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Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 603

LE COCHON
« Les Jours du Cochon »

Le porc, appelé plus souvent le cochon, voir le pourceau, le pourciau (prononcez le pourcia͛o), ou le goret, ĂĠƚĠů͛ƵŶĞ
ĚĞƐƉƌĞŵŝğƌĞƐĞƐƉğĐĞƐĂŶŝŵĂůĞƐĚŽŵĞƐƚŝƋƵĠĞƐƉĂƌů͛ŚŽŵŵĞ. Sur beaucoup de sites archéologiques du Néolithique,
ůĞƐĚĠƉŽƚŽŝƌƐůŝǀƌĞŶƚƋƵĂŶƚŝƚĠĚ͛ŽƐƐĞŵĞŶƚƐ͘ ĂŶƐůĞŵŽŶĚĞƌƵƌĂůĞƚĂŐƌŝĐŽůĞĚ͛ĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕ůĂƚƌĂĚŝƚŝŽŶĚĞůĂ&ġƚĞĚƵ
Cochon perdure, notamment en Bretagne, dans le sud-ouest et les régions de montagne͕ĞŶƚƌĞů͛ĂƵƚŽŵŶĞĞƚů͛ŚŝǀĞƌ.
Le jour du sacrifice, vécu comme une fête de l'abondance et de l'entraide, marque l'avènement de l'hiver ou du
printemps. EŶĐĂƐĚĞĚĞƵdžƚƵĞƌŝĞƐĚĞĐŽĐŚŽŶƐăů͛ĂŶŶĠĞ͕ůĂƉƌĞŵŝğƌĞĂǀĂŝƚůŝĞƵ généralement ĞŶŵĂƌƐ͕ů͛ĂƵƚƌĞăůĂ
Toussaint. Et dans quelques lieux, les dates variaient, ainsi : en mai à Gien dans le Loiret, en juillet à Cambremer dans
le Calvados, sous la neige en montagne. Mais le plus souvent Pâques et la Toussaint ou les vendanges étaient des
dates associées. Le « jour du cochon » pŽƵǀĂŝƚ ŶĞ ĚƵƌĞƌ ƋƵ͛ƵŶĞ ƐĞƵůĞ ũŽƵƌŶĠĞ͘ DĂŝƐ ůĞ ƉůƵƐ ƐŽƵǀĞŶƚ ůĞƐ ũŽƵƌƐ ĚƵ
ĐŽĐŚŽŶ Ɛ͛ĠƚĂůĂŝĞŶƚ ƐƵƌ  plusieurs jours : le premier pŽƵƌ ů͛ĂďĂƚƚĂŐĞ, nettoyage, dépeçage et un second, voire un
troisième pour les charcutailles.

A- PLACE DU PORC À LA FERME


Dans la plupart des fermes ĞƚĚ͛ĂƉƌğƐůĞƐƚĠŵŽŝŐŶĂŐĞƐ͕ŽŶĠůĞǀĂŝƚƵŶŽƵĚĞƵdžĐŽĐŚŽŶƐ, souvent achetés au marché à
ů͛ĠƚĂƚ ĚĞƉŽƌĐĞůĞƚ͕ƉĂƌĨŽŝƐŶĠƐƐƵƌůĂ ĨĞƌŵĞ͘ Cependant dans de très petites fermes ou parfois entre ruraux, plusieurs
familles pouvaient se réunir pour acheter un porcelet au marché et le faire élever ĂƵ ĨŽŶĚ Ě͛ƵŶ ũĂƌĚŝŶ, avant de
ƉĂƌƚŝĐŝƉĞƌăůĂ ũŽƵƌŶĠĞĚĞůĞƵƌĐŽĐŚŽŶĞƚ ĚĞƐ͛ĞŶƉĂƌƚĂŐĞƌ ůĞƐŵŽƌĐĞĂƵdžĞƚ ůĞƐƉƌĠƉĂƌĂƚŝŽŶƐ͘ Le cochon était le plus
souvent élevé dans un petit bâtiment à part parfois petit, ƐŽŵďƌĞĞƚŵĂůĞŶƚƌĞƚĞŶƵ͕ƉĂƌĨŽŝƐĞŶůŝďĞƌƚĠ͘>͛ĂďĂƚƚĂŐĞƐĞ
faisait sur place.

Marché aux cochons à Pamiers, Ariège ʹ vers 1900 La « pâtée » du cochon dans la cour de la ferme, Pyrénées, 1900

Départ de cochons soigneusement harnachés pour le marché Marché aux cochons à Huelgoat Finistère Est dans le Parc
de Plougastel (pointe ouest du Finistère) - fin XIXe Ě͛ƌŵŽƌŝƋƵĞ͕ƐŝƚƵĠĂƵĐĞŶƚƌĞĚĞůĂƌĞƚĂŐŶĞ- vers 1930
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 604

Les familles pauvres ƋƵŝŶĞĚŝƐƉŽƐĂŝĞŶƚĚ͛ĂƵĐƵŶĐŚĂŵƉŶŝĚ͛ĂƵĐƵŶĞ récolte pour leur cochon, le laissaient errer aux
environs de leur closerie de misère ou sur les terrains communaux ou le long des chemins ăů͛ĠƉŽƋƵĞĚĞƐŐůĂŶĚƐĞƚĚĞƐ
châtaignes. Fouillant dans la fange, le porc y cherchait avidement vers, racines ou fruits sauvages surtout des glands.
Chez ces derniers, le cochon était si précieux que faute de pouvoir le loger à part, certains le soignaient dans le logis
même, ce qui engendrait des saletés et surtout des risques pour les enfants en bas-âge. Cette pratique de la
cohabitation se ƉĞƌƉĠƚƵĞũƵƐƋƵ͛ĂƵĚĠďƵƚĚƵyyĞƐŝğĐůĞ͘WŽƵƌƉƌĞƵǀĞ͕ĐĞƚƚĞĂƌƚŝĐůĞĚĞƉƌĞƐƐĞƉƵďůŝĠƉĂƌů͛hŶŝŽŶ>ŝďĠƌĂůĞ
de Dinan le 11 mars 1900 : « Madame Callonec sort de chez elle le 2 mars, en laissant sa petite fille de 11 mois dans
son berceau. Un porc se trouve dans la pièce et Madame Callonec oublie de le chasser. >͛ĂŶŝŵĂůĐŚĂǀŝƌĞůĞďĞƌĐĞĂƵĞƚ
ŵĂŶŐĞ ƵŶĞ ŵĂŝŶ Ğƚ ƵŶ ƉŽŝŐŶĞƚ ĚĞ ů͛ĞŶĨĂŶƚ ƋƵŝ ŵĞƵƌƚ ĚĞƐ ƐƵŝƚĞƐ ĚĞ ƐĞƐ ďůĞƐƐƵƌĞƐ ». Il paraît que ces drames hélas
étaient maintes fois répétés. Ils disparurenƚĚğƐƋƵĞůĞƐĐŽŶĚŝƚŝŽŶƐĚĞǀŝĞĞŶŐĠŶĠƌĂůƐ͛ĂŵĠůŝŽƌğƌĞŶƚĂƉƌğƐůĂƉƌĞŵŝğƌĞ
guerre mondiale.
L͛ĂĚĂŐĞ ͨ Tout est bon dans le cochon » (hormis la bile), était connu et très apprécié. En effet la chair même du
cochon permet de proposer des mets variés. Les mĞŝůůĞƵƌƐ ŵŽƌĐĞĂƵdž ƐŽŶƚ ĐŽŶƐŽŵŵĠƐ ă ů͛ĠƚĂƚ ĨƌĂŝƐ͕ ůĞƐ ĂƵƚƌĞƐ
peuvent se conserver sous plusieurs formes (voir Partie 4, la Conservation des Aliments). Pour mémoire, rappelons
ƋƵ͛ă ĐƀƚĠ ĚĞƐ ĐŽĐŚŽŶŶĂŝůůĞƐ (saucisses, saucissons, andouilles, terrines, rillettes, graillons et confits), le sang
permettait de confectionner le boudin, les poils étaient vendus au chiffonnier et les soies transformées en brosses,
les intestins soigneusement lavés servaiĞŶƚ Ě͛ĞŶǀĞůŽƉƉĞƐ aux charcuteries et la vessie pouvait être employée à
divers usages.

B - LE LOGEMENT ET LA NOURRITURE DU COCHON DANS LES FERMES


Le porc est un animal facile à nourrir, notamment avec des épluchures et des eaux grasses. NŽŵďƌĞ Ě͛ĠĐƌŝƚƐ
rappellent que ĚĂŶƐůĞƐĨĞƌŵĞƐ͕ů͛ĂŶŝŵĂůĞƐƚĞŶĨĞƌŵĠƉŽƵƌĞngraissement dans des soues. Bien nourri dans la semi-
obscurité et condamné à peu de mobilité, il accumulait le gras͕ĐĞƋƵŝŶ͛était pas apprécié dans toutes les régions.
Omnivore, il est facile à nourrir : feuilleƐĚ͛ŽƌŵĞ͕ Ě͛ŽƌƚŝĞƐ͕ĐƌŝďůƵƌĞƐĚĞŐƌĂŝŶƐ͕ƉŽŵŵĞƐĚĞƚĞƌƌĞĠĐƌĂƐĠĞƐĂǀĞĐƵŶ
pilon pour obtenir la pâtée.

Soue à cochons à Loguivy Soues à cochons en Ille et Vilaine, XXe Soue à cochons en Lozère, XXe
Pougras, XIXe
Dans les montagnes ariégeoises, les porcelets achetés au marché au mois de septembre ĠƚĂŝĞŶƚ ĞŶŐƌĂŝƐƐĠƐũƵƐƋƵ͛ă
ů͛ŚŝǀĞƌĚ͛ĂƉƌğƐ͕ĞŶĚĠǀŽƌĂŶƚůĞƐůĠŐƵŵĞƐĞƚůĞƐƉąƚĠĞƐĂƉƉŽƌƚĠĞƐƉĂƌůĂĨĞŵŵĞƚŽƵũŽƵƌƐĐŚĂƌŐĠĞĚĞůĂďĂƐƐĞ-cour. La
nourriture se composait exclusivement des légumes ou fruits cultivés par le foyer : pommes de terre, betteraves,
ŶĂǀĞƚƐ͕ƉŽŵŵĞƐ͕ĐŚŽƵdž͕ďůĞƚƚĞƐ͙ĂƵdžƋƵĞůƐƐ͛ĂũŽƵƚĂŝĞŶƚůĞƐŽƌƚŝĞƐ͘>ĞƚŽƵƚĠƚĂŝƚĐƵŝƚƉĞŶĚĂŶƚĚĞůŽŶŐƵĞƐŚĞƵƌĞƐƐŽŝƚ
dans une grande marmite en fonte située au-ĚĞƐƐƵƐĚ͛ƵŶĨŽLJĞƌĚĂŶƐůĂĐŽƵƌ, soit dans le chaudron de la cheminée.
ĐƌĂƐĠƐĂǀĞĐƵŶƉŝůŽŶ͕ůĞƐůĠŐƵŵĞƐĠƚĂŝĞŶƚĂƌƌŽƐĠƐĚĞƐŽŶĂǀĂŶƚĚ͛ġƚƌĞƐĞƌǀŝƐĂƵĐŽĐŚŽŶ͘ Le mélange était versé dans
une auge en pierre. Les sorties du cochon étaient restreintes ͗ƵŶĞăĚĞƵdžƉƌŽŵĞŶĂĚĞƐĚĂŶƐůĂƐĞŵĂŝŶĞĞƚĐ͛ĠƚĂŝƚƚŽƵƚ.
ŝŶƐŝĚŽƌůŽƚĠ͕ăů͛ąŐĞĚĞĚĞƵdžĂŶƐ͕ůĞĐŽĐŚŽŶĂƚƚĞŝŐŶĂŝƚůĞƉŽŝĚƐƌĞƐƉĞĐƚĂďůĞĚĞϮϬϬăϮϰϬŬŝůŽƐ͘

ĂŶƐ ů͛/ƐğƌĞ, « à Brézins, les cochons mangeaient la préparation cuite dans la chaudière : patates, carottes,
topinambours, raves, navets. Chez nous, on ne tuait pas de gros cochons, 100/120 kilos, jamais plus, mais chez Jean
Mathais, ils étaient nombreux à manger, ils tuaient des cochons de 140/150 kilos ». Souvenirs de Denise et André
Veyron des Marguets ». [Link]
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 605

C - LES PARTICULARITÉS DES « JOURS DU COCHON » À LA FERME


C1 -Le cérémonial et ů͛ĂŵďŝĂŶĐĞĚĞĐĞƐ journées
Le cochon était tué, plutôt le matin par un homme du métier : le tueur de pourceau, « ůĞ ƚƵŽƵ Ě͛ƉŽƵƌĐŝĂƵdž » en
Bretagne, le saigneur de cochon - puis ů͛ĂŶŝŵĂůŶĞƚƚŽLJĠĞƚǀŝĚĠ. Il était transformé le jour même ou le lendemain ou
le surlendemain en mets délicieux. Les charcutailles se terminaient le dernier soir par « le repas du Cochon ».
Suivant les régions, cet évènement portait des noms différents, parfois discrets comme : « le Jour du Cochon » aux
environs de Tinténiac, « la Saint Cochon » en Auvergne, « la Fête du Cochon » ĞŶ ŽƌƌğnjĞ Ğƚ ĚĂŶƐ ů͛ƵĚĞ͕ parfois
réalistes comme « la Tuaison du Cochon » dans les Pyrénées, « la Tuerie du Cochon ͩƉƌğƐĚĞ&ŽƵŐğƌĞƐăů͛ĞƐƚĚĞů͛/ůůĞĞƚ
Vilaine, en Vendée et dans le Gers. NB Ě͛/ƌğŶĞ : Il est évident que cette ůŝƐƚĞŶ͛ĞƐƚƉĂƐĐŽŵƉůğƚĞĞƚƋƵĞ Ě͛ĂƵƚƌĞƐappellations ont
du exister.
C2 - LĂĨġƚĞĚĞůĂǀŝĞĐŽŵŵƵŶĂƵƚĂŝƌĞĞƚĚĞů͛ĞŶƚƌĂŝĚĞ
Y étaient invités les membres de la famille, les amis, les voisins qui avaient rendu service et ceux à qui on voulait
faire plaisir͘ŝĞŶĞŶƚĞŶĚƵ͕Ɛ͛ŝůƐƉĂƌƚĂŐeaient le travail, ils partageaient aussi le festin final ou emportaient quelques
morceaux et préparations. Lorsque les convives se séparaient, dans la nuit claire de l'hiver, ce n'était jamais pour bien
longtemps : quelques jours plus tard la fête se déroulait dans un autre foyer, pour l'abattage d'un nouveau cochon ! Et
il faut savoir que certains notables : le recteur de la paroisse toujours, le notaire ou le propriétaire de la ferme parfois
à qui les fermiers ou les familles étaient redevables recevaient en offrandes, des morceaux de porc et des
charcuteries.
ŶĨŽŶĐƚŝŽŶĚĞů͛ŝŵƉŽƌƚĂŶĐĞĚĞůĂĨĞƌŵĞŽƵĚĞůĞƵƌƌŝĐŚĞƐƐĞ͕ůĞƐĨĂŵŝůůĞƐƉŽƵǀĂŝĞŶƚŽƌŐĂŶŝƐĞƌdeux à trois « tueries de
cochon ͩăů͛ĂŶŶĠĞ͕ŵĂŝƐĐĞůĂƉŽƵǀĂŝƚǀĂƌŝĞƌ͘>ĞƐŵŽŝŶƐĂŝƐĠĞƐŶĞƉŽƵǀĂŝĞŶƚƐ͛ŽĨĨƌŝƌƋƵ͛ƵŶĞƐĞƵůĞďġƚĞ͘Mais comme les
uns et les autres participaient à plusieurs tueries chez des voisins, la période du cochon pouvait durer un ou deux
mois. A la ferme de La Prise, Maria Gérard ŵ͛ĂƉĂƌůĠĚĞĚĞƵdžĐŽĐŚŽŶƐƚƵĠƐdans une année, avant la guerre de 1914,
ĞƚĚ͛ƵŶƐĞƵůĞŶƐƵŝƚĞ͘
La décision de tuer le cochon et la fixation de la date dépendaienƚ ĚĞ ůĂ ƚĂŝůůĞ ĚĞ ů͛ĂŶŝŵĂů ƋƵŝ ĚĞǀĂŝƚ ġƚƌĞ
suffisamment gros. Les chiffres varient : autour de 110 à 120 kg dans certaines régions, autour de 400 livres (soit
200 kg) en Bretagne et dans le sud ouest ĚƵĨĂŝƚƋƵĞů͛ĂŶŝŵĂůĠƚĂŝƚƚƌğƐŐƌĂƐ;ƚƌŽƉͿ. Les critères variaient suivant les
races, les régions, les usages et la disponibilité ĚĞ ů͛ŚŽŵŵĞ ĚĞ ŵĠƚŝĞƌ ĚĞŵĂŶĚĠ ƉŽƵƌ ƚƵĞƌ ůĞ ĐŽĐŚŽŶ. La veille de
ů͛ĂďĂƚƚĂŐĞ͕ŽŶůĂŝƐƐĂŝƚů͛ĂŶŝŵĂůƐĂŶƐŵĂŶŐĞƌ͘/ůĚĞǀĂŝƚƐĞĐŽŶƚĞŶƚĞƌĚĞůŝƋƵŝĚĞƐ : eau et bouillons gras.
D - LES « RÉJOUISSSANCES » DU COCHON
Elles V¶pWDODLHQW VXU SOXVLHXUV MRXUV Ainsi, « en Beauce OH MRXU PrPH GH O¶DEDWWDJH RQ PDQJHDLW OH F°XU HW OHV
poumons qui étaient fricassés à la poêle dans la cheminée. La rate était grillée sur la braise pour le repas du soir. Les
jours suivants on consommait le foie et les reins. Le midi du dimanche suivant ODIDPLOOHVHUpJDODLWG¶XQHSRtée à la
tête de cochon. En Saintonge, les enfants se gavaient de sang cuit tartiné sur des tranches de gros pain. Dans le Morvan,
on se régalait de la tête de porc cuite dans le vin rouge. En Sologne, on tuaiW O¶DQLPDO OH PHUFUHGL OH QHWWR\DJH GHV
boyaux et la cuisson des boudins occupant le restant de la journée. /HOHQGHPDLQMHXGLRQGpFRXSDLWOHVTXDUWLHUVHWO¶RQ
préparait les pâtés et les andouilles. On consacrait le vendredi aux rillons et aux rôtis ; on empotait le saindoux, on
remplissait les tinettes à salé et on enfumait les jambons dans la cheminée. Le samedi, on chauffait le four et on
cuisinait les pieds de porcOHVSkWpVjODFLWURXLOOHHWODIUHVVXUH HQVHPEOHGHVJURVYLVFqUHV DXYLQURXJH« ».
Extraits de « Nos racines retrouvées « par Gérard Boutet, Editions Godefroy, 1986

« En Quercy, le foie servait à faire les pâtés. Les jambons, les côtes et la colonne vertébrale étaient mis à saler dans une
maie en bois, avec le lard. Le sang auquel on ajoutait la chair grasse du cou, découpée en petits dés, donnait un boudin
moelleux. Des jarrets, on faisait les jambonneaux. Les gros fritons comprenaient les oreilles, OH PXVHDX OH F°XU OHV
rognons, les poumons, la langue. On les mettait à cuire dans une grande marmite en cuivre, avec la graisse et les
morceaux de viande récupérés sur les os, pour obtenir les petits fritons. La meilleure chair était réservée aux saucisses et
aux saucissons » SŽƵǀĞŶŝƌƐĚ͛ƵŶĞĂŵŝĞŶĠĞĚĂŶƐůĞdĂƌŶĞŶϭϵϮϳ͕ƌĞĐƵĞŝůůŝs par Jeannine Montarry, en 1996

« En Corrèze OH VDFULILFH GX FRFKRQ TXL DYDLW OLHX O¶KLYHU QpFHVVLWDLW EHDXFRXS GH PRQGH HW GXUDLW WURLV MRXUV Le
SUHPLHUMRXUpWDLWUpVHUYpjO¶DEDWWDJHGXFRFKRQODFRQIHFWLRQGXERXGLQHWGXSkWpGHWrWH Dès le refroidissement du
ERXGLQ HQ ILQ G¶DSUqV-midi, quelques assiettes du précieux mets fermées par un torchon seront distribuées chez les
voisins et amis.
Tôt le lendemain, après le café et une goutte de gnole, le tueur découpe la carcasse devenue ferme et les autres préparent
les morceaux par catégories : morceaux de viande à conserver - PRUFHDX[jIURWWHUDXVHOJULVDYDQWG¶rWUHGpSRVpVDX
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 606

saloir par cRXFKHVVXFFHVVLYHVGHVHOHWGHYLDQGHHQDMRXWDQWXQSHXG¶HDXSRXUIDLUHODVDXPXUH± morceaux à hacher


destinés aux pâtés, saucissons, saucisses et tripes pour les andouilles et andouillettes ʹ morceaux de lard mis à fondre
pour se transformer en saindoux destiné à la cuisine ± restes de couenne égouttés et salés passés à la poêle pour devenir
des grillons. Enfin avec le saindoux et de la viande de la panse, préparation de rillettes.
Le troisième jour était destiné aux opérations restantes : la pendaison des saucisses et des andouilles dans le « cantou »
pour sécher et prendre un petit goût de fumé, la dépose des jambons essuyés et séchés, frottés avec du sel puis ficelés
dans un linge avec du sel, dans un tonneau plein de cendre pour une période de 2 à 3 mois, la distribution de quelques
morceaux de viande fraîche à des voisins. Cette dernière journée se terminait par le festin du cochon : pâtés, rôtis,
patates au saindoux et vin du pays. »
͛ĂƉƌğƐŚƚƚƉ͗ͬͬǁǁǁ͘ƐĂŝŶƚ͘ƐĞƚŝĞƌƐ͘ĐŽŵ

I - DÉROULEMENT DES « JOURS DU COCHON À LA FERME» AU DÉBUT DU XXe SIECLE

11ʹ >DKZdhK,KEKh>͛É'KZ'DEdKh>͛dd'>͛E/D>
En petite Beauce (Loir et Cher) : « Le saigneur de cochon ou le tueur de goret ĂƌƌŝǀĂŝƚăů͛ŚĞƵƌĞƉƌĠǀƵĞ, à vélo, avec
ses outils enveloppés dans un sac de jute, sur son porte-bagage : ses couteaux, son hacheron et son fusil ou affutoir de
couteaux. Le couteau devait être parfaitement affûté. Et couper comme un rasoir. Plus rarement, on utilisait la meule
ĚĞůĂĨĞƌŵĞƋƵĞů͛ŽŶƚŽƵƌŶĂŝƚĞŶů͛ĂƌƌŽƐĂŶƚĚ͛ĞĂƵ͘

Le jour du sacrifice étant fixé, ů͛ŚŽŵŵĞ ĚĞ ŵĠƚŝĞƌ ƐĞ ůĞǀĂŝƚ ƚƀƚ ƉŽƵƌ ŽĨĨŝĐŝĞƌ ă ů͛ĂƵďĞ͕ ĂĨŝŶ ĚĞ ŶĞ ƉĂƐ ƌĂĐĐŽƵƌĐŝƌ ůĂ
journée de la préparation des cochonnailles. Parfois, il lui arrivait de faire 30 km à vélo, par tous les temps, pour se
rendre à la ferme. Dès son arrivée, le tueur entrait dans la porcherie (la soue à cochon) accompagné de gens de la
ĨĞƌŵĞƉŽƵƌů͛ĠƉĂƵůĞƌ͘Il entravait ů͛ĂŶŝŵĂůĞŶŐůŝƐƐĂŶƚƵŶĞƉĂƚƚĞĂƌƌŝğƌĞĚĂŶƐƵŶŶƈƵĚĐŽƵůĂŶƚĚĞůĂůŽŶŐĞ;ĐŽƌĚĞͿĚŽŶƚ
ŝůĞŶŐĂŐĞĂŝƚů͛ĞdžƚƌĠŵŝƚĠĚĂŶƐůĞƉĂƐƐĂŶƚĚƵǀĞƌƌŽƵ͘ŶƚŝƌĂŶƚůĂůŽŶŐĞĚĞƉůƵƐĞŶƉůƵƐ͕ůĞĐŽĐŚŽŶƋƵŝƌĠƐŝƐƚĂŝƚĨŽƌƚĞŵĞŶƚ à
la traction et poussait des cris stridents finissait par capituler. >͛ĂŶŝŵĂů ƐĞ ůĂŝƐƐĂŝƚ ĂůŽƌƐ ƚƌĂŠŶĞƌ ǀĞƌƐ le seuil avant
Ě͛ġƚƌĞƉŽƵƐƐĠƉĂƌƉůƵƐŝĞƵƌƐŚŽŵŵĞƐƋƵŝĂĐĐŽŵƉĂŐŶĂŝĞŶƚůĞƵƌƐĞĨĨŽƌƚƐĚĞͨ Ho Hisse » et parfois de jurons, dans une
cage. ĞƌƚĂŝŶƐƉƌĞŶĂŝĞŶƚůĞĐŽĐŚŽŶƉĂƌůĞƐŽƌĞŝůůĞƐ͕Ě͛ĂƵƚƌĞƐƉĂƌ les pattes arrière et la queue. >ăŵĂŝŶƚĞŶƵăů͛ĠƚƌŽŝƚ͕ŝů
ĠƚĂŝƚĂƐƐŽŵŵĠƉĂƌůĞƚƵĞƵƌĚĞĐŽĐŚŽŶăů͛ĂŝĚĞĚ͛ƵŶǀŝŽůĞŶƚĐŽƵƉĚĞŵĂŝůůĞƚƐƵƌůĂƚġƚĞ͘^ĠĂŶĐĞƚĞŶĂŶƚĞ͕ů͛ŚŽŵŵĞĚĞ
ŵĠƚŝĞƌƉŝƋƵĂŝƚůĂĐĂƌŽƚŝĚĞăů͛ĂŝĚĞĚ͛ƵŶĐŽƵƚĞĂƵĂƉƉĞůĠͨ ů͛ĠŐŽƌŐĞŽŝƌ », puis il maintenait la saignée en comprimant
ůĂƚĂŝůůĂĚĞĂǀĞĐƐŽŶƉŽƵĐĞ͘>ĞƐĂŶŐƉŝƐƐĂŝƚƉĂƌƐĂĐĐĂĚĞƐĚĂŶƐƵŶĞƉŽġůĞăůŽŶŐŵĂŶĐŚĞƋƵĞů͛ŽŶversait dans un seau,
religieusement, sans en perdre une goutte. On ajoutait un jet de vinaigre et on touillait de temps en temps pour
ĞŵƉġĐŚĞƌ ůĂ ĐŽĂŐƵůĂƚŝŽŶ ĚƵ ƉƌĠĐŝĞƵdž ůŝƋƵŝĚĞ͘ Ƶ ĐŽŝŶ ĚĞ ů͛ƈŝů͕ ůĂ ĨĞƌŵŝğƌĞ ĠǀĂůƵĂŝƚ ůĂ ůŽŶŐƵĞƵƌ ĚĞ ďŽƵĚŝŶ ƋƵĞ ůĂ
ƐĞŝůůĠĞŽďƚĞŶƵĞůƵŝƉĞƌŵĞƚƚƌĂŝƚĚ͛ĞŶƚŽŶŶĞƌ͘>ĞƐ sŽƵďƌĞƐĂƵƚƐĚĞů͛ĂŶŝŵĂů Ɛ͛ĂĨĨĂŝďůŝƐƐĂŝĞŶƚ ; la plaie ne coulait plus. Le
cochon avait vécu ».
Adaptation de « Nos racines retrouvées » (La Petite Beauce) de Gérard BOUTET, 1986, Editions Godefroy .

Ğ ŵŽĚĞ Ě͛ĞdžĠĐƵƚŝŽŶ ĚƵ ĐŽĐŚŽŶ ĂǀĂŝƚ ĚĞƐ ǀĂƌŝĂŶƚĞƐ. En Bretagne et dans Ě͛ĂƵƚƌĞƐ régions, ůĞ ŶƈƵĚ ĐŽƵůĂŶƚ ĠƚĂŝƚ
passé dans la gueule. Une fois traîné par une corde, le porc était déposé horizontalement sur un large banc en bois
bien stable, aux pieds écartés, où il était maintenu non sans mal sur le côté. Un des aides le tenait par le train avant en
prenant bien garde aux coups de pieds. >͛ĂƵƚƌĞƐĂŝƐŝssait la queue et la passait ĞŶƚƌĞůĞƐũĂŵďĞƐĂƌƌŝğƌĞ͘>͛ĂŶŝŵĂůƋui se
débattait poussait des cris terribles. Le groin était alors ĨŝdžĠ ƉĂƌ ůĞ ŶƈƵĚ ĐŽƵůĂŶƚ Ău banc qui comportait un
rétrécissement adéquat à une extrémité. YƵĂŶĚů͛ĂŶŝŵĂůĠƚĂŝt bien plaqué sur le côté, le tueur lui plantait un grand
couteau bien aiguisé en pleine gorge sans assommage préalable. Un grand baquet en bois ou un bassin de cuivre
appelé « une peile », qui avait été ƉŽƐĠ ă ƉƌŽdžŝŵŝƚĠ ĚƵ ďĂŶĐ Ğƚ ĚĞ ůĂ ŐŽƌŐĞ ĚĞ ů͛ĂŶŝŵĂů ƌĞcevait le sang encore
chaud. Pour empêcher celui-ci de coaguler, certains préféraient le brasser énergiquement pour obtenir des
ĨŝůĂŵĞŶƚƐĚĞĨŝďƌŝŶĞƋƵ͛ŝůƐƵĨĨŝƐĂŝƚĞŶƐƵŝƚĞĚ͛ĞŶůĞǀĞƌĂǀĞĐůĂŵĂŝŶ͘

Signalons que ce procédé de mise à mort jugé cruel a été proscrit par les envahisseurs allemands en 1940, ceux-là
même qui ont commis des crimes humains en série.
A Sorgeat, en Haute Ariège, à 1 ϬϬϬŵĚ͛ĂůƚŝƚƵĚĞ͕ĚĂŶƐůĞƐWLJƌĠŶĠĞƐ͕ůĞƚƵĞƵƌƚąƚĂŝƚůĂŐŽƌŐĞƉŽƵƌďŝĞŶƌĞƉĠƌĞƌů͛ĂƌƚğƌĞ
Ğƚ LJ ƉůĂŶƚĂŝƚ ƐŽŶ ĐŽƵƚĞĂƵ Ě͛Ƶn geste sûr pour la sectionner. Le sang jaillissait en un jet tendu, par saccades au
rythme des pulsations cardiaques et était récupéré dans un chaudron ou un seau, tenu par une femme, dans lequel
on avait mis du vinaigre afin d'éviter que le précieux liquide ne se caille. Le mélange sang - vinaigre, était touillé
sans arrêt à l'aide d'un bâton, souvent en noisetier.
Adaptation de [Link]/[Link]/tradition/repas-sacrifice-du-cochon
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 607

En Normandie et en Corrèze, pour obtenir le sang du cochon posé sur un côté, le tueur levait et abaissait rapidement
la patte avant située au-dessus, comme un levier. Ce geste agissait comme une pompe et faisait jaillir le sang.

Il faut plusieurs hommes pour maîtriser le cochon., La corde est passée dans le groin.
Langon, Ille et Vilaine, 1946 Langon, Ille et Vilaine, 1946
Cinémathèque du 0LQLVWqUHGHO¶$JULFXOWXUH Cinémathèque du 0LQLVWqUHGHO¶$JULFXOWXUH

Le porc est allongé de côté sur un banc ĞŶǀƵĞĚĞů͛ŝŶĐŝƐŝŽŶ͘ Là, le porc est déposé sur une grande cuve en bois retournée, il
La mort du porc aura lieu à la fin du saignement. Dès que le ĞƐƚŵĂŝŶƚĞŶƵăů͛ĂƌƌŝğƌĞƉĞŶĚĂŶt le saignement. La femme bat le
sang tombe dans la bassine, la femme le mélange. (Finistère) sang recueilli dans la bassine avec un bâton. (Normandie).
Carte postale Carte postale

ƵƐƐŝƚƀƚ ĂƉƌğƐ ů͛ŝŶĐŝƐŝŽŶ ĚĂŶƐ ů͛ĂƌƚğƌĞ͕ ůĞ ƐĂŶŐ ĞƐƚ ƌĞĐƵĞŝůůŝ /Đŝ͕ů͛ĂŶŝŵĂůĠƚĂŶƚƉŽƐĠĂƵƐŽůƐƵƌƵŶĞƉůĂŶĐŚĞ͕ƉŽƵƌƌĞĐƵĞŝůůŝƌůĞ
dans un seau contenant un peu de vinaigre et touillé pour sang, il faut une poêle à long manche, laquelle sera reversée
éviter la coagulation. dans la marmite voisine. Haut Languedoc.
^ŽƌŐĞĂƚ͕ϵϲŚĂď͕ăϱŬŵĚ͛džůĞƐdŚĞƌŵĞƐ͕,ĂƵƚĞƌŝğŐĞ Carte postale

Un coutelas à égorger Un tranchoir


La France en Héritage, Gérard Boutet, Ed Perrin, 2007 La France en Héritage, Gérard Boutet, Ed Perrin, 2007
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 608

12 ʹ LE NETTOYAGE DU PORC ET LA SUSPENSION Kh>͛ZK,'


>͛ĂŶŝŵĂůĠƚĂŝƚŝŵŵĠĚŝĂƚĞŵĞŶƚĨůĂŵďĠ avec des brandons de
paille sèche, lavé à grande eau pour enlever les souillures. On
ů͛ĂƌƌŽƐĂŝƚ ĞŶƐƵŝƚĞ Ě͛ĞĂƵ ƚƌğƐ ĐŚĂƵĚĞ ƉƌĞƐƋƵĞ ďŽƵŝůůĂŶƚĞ͕
Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ƵƚŝůŝƐĂŝĞŶƚ ĚĞ ů͛ĞĂƵ ďŽƵŝůůĂŶƚĞ͕  Ğƚ ă ŵĞƐƵƌĞ͕ ŽŶ
grattait aussitôt la partie arrosée avec un grattoir ou un
racloir. Le grattoir improvisé pouvait être une boîte de
conserve percée de trous. Puis, on continuait de brosser,
raser, rincer. >͛ĂŶŝŵĂů devenait tout blanc et lisse, propre Grattoir maison avec une boîte de conserve
La France en Héritage, Gérard Boutet, Ed Perrin, 2007
comme un sou neuf. Il était prêt à être suspendu pour la
suite des opérations.

En Bretagne, Đ͛ĞƐƚĚĞů͛ĞĂƵďŽƵŝůůĂŶƚĞƋƵŝĠƚĂŝƚǀĞƌƐĠĞĚĂŶƐůĂĐƵǀĞĞŶďŽŝƐ ; elle ne tardait pas à refroidir. Dans le sud-


ouest, la consigne était différente : « &ĂŝƚĞƐĐŚĂƵĨĨĞƌů͛ĞĂƵĞƚƋƵ͛ĞůůĞŶĞďŽƵille pas ! ». En Normandie et en Corrèze, le
ƚƵĞƵƌƉŽƐĂŝƚĚ͛ĂďŽƌĚůĞĐŽĐŚŽŶŵŽƌƚ͕ăƚĞƌƌĞƐous de la paille enflammée pour faire brûler les poils et carboniser les
éventuels parasites de la peau, avĂŶƚĚĞƌĞĐŽŵŵĞŶĐĞƌů͛ŽƉĠƌĂƚŝŽŶƐƵƌů͛ĂƵƚƌĞĨůĂŶĐ͘>ĞĐŽĐŚŽŶĚĞǀĞŶƵŶŽŝƌĞƐƚ alors
balayé vigoureusement, brossé, raclé et rasé ĂǀĂŶƚĚ͛ġƚƌĞƌŝŶĐĠ à la casserole.

ŶĐĞƋƵŝĐŽŶĐĞƌŶĞůĂƐƵƐƉĞŶƐŝŽŶĚĞů͛ĂŶŝŵĂůĂƉƌğƐůĞŶĞƚƚŽLJĂŐĞ͕ůĂŵĠƚŚŽĚĞvariait également. En Ille et Vilaine, on


utilisait une échelle déposée contre un mur dans la cour, le porc y était suspendu la tête en bas et les deux pattes
arrière attachées aux barreaux, ventre devant. ĂŶƐĚ͛ĂƵƚƌĞƐƌĠŐŝŽŶƐ, notamment dans le sud-ouest, on le suspendait
par les pattes arrière à une grosse poutre, dans une grange (en hiver, il fait froid dans les Pyrénées). Si nécessaire, un
ďŽŝƐŝŶƚƌŽĚƵŝƚĚĞǀĂŶƚůĞƐƚĞŶĚŽŶƐĚĞƐƉĂƚƚĞƐĂƌƌŝğƌĞĨĂĐŝůŝƚĂŝƚů͛ĂĐĐƌŽĐŚĂŐĞĞƚůĞƌĞŶĚĂŝƚƐŽůŝĚĞ͘

Rasage du cochon après lavage dans une cuve ronde


Langon, Ille et Vilaine, 1946
Cinémathèque du 0LQLVWqUHGHO¶$JULFXOWXUH,

Lavage du cochon dans une maie, reconstitution, Hte Ariège Sur une vieille table basse, en Lozère
Sorgeat, 96 hab, à 5 ŬŵĚ͛džůĞƐdŚĞƌŵĞƐ͕,ĂƵƚĞƌŝğŐĞ lavage du cochon ăů͛ĞĂƵĐŚĂƵĚĞ Carte postale
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 609

Accrochage du cochon sur une échelle par les tendons arrière Accrochage à une poutre à Sorgeat, Haute Ariège. On distingue
en Normandie et en Ille et Vilaine. le bois cintré engagé ăů͛ĂǀĂŶƚĚes tendons.
Sorgeat, 96 hab, à 5 ŬŵĚ͛džůĞƐdŚĞƌŵĞƐ͕,ĂƵƚĞƌŝğŐĞ

Premier verre après le nettoyage du cochon, Langon ( 35). Deuxième verre après le dépeçage du cochon, Langon (35).
&LQpPDWKqTXHGX0LQLVWqUHGHO¶$JULFXOWXUH &LQpPDWKqTXHGX0LQLVWqUHGHO¶$JULFXOWXre
Langon, Ille et Vilaine, 1946 Langon, Ille et Vilaine, 1946

13ʹ LE DÉPEÇAGE : VIDAGE ET DÉCOUPE


Cette opération proche de la boucherie consiste à ouvrir, vider et découper le cochon. Le cochon une fois suspendu,
ů͛ŚŽŵŵĞĚĞů͛Ăƌƚcommençait à ouvrir la face ventrale. ^ƵŝǀĂŶƚůĞƐƌĠŐŝŽŶƐ͕ů͛ŽƵǀĞƌƚƵƌĞĠƚĂŝƚĨĂŝƚĞĚĞďĂƐ en haut, à
partir de la tête, ou de haut en bas, à partir de la queue. Les viscères étaient décollés à la main en un seul paquet par
ů͛ŚŽŵŵĞĚĞů͛Ăƌƚ et déposéƐĚĂŶƐƵŶĞĐŽƌďĞŝůůĞŐĂƌŶŝĞĚ͛ƵŶůŝŶŐĞ. IlƐĐŽŵƉƌĞŶĂŝĞŶƚƉŽƵŵŽŶ͕ĐƈƵƌ͕ƌĂƚĞ͕ĨŽŝĞ;ĐĞĚĞƌŶŝĞƌ
débarrassé de son fiel) et les entrailles. Il restait à prélever les rognons et les pannes de graisse sur les flancs. Puis à
ů͛ĂŝĚĞĚ͛ƵŶŚĂĐŚŽŝƌŽƵĚ͛ƵŶĞŚĂĐŚĞ͕ů͛ĂƌƚŝƐĂŶĚĠƚĂĐŚĂŝƚůĂƚġƚĞĚƵƌĞƐƚĞĚĞůĂĐĂƌĐĂƐƐĞ͘ Il taillait la tête en deux avant de
la rincer et terminait en fendant lĂĐĂƌĐĂƐƐĞĞŶĚĞƵdžĚĂŶƐůĞƐĞŶƐĚĞůĂůŽŶŐƵĞƵƌăů͛ĂŝĚĞĚ͛ƵŶĞƐĐŝĞĚĞďŽƵĐŚĞƌ͘ Il ne lui
restait ƉůƵƐƋƵ͛ăĐŽƵƉĞƌů͛ŽƐĚ͛ĠĐŚŝŶĞ (le cou) qui fournirait plus tard « ůĞƐĐƀƚĞƐĚ͛ĠĐŚŝŶĞ » pour séparer les côtes de la
colonne vertébrale, dite « bande du milieu ». Celle-ĐŝĐŽƌƌĞƐƉŽŶĚăĐĞƋƵĞů͛ŽŶĂƉƉĞůůĞĚĞŶŽƐũŽƵƌƐͨ côtes premières »
et « côtes secondes ».

Pratiquement, rien n'était jeté :


x les boyaux étaient récupérés pour le boudin, les saucissons, andouilles
x ů͛ĞƐƚŽŵĂĐƉŽƵƌůĞƐƚƌŝƉĞƐ
x la tête pour la cervelle - les joues et la gueule pour les charcuteries - la langue pour les charcuteries
x les pieds et les oreilles pour les grillades ou le saloir
x les reins ou rognons pour des sautés
x la queue qui sera salée et finira dans un faitout avec des légumes
x la couenne pour le saindoux
x la viande du dos : côtes filet, côtes seconde et échine en grillade
x les morceaux du ventre ou morceaux de poitrine en potées ou grillés ou au saloir
x les cuisses pour les jambons séchés fumés
x les jarrets salés pour les potées.
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 610

En Ille et Vilaine, ouverture du cochon à partir de la queue. >ĞĐŽƵƚĞĂƵĚĞƐĐĞŶĚƌĂũƵƐƋƵ͛ăůĂƚġƚĞƉƵŝƐĐĞůůĞ-ci


sera tranchée et séparée de la carcasse.

&LQpPDWKqTXHGX0LQLVWqUHGHO¶$JULFXOWXre, Langon, Ille et Vilaine, 1949

La découpe du cochon dans la cour en Petite Beauce.


>͛ĠĐŚĞůůĞĞƐƚĂĚŽƐƐĠĞĂƵŵƵƌĚ͛ƵŶďąƚŝŵĞŶƚ͘ A droite, un
homme gonfle la vessie du porc. Après séchage, elle
ĚĞǀŝĞŶĚƌĂƵŶĞďůĂŐƵĞăƚĂďĂĐ͘ĂŶƐĚ͛ĂƵƚƌĞƐƌĠŐŝŽŶƐ͕ŽŶ
la réserve pour conserver du gras.* Carte postale
Dans les Pyrénées, ouverture à partir de la tête *&ŝdžĠĞĂƵďŽƵƚĚ͛ƵŶŵĂŶĐŚĞ͕ĠĐůĂŝƌĠĞƉĂƌƵŶĞďŽƵŐŝĞ͕
et décollage des viscères. la vessie permettait aux gamins la nuit tombée
>͛ŚŽŵŵĞƚŝĞŶƚƐŽŶĐŽƵƚĞĂƵĞŶƚƌĞůĞƐĚĞŶƚƐƉŽƵƌŐĂƌĚĞƌůĞƐŵĂŝŶƐůŝďƌĞƐ. Ě͛ŝŵŝƚĞƌ ůĞƐ ĨĂŶƚƀŵĞƐ ƉŽƵƌ ĂƉĞƵƌĞƌ ůĞƐ ĞƐƉƌŝƚƐ
Sorgeat, 96 hab, à 5 ŬŵĚ͛džůĞƐdŚĞƌŵĞƐ͕,ĂƵƚĞƌŝğŐĞ superstitieux.

ƉƌğƐ ů͛ĠǀŝƐĐĠƌĂƚŝŽŶ Ğƚ ůĂ ĚĠĐŽƵƉĞ͕ le travail des hommes était terminé. La carcasse était stockée un jour ou deux
dans une arrière cuisine ou dans un cellier frais afin de maturer. ŶĨĂŝƚů͛ŚŽŵŵĞĚĞŵĠƚŝĞƌƋƵŝĂǀĂŝƚƚƵĠĞƚŽƵǀĞƌƚůĞ
cochon, était celui qui effectuait le travail le plus important. Les hommes accompagnants quŝ ů͛ĂǀĂŝĞŶƚ ĂŝĚĠ ƉŽƵƌ
ĚĠůŽŐĞƌ ů͛ĂŶŝŵĂů ĚĞ ůĂ ƐŽƵĞ͕ ů͛ĂŵĞŶĞƌ ă ůĂ ƚĂďůĞ Ě͛ĂďĂƚƚĂŐĞ͕ ůĞ ŵĂŝŶƚĞŶŝƌ ƉĞŶĚĂŶƚ ůĂ ƐĂŝŐŶĠĞ͕ ƉƵŝƐ ĂŝĚĞƌ ă ůĞ ůĂǀĞƌ
ĂǀĂŝĞŶƚƵŶƐĞĐŽŶĚƌƀůĞ͘DĂŝƐ͕ăĞƵdžƚŽƵƐ͕ŝůƐĐŽŶƐƚŝƚƵĂŝĞŶƚů͛ĠƋƵŝƉĞƉĂƌƚŝĐŝƉĂŶƚĞăůĂũŽƵƌŶĠĞĚƵĐŽĐŚŽŶĞƚĂǀĂŝĞŶƚĚroit
ĂƵdžĂǀĂŶƚĂŐĞƐƋƵŝƐƵŝǀƌĂŝĞŶƚů͛ĂďĂƚƚĂŐĞ͘

WŽƵƌ ƌĠĐƵƉĠƌĞƌ ĂƉƌğƐ ůĞ ĚĠƉĞĕĂŐĞ ĚƵ ĐŽĐŚŽŶ͕ ŝůƐ ƉĂƌƚĂŐĞĂŝĞŶƚ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ǀĞƌƌĞƐ͘ ĞƚƚĞ ƉƌĂƚŝƋƵĞ ĠƚĂŝƚ ŽďƐĞƌǀĂďůĞ ĚĂŶƐ
toutes les régions.

Alors, commençait le travail des femmes. La tête fendue en deux était relavĠĞăů͛ĞĂƵĚĞůĂĨŽŶƚĂŝŶĞŽƵĚƵƉƵŝƚƐĂĨŝŶ
de récupérer la cervelle. Puis les viscères étaient nettoyéƐĞƚůĂǀĠƐƉĂƌĞůůĞƐ͘/ůĨĂůůĂŝƚĚ͛ĂďŽƌĚůĞƐǀŝĚĞƌde leurs contenus
soit en pinçant et en poussant, soit en enfonçant une tige si cela était possible. Ensuite les viscères étaient retournés,
grattés et nettoyés ăů͛ĞĂƵƐƵƌůĞƐĨĂĐĞƐŝŶƚĞƌŶĞĞƚĞdžƚĞƌŶĞĞŶƉƌĞŶĂŶƚƐŽŝŶĚĞŶĞƉĂƐůĞƐĐƌĞǀĞƌ͛͘ĠƚĂŝƚƵŶƚƌĂǀĂŝůĚĠůŝĐĂƚ
et pénible qui leur était réservé.
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 611

Les femmes prenaient le relais pour le nettoyage fastidieux des viscères : intestin et estomac notamment.
Le nettoyage avait lieu à la fontaine du village ou à la cour de la ferme ĚĂŶƐĚĞƐďĂĐƐƌĞŵƉůŝƐĚ͛ĞĂƵƉƌğƐĚƵƉƵŝƚƐ͘
Les autres abats attachés à la carcasse ͗ĐƈƵƌ͕ĨŽŝĞ͕ poumon, cervelle étaient détachés.
Sorgeat, 96 hab, à 5 NPG¶$[OHV7KHUPHV+DXWH$ULqJH
͛ĂƉƌğƐĞŶŝƐĞĞƚŶĚƌĠsĞLJƌŽŶĚĞƌĠnjŝŶƐĞŶ/ƐğƌĞ : « EĞƚƚŽLJĞƌůĞƐďŽLJĂƵdžĠƚĂŝƚƵŶŐƌŽƐƚƌĂǀĂŝů͕ů͛ĞĂƵĚĞůĂĐŚĂƵĚŝğƌĞ
qui avait cuit le boudin était précieuse, elle lavait très bien à cause des épinards qui avaient été mis dans le boudin,
ů͛ĠƉŝŶĂƌĚĚĠŐƌĂŝƐƐĞ͘KŶƵƚŝůŝƐĂŝƚĂƵƐƐŝĐĞƚƚĞĞĂƵƉŽƵƌŶĞƚƚŽLJĞƌůĞƐŽƵƚŝůƐ͕ůĞƐƵƐƚĞŶƐŝůĞƐ͕ůĞƐŵĂƌŵŝƚĞƐ͘hŶĞĨŽŝƐůĞƐďŽLJĂux
lavés, on les mettait à tremper ĚĂŶƐĚĞů͛ĞĂƵĨƌŽŝĚĞsalée en attendant les fabrications. »
[Link]
14 ʹ LES COCHONNAILLES OU CHARCUTAILLES
Nous avons déjà évoqué certaines d͛ĞŶƚƌĞ ĞůůĞƐ ĚĂŶƐ ůĂ Partie 4 dédiée à la Conservation des Aliments. Aussi
Ŷ͛ĠǀŽƋƵĞƌŽŶƐ-nous ici que les principaux rituels de préparation des plats effectués lors des jours du cochon.
141 - LE BOUDIN NOIR
͛ĠƚĂŝƚ ůĞ ƉƌĞŵŝĞƌƉůĂƚƉƌĠƉĂƌĠ car il était constitué du sang du cochon, premier produit recueilli dès égorgement de
ů͛ĂŶŝŵĂů͘ ƉƌğƐ LJ ĂǀŽŝƌ ĚĞ ƐƵŝƚĞ ĂũŽƵƚĠ ĚƵ ǀŝŶĂŝŐƌĞ Ğƚ ů͛ĂǀŽŝƌ ĂŐŝƚĠ ƉŽƵƌ ů͛ĞŵƉġĐŚĞƌ ĚĞ ĐŽĂŐƵůĞƌ͕ ůes fermières y
ĂũŽƵƚĂŝĞŶƚĚ͛ĂƵƚƌĞƐŝŶŐƌĠĚŝĞŶƚƐĞƚĐŚĂĐƵŶĞLJĂůůĂŝƚĚƵƐĞĐƌĞƚĚĞƐĂƌĞĐĞƚƚĞ. Le plus souvent et suivant les régions, elles
y ajoutaient une partie des abats et des joues du porc ou bien de la cervelle ou la langue, coupés en petits morceaux
ŵĂŝƐ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ůĞ ƉƌĠĨĠƌĂŝĞŶƚ ŶĂƚƵƌĞ ŽƵ ƉƌĞƐƋƵĞ ĐĂƌ ĚĂŶƐ ĐĞ ĚĞƌŶŝĞƌ ĐĂƐ ĚĞ ƉĞƚŝƚƐ ŵŽƌĐĞĂƵdž ĚĞ ůĂƌĚ Ğƚ ƉĂƌĨŽŝƐ
Ě͛ŽŝŐŶŽŶƐĠƚaient ajoutés au sang. Toujours, les épices étaient présents : sel, poivre et parfois : eau-de-ǀŝĞ͕ǀŝŶ͙
La mixture du boudin mélangée dans un grand chaudron ĠƚĂŝƚ ŝŶƚƌŽĚƵŝƚĞ ă ů͛ĂŝĚĞ Ě͛ƵŶ
entonnoir à large embout dans un boyau du porc. Comme le boyau était long, il était serré
tous les 30 ou 50 centiŵğƚƌĞƐăů͛ĂŝĚĞĚ͛ƵŶĞĨŝĐĞůůĞ͘ Lorsque tout le mélange de boudin avait
été préparé, ŝů ŶĞ ƌĞƐƚĂŝƚ ƉůƵƐ ƋƵ͛ă ůĞ ĐƵŝƌĞ͘ WŽƵƌ ůĂ ĐƵŝƐƐŽŶ͕ ůĂ ĨĞŵŵĞ ŵĞƚƚĂŝƚ ĚĞ ů͛ĞĂƵ ă
chauffer dans un grande marmite suspendue dans la cheminée. >͛ĞĂƵĚĞǀĂŝƚƐĞƵůĞŵĞŶƚĨƌĠŵŝƌ
(à 95° environ) et ne surtout pas bouillir (à 100°), ce qui aurait eu comme inconvénient de
rompre les boyaux. WŽƵƌƌĠŐƵůĞƌůĂ ƚĞŵƉĠƌĂƚƵƌĞĚĞů͛ĞĂƵ͕ůĂĨĞŵŵĞĚĞǀĂŝƚƌĞƚŝƌĞƌŽƵĂũŽƵƚĞƌ
les braises de bois sous la marmite. Le temps de cuisson était surveillé de près pour obtenir un
boudin suffisamment cuit mais pas trop. >͛ĞĂƵ ĚĞ ĐƵŝƐƐŽŶ ĚƵ ďŽƵĚŝŶ ĠƚĂŝƚ ŐĂƌĚĠĞ ƉŽƵƌ ĚĞƐ Entonnoir à boudin
usages divers : gras de surface pour la cuisine par exemple, mais aussi eau de nettoyage.

En Ille et Vilaine, préparation du boudin avant la cuisson dans une marmite chauffée dans la cheminée
ŝŶĠŵĂƚŚğƋƵĞĚƵDŝŶŝƐƚğƌĞĚĞů͛ŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ͕>ĂŶŐŽŶ͕/ůůĞĞƚsŝůĂŝŶĞ͕ 1949
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 612

Apprentissage : Préparation du boudin devant les enfants Cuisson du boudin dans la marmite par bandes de portions

142 ʹ LES MORCEAUX CONSOMMÉS FRAIS :


Certains morceaux étaient consommés tels quels les jours suivants : d͛ƵŶĞƉĂƌƚĚĞƐŵŽƌĐĞĂƵdžĚĞƉƌĞŵŝğƌĞĐĂƚĠŐŽƌŝĞ :
filet, carré, hauts de jambon, excellents servis en rôtis ou grillés, Ě͛ĂƵƚƌĞ ƉĂƌƚ certains organes ou abats variables
suivant les régions : les rognons sautés, la cervelle blanchie cuisinée ou en vinaigrette͕ůĞĐƈƵƌĞƚůĞƐpoumons fricassés
à la poêle, la rate grillée sur la braise, la tête de cochon cuite les jours suivants dans une potée ou dans du vin rouge.
Cependant ĚĂŶƐĚ͛ĂƵƚƌĞƐƌĠŐŝŽŶƐ͕des abats étaient employés dans pour Ě͛ĂƵƚƌĞƐƉƌĠƉĂƌĂƚŝŽŶƐ͕ĐŽŵŵĞ le foie pour les
pâtés.
>ĂƐĂŝƐŽŶƉƌŝŶĐŝƉĂůĞĚ͛ĂďĂƚƚĂŐĞĚƵĐŽĐŚŽŶĂLJĂŶƚůŝĞƵů͛ŚŝǀĞƌ͕ƐĞƵůůĞĨƌŽŝĚĂŵďŝĂŶƚĚĞƐƉŝğĐĞƐƉĞƌŵĞƚƚĂŝƚĚ͛ĞŶ conserver
les morceaux quelques ũŽƵƌƐ ƐĞƵůĞŵĞŶƚ͘>ĞƐƌĠĨƌŝŐĠƌĂƚĞƵƌƐĞƚ ĐŽŶŐĠůĂƚĞƵƌƐŶ͛ĞŶƚƌğƌĞŶƚ ĚĂŶƐůĞƐĨĞƌŵĞƐƋƵ͛ĂƉƌğƐůĞƐ
années 1950/1960.

Voici deux schémas des morceaux de porc qui se complètent. Les mêmes morceaux peuvent porter des noms différents. Ex :
ère
palette pour épaule, collier pour échine. De façon générale, les morceaux dits de 1 catégorie se situent le long du dos, depuis
ůĞƐĐƀƚĞƐũƵƐƋƵ͛ĂƵũĂŵďŽŶŝŶĐůƵƐ͕ƉůƵƐůĞĨŝůĞƚŵŝŐŶŽŶ situé entre le filet et le jambon.

143 ʹ LES MORCEAUX MIS À SÉCHER


Dans les régions du sud et de montagne, le séchage des cochonnailles était plus important que le salage dans les
saloirs. On y séchait les jambons, les épaules ou palettes, la poitrine, le plat de côte, le lard, la queue, les pieds et les os,
en plus des saucisses, saucissons et autres.
Tous ces morceaux de choix après avoir passé quelques jours au
sel, suffisamment pour conserver mais pas trop pour n'être pas
trop salés, recouverts de poivre et souvent de cendre pour
éloigner les mouches et autres prédateurs, étaient amenés à la
maison et passaient le reste de l'hiver pendus au plafond de la
cuisine ou d'une pièce ayant une ouverture donnant au Nord.
Afin de sécher, ils étaient posés sur des claies suspendues au
plafond par les quatre coins. Dans certaines maisons, on peut
encore voir, sur les chevrons, les clous qui servaient à tenir les
claies. Il arrivait que l'on fasse faire, à ces salaisons, un séjour
d'une à deux semaines sur une planche située dans le manteau
de la cheminée pour leur donner un goût de fumé.
͛ĂƉƌğƐ[Link] Jambons et saucissons suspendus au plafond
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 613

144 ʹLES MORCEAUX MIS AU SALOIR


En Bretagne notamment, mais aussi en Alsace et dans les régions du Nord, la
conservation de longue durée dans la saumure du saloir était une tradition. Dans
de grandes terrines en grès, contenant le plus souvent 80 litres, ou dans de
grands bacs en bois ou en pierre, au début du XXe siècle, une grande partie de la
viande était réservée au saloir.
Terrine de 80 litres avec couvercle à usage de saloir Ź
Cette opération importante était réalisée par les propriétaires du cochon. Les
ƌĠĐŝƉŝĞŶƚƐ ĠƚĂŝĞŶƚ ůĂǀĠƐ Ğƚ ĚĠƐŝŶĨĞĐƚĠƐăů͛ĂŝĚĞĚ͛ƵŶĞŶĨƵŵĂŐĞ Ğƚ ŶĞĚĞǀĂŝĞŶƚƉĂƐ
ĂƵƉĂƌĂǀĂŶƚĂǀŽŝƌĐŽŶƚĞŶƵĚ͛ĂůŝŵĞŶƚƌĂŶĐŝƐ͘>͛ŽĚĞƵƌŝŵƉƌĠŐŶĠĞĚĂŶƐůĞƐƉĂƌŽŝƐƐĞ
serait alors communiquée à la nouvelle préparation.

