Lorient et de Vannes, en toile de lin plus ou moins fine ou en coton fin ou molletonné.
L'industrialisation de la 1ère moitié du XXe siècle, l'amélioration du train de vie de la classe ouvrière et paysanne, la
tradition urbaine et rurale de la confection du trousseau, les nombreux évènements festifs et religieux (noces,
pardons, etc.) entraîneront l'achat par les femmes aisées de la ville et certaines femmes riches de la campagne de
nouveaux types de sous-vêtements sur les marchés, dans les boutiques du bourg puis par correspondance.
͛ĂƉƌğƐƵŶĞConférence sur le vêtement
41 ʹL E S C H EM IS E S
Ź
Détail du monogramme
au point de croix rouge.
On devine que le tissu de
chanvre est assez épais.
Maria Gérard en a porté Ancienne chemise longue Dimensions de la chemise. Pour une
de semblables dans son de femme en chanvre, sans femme dont la stature était de 167 cm, le
enfance. ouverture, à enfiler par la bas de la chemise arrivait bien
tête, avec monogramme en-dessous du genou.
ĠƚĂŝůĚĞů͛ĞŶĐŽůƵƌĞĚĞůĂĐŚĞŵŝƐĞ
de gauche : fente ourlée avec
ƉĞƚŝƚƐƉůŝƐăů͛ĞŶĐŽůƵƌĞ͕col simple
et monogramme « ME »
ŚĞŵŝƐĞĚĞũŽƵƌĚ͛ŚŽŵŵĞ͕ ŚĞŵŝƐĞĚ͛ŚŽŵŵĞϭϵϬϬĞŶ Tous ces modèles Ancienne chemise en gros drap, fendue sur
en lin écru, longue lin avec ouverture simple datent des années 1900 les côtés pour le travail agricole.
ouverture, devant plissé. Longueur : 94 cm- Poids ͗ƵŶƉĞƵƉůƵƐĚ͛ϭŬŐ͘
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 741
42 ʹ L A C U LO TT E F É M IN I NE : ARR IV É E , E V OL U TI ON
'pQRPPpHSDQWDORQMXVTX·DX[DQQpHVVRQSRUWQRXVSDUDvWDXMRXUG·KXLpYLGHQWmais son existence est très récente
GDQV O·pFKHOOH GX WHPSV « /D FKHPLVH GHVFHQGDQW MXVTX¶DX[ JHQRX[ IXW SDU pWDSHV WRXW VLPSOHPHQW UDFFRXUFLH HW IHUPpH j
O¶HQWUHMDPEH/HVOLSpWDLWQp/HVIHPPHVHXUHQWGURLWHQSOXs à des jupons. Au cours du XIXe sièclHO¶LQGXVWULDOLVDWLRQHQWUDvQDXQ
changement radical des conditions de vie socio-pFRQRPLTXHV /H SRUW G¶XQH FXORWWH Q¶HQWUD SDV GDQV OHV P°XUV GX MRXU DX
lendemain. Si la culotte fut vite adoptée par la noblesse et la bourgeoisie, les paysans et les ouvriHUVV·HQSDVVqUHQWHQFRUH
pendant longtemps«&HQ·HVWTX·DX;;HVLqFOHTXHODFXORWWHV·LPSRVDFRPPHXQHpYLGHQFHGDQVWRXWHVOHVFRXFKHV
de la société et pour les deux sexes. » '¶DSUqVOHGpSDUWHPHQW&LYLOLVDWLRQGX*XLFKHWGX6DYRLU
Le caleçon long ou pantalon qui fut mis
à la mode par Catherine de Médicis, à
la fin du XVIe siècle, fut porté peu de
temps par les femmes qui redevinrent
nues sous leurs jupons à partir du
XVIIIe siècle.
&H Q¶HVW TX¶HQ TX¶LO UpDSSDUut
progressivement dans les dessous
féminins : très long, fendu à
O¶HQWUHMDPEHIURQFpHQEDVHWRUQpG¶XQ
volant de dentelles. /¶pYROXWLRQGHODFXORWWHIpPLQLQH
(W GLUH TX¶HQ &KLQH HQ OHV SHWLWV
Les classes laborieuses des villes enfants chinois portent des culottes fendues
O¶DGRSWqUHQW VRXV /RXLV-Philippe (1830- pour éviter les couches jetables. Aussi les
1848), en le nouant autour de la taille. grands lessiviers producteurs internationaux
On le laisse alors dépasser de la robe Chemise et culotte stigmatisent ces culottes fendues comme
pour des raisons de mode. en 1882 avec corselet « vêtements de paysan ». ĺ
1918 (WLHQQH9DOWRQDO¶LGpHGHFRXSHU
les jambes des caleçons longs.
1887-2007
A droite et en haut du panneau, une culotte La future culotte « Petit Bateau », en jersey
fendue. Au cours du XIXe, les « pantalons / Quelle économie de tissu entre le string G¶DXMRXUG¶KXL de coton, déposée en 1920, durera
culottes » descendaient juste au-dessus des et les pantalons /culottes de vos arrières grands- ORQJWHPSVDYDQWO¶DSSDULWLRQGXVWULQJHW
chevilles. Puis ils raccourcirent G¶DERUG au mères ! Et surtout quel symbole de la liberté du elle dure toujours.
dessous du genou, puis au-dessus, MXVTX¶DX[ corps et de la femme.
années 1930.
« Avec la mode des crinolines, le pantalon (entendez culotte) est adopté
définitivement par les femmes de la bourgeoisie durant la seconde moitié du XIXe
ère
siècle. >Ă ĨĞŶƚĞ ĚƵ ƉĂŶƚĂůŽŶ ƐĞ ĨĞƌŵĞƌĂ ĚĠĨŝŶŝƚŝǀĞŵĞŶƚ ă ů͛ĂƉƉƌŽĐŚĞ ĚĞ ůĂ ϭ
guerre mondiale. ͛ĞƐƚůŽƌƐĚĞƐĂŶŶĠĞƐϭϵϯϬƋƵĞůĂĐƵůŽƚƚĞĞŶƚƌĞĞŶƐĐğŶĞĚĂŶƐůĂ
lingerie féminine, elle est empruntée aux girls des music-halls des années 1920.
Puis dans les années 50 la culotte moulante est définitivement adoptée. Les
années 60 voient naître la formule de sous-vêtement culotte et soutien-gorge
toujours en ƵƐĂŐĞĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕ďŝĞŶƋƵĞůĞƐƚƌŝŶŐĂŝƚĨĂŝƚƐŽŶĂƉƉĂƌŝƚŝŽŶǀĞƌƐϭϵϴϬ͘
Ce n'est donc que depuis deux siècles seulement qu'en France, la femme utilise la
culotte comme sous vêtement, mais ă ůĂ ĐĂŵƉĂŐŶĞ͕ Ě͛ĂƉƌğƐ ĐĞƌƚĂŝŶƐ͕ ĚĂŶƐ ůĞƐ
années 19ϰϬ͕ďĞĂƵĐŽƵƉĚĞĨĞŵŵĞƐŶ͛ĞŶƉŽƌƚĂŝĞŶƚƚŽƵũŽƵƌƐƉĂƐ ».
La culotte fine en satin en 1940 en milieu aisé ۀ
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 742
43 - L E CO RS E T ʹ É VO L UT I ON D E PU I S L A R EN AI SS A NC E J U SQ U 'A NO S J OU RS
Au XIXe siècle, la femme ƋƵŝƐ͛ŚĂďŝůůĂŝƚ ƌĞǀġƚĂŝƚĚĂŶƐů͛ŽƌĚƌĞ ͗ůĂĐŚĞŵŝƐĞ͕ůĞĐŽƌƐĞƚƋƵŝŶ͛ĠƚĂŝƚũĂŵĂŝƐƉůĂĐĠăŵġŵĞůĂ
peau, le pantalon-culotte, le jupon et enfin la robe ou la jupe et le chemisier. A partir de 1890, le corset fut même
porté au-dessus des jupons. ^ŝ ů͛ŽŶ ƌĂĐĐŽƵƌĐŝƚ ů͛ŚŝƐƚŽŝƌĞ ĚƵ ĐŽƌƐĞƚ ĞŶ &ƌĂŶĐĞ͕ ŽŶ ƉŽƵƌƌĂŝƚ ĚŝƌĞ ƉĂƌ ƌĂƉƉŽƌƚ ă ĐĞƚƚĞ
ƉĠƌŝŽĚĞ͕ ƋƵ͛ŝů LJ Ă ĞƵ ƵŶ ͨ avant » ͗ ů͛ŽďůŝŐĂtion du corset à partir du XVIe siècle et un « après » : la libération du
corset au XXe siècle. Et comme la France a toujours été considérée comme la référence en matière de mode, ces
ƚƌŽŝƐƉŚĂƐĞƐŽŶƚĞƵůŝĞƵĚĂŶƐƚŽƵƐůĞƐƉĂLJƐĚ͛ƵƌŽƉĞ͘
En fait si ůĞĐŽƌƐĞƚƐ͛ĞƐƚŝŵƉŽƐĠĂƵys/e siècle͕Đ͛ĞƐƚƉĂƌĐĞƋƵ͛ăĐĞƚƚĞĠƉŽƋƵĞ ůĞĐŽƌƐĂŐĞƐ͛ĞƐƚƐĠƉĂƌĠĚĞůĂũƵpe et que
ůĞƐ ĚĞƵdž ƉŝğĐĞƐ ĚĞǀĞŶƵĞƐ ŝŶĚĠƉĞŶĚĂŶƚĞƐ ŽŶƚ ĨŽƌŵĠ ůĂ ƌŽďĞ͕ ƉĞƌŵĞƚƚĂŶƚ ĂŝŶƐŝ ă ů͛ŝŵĂŐŝŶĂƚŝŽŶ ĚĞ ŵŽĚĞůĞƌ
différemment le haut et le bas de la silhouette. « Basquine au XVIe siècle - Corps piqué ou à baleines aux XVIIe et
XVIIIe siècles ʹ Corset au XIXe siècle répondent tous à la définition de la Grande Encyclopédie de Diderot et
d'Alembert (1751) : « Vêtement qui se met immédiatement par-dessus la chemise et qui embrasse seulement le tronc
depuis les épaules jusqu'aux hanches [...]. selon [Link]/encyclopedie/corset-histoire-du-costume/
6LO¶RQVXUYROHO¶pYROXWLRQGXFRUVHWDXFRXUVGHVVLqFOHVRQV¶DSHUoRLWTXHTXHOOHTXHVRLWO·pSRTXHODPRGHpWDLWODQFpHOHSOXV
souvent par une dame de très haut rang qui imposait alors un changement de style. $LQVL OH FRUVHW LPSRUWp G¶(VSDJQH
apparaît à la Renaissance, sous Henri II et Charles IX, sous forme de corps piqués en tissus très rigides. Sa forme conique avait
SRXUEXWG¶DSODWLUODSRLWULQHHWG¶DOORQJHUOHEXVWH, sans trop réduire la taille au début. Mais au fil du temps, la taille deviendra un
souffre-douleur.
Ce qui importait alors était de maintenir le corps droit, de rehausser le niveau de la poitrine, de marquer la finesse de la
taille quitte à la déplacer de hauteur (elle a été VRXYHQWUHKDXVVpHG·DSODWLUSDUIRLVODMXSHVXUOHVKDQFKHVG·DSODWLUOH
YHQWUH RX GH FDFKHU VRQ SURILO SDU GHV DUWLILFHV HW GH SHUPHWWUH VXLYDQW OHV PRGHV OH SRUW G·DFFHVVRLUHV ERXUUHOHWV
MXSRQVjFULQROLQHVWRXUQXUHV«
Certains commentaires et images suivants sont inspirés du site : [Link]
G¶DSUqVXQHpWXGHGX'U/XGRYLF¶)ROORZHOOPpGHFLQHWDXWHXUIUDQoDLs, parue en 1905 et 1908.
Renaissance Renaissance
Vers 1700 avant JC. Renaissance
Corset daté de Sous Louis XIV Le
La Basquine 1580/1600. Vertugadin
Des plaques de fer de en cône
Sous Henri III Armature en
corsets datant de à armature
Fin XVIe volutes de métal, 1
1800 av JC de métallique ou en
pièce devant, 2 à
ů͛ĠƉŽƋƵĞŵŝŶŽĞŶŶĞ jupon cerclé de
ů͛ĂƌƌŝğƌĞ͕
(Crète) ont été joncs, ancêtre de
La Basquine qui vient avec ouverture
retrouvées, témoin la crinoline.
Ě͛ƐƉĂŐŶĞĞƐƚƵŶĐŽƌƐĞƚ au milieu du dos
de la première Ÿ Seconde moitié du XVIe,
civilisation sans manches placé sur
la chemise et lacé dans Corps piqué et baleiné renforcé par un busc,
le dos. posé sur un vertugadin plateau qui soutient la jupe.
XVIIe siècle - Corps piqué assoupli Corset Gand Corps époque Louis XIV XVIIIe siècle - Corps baleiné de 1770
aux coutures apparentes ƌŝŐŝĚŝĨŝĠ ƉĂƌ ƵŶ ďƵƐĐ ă ů͛ĂǀĂŶƚ Ğƚ ĚĞƐ Pas de busc, seulement de fortes baleines
/ů Ŷ͛Ă pas de busc, mais seulement baleines, orné richement lors de son insérées dans des coulisses piquées dans le
quelques baleines. Porté en sous- intégration au Grand Habit de Cour. Le corset. Ils durèrent du milieu du XVIème à la
vêtement. busc sera abandonné à la fin du fin du XVIIIème.
XVIIème.
A la fin du XVIIème, les baleines auront supplanté le busc central. À cette époque le corps baleiné n'escamote plus
les seins, mais les comprime par-dessous de manière à les faire saillir par-dessus.
NB sur les mots « corset et corps»͘ Ƶ ƚĞŵƉƐ ĚĞ >ŽƵŝƐ y/s͕ ŝů Ɛ͛ĂŐŝƚ ĚƵ ͨ Grand Corps », partie intégrante du grand
habit de cour né à Versailles dans les dernières décennies de Louis XIV ( voir les images suivantes).
Le « Corps piqué » est un corps (descendant du corsage), baleiné (plus ou moins selon l'époque et le rang de la dame
qui le porte) dont les coutures sont apparentes. Il n'est généralement pas très décoré, car c'est réellement un sous
vêtement.
Le « Corps baleiné » est un corps piqué dont les coutures ne sont pas apparentes car il est généralement recouvert d'un
tissu noble parfois à motif ou brodé. Celui ci peut être visible, ne serait-ce que sur le décolleté. C'est aussi une
coquetterie que d'avoir des dessous décorés. Ces corps peuvent être baleinés avec des baleines en os (les fanons de
baleine, d'où leur nom), ou en ivoire gravé (pour les buscs de l'époque) ou même en osier pour les femmes pauvres.
Le corset Ŷ͛ĂƉƉĂƌĂŠƚƋƵ͛ăůĂĨŝŶĚƵys///ğŵĞƐŝğĐůĞ͕lorsque le busc cédera la place aux baleines.
Selon [Link]
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 744
Début XIXème
Slogan publicitaire : « CONTIENT LES FORTS, SOUTIENT LES FAIBLES, RAMÈNE LES ÉGARÉS »
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 746
Femme portant le corset Dame en tenue 1900 de la classe Gravure de mode des années Gravure du corset de
de Mme Gaches moyenne 1900 Mme Cadolle
ĺ 6FKpPD FL-dessus à droite : Déformations du squelette dues au corset dans le Bulletin et mémoire de la Société
G¶DQWKURSRORJLHGH3DULVHVpDQFHHFRQIpUHQFHDQQXHOOHWUDQVIRUPLVWHO¶pYROXWLRQGXFRVWXPHSDUOH'U)pOL[5pJQDXlt, p.
344), anonyme, juillet 1900, papier imprimé, Paris, Bibliothèque du Musée de l'Homme,
Tchekhov même, célèbre auteur russe, dans ses « Portraits de femme » parle de la transgression du corset : « cette
cuirasse, reflet de la caste à laquelle on appartient coupe le monde en deux parties, celle où on le porte et qui signifie
ƋƵĞů͛ŽŶĂĚĞƐĂǀŽŝƌƐĞƚů͛ĂƵƚƌĞ͕ĐŽŶstituée pour la majeure partie par les paysannes qui travaillent dans les champs ».
Anton P. Tchekov, Portraits de femmes, par Françoise Darnal-LesŶĠ͕ϮϬϬϳ͕Ě>͛,ĂƌŵĂƚƚĂŶ͘
Par ailleurs, Mme Tylicka, doctoresse de nationalité polonaise, dans une thèse de Doctorat soutenue à Paris en 1898,
intitulée : « Du corset, ses méfaits au point de vue hygiénique et pathologique » précise que : « En Pologne, où nous
connaissons personnellement le costume des villageoises, les paysannes, jeunes et âgées, remplacent le corset par un
corsage sans manche, décolleté, fait de toile très forte et boutonné par devant. Il suffit tout à fait pour soutenir les
seins plus ou moins grands ».
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 750
CONCLUSION : dans les vêtements des paysannes, le mot « CORSET » est parfois attribué à tort au « CORSELET ». Or le
corset est un sous-vêtement qui ne se montre pas, contrairement au corselet qui se porte sur la chemise ou sur le
corsage suivant les circonstances. Le ĐŽƌƐĞƚ ĠƚĂŝƚ ůĂĐĠ ă ů͛ĂƌƌŝğƌĞ͕ ĂůŽƌs que le corselet ů͛ĞƐƚ sur le devant, sauf
exception. Leur seul point commun est de donner du maintien au corps ă ĚĞƐĚĞŐƌĠƐĚŝĨĨĠƌĞŶƚƐ Ğƚ Ě͛avantager la
silhouette tout en soutenant la poitrine.
Iů ŶĞ Ɛ͛ĂŐŝƚ en aucun cas du corset très rigide porté à la Cour ou plus tard dans la bourgeoisie. La dénomination
moderne de « corset de paysanne » doit donc être utilisée avec prudence ou replacée dans le contexte du temps.
ZĞĐŽŶƐƚŝƚƵƚŝŽŶĚ͛ƵŶ Paysanne de Haute Alsace, Paysanne lorraine XIXè ʹ Caracos paysans du Morvan
« corset » de paysanne 1876 1865 Il existait plusieurs modèles : droits, à
du XVIIIe - 1765 ͛ĂƉƌğƐ>ŽƵŝƐĞŶŽŝƚ͕ ďĂƐƋƵĞƐ͕ăĐŽůƐƌŽŶĚƐ͕ăĐŽůƐƉůĂƚƐ͙
CORSELET ROUGE sur blouse
Musée lorrain, Ce paletot très court, venant à peine à
En coton rayé bleu et blanc claire à manches courtes. Les
Nancy la taille, souvent noir et bordé de
assez grossier, lacé sur le plis du tablier sont velours, Ɛ͛ŝŶƐƉŝƌĞdu corselet.
CORSELET NOIR sur
devant, baleiné avec du rotin. Ě͛ŝŶĨůƵĞŶĐĞĂůůĞŵĂŶĚĞ͘ A la fin du XIXe, il fut très ouvragé.
corsage blanche
Dans les images ci-dessus, seul le 1er modèle en partant de la gauche est baleiné. Les corselets lorrains du
XIXe sont des modèles courts en toile, sans basque, lacés devant. Le tableau de droite montre des caracos du
Morvan du XIXe : corselets à manche longue très ajustés, comme les corselets sans manches.
>͛ĠǀŽĐĂƚŝŽŶĚĞƐcorsets étant terminée, nous allons maintenant passer à celle des soutien- gorge.
***
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 753
45 ² L E S OU T I EN - G OR G E
'qVO·$QWLTXLWp, la femme hellénique porte une bandelette en lin lui permettant de dissimuler la poitrine, ce qui fut reconduit par les femmes
GHO¶pSRTXHURPDLQH.