>ĞƐ ŵŽƌĐĞĂƵdž ĚĞ ƐĞĐŽŶĚĞ ĐĂƚĠŐŽƌŝĞ ĠƚĂŝĞŶƚ Ě͛ĂďŽƌĚ ĐŽƵƉĠƐ ĞŶ ŵŽƌĐĞĂƵdž ĚĞ
différente taille, puis frottés au gros sel gris. Chaque couche de viande alternait
avec une couche de sel. Souvent, on mettait dans le fond les morceaux maigres
qui se conservaient plus longtemps que les morceaux gras. Ceux-ci étaient
placés en dernier, car ils seraient consommés plus tôt. Le saloir était fermé
parfois avec une grosse pierre, pour permettre à la saumure de conserver la
viande půƵƐůŽŶŐƚĞŵƉƐăů͛ĂďƌŝĚĞů͛Ăŝƌ͘
Fermeture du saloir et pose de pierre sur le couvercle Ź
Ŷ ƌĞƚĂŐŶĞ͕ ůĂ ďĂƐĞ ĚĞ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ĐĂƌŶĠĞ ĚĞƐ ĨĂŵŝůůĞƐ ƉĂLJƐĂŶŶĞƐ͕ ă ůŽŶŐƵĞƵƌ Ě͛ĂŶŶĠĞ͕ ĠƚĂŝƚ ůĞ ƉŽƌĐ ĚƵ
saloir. Maria garde un mauvais souvenir de ces ŵŽƌĐĞĂƵdž ĚĞ ůĂƌĚ ƋƵ͛ĞůůĞ ĚĠƚĞƐƚĂŝƚ. Mais la grande majorité des
paysans appréciaient ces morceaux notamment sur de grandes tranches de pain. Ils étaient consommés chauds
dans une potée ou froids. Les grillades les rendaient encore plus salés. A tous les repas : matin et goûter compris,
une assiette de lard était posée sur la table. Les animaux de basse- cour ne faisaient pas partie de la nourriture
quotidienne.

« En Beauce, dans les grosses fermes où une vingtaine de domestiques Ɛ͛ĂƚƚĂďůĂŝent à chaque repas, les cochons
abattus finissaient intégralement dans les saloirs et les fermiers préféraient attendre que les porcs soient enveloppés
ĚĞ ƉĂŶŶĞ ĠƉĂŝƐƐĞ Ğƚ Ě͛ĠƉĂŝƐƐĞƐ ĐŽƵĐŚĞƐ ĚĞ ŐƌĂƐ ƉŽƵƌ ƌĂŝƐŽŶ Ě͛ĠĐŽŶŽŵŝĞ ĞŶ Ɖƌŝǀŝůégiant la quantité à la qualité»͙͘
« Certains, semble-t-il, utilisaient des saloirs rancis pour donner très mauvais goût aux morceaux, afin de limiter
leur consommation par les ouvriers ! » ͛ĂƉƌğƐ͕ͨ La France en héritage » de Gérard Boutet, Ed Perrin, 2007

145 ʹ LES AUTRES FABRICATIONS


Quand la viande avait bien refroidi, on passait aux autres préparations soit enfilées dans des boyaux, soit cuites dans
un four. Un minimum de matériel était nécessaire : un hachoir à viande avec une manivelle tournée à la main, des
épices, les bassines de boyaux ďŝĞŶůĂǀĠƐ͕ĚƵƐĂůƉġƚƌĞ͕ĚĞƐůŝŶŐĞƐƉƌŽƉƌĞƐ͕ĚĞƐƐĞĂƵdžĚ͛ĞĂƵ͕ĚĞůĂĨŝĐĞůůĞ et les morceaux
destinés au hachage. Le salpêtre permettait à la viande du saucisson de rester rouge.
Toutes ces transformations étaient effectuées par des femmes. Seul le tournage de la
manivelle du hachoir était parfois effectué par un homme ou de grands enfants, mais pas
souvent. Le hachoir était vissé au bout ou sur un côté de la table de la salle commune. On
regroupait à proximité les plats contenant les chairs à mouliner et ceux recevant les mixtures
sortant du moulin du hachoir ainsi que les torchons destinés à les protéger avant finition.

A : LES PRÉPARATIONS ENFILÉES DANS DES BOYAUX


A 1 : LES SAUCISSES ET SAUCISSONS
La viande issue des morceaux réservés à cet usage et désossée était mélangée à du gras,
puis déposée dans le gobelet du hachoir. La masse était ĞŶƚƌĂŠŶĠĞƉĂƌů͛ŚĠůŝĐĞĂĐƚŝŽŶŶĠĞƉĂƌ
la manivelle ĂǀĂŶƚĚ͛ġƚƌĞhachée par les couteaux montés juste avant la grille percée de trous
ronds à la sortie. La grille ne devait pas être trop fine. De la taille des morceaux broyés Hachoir mécanique
dépendait la qualité du résultat. La mouture relevée par du sel et du poivre était mélangée
à la main. >͛ĂƐƐĂŝƐŽŶŶĞŵĞŶƚĠƚĂŝƚǀĠƌŝĨŝĠƉĂƌĚĞƐvolontaires.
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 614

Puis le même hachoir était aménagé ͗ŽŶůƵŝĞŶůĞǀĂŝƚůĞƐĐŽƵƚĞĂƵdžĚĞďƌŽLJĂŐĞĞƚů͛ŽŶǀŝƐƐĂŝƚăƐĂƐŽƌƚŝĞƵŶĞŶƚŽŶŶŽŝƌ


dont la taille correspondait à celle du boyau. Pour ouvrir le boyau, la femme soufflait à une extrémité maintenue
ĞŶƚƌĞ ĚĞƵdž ĚŽŝŐƚƐ Ğƚ ŐůŝƐƐĂŝƚ ƉƌĠĐĂƵƚŝŽŶŶĞƵƐĞŵĞŶƚ ů͛ŽƵǀĞƌƚƵƌĞ ĚƵ ďŽLJĂƵ ƐƵƌ ůĞ ƚƵďĞ ĚĞ ů͛ĞŶƚŽŶŶŽŝƌ͕ ĞŶ ƉƌĠǀŽLJĂŶƚ
plusieurs plis.
Pendant ce temps, une autre femme déposait la mixture dans le gobelet du hachoir et commençait à tourner
lentement la ŵĂŶŝǀĞůůĞ ƉŽƵƌ ƉŽƵƐƐĞƌ ůĞ ŵĠůĂŶŐĞ ǀĞƌƐ ů͛ĂǀĂŶƚ ă ƚƌĂǀĞƌƐ ů͛ĞŶƚŽŶŶŽŝƌ͘ >ĞƐ ĚĞƵdž ĨĞŵŵĞƐ ĚĞǀĂŝĞŶƚ
travailler en équipe et leurs fonctions étaient solidaires. Le mélange de viande bien tassé devait remplir le boyau
sans excès. Tous les 15 à 20 cm, celui-ci étĂŝƚƐĞƌƌĠĂǀĞĐĚĞƵdžĨŝĐĞůůĞƐĚŝƐƚĂŶƚĞƐĚ͛ƵŶĐŵ͕ĂĨŝŶĚĞŵĠŶĂŐĞƌƵŶĞƐƉĂĐĞ
de sépaƌĂƚŝŽŶƋƵŝŶĞƐĞƌĂƐĞĐƚŝŽŶŶĠƋƵ͛après séchage.
En fin de chaîne, une troisième femme vérifiait de près les saucisses ou saucissons pour déceler éventuellement une
ƉŽĐŚĞ Ě͛Ăŝƌ ĚĂŶƐ ůĞ ďŽLJĂƵ͕ ĐĞ ƋƵŝ ĂƵƌĂŝƚ ƌĂŶĐŝ ůĂ ƉƌĠƉĂƌĂƚŝŽŶ͘ Ŷ ĐĂƐ ĚĞ ƉŽĐŚĞ Ě͛Ăŝƌ͕ ĞůůĞ ůĂ ƉĞƌĕĂŝƚ ă ů͛ĂŝĚĞ Ě͛ƵŶĞ
aiguille à tricoter.
Les saucisses et les saucissons étaient mis à sécher devant la cheminée pendant quelques jours puis gardés au frais
dans une cave ou cellier aéré où ils terminaient leur séchage. Les andouilles et les saucissons qui se consommaient
ĨƵŵĠƐĠƚĂŝĞŶƚĂĐĐƌŽĐŚĠƐăĚĞƐĐůŽƵƐăů͛ŝŶƚĠƌŝĞƵƌĚƵĐŽŶĚƵŝƚĚĞĐŚĞŵŝŶĠĞ͘

Soufflage à ů͛ĞdžƚƌĠŵŝƚĠĚ͛ƵŶďŽLJĂƵĂǀĂŶƚƐŽŶenfilage Enfilage de la saucisse en Haute Ariège


ƐƵƌůĞƚƵďĞĚĞů͛ĞŶƚŽŶŶŽŝƌ. [Link]
Langon, Ille et Vilaine, 1949

Pincement du boyau et torsion, Le séchage des saucisses près de la cheminée, devant les
Langon, Ille et Vilaine, 1949 ƌĂŵĞĂƵdžĚ͛ŽůŝǀŝĞƌďĠŶŝƐĞƚ sous le crucifix.
ŝŶĠŵĂƚŚğƋƵĞĚƵDŝŶŝƐƚğƌĞĚĞů͛ŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ Langon, Ille et Vilaine, 1949,
Cinémathèque du Ministère de ů͛ŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ

A2 : LES ANDOUILLES
Au début du XXe siècle, la préparation fermière des andouilles était voisine de celle des saucisses au plan du principe, à
la différence près que le contenu des andouilles était et est toujours constitué uniquement ou principalement des
intestins du porc. Les ĚĞƵdž ƚLJƉĞƐ Ě͛ĂŶĚŽƵŝůůĞƐ actuelles les plus prestigieuses sont celles de Guémené, fabriquée à
Guémené sur Scorff dans le Morbihan en Bretagne et celles de Vire dans le Calvados, en Normandie. La plupart des
andoƵŝůůĞƐĨĞƌŵŝğƌĞƐƌĞƐƐĞŵďůĂŝĞŶƚĚĂǀĂŶƚĂŐĞăů͛ĂĐƚƵĞůůĞĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞsŝƌĞ ƋƵ͛ăĐĞůůĞĚĞ'ƵĠŵené qui demande un
ŽƵƚŝůůĂŐĞƉĂƌƚŝĐƵůŝĞƌƌĠƐĞƌǀĠĂƵdžĐŚĂƌĐƵƚŝĞƌƐŽƵĚĠƐŽƌŵĂŝƐăů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĞĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞ͘
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 615

Coupe tƌĂŶƐǀĞƌƐĂůĞĚ͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞ'ƵĠŵené ŽƵƉĞƚƌĂŶǀĞƌƐĂůĞĚ͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞsŝƌĞ


[Link] [Link]

x >͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞ'ƵĠŵĞŶĠ est composée uniquement des gros intestins du porc, appelés « chaudins » enfilés les
uns sur les autres pour former une andouille, qui est fumée puis cuite à l'eau. Le boyau final mesure une
soixantaine de centimètres de longueur et 4 à 5 centimètres de diamètre. Il se distingue par la disposition en
cercles concentriques des intestins utilisés pour sa fabrication et par sa couleur extérieure noire,
traditionnellement due à la fumaison.
On commence par fabriquer le « ĐƈƵƌ » de l'andouille à l'aide des chaudins découpés en lanières. Puis une trentaine
d'autres chaudins saumurés, dégraissés et assaisonnés sont enfilés par-ĚĞƐƐƵƐůĞĐƈƵƌ͕ƐĞůŽŶůĞƵƌĐĂůŝďƌĞ͕ĚĞŵĂŶŝğƌĞ
à former une andouille. La dernière couche est constituée par une baudruche (cæcumͿ ĚĞ ďƈƵĨ͘ >ΖĂŶĚŽƵŝůůĞ ĞƐƚ
fumée au feu de bois (hêtre ou chêne) puis mise à sécher pendant plusieurs semaines. Elle est ensuite piquée pour
que la graisse puisse s'évacuer et cuite dans un bouillon frémissant pendant trois ou quatre heures.
Les amateurs la dégustent froide coupée en tranches avec du pain ou bien chaude en potée avec des pommes de terre
parfois accompagnés de choux, ou grillée avec de la purée de pommes de terre. Maria préparait cette andouille en
potée une à deux fois par an, ƉĞŶĚĂŶƚ ů͛ŚŝǀĞƌ͕ ce qui faisait le régal de sa famille, la saveur des légumes étant
ƌĞŚĂƵƐƐĠĞƉĂƌĐĞůůĞĚĞů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞ.

x >͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞsŝƌĞ a une composition différente. Elle comprend plusieurs parties de ů͛ĂƉƉĂƌĞŝůĚŝŐĞƐƚŝĨĚƵƉŽƌĐ : le


ŐƌŽƐ ŝŶƚĞƐƚŝŶ͕ ů͛ĞƐƚŽŵĂĐ Ğƚ ů͛ŝŶƚĞƐƚŝŶ ŐƌġůĞ. Ces différentes parties nettoyées sont découpées à la main et
rassemblés sur une ficelle, puis salées et laissées macérer dans la saumure pendant une semaine.

Le mélange est ensuite enfilé dans un gros intestin, ficelé aux deux
extrémités par portions de 50 cm environ et suspendu pour le
fumage pendant trois semaines, ce qui donnera le goût particulier
ĞƚůĂĐŽƵůĞƵƌŶĂƚƵƌĞůůĞĚĞů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞsŝƌĞ͘

Vient ensuite le dessalage pendant 24 h pour réhydrater


ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞ ƉƵŝƐ ůĂ ĐƵŝƐƐŽŶ ă ů͛ĞĂƵ ƉĞŶĚĂŶƚ ϱ ă ϲ ŚĞƵƌĞƐ ă ů͛ĞĂƵ
frémissante, à 95° environ. A la sortie de la marmite͕ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞ a
perdu au moins la moitié de son poids ĞƚĞŶƉƌĠƐĞŶĐĞĚĞů͛Ăŝƌ, elle
prend sa couleur définitive. Andouille de Vire

Vous pouvez comprendre aisément maintenant pourquoi les andouilles fermières ressemblaient davantage à
ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞsŝƌĞ͘>ĂĐŽŵƉŽƐŝƚŝŽŶĞƐƚƉůƵƐůĂƌŐĞĞƚƐƵƌƚŽƵƚůĂĨĂďƌŝĐĂƚŝŽŶăƉĂƌƚŝƌĚĞƉĞƚŝƚƐŵŽƌĐĞĂƵdžĞƐƚƉůƵƐĨĂĐŝůĞ͘
Ces ĂŶĚŽƵŝůůĞƐĨĞƌŵŝğƌĞƐĠƚĂŝĞŶƚĚĠůŝĐŝĞƵƐĞƐĞƚĐŚĂƋƵĞĨĞƌŵŝğƌĞĂǀĂŝƚƐĂƌĞĐĞƚƚĞ͘ůůĞƐĂŐƌĠŵĞŶƚĂŝĞŶƚůĞƐƐŽƵƉĞƐĚ͛ŚŝǀĞƌ͘
En fait, elles étaient fabriquées dans toutes les régions de France, ă ƉĂƌƚŝƌ ĚĞ ů͛ĂƉƉĂƌĞŝů ĚŝŐĞƐƚŝĨ ĚƵ ƉŽƌĐ͕ ĂƵƋƵĞů ŽŶ
pouvait ajouter paƌĨŽŝƐ ĚĞƐ ŵŽƌĐĞĂƵdž ĚĞ ƉŽŝƚƌŝŶĞ͕ Ě͛ĠĐŚŝŶĞ͕ ĚĞ ƚġƚĞ͕ ĚĞ ŐŽƌŐĞ ŽƵ ĚĞ ĐƈƵƌ͘ Citons comme autres
recettes qui ont survécu ͗ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞ:ĂƌŐĞĂƵ;>ŽŝƌĞƚͿ͕ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚƵsĂůĚ͛ũŽů;sŽƐŐĞƐͿ͕ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞĚĞŽŚĂŝŶ-en
sĞƌŵĂŶĚŽŝƐ;WŝĐĂƌĚŝĞͿ͕ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞsèche du pays basque.
NB ͗ >͛ĂŶĚŽƵŝůůĞƚƚĞ - Citée ĚĞƉƵŝƐ ůŽŶŐƚĞŵƉƐ ĚĂŶƐ ůĂ ůŝƚƚĠƌĂƚƵƌĞ ĨƌĂŶĕĂŝƐĞ͕ ŶŽƚĂŵŵĞŶƚ ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞƚƚĞ ĚĞ dƌŽLJĞƐ͕ ŝů
ƐĞŵďůĞ ƋƵĞ ĐĞƚƚĞ ƌĞĐĞƚƚĞ ƉƌĠƉĂƌĠĞ ĞŶ ĐŚĂƌĐƵƚĞƌŝĞ͕ Ŷ͛Ăŝƚ ƉĂƐ ĠƚĠ fabriquée dans les fermes. Le terme de « petite
andouille ͩ Ŷ͛est pas justifié. Néanmoins, cette préparation de petite taille présente des points communs avec
ů͛ĂŶĚŽƵŝůůĞ : petits morceaux du tube digestif de porc seul ou parfois porc et veau, dans des proportions diverses et
avec assaisonnements autorisés.
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 616

B : LES PRÉPARATIONS NON ENFILÉES DANS DES BOYAUX


B1 : cuites dans les chaudrons de la cheminée ou dans des marmites
x La graisse de porc ou le gras ou le saindoux
« Dès la fin de la découpe du porc, la graisse coupée en cubes de 2 cm environ était mise à fondre tout doucement
ĚĂŶƐƵŶĐŚĂƵĚƌŽŶƉŽƐĠƐƵƌůĞĨĞƵĚĞůĂĐŚĞŵŝŶĠĞĞƚŵĠůĂŶŐĠĞĐŽŶƐƚĂŵŵĞŶƚũƵƐƋƵ͛ăŽďƚĞŶƚŝŽŶĚĞů͛ĠƚĂƚƐŽƵŚĂŝƚĠ.
Celle-ci encore liquide, parfois filtrée, était alors versée dans la vessie de porc ou dans un pot en terre couvert où
on la laissait refroidir et devenir ferme. ƵĐŽƵƌƐĚĞů͛ĂŶŶĠĞ͕ĐĞƚƚĞŐƌĂŝƐƐĞĠƚĂŝƚƵƚŝůŝƐĠĞĞŶĐƵŝƐŝŶĞ͕ notamment dans
les soupes ou avec les légumineuses (haricots, lentilles), ce qui leur donnait un goût extraordinaire. Pour ouvrir la
vessie, on introduisait à son extrémité une portion de tige de sureau dont la moelle centrale avait été enlevée et on
soufflait dedans ». ͛ĂƉƌğƐ͗ [Link]

x Les fritons
ƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕  ůĞƐ ĨƌŝƚŽŶƐ  ĚĠƐŝŐŶĞŶƚ  de petits résidus de viande
grasse (porc, oie, canard) frits dans de la graisse. On peut citer les
fritons du Bassin Aquitain et du Massif central.

Préparation des fritons à Sorgeat (Haute Ariège)


x Les grattons ou grillons
Encore présents dans plusieurs régions de France (Auvergne,
Lyonnais, Saintonge, Vendée), les grattons ou rillons sont de petits
cubes de 2 cm de côté de maigre de porc, parures de gorge ou de
poitrine, cuits avec du gras de porc, à feu doux, pendant deux
heures minimum. Epicés, ils constituent une variante de
conservation du porc et se dégustent froids avec du pain ou en
entrées. ƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕ŝůƐƉĞƵǀĞŶƚƐĞĐŽŶƐŽŵŵĞƌăů͛ĂƉĠƌŝƚŝĨ͘
Grattons

x Les rillons (Touraine) ou les rillauds (Anjou, Beauce)


Le principe de cuisson est le même que celui des grattons mais des
ĚŝĨĨĠƌĞŶĐĞƐ ĞdžŝƐƚĞŶƚ͘ ͛ƵŶĞ ƉĂƌƚ͕ les morceaux prélevés dans la
poitrine sont plus longs et plus gros, ils pèsent entre 50 et 80 g et
mesurent 5 ă ϲ Đŵ ĚĞ ĐƀƚĠ͘ ͛ĂƵƚƌĞ ƉĂƌƚ͕ ůĂ ŐƌĂŝƐƐĞ ĚĞ ĐƵŝƐƐŽŶ
ƉĞƵƚġƚƌĞĚƵƐĂŝŶĚŽƵdžŽƵĚĞůĂŐƌĂŝƐƐĞĚ͛ŽŝĞ. ZĞůĞǀĠƐĚ͛ĠƉŝĐĞƐĞƚ
aromatisés au vin blanc, ils se consomment froids ou tiédis, avec
du pain ou mêlés à des crudités.
Rillons tourangeaux
x Les rillettes
Dans quelques régions, des morceaux de poitrine coupés en cube
ĂũŽƵƚĠƐ ă ĚĞƐ ŵŽƌĐĞĂƵdž Ě͛ĠƉĂƵůĞ͕ ĠƚĂŝĞŶƚ ŵŝƐ ă ĐƵŝƌĞ ĚĂŶƐ ůĞ
chaudron avec du saindoux. On ajoutait sel, poivre et thym. Puis
on portait le tout à ébullition avant de continuer à feu doux
pendant au moins 4 heures en tournant de temps en temps pour
ƋƵĞůĞĨŽŶĚŶ͛ĂƚƚĂĐŚĞƉĂƐ͘ Ensuite la viande un peu refroidie était
passée au tamis pour éliminer la graisse. Les morceaux de viande
séparées en fibres par la longue cuisson étaient triés à la
fourchette pour ôter les débris Ě͛ŽƐ éventuels. La viande était
tassée dans de petits pots, mis à refroidir. Puis on faisait fondre un
peu de saindoux dans chaque pot pour en recouvrir les rillettes. Rillettes maison en terrine et en bocaux stérilisés

ĂŶƐů͛ŽƵĞƐƚ͕ͨ les rillettes de Tours » et « la rillette du Mans » ont succédé aux rillettes faites à la ferme. Il est bien
connu que la rillette du Mans plus grasse est plus facile à tartiner. Mais les rillettes de Tours dégraissées et brunies
par une cuisson de 7 heures sont plus fines et plus digestes.
« Historiquement, le mot « rillettes » ǀŝĞŶƚĚĞ͞ƌŝůůĞƐ͟ƋƵŝĚĠƐŝŐŶĞůĞƐĨŝďƌĞƐĚĞǀŝĂŶĚĞ. Dans toutes les fermes trônait
une marmite au milieu de la cheminée, constamment rechargée en morceaux de viande et de gras. Cette mixture
mijotait en permanence à feu doux. Les bouts de viande confits qui se détachaient étaient ces fameuses rilles,
transformés en rillette ».
͛ĂƉƌğƐ:ƵůŝĞŶ'ĂƌŶŝĞƌW'de la charcuterie Hardouin à Vouvray (37).
Chapitre XI ʹ >͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ : Le cochon 617

B2 : Cuites dans un four


x Les pâtés de porc en terrines
ĂŶƐůĞƐƉƌĠƉĂƌĂƚŝŽŶƐƋƵŝƐƵŝǀĂŝĞŶƚů͛ĂďĂƚƚĂŐĞĚƵƉŽƌĐăůĂĨĞƌŵĞ͕les
pâtés étaient cuits dans le four à pain ou plus tard, à partir de 1930
environ en milieu rural, dans les cuisinières avec four et les
stérilisateurs. Des morceaux de palette et de poitrine étaient passés
ĚĂŶƐůĞŚĂĐŚŽŝƌĞƚƌĞůĞǀĠƐĚ͛ĠƉŝĐĞƐ͘WĂƌĨŽŝƐŽŶLJĂũŽƵƚĂŝƚĚƵĨŽŝĞĚĞ
porc͕ĚĞůĂĐŽƵĞŶŶĞ͕ĚƵŐƌĂƐ͕ĚĞƐĠĐŚĂůŽƚĞƐ͕ĚƵƉĞƌƐŝů͙. La fermière
déposait le mélange dans une terrine à pâté souvent ovale avec son
ĐŽƵǀĞƌĐůĞŽƵĚĂŶƐŶ͛ŝŵƉŽƌƚĞƋƵĞůƉůĂƚĞŶƚĞƌƌĞ͘Le dessus était garni
Pâté de porc dans un grand plat
de crépine* puis de feuille de laurier et de thym.
Pour éviter une cuisson trop rapide, la terrine était mise au bain-
marie dans un second plat plus grand dans lequel on versait de ů͛ĞĂƵ
bouillante. La cuisson variait de 1H à 1H 30 suivant la taille du plat.
*La crépine est une membrane qui entoure les viscères du porc, du mouton et
ĚƵǀĞĂƵ͘ůůĞƐĞƉƌĠƐĞŶƚĞƐŽƵƐůĂĨŽƌŵĞĚ͛ƵŶǀŽŝůĞƚƌĂŶƐƉĂƌĞŶƚĂǀĞĐĚĞƐĂŵĂƐ
graisseux répartis en rĠƐĞĂƵdž͘ KŶ ůĂ ĨĂŝƚ ƚƌĞŵƉĞƌ ƉŽƵƌ ů͛ĂƐƐŽƵƉůŝƌ͘ KŶ ƉĞƵƚ
ů͛ƵƚŝůŝƐĞƌ ƉŽƵƌ ĞŶǀĞůŽƉƉĞƌ ƚŽƵƚĞƐ ƐŽƌƚĞƐ ĚĞ ƉƌĠƉĂƌĂƚŝŽŶƐ ŚĂĐŚĠĞƐ͕ ĚŽŶƚ ůĞƐ
crépinettes ou saucisses plate. Ź
Crépine de porc

Voici terminée la présentation des principales cochonnailles préparées à la ferme au début du XXe à la ferme. Les
autres préparations : tripes, pâtés de tête, caillettes Ě͛ŚĞƌďĞƐ͙ relèvent du charcutier. ͛ĞƐƚăpartir de 1960 que ces
traditions ont considérablement diminué. Le mode de vie des cultivateurs a évolué, les réfrigérateurs et les
congélateurs ont permis de conserver la viande autrement et ůĞƌƀůĞĚĞƐĨĞŵŵĞƐĂŐƌŝĐƵůƚƌŝĐĞƐƐ͛ĞƐƚƉƌŽĨĞƐƐŝŽŶŶĂůŝƐĠ͘
Désormais, quelques passionnés perpétuent la tradition et des municipalités organisent des fêtes du cochon en
combinant gastronomie, mise en valeur du passé, tourisme et économie locale. Ce qui était autrefois une nécessité
relève maintenant du plaisir.

***
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 618

CONSOMMATION ALIMENTAIRE ET SANTÉ

>͛ĞdžŝƐƚĞŶĐĞ du ƌĂƉƉŽƌƚ ĞŶƚƌĞ ů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ Ğƚ ůĂ ƐĂŶƚĠ ĞƐƚ ƚƌğƐ ƌĠĐĞŶƚe. EŽƵƐ ĠǀŽƋƵĞƌŽŶƐ Ě͛ĂďŽƌĚ ů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ
consommation des viandes en France pour le plus grand nombre depuis 1789.
1- LA CONSOMMATION DES VIANDES, PORC INCLUS, E^ů͛VOLUTION DES PRATIQUES ALIMENTAIRES

11 - WZd/Zϭϳϴϵ:h^Yh͛hyEEES 1989 : PROGRESSION CONSTANTE

98('·(16(0%/(685$NS DE LA CONSOMMATION ANNUELLE DE VIANDE Années Conso /an


A droite, voici quelques chiffres la consommation de viande en France par 1789 18 kg
habitant et par an, toutes viandes confondues et toutes classes socio -
professionnelles confondues, Ě͛ĂƉƌğƐ,ĞŶƌŝƵƉŝŶ. En 2010, on estime que la 1803-1812 19 kg
consommation annuelle tourne autour de 80 Kg/individu, avec une baisse des
viandes de boucherie et une augmentation des volailles. 1834-1844 22, 6 kg

La consommation de viande a progressé continuellement pendant près de 1885-1894 40, 2 kg


ϮϬϬ ĂŶƐ ũƵƐƋƵ͛ĞŶ ϭϵϵϲ͕ ƉŽƵƌ ĨůĠĐŚŝƌ ůĠŐğƌĞŵĞŶƚ ĞŶƐƵŝƚĞ. Ces chiffres
ĐŽƌƌĞƐƉŽŶĚĞŶƚŵĂũŽƌŝƚĂŝƌĞŵĞŶƚăůĂƉŽƉƵůĂƚŝŽŶƵƌďĂŝŶĞũƵƐƋƵ͛ĞŶϭϵϱϬŝŶĐůƵƐ. 1920-1925 42 kg
ĞŶ͛ĞƐƚƋƵ͛ĂƉƌğƐůĞƐĂŶŶĠĞƐϭϵϲϬƋƵĞůĞƐĂŐƌŝĐƵůƚĞƵƌƐŽŶƚĐŽŶƐŽŵŵĠĐŽŵŵĞ
les citadins. 1950 60 kg

La consommation paysanne, à base de pain, de pommes de terre et autres 1974 89 kg


ĨĠĐƵůĞŶƚƐ ũƵƐƋƵ͛ĞŶ ϭϵϮϬ ŶĞ ĐŽŵƉƌĞŶĂŝƚ ƋƵĞ ƉĞƵ ĚĞ ǀŝĂŶĚĞ͕ ĐĞůůĞ-ci étant
majoritairement du porc. Les animaux de basse-ĐŽƵƌ͕ůĞƐƈƵĨƐ͕ůĞŐŝďŝĞƌ͕ůĞ 1985 100 kg
poisson étaient consommés moins souvent. Le lait et les fromages variaient
sensiblement suivant les régions et les traditions locales. 1996 85 kg

ŶĨĂŝƚ͕ů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶĚĞůĂĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĚƵƉŽƌĐĞƚĚĞƐǀŝĂŶĚĞƐĞŶ général ne Evolution de la consommation des


peut être détachée de la consommation alimentaire en général, de aliments carnés en France depuis 1789
'¶DSUqV+HQUL'XSLQ
ů͛ĠĐŽŶŽŵŝĞ ĚƵ ŵŽŶĚĞ ĂŐƌŝĐŽůĞ͕ ĚĞ ů͛ĞdžŽĚĞ ƌƵƌĂů ƋƵŝ Ă ĐŽŶƚƌŝďƵĠ ă ƌĞŶĚƌĞ
/¶$OLPHQWDWLRQGHV)UDQoDLV
ŽďƐŽůĞƐĐĞŶƚĞƐůĞƐƉƌĂƚŝƋƵĞƐƌƵƌĂůĞƐ͕ĚĞů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĂůŝƐĂƚŝŽŶĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞĞƚĚĞůĂ Editions ESF, 1978 - Tableau 1
mondialisation des échanges.
Pour la consommation alimentaire des paysans, les sources sont rares. Les parutions de géographes chez Persée,
Revues scientifiques, donnent quelques indications. Ainsi un sondage communal sur la consommation journalière
adulte en 1860, présenté par Monique et Pierre le Rhun, donne les chiffres suivants :

Ź Evolution du régime alimentaire à Plozévet (Finistère, Pays Bigouden) de 1800 à 1960


En 1860 Paysan aisé Petit paysan Valet Journalier
Pain de seigle 1 kg 1 kg 1 kg 1 kg
WĂŝŶĚ͛ŽƌŐĞ 1 kg 1 kg 1 kg
Soupe 100 cl 100 cl 100 cl 100 cl
Lait, laitage 50 cl 50 cl 50 cl 50 cl
Lard 125 gr 60 gr 125 gr 0
Légumes 300 gr 300 gr 300 gr 100 gr
Pommes de terre 1 kg 1 kg 1 kg 1,5 kg
Tableau 2
« Ce tableau appelle des réserves ͗ŝůŽŵĞƚůĞƐŐĂůĞƚƚĞƐĚĞƐĂƌƌĂƐŝŶƋƵŝĨŽŶƚƐƸƌĞŵĞŶƚƉĂƌƚŝĞĚĞů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ͖Ě͛ĂƵƚƌĞ
part, les quantités mentionnées sont des quantités énormes et doivent être acceptées à titre indicatif seulement.
EĠĂŶŵŽŝŶƐ͕ůĞƚĂďůĞĂƵŵŽŶƚƌĞůĞƌƀůĞĞƐƐĞŶƚŝĞůĚƵƉĂŝŶĞƚĚĞƐƉŽŵŵĞƐĚĞƚĞƌƌĞ͙
͙>ĞďĞƵƌƌĞĞƐƚĂďƐĞŶƚĐĂƌŝůĞƐƚǀĞŶĚƵ͕Đ͛ĞƐƚůĞƐĂŝŶĚŽƵdžƋƵŝĞƐƚƵƚŝůŝƐĠĞŶĐƵŝƐŝŶĞĞƚůĞƐĞƌĂũƵƐƋƵ͛ĞŶϭϵϮϬ-1930.
Le porc avec du lard est le seul alimeŶƚĐĂƌŶĠĚĞů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶƋƵŽƚŝĚŝĞŶŶĞ͘Tué très gras, il est entièrement salé. »
͛ĂƉƌğƐEvolution du régime alimentaire à Plozévet de 1800 à 1960, par Monik et Pierre le Rhun, 1967, Revue géographique
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 619

x FIN DU XIXe SIÈ>͕>͛Z/Eh^dZ/>>


« Moins de pain et de céréales. Dans tous les pays industrialisés, ůĂ ƌĂƚŝŽŶĐĂůŽƌŝƋƵĞ ĂĚ͛ĂďŽƌĚĂƵŐŵĞŶƚĠƚŽƵƚ ĂƵ
long du XIXĞ ƐŝğĐůĞ ƉĂƌ ƐƵŝƚĞ ĚĞ ů͛ĂƵŐŵĞŶƚĂƚŝŽŶ ĚĞ ƚŽƵƐ ůĞƐ ĂůŝŵĞŶƚƐ͘ ĂŶƐ ůĞƐ ĂŶŶĠĞƐ ϭϴϴϬ-1890, un niveau de
saturation calorique est atteint et dès lors la consommation des aliments de base (céréales, féculents et légumes
ƐĞĐƐͿƐĞŵĞƚăĚŝŵŝŶƵĞƌĞƚůĂĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĚĞƐĂƵƚƌĞƐƉƌŽĚƵŝƚƐ;ƉƌŽĚƵŝƚƐĚ͛ŽƌŝŐŝŶĞĂŶŝŵĂůĞ͕ĨƌƵŝƚƐĞƚůĠŐƵŵĞƐ͕ĐŽƌƉƐ
ŐƌĂƐĞƚƐƵĐƌĞƐͿƐ͛ĂĐĐƌŽŠƚ͘ĞƚLJƉĞĚ͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶĂƉƉĂƌĂŠƚĚĂŶƐƚŽƵƐůĞƐƉĂLJƐĚğƐƋƵĞůĞƐĐŽŶƚƌĂŝŶƚĞƐĚĞƌĞǀĞŶƵĞƚĚ͛ŽĨĨƌĞůĞ
permettent.
Au-delà de la diminution de la consommation de pain : de 700 à 900 g / j au début du XXème siècle à environ 150 g de
nos jours en France, de celle de pommes de terre (de près de 200 kg à 89,5 kg ͬĂŶĞŶϭϵϴϳͿ͕ĚĞů͛ĂƵŐŵĞŶƚĂƚŝŽŶĚĞůĂ
consommation de sucres cachés dans les boissons et surtout des glaces (de 19 kg par an et par personne en 1920 à 37
kg en 1975), ĐĞ ƋƵŝ ĞƐƚ ůĞ ƉůƵƐ ŝŵƉŽƌƚĂŶƚ ĂƵ ĐŽƵƌƐ ĚƵ y/yğŵĞ ƐŝğĐůĞ ĞƐƚ ů͛ĂƵŐŵĞŶƚĂƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ Đonsommation de
viande (surtout de la viande rouge dans un pays comme la France qui est devenue ainsi le premier pays
ĐŽŶƐŽŵŵĂƚĞƵƌ ĞŶ ƵƌŽƉĞͿ͘ ĂŶƐ ůĞ ŵġŵĞ ƚĞŵƉƐ ůĂ ƉĂƌƚ ĚĞƐ ůŝƉŝĚĞƐ ĚĂŶƐ ů͛ĂƉƉŽƌƚ ĠŶĞƌŐĠƚŝƋƵĞ ĂƵŐŵĞŶƚĂŝƚ Ğƚ
dépassait les 40%.
Alain Drouard, Historien directeur de recherche au CNRS UMR 8596 du CNRS Paris
Au cours des XIXe et XXe siècles, la viande de porc aurait représenté 40% du total entre 1789 et 1862, comme en
1967 et 1980. Elle aurait été de 33% en 1862 et 1938. La viande bovine aurait représenté 50% de la consommation
de viande avant 1840 et 50% à 55% entre 1840 et 1967, pour tomber à moins de 30% au cours des années 1980. La
part des ovins et caprins aurait oscillé entre 8 et 17%.
͛ĂƉƌğƐzǀĂŶ>ĞƉĂŐĞ͕ZĞǀƵĞďĞůŐĞĚĞWŚŝůŽůŽŐŝĞĞƚĚ͛,ŝƐtoire, Evolution de la ConsommĂƚŝŽŶĚ͛ĂůŝŵĞŶƚƐĐĂƌŶĠƐĞƵy/yĞĞƚyye siècle
en Europe Occidentale, 2002

« A Plozévet (Finistère), le menu quotidien vers 1900-1910 reste traditionnel malgré le développement de la
production agricole entraînant une certaine aisance dans les fermes :

Matin 6RXSHjO¶RLJQRQ LQYDULDEOHPHQW

Midi Soupe aux légumes ou au lard


ou Pommes de terre au lard
ou Galettes de sarrasin
ou Pommes de terre aux poissons (moins fréquent)

Casse-croûte vers 17h Tartines de pain de seigle (énormes) au lard

Soir 6RXSHDXODLWjO¶RLJQRQDX[SRPPHVGHWHUUH
ou Pommes de terre au babeurre
RX%RXLOOLHGHVHLJOHG¶DYRLQH
(QERLVVRQGXFLGUHHVVHQWLHOOHPHQWSHXGHYLQPDLVGHO¶DOFRROXQHPDXYDLVHHDX-de-vie. »
Evolution du régime alimentaire à Plozévet* (Finistère), de 1800 à 1960, par Monik et Pierre le Rhun, 1967, Revue géographique

x XXe SIECLE ʹ dZE^/d/KE͕sK/ZKh>sZ^DEd>͛>/DEdd/KE^Wz^>͛hZKW>͛Kh^d

A - EXEMPLES À PLOZEVET ENTRE 1920 ET 1960, ÉTAPES ALIMENTAIRES INFLUENCÉES PAR LES DEUX GUERRES
MONDIALES

« A Plozévet, la fin de la grande Guerre fut le début des nouveautés͙ Elle fit connaître le vin aux soldats et de
nouvelles habitudes alimentaires : progression de la viande bovine (vaches âgées) le dimanche, ragoûts de légumes
ĂǀĞĐƋƵĞůƋƵĞƐďĂƐŵŽƌĐĞĂƵdžĚĞďƈƵĨ͕ƉƵŝƐǀĞƌƐϭϵϯϱ͕ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĞdžĐĞƉƚŝŽŶŶĞůůĞĚƵǀĞĂƵũƵƐƋƵĞůăƌĠƐĞƌǀĠăůĂ
vente, soit en ragoût, pot-au-ĨĞƵŽƵƉůƵƐƌĂƌĞŵĞŶƚƌƀƚŝƐ͘ũŽƵƚŽŶƐůĂƉƌŽŐƌĞƐƐŝŽŶĚĞƐƚƌŝƉĞƐăůĂŵŽĚĞďƌĞƚŽŶŶĞ͙>Ğ
café fit son apparition, notamment après la soupe du matin, puis il fut remplacé le matin par la soupe au café : le
café était versé sur le pain dans des écuelles. Ensuite le café fut ajouté au casse croûte avec les énormes tartines de
lard ou bien les taƌƚŝŶĞƐďĞƵƌƌĠĞƐĠƚĂŝĞŶƚƚƌĞŵƉĠĞƐĚĂŶƐĚƵĐĂĨĠĂƵůĂŝƚ͙
De nouveaux aliments exotiques apparurent : riz, tapioca, orange, vermicelle, thé, haricot vert...
La seconde guerre mondiale ƋƵŝ ƉƌŽǀŽƋƵĂ ů͛ŽĐĐƵƉĂƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ ƌĞƚĂŐŶĞ ƉĂƌ ůĞƐ ůůĞŵĂŶĚƐ ĞŶƚƌĂŝŶĂ ĨŝŶĂůĞŵent les
ĠĐŚĂŶŐĞƐ ĐůĂŶĚĞƐƚŝŶƐ ĂǀĞĐ ůĞƐ ŐƌĂŶĚĞƐ ǀŝůůĞƐ ƋƵŝ ĐŽŵƉĞŶƐĂŝĞŶƚ ůĞ ƉĂŝŶ ŶŽŝƌ Ğƚ ů͛ŽƌŐĞ ŐƌŝůůĠĞ͕ ƐƵďƐƚŝƚƵƚ ĚƵ ĐĂĨĠ : lard,
ďĞƵƌƌĞ͕ƉŽŵŵĞƐĚĞƚĞƌƌĞ͕ƉŽƵůĞƚƐ͕ůĂƉŝŶƐ͙
ŶƚƌĞϭϵϰϱĞƚϭϵϲϬ͕ů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶƐĞƚƌĂŶƐĨŽƌŵĂ : davantage de viande bovine, pois, confitures, poissons, vin puis
apparition des salades, tomates, melons, raisins, champignons, gâteaux de pâtisserie, apéritifs. Le lard est
désormais en très nette décadence, le porc réapparaît en force sous forme de conserves et de charcuteries, galettes
et crêpes sont en déclin (une fois par semaine). Par contre le beurre longtemps vendu est désormais consommé en
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 620

grandes quantités, le beurre salé devient typique de la table paysanne entre 1930 et 1940, le pain est toujours
fortement consommé.
A Plozévet, eŶ ϭϵϲϬ͕ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ĂůŝŵĞŶƚƐ ƌĞƐƚĞŶƚ ŝŶĐŽŶŶƵƐ : tous les fromages, sauf le camembert et la crème de
ŐƌƵLJğƌĞ͕ĐŚŽƵĐƌŽƵƚĞ͕ŽůŝǀĞƐ͕ŚĂƌĞŶŐƐƐĂƵƌƐ͕ĐƵĐƵƌďŝƚĂĐĠĞƐƐĂƵĨůĞƐĐŽƌŶŝĐŚŽŶƐ͕ĚĂƚƚĞƐ͕ƋƵĞŶĞůůĞƐ͙ »
͛ĂƉƌğƐEvolution du régime alimentaire à Plozévet de 1800 à 1960, par Monik et Pierre le Rhun, 1967, Revue géographique
͛ƵŶĞĨĂĕŽŶŐĠŶĠƌĂůĞ : « >͛ĂŶĂůLJƐĞĚĞƐŐƌĂŶĚĞƐĠǀŽůƵƚŝŽŶƐĚƵƌĠŐŝŵĞĞƚĚĞƐƉƌĂƚŝƋƵĞƐĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐĚĞƐ&ƌĂŶĕĂŝƐŵğŶĞă
ĚĞƐĐŽŶĐůƵƐŝŽŶƐĚŝĨĨĠƌĞŶƚĞƐƐĞůŽŶƋƵĞů͛ŽŶƐ͛ŝŶƚĠƌĞƐƐĞĂƵdžĂƉƉŽƌƚƐŶƵƚƌŝƚŝŽŶŶĞůƐŽƵăůĂĚĞŵĂŶĚĞĞƚů͛ŽĨĨƌĞĚ͛ĂůŝŵĞŶƚƐ͘
͛ƵŶ ƉŽŝŶƚ ĚĞ ǀƵĞ ŶƵƚƌŝƚŝŽŶŶĞů͕ la France, ĐŽŵŵĞ ů͛ĞŶƐĞŵďůĞ ĚĞ ƐĞƐ ǀŽŝƐŝŶƐ ĞƵƌŽƉĠĞŶƐ ;ĂŝŶƐŝ ƋƵĞ ůĞƐ ĂƵƚƌĞƐ ƉĂLJƐ
développés) a connu au XXème siècle une transition vers un régime beaucoup plus riche en lipides et beaucoup plus
pauvre en glucides que lors des siècles passés ». Il est admis que la période 1900-1980 corresponde à une transition
nutritionnelle.
NB : les viandes rouges sont souvent associées au gras, ce qui ne reflète pas la réalité, mais il y est plus visible.

B - CHANGEMENTS RADICAUX AU PLAN DES APPORTS CALORIQUES

Le premier graphique montre Ź


ů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶ ĚƵ ŶŽŵďƌĞ ĚĞ ĐĂůŽƌŝĞƐ
totales disponibles par personne et par
jour entre 1780 et 1960, ainsi que
ů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶ ĚĞƐ ƉƌŝŶĐŝƉĂůĞƐ ƐŽƵƌĐĞƐ
alimentaires de ces calories : céréales
(principalement le pain), féculents,
produits animaux, fruits et légumes,
graisses et sucres).
Vous pouvez observer que le pic de
décroissance des céréales et féculents se
situe vers 1880 (effet de
ů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĂůŝƐĂƚŝŽŶͿ Ğt que ů͛ĂƉƉŽƌƚ
calorique entre céréales-féculents et
ĂƵƚƌĞƐ ĂůŝŵĞŶƚƐ Ɛ͛ĠƋƵŝůŝďƌĞ ǀĞƌƐ ϭϵϲϬ,
ĂůŽƌƐ ƋƵ͛ĞŶ ϮϬϬϳ ůĞƐ ĐĠƌĠĂůĞƐ
ƌĞƉƌĠƐĞŶƚĞŶƚ ƐĞƵůĞŵĞŶƚ ϭϬйĚĞů͛ĂƉƉŽƌƚ
calorique total, les
viandes/fruits/légumes : 37%, les
produits sucrés : 16 % , les plats Le pic de consommation des viandeƐƐ͛ĞƐƚƉƌŽĚƵŝƚĞŶϭϵϳϵ͘
cuisinés : 17%, les sauces et MG ; 20%.

Le second graphique Ź

décompose les apports caloriques totaux


par macronutriments entre 1780 et
2000, selon que les calories sont
apportées par des glucides, des lipides
ou des protéines ».
On peut remarquer que depuis 220 ans,
ůĞйĚĞů͛ĂƉƉŽƌƚĐĂůŽƌŝƋƵĞĚĞƐƉƌŽƚĠŝŶĞƐ
;ϭϬйͿ Ŷ͛Ă ƉĂƐ ĐŚĂŶŐĠ ŵĂŝƐ ĐĞůƵŝ ĚĞƐ
glucides, en diminution constante a
rejoint celui des lipides en
augmentation constante (un peu plus
de 40%).

Graphiques 1 et 2 - Evolution du niveau et de la structure des apports énergétiques en France en longue période
^ŽƵƌĐĞW͘ŽŵďƌŝƐĚ͛ĂƉƌğƐ:͘dŽƵƚĂŝŶ͕&K^ƚĂƚ- Comportements alimentaires ʹ INRA, 2011
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 621

C - CHANGEMENTS SUCCESSIFS DE COMPORTEMENTS VIS-A-VIS DES VIANDES TOUS LES 10 ANS DE 1979 à 2001 PAR
&&d^ ͛' d  'ERATIONS nées de 1907 à 1977, sur les dépenses en viande de boucherie, en euros
constants par an, par unités de consommation (UC), équivalent année 2000.

Graphique 3 - ^ŽƵƌĐĞZK͕Ě͛ĂƉƌğƐĞŶƋƵġƚĞƐ/E^&;ƵĚŐĞƚĚĞƐ&ĂŵŝůůĞƐͿ͕ϭϵϳϵ͕ϭϵϴϰ͕ϭϵϴϵ͕ϭϵϵϱ͕ϮϬϬϬ.
Ce graphique met en évidence la baisse des dépenses en viandes de boucherie, après le pic de 1979, par types de
génération, répertoriées selon les caractéristiques marquantes de la période de naissance :
En partant des personnes les plus âgées à droite : * Groupe 1 : 1907-1916 / Privations * Groupe 2 : 1917-1926 /
Rationnement, * Groupe 3 : 1927-1936 / Réfrigérateur (surtout en ville), * Groupe 4 : 1937-1946 / Robot
électrique (surtout en ville), * Groupe 5 :1947- 1956 / Hypermarché (surtout en ville), * Groupe 6 : 1957-1966 /
Aliments Services ( Rattrapage massif des retards à la campagne, effet des « Trente Glorieuses » de 1945 à 1975), *
1
Groupe 7 : 1967 ʹ 1976 / Low- cost (à bas prix).
1
Le terme « Low-cost ͩ ĂƉƉůŝƋƵĠ Ě͛ĂďŽƌĚ ĂƵdž ƚƌĂŶƐƉŽƌƚƐ ĞƐƚ ĚĠƐŽƌŵĂŝƐ ƉƌĂƚŝƋƵĠ ĚĂŶƐ ůĞ ĚŽŵĂŝŶĞ ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞ : Ed ou Europa
Discount du Groupe Carrefour en 1978, LIDL en France en 1988, Leader Price du Groupe Casino en 1989, Netto (ex CDM : Comptoir
ĚĞƐDĂƌĐŚĂŶĚŝƐĞƐͿĚƵŐƌŽƵƉĞůĞƐDŽƵƐƋƵĞƚĂŝƌĞƐĞŶϭϵϵϭ͙
A partir du graphique 3 du CREDOC, on peut mettre en évidence les générations qui ont le plus diminué leurs
dépenses en viandes de boucherie (voir graphique ci-dessous). En tête les générations 2, 3 et 4 qui ont diminué
régulièrement leur consommation de viande, ce qui représente une large tranche Ě͛ĂĚƵůƚĞƐĂĐƚŝĨƐà partir de 33 ans
et des retraités ʹ Ensuite les générations 1 et 5, plus âgées de 10 ans par rapport au peloton de tête, qui ont
attendu 1984 pour suivre la même tendance - La génération 6 présente deux pics en 1984 pour les 18 à 27 ans (
étudiants et jeunes actifs) et en 1995 pour les 29 à 38 ans ( jeunes adultes) ʹ La génération 7 a augmenté
régulièrement sa consommation de viande ce qui est normal pour des adolescents et des jeunes en période de
croissance.
Ages des personnes
Tranche génération Période économique à la naissance
entre 1979 et 2001
2 : 1937-1946 « Robot » juste avant la seconde guerre mondiale (Irène) 33-64
3 : 1917-1926 « Rationnement » FHOOHGHO¶DSUqVJXHUUHimmédiat 1914/1918 53-84
4 : 1947-1956-« Hypermarché » FHOOHGHO¶DSUqVVHFRQGHJXHUUHPRQGLDOH 23-54
1 : 1927-1936 « Réfrigérateur » pendant la crise économique mondiale 43-74
5 : 1907-1916 « Privations » celle née avant la guerre 1914/1918 (Maria) 63-94
6 : 1957± 1966 « Aliments Services » celle née au milieu des 30 Glorieuses (1945/1973) (Pauline) 13-44
7 : 1967-1976 « Low-cost » celle née près de la fin des Trente Glorieuses (Rémi). 3-34

Diminution des dépenses de viande de boucherie : classement des générations ayant le mieux observé la tendance
après 1979 - par ordre dégressif
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 622

Pour les statisticiens, les comportements alimentaires ƐŽŶƚƉůƵƐůŝĠƐăůĂĨŽƌĐĞĚĞů͛ŚĂďŝƚƵĚĞ;ĚŽŶĐĂƵdžŐĠŶĠƌĂƚŝŽŶƐͿ


ƋƵ͛ĂƵdž ĞĨĨĞƚƐ Ě͛ąŐĞ ;ĚŽŶĐ ĂƵ ǀŝĞŝůůŝƐƐĞŵĞŶƚͿ͘ Ŷ ĨĂŝƚ ĐĞ ƉŚĠŶŽŵğŶĞ ƋƵŝ Ŷ͛ĞƐƚ ƉĂƐ ƐƉĠĐŝĨŝƋƵĞ ă ůĂ ǀŝĂŶĚĞ͕ ĞƐƚ
observable sur tous les produits bruts : fruits, légumes, poissons. /ů ĚĞǀƌĂŝƚ Ɛ͛ŝŶƚensifier avec les nouvelles
générations, qui recherchent davantage le gain de temps et le refus du gaspillage, donc les aliments services ou
transformés de plus longue conservation. Néanmoins, il convient de prendre aussi en compte le comportement
alimentaire actuel de ceux qui choisissent une autre attitude plus soucieuse des modes de production écologique et des
circuits courts alimentaires. ^ŽƵůŝŐŶŽŶƐĠŐĂůĞŵĞŶƚů͛ŝŶĨůƵĞŶĐĞĚĞƐƌĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐ͘
12 ʹDEPUIS 1960, LA CONSOMMATION ALIMENTAIRE EN GÉNÉRAL dE^͛hE/&KZD/^Z
Il a toujours existé des disparités selon le milieu social. Ğ Ŷ͛ĞƐƚ ƋƵ͛ĂƉƌğƐ ůĞƐ ĂŶŶĠĞƐ ϭϵϲϬ ƋƵĞ ůĞƐ ĐŚŝĨĨƌĞƐ ĚĞ
consommation de viande concerneront la plus grande partie de la population, y compris les agriculteurs, du fait que
ů͛ĂŵĠůŝŽƌĂƚŝŽŶĚĞƐƌĞǀĞŶƵƐĞƚůĂďĂŝƐƐĞĚƵƉƌŝdžĚĞƐƉƌŽĚƵŝƚƐĐĂƌŶĠƐĨĂǀŽƌŝƐĞƌŽŶƚůĞƵƌĞdžƉĂŶƐŝŽŶ͘EĠĂŶŵŽŝŶƐ͕ůĞƉƌŝdžĚĞƐ
ǀŝĂŶĚĞƐǀĂƌŝĞƐƵŝǀĂŶƚůĞƉƌŽĚƵŝƚ͘>ĂǀŝĂŶĚĞĚĞďƈƵĨĐŽƸƚĞƉůƵƐĐŚĞƌƋƵĞůĞƉŽƌĐĞƚůĞƐǀŽůĂŝůůĞƐ͘EŽƵƐĂǀŽŶƐǀƵƋƵĞůĂ
tendance entre 1960 et 1980 pour la consommation des viandes est à la hausse. Cependant, cette expansion diffère
suivant les milieux familiaux.
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOYENNE DE PRODUITS ALIMENTAIRES de 1970 a 2008, agriculteurs inclus, en kg par personne
1970 1980 1990 2007 2008
x Pain 80,6 70,6 61,7 53,5 51,7
x Pommes de terre 95,6 89,0 60,8 71,1 68,5
x Légumes frais et fruits 70,4 88,4 86,0 85,9 86,0
x Boeuf 15,6 19,3 17,1 13,7 13,3
x Volailles 14,2 19,3 21,7 19,7 19,1
x Oeufs 11,5 14,3 14,0 13,6 13,5
x Poissons, coquillages, crustacés frais et
9,9 12,9 14,4 11,7 11,4
surgelés
x Lait frais (en litres) 95,2 74,0 66,4 51,4 51,5
x Fromage 13,8 15,3 16,7 18,3 18,6
x Yaourts 8,6 8,7 15,9 22,2 21,8
x Huile alimentaire 8,1 10,8 11,1 9,0 8,8
x Sucre 20,4 15,0 10,1 6,5 6,2
x Vins courants (en litres) 95,6 77,1 44,7 23,5 22,7
x Vins A.O.C. (en litres) 8,0 14,9 22,9 23,7 22,7
x Bière (en litres) 41,4 44,2 40,1 30,7 28,0
x Eaux minérales et de source (en litres) 39,9 54,7 90,0 161,1 151,1
Tableau 3 /E^͕dĂďůĞĂƵdžĚĞů͛ĐŽŶŽŵŝĞ&ƌĂŶĕĂŝƐĞ͕ũƵŝůůĞƚϮϬϭϬ
LĂĐƌĠĂƚŝŽŶĚĞů͛/E^ĞŶϭϵϰϲ;/ŶƐƚŝƚƵƚEĂƚŝŽŶĂůĚĞƐƚƵĚĞƐĐŽŶŽŵŝƋƵĞƐͿƉĞƌŵĞƚĚĞĐŽŵƉƚĂďŝůŝƐĞƌ les chiffres de
consommation dans tous les domaines de toutes les C.S.P. (Catégories socio- professionnelles) dont celle des
agriculteurs, notamment à partir de 1960. >ĂƉĂƌƚĚĞů͛ĂƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞĂƉĞƌĚƵƌĠŐƌąĐĞăů͛ĂƌƌŝǀĠĞĚƵ
froid dans leurs équipements ménagers.
Par ailleurs, « Les milieux aisés et/ou diplômés sont de faibles consommateurs de viande comparés aux milieux
ƉŽƉƵůĂŝƌĞƐ͕ƋƵŝĞŶĐŽŶƐŽŵŵĞŶƚƉůƵƐƋƵĞůĂŵŽLJĞŶŶĞ͖Đ͛ĞƐƚĞƐƐĞŶƚŝĞůůĞŵĞŶƚăůĂĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĚĞǀŝĂŶĚĞƉŽƌĐŝŶĞ
que ce résultat est attribuable. Sa consommation esƚĂŝŶƐŝăů͛ŚĞƵƌĞĂĐƚƵĞůůĞƵŶŵĂƌƋƵĞƵƌĚĞů͛ĂƉƉĂƌƚĞŶĂŶĐĞƐŽĐŝĂůĞ͘
De même, ce sont les cadres supérieurs qui consomment le plus de fruits et de légumes, et les ouvriers le moins».
Comportements alimentaires ʹ INRA, 2011
A partir de 1960/1970, la vulgarisation des congélateurs à la ferme ou dans des SICA locales, entraîne la congélation
ĚĞ ƚŽƵƚĞƐ ƐŽƌƚĞƐ Ě͛ĂŶŝŵĂƵdž : ƉŽƌĐ͕ ǀĞĂƵ͕ ǀŽůĂŝůůĞƐ ͙ ĞƚƚĞ ŶŽƵǀĞĂƵƚĠ ĐŽŶĚƵŝƚ ă ƵŶĞ ƉĂƌƚŝĐƵůĂƌŝƚĠ ŝŶĂƚƚĞŶĚƵĞ ĚĞ
ů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ ĚĂŶƐ ůĞƐ ŵĠŶĂŐĞƐ ĂŐƌŝĐŽůĞƐ͘ Ŷ ĞĨĨĞƚ͕ les Groupements de Vulgarisation Agricole (GVA) féminins,
transformés ensuite en GDA (Groupements de Développement Agricole) ne vont pas tarder à dénoncer une
augmentation abusive de la consommation de viandes dans les familles agricoles, sans doute pour des raisons de
ĨĂĐŝůŝƚĠĞƚĚ͛ĠĐŽŶŽŵŝĞ͘ Des alertes en faveur de la santé sont transmises pour ralentir les congélations de viande et
les programmer uniquement en fonction des besoins alimentaires de la cellule familiale. (Irène a assisté à quelques
ʹ unes de ces réunions dans la Mayenne et en Indre et Loire, entre 1960 et 1970). Cette action a devancé en son
ƚĞŵƉƐůĞƐŽƌŝĞŶƚĂƚŝŽŶƐƵůƚĠƌŝĞƵƌĞƐƉƌĠĐŽŶŝƐĠĞƐăŐƌĂŶĚĞĠĐŚĞůůĞƉŽƵƌĚĞƐƌĂŝƐŽŶƐĚĞƐĂŶƚĠĞƚĚ͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚ͘
ZĂƉƉĞůŽŶƐƋƵ͛ĞŶϭϵϱϬ͕ϮϱйĚĞůĂƉŽƉƵůĂƚŝŽŶĨƌĂŶĕĂŝƐĞǀŝǀĂŝĞŶƚĚĞůĂƚĞƌƌĞƉŽƵƌϯйƐĞƵůĞŵĞŶƚĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ. Le circuit
ĐŽƵƌƚĚĞƐǀŝĂŶĚĞƐƉĞƌŵĞƚƚĂŝƚƵŶĞĐŽŶĨŝĂŶĐĞĞŶƚƌĞůĞƉƌŽĚƵĐƚĞƵƌĞƚůĞĐůŝĞŶƚ͘ĞƉƵŝƐ͕ůĞƐŝŶƚĞƌŵĠĚŝĂŝƌĞƐĞƚů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĞ
alimentaire se sont multipliés et les jeunes générations se sont éloignées du produit agricole. Deux stratégies ont du
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 623

être mises en place pour restaurer davantage de confiance en ce qui concerne les viandes de boucherie et les
volailles ͗ůĂƚƌĂĕĂďŝůŝƚĠĚƵƉƌŽĚƵŝƚĞƚů͛ƵƚŝůŝƐĂƚŝŽŶĚĞůĂŵĂƌƋƵĞ͘>ĞŵŽŶĚĞĂŐƌŝĐŽůĞƉƌŽĚƵĐƚĞur et les commerçants ont
ĚƸƐ͛ĂĚĂƉƚĞƌăĐĞƚƚĞŶŽƵǀĞůůĞĞdžŝŐĞŶĐĞĚĞƐĐŽŶƐŽŵŵĂƚĞƵƌƐ͘
KďƐĞƌǀŽŶƐĚĂŶƐůĞƐƉĂŐĞƐƐƵŝǀĂŶƚĞƐƋƵĞůƋƵĞƐŐƌĂƉŚŝƋƵĞƐ ƉĞƌŵĞƚƚĂŶƚ ĚĞĐŚŝĨĨƌĞƌ ů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶĚĞůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĚĞƐ
produits alimentaires puis des viandes, à partir des années 1960.

x ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION DES VIANDES AU COURS DE 1967 à 2007, agriculteurs inclus


Pourcentage des dépenses par type de viandes en euros par rapport au total des dépenses des viandes

Graphique 4 Sources : Enquêtes CZK͕ƚƵĚĞƐĚĞů͛/EϭϵϵϵĞƚĚĞůĂ&ϮϬϬϰĞƚϮϬϬϳ

Dans ce graphique, sont regroupées les évolutions de la consommation des viandes pendant une période de 40 ans. On
y observe :
x En diminution ͗ůĞƐǀŝĂŶĚĞƐĚĞďƈƵĨ (-11%), de veau (-8%), de cheval (-3%), les produits tripiers (-3%)
x En augmentation : les viandes de porc (+12%), les viandes de volaille (+2%), les préparations à base de viande
(+22%)
x En stagnation ͗ůĞƐǀŝĂŶĚĞƐĚĞŵŽƵƚŽŶĞƚĚ͛ĂŐŶĞĂƵ;ϰйͿ

Conclusion : en 2007, et par rapport aux 40 années précédentes, les Français consomment nettement moins de
ǀŝĂŶĚĞƐƌŽƵŐĞƐĚĞďŽƵĐŚĞƌŝĞĞƚƵŶƉĞƵŵŽŝŶƐĚĞƚƌŝƉĞƐ͘/ůƐĐŽŵƉĞŶƐĞŶƚƉĂƌĚ͛ĂƵƚƌĞƐƚĞŶĚĂŶĐĞƐ :
ΎŶĞƚƚĞŵĞŶƚƉůƵƐĚĞƉŽƌĐ;ŵŽŝŶƐĐŚĞƌĞƚŵŽŝŶƐŐƌĂƐƋƵ͛ĂƵƚƌĞĨŽŝƐͿ͕ un peu plus de volaille
ΎĞƚƐƵƌƚŽƵƚĚĂǀĂŶƚĂŐĞĚ͛ĂůŝŵĞŶƚƐĐƵŝƐŝŶĠƐăďĂƐĞĚĞǀŝĂŶĚĞ ͗ǀŽůĂŝůůĞ͕ůĂƉŝŶ͕ŚĂĐŚĠĚĞďƈƵĨĞƚĚĠĐŽƵƉĞƐĐƌƵĞƐĚĞ
poulet + plats surgelés (steaks hachés et plats cuisinés).
La généralisation du travail des femmes et la diminution du temps de préparation des repas accroissent la demande
de plats services (4ème, voire 5è gamme).

13 - WZd/ZϭϵϴϬ͕>͛MERGENCE DU RAPPORT ENTRE >͛>/DEdd/KE, LA SANTÉ d>͛Es/ZKEEDEd


« En 40 ans, les Français ont modifié leurs comportements alimentaires : leurs modes de vie ont évolué et ils accordent
une attention croissante aux questions de santé. Ils délaissent de plus en plus les produits traditionnels à forte valeur
nutritive, tout comme les sucres et graisses bruts. La consommation par habitant de viandes rouges est en baisse
depuis le milieu des années 1980. A contrario, celle de volaille augmente, bénéficiant de prix relatifs favorables.
Par ailleurs, les contraintes de la vie moderne conduisent les ménages à privilégier des produits déjà prêts. Les viandes
préparées ont un franc succès depuis les années 1980. Les confiseries, la pâtisserie et les boissons sucrées sont aussi de
plus en plus demandées surtout par les jeunes.
Evolution de la Consommation des Ménages depuis 40 ans, INSEE, 2002, [Link]
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 624

Produits en régression ou en stagnation Produits en hausse

Pain et céréales Pain, pâtes Riz, corn flakes, semoule, pâtisserie artisanale,
pâtisserie industrielle, biscuits, biscottes

Viandes Viande de cheval, triperie, viande de Volaille, porc, lapin, gibier


ǀĞĂƵ͕ǀŝĂŶĚĞĚĞďƈƵĨ

Corps gras Beurre, huile de maïs, huiles raffinées,


margarine

WƌŽĚƵŝƚƐĚ͛ĠƉŝĐĞƌŝĞ Sucre, farine Confiture, conserve de fruits, chocolat en barre,


confiseries, café et thé, miel

Laitages Lait concentré et sec Fromages, yaourts, desserts lactés frais

Fruits et Légumes Légumes secs, pomme de terre Légumes frais, légumes surgelés, en conserve,
déshydratés ; fruits frais

Plats préparés Soupes (en sachets, en boîtes, surgelées), plats


préparés à base de viande et charcuterie et à
base de poissons et crustacés

Boissons Vin de consommation courante, cidre, Vin AOC, Champagne, mousseux, whisky,
bière, Porto, Banyuls, vins doux, cognac, rhum, jus de fruits, eaux et boissons
Vermouth non alcoolisées

Tableau 4 Source : Herpin & Verger, 2008 - Comportements alimentaires ʹ INRA, 2011

Le tableau ci-ĚĞƐƐƵƐ ĐŽŶĨŝƌŵĞ ůĞ ƌĂƉƉŽƌƚ ĚĞ ů͛/ŶƐĞĞ ƉƌĠĐĠĚĞŶƚ͘ On note la diminution de produits traditionnels ou
bruts : pĂŝŶ͕ ǀŝĂŶĚĞƐ ƌŽƵŐĞ͕ ƉŽŵŵĞƐ ĚĞ ƚĞƌƌĞ͙͕ ů͛ĂƵŐŵĞŶƚĂƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ĚĞ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ĨŽƌƚĞŵĞŶƚ
transformés surgelés ou non : pâtisseries et dérivés de céréales, desserts lactés frais, soupes, légumes et plats
préparés à base de viandes, poissons et crustacés ... Le poisson frais pénalisé par la hausse des prix est moins vendu
ƋƵĞůĞƉŽŝƐƐŽŶĐƵŝƐŝŶĠ͘>ĞǀŝŶĐğĚĞůĂƉůĂĐĞăĚ͛ĂƵƚƌĞƐďŽŝƐƐŽŶƐ;ĐŽŶƚƌƀůĞƐĚ͛ĂůĐŽŽůĠŵŝĞͿ͘
A partir de 1980, les comportements commencent à être influencés par les recommandations sanitaires et
diététiques des médecins, relayées par les médias : magazines de santé, émissions de radio ou télévisées. En résumé,
ŝů ĞƐƚ ĐŽŶƐĞŝůůĠ ĚĞ ƌĠĚƵŝƌĞ ůĞƐ ŐƌĂŝƐƐĞƐ Ě͛ŽƌŝŐŝŶĞ ĂŶŝŵĂůĞ͕ ůĞ ƐƵĐƌĞ Ğƚ  ůĞƐ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ƐƵĐƌĠƐ Ğƚ Ě͛ĂƵŐŵĞŶƚĞƌ ůĞƐ ŚƵŝůĞƐ
Ě͛ŽƌŝŐŝŶĞvégétale insaturées ainsi que les légumes et les fruits. Mais il faut du temps pour passer à la pratique͙
Il en est résulté que la production des porcs relativement maigres a été encouragée par rapport à celle antérieure des
porcs gras. Des campagnes publicitaires ont même eu lieu à la suite de critiques relatives à la viande de porc. Elles
ŵĞƚƚĂŝĞŶƚů͛ĂĐĐĞŶƚƐƵƌůĂƋƵĂůŝƚĠĚĞƐĂŶŝŵĂƵdžƉŽƌĐŝŶƐĚŽŶƚůĞƐ ŵŽƌĐĞĂƵdžăƐĂƵƚĞƌŽƵăŐƌŝůůĞƌŶ͛ĠƚĂŝĞŶƚƉĂƐƉůƵƐŐƌĂƐ
ƋƵĞĐĞƵdžĚƵďƈƵĨ͕ƐƵƌůĞďĂƐƉƌŝdžĚƵƉŽƌĐăƋƵĂůŝƚĠ ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞĠŐĂůĞĐŽŵƉĂƌĠăĚ͛ĂƵƚƌĞƐǀŝĂŶĚĞƐĞƚƐƵƌů͛ŝŵƉŽƌƚĂŶĐĞ
du savoir cuisiner sainement pour préserver la santé. Par ailleurs, les problèmes sanitaires de la vache folle,
salmonellose, listériose, dioxine ont incité les consommateurs à être plus vigilants vis-à-vis de la qualité.
CAS PARTICULIER DES AGRICULTEURS . La consommation des agriculteurs ĚĠƐŽƌŵĂŝƐ ĠƚƵĚŝĠĞ ƉĂƌ ů͛/E^ fait
apparaître des attitudes inverses à celle des cadres :
« En 1995, les ouvriers et employés dépensent 15 % de moins que la moyenne des ménages pour l'alimentation à
domicile. En revanche, les cadres consomment 10 % de plus et les retraités 17 %. La consommation des agriculteurs
est proche de la moyenne, hormis l'autoconsommation bien supérieure à celle de l'ensemble des ménages.
Les agriculteurs consomment plutôt des produits bruts à forte valeur nutritive, tels que les aliments traditionnels,
sucres et graisses bruts, viandes rouges et porc. Les fruits et légumes ne sont pas prioritaires dans leur alimentation,
ďŝĞŶƋƵ͛ŝůƐ les produisent eux-mêmes pour une part importante.
Evolution de la Consommation des Ménages depuis 40 ans, INSEE, 2002, [Link]
EŶƉƌĞŶĂŶƚĞŶĐŽŵƉƚĞů͛ĂƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ůĞƐĚĠƉĞŶƐĞƐĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐĚĞƐĂŐƌŝĐƵůƚĞƵƌƐƐŽŶƚŶĞƚƚĞŵĞŶƚƐƵƉĠƌŝĞƵƌĞƐ
aux autres catégories socioprofessionnelles. Elles représentent 18,9% des dépenses du ménage par unité de
consommation contre 16,6% de moyenne nationale.
Source Insee, enquête Budget des familles, 2001
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 625

14 ʹ DE 2000 A 2010, DERNIERS CONSTATS


La parution deƐƐƚĂƚŝƐƚŝƋƵĞƐĠƚĂŶƚƉŽƐƚĠƌŝĞƵƌĞĂƵdžĂŶŶĠĞƐĠƚƵĚŝĠĞƐ͕ǀŽŝĐŝůĞƐĚĞƌŶŝĞƌƐĐŚŝĨĨƌĞƐƋƵĞũ͛ĂŝƉƵƐĠůĞĐƚŝŽŶŶĞƌ
ƉĂƌŵŝĚ͛ĂƵƚƌĞƐ͘
141 - ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOYENNE DE PRODUITS CARNÉS DES ADULTES ( 15 ANS ET PLUS) ENTRE
1997 ET 2007

Selon les enquêtes INCA 1999


et CCAF 2004, 2007, la
consommation moyenne de
produits carnés des adultes
français diminue
régulièrement depuis plusieurs
années : elle a baissé de 20 %
entre 1999 et 2007 (- 30 g/j),
avec une diminution plus
importante sur la première
période, de 1999 à 2003 (-24
g/j) (graphique 6).

Cette baisse est plus


importante encore chez les
enfants de 3 à 14 ans puisque
leur consommation moyenne
de produits carnés est passée
de 108 g/j à 89 g/j entre 1999
et 2003, puis à 83g/j en 2007.
Graphique 5 Source : Enquêtes CRÉDOC-INCA 1999. CCAF 2004 ET CCAF 2007-

142 - ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOYENNE DE PRODUITS CARNÉS DES ADULTES (15 ANS ET +) SELON LA
CATÉGORIE SOCIO PROFESSIONNELLE, Agriculteurs inclus, en grammes par jour

Le graphique suivant montre ƋƵ͛ĞŶ ϭϵϵϵ ůĞƐ ĐĂƚĠŐŽƌŝĞƐ ƐŽĐŝŽ ƉƌŽĨĞƐƐŝŽŶŶĞůůĞƐ ƋƵŝ ƌĠĂůŝƐĞŶƚ ůĞ ƉůƵƐ Ě͛ĞĨĨŽƌƚƐ
physiques se distinguent nettement par leur consommation plus importante de produits carnés. /ů Ɛ͛ĂŐŝƚ ĚĞƐ
ouvriers : 168 g/j et des agriculteurs : 160 g/j. Les autres catégories ont une consommation proche de la moyenne,
ŵġŵĞ Ɛ͛ŝů ƌĞƐƚĞ ĚĞƐ ĚŝĨĨĠƌĞŶĐĞƐ ĞŶƚƌĞ ůĞƐ ĐĂƚĠŐŽƌŝĞƐ ůĞƐ ƉůƵƐ ĂŝƐĠĞƐ Ğƚ ĐĞůůĞƐ ƋƵŝ ůĞ ƐŽŶƚ ŵŽŝŶƐ͘ ĂŶƐ ů͛ĞŶƐĞŵďůĞ͕ ůĂ
consommation des viandes est à la baisse. Les classes aisées ont diminué leur consommation entre 1999 et 2003, les
autres un peu plus tard entre 2003 et 2007. On peut supposer que les messages de santé ont progressivement été
entendus.

^ƚƌƵĐƚƵƌĞůůĞŵĞŶƚ͕ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ĚĞ ĐŚĂƌĐƵƚĞƌŝĞ͕ ĚĞ ďƈƵĨ Ğƚ ĚĞ ƉŽƌĐ ĞƐƚ ƉůƵƐ ĠůĞǀĠĞ ĐŚez les catégories socio -
ƉƌŽĨĞƐƐŝŽŶŶĞůůĞƐ ůĞƐ ŵŽŝŶƐ ĂŝƐĠĞƐ͕ ƚĂŶĚŝƐ ƋƵĞ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ Ě͛ĂŐŶĞĂƵ Ğƚ ĚĞ ǀŽůĂŝůůĞƐ ĞƐƚ ƉůƵƐ ĠůĞǀĠĞ ĐŚĞnj ůĞƐ
catégories socioprofessionnelles supérieures (cadres et professions libérales). Toutefois, les employés, les artisans et
ůĞƐĐŽŵŵĞƌĕĂŶƚƐƐĞĚŝƐƚŝŶŐƵĞŶƚŶĞƚƚĞŵĞŶƚĚĞƐŽƵǀƌŝĞƌƐĞƚĚĞƐĂŐƌŝĐƵůƚĞƵƌƐĞŶĐĞƋƵ͛ŝůƐĐŽŶƐŽŵŵĞŶƚďĞĂƵĐŽƵƉŵŽŝŶƐ
de porc. Par ailleurs, les cadres et professions libérales tendent à consommer beaucoup moins de charcuteries (- 25 %
par rapport à la population totale) que toutes les autres catégories.
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 626

Graphique 6 Source : Enquêtes CRÉDOC-INCA 1999. CCAF 2004 ET CCAF 2007

Plus que la consommation du porc proprement dit, ce qui importĞ͕ Đ͛ĞƐƚ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ƌĠŐƵůŝğƌĞ ĚĞƐ ŐƌĂŝƐƐĞƐ
ƐĂƚƵƌĠĞƐ͕ĞƐƐĞŶƚŝĞůůĞŵĞŶƚĚ͛ŽƌŝŐŝŶĞĂŶŝŵĂůĞ ͗ǀŝĂŶĚĞƐ͕ĐŚĂƌĐƵƚĞƌŝĞƐ͕ƐĂŝŶĚŽƵdž͕ƈƵĨƐ͕ďĞƵƌƌĞ͕ůĂŝƚĂŐĞƐ͕ĨƌŽŵĂŐĞƐ.
KŶ ƐĂŝƚ ƋƵĞ ĚĂŶƐ ĐĞƌƚĂŝŶĞƐ ĨĂŵŝůůĞƐ͕ ŵĂůŐƌĠ ů͛ŝŶĨŽƌŵĂƚion massive relative à la santé Ğƚ ů͛ĞdžŝƐƚĞŶĐĞ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ƉůĂƚƐ
préparés moins gras, on privilégie encore les plats à base de charcuterie. A ce stade, on peut considérer que la
ƌĠƚŝĐĞŶĐĞăĐŚĂŶŐĞƌůĞƐŚĂďŝƚƵĚĞƐĞƚůĞŵĂŶƋƵĞĚ͛ŝŶƚĠƌġƚƉŽƵƌůĂƐĂŶƚĠƐŽŶƚĂƵƐƐŝŝŵƉŽƌƚĂŶƚƐƋƵĞůĞƉƌŝdžĚĞƐĂůŝŵĞŶts.
͛Ăprès Pierre Combris, du LĂďŽƌĂƚŽŝƌĞ ĚĞ ZĞĐŚĞƌĐŚĞ ƐƵƌ ůĂ ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ĚĞ ů͛/EZ : « ͛ĞƐƚ ůĞ ƉŽŝĚƐ ĚĞƐ
contraintes socio-économiques qui intervient dans les choix alimentaires ».

143 - CONSOMMATION MOYENNE s/EKh,Z/^>KE>͛GE, en grammes par jour

Graphique 7 Source : Enquête CREDOC-CCAF 2007

>͛ąŐĞĂƵŶĞĨĨĞƚŝŵƉŽƌƚĂŶƚƐƵƌůĂĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĚĞǀŝĂŶĚĞĚĞďŽƵĐŚĞƌŝĞ. Le poŝĚƐŵŽLJĞŶƋƵŽƚŝĚŝĞŶĐƌŽŠƚĂǀĞĐů͛ąŐĞ
ƉƵŝƐĚŝŵŝŶƵĞƐĞŶƐŝďůĞŵĞŶƚăƉĂƌƚŝƌĚĞϲϱĂŶƐ͕ŶŽƚĂŵŵĞŶƚƉŽƵƌůĂǀŝĂŶĚĞĚĞďƈƵĨ͘ĞůůĞ-ci au contraire est la viande
préférée des jeunes de 15 à 24 ans.
ŶŵĂƚŝğƌĞĚ͛ĂƉƉŽƌƚƐŶƵƚƌŝƚŝŽŶŶĞůƐ͕ůĂĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶŵŽLJĞŶŶĞĚĞƐǀŝandes de boucherie contribue modérément aux
apports énergétiques et lipidiques totaux des Français. En revanche, elle représente une source majeure de protéines
ĚĞŚĂƵƚĞǀĂůĞƵƌďŝŽůŽŐŝƋƵĞ͕ĚĞĨĞƌďŝĞŶĂƐƐŝŵŝůĠƉĂƌů͛ŽƌŐĂŶŝƐŵĞ͕ĚĞǀŝƚĂŵŝŶĞƐϭϮ͕ϯĞƚϲĞƚ de zinc.
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 627

144 - DÉWE^^ EEh>>^ ͛>/DEdd/KE ^ 'Z/h>dhZ^ E ϮϬϬϭ͕ hdKKE^KDDd/KE /E>h^͕
comparée à celle des autres catégories socioprofessionnelles

Les agriculteurs exploitants dépensent Produits alimentaires et Part de la


peu pour la restauration hors de leur France Métropolitaine boissons non consommation
alcoolisées + alimentaire dans la
logement ; ils y consacrent près de 4 autoconsommation consommation totale*
alimentaire (en %)
points de moins que les cadres et 3 (en euros par uc)*
fois moins en valeur que ces derniers. Exploitants agricoles actifs 2 968 22,7
>͛ĠĐĂƌƚ ĚĞ ůĂ ƉĂƌƚ ĚĞƐ ĚĠƉĞŶƐĞƐ Artisans, commerçants actifs 2 640 17,0
ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐƐ͛ĂĐĐĞŶƚƵĞăŶŽƵǀĞĂƵĞŶ Cadres actifs 2 738 12,6
intégrant ů͛ĂƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕ Professions interméd. actives 2 459 14,5
spécificité paysanne : elle représente Employés actifs 2 089 15,8
plus de 600 euros par an par unité de Ouvriers actifs 2 189 17,7
consommation pour les agriculteurs, Retraités 2 800 21,7
185 euros pour les retraités et Autres inactifs 1 855 18,4
seulement 100 euros pour les Ensemble 2 467 17,3
ouvriers. La consommation
alimentaire annuelle des exploitants * uc : unité de consommation. Ex :
agricoles est en moyenne de 2 970 1 uc pour le 1er adulte du ménage
0,5 uc pour les autres personnes de 14 ans ou plus
euros par unité de consommation ( 1
0,3 uc pour les enfants de moins de 14 ans
adulte), soit 22,7 % de la
consommation totale.
Source : Insee, enquête Budget de famille 2001.

Si vous comparez ces chiffres de 2001 à ceux de 1995 (voir dernier par. page 624), vous en déduirez que chez les
agriculteurs, la part de la consommation alimentaire dans la part totale des dépenses du ménage est passée de
18,9% en 1995 à 22,7% en 2001, soit 3͕ϴйĞŶƉůƵƐĞŶů͛ĞƐƉĂĐĞĚĞϲĂŶŶĠĞƐƐeulement, ce qui confirme le maintien
Ě͛un dépassement spécifiquement paysan.
Cela peut correspondre à plusieurs raisons ͗ ĂĐƚŝǀŝƚĠƐ ƚƌğƐ ƉŚLJƐŝƋƵĞƐ ƐŽƵǀĞŶƚ ă ů͛ĞdžƚĠƌŝĞƵƌ Ğƚ ůŽŶŐƵĞƐ ũŽƵƌŶĠĞƐ ĚĞ
travail qui accroissent les besoins énergétiques, importance symbolique des aliments produits à la ferme, peu de
ƌĞƉĂƐƉƌŝƐăů͛ĞdžƚĠƌŝĞƵr, mais aussi baisse du revenu moyen des agriculteurs, ce qui a pour corollaire de relever le
pourcentage des dépenses alimentaires.
CONCLUSION
Ici se terminent des éléments de réflexion sur la consommation alimentaire dont celles des viandes dans le monde
agricole. Nul doute que vous aurez remarqué, en ce qui concerne les animaux de ferme dont le cochon, combien
notre monde actuel a évolué par rapport à celui de nos ancêtres. Par exemple :
x En ce qui concerne le cochon dans la société. Pour une minorité, le cochon est devenu un animal de
compagnie, affectueux et intelligent. Pour le plus grand nombre, français et autres nationalités, il est toujours
un animal de consommation dont la viande abordable se prête à de nombreuses préparations culinaires, sans
parler des charcuteries de qualité avec labels, ŐĞŶƌĞƐĂƵĐŝƐƐĞƐƐğĐŚĞƐĚ͛ƌĚğĐŚĞ͕ũĂŵďŽŶƐĚĞŽƌƐĞ ͙ qui ont
toujours leurs amateurs.
x ŶĐĞƋƵŝĐŽŶĐĞƌŶĞů͛ĂďĂƚƚĂŐĞĚĞƐĂŶŝŵĂƵdžĚĞĨĞƌme͘/ůĞƐƚƚŽƵũŽƵƌƐĂƵƚŽƌŝƐĠ͕ŵĂŝƐůĞƐĐŽŶĚŝƚŝŽŶƐĚ͛ĂďĂƚƚĂŐĞ
ont évolué. Celles-ci doivent respecter la loi relative à la Protection des Animaux au moment de leur abattage
ŽƵĚĞůĞƵƌŵŝƐĞăŵŽƌƚ͘:ƵƐƚĞĂǀĂŶƚ͕ů͛ĂŶŝŵĂůĚŽŝƚġƚƌĞŝŵŵŽďŝůŝƐĠĞƚĠƚŽƵƌĚŝĞƚůĂ saignée doit commencer le
ƉůƵƐƚƀƚƉŽƐƐŝďůĞĂƉƌğƐů͛ĠƚŽƵƌĚŝƐƐĞŵĞŶƚĞƚĞŶƚŽƵƚĠƚĂƚĚĞĐĂƵƐĞĂǀĂŶƚƋƵĞů͛ĂŶŝŵĂůŶĞƌĞƉƌĞŶŶĞĐŽŶƐĐŝĞŶĐĞ͘Ŷ
&ƌĂŶĐĞ͕Đ͛ĞƐƚů͛ƌƚŝĐůĞ>ϮϭϰĚƵŽĚĞƌƵƌĂů;ĐŽĚŝĨŝĐĂƚŝŽŶĚ͛ƵŶĞ>ŽŝĚĞϭϵϳϲͿƋƵŝŵĞŶƚŝŽŶŶĞůĞƵƌĐĂƌĂĐƚğƌĞĚ͛ġƚƌĞƐ
sensibles.
x Pour les chevaux, savez-vous que la SPA (Société Protectrice des Animaux) a été créée dès 1845 par Etienne
WĂƌŝƐĞƚ͕ ŵĠĚĞĐŝŶ Ğƚ ŵĞŵďƌĞ ĚĞ ů͛ĐĂĚĠŵŝĞ ĚĞ DĠĚĞĐŝŶĞ͕ pour organiser la défense des chevaux de trait qui
sillonnaient la capitale et dont la ŵĂůƚƌĂŝƚĂŶĐĞ ů͛ĂǀĂŝƚ ŵĂƌƋƵĠ͘ ĞƉƵŝƐ͕ ůĂ ^W Ɛ͛ŽĐĐƵƉĞ ƉƌŝŶĐŝƉĂůĞŵĞŶƚ ĚĞƐ
chiens et des chats abandonnés. Par ailleurs, des Associations de Protection des Animaux de Ferme existent au
plan mondial. Elles militent pour repérer les très mauvaises conditions de vie de certains animaux mettant en
ũĞƵůĂǀŝĞĚĞů͛ĂŶŝŵĂů͘
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 628

x ŶĐĞƋƵŝĐŽŶĐĞƌŶĞů͛/ŵƉĂĐƚĚĞůĂƐƵƌƉƌŽĚƵĐƚŝŽŶĞƚĚĞůĂƐƵƌĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĚĞƉƌŽĚƵŝƚƐĚ͛ŽƌŝŐŝŶĞĂŶŝŵĂůĞƐƵƌ
la planète, Đ͛ĞƐƚlà que se situe le changement le plus important. Il est désormais admis :

Ύ ƋƵĞ ů͛ĠůĞǀĂŐĞ ĂĐĐĞŶƚƵĞ ů͛ĞĨĨĞƚ ĚĞ


serre et la déforestation et que réduire
sa consommation de viande permet de
ůƵƚƚĞƌĐŽŶƚƌĞů͛ĞĨĨĞƚĚĞƐĞƌƌĞ͘
* que la viande consommée représente
un lot de souffrances pour les animaux
Ύ ƋƵĞ ů͛ĠůĞǀĂŐĞ ĚĠƚŽƵƌŶĞ ĚĞƐ
resƐŽƵƌĐĞƐŶĠĐĞƐƐĂŝƌĞƐăů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ
humaine, car la faim progresse dans le
monde
Ύ ƋƵĞ ů͛ĠůĞǀĂŐĞ ƌĞƉƌĠƐĞŶƚĞ ƵŶ
gaspillage des surfaces des sols. Pour
ƉƌŽĚƵŝƌĞ ϭ ŬŐ ĚĞ ďƈƵĨ ĚĞ ƉąƚƵƌĂŐĞ͕ ŝů
faut 269 m2 et si on inclut le fourrage
ĚƵďƈƵĨ͕ŝůĨĂƵƚϯϮϯŵϮ
* ƋƵĞů͛ĠůĞǀĂŐĞĐŽŶƚƌŝďƵĞăůĂƉŽůůƵƚŝŽŶ
des eaux et à la formation des pluies
acides (notamment en Bretagne où la Eurostat : consommation moyenne des aliments en Allemagne en 2002
teneur des sols en nitrates favorise les WƵďůŝĠƉĂƌů͛/ŶƐƚŝƚƵƚĚĞZĞĐŚĞƌĐŚĞƉŽƵƌƵŶĞĠĐŽŶŽŵŝĞĠĐŽůŽŐŝƋƵĞĞŶůůĞŵĂŐŶĞ
algues jusque sur les plages)
ΎƋƵĞů͛ĠůĞǀĂŐĞŝŶĚƵƐƚƌŝĞůĞŶŐĞŶĚƌĞů͛ĠŵĞƌŐĞŶĐĞĚĞƐƵďƐƚĂŶĐĞƐŐƌĂǀĞŵĞŶƚƉĂƚŚŽŐğŶĞƐƉŽƵƌůĞƐŚƵŵĂŝŶƐ
* enfin que la surconsommation de viande augmente certaines affections humaines telles que les cancers (colon,
prostate), maladies cardio-vasculaires, hypercholestérolémie, obésité, hypertension, ostéoporose, calculs biliaires,
ƉŽůLJĂƌƚŚƌŝƚĞ͙͘ĐĞƋƵŝĂƵŐŵĞŶƚĞůĞƐĚĠƉĞŶƐĞƐĚĞƐĂŶƚĠĞƚůĞĚĠĨŝĐŝƚĚĞůĂƐĠĐƵƌŝƚĠƐŽĐŝĂůĞ͙
En est-on arrivé à devoir se priver de viande de boucherie ? :ĞŶ͛ĂŝƉĂƐůĂƌĠƉŽŶƐĞ͘WĞƵƚ-ġƚƌĞů͛ĂƵƌĞnj-vous plus tard ?
ŶĐŽƌĞƋƵĞĚĞƉƵŝƐůĂWƌĠŚŝƐƚŽŝƌĞ͕ů͛ŚŽŵŵĞĂƚŽƵũŽƵƌƐŵĂŶŐĠĚĞůĂǀŝĂŶĚĞ͕ĞůůĞĠƚĂŝƚďŝŽůŽŐŝƋƵĞŵĂŝƐƐŽƵǀĞŶƚƚƵĠĞĞŶ
plein effort de chasse. Et ƉŽƵƌƚĂŶƚŶŽƚƌĞĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶĂĨĂŝƚĚ͛ĠŶŽƌŵĞƐƉƌŽŐƌğƐ͕ůĂ ƐĂŶƚĠĂƵƐƐŝ͘WĞƌƐŽŶŶĞůůĞŵĞŶƚ͕ũĞ
ĐƌŽŝƐ ƋƵĞ ů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĂůŝƐĂƚŝŽŶ ƚŽƵƚĞ ƌĠĐĞŶƚĞ ă ů͛ĠĐŚĞůůĞ ĚĞ ů͛ŚƵŵĂŶŝƚĠ ĂŝŶƐŝ ƋƵĞ ůĂ ŵŽŶĚŝĂůŝƐĂƚŝŽŶ ĚĞ ů͛ĠĐŽŶŽŵŝĞ ŽŶƚ
favorisé la mise sur le marché de produits alimentaires apparemment sains, mais sans doute pollués par les conditions
de production (engrais, traitements, transports) et parfois appauvris en oligo-éléments.
Par ailleurs dans les pays dits développés, les habitants ont du mal à réguler leur mode de vie, à se contenter du
minimum quand on leur ƉƌŽƉŽƐĞ ĚĞƐ ƋƵĂŶƚŝƚĠƐ ĠŶŽƌŵĞƐ Ě͛ĂůŝŵĞŶƚƐ ŝƐƐƵƐ ƉŽƵƌ ƵŶĞ ƉĂƌƚ ŝŵƉŽƌƚĂŶƚĞ ĚĞ ů͛ĂŐƌŽ-
alimentaire et à préserver un minimum de temps et de réflexion pour cuisiner sainement. La tentation et la
ĐŽŵƉĞŶƐĂƚŝŽŶ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ĚŝĨĨŝĐƵltés incitent des consommateurs fragilisés et non suffisamment avertis à céder à une
boulimie non seulement alimentaire mais aussi de conformité inconsciente à des normes sociales.
Et il faut bien admettre que vivre ĚŝĨĨĠƌĞŵŵĞŶƚ ĚƵ ƉůƵƐ ŐƌĂŶĚ ŶŽŵďƌĞ͕ Ŷ͛ĞƐƚ pas facile. Ŷ ĨĂŝƚ Ɛŝ ů͛ŽŶ ƐĂǀĂŝƚ ƐĞ
ĐŽŶƚĞŶƚĞƌ Ě͛ƵŶĞ ŶŽƵƌƌŝƚƵƌĞ ƐŝŵƉůĞ͕ ƉĂƐ ƚƌŽƉ ĐƵŝƐŝŶĠĞ͕ Ě͛ĂůŝŵĞŶƚƐ ďƌƵƚƐ ŶŽŶ ƚƌĂŶƐĨŽƌŵĠƐ͕ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ĚĞ ĨĂĕŽŶ
écologique, près de chez soi, on devrait éviter les affections des civilisations modernes, tout en échappant aux
famines et aux épidémies funestes de nos aïeux. Faut-il revenir au jardin de Rousseau ?
Vous avez sans doute entendu parler du véganisme, mode de vie consistant à ne consommer aucun produit issu des
animaux ou de leur exploitation. Ce mouvement va nettement plus loin que les régimes végétarien et végétalien. Ces
ĂƚƚŝƚƵĚĞƐ ŵŝŶŽƌŝƚĂŝƌĞƐ ƐŽŶƚ ŶĠĂŶŵŽŝŶƐ ĚĞƐ ƌĠĂĐƚŝŽŶƐ ĐŽŶƚƌĞ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ƉĂƌ ů͛ŚŽŵŵĞ ĚĞ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ĂŶŝŵĂƵdž
ĞŶƚƌĂŠŶĂŶƚĚĞŵƵůƚŝƉůĞƐĐŽŶƐĠƋƵĞŶĐĞƐƐƵƌůĂƐĂŶƚĠĞƚů͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚ͘
Sans être trop alarŵŝƐƚĞ͕ ůĞ ƉůƵƐ ƵƌŐĞŶƚ Ŷ͛ĞƐƚ-il pas à la fois de protéger la planète et de cultiver son jardin, avec
quelques animaux de basse-ĐŽƵƌ͕ĐŽŵŵĞů͛ŽŶƚĨĂŝƚůĞƐŐĠŶĠƌĂƚŝŽŶƐͨ Privations » et « Rationnements » (voir graphique
3, page 621) ͍ >͛/ŶĨŽƌŵĂƚŝƋƵĞ ƉĞƌŵĞƚ Ěésormais à nombre de personnes de travailler loin de leur siège social, la
hausse des loyers dans les grands centres ƵƌďĂŝŶƐǀĂƉƌŽǀŽƋƵĞƌƵŶƌĞƚŽƵƌăůĂĐĂŵƉĂŐŶĞĚĞĨĂŵŝůůĞƐƋƵŝŶĞů͛ĂƵƌŽŶƚ
pas choisi. Vous assisterez certainement à des migrations pour raison économique de populations͕ƐŽŝƚăů͛ŝŶƚĠƌŝĞƵƌĚƵ
ƉĂLJƐ͕ƐŽŝƚĚĂŶƐĚ͛ĂƵƚƌĞƐƉĂLJƐǀŽŝƐŝŶƐ͕ƐŽŝƚĚĂŶƐĚĞƐƉĂLJƐĚ͛ĂƵƚƌĞƐĐŽŶƚŝŶĞŶƚƐŶŽŶĞŶĐŽƌĞĐŽŵƉůğƚĞŵĞŶƚĞdžƉůŽŝƚĠƐ͘>Ğ
ŶŝǀĞĂƵĚĞǀŝĞĚƵĨƵƚƵƌƉŽƵƌůĞƉůƵƐŐƌĂŶĚŶŽŵďƌĞŶĠĐĞƐƐŝƚĞƌĂĚĞƐĐŽŶĨůŝƚƐƋƵ͛ŝůĞƐƚĚŝĨficile de mesurer.
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 629

SOURCES DOCUMENTAIRES de la Partie 5.60, Titre 1 : Par 11, 12, 13 et 14 :


x Les graphiques ƐŽŶƚƉŽƵƌůĂƉůƵƉĂƌƚĞdžƚƌĂŝƚƐĚ͛ƵŶ « DOSSIER SANTE ͩƉƵďůŝĠƉĂƌůĞ/s;ĞŶƚƌĞĚ͛/ŶĨŽƌŵĂƚŝŽŶĚĞƐ
Viandes) en février 2009 intitulé : >͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽn des Français ʹ YƵĞůůĞƉůĂĐĞĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝƉŽƵƌůĂǀŝĂŶĚĞ ?
Les données présentées proviennent des enquêtes alimentaires menées par :
x le ZK;ĞŶƚƌĞĚĞZĞĐŚĞƌĐŚĞƉŽƵƌů͛ƚƵĚĞĞƚů͛KďƐĞrvation des Conditions de Vie)
x l'enquête INCA 1999 (Enquête individuelle et nationale sur les Consommations Alimentaires)
x les enquêtes CCAF 2004 et 2007(Comportements et Consommations Alimentaires des Français).
x Les précisions relatives aux agriculteurs ƉƌŽǀŝĞŶŶĞŶƚ ĚĞ ů͛/E^͕ ŶŽƚĂŵŵĞŶƚ Ě͛ƵŶĞ ĠƚƵĚĞ ĚĞ ϮϬϬϳ ͗
« Consommation et mode de vie des agriculteurs » par Vanessa Bellamy de la Division Condition de Vie des
Ménages de ů͛/ŶƐĞĞĞƚůĂŝƌĞWůĂƚĞĂƵ͕ĚĞůĂŝǀŝƐŝŽŶŐƌŝĐƵůƚƵƌĞĚĞů͛/ŶƐĞĞ.

II ʹ RECOMMANDATIONS POUR LA SANTÉ sZ^>͛EϮϬϬϬ

Quitte à vous surprendre, il me semble naturel de terminer la Partie 5 ƐƵƌ ͨ ů͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶă ůĂ ĨĞƌŵĞ
vers 1900 » ƉĂƌ ůĞ ƚŚğŵĞ ĚĞ ů͛ůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ - Santé. En effet, ůĞ ƌĂƉƉŽƌƚ ĞŶƚƌĞ ů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ Ğƚ ůĂ ƐĂŶƚĠ
ĐŽŶĐĞƌŶĞ ĂƵƚĂŶƚ ůĞƐ ĂŐƌŝĐƵůƚĞƵƌƐ Ě͛ĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ ƋƵĞ ůĞƐ ƚŽƵƚĞƐ ůĞƐ ĂƵƚƌĞƐ ĐĂƚ égories socio-professionnelles,
ƚĞůůĞŵĞŶƚ ůĞƐ ĐŽŶĚŝƚŝŽŶƐ ĚĞ ƉƌŽĚƵĐƚŝŽŶ Ğƚ Ě͛ĂƉƉƌŽǀŝƐŝŽŶŶĞŵĞŶƚ ĚĞƐ ĂůŝŵĞŶƚƐ ŽŶƚ ĐŚĂŶŐĠ ĚĞƉƵŝƐ ůĞƐ ĂŶŶĠĞƐ
1950. /ůƐĞƚƌŽƵǀĞĚ͛ĂŝůůĞƵƌƐƋƵĞĚĞƉƵŝƐŵŽŶĂĚŽůĞƐĐĞŶĐĞ͕ŵĂŵğƌĞDĂƌŝĂ'ĠƌĂƌĚ͕ sympathisante des préceptes
du Docteur CĂƌƚŽŶ ĚĂŶƐ ůĞƐ ĂŶŶĠĞƐ ϭϵϱϬ͕ ŵ͛ĂǀĂŝƚ ƐĞŶƐŝďŝůŝƐĠĞ ă ĐĞ ƉƌŽďůğŵĞ͕ ƋƵĞ ũĞ ƉĞƌĐĞǀĂŝƐ ĂůŽƌƐ ĂǀĞĐ ƵŶ
certain scepticisme. Avec le recul, elle avait raison ͕ Ě͛ĂƵƚĂŶƚ ƉůƵƐ ƋƵĞ ůĞ ĐŽŶƚĞdžƚĞ ĂŐƌŽ-alimentaire et
économique des années 2000 facilite encore moins les choix.

Il est bien connu que nous sommes inégaux devant la santé et que la maladie peut avoir des origines très
ĚŝǀĞƌƐĞƐ͕ ƐŽƵǀĞŶƚ ůŝĠĞƐ ă ů͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚ͘ >ĞƐ ŵĂůĂĚŝĞƐ ŝŶĨĞĐƚŝĞƵƐĞƐ ĚĞƐ ƉĂLJƐ ƉĂƵǀƌĞƐ ƐŽŶƚ ĚŝĨĨĠƌĞŶƚĞƐ ĚĞƐ
maladies chroniques des pays développés͘EĠĂŶŵŽŝŶƐ͕ů͛KD^ĞƚůĂ&KŽŶƚĚĠŵŽŶƚƌĠĚ͛ƵŶĞŵġŵĞǀŽŝdžĚĞƉƵŝƐ
2000, que le modèle alimentaire occidental implanté dans un pays en développement entraîne à moyen et
long terme les mêmes maladies que dans les pays riches : cancers, diabète, affections cardio-vasculaires,
ŽďĠƐŝƚĠ͙

ĞƉƵŝƐůĞŵŝůŝĞƵĚƵyyğŵĞƐŝğĐůĞ͕ůĞƐŶŽƵǀĞĂƵdžŵŽĚĞƐĚĞǀŝĞĚĞƐŚĂďŝƚĂŶƚƐĚĞƐƉĂLJƐĚ͛ƵƌŽƉĞĚĞů͛KƵĞƐƚ͕ŽŶƚ
fortement diminué nos besoins caloriques. Les multiples transformations technico -économiques et les
échanges ont créé une profusion des aliments pour les consommateurs, y compris pour les agriculteurs qui
achètent des aliments tout en continuant leur autoconsommation. Depuis les accidents de la vache folle et
autres pathologies survenus depuis 1985, les producteurs et les consommateurs font davantage attention à la
qualité des aliments qui inclut leur traçabilité.

Par ailleurs, tout au long du XXĞƐŝğĐůĞ͕ůĞƐŝŵŵĞŶƐĞƐƉƌŽŐƌğƐĚĞů͛ŚLJŐŝğŶĞ͕ĚĞůĂƌĠŐůĞŵĞŶƚĂƚŝŽŶƐĂŶŝƚĂŝƌĞĞƚ


de la médecine, ŽŶƚƉĞƌŵŝƐĚ͛ĂŵĠůŝŽƌĞƌŶĞƚƚĞŵĞŶƚůa durée de vie des populations et de mettre en évidence
ůĞƐƌĞůĂƚŝŽŶƐĞŶƚƌĞů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶĞƚůĂƐĂŶƚĠ͕ŶŽŶĠƚĂďůŝĞƐũƵƐƋƵ͛ĂůŽƌƐĂƵƉůĂŶĠƉŝĚĠŵŝŽůŽŐŝƋƵĞ͘

Désormais différents organismes de Santé publique publient périodiquement des études détaillées et d es
recommandations destinées aux professionnels de santé mais aussi au grand public. Certains dépliants sont
même destinés aux milieux scolaires. Les contenus varient selon le public visé: malades chroniques : malades
ĚƵĐƈƵƌ͕ŽďğƐĞƐ͕ĚŝĂďĠƚŝƋƵĞƐ͕ĂůůĞƌŐŝƋƵĞƐ͙ŽƵĐĂƚĠŐŽƌŝĞƐĚĞƌĂƚŝŽŶŶĂŝƌĞƐ : enfants, seniors, personnes âgées,
ƐĠĚĞŶƚĂŝƌĞƐ͕ƐƉŽƌƚŝĨƐ͕ƚƌĂǀĂŝůůĞƵƌƐĚĞĨŽƌĐĞ͙

:ĞŵĞĐŽŶƚĞŶƚĞƌĂŝŝĐŝĚĞƐZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐŐĠŶĠƌĂůĞƐĚĞƐƚŝŶĠĞƐăƵŶĞƉĞƌƐŽŶŶĞĂĚƵůƚĞĚŝƐƉŽƐĂŶƚĚ͛ƵŶĞƐĂŶƚĠ
normale, désireuse de se maintenir en forme et de préserver son capital santé. Elles sont présentées en
ĨŽŶĐƚŝŽŶ ĚĞƐ ŚĂďŝƚƵĚĞƐ ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐ ĚƵ ƉůƵƐ ŐƌĂŶĚ ŶŽŵďƌĞ͕ ĐĞ ƋƵŝ ĞdžƉůŝƋƵĞ ů͛ŽƌĚƌĞ ĚĞƐ ƌĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ
ƋƵŝĚŝĨĨğƌĞĚĞů͛ĠƚƵĚĞŚĂďŝƚƵĞůůĞĚĞƐŐƌŽƵƉĞƐĚ͛ĂůŝŵĞŶƚƐ͘

Vous trouverez page suivante en exemple un tableau visuel très résumé destiné à être mémorisé facilement.
>ĞƐ ĐŽŶƐĞŝůƐ ŽŶƚ ĠƚĠ ĠƚĂďůŝƐ ĞŶ ϮϬϬϮ ƉĂƌ ƵŶ ŐƌŽƵƉĞ ĚĞ ƚƌĂǀĂŝů ĚĞ ů͛&^^ ;ŐĞŶĐĞ &ƌĂŶĕĂŝƐĞ ĚĞ ^ĠĐƵƌŝƚĠ
Sanitaire des Aliments) puis validés par des Experts en Santé pu blique réunis par la DGS (Direction Générale
ème
de la Santé͘>ĞĚŽĐƵŵĞŶƚƋƵŝƐ͛ŝŶƚŝƚƵůĞͨ La Santé vient en mangeant » (9 réédition en 2011) est présent sur
ůĞƐŝƚĞĚĞů͛/EW^;/ŶƐƚŝƚƵƚEĂƚŝŽŶĂůĚĞWƌĠǀĞŶƚŝŽŶĞƚĚ͛ĚƵĐĂƚŝŽŶăůĂ^ĂŶƚĠͿ : [Link]
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 630

21 - CONSEILS NUTRITIONNELS ISSUS DES OBJECTIFS DU PROGRAMME NATIONAL NUTRITION SANTÉ, EN 2002
ƉŽƵƌƚŽƵƚĞƉĞƌƐŽŶŶĞŶŽŶƐŽƵŵŝƐĞăƵŶƌĠŐŝŵĞƉĂƌƚŝĐƵůŝĞƌĚ͛ŽƌĚƌĞŵĠĚŝĐĂů

CONSOMMER LIMITER

1 - Fruits et légumes, 1 - Matières grasses


ajoutées
au moins 5 par jour
surtout les graisses
cachées

2 - Pains, céréales, 2 -Produits sucrés


pommes de terre et Incorporés dans des
légumes secs aliments
à chaque repas et
ƐƵŝǀĂŶƚů͛ĂƉƉĠƚŝƚ

3 ʹ Lait et produits 3 ʹBoissons :


laitiers : fromages, ĚĞů͛ĞĂƵă
yaourts, desserts volonté, thé,
lactés infusions, mais
ůŝŵŝƚĞƌů͛ĂůĐŽŽů
3 par jour

4 - Viandes et 4 ʹ Sel
volailles, produits de
Trop présent dans les
ůĂƉġĐŚĞĞƚƈƵĨƐ
aliments préparés
1 à 2 fois par jour

Activité physique :
ƵŵŽŝŶƐů͛ĠƋƵŝǀĂůĞŶƚĚ͛ƵŶĞĚĞŵŝ-heure de marche rapide par jour

22 - PRÉCISIONS COMPLEMENTAIRES :

A propos des fruits et légumes


x KŶůĞƐĐŽŶƐŽŵŵĞĐƌƵƐ͕ĐƵŝƚƐ͕ŶĂƚƵƌĞ͕ƉƌĠƉĂƌĠƐ͕ĨƌĂŝƐ͕ƐƵƌŐĞůĠƐŽƵĞŶĐŽŶƐĞƌǀĞ͘^͛ŝůƐƐŽŶƚĚ͛ŽƌŝŐŝŶĞďŝŽůŽŐŝƋƵĞ͕
Đ͛ĞƐƚŵŝĞƵdž͕ŵĂŝƐŝůĞƐƚƉƌĠĨĠƌĂďůĞĚ͛ĞŶĐŽŶƐŽŵŵĞƌĐƵůƚŝǀĠƐĚĞĨĂĕŽŶƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůůĞƉůƵƚƀƚƋƵĞĚĞŶĞƉĂƐĞŶ
manger.
x Préférer les produits de saison et en provenance de la région.

A propos des féculents


x >ĞƐ ĂůŝŵĞŶƚƐ ĐĠƌĠĂůŝĞƌƐ ĐŽŵƉůĞƚƐ ŽŶƚ ů͛ĂǀĂŶƚĂŐĞ Ě͛ĂƉƉŽƌƚĞƌ ĚĞƐ ĨŝďƌĞƐ͕ ĚĞƐ ǀŝƚĂŵŝŶĞƐ͕ ĚĞƐ ĞŶnjLJŵĞƐ
ŝŶĚŝƐƉĞŶƐĂďůĞƐ ă ůĞƵƌ ĂƐƐŝŵŝůĂƚŝŽŶ Ğƚ ă ůĞƵƌ ďŽŶŶĞ ĚŝŐĞƐƚŝŽŶ ĂŝŶƐŝ ƋƵĞ ĚĞƐ ŵŝŶĠƌĂƵdž͘ ^͛ŝůƐ ƐŽŶƚ Ɖƌoduits de
façon biologique, on évite les engrais chimiques et les produits de traitement qui se concentrent dans les
ĞŶǀĞůŽƉƉĞƐ͘/ůĞƐƚ ŶĠĐĞƐƐĂŝƌĞ Ě͛ĞŶĐŽŶƐŽŵŵĞƌă ĐŚĂƋƵĞƌĞƉĂƐ͘>eurs teneurs élevées en fibres, vitamines,
minéraux jouent aussi un rôle favoƌĂďůĞĞŶŝŶƚĞƌĂŐŝƐƐĂŶƚĂǀĞĐůĂƉƌŽĚƵĐƚŝŽŶĞƚů͛ĂďƐŽƌƉƚŝŽŶĚƵĐŚŽůĞƐƚĠƌŽů͘
x Comme les céréales ne possèdent pas toujours les acides aminés essentiels contenus dans les viandes, il est
possible de les manger avec des légumineuses au même repas, pour constituer une « protéine humaine ».
͛ĞƐƚĐĞƋƵ͛ŽŶĂƉƉĞůůĞůĂͨ complémentation alimentaire » très développée dans certains pays où les enfants
se développent sans problème de croissance ni de dentition. On peut citer : couscous et pois chiche, mil et
haricots roƵŐĞƐ͕ƌŝnjĞƚƐŽũĂ͕ďůĠĞƚůĞŶƚŝůůĞƐŽƵĨğǀĞƐ͕ƉŽůĞŶƚĂĞƚŚĂƌŝĐŽƚƐƌŽƵŐĞƐ͙

A propos des produits laitiers


x Le besoin en calcium des adultes étant de 800 ŵŐͬũŽƵƌ͕ůĞƐƉĞƌƐŽŶŶĞƐƋƵŝŶ͛ĂŝŵĞŶƚƉĂƐůĞƐƉƌŽĚƵŝƚƐůĂŝƚŝĞƌƐŽƵ
qui ne les supportent pas, peuvent ĐŽŵƉĞŶƐĞƌ ƉĂƌ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ĂůŝŵĞŶƚƐ ƐŽƵƌĐĞƐ ĚĞ ĐĂůĐŝƵŵ͕ Ğdž : sardines en
boîte (400 mg/100g), amandes (250 mg/100g), épinards (168 mg/100g), farine de soja (154 mg/100g),
chocolat (105 mg/100g), figues sèches (64 mg/100g), orange (52 ŵŐͬϭϬϬŐͿ͙ ƐĂŶƐ ĐŽmpter certaines eaux :
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 631

Hépar (555 mg/l), Courmayeur 553 mg/l), Contrex (550 mg/l). Parfois les laitages genre riz au lait sont mieux
supportés que le lait seul de même que les fromages râpés, genre gruyère, dans des potages, sur des légumes
ou des pâtes.
x Bien savoir que pratiquer des sports, sorties ou activités en plein air recharge nos réserves en Vitamine D par
ů͛ŝŶƚĞƌŵĠĚŝĂŝƌĞĚĞůĂƉĞĂƵ͘KƌĐĞůůĞ-ci est nécessaire à la fixation du calcium sur les os. Ceci ne veut pas dire
Ɛ͛ĞdžƉŽƐĞƌĂƵƐŽůĞŝůĂǀĞĐĞdžĐğƐ !