Au Moyen- Age en France, les écrits sur le sujet sont rares. /HVSHLQWXUHVFRQILUPHQWTXHOHFRUVHWSHUPHWWDLWG¶DERUGGHVRXWHQLUOHVVHLQV
voire de les montrer. Seul Henri de Mondeville, chirurgien du Louis Le Bel et de Philippe le Huttin et considéré comme le « père de la
chirurgie française», mentionne des détails dans son ouvrage « &KLUXUJLH« », composé de 1306 à
1320 : "FHUWDLQHV IHPPHV« LQVqUHQW GHX[ bonnets dans leurs robes, à la hauteur de la
poitrine et qui sont ajustés à leurs seins et elles les y mettent [leurs seins dans les bonnets]
FKDTXHPDWLQHWDWWDFKHQWOHXUSRLWULQHDYHFGHVEDQGDJHVTXDQGF·HVWSRVVLEOH ". En fait,
ces poches étaient destinées à contenir les poitrines opulentes [et parfois douloureuses sans doute
HQ SpULRGH G¶DOODLWHPHQW ± hors citation]. Toutefois, un auteur anonyme du XVe siècle de
O¶$OOHPDJQH GX 6XG décrit une situation différente : " Beaucoup (de femmes) font deux
sacs/poches à seins et avec elles, elles se promènent dans les rues pour que tous les
jeunes hommes qui les regarderaient voient leurs beaux seins, mais celles dont les seins 3RUWUDLWG¶$JQqV6RUHO± XVIe siècle
sont trop gros font de petites poches, pour ne pas TX·HQYLOOHRQMDFDVVHVXUOHXUVJURV seins ». G¶DSUqV-HDQ)RXTXHW- Loches
On ignore si ces habitudes étaient fréquentes mais pour la morale G¶DSUqVFHVpFULWV, si le port de ces accessoires pour réduire la poitrine
était accepté, OHXUXWLOLVDWLRQSRXUPHWWUHHQYDOHXUOHVVHLQVQ¶pWDLWSDVELHQSHUoXH '¶après : [Link]/la-lingerie-medievale
Après la Révolution, quand le corset disparaît, les femmes soutiennent leur poitrine à l'aide d'une bande de tissu nouée en dessous de
celle-ci. Le XIXH pWDQW PDUTXp SDU OH VRXKDLW GHV IHPPHV GH QH SOXV VXELU OHV FRQWUDLQWHV G¶XQ FRUVHW ULJLGH OH SULQFLSH GX EDQGHDX
redevient à la mode. Le premier prototype du soutien gorge moderne apparait aux Etats-Unis en 1859.
6RXVO·(PSLUH en France, les femmes ont utilisé des « appuis », petites poches en satin maintenues par un ruban.
A la fin du XIXe, le premier soutien-gorge inventé par Herminie Cadolle * DpWpSUpVHQWpjO¶([SRVLWLRQ8QLYHUVHOOHGHj3DULV.
Mme Cadolle a remplacé les baleines et les lacets par des fils de caoutchouc et son soutien-gorge créé en 1889 dénommé
« corselet-gorge » va peu à peu détrôner le corset. Mais lDGpFRXYHUWHGXPRGqOHGH0PH&DGROOHELHQTX¶LQJpQLHX[IXWXQ
échec au plan commercial. Aux Etats-Unis, les performances technRORJLTXHVSHUPHWWHQWG¶DXWUHVFUpDWLRQVHWOHVVRXWLHQV-
gorges ne vont cesser de se perfectionner tant au niveau des matières qu'au niveau des formes. Après la Seconde Guerre
mondiale, l'imagination est débordante. Les couturiers se lancent dans les coussinets gonflables, les armatures pour seins
pointus, les armatures non métalliques, les formes pigeonnantes.... Sensualité et fonctionnalité émergent «
* La boutique Cadolle existe encore à Paris.
&HQ·HVWTX·HQTXHO·DPpULFDLQH0DU\3KHOSV-DFREFUpDOHSUHPLHUVRXWLHQ-gorge moderne. Il fut vendu dès 1914 à la société
Warner Brothers Corset Company.
De nos jours, les tailles homologuées facilitent les choix des modèles en fonction des mensurations et les rayons spécialisés des
PDJDVLQVSHUPHWWHQWG¶HQDFKHWHUVDQVSDVVHUSDUGXVXU-mesure. Il existe aussi des boutiques de lingerie proposant des articles
plus onéreux avec un service de conseil personnalisé, des retouches si nécessaire et un environnement plus calme.
Pendant longtemps, on a pensé que le soutien gorge était une innovation du début du XXe siècle. Mais une découverte
récente en Autriche annoncée en 2012 UHPHWHQFDXVHO¶KLVWRire habituelle du soutien-gorge.
Lors de travaux au château de Lendberg, des lingeries vieilles de 600 ans ont été
mises à jour dont quatre soutiens-gorges* datant du Moyen Âge. La découverte
remonte à 2008, mais les recherches de datation au carbone 14 sous le contrôle
G·DUFKpRORJXHV GH O
XQLYHUVLWp G
,QQVEUXFN HQ Autriche ont demandé du temps.
Cette découverte bouleverse les connaissances historiques.
Les historiens de la mode s'accordaient généralement pour affirmer que l'apparition de
ce sous-vêtement remontait à l'abandon du corset, il y a plus de 100 ans. Il est
désormais admis que le vrai soutien-gorge, celui qui soutient les seins sans les
comprimer, a de peu précédé le corset. Un spécimen des trouvailles a en particulier
retenu l'attention des spécialistes : « il ressemble exactement à un soutien-
gorgemoderne », explique Hilary Davidson, conservatrice de la mode du London
Museum, au Daily Mail. « C'est une découverte étonnante », précise-t-elle. Le soutien gorge médiéval autrichien
révolutionnaire qui décoiffe nos idées
* le pluriel de soutien-gorge varie suivant les dictionnaires. Sont admis : des soutiens- gorges ou des soutiens- gorge ou des sou
JRUJH8QVHXOFDVQ¶HVWSDVDGPLV : soutien- gorges
Au cours de ces 100 années, le soutien-gorge a changé plusieurs fois de concept que certains résument ainsi :
x De 1900 à 1950 :
x Les années 1980/1990 renouvellent le soutien-gorge en le démarquant de la fonction pratique pour une ligne plus glamour
plus coquette, voire sexy. Des modèles coquins voient le jour : guêpières, dentelles. Après 1990, toutes les lignes sont
représentées dans les magasins : brassières pour le sport, soutiens- gorge à balconnets, dentelles et coton, noir et couleurs,
les soutiens- gorge à petits prix démocratisent le produit.
1980 Chantal Thomass 1980 1990 Entre 1975 et 2005, les françaises ont
crée les lignes sexy Porte jarretelles de retour /¶HQVHPEOHinvisible pris du [Link] dessous doivent
rester confortables
x Depuis 2000, les modèles de lingerie défilent sur les podiums JHQUHIDWDOUpWURMHXQHILOOH«&HUWDLQVSHXYHQWkWUHDVVRFLpV
j XQ WRS G¶DXWUHV VRQW PRXOpV RX V¶LPSURYLVHQW FRPPH PLQLPLVHXUV RX DPSOLILFDWHXUV j DUPDWXUHV HW VDQV DUPDWXUHV j
FRTXHV j FRUEHLOOHV WUDQVIRUPDEOHV « 'HV PRGqOHV SRXU IHPPHV RSpUpHV G¶XQ VHLQ DFFHVVLEOHV DYDQW VHXOHPHQW HQ
orthopédie font leur entrée dans des magasins. EWG¶DXWUHVGHSXLVSOXVORQJWHPSVVRQWRXYHUWVSRXUV¶DGDSWHUjO¶DOODLWHPHQW
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 756
ź $/·,/('·2/(521
Les paysannes souvent ramasseuses de sel, portent
sous la jupe un ou deux jupons.
/H GHUQLHU MXSRQ HVW pTXLSp G·XQH SRFKH RX
« boughette » dans lesquelles les femmes mettaient
porte-monnaie, mouchoir et couteau.
Elles accédaient à ces poches par des fentes
latérales sur la jupe : les « maingaillères ».
&RPPH DLOOHXUV OH FRVWXPH WUDGLWLRQQHO V·HVW SRUWp
de 1830 à 1914.
Pays du Grésivaudan
ź DANS LE VIEUX POITOU
La femme, sous une chemise de toile blanche,
mettait, à même la peau, un gilet de flanelle à
Pays
petites manches. Par-dessus, un corselet en
droguet bordé de galon et baleiné avec des du Poitou
plaquettes de bois.
Ź
Un gros bourrelet autour de la taille pour
maintenir les charges et trois jupons
complétaient la vêture.
>Ă ũƵƉĞ ĐŽŵƉŽƐĠĞ ĚĞ ƉůŝƐ ă ů͛ĂǀĂŶƚ Ğƚ ĚĞ
fronces au dos était relevée devant et formait
une grande poche pour les travaux. Toutes les
femmes portaient au moins deux tabliers. Les
coiffes sont très simples souvent faites de
grosse toile plissée.
ź EN BRETAGNE
NŽƵƐĂǀŽŶƐǀƵƋƵ͛ăůĂĨŝŶĚƵϭϵe siècle toutes les paysannes portaient comme unique sous-vêtement une chemise
ůŽŶŐƵĞƋƵŝĚĞƐĐĞŶĚĂŝƚũƵƐƋƵ͛ăŵŝ-cuisse (sans pantalon-culotte) et assurait l'hygiène du corps. Sur la chemise, elles
ĞŶĨŝůĂŝĞŶƚĚ͛ĂďŽƌĚůĞŽƵůĞƐũƵƉŽŶƐƋƵŝƉƌĠĐĠĚĂŝĞŶƚůĂũƵƉĞ. La jupe était toujours visible, les jupons ou cotillons en
principe ne se montraient pas, sauf lors de certains travaux quand il fallait relever la jupe ou à partir du début du
XXe, quand la mode vint de laisser dépasser du bas de la jupe une petite hauteur de jupon. Le mot jupon porte
parfois à confusion car dans les siècles précédents, la jupe pouvait porter le nom de jupon ou même de cotillon.
Désormais les termes jupons, cotillons ou jupes de dessous sont synonymes.
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 760
Les jupons isolaient du froid et donnaient du gonflant à la jupe. Ils étaient confectionnés à la ferme avec la laine,
ůĞ ůŝŶ ŽƵ ůĞ ĐŚĂŶǀƌĞ͘ ĞƵdž ƚƌŝĐŽƚĠƐ ĞŶ ůĂŝŶĞ ĠƚĂŝĞŶƚ ƉĂƌĨŽŝƐ ĚĠĐŽƌĠƐ ĚĞ ŵŽƚŝĨƐ ă ů͛ĂŝŐƵŝůůĞ͘ WƵŝƐ ǀŝŶƚ ůĞ ƚĞŵƉƐ ĚĞƐ
flanelles tissées avec des rayures horizontales à deux teintes discrètes (Châteaugiron) ou uni rouge (Vannes), jaune
ou bleu. A la campagne, un ou plusieurs jupons étaient courants, en tissus unis, à rayures, à pois ou à carreaux. Ce
Ŷ͛ĞƐƚƋƵ͛ĂƵĚĠďƵƚĚƵyye que les jupons achetés dans le commerce en lin ou en coton devinrent plus fins.
Cortège de mariage en milieu paysan près de Pléneuf (22) Jupons de costumes de paysannes berrichonnes
ǀĞƌƐϭϵϬϬ͘>͛ŝŶƚƌŽĚƵĐƚŝŽŶĚĞũƵƉŽŶƐďůĂŶĐƐůĠŐĞƌƐĠƚĂŝƚ reconstituées Ě͛ĂƉƌğƐŐƌĂǀƵƌĞƐ͕ǀĞƌƐϭϵϬϬ͘
nouvelle ainsi que le léger dépassement au bas des jupes. >͛ĂĚŽƉƚŝŽŶĚĞůĂŵŽĚĞĚĂŶƐůĞƐĐĂŵƉĂŐŶĞƐdeviendra générale.
Pendant la première Guerre Mondiale, les infirmières ont commencé à fabriquer leurs propres serviettes
hygiéniques jetables, à partir de gaze, de toile et de coton chirurgical.
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 762
e
>ĂŐĠŶĠƌĂůŝƐĂƚŝŽŶĚ͛ƵŶĞƉƌŽƚĞĐƚŝŽŶƉériodique date de la fin du 19 et début du 20e siècle. En effet, ce sont les
ƚŚğƐĞƐ ŚLJŐŝĠŶŝƐƚĞƐ ƋƵŝ ŽŶƚ ƉŽƵƐƐĠ ůĞƐ ĨĞŵŵĞƐ ă ĂĐŚĞƚĞƌ ĚĞƐ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ĚŝƚƐ Ě͛ŚLJŐŝğŶĞ ĨĠŵŝŶŝŶĞ͘ /ů Ŷ͛ĠƚĂŝƚ ƉůƵƐ
question de voir du sang menstruel ni de sentir les odeurs. Afin de tenir les serviettes, les femmes portèrent des
ceintures sanitaires légères et les déodorants intimes, les douches/sprays vaginaux portatifs (aérosols) firent leur
apparition.
En 1929, le Docteur Earle Cleveland Hass de Kansas City réfléchit à la création
Ě͛ƵŶ ƚĂŵƉŽŶ ƐƵƐĐĞƉƚŝďůĞ ĚĞ ƌĞŵƉůĂĐĞƌ ůĞƐ ͨ chiffons » à risques. Il crée le
Tampax (contraction de Pack et de Tampon), protection périodique
révolutionnaire avec un applicateur. >ĞϭϵŶŽǀĞŵďƌĞϭϵϯϭ͕ů͛ŝĚĠĞĞƐƚďƌĞǀĞƚĠĞ͘
Ŷϭϵϯϯ͕Đ͛ĞƐƚ'ĞƌƚƌƵĚĞdĞŶĚĞƌŝĐŚƋƵŝƌĂĐŚğƚĞůĂůŝĐĞŶĐĞ͘Mais le puritanisme, la
gêne de montrer ce produit, empêche sa diffusion par une publicité. De plus Boîte de Tampax, 1936
ƐŽŶŵŽĚĞĚ͛ƵƚŝůŝƐĂƚŝŽŶƌĞďƵƚĞƉůƵƐŝĞƵƌƐĨĞŵmes, notamment en Amérique.
Les Tampax apparaissent en France en 1936. Finalement, les préjugés sociaux et la mauvaise information
empêchent le succès des tampons (les jeunes filles avaient peur de perdre leur virginité en mettant des tampons ou
ĐƌŽLJĂŝĞŶƚ ƋƵ͛ŝůƐ ƉŽƵƌƌĂŝĞŶƚ ƚŽŵďĞƌ ƐŝŵƉůĞŵĞŶƚ ƉĂƌ ƚĞƌƌĞͿ͘ eux-Đŝ ŶĞ ƐĞ ƐŽŶƚ ƉŽƉƵůĂƌŝƐĠƐ ƋƵ͛ĂƉƌğƐ ůĂ ƐĞĐŽŶĚĞ
guerre mondiale.
Parallèlement en 1931, des coupes menstruelles sont créées et mal
accueillies. Fabriquées en caoutchouc, elles furent commercialisées en 1937.
Mais la seconde guerre mondiale causa une pénurie de caoutchouc et la
« tassette ͩƚŽŵďĂĚĂŶƐů͛ŽƵďůŝũƵƐƋƵ͛ăůĂĨŝŶĚƵyyğŵĞƐŝğĐůĞ͘
Le caoutchouc donna des irritations chez certaines femmes, donc un
nouveau modèle de coupelle en silicone a fait son apparition.
Concrètement ĞŶƚƌĞ ϭϵϮϬ Ğƚ ϭϵϲϬ͕ ůĂ ƉůƵƉĂƌƚ ĚĞƐ ĨĞŵŵĞƐ ŽŶƚ ĐŽŶƚŝŶƵĠ Ě͛ƵƚŝůŝƐĞƌ ůĞƐ
serviettes en coton ourlées lavables et maintenues en place par des épingles « à nourrice ».
>ĞƐĐŽƵƉĞůůĞƐ ŵĞŶƐƚƌƵĞůůĞƐĠƚĂŝĞŶƚŝŶĐŽŶŶƵĞƐĞƚ ůĞƐƚĂŵƉŽŶƐĚŽŶƚ ŽŶĐŽŶŶĂŝƐƐĂŝƚů͛ĞdžŝƐƚĞŶĐĞ͕
étaient peu commercialisés. La fabrication des tampons en France remonte à 1951. >͛ŝĚĠĞ
ŵġŵĞ Ě͛ĞŶ ĚĞŵĂŶĚĞƌ ĚĂŶƐ ƵŶĞ ƉŚĂƌŵĂĐŝĞ ƌĞďƵƚĂŝƚ ůĞƐ ĐůŝĞŶƚĞƐ͘ >ĞƐ ƉƌŽƚĞĐƚŝons féminines
restaient encore un sujet dont on parlait à voix basse. Seuls les évènements de 1968 en France
en levant un certain nombres de tabous ont permis peu à peu de banaliser ces produits.
Ğ Ŷ͛ĞƐƚ ƋƵ͛ă ƉĂƌƚŝƌ ĚĞƐ ĂŶŶĠĞƐ ϭϵϲϬ͕ ƋƵĂŶĚ ůĂ ƉĠƌŝŽĚĞ ĚŝƚĞ ĚĞ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ Ɛ͛ĞƐƚ
ŐĠŶĠƌĂůŝƐĠĞ Ğƚ ƋƵĞ ĚĞƐ ƐƵƉĞƌŵĂƌĐŚĠƐ ŽŶƚ ƉƌŽƉŽƐĠ ă ĐƀƚĠ ĚĞ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ
produits vendus auparavant dans des magasins spécialisés : vêtements, chaussures,
ƚĠůĠǀŝƐŝŽŶƐ͙ Ğƚ ŵġŵĞ ĚĞƐ ƉƌŽĚƵŝƚƐ Ě͛ŚLJŐŝène, que les clientes ont adopté de nouveaux
comportements Ě͛ĂĐŚĂƚ͘Des garnitures jetables à base de cellulose, sans adhésif, ont envahi
des rayons. Par leur facilité Ě͛ƵƚŝůŝƐĂƚŝŽŶ͕ ĞůůĞƐ ŽŶƚ ĞƵ ĚĞ nombreuses adeptes. Les
ĐŽŶƐĠƋƵĞŶĐĞƐƐƵƌů͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚŶ͛ĠƚĂŝĞŶƚĂůŽƌƐƉĂƐŵĞƐƵƌĂďůĞƐ.
Les années 1970 et 1980 ont connu deux autres évolutions en matière de protection
périodique : ů͛ŝŶǀĞŶƚŝŽŶ ĚĞƐ ƐĞƌǀŝĞƚƚĞƐ ŚLJŐŝĠŶŝƋƵĞƐ auto-adhésives et ů͛ĂƵƚŽƌŝƐĂƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ
publicité pour les tampons et les serviettes hygiéniques à la télévision. Encouragées parfois
par leurs filles, les femmes ont pu lire les emballages de différentes marques de serviettes
adhésives et de tampons qui proposaient des épaisseurs et des formats différents adaptés aux
différences de flux, suivant les périodes et suivant les personnes. La possibilité de choisir
tranquillement et de regrouper les achats dans un caddy a facilité la transition.
ƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕ ůĞƐ ƌĂLJŽŶƐ ĚĠďŽƌĚĞŶƚ ĚĞ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ũĞƚĂďůĞƐ ĚĞ ƚŽƵƚĞƐ ůĞƐ ŵĂƌƋƵĞƐ͕ ƚĂŝůůĞƐ͕ ĐŽƵůĞƵƌs et même odeurs,
ĂƵƐƐŝŶŽĐŝĨƐĚ͛ĂƉƌğƐůĞƐĠĐŽůŽŐŝƐƚĞƐ ƉŽƵƌůĞĐŽƌƉƐĞƚů͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚůĞƐƵŶƐƋƵĞůĞƐĂƵƚƌĞƐ͘
472 - La position des écologistes vis-à-vis des garnitures jetables
« Actuellement, les publicités pour les protections périodiques nous vantent le pouvoir de « déjouer dame nature »,
en portant un tampon plus longtemps sans risque de perte sans odeur ni fuite. Cette idée correspond à la tendance
de supprimer ses règles avec la méthode de la pilule contraceptive. Mais faute de recul, « déjouer dame nature »
peut avoir des conséquences pour notre santé, sur notre corps et sur la nature même.
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 763
Les tampons, les serviettes périodiques contiennent des produits chimiques, des matières particulières, des
déodorants. Tous ces composants ont été testés sur des animaux qui ont été mutilés, tués, torturés pour que le
ƐLJƐƚğŵĞ ĐĂƉŝƚĂůŝƐŵĞ ĨĂƐƐĞ ƐĂ ƉůĂĐĞ ĂƵ ƐŽůĞŝů ĚĂŶƐ ůĞ ĐŽŵŵĞƌĐĞ ĚĞ ů͛ŚLJŐŝğŶĞ ĨĠŵŝŶŝŶĞ ũĞƚĂďůĞ͘ KƵŝ͕ ĞŶ ĞĨĨĞƚ ĞŶ
utilisant que ce soit des tampons ou serviettes périodiques jetables, nous tuons « dame nature ».
Une femme utilise 9000 protections périodiques dans sa vie, soit 240 unités par an. ZŝĞŶ ƋƵ͛ĞŶ &ƌĂŶĐĞ, il y a 17
ŵŝůůŝŽŶƐĚĞĨĞŵŵĞƐĞŶąŐĞĚ͛ĂǀŽŝƌůĞƵƌƐƌğŐůĞƐ͘ĞůĂĨĂŝƚĚŽŶĐ4 milliards de protections périodiques jetées dans les
toilettes, brûlées, polluant les eaux, tuant les animaux peuplant les eaux : en somme 120 000 tonnes ou 160 000
m3 de déchets. Cela fait, en terme de superficie : deux fois la superficie de Paris sur un mètre de haut, de déchets
issus des protections féminines ».
Selon : [Link]/.../histoire-de-la-serviette-hygienique.
Les Farfadettes, texte extrait de la brochure Feminista - [Link]
Et aussi : [Link]
E͛ŽƵďůŝŽŶƐƉĂƐƋƵ͛ĞŶĚĞŚŽƌƐĚĞƐŐĂƌŶŝƚƵƌĞƐĨĠŵŝŶŝŶĞƐ͕ ŝů LJĂ ůĞƐĐŽƵĐŚĞƐĚĞďĠďĠ;ǀŽŝƌĞŶŚŝŶĞů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶĚƵ
vêtement des tout-petits) et les garnitures pour personnes incontinentes en augmentation, du fait de
ů͛ĂůůŽŶŐĞŵĞŶƚĚĞůĂĚƵƌĠĞĚĞǀŝĞ͘
* Les éponges naturelles de mer : celles destinées à cet usage ont été
soigneusement débarrassées de leurs impuretés calcaire et organique. Elles sont
lavables et réutilisables une dizaine de fois͘ >͛ĠƉŽŶŐĞ ĚĞ ŵĞƌ Ă ĠƚĠ ƵƚŝůŝƐĠĞ
pendant des siècles par les femmes du bassin méditerranéen.
/ĐŝƐ͛ĂĐŚğǀĞůĞĐŚĂƉŝƚƌĞĚĞƐ^ŽƵƐ- Vêtements ainsi que la Partie 6 relative aux Costumes traditionnels et paysans.
***
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 765
L’ENTRETIEN DU LINGE
Pour aborder le thème de la lessive du linge d’autrefois, en ville, mais surtout en milieu agricole et rural, il me
semble préférable d’évoquer d’abord l‘histoire du lavage du linge, celle des savons et des lessives, puis de présenter
les souvenirs de Mémé Maria Gérard au début du XXe siècle et de terminer par des mémoires collectives relatives à
d’autres régions de France, pour la période fin XIXe et début XXe siècle. Les sources utilisées seront différenciées
par des teintes différentes.
En sélectionnant les articles qui suivent pour vous, chers petits-enfants, vous qui n’avez connu que le lave-linge
électronique qui permet de « faire une lessive » plusieurs fois par semaine, séchage parfois inclus, bien à l’abri dans la
maison, en une à deux heures environ seulement, j’ai voulu là encore attirer votre attention sur l’évolution récente
des techniques de lavage au cours des siècles, ce qui devrait vous permettre également de mieux mesurer l’évolution
de la vie quotidienne des femmes dans ce domaine.
Les articles relatifs à l’histoire du lavage et à celle des produits utilisés sont complémentaires. Ceux qui évoquent « la
grande buée » ou grande lessive dans différentes régions ont quelques points communs mais aussi des différences. Ils
illustrent par exemple - au niveau du vocabulaire : les différents mots employés pour des techniques voisines - au
niveau des coutumes : les régions où seules les femmes réalisaient la lessive et celles où l’aide masculine était
présente quoique discrète - au niveau des régions d’origine de vos aïeux : des commentaires et images spécifiques.
LAVAGE DU LINGE
Les anciens Grecs eux utilisaient uniquement de l’eau, pas de savon, pour nettoyer le linge, alors que des fresques
retrouvées à Pompéi témoignent de l’importance que les Romains accordaient au lavage du linge avec un détergent.
Chez les Romains aisés, le lavage était fait dans des
“ateliers de foulons” – l’équivalent de nos laveries
automatiques actuelles – par des employés appelés
“foulonniers”.
Les grands ateliers de foulons présentaient plusieurs
caractéristiques communes : ils se composaient d’une
vaste pièce dans laquelle de très grandes cuves
creusées dans le sol étaient reliées les unes aux
autres.
Les vêtements étaient mis à tremper dans ces cuves,
puis lavés. Des presses, généralement en terre cuite,
étaient disposées sur trois pans de mur. Les employés
« foulaient » ou dansaient sur les vêtements ; ils
utilisaient des détergents, tels que la terre à foulons
qui était conservée dans de petites jarres. Ce
détergent permettait d’enlever le gras et de raviver
les couleurs. Atelier de foulons
L’urine*, recueillie dans les toilettes publiques, servait d’agent de blanchiment; il en était de même du soufre, que
l’on faisait brûler sous des cadres en bois placés en dessous des vêtements suspendus.
Après avoir été pressés, les vêtements étaient remis à tremper dans les cuves, pour y enlever les détergents. Après le
premier rinçage, les cuves étaient à nouveau remplies et les vêtements étaient rincés une seconde fois. Le séchage se
faisait sur des cadres métalliques en forme de cloche sous lesquels on faisait brûler du soufre
* L’urine comprend entre autres des oxalates, agents de blanchissage et une solution d’ammoniaque, agent
dégraissant.
13 - MOYEN-ÂGE (476 – 1453, environ 1000 ans)
Au Moyen - Age, les populations européennes se préoccupent beaucoup moins de l’hygiène et la santé publique
décline. Les hommes commencent à avoir une peur superstitieuse de l’eau, croyant qu’elle véhicule des maladies, de
sorte que les bains ne font plus partie des activités quotidiennes. Au lieu de cela, les gens prient et font des
pèlerinages, ils croient que le péché est aussi à l’origine des maladies. Les vêtements ne sont lavés qu’après avoir été
portés plusieurs mois.
SAVON
Au Moyen - Âge, le savon servait essentiellement à laver les vêtements. Au VIIe siècle, les commerçants arabes firent
découvrir aux peuples d’Europe les pains de savon; rapidement, la fabrication du savon devint un artisanat bien établi
en Europe. Les fabricants de savon se regroupaient en guildes d’artisans pour protéger jalousement leurs secrets de
fabrication. La production de savon commença à se différencier d’une région à une autre. Dans les pays
méditerranéens, comme l’Italie, l’Espagne et le sud de la France, le savon était fabriqué avec de l’huile d’olive.
Dans les pays d’Europe du Nord, le savon était fabriqué avec des graisses animales, essentiellement du suif et parfois
même des huiles de poissons. On y ajoutait des herbes aromatiques pour les parfumer. Les savons à base d’huile
d’olive étaient de meilleure qualité que ceux à base de graisses animales et les savonneries du sud de l’Europe
commencèrent à exporter leurs produits dans d’autres pays. Au IXe siècle, Marseille, Genève, Savone et Venise
devinrent des villes réputées pour leurs savonneries industrielles. Ces régions disposaient de grandes quantités
d’huile d’olive et de soude et les cendres servaient à faire la lessive. Au cours du Xe siècle, la production de savon se
développa dans de nombreuses villes européennes. Au XIIe siècle, l’Angleterre commença à fabriquer du savon, les
savonneries anglaises prirent leur essor et leurs affaires restèrent florissantes pendant plusieurs siècles. Jusqu’au XIXe
siècle le savon resta, dans la plupart des pays, un produit de luxe, inabordable pour l’homme de la rue.
LAVAGE DU LINGE
Les vêtements n’étaient lavés que tous les deux ou trois mois. On les faisait tremper dans un baquet rempli d’une
solution lavante à base de terre de foulons ou d’argile blanche. Ils étaient ensuite foulés au pied ou battus, et les eaux
sales s’écoulaient par un trou du baquet. Ce processus était répété jusqu’à ce que l’eau sorte limpide du baquet. Les
vêtements étaient ensuite rincés, essorés à la main et séchés au grand air.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 767
14 - RENAISSANCE (1450 – 1700, plus de 200 ans) - fin du XVe, XVIe et XVIIe siècles
Au début de cette période, l’hygiène est nettement restée dans l’obscurantisme du Moyen- Age. Les hommes
continuent à avoir peur de l’eau ; ils croient en effet que l’eau en dilatant les pores de la peau, expose les organes à
des maladies épouvantables. Mais au cours de la Renaissance, le souhait de la noblesse de faire la preuve de son
appartenance à une classe supérieure incite toutefois les nobles à accorder davantage d’importance à leur hygiène
personnelle. La mode et le changement fréquent de vêtements propres sont deux symboles d’appartenance à la
classe aisée. La science progresse, les médecins commencent à comprendre que le manque d’hygiène est un facteur
de propagation des maladies contagieuses et certains vont même jusqu’à prôner de prendre un bain tous les jours !
Des campagnes de propreté sont organisées et l’on recommande aux populations de faire bon usage du savon. Au
cours de la Renaissance le savon devient plus élaboré, mais le lavage du linge reste un véritable rituel nécessitant
énormément de temps.
SAVON
La fabrication du savon se spécialisa en France au cours des XVe et XVIe siècles. Le savon était fabriqué à petite
échelle à partir de suif de chèvre et de cendres de bouleau ; c’est au XVIIe siècle que des savonneries industrielles
ont été construites. La première, construite par décret royal à Toulon, remporta immédiatement un vif succès.
Plusieurs usines furent construites à Marseille. A la fin du siècle, Marseille devait importer des matières premières de
tous les pays du bassin méditerranéen afin de satisfaire à la demande ; les Français améliorèrent le processus de
saponification en remplaçant les graisses animales par des huiles végétales. Le savon a toujours, au fil des siècles,
été utilisé pour laver le linge.
LAVAGE DU LINGE
Les villes comptaient un très grand nombre de laveries vu que le linge devait rester propre; les femmes faisaient aussi
souvent leur lessive chez elles, mais ce travail continuait d’être éreintant. Il fallait faire tremper le linge, le faire
bouillir, le battre, puis le rincer, l’essorer à la main et le faire sécher au grand air. Les planches à laver et battoirs
facilitèrent un peu le lavage mais il s’agissait toujours d’une tâche prenant beaucoup de temps. Les restes des eaux
savonneuses étaient donnés aux pauvres car le savon restait un produit fort onéreux pour la plupart des gens. En
plus des lavages réguliers, un “Grand Nettoyage” avait lieu deux fois par an. Il s’agissait d’un rituel symbolique qui
durait trois jours. D’aucuns prétendent qu’il représentait l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Le “Grand Nettoyage”
était un symbole de purification, de triomphe de la propreté sur la saleté.
SAVON
Au début du XVIIIe siècle, Marseille devient le centre méditerranéen de production et de distribution de savon
fabriqué avec de l’huile d’olive et de la soude naturelle. Le savon était cher car il était taxé en tant que produit de
luxe. Avec la baisse des taxes et les progrès réalisés dans le domaine de la chimie appliquée à la saponification, le
savon devient un produit d’usage quotidien pour la majeure partie des gens, ce qui eut pour effet de renforcer les
normes de propreté.
En 1837, deux jeunes hommes fusionnèrent leurs entreprises, une fabrique de bougies et une savonnerie, et créèrent
The Procter & Gamble Company. Aux États-Unis, les découvertes scientifiques alliées à l’énorme potentiel industriel
du pays allaient permettre à l’industrie savonnière de devenir l’une des plus prospères du pays dès 1850.
LAVAGE DU LINGE
C’est au milieu du XIXe siècle, aux Etats-Unis, que les premières machines à laver mécaniques firent leur apparition.
Une cuve fermée équipée de palettes en bois (agitateurs fabriqués par la suite en métal) permettait aux lavandières
de travailler dans une position debout et d’avoir moins souvent les mains dans l’eau. Le lavage du linge n’était plus ce
qu’il avait été auparavant, à savoir un rituel laborieux nécessitant beaucoup de temps. La saleté et les mauvaises
odeurs qui accompagnaient la surpopulation des villes étaient de moins en moins acceptées et c’est ainsi que de réels
progrès scientifiques purent être faits. Mais avant que les machines à laver ne deviennent d’usage courant, de grandes
villes se dotèrent de laveries publiques. La cuve fixe à agitateur rotatif à propulsion manuelle était le précurseur de la
machine à cuve rotative. Le précurseur de la machine à tambour moderne qui extrait l’eau au cours d’un cycle
rapide d’essorage n’apparaîtra qu’au XXe siècle.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 768
Les produits de lavage ne se sont pas développés à la même allure que l’avancée technologique des machines à laver :
jusqu’à la fin du XIXe siècle, on lavait encore son linge avec du savon en paillettes. Les détergents synthétiques ne
devaient faire leur apparition que pendant la Première Guerre Mondiale.
LAVAGE DU LINGE
La première machine à laver électrique a été fabriquée aux États-Unis en 1908. Elle était équipée d’un agitateur
activé par un moteur électrique situé sur le dessus de la machine. Vers les années 1920, de nouvelles machines ont
été conçues avec un tambour horizontal. L’apparition de ces machines n’empêcha toutefois pas le développement
des machines manuelles. A la fin des années quarante, les machines électriques étaient équipées d’une turbine.
Au cours des années cinquante, on ajouta un élément chauffant et un cycle d’essorage automatique (certaines
machines étaient équipées d’une essoreuse centrifugeuse séparée, le long du tambour). Les années soixante virent
l’apparition des machines automatiques qui, au simple contact d’un bouton, lavent, rincent et essorent dans le
même tambour, monté verticalement au début et horizontalement par la suite (machines à chargement frontal).
A la fin du XXe siècle, la technologie des machines à laver ne cesse de progresser. Les boutons électromécaniques
ont été remplacés par des boutons électroniques (boutons poussoirs). Les nouvelles machines utilisent moins d’eau
et à basses températures on obtient de meilleurs résultats avec les nouvelles lessives de sorte que les cycles de lavage
sont à haut rendement énergétique. Les lessives concentrées requièrent moins de manipulations, prennent moins de
place et leur conditionnement est réduit. De nouveaux cycles de lavage sont apparus, tels que ceux pour la soie, la
laine et le linge délicat, sans oublier les cycles de lavage courts.
Il n’y a pas encore aujourd’hui de lavage du linge sans lessive. Elément indispensable, le produit lessiviel a beaucoup
évolué au cours du siècle. On peut identifier trois produits phare : le savon, la lessive et l’eau de Javel.
Avant l’industrialisation de ces produits, le lavage s’effectuait avec différents composants que l’on trouvait dans la
nature. La Bible évoque le lavage avec le Trona (des formules de savon à base de soude naturelle, qui forme une
croûte au bord de certains lacs salés) et la potasse. On sait que les tiges et les racines de la saponaire étaient utilisées.
L’urine déjà évoquée était utilisée par les foulons romains. On lit parfois que ce produit était encore utilisé au début
du XXe siècle, notamment pour le traitement des draps bleu d’officier de marine.
Pour le blanchissage des produits d’origine végétale (chanvre, lin, coton), le pouvoir dissolvant de l’eau a toujours
été renforcé d’additifs trouvés dans la nature : efflorescences salines, produits proches du salpêtre du sol, colloïdes
des sols argileux, urine putréfiée, herbe de Borith ou saponaire * (« herbe des foulons »), cendre de bois ou de
fougères, Pissat, fiel de bœuf, terre à foulon, plumes de poussins…
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 769
Le blanchissage de la laine ou de la soie relevait d’un travail différent. Chez les romains, la laine était dessuintée avec
de l’urine humaine (redevance imaginée par l’Empereur Vespasien). On peut d’ailleurs lire dans la revue L’Art
Ménager de septembre 1928 : « En Islande, on a également conservé ce procédé et les femmes emploient l’urine
mélangée avec de la cendre. »
* Plante sauvage qu’on trouve souvent près des rivières. On fait bouillir ses feuilles dans l’eau pour obtenir un liquide
mousseux qui servait à laver les lainages.
► LE SAVON
Tous les éléments du savon ont toujours été utilisés : huiles, cendres de plantes contenant de la soude ou de la
potasse. Le savon est une substance détersive, qui émulsionne les corps gras des taches, c’est-à-dire qu’il les réduit
en fines gouttelettes entraînées ensuite dans l’eau lors du rinçage.
Le mot savon viendrait du mot gaulois sapo (certains disent de la ville italienne de Savone) mais il n’est pas d’origine
gauloise (il y a un vrai débat sur ses origines gauloises). Les Gaulois fabriquaient un savon à base de cendre de hêtre et
de graisse de chèvre, dont ils se servaient pour teindre les cheveux. Il faudra attendre le IVe siècle pour que le savon
soit utilisé pour la toilette et l’entretien du linge.
C’est la civilisation arabe qui a fait évoluer l’usage du savon, en ajoutant à sa composition de la cendre de varech, riche
en soude et en remplaçant la graisse animale par l’huile d’olive. Les premiers ateliers artisanaux de fabrication de
savon s’installent sur les rives de la Méditerranée et notamment à Marseille dès le XIVe siècle, marquant le début de la
longue histoire du célèbre « Savon de Marseille ». Au XVIIe siècle, le stade artisanal est dépassé et Marseille compte
alors trois fabriques de savon.
On fait aussi du savon avec de la lessive, à condition que celle-ci ait une concentration convenable ; on la mélange
avec de la graisse de bœuf, de porc ou de mouton fondue, ou de l’huile végétale. Avant que le mélange ne refroidisse,
on y fait fondre du sel qui finit par se déposer au fond du récipient tout en durcissant le savon. Quand le sel s’est
déposé, on se débarrasse de l’eau salée et on verse le savon encore liquide dans les moules en bois doublés d’un tissu
humide. On y ajoute des colorants (sans alcool qui détériore le savon : carotte, betterave, épinard…) et des parfums
(lavande, romarin, citronnelle, thym…). Ce savon s’améliore avec le temps.
« Pour faire du savon, versez dans une bassine deux litres et demi d’eau, 150 grammes de résine ou gomme arabique,
un paquet d’un demi-kilo de bougies (à couper en morceau en prenant soin d’enlever les mèches). Tournez le tout
pendant un quart d’heure. Ajoutez 300 grammes de soude caustique, tout en continuant la cuisson pendant un bon
quart d’heure. Retirez du feu et moulez dans une boîte en fer. Laissez refroidir et démoulez. »
Avec l’avènement de la lessiveuse, les femmes ont utilisé des lessives artificielles telles que les cristaux de soude ou
du savon en paillette. C’est la généralisation des machines à laver dans les années 1960, qui fait triompher les
lessives en poudre. Le savon est toujours utilisé pour le linge délicat et la layette de bébé.
Pourquoi le savon lave -t-il ? (précision d’Irène) :
« Si le savon nettoie et enlève la saleté, c'est parce qu'il est constitué de molécules à deux faces. L'une est lipophile
et hydrophobe, c'est-à-dire qu'elle attire les graisses et repousse l'eau et l'autre face à l'inverse est hydrophile et
lipophobe, elle attire l'eau et repousse les graisses. C'est grâce à cette propriété dite tensioactive que le savon peut
capturer les graisses.
Pour que le savon soit efficace, il est nécessaire qu'il y ait de l'eau. La tête lipophile se fixe sur les corps gras, puis
l'eau permet d'extraire la molécule et de l'évacuer ».
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 770
► L’EAU DE JAVEL
A la suite du chimiste et pharmacien suédois Scheele (1742-1786) qui isole les propriétés du chlore, Claude Louis
Berthollet (1748-1822) découvre ses propriétés décolorantes. La concentration est affaiblie en dissolvant le chlore
dans de l’eau additionnée d’un peu de carbonate de soude. La première expérience publique à lieu à l’usine de Javel,
localité proche de Paris (aujourd’hui dans le XVème arrondissement) où s’activent des lavandières. D’où le nom d’eau
de Javel.
Ce n’est pas l’oxygène de l’air qui blanchit les toiles sur les prés, mais sa combinaison avec les matières hydrogénées
qui colorent les tissus, parce qu’il est transformé en ozone sous influence de la lumière solaire.
L’efficacité de l’eau de Javel dépend de trois facteurs : le dosage, la température de l’eau et le temps de trempage.
Mieux vaut l’utiliser dans un BAIN FROID, PENDANT PEU DE TEMPS. Autrement dit, l’eau de Javel employée à
chaud est très efficace, mais risque d’attaquer les fibres textiles. Rincez toujours beaucoup, car le chlore continue
d’agir dans le linge sec et repassé.
► LES LESSIVES
Jusqu’à l’arrivée des lessives chimiques, on obtenait la lessive en laissant l’eau traverser la cendre du charrier. Le sel
de potasse contenu dans les cendres se dissolvait et formait une sorte de savon avec les graisses qui constituaient
généralement la saleté du linge. Pour que la saponification s’effectue d’une manière complète, il importait que la
lessive ne dépasse pas un certain degré de concentration. « Il faut se garder de la faire chauffer jusqu’au point de la
faire bouillir ; car la trop grande chaleur, loin de détacher la crasse et les matières grasses (…) gâte le linge. » précise
l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.