A propos des viandes, poissons, crustacés et ƈufs


x Pour un adulte sédentaire, une ration par jour suffit. Alterner les aliments protéinés est préférable. Prévoir
ĚĂŶƐƵŶĞƐĞŵĂŝŶĞĚƵƉŽŝƐƐŽŶĞƚĚĞƐƈƵĨƐϮĨŽŝƐĐŚĂĐƵŶĞƚϯĨŽŝƐĚĞůĂǀŝĂŶĚĞ͖ŽƵďŝĞŶƵŶĞ semaine sur deux,
4 fois de la viande en alternant une viande blanche (volaille, lapin, porc, veau) avec de la viande rouge
;ďƈƵĨ͕ ŵŽƵƚŽŶ͕ ĐŚĞǀĂůͿ͘ ĂŶƐ ů͛ĂƐƐŝĞƚƚĞ͕ le morceau protéiné doit être inférieur au volume de
ů͛ĂĐĐŽŵƉĂŐŶĞŵĞŶƚ : légume, féculent.
x ^ĞƐŽƵǀĞŶŝƌƋƵĞůĞƐƈƵĨƐƐĞƉƌġƚĞŶƚďŝĞŶĂƵdžĚĞƐƐĞƌƚƐ͘WƌĠĐĠĚĠƐĚĞůĠŐƵŵĞƐĞƚĐƌƵĚŝƚĠƐĞŶƐĂůĂĚĞ͕ů͛ĂƉƉŽƌƚ
en protéines sera suffisant.
x WƌĠĨĠƌĞƌ ůĂ ǀŝĂŶĚĞ ůŽĐĂůĞ ĚĞ ƋƵĂůŝƚĠ ;ŝŽ͕ K͕ >ĂďĞů ƌŽƵŐĞ ͙Ϳ͕ ŶŽƵƌƌŝĞ ă ů͛ŚĞƌďĞ ŽƵ ĂǀĞĐ ĚĞƐ ǀĠŐĠƚĂƵdž
produits de façon durable. Pour les poissons et crustacés, préférer les produits pêchés en mer non élevés
ĚĂŶƐĚĞƐƉĂƌĐƐĚĠůŝŵŝƚĠƐŽƶů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶĞƐƚĂƌƚŝĨŝĐŝĞůůĞ͘

A propos des matières grasses


x Dans tous les cas, ne pas exagérer la consommation des corps gras, mais ne pas les supprimer.
x Limiter surtout les graisses saturées solides à température ambiante, présentes dans les viandes (en plus ou
moins grandes quantités selon le type), les charcuteries, les fromages gras, le beurre, les crèmes, les yaourts
et fromages blancs entiers, les huiles de palme et de coco, et tous les produits industriels gras et sucrés (ex :
biscuits, gâteaux, chips, crèmes dessert, plats tout prêts, viennoiseries, pains de mie, sandwiches,
pâtisseries, frites et autres fritures, beaucoup de céréales du petit-ĚĠũĞƵŶĞƌ͙Ϳ͘ WƌĠĨĠƌĞƌ ůĞƐ ůĂŝƚƐ ĚĞŵŝ-
écrémés biologiques aux laits entiers.
x Limiter les graisses insaturées « Trans » présentes dans les huiles raffinées : margarine, sauces, mayonnaise
industrielle, fritures
x Privilégier à contrario les graisses insaturées, plus ou moins liquides à température ambiante :
1. acides gras monoinsaturés : acide oléique notamment présent dans des huiles végétales comme : huile
ĚĞ ĐŽůnjĂ͕ Ě͛ŽůŝǀĞ ŽƵ Ě͛ĂƌĂĐŚŝĚĞ Ğƚ ĚĞƐ ŐƌĂŝƐƐĞƐ ĂŶŝŵĂůĞƐ ĨůƵŝĚĞƐ ĐŽŵŵĞ ůĂ ŐƌĂŝƐƐĞ Ě͛ŽŝĞ, de canard et
chocolat
2. acides gras poly-insaturés dits acides gras essentiels ĐĂƌ ů͛ŽƌŐĂŶŝƐŵĞ ŶĞ ůĞƐ ĨĂďƌŝƋƵĞ ƉĂƐ͕ ĚŽŶƚ ůĞƐ
Oméga 3 et les Oméga 6. Ainsi :
* Poly-insaturés Oméga 3 : surtout dans les huiles de lin, de noix, de colza, de chanvre, de germe de
blé ou dans des poissons gras (saumon, thon), crustacés , mollusques et algues, un peu dans des
légumes à feuilles vertes (laitue, brocolin, chou frisé, épinard) et quelques fruits (agrumes, melons,
ĐĞƌŝƐĞƐͿ͙
* Poly-insaturés Oméga 6 : surtout dans les graines et fruits oléagineux (noix, noisettes, amandes,
maïs, cacahuètes) et dans les huiles issues de ces aliments : huiles de pépins de raisin, de tournesol,
de germe de blé, de noix, de soja ,de sésame...
Des margarines dérivées de ces huiles existent. Les omega ne supportent pas la cuisson.
Actuellement, nos besoins en Omega 6 sont couverts. Par contre nos apports en Omega 3 ne sont pas
suffisants. Pour augmenter ces derniers et avoir le bon rapport Omeg6/Omega 3, il est conseillé de manger
du poisson, deux à trois fois/semaine, dont au moins une fois du poisson gras (saumon, thon, hareng,
maquereau, sardine) et de varier les huiles utilisées :
* huiles de noix, de soja ou de colza pour les assaisonnements
* huile de tournesol pour la cuisson
* huilĞƐăďĂƐĞƐĚĞŐƌĂŝŶĞƐŵĠůĂŶŐĠĞƐ;ƚLJƉĞ/ƐŝŽϰͿƉŽƵƌů͛ĂƐƐĂŝƐŽŶŶĞŵĞŶƚĞƚůĂĐƵŝƐƐŽŶ͘
NB ͗ƐƵƌů͛ŚƵŝůĞĚ͛ŽůŝǀĞ͘Aliment de base dans la cuisine méditerranéenne, elle contient principalement des acides
gras mono- ŝŶƐĂƚƵƌĠƐ ;ϳϲйͿ͕ ƵŶ ƉĞƵ Ě͛ĂĐŝĚĞƐ ŐƌĂƐ ƐĂƚƵƌĠƐ (15%) et des acides gras polyinsaturés (9%) des
ǀŝƚĂŵŝŶĞƐ ͕ ͕  Ğƚ <͘ >ĞƐ ǀŝƚĂŵŝŶĞƐ ĠƚĂŶƚ ĚĠƚƌƵŝƚĞƐ ă ϰϬΣ͕ ŝů ĨĂƵƚ ĐŚŽŝƐŝƌ ĚĞ ů͛ŚƵŝůĞ ĞdžƚƌĂ ǀŝĞƌŐĞ ;Ϭ͕ϴй ŵĂdžŝ
Ě͛ĂĐŝĚŝƚĠͿ ŽƵ ǀŝĞƌŐĞ ;Ϯй ŵĂdžŝ Ě͛ĂĐŝĚŝƚĠͿ ƉƌĞƐƐĠĞ ă ĨƌŽŝĚ Ğƚ ů͛ƵƚŝůŝƐĞƌ ĞŶ ĂƐƐĂŝƐŽŶŶĞŵĞŶƚ͘ WĂƌ ƌĂƉƉŽƌƚ ă Ě͛ĂƵƚƌĞƐ
ŚƵŝůĞƐ͕ĞůůĞĞƐƚĂƐƐĞnjƐƚĂďůĞăůĂĐƵŝƐƐŽŶ;ũƵƐƋƵ͛ăϭϴϬΣͿĞƚŐĂƌĚĞƐĂǀĞƵƌĞƚŐŽƸƚ͘^ĞƐĐĂƌĂĐƚğƌĞƐŽƌŐĂŶŽůĞƉƚŝƋƵĞƐĨŽŶƚ
partie des plaisirs de la dégustation.
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 632

A propos des produits sucrés


x Limiter les sucres visibles (morceaux de sucre) mais surtout les sucres cachés (sodas, confitures, chocolat,
ƉąƚŝƐƐĞƌŝĞƐ͕ĚĞƐƐĞƌƚƐƐƵĐƌĠƐ͙Ϳ

A propos des boissons


x ^ĞƵůĞ ů͛ĞĂƵ ĞƐƚ ŝŶĚŝƐƉĞŶƐĂďůĞ͘ ^ƵƉƉƌŝŵĞƌ ůĞƐ ũƵƐ ĚĞ ĨƌƵŝƚƐ ĂƵ ĐŽƵƌƐ ĚĞƐ ƌĞƉĂƐ ;ƚƌŽƉ ĚĞ ƐƵĐƌĞƐͿ͘ Ŷ ĐĂƐ ĚĞ
boissons alcoolisées, retenir le maximum de 2 verres de vin de 10 cl par jour pour les femmes, 3 pour les
ŚŽŵŵĞƐ͘ŶĐĂƐĚĞĐŽŶĚƵŝƚĞĂƵƚŽŵŽďŝůĞ͕Ɛ͛ĂďƐƚĞŶŝƌĚĞǀŝŶ͘
x ϭǀĞƌƌĞƐƚĂŶĚĂƌĚсϭϬŐĚ͛ĂůĐŽŽů ͖ŝůLJĂůĂŵġŵĞƋƵĂŶƚŝƚĠĚ͛ĂůĐŽŽůĚĂŶƐƵŶďĂůůŽŶĚĞǀŝŶƋƵĞĚĂŶƐƵŶĚĞŵŝĚĞ
bière, une coupe de champagne, un verre de pastis.

10 cl Vin = 10 cl Champagne = 25 cl Bière = 6 cl Porto = 3 cl Whisky = 3 cl Cognac = 3 cl Pastis


A propos du sel
x Le rapport de cause à effet entre une consommation abƵƐŝǀĞ ĚĞ ƐŽĚŝƵŵͬ ƉŽƚĂƐƐŝƵŵ Ğƚ ů͛ŚLJƉĞƌƚĞŶƐŝŽŶ
ĂƌƚĠƌŝĞůůĞ ĨĂŝƚ ĞŶĐŽƌĞ ĚĠďĂƚ͘ 'ĠŶĠƌĂůĞŵĞŶƚ͕ ů͛ĞdžĐğƐ ĚĞ ƐĞů ŶĞ ƉƌŽǀŝĞŶƚ ƉĂƐ ĚĞ ůĂ ƐĂůŝğƌĞ ĚĞ ůĂ ƚĂďůĞ ;ϭ-2 g),
mais principalement du chlorure de sodium ajouté dans les aliments par les industries agro-alimentaires (10
à 12 g) : pain, charcuteries, fromages, soupes, pizzas... Théoriquement, la dose limite à ne pas dépasser est
de 6 g/j au Royaume-Uni, 5 g/j en Grèce, 3 à 5 g/j en Finlande. Mais comment la mesurer ? En France,
ů͛ŽďũĞĐƚŝĨ ĨŝdžĠ ĞŶ ϮϬϬϬ ĠƚĂŝƚ ĚĞ ƌĠĚƵire de 20% en 5 ans la consommation de sel, ce qui correspondait à
passer de 9-10 g/j à 7-8 g/j. Pour y tendre, il faut à la fois enlever la salière de la table et réduire les
charcuteries et plats cuisinés.
x En France entre 2000 et 2006, les ménages ont réduit leurs achats de sel de 16%, ce qui permet de penser
ƋƵĞ ůĞƐ &ƌĂŶĕĂŝƐ ĂƵƌĂŝĞŶƚ ƉƌŝƐ ĞŶ ĐŽŵƉƚĞ ůĞƐ ƌĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ ĚĞ ů͛&^͘ WĂƌĂůůğůĞŵĞŶƚ͕ ĐĞƌƚĂŝŶƐ
ŝŶĚƵƐƚƌŝĞůƐĚĞů͛ĂŐƌŽ-alimentaire ont accepté de réduire le sel de leurs préparations. Par ailleurs on sait que
ů͛ŚĂďŝƚƵĚĞĚĞŵĂŶŐĞƌƐĂůĠǀŝĞŶƚĚ͛ĂǀŽŝƌĐŽŶƐŽŵŵĠĚĞƐĂůŝŵĞŶƚƐƐĂůĠƐĚğƐůĞũĞƵŶĞąŐĞ͘
x ŶĨŝŶ͕ƋƵŝƚƚĞăƵƚŝůŝƐĞƌĚƵƐĞů͕ƉƌĠĨĠƌĞƌůĞƐĞůŵĂƌŝŶŝŽĚĠĚĞů͛ƚůĂŶƚŝƋƵĞ͘
Le texte ci-ĚĞƐƐƵƐ ĚĞ ů͛ĞŶĐĂĚƌĠ ƐƵƌ ĨŽŶĚ ďůĞƵ ĞƐƚ ƵŶĞ ƐLJŶƚŚğƐĞ ĚĞƐ Conseils nutritionnels issus du
programme national nutrition-santé : « La santé vient en mangeant », sept 2002.

ƉƌŽƉŽƐĚĞů͛ĂĐƚŝǀŝƚĠƉŚLJƐŝƋƵĞ

x Les dernières recommandations de 2007 visant la promotion de la santé diffèrent des recommandations
de 1995 basées sur la capacité cardio-respiratoire.

x Plusieurs critères sont pris en compte pour les adultes :

* ů͛ŝŶƚĞŶƐŝƚĠĚŽŝƚġƚƌĞŵŽĚĠƌĠĞ (pratique de la marche rapide par exemple)


* ů͛ĂĐƚŝǀŝƚĠƉŚLJƐŝƋƵĞƉĞƵƚġƚƌĞƋƵŽƚŝĚŝĞŶŶĞ͕ŵĂŝƐůĂƉƌĂƚŝƋƵĞƌϱũŽƵƌƐƉĂƌƐĞŵĂŝŶĞĞƐƚ suffisant
* ůĂĚƵƌĠĞĚĞů͛ĂĐƚŝǀŝƚĠƌĞĐŽŵŵĂŶĚĠĞĚĞϯϬŵŝŶƵƚĞƐƉĞƵƚġƚƌĞŵŽĚƵůĠĞ : 2 fois 15 minutes ou 3 fois 10
minutes (la durée de 10 minutes étant la durée minimum significative).
* les activités physiques peuvent être très diversifiées dans le cadre de la vie quotidienne, à la maison ou
au travail, à proximité du domicile et lors des trajets/transports (marche rapide pour aller chercher du
ƉĂŝŶŽƵƌĞũŽŝŶĚƌĞƐŽŶďƵƌĞĂƵ͕ĐŚĞƌĐŚĞƌƵŶĞŶĨĂŶƚăů͛ĠĐŽůĞ͕ĠǀŝƚĞƌů͛ĂƐĐĞŶƐĞƵƌƉŽƵƌŵŽŶƚĞƌů͛ĞƐĐĂůŝĞƌ͕͙Ϳ

Pour les adultes de 18 à 65 ans, il est désormais recommandé de pratiquer :


x une activité physique Ě͛ĞŶĚƵƌĂŶĐĞĚ͛ŝŶƚĞŶƐŝƚĠŵŽĚĠƌĠĞ pendant 30 minutes 5 jours par semaine
x OU ƵŶĞĂĐƚŝǀŝƚĠĚ͛ŝŶƚĞŶƐŝƚĠĠůĞǀĠĞƉĞŶĚĂŶƚƵŶĞĚƵƌĠĞŵŝŶŝŵĂůĞ de 20 minutes 3 jours par semaine. Ainsi il
ĞƐƚ ƉŽƐƐŝďůĞĚĞĐŽŵďŝŶĞƌůĂ ŵĂƌĐŚĞĚ͛ƵŶďŽŶƉĂƐƉĞŶĚĂŶƚ ϯϬŵŝŶƵƚĞƐĚĞƵdžĨŽŝƐĚĂŶƐůĂ ƐĞŵĂŝŶĞĂǀĞĐůĞ
jogging pendant 20 minutes deux autres jours de la semaine.
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 633

>ĞƐ ĂĐƚŝǀŝƚĠƐ Ě͛ĞŶĚƵƌĂŶĐĞ ƐŽŶƚ ĚŝĨĨĠƌĞŶƚĞƐ ĚĞƐ ĂĐƚŝǀŝƚĠƐ ĚĞ renforcement musculaire qui sont désormais
recommandées. Celles-ci devraient être pratiquées au moins deux jours par semaine, non consécutifs, sous
forme de 8 à 10 exercices utilisant les principaux groupes musculaires.

Pa ailleurs, pratiquer une activité physique régulière contribue à un bon équilibre du cholestérol :
ů͛ĂƵŐŵĞŶƚĂƚŝŽŶĚĞƐ,>;ŚŝŐŚĚĞŶƐŝƚLJƉƌŽƚĞŝŶƐͿͿ : le bon - et la diminution des LDL (low density proteins) : le
mauvais.

Pour certains groupes de populations : enfants, seniors, personnĞƐąŐĠĞƐ͕ƉĞƌƐŽŶŶĞƐŵĂůĂĚĞƐ͙ĚĞƐƌĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ


particulières ont été prévues, qui dépassent le cadre de ce chapitre. Si vous souhaitez compléter vos connaissances,
ǀŽƵƐ ƉŽƵǀĞnj ǀŽƵƐ ƌĞƉŽƌƚĞƌ ĂƵ ƐŝƚĞ ĚĞ ů͛/E^ZD (Institut national de la santé et de la recherche médicale):
[Link] et ouvrir le dossier « Activité physique, Contextes et Effets sur la Santé ».

A titre personnel entre 1960 et 1980, ũ͛ĂŝǀĠĐƵƵŶĞƉĠƌŝŽĚĞŽƶƐĞƵůƐůĞƐƉƌŽĨĞƐƐĞƵƌƐĚ͛ĐŽŶŽŵŝĞ&ĂŵŝůŝĂůĞĚŝƐƉĞŶƐĂŝĞŶƚ


aux élèves des sections ƚĞĐŚŶŝƋƵĞƐ ĐŽŶĐĞƌŶĠĞƐ͕ ƚĂŶƚ ă ů͛ĚƵĐĂƚŝŽŶ EĂƚŝŽŶĂůĞ ƋƵ͛ĂƵ DŝŶŝƐƚğƌĞ ĚĞ ů͛ŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ͕ ƵŶ
enseignement de Nutrition humaine* qui abordait ces problèmes. A cette époque, même au sein des ONG *, ces
considérations étaient vues avec un certain scepticisme. Il aura fallu attendre les années 1990 pour que ces notions
ĂƚƚĞŝŐŶĞŶƚ ůĞ ŐƌĂŶĚ ƉƵďůŝĐ Ğƚ ƉůƵƐ ƚĂƌĚ ĞŶĐŽƌĞ ƉŽƵƌ ƋƵĞ ĐĞƌƚĂŝŶĞƐ ŝŶĚƵƐƚƌŝĞƐ ĚĞ ů͛ĂŐƌŽ-alimentaire entendent le
message͕ăů͛ĂƉƉƵŝĚ͛ĠƚƵĚĞƐŵĠĚŝĐĂůĞƐƐƉĠĐŝĨŝƋƵĞƐ͘
* Organisation non gouvernementale
Il est évident que la connaissance de ces recommandations devrait inciter les personnes à en tenir compte dans la vie
ƋƵŽƚŝĚŝĞŶŶĞ͕ŵĂŝƐŝůĞƐƚƚŽƵƚăĨĂŝƚĂĚŵŝƐƋƵĞƋƵĞůƋƵĞƐĚĠƌŽŐĂƚŝŽŶƐŽĐĐĂƐŝŽŶŶĞůůĞƐŶ͛ŽŶƚƉĂƐĚĞŐƌĂǀĞƐƌĠƉĞƌĐƵƐƐŝŽŶƐ͘
Ce qui est important͕Đ͛ĞƐƚĚĞƐƵŝǀƌĞůĂďŽŶŶĞƚĞŶĚĂŶĐĞĚĂŶƐůĂĚƵƌĠĞ͕ƐĂŶƐƐĞŵĞƚƚƌĞŵĂƌƚĞůĞŶƚġƚĞ͘

Pour terminer, voici comme exemples, ĚĞƐ ƐĐŚĠŵĂƐ Ě͛ĂƐƐŝĞƚƚĞ ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞ ĨĂĐŝůĞƐ ă ŵĠŵŽƌŝser et une pyramide
alimentaire permettant de hiérarchiser les priorités entre les gƌŽƵƉĞƐĚ͛ĂůŝŵĞŶƚƐ͘

^dZhdhZ͛hE^^/dd^Ed

ƐƐŝĞƚƚĞĚ͛ƵŶƌĞƉĂƐƉƌŝŶĐŝƉĂů Assiette américaine de Michelle Obama

x 1 portion de protéines ͗ǀŝĂŶĚĞ͕ƉŽŝƐƐŽŶ͕ƈƵĨƐ͕ůĠŐƵŵŝŶĞƵƐĞƐ;ϭŽƵϮĨŽŝƐͬũŽƵƌͿ


x 1 portion de céréales et féculents : grains, pąƚĞƐ͕ƉĂŝŶ͕ƉŽŵŵĞƐĚĞƚĞƌƌĞ͙
x 2 portions de légumes et de fruits crus ou cuits plus 1 part de salade
x 1 portion de produit laitier
>͛ƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ͕͗ŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶsŝĂŶĚĞƐĞƚZĞĐŽŵŵĂŶĚĂƚŝŽŶƐ^ĂŶƚĠ 634

UNE PYRAMIDE ALIMENTAIRE

[Link]/

Il existe quantité de pyramides alimentaires dans le monde adaptées aux conditions locales ou sociales.
:͛ĂŝƌĞƚĞŶƵĐĞůůĞ-ci adaptée à la France et à un large public sans régime, toutes générations confondues.

Le haut de la pyramide correspond aux aliments à utiliser avec parcimonie. Plus on va vers le bas, plus la quantité
nécessaire est importante. On doit consommer le moins possible de sucreries (y compris les jus de fruits) pour
favoriser les apports de viandes ou équivalents et surtout les végétaux frais et cuits (céréales* et féculents) en
ƉƌĠĨĠƌĂŶƚůĞƐĐŽƌƉƐŐƌĂƐĚ͛ŽƌŝŐŝŶĞǀĠŐĠƚĂůĞ͘
*Les graines de céréales en légumes sont préférables aux céréales élaborées et souvent sucrées du petit-déjeuner.

Des schémas à apposer devant le frigo pour petits et grands, pour que le cerveau les enregistre.

***
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 635

LES HABITS PAYSANS

Les vêtements portés par les paysans les ont différenciés des autres catégories sociales jusque dans les années 1920
environ pour les jeunes et 1950 pour les anciens ĐĂƌ ůĂ ŵŽĚĞ ƵƌďĂŝŶĞ Ɛ͛ĠƚĞŶĚŝƚ ƉĞƵ ă ƉĞƵ ă ůĂ ĐĂŵƉĂŐŶĞ faisant
presque disparaître les costumes traditionnels. Quand ůĞƐ ũĞƵŶĞƐ ĐŝƚĂĚŝŶƐ ŝƐƐƵƐ ĚĞ ů͛ĞdžŽĚĞ ƌƵƌĂů, habillés de façon
moderne, rendaient visite à leur famille restée ăůĂĐĂŵƉĂŐŶĞŽƵăůĂĨĞƌŵĞ͕ŝůƐƉƌŽǀŽƋƵĂŝĞŶƚůĂĐƵƌŝŽƐŝƚĠŽƵů͛ĞŶǀŝĞĚĞ
ceux restés au pays.
LES COSTUMES TRADITIONNELS EN BRETAGNE
Il faut rappeler ƋƵ͛ĂƵ ƉůĂŶ ůinguistique, la Bretagne comporte deux zones très distinctes, attestées depuis des
siècles : ăů͛ĞƐƚ͕le pays Gallo ŽƵ,ĂƵƚĞƌĞƚĂŐŶĞŽƶů͛ŽŶĂƉƌĂƚŝƋƵĠ la langue gallo, Ě͛ŽƌŝŐŝŶĞƌŽŵĂŶĞ et ăů͛ŽƵĞƐƚ͕le
Pays Bretonnant ou Basse Bretagne Žƶ ů͛ŽŶ ƉĂƌůĞ le breton, Ě͛ŽƌŝŐŝŶĞ celtique. Le Français désormais langue
couramment pratiquée, ne Ɛ͛ĞƐƚŐĠŶĠƌĂůŝƐĠ͕ŶŽƚĂŵŵĞŶƚĞŶĂƐƐĞƌĞƚĂŐŶĞ͕ƋƵĞĚĞƉƵŝƐůĂƐĞĐŽŶĚĞŐƵĞƌƌĞŵŽŶĚŝĂůĞ͘
L͚ŝĚĞŶƚŝƚĠůŝŶŐƵŝƐƚŝƋƵĞĞƚĐƵůƚƵƌĞůůĞreste revendiquée. Mais la Bretagne toute entière relève de la culture celte.
Au plan des costumes traditionnels, des différences de
mode ont existé entre les deux pays depuis le XVIIIe siècle
A Montfort,
quand la suppression des Lois somptuaires à la Révolution près de Rennes,
permit la création de beaux costumes dans toutes les à ů͛ĐŽŵƵƐĠĞĚƵ
classes de la société. La grande période de ces Pays de
costumes a commencé vers les années 1830 pour se Brocéliande
terminer progressivement entre 1920 et 1950 selon les une galerie de
générations, soit pendant un siècle environ. costumes du
pays gallo est
Plus que le costume même dont seuls les tissus variaient, exposée.
F¶pWDLWODFRLIIHTXLGLIIpUHQFLDLWOHVORFDOLWpV
De façon générale, les costumes du pays gallo davantage
influencés par les modes de grandes villes ont évolué En jaune, le pays gallo, ou Haute Bretagne, du nom de la langue parlée
G¶RULJLQH ODWLQH : le Gallo (depuis le Haut Moyen- $JH  ,O HQJOREH O¶,OOH HW
pendant cette période. Les costumes du pays celte Vilaine, la Loire-Atlantique et la partie HVWGHV&{WHVG¶$UPRUHWGX0RUELKDQ-
bretonnant étonnamment diversifiés et soumis à des codes En bleu, le pays bretonnant ou Basse-Bretagne, du nom de la langue
précis ont été portés plus longtemps et correspondent aux parlée : le Breton. Il comprend le Finistère et la partie ouest des Côtes
costumes folkloriques les plus célèbres. G¶$UPRUHWGX0RUELKDQ
EŽƵƐ ĐŽŵƉĂƌĞƌŽŶƐ Ě͛ĂďŽƌĚ ůĞƐ ƐŽƵǀĞŶŝƌƐ ĚĞ Maria Gérard à la présentation des habits de son pays gallo, avant
Ě͛ĂďŽƌĚĞƌ les vêtements de travail ou de la semaine puis les costumes du dimanche et des jours de fête. De nos
jours seuls les Musées ou des Associations folkloriques conservent quelques pièces ou en reconstituent de nouveaux
ƉĂƌĨŽŝƐŵŽĚĞƌŶŝƐĠƐăƉĂƌƚŝƌĚĞĚŽĐƵŵĞŶƚƐĚ͛ĠƉŽƋƵĞƋƵŝĚŽŶŶĞŶƚůŝĞƵ à des défilés lors de manifestations célèbres.
I ʹAU PAYS GALLO EN HAUTE BRETAGNE, NOTAMMENT EN ILLE ET VILAINE
11 ʹ LES SOUVENIRS DE MARIA GÉRARD
EĠĞăůĂĨĞƌŵĞĞŶϭϵϬϴĞƚů͛ĂLJĂŶƚƋƵŝƚƚĠĞĞŶϭϵϯϬ͕ƐĞƐƐŽƵǀĞŶŝƌƐƌĞŵŽŶƚĞŶƚăů͛ĞŶĨĂŶĐĞ͕ĐĂƌĞůůĞƐĞƐŽƵǀŝĞŶƚĚƵĚĠďƵƚ
ĚĞůĂŐƌĂŶĚĞŐƵĞƌƌĞ͘>ĞƐǀŽŝĐŝƚĞůƐƋƵ͛ĞůůĞŵĞůĞƐĂƌĂƉƉŽƌƚĠƐƉŽƵƌ la période 1912/1930 :
« Pour les dames : après la toilette, elles enfilaient une chemise assez épaisse en
toile de coton, puis une culotte descendant à mi-cuisse et fermée par un volant. Ź
Certains modèles avaient une fourche ouverte pour faciliter les gestes lors des
Culotte à volant.
besoins naturels. Ensuite, on enfilait des bas de laine retenus par des jarretelles
Descendant en
serrées à 10 cm environ au-dessus des genoux. Le corset ne se portait que le
1880 sous le genou,
dimanche sur une chemise fine en coton.
elle raccourcit peu à
On recouvrait le tout par une sorte de tricot à manches longues, resserré à la taille par peXMXVTX¶jPL-
les côtés et recouvrant le ventre (Maria ne se souvenant plus du nom de ce vêtement, cuisse dès
MH SHQVH TX¶LO V¶DJLVVDLW G¶XQH FDPLVROH* de laine). Si on sortait, on ajoutait une 1910/1920
pèlerine en laine tricotée qui recouvrait les épaules et le ventre. Enfin, on enfilait le
corsage et la jupe. * vêtement court ou long à manches se portant sur la chemise
Les habits du dimanche ne servaient pas dans la semaine.
d
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 636

Sur la tête, on portait la coiffe du pays. Pas de gants. Aux pieds pour travailler, des sabots ou des chaussures montantes
fabriquées par le cordonnier. Les chaussures très bien entretenues duraient des années et celles du dimanche ne servaient pas en
semaine.
Les bijoux Q¶pWDLHQWSRUWpVTXHOHGLPDQFKH HWMRXUVGHIrWHPRQWUHSHWLWHFURL[EURFKHFROOLHUERXFOHVG¶RUHLOOH«GHPrPHTXH
les coiffes très discrètes dans le canton de Tinténiac.

Pour les hommes : Maria se souvenait que ses frères aînés avaient porté la blouse : sorte de longue veste froncée ou plissée
VRXVXQHPSLqFHPHQWTXLGHVFHQGDLWMXVTX¶DX[JHQRX[)HQGue partiellement sur le haut du devant, la blouse était enfilée par la
tête. Les manches amples étaient resserrées par des poignets. Les couleurs habituelles étaient le bleu marine ou le noir. Le tissu
était fait à partir du fil du lin.
En guise de pantalRQOHVKRPPHVSRUWDLHQWFHTXHO¶RQDSSHODLWun « froc » enfilé sur un caleçon. Sur le buste au contact de la
peau, ils mettaient des chemises en flanelles GHFRWRQPROOHWRQQpHVDYDQWG¶HQILOHUXQHchemise en toile de chanvre. Plus tard,
le chanvre fut remplacé par le coton. La chemise de chanvre plutôt rigide avait un pied de col porté tel quel dans la semaine. Le
dimanche, celui-ci était recouvert par un faux col, DVVRUWLG¶XQHcravate fantaisie3XLVRQUHFRXYUDLWODFKHPLVHG¶XQgilet muni
G·XQHSRFKH pour la montre. Par-dessus, on terminait par la blouse ou une veste.
Le chapeau était porté le dimanche ou dans les grandes occasions. Pas de gant. Les chaussettes étaient toutes tricotées à partir
G¶pFKHYHDX[GHODLQHYHQGXVVXUOHVPDUFKpV$X[SLHGVOHVKRPPHVSRUWDLHQWSRXUWUDYDLOOHUGHV sabots ou des chaussures
montantes. Les cKDXVVXUHVGXGLPDQFKH XQHVHXOHSDLUHOHSOXVVRXYHQW Q¶pWDLHQWMDPDLVXWLOLVpHVHQVHPDLQH
JXVTX¶j OD ILQ GX second empire, les sources sur les Costumes sont essentiellement des gravures, lithographies, dessins ou
tableaux. Les photographies ne sont arrivées dans les campagnes TX¶DSUqVODJXHUUHGH2Uà cette période, dans les familles
modestes, se faire prendre en photo était un évènement exceptionnel. Des photographes passaient dans les fermes en proposant
leurs services. Les personnes âgées se faisaient au sens propre « tirer le portrait ª%LHQGHVIDPLOOHVG¶DXMRXUG¶KXLRQWHQFRUHGHV
SRUWUDLWV GH OHXUV DQFrWUHV TXL UHPRQWHQW j FHWWH pSRTXH /HV HQIDQWV TXL Q¶DYDLHQW SDV OD SODFH VRFLDOH TXL OHXU HVW Ueconnue
DXMRXUG¶KXLQ¶pWDLHQWSDVSULVj SDUWHQSKRWR3OXVWDUGLOVEpQpILFLHURQWGHVSKRWRVVFRODLUHV SDUFODVVHDYHFOHXUVPDvtres ou
maîtresses. Vers 1900, les photos de familles paysannes sont rares : parents avec enfants ou personnes âgées sous forme de
portraits. Pour les évènements importants tels que les mariages, le photographe du canton était demandé.
6L YRXV UHJDUGH] G¶DQFLHQQHV SKRWRV GH IDPLOOH, vous pourrez y retrouver la signature du photographe. Ceux qui ont exercé
longtemps au même endroit ont ainsi créé une sorte de photothèque très appréciée de nos jours. Ainsi, pour la famille de Maria
Gérard, les photos de ses grands-parents et parents sont signées « Grenet-Malval » à Tinténiac. Pour elle lors de son mariage, la
signature est devenue « Henry Malval » à Rennes. Henry le fils a continué à venir dans les environs de Tinténiac à la demande des
IDPLOOHVXQOLHQV¶pWDLWFUpp
Pour en revenir au costume du pays Gallo ƋƵŝ ŶŽƵƐ ŝŶƚĠƌĞƐƐĞ͕ ǀŽŝĐŝ ůĂ ĚĞƐĐƌŝƉƚŝŽŶ ĚƵ ĐŽƐƚƵŵĞ ƉƌĠƐĞŶƚĠ ƉĂƌ ů͛ĐŽ-
Musée de Brocéliande, à Montfort, qui consacre une galerie au costume traditionnel du pays gallo. Le pays de
Brocéliande et de Montfort est situé en plein milieu du pays gallo. MontforƚƐŝƚƵĠăϮϱŬŵăů͛ŽƵĞƐƚĚĞZĞŶŶĞƐĞƚ 25
km au sud de Tinténiac est proche du bassin de Rennes et du canton de Tinténiac.
12 - LE COSTUME DE LA RÉGION DE RENNES ET DE MONTFORT EN ILLE ET VILAINE
Ź Le costume féminin vers 1850
>ĂĐŽŝĨĨĞĚ͛ĂŶƚĂŶ
Certaines femmes, et en particulier les artisanes, portent un
bonnet noué sous le menton.
La catiole
͛ĞƐƚůĞŶŽŵĚĞůĂĐŽŝĨĨĞƉŽƌƚĠĞĂƵy/yğme siècle, dans le pays de
Rennes et de Montfort. Elle se compose de deux éléments
principaux : le fond et les ailes. Les ailes se portent repliées sur le
dessus de la tête. La coiffe est posée sur un serre-tête retenant les
ĐŚĞǀĞƵdžăů͛ĂƌƌŝğƌĞ͘DŽŶƚĨŽƌƚ͕ce serre-tête était rond et à trou,
permettant de relever les cheveux sur le haut de la tête. La coiffe
de deuil est blanche et sans ornement. Les ailes de la catiole sont
ďŽƌĚĠĞƐĚ͛ƵŶĞŐĂnjĞ͕ĞƚƐĞƉŽƌƚĞŶƚĚĠƉůŝĠĞƐƐƵƌůĞƐĠƉĂƵůĞƐ͘
La jupe
Confectionnée souvent en « berlingue » (laine et chanvre) ou en
« milaine » (toile de laine et de lin), la jupe est à plis plats sur le
devant et à grosses fronces derrière. Le haut de la jupe est posé Costume de Haute Bretagne au Second Empire (1852-
ƐƵƌ ƵŶ ĐŽƵƐƐŝŶĞƚ͕ ĨŽƌŵĂŶƚ ă ů͛ĂƌƌŝğƌĞ ƵŶ ůĠŐĞƌ ͨ ƉĞƚ ĞŶ ů͛Ăŝƌ ͕ͩ 1870) - Coiffe catiole - Coll. de poupées du Musée de
moins accentué que celui des femmes de la ville. Les couleurs sont Brocéliande à Montfort (35)
claires et assez vives, les tissus unis ou à rayures.
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 637

Le tablier
IL est long et à bavette, soit à rayures sur une jupe unie, soit uni sur une jupe à rayures.
Le chemisier et le corselet à manches
/H FKHPLVLHU VRXYHQW EODQF HVW UHYrWX G¶XQ FRUVHOHW DMXVWp GH FRXOHXU JDUQL GH SDVVHPHQWHULH QRLUH j
O¶RXYHUWXUHet en bas des manches.
La veste ou Le Corselet
La veste est lacée sur le devant, à demi-manches, du même tissu que la jupe. Le corselet est noir.
Le mouchoir de cou
,OVHSRUWHVXUOHVpSDXOHVDYHFTXDWUHSHWLWVSOLVpSLQJOpVjO¶DUULqUH6RXYHQWDPHQpSDU des colporteurs, il
HVWHQFRWRQQDGHLPSULPpHYHQDQWGH3URYHQFHG¶$OVDFHRXGH&KROHW/HVIHPPHVSOXVDLVpHVSRUWHQW
des mouchoirs ou châles de Cachemire provenant de la compagnie des Indes.
/·HQVHPEOHGXFRVWXPH de fête est plutôt coloré et soigné : belles étoffes, beau mouchoir de cou. A partir
GHODFRLIIHHVWGHYHQXHSOXVOpJqUHHWSOXVRUQpHTXDQGOHWXOOHV¶HVWUpSDQGXPDVVLYHPHQW
Ci-contre Ź
5HFRQVWLWXWLRQG¶XQ&RVWXPHGHSD\VDQQH GHO¶DQFLHQ Comté de Rennes entre 1830 et 1860/1870, par le Groupe
Gallo-%UHWRQGH5HQQHVG¶DSUqVGHVUHFKHUFKHVHIIHFWXpHVSDU6LPRQH0RUDQG -1001), ethnologue et fondatrice
du groupe.

ź Le costume masculin vers 1850


'¶DSUqVOH*URXSH*DOOR%UHWRQGH5HQQHVGpMjFLWpOHFRVWXPHG¶XQULFKHIHUPLHUGHVHQYLURQVGH5HQQHV
comprend :
Braies ou pantalon court à pont en toile tissée de « berlingue » - Grande chemise en lin blanc à très
grand col ± gilet écru avec revers de couleur de style Empire ± grand mouchoir de Cholet noué sous le
col de la chemise ± veste noire ou marron SOXV ORQJXH j O¶DUULqUH HW DUURQGLH DSSHOpH © touron » ou
« galicelle » - grand chapeau avec haut de forme évasé en peau de castor ± guêtres ou « houzeaux »
en lin de couleur naturelle avec boutons et lacets
'¶DSUqV Victor HUGO en 1835, « les paysans de Vitré et même dans une grande partie de
O¶DUURQGLVVHPHQW GH 5HQQHV VH UHYrWHQW HQ KLYHU GH © sayons » de peau de chèvre, espèce de veste
ORQJXH TXL GHVFHQG MXVTX·j OD PRLWLp GHV FXLVVHV et offre un abri commode contre la rigueur des
saisons ».
Vers 1840, certains hommes portent encore la culotte au quotidien, descendant au dessus du genou sur
des guêtres de cuir ou de toile. '¶DXWUHVSRUWHQWODblouse de toile noire ou bleue et le pantalon long. Les
chapeaux sont variés : relativement plats à large bord ou à bord plus court.
5HFRQVWLWXWLRQG¶XQFRVWXPHGHULFKe fermier des environs de Rennes, entre 1830 et 1860/70 Ź
ź Après 1870, évolution du costume du Pays de Rennes et Montfort

Ź
Coiffe Polka
Chateaubourg
Typique du
bassin de
Rennes, apparue
à la fin du XIXe
siècle

Ż
Coiffe Polka,
Le Tiercent,
près de Fougères
Ille et Vilaine.
En coton :
&RVWXPHVG¶,OOHHW9LODLQH/HVFRLIIHV : mousseline,
à gauche la « Catiole, » à droite la « Polka ». &RVWXPHVG¶,OOHHW9LODLQH - linon ou
(le jabot ne fait pas parie de la coiffe) A gauche la Catiole, à droite la Polka baptiste

* Pour les femmes OHFRVWXPHGXSD\VGH5HQQHVHWGXSD\VGH0RQWIRUWVXELUDSOXVTX¶DLOOHXUVHQ%UHWDJQHO¶LQIOXHQFHGHOD


mode urbaine. A la fin du XIXHVLqFOHOHVFRXOHXUVV¶DVVRPEULVVHQWOHVUREHVHWOHVWDEOLHUVGHIrWHVRQWFRQIHFWLRQQpVGDQVGHV
tissus plus riches WDIIHWDVVRLHYHORXUVGHQWHOOH«
La Catiole QHFKDQJHSDVGHIRUPHPDLVV¶DPHQXLVHSURJUHVVLYHPHQW9HUVHOOHFRPPHQFHjGLPLQXHUHWODLVVHDSSDUDvWUH
le serre-tête. Elle est réalisée en dentelle. Puis, le serre-tête disparaît peu à peu et est remplacé par une résille.
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 638

ɼ Après 1900, la catiole est devenue minuscule, épinglée sur un ruban noir. Elle se porte sur des cheveux très tirés. A la fin
du XIXè siècle, apparaît une nouvelle coiffe : la « Polka » appelée aussi « Marie-Louise ». Elle disparaîtra au lendemain de la
seconde guerre mondiale (sauf pour des personnes âgées qui la garderont à vie, comme Marie-Josèphe Vétier, mère de
Geneviève Boulongne). Cette coiffe était plus facile à placer et à repasser. Le châle a remplacé le mouchoir du cou. Assorti au
tablier il est, pour les jours de fête, en tissu soyeux bordé de longues franges.
- Pour les hommes : Le costume masculin, plus encore que celui des femmes, est copié sur la mode urbaine. Le touron (ou la
galicelle) a fait place à une veste en drap de laine. Les guêtres ont disparu, le petit mouchoir de cou est remplacé par O·DQJXLOOH
(sorte de ruban étroit noué autour du col). La chemise en grosse toile est détrônée par la fine chemise à plastron. Le chapeau a
perdu ses larges bords. Cependant, à la campagne, les hommes portent beaucoup la blouse, y compris les jours de fête.
ź A partir de 1930, seules les grands-mères gardent les traces du costume traditionnel : le « cotillon » (ample jupe longue,
noire de préférence). Les anciennes tiennent aussi à leur tablier en satinette noir, sur lequel elles mettent souvent un deuxième
tablier en coutil bleu, pour protéger le premier quand elles travaillent.
La petite catiole a disparu, supplantée majoritairement par la « polka ».Quand les femmes plus jeunes abandonnent la coiffe, elles
gardent la coiffure. Les cheveux, séparés en deux bandeaux, sont retenus par un ruban de velours et enserrés dans une résille.
Quand la chevelure plaquée avait gardé le même pli durant des années, il était difficile pour les femmes de la campagne de se
coiffer à la mode courte et souple de la ville.
Abandonner la coiffe était un premier pas, couper ses cheveux était une autre étape psychologique plus dure à passer.
/¶pYROXWLRQVHIDLVDLWHQIDLWSDUO¶LQIOXHQFHUpFLSURTXHG¶XQHJpQpUDWLRQVXUO¶DXWUH
[Link]

Coiffe de Saint-Servan dite le « Clérin » Jeune fille des bords de Rance, Dinan Ancienne coiffe de Fougères

1935 - Coiffe « Polka » de


Marie-Josèphe Vétier, grand-
mère de Philippe Boulongne.
Vers 1900, Haute Bretagne 1880, Haute Bretagne 1900-1925, Haute Bretagne Née Lefranc (1860-1937), elle
Chapeau noir à ruban rouge, Petite catiole sur résille de Résille et très petite catiole, vécut longtemps à La Chapelle-
chemise blanche à plis, velours noir, robe violette robe marron avec plis Chaussée près de Rennes. Sa
anguille sur chemise blanche, tablier surpiqués en bas de jupe, fille Geneviève Boulongne qui
et châle de velours cape pèlerine en satin noir vivait à St Malo, toujours à la
bleue, gilet de velours noir,
ornée de dentelle, tablier dernière mode, lui reprochait de
veste noire, pantalon droit
ovale en satin noir porter encore la coiffe. Celle-ci
rayé gris et noir, chaîne de
montre en or. ODSRUWDMXVTX¶jODILQGHVDYLH
ɻ Ci-dessus, collections de costumes sur poupées du Musée de Brocéliande à Montfort (35)
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 639

ź Vers 1950, la fin du costume traditionnel


A la veille de la Seconde Guerre Mondiale, les femmes de la campagne SRUWHQWOHVWULFWFRVWXPHQRLUFRPSRVpG¶XQHMXSHHW
G¶XQH©WDLOOHªRXFRUVDJHjFROPRQWDQWDVVH]VHPEODEOHDX[PRGqOHVSRUWpVHQYLOOH&HWHQVHPEOHHVWUHFRXYHUWG¶XQWDEOLer et
G¶XQFKkOHVRXYHQWEURGpGHIUDQJHV
Seules fantaisies permises : une petite collerette de dentelle dépassant légèrement du col ou une rangée de perles cousues sur le
corsage. Peu de bijoux, hormis la grande chaîne de montre portée en sautoir ou de discrètes broches.
Deux types de coiffes se portent encore plus à la mode chez les jeunes filles : la polka et la catiole considérablement réduite.
Les grandes robes noires cachent des dessous de fil blanc avec des broderies au col et aux poignets, des pantalons fendus et, de
plus, au début du siècle, des corsets baleinés.
Une paysanne bien mise devait porter son châle avec trois ou quatre plis impeccables, se croisant sur la poitrine, la taille
était bien prise et assez serrée. Pour avoir de la tenue, cette mode nécessitait le port du corset.
/¶DEDQGRQ GX FRVWXPH WUDGLWLRQQel se fait progressivement. /HV MHXQHV ILOOHV TXLWWHQW G¶DERUG OH FKkOH HW OH WDEOLHU PDLV JDUGHQW
HQFRUH OD FRLIIH  OD SHWLWH FDWLROH SRVpH VXU GHV FKHYHX[ WUqV VpYqUHPHQW WLUpV &¶HVW OH VLJQH XOWLPH GH OHXU DSSDUWHQDQFH au
monde rural.
Les femmes plus âgées portent plus souvent la polka et elles remplacent leur grand châle par des capes, des pèlerines de laine
puis des manteaux.

ŽƐƚƵŵĞƐĚ͛/ůůĞĞƚsŝůĂŝŶĞ͕
Jeune couple paysan
ŽƐƚƵŵĞĚ͛/ůůĞĞƚsŝůĂŝŶĞ Jeunes filles du Pays de Rennes A noter ͗ůĂďůŽƵƐĞĚĞů͛ŚŽŵŵĞĞƚůĂĐŽŝĨĨĞ
polka de la femme

Toilette de mariage de Langon, Ille et :ĞƵŶĞĨŝůůĞĚ͛/ůůĞĞƚsŝůĂŝŶĞ Costumes de Maure de Bretagne, près de


Vilaine, au sud de Messac Lohéac, Ille et Vilaine
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 640

Sabots tout en bois, 1900 Brodequins tout en cuir, 1900-1950

Blouse paysanne de Montreuil le Gast Sabots allégés avec bride en cuir Brodequins cuir et semelle en bois
Ille et Vilaine
13 - COMPARAISON AVEC LES SOUVENIRS DE MARIA GÉRARD
ET LES PHOTOS DE SES GRANDS- PARENTS
Maria Ŷ͛ĂƉĂƐĐŝƚĠůĞŵŽƵĐŚŽŝƌĚĞĐŽƵ͕car dans des souvenirs les
paysannes de La Baussaine en portaient uniquement pour les
gros travaux mais pas comme élément de toilette.

* A DROITE, SES GRANDS-PARENTS PATERNELS, 1823-1902 Ź


La grand-mère ƉŽƌƚĞů͛ĂŶĐŝĞŶŶĞĐŽŝĨĨĞĐĂƚŝŽůĞĚ͛ĂǀĂŶƚϭϴϳϬ, la
jupe de toile de couleur sombre en laine et lin, le tablier à
poches, la pélerine à franges portée sur le corsage à manches
longues et resserrée à la taille par une large ceinture de tissu.
Le grand-père porte la redingote (devenue un peu étroite
ĚĞƉƵŝƐ ů͛ĂĐŚĂƚͿ ƐƵƌ ƵŶ pantalon, avec un ŶƈƵĚ ƉĂƉŝůůŽŶ ƉůĂĐĠ
devant le faux col de la chemise. A la main il tient son chapeau à
calotte profonde, dont on distingue mal le rebord assez étroit.
Les chaussures du couple sans doute montantes portent autour
de la semelle des traces claires alors que les costumes sont très
nets, ce qui sous-entend que les grands-parents ont marché sur Les habits endimanchés de M et Mme Mathurin Gérard,
de la poussière avant de poser pour la photo. grands-parents paternels de Maria Gérard.
La Baussaine, vers 1888

* CI-DESSOUS, SES GRANDS-PARENTS MATERNELS, LUI : 1833-1890, ELLE : 1834-1904 ź


La grand-mère aux environs de
1900 porte le ruban noir avec au
centre une catiole si minuscule
ƋƵ͛ĞůůĞ ƐĞ ĐŽŶĨŽŶĚ ĂǀĞĐ ůĞƐ
cheveux. Le corsage noir à
boutons ĞƐƚ ƐƵƌŵŽŶƚĠ Ě͛ƵŶ col
montant rigide. La pèlerine noire
porte des franges. Le tablier noir a
une ceinture étroite.
Le grand-père vers 1880, décédé
accidentellement ăů͛ąŐĞĚĞ57 ans,
porte des habits distingués. n
distingue le gilet bordé de satin
sous la veste ornée de sa médaille
Ě͛KƌĚƵŽŶĐŽƵƌƐ'ĠŶĠƌĂůŐƌŝĐŽůĞ͘
Le faux-col de la chemise est garni
Pierre Barbier (1833-1890). Marie Barbier (1840-1904), née Mahé,
Ě͛ƵŶlarge nƈud papillon noir. Photo prise vers 1883. en fin de vie. Photo vers 1904.
La différenciation des habits du Pays de Rennes avec ceux du reste de la Bretagne se confirme, dans tous les domaines.
Rennes déjà métropole régionale, était influencée par Paris et les habitants des environs de Rennes, y compris les
paysans, ont adopté un mode de vie toujours en avance sur le reste de la Bretagne.
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 641

II - LES VÊTEMENTS DE TRAVAIL DES PAYSANS


21 - Au Moyen- Âge, en France
>Ğ ƉĂLJƐĂŶ ŶĞ ƐĞ ƐŽƵĐŝĞ ƉĂƐ ĚĞ ůĂ ŵŽĚĞ͘ ͛ĞƐƚ ƉŽƵƌƋƵŽŝ ŽŶ ůĞ
surnomme le vilain͘ ǀĂŶƚ Ě͛ġƚƌĞ ďĞĂƵ͕ ůĞ ǀġƚĞŵĞŶƚ ĚŽŝƚ ġƚƌĞ
ƉƌĂƚŝƋƵĞ Ğƚ ĐŚĂƵĚ͘ dŽƵƚ ĂƵ ůŽŶŐ ĚĞ ů͛ĂŶŶĠĞ͕ ůĞƐ ŚŽŵŵĞƐ Ğƚ ůĞƐ
ĨĞŵŵĞƐ ƉŽƌƚĞŶƚ ůĞƐ ŵġŵĞƐ ŚĂďŝƚƐ͘ YƵĂŶĚ ĂƌƌŝǀĞ ů͛ŚŝǀĞƌ͕ ŝůƐ ůĞƐ
superposent. Les vêtements sont amples et longs pour se protéger
du froid.
Chaque jour, le paysan enfile ses braies : culotte des hommes du
Moyen Age, sa tunique, puis passe une cape de laine ou de lin.
Pendant la saison froide, il ne sort jamais sans son chaperon : sorte
de cagoule, et ses houseaux : longues chaussures souples, lacées,
qui protègent les jambes de la boue et de la pluie. En été, il est
habillé plus légèrement : tunique simple et chapeau pour se
protéger du soleil.
Les femmes portent des robes par-dessus lesquelles elles mettent
parfois des tabliers; elles ont toujours la tête couverte. C'est dans
cette tenue que les uns et les autres partent aux champs.. Le paysan du Moyen- Age au travail

WůƵƐƚĂƌĚ͕ĂƉƌğƐůĂƌĠǀŽůƵƚŝŽŶĞƚů͛ĂďƌŽŐĂƚŝŽŶĚĞƐlois somptuaires* ƋƵŝĞŶŐĞŶĚƌĂů͚ĂƉƉĂƌŝƚŝŽŶĚĞƐƉĠƌŝŽĚĞƐĚĞĐƌĠĂƚŝŽŶ


des costumes de fête, les tenues de travail suivront leur évolution avec évidemment une composition nettement plus
simple, moins coûteuse et plus pratique. *Les lois somptuaires qui dĂƚĞŶƚ ĚĞ ů͛ŶƚŝƋƵŝƚĠ ƌŽŵĂŝŶĞ͕ ƐŽŶƚĚĞƐ ůŽŝƐĚĞƐƚŝŶĠĞƐă
réprimer ou modérer les dépenses des particuliers ͗ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ͕ŵŽďŝůŝĞƌ͕ǀġƚĞŵĞŶƚƐ͙
22 ʹ A PARTIR DU XIXe SIECLE, DANS QUELQUES LOCALITÉS DE BASSE BRETAGNE
A ʹ AU PAYS DE CONCARNEAU
ɼ Pour les femmes paysannes du pays de Concarneau
« Dans les années 1880, les jupes étaient de grosses toiles de couleur, souvent portées avec des chemises de lin ou
même de chanvre. Les femmes portaient leur coiffe complète et leur collerette. Les superbes tableaux de Deyrolle,
Hirschfeld, Simmons, ou Granchy Taylor, nous donnent tous les détails de couleurs sur ces costumes.
Dans les années 1900, le costume devint noir aussi pour le travail. En fait, il est identique à celui de fête, mais taillé
dĂŶƐ ĚĞƐ ƚŝƐƐƵƐ ĚĞ ĐŽƚŽŶ͘ WŽƵƌ ƚƌĂǀĂŝůůĞƌ͕ ŝů Ŷ͛LJ Ă pas de règles strictes : certaines photos anciennes, ou certains
tableaux, comme celui de Deyrolle, nous montrent des femmes portant la grande collerette empesée et la grande
coiffe ͖ĂůŽƌƐƋƵĞĚ͛ĂƵƚƌĞƐ ne portent que la chemise de toile, sans collerette, avec une coiffe où les mentonnières ne
sont pas montées. /ůĞŶƐĞƌĂĚ͛ĂŝůůĞƵƌƐĚĞŵġŵĞũƵƐƋƵΖăůĂĚŝƐƉĂƌŝƚŝŽŶĚƵĐŽƐƚƵŵĞ.
Dans les années 1935-1950, les femmes qui travaillaient dans les conserveries de poissons, simplifièrent leur costume :
elles portaient des jupes et de simples chemisiers « de ville », en cotonnade noire. Leur tablier, contrairement à celui du
dimanche, avait une grande piécette (ou bavette), et des poches. Celles qui avaient adopté ce type de costume
portaient toujours la coiffe, mais avaient abandonné le col. >ĂĐŽŝĨĨĞŶĞƐĞĐŽŵƉŽƐĂŝƚĂůŽƌƐƋƵĞĚ͛ƵŶďŽŶŶĞƚ ĞŶƚŽƵƌĠ
Ě͛ƵŶƌƵďĂŶĚĞƐĂƚŝŶ͕ƐŽƵǀĞŶƚŶŽŝƌ, quelquefois de couleur, et des deux mentonnières. Les ailes de la coiffe ne servaient
plus que pour les jours de fête, où ces femmes remettaient alors leur costume de velours. Ce type de costume sombre
ƉŽƌƚĠ ƉĂƌ ůĞƐ ŽƵǀƌŝğƌĞƐ ĚĞƐ ĐŽŶƐĞƌǀĞƌŝĞƐ Ŷ͛Ă ƉĂƐ ĠƚĠ ĂĚŽƉƚĠ ƉĂƌ ůĞƐ ĨĞŵŵĞƐ ĚĞ ůĂ ĐĂŵƉĂŐŶĞ͘ Ğ ƋƵŝ ƐŝŐŶŝĨŝĞ ƋƵĞ
même pendant le travail, les paysannes gardaient le costume traditionnel. Seuls les tissus variaient et les pièces
usagées étaient portées.
ɼ Pour les hommes paysans du pays de Concarneau
:ƵƐƋƵ͛ĞŶ ϭϴϳϬ, les « bragou » ou braies étaient toujours portées avec une ceinture de laine de couleur et avec des
guêtres de laine noire. Sur la chemise, on enfilait le gilet sans manche ou « corpuchen » croisé et fermé sur la poitrine,
puis une veste avec des manches longues, ouverte sur le devant, sans bouton, appelée « chupen ».Le chapeau noir se
portait sur des cheveux longs. Ce costume était alors très coloré.
A partir de 1870, la mode est à la veste rouge et au gilet noir. Un tableau de paysans de Beuzec appartenant à la
paroisse de Concarneau les représente ainsi. Plusieurs tableaux de Deyrolle, Guillou et autres montrent ces couleurs
qui seroŶƚƉŽƌƚĠƐũƵƐƋƵ͛ĂƵĚĠďƵƚĚƵyye siècle.
A partir de 1900, le costume devient tout noir͕ĐŚƵƉĞŶ͕ĞƚĐŽƌĐŚƵƉĞŶ͘/ůƐ͛ĂůůğŐĞĂƵƐƐŝ͕on supprime le gilet sans manche.
Le bragou est lui aussi abandonné au profit du pantalon droit de ville. On supprime les rubans du chapeau, ne gardant
ƋƵĞůĞƌƵďĂŶĚĞǀĞůŽƵƌƐĂƵƚŽƵƌĚĞůĂĐŽŝĨĨĞĂǀĞĐƵŶĞďŽƵĐůĞĚ͛ĂƌŐĞŶƚƉůƵƐŝŵƉŽƌƚĂŶƚĞ͘
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 642

On reconnaissait un paysan de Concarneau aux empiècements de velours qui garnissaient le gilet et surtout la veste. En
effet chaque paroisse avait sa particularité. Les hommes ont porté ce costume jusque dans les années 1930. Le port
du costume a totalement disparu dans les années 1940.

Rappel des grandes villes citées dans les


costumes traditionnels bretons
- Douarnenez
- Quimper
- Pays bigouden
- Concarneau
- Lorient
- Vannes
- Quiberon

Retour de la Foire de Trégunc, environs de Concarneau (Finistère),


Gravure en Noir et Blanc reproduisant un tableau de Deyrolle, 1893, Arch. Dép. de la Somme.
On y voit un groupe de paysans avec leurs attelages et leurs animaux revenant de la foire du village de Trégunc.