A la cendre, peu à peu se substituent les cristaux de soude. C’est en raison de la propriété de la potasse de dissoudre
les corps gras que l’on conserve les cendres. Les sels de soude, les cristaux surtout, sont connus depuis longtemps.
Avant 1792, la soude provenait exclusivement de la combustion de végétaux marins. Elle est surtout importée
d’Espagne et coûte chère. On en a besoin dans les verreries, pour l’éclairage des villes, pour la fabrication de savons
durs… La soude a la même propriété que la potasse et ses cristaux se dissolvent bien dans les eaux calcaires, les
adoucissent et ont un pouvoir anti-redéposant.
Soucieuse d’assurer l’indépendance économique, l’Académie Royale des Sciences organise un concours en 1773. Il est
remporté par Nicolas Leblanc qui a mis au point avec Dizé la soude artificielle (les cristaux de soude) à partir de sel
marin. Les deux chimistes forment devant notaire avec le duc d’Orléans une compagnie d’exploitation de leurs
procédés. Mais des aléas survenus une fois le duc d’Orléans guillotiné, font que l’affaire est confisquée. Ruiné, Nicolas
Leblanc se suicide en 1806.
Lorsque la soude artificielle est commercialisée, les Françaises la substituent petit à petit à la lessive à la cendre.
► Petite chronologie des lessives :
*1933 : apparition de lessives de savon avec
perborate, Persil
*1952 : apparition des détergents de synthèse
en poudre, Omo (Old mother Owl : vieille mère hibou)
*1959 : apparition des lessives à mousse
contrôlée, Skip
*1966 : Apparition des assouplisseurs, Soupline
*1967 : apparition d’une poudre spéciale pour
textiles modernes, Coral
*1968 : Apparition des lessives biologiques,
Ariel
*1971 : tous les détergents sont biodégradables
*1979 : apparition d’activateurs de
blanchiment à basse température ; Système
TEAD, Skip
*1981 : Adaptation d’autres lessives pour le
lavage à basse température, Ariel et lessives en
Les lessives de vos arrière grands-mères –
poudre au savon de Marseille hypoallergénique
Musée de la Lessive à Spa, Belgique
(Le Chat)
*1982 : Apparition des premières lessives *1995 : poudres concentrées
liquides, Vizir et Wisk *1998 : tablettes concentrées
*1989 : lessives sans phosphate *2010 : gels super concentrés
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 771
Les lessives oxygénées du genre « persil », « perbo », se composent de carbonate sodique, de savon en poudre et
de perborate sodique. Elles exercent sur le linge une double action : un décrassage, dû à l’action du savon et de
l’alcali ; un blanchiment véritable, produit par décomposition du perborate, qui fournit de l’eau oxygénée. Les lessives
oxygénées doivent être, autant que possible, employées avec une petite machine à bouillir, sans que d’ailleurs le
liquide ne soit porté à ébullition.
Aujourd’hui, une lessive est un produit très
complexe. Il y a vingt à trente ingrédients
dans une lessive. Les tensioactifs sont les
moteurs de la lessive : ce sont eux qui
permettent à l’eau de pénétrer dans les
fibres pour aller extraire la salissure. Une fois
la salissure grasse en suspension dans l’eau,
les agents anti-redéposition évitent qu’elle
se redépose sur le linge.
L’eau étant quasiment partout calcaire,
les lessives contiennent des agents Lessives de Procter et Gamble Europe, en 2005
anticalcaires qui permettent d’éviter
l’action du calcaire (incrustation des taches) de même que des agents de blanchiment.
On trouve aussi des enzymes :
- Les protéases vont dégrader (c’est-à-dire casser en particules pour les rendre plus solubles dans l’eau) les
protéines que l’on trouve par exemple dans les taches d’herbe.
- Les amylases dégradent les tâches qui contiennent de l’amidon
- Les lipases, celles qui contiennent des lipides (sébum, transpiration)
Enfin, les phosphonates sont introduits en quantités très faibles et remplacent les phosphates qui sont à l’origine de la
multiplication des algues dans l’eau.
D’après le site [Link] de Procter et Gamble, deux processus de base sont à retenir dans les
lessives modernes :
1. L'ELIMINATION PHYSIQUE des saletés/taches des vêtements et leur MODIFICATION CHIMIQUE, soit par
hydrolyse soit par oxydation (blanchiment), ce qui engendre leur dissolution
et/ou décoloration, en les maintenant suspendues dans la solution lessivielle.
2. LA PROTECTION DES TISSUS par le dépôt de polymère et LA PROTECTION DES COULEURS par une technologie de
verrouillage des couleurs ou par un inhibiteur du transfert des colorants, L'ELIMINATION DE L'ASPECT DEFRAICHI,
LA FACILITE DU REPASSAGE ...
Les ingrédients d’une lessive moderne regroupés par fonction sont les suivants :
n’étaient pas repassés, mais pliés aussitôt après le séchage et leur apparence était lisse. Le petit linge était également
plié, dès la fin du séchage.
Maria était trop jeune pour participer elle-même à la lessive. Mais elle se souvenait d’avoir été invitée à danser pour la
première fois de sa vie à cette occasion, alors qu’elle avait à peine 4 ans.
A La Baussaine, ce mode de lessive prit fin pendant la guerre 1914-1918. En effet, pour pallier à l’absence des
hommes partis au front, les femmes paysannes durent en priorité travailler dans les champs et s’occuper des animaux.
Faute de bras disponibles, elles durent réorganiser la gestion de la maison et de la famille, en la simplifiant.
Les années suivantes, les draps furent lavés plus souvent et le cuvier fut remplacé par la chaudière où l’on faisait
bouillir le linge et cuire la nourriture des cochons. La chaudière se tenait dans la cour ou sous un appentis. Les cendres
furent remplacées par les cristaux de soude. Ce fut le début du « lavage du linge sale en famille » par la mère et un ou
deux enfants, le plus souvent.
La fréquence des lavages correspondait souvent au changement des draps qui furent lavés au fur et à mesure, au lieu
d’être mis en attente comme avant, sans devoir faire appel à des voisines. Le prélavage avait toujours lieu au lavoir
ou au ruisseau. Au retour, les draps et autres pièces de blanc étaient déposés dans la chaudière où des cristaux de
soude avaient été dilués dans l’eau. Celle-ci froide au début était menée à ébullition sur un feu de bois. Seule
l’ébullition faisait remuer le linge, mais celui-ci restait dans la même solution lessivielle du début à la fin. Il existait des
ventouses munies d’un long manche qui n’étaient utilisées qu’en cas de linge très sale ou pour accélérer le temps du
lavage. A la fin de l’ébullition qu’on faisait durer au moins une heure, on laissait les draps tiédir mais non refroidir.
Avec une pince, ils étaient déposés sur une ou deux brouettes où ils s’égouttaient. Les jus de lavage étaient
précieusement gardés pour nettoyer autre chose. Un deuxième voyage au lavoir ou au cours d’eau était nécessaire
pour le rinçage. Par rapport au cuvier, cette pratique permettait un gain de temps et surtout moins de main-
d’œuvre. Il était devenu inutile de faire appel aux voisins.
Dans le cas de la lessive à la chaudière, pour répartir la fatigue du portage des draps au lavoir, la lessive était
programmée sur deux jours. Le prélavage avait lieu la veille et le lavage le lendemain matin suivi du rinçage en
début d’après-midi.
Fin du témoignage de Maria.
Pour vous donner une idée du prélavage ou du rinçage au ruisseau, aux alentours des fermes, voici une carte postale
de Normandie. Ce ruisseau normand peu encaissé, à l’apparence boueuse, est plus petit que celui de Perrette qui avait
3 à 4 m de large suivant les saisons. Mémé disait « qu’à Perrette, c’était propre et herbeux ».
En comparant plus loin les souvenirs de Maria Gérard avec des évocations collectives, vous constaterez que ses
souvenirs étaient exacts mais incomplets. Comme elle était le dernier enfant de la famille, née en 1908, elle n’a pas
participé comme ses frères et sœur aînés à la grande lessive. Elle a seulement assisté plusieurs fois à cette opération
considérée par les enfants comme un spectacle qui rompait la routine quotidienne. C’est pourquoi des compléments
d’information seront présentés plus loin.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 774
Il est bon de souligner que les cristaux de soude (ou carbonate de sodium) découverts en 1789 par Leblanc, étaient devenus
moins chers grâce au procédé Solvay généralisé en 1870. Peu à peu la production industrielle de la fin du XIXe siècle facilita la
commercialisation des cristaux de soude chez les particuliers. Dans les familles aisées, le linge était lavé par des lavandières,
payées à la tâche. Ces femmes travaillaient dans de pénibles conditions.
Après son mariage en 1933, pour entretenir le linge, Maria, comme les autres femmes vivant en appartement, faisait bouillir le
linge dans une bassine en galvanisé contenant une solution de cristaux de soude ou mieux dans une lessiveuse. La
lessiveuse qui entraînait de l’eau grâce à la vapeur propulsée dans un champignon n’apparut qu’après la première guerre
mondiale, vers 1920. Nous y reviendrons plus loin.
Pratiquement, jusqu’en 1950, quel que soit le mode de lavage du linge, dans la chaudière ou dans la lessiveuse, le rinçage des
draps et du linge en général restait manuel. Si la famille avait la chance d’avoir l’eau au robinet, le rinçage du linge était fait à la
maison. D’ailleurs, dans la plupart des maisons bourgeoises et dans certains immeubles, des buanderies furent crées,
généralement au sous-sol. Ces locaux cimentés comportaient un poste de chauffe pour la chaudière ou la lessiveuse, au
bois ou à gaz, et le plus souvent, deux grands bacs en ciment munis d’une pente à laver, à hauteur de la taille, ce qui
représentait un progrès certain pour les femmes.
Irène se rappelle que lorsque ses parents sont arrivés à Fougères (Ille et Vilaine) en 1950, toutes les familles de l’immeuble
utilisaient une buanderie collective située à l’extérieur : une chaudière et deux bacs cimentés. La buanderie fermée sur trois
côtés était protégée de la pluie par un toit. Un calendrier établi à l’avance octroyait une journée d’utilisation par famille et par
quinzaine. Les années suivantes, la plupart des femmes dont certaines commençaient à travailler, décidèrent de faire appel à une
« laveuse », une femme que l’on payait à la journée, pour laver leur linge. Grâce à ces laveuses, la buanderie fonctionna plusieurs
années.
Mémé dut attendre de vivre à Tinténiac après la retraite de son mari, à partir de 1963, pour disposer du vrai confort
moderne : d’abord, une gazinière avec bouteille de gaz butane et un réfrigérateur, puis l’année suivante un chauffe-eau
électrique (le cumulus) et quelques années plus tard le lave-linge. Elle avait alors soixante ans. Elle ne disposa jamais d’un
lave- vaisselle.
► ILLUSTRATIONS DE LAVOIRS EN ILLE ET VILAINE
Ancien lavoir de Hédé (35), isolé sur le canal Ancien lavoir de Bécherel (35) construit en 1827 – A 6 km de
avec un toit. A quelques kms de Tinténiac. La Baussaine. Belle charpente et bonne hauteur de travail.
[Link]
[Link]/2011/1
1/le-musee-de-loutil-de-
[Link]
Cet emplacement est
désormais remplacé par
le Musée de l’Outil et
des Métiers, face au
camping et à l’ancienne
gare.
L’amégement du lavoir de Tinténiac était rudimentaire. De simples planches permettaient
aux laveuses de s’agenouiller sur leur coffre et d’y battre le linge. Il n’y avait pas de toit.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 775
L’ancienne gare de Tinténiac près du canal d’Ille et Rance. Actuellement, face à l’ancienne gare, à la place du lavoir, se
Vue du début du XXe siècle, près du Pont l’Abbesse, du côté tient le Musée de l’Outil et des Métiers, dans les anciens
de la route de Combourg. La gare a été détruite. bâtiments en bois construits dès la fin du XIXe siècle par les
Actuellement l’entrée d’un camping s’y substitue. négociants en grains.
J’insère ces photos pour que Pauline et Rémi se repèrent à Mon cousin Raymond Quenouillère, ancien menuisier, a participé
propos de l’ancien lavoir de Tinténiac. à sa réalisation et à son animation.
En haut, les quatre bateaux-lavoirs installés à Rennes sur le quai Lamennais canalisant la Vilaine en centre ville.
Jugés insalubres et dangereux, vers 1880, ils furent déplacés en amont et en aval.
En bas, femmes lavant du linge sur les bords de la Vilaine. Il existait plusieurs endroits plus ou moins bien aménagés.
En 1989 on estimait à une centaine le nombre de laveuses par jour dans cette ville.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 776
Suivant les régions, la grande lessive (buée ou buie) se faisait dans tous les villages et les petites villes de
deux à quatre fois par an et tout particulièrement au printemps et à l’automne. C’était un évènement
important de la vie communautaire, un acte social qui rassemblait les femmes et donnait lieu à une vraie fête avec
repas, chants et danses qui faisaient oublier la fatigue.
Les premières opérations se pratiquaient dans les foyers. Le linge était trié : d’un côté le linge blanc, et de l’autre
les lainages et le linge fin. Le blanc était lui même trié en fonction de son degré de saleté et de sa finesse : cela
conditionnait sa place dans le cuvier.
La buée avait lieu à l’extérieur ou dans une pièce spécialement préparée (chambre à four, fournil, appentis ou
coin de grange). La lessive durait trois ou quatre jours, voire une semaine suivant la quantité de linge. Une grande
buée comptait en moyenne 70 draps et autant de chemises, des dizaines de torchons et de mouchoirs.
L’essangeage (ou échangeage) correspondait au prélavage. Le linge était sommairement décrassé à l’eau au lavoir,
à la fontaine ou à la rivière. Les saletés les plus tenaces étaient frottées à la brosse sur une planche à laver
striée ; les pièces délicates, les cols et poignets de chemises, étaient lavées à l’eau tiède avec du savon de
Marseille.
Pour les taches les plus rebelles, chaque femme avait ses secrets. John Seymour raconte dans Arts et traditions à
la maison : « Il y avait toute une variété de procédés, dont certains passablement curieux, pour ôter les taches.
Pour enlever la graisse et l’huile, on utilisait surtout la smectite, mais la craie et la terre de pipe étaient aussi
réputées efficaces. Le jus de citron, le jus d’oignon, ou même l’urine, éliminaient l’encre, et l’on faisait partir les
taches de cire en appliquant dessus un fer chaud enveloppé d’un linge. »
Avec le coulage commençait réellement la grande lessive. Le cuvier était sorti ou loué chez le tonnelier : il était
en bois cerclé de fer, pouvant atteindre jusqu’à 1,20m de diamètre et contenir jusqu’à 400 litres d’eau. Il était
posé sur un trépied.
Le linge était empilé dans le cuvier. On posait par dessus une grosse toile de chanvre (charrier ou cendrier),
sur laquelle était étalée une couche de 5 à 10 centimètres de cendre de bois, mélangée avec des colliers d’iris
pour parfumer le linge. Les coins de la toile étaient ramenés sur les cendres et on versait sur le tout une
soixantaine de litres d’eau bouillante.
Les sels de potasse contenus dans les cendres se dissolvaient et l’eau de lessive, solution alcaline, était recueillie
au bout d’une heure au vide-lessive (trou à la base du cuvier).
Le cuvier était relié par un tuyau d’environ 1,50 m de long à la casse, sorte de poêlon en cuivre à longue
queue (en fonte à la fin du XIXe siècle), où l’on chauffait de l’eau. On reversait la lessive sur le charrier à
l’aide du coule-lessive, un godet pourvu d’un long manche. On recommençait l’opération pendant des heures.
On laissait macérer toute la nuit. Le linge était dépoté le lendemain avec une pince en bois à longues branches et
mis dans des sacs de grosse toile ou des paniers d’osier.
Le jour suivant, il était transporté à la rivière ou au lavoir. Les laveuses procédaient alors au savonnage, au
dégorgeage et au rinçage. Elles prenaient leur battoir, leur pain de savon, leur brosse de chiendent et leur boîte
ou selle à laver (carrosse) pleine de paille, munie d’une planche ou non, dans laquelle elles s’agenouillaient. Elles
tendaient le linge à bout de bras, le laissaient flotter dans l’eau froide, le frottaient et le pressaient sur la
selle avec la brosse. Elles le rinçaient en le tordant et en le frappant avec le battoir pour le débarrasser de
l’eau de lessive. Elles pouvaient aussi travailler debout, la selle posée sur des tréteaux.
Puis c’était l’azurage. On plongeait dans l’eau de chaque baquet de rinçage un sac de bleu contenant une poudre
bleue provenant de l’indigotier ou de l’outremer, pour rendre le linge encore plus blanc.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 777
Conformément aux préceptes de Diderot et d’Alembert, le linge était étendu à plat sur un pré, arrosé à plusieurs
reprises avec un arrosoir de jardinier et retourné deux ou trois fois sens dessus dessous. Pendant trois jours, le
soleil et l’eau achevaient « de lui donner un lustre et un blanc très parfait ».*
Lorsque le linge était étendu sur des cordes, en plein vent, il était fixé par des pinces à linge qui n’étaient, avant
les pinces à ressort, que de simples fourches de bois taillé ; si la corde fléchissait, on la relevait à l’aide de
perches en bois fourchues.
*ce procédé, effectif dans les Vosges, n’était pas effectué partout, notamment en Ille et Vilaine.
5 – « LA GRANDE LESSIVE » D’APRES L’ASSOCIATION LE MORVANDIAU - Dossier Mémoires Vivantes, Bulletin N°18, Le
Savoir Faire de nos grands parents, article « La Bue ou La Grande Lessive », en milieu agricole et rural :
Jadis, on procédait aux bues, que l’on appelait également les buées, et même les buis ou buies en Berry, en
Lyonnais et en Bourgogne.
« La grande lessive », comme on l’appelait également, était une cérémonie rituelle qui consistait à laver le linge (du
latin lineus = lin, le linge désignant au départ la toile de lin), deux fois par an dans le cuvier, un énorme baquet
appelé aussi le cuveau, le bugadier ou le bougadou dans certaines régions (dans le Sud Ouest). Faire la bue chez
nous désignait l’ensemble de l’opération qui se déroulait sur trois jours.
La grande lessive nécessitait beaucoup de temps et de peine, surtout pour les mères de famille. Les armoires
étaient bien garnies en linge, de quoi passer l’année sans encombre : c’est ce qui explique le volume de linge à
laver les jours de grande lessive.
► L’ESSOINGUAGE.
Ensuite, on l’emmenait dans le ru ou la rivière proche (ou encore le lavoir) pour l’essangeage ou l’essoinguage,
opération au cours de laquelle le linge était rincé dans l’eau claire et courante, rendue légèrement alcaline avec du
sel de soude. On ne frottait que les grosses taches en repliant la toile, sans savon. Un baquet se remplissait
pendant que l’autre se vidait. Ainsi, la crasse était dissoute dans l’eau froide alors que ses matières se seraient
coagulées dans l’eau bouillante. On faisait ainsi plusieurs navettes au ru. Le lendemain, c’était jour de bue, jour
de lessive.
Les hommes allaient chercher la brouette dans la remise, sur laquelle ils posaient un énorme baquet, le cuvier,
dans lequel les femmes avaient entassé les paires de draps de l’année (les linceux, comme on les appelait),
généralement brodés aux initiales de la mariée, les chemises, les bonnets de nuit, les blouses (les biaudes), bref,
tout ce qu’on a pu amasser tout au long de l’année. Ils installaient alors le cuvier sur un large trépied de bois percé
en son milieu.
Ce linge sale va passer ainsi, pendant trois jours, de l’enfer (passage dans le cuvier), au purgatoire (séance de
battoir au lavoir ou à la rivière), puis au paradis (séchage, repassage et blanchiment. Mais l’opération était
programmée comme dans une machine à laver moderne.
Le grand cuvier de bois, cerclé de douelles comme un tonneau, a environ deux mètres de diamètre sur un peu
plus d’un demi de hauteur. On prend une poignée de glui (paille de seigle longue et non brisée) qu’on tord avant
de l’introduire en force dans un petit trou, le pissoir ou la coulotte, qui se trouve au fond et au milieu du
cuvier. Il sert de bouchon : le faisceau de glui dépasse en dessous d’une dizaine de centimètres. Puis on amène
des fagots de bouleau et une quantité de baquets pour faire chauffer l’eau dans des marmites accrochées à la
crémaillère de la cheminée. On aura mis également un peu de branchages au fond du cuvier pour faciliter
l’écoulement.
Dans le cuvier, un grand vieux drap en crin dur (généralement du chanvre), appelé le charrier, ou dans
certaines régions le flairé, va envelopper la lessive. On a préparé des lamelles de savon et des racines d’iris, du
fenouil ou de la lavande, pour la senteur que l’on va disposer entre chaque couche de linge sale. Après les
draps, on dépose le linge de corps et les vêtements, puis les vêtements de travail, le linge de maison, les nappes
et les serviettes, les torchons, jusqu’à ce que le cuvier soit plein.
Lorsque le linge est entièrement recouvert par le charrier, on dispose sur toute la surface dix à quinze
centimètres de cendre de bois, la charrée, qu’on a retiré de la cheminée ou de la cuisinière, puis on retourne les
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 778
bords du charrier sur le cuvier… Attention, la cendre doit provenir du châtaignier, du frêne, d’arbres fruitiers,
du charme, de l’orme, du peuplier ou du sapin : la cendre de chêne, comme toute celle de bois dur est à
proscrire car elle tache. Il fallait bien entendu préparer la cendre longtemps à l’avance.
On attise le feu et on continue à faire chauffer de l’eau pour le cuvier. On arrose la bue avec cette eau chaude,
lentement, sur toute la surface du charrier : c’est le coulage. Pour que la bue soit bonne, il faut mettre de l’eau
de plus en plus chaude. On arrive à recouvrir entièrement le charrier. L’eau s’écoule dans la coulotte au goutte à
goutte par le bouchon de glui et tombe dans un récipient placé en dessous, appelé la jarle. On appelait chez
nous ce liquide de récupération le lissieu, le lessi, ou plus simplement en patois morvandiau « l’chu ». La bue
est de nouveau arrosée avec l’chu récupéré par la coulotte et réchauffé jusqu’à ébullition. Le soir, on recouvrait
le cuvier avec un couvercle fabriqué en paille de seigle et en noisetier, appelé le fleuriot, ou une grosse
couverture, pour conserver la chaleur.
La pratique de la bue a duré jusqu’à l’arrivée, à la première guerre mondiale, de la lessiveuse en métal à
champignon qui permettait de faire circuler l’eau chaude. La boule lui a succédé après la seconde guerre
mondiale, avant que la machine à laver moderne ne prenne le relais.
La selle à laver (Musée de la Blanchisserie à Les chevalets et de grandes planches à laver debout
Argenton sur Creuse(36)
La brouette : Il fallait faire trois voyages ou plus dans la journée (parfois plusieurs kilomètres pour aller au lavoir du
pays) pour pouvoir emmener les corbeilles de linge sale, le coffre, le battoir, parfois la planche à laver, et
naturellement le savon et la brosse. Et la brouette (la beurouette en patois morvandiau) n’était pas d’une grande
capacité.
Le coffre : on l’appelle aussi le cabasson, ou boîte à laver, souvent aussi le carrosse (ou parfois caisse, auget…).
Renforcé avec des chiffons ou de la paille, et calé au bord de la pierre à laver, il permettait à la lavandière de se
mettre à genoux.
Le battoir à linge : on l’appelle plus communément le tapoir, en patois morvandiau le tapoué. La lavandière mettait
le linge en boule et « tapait » dessus avec une grande énergie : elles tapoueillaient !
La planche à laver : on l’utilisait lorsqu’on lavait à la rivière ou à la fontaine : elle remplaçait la pierre à laver du
lavoir. La selle à laver combinait le coffre et la planche à laver (photo page 779).
Le chevalet : fabriqué en bois, il permettait de suspendre provisoirement le linge et de le faire égoutter.
Le savon : ce savon, qui va naturellement servir à décoller la crasse et à détacher le linge sale, n’est pas n’importe
lequel : le gros savon de Marseille, conditionné en forme de gros cube. Jadis, on pouvait également utiliser la
saponaire, appelée aussi herbe à foulon (dans certaines régions, les foulons piétinaient – foulaient au pied - la laine
dans des bassins), dont les racines ont particularité de faire de la mousse. On l’utilisait en décoction froide. La
saponaire est une plante à fleurs violacées qui pousse au printemps au bord de l’eau.
La brosse : c’est bien sûr la brosse à chiendent, faite pour qu’aucune tache ne lui résiste.
Sur ces deux tableaux, on distingue : le coffre à laver garni de paille où s’agenouillait la femme, la planche à laver sur plan
oblique, le battoir à linge (dit « la battoué » en Ille et Vilaine) pour frapper le linge sur la planche.
Les laveuses au bord de la Marne par A Moulins, lavandière au bord de l’Allier (carte postale).
Léon Augustin Lhermitte (1844- 1925) La planche posée sur un tréteau permet de laver debout.
On peut voir les brouettes à claires voies utilisées pour le transport du linge.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 781
► FAIRE LA BUEE [bue, bues, buées, bui(e)s), bugée ou bughée en Poitou-Charente], avec de l'eau portée à
ébullition donc, désignait l’ensemble de l’opération qui à l’extérieur ou dans une pièce spécialement préparée
(chambre à four, fournil, atelier, appentis ou coin de grange), se déroulait sur trois ou quatre jours, voire une
semaine, suivant le volume de linge à laver : une grande buée comptait en moyenne 70 draps, autant de chemises,
et des dizaines de torchons et de mouchoirs.
ère
La lessive à la buée sous Louis XIII – Tableau de la 1 moitié du XVIIe siècle, Musée de Montpellier
contenir jusqu’à 400 litres d’eau, était sorti (ou loué) chez le tonnelier (après avoir été rempli d'eau un mois
avant pour faire gonfler le bois) et posé sur un trépied (en bois ou en métal).
Si le cuvier disposait d'un trou de vidange au fond, (vide-lessive, pissette, pisserotte, pissoir), on le bouchait avec
une poignée de glui (paille de seigle longue et non brisée) ou de paille de blé, qu’on tordait avant de l’introduire en
force ; dépassait alors un faisceau d’une dizaine de centimètres qui servait de bouchon filtrant ; le jus de lessive (le
lissieu, le lessi) recueilli goutte à goutte tombait sous le trépied dans un bac de récupération, la jalle, (ou jarle) ou
tinotte où on le puisait pour le réchauffer en permanence, dans la marmite, jadis accrochée à la crémaillère de la
cheminée, ou, plus récemment, sur le fourneau situé à proximité, lequel servait aussi à cuire la nourriture des
animaux. Dans bien des maisons, la place étant comptée, la cuisine pouvait avoir été débarrassée de ses meubles et
transformée en buanderie.
La lessive à la buée améliorée en Seine et Marne vers 1900 : la pente de la goulotte évite la corvée du seau placé sous le cuvier.
Il suffisait de surélever le fond de la cuve par rapport au rebord supérieur de la chaudière.
Ainsi par gravité, l’eau revenait automatiquement à la chaudière par la goulotte ou coulotte.
On mettait des branchages au fond du cuvier pour maintenir un écart entre le linge et la goulotte et faciliter
l’écoulement futur de l'eau. Puis on disposait dans le cuvier, un grand vieux drap (généralement une grosse toile de
chanvre), appelé charrier (cendrier ou, encore, flairé), pour envelopper la lessive : il servirait de filtre pour retenir les
cendres et ne laisserait passer que le produit lessiviel bouillant, lors du coulage à chaud. On déposait, après les draps
(les linceux), généralement brodés aux initiales de la mariée, le linge de corps et les vêtements (chemises, bonnets
de nuit), puis les vêtements de travail, les blouses (bliauts, biauds ou biaudes), le linge de maison, les nappes et les
serviettes, les torchons, jusqu’à ce que le cuvier soit plein ; des lamelles de savon et des racines d’iris (du fenouil ou
de la lavande), étaient disposées entre chaque couche pour parfumer le linge. Pour ne pas laisser la lessive s’écouler
sans traverser les tissus, les petites pièces étaient placées au fond*, avant les plus grosses et tout le linge qu’on avait
amassé était tassé au maximum.
* dans d’autres témoignages, on a vu le contraire : les draps étaient placés au fond avant les plus petites.
Lorsque le linge recouvrait entièrement le charrier, on disposait, sur toute la surface, la charrée, soit dix à quinze
centimètres de cendres qu’on avait retirées de la cheminée ou de la cuisinière et tamisées soigneusement, pour en
éliminer les morceaux noirs de charbon de bois ; longtemps préparée à l’avance, elles provenaient d’arbres fruitiers,
de châtaigniers*, de frênes, de charmes, d'ormes, de peupliers ou de sapins : étaient proscrites les cendres de chêne,
qui tachent, comme celles de tout bois dur. Puis on ramenait les coins du charrier sur les cendres.
*« Châtaignier... : (ce) mot évoque une des deux maximes pratiques qui ont régi mon enfance : « ne mange pas la bouche ouverte,
et ne jette jamais dans la cendre les épluchures de châtaigne ! » C'est que la cendre, fine mouture, était promise à la lessive. Où
vous-a-t-on élevés pour que vous ignoriez qu'une pelure de châtaigne, un brandon de chêne mal carbonisé, peuvent tacher toute
une lessive ? » (Colette : Prisons et Paradis, p. 110).
Si le cuvier avait une bonde, on y enfonçait soit une cannelle reliée à une gouttière (ou coulotte), soit un drain en
bois de sureau ou un tuyau, qu'on inclinait vers la casse de la chaudière (ou cassin - en fonte à la fin du XIXème
siècle), contenant l'eau en train de chauffer à laquelle le jus de lessive, ainsi canalisé, se mêlerait directement.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 783
Dans le Berry,
la mesure est
remplacée par
le puisard, petit
seau moins large
et plus profond.
Sa forme limite
les risques de
renversement.
d’eau chaude.
La
goulotte
La lessive à la buée en Berry dans la cour de la ferme. Même technique améliorée qu’en Seine et Marne.
On voit bien que le niveau du bas du cuvier est plus haut que celui du haut de la chaudière, ce qui permet au liquide
lessiviel du cuvier de revenir automatiquement à la chaudière par la goulotte.
22 - LE COULAGE ( OU ECHAUDAGE OU ”BUGADE”)
Pour que la bue fût bonne, la première coulée se faisait avec de l'eau chaude, surtout pas bouillante pour ne pas
cuire la saleté ; puis on faisait, lentement, couler l'eau (une soixantaine de litres environ), de plus en plus chaude,
puis bouillante sur la charrée. La solution alcaline qui résultait de la macération des cendres végétales dans l'eau
agissait comme lessive. Parfois, on y ajoutait des orties en décoction qui forçaient plus encore le blanchissage.
Le charrier finissait par être complètement recouvert et l’eau nettoyait lentement le linge qu'elle traversait ; puis,
par la goulotte, elle retournait à la casse où elle chauffait de nouveau ; on la puisait (ou la "puchait") à l’aide du
coule-lessive, (puisard ou puisette, sorte de godet ou de louche, en cuivre parfois, pourvu d’un long manche), puis
on la réchauffait jusqu’à ébullition et reversait, toujours avec la puisette, au sommet du cuvier sur le charrier.
4) LE BLANCHISSAGE :
Tout aussi éreintant que la précédente, l’opération consistait à étendre le linge au soleil, en plein champ, et à lui
faire subir une série de manipulations pouvant durer 2 à 3 jours. Conformément aux préceptes de Diderot et
d’Alembert, le linge était étendu à plat sur un pré, arrosé à plusieurs reprises avec un arrosoir de jardinier et retourné
deux ou trois fois sens dessus dessous. Pendant trois jours, le soleil et l’eau achevaient « de lui donner un lustre et un
blanc très parfait ».
5) LE SECHAGE
- ouvert : le linge était mis à sécher au grenier, aéré par des lucarnes, en mauvaise saison.
- à air chaud, devant le poêle ou la cheminée.
- en plein air, directement étendu sur l’herbe (ce qui présente l’avantage du blanchiment) pour les grandes pièces
telles que les draps ou étendu sur des cordes, en plein vent, fixé par des pinces à linge qui n’étaient, avant les pinces
à ressort, que de simples fourches de bois taillé ; et si la corde fléchissait, on la relevait à l’aide de perches en bois
fourchues.
L'expression "pendre le linge", utilisée autrefois, a été supplantée par celle, plus logique, "d'étendre le linge" et le
terme "étendoir", remplacé par "séchoir", bien que ce dernier désigne plus souvent un système mécanisé de séchage
(par une source artificielle de chaleur et/ou d'aération).
Cette méthode de lavage, plus ou moins perfectionnée au cours du temps, fut pratiquée jusqu’après la première
guerre mondiale : le linge sale passant ainsi, en plusieurs jours, de l’enfer (passage dans le cuvier) au purgatoire
(séance de battoir au lavoir ou à la rivière), puis au paradis (rinçage, séchage, repassage et blanchiment).
Conclusion. Malgré des répétitions entre les deux derniers articles provinciaux qui peuvent nous interpeller sur la
source de la version originale, il se confirme qu’indépendamment de quelques différences de vocabulaire ou de
technique, la grande lessive au cuvier plus les séances de prélavage et de rinçage au lavoir ou à la rivière ont
représenté des journées harassantes pour des générations de femmes qui nous ont précédés, notamment jusqu’à la
guerre 1914/1918.
***
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 785
Lavoirs en
7 ʹ IMAGES DE PRELAVAGE ET DE RINÇAGE DU LINGE A LA RIVIERE OU AU LAVOIR
extraites du site [Link]/.../[Link]?option=com
Lavandières bretonnes au travail sur le ruisseau qui traverse le village. A l'arrière plan, la palissade sert d'étendoir.
Les lavandières devaient parfois effectuer de longs et exténuants trajets car la source pour remplir le bassin se trouvait
à l'extérieur du Village - Ci-dessus, vers 1900, le lavoir de Nérac en Lot et Garonne.
Couvert par une armature métallique début XX° siècle, ce lavoir de style Belle Epoque remarquable possède
deux grands bacs à hauteur de travail : Lavoir municipal de Vendres, petit village de l'Hérault.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 787
Madame COTTE précise bien la progression du travail entre le premier et le quatrième jour :
Jour 1 : trempage - Jour 2 : prélavage et préparation du « lessif »* - Jour 3 : coulage - Jour 4 : rinçage.
EĚ͛/ƌğŶĞ : ce témoignage présente une méthode originale, peu répandue semble-t-il : la préparation préalable du
lessif, la veille du coulage de la lessive. >͛ĞĂƵĚĞƉƌĠůĂǀĂŐĞŵĂŶƵĞůĚƵůŝŶŐĞďůĂŶĐĞƐƚƚƌĂŶƐǀĂƐĠĞĚĂŶƐůĞĐƵǀŝĞƌ͘
Celui-ci a reçu les sarments et la toile usagée qui renferme les cendres. On porte ů͛ĞĂƵ ă ĠďƵůůŝƚŝŽŶ ĞŶ ǀƵĞ ĚĞ ůĂ
verser (sans doute une seule fois) sur les cendres pour obtenir le lessif ou lessive.
Ź 6HORQO·DUWLFOHGH'DQLHO5RX[ ([Link]/www/[Link])
« Comme on ne faisait que deux grandes lessives par an, au printemps et à l'automne, c'est au grenier,
étendu sur des cordes, que le linge SALE attendait la solennelle « büye ».
Après avoir, chez soi, frotté et décrassé le linge, soit à la cendre de bois dans un cuvier, soit à l'aide de cristaux de
soude, de savon et d'une lessiveuse, on partait au lavoir pour le rinçage. Les lavoirs, tous situés en contrebas, près
de l'Isère ou du Merdaret*, bénéficiaient d'une eau abondante, limpide et courante.* le Merdaret est un petit ruisseau
de près de 5 km ĚĞůĂĐŽŵŵƵŶĞĚ͛LJnjŝŶ-Pinet, qui se jette dans la Gère, laquelle rejoint le Rhône, à hauteur de Vienne.
En charrette à bras, charreton, brouette ou, pour les jeunes femmes italiennes, dans une cuvette en équilibre sur
la tête (ce qui faisait l'admiration de tous), le linge fumant venait faire sa cure de jouvence.
Le linge de couleur était frotté au savon, le blanc secoué, frappé, tapé à l'aide d'un battoir, la mousse vivait ses
derniers instants. Pour les grosses lessives, un petit répit, agrémenté d'une collation, réunissait, dans le pré voisin,
toutes ces dames et enfants, venus après l'école rejoindre leurs mamans.
Parfois, un passant s'arrêtait, bavardait ou comptait fleurette et repartait, tout heureux de ce petit entracte dans sa
journée de travail. Puis, le linge, propre et blanc, pouvait reprendre le chemin de la maison.
C'est alors que les choses se compliquaient. Sur les chemins montants et malaisés, que de forces à déployer pour
gravir l'étape! L'aide du fils, du mari ou du grand-père était la bienvenue. Les uns tirant, les autres poussant, on
arrivait enfin à bon port.
La " cérémonie " de la lessive se terminait par l'étendage du linge. Flottants au vent sur des cordeaux accrochés
aux arbres du verger ou étendus sur une herbe rase propre et verte, les draps blanchissaient au soleil ».
Fin de citation
Remarque Ě͛/ƌğŶĞ ͗ ͛ĂƉƌğƐ ůĞ ƚŝƚƌĞ ĚĞ ů͛ĂƌƚŝĐůĞ͕ ŽŶ ƉĞƵƚ ƐƵƉƉŽƐĞƌ ƋƵĞ ĐĞƐ ĐŽŵŵĞŶƚĂŝƌĞƐ ĐŽŶĐĞƌŶĞŶƚ ůĂ ƉƌĞŵŝğƌĞ
ŵŽŝƚŝĠĚƵyyğŵĞƐŝğĐůĞ͘>͛ĞŵƉůŽŝĚ͛ƵŶĞůĞƐƐŝǀĞƵƐĞƉŽƵƌƌĞĐƵĞŝůůŝƌů͛ĞĂƵƐ͛ĠĐŽƵůĂŶƚĚƵĐƵǀŝĞƌůĞĐŽŶĨŝƌŵĞ͘ĞůĂĨƵƚƵŶĞ
période transitoire sans doute plus longue dans les régions montaŐŶĞƵƐĞƐ ĚŝĨĨŝĐŝůĞƐ Ě͛ĂĐĐğƐ͘ ĂŶƐ ůĂ ƉůƵƉĂƌƚ ĚĞƐ
ƌĠŐŝŽŶƐ͕ĂƉƌğƐϭϵϮϬ͕ůĂĐŽŵŵĞƌĐŝĂůŝƐĂƚŝŽŶĚĞƐĐƌŝƐƚĂƵdžĚĞƐŽƵĚĞŐĠŶĠƌĂůŝƐĂů͛ĞŵƉůŽŝĚĞůĂĐŚĂƵĚŝğƌĞƋƵŝƌĞŵƉůĂĕĂůĞ
ĐƵǀŝĞƌ͘WƵŝƐĐĞĨƵƚů͛ğƌĞĚĞůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞ͘
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 789
Ancien
Lavoir de Rencurel
(Isère)
>͛ĞĂƵƐŽƌƚ
du rocher.
Ancien lavoir
de Champ
sur Drac
(Isère)
Au centre du village
Lavoir
Fontaine
de
Noyaray
Isère
Voûte en pierre
sƵĞĚ͛ĞŶƐĞŵďůĞ
Ancien lavoir de
St Bonnet en Champsaur
Monument historique.
>ĞƉŝůŝĞƌĚĞů͛ĂŶŐůĞƐƵĚ-est
Ŷ ƐĞƉƚĞŵďƌĞ ϮϬϭϯ͕ ůĞ ĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚ ĚĞ ů͛/ƐğƌĞ ĐŽŵƉƚĞ ϰϭ ůĂǀŽŝƌƐ͘ WŽƵƌ ƉůƵƐ ĚĞ ĚĠƚĂŝůƐ ǀŽŝƌ :
[Link] Un but de promenade peut-ġƚƌĞƵŶũŽƵƌĞƚƵŶĞŽĐĐĂƐŝŽŶĚĞƉƌĞŶĚƌĞĚĞƐƉŚŽƚŽƐ͙
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 791
$XWUHIRLVGHX[IRLVO¶DQF¶pWDLW© la bugado » :
Quel tintouin, mes amis, et quel remue-ménage !
'qVO¶DXEHGXOXQGLWRXWG¶DERUGOHWUHPSDJH
'DQVO¶HDXDGGLWLRQQpHGHVRXGHHQJURVFULVWDX[
6XUO¶HQVHPEOHRQYHUVDLWDORUVGHO¶HDXERXLOODQWH
Qui coulait dans un seau placé sous un trépied ;
Ca durait une nuit où tous se relayaient :
'HO¶HDXHQFRUGHO¶HDXGDQVGHVYDSHXUVDUGHQWHV«
&DPLVROHVMXSRQV«5LQoDJHVDERQGDQWV
(QFRUXQHWSXLVGHX[«(QVXLWHO¶HVVRUDJH«
/¶pWHQGDJHVXUO¶KHUEH«HWODILQGHO¶RXYUDJH !.