Observations sur le tableau au niveau des costumes :


* Les hommes portent sur la chemise un faux col ;ƚĞŶƵĞĚƵĚŝŵĂŶĐŚĞͿƉŽƌƚĠĞŶƚƌ͛ŽƵǀĞƌƚƐƵƌůĂƋƵĞůůĞŝůƐŽŶƚĞŶĨŝůĠ
un gilet et une veste (le chupen). Leur pantalon est droit. Ils portent tous un chapeau et des sabots.
* Les femmes ont recouvert leur corsage blanc ou noir Ě͛ƵŶ corselet noir. Elles portent une jupe un peu
raccourcie sur un jupon non visible. Un tablier sans bavette recouvre la jupe. Elles portent toutes les deux une
coiffe, mais celle de la plus jeune est plus légère que celle plus enveloppante (mode précédente) de la femme plus
ancienne, ĂŝŶƐŝƋƵ͛ƵŶĞůĂƌŐĞcollerette de dentelle. Le costume de paysanne de Concarneau appartient à la mode
de Rosporden.
͛ĂƉƌğƐůĞƐŝƚĞĚĞƐ&ŝůĞƚƐůĞƵƐ : [Link]

Retour de foire, Chemin de Saint-Jean à Concarneau La fin de la journée des Glaneuses, 1898
Huile sur toile de Deyrolle, 1881, Musée de Brest Huile sur toile de Deyrolle
Les hommes portent chapeau, gilet et veste courte, pantalon droit ou culotte et sabots. Les femmes portent
coiffe, jupes en toiles et chemises. Dans les années 1880, les costumes étaient très colorés. Ils devinrent noirs vers
1900.
Théophile Deyrolle, (1844-ϭϵϮϯͿĨƵƚƵŶƉĞŝŶƚƌĞĐŽŶĐĂƌŶŽŝƐĚ͛ĂĚŽƉƚŝŽŶ
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 643

B ʹ AU PAYS DE QUIBERON

Costumes noirs de femmes de pêcheurs de Quiberon, Scène de battage au manège à Quiberon, vers 1930.
vendant leur récolte de goémons, mode 1900. Les hommes portent la casquette. Les femmes portent le
Seule la coiffe diffère du costume de la paysanne. costume et la coiffe, malgré la pénibilité du travail.
« Quand il faisait chaud pour travailler, les femmes retiraient leur jupe et leur caracot et protégeaient leur
jupon avec leur tablier. Quand le soleil tapait trop fort ou que le vent était frais, elles portaient le fichu blanc en
foulard noué sous le menton. Souvent les vieilles femmes en repliaient les coins à l'intérieur pour ne pas les salir.
Aux pieds elles avaient les habituels chaussons de feutre noir renforcés de peau et les Botou koad (sabots de bois)
qu'elles retiraient bien sûr pour entrer dans la maison ͙Les robes longues jusqu'au sol se sont raccourcies au fur
Ğƚ ă ŵĞƐƵƌĞ ƋƵĞ ůĂ ŵŽĚĞ ŵŽĚĞƌŶĞ Ɛ͛ŝŵƉŽƐĂŝƚ Ğƚ ĐĞƐ ĚĞƌŶŝğƌĞƐ ĂŶŶĠĞƐ ŽŶ ǀŽLJĂŝƚ ĞŶĐŽƌĞ ĚĞƐ ŐƌĂŶĚƐ-mères "en
coiffe" mais portant des vêtements modernes ͙
͙Les hommes aux champs portaient, comme les femmes, les Botou koad (sabots de bois) et leurs chaussons de
ĨĞƵƚƌĞƐŶŽŝƌƌĞŶĨŽƌĐĠƐĚĞƉĞĂƵĂƵdžƚĂůŽŶƐĞƚĂƵdžƐĞŵĞůůĞƐ͙
. ͛ĂƉƌğƐ : [Link] [Link]/[Link]?lng=fr&pg
C - hWz^͛hZz
* Les femmes paysannes du PĂLJƐĚ͛ƵƌĂLJ, en 1843/1844
ĐŽƵǀƌĞŶƚůĞƵƌĐŚĞŵŝƐĞĚ͛ƵŶĞďƌĂƐƐŝğƌĞŽƵĚ͛ƵŶĞǀĞƐƚĞƐĂŶƐŵĂŶĐŚĞ͕
le tout associé à une jupe souvent relevée, laissant apparaître le
jupon.
Avec le ƚĞŵƉƐĐĞƚŚĂďŝƚƐĞůŝŵŝƚĞăƵŶĞũƵƉĞĞƚƵŶĞĐŚĞŵŝƐĞƋƵĞů͛ŽŶ
protège par un tablier avec ou sans bavette. La coiffe reste un
impératif. Sa forme est identique à celle portée dans les grandes
occasions mais plus simple et en étoffe plus grossière.
La tenue de travail ĐŽŵƉŽƌƚĞĂƵƐƐŝĚĞƐƉŝğĐĞƐĚ͛ŚĂďŝƚĚĞĨġƚĞĞŶ >ĞƐƉĂLJƐĂŶŶĞƐĚƵWĂLJƐĚ͛ƵƌĂLJĂƵƚƌĂǀĂŝůĞŶ
fin de vie qui trouvent aux champs un dernier usage. Pour la 1843-1844 [Link]
confection des habits de travail, chaque ferme réserve un terrain à
la culture du chanvre qui fournit assez de fil pour tisser les habits et
le trousseau ».
Pour ůĞƐ ŚŽŵŵĞƐ ƉĂLJƐĂŶƐ ĚƵ WĂLJƐ Ě͛ƵƌĂLJ et Ě͛ĂŝůůĞƵƌƐ ĞŶ
Bretagne:
« La chemise longue à manche longue, de chanvre ou de lin est
ů͛ĠůĠŵĞŶƚĐŽŶƐƚŝƚƵƚŝĨĚƵǀġƚĞŵĞŶƚĚĞƚƌĂǀĂŝů͘Ceinturée à la taille, on
lui ajoute un pourpoint* et des hauts de chausse, pour se protéger
du froid. Cette tenue pratique et solide est immuable du Moyen Âge
au XVIIe siècle. ΎǀġƚĞŵĞŶƚŵĂƐĐƵůŝŶĐŽƵǀƌĂŶƚůĞƚŽƌƐĞũƵƐƋƵ͛au-dessous de
la ceinture. Selon croquis et aquarelles de François-
Hippolyte LALAISSE
Les braies des paysans bretons couvriront les hauts de chausse ou
caleçons courts ũƵƐƋƵ͛ĂƵdž genoux. >͛ĠƚŽĨĨĞ brune des ǀġƚĞŵĞŶƚƐƉĂLJƐĂŶƐĠƚĂŝƚƐŽƵǀĞŶƚĨĂŝƚĞĚ͛ƵŶĞĠƚŽĨĨĞ
ĐŽŶƐƚŝƚƵĠĞ Ě͛ƵŶĞ ƚƌĂŵĞ ĚĞ ůŝŶ Ğƚ Ě͛ƵŶĞ ĐŚĂŠŶĞ ĞŶ ůĂŝŶĞ ďƌƵŶĞ ĚĞƐ ŵŽƵƚŽŶƐ ĚĞ ƉĂLJƐ͕ ƋƵŝ ƉŽƌƚĂŝƚ ůĞ nom de
serge brune. Par la suite, les hommes portent toujours cette chemise mais avec un pantalon et un gilet.
Après la seconde guerre mondiale, le port de la blouse bleue ou grise se généralisa.
Les costumes traditionnels et paysans - Bretagne 644

D - A IL L E URS , E N B R E T AG N E

Vers 1905 - Femmes de La Feuillée (29) 1909 - Paysanne bretonne en tenue Vers 1930 - Jeune paysanne bretonne,
filant la quenouille de travail au champ avec sa faucille tenue noire, petite coiffe, sabots à brides

Vers 1935 - Paysans au champ à Bréhat. Seule la femme 1940 - Famille paysanne bretonne. Seule la grand-mère porte
ƉŽƌƚĞů͛ŚĂďŝƚĚĞƚƌĂǀĂŝůƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞů͕LJĐŽŵƉƌŝƐůĂĐŽŝĨĨĞ͘ ůĂĐŽŝĨĨĞ;ĚƵdƌĠŐŽƌͿ͘>͛ŚĂďŝƚƉĂLJƐĂŶĂĚŝƐƉĂƌƵ͘

1843 1920 1960 *


WĂLJƐĂŶĚĞůĂƉƌĞƐƋƵ͛ŠůĞĚĞ Paysan breton en route pour la foire : blouse La fille du paysan partie en ville pose
Guérande, Aquarelle de Lalaisse enfilée sur gilet et chemise, pantalon droit, entre son frère et sa mère qui gardent
chapeau aux bords raccourcis et sabots. ů͛ĞŵƉƌĞŝŶƚĞƉĂLJƐĂŶŶĞ, non loin du curé

* « ZŽƵŐŝƌ Ě͛ġƚƌĞ ƉĂLJƐĂŶ ». Dans les années 1950, ce livre rédigé par 2 frères jumeaux : Michel et Joseph
Gicquel, fit grand bruit. « Le paysan maître de sa destinée devenait agriculteur subventionné, la campagne amorçait sa
transformation en terrain de loisirs pour les citadins. Les urbains, même récents, regardaient les ruraux comme des ploucs ou
des culs terreux. Pas toujours facile à vivre« ». Depuis, les exploitants agricoles sont mieux considérés.
***
645 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

III ʹAU PAYS BRETONNANT EN BASSE BRETAGNE


x Petite histoire du costume breton

En 1850, la Bretagne reste en marge des évolutions et conserve un mode de vie ancestral. Les paysans bretons vont
ůŽŶŐƚĞŵƉƐƐŽƵĨĨƌŝƌĚĞů͛ŝŵĂŐĞŶĠŐĂƚŝǀĞǀĠŚŝĐƵůĠĞƉĂƌůĞƐǀŽLJĂŐĞƵƌƐ͘En effet, la plupart de ces derniers Ŷ͛ĠƚƵĚŝĞŶƚƉĂƐ
en profondeur la culture paysanne et se contentent de décrire les paysans comme des rustres incultes, sales et
renfermés sur eux-mêmes. Certains néanmoins, telƐƋƵĞů͛ĂƋƵĂƌĞůůŝƐƚĞ&ƌĂŶĕŽŝƐ,ŝppolyte Lalaisse (1810-1884) ou des
peintres : Olivier Perrin (1761-1832) et Théophile Deyrolle (1844ʹϭϵϮϯͿŽŶƚƐĂŝƐŝĚĂŶƐůĞƵƌƐƈƵǀƌĞƐů͛ŽƌŝŐŝŶĂůŝƚĠĞƚůĂ
complexité de la culture bretonne, ce qui de nos jours nous laisse des sources irremplaçables, en plus des
lithographies devenues très populaires dès le début du XIXème siècle.
Qui était François Hippolyte LALAISSE ? (1810 Nancy - 1884 Paris)
Elève de Charlet, puis professeur adjoint de dessin à Polytechnique, il devint peintre et illustrateur français. Il a laissé
ƵŶĞƈƵǀƌĞĐŽŶƐŝĚĠƌĂďůĞ ĚĞƚableaux (« Retraite de Russie » notamment), de lithographies*, aquarelles ou dessins
sur les costumes régionaux et sur les uniformes. WŽƵƌůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐ͕ŝůƐ͛ĞƐƚĚĠƉůĂĐĠĞŶƌĞƚĂŐŶĞĞƚĞŶEŽƌŵĂŶĚŝĞ͘
Il est le seul artiste nous permettant de connaître les costumes bretons et normands au cours du XIXe siècle. Les
musées et les cercles folkloriques utilisent ses gravures pour reconstituer dĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ Ě͛ĠƉŽƋƵĞ͘ ͛ĞƐƚ ă ůĂ
ĚĞŵĂŶĚĞ Ě͛ƵŶ ĠĚŝƚĞƵƌ ƋƵ͛ŝů Ă ĠƚĠ ĐŚĂƌŐĠ ĚĞ ĚĞƐƐŝŶĞƌ ůĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ ďƌĞƚŽŶƐ͘ WŽƵƌ ĐĞ ĨĂŝƌĞ͕ ŝů Ă ĞĨĨĞĐƚƵĠ ĚĞƵdž
ǀŽLJĂŐĞƐĞŶƌĞƚĂŐŶĞ͕ůĞƉƌĞŵŝĞƌƉĞŶĚĂŶƚů͛ĠƚĠϭϴϰϯ͕ůĞƐĞĐŽŶĚĞŶŵĂŝϭϴϰϰ͘
« >ĞĚŽĐƵŵĞŶƚ ƋƵ͛ŝůƉƌŽƉŽƐĞ͕ĞŶϭϴϰϯ-1844, sur la société paysanne bretonne est précis, exact, vivant et coloré,
mais ŵĂůŐƌĠ ůĞ ƌĠĞů ƐŽƵĐŝ Ě͛ŽďũĞĐƚŝǀŝƚĠ ƋƵŝ ů͛ĂŶŝŵĞ͕ ŝů Ă ƐĂŶƐ ĚŽƵƚĞ ŐŽŵŵĠ ůĞƐ ĂƐƉĞĐƚƐ ƚƌŽƉ ŵŝƐĠƌĂďůĞƐ Ğƚ ŝů ŶŽƵƐ
montre surtout les beaux costumes du dimanche et des fêtes; ses paysans sont policés, voire élégants, ses
paysannes surtout jeunes et jolies, et des lithographies sont publiées de son vivant. Cette tendance de LALAISSE
;ďĞĂƵĐŽƵƉƉůƵƐĚĠǀĞůŽƉƉĠĞĚĂŶƐů͛ƈƵǀƌĞůŝƚŚŽŐƌĂƉŚŝƋƵĞƋƵĞĚĂŶƐůĞĚŽĐƵŵĞŶƚŽƌŝŐŝŶĂůͿů͛ĂƉƉĂƌĞŶƚĞĂƵdžŶŽmbreux
ĂƌƚŝƐƚĞƐƋƵŝĞŶƐƵŝƚĞǀŽŶƚĚŽŶŶĞƌƵŶĞŝŵĂŐĞĠĚƵůĐŽƌĠĞĚƵŵŽŶĚĞƉĂLJƐĂŶ͙
Néanmoins, il nous donne à voir les costumes quotidiens et les vêtements de travail. Dés 1843 le souci
Ě͛ĞdžĂĐƚŝƚƵĚĞĚĞů͛ĞŶƋƵġƚĞƵƌ>>/^^ƌĞůğǀĞĚĠũăĚƵcourant réaliste ƋƵŝƐ͛Ġpanouit surtout après 1848 : au-delà du
pittoresque des beaux costumes, il scrute le monde paysan contemporain, observe des hommes ou des femmes
au travail, note leurs outils, leurs objets domestiques, la façon dont les animaux de trait sont harnachés.
Le document de Lalaisse est en fait un carnet de 32cm sur 25 qui comprend 193 feuilles, le plus souvent utilisés au
recto et verso ; il est conservé au Musée des Arts et Traditions Populaires à Paris où Georges-,ĞŶƌŝZ/s/Zů͛ĂĨĂŝƚ
acheter en 1952. Il restĞ ŝŶĠĚŝƚ ũƵƐƋƵ͛ĞŶ ϭϵϴϱ, auparavant le grand public ne pouvait connaître que les
lithographies que Lalaisse a lui-même publiées. Les 134 premiers feuillets portent des dessins au crayon et des
dessins aquarellés, complétés de nombreuses notes explicatives. Ensuite, F.-H. LALAISSE a gardé son carnet à
ů͛ĂƚĞůŝĞƌ Ğƚ ů͛Ă ĐŽŵƉůĠƚĠ ĞŶ ĐŽůůĂŶƚ ƐƵƌ ůĞƐ ĨĞƵŝůůĞƚƐ ǀŝĞƌŐĞƐ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ĚĞƐƐŝŶƐ͕ ůĞƐ ƵŶƐ ĠŐĂůĞŵĞŶƚ ĨĂŝƚƐ ĞŶ ƌĞƚĂŐŶĞ
;ƋƵĞůƋƵĞƐƐĐğŶĞƐĚĞŐƌŽƵƉĞƐͿ͕Ě͛ĂƵƚƌĞƐĨĂŝƚƐĞŶEŽƌŵĂŶĚŝĞĞƚĂŝůůĞƵƌƐ͙ »
Adaptation de [Link]
* ƚĞĐŚŶŝƋƵĞĚ͛impression ăƉůĂƚƋƵŝƉĞƌŵĞƚůĂĐƌĠĂƚŝŽŶĞƚůĂƌĞƉƌŽĚƵĐƚŝŽŶăĚĞŵƵůƚŝƉůĞƐĞdžĞŵƉůĂŝƌĞƐĚ͛ƵŶƚƌĂĐĠĞdžĠĐƵƚĠăů͛ĞŶĐƌĞ
grasse ou au crayon gras sur une pierre calcaire

> K^dhD ZdKE ĞƐƚ ĚĞ ůŽŝŶ ů͛ĠůĠŵĞŶƚ ĚĞ ůĂ ĐƵůƚƵƌĞ ƉĂLJƐĂŶŶĞ ƋƵŝ Ă ůĞ ƉůƵƐ ŵĂƌƋƵĠ ůĞƐ ǀŽLJĂŐĞƵƌƐ ͖ tous
reconnaissent le soin porté aux costumes et la blancheur éclatante des coiffes. Si le vêtement de travail est sobre,
confectionné au village avec des toiles de chanvre, il en va autrement du costume de fête, objet de toutes les
attentions. Le costume ĐŽŶƐƚŝƚƵĞĞŶĞĨĨĞƚƵŶĞǀĠƌŝƚĂďůĞĐĂƌƚĞĚ͛ŝĚĞŶƚŝƚĠĚĞĐĞůƵŝƋƵŝůĞƉŽƌƚĞ͗ŽƌŝŐŝŶĞŐĠŽŐƌĂƉŚŝƋƵĞĞƚ
ĐŽŶĚŝƚŝŽŶƐŽĐŝĂůĞĚĞ ů͛ŝŶĚŝǀŝĚƵLJƐŽŶƚ ďŝĞŶǀŝƐŝďůĞƐ͘>͛ĂƉƉĂƌƚĞŶĂŶĐĞă ůĂ ĐŽŵŵƵŶĂƵƚĠƐĞ ŵĂƌƋƵĞ ĂǀĂŶƚƚŽƵƚ ƉĂƌůĂ
ĨŽƌŵĞĞƚůĂĐŽƵůĞƵƌ͕ĞŶƐƵŝƚĞů͛ŽƌŶĞŵĞŶƚĂƚŝŽŶ précise le statut social de chacun. Et gare à celui qui tente de « tricher» ;
ŝů Ɛ͛ĂƚƚŝƌĞ ůĞƐ ĨŽƵĚƌĞƐ ĚĞ ůĂ ĐŽŵŵƵŶĂƵƚĠ ĞŶƚŝğƌĞ . Les paysans bretons de 1850 ont conjugué un mode de vie très
rustre avec un signe distinctif de haute culture ͗ů͛ŚĂďŝƚĚĞĨġƚĞ.
ĞƋƵĞů͛ŽŶŝŐŶŽƌĞƐŽƵǀĞŶƚ͕Đ͛ĞƐƚůĂƌĂŝƐŽŶƉŽƵƌůĂƋƵĞůůĞůĞƐƉůƵƐĂŶĐŝĞŶƐĐŽƐƚƵŵĞƐďƌĞƚŽŶƐŶĞƌĞŵŽŶƚĞŶƚƋƵ͛ĂƵƉƌĞŵŝĞƌ
quart du XIXe siècle, donc à partir de 1800/1825. E &/d :h^Yh͛À LA REVOLUTION, IL EXISTAIT DES LOIS
SOMPTUAIRES RÉ^ZsEd >͛DW>K/ ES DENTELLES ET TISSUS DE LUXE À UNE CERTAINE CATEGORIE SOCIALE.
͛ĞƐƚ ů͛ĂďƌŽŐĂƚŝŽŶ ĚĞ ĐĞƐ ůŽŝƐ͕ ǀŽƚĠĞ ĂƉƌğƐ ůĂ ZĠǀŽůƵƚŝŽŶ ĨƌĂŶĕĂŝƐĞ͕ ũŽŝŶƚĞ ă ƵŶĞ ĞdžƉĂŶƐŝŽŶ ĠĐŽŶŽŵŝƋƵĞ ĚĞƐ
populations rurales, ƋƵŝ ĞŶƚƌĂŠŶĂ ƵŶĞ ƉĠƌŝŽĚĞ Ě͛ĞdžƉĂŶƐŝŽŶ ĚĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ ƉĂLJƐĂŶƐ ĚĞ Ĩġte. Le culte de St Isidore,
ǀĞŶƵĚ͛ƐƉĂŐŶĞ͕ĂĠƚĠĂĚĂƉƚĠăůĂƌĞƚĂŐŶĞ : chapeau rond à brides, gilet brodés, braies bouffantes. Ces culottes
furent abandonnées au début du XXe siècle. Quant aux spirales brodées sur les plastrons bigoudens, elles ne sont
apparues que vers la fin du XXe siècle, ressuscitant des motifs oubliés depuis 10 siècles.
646 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

2Q D SHLQH DXMRXUG·KXL j LPDJLQHU TXH OHV FRVWXPHV IRONORULTXHV EUHWRQV SURYLHQQHQW GHV FRVWXPHV SD\VDQV GH IrWH
inventés et réalisés par eux-mêmes. Ils devaient G¶DERUGSURGXLUHOHVWURLVWH[WLOHVGHEDVH : laine, lin et chanvre. La laine
provenait de rares moutons des landes bretonnes, espaces pauvres et incultes couverts de bruyères, genêts, fougères et herbes
basses. Le chanvre était la fibre la plus utilisée servant à la confection des cordages de la ferme, mais aussi des draps, et chemises
de travail. Les tissus de chanvre neufs sont grisâtres et rêches ; les lavages successifs avec de la cendre et les coups de battoirs
SHUPHWWHQWG¶DVVRXSOLUHWGHEODQFKLUOHs étoffes. Parfois, le chef de famille fait étrenner sa nouvelle chemise par son fils ou par un
YDOHWGHIHUPHHWQHODUHSUHQGTX¶XQHIRLVDVVRXSOLH. Comme les lords anglais qui faisaient porter aux domestiques, leurs costumes
HWFKDXVVXUHVjO¶pWDWQHXI car il était de bon ton de ne porter que des tenues déjà patinées. Enfin, les tiges de lin régulièrement
SURGXLWSRXUOHXUXVDJHSHUVRQQHOpWDLHQWURXLHVHWEDWWXHVMXVTX¶jREWHQWLRQGHVILEUHV
Tandis que la laine était filée sur place par les femmes, les fibres de chanvre et de lin étaient transformées en toiles par
certains paysans qui y trouvaient ainsi un revenu complémentaire. Des marchands vendaient le surplus des toiles tissées à des
négociants de la côte, qui exportaient les toiles et dont la fortXQHOHXUDSHUPLVG¶pGLILHUGHVPDLVRQVGHSUHVWLJH
>ĞƐŵĠƚŝĞƌƐăƚŝƐƐĞƌŶ͛ĠƚĂŝĞŶƚƉĂƐƉƌĠƐĞŶƚƐĚĂŶƐĐŚĂƋƵĞŵĂŝƐŽŶ͘>ĞƉůƵƐƐŽƵǀĞŶƚ͕ les femmes se contentaient de filer
ůĞ ĐŚĂŶǀƌĞ ĚĞ ůĞƵƌ ĐŽƵƌƚŝů Ğƚ Ě͛ĞŶǀŽLJĞƌ ůĞƐ ƉĞůŽƚĞƐ ĐŚĞnj ůĞ ƚŝƐƐĞƌĂŶĚ. Au XIXe siècle, les tisserands sont implantés
pour la plupart en milieu rural. Ils passaient dans les fermes reculées pour prendre les fibres avant de les rapporter
tissées sous forme de rouleaux, destinés aux usages quotidiens : chemises de travail et draps. Les draps
constituaient la richesse des femmes.

Les autres personnages indispensables aux vêtements de


fête des paysans étaient le tailleur/paysan ou brodeur.
On faisait venir le tailleur ĚĂŶƐ ůĞƐ ĨĞƌŵĞƐ ƉŽƵƌ ƋƵ͛ŝů
confectionne dans les règles le costume qui devait
rĞƐƉĞĐƚĞƌ ă ůĂ ĨŽŝƐ ů͛ĂƉƉĂƌƚĞŶĂŶĐĞ ă ƵŶĞ ŽƌŝŐŝŶĞ
géographique et son rang social. Il travaillait ensuite seul
dans son atelier où il réalisait le costume en entier, coupe,
ďƌŽĚĞƌŝĞƐ Ğƚ ĂƐƐĞŵďůĂŐĞ͛͘ĞƐƚ ůƵŝƋƵŝĂ ƐƵŐĂƌĚĞƌĞƚ ĨĂŝƌĞ
évoluer les broderies de son clan.
Les brodeuses travaillaient à domicile, pour des ateliers ou
des particuliers. Généralement, chaque brodeuse avait sa
spécialité : les bordures ĚĞƐĐŽůůĞƌĞƚƚĞƐ͕ůĞƐũŽƵƌƐ͕ůĂĐŽŝĨĨĞ͙
Plus tard, des brodeurs ouvriront un magasin et un atelier Brodeurs à Quimper - Carte postale
où travaillaient plusieurs ouvriers. Il en subsiste certains. ĞƉğƌĞĞŶĨŝůƐŽƵĂƉƉƌĞŶƚŝƐƐĂŐĞĂƵƉƌğƐĚ͛ƵŶŵĂŠƚƌĞ͘
Les costumes appelés les « guises » sont très nombreux et diversifiés. Dans la seule Cornouaille, il y a treize
ĐŽƐƚƵŵĞƐĚŝĨĨĠƌĞŶƚƐƋƵŝƐŽŶƚ ĚĞǀĠƌŝƚĂďůĞƐĐƌĠĂƚŝŽŶƐĚ͛Ăƌƚ͘ Les coiffes rivalisent de même partout et elles ont été les
ĚĞƌŶŝğƌĞƐăġƚƌĞƉŽƌƚĠĞƐůĞĚŝŵĂŶĐŚĞăů͛ĠŐůŝƐĞ͕ĚĂŶƐůĞƐĐĂŶƚŽŶƐƌƵƌĂƵdžĚƵ&ŝŶŝƐƚğƌĞĞƚĚƵDŽƌďŝŚĂŶ͕ũƵƐƋƵĞĚĂŶƐůĞƐ
années 1ϵϱϬ͘ ƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕ ĐĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ ƋƵŝ ƌĞƉƌĠƐĞŶƚĂŝĞŶƚ ůĞƐ ĚŽƚƐ ĚĞƐ ũĞƵŶĞƐ ĨŝůůĞƐ͕ ĐŽŶƚŝŶƵĞŶƚ ĚĞ ǀŝǀƌĞ ĚĂŶƐ ůĞƐ
nombreux groupes folkloriques ou cercles celtiques qui ont les ont rendus célèbres en même temps que les danses
celtiques et les instruments de musique, au cours de manifestations touristiques ou de célèbres festivals.

A partir du XIXe siècle, pour les raisons évoquées


plus haut, chaque paroisse, chaque canton, chaque
ĐŽƌƉŽƌĂƚŝŽŶĂǀĂŝƚăĐƈƵƌĚĞƐƵƌĞŶĐŚĠƌŝƌůĞƐĐƌĠĂƚŝŽŶƐ
des voisins. Les costumes ďƌĞƚŽŶƐ Ŷ͛ŽŶƚ ĐĞƐƐĠ
Ě͛ĠǀŽůƵĞƌ ũƵƐƋƵ͛ă ůĂ ĞƵdžŝğŵĞ 'ƵĞƌƌĞ DŽŶĚŝĂůĞ͘
Ainsi, la coiffe bigouden mesurait 10 cm de haut en
1914, 36 cm en 1960 et 32 cm de nos jours.
La carte ci-contre vous aidera à repérer les
particularités intra-régionales. Ainsi pour les
costumes, les ƉĂLJƐ Ě͛ƵƌĂLJ Ğƚ ĚĞ sĂŶŶĞƐ assez
proches sont ceux qui occupent le plus grand
territoire. Le pays qui a produit les plus beaux
costumes reste la Cornouaille, elle-même très
diversifiée. Les pays du Nord : Léon et Trégor ont
toujours marqué leur différence. ů͛ĞƐƚ͕ůĞpays gallo
réunit les pays de Loudéac, St Brieuc, St Malo,
Rennes et le pays Nantais, alors rattaché à la Carte des principaux pays traditionnels de Bretagne
Bretagne.
647 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

Les costumes bretons ont des fantaisies choisies collectivement, conformément à un code rigoureux permettant de
ƐŝƚƵĞƌƌĂƉŝĚĞŵĞŶƚů͛ŽƌŝŐŝŶĞŐĠŽŐƌĂƉŚŝƋƵĞ͕ůĂƉƌŽĨĞƐƐŝŽŶ͕ǀŽŝƌĞůĂƉŽƐŝƚŝŽŶƐŽĐŝĂůĞ. Tout écart était sévèrement jugé. Il
a été dénombré 66 modes vestimentaires principales fragmentées en près de 1200 variantes avec les coiffes.
Adaptation de [Link] et [Link]
NB ͗ ůĞƐ ĐŽƵůĞƵƌƐ ǀŝǀĞƐ ĨƵƌĞŶƚ ĚŽŵŝŶĂŶƚĞƐ ƉĞŶĚĂŶƚ ƵŶ ƐŝğĐůĞ͕ ũƵƐƋƵ͛ă ůĂ WƌĞŵŝğƌĞ Guerre Mondiale. Les costumes
uniformément noirs furent introduits, comme en ville, après la défaite de 1870 puis généralisés par le massacre de
la Grande Guerre 1914/1918.
31 ʹ L E S C O ST UM E S D E F ET E E N B R E TA G N E , N O TA M M EN T C E UX D E S P A YS AN S

La forme, la coupe et la couleur ŝŶĚŝƋƵĞŶƚů͛ĂƉƉĂƌƚĞŶĂŶĐĞăƚĞůůĞŽƵƚĞůůĞƉĂƌŽŝƐƐĞ͘>ĞƐŚĂďŝƚĂŶƚƐĚ͛ƵŶĞƉĂƌŽŝƐƐĞƐŽŶƚ


le plus souvent appelés par le nom de la coiffe ou la couleur dominante du costume masculin du pays. La coiffe
bigouden a ainsi donné son nom au pays bigouden. Il existe aussi des pays dénommés selon une couleur dominante
du costume : le pays Rouzig ou brun-roux de Châteaulin, le pays Glazig ou petit bleu de Quimper͙
>Ă ƋƵĂůŝƚĠ ĚƵ ƚŝƐƐƵ Ğƚ ůĂ ƌŝĐŚĞƐƐĞ ĚĞ ů͛ŽƌŶĞŵĞŶƚĂƚŝŽŶ ƐŽŶƚ ĨŽŶĐƚŝŽŶ ĚƵ ŶŝǀĞĂƵ ƐŽĐŝĂů ĚĞ ĐŚĂĐƵŶ. Ainsi, la quantité de
velours ou le nombre de boutons révèlent le statut social de chacun. Parfois, les jeunes hommes à marier font le tour
de la jeune fille pour estimer la quantité de velours et par conséquent le niveau de richesse de sa famille. Le costume
sert également à indiquer sa situation familiale : une couleur pourra indiquer si on est en âge de se marier ou non.
hŶĞ ĐŽŝĨĨĞ ĚĠƉŽƵƌǀƵĞ ĚĞ ďƌŽĚĞƌŝĞ͕ ũĂƵŶŝĞ ĂƵ ƐĂĨƌĂŶ ŽƵ ĂƚƚĂĐŚĠĞ Ě͛ƵŶĞ ŵĂŶŝğƌĞ ƉĂƌƚŝĐƵůŝğƌĞ ƉŽƵƌƌĂ ƐŝŐŶŝĨŝĞƌ ƵŶ
ǀĞƵǀĂŐĞ͙ Les paludiers bretons portaient un chapeau noir à large bord facilement transformé à la main en un pic
(pointe dans le bord), révélateur de la situation maritale ͗ƉŝĐǀĞƌƐů͛ĂƌƌŝğƌĞ͕ŝůĠƚĂŝƚŵĂƌŝĠʹ pic vers la gauche, il était
célibataire ʹ ƉŝĐǀĞƌƐů͛ĂǀĂŶƚ͕ŝůĠƚĂŝƚ veuf.
La société paysanne des années 1850 est une société régie par des règles précises se traduisant par des codes
vestimentaires ; les espaces de liberté sont donc plutôt limités.
311 ʹ Un cas précis en 1840 à La Feuillée (au
ĐĞŶƚƌĞ ĚƵ WĂƌĐ Ě͛ƌŵŽƌŝque, canton de
Huelgoat)
Les premiers costumes de 1850 sont connus par
les carnets de croquis et de dessins de Lalaisse
(peintre et illustrateur français du XIXème, qui a
laissé un grand nombre de croquis ou
lithographies sur les costumes et les uniformes).
Le costume de la femme de La Feuillée est
composé de cinq pièces de drap sombre :
ĐŚĞŵŝƐĞ͕ ĐŽƌƐĞůĞƚ͕ ũƵƉĞ͕ ũƵƉŽŶ Ğƚ ƚĂďůŝĞƌ͘ ^͛LJ
ajoutent une parure de col et la coiffe.
La chemise (verte) a des manches longues dont le
bas des manches est gansé de rouge. Sur la Costume de La Feuillée, Finistère, 1840
chemise est enfilé un corselet lacé sous la poitrine Femme de La Feuillée
Ě͛ĂƉƌğƐĚĞƐĂƋƵĂƌĞůůĞƐĚĞ>ĂůĂŝƐƐĞ
et gansé de couleur sombre dont les manches et enfant
sont largement repliées au-dessus du coude. Lithographie vers 1850
La jupe et le jupon sont posés sur le corselet. La jupe longue et large est froncée
à la taille sur une bonne hauteur. Au dos, on voit une ceinture qui sert de
basque. L ensemble est complété d un tablier à bavette de couleur gaie, orné
de rubans soyeux à la taille. C est la seule richesse de ce costume féminin avec
le petit bijou noué autour du cou
>͛ŚŽŵŵĞ ĚĞ >Ă &ĞƵŝůůĠĞ ĞƐƚ ǀġƚƵ Ě͛ƵŶ ŚĂďŝƚ ŐƌŽƐƐŝĞƌ ĚĞ drap brun. La veste
ĂũƵƐƚĠĞũƵƐƋƵ͛ĂƵŵŝůŝĞƵĚƵĚŽƐƐ͛évase vers le bas. Elle ne boutonne pas, laisse
voir le gilet et a deux grandes poches à rabat.
La veste et le gilet sont simplement rehaussés de boutons et de bordures vertes.
Le gilet est maintenu aux hanches par une large ceinture. La chemise à haut col
est nouée par un ruban fin. L'hiver, l'homme porte une peau de bique sous la
veste.
La culotte étroite est elle aussi en drap, brun l hiver et beige l été. Le bas de la Costume de la Feuillée, Finistère, 1840
jambe est tenu par des guêtres qui partent sous le genou et finissent en Ě͛ĂƉƌğƐĚĞƐĂƋƵĂƌĞůůĞƐĚĞ Lalaisse.
couvrant le pied. La Feuillée est une commune des Monts
Le chapeau de feutre brun a de très larges bords. Source : Cercle celtique de Ě͛ƌƌŚĠĞ͕ăůĂĨƌŽŶƚŝğƌĞĚƵ>ĠŽŶĞƚĚĞůĂ
Carhaix. Cornouaille
648 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

312 ʹ >͛sK>hd/KE'EZ>^K^dhD^ZdKE^PAR PERIODES ENTRE 1810 ET 1940


x De 1810 à 1850
Le costume de fête est très coloré et les paroisses peuvent se
distinguer par des couleurs caractéristiques. Ainsi, le pays autour de
Quimper est appelé pays Glazic car le vêtement masculin est à
dominante bleue. Les rubans brodés sont fréquents, parfois importés des
SD\VG¶(XURSHGHO¶(st.
Le vêtement féminin VHFRPSRVHGHMXSRQVG¶XQHMXSHUHFRXYHUWHG¶XQ
WDEOLHU FODLU G¶XQ FRUVHOHW VDQV PDQFKH SUqV GX FRUSV HW G¶XQ JLOHW j
manches repliées. La coiffe posée sur un bonnet très emboîtant cache la
totalité de la chevelure. Ses bardes tombent sur les épaules. La coupe
HVW OD PrPH SRXU WRXWHV OHV IHPPHV G¶XQH PrPH SDURLVVH PDLV OD
qualité du tissu est fonction du statut social. Quand les plus modestes se
contentent de toiles de chanvre ou de berlinge (mélange de chanvre et
de laine), les femmes aisées se parent de tabliers en soie et de draps de
toile fine.
Le vêtement masculin se compose de bragoù bras fermés par des ŽƐƚƵŵĞĚ͛ƵŶĞƌŝĐŚĞƉĂLJƐĂŶŶĞĚĞ>ŽƌŝĞŶƚ,
JXrWUHV G¶XQH chuppen YHVWH  DMXVWpH VXU XQH FKHPLVH HW G¶XQ ODUJH vers 1850, par Lalaisse
chapeau de feutre. La qualité du tissu est fonction de la condition sociale.

Les derniers Bragou-Braz, Costumes bigoudens vers 1844 (Lalaisse) Costume des hommes de Landernau,
à Plonévez-Porzay (29) >ĂĐŽŝĨĨĞƐƵƌŵŽŶƚĠĞĚ͛ƵŶĞƉĞƚŝƚĞďƌŽĚĞƌŝĞ 1850,
Les draps bleus provenaient des stocks pointue était appelée le « bigou ». La femme Complet en laine, veste et gilet à une
ĚĞů͛ĂƌŵĠĞĚĞEĂƉŽůĠŽŶĂƉƌğƐůĞƐ portait chemise en lin, gilet brodé et jupe cuite rangée de [Link] ou braies
ŐƵĞƌƌĞƐĚ͛ƐƉĂŐŶĞ;ϭϴϭϱͿ au four pour former les plis. retenues par ceinture.

Cartouche du
pourpoint de
1811, situé à
gauche.
Habit très
rare
Pourpoint Rouge, 1811, Femme de Tréguier (22) par Les fichus de cou des paludières
COLLECTION RARE Lalaisse ʹ Grand tablier à ont des motifs à carreaux
à Noyal Pontivy, Morbihan devancier Croquis de Lalaisse
649 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

x De 1850 à 1890
Les couleurs vives laissent place
progressivement à des couleurs
pastel. Les femmes se parent
toujours d͛ƵŶĞũƵƉĞ͕ Ě͛ƵŶƚĂďůŝĞƌ
Ğƚ Ě͛ƵŶ ŽƵ ƉůƵƐŝĞƵƌƐ ĐŽƌƐĂŐĞƐ
sous un corselet sans manches
mais la veste est à manches
courtes. La coiffe est plus petite,
parfois brodée.
Les hommes du secteur de
Pontivy portent le costume des
«moutons blancs», une veste
très ajustée avec de nombreux
boutons et un pantalon à pont,
inspirés des vêtements de
marins. ŽƐƚƵŵĞĚ͛ŚŽŵŵĞĐŽŵƉůĞƚ, Ploaré, futur
Mariés paysans de Pontivy, Morbihan,
Partout, la veste ĚĞů͛ŚŽŵŵĞ quartier de Douarnenez,Finistère,
ĐŽůŽƌŝƐĚ͛ĠƉŽƋƵĞ͕Lithographie du XIXème ème
2 moitié XIXe
appelée « chuppen », ne
Ɛ͛ĂƚƚĂĐŚĞƉĂƐ͘

Costume de mariée qui fait exception à la règle des 'ŝůĞƚĚ͛ŚŽŵŵĞ͕ƐŽƵƐle Veste des Moutons Blancs du Pays de
couleurs pastel, mode de Quimper, Région de Plogonnec, chuppen, Le Faouet Pontivy, porté de 1880 à 1920 avec
ème
1880 (56), 2 moitié XIXe bragou et chemise sans col

Pornic, 1860 Pornic vers 1870 Costume des années 1870, Le Faou (29)
Marie-Angélique Querveau Après la guerre de 1870, le Couleurs pastel
Collection privée costume se simplifie Lithographie de Lalaisse
650 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

x De 1890 à 1920 (vers 1900)


>Ă ŵŽĚĞ ƉĂƌŝƐŝĞŶŶĞ ĚĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ ŶŽŝƌƐ Ɛ͛ŝŵƉůĂŶƚĞ ĞŶ
Bretagne. Ce sont les hommes qui sont le plus ouverts aux
ŵŽĚĞƐ ǀĞŶƵĞƐ ĚĞ ů͛ĞdžƚĠƌŝĞƵƌ͘ >ĞƐ ũĞƵŶĞƐ ƉĂƌƚŝƐ ă ůĂ ŐƵĞƌƌĞ
font évoluer le costume à leur retour au pays.
Un tablier brodé avec devantier permet aux femmes une
touche de couleur sur une robe noire. Des bandes de
velours noir bordent les manches et le bas de la robe. La
coiffe est entièrement brodée et la chevelure est largement
visible.
Les hommes adoptent le pantalon droit et le chapeau rond.
Le gilet est garni de velours. Les plus jeunes coupent leurs
cheveux et se laissent la moustache, au grand dam de leurs
aïeuls pour qui une longue chevelure est signe de virilité. ŽƐƚƵŵĞƐĚĞĐĠƌĠŵŽŶŝĞĚ͛ĂƌƚŝƐĂŶĞƐĞŶϭϴϵϬ͕>ĂŶĚĞƌŶĞĂƵ
͛ĂƉƌğƐŚƚƚƉ͗ͬͬǁǁǁ͘ƐĂŐĞŵŽƌ͘ĐŽŵ

Gilet bigouden de femme paysanne


Au début du XXe, l'homme porte un gilet noir en mérinos, drap aisée, brodé de soie.
er
ou ottoman, avec des bandes de velours noir autour du cou, très 1 quart du XXe
petites avant 1920 et plus larges après. Les poches sont
également en velours. Ce gilet comporte 2 rangées de boutons et Ces gilets ont fait la renommée des
Costume 1900, s'attache. Le nombre de boutons varie suivant les communes. maîtres brodeurs bigouden
Le Faou (29) Noces à Auray, en 1908

Mode de Pont-Aven, 1900 Vannes, début XXe Lorient, début XXe


La femme porte : une robe de petit drap galonné, un Costume de grand dimanche. La Le tablier du costume de Lorient entre
tablier de couleur, une collerette plissée blanche et coiffe est en forme de toit, la robe 1900 et 1930. Son large devantier couvre
une coiffe aux ailes relevées ou déployées. >͛ŚŽŵŵĞ noire est garnie de velours puis toujours les épaules. Il est souvent brodé
vêtu sobrement porte un pantalon droit, une large Ě͛ƵŶ ĐŚąůĞ Ğƚ ĞŶĨŝŶ Ě͛ƵŶ ƚĂďůŝĞƌ de motifs floraux
ceinture et une veste courte au dos parfois orné. brodé de fleurs sur le pourtour.
651 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

x De 1920 à 1940
On aperçoit les chevilles puis les mollets des
femmes. Les camisoles et les jupes se voient
recouvrir de velours orné de galons perlés. Les
tabliers adoptent parfois des couleurs plus vives,
sont peints ou brodés, quelques fois en cannetille
(fil d'or). Les coiffes sont dressées en aéroplane et
comportent des motifs floraux très compliqués, il
n'y a plus de bardes (bandes tombantes).
Lors des mariages bretons, la mariée porte encore
le costume traditionnel, mais le marié tient à
porter le costume de ville. Dans les années
1940/1950, à Sérent dans le Morbihan, on disait
toujours ƋƵĂŶĚ ŽŶ ƐĞ ŵĂƌŝĂŝƚ ĞŶ ĐŽƐƚƵŵĞ͕ ƋƵ͛ŽŶ
se mariait en costume de paysanne. Le
modernisme commence à modifier les habitudes
avant la rupture que provoquera la prochaine
guerre de 1939-1945. Mariés bigoudens vers 1930 Mariés de 1920 à Pont-Aven.
La comparaison des mariés de 1920 avec la photo de Pont-ǀĞŶ͕ŵŽĚĞϭϵϬϬ͕ĚĞůĂƉĂŐĞƉƌĠĐĠĚĞŶƚĞ͕ĨĂŝƚďŝĞŶĂƉƉĂƌĂŠƚƌĞů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶ͘
>ĞƚĂďůŝĞƌĚĞůĂĨĞŵŵĞŶ͛ĂƉůƵƐĚĞďĂǀĞƚƚĞ͘ La collerette amidonnée a disparu et les ailes de la coiffe sont désormais relevées. La
veste traditionnelle ĚĞů͛ŚŽŵŵĞet le pantalon avec une ceinture de flanelle on été remplacés par un costume moderne. Le chapeau a
disparu.

Pantalon long à pont

Costume 1930, Costume de Vannes


Le Faou dans les années 1920 Le Faou (29) en 1940

Pour les hommes, le gilet est court, sans manches, Comparé au costume de Vannes du début du
agrémenté de boutons. Une ceinture en flanelle le XXème, p. 650͕ŽŶǀŽŝƚů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶ commencée
maintient. La chemise blanche à col droit se porte après 1920 ͗ ůĂ ĐŽŝĨĨĞ Ɛ͛ĞƐƚ ƌĂĐĐŽƵƌĐŝĞ ĂƵ ƉŽŝŶƚ
sans cravate. de laisser les cheveux visibles. La jupe plus
La veste à manches est en drap noir, elle est garnie courte laisse voir les jambes. Pour le tablier, la
de nombreux ouvragés. Le pantalon long à pont, broderie Richelieu (à trous) en décore le bas
est uni ou rayé, gris ou noir. Le chapeau est en avant de le garnir complètement. Les jeunes
Coiffe de 1930, Le Faou. filles abandonnent le châle au profit du col en
feutre de poils de lapin ou de castor. Les larges Les deux brides sont relevées
bords sont relevés sur les côtés. dentelle.

Le costume de Vannes-Auray occupe une des plus


grandes aires vestimentaires de Bretagne (50
communes).

La femme porte une robe à col de dentelle et


manches pagodes garnies de velours ainsi que le
bas de robe avec un tablier à large devantier. Sa
coiffe en forme de toit a un repli sur le bonnet.

>͛ŚŽŵŵĞ ƉŽƌƚĞ ƵŶĞ ǀĞƐƚĞ ĐŽƵƌƚĞ ă ƌĞǀĞƌƐ Ğƚ ŚĂƵƚ


col de velours, un gilet parfois brodé et un chapeau
à large rebord avec longues guides de velours.
ĚƌŽŝƚĞ͕ĐŽƐƚƵŵĞƐĚĞYƵŝďĞƌŽŶĞƚĚ͛ƵƌĂLJ Ź
652 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

Pont Aven, 1940


Lorient, vers 1935 Quimper en 1940 ʹ En traditionnel
Pour elle, la coiffe est discrète. Le costume en Corselet, jupe et gilet sont en drap noir.
Juste avant la guerre, les hommes YHORXUV HVW HQWLqUHPHQW EURGp G¶RU OH tablier Les bas des manches et des jupes sont
abandonnent la veste en velours pour le sans piécette comprend un empiècement à la ornés de galons alternant avec des
veston de ville tout en gardant le gilet et taille. bandes de velours. Les tabliers de
le chapeau. Les seuls bijoux portés sont Pour lui, le « chupen » traditionnel ou veste couleur sont entourés de dentelle.
les montres à gousset accrochées par une courte à encolure en velours et aux manches
chaîne visible sur le gilet. brodées, pantalon de drap et chapeau de feutre
à boucles.

Evolution du costume de Quimper


Couple de bigoudens, 1950 Homme de Chateaulin
1885 ʹ 1910 - 1950
et femme de Quimper, 1950

313 ʹ LE COSTUME DE DOUARNENEZ, en particulier


La mode vestimentaire douarneniste remonte à environ 1840. Le pays de
Douarnenez est un pays à la fois de pêcheur et de paysans, c'est pourquoi
les costumes suivent deux grandes modes. >͛ĂŶĐŝĞŶŶĞ ĐŽŵŵƵŶĞ ǀŽŝƐŝŶĞ
de Ploaré a été rattachée à Douarnenez en 1945, de même que deux
autres communes voisines : Tréboul et Le Port-Rhu. Douarnenez a été un
haut lieu de la pêche à la sardine et de la conserverie. La conserverie
Chancerelle qui perpétue la marque Connétable depuis 1853 (6
générations de la même famille + 1 extérieure depuis 2009), est la plus
ancienne conserverie de sardines au monde.
Douarnenez et Ploaré font partie du pays « rouzic », petite contrée autour de
Châteaulin, appellation résultant de la couleur rousse des vestes du XIXe. Elles se
VLWXHQWjO¶RXHVWGX3D\VGH&RUQRXDLOOH
NB : La plupart des images suivantes proviennent de collections privées et
publiques [Link]
653 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

x Entre 1840 et 1900 à Douarnenez


« LES HOMMES portaient au port la
vareuse bleue, rouge ou rouille
ĂĐĐŽŵƉĂŐŶĠĞ Ě͛ƵŶ ŐƌĂŶĚ ďĠƌĞƚ ŶŽŝƌ ůĞƵƌ
ƚŽŵďĂŶƚ ƐƵƌ ůĞƐ LJĞƵdž Ğƚ Ě͛ƵŶ ƉĂŶƚĂůŽŶ ĚĞ
toile (tenue caractéristique des ports de
pêche), cette dernière ayant donné aux
ŚŽŵŵĞƐ ĚĞ ŽƵĂƌŶĞŶĞnj ůĞ ƐƵƌŶŽŵ ĚĞ ͚͛
Beg Ar Pich ͚͕͛ ƚĞŶƵĞ remplacée les jours
de fête par une vareuse en drap de laine
et une chemise blanche . Ils sont chaussés
de sabots « Boutou-Koat », lesquels,
pouvant être surmontés de cuir, ou plus
tard de caoutchouc, servent ainsi de
bottes, appelées les Boutou Kinou. »
Homme de Ploaré avec canne, 1820 Homme de Douarnenez
Source : [Link] ĂƌƚĞŽůů͘ŚĞŵŝŶƐĚĞ&ĞƌĚĞů͛ƚĂƚ Aquarelle de Lalaisse de 1843

Le personnage serait M. Sébastien


Didailler né à Cast (Finistère) en 1832
Homme de Douarnenez Pêcheur et enfant de Douarnenez Paysan de la Baie de Douarnenez
Reproduction du costume vers 1850 Lithographie de 1848 Fin XIXe
« LES FEMMES revêtaient les jours de fête, une jupe et un corselet de soie ou
de satin de couleur, un grand châle brodé en « mérinos » fermé par un jabot
en dentelle, un tablier en satin brodé et bien évidemment la coiffe mais cette
fois-ĐŝďƌŽĚĠĞ͕ƋƵ͛ĞůůĞƐŽŝƚͨ penn sardin » ou « cornette ».
Au travail, les femmes portent une tenue simple, identique à celles portées
dans les ports de Crozon et Concarneau : jupe de laine, chemisier souvent
sombre, un fichu ou une pèlerine, un tablier à bavette et la coiffe « penn
sardin » (tête de sardine) non brodée.
Dans la commune paysanne de Ploaré devenue quartier de Douarnenez en
1945, les hommes portent le « gileten » (partie avec les manches) et le
« chuppen », gilet restant ouvert, avec un « bragou braz », grande culotte
bouffante en chanvre et lin ou en laine maintenue par un turban ou large
ceinture de cuir. Les jours de fête, « chupen » et gileten » étaient garnis de
velours pour les plus riches alors que pour le travail ils étaient en laine. Les
hommes portent également un chapeau avec des guides (rubans tombant
sur les épaules) en velours perlés pour le dimanche. Les femmes portent le
« manchoù » et le « justin » avec une jupe de velours noir, ainsi que la Costume de fête de
Plouaré/Douarnenez
« penn sardin ͩ ďƌŽĚĠĞ͕ ĂŐƌĠŵĞŶƚĠĞ Ě͛ƵŶ ƉĞƚŝt col à la broderie assortie.
Vers 1850 ʹ Reproduction
Elles conservent le tablier, mais sans bavette. Les jours de fête, le costume La coiffe « penn sardin » est un simple
entier pouvait être brodé ou perlé cette fois-ci avec un tablier en soie. » bonnet de tulle recouvrant trois
«Source : [Link] bonnets de coton noir
654 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

Laitières de Douarnenez de 1843 Femme de Douarnenez vers 1850 Pêcheuse de Douarnenez, 1894
Dessin de Lalaisse Lithographie vers 1850 Pieds nus, elle porte la pèlerine

Environs de Douarnenez et Pont Croix Laitière de Douarnenez avec pot sur la Ploaré, porté pour le pardon de Ste
Dessin de 1843 du Mucem de Marseille tête et enfant - Lithographie de 1848 Anne la Palue, costume voisin de la
(DƵƐĠĞĚĞƐŝǀŝůŝƐĂƚŝŽŶƐĚĞů͛ƵƌŽƉĞĞƚĚĞůĂ reproduction couleur de 1850, p 669.
Méditerranée)

x Entre 1900 et 1925 à Douarnenez

Homme de Douarnenez Jeune femme de Douarnenez


er Mère et enfant, Douarnenez 1906
Musée Breton de Quimper 1 quart XXe
655 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

Le costume de grande fête


Femme de Douarnenez, Femmes de Douarnenez et Audierne
er Un gars de Ploaré, vers 1900/1920
1 quart XXe Coiffe à cornette des Fêtes

Croquis de Géo Fourrier


Il accusait les traits du personnage.
er
Homme de Douarnenez, 1 quart XXe Homme de Ploaré Jeune fille de Ploaré,
er er
1 quart XXe 1 quart XXe

Jeune fille de Dournenez,1906 Mariés de Ploaré, Homme de Douarnenez


En costume de fête >͛ĞŶƚƌĠĞĞŶŐĂǀŽƚƚĞ
656 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

Douarnenez-Ploaré Jeune homme de Douarnenez et sa pipe Douarnenez, Dames quêteuses de la


er er
Vieux paysan 1 quart XXe &ġƚĞĚƵ^ĂĐƌĠƈƵƌ͕ϭ quart XXe

Douarnenez ʹ Fête des Mouettes en 1908


Mariés de Ploaré
>ĂZĞŝŶĞĚĞƐDŽƵĞƚƚĞƐĞƚƐĞƐĚĞŵŽŝƐĞůůĞƐĚ͛ŚŽŶŶĞƵƌ

Costume de cérémonie de Dournenez , pas de date Jeune fille de Douarnenez


657 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

x Après 1925 à Douarnenez

Jeune fille de Douarnenez Mariage à Douarnenez en 1925


Bozec photographe

Jeune fille des environs de Douarnenez Pêcheur avec filet de pêche et enfant de Pêcheurs de Douanenez en 1935
Tréboul, commune de Douarnenez, >͛ƵŶĞƐƚƌĞǀġƚƵĚĞůĂŶŽƵǀĞůůĞƚĞŶƵĞ
ème
2 quart XXe ƉƌŽĨĞƐƐŝŽŶŶĞůůĞ͕ů͛ĂƵƚƌĞƉŽƌƚĞƵŶ
pantalon ravaudé

Sardinières de Douarnenez attendant les bateaux


658 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

Création du cercle celtique de Douarnenez « Korriged Is » en 1944.


Les cercles celtiques folkloriques sont apparus après la guerre de 1939/45, à partir du moment où les cultures anciennes
ƌŝƐƋƵĂŝĞŶƚĚ͛ġƚƌĞĂďĂŶĚŽŶŶĠĞƐ͕ƋƵĞĐĞƐŽŝƚĂƵƉůĂŶĚĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐ͕ĚĞůĂŵƵƐŝƋƵĞ͕ĚĞƐĚĂŶƐĞƐ͕ĚĞƐƉƌŽĐĞƐƐŝŽŶƐ͙ĞƐĂƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶƐ
ont toujours pour objectif de perpétuer ce qui a fait la culture régionale, très marquée en Bretagne.

1949 ʹ Cercle celtique de Douarnenez invité à Nice

Le Bagad de Douarnenez en 2004 (binious, bombardes et percussions)


659 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

Désormais, le cercle celtique


de Douarnenez propose des
danses dans une approche
contemporaine et vivante de
la culture bretonne. Mêlant
théâtre, musique, chant,
effets scéniques et
chorégraphiques, ces danses
spectacles ont pour but de
faire revivre la petite histoire
des gens de Douarnenez.
Danses et animations du cercle
celtique de Douarnenez en 2007
Ź

Ce détour par Douarnenez HIIHFWXpjO¶LQWHQWLRQGH7DOLne, Cyrus et Danaé se termine. Si un jour vous vous voulez en savoir davantage sur le
costume de Douarnenez, je vous conseille le livre suivant paru en 2003 : « Costume et Société, Le monde de Douarnenez et Ploaré vu à travers
ses modes vestimentaires » par Jean-Pierre Gonidec, Editions Coop Breiz. Ce livre révèle les contrastes entre marins et paysans pendant
GHX[VLqFOHVOHVFOHIVGHODVRFLpWpOHVP°XUVHWles rapports de classes.

De même si vous vous intéressez aux jupons et aux cotillons ( ce qui équivaut aux jupes ) des bretonnes, le site suivant vous IRXUQLUDG¶DPSOHV
renseignements bien illustrés : [Link]

314 - >/E͛V/>&/E>hyK^dhD^&d^Wz^E^ZdKE^

Fillettes de Carhaix Des bigoudènes très sympas.

Petit garçon Gavotte bretonne par Théophile Deyrolle ʹ 1897- gravure


en costume de Quimper Installé à Concarneau, il avait un intérêt particulier pour la Cornouaille rurale et paysanne

***
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 660

II ʹLES COSTUMES TRADITIONNELS DANS LE DAUPHINE


Ne pouvant évoquer les costumes de toutes les régions, c͛ĞƐƚĞŶƉĞŶƐĂŶƚăŵĞƐƉĞƚŝƚƐ-enfants Taline, Cyrus et Danaé,
tous nés à Grenoble que je dédie le chapitre 2ϭ͘ EŽŶ ƐĞƵůĞŵĞŶƚ͕ ŝůƐ ŽŶƚ ĂĐƋƵŝƐ ůĞƐ ĐŽƵƚƵŵĞƐ ĚĞ ů͛/ƐğƌĞ͕ ŵĂŝƐ ůĞƐ
vacances passées dans les Hautes-Alpes les ont familiarisés avec les randonnées en montagne et la neige.
Je rappelle que, notamment au XIXe siècle, chaque région avait ses costumes particuliers, pour les dimanches et pour
la semaine. Ces régions sont différentes de nos régions administratives. Les costumes traditionnels, y compris les
habits paysans, correspondeŶƚăĚ͛ĂŶĐŝĞŶŶĞƐƉƌŽǀŝŶĐĞƐƐƵƉƉƌŝŵĠĞƐpar la Révolution, telůĞƐƋƵĞůĞĞƌƌLJ͕ůĞĂƵƉŚŝŶĠ͙
Dans ces régions, les cantons ou les communes se singularisaient essentiellement par les coiffes des femmes et par
d͛ĂƵƚƌĞƐ détails : tissus, couleurs, accessoires͙͘Les régions qui ont gardé les anciens costumes le plus longtemps sont
ĐĞůůĞƐƋƵŝĠƚĂŝĞŶƚĠůŽŝŐŶĠĞƐĚĞƐŐƌĂŶĚƐĐĞŶƚƌĞƐƵƌďĂŝŶƐŽƵĚ͛ĂĐĐğƐƚƌğƐĚŝĨĨŝĐŝůĞƐĐŽŵŵĞůĞƐnjŽŶĞƐĚĞŵŽŶƚĂŐŶĞ͘/ůĞŶĂ
toujours été ainsi, que ce soit pour le costume ou les coutumes͘ ĞƌƚĂŝŶƐ ĨĂĐƚĞƵƌƐ ŽŶƚ ĨĂǀŽƌŝƐĠ ů͛ĠŵĞƌgence de
ŶŽƵǀĞůůĞƐŚĂďŝƚƵĚĞƐŽƵů͛ŝŶĨůƵĞŶĐĞĚĞůĂŵŽĚĞĐŽŵŵĞůĂĐƌĠĂƚŝŽŶĚƵĐŚĞŵŝŶĚĞĨĞƌĞƚůĞƐŐƵĞƌƌĞƐ;ϭϴϳϬĞƚůĞƐĚĞƵdž
guerres mondiales pour la période qui nous intéresse).
21 ʹ E^ů͛E/EhW,/E
͛ĂƉƌğƐĚŵŽŶĚĞůĂLJĞ͕ĚĂŶƐƐŽŶůŝǀƌĞ« Les anciens costumes des Alpes du Dauphiné » paru en 1922 », dont des
passages sont publiés sur le site : [Link]/, voici des extraits (encadrés sur fond jaune).
Ź PRESENTATION GLOBALE DU COSTUME PAYSAN EN DAUPHINE :
«͙ A partir du XVIIIe siècle : le montagnard alpin porta
dès la fin du règne de Louis XIV, c'est à dire entre 1690 et
1710, la culotte sur laquelle il fit monter plus haut que le
genou le bas qu'il attacha au jarret par une jarretière de
couleur sans pendants.
Ce fut à cette même époque ƋƵ͛ŝl adopta la longue veste
non boutonnée, descendant jusqu'à mi-cuisse type
appelé "Habit à la française" avec gilet de couleur
voyante et coiffa un chapeau à larges bords retroussés
sur trois côtés, le tricorne. Après 1710, ce chapeau se
rapetissa et devint ce que l'on appela le lampion. Le bas
de coton fit son apparition.
Ce ne fut que sous Louis XVI et surtout aux jours de
travail que le paysan pour s'abriter du soleil ou de la Chapeau lampion ĂƌƚĞĚĞů͛ĂŶĐŝĞŶĂƵƉŚŝŶĠ
pluie, dégrafa les bords relevés de son chapeau en
les laissant pendre à leur gré, ce qui donna à cette coiffure un aspect un peu sans façon et avachi et on l'appela
"chapeau clabaud" (du nom du chien de chasse qui a les oreilles pendantes).
En Dauphiné et surtout dans les Hautes-Alpes, région plus isolée et plus pauvre, les paysans adoptèrent pour tous les
jours un bonnet de laine, assez souvent de couleur rouge et sur lequel, les dimanches de jours de fêtes, ils posaient
leur chapeau. A noter : les hommes gardèrent le tricorne jusqu'en 1850 et même jusqu'à la guerre de 1870, dans
certains endroits.
La toilette des femmes devint à peu près uniforme et définitive, dans
tout le Dauphiné, seule la coiffe fut différente dans chaque région et
les fit distinguer les unes des autres. Les caractéristiques de la tenue
furent :
* Jupe longue et ample de couleur unie, comportant de gros plis
nombreux autour de la taille et descendant jusqu'à la cheville.
* Petit corsage à manches longues, dont les basques étaient
recouvertes par la ceinture de la jupe et quelquefois de couleur
différente de celle-ci.
* Un mouchoir ou châle de tissu de couleur (soie, laine, toile ...)
d'aspects et de dessins voyants extrêmement variés, dont les
extrémités antérieures entraient dans la ceinture du tablier ou
passaient derrière la bavette, quand il en comportait une.
* des bas de laine blanche ou brune
* des souliers plats ou des galoches. Bonnet dauphinois vers 1870.
* les jours de fête et les dimanches, des bijoux spéciaux dont les Le bonnet à brides se nouant sous
formes variaient selon la région. » le menton est apparu vers 1845.
Fin de citation Musée Dauphinois.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 661

/·DQFLHQQH UpJLRQ GX 'DXSKLQp englobait les trois


GpSDUWHPHQWVGHO¶,VqUHGHOD'U{PHHWGHV+DXWHV-Alpes.
$XMRXUG¶KXLO¶,VqUHHWOD'U{PHVRQWFRPSULVHVGDQVOD5pJLRQ
Rhône-Alpes, tandis que les Hautes-Alpes font partie de la
Région Provence-Alpes-&{WHG¶$]XU
Les ressources documentaires sur les costumes traditionnels
GHFHWWHUpJLRQP¶RQWSDUXOLPLWpHVSRXUle département de la
Drôme, TXLV¶HVWXUEDQLVpUDSLGHPHQW mais plus développées
et LQWpUHVVDQWHV SRXU O¶,VqUH HW les Hautes Alpes. Aussi les
images et commentaires se limiteront-ils à des exemples dans
ces deux derniers départements.
Il convient de préciser que le costume paysan est parfois
présenté en tant que tel, notamment par Edmond Delaye déjà
cité. 'DQV G¶DXWUHV FDV LOV VRQW LQWpJUpV GDQV OHV FRVWXPHV
folkloriques. Vous savez maintenant TXHFRPPHGDQVG¶DXWUHV
régions de France, les costumes dits traditionnels sont à la
fois des costumes de paysansG¶DUWLVDQVHWGHQRWDEOHV.
Il nous faudra parfois simplifier la qualité des tissus et des
coiffes pour imaginer les costumes de travail des paysans ou
des petits artisans. Les costumes traditionnels très développés
>͛ĂŶĐŝĞŶŶĞƉƌŽǀŝŶĐĞĚƵĂƵƉŚŝŶĠ
au XIXe siècle ont disparu FRPPHGDQVG¶DXWUHVUpJLRQVvers Découpage actuel en départements
1930.
211 ʹ DANS LE DEPARTEMENT DE >͛/^ÈRE
A - ͛ĂƉƌğƐ Catherine Debusne* dans les croquis de son
livre : « La France en costume traditionnel », paru en
2003, ůĞĐŽƐƚƵŵĞĚƵƉĂLJƐĚĞů͛/ƐğƌĞĞƐƚůĞƐƵŝǀĂŶƚ :
- Pour Madame, chapeau de paille sur bonnet blanc, corsage
blanc avec dentelle, tablier en soie noué devant, jupon à
plusieurs volants rayé et de couleur.

- Pour Monsieur, chapeau noir avec lien de laine, pantalon


culotte à pont et en velours, bretelles de coton.
* Catherine Debusne de Besançon, historienne, écrivaine,
illustratrice, ĂŶĐŝĞŶƉƌŽĨĞƐƐĞƵƌĚ͛ƌƚƐWůĂƐƚŝƋƵĞƐ. Elle avoue avoir
quitté ů͛ĞŶƐĞŝŐŶĞŵĞŶƚ ŶĞ ƉŽƵǀĂŶƚ ƉůƵƐ ƐƵƉƉŽƌƚĞƌ ůĞ
comportement des élèves dont elle fait un raccourci sur son Les costumes traditionnels en Isère,
blog : http:// [Link]
par Catherine Debusne
B - ͛ĂƉƌğƐ ĂŵŝůůĞ ƐƉŝĂƵ ĚĂŶƐ ƐŽŶ Mémoire de DESS RIDE ;ZĠƐĞĂƵdž Ě͛ŝŶĨŽƌŵĂƚŝŽŶ et document
électronique) réalisé en 2002 - 2003, sur le sujet suivant : « Le costume folklorique en Région Rhône-Alpes »
sous la Direction de Vincent Cros, Documentaliste au Musée ĚĞƐƌƚƐĠĐŽƌĂƚŝĨƐĚĞ>LJŽŶĞƚƉƵďůŝĠĞƉĂƌů͛E^^/
(EĚĞƐ^ĐŝĞŶĐĞƐĚĞů͛/ŶĨŽƌŵĂƚŝŽŶĞƚĚĞƐŝďůŝŽƚŚğƋƵĞƐͿ de Lyon.
͛ĞƐƚ ůĂ seule étude approfondie ƐƵƌ ůĞ ĐŽƐƚƵŵĞ ĚĞ ů͛/ƐğƌĞ ƋƵĞ ũ͛Ăŝ ƚƌŽƵǀĠĞ, mais celle-ci ne publie ni croquis ni
photos. /ůŶŽƵƐĨĂƵĚƌĂŶŽƵƐƌĞƉŽƌƚĞƌăĚ͛ĂƵƚƌĞƐƐŽƵƌĐĞƐƉŽƵƌĐŽŵƉůĠƚĞƌůĞƐĚĞƐĐƌŝƉƚŝĨƐ͘ oici quelques e traits de
son rapport de recherche i liographique ĐŽŶĐĞƌŶĂŶƚůĞĐŽƐƚƵŵĞƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůĚĞů͛/ƐğƌĞ (encadré sur fond vert).
͙ Retenons que le système descriptif du costume traditionnel rhônalpin* répond à quelques caractéristiques
précises : quel que soit le département, celui-ci est toujours composé pour la femme Ě͛une robe**, d͛ƵŶĐŚąůĞ͕
Ě͛ƵŶƚĂďůŝĞƌ͕Ě͛une coiffe et de bijoux (toujours une croix) et ƉŽƵƌů͛homme Ě͛ƵŶĞǀĞƐƚĞůŽŶŐƵĞ͕Ě͛ƵŶĞĐŚĞŵŝƐĞ͕
Ě͛ƵŶ ƉĂŶƚĂůŽŶ ĞŶ ŐƌŽƐ ĚƌĂƉƐ͕ Ğƚ Ě͛un chapeau à larges bords. Il me semble important de souligner que ces
éléments de costumes se déclinent de diverses manières et revêtent des aspects différents selon les localités.
* Depuis 1960, la région administrative Rhône Alpes comprend huit départements : Ain, Ardèche, Drôme, Isère, Rhône, Savoie
et Haute-Savoie - ** la robe désigne souvent une jupe et un corsage - QRWHG¶,UqQH
De plus, il ressort de cette étude que si le costume traditionnel prédomine largement en Savoie, en Haute-Savoie et
en Isère, il est pour ainsi dire inexistant dans les départements de la Loire et de la Drôme. Ces inégalités
Ɛ͛ĞdžƉůŝƋƵĞŶƚ ƐƵƌƚŽƵƚ ƉĂƌ ƵŶĞ ŝŶfluence plus marquée de la civilisation et des progrès urbains dans les villes et
villages à ƉƌŽdžŝŵŝƚĠĚĞĨůĞƵǀĞƐŵĂƌĐŚĂŶĚƐ͙͘
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 662

Ŷ ͙ « >K^dhD>͛/^Z est semblable par bien des points à celui de Savoie mais il reste beaucoup moins
varié et moins ornementé que ce dernier. Le costume régional connaît son apogée dans le département au XIXe
siècle puis il disparaît au début du XXe siècle entre les deux guerres. La première moitié du XIXe siècle
correspond en effet à la période du romantisme et favorise le développement et la naissance des particularismes
régionaux (coiffes, fichus, châles...). Les étoffes employées aux vêtements se fabriquent sur les lieux mêmes,
quelquefois au sein du ménage.
Ź LES HOMMES portent une chemise, une culotte, des bas attachés au jarret par une jarretière, un gilet de
couleur voyante, une veste longue non boutonnée, un chapeau à larges bords retroussés sur trois côtés ou bien
un bonnet de laine.

En Chartreuse, ů͛ŚŽŵŵĞĞƐƚĐŽŝĨĨĠĚ͛ƵŶĐŚĂƉĞĂƵĚĞĨĞƵƚƌĞŶŽŝƌăůĂƌŐĞƐďŽƌĚƐ͕ŽƌŶĠĚĞƚƌĞƐƐĞƐĚĞůĂŝŶĞƌŽƵŐĞƐĞƚ
vertes. Il portait un foulard rouge autour du cou, uniquement pour les travaux des champs. Le pantalon était de
velours à côtes charpentier, accompagné de bas de laine. Les galoches (souliers à semelle en bois) étaient les
chaussures communes mais pour les fêtes ou pour aller en ville, les gens optaient pour des souliers plats en cuir.
>͛ĞŶĨĂŶƚƉŽƌƚĞƵŶĞƌŽďĞũƵƐƋƵ͛ăů͛ąŐĞĚĞƐŝdžŽƵƐĞƉƚĂŶƐ puis il est habillé de la même manière que les adultes, en
miniature. Le costume de fête Ŷ͛est porté que pour les très grandes occasions.
Ź LES FEMMES ƉŽƌƚĞŶƚƵŶĞũƵƉĞůŽŶŐƵĞĞƚĂŵƉůĞĚĞĐŽƵůĞƵƌƵŶŝĞ͕ĚŽƵďůĠĞĚ͛ƵŶĐŽƌƐĂŐĞăŵĂŶĐŚĞƐůŽŶŐƵĞƐ
recouvert par la ceinture de la jupe, un mouchoir de cou de tissu de couleur, des bas de laine blanche ou brune,
des souliers plats ou galochés.
En Chartreuse ;ůĞŵĂƐƐŝĨƐ͛ĠƚĞŶĚƐƵƌůĞƐĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚƐĚĞů͛/ƐğƌĞĞƚĚĞůĂ^ĂǀŽŝĞͿ͕ les costumes de femmes étaient
faits dans des lainages unis de couleurs vives͘ĞƐďĂƐĚĞůĂŝŶĞďůĂŶĐƐĠƚĂŝĞŶƚƐƵƌŵŽŶƚĠƐĚ͛ƵŶƉŝƐƐĞ-ǀŝƚĞ͕Đ͛ĞƐƚ-à-
ĚŝƌĞĚ͛ƵŶĞĐƵůŽƚƚĞĨĞŶĚƵĞ ĞƚĚ͛ƵŶũƵƉŽŶďůĂŶĐŽƌŶĠĚĞĚĞŶƚĞůůĞƐĞƚĚ͛ƵŶĞďŽƵƌƐĞƐĞƌǀĂŶƚĚĞƉŽĐŚĞ͘
La jupe était à plis avec un boƵƌƌĞůĞƚĂƵƚŽƵƌĚĞƐŚĂŶĐŚĞƐĞƚƐ͛ouvrait devant. Elle était constituée de longues raies
rouges et bleues ou noires. Le tablier était en coton et en soie les jours de fêtes. Il pouvait aussi être en étoffe de
limoges rouge uni ou à petites raies noires. Mais il était important pour les jeunes ĨŝůůĞƐ Ě͛avoir un tablier de
taffetas car cela représentait un symbole de séduction.
Le corsage était assorti au jupon, à manches longues amples et resserrées aux poignets. Il était composé de
grosses ratines et de toiles de fil et de coton. Ces toiles étaient communément appelés tridaine.
Le châle est orné de dessins peints à la ŵĂŝŶĞƚƉŽƐĠĞŶƉŽŝŶƚĞ͘ĨŝŶĚ͛éviter qƵĞůĞŵŽƵĐŚŽŝƌŶĞƌĞŵŽŶƚĞũƵƐƋƵ͛aux
cheveux, les femmes font trois plis͕ƐLJŵďŽůĞĚĞůĂdƌŝŶŝƚĠ͘ŝŶƐŝů͚encolure était dégagée et permettait un décolleté
en pointe, laissant de la place pour accrocher le ruban de velours noir qui retenait la croix.
Ŷ Dans les Terres-Froides (pays de collines au climat rigoureux situé au nord-ŽƵĞƐƚ ĚĞ ů͛/ƐğƌĞ), entre les deux
ĨůĞƵǀĞƐĚƵZŚƀŶĞĞƚĚĞů͛Isère, les coiffures seules offrent un peu de cachet. >͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĞĚƵĐŚĂƉĞĂƵĚĞƉĂŝůůĞĞƐƚĞŶ
plein essor dans le Trièves et vers Monestier de Clermont. Ainsi, la femme porte le chapeau de paille garni de
rubans de velours noir sur un bonnet d͛ŝŶĚŝĞŶŶĞďŽƌĚĠĚ͛un ruché de dentelle noire ou sur une coiffure plissée
blĂŶĐŚĞƉŽƐĠĞƐƵƌůĞĐŚŝŐŶŽŶ͘ů͛époque on ne doit pas montrer sa chevelure ce qui implique de porter nuit et
jour un bonnet, une coiffe ou un chapeau. La richesse de la coiffe rend compte du rang social du mari au début du
XXème siècle. La sous-coiffe ƉĞƌŵĞƚ ĚĞ ĨĂĐŝůŝƚĞƌ ů͛entretien de la coiffe car les cheveux étaient peu lavés. Vers
1820-1825, le chapeau de paille à larges bords est rabattu avec des rubans noués sous le menton.
Les jeunes filles ont le droit de montrer leur chevelure, mais elles portent un bonnet de toile blanche ruchée.
En 1830 la calette fait son apparition. /ůƐ͛ĂŐŝƚĚĞůĂĐŽŝĨĨĞĚĞůĂǀĂůůĠĞĚƵ'ƌĠƐŝǀĂƵĚĂŶ͘ůůĞĞƐƚĐŽŶƐƚŝƚƵĠĞĚ͛un
bonnet simple en piqué ou en étoffe ferme avec une passe frontale cousue, un ďŽŶŶĞƚĚĞĨŽƌŵĞŝĚĞŶƚŝƋƵĞŽƶů͛on
épingle du tulle et de la mousseline brodée. Deux barbes ǀŝĞŶŶĞŶƚƐ͛ajouter qui traversent le front sur la passe et
ƌĞƚŽŵďĞŶƚĚĞĐŚĂƋƵĞĐŽƚĠũƵƐƋƵ͛aux épaules. Chez les femmes riches, les barbes sont souvent retenues par deux
ou trois épingles en or.
Les bijoux occupaient également une place importante dans le costume dauphinois. Les paysannes aisées du
Vercors portaient des ĐŽůůŝĞƌƐĐŽŵƉŽƐĠƐĚĞƉůĂƋƵĞƐĚ͛or ovales réunies par des chaîneƚƚĞƐ͘>ĞƐďŽƵĐůĞƐĚ͛oreilles
étaient appelées des briquets. Enfin, les bagues que recevaient les fiancées de leurs futurs époux étaient appelées
des croix de pucelage et représentaient un cƈur retenu par deux mains. Ces mêmes bagues étaient appelées
alliances de Caux à Briançon, en référence au lieu où elles étaient fabriquées.
ƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ ŽŶ ƌĞƚƌŽƵǀĞ ĚĞƐ ƚƌĂĐĞƐ ĚĞ ů͛ancien costume dauphinŽŝƐ ĚĂŶƐ ůĞƐ ĐĂŶƚŽŶƐ ĚĞ ŽƵƌŐ Ě͛Oisans, Mens,
Monestier de Clermont, Villard de >ĂŶƐ͕WŽŶƚĞŶZŽLJĂŶƐĞƚďŝĞŶĚ͛autres͙
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 663

Ŷ ͙ Le Vercors* (à cheval sur ůĞƐ ĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚƐ ĚĞ ů͛/ƐğƌĞ Ğƚ ĚĞ ůĂ ƌƀŵĞ) constitue une exception par rapport au
département de la Drôme, pauvre en costume folklorique. >͛homme y portait une veste courte, une culotte et un
gilet de draps roux du pays avec des guêtres de mêmes draps, ou bien de gros bas de laine qui recouvraient la
culotte. Il portait également un chapeau rond, une calotte conique et à larges bords, et enfin des souliers ferrés.
La femme portait quant à elle un costume identique à celui porté par les femŵĞƐĚƵĂƵƉŚŝŶĠ͕ăĐĞůĂƉƌğƐƋƵ͛elle
portait la calette puis un petit bonnet à brides͙͘ Fin de citation

C - >^K^dhD^^Wz^E^>͛/^Z, Ě͛ĂƉƌğƐůĞŐƌŽƵpe folklorique de Voiron


WĞƵĚ͛ŝŶĨŽƌŵĂƚŝŽŶƐƵƌĐĞƐƵũĞƚƐƉĠĐŝĨŝƋƵĞ͘dŽƵƚĞĨŽŝƐ͕le groupe folklorique de Voiron donne les précisions suivantes.
Je vous laisse découvrir vous-même si des différences apparaissent par rapport au texte ci-dessus de Camille Espiau.
A) LE COSTUME DE FÊTE
Les jours de fête, le paysan ĚĞů͛/ƐğƌĞƌĞǀêtait la redingote de drap ou de velours sur un gilet de couleur, des culottes
de drap ou de velours et des bas fins͘/ůĐŚĂƵƐƐĂŝƚĚĞƐƐŽƵůŝĞƌƐƉůĂƚƐŽƌŶĠƐĚĞŐƌŽƐƐĞƐďŽƵĐůĞƐĚĞĐƵŝǀƌĞŽƵĚ͛ĂƌŐĞŶƚ
ĞƚƉŽƌƚĂŝƚƵŶĐŚĂƉĞĂƵăŐƌĂŶĚƐďŽƌĚƐ͘ĞƌƚĂŝŶƐƉŽƌƚĂŝĞŶƚůĞƉĂŶƚĂůŽŶăƉŽŶƚĞƚƐĞĐŽŝĨĨĂŝĞŶƚĚ͛ƵŶŚaut de forme poilu.
Les femmes portaient un jupon large, à plis nombreux formant un bourrelet autour des hanches, sur un corsage de
même couleur, à basques courtes et manches longues. Dans certaines régions, jupes et corsages étaient cousus
ensemble sur une ceinture. Sur la robe, elles mettaient un tablier : le devantier (en patois : Fouda) de soie noire ou
puce (couleur brun rouge foncé) et un châle de soie brochée ou de lainage fin. Il existe une grande variété de
châles : lainage brodé de soie aux couleurs crues, soie brochée à franges, coton imprimés de dessins monochromes
ŽƵƉŽůLJĐŚƌŽŵĞƐ͕ŵŽƵƐƐĞůŝŶĞŽƵůŝŶŽŶďůĂŶĐŐĂƌŶŝĚ͛ƵŶĞĚĞŶƚĞůůĞ͘
B) LE COSTUME DE TRAVAIL
Pour le travail, le paysan, sur la chemise de grosse toile, portait la culotte à pont, de velours ou de drap, retenue
ƉĂƌƵŶĞĐĞŝŶƚƵƌĞĚĞĐŽƵůĞƵƌ͘ĞůŽŶŐƐďĂƐĚĞůĂŝŶĞŽƵĚĞƐŐƵġƚƌĞƐĚĞƉĞĂƵ͕ŵŽŶƚĂŶƚũƵƐƋƵ͛ĂƵŵŝůŝĞƵĚĞůĂĐƵŝƐƐĞ͕
étaient maintenus, un peu au-dessus du genou, par des jarretières de laine rouge. La blouse ou « blaude » de toile
bleue ou noire, parfois brodée de blanc sur les coutures, recouvrait tout. LĂ ďůŽƵƐĞ ĚƵ ŵĂƋƵŝŐŶŽŶ Ɛ͛ĠĐŚĂŶĐƌĂŝƚ
largement devant, permettant de passer la main pour atteindre la besace. Le paysan portait de gros souliers ferrés
ou des galoches et un chapeau à larges bords, quelquefois mis sur un bonnet de laine rouge.
Le costume de la paysanne se composait de ũƵƉŽŶƐĚ͛ĠƚŽĨĨĞŐƌŽƐƐŝğƌĞĂƐƐĞnjĐŽƵƌƚƐ͕ĂǀĞĐƵŶĐĂƌĂĐŽƐĂŶƐŵĂŶĐŚĞƐƵƌ
une chemise, un petit châle de laine ou de coton imprimé. Un grand tablier de toile, très enveloppant, des bas
grossiers et de fortes chaussures complétaient ce costume. Les coiffes étaient simples, faites de toile grossière. »
Fin de citation [Link]

WĂLJƐĂŶƐĚĞů͛/ƐğƌĞ Paysanne des environs de Grenoble


Gravure datant du XIXe siècle Collection Devret
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 664

D - QUELQUES ILLUSTRATIONS ANCIENNES ^K^dhD^>͛/^Z

Costume du Grésivaudan, Massif ŽƐƚƵŵĞƉŽƉƵůĂŝƌĞĚĞů͛/ƐğƌĞ,


Gravure représentant le costume
Ě͛ůůĞǀĂƌĚ͕ys///e siècle, ǀŽŝƐŝŶĚĞůĂƚĞŶƵĞĚĞƚƌĂǀĂŝůĚ͛une paysanne
dauphinois, XIXe
avant la Révolution au XIXe
Pour lui,veste longue « à la Jupe longue unie, corsage blanc à
On reconnaît le chapeau de paille (sans
bonnet blanc en-dessous), la jupe longue manches courtes, mouchoir de
Française » non boutonnée sur
unie, un corsage à manches courtes, le cou imprimé, bas de laine
gilet de couleur, chapeau tricorne.
blanche, souliers fins, coiffe à
Pour elle, jupe rayée assez courte, fichu de cou imprimé, des bas de laine
blanche, des sabots longues bardes en toile blanche
sous un tablier rayé, bas blancs,
corsage à manches longues, châle
imprimé et coiffe calette

Logis de ferme alpine, vers 1900 - Tableau non identifié


Le bonnet pointu (en principe rouge) de ů͛ŚŽŵŵĞƚŽƵƚăĚƌŽŝƚĞƐĞƉŽƌƚĂŝƚ
Gravure ancienne Ě͛ĂƉƌğƐĚŵŽŶĚĞůĂLJĞ, surtout dans les hautes Alpes.

>͛ŚŽŵŵĞ ƋƵŝ ƚŝĞŶƚ ƵŶ ůŝğǀƌĞ͕ ƉŽƌƚĞ ƵŶ >ĞƉĂLJƐĂŶƚŽƵƚ ăĚƌŽŝƚĞƉŽƌƚĞůĞ ďŽŶŶĞƚĞƚ ƵŶĞďůŽƵƐĞ͘>͛ŚŽŵŵĞĚĞ
pantalon droit, une veste sur une chemise à dos à sa gauche porte une culotte, des bas et une longue veste. Les
faux col et un chapeau à larges bords garni deux autres hommes ont adopté le pantalon droit moderne. Les deux
Ě͛ƵŶ ĨŽƵůĂƌĚ ŝŵƉƌŝŵĠ. La femme située à femmes ont revêtu la longue jupe, le corsage à manches longues.
ů͛ĂƌƌŝğƌĞ porte la coiffe locale du Queyras, la Celle du centre qui dépend la saucisse porte une coiffe͕ů͛ĂƵƚƌĞĚĞǀĂŶƚ
« Cornette à ailes battantes», ů͛ĂƵƚƌĞ a noué ůĂĐŚĞŵŝŶĠĞƋƵŝƐĞŵďůĞũĞƵŶĞŶ͛ĞŶƉŽƌƚĞƉĂƐ, mais elle a un châle.
un fichu blanc sur sa tête.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 665

E - PRESENTATION ACTUELLE K^dhD^dZ/d/KEE>^>͛/^Z͕ƌĞĐŽŶƐƚŝƚƵĠƐƉĂƌͨ La Delphinale »


Il me paraît intéressant de faire appel à la Troupe Folklorique Officielle de Grenoble appelée « La Delphinale »,
créée en 1965. Sa mission est de maintenir la mémoire du Dauphiné au travers de musiques, chants, danses, scènes
paysannes et costumes, donnant lieu à des spectacles. En ce qui concerne les costumes, les travaux de recherche
dirigés par Monsieur Boulin, Conservateur du Musée de Grenoble ont été orientés vers la période 1830-1845,
période la plus riche et la plus diversifiée,sous Louis-Philippe). Des collectes ont été réalisées en milieu
montagnard : le Queyras, le Briançonnais, le Trièves et la Matheysine auprès de personnes âgées qui se
souvenaient de ce que leurs parents avaient vécu. En voici un aperçu, à partir du site :
[Link]

La présentation des photos de


ce site a le double avantage
de :
* classer les costumes par
régions naturelles du
ĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚĚĞů͛/ƐğƌĞ, tout au
ŵŽŝŶƐ ĐĞůůĞƐ Žƶ ů͛ĂŶĐŝĞŶ
costume a survécu.

* correspondre aux costumes


de la période 1830-1845 qui
ƌĞƉƌĠƐĞŶƚĞ ů͛ĂƉŽŐĠĞ ĚĞƐ
costumes traditionnels dans
cette région.

KďƐĞƌǀŽŶƐĚ͛ĂďŽƌĚůĞƐĐŽŶƚŽƵƌƐ
du département puis ses
régions naturelles qui
Ŷ͛ĂƉƉĂƌĂŝƐƐĞŶƚ ƉĂƐ ƐƵƌ ƚŽƵƚĞƐ
les cartes.

ĂƌƚĞĚƵĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚĚĞů͛/ƐğƌĞ

>͛ĂŶĐŝĞŶŶĞ ƉƌŽǀŝŶĐĞ ĚƵ ĂƵƉŚŝŶĠ


comprenait des territoires très E. Terres Froides
variés. Ceux où les costumes
traditionnels ont été reconstitués
correspondent souvent à des zones B. Chartreuse
de montagnes où les traditions ont
duré plus longtemps. ĂŶƐů͛/ƐğƌĞ où C. Grésivaudan
Grenoble se situe à peu près au
centre, les régions naturelles
concernées par les costumes sont :
* au Nord de la Côte St André, les
Terres Froides ( à hauteur de Vienne) Grenoble
F. Vercors
* ă ů͛Ɛƚ du département, en allant
vers le sud : le Massif de La A. Briançonnais
Chartreuse et la vallée du
Grésivaudan - le Briançonnais et le F. Matheysine
D. Queyras
Queyras situés ĞŶ ůŝŵŝƚĞ ĚĞ ů͛/ƚĂůŝĞ͕
au-delà de l͛KŝƐĂŶƐ͕ vaste zone
montagneuse.
*ă ů͛KƵĞƐƚ du département : le
Massif du Vercors et plus au sud : le ĂƌƚĞĚĞƐƌĠŐŝŽŶƐŶĂƚƵƌĞůůĞƐĚĞů͛/ƐğƌĞ mise à disposition par le Centre Généalogique
plateau de la Matheysine. du Dauphiné. Les noms soulignés correspondent aux costumes illustrés suivants.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 666

1 ʹ LE BRIANÇONNAIS (situé dans les Hautes-Alpes, il est historiquement rattaché au Dauphiné)

Le TRICORNE NOIR Ɛ͛ĞƐƚŵĂŝŶƚĞŶƵ


Les femmes se distinguent surtout par leurs coiffes. Elles ont en commun : jupe
longtemps dĂŶƐůĞƐŵŽŶƚĂŐŶĞƐũƵƐƋƵ͛ĂƵ
longue unie avec tablier contrasté, corsage à collerette et camisole à mi-manches,
XIXe. Très en vogue au XVIIIe chez les
bijou croix. >͛ŚŽŵŵĞƉŽƌƚĞ>͛HABIT A LA FRANÇAISE de couleur gris ou beige, gilet
militaires, il fut porté au civil dans les
vert amande, chaussettes de laine brute et lavallière autour du cou le dimanche et
ǀŝůůĞƐũƵƐƋƵ͛ĞŶϭϳϳϬ͘
les jours de fête.

Seconds Costumes (Période Restauration) 1815-1830 GRANDE CORNETTE DE BRIANÇON


en organdi.

CALETTE DE VALLOUISE CALETTE DE BRIANÇON BONNET DE PONT DE CERVIERES


en organdi en organdi dont la passe se retrousse en coton piqué blanc,
ĚĞĐŚĂƋƵĞĐŽƚĠĞŶĨŽƌŵĞĚ͛ĂŝůĞƐ ruban de satin du village
Les coiffes du Briançonnais se distinguent par leur grande envergure. La cornette était une coiffe à longues ailes. LA CALETTE qui a
évolué est ƵŶďŽŶŶĞƚƐŝŵƉůĞĞŶƉŝƋƵĠŽƵĞŶĠƚŽĨĨĞĨĞƌŵĞŐĂƌŶŝĚ͛ƵŶĞƉĂƐƐĞĨƌŽŶƚĂůĞĐŽƵƐƵĞŽƵďŝĞŶĚĞƚƵůůĞet mousseline brodée,
épinglés, le tout étant complété par deux barbes relevées la semaine et libres le dimanche. LA PASSE est la partie qui passe à
ů͛ĂǀĂŶƚĚ͛ƵŶŵĂdžŝůůĂŝƌĞăů͛ĂƵƚƌĞ͘LES BARBES sont des bandes de toile ou de dentelle qui pendent de chaque côté.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 667

2 - LA CHARTREUSE

Les femmes portent le châle. La blouse des hommes recouvre une culotte de drap noir très Un paysan en blouse de maquignon de
courte appelée « BRAYES » , prolongées par de grands bas de laine brute : « LES SAYES » toile bleue foncée appelée la BIAUDE ou la
serrés par des jarretières rouges en harmonie avec la pointe de coton nouée autour du cou. bliaude
Chapeau noir à large bord plat.
En fait le maquignon présenté ici
ĐŽŵŵĞ ƵŶ ƉĂLJƐĂŶ Ŷ͛ĞŶ ĞƐƚ ƉĂƐ Ƶn.
Un maquignon est un marchand de
chevaux et par extension de bovins.
Nous en avons vus également en
Bretagne. Il en existait dans toutes les
ƌĠŐŝŽŶƐ Ě͛ĠůĞǀĂŐĞ͘ KŶ ůĞƐ ĂƉƉĞůĂŝƚ
également des marchands de
bestiaux. Ils allaient de ferme en
ferme repérer les animaux qui leur
convenaient, avant de les emporter
dans des charrettes. Ils pouvaient
également conseiller un paysan
ĠůĞǀĞƵƌ ĚĠƐŝƌĞƵdž Ě͛ĂĐŚĞƚĞƌ ĚĞƐ ƚġƚĞƐ
ĚĞ ďĠƚĂŝů ůŽƌƐ Ě͛ƵŶĞ ĨŽŝƌĞ͕ ĐŽŶƚƌĞ ƵŶ Coiffe portée par toutes les femmes de La Marchande de toile de Voiron : BONNET
forfait ou un pourcentage. Chartreuse : BONNET de toile avec dentelle de pique avec dentelle de coton, grand
de coton, CHAPEAU DE FEUTRE bleu. CHAPEAU à larges bords EN PAILLE de blé.
3ʹ LE GRESIVAUDAN

En 1830. Pour les femmes, les galons décorent jupes et tabliers tandis que le jupon se laisse voir. Les hommes ƉŽƌƚĞŶƚů͛HABIT A LA
FRANÇAISE : Pantalon en drap beige et veste queue de pie marron, gilet rouille, grand chapeau à larges bords plats. Chaussures
noires à boucles argentées et lavallière rouge.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 668

FERMIERE DE GRENOBLE FERMIERE DE PROVEYSIEUX FERMIERE D͛>>sZ>S BAINS


BONNET très haut avec grandes CALETTE en toile blanche à passe CALETTE en toile blanche avec
bardes en toile blanche. étroite à dentelle, sans barde barde en broderie.

PAYSAN AISE DE LA TRONCHE


LA MARCHANDE DE CUILLERE LA RAMASSEUSE DE NOIX
Costume riche de velours vert,
CALETTE en toile matelassée ornée de BONNET en forme de casquette
jabot de dentelle, chapeau rond, chaussettes
dentelle en coton et velours rouge en toile avec jugulaire
blanches, chaussures à boucles argentées
4 ʹ LE QUEYRAS

Lavallière noire comme le tricorne


Le jupon des femmes se découvre plus largement. Les châles aux imprimés Tricorne en feutre noir du Queyras
variés ainsi que les tabliers clairs contrastent avec le noir des robes. Le bas des
Le tricorne fit son apparition en Dauphiné fin
ŵĂŶĐŚĞƐƐ͛ŽƌŶĞĚĞĚĞŶƚĞůůĞ͘ >͛ŚŽŵŵĞ porte la redingote à la française et des
XVIIIe siècle, ĞŶŵġŵĞƚĞŵƉƐƋƵĞů͛ŚĂďŝƚăůĂ
brayes (culotte) en gros drap de couleur brique, gilet vert, grands bas de laine
française. Il fut lonŐƚĞŵƉƐăů͛ŚŽŶŶĞƵƌĞŶ
brute appelés sayes qui tiennent avec des jarretières rouges si le paysan est
Dauphiné et surtout dans les régions de hautes
riche, ǀĞƌƚĞƐ Ɛ͛ŝů ĞƐƚ ƉĂƵǀƌĞ͕ ůĂǀĂůůŝğƌĞ ůĞ ĚŝŵĂŶĐŚĞ Ğƚ ũŽƵƌƐ de fêtes. Des
montagnes : Queyras et Briançonnais.
chaussures noires ornées de boucles argentées. Pour les travaux dans les
champs les paysans portaient des chaussures cloutées qui devaient durer une
année entière ou des sabots.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 669

KEEdhK/E͛Zs/hy
en faille prune avec dentelle de coton,
Coiffes alpines de St Véran ʹ Musée dauphinois :
rubans de couleurs
CORNETTE A AILES BATTANTES ou BONNETS GARNIS

CALETTE du village de Brunissard Coiffes du village de St Véran, appelées « CORNETTES » : en toile blanche et dentelle au
en toile fuseau. Portée longue le dimanche, les pans relevés pendant la semaine

Sur : [Link] un passage est


consacré au costume féminin du Queyras. Ainsi sur les photos
de droite, la jeune fille en robe noire porte la tenue de sa grand-mère
du Queyras :
* Longue robe de drap de laine presque toujours noire, à
manches longues gansées de velours, boutonnée sur le devant
et montée à la taille en plis canons appelée "GOUNELLE". Elle
est quelquefois bordée à l'encolure d'une collerette blanche et
froncée, donnant l'illusion d'un corsage porté sous la robe. La
robe est protégée par un tablier ou « foudier » à deux poches
toujours doublées.
Sur les épaules, on porte un châle croisé sur le devant qui ne
ůĂŝƐƐĞĞŶƚƌĞǀŽŝƌƋƵĞů͛ĞŶĐŽůƵƌĞĚĞůĂƌŽďĞ͘Ses deux pointes sont
glissées et cachées sur la ceinture du « foudier ».
Les jambes sont souvent recouvertes de bas de laine que les
femmes tricotent à la main avec la laine qui provient de leurs
bêtes et les pieds sont dans des galoches comme pour les Ÿ Costume de femme
hommes. de la commune
Quant à la coiffe, il en existe deux types : la « Cornette » (voir Ě͛ďƌŝğƐ͕ Queyras
plus haut) qui est une coiffe du dessus, avec ses deux longs
Ci-contre ‫ۀ‬
pans bordés de dentelle et « LA BERRE », COIFFE DU DESSOUS,
coiffe du dessous,
en coton piqué qui facilitait la tenue de la Cornette. « LA BERRE »ou
« La berro ».
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 670

5 ʹ LES TERRES FROIDES

Zoom sur la lavallière marron


Pour les femmes, deux robes noires et une claire avec châle assorti. PŽƵƌů͛ŚŽŵŵĞ : VESTE COURTE en drap de Bonneval vert
foncé qui recouvre ƵŶŐŝůĞƚďƌŝƋƵĞƋƵŝĚĠƉĂƐƐĞ͕ĐƵůŽƚƚĞĚĞĚƌĂƉŵĂƌƌŽŶ͕ŐƵġƚƌĞƐĞŶĚƌĂƉďĞŝŐĞŵŽŶƚĂŶƚũƵƐƋƵ͛ăŵŝĐƵŝƐƐĞ͘ŚĂƉĞĂƵ
ƉůĂƚŽƌŶĠĚ͛ƵŶĞĐŽƌĚĞůŝğƌĞĚĞůĂŝŶĞĚĂŶƐůĞƐƚĞŝŶƚĞƐĚƵĐŽƐƚƵŵĞ͘ La lavallière se porte les dimanches et jours de fête.

Coiffe de tous les villages : BONNET LA CHATELAINE DE BOURGOIN


Une femme de la ville de VIENNE
DE PIQUE AVEC DENTELLE DE COTON, en ĐŽƐƚƵŵĞĚ͛ĞdžƚĠƌŝĞƵƌ : Bonnet de
CHARLOTTE en coton brodé surmontée
CHAPEAU DE PAILLE de riz piqué avec dentelle de Coton, grand
Ě͛ƵŶPETIT CHAPEAU EN PAILLE de riz.
orné de rubans de velours chapeau de paille de blé orné de
et de boutons de couleurs rubans de velours.
6 ʹ LE VERCORS

La robe des femmes Ŷ͛ĞƐƚƉůƵƐŶŽŝƌĞ͕ŵĂŝƐen couleur. >͛ŚŽŵŵĞƌĞƉƌĠƐĞŶƚĠĞƐƚůĞMULETIER DU VERCORS : chemise en toile de lin,
ƌĞĐŽƵǀĞƌƚĞĚ͛ƵŶĞĐŚĂƐƵďůĞĞŶĚƌĂƉƌĂLJĠĚĞƚŽƵƚĞƐůĞƐĐŽƵůĞƵƌƐ, culotte de drap bleu, bonnet de laine surmonté
Ě͛ƵŶĐŚĂƉĞĂƵďƌŝƋƵĞĐŽŶŝƋƵĞăůĂƌŐĞƐďŽƌĚƐ͘
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 671

&ZD/Z͛KZ/^EZd/Z, LA NOURRICE DE BOURG D͛K/^E^ LA FEMME DU JUGE DE PAIX DE LA MURE


Commune de la MATHEYSINE CALETTE de toile piquée noire ornée de CALETTE ouverte devant en organdi
CALETTE en toile et ruban mauve ruban bleu, le noir rappelant le côté avec un ruban de velours violet
sérieux de sa profession

212 - DANS LE DEPARTEMENT DES ALPES DU DAUPHINÉ (actuellement les HAUTES-ALPES)

Danse des Hautes-Alpes en costume paysan alpin, par le Groupe Folklorique « La Taïole », de Tallard (05) au sud de Gap.
La petite ville de Talard « entre edelweiss et lavande » est placée par certains en Haute-Provence. Ces images récentes
témoignent de la survivance des costumes traditionnels des Hautes-Alpes et du rôle important des groupes folkloriques.
Les informations qui suivent et les images sont extraites du
site : http: [Link] tag Les anciens costumes
des Alpes et du Dauphiné. La personne qui a créé ce site
Ɛ͛ĂƉƉĞůůĞ ĂƚŚĞƌŝŶĞ ĞďƵƐŶĞΎ déjà citée. Elle Ɛ͛ŝŶƚĠƌĞƐƐĞ
surtout à la aute-Provence et à ses traditions et a fait
paraître sur son blog des extraits du livre ͛DKE>z
paru en 1922 : « LES ANCIENS COSTUMES DES ALPES DU
DAUPHINE », livre de référence, épuisé de nos jours. De ce
fait, je peux vous en présenter des passages.
Ź
Les extraits ĚƵůŝǀƌĞĚ͛ĚŵŽŶĚĞůĂLJĞ(photo de couverture à
droite) sont présentés en encadré sur fond beige.

Ź ǥ « Les Ž’‡• †— ƒ—’Š‹± ȋƒ—Œ‘—”†ǯŠ—‹ އ• Hautes


Alpes) étaient la région plus montagneuse du
Dauphiné. Les moyens de pénétration et de
communications étant les plus difficiles, les costumes Livre ĚĞƌĠĨĠƌĞŶĐĞĚ͛ĚŵŽŶĚĞůĂLJĞ͕ϭϵϮϮ
locaux se sont portés plus longtemps.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 672

Le vêtement des hommes se composait d'une ample veste à larges basques faite de gros drap vert, brun, gris
ou marron qui descendait au dessous des jarrets, d'une culotte ordinairement de même drap et de même
couleur. Vers 1840, le pantalon avait déjà remplacé la culotte et devenait de plus en plus commun dans les
Hautes-Alpes. Des souliers énormes et ferrés, un chapeau ou un bonnet.
Le costume des femmes était généralement fait d'une robe de drap noir, d'un bonnet ou coiffe de drap ou de
toile sans ornements, et aussi d'énormes souliers ferrés.
La grossièreté des étoffes qui servaient à confectionner l'habillement des deux sexes et qui portaient
habituellement les noms de Cordelia ou de cadis étaient fabriqués dans les ménages avec des laines du pays.
Presque partout, durant les longs hivers, chaque famille avait sa veillée particulière pendant laquelle, à la lueur
d'une lampe peu flamboyante appelée "creijor" et qui rappelait la lampe romaine, les hommes réunis dans
l'étable, tillaient le chanvre en racontant des légendes gracieuses ou terribles, tandis que les femmes le filaient
pour en faire la toile de leurs chemises ou la dentelle de leurs coiffes. Elles filaient aussi la laine de leurs brebis
d'où sortait le drap nécessaire à la maison.
Le département des Hautes-Alpes était divisé en trois grandes régions correspondant aux trois
arrondissements :
A. Le Gapençais : la région de Gap - le Valgaudemar - le Dévoluy - le Serrois.
B. Le Briançonnais : la région de Briançon - le Queyras - La Vallouise - La région de la Grave.
C. L'Embrunois : la région d'Embrun - le Champsaur - Ceillac

A- LE GAPENCAIS
A1 - Dans le Gapençais, le linge que portaient les montagnards était fait avec le lin ou le chanvre qu'ils
avaient recueillis, et les vêtements avec la laine de leur brebis.
Leur trousseau se composait ordinairement de deux chapeaux, deux paires de souliers, deux vestes, deux
gilets, deux culottes, deux paires de bas, une paire de guêtres. Le plus vieux de leurs vêtements servait aux jours
de travail, et le moins usagé, les dimanches et fêtes.
En 1789, la dépense annuelle de l'habillement d'une famille composée du mari, de la femme et de deux enfants,
était d'environ 75 francs, en 1802 de 100 francs et en 1835, d'au moins 150 francs.
Si au jour d'une fête ou de leur mariage, ils se donnaient un habit fin, c'était un meuble pour la vie qui, souvent
même, servait à deux générations.
Depuis l'époque gauloise, les paysans de cette région ne se coupaient point les cheveux ; Ils les portaient encore
vers 1850 presque dans toute leur longueur, flottant sur les épaules.
Au milieu de ce XIXe siècle qui, avec le progrès, devait
être le tombeau de presque tous les anciens costumes
provinciaux, dans les communes peu importantes, les
ruraux, aux jours de mauvais temps, arboraient déjà
le grand parapluie de couleur voyante, et aux grands
jours se coiffaient du chapeau de soie de Lyon qui leur
coûtait 8 francs. Les jeunes filles vont délaisser coiffes
et bonnets, et orner leurs têtes du grand chapeau de
paille de riz, réalisant ainsi le portrait imaginaire de
la "Bergère des Alpes".
Région de Gap : Napoléon 1er qui passa à Gap les 5 et 6
mars 1815, à son retour de l'Ile d'Elbe, y fut hébergé par
l'aubergiste Marchand, et nous possédons un portrait de
sa femme, Mme Marchand qui nous donne la forme des
bonnets de cette époque, faits de tulle uni ou brodés et
bordés d'une dentelle ou de tulle plissé, portés alors par
toutes les matrones de la localité.
EĚ͛/ƌğŶĞ : il est permis de penser que pour recevoir Napoléon, la
ĨĞŵŵĞĚĞů͛ĂƵďĞƌŐŝƐƚĞĂǀĂŝƚƌĞǀġƚƵƐĞƐplus beaux habits.
Coiffe bonnet du Gapençais
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 673

Le Musée de Gap possède un


médaillon de marbre et un de
plâtre exécutés par le sculpteur
Jean Marcellin de Gap, qui nous
montrent ce qu'était dans le
Gapençais, vers 1840-1850, la
forme de la coiffe - ci-contre.

A2 - Le Serrois : Dans la vallée


du Buech, d'Aspres à Ribiers, en
passant par Serres, le même
bonnet se portait, quelquefois
agrémenté de rubans et la robe
était ornée, vers sa base, de trois
rangs de velours mis à plat, et d'un
rang, vers l'extrémité de chaque
Médaillons illustrant les coiffes du Gapençais, entre 1840 et 1950
manche. Musée de Gap
B - LE BRIANCONNAIS
Le Briançonnais qui comprend toute la partie Nord-Est du département des Hautes-Alpes est la région la plus
montagneuse en haute altitude de ce département. Limitrophe de l'Italie, il a toujours été en difficile communication avec
les autres parties du Dauphiné et avec la France. Aussi y a-t-il existé une très grande variété de costumes, et aujourd'hui
encore*, on y rencontre chez les femmes beaucoup de coiffes de formes très diverses.* vers 1920, le livre étant édité en 1922.
B1 - Dans les environs proches de Briançon, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les hommes portaient une veste à
basques larges mais fort courtes, faite de gros drap blanc, avec une culotte de même drap, et, par distinction, d'un
gilet de couleur verte. Ils étaient coiffés d'un énorme bonnet de laine rouge (fabriqués à Saint Chaffrey, par les sieurs
Giraud et Rey) qui coûtaient 20 sous et portaient de gros bas de laine ou des guêtres. Les jours de fête, ils
s'endimanchaient avec un habit à taille carrée et une cravate noire.
Les femmes portaient la camisole ou casaquin de drap grossier, parements pendants, et dont la manche ne venait
qu'au milieu du bras. La camisole y était bordée, ainsi que le haut de l'épaule et de la taille, par des rubans de fil
bleu et plus ordinairement vert.
Sous la jupe courte, des poches en cuir étaient attachées à la ceinture; leurs souliers bas étaient ornés de boucles en cuivre,
en fer ou en argent, et leurs talons, surtout vers la fin du XVIIIe siècle et pendant le XIXe étaient hauts de deux pouces.

LES PAYSANNES, en été, portaient sur leurs coiffes, des


chapeaux de grosse paille jaune, et près de Briançon, des chapeaux
noirs en feutres à larges bords rabattus, pour les protéger du soleil
ou de la pluie.

Au XVIIIe siècle, apparut dans cette contrée, comme dans toutes les
Alpes, la mode du fichu ou petit châle que LES PAYSANNES
portèrent comme les autres dauphinoises.
Les plus anciens étaient en lainage ou en soie de couleurs brune,
vieux rouge ou feuille morte. les uns étaient tissés, les autres
imprimés, d'autres brodés à la main, d'autres encore en soie
brochée. Une paysanne aisée en avait vingt-cinq ou trente dans
son trousseau, y compris un noir en cas de deuil.
Trois plis épinglés, vers la nuque permettaient aux femmes de
s'orner le col d'un collier de velours attachant c±ur et croix d'or
sur leur poitrine Les fichus des dauphinoises
apparurent au XVIIIe
Le tablier sans bavette, qui s'appelait "faudier" faisait également partie du costume féminin. Il était en lainage plissé à la
ceinture et en général de couleur sombre. Au XVIIIème siècle il était surtout en soie unie à reflets, genre dit gorge de
pigeon. Mais la partie du costume la plus variée et la plus pittoresque a été la coiffure des femmes.
A Briançon, la coiffure du XVIIIe siècle tenait un peu de la coiffe boulonnaise, mais formant une auréole moins
développée sur les côtés. Elle était faite de dentelle ou de tulle noir brodé, soutenue par une monture rigide et gaufrée à plis
partant du centre en rayons.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 674

Sous le premier Empire et jusqu'à la Restauration, la coiffe se


transforma. La calotte s'élargissant déborda la passe frontale assez
large qui, descendant jusqu'aux épaules, releva gracieusement ses
extrémités, en formes d'ailes et prit alors le nom de cornette.
Cette passe, comme toute la coiffe faite ordinairement de toile de
lin, était assez souvent recouverte de tulle gaufré ou plutôt
tuyauté à l'aide d'une aiguille à tricoter et garnie, sur les bords
d'une dentelle. Ces tuyautages, assez petits et forts nombreux,
s'obtenaient facilement, dans les Hautes-Alpes, de cette autre
manière : la coiffe lavée et presque sèche, la montagnarde entrait dans
chaque tuyau de tulle, un brin de grosse paille, et quand tout était garni, y
passait rapidement le fer chaud. Il ne restait plus qu'à retirer les pailles.
Jusqu'en 1850, l'usage de cette coiffure à ailes continua, mais en
abaissant progressivement la calotte qui arrivait à faire suite, sans saillie, à la
passe frontale. Voir le modèle situé à droite. La coiffure « à ailes » du dimanche
Les jours fériés, les femmes l'ornaient d'un ruban de couleur voyante qui se nouait sur le front, rappelant
assez le fameux Q±XG la "Fountanjo" qui fut en si grande vogue aux XVIIe et XVIIIe siècles.

De 1830 à 1850, la coiffe que l'on appelle encore aujourd'hui la cornette et que les vieilles femmes aux alentours de
Briançon portent toujours, fit son apparition et se transforma petit à petit pour donner le type actuel.

La cornette, en patois la cornetto


ou corneto, était faite avec de la
mousseline ou de la toile et du coton
intercalé. On y crayonnait les dessins
que l'on désirait y faire figurer, on la
brodait et on la piquait à la main,
aujourd'hui à la machine.
Au cours de la semaine, les
femmes portaient la cornette simple
en piqué de coton blanc. Elle se
composait de trois pièces et les
rubans d'attache ou de serre-tête
étaient en toile fine. Voir les photos
de droite.
Tableau représentant une fileuse du Cornettes simples « non garnies »
Dauphiné, portant la cornette portées par un groupe folklorique
de Besançon

Les dimanches et jours de fête, les


femmes ornementaient la cornette
de rubans de couleur, ordinairement
en soie, et l'appelaient alors
"cornette garnie". Voir celles du
groupe folklorique de Besançon,
présentées ci-contre.
Chaque femme possédait de
trente à quarante cornettes. Elle en
changeait chaque dimanche et les lessivait,
deux fois par an, au printemps et à
l'automne.
En 1914, la confection d'une cornette
coûtait 3 francs de façon environ. et
revenait en tout, dans les 5 à 6 francs. Les cornettes « garnies ͩĚ͛ƵŶŐƌŽƵƉĞĨŽůŬůŽƌŝƋƵĞĚĞĞƐĂŶĕŽŶ
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 675

Dans les environs de Briançon, il est à remarquer divers


types de coiffes dont certains se portent encore, tel le
bonnet en piqué léger de Saint-Martin de Queyrières*,
à calotte ronde coulissant à la base, munie à l'avant d'une
passe frontale saillant vers le sommet. Les femmes en deuil
le portaient en noir, et comme à Briançon, et presque dans
toutes les Alpes, les veuves s'entouraient la tête d'un
petit mouchoir blanc, une pointe tombant sur la nuque
et les deux autres nouées sur la menton.
La coiffe en tulle et en dentelle, la collerette plissée, le
fichu de mousseline à pois bordé de dentelle, le coeur et
la croix suspendus au velours traditionnel, le tout sur
une robe d'un beau vert émeraude, voilà ce que le Musée
de Gap nous a conservé du costume de Névache de la fin du
XVIIIème siècle, avec le portrait de Mme PEYROT, situé à
droite. Ź
Portrait de Mme Peyrot, originaire de la commune de
* St Martin de Queyrières se situe au sud-est de Briançon. la Névache, Vallée de la Clarée, au nord de Briançon -
Musée de Gap ʹ fin XVIIIème

B2 - LE QUEYRAS. Etant classé par Edmond Delaye dans le Briançonnais, voici ce qu‡Žǯƒ—–‡—” en dit en ce qui
concerne des costumes :
Les Queyrassiens acculés et isolés à l'une des extrémités du Dauphiné, se
suffisaient pleinement à eux-mêmes, et avaient des besoins si restreints qu'ils
ignoraient l'usage du coton et du chanvre. Ils avaient, comme en Vallouise,* des
draps en peau de chèvres qui servaient une année complète sans lavage.
*Vallouise, commune en bordure du Parc des Ecrins, non loin de Briançon.
Le vêtement national des hommes se composait, au XVIIIe siècle, d'un habit
carré et large, taillé en sifflet, d'un long gilet et d'une culotte dont les
genoux étaient recouverts par les bas, Ils portaient de grands chapeaux
rabattus et le Tricorne, les jours de fête, sur leurs cheveux longs et
flottants.
Les femmes portaient un costume fort simple, soit fait d'une seule pièce, taille
et jupon tenant ensemble, en laine noire ou sombre, soit composé d'un
corsage aux couleurs vives et d'une jupe courte et plissée en drap, ce
dernier depuis la Révolution. Leur tablier était souvent vert et leurs fichus Le chapeau Tricorne
de toutes couleurs, mais surtout des dessins rouges, lie de vin ou bleus.