Poème publié par Vette de Fonclar La bugado dans la cour en Provence
dans « A la maison, Chez nous »
WŽƵƌ ǀŽƵƐ ƉƌĠƐĞŶƚĞƌ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ƌĞŶƐĞŝŐŶĞŵĞŶƚƐ ƉƌĠĐŝƐ ƐƵƌ ůĂ grande lessive ou bugade en Provence, je cite une
nouvelle fois, Nadine de Trans en Provence dans son site [Link]
La bugado, c'est ainsi qu'on appelait la grande lessive qui se faisait deux fois par an, au
printemps dès les premiers beaux jours et à l'automne après les travaux des champs. Bien sûr, il y avait la petite
lessive de tous les jours, le linge des enfants, les coiffes et les fichus de mousseline et de tulle brodé, les belles
dentelles de Malines ou de Valenciennes. Tout cela on le lavait doucement au savon de Marseille, c'était un
bugadon. Quant aux cotons imprimés, aux indiennes et à toutes les toiles de couleur, on les lavait dans une infusion
de racines de saponaire, cette plante qui pousse partout dans les collines de Provence. Pour laver les tissus noirs, les
tissus de deuil, on ajoutait à la saponaire des feuilles de lierre et de noyer.
Mais les rudes chemises de jour et de nuit, les mouchoirs, les draps et les nappes, tout ce linge blanc de lin, de
chanvre et de coton, qu'on ne changeait pas aussi souvent qu'aujourd'hui, donnait lieu à un rituel immuable qui se
passait toujours dans le secret de la nuit. La veille, on l'avait mis à tremper,toute la journée et toute la nuit, dans de
l'eau claire et froide avec quelques cristaux de soude. Puis il fallait le rincer une première fois. Vers le soir, on
préparait le tinèu, le cuvier, vaste cuve de bois cerclée de fer et posée sur un trépied. Tout au fond était un trou pour
laisser couler l'eau. Afin que le linge ne bouche pas ce trou, on plaçait devant un bouquet de thym protégé par un
morceau de tuile cassée. Et, pour que le bois du cuvier ne tache pas le linge, on y étalait un grand drap de toile grise
et grossière qu'on appelait le florier. Puis on entassait le linge en commençant par le plus sale. On le recouvrait d'un
second florier plus petit et plus fin, sur lequel on répandait une couche de cendres de bois tamisées. Maintenant il
fallait attendre que la nuit tombe, comme si l'ombre était nécessaire pour protéger les mystères de cette opération
magique. Toutes les femmes de la maison étaient rassemblées et elles "coulaient la lessive". Elles avaient fait
chauffer de l'eau qu'elles versaient sur les cendres, tiède au début, puis de plus en plus chaude. L'eau entraînait la
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 792
potasse contenue dans les cendres et formait le léissiu, qui s'écoulait dans un seau posé au pied du cuvier. On
réchauffait ce liquide et on le versait à nouveau. Et encore et encore. Et on coulait ainsi la lessive toute la nuit. C'est
la grand-mère qui commençait, relevée par sa fille. Quand celle-ci, épuisée, au matin allait prendre un peu de repos,
la grand-mère se remettait à la tache. Les dames qui en avaient les moyens ne coulaient pas elles-mêmes leur
lessive. Elles "faisaient laver" par la bugadière professionnelle, qui assurait seule la tache toute la nuit. Enfin le
léissiu prenait une couleur de café au lait, et tout était fini.
Alors on chargeait le linge dans une brouette et on allait le rincer au lavoir ou à la rivière. Le lavoir était le lieu
privilégié où toutes les femmes se retrouvaient entre elles pour commenter la vie du village. Les genoux dans une
caisse garnie de paille, armées d'un savon, d'une brosse en chiendent et d'un battoir de noyer, celui-là même que
leur fiancé leur avait offert à la veille de leurs noces, les bugadières insistaient sur les dernières traces qui
marquaient encore le linge et le rinçaient à grande eau. Tout cela se faisait dans les cris et les rires. L'été, elles
portaient une grande coiffe à bavolet pour se protéger du soleil, mais à l'automne, l'eau étaient parfois bien froide
lorsque les manches relevées, elles plongeaient les bras dans l'eau jusqu'aux coudes.
Enfin, à deux, elles tordaient le linge, l'essoraient et l'étendaient dans les prés, sur les buissons ou sur des cordes
courant d'arbre en arbre sur les places des villages.
Ÿ
ďrĦĪĞĤĢġIJġĢİİIJİīĢĪĬīıįĢĭĞİIJīĢŒ grande cuve ŞĪĞĦİIJīĢĭĢıĦıĢğĞİİĦīĢĤĞĩijĞīĦİƋĢƂĩrĦīıƋįĦĢIJįĠĥĞIJģģƋĢİIJįIJīĭĬƌĩĢƂ
ğĬĦİĭįĬğĞğĩĢĪĢīıĩĬįİġrIJīĢįĢĠĬīİıĦıIJıĦĬīĆĢĤĢīįĢġĢğĞİİĦīĢġĢİıĦīƋĢĞIJĵĭĢıĦıĢİĮIJĞīıĦıƋİġĢĩĦīĤĢĞƋıƋIJıĦĩĦİƋĢĩĬīĤtemps
ġĞīİ ĩĢİģĞĪĦĩĩĢİ Ƃ ĩrĢĵıƋįĦĢIJį ĬIJ ġĞīİ ĩĢİ ĠIJĦİĦīĢİ İIJįĩĞ ĠIJĦİĦīĦƊįĢ ĞĭįƊİ ĩĞ ġĦİĭĞįĦıĦĬī ġIJ ĠIJijĦĢį ħIJİĮIJrĞIJĵ ĞīīƋĢİ ,
ĮIJĞīġĩĞĩĢİİĦijĢIJİĢīrƋıĞĦıĭĞİIJıĦĩĦİƋĢēĬIJįĩĢİĤįĬİİĢİĮIJĞīıĦıƋİġĢĩĦīĤĢĦĩģĞĩĩĞĦıIJıĦĩĦİĢįIJīĢĤįĬİİĢĠĥĞIJġĦƊįĢĢīģĬnte située
dehors ou dans les buanderies des grandes maisons bourgeoises et des immeubles collectifs.
Le « lessif », passant au travers du linge, enlevait la saleté. Il était récupéré dans un récipient sous le trou en partie
bouché par un morceau de tissu pour éviter que le liquide coule trop fort. Au fur et à mesure, le lessif se chargeait
des souillures du linge. Il est étonnant de voir à quel point ce liquide est doux au toucher *: un véritable adoucissant
naturel. On laissait ensuite le linge refroidir.
*E Ě͛/ƌğŶĞ : c͛ĞƐƚ ƚŽƵũŽƵƌƐ ǀƌĂŝ ƉŽƵƌ ů͛ĞĂƵ ĚĞ ůĞƐƐŝǀĞ ƐŽƌƚĂŶƚ Ě͛ƵŶĞ ŵĂĐŚŝŶĞ ă ůĂǀĞƌ͘ Ses propriétés lavantes sont
étonnantes. Mémé Maria récupérait souvent cette eau pour des nettoyages difficiles. Il suffit de tirer le tuyau de vidange au
début du rinçage et de le tenir solidement dans un bac ou dans un seau le temps nécessaire.
Le lendemain, on procédait au rinçage. Les bassines de linge chargées sur des charrettes, étaient menées au lavoir
ĬIJƂĩĞįĦijĦƊįĢĭĬIJįĮIJĢĩĢĩĦīĤĢİĬĦıįĦīĠƋƂĩrĢĞIJģįĬĦde, battu (basselé) puis essoré à la main.
ćIJįĞīıĩĞĖĢĪĞĦīĢĖĞĦīıĢĩĞĪĞĦİĬīƋıĞĦıįƋĠIJįƋĢġIJİĬĩĞIJĭĩĞģĬīġĪĞĦİĦĩīrƋıĞĦıĭĞİġĢĪĦİĢġĢģĞĦįĢĩĞ lessive
cette semaine là pour ne pas attirer le malheur sur le foyer ». Fin de citation
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 794
Enfin, pour terminer cet aperçu sur les anciennes lessives en Provence, je vous propose un petit article de J.
Larguier paru dans : [Link] qui témoigne de son vécu avec sa grand-mère en
Provence :
« Quelques années avant la guerre de 40, je n'étais pas bien grand, mais j'ai souvenir que ma mère, mes tantes et
ma grand-mère faisaient "la bugade" deux fois l'an, au printemps et à l'automne.
Il faut dire que dans mon village il n'y avait pas l'eau au robinet, quelques rares fontaines coulaient par ci par
là et qu'un seul lavoir ne contenait pas toutes les "bugado".
C'est pourquoi ma grand-mère allait laver au ruisseau de Grisole ou de Maufatan, suivant la saison. On
partait au point du jour sur le "carretoun" tiré par Coquet, le petit cheval de ma mémé, pour se rendre sur place
avec des bassines remplies de linge sale.
Les "bugadières" à genoux dans des caisses faites exprès, bourrées de paille, battoirs en main, faisaient
sortir le plus gros du linge le plus sale au savon de Marseille, et mouillaient le moins sale : on appellerait ça
aujourd'hui un "prélavage". On remettait sur le "carretoun" les bassines de linge mouillé et on rentrait à la
maison.
On commençait à faire chauffer de l'eau dans le "peirroù" sur le feu de bois dans la cheminée. Pas très loin, le
"tinèu" qui avait un trou en bas sur le côté du cylindre, était d'abord rempli avec les draps de lit en toile de lin, les
chemises des dames rêches et raides comme la justice, puis le petit linge de corps et de dessous, mais uniquement
du linge blanc; (six mois de linge sale, vous voyez ça d'ici ! Il est vrai qu'à l'époque on ne se changeait pas tous
les jours).
Par dessus tout ça on posait le "flourié" en le laissant déborder sur le pourtour du cylindre et pour toucher le
linge. Dans le "flourié" on mettait un ou deux "ferrat" de cendre de bois tamisée bien fin et là-dessus on versait
de l'eau de plus en plus chaude pour dissoudre la cendre.
Ce "lessif" passait au travers du linge en enlevant la saleté et était récupéré dans un "ferrat" sous le trou du
"tineu" à demi bouché par une "estrasso" pour que ça ne coule pas trop fort. Le manège durait toute une
journée en surveillant le "ferrat" pour pas qu'il verse et le "lessif" était reversé dans le "peirou" pour le
réchauffer. Au fur et à mesure le "lessif" se salissait de plus en plus en passant au travers du linge jusqu'au moment
où ma grand-mère disait "Aro `nià proun".
On laissait alors refroidir la "bugado" et le lendemain matin s'il faisait soleil on rechargeait les bassines sur le
"carretoun" et on allait rincer et "baceler" au ruisseau. Sitôt rincé on étendait le linge bien blanc sur l'herbe
bien verte et sur les buissons alentours. A midi, suivant la saison, on mangeait une brouillade de "pommes
d'amour" ou une omelette de "cèbo" avec du pain et des olives noires.
Avant la tombée du jour on rentrait à la maison. Le linge bien blanc, bien sec, bien plié et qui sentait le propre était
rangé dans les armoires avec des bouquets de lavande.
Eh oui! Nos parents faisaient la "bugado" en trois jours et rinçaient toujours à l'eau froide. Après tout ça, croyez-
moi, ils n'avaient pas besoin de pilules pour s'endormir.
Et les voisins disaient de ma grand-mère Félicie : "elle est tellement propre qu'elle laverait l'eau". Fin de citation.
Quelques traductions :
* Aro`nià proun : maintenant y en a assez
* Baceler : frapper (ici avec un battoir)
* Bugado : lessive, (faire la lessive)
* Bugadièro : lavandière, femme qui fait la lessive Carretoun : petite charrette
* Cèbo : oignon.
* Ferrat : seau en tôle galvanisée
* Flourié : gros drap très épais en lin
* Peirou : chaudron, souvent en cuivre
* Poumo d'amour : tomate
* Tineù : récipient cylindrique en zinc de plus de 100 litres avec un double fond en planches pour qu'il soit plus
solide et un trou ou un robinet sur le côté
Et voici quelques images de lavoirs en Provence :
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 795
Lavoir de Saint Saturnin les Avignon, datant de 1868, près du Pont de la Sorgue dit du Milieu.
Chaudière à cochon du pays de Corlay (22) Chaudière à cochon de la région de Cahabaran (39),
XXe siècle, Source Topic-Topos Le foyer occupe la partie étroite du dessous.
Chaudière à cochon droite (Pyrénées Atlantiques). Chaudière à cochon du XIXe, en fonte, 70 litres,
>ĂƉĂƌƚŝĞĨŽLJĞƌĞƐƚŝŶƐĠƌĠĞĚĂŶƐů͛ĞŶƐĞŵďůĞ͘ au couvercle très bombé. En état de marche
NB : Les chaudières des buanderies des maisons bourgeoises et des immeubles étaient conçues de la même
ĨĂĕŽŶ͕ŵĂŝƐĞůůĞƐŶ͛ĠƚĂŝĞŶƚƉĂƐƵƚŝůŝƐĠĞƐăĚ͛ĂƵƚƌĞƐĨŝŶƐƋƵĞůĞůĂǀĂŐĞĚƵůŝŶŐĞ͘>ĂďƵĂŶĚĞƌŝĞĚĞ la Villa Florida de
'ĞŶĞǀŝğǀĞŽƵůŽŶŐŶĞƐĞƐŝƚƵĂŝƚăů͛ĞŶƚƌĞƐŽůƋƵŝĚŽŶŶĂŝƚĚĞƉůĂŝŶ-pied dans le jardin.
Voici une évocation de la lessive à la chaudière : selon Gérard Boutet*
«Très récemment encore, en ville ou à la campagne, quand,
faute de ressources, toutes les deux ou trois semaines
seulement, sans savonnage, on n'exécutait pas un simple
trempage du linge de tous les jours (vêtements de travail,
chemises, tabliers, mouchoirs ou bas de coton), on pratiquait
la lessive à la chaudière qui, par rapport à l'opération
précédente, dispensait du recours au cuvier. La chaudière en
fonte de forme ronde contenait le plus souvent 100 à 200
ůŝƚƌĞƐ Ě͛ĞĂƵ. Elle était munie de pieds et comportait dans sa
ƉĂƌƚŝĞďĂƐƐĞƵŶĨŽLJĞƌƉĞƌŵĞƚƚĂŶƚĚ͛ĂůůƵŵĞƌĚƵďŽŝƐ͘
La lessive à la chaudière avait lieu tous les mois, ou toutes les
semaines, dans certains immeubles, dans une pièce que l'on
réaménageait pour l'occasion, ou dans un local approprié, la
buanderie, ou dans une cour extérieure.
"La buandière fourrait directement les nippes dans la "casse"
en fonte remplie d'eau de la chaudière. Elle y jetait une
poignée de cristaux de soude et allumait le petit foyer jusqu'à
ébullition de l'eau. Les fripes trop sales étaient frottées à la
brosse en chiendent, sur une longue et haute selle dont les
usages répétés avaient poli la planche.* Les buandières frottaient les pièces sales
à ů͛ĂŝĚĞĚĞ la brosse à chiendent.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 799
Le premier rinçage * se faisait dans un baquet d'eau où la laveuse avait dilué quelques gouttes d'un extrait
(adoucissant ou eau de Javel). Dans le second et dernier rinçage baignait une boule de "bleu" emmaillotée de
mousseline.
Les guenilles qui ne méritaient plus d'être ravaudées finissaient en "pénuffes", c'est-à-dire en chaussettes russes
dans les sabots.[...] La casse de la chaudière servait également à cuire les pâtées à bestiaux ! ».
* Gérard Boutet : « Ils étaient de leur village » Ed. Jean-Cyrille Godefroy, Paris 1988
.
« >͛ĂďƐĞŶĐĞ des hommes durant quatre longues années (1914-1918) avait amené les femmes à prendre des
responsabilités, à entretenir les terres. Lorsque la vie a repris, elles ont accepté moins facilement des tâches
ƉĠŶŝďůĞƐƋƵ͛ĞůůĞƐĞdžĠĐƵƚĂŝĞŶƚƉĂƌƌŽƵƚŝŶĞ͘ĠũăůĂ ĐŚĂƵĚŝğƌĞĂǀĂŝƚ ƌĞŵƉůĂĐĠůĞ ĐƵǀŝĞƌ͕ůĞƐůĞƐƐŝǀĞƐƉůƵƐĨƌĠƋƵĞŶƚĞƐ
(bimensuelles, puis mensuelles) edžŝŐĞĂŝĞŶƚŵŽŝŶƐĚĞŵĂŝŶĚ͛ƈƵǀƌĞ͘>a ƐƵƉƉƌĞƐƐŝŽŶĚĞůĂĐŽƌǀĠĞĚĞů͛ĞŶĐƵǀĂŐĞ͕Ěes
cendres et du coulage rendaiƚ ůĞ ƉƌŽĐĞƐƐƵƐ ŵŽŝŶƐ ƉĠŶŝďůĞ͕ ŵĂŝƐ ů͛ŽƉĠƌĂƚŝŽŶ ƚŽƵũŽƵƌƐ ƐƵŝǀŝĞ ĚƵ ƌŝŶĕĂŐĞ ĂƵ ůĂǀŽŝƌ
rythmait encore la vie des femmes. Le procédé était-il perfectible ? Il le devint avec la lessiveuse.
>ĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞĨƵƚůŽŶŐƚĞŵƉƐĐŽŶƐŝĚĠƌĠĞĐŽŵŵĞů͛ƵůƚŝŵĞƉƌŽŐƌğƐƌĠĂůŝƐĂďůĞĞŶĨĂŝƚĚĞůĞƐƐŝǀĞĚŽŵĞƐƚŝƋƵĞ. Elle mit
ĚƵƚĞŵƉƐăƐ͛ŝŵƉůĂŶƚĞƌ͕ commercialisée vers 1870 et surtout vers 1880, elle atteignit les campagnes vers 1900,
SON USAGE EN MILIEU RURAL SE GENERALISANT APRES LA PREMIERE GUERRE MONDIALE. On en trouvera
encore en action dans les années 1960, bien après la venue de la boule apparue elle après la seconde guerre
mondiale et de la machine à laver moderne.
KŶů͛ŽĨĨƌĂŝƚƐŽƵǀĞŶƚĐŽŵŵĞĐĂĚĞĂƵĚĞ mariage. >ĂƉůƵƉĂƌƚĚĞƐůŝǀƌĞƐĚ͛ĞŶƐĞŝŐŶĞŵĞŶƚŵĠŶĂŐĞƌ recommandaient
ĞŶĐŽƌĞ͕ĚĂŶƐůĞƐĂŶŶĠĞƐƋƵĂƌĂŶƚĞ͕ů͛ƵƐĂŐĞĚĞůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞ.
La lessiveuse a pour origine un cuvier à projection permettant une ébullition dite simple, mis au point au début
du XIXe siècle par Widmer à la manufacture de Jouy pour les toiles. Le principe de cette méthode consiste à faire
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 800
ƌĞĨŽƵůĞƌůĂůĞƐƐŝǀĞďŽƵŝůůĂŶƚĞƉĂƌůĂƉƌĞƐƐŝŽŶĚĞůĂǀĂƉĞƵƌƋƵĞů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶĚĠŐĂŐĞ͘ ĞƚƚĞƉƌĞƐƐŝŽŶ͕Ɛ͛ĞdžĞƌĕĂŶƚƐƵƌ
ůĂƐƵƌĨĂĐĞĚƵůŝƋƵŝĚĞ͕ůĂĨŽƌĐĞăƐ͛ĠůĞǀer dans un tube et à se déverser en nappe au dessus du linge.
En 1837, René Duvoir et Ducoudun perfectionnent le système en séparant le cuvier de la chaudière où se produit
ů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶ͕ ŵĂŝƐ ƚŽƵũŽƵƌƐ ƉŽƵƌ ůĞƐ ůĂǀĞƌŝĞƐ ŝŶĚƵƐƚƌŝĞůůĞƐ͘ Dans les années 1860, des fabricants miniaturisent et
ƐŝŵƉůŝĨŝĞŶƚůĞƐƉƌŽĐĠĚĠƐŝŶĚƵƐƚƌŝĞůƐĚĞƵǀŽŝƌĞƚƵĐŽƵĚƵŶĞƚƉƌŽƉŽƐĞŶƚůĂƐĂǀŽŶŶĞƵƐĞăĐŝƌĐƵůĂƚŝŽŶ͕Đ͛ĞƐƚăĚŝƌĞ
LA LESSIVEUSE A CHAMPIGNON, buanderie domestique ou appareil pour le lessivage par affusion de vapeur,
avec foyers au bois ou au charbon.