Elles portèrent successivement plusieurs formes de coiffes, et on en


connait une assez grande variété.
Saint-Véran, le plus haut et le plus pittoresque village de France, et
dont l'église est à 2.050 mètres d'altitude, est situé dans la vallée de
l'Aigue Blanche.
La coiffe de ce lieu se fit tout d'abord, aux XVIIe et XVIIIe siècles, en
grosse toile. Elle entourait la tête, avait un fond plat plissé à la base
à l'aide d'une attache coulissante qui était dressée sur un très petit
métier portatif ; et était pourvue à l'avant, d'une passe qui
recouvrait le front et descendait vers les oreilles, en formant
comme un volant onduleux qui se terminait en bavolet sur la
nuqueǡ…‘‡އ‘–”‡Žǯ‹ŽŽ—•–”ƒ–‹‘…‹-contre.
Coiffe de Saint-Véran
du XVIIe et XVIIIe siècles
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 676

Une de ses formes les plus anciennes que l'on connaisse était celle
dans laquelle la passe frontale s'allongeait aux deux extrémités
jusqu'à descendre au-dessous des seins. les paysannes les
garnissaient habituellement de dentelles fortes qu'elles
fabriquaient elles-mêmes à la veillée, à l'aide d'un tambour et de
petits fuseaux.
Les veuves portaient la même coiffe de toile de lin, mais la dentelle
était remplacée par un bord de mousseline unie, de même largeur,
mousseline qui fut petit à petit, d'abord plissée, puis brodée. Malgré
tout, la coquetterie ne disparaissait pas avec le défunt.
Ces parties longues et pendantes de la coiffe que j'appellerai "barbes"
étaient parfois fort gênantes, quand la femme vaquait à des travaux de
ménage ou des champs. Elle les relevait alors habituellement par trois fois,
en les épinglant. Actuellement, on appelle cette coiffe ancienne : la Type de coiffe la plus ancienne des
Cornette à ailes battantes » paysannes de Saint-Véran. Les deux
pans étaient appelés les « barbes ».
De nos jours (vers 1920), les vieilles
Véranoises portent encore un bonnet
ordinairement noir (voir photo de droite)
qui se rapproche de la cornette du
Champsaur et des bonnets de la Grave et
d'Arvieux, et que l'on appelle
communément "béguin", comme dans la
Vallouise. Les jeunes filles le portent en
dentelle blanche avec bord ruché.
A Arvieux, près de Fort Queyras, la coiffe
était ordinairement noire et ronde, avec le
bord tuyauté s'arrondissant vers les
oreilles et formant un court bavolet en
arrière. Ce village était un centre protestant,
comme Brunissard, et les femmes portaient
au cou la croix huguenote.
La naissance d'un enfant y était fêtée par un
repas appelé en patois "la beuveugno" et,
parmi leurs cadeaux, le parrain et la
marraine offraient à leur filleul, un bonnet
en soie de couleurs voyantes et variées et Anciennes femmes de Saint-Véran portant le bonnet noir
une cravate. (Voir la planche ci-après) ƚƵLJĂƵƚĠăů͛ĂǀĂŶƚ et ƐĞƉƌŽůŽŶŐĞĂŶƚăů͛ĂƌƌŝğƌĞƉĂƌƵŶĐŽƵƌƚďĂǀŽůĞƚ

A propos de ces bonnets de couleurs qui se


portaient dans tout le Queyras et, Exemples de
spécialement à Saint-Véran, Fontgillard, bonnets
Ceillac ... la forme en était différente, selon portés par les
qu'ils étaient destinés à un garçon ou à
enfants du
une fille.
Queyras
Pour les garçons, le bonnet était fait de
ũƵƐƋƵ͛ĞŶϭϵϭϬ
deux pièces avec fond plat ; pour les filles,
de trois pièces, le fond arrondi. Les deux
sexes les portaient jusqu'à l'âge de dix à douze
ans. On en a vu encore à Saint-Véran, sur des
têtes d'enfants, en 1910.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 677

Une petite histoire de plume au chapeau,


ancienne coutume du Queyras :

Des villages haut-alpins descendaient assez


nombreux à l'entrée de l'hiver, de jeunes
montagnards qui, la plume au chapeau, en
signe de leur vocation littéraire, s'en allaient
de part et d'autre, en France et en Savoie, se
« Les plumes du Savoir »
vouer à l'enseignement. En effet, avant la
portées au chapeau
Révolution, les habitants du Queyras étaient
assez instruits, car, presque dans chaque A droite, ůĞĐŽƐƚƵŵĞĚĞů͛ŝŶƚŝƚƵƚĞƵƌ
du Queyras vers 1850 : jaquette sur
commune, il y avait un instituteur salarié par chemise blanche, pantalon court
celle-ci, qui donnait des leçons dans les serré ou « braies » et guêtres et le
͛ĂƉƌğƐͨ Les Gounellouns »
familles qui le lui demandaient, moyennant chapeau à plumes du Queyras
logis et repas.
Donc, ces jeunes gens, après de suffisantes leçons, au moment de s'expatrier pour aller à leur tour enseigner
hors de leurs montagnes, ornaient leur chapeau d'une plume à écrire, s'ils enseignaient à lire et à écrire ; deux
plumes s'ils savaient le latin ; de trois, s'ils pouvaient montrer l'arithmétique, etc. mais il était fort rare d'en
rencontrer qui en aient plus de trois ...
Arrivés dans les régions choisies par eux, ils se présentaient avec leurs habits grossiers, dans les foires
importantes de l'automne, se promenaient dans la foule, au milieu des bestiaux et se louaient pour l'hiver,
moyennant un prix convenu. Ils surveillaient les enfants, leur donnaient de nombreuses leçons pendant tout le
cours de la journée, et dans les intervalles, rendaient à peu près autant de services que des domestiques à gage ;
et pour tant de peine, ils recevaient un salaire si léger qu'on en est surpris.
A la fonte des neiges, ils revenaient dans leur pays natal, avec quelques écus qui payaient une partie de leurs
impôts, et ils travaillaient à la terre pendant toute la belle saison. »
* Fin de lƒ’ƒ”‡–а•‡–‹”±‡†—Ž‹˜”‡†ǯ†‘†‡Žƒ›‡†±Œ…‹–±Ǥ
* Pièces de costume non citées dans le livre
Ě͛ĚŵŽŶĚ ĞůĂLJĞ͘ Elles ne sont apparues
ƋƵ͛ĂƵ y/yğŵĞ et sont exposées à La Maison
ĚƵŽƐƚƵŵĞĚ͛ďƌŝğƐ͗
* La Cape, en drap de laine, portée en hiver
pour protéger du froid.
Les femmes aisées doublaient de fourrure le
haut intérieur de la cape.
* Le mantelet noir ou pélerine, en laine,
réalisé au crochet. Il est présenté suspendu
sur la cape.
Ce musée présente également une cape de
facteur en drap de laine bleu roi, que celui-ci
ĞŶĨŝůĂŝƚ ƐƵƌ ƐŽŶ ĐŽƐƚƵŵĞ ĞŶ ĐĂƐ Ě͛ŝŶƚĞŵƉĠƌŝĞ,
ƋƵ͛ŝůĂŝůůĞà pied ou à vélo.
A gauche une cape de femme du Queyras, à droite, une cape de
NB : Une évocation sur le costume du facteur facteur avec ses boutons dorés « Ě͛ƵŶŝĨŽƌŵĞ » de La Poste. Début XXe
aura lieu à la fin des costumes dauphinois. - DƵƐĠĞĚƵŽƐƚƵŵĞĚ͛ďƌŝğƐ

B3 - LA VALLOUISE * - Reprise de la citation du livre †ǯ†‘†‡Žƒ›‡


A l'Ouest du Queyras, c'est le massif montagneux de la Vallouise avec sa courte et profonde vallée arrosée par la
Gyronde qui descend en grondant du massif du Pelvoux (3762 m d'altitude). C'est une contrée assez en dehors du
grand chemin de communication de la Durance, assez en retard sur le progrès et plutôt pauvre.
Les costumes sont semblables à ceux des Hautes-Alpes. Les fichus de toile grise étaient bordés d'une filoche
(frange en filet de soie ou de fil) et les bas étaient vert clair. Seule la coiffe avait une forme particulière, mais
celle-ci se modifia et vers 1830-1840 . Elle fut remplacée par le bonnet-béguin, très proche de la cornette
actuelle de Briançon, mais dont l'avant orné d'une pointe qui descendait vers le sommet du front, rappelait
l'avant des "frontières tarines" de la Savoie.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 678

C - L'EMBRUNOIS
C1 - LA REGION D'EMBRUN :
Dans la région d'Embrun, nous noterons le Tricorne pour les hommes
jusqu'au premier Empire, et à partir du XIXe siècle, le grand chapeau
variable de forme selon les époques.
Pour les coiffes des femmes, la partie entourant le visage était tuyautée
et comme sur la cornette actuelle de Briançon, les deux bouts de l'attache
qui servaient à serrer la coiffe sur la nuque remontaient sur le sommet de
Žƒ–²–‡‘އ•›ƒ––ƒ…Šƒ‹–’ƒ”—à—†„‘—…ޱǤ
Pour se protéger du soleil, les femmes portaient sur leur coiffe un
chapeau dont la forme la plus typique correspondait à une calotte assez
haute, et dont le bord, court derrière la tête pour laisser passer le Coiffe ĚĞůĂƌĠŐŝŽŶĚ͛ŵďƌƵŶ
chignon, s'allongeait beaucoup sur le devant. >ĞƐĚĞƵdžďŽƵƚƐĚĞů͛ĂƚƚĂĐŚĞĠƚĂŝĞŶƚ
noués au sommet de la tête
C2 - LE CHAMPSAUR :
Région pauvre située au Nord
de l'Embrunois, selon les termes
†ǯ†‘†‡Ž‘›‡Ǥ
(Géographiquement, ce pays
ˆƒ‹– ’ƒ”–‹‡ †— „ƒ••‹ †‡ Žǯ •°”‡ǡ
alors “—ǯ‹Ž est situé dans les
Hautes-Alpes).
La dernière coiffe portée un
peu plus façonnée que les
plus anciennes, ressemble
beaucoup à celles du Queyras
et du Briançonnais, mais
nous trouvons un bavolet sur
la nuque et un bourrelet ou
tuyautage autour du front,
jusqu'à l'extrémité inférieure
des oreilles. Les robes des
femmes étaient en général de
couleurs sombres, assez Ancienne paysanne de Chabottes
souvent noires et quelquefois Carte postale représentant un couple âgé
portant bonnet tuyauté et capeline
vert foncé. » de la région du Champsaur. Fin XIXe.
à la fin du XIXe siècle.
Coll. Robert Faure
Coll. Robert Faure
Commentaires Ě͛/ƌğŶĞ, ŚŽƌƐĐŝƚĂƚŝŽŶĚƵůŝǀƌĞĚ͛ĚŵŽŶĚĞůĂLJĞ :
Paysanne de Chabottes : Sur la coiffe tuyautée, la capeline semble être en paille. La forme de la coiffe correspond en tous
ème
points à la description ci-ĚĞƐƐƵƐĚĞůĂĐŽŝĨĨƵƌĞĚ͛ŵďƌƵŶƉĞŶĚĂŶƚů͛ĠƚĠ;ϯ par.) On distingue une camisole noire à manches
longues, recouverte Ě͛ƵŶĞƉğůĞƌŝŶĞĞŶƚƌŝĐŽt de laine noire, un tablier foncé à deux poches profondes qui protège la jupe. Les
pointes du châle ou pèlerine sont insérées sous la ceinture du tablier Ğƚů͛ĞŶĐŽůƵƌĞĞƐƚĠŐĂLJĠĞĚĞů͛ĂƚƚĂĐŚĞďůĂŶĐŚĞĚĞůĂĐŽŝĨĨĞ͘
Couple du Champsaur ͗>͛ŚŽŵŵĞƉŽƌƚĞƵŶĞǀeste à larges revers des années 1850 sur un gilet à boutons, un pantalon droit et
large, un col cassé blanc et une lavallière noire. La femme porte un chapeau de paille à large bord noir sur bonnet blanc
largement tuyauté, jupe foncée à tissu épais, tablier à pois sur fond noir muni de deux grandes poches, camisole rayée de noir à
manches longues, châle noir maintenu sous la ceinture du tablier et croix en bijou sous ů͛ĂƚƚĂĐŚĞďƌŽĚĠĞĚĞůĂĐŽŝĨĨĞ.
Dans les deux cas, on constate que les poches des tabliers des dames bien remplies tenaient lieu de sac à main.

C3 - CEILLAC : « Quoique géographiquement, Ceillac fasse partie du massif du Queyras, ce village et sa vallée
étaient compris dans l'arrondissement d'Embrun.
* L'HOMME, comme dans toutes les Alpes, portait l'habit à la française, la culotte, les bas et le tricorne
remplacé, au milieu du XIXème siècle par le chapeau monté et pour le travail, le bonnet pointu de laine
rouge sous le grand chapeau qui garantissait du soleil.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 679

* LA FEMME, dite La Ceillaquine, portait une robe d'une seule


couleur, ordinairement "oseille cuite", la taille assez haute, les
manches se terminant de suite au-dessous du coude, avec un large
revers bordé en haut et en bas d'un ruban vert de préférence, ainsi
que le bas du jupon qui était long et fort ample. Le tablier sans
bavette était du même ton que la robe et recevait dans sa ceinture
les deux pointes de devant d'un fichu ordinairement rouge,
quelquefois agrémenté d'ornements bleus, verts ou jaunes .
La couleur de la robe et le nombre de rubans la bordant, variaient selon
que ce costume était porté par une jeune-fille, une femme mariée ou une
veuve.
La coiffe traditionnelle était faite de toile de lin, avec calotte ronde
horizontale à fond presque plat, entourée d'un ruban rouge et ornée à
l'avant d'une large auréole plissée en éventail qui encadrait fort
joliment le visage et qui était quelquefois bordée d'une dentelle forte WŽƌƚƌĂŝƚĚ͛ƵŶĞͨ Ceillaquine »
Robe couleur « oseille cuite» et coiffe à
faite aux fuseaux, comme en Vallouise et à Saint-Véran.
auréole plissée en éventail
Comme dans certaines parties de la Savoie et dans presque toutes les communes du Queyras, les bonnets
d'enfants étaient fort curieusement faits de soies variées, aux couleurs crues et voyantes.

FiŶĚĞƐĐŝƚĂƚŝŽŶƐĚĞů͛ŽƵǀƌĂŐĞĚ͛ĚŵŽŶĚelaye, paru en 1922 : « Les anciens costumes des Alpes du Dauphiné »


repris sur le site : [Link] anciens costumes des Alpes et du Dauphiné.

CONCLUSION : ^ŝ ũ͛Ăŝ ĚĠǀĞůŽƉƉĠ ůĞƐ ĂŶĐŝĞŶƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ ĚĞ ů͛/ƐğƌĞ Ğƚ ĚĞƐ
Hautes-Alpes, quasiment autant ƋƵĞ ůĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ ďƌĞƚŽŶƐ͕ Đ͛ĞƐƚ ƋƵĞ ũ͛Ăŝ
pensé à mes petits-enfants nés en Isère à Grenoble et passant des vacances
non loin de Saint-Bonnet en Champsaur, dans les Hautes-Alpes.
Ces deux départements représenteront pour eux des souvenirs de jeunesse
ă ũĂŵĂŝƐ ŐƌĂǀĠƐ ĚĂŶƐ ůĞƵƌ ŵĠŵŽŝƌĞ͘ ƵƐƐŝ ũ͛ĞƐƚŝŵĞ ŝŵƉŽƌƚĂŶƚ͕ ƋƵ͛ĞŶ ƉůƵƐ
des souvenirs transmis par leur famille maternelle, ils puissent connaître
comment vivaient une partie de leurs ancêtres et combien la vie a changé
en seulement un siècle. En ce qui concerne le costume paysan, ils pourront
ĐŽŶƐƚĂƚĞƌ ƋƵ͛ĞŶ ĚĠƉŝƚ ĚĞ ĐŽŶĚŝƚŝŽŶƐ ĚĞ ǀŝĞ ƉĂƌĨŽŝƐ ĚŝĨĨŝĐŝůĞƐ͕ ůĞƐ ĐŽƐƚƵŵĞƐ
traditionnels du Dauphiné ont une propre identité en accord avec
ů͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚĐƵůƚƵƌĞůĚĞĐĞƚƚĞƌĠŐŝŽŶ͘

La paysanne à droite, porte la jupe rayée, le tablier, le chemisier à manches longues,


le chapeau de paille de même que ůĞ ŵĂŶĐŚĞ Ě͛ƵŶ ŽƵƚŝů (houe ?) et une toile pliée
ƉŽƌƚĠĞƐƵƌů͛ĠƉĂƵůĞ. /ůƐ͛ĂŐŝƚĚŽŶĐdu costume traditionnel de travail encore porté au
milieu du XXe siècle. Ź
Paysanne des Hautes Alpes vers 1950
Ź PARENTHESE SUR LES COSTUMES DES FACTEURS RURAUX
Nous avons repéré dans les costumes présentéVj/D0DLVRQGX&RVWXPHG¶$EULqV,
dans le Queyras, jF{WpG¶XQHFDSHSRXUGDPH :
x une cape de facteur en drap de laine bleu roi, que celui-ci enfilait sur son
FRVWXPHHQFDVG¶LQWHPSpULH.
Pendant longtemps la distribution du courrier à domicile, privilège des
citadins, Q·D SDV FRQFHUQp OHV UXUDX[ Il faudra attendre la grande réforme
postale de 1829 pour que bourgs et villages de France reçoivent la visite du
facteur. '·DERUGWRXV les deux jours, puis quotidiennement, en 1832. Ils sont
5 000 en 1830 et près de 23 000 en 1910. Pas un jour de repos pour ces facteurs
rémunérés au kilomètre et qui parcourent en moyenne 27 km par jour en 1877. &¶HVW
VHXOHPHQWHQTX¶LOVVRQWDXWRULVpVjSUHQGUHXQMRXUGHFRQJpSDUPRLV 4X¶LO
YHQWH RX TX¶LO QHLJH pWp FRPPH KLYHU OH IDFWHXU PDUFKH SDU WRXV OHV WHPSV
/¶XWLOLVDWLRQ Ge la bicyclette à la fin du XIXe VLqFOH SXLV GH O¶DXWRPRELOH GDQV OHV
années 50, va soulager considérablement sa tournée. Aussi, les paysans ont-ils
toujours entretenu des liens étroits avec les facteurs. Ces derniers ont
représenté pour ceux qui étaient isolés, le premier lien de communication avec Cape de facteur avec ses boutons dorés
O·H[WpULHXU et parfois ils ont même servi de commissionnaires. « Ě͛ƵŶiforme » de La Poste. Début XXe
DƵƐĠĞĚƵŽƐƚƵŵĞĚ͛ďƌŝğƐ
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 680

Je ne résiste pas dans ce chapitre réservé aux costumes paysans, à insérer le costume des « facteurs ruraux » créés
en 1830. A partir de 1835, ils ĚƵƌĞŶƚ͕ăůĞƵƌƐĨƌĂŝƐ͕ƐĞǀġƚŝƌĚ͛ƵŶĐŽƐƚƵŵĞĂŐƌĠĠƉĂƌů͛ĚŵŝŶŝƐƚƌĂƚŝŽŶ͘ Vous pourrez
constater que leur costume réglementaire était bien voisin des costumes traditionnels.

Costume des Facteurs ruraux en Facteur de 1889 - Aquarelle de Kermabon Facteurs ruraux, fin XIXe
1835. La blouse remplace la veste. Plaque de Blouses et veste à deux rangées de
La plaque de facteur est visible sur la facteur visible sur la bandoulière de la boutons. Plaques de facteur toujours
bandoulière de la sacoche. sacoche. visibles.

Description de O·KDELWGHIDFWHXUUpJOHPHQWDLUH, en 1835 :


Habit veste de drap bleu de Roi, boutonné sur le devant de 7 boutons en métal blanc portant ces mots : « Service des
Postes : Facteur Rural ». Collet droit en drap rouge. Parements bleus boutonnés de deux petits boutons.
En Hiver. Pantalon gris de fer. En Eté. Pantalon et guêtres de toile bleue. Chapeau rond en feutre verni. Blouse en toile
bleue ouverte sur la poitrine avec Collet rouge rabattu et deux rangées de 6 petits boutons en métal blanc portant les
mêmes mots que ci-dessus. Ceinture en cuir noir avec boucle par le devant.
[Link]/article-histoire-de-la-poste-
Le costume de facteur a peu évolué entre 1830 et 1889. La blouse bleue instaurée en 1889 fut remplacée en 1926 pour laisser la
place au complet veston à deux rangées de boutons. Leur tournée était très longue. Ils allaient à pied et parcouraient entre 27 et
40 km/jour.
Au début, ils distribuaient le courrier plusieurs fois par semaine. A partir de 1832, sur demande des communes, la distribution
devint journalière. Mais il faudra attendre des années pour que toutes les communes bénéficient de la visite du facteur tous les
jours : 1863 pour la Drôme, par exemple, soit 31 ans après la réforme postale.

Plaque ou Médaillon
de facteur rural devant être porté
par le facteur rural lors de sa
création en 1830. Evolution du costume de facteur Vers 1950
>ĞĨĂĐƚĞƵƌĞƚů͛ĂŐƌŝĐƵůƚĞƵƌ
Fin de la parenthèse sur le costume du facteur rural créé en 1830.
Chapitre XII ʹLes Costumes traditionnels et paysans ʹ Dauphiné 681

Ź CARTES DU DEPARTEMENT DES HAUTES ALPES


permettant de situer les régions des costumes évoquées par Edmond Delaye

Briançonnais+
Queyras +
Vallouise et La
Grave (Ecrins)

Gapençais +
Valgaudemar
+ Dévoluy et
Serrois

Embrunois +
Champsaur

Carte touristique du département des Hautes Alpes : « des Lavandes aux Glaciers ».
On peut distinguer dans la carte du haut, les trois chefs- lieux Ě͛ĂƌƌŽŶĚŝƐƐĞŵĞŶƚs correspondant aux trois régions
relevées par Edmond Delaye dans son livre « Les anciens costumes du Dauphiné » : le Gapençais, le Briançonnais
Ğƚů͛ŵďƌƵŶŽŝƐ͘ĞƐƚƌŽŝƐƌĠŐŝŽŶƐůŝĠĞƐĂƵdžĐŽƐƚƵŵĞƐĚŝǀŝƐĞŶƚůĞĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚĞŶƚƌŽŝƐďĂŶĚĞƐ : ouest, centre et est.
Ce découpage est différent des dix régions de territoires répertoriées désormais. En effet, Edmond Delaye
annexe :
x au Gapençais : le Valgaudemar, le Dévoluy et le Serrois
x au Briançonnais : ůĞYƵĞLJƌĂƐ͕ůĂsĂůůŽƵŝƐĞ;ĂƵĐƈƵƌĚƵDĂƐƐŝĨĚĞƐĐƌŝŶƐͿĞƚůĂƌĠŐŝŽŶĚĞůĂ'ƌĂǀĞ
x à ů͛ŵďƌƵŶŽŝƐ : le Champsaur et Ceillac (dans le Queyras).
&ŝŶ ĚĞ ů͛Ġ ǀŽĐ Ăƚ ŝŽ ŶĚ ĞƐ c o stu m e s t r ad it io n n e l s d u D au p h in é .

***
682 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

32 - EN PROVENCE
&¶HVWGpVRUPDLVjO¶LQWHQWLRQGH)UDQoRLVHWG¶+pORwVHPHVSHWLWV-enfants de Provence, que je fais une incursion sur les vêtements
traditionnels de Provence et les vêtements paysans de cette région. Depuis leur plus jeune âge, ils ont vécu en Avignon, à
O¶H[WUpPLWpRXHVWGHOD3URYHQFHPDLVLOVRQWpJDOHPHQWSDVVpGHQRPEUHX[VpMRXUs GXF{WpG¶$SWGaQVODUpJLRQG¶RULJLQHGHOHXU
grand père paternel. Et par leurs déplacements, ils connaissent bien la région sud-est de la France. Comme ailleurs en France, les
FRVWXPHVWUDGLWLRQQHOVV¶\VRQWGpYHOoppés avant et au cours du XIXe siècle.
$YDQW G¶DERUGHU OHV FRVWXPHV QRXV DOORQV UpVXPHU OD JpRJUDSKLH HW O¶KLVWRLUH G¶DERUG GH OD UpJLRQ 3URYHQFH HQVXLWH du
département du Vaucluse.
321 ʹ LA REGION PROVENCE
Elle se caractérise par son agriculture : olives, fleurs, herbes aromatiques, ses vins rosés et rouges, sa végétation : chêne
vert, pin maritime, garrigue de thym et romarin et son relief à dominante de collines et petites montagnes. Sa population
est concentrée dans les grands pôles urbains. Les zones agricoles VXELVVHQWODSUHVVLRQGHO·XUEDQLVPH
3211 ʹ GEOGRAPHIE DE LA PROVENCE
A : Au plan géologique
'¶DSUqV « /¶H[SORUDWLRQ JpRORJLTXH GH OD
Provence » par Jean Philip, 2012, la Provence
comprend trois parties :
* La Haute Provence alpine DX QRUG GH O¶D[H
Verdon-Durance englobant les massifs du
/XEHURQ GHV $OSLOOHV O¶$UF GH &DVWHOODQH HW GH
Digne, le bassin tertiaire de Digne-Valensole
ainsi que les unités géologiques situées au nord
de la Basse Durance : Ventoux-Lure, le plateau
de Vaucluse, les bassins WHUWLDLUHV G¶$SW
*
Forcalquier et Manosque.
* La Basse Provence calcaire (en ocre)
occupe une large place centrale, depuis des
massifs j O¶RXHVW (Ste Baume et Ste Victoire, Brignoles
(WRLOH HW 1HUWKH SUqV GH 0DUVHLOOH  MXVTX¶DX[
PDVVLIV  GH  SOXV GH P  G¶DOWitude situés
HQWUH O¶D[H 'UDJXLJQDQ-Brignolles et le cours
inférieur du Verdon. Carte géologique de la Provence par Michel Crivellaro

* La Basse Provence cristalline PDVVLIV GHV 0DXUHV GX 7DQQHURQ HW GH O¶(VWHUHO  PDVVLIV WRXORQQDLV GH /DPDOJXH 3UDGHW
Sicié, Dépression permienne en bande continue de Fréjus à Hyères).
B : Au plan physique selon les
termes en usage vers 1942 :
* Les Massifs ou Petites Alpes en
marron clair : Mont Ventoux (1 912m),
Montagne de Lure (1 661m), Lubéron
(petit et grand séparés par la combe de
Lourmarin), Ste Victoire, Ste Baume,
Maures, Esterel, Cairon, Castellane.
* Les Plaines, en kaki clair: Comtat,
Crau, Camargue.
* Les Montagnes des Alpes, en rose,
(le point culminant est le Mont Pelat
(3 053 m)) et les Plateaux (plus de
1 000m) : St Christol, Valensole. Il
FRQYLHQWG¶\DMRXWHUOHV$OSLOOHVDXVXGGH
St Rémy de Provence et le plateau de
Vaucluse.
* 3ULQFLSDX[ FRXUV G¶HDX : Rhône et
Durance. /¶D[H'XUDQFH9HUGRQGpOLPLWH LA PROVENCE PHYSIQUE
la Basse et la Haute Provence. ͛ĂƉƌğƐůĞŵĂŶƵĞůͨ Notre Provence » par Garrigue et Vérola, Instituteurs, vers 1942
683 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

C ʹ Au plan du relief et des parcs naturels

A défaut de bonne carte des reliefs


de la seule Provence, je vous joins
une carte des reliefs de la région
Paca (en marron les reliefs les plus
élevés) citant les Parcs Naturels de
la région. Du nord au sud :
Trois Parcs nationaux * :
* Les Ecrins
* Le Mercantour
* Port-Cros
Quatre Parcs régionaux * (sur
fond vert) :
* Camargue
* Alpilles
* Luberon
* Verdon
* Queyras

Des PNR en projet (Parcs naturels


régionaux) (sur fond jaune) :
* Ste Baume
* Maures
* Ventoux
* Baronnies
3UpDOSHVG¶$]XU Port-Cros

* G¶DSUqV OH '5($/ GH 3DFD


(Direction régionale de
O¶(QYLURQQHPHQWGHO¶$PpQDJHPHQWHW Au plan administratif, la Provence dans la région Paca comprend 5 départements :
du Logement). « au nord » les départements du Vaucluse et des Alpes de Haute Provence,
au sud les départements côtiers des Bouches du Rhône, du Var et des Alpes Maritimes.

D : Au plan économique
Vers 1942, la Provence était un pays
agricole et industriel. Le tourisme
Q¶H[LVWDLWTXHVXUOD&{WHG¶$]XU
Principales cultures : primeurs et
fruits (Plaine du Comtat et Petite
Crau), fleurs (Grasse), vigne et
ROLYLHUTXHO¶RQFXOWLYHSDUWRXW
Troupeaux transhumants dans la
*UDQGH &UDX %°XIV HW FKHYDX[ HQ
Camargue.
Près des côtes, on pêche : thon,
maquereau, sardine, anchois.
Principales industries : usines
électriques, mines de bauxite
(Brignoles) et de lignite,
constructions navales (La Seyne, La
Ciotat), huileries et fabriques de
conserves, poteries, industries
WRXULVWLTXHV &{WHG¶$]XU  ͛ĂƉƌğƐͨ Notre provence » par [Link] et A. Vérola, Instituteurs, vers 1942
684 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

E - Au plan administratif

ŸLa Région PACA englobe les Hautes-Alpes, mais


la PROVENCE ne comprend pas les Hautes Alpes.

F - Au plan des régions touristiques


La Provence est une région
diversifiée et contrastée entre les
plaines du Bas-Rhône et de la
Durance et les hautes vallées
glaciaires des Alpes. Il en résulte que
cette région présente à la fois des
traits méditerranéens cléments et
alpins parfois rudes.
/HOLWWRUDOTXLV·pWHQGGH0DUVHLOOHj
Nice est plus tempéré. La côte
varoise en occupe une bonne partie, et
VHXOH OD SDUWLH VLWXpH j O·HVW HQWUH
O·(VWpUHO HW O·,WDOLH MXVWLILH
O·DSSHOODWLRQGH&{WHG·$]XU (French
riviera pour les étrangers).
Les noms récents de « Pays »
(1995) complètent désormais les
Certains ajoutent à la Provence, le sud de la Drôme (la Drôme provençale) et même une
cartes touristiques. ƉĂƌƚŝĞĚĞů͛ƌĚğĐŚĞĞƚĚƵ'ĂƌĚ͕ƚĂŶĚŝƐƋƵĞĚ͛ĂƵƚƌĞƐĞŶĞdžĐůƵĞŶƚůĞŽŵƚĠĚĞEŝĐĞ͙
G - Au plan des traditions :
La Basse Provence et la Haute Provence
DDQV O·KLVWRLUH GHV FRVWXPHV WUDGLWLRQQHOV, la
distinction entre les vocables « Basse Provence » et
« Haute Provence » est encore très présente. Ces deux
appellations ont survécu à la Révolution.
La Basse Provence qui correspondait à la partie côtière a
été divisée en trois GpSDUWHPHQWVjO¶ouest les Bouches du
Rhône y compris la Camargue, au centre le Var et à l¶est
les Alpes Maritimes OH FRPWp GH 1LFH Q¶pWDLW SDV DORUV
rattaché à la France). On y retrouve les costumes
arlésiens, de Basse Provence (Var) et Niçois.
La Haute Provence correspondait à la Provence
intérieure comprenant de nos jours le Vaucluse, le sud de
la Drôme et les Alpes de Haute Provence. Mais les
influences ont imposé dans le Vaucluse : le costume
comtadin (du Comtat) et dans la Haute Provence : des Cette carte touristique de [Link] destinée aux anglophones.
costumes locaux où le costume paysan est très Elle mentionne encore les Hautes Alpes dans les 7 départements de la Provence,
représenté. comme quoi en 50 ans, les habitudes sont plus fortes que la réorganisation
administrative de nos régions depuis 1963 !
685 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

3212 ʹ HISTOIRE DE LA PROVENCE (bref résumé)


͛ŽƌŝŐŝŶĞcelto-ligure, la Provence a connu une période romaine dont un grand nombre de monuments sont encore
les témoins. Bien des épisodes suivirent : invasions barbares, croisade des Albigeois, rois angevins, papes en Avignon,
épidémies du 14e ƐŝğĐůĞ͕ ŐƵĞƌƌĞƐ Ě͛/talie, peste de 1720, période révolutionnaire, épisodes napoléoniens, Provence
ďůĂŶĐŚĞƉƵŝƐƌĠƉƵďůŝĐĂŝŶĞĂƵy/yğŵĞƐŝğĐůĞ͕ĨŽƌƚƐĐŽƵƌĂŶƚƐŵŝŐƌĂƚŽŝƌĞƐĞƚƌĂƉĂƚƌŝĠƐĚ͛ůŐĠƌŝe dans la seconde moitié du
XXe siècle.

Le Comté de Provence
dans la région Paca
En 1976, la création de la
nouvelle Région PACA
3URYHQFH$OSHV&{WHG¶$]XU 
englobant la Corse en
Carte des trois fiefs provençaux Provence, a rétabli plus ou
en 1125.
PRLQV O·DQFLHQQH 3URYHQFH
En 1125, à OD VXLWH G¶XQ WUDLWp OH
Médiévale, en lui ajoutant le
Marquisat de Provence fut attribué aux
Comtat Venaissin en 1793 ²
Comtes de Toulouse, le Comté de
le Comté de Nice avec une
Forcalquier devint autonome et le Comté La France en 1477 partie des Alpes Maritimes
de Provence revint aux Comte de
En 1482, le Comté de Provence fut légué au roi en 1860, les petits territoires
Barcelone. En 1193 le mariage
de France Louis XI, tout en gardant son frontaliers de Tende et de La
G¶$OSKRQVHGH3URYHQFHDYHF*HUVDQGH
indépendance. Un Parlement de Provence fut Brigue en 1946 - les Hautes
de Sabran* SHUPLW O¶XQLILFDWLRQ GHV
créé en 1501 et les rois de France* qui Alpes en 1982. La région Paca
Comtés de Forcalquier et de Provence.
gouvernaient la Provence comme toute province, ne correspond pas à une unité
(Q  OH &RPWp G¶2UDQJH YDVVDO GX
furent néanmoins tenus de respecter les droits naturelle, elle intègre divers
Marquisat de Provence fut érigé en
HWFRXWXPHVORFDX[MXVTX·jOD5pYROXWLRQ milieux structuraux et une
Principauté autonome. En 1274, le
grande diversité climatique.
Marquisat de Provence fut transmis à la * Seul Louis XIV a pris Marseille en 1660 pour châtier
Papauté et devint le Comtat Venaissin. XQFRPSORW/H3DUOHPHQWG¶$L[HQ3URYHQFH
suspendu en 1771 fut rétabli en 1775.
* Les descendants de ůĂĨĂŵŝůůĞĚĞ^ĂďƌĂŶŽŶƚƌĠƐŝĚĠĂƵĐŚąƚĞĂƵĚ͛ŶƐŽƵŝƐũƵƐƋƵ͛ĞŶϮϬϬϴ͘Héloïse et Irène ont visité les lieux en
août 2010 avec les nouveaux propriétaires.

322 ² LE DEPARTEMENT DU VAUCLUSE


,O VH FRPSRVH G¶XQ WHUULWRLUH VLWXp j O¶HVW GH OD
région Paca et de O¶HQFODYHGH9DOUpDVVLWXpHDX
sud de la Drôme. Son nom vient de « vallis
clausa » ou vallée close, ce qui fait allusion à la
vallée de la Sorgue se terminant en cul de sac
par « la Fontaine de Vaucluse» ou résurgence
au pied de grandes falaises calcaires.
3221 : GEOGRAPHIE DU VAUCLUSE
A - Au niveau du relief, il comprend :
* Des plaines parsemées de collines dont la
plaine du Comtat VLWXpH DX VXG HW j O¶RXHVW GX
Mont Ventoux est la plus importante. Source :
* De petites montagnes : les Dentelles de Intercarto, 2004
Montmirail, Monts du Vaucluse (point le plus
haut à 1.256 m), le Massif du Luberon, et à part une vraie montagne : Le Mont Ventoux qui culmine à 1912 mètres, dénommée
le géant de Provence.
* des Gorges taillées dans les roches calcaires : Gorges de la Nesque, Combe de Lourmarin
686 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

B - $X QLYHDX GH O·K\GURJUDSKLH, O¶HDX VH


présente sous diverses formes : Enclave de Valréas

* OHVFRXUVG¶HDX : le Rhône et la Durance en Les


sont les principaux. Leur confluence a lieu en Baronnies
Avignon. Mais il faut y ajouter de petites
ULYLqUHV OHV6RUJXHV HWG¶DXWUHVDXGpELWWUqV
irrégulier et non régulé pouvant provoquer des Dentelles de
Montmirail
inondations.
* des sources remarquables dont la Fontaine
de Vaucluse est la 1ère résurgence de France.
* des canaux : celui de Carpentras, de
Donzère-Mondragon, de Provence, Saint
-XOLHQ DYHF G¶LQQRPEUDEOHV UpVHDX[ GH Gorges de
roubines fertilisant champs et jardins
* plusieurs SODQVG¶HDXHWGHVvOHV dont celles
de la Barthelasse à Avignon
C - Au niveau du climat, plusieurs types liés
jO¶DOWLWXGHHWj O¶HPSODFHPHQW :
* au sud, climat méditerranéen Combe de Lourmarin

* pour la partie nord ouest des massifs du


Vaucluse et des Baronnies, influence semi Les Régions naturelles du Vaucluse
continentale Le Mont Ventoux constitue une exception. Ses différents niveaux lui donnent
une panoplie de climats entraînant une flore particulière et une biodiversité
* pour les parties nord-est des massifs du
telle, ƋƵĞů͛hŶĞƐĐŽů͛ĂĐůĂƐƐĠĐŽŵŵĞréserve de biosphère en 1990. Par ailleurs,
Vaucluse et des Baronnies, climat
montagnard. la géologie particulière du Luberon comprenant de nombreux gisements de
fossiles (poissons, grenouilles, oiseaux, tortues, insectes et végétaux) a permis
Dans la vallée du Rhône, et sur le Mont la création du Parc naturel Régional du Lubéron.
Ventoux, le mistral est fréquent et parfois
violent
D ² Au niveau du tourisme et des Parcs Naturels
Les circuits touristiques citent en 1er lieu la Cité des Papes : Avignon et le Théâtre
DQWLTXHG·2UDQJH Les villages classés sont répartis dans les 4 Pays visibles sur la
carte de droite. Répartition des régions du Vaucluse pour les Villages classés Ź
Il existe un Parc Naturel Régional : Le PNR du Luberon (avec les ocres de Rustrel à
O¶2XHVW HWXQHZone classée « Réserve de Biosphère ªSDUO¶8QHVFR : Le Ventoux, qui
peut se transformer parfois en station de ski (Mont Serein).
Par ailleurs de nombreux sites (paysages, patrimRLQHV  V¶DMRXWHQW DX[ DFWLYLWpV
JDVWURQRPLTXHV YLQV KXLOHV G¶ROLYH VSpFLDOLWpV  DUWLVDQDOHV SRWHULHV WLVVXV KXLOHV
HVVHQWLHOOHV HWDUWLVWLTXHV )HVWLYDOG¶$YLJQRQDUWLVWHVSHLQWUHV 
E ʹ Au niveau économique
Pour 2012, la C.C.I. du Vaucluse les résume ainsi :
Nb étab RCS 2012 % Effectifs %
salariés*
Industrie 1 955 8% 17 556 20%
Construction 2 882 12% 8 289 10%
Commerce 8 575 34% 28 634 33%
Services 11 480 46% 31 646 37%
Total 24 893 100% 87 124 100%

Pour 2013, les activités les plus ƌĞƉƌĠƐĞŶƚĠĞƐĞŶŶŽŵďƌĞĚ͛ĠƚĂďůŝƐƐĞŵĞŶƚƐ :


1) construction : 2 882 établissements
2) hébergement et restauration : 2 624 établissements
3) Les activités spécialisées, scientifiques et techniques : 1 933 éts
4) Le commerce de gros : 1 827 établissements (5) Le commerce de détail
alimentaire : 1 392 établissements
687 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

3222 ʹ ,/^dK/ZZ^hD͛s/'EKEdhKDddsE/^^/E
$O¶LVVXHGHODSpULRGHGHVgrandes invasions, les romains y LPSODQWqUHQWODYLJQHHWO¶ROLYLHU0DLVFe sont les papes, installés à
Avignon et dans le Comtat Venaissin durant plusieurs siècles (par les légations, voir p 688) qui ont donné à cette terre sa
particularité historique et son épanouissement culturel.
A - /$9,//('·$9,*121
De nombreux vestiges DWWHVWHQWG·XQHRFFXSDWLRQGHVVROVDQVDY-&HWFRQVWLWXHnt O·XQHGHVSOXVYLHLOOHVYLOOHV
G·(XURSH$SUqVODSpULRGHIpRGDOH$YLJQRQGHYLHQWXQHFLWpSURVSqUHV·HQWRXUDQWGHUHPSDUWVHWSUpOHYDQWGHVGURLWV
VXU OHV PDUFKDQGLVHV WUDYHUVDQW OH 3RQW 6W %HQH]HW WDQGLV TXH V·pWDEOLW XQ HQVHPEOH UHOLJLHX[ GRWp GH SDURisses,
commanderies, couvents et une université ouverte en 1303.
* Au XIIIe siècle : en 1229, le Comte de Toulouse vaincu par la Guerre des Albigeois doit céder le COMTAT VENAISSIN au
SAINT SIEGE, par le traité de Paris signé par Saint Louis. Après la mort du comte de Toulouse Raymond VII en 1245, la ville
passe sous la double tutelle de Charles Ier d
$QMRXFRPWHGH3URYHQFHHWG¶Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse, tous deux
frères du roi Saint Louis. Ils restaurent l'autorité comtale en réduisant définitivement le pouvoir communal en 1251. En 1274, le
roi Philippe III le Hardi, héritier de son oncle Alphonse de Poitiers mort sans descendance fait définitivement don du Comtat
Venaissin à l'Eglise. Son successeur Philippe le Bel céda ses parts sur Avignon en 1290 au comte de Provence Charles
II d'Anjou qui devient alors le seul maître d'Avignon.
* Le XIVe siècle est une période prestigieuse qui verra se succéder sur lHVULYHVGX5K{QHGXUDQWSUqVG·XQVLqFOHQHXI
papes dont deux schismatiques (* voir ci-après résumé de la Papauté). En 1309 le pape bordelais Clément V fuyant
O·LQVpFXULWpURPDLQHV·LQVWDOOHj$YLJQRQLe Palais des Papes est construit : la partie la plus ancienne entre 1334 et 1342
par Benoît XII, la plus récente entre 1342 et 1352 par son successeur Clément VI, ainsi que O·pJOLVH6W'LGLHUHWOD/LYUpH
Ceccano.
* Du XVe au XVIIIe siècle, après le départ de la Papauté*, Avignon est gouvernée par des légats nommés par le Pape puis par
des vice-légats. La prospérité de la ville profite au monde intellectuel et artistique (Ex : La Pieta conservée au Musée du Louvre
due à la célèbre « (FROHG¶$YLJQRQ »). Plusieurs édifices baroques sont construits (Musée du petit Palais, Hôtel des Monnaies,
Musée Calvet).
* Au cours du XIXe siècle, Avignon exerce le rôle de chef-OLHX G¶XQ GpSDUWHPHQW HVVHQWLHOOHPHQW DJULFROH : garance, vers à
VRLH«*UkFHDX[)pOLEUHVGRQW7KpRGRUH$XEDQHO-RVHph Roumanille et surtout Frédéric Mistral, elle redevient capitale de la
5HQDLVVDQFHSURYHQoDOH/¶XUEDQLVPHVHPRGHUQLVH SHUFHPHQWGHODUXHGHOD5pSXEOLTXHPDLULHWKpkWUH 
* Au XXe siècle, Jean Vilar crée, dans le Palais des Papes, le plus important festival de théâtre du Monde qui se perpétue de
nos jours. Les quartiers modernes extra-PXURV VRQW FRQVWUXLWV HW OD UpQRYDWLRQ GX SDWULPRLQH G¶$YLJQRQ HVW ODQFpH DYHF OD
FUpDWLRQG¶XQ3DODLVGHV&RQJUqVHWG¶XQH8QLYHUVLWp/¶pJOLVH6W-RVHSK-Travailleur entre Champfleury et Monclar est inscrite au
titre des Monuments historiques. De nouveaux ponts sont édifiés sur le Rhône dont un pour le TGV.
* RESUME DE LA PAPAUTE A AVIGNON (synthèse de nombreux sites)
Pour présenter simplement une situation complexe, il faut savoir que dès 395, des différences ont commencé entre le
christianisme oriental (ex ͗ů͛ŵƉĞƌĞƵƌƌĞƉƌĠƐĞŶƚĂŶƚĚƵŚƌŝƐƚĞƐƚůĞĐŚĞĨĚĞů͛ĠŐůŝƐĞͿĞƚůĞĐŚƌŝƐƚŝĂŶŝƐŵĞŽĐĐŝĚĞŶƚĂůƐŽƵŵŝƐă
ER
la seule autorité du Pape. Il en est résulté un 1 SCHISME EN 1054 (renforcé par la prise de Constantinople en 1204) qui a
séparé dans la Chrétienté, les Catholiques et les Orthodoxes. En réalité, les divergences concernaient la liturgie, la
spiritualité, la théologie et le droit canonique. Les structures fondamentales eucharistique, sacramentelle et épiscopale
restaient communes.
Le terme « Grand SchiƐŵĞĚ͛KĐĐŝĚĞŶƚ » désigne une nouvelle crise du catholicisme entre 1378 et 1417 où la papauté
ƌŽŵĂŝŶĞƐ͛ŽƉƉŽƐĞ ă ůĂ ƉĂƉĂƵƚĠĂǀŝŐŶŽŶŶĂŝƐĞ͘ ƉƌğƐůĂŵŽƌƚĚĞ 'ƌĠŐŽŝƌĞ y/͕ĚĞƌŶŝĞƌ ƉĂƉĞ Ě͛ǀŝŐŶŽŶŵŽƌƚă ZŽŵĞ ĞŶ
1378, de nombreux conflits ont opposé les partisans Ě͛ƵŶƉĂƉĞƌŽŵĂŝŶĞƚĐĞƵdžĚ͛ƵŶƉĂƉĞĂǀŝŐŶŽŶŶĂŝƐ͘WĞŶĚĂŶƚϯϬĂŶƐ͕ĚĞƐ
élections parallèles subsisteront entre les deux villes.
Depuis longtemps déjà et surtout pendant la deuxième moitié du XIIIe siècle, le pape a l'habitude de résider hors de
Rome. Innocent IV, par exemple, séjourna plusieurs années à Lyon entre 1245 et 1251. Quand le pape Clément V arrive à
Avignon en 1309, accueilli par les Dominicains, il n'a pas l'intention de s'y établir définitivement ni de faire de cette ville
une nouvelle capitale de la chrétienté. C'est pourtant le rôle que la ville va jouer pendant un siècle.
Le choix d'Avignon comme lieu de résidence permanent est dû essentiellement à des considérations politiques. Le pape ne
veut plus résider dans une Rome déchirée par des clans rivaux, en proie à des émeutes quasi-permanentes. Depuis le
Schisme entre Église d'Orient et d'Occident, Rome se trouve excentrée par rapport au centre de la chrétienté catholique dont
les royaumes de France et d'Angleterre sont les deux grandes puissances rivales. Avignon jouxte le Comtat Venaissin, terre de
l'Eglise depuis 1274. La ville elle même appartient à Charles II d'Anjou, comte de Provence mais aussi vassal et fidèle allié du
pape en tant que roi de Naples. La Provence, pacifiée, jouit d'une paix profonde depuis un demi-siècle.
Les Papes résidèrent à Avignon pendant deux périodes consécutives :
688 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

A) Pendant la 1ère période, de 1309 à 1378, sept papes légitimes se succédèrent. Ces années vont radicalement
transformer la ville et la marquer d'une empreinte à laquelle elle doit encore sa renommée mondiale.
3HQGDQW FHWWH SpULRGH R OD 3DSDXWp G¶$YLJQRQ IXW UHFRQQXH RIILFLHOOHPHQW FRPPH FKHI GH O¶(JOLVH FDWKROLTXH URPDLQH GHV
affrontements eurent lieu entre Philippe le Bel et la Papauté SRXUGHVUDLVRQVILQDQFLqUHVHWGHULYDOLWpGqVVXLYLVG¶DXWUHV
conflits avec Clément V, alors que se déroulait le procès des Templiers HWTXHV¶LQVWDOODLWXQFRQWHQWLHX[IUDQFR-italien. Notons au
passage que Clément V établit sa curie à Carpentras en 1313 et que cette ville devint la capitale du Comtat Venaissin en 1320.
7URLVDQVSOXVWDUGODSODLQHGX&RPWDWpWDLWGHYHQXHOHJUHQLHUjEOpGHODSDSDXWpG¶$YLJQRQ

Puis, la reine Jeanne de Naples ayant vendu Avignon à Clément VI en 1348, les deux possessions pontificales de Carpentras
HW G¶$YLJQRQ IRUPqUHQW DORUV FKDFXQH XQ (WDW GLVWLQFW IUDSSDQW PRQQDLH HW EDWWDQW SDYLOORQ. Leurs habitants étaient
exempts de taxes.
Ź /(66(373$3(6'·$9,*121'(/$(5(3(5,2'( -1378) - tous français et reconnus par tous comme
chefs GHO·(JOLVHFDWKROLTXHURPDLQH
Source des images : [Link]

1. Clément V, 2. Jean XXII, 3. Benoît XII, 4. Clément VI, 5. Innocent VI, 6. Urbain V, 7. Grégoire XI,
1305-1314 1316-1334 1334-1342 1342-1352 1352-1362 1362-1370 1370-1376
Réside en 1309 à Austère, tenta de Amateur du faste, Austère, vendit des Austère et Neveu de Clément
: Avignon, puis à (QULFKLWO¶JOLVHSDU rétablir la paix, et des Arts, fit objets personnels bénédictin, entreprit VI, promeut la
Malaucène, la fiscalité. entreprit la construire la plus pour renflouer le St les premières Croisade pour
Carpentras et Combat contruction du belle partie du Siè[Link] édifier des démarches pour arrêter les Infidèles
Caromb. Meurt à O¶,QTXLVLWLRQ. Palais en 1340 Palais en ruinant le remparts pendant la fixer la Papauté à et veut ramener la
Roquemaure en Inhumé dans la Trésor. Inhumé à peste. Enterré à la Rome. Seul pape Papauté à Rome où
rejoignant sa cathédrale des O¶DEEDWLDOH GH OD Chartreuse de G¶$YLJQRQ EpDWLILp il meurt en 1378.
Guyenne natale. Doms. Chaise ±Dieu. Villeneuve. en 1870.

B) Pendant la seconde période, de 1378 à 1418, correspondant au *UDQG6FKLVPHG·2FFLGHQW : deux papes rivaux
se succédèrent qui SUpWHQGLUHQWUpJQHUVXUOD&KUpWLHQWpO·XQj$YLJQRQO·DXWUHj5RPH

Cette période vit la chrétienté catholique divisée en deux obédiences pendant quarante ans, les successions pontificales eurent
lieu simultanément à Avignon et à Rome. Il en résulta de multiples rebondissements dont la promulgation par Charles VII de
« La Pragmatique Sanction de Bourges » mettant en place une alliance entre le souverain et le clergé avec une limitation des
prérogatives du Pape.

Celle-FLIXWDFFHSWpHSDUOHFOHUJpIUDQoDLVHWODSOXSDUWGHV3DUOHPHQWVjO¶H[FHSWLRQGHFHX[GH%UHWDJQHHWGe Bourgogne.
Avignon avait définitivement perdu sa prérogative papale. Cette crise religieuse correspondait en fait à une crise plus large de la
société féodale.
Ź /(6'(8;3$3(6'·$9,*121'(/$ $ OD PrPH SpULRGH G·DXWUHV
2ème PERIODE (1378-1418) dénommés SDSHV UHFRQQXV SDU O·(JOLVH
« antipapes », non reconnus par tous ź exerçent à Rome :
SHQGDQWOH*UDQG6FKLVPHG¶2FFLGHQW
[Link] VI(italien)
La division de l'Eglise catholique en deux 2. Boniface IX
obédiences durera jusqu'en 1409. Il faudra 3. Innocent VII
plusieurs Conciles. A celui de Pise, un 3ème *UpJRLUH;,,«
pape fut élu. A celui de Constance (1415-
** 2. Considéré comme anti-pape
1418), les trois papes sont déposés et 1. Clément VII, 1378- Benoît XIII, 1394-1403 et indésirable, fut contraint de
O·pOHFWLRQ G·XQ SDSH XQLTXH UHFRQQX GDQV 1394 (français) * catalan, retenu V¶HQIHUPHUGDQVOH3DODLVSHQGDQW
WRXW O·RFFLGHQW D OLHX en 1417 : Martin V. prisonnier 5 ans avant 5 ans avant de se réfugier au
Mais la Réforme est ORLQ G¶rWUH WHUPLQpH GHV¶HQIXLU ** château de Châteaurenard.
Suivront notamment les réformes * 1. Clément VII a un train de vie fastueux. Son 6¶LQVWDOOHUD à Carpentras et au
protestantes et catholiques. neveu Pierre de Luxembourg, considéré comme un château de Sorgues avant de
saint eut des apparitions. Une chapelle en rappelle UHMRLQGUHO¶Italie.
le lieu à Châteauneuf du pape.
689 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

B ² LE COMTAT VENAISSIN
Le nom de VENAISSIN apparaît dans le haut Moyen Age HWVRQRULJLQHHVWWUqVGLVFXWpHSDUOHVKLVWRULHQVOHVXQVSHQVHQWTX¶LO
vient de VENDASCA ou VENASQUE qui a joué un rôle important en abritant les évêques entre le 5ème et le 9ème siècle.
'¶DXWUHVSHQFKHQWSRXUOHQRPG¶$9,*121$9,1,&86$XMRXUG¶KXL la première thèse semble prévaloir.
En 1229, le Comte de Toulouse vaincu par la Guerre des Albigeois doit céder le COMTAT VENAISSIN au SAINT SIEGE, par le
traité de Paris signé par Saint Louis. Le COMTAT VENAISSIN deviendra un état pontifical. Pour gérer cet état, le Pape y placera
un évêque venant de Rome, qui prendra le nom de « Recteur ». /HV pYrTXHV V¶installeront à Venasque, Pernes et enfin
&DUSHQWUDVHQRLOVUHVWHURQWMXVTX¶DXUDWWDFKHPHQWjODFrance.
Après le départ du dernier pape d'Avignon en 1403, Avignon et le Comtat Venaissin vécurent encore près de quatre
siècles sous le gouvernement de la Papauté. Constituées en légation permanente et administrées par un cardinal légat,
puis par un vice-légat, ces terres d'outre- monts enclavées dans le royaume de France, connurent un statut original
sous double influence romaine et française. C'est la Révolution qui mit fin à la souveraineté pontificale en 1791.
Tout au long de cette périodeOHV5RLVGH)UDQFHILUHQWSUHVVLRQVXUO¶pFRQRPLHGHV(WDWV3RQWLILFDX[QRWDPPHQWSDUODPLVHHQSODFHGH
droits de douane exorbitants. Par ailleurs, une grande épidémie de peste qui se décleQFKDj0DUVHLOOHjSDUWLUG¶XQEDWHDXOHPDL
HWSULWILQj$YLJQRQOHRFWREUHHXWSRXUFRQVpTXHQFHO¶pGLILFDWLRQG¶XQPXUGHODSHVWHHQSLHUUHVVqFKHVSRXr tenter de
limiter la contagion vers le Comtat Venaissin. On compta 126 000 morts dans la Provence, le Languedoc et le Comtat.
(QOHVGLVHWWHVH[LVWDLHQWjO¶pWDWHQGpPLTXHGDQVOH&RPWDWFH
TXLSURYRTXDXQSLOODJHGHVJUHQLHUVG¶$YLJQRQ/HMXLOOHWGHODPrPH
année, la Prise de La Bastille à Paris entraîna une grande peur dans
toutes les provinces. De nouveaux troubles éclatèrent à Avignon et à
Carpentras. Le 12 novembre, un député de Provence proposa une
PRWLRQGHUHVWLWXWLRQG¶$YLJQRQ HWGX&RPWDW9HQDLVVLQjOD)UDQFH,O
V¶HQVXLYLWVXUSODFHGHYLYHVUpDFWLRQVHWODJXHUre entre Avignon et le
Comtat se déclencha le 2 janvier 1791. A Avignon les meneurs étaient
des roturiers, des négociants, des hommes de loi, des maîtres-artisans
HW GHV ERXWLTXLHUV WUqV SURFKHV GX SHXSOH WDQGLV TX¶j &DUSHQWUDV OHV
rôles étaient tenus par GHV PHPEUHV GH O¶DULVWRFUDWLH Finalement, il
IDOOXW DWWHQGUH OH GpFUHW GX  VHSWHPEUH  SULV SDU O¶$VVHPEOpH
Constituante, pour « O¶LQFRUSRUDWLRQ j OD )UDQFH GHV GHX[ (WDWV UpXQLV
G¶$YLJQRQHWGH&DUSHQWUDV ». Le dit décret fut sanctionné par Louis XVI Carte de la Chronologie de la formation
le 2 octobre suivant. du futur territoire du Vaucluse

Le Comtat Venaissin cédé au Saint-Siège par le Comte de Toulouse au traité de Paris de 1229, effectivement remis à la papauté en 1274.
La ville d'Avignon, achetée en 1348 par le pape Clément VI à la Reine Jeanne, Comtesse de Provence.
La Principauté d'Orange, indépendante, avec des épisodes de main mise du roi de France jusqu'à son annexion au Dauphiné en 1731.
Une partie de Provence avec Apt (Sénéchaussée de Forcalquier), Pertuis (Viguerie d'Aix), Sault (terre adjacente de Provence, dépendant
directement du comté), Mondragon (Sénéchaussée d'Arles avec longtemps l'archevêque d'Arles comme principal coseigneur).
Saint-Marcellin-lès-Vaison, enclave du Dauphiné en Comtat. Source : Archives départementales du Vaucluse

3223 ʹ CREATION DU DEPARTEMENT DU VAUCLUSE

Le 25 juin 1793, la Convention Nationale Française prit un décret


relatif à « la IRUPDWLRQ G¶XQ ème département, sous la
dénomination de département de Vaucluse ».
Le département du Vaucluse fut ainsi définitivement constitué
par la réunion de la Cité-(WDWG·$YLJQRQGX&RPWDW9HQDLVVLQGH
O·HQFODYH GHV 3DSHV* dans la Drôme transformé en canton de
9DOUpDV GHV 3ULQFLSDXWpV G·2UDQJH HW GH 0RQGUDJRQ GH OD
9LJXHULH -XULGLFWLRQ G·$SWHWGX&RPWpGH6DXOW
Le nouveau département se vit supprimer cinq évêchés sur six :
Carpentras, Cavaillon, Apt, Orange et Vaison. Le seul maintenu fut
l·DUFKHYrFKpG·$YLJQRQ
* /D VXSSUHVVLRQ GH O·ordre du Temple en 1312 entraîna la cession à la
3DSDXWp GH O·LPSRUWDQWH FRPPDQGHULH GH 5LFKHUHQFKHV (Q  OH SDSH
Jean XXII renforça ses droits de suzeraineté hérités du Comte de Toulouse et de
Venaissin, en achetant Valréas et probablement Grillon au Dauphin de >ŽĐĂůŝƐĂƚŝŽŶĚĞƐĞƐƉĂĐĞƐĚĞů͛ŶĐŝĞŶZĠŐŝŵĞĂLJĂŶƚƐĞƌǀŝă
Viennois. la création du département du Vaucluse.
***
690 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

323ʹ WZ^Edd/KE^hyK^dhD^dZ/d/KEE>^ů͛Kh^d>WZKsE
Le costume provençal traditionnel de la Provence Ouest comporte deux types de costumes dont les aires géographiques ont
donné lieu à maintes discussions depuis la fin du XIXe siècle. Si on résume :
1. LE COSTUME ARLESIEN est porté dans ODUpJLRQG·$UOHV englobant la Camargue
formée par le delta du Rhône, située dans les Bouches du Rhône et le sud du Gard. Son
aire V·pWHQGégalement à la Crau et aux Alpilles.
2. LE COSTUME COMTADIN est porté dans le Vaucluse : Comtat Venaissin, Avignon et
au nord de la Durance, avec des incursions dans la Drôme provençale entourant Gard 2
O·HQFODYHGH9DOUpDVHW dans la partie nord est du Gard. Mis à part la coiffe et quelques
détails, les pièces de ce costume se retrouvent dans tous ceux de la Provence intérieure.
3RUWpV WRXV OHV GHX[ MXVTX·DX[ DQQpHV  QRWDPPHQW OH GLPDQFKH OHXU XVDJH DX TXRWLGLHQ D
été abandonné progressivement au cours de la 1ère moitié du XXe siècle. Mais des personnes
SDVVLRQQpHV°XYUDQWGDQVGHV$VVRFLDWLRQVIRONORULTXHVRXGDQVGHV&RQVHUYDWRLUHVRQWVXPDLQWHQLUOHV
traditions, effectuer des recherches, créer des costumes au plus près de la réalité historique, les faire
évoluer et les mettre en valeur. Chaque année, à différentes occasions festives, les deux costumes sont 1
présentés dans des défilés accompagnés de danses, très appréciés des touristes et des autochtones
(gens du pays). (QFRUHDXMRXUG¶KXL les arlésiennes sont considérées comme des femmes aisées ayant
HX OH PR\HQ GH V¶KDELOOHU SOXV ULFKHPHQW TXH OHV &RPWDGLQHV HW DXWUHV 3URYHQoDOHV GRQW OHV FRVWXPHV
moins luxueux et non pas moins beaux correspondent à des traditions plus rurales et paysannes.
Aires géographiques des deux costumes : 1 : Arlésien ʹ 2 : Comtadin
3231 ʹ ZdZ/^d/Yh^ h K^dhD  >͛Z>^/EE, extraits de [Link] [Link]/-L-association -
[Link] - [Link]
Ź dŽƵƌĚ͛ŚŽƌŝnjŽŶĂǀĂŶƚĚ͛ĞŶƚƌĞƌĚĂŶƐůĞĚĠƚĂŝů, Ě͛ĂƉƌğƐůĞƐ beaux ĐƌŽƋƵŝƐĚĞů͛ĐŽůĞĚĞDŽŶƉůĂŝƐŝƌăƌůĞƐ

La femme arlésienne en cravate La femme arlésienne en ruban

La fillette Le costume de mariage civil Le costume de gala


691 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

>Ğ ĐŽƐƚƵŵĞ ĚĞ ů͛ƌůĠƐŝĞŶŶĞ ŶĂŠƚ vers le milieu du XVIIIĞ ;ƐŽƵƐ >ŽƵŝƐ ysͿ͕ ĚƵ ĚĠƐŝƌ ĚĞƐ ŚĂďŝƚĂŶƚĞƐ Ě͛ƌůĞƐ ĚĞ
Ɛ͛ŚĂďŝůůĞƌĚŝĨĨĠƌĞŵŵĞŶƚ ĚĞƐĂƵƚƌĞƐĨĞŵŵĞƐ͛͘ĞƐƚ ƵŶĐŽƐƚƵŵĞƋƵŝǀĂƌŝĞƐĞůŽŶůĞƐĐůĂƐƐĞƐƐŽĐŝĂůĞƐ͕ůĞƐŵŽĚĞƐ͕ůĞƐ
ƐĂŝƐŽŶƐĞƚůĞƐąŐĞƐ͘>͛ƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶͨ Tradicioun » a élaboré une Charte qui codifie ces nombreux vêtements, ce qui
ĞƐƚĐŽŶƚĞƐƚĠƉĂƌĚ͛ĂƵƚƌĞƐ͘>ĞƐĚĠĨŝůĠƐ ƚŽƵƌŝƐƚŝƋƵĞƐŵĞƚƚĞŶƚƐŽƵǀĞŶƚů͛ĂĐĐĞŶƚƐƵƌůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐůĞƐƉůƵƐůƵdžƵĞƵdž͘

1- Le costume de l'arlésienne se compose d'une coiffe UpDOLVpH j SDUWLU G¶XQ FKLJQRQ VSpFLILTXH HQWRXUp G¶XQ UXEDQ GH YHORXUV
SDUWLFXOLHURXELHQUHFRXYHUWG¶XQHFUDYDWHSRVpHVXUun dessous de coiffe.
2- /H KDXW HVW FRPSRVp G·XQ FRUVDJH SUqV GX FRUSV DSSHOp XQH qVR RX DLVR VRXYHQW QRLUH qui peut être agrémenté ou non de
GHQWHOOHV,OHVWUHFRXYHUWG¶XQHchapelle composée de 4 pièces : 1 : SODVWURQRXGHYDQWG·HVWRPDF(trapèze de tissu brodé cachant la
poitrine)² 2 : guimpe (pièce de lingerie facultative en forme de U encadrant le cou et le plastron) ² 3 : fichu de dessous ou de propreté (
grand carré de tissu léger blanc plié en diagonale et plissé) ² 4 : fichu de dessus (grand carré de tissu plié en diagonale ou coupé en
WULDQJOH SODFp HQ GHUQLHU VXU OHV pSDXOHV UHFRXYUDQW OH GRV HW OD SRLWULQH G¶XQH IDoRQ SDUWLFXOLqUH HW V\PpWULTXH  Ces pièces sont
généralement de coton, de dentelles, de soie, et peuvent être brodé ou boutiV/¶KLYHUOHILFKXHVWHQODLQH
3- /HEDVHVWFRPSRVpGHFROODQWVFRXOHXUFKDLUG·XQSHQWLV (sorte de pantacourt avec dentelle ouvert entre les jambes ± comme les
arrière grands-mères à cause des jupes), G·XQMXSRQOXLDXVVLSRVVpGDQWGHVGHQWHOOHVHW de la jupe, qui peut être ronde ou à traîne
pour monter en amazone sur les chevaux de Camargue QRXV DYRQV YX HQ JpRJUDSKLH TXH OD YLOOH G¶$UOHV HVW OD FDSLWDOH GH OD
Camargue). Les tissus sont au choix de la demoiselle.