La lessiveuse de vos arrière grands-mères est un ƌĠĐŝƉŝĞŶƚ ůĠŐğƌĞŵĞŶƚ ĐŽŶŝƋƵĞ ĞŶ ƚƀůĞ ŐĂůǀĂŶŝƐĠĞ ŵƵŶŝ Ě͛ƵŶ
double fond percé de trous et sur lequel est soudé, au centre, un tube injecteur en tôle galvanisée, terminée
par un champignon. Un disque grillagé ou un anneau muni de quelques crochets disposés au-dessus du linge,
ů͛ĞŵƉġĐŚĞĚĞƐĞƐŽƵůĞǀĞƌůŽƌƐĚĞů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶ͘
La lessiveuse haute était la plus fréquente (plus haute que large), mais il en existait aussi de basses (moins
hautes que larges). Il y avait cinq tailles dont les capacités allaient de 28 à 87 litres.
>ĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞƐ͛ĞƐƚǀĞŶĚƵĞĚĂŶƐůĞĐĂƚĂůŽŐƵĞ
de Manufrance , Manufacture de St Etienne
ũƵƐƋƵ͛ĞŶϭϵϳϬ͘/ůĞdžŝƐƚĂŝƚĐŝŶƋƚĂŝůůĞƐĚĞ
lessiveuses hautes et des basses.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 801
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>͛ŝŶƚƌŽĚƵĐƚŝŽŶĚĞůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞƐ͛ĂĐĐŽŵƉĂŐŶĞĚĞů͛ĂĐĐƌŽŝƐƐĞŵĞŶƚĚĞů͛ƵƚŝůŝƐĂƚŝŽŶĚƵĐŽƚŽŶ͕ƌĞŵƉůĂĕĂŶƚůĂƚŽŝůĞĚĞ
chanvre. Le rythme des lessives devient hebdomadaire. Elle évite aussi de mélanger son linge à celui des autres :
dorénavant, « on lave son linge sale en famille ».
La lessiveuse arrive au bon moment. En effet, après la défaite de 1870, la santé publique apparaît comme un des
éléments du relèvement de la France. &ĂŝƌĞďŽƵŝůůŝƌ͕Đ͛ĞƐƚĚĠƐŝŶĨĞĐƚĞƌ au moment où Pasteur consacre son ƈƵǀƌĞ
aux maladies infectieuses et où Koch est à la veille de découvrir le bacille de la tuberculose (1882).
KŶ ĚŽŝƚ Ě͛ĂŝůůĞƵƌƐ ĂƵdž ůĞƐƐŝǀĞƵƐĞƐ ů͛ĞdžƉƌĞƐƐŝŽŶ ͨ ĨĂŝƌĞ ďŽƵŝůůŝƌ ůĞ ůŝŶŐĞ ͩ ƉĂƌĐĞ ƋƵ͛ĞůůĞƐ ŶĠĐĞƐƐŝƚĞŶƚ ů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶ ĚĞ
ů͛ĞĂƵůĞƐƐŝǀŝĞůůĞƉŽƵƌůĂĨĂŝƌĞŵŽŶƚĞƌƉĂƌůe tube injecteur, mais le linge isolé du fond du récipient ne « bout » pas.
Sorti de la lessiveuse, le
linge est « lavé » (frappé)
dans un baquet ou à la
rivière, avec une planche à
laver et un battoir, puis
rincé pièce par pièce à
ů͛ĞĂƵparfois tiède et azuré,
dans un baquet où on a fait
ĚŝƐƐŽƵĚƌĞ ĚĂŶƐ ů͛ĞĂƵ͕ ĚĞ
ů͛ŝŶĚŝŐŽĞŶďŽƵůĞ͘ >͛ĂƉƉƌĞŶƚŝƐƐĂŐĞŵĠŶĂŐĞƌĚĞƐpetites
filles commençait tôt.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 803
/ŵĂŐĞƐĚ͛ĂƵƚƌĞĨŽŝƐĚƵůĂǀĂŐĞăůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞ ź
Visite
ăů͛ĠĐŽ-musée de
en juin 2011
Des élèves
découvrent
le principe
de la lessiveuse.
NB : le fait de faire bouillir le linge blanc dans la lessiveuse le désinfecte, mais ne suffit pas à le laver. En effet, si les
germes sont détruits, les salissures qui ont été séparées du linge ou décolorées, sont attirées par les molécules
de savon de ů͛ĞĂƵůĞƐƐŝǀŝĞůůĞ͘Néanmoins, il est préférable de les expurger du linge, de préférence quand il est
encore chaud, en le frappĂŶƚăů͛ĂŝĚĞĚƵďĂƚƚŽŝƌĞƚĞŶƐ͛ĂŝĚĂŶƚĠǀĞŶƚƵĞůůĞŵĞŶƚĚ͛ƵŶĞǀĞŶƚŽƵƐĞ͘ŶƐƵŝƚĞ͕ƉŽƵƌůĞ
rinçage, on ƉƌŽĐğĚĞăĨƌŽŝĚăů͛ĂŝĚĞĚƵďĂƚƚŽŝƌĠŐĂůĞŵĞŶƚ, éventuellement de la ventouse et on essore à la main
en tordant le linge. Pour les draps, il est nécessaire de les tordre à deux personnes.
Les premières machines « électriques » peu sécurisées sortent dès 1920, une courroie reliant le mécanisme
Ě͛ĞŶƚƌĂŠŶĞŵĞŶƚ;ǀŽůĂŶƚĞƚŵĂŶŝǀĞůůĞͿăƵŶŵŽƚĞƵƌĠůĞĐƚƌŝƋƵĞĨŝdžĠƐŽƵƐůĂĐƵǀĞ͘^ĞƵůůĞďƌĂƐƐĂŐĞ devient moins
pénible.
Les premières machines semi-automatiques voient le jour entre 1930 et 1940. Alfred Conord met au point en
1932 une machine à tambour vertical qui lave et essore le linge dans la même cuve. Un axe central muni de pâles
fait des quarts de tour en mode lavage et des tours continus en mode essorage. La cuve est chauffée par une rampe à gaz.
>ĞƐĐŽŵŵĂŶĚĞƐƌĞƐƚĞŶƚ ƌƵĚŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐ͕ŵĂŝƐůĞůŝŶŐĞŶ͛Ă ƉĂƐďĞƐŽŝŶĚ͛ġƚƌĞƚƌĂŶƐǀĂƐĠ Ğƚ ŵĂŶŝƉƵůĠ͘ Ces machines
très chères, réservées aux grandes maisons bourgeoises et aux très grandes fermes sont inconnues des
communes rurales et de ů͛ŝŵŵĞŶƐĞŵĂũŽƌŝƚĠĚĞƐĨĞƌŵĞƐ͕ƉĞƵƐŽƵǀĞŶƚĚŽƚĠĞƐĚ͛ĠůĞĐƚƌŝĐŝƚĠĞƚĚ͛ĞĂƵĐŽƵƌĂŶƚĞ.
>͛ĂƌƌŝǀĠĞĚĞůĂŐƵĞƌƌĞϭϵϯϵ-1945 met un frein au développement des recherches.
Ź ILLUSTRATIONS DES PREMIERS MODÈLES DE MACHINES A LAVER LE LINGE - (ů͛ĞdžƉƌĞƐƐŝŽŶůĂǀĞ-ůŝŶŐĞŶ͛ĠƚĂŝƚ
pas utilisée)
x AUX ETATS-UNIS
WŽƵƌƌŝŶĐĞƌůĞůŝŶŐĞ͕ŝůĨĂƵƚǀŝĚĞƌůĂŵĂĐŚŝŶĞĚĞů͛ĞĂƵ
ƐĂǀŽŶŶĞƵƐĞĞƚƌĞŵĞƚƚƌĞĚĞů͛ĞĂƵĐůĂŝƌĞ͘
La
courroie
Pour essorer, il faut de nouveau la vider et refaire tourner.
x EN FRANCE
1932 1932
1927 Ÿ
Premier modèle ELECTRIQUE avec cuve Intérieur du modèle électrique. On voit
Machine à laver manuelle en acier
en bois, essoreuse à rouleaux et courroie les pâles qui entraînent le linge.
galvanisé (recouvert de zinc)
reliée au moteur
Les constructeurs de machines à laver le linge semi-automatiques (Arthur Martin, Bendix, Brandt, Flandria, Laden,
Lincoln, WŚŝůŝƉƐ͙Ϳ ƌŝǀĂůŝƐĞŶƚ Ě͛ĂƐƚƵĐĞs et de techniques autour de plusieurs systèmes : agitateurs, hélices, jets
Ě͛ĞĂƵ͕ǀŝďƌĂƚŝŽŶƐ͙>ĞůŝŶŐĞƉĞƵƚĐŚƵƚĞƌĚĂŶƐůĞďĂŝŶůĞƐƐŝǀŝĞůŽƵġƚƌĞĨƌŽƚƚĠƉĂƌĚĞƐƌŽƚĂƚŝŽŶƐĂůƚĞƌŶĠĞƐ͘/ůĂƌƌŝǀĞƋƵĞ
les machines se déplacent fautĞĚ͛ġƚƌĞĨŝdžĠĞƐĂƵƐŽů͘Les françaises convaincues par la lessiveuse, souhaitent garder
ů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶĚĂŶƐůĞƐŶŽƵǀĞůůĞƐŵĂĐŚŝŶĞƐ͘>͛ĞƐƐŽƌĂŐĞĞƐƚƐŽŝƚŵĂŶƵĞůĂǀĞĐĚĞƐƌŽƵůĞĂƵdž͕ƐŽŝƚĂƵƚŽŵĂƚŝƋƵĞŐƌąĐĞăĚĞƐ
pâles dans le tambour. Certaines commune rurales dotées en eau et électricité permettent à certains ménages
ƌƵƌĂƵdžĞƚĂŐƌŝĐŽůĞƐĚĞƐ͛ĠƋƵŝƉĞƌĚĞĐĞƐŵĂĐŚŝŶĞƐƌĠǀŽůƵƚŝŽŶŶĂŝƌĞƐ͘
à touches sensitives
1930 ʹ Repasseuse Essoreuse 2010 - Condenseurs de vapeur 2010 - Sèche linge surmontant le lave-
mécanique à rouleaux Ě͛ĞĂƵƉŽƵƌƐğĐŚĞůŝŶŐĞ linge proposé en kit.
Comme pour les lave linge, les modèles ont évolué. Il existe actuellement plusieurs types de sèche linge : des
modèles isolés qui ont leurs adeptes, placés près du lave linge ou dans une autre pièce, des sèche-linge
verticaux peu répandus en France et des séche linge intégrés au lave-linge, dénommés les lave-linge
séchant. En France, la première machine lavante-séchante remonte à la fin des années 1970.
Le sèche- linge en général est un appareil ƚƌğƐĐŽŶƐŽŵŵĂƚĞƵƌĚ͛ĠŶĞƌŐŝĞ. Seuls les modèles avec pompe à
chaleur sont classés Aн͕ŵĂŝƐůĞƵƌƉƌŝdžĚ͛ĂĐŚĂƚĞƐƚĠůĞǀĠ͘
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 809
Sèche- linge à condensation, Sèche- linge à évacuation, à Lave- linge séchant ʹ peut laver 7 kg de linge
chargement frontal. chargement par le dessus, et en sécher 4 kg ʹ ƉƌŽŐƌĂŵŵĞƐĚ͛ĂŶƚŝ-
Le chargement peut avoir lieu nécessitant une froissage et de nettoyage pour nettoyer les
sur le dessus. ŐĂŝŶĞĚ͛ĠǀĂĐƵĂƚŝŽŶ conduits de séchage
Par ailleurs, le ƐğĐŚĞůŝŶŐĞĠůĞĐƚƌŝƋƵĞƌĞƐƚĞƵŶŐƌĂŶĚĐŽŶƐŽŵŵĂƚĞƵƌĚ͛ĠŶĞƌŐŝĞ͕ƉƵŝƐƋƵ͛ŝůƉĞƵƚƌĞƉƌĠƐĞŶƚĞƌũƵƐƋƵ͛ă
ϭϱйĚĞůĂĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĠůĞĐƚƌŝƋƵĞĂŶŶƵĞůůĞĚ͛ƵŶŵĠŶĂŐĞ͕mis à part les sèche- linge avec pompe à chaleur.
CONCLUSION DU CHAPITRE
ŝŶƐŝƐĞƚĞƌŵŝŶĞůĞĐŚĂƉŝƚƌĞƌĞůĂƚŝĨăů͛ĞŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ͘:͛ĞƐƉğƌĞǀŽƵƐĂǀŽŝƌĨĂŝƚƵŶĞĨŽŝƐĚĞƉůƵƐŵĞƐƵƌĞƌ à quel
point sont récents les progrès technologiqƵĞƐ ĚŽŶƚ ǀŽƵƐ ƉŽƵǀĞnj ďĠŶĠĨŝĐŝĞƌ Ğƚ ƋƵĞ ǀŽƐ ĂŶĐġƚƌĞƐ Ŷ͛ŽŶƚ ƉƵ
connaître. ^ŝ ũ͛Ăŝ ĐŽŶƐĂĐƌĠ ƋƵĞůƋƵĞƐ ƉĂŐĞƐ ă ůĂ WƌŽǀĞŶĐĞ Ğƚ ă ů͛/ƐğƌĞ͕ Đ͛ĞƐƚ ƉĂƌĐĞ ƋƵĞ ũ͛Ăŝ ƉĞŶƐĠ ă ǀŽƐ ůŝĞƵdž ĚĞ
naissance respectifs. Vos aïeules ont donc connu et pratiqué la lessive à la cendre avant de connaître la lessiveuse
et les premiers lave-linge.
Vous, chers petits-enfants, vous avez toujours connu les
lave- ůŝŶŐĞ ƋƵŝ ĨĂĐŝůŝƚĞŶƚ ƚĂŶƚ ů͛ĞŶƚƌĞƚŝĞŶ ĚĞƐ ǀġƚĞŵĞŶƚƐ͕
Ě͛ĂƵƚĂŶƚ ƉůƵƐ ƋƵĞ ůĞƐ ƚĞdžƚŝůĞƐ ŵŽĚĞƌŶĞƐ ƐĞ ƐĂůŝƐƐĞŶƚ
moins, pèsent moins lourd et sèchent plus vite. Certains
même seraient « intelligents ». Du coup, certains
hommes font aisément la lessive et cela vous paraît
normal, alors que cette délégation était impossible à
envisager, il y a seulement 50 - 60 ans, ũƵƐƋƵ͛ĂƵdžĂŶŶĠĞƐ
1960. ƵŵġŵĞƚŝƚƌĞƋƵ͛ĞŶϭϵϱϬ͕ĂƵĐƵŶŚŽŵŵĞŶ͛ĂƵƌĂŝƚ
accepté de faire les courses alimentaires avec un panier
ou un cabas.
Et vous plus tard, que connaîtrez-vous quand je ne serai
plus là ? Nul doute que vous appliquerez la 2013 : exemple de Smart Phone susceptible de contrôler à
généralisation de la domotique et ƋƵ͛ă distance, vous distance les appareils domestiques « intelligents ͕ͩĐ͛ĞƐƚ-à-
pourrez commander ů͛ĠůĞĐƚƌŽŵĠŶĂŐĞƌ Ğƚ ůĞƐ ĚŝƌĞƌĞůŝĠƐĂƵƚĠůĠƉŚŽŶĞŵŽďŝůĞ͛͘ĂƵƚƌĞƐƉƌŽŐƌĂŵŵĞƐ
équipements du logement: le chauffage, la climatisation, existent déjà : Air Conditioner, Washer ͙
le démarrage du lave-linge, du robot aspirateur, la cuisson de la tarte, la fermeture des volets rŽƵůĂŶƚƐ͕ů͛ĂƌƌŽƐĂŐĞ
du jardin ... Le progrès ne fait pas le bonheur, mais il facilite la vie. A droite un « Smart Control » universel utilisant
la radiofréquence, pour un parfait contrôle à distance. Il existe des modèles ƉŽƵǀĂŶƚƉŝůŽƚĞƌũƵƐƋƵ͛ă quinze
équipements. Les applications sont majoritairement culturelles (télé, musique, info, internet). Mais elles vont
Ɛ͛ĠůĂƌŐŝƌ ă Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ƚLJƉĞƐ Ě͛ĂƉƉĂƌĞŝůs, car les ĨĂďƌŝĐĂŶƚƐ Ě͛ĠůĞĐƚƌŽŵĠŶĂŐĞƌ ŽƵ Ě͛ŝŶƐƚĂůůĂƚŝŽŶƐ ĚŝǀĞƌƐĞƐ ƉƌŽƉŽƐĞŶƚ
des modèles permettant cette option.
A moins que ͙ ůĂ ŵƵůƚŝƉůŝĐĂƚŝŽŶ ĚĞ ĐĞƐ ĐŽŵŵĂŶĚĞƐ ƋƵŝ ŶĠĐĞƐƐŝƚĞŶƚ ĚĞ ůĂŝƐƐĞƌ ů͛ŝŶƐƚĂůůĂƚŝŽŶ ă ƚĠůĠĐŽŵŵĂŶĚĞƌ ĞŶ
ǀĞŝůůĞ ĠůĞĐƚƌŝƋƵĞ͕ ƌĞƉƌĠƐĞŶƚĞ ƵŶ ũŽƵƌ ĂƵ ŶŝǀĞĂƵ ŶĂƚŝŽŶĂů Ğƚ ŝŶĚŝǀŝĚƵĞů͕ ƵŶĞ ĚĠƉĞŶƐĞ Ě͛ĠŶĞƌŐŝĞ ũƵŐĠĞ ƚƌŽƉ
ŝŵƉŽƌƚĂŶƚĞ͙:ĞŶ͛ĂŝƉĂƐůĂƌĠƉŽŶƐĞ͘ ͛ĞƐƚǀŽƵƐƋƵŝů͛Ăurez.
Et surtout je vous souhaite de pouvoir choisir votre mode de vie en fonction des valeurs qui seront les vôtres. Le
ĐŚŽŝdžŶ͛ĞƐƚƉĂƐƚŽƵũŽƵƌƐĨĂĐŝůĞ͕ ŵĂŝƐ ǀŽƵƐƉŽƵƌƌĞnjĂƵŵŽŝŶƐĂĐĐŽƌĚĞƌĚĞƐƉƌŝŽƌŝƚĠƐăĐĞƋƵŝǀŽƵƐƐĞŵďůĞůĞƉůƵƐ
important pour vous-mêmes et vos futurs enfants qui prolongeront la lignée familiale.
***
EPILOGUE
Nous voilà donc arrivés au terme des Regards sur l’Evolution de la sphère domestique paysanne concernant
notamment la condition des femmes depuis 1850. Etant née en 1937, j’estime faire partie de la dernière génération
dont les parents et les grands- parents auront vécu dans une ferme avant et après 1900 et dont les souvenirs relatés
dès mon enfance me sont restés gravés.
Profitant du temps de la retraite, consciente de l’extrême rapidité de l’évolution de notre société au cours du XXe
siècle, j’ai décidé d’interroger ma mère sur ce qu’elle avait vécu étant jeune, avant de quitter la ferme. Elle a accepté.
J’ai consigné sur un grand cahier, commencé le dimanche 31 août 1997, les souvenirs recueillis sur les sujets évoqués.
La prise de notes effectuée par petits épisodes s’est étalée sur 4 ans. Mais la rédaction de mon étude à partir de ces
notes a duré plus longtemps. Commencée à Montlouis sur Loire (37) en 2000 de façon succincte, élargie ensuite par la
recherche de références complémentaires, je n’ai entamé la rédaction finale qu’à partir de 2008, après mon arrivée à
Montfavet (84). L’insertion d’illustrations sans lesquelles le texte eut été trop ardu et la mise en place de tableaux
m’ont pris beaucoup de temps. Mais cela m’a paru essentiel pour la compréhension des sujets, notamment pour mes
petits-enfants habitués à l’image et nés à une date postérieure aux principaux faits évoqués, inconnus pour eux.
Je voulais leur transmettre l’essentiel de ce que ma mère m’avait dit. En fait, quand je me suis mise à l’ouvrage, j’ai
compris qu’il me fallait vérifier ses informations et les situer dans le contexte, notamment historique. Le « Larousse
Agricole » paru en 1921/1922 m’a été indispensable pour tout ce qui se rapporte aux travaux de la ferme. En ce qui
concerne l’évolution de l’économie agricole, de l’habitat paysan, des vies familiales et des exploitations, « l’Histoire
de la France Rurale de 1914 à nos jours, Tome 4 », par Michel Gervais, paru en 1976, m’a été très utile. Pour tout ce
qui dépend de la vie quotidienne : mobilier, éclairage, alimentation y compris l’autoconsommation, les habits paysans
et l’entretien du linge, il m’a fallu piocher dans mes propres connaissances, dans quelques livres achetés à cette
occasion et évidemment surfer sur Internet. L’utilisation d’Internet n’est pas évidente. J’y ai trouvé d’excellents sites
dont j’ai donné les références. Mais d’autres plus nombreux sont des copies d’autres sources rarement mentionnées.
Des erreurs s’y glissent et la rédaction laisse souvent à désirer. Les souvenirs de ma mère, ma formation générale et
technique et mes propres souvenirs constituent la trame de cette étude.
Ce que j’ai réalisé devrait représenter pour mes enfants et surtout mes petits-enfants une approche synthétique et
personnalisée de la vie de l’une de leurs arrière grands- mères : Maria Gérard (1908/2004) - maternelle pour François
et Héloïse, paternelle pour Taline, Cyrus et Danaé - et leur donner un aperçu de la façon de vivre et de travailler
autrefois dans les familles agricoles et rurales. Quelques répétitions leur permettront sans perdre le fil, de lire les
thèmes par chapitre. Par ailleurs les deux sommaires, résumé et détaillé, leur donneront la possibilité d’accéder
directement à des points particuliers.
Autant que j’ai pu, j’ai précisé l’évolution des thèmes abordés depuis les temps anciens jusqu’à la période de l’an
2000, en les élargissant parfois à d’autres milieux sociaux ou à d’autres régions, tant il est vrai que la conscience d’une
façon de vivre dépend surtout de sa comparaison avec d’autres.
Vous aurez sans doute remarqué à quel point la vie quotidienne est un carrefour pluridisciplinaire. Elever ses enfants,
faire à manger, gérer un budget, utiliser des appareils, raisonner des achats, équiper et entretenir un logement,
organiser son temps, équilibrer vie familiale et vie professionnelle, savoir effectuer des démarches, avoir des notions
juridiques … demande une somme de connaissances le plus souvent apprises sur le tas, car peu enseignées dans les
écoles et dévalorisées par le plus grand nombre. Et pourtant être responsable d’une famille au jour le jour relève à la
fois de pratiques et de connaissances scientifiques, économiques et juridiques. Et l’on reconnaît mieux aujourd’hui
l’importance de l’encadrement des enfants tant à la maison qu’à l’école, pour créer le sens civique dans une nation.
Evidemment, pour des générations de femmes, rester à la maison a longtemps été assimilé à une situation de « ne
travaille pas », ou « sans profession », alors que l’éducation des enfants et la tenue d’un foyer exigent du temps et des
compétences. A mon avis, le fond du problème est triple : le confinement dans une maison ne favorise pas la
communication, il n’est pas socialement parlant valorisant et il n’est pas rémunéré.
Alors, pour atteindre leur autonomie, les femmes d’aujourd’hui exercent un métier parfois à domicile, le plus souvent
à l’extérieur de la maison, en plus de leurs autres taches familiales. Depuis 1960, elles sont majoritairement salariées,
parfois responsables d’entreprises ou exerçant des professions libérales. Parallèlement, sauf pour les parents isolés, le
partage des activités du ménage progresse et commence à se banaliser dans les générations de moins de quarante
ans, même si les femmes y travaillent toujours plus. Dans certains cas, des hommes choisissent de rester «à la
maison » pour élever les enfants et gérer la maison pendant que Madame travaille. Si ce choix est une notable
évolution par rapport à l’identité des sexes, il est peu fréquent et non représentatif du plus grand nombre.
Depuis la fin de la première Guerre mondiale, la condition des femmes et leur place dans la société de pays
démocratiques ont évolué d’abord progressivement puis considérablement. Si on se réfère en France au droit de vote
des femmes, appliqué pour la première fois en 1945, l’évolution du droit des femmes dans la société aura été plus
importante en moins de cinquante ans que pendant tous les siècles précédents, du jamais vu. Certes, des progrès
restent encore à faire dans certains milieux, mais il serait absurde de nier l’importance et la rapidité de cette
évolution.
Aujourd’hui les familles n’ont plus le même statut qu’autrefois. Dans le meilleur des cas, la plupart des enfants sont
élevés par leurs parents. Même si l’habitat évolue ainsi que les conditions de vie et de travail, quel que soit
l’environnement, le cadre familial leur sert de point d’ancrage et reste celui qui les aidera à s’adapter au monde
dans lequel ils devront vivre.
Pour pouvoir apprécier ce que l’on vit, il est bon de connaître ce qui s’est passé avant. Cela nous permet de savoir
d’où l’on vient et de relativiser les évènements, tout en ayant une pensée pour ceux qui nous ont précédés et à qui
l’on doit souvent quelque chose, puisqu’ils nous ont transmis la vie.
Avec ma tendre affection pour mes enfants et petits-enfants auxquels je dédie ce panorama sur la vie quotidienne
d’autrefois en milieu paysan et rural, notamment vers les années 1900.
Irène BOULONGNE
Septembre 2015
Table des Matières 1
PARTIE 2 - >͛,/dd/KEWz^EE ź
2.10 x Le contexte de ů͛ŚĂďŝƚĂƚ ƉĂLJƐĂŶ ĞŶ &ƌĂŶĐĞ ĚĠďƵƚ yyĞ ʹ Les 148
Le contexte de grandes étapes du confort technique
Habitation
x La structure de la salle commune début XXe, représentations 151
ů͛ŚĂďŝƚĂƚŝŽŶ
et dans quelques régions de France : Quercy, Cantal, Pyrénées,
paysannne Aubrac, Alsace, Moyenne Provence ʹ les maisons paysannes
vers 1900 Salle bretonnes début XXe, illustrations ʹ La salle commune des
commune fermes en Ille et Vilaine vers 1920 ʹ la salle commune de la
La salle commune ferme des Gérard à La Prise ʹ ůĂƐĂůůĞĐŽŵŵƵŶĞĚ͛ƵŶĞŐƌĂŶĚĞ
ferme des environs de Rennes en Ille et Vilaine
PARTIE 3 ʹ >͛>/DEdd/KEWz^EEd>d> ź
3.10 x Le Temps des Famines Chroniques ʹ le Temps de la Suffisance 336
Alimentaire
>͛ůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ x >͛ůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶƉĂLJƐĂŶŶĞďƌĞƚŽŶŶĞĂƵy/yĞĞƚĚĠďƵƚ XXe 342
x ƵƚƌĞƐŝŶĨŽƌŵĂƚŝŽŶƐƐƵƌů͛ůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶĚĞƐƉĂLJƐĂŶƐĞŶ France 344
paysanne : au Moyen- Âge, vers 1900 dans le Queyras, fin XIXème dans
ůĞƐ ƀƚĞƐ Ě͛ƌŵŽƌ͕ ĂƵ y/yĞ ĐŚĞnj ůĞƐ ƉĂLJƐĂŶƐ ŚĂƵƚ-alpins, en
>͛ůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ Provence au cours des siècles
paysanne x Evolution des aliments aux Halles de Paris entre le Moyen-Âge 350
Ğƚů͛ĠƉŽƋƵĞ moderne
3.21 x Evolution de la table et de son usage ʹ Témoignages régionaux 356
La Table - Ambiances de tables paysannes après 1950
La Table x Evolution des pratiques de cuisson des aliments : feu direct 360
paysanne
extérieur, foyers de cheminées intégrées dans les murs, foyers
et centraux au sol chez les paysans
* du Moyen-Âge au XVIIe : feux intégrés seulement dans les 362
Les Feux de fermes logis ʹ à partir de 1650 généralisation des cheminées
les Feux de
cuisson des cuisson dans les maisons paysannes ʹ Ambiances de cheminées
paysannes vers 1900
aliments * les fourneaux potagers ou les premiers feux domestiqués à 366
partir du XVIIe
Table des Matières 5
PARTIE 5 - >͛hdKKE^KDDd/KE ź
x WĞƚŝƚĞ ŚŝƐƚŽŝƌĞ ĚƵ ƉĂŝŶ ĂǀĂŶƚ Ğƚ ĂƉƌğƐ ů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĂůŝƐĂƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ 427
5.11
farine et de la levure vers 1850
Le Pain x La réalisation du Pain à la Ferme vers 1900 : préparation du 428
levain naturel, pétrissage, façonnage et mise en panières,
à temps de fermentation, cuisson, conservation -
Illustrations
la Ferme x >͛ĂůůƵŵĂŐĞ ĚƵ ĨŽƵƌ ĚĂŶƐ ůĞƐ ĨĞƌŵĞƐ Ğƚ ůĞ ƐƵŝǀŝ ĚĞ ůĂ ĐƵŝƐƐŽŶ ͗ 434
témoignages et illustrations ʹ Evolution de la consommation
de pain au cours du XXe
Le Pain au levain x ǀŽůƵƚŝŽŶ ĚĞ ů͛ƵƐĂŐĞ ĚĞƐ ĨŽƵƌƐ ă ƉĂŝŶ ĞŶ &ƌĂŶĐĞ͕ ĚŝĨĨĠƌĞŶƚƐ 438
5.12
à la ferme matériaux de construction
Les fours x Les fours banaux puis communaux ʹ Illustrations 439
vers 1900 à x >Ă ĐŽŶƐƚƌƵĐƚŝŽŶ ĞŶ ŵĂĕŽŶŶĞƌŝĞ Ě͛ƵŶ ĨŽƵƌ ă ƉĂŝŶ ͗ ƐŽĐůĞ͕ ƐŽůĞ͕ 441
pain gueule, voûte, évacuation des fumées, couverture ʹ les fours
en argile ʹ photos et schéma
Table des Matières 6
6.16
Les Costumes x Les costumes pour les travaux agricoles : moissons, 705
de Travail : Pays vendanges, olives, bergers, taureaux et chevaux camarguais
Ě͛ƌůĞƐĞƚ x Les costumes de gardians : dans les manades, dans les 709
Camargue manifestations publiques Ě͛ĂƉƌğƐůĂŚĂƌƚĞĚĞdƌĂĚŝĐŝŽƵŶ͕lors
Les costumes de fêtes, costumes à pied ou à cheval pour les amazones
des hommes 711
x Les costumes traditionnels des hommes arlésiens
arlésiens
x Aire géographique ʹ Présentation globale du costume 713
6.17
comtadin ʹ Les tissus provençaux : indiennes, boutis, piqué de
Marseille, les techniques Ě͛ŝŵƉƌĞƐƐŝŽŶ
Les
x Caractéristiques du costume comtadin, Ě͛ĂƉƌğƐ ůĞ 718
costumes Conservatoire de Pernes les Fontaines (84) : féminin, masculin,
enfant, paysannes et paysans, bugadière, grangère, granger ʹ
Comtadins x >ĞƐƉŝğĐĞƐĚƵĐŽƐƚƵŵĞĐŽŵƚĂĚŝŶĚ͛ĂƉƌğƐ Wikipedia 722
x WůĂĐĞĚĞůĂǀŝůůĞĚ͛ǀŝŐŶŽŶĞƚĚƵsĂƵĐůƵƐĞĚĂŶƐůĂƚƌĂŶƐŵŝƐƐŝŽŶ 726
des costumes de la vallée rhodanienne
x Les costumes de Basse Provence : aire géographique -Les 728
6.18
pièces des costumes féminins et masculins : paysans, artisans,
Les costumes
ďĂƐƚŝĚĂŶƐ͕Ě͛ĂƉƌğƐ>ŽƵZŽƵĚĞůĞƚĚĞŝDŝĞůŽĚ͛ŝdžĞŶWƌŽǀĞŶĐĞ ʹ
de x Images de costumes de Basse Provence par catégories sociales 731
Basse Provence ͗ ƉĂLJƐĂŶƐ͕ ĂƌƚŝƐĂŶƐ͕ ďĂƐƚŝĚĂŶƐ͕ Ě͛ĂƉƌğƐ le Rode de Basse
WƌŽǀĞŶĐĞĚƵsĂƌĞƚ>ŽƵZŽƵĚĞůĞƚĚĞŝDŝĞůŽĚ͛ŝdžĞŶWƌŽǀĞŶĐĞ͕
et échappée sur le pays de Marseille
Table des Matières 10
au XIXème et x Ğ ů͛ŶƚŝƋƵŝƚĠ ă ůĂ ĨŝŶ ĚƵ y/yĞ͕ ƵŶĞ ĚĠĐŽƵǀĞƌƚĞ ĞŶ ϮϬϭϮ ͗ ůĞ 753
6.20
soutien-gorge médiéval autrichien
dans la Les sous- x Fin XIXe, création du 1er « corselet-ŐŽƌŐĞ ͩ Ě͛,ĞƌŵŝŶŝĞ 754
vêtements er
ere
1 moitié Cadolle à Paris ʹ 1913 : création du 1 soutien-gorge moderne
par Mary Phelps Jacob, américaine
du XXe Soutien-Gorge x Evolution du soutien-ŐŽƌŐĞĂƵĐŽƵƌƐĚƵyyĞĞƚũƵƐƋƵ͛ăϮϬϭϮ͗ 754
illustrations légendées
Jupons des x Les paysannes et le soutien-gorge - Les jupons des paysannes, 756
illustrations régionales
paysannes x Les Protections féminines : évocation résumée depuis 760
ů͛ŶƚŝƋƵŝƚĠ ʹ XIXe aux Etats-Unis : les « sacs à chiffons » - fin
Protections XIXe/début XXe : pratiques hygiénistes, 1920 confection de
serviettes hygiéniques et de ceintures sanitaires ʹ 1936 en
féminines France les 1ers Tampax ʹ 1960 : garnitures jetables ʹ
1970/1080 : serviettes auto-adhésives et publicité autorisée ʹ
2000 : doléances des écologistes contre les déchets de la 762
planète ʹ alternatives
x Les paysannes et les protections périodiques 763
Partie 7 ʹ >͛EdZd/Eh>/E' ź
x Histoire du Lavage : de la Préhistoire au lave-linge, Ě͛ĂƉƌğƐƵŶĞ 765
7.11
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Histoire du [Link]
x Les souvenirs de Mémé Maria sur les jours de grande lessive à 772
Lavage la ferme, images de lavoirs en Ille et Vilaine
x Le lavage du linge vers 1900 : le tri - ů͛ĞƐƐĂŶŐĞĂŐĞ (ou 776
* prélavage manuel) -ů͛ĞŶĐƵǀĂŐĞŽƵƉƌĠƉĂƌĂƚŝŽŶĚƵĐƵǀŝĞƌ- le
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Lessive blanchissage au soleil dans quelques régions - le séchage -
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La Grande LĞƐƐŝǀĞĚ͛ĂƵƚƌĞĨŽŝƐĂƵy/yğŵĞ͕Ě͛ĂƉƌğƐů͛ƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶ
Les Moulins de Fontaines- Fourches (Marne) : 781
x Images de prélavage ou de rinçage à la rivière ou au lavoir 785
7.12
Images de x Lavoirs en Isère - Témoignages 788
à la ferme x La Bugado en Provence, selon Nadine de Trans en Provence : 791
lavage à la
[Link] et le blog
rivière ou au de Garibondy : [Link] ʹ
lavoir Témoignage - Images de lavoirs en Provence 794
Table des Matières 11
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Les stratégies de consommation de viande chez les agriculteurs en France ont connu plusieurs évolutions depuis les années 1960. L'arrivée de l'équipement de froid (réfrigérateurs et congélateurs) dans les foyers agricoles a conduit à une augmentation de l'autoconsommation de viande, notamment avec la congélation de diverses viandes comme le porc, le veau et la volaille . Cette pratique a été facilitée par la vulgarisation des congélateurs, ce qui a entraîné un stockage plus important des viandes à la ferme. Parallèlement, les Groupements de Développement Agricole (GDA) ont mis en garde contre une surconsommation de viande et ont encouragé des pratiques plus saines, anticipant ainsi les futures recommandations sanitaires . Entre 1967 et 2007, la consommation de viandes chez les agriculteurs a subi des changements notables: les viandes de bœuf et de veau ont diminué, tandis que les viandes de porc et de volaille ont augmenté . Il est observé que les agriculteurs consomment plus de produits bruts riches en valeur nutritive, comme les viandes rouges, en comparaison avec d'autres catégories socioprofessionnelles, qui ont tendance à consommer moins de viandes rouges en vue des préoccupations de santé apparues surtout après 1980 . Globalement, la tendance générale montre une diminution progressive de la consommation de viandes rouges au profit des viandes de volaille et d'autres produits transformés, un changement incité aussi par les recommandations de santé publique .
Les coutumes traditionnelles alimentaires et vestimentaires partagent plusieurs points communs, notamment la dimension communautaire et l'importance du patrimoine culturel. Les repas collectifs autour de l'abattage de cochon impliquaient la participation de la famille, des amis et des voisins, similaire aux rassemblements familiaux pour transmettre les vêtements traditionnels, perpétués par les mamés qui les transmettent à leurs descendantes . En outre, tant les coutumes alimentaires que vestimentaires se sont adaptées en incorporant de nouveaux éléments au fil du temps, tout en conservant des aspects traditionnels. Par exemple, les évolutions alimentaires ont introduit de nouveaux ingrédients à travers les époques tout en maintenant des pratiques anciennes . De même, les costumes traditionnels provençaux ont intégré des tissus et des motifs nouveaux comme les indiennes, tout en préservant des techniques anciennes comme le boutis . Ces coutumes reflètent également un souci de conformité aux saisons, où les repas comme les vêtements s'adaptent aux conditions climatiques .
La surconsommation de produits d'origine animale a un impact significatif sur l'environnement, notamment en renforçant l'effet de serre, contribuant à la déforestation, et amenant à la pollution des eaux et à la formation de pluies acides . L'élevage détourne des ressources nécessaires à l'alimentation humaine, ce qui signifie un gaspillage des terres agricoles. Pour produire un kilogramme de bœuf, il faut plusieurs centaines de mètres carrés de terres, augmentant encore l'empreinte écologique du secteur .
L'industrialisation et la mondialisation de l'économie alimentaire posent des défis majeurs tels que l'introduction de produits alimentaires potentiellement pollués par les méthodes de production modernes, comme l'usage de fertilisants et de pesticides . De plus, ces changements ont mené à une surabondance d'aliments ultra-transformés, rendant difficile la régulation et le contrôle de l'alimentation par les individus, souvent influencés par des normes sociales de consommation . Les effets sur la santé incluent une augmentation de maladies liées à l'alimentation comme l'obésité et les maladies cardiovasculaires .
Plusieurs facteurs ont contribué à la diminution de la consommation de viandes de bœuf et de veau en France entre 1967 et 2007. La première raison est l'évolution des préoccupations de santé alimentaire, avec un accent sur les risques sanitaires liés aux viandes rouges, exacerbés par des crises comme celle de la vache folle . Les consommateurs ont également réagi en faveur de produits perçus comme plus sains et moins chers, comme la volaille, dont la consommation a augmenté pendant cette période . Un changement dans les modes de vie a également conduit à une diminution du temps consacré à la préparation des repas, poussant les ménages à se tourner vers des plats préparés, augmentant ainsi la consommation de viandes prêtes à l'emploi comme le porc . En parallèle, la réduction du prix des volailles par rapport à la viande de bœuf a également influencé ces choix . Enfin, l'augmentation de la prise de conscience des impacts écologiques et des tendances vers une alimentation moins carnée a joué un rôle, notamment dans les milieux plus aisés et éduqués .
La transition des rôles économiques des femmes, notamment depuis les années 1960, a influencé la demande alimentaire en France. Les femmes, étant de plus en plus présentes sur le marché du travail et souvent deviennent salariées ou entrepreneurs, ont moins de temps pour préparer des repas traditionnels à domicile. Cette évolution a entraîné un changement dans les habitudes alimentaires, augmentant la demande pour des aliments transformés ou prêts à consommer, qui sont plus rapides et faciles à préparer . En parallèle, les supermarchés ont diversifié leurs offres, y compris des produits non alimentaires, incitant à des comportements d'achat plus diversifiés . Cette transition a par ailleurs encouragé la tendance vers l'achat de produits alimentaires en grandes surfaces, réduisant le temps consacré aux courses et facilitant le choix d'aliments pratiques .
Les milieux aisés consomment moins de viande que les milieux populaires en France principalement parce qu'ils accordent plus d'importance aux recommandations de santé et aux régimes alimentaires équilibrés qui préconisent la réduction de la consommation de viande rouge et de charcuterie, associés à des risques de santé . De plus, les milieux aisés ont tendance à privilégier des viandes de meilleure qualité comme la volaille et l'agneau, qui sont souvent perçues comme plus saines que le porc . En revanche, les milieux populaires consomment plus de porc et de charcuterie, souvent pour des raisons économiques, ces produits étant généralement plus abordables que les viandes de qualité supérieure .