Nous allons détailler les costumeVGHO¶DUOpVLHQQHHQFRPPHQoDQWSDU les points communs. Puis nous verrons les principaux
types de costume TXL RQW VXUYpFX GH QRV MRXUV HW TXL RQW IDLW O¶REMHW GHV FURTXLV GH OD SDJH SUpFpGHQWH. La plupart des
illustrations sur le costume arlésien sont extraites dHO¶H[FHOOHQW site : [Link]/Charte-costume-d-Arles.
LES POINTS COMMUNS DANS PLUSIEURS CATEGORIES DU COSTUME ARLESIEN
Comme ils se retrouvent dans plusieurs des catégories, nous les abordons en préalable pour ne plus y revenir :
A - Les accessoires
B - Les deux types de coiffe : en cravate et au ruban ainsi que les modalités de la coiffure spécifique
C - La chapelle
A - LES ACCESSOIRES
Les principaux sont :
* les bijoux dont la croix
Ě͛Žƌ ŽƵ Ě͛ĂƌŐĞŶƚ ƐƵƌ
ruban de velours noir,
* les broches dont
cigales ou oliviers,
* l͛ŽŵďƌĞůůĞ pour se
protéger du soleil,
Ύ ů͛ĠǀĞŶƚĂŝů pour se
ventiler ou se cacher,
* les gants en dentelle, La croix Le médaillon >͛ĂƵŵƀnière
* le page : sorte de
Ύů͛ĂƵŵƀŶŝğƌĞ ƉŽƵƌƌĞĐƵĞŝůůŝƌů͛ĂƌŐĞŶƚĚĞůĂŵĞƐƐĞ
crochet monté sur
chapine qui sert à * le sac ͙
maintenir la traîne de la
jupe. ź/HSDJH

Ύ ů͛ĂƵŵƀŶŝğƌĞ ƉŽƵƌ ƌĞĐƵĞŝůůŝƌ ů͛ĂƌŐĞŶƚ ĚĞ ůĂ


messe.
ΎůĞƐĂĐ͙

Sur le ruban on distingue non seulement la broche


mais aussi ů͛ĂŝŐƵŝůůĞqui fixe le ruban à la coiffe.
692 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

B -LES DEUX TYPES DE COIFFE : LA COIFFE EN CRAVATE ET LA COIFFE AU RUBAN


B 1 - LA COIFFE EN CRAVATE
La cravate est un carré de 60 cm de
côté. On rabat les pointes opposées
vers le centre et on recommence les
plis. Pour le costume simple ou
endimanché, le tissu est blanc. Pour le
costume paysan, on utilise le
mouchoir de tête ou une cravate à
La cravate à plat devant soi Rabattre les pointes opposées vers le cent
petits motifs.

Commencer les plis vers le milieu Continuer en alternant les côtés La cravate est pliée
Pour se coiffer en cravate, préparer le peigne, le bonnet ou dessous de coiffe, 3 lacets, des crochets à cheveux, une
barrette, la laque - avant de procéder à la coiffure :
en premier séparer les cheveux en deux
crêper en prenant les mèches toujours dans le
même sens
laquer pour fixer le crêpage
positionner le peigne à environ 4 doigts du début du
ĐƵŝƌĐŚĞǀĞůƵĞƚů͛ĂƚƚĂĐŚĞƌăů͛ĂŝĚĞĚĞƐůĂĐĞƚƐ͘hŶƉĞigne
mal fixé compromet la solidité de toute la coiffure
faire une couette et attacher au bout un lacet
construire ensuite le premier bandeau et fixer celui-
ci au peigne
pratiquer de même pour le bandeau opposé, et
vérifier que les deux bandeaux soient identiques
positionner le bonnet ou dessus de coiffe Coiffe en cravate paysanne -
puis mettre la cravate autour du peigne Coiffe en cravate blanche dans ce cas les petits motifs
mettre la barrette en finition et un petit peu de du dimanche sont autorisés
laque sur le tout
B 2 - LA COIFFE AU RUBAN

ǀĂŶƚĚ͚ġƚƌĞƉŽƌƚĠƐ͕ůĞƐƌƵďĂŶƐĂƌůĠƐŝĞŶƐƐŽŶƚ
« sabrés » . Les fils de trame sont en effet
rasés à la main pour mettre en relief les motifs
Coiffe au ruban simple de cavalière du velours, ce qui représente au minimum une
Coiffe au ruban classique
porté avec un fichu simple journée de travail et explique leur coût.
porté avec un fichu habillé
Le ruban demande un tissu particulier, du velours le plus souvent et des décors spécifiques ce qui rendait et rend
ĞŶĐŽƌĞƐŽŶƉƌŝdžƚƌğƐĠůĞǀĠ͘^ĞƵůĞƐůĞƐĨĂŵŝůůĞƐĂŝƐĠĞƐƉŽƵǀĂŝĞŶƚƐĞů͛ŽĨĨƌŝƌ͘>ĞƐĐŽŝĨĨĞƐĂƵƌƵďĂŶƐŽŶƚƉŽƌƚĠĞƐĂǀĞĐĚĞƐ
costumes souvent habillés. Les femmes portent alors des « costume au ruban ». Ils sont portés majoritairement
pour une fête. Les rubans mesurent le plus souvent 100 cm de long (parfois 150) sur 7, 5 cm de large. Les rubans
authentiques du XIXe ont une valeur estimée de 100 à 600 euros. Si une extrémité se termine en arrondi (la demi-
lune), elle est appelée le guidon.
693 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

Pour se coiffer en ruban, il faut séparer les cheveux en deux par une ligne bien droite,
crêper chaque mèche puis laquer pour fixer le crêpage ʹ positionner le peigne
ƐƉĠĐŝĨŝƋƵĞăϰĚŽŝŐƚƐĚƵĚĠďƵƚĚƵĐƵŝƌĐŚĞǀĞůƵƐƵƌůĞĨƌŽŶƚĞƚů͛ĂƚƚĂĐŚĞƌĂƵdžĐŚĞǀĞƵdžă
l͛ĂŝĚĞĚƵůĂĐĞƚ;ŽƉĠƌĂƚŝŽŶĞƐƐĞŶƚŝĞůůĞͿʹ tourner les mèches une à une sur elles mêmes
pour former les bandeaux ʹ les attacher au fur et à mesure par un lacet et les attacher
au peigne. Les deux bandeaux doivent être identiques. Positionner le dessous de
coiffe (petite pièce en dentelle) au-ĚĞƐƐƵƐ ĚƵ ƉĞŝŐŶĞ Ğƚ ĚĞ ů͛ĂƚƚĂĐŚĞ ĚĞƐ ĐŚĞǀĞƵdž ʹ
ƉůĂĐĞƌ ůĞ ƌƵďĂŶ ĂƵƚŽƵƌ ĞŶ ů͛ĞŶƌŽƵůĂŶƚ ƉůƵƐŝĞƵƌƐ ĨŽŝƐ ʹ consolider avec une barrette. Les accessoires
>͛ĞdžƚƌĠŵŝƚĠĨŝŶĂůĞĚƵƌƵďĂŶĞƐƚƉŽƐŝƚŝŽŶŶĠĞĚĞĚŝǀĞƌƐĞƐĨĂĕŽŶƐ͘

Coiffes au ruban. Le ruban a une extrémité droite ou arrondie. Cette dernière est appelée le guidon avec ou sans dentelle.
C ʹ LA CHAPELLE
KŶĂƉƉĞůůĞĂŝŶƐŝů͛ĞŶƐĞŵďůĞĨŽƌŵĠĚƵĚĞǀĂŶƚĚ͛ĞƐƚŽŵĂĐ͕ĚĞůĂŐƵŝŵƉĞĞƚĚĞƐĨŝĐŚƵƐ, qui se place ƐƵƌů͛ğƐŽƉĂƌĚĞƐ
épingles savamment fixées. Le mot viendrait du Moyen-ŐĞ Žƶ ŝů ĚĠƐŝŐŶĂŝƚ ů͛ĞŶƐĞŵďůĞ ĚĞƐ ƌŝĚĞĂƵdž ĞŶĐĂĚƌĂŶƚ
ů͛ĂƵƚĞůĚĂŶƐůĞƐĠŐůŝƐĞƐ͛͘Žƶů͛ĂƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶĂǀĞĐůĞŵĂƌŝĂŐĞĚĞƐĚĞŶƚĞůůĞƐŽƵĚƌĂƉĠƐĂƵƚŽƵƌĚĞƐĐƌŽŝdžĚ͛ŽƌŽƵƉŝĞƌƌĞƐ
ĂƵĐŽƵ͙

1. >W>^dZKEKhsEd͛^dKD

Le plastron ŽƵ ĚĞǀĂŶƚ Ě͛ĞƐƚŽŵĂĐ est une pièce


non transparente en forme de trapèze ou de
rectangle qui masque la poitrine en cachant par
ĚĞǀĂŶƚůĂĨĞƌŵĞƚƵƌĞĚĞů͛ĞƐŽ͘

Il est plus ou moins raffiné selon les


circonstances : tissu en linon ou mousseline
brodé ou recouvert de dentelle tuyautée ou
volantée

2. LA GUIMPE OU TOUR DE COU est un


tissu en forme de U qui met en valeur la
courbe du cou. Au quotidien elle est
blanche avec une broderie discrète, assortie
au plastron. Pour un costume habillé, la
dentelle est fine, travaillée, voire tuyautée
et sa couleur qui peut être beige est
assortie au plastron.
Elle se pose autour du cou, les deux pans
rapportés à la taille et dessinant un
triangle avec le plastron. Seule la dentelle
La guimpe est un élément de finition de la chapelle.
se voit.
694 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

3. LE FICHU DE DESSOUS OU FICHU DE


PROPRETE OU FICHU DE GAZE « gazo » ĞƐƚů͛ƵŶĞ
des pièces les plus simples du costume. Il a la
ŵġŵĞ ĚŝŵĞŶƐŝŽŶ ƋƵĞ ůĞ ĨŝĐŚƵ ĚƵ ĚĞƐƐƵƐ ƋƵ͛il
maintient et met en valeur.
͛ĞƐƚ ƵŶŐƌĂŶĚĐĂƌƌĠĚ͛ϭ͕ϮϬ ŵĚĞĐƀƚĠĞŶƚŝƐƐƵ
léger : gaze, tulle, mousseline, souvent blanc,
plié sur la diagonale et entièrement plissé par
des plis de trois doigts de profondeur maintenus
par des épingles.
Il est posé de façon précise maintenu par des Tarlatanes beiges pouvant être
épingles pour laisser voir devant la partie utilisées en fichus de dessous pour les
dentelle de la guimpe et pour former dans le costumes habillés
ĚŽƐăů͛ĞŶĐŽůƵƌĞ͕ůĞďĠŶŝƚŝĞƌ͘
Les bouts de devant sont épinglés à la jupe puis
passés dessous.
Le fichu de dessous

4. LE FICHU DE DESSUS
͛ĞƐƚ ĂƵƐƐŝ ƵŶ ĐĂƌƌĠ Ě͛ϭ͕ϮϬ ŵ ĚĞ
côté ou bien un triangle, brodé ou
garni de dentelle, posé sur les
épaules.

Ύů͛ĂƌƌŝğƌĞil est également plissé


mais avec 5 plis seulement et fixé
au dos par une épingle centrale.
Deux épingles à tête de nacre fixent
le 5ème pli aux épaules et deux
autres, placées de chaque coté Le fichu en dentelle blanche Un fichu noir de costume de gala
Ě͛ƵŶĞďĂŶĚĞĞŶĐĂƌƚŽŶ;ϴĐŵdžϰĐŵͿ (le plus fréquent)
cachée dans le deuxième pli du
fichu, forment le « bénitier », en
dégageant la nuque. Au niveau de
ů͛ĞŶĐŽůƵƌĞ ůĞ ĨŝĐŚƵ ĚŽŝƚ ůĂŝƐƐĞƌ
apparaître les trois premiers plis du
fichu du dessous. La pointe du dos
ne doit pas descendre plus bas
que la taille.

* Devant, trois plis sont fixés de


chaque côté du dĞǀĂŶƚ Ě͛ĞƐƚŽŵĂĐ
et à la ceinture de la jupe. Le
quatrième pli est lâché et tombe au
niveau de la poitrine. Le cinquième hŶĨŝĐŚƵďůĂŶĐďƌŽĚĠƐƵƌů͛ğƐŽŶŽŝƌ Un fichu brodé assorti à la robe
est à la pointe des épaules. Les
deux pointes, nouées en forme de
pelote͕ ƐŽƵǀĞŶƚ ĞŶ ĨŽƌŵĞ ĚĞ ĐƈƵƌ
sont fixées à la ceinture de la jupe
ĂǀĂŶƚĚ͛ġƚƌĞŐůŝƐƐĠĞƐĚĞƐƐŽƵƐ͘

Dans les tenues de cérémonie en


gansé, le fichu est remplacé par la
pélerine ou dans les tenues de
gala, la pélerine est noire (voir
page 700). Le bénitier La chapelle
695 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

LES DIFFERENTES CATEGORIES DE COSTUMES DES ARLESIENNES


ůůĞƐƚŝĞŶŶĞŶƚĐŽŵƉƚĞĚĞů͛ąŐĞĚĞůĂƉĞƌƐŽŶŶĞ͕ĚĞƐĐůĂƐƐĞƐƐŽĐŝĂůĞƐ͕Ěes circonstances et des saisons. En voici les
catégories représentées actuellement par les Groupes folkloriques et Centres de recherche.
>ĞƐĚŝĨĨĠƌĞŶƚƐĐŽƐƚƵŵĞƐĚĞů͛ƌůĠƐŝĞŶŶĞ
™ POUR LES JEUNES ™ POUR LES FEMMES
1 - Pour les fillettes : le costume en bonnet 4 - le costume en cravate (paysan, villageois,
2 - Pour les adolescentes : le costume de Mireille endimanché)
3 - Pour les jeunes filles : le costume en ruban 5 - le costume en ruban (quotidien, endimanché,
bleu marine habillé, gansé)

* Le costume en cravate est un costume simple à porter tous les jours, à la ville comme à la campagne. Sur la tête,
une coiffe blanche : la "cravate" : triangle de percale blanche noué autour de la tête en "oreille de lapin", formant
ainsi deux jolies cornettes sur le dessus de la tête (voir p 692). Le costume en cravate est porté par toutes les
ƚƌĂŶĐŚĞƐĚ͛ąŐĞĚĞƉƵŝƐ ϴͬϵĂŶƐũƵƐƋƵ͛ăůĂŵĂŵĠ.
Il est composé d'une jupe de couleur en forme, ronde ou froncée, portée avec un tablier et un jupon de dessous
qui fait gonfler la jupe et paraître la taille plus fine, d'un corsage qu'on appelle "èso" près du corps, à manches
longues et toujours noir, sur lequel on pose la chapelle complète ou partielle. Partielle, la chapelle comprend au
minimum : 1. un devant d'estomac : plastron blanc en forme de trapèze, 2. un fichu de propreté (dessous), 3. un
fichu de dessus plissé blanc ou imprimé, complété dimanches ou jours de fête par une guimpe.
Il peut correspondre à trois catégories de costumes :
41 - le costume paysan
42 - le costume de villageoise ou costume simple
43 - le costume endimanché
* Le costume en ruban est une toilette de ville habillée . Sur la tête, la coiffure au ruban (voir p 692 et 693). Pour
sortir et pour recevoir, comme pour aller à la messe. Il se compose d'une jupe en forme sur un ou plusieurs
jupon(s) de dessous et d'un fichu fait dans le même tissu, celui-ci recouvre une "chapelle" parfois complète fixée
grâce à des épingles, qui superpose 1. devant d'estomac ou plastron, 2. guimpe, 3. fichu de dessous ou fichu de
propreté, 4. fichu de dessus plissé. Ce dernier doit être assorti à la jupe si possible dans le même tissu ou alors
blanc brodé. Le Ruban de coiffe en velours assortit ses couleurs à celles de la jupe et du fichu.
Dans le costume en ruban, on distingue :
51 - le costume quotidien
52 - le costume endimanché
53 - le costume habillé
54 - le costume de cérémonie en gansée ;ƋƵĞĐĞƌƚĂŝŶƐĐůĂƐƐĞŶƚăƉĂƌƚĞŶů͛ĂƉƉĞůĂŶƚcostume gansé)
DĂůŐƌĠůĞƐĂƉƉĂƌĞŶĐĞƐ͕ůĂƌĠŐŝŽŶĚ͛ƌůĞƐĞƚůĂĂŵĂƌŐƵĞŽŶƚĚĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůƐ paysans, mais ils sont moins
valorisés que dans le Comtat. Nous en verrons plus loin en distinguant les costumes paysans hors Camargue et ceux
de la Camargue qui relèvent des manadiers et des gardians. Les très nombreuses manifestations célébrant le costume
arlésien, présentent parfois les deux, suivant les coutumes du lieu. Par ailleurs, les costumes féminins sont de loin les
ƉůƵƐƌĞƉƌĠƐĞŶƚĠƐ͕ĐĞƋƵŝŶĞǀĞƵƚƉĂƐĚŝƌĞƋƵĞůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐŵĂƐĐƵůŝŶƐŶ͛ĞdžŝƐƚĞŶƚƉĂƐ͕ŵĂŝƐŝůƐƐŽŶƚŵŽŝŶƐĐĠůĠďƌĠƐ͘
NB : Pièces de costume non étudiées en détail :

Le panty ou pantalon Le jupon simple- ŝůƐ͛ĞŶĨŝůĞƐƵƌůĞ La jupe simple motifs colorés, Le tablier
resserré aux genoux panty plis froncés ou canon uni assorti à la jupe

/ůĐŽŶǀŝĞŶƚĚ͛LJĂũŽƵƚĞƌles bas souvent blancs et les ballerines noires et toutes simples.

Ź Les costumes illustrés qui vont suivre sont présentés ĚĂŶƐů͛ŽƌĚƌĞévoqué ci-dessus :
696 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

A - POUR LES FILLETTES : LE COSTUME EN BONNET


ou parfois en Mireille
͛ĂƉƌğƐůĂŚĂƌƚĞĚĞdƌĂĚŝĐŝŽƵŶ͕ŝůĞƐƚƉŽƌƚĠũƵƐƋƵ͛ă
ϴͬϭϬĂŶƐ͘>ĂƚġƚĞĞƐƚĐŽƵǀĞƌƚĞĚ͛ƵŶbonnet appelé
béguin, en coton blanc le plus souvent, qui ne
nécessite pas de coiffure. Certaines femmes
adultes conservent le port du bonnet.
Le haut comporte une chemise en coton blanc,
ƌĞǀġƚƵĞ Ě͛ƵŶ ĐĂraco noir à lacets, sorte de gilet
sans manches. La jupe qui arrive au-dessus de la
cheville est à petits motifs colorés, elle recouvre
un jupon et est protégée par un tablier.
͛ĂƵƚƌĞs sources indiquent que les enfants peuvent
Illustration de Marie-Claude
revêtir le costume de Mireille. (voir ci-dessous pour Monchaux dans « Les Enfants
les adolescentes). Les deux cornettes sont alors Le costume en bonnet provençaux »
appelées « oreilles de lapin » ou « papillons ».

B ʹ POUR LES ADOLESCENTES : LE


COSTUME DE MIREILLE

ŶƚƌĞϭϬĞƚϭϱĂŶƐ͕ů͛ĂĚŽůĞƐĐĞŶƚĞĨŽƌŵĞĚĞƵdž
bandeaux avec ses cheveux et les recouvre
Ě͛ƵŶ ďŽŶŶĞƚ ĚĞ ŵŽƵƐƐĞůŝŶĞ ďůĂŶĐŚĞ. Puis
ĞůůĞů͛ĞŶƚŽƵƌĞĚĞůĂĐƌĂǀĂƚĞďůĂŶĐŚĞĚŽŶƚůĞƐ
ĞdžƚƌĠŵŝƚĠƐďƌŽĚĠĞƐƐŽŶƚŶŽƵĠĞƐăů͛ĂǀĂŶƚĐĞ
qui forme des cornettes ou banettes. Ź
Cette coiffe porte le nom de Mireille en
ĂůůƵƐŝŽŶăů͛ŚĠƌŽŢŶĞĚĞ&ƌĠĚĠƌŝĐDŝƐƚƌĂůĐĞŶƐĠĞ
ĂǀŽŝƌƉŽƌƚĠĐĞƚƚĞƚĞŶƵĞ͘>͛ĂƉƉĞůůĂƚŝŽŶƌĞŵŽŶƚĞ
aux années 1920/1930.
Le costume comprend une jupe en cotonnade
arrivant au-ĚĞƐƐƵƐĚĞƐĐŚĞǀŝůůĞƐ͕Ě͛ƵŶƚĂďůŝĞƌ͕
Ě͛ƵŶĞğƐŽŶŽŝƌĞ͕Ě͛ƵŶĨŝĐŚƵƐŝŵƉůĞ͘
Détail de la coiffe de Mireille, le fond du bonnet a
été recouvert de dentelle, avant le montage du
fichu en cornettes par Calie, brodeuse Ź Le costume de Mireille
[Link]

C- POUR LES JEUNES FILLES : LE COSTUME EN


RUBAN BLEU MARINE DIT « COSTUME
VIRGINIENCO »

Pour ses 15 ans révolus, la jeune fille prend le


ruban. Le costume est élégant mais reste une
cotonnade. La coiffe est en ruban bleu marine
uniquement enserrant un dessus de coiffe en
mousseline brodée ou en tulle simple.
WŽƌƚĠ ƉĂƌ ƵŶĞ ĐŚĂƚŽƵŶŽ ;ĨŝůůĞͿ Ě͛ƌůĞƐ͕ ŝů
devient gai et offre au regard du passant la
fraîcheur de la jeunesse.
La prise de ruban peut se passer dans une
manifestation appelée « fiesto vierginenco »
qui se déroule chaque année, aux Saintes
Maries de la Mer le dernier dimanche de ƵƚŚĞŶƚŝƋƵĞƌƵďĂŶďůĞƵĚ͛ƌůĠƐŝĞŶŶĞ͕
juillet. Epoque Napoléon III. Dimensions : 100 x 8 cm Un costume virginienco
697 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

4 - LES COSTUMES EN CRAVATE


WŽƵƌ Ɛ͛ŚĂďŝůůĞƌ͕ ůĂ ĨĞŵŵĞ ĞŶĨŝůĞ ůĞƐ ďĂƐ ;ďůĂŶĐƐ ůĞ ƉůƵƐ ƐŽƵǀĞŶƚͿ͕ ůĞ ƉĂŶƚLJ ŽƵ ĐŽůůant (autrefois la culotte longue
fendue)͕ů͛ĞƐŽŽƵĐŽƌƐĂŐĞ͕ůĞũƵƉŽŶ͕ůĂũƵƉĞ͘ŶƐƵŝƚĞĞůůĞƉŽƐĞůĞĚĞǀĂŶƚĚ͛ĞƐƚŽŵĂĐ͕ůĞƚĂďůŝĞƌ, le fichu en formant la
pelote.
41- le costume paysan
͛ĞƐƚƵŶcostume de travail qui doit être
pratique et robuste.
Pour la femme, la jupe froncée en
cotonnade de couleur est protégée par
un tablier de couleur différente garni de
poches. >͛ğƐŽ en coton noir est garni
Ě͛ƵŶ plastron blanc. Pour sortir on lui
rajoute un fin galon ou une petite
dentelle au poignet.
Pour les gros travaux, la femme porte
une blouse ƋƵŝƌĞŵƉůĂĐĞů͛ğƐŽĞƚůĞĨŝĐŚƵ
(blouse bleue à droite).
>͛ŚŽŵŵĞ porte un pantalon sombre en
grosse toile, des bottes en peau, une
chemise blanche ou de couleur et un Remarquez la différence entre la tenue de la femme tout à droite
gilet. La large ceinture de flanelle rouge (blouse de gros travaux) et celle des autres plus endimanchées
(3 m de long) Ɛ͛ĂƉƉĞůůĞ une « taïole » ou ĂǀĞĐů͛ğƐŽŶŽŝƌĞƚůĞƉůĂƐƚƌŽŶďůĂŶĐ
taïolo. Le mouchoir de cou ĞƐƚĨƌĠƋƵĞŶƚ͘>͛ŚŽŵŵĞƉĞƵƚƉŽƌƚĞƌƵŶĞblouse cache-poussière.

Pendant les gros travaux,


Scène de vendange début XXe - Remarquez la capeline en paille aux les paysannes portaient la capeline en coton
bords resserrés par un élastique ainsi que la taïole du paysan pour se protéger du soleil

dĞŶƵĞĂĐƚƵĞůůĞĚ͛ƵŶŵĂŶĂĚŝĞƌĐĂŵĂƌŐƵĂŝƐ Lors de certains travaux, la paysanne se » contentait


éleveur de taureaux de combat Ě͛ƵŶ ƐŝŵƉůĞĨŝĐŚƵƐƵƌůĂƚġƚĞŽƵĚ͛ƵŶĐŚĂƉĞĂƵĚĞƉĂŝůůĞ
698 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

42 ʹ Le costume de villageoise ou
costume simple
͛ĞƐƚ ůĞ ĐŽƐƚƵŵĞ ƋƵĞ ů͛ŽŶ ƉŽƌƚĞ ƉŽƵƌ
rester chez soi, aller au marché, à une
ferrade, à une pegoulado (défilé).
Le haut comprend soit une blouse
simple (les 3 à droite sur la photo) soit
un fichu de propreté avec plastron
simple et fichu blanc ou coordonné à la
jupe (les 3 à gauche).
Les jupes sont rondes ou biaisées,
coupées dans des tissus à petits motifs et
recŽƵǀĞƌƚĞƐ Ě͛ƵŶ ƚĂďůŝĞƌ ƉŽƵǀĂŶƚ ġƚƌĞ
ŽƌŶĠĚ͛ƵŶǀŽůĂŶƚŽƵďƌŽĚĞƌŝĞ͘
Les couleurs sont parfois plus vives.

43 ʹ Le costume endimanché
La chapelle très soignée donne le ton à
la tenue endimanchée.
>͛ğƐŽ ;ĐĂƌĂĐŽ ă ŵĂŶĐŚĞƐ ůŽŶŐƵĞƐ) est
toujours noire, le tissu de bonne qualité.
Les manches sont garnies finement. La
matière peut-être légèrement travaillée.
>͛ĠƚĠĞůůĞĞƐƚůĠŐğƌĞ͘
La couleur de la jupe contraste toujours
ĂǀĞĐ ů͛ğƐŽ ŝŶǀĂƌŝĂďůĞŵĞŶƚ ŶŽŝƌĞ Ğƚ ůĞ
ĨŝĐŚƵŶ͛ĞƐƚũĂŵĂŝƐĂƐƐŽƌƚŝăůĂũƵƉĞ͘
La croix sur ruban de velours noir et le
sac sont de sortie.

Parenthèse sur les jupes et jupons


Dans le costume en cravate, on porte
différentes jupes, aux tissus
généralement gais : carreaux, rayures ou
motifs.
Pour les paysannes, la hauteur de la
jupe est un peu plus courte et elle arrive
aux chevilles. Elles sont montées à plis
canons. Le montage froncé est rare. Un
tablier la recouvre.
Pour les villageoises, la jupe est ronde
avec des plis plats sur les côtés et des
ĨƌŽŶĐĞƐăů͛ĂƌƌŝğƌĞ͘
Pour le dimanche, la jupe souvent ronde
ƉĞƵƚġƚƌĞƉůĂƚĞăů͛ĂǀĂŶƚĂǀĞĐĚĞƐƚŝƐƐƵƐ
et des motifs plus recherchés : soie,
ƐĂƚŝŶƐ͙
Les jupons protègent la lingerie intime et
ĚŽŶŶĞŶƚĚĞůĂƚĞŶƵĞǀŽŝƌĞĚĞů͛ĠƉĂŝƐƐĞƵƌ
à la jupe. >͛ŚŝǀĞƌ͕ŝůƐƉƌŽƚğŐĞŶƚĚƵĨƌŽŝĚ. Jupes de travail villageoises Jupes villageoises endimanchées
699 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

5 ʹ LES COSTUMES AU RUBAN


Ils vont du costume le plus simple au plus Pour la coiffe
élégant. quotidienne, seul le
ruban bleu marine
51ʹ Le costume quotidien en velours était
utilisé : le «Velout »
Il était porté à la maison par les citadines
et les villageoises.
La jupe est en cotonnade simple, garnie
Ě͛ƵŶ ƚĂďůŝĞƌ. Si elles sortaient, le tablier
était enlevé.
Le fichu est souvent assorti à la jupe
ƌŽŶĚĞŽƵďŝĞŶů͛ĠƚĠ͕ŝůĞƐƚďůĂŶĐ͘
>͛ğƐŽ ;ĐŽƌƐĂŐĞͿ ĞƐƚ ƚŽƵũŽƵƌƐ ŶŽŝƌĞ. Le
fichu de dessous ainsi que la guimpe ne
sont pas toujours mis.
Le ĚĞǀĂŶƚ Ě͛ĞƐƚŽŵĂĐ ƐŽďƌĞ est en
ŚĂƌŵŽŶŝĞĂǀĞĐů͛ĞŶƐĞŵďůĞ͘
52± Le costume endimanché

Le dimanche, ou pour des


réceptions ou de petites fêtes, les
femmes soignaient leurs
apparences.

La chapelle est alors complète


et finement travaillée. La jupe est
ronde ou biaisée, en coton ou en
ODLQDJH SRXU O¶KLYHU Le tablier
disparait.
͛ĞƐƚ ĂƵ ŶŝǀĞĂƵ ĚĞ ůĂ ĐŚĂƉĞůůĞ ƋƵĞ
On reste dans un costume en ů͛ŽŶ ŶŽƚĞ ůĞƐ ĚŝĨĨĠƌĞŶĐĞƐ. On rajoute
coton non soyeux, mais au la guimpe et le fichu de dessous. Le
ruban. plastron ou ĚĞǀĂŶƚ Ě͛ĞƐƚŽŵĂĐ est
finement travaillé ou porte de la
Le "Velout" est toujours bleu
marine et O¶qVRHVWQRLUH. Ce sont petite dentelle. Le fichu a une
des détails très importants à broderie, une dentelle, un galon.
respecter.

53 ʹ Le costume habillé

A certaines manifestations, le
costume se fait soyeux, précieux,
riche.

>͛ğƐŽ Ğƚ ůĂ ũƵƉĞ ƐŽŶƚ ĞŶ ƐŽŝĞ͘


>ŽƌƐƋƵ͛ĞůůĞƐ ƐŽŶt de même
couleur, on emploie alors le terme
de robe montante et la jupe doit
être de forme biaisée. La guimpe et le plastron sont en
dentelles fines tuyautées ou
^ŝŶŽŶ ů͛ğƐŽ ĞƐƚ ŶŽŝƌĞ Ğƚ ů͛ŽŶ montées à plat, le fichu est
emploie la jupe ronde. brodé, ou garni de riche dentelle.

Le ruban de rigueur est en Les femmes peuvent porter la


couleur, vierginen pour les jeunes pèlerine noire.
filles.
Ce costume raffiné est porté avec élégance par les arlésiennes dont la coiffure relevée contribue à leur distinction.
700 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

Dans le costume gansé,


le fichu est remplacé par la pèlerine
Défilé de costumes au ruban aux couleurs chatoyantes aux ravissantes dentelles montées avec art
ĂǀĞĐŽŵďƌĞůůĞƐ͕ďŝũŽƵdž͕ĠǀĞŶƚĂŝůƐ͙

54 ʹ Le costume de cérémonie en gansé


Il est porté actuellement par les mariées, les Reines et leurs
ĚĞŵŽŝƐĞůůĞƐ Ě͛ŚŽŶŶĞƵƌ͘ Au XIXe, il était réservé au mariage religieux.
Dans ce costume la dentelle est omniprésente.
Son nom vient de la coiffe en gansé c'est-à-dire ornée de ganses*.
La juƉĞĞƚů͛èso (aiso) sont dans la même soie, ĐĞƋƵŝĚŽŶŶĞů͛ŝůůƵƐŝŽŶ
Ě͛ƵŶĞ ƐĞƵůĞ ƉŝğĐĞ ĂƉƉĞůĠĞ ͨ robe montante » (faille moirée, soie
ďƌŽĐŚĠĞ͕ƚĂĨĨĞƚĂƐĚĂŵĂƐƐĠ͕ǀĞůŽƵƌƐĨƌĂƉƉĠ͙ͿƉĂƌĨŽŝƐĚĞĐŽƵůĞƵƌǀĞƌƚĞ͘
>ĂũƵƉĞƐ͛ĂůůŽŶŐĞăů͛ĂƌƌŝğƌĞĚ͛ƵŶĞtraîne plus ou moins longue. >͛ŽƵƌůĞƚ
ĚĞ ůĂ ƌŽďĞ ĞƐƚ ŐĂƌŶŝ ă ů͛ŝŶƚĠƌŝĞƵƌ Ě͛ƵŶ ďŽƵƌƌĞůĞƚ ƌĞĐŽƵǀĞƌƚ ĚĞ ƚŝƐƐƵ ƋƵŝ
évite au bas de la robe de se salir.
La chapelle est complète avec plastron et guimpe en dentelle, fichu de
dessous et pèlerine qui remplace le fichu de dessus.
* ganses, gansé : bandes de dentelles cousues en surjet, dont les
extrémités froncées en arrondi sont soutenues par un fil de laiton
enrubanné. (Merci à Nadine de Trans : site [Link] pour
ce précieux renseignement très rarement donné. ZĞŝŶĞĚ͛ƌůĞƐϮϬϬϱ

La pélerine du costume gansé


remplace le fichu des autres costumes. La coiffe en gansé
͛ĞƐƚƚŽƵũŽƵƌƐƵŶĂƌƚŝĐůĞĚĞůƵdžĞ en dentelle transparente montée sur
en dentelle. tige de laiton enrubannée.
Costume de gala avec la pèlerine noire
701 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

3231 bis - >  K ^d hD  Z > ^ / E  E ^  ͛ h dZ  ^ /Z K E^ d E  ^


A - LE DEUIL
>ĞĐŽƐƚƵŵĞƐĞĚŽŝƚĚ͛ġƚƌĞĚŝƐĐƌĞƚŶŽŝƌƵŶŝĞƚŵĂƚ͕ůĂŵŽƌƚ
ŶĞ Ɛ͛ĞdžŚŝďĞ ƉĂƐ͘ dŽƵƐ ůĞƐ ĂĐĐĞƐƐŽŝƌĞƐ ĚĞ ů͛ĂƌůĠƐŝĞŶŶĞ ƐĞ
déclinent en deuil : bijoux, tour de cou, mouchoir.
* Le grand deuil dure 13 mois. A cette occasion,
ů͛ĂƌůĠƐŝĞŶŶĞĞŶĚĞƵŝůůĠĞƉŽƌƚĞƵŶcostume noir uni, mat. Si
la guimpe est présente, celle ci est festonnée soit de
blanc, soit de noir. >Ğ ĚĞǀĂŶƚ Ě͛ĞƐƚŽŵĂĐ ĞƐƚ ĚĞƐ ƉůƵƐ
sobres, simplement festonné non brodé. >ĂũƵƉĞ͕ů͛ğƐŽĞƚůĞ
fichu sont noirs. Le ruban est en faille de soie noire, ou
remplacé par une cravate noire. Le bonnet, ou le dessus
de coiffe, est en mousseline blanche sans broderie.
Mamé en deuil à la couture

* Le demi-deuil a une
durée moins longue, 5 à 6
mois. La tenue reprend la
base du costume
précédent mais peut être
rehaussée Ě͛ƵŶ ĨŝĐŚƵ ĞŶ
mousseline blanche
brodée de noir ou
comportant de petits
motifs noirs. La jupe est
noire agrémentée de fins
motifs discrets. Le ruban,
ou la cravate, reste noir.

Les tissus sont selon


ů͛ŽĐĐĂƐŝŽŶ ĚƵ ĐŽƚŽŶ͕ ƐŽŝƚ
du lainage, soit une soie
mate. Aucune dentelle ni Arles - Arrivée du cortège lors des funérailles de Jacques Bon en 2010
aucune fioriture ne sont
admises.

Jacques Bon était une


figure camarguaise.
Tour à tour éleveur de
moutons, riziculteur,
manadier ou à la tête
du Mas de Peint dans
les environs de
Sambuc, il avait su se
faire apprécier et
aimer de la population
qui le considérait
comme un Seigneur de
Camargue, toujours
élégant aussi bien à
cheval que dans WůĂĐĞĚĞŐůŝƐĞĚĞůĂDĂũŽƌĚ͛ƌůĞƐ- Le cortège de deuil lors des funérailles
Ě͛ĂƵƚƌĞƐĐŝƌĐŽŶƐƚĂŶĐĞƐ͘ ĚĞ:ĂĐƋƵĞƐŽŶ͕ůĞϭϵŵĂƌƐϮϬϭϬ͕ĚĠĐĠĚĠăů͛ąŐĞĚĞϴϯĂŶƐ͘
702 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

B ʹ LE S GR AN D S P A RE NT S : L A M AM É E T L E PA P É
Les mamés sont celles qui maintiennent les traditions et les
transmettent à leurs filles, petites-filles et pour certaines même à
leurs arrières petites-filles. Sans elles les coutumes auraient sombré
ĚĂŶƐů͛ŽƵďůŝ͘
La mamé porte le costume en ruban tant que ses cheveux le lui
permettent.
Ensuite elle porte la cravate ou le ruban enveloppant toute la tête
selon la mode Louis Philippe.
Quel que ƐŽŝƚů͛ąŐĞ͕ŽŶƐĂŝƚƌĞƐƚĞƌĐŽƋƵĞƚƚĞ͘
Passé un certain âge, le deuil est de rigueur. En effet, la femme porte Ici la coiffe en cravate est assortie aux
ƚŽƵũŽƵƌƐůĞĚĞƵŝůĚ͛ƵŶƉĂƌĞŶƚƉƌŽĐŚĞŽƵĠůŽŝŐŶĠ. cheveux gris.

La mamé a bon goût. Ici, la mamé a des cheveux blancs


Cheveux gris, mais quelle
Le fichu coordonné avec la robe est abondants. Elle préfère cependant se
prestance. Coiffure au ruban et
savamment disposé. La coiffure est en simplifier la coiffure en utilisant le large
châle en cachemire.
cravate noire joliment nouée. ruban noir entourant la tête et le dessus de
coiffe.

Couple se chauffant au soleil. Couple dans un costume ůĂƐŽƌƚŝĞĚĞů͛ĠŐůŝƐĞ͕ƵŶĞĚĂme en cravate et


>͛ŚŽŵŵĞƉŽƌƚĞƵŶĞǀĞƐƚĞĞŶǀĞůŽƵƌƐ Ě͛ĠƉŽƋƵĞϭϴϯϬ͘>͛ŚŽŵŵĞƉŽƌƚĞ deux en bonnets Charles X garnis Ě͛ƵŶ
une redingote foulard ŶŽƵĠăů͛ĂǀĂŶƚ.
703 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

Arlésienne mamé oui, mais cavalière en amazone aussi, A gauche l͛ƵŶĞĚĞƐƚƌŽŝƐŵĂŵĠs͕ƉŽƌƚĞƵŶďŽŶŶĞƚƌĞĐŽƵǀĞƌƚĚ͛ƵŶ


avec tenue habillée, coiffe au ruban et robe en soierie foulard ŶŽŝƌŶŽƵĠƐƵƌůĞĐƀƚĠ͕ăůĂŵŽĚĞŚĂƌůĞƐy͛͘ĞƐƚƉůƵƐĨĂĐŝůĞ
que ůĞƌƵďĂŶĞƚƐŝů͛ŽŶĂƉĞƌĚƵĚĞƐĐŚĞǀĞƵdž͕ rien ne se voit.

C ʹ L E S S AI S ON S
* En hiver et en automne : les matières sont chaudes, laine, coton épais et flanelle. Les couleurs sont dans des
teintes foncées, sombres. Les manteaux, châles, gants, mitaines, chauffes épaules, tour de cou, dessus de chapelle,
bas de laine, chapelle et jupons de flanelles remplissent
parfaitement leurs offices. Ź

* Pour la saison printemps été ͕ĐŽŵŵĞŶŽƵƐů͛ĂǀŽŶƐ ǀƵ͗ Le fichu

les fichus sont blancs, les mousselines, les jupes fleurissent, en laine
est bordé
ůĞƐ ĐŽƵůĞƵƌƐ ƐŽŶƚ ĐŚĂƚŽLJĂŶƚĞƐ͕ ů͛ğƐo version été (manches
Ě͛un galon
plus courtes) est appréciable. Les manches ne sont pas en
de velours
dentelle mais dans un tissu ajouré non doublé au niveau des
ŵĂŶĐŚĞƐ͘>͛ŽŵďƌĞůůĞĞƚů͛ĠǀĞŶƚĂŝůƐŽŶƚĚĞƐŽƌƚŝĞůĞƐũŽƵƌƐĚĞ
grandes chaleurs.

En hiver, les tissus des jupes et


des eso sont en matière chaude :
lainages, coton grattés, flanelles.
Ź

Les fichus peuvent être en laine,


comme les deux à droite sur la
photo.

Et si nécessaire, on pose sur les


épaules un grand châle en
cachemire de laine sur les
ĠƉĂƵůĞƐ͕ ǀŽŝƌĞ ƵŶĞ ĐĂƉĞ Ɛ͛ŝů
ŶĞŝŐĞ͙
704 Chapitre XII ʹ Les costumes traditionnels et paysans

2QGHYLQHO¶pSDLVVHXUGHVMXSHVHW
des dessous, car les jupons aussi
sont en coton épais et chaud.

Certaines jupes sont en velours.

Les fichus sont en laine.

Ici dans un cortègede saison


froide, deux messieurs en
ĐŽƐƚƵŵĞ Ě͛ŚŝǀĞƌ  ĂĐĐŽŵƉĂŐŶĞŶƚ
ces dames.

Pour eux, pantalon et veste de


velours épais foncé, chemise en
flanelle, cravate au cou, chapeau.

D ʹ L E S D ES S OU S
La chemise est en chanvre, lin et coton pour les
costumes simples, elle est de fin coton pour les
costumes soyeux. Les chemises sont brodées lors de
la confection du trousseau, plus ou moins selon la
richesse du costume. Le corset et le cache-corset
peuvent être portés en costume habillé.
Les jupons peuvent être au nombre de trois. Ils sont
plus ou moins riches selon le costume. La culotte
fendue suit la même évolution. Les bas sont de soie,
ůĂŝŶĞ ŽƵ ĐŽƚŽŶ͕ ƵŶĞ ĨĞŵŵĞ Ŷ͛ĞƐƚ ũĂŵĂŝƐ ũĂŵďĞƐ
nues.
ŽƐĚ͛ƵŶũƵƉŽŶĞŶĚĂŵĂƐĚĞĐŽƚŽŶďůĂŶĐ. Ÿ Autrefois, le jupon en boutis était utilisé par
On distingue les plis formés par un lien coulissant à nouer dans le dos pour ů͛ƌůĠƐŝĞŶŶĞ͘ĞŶŽƐũŽƵƌƐ͕ŝůů͛ĞƐƚƐƵƌƚŽƵƚĚĂŶƐ
ŐŽŶŐůĞƌů͛ĂƌƌŝğƌĞĚĞůĂũƵƉĞ͘ le Comtat

Ż Jupon de mi-saison ouvragé


Ě͛ĞŶƚƌelés de dentelles et de
boutis pour donner de la tenue
à la jupe. Les plis religieux du
ŚĂƵƚ ĚŽŶŶĞŶƚ ĚĞ ů͛ĠƉĂŝƐƐĞƵƌ
aux hanches pour faire paraître
la taille plus fine.
Ÿ ĠƚĂŝůĚ͛ƵŶũƵƉŽŶĨŝŶĚ͛ĠƚĠĞŶƉĞƌĐĂůĞ
de coton évasé et dentelles
***
705 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

E ʹ LE S C O ST UMES P O UR LE S T RA VA UX AG R IC OL E S
Lors des défilés actuels, OHV DUOpVLHQQHV VRUWHQW OHXU FRVWXPH G¶DSSDUDW mais elles ULVTXHQW G·RFFXOWHU un des aspects
IRQGDPHQWDX[GHFHVLqFOHTX·HOOHVYHXOHQWIDLUHYLYUH : les costumes pour les travaux dans les champs : vendange, cueillette
des olives, préparation des fruits et légumes pour les marchés « Pour mener à bien leurs travaux, les Arlésiennes de la
campagne ne portaient pas leur grand costume, mais des cotonnades plus pratiques.
Les paysannes arlésiennes étaient souvent coiffées en cravate, portant des lainages ou des cotonnades simples. Pour
certains travaux plus exigeants, elles renonçaient même à la cravate. Sur la tête, elles portaient un simple fichu noué s ous le
menton ² ou une capeline en coton, coiffe très enveloppe rappelant un peu la quichenotte de Vendée, qui les protégeait du
soleil et de la poussière ² RXXQHFDSHOLQHHQSDLOOHTXLDWWpQXDLHQWO·DUGHXUGXVROHLO
Dans le Parc Naturel des Alpilles VLWXpHQWUH&UDX&DPDUJXH'XUDQFHHWDXF°XUGX3D\VG¶$UOHVles Fêtes traditionnelles rythment
OD YLH GHV YLOODJHV GHV $OSLOOHV WRXW DX ORQJ GH O¶DQQpH VRXYHQW OLpHV HQFRUH DX FDOHQGULHU DJULFROH célébrant les saisons et les
récoltes (moissons, olivades, vendanges..) : fêtes de la transhumance, feux de la Saint-Jean, pegoulado (défilé), carretto
ramado (charrette décorée de produits du terroir tirée par des chevaux)IrWHVYRWLYHVIrWHVFDOHQGDOHV«Elles sont un moment
G¶H[SUHVVLRQSULYLOpJLpSRXUOa musique et les danses, le costume traditionnel du Pays d'Arles, la célébration du taureau camarguais.
(QG¶DSUqVOHVDUFKLYHVGHV%RXFKHVGX5K{QHOD&DPDUJXHFRQVWLWXDLWXQHUpJLRQDJULFROHGHSRO\FXOWXUHYLWLFXOWXUHH t riz,
alors que dans la région voisine de la Crau, on y trouvait GHVFXOWXUHVIRXUUDJqUHVHWGHVpOHYDJHVG¶RYLQV$FWXHOOHPHQWOHVSULQFLSDOHV
DFWLYLWpV DJULFROHV GX 3D\V G¶$UOHV FRQFHUQHQW  O¶pOHYDJH GHV WDXUHDX[ HW GHV FKHYDX[ FDPDUJXDLV HQ YXH GHV FRPEDWV GH OD
sélection et GHODYLDQGH OHUL]OHVHOOHYLQ/DFXHLOOHWWHGHVROLYHVV¶HVWGpYHORSSpHGDQVG¶DXWUHVUpJLRQVGHOD3URYHQFH$XWUDvers
des images suivantes, je vous laisse observer les costumes des femmes et des hommes du milieu agricole.

E 1 ʹ Moisssons
et Fenaisons

Paysanne avec fichu Bonnet pouvant être porté sous la Moisson en Provence, juin 1888 , environs
au moment des moissons capeline de paille Ě͛ƌůĞƐ͘Tableau de Van Gogh
Le moulin à vent de Fontvieille, dit de Daudet, est le plus connu des moulins à vent de la région, mais bien Ě͛ĂƵƚƌĞƐ
moulins à vent très anciens ĂƚƚĞƐƚĞŶƚĚĞů͛ĂĐƚŝǀŝƚĠĚĞŵĞƵŶĞƌŝĞ͕ĚŽŶĐĚĞĐĠƌĠĂůĞƐăŵŽƵĚƌĞ͘ Il existait aussi des moulins
à huile ƚĠŵŽŝŐŶĂŶƚĚ͛ƵŶĞĂĐƚŝǀŝƚĠĚĞpuis des lustres de la proĚƵĐƚŝŽŶĚ͛ŽůŝǀŝĞƌƐ.

Pour les gros travaux : fenaison, moissons, le


costume de la paysanne arlésienne
comprenait :
* pour le haut : chemise blanche à manches ¾
sans dentelles, recouvert ou non Ě͛ƵŶ ĨŝĐŚƵ
coloré, selon les circonstances.
* pour le bas : culotte pantalon blanche ou
rayée, jupon rayé, jupe à petits motifs ou
rayée, tablier en tissu simple avec des poches.
Sur la tête, pour se protéger du soleil et de la
poussière, la paysanne arlésienne se coiffait
Ě͛ƵŶ ĐŚĂƉĞĂƵ ĚĞ ƉĂŝůůĞ ƉŽƌƚĠ ŽƵ ŶŽŶ ƐƵƌ Ƶn
ďŽŶŶĞƚ ĚĞ ĐŽƚŽŶ ďůĂŶĐ ŽƵ Ě͛ƵŶĞ ĐĂƉĞůŝŶĞ ĞŶ
coton très couvrante.
Exposition de tenues et coiffes paysannes ĚƵƉĂLJƐĚ͛ƌůĞƐ
du début XXe - Beaucaire - 2008
^ƵƌůĂƉŚŽƚŽĚĞů͛ĞdžƉŽƐŝƚŝŽŶ͕ƐŽŶƚƌĠƵŶŝĞƐ autour du foin : les tenues de travail en coton des paysannes arlésiennes : èsos
(ou chemisiers) de couleurs différentes de celle des jupes et des tabliers, capelines en paille et capelines en coton très
couvrantes ĐŽŶƐƚŝƚƵĠĞƐ Ě͛ƵŶ ďŽŶŶĞƚ ĐĂĐŚĂŶƚ ůĞƐ ŽƌĞŝůůĞƐ ƉƌŽůŽŶŐĠ ƉĂƌ ƵŶĞ ƉĞƚŝƚĞ ĐĂƉĞ Ě͛ƵŶ ƐĞƵů ƚĞŶĂŶƚ͕ rappelant les
ƋƵŝĐŚĞŶŽƚƚĞƐĚĞů͛ŠůĞĚ͛KůĠƌŽŶ͘ Au fond de la salle, on aperçoit des tenues de paysannes en dehors des périodes de gros
travaux, portant costumes au ruban ou en cravate.
706 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

E 2 - Vendanges

Vendanges à la main en Provence Retour de vendange en Provence : aquarelle


par René Seyssaud sĞƌƐϭϵϯϬĚ͛ĂƉƌğƐůĞƌĂĐĐŽƵƌĐŝƐƐĞŵĞŶƚĚĞƐũƵƉĞƐ͘

Au XIXe siècle͕ ůĂ ƌĠŐŝŽŶ Ě͛ƌůĞƐ produisait de


nombreuses vignes, plus que de nos jours.
Actuellement, le vignoble du Pays d'Arles
représente 1 000 hectares environ. Vingt cinq
vignerons se sont regroupés en syndicat et
cultivent des cépages traditionnels (grenache,
syrah, cinsault et carignan) qu'ils ont associés à
des cépages nobles (chardonnay, sauvignon,
merlot, cabernet, caladoc, marselan, ...). Certains
domaines sont en agriculture biologique ou
raisonnée.
La recherche de la qualité et de la nouveauté ont
abouti à une gamme variée de vins de qualité,
proposant les trois couleurs : rouge, blanc, rosé et
gris. Repas de vendangeurs ĞŶWƌŽǀĞŶĐĞǀĞƌƐϭϵϱϬ͕Ě͛ĂƉƌğƐůĞƐƚĞŶƵĞƐ.
Les jupes ont raccourci mais les capelines sont utilisées.
E 3 - Cueillette des olives

Ancienne carte postale « Cueillette des olives en Provence »


Début XXĞƐŝğĐůĞ͕Ě͛ĂƉƌğƐůĞƚŝŵďƌĞĚĞůĂ^Ğmeuse.
Les coiffes au ruban portées par les six femmes attestent de l͛appartenance au
Cueillette des olives dans le costume de Mireille
ʹ Illustration Hommalk WĂLJƐĚ͛ƌůĞƐ et de leur intégration dans le costume de travail. Les tenues sombres
majoritaires évoquent les années 1900 de même que les tabliers sombres à petit
imprimé.
707 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

Autour du petit attelage conduit par un âne :


trois arlésiennes du monde agricole portant coiffe
au ruban et fichu blanc. WŽƵƌů͛homme, veston-
pantalon en velours ou toile et casquette.
Le départ aux olives en Provence ŸŹ Ici, seule la femme du milieu porte le ruban, celle de droite porte le foulard
et celle de gauche le bonnet. Sans doute pour des raisons de génération.
E 4 - ůĞǀĂŐĞƐĚ͛ŽǀŝŶƐ

Seuls les bergers, presque exclusivement des hommes, encadrent les


grands troupeaux ĚĞ ŵŽƵƚŽŶƐ ĂĐĐŽŵƉĂŐŶĠƐ ĚĞ ĐŚğǀƌĞƐ Ğƚ Ě͛ąŶĞƐ
lourdement chargés, car ces derniers portent les affaires du berger. Au
ƉƌŝŶƚĞŵƉƐ/ůƐƐŽŶƚƌĞǀġƚƵƐĚ͛ƵŶĞǀĞƐƚĞƐƵƌƵŶƉĂŶƚĂůŽŶĞƚů͛ŚŝǀĞƌ͕ůĞƚŽƵt
est ƌĞĐŽƵǀĞƌƚĚ͛ƵŶĞůŽŶŐƵĞĐĂƉĞ͕ƐŽƵǀĞŶƚŶŽŝƌĞ͘/ůƐƉŽƌƚĞŶƚƵŶĐŚĂƉĞĂƵ͘
Ces troupeaux se situent essentiellement vers la région limitrophe de la
Crau. Chaque année, les troupeaux de moutons quittent la Provence au
printemps pour les pâturages des Alpes de Haute Provence. Ce voyage se
faisait autrefois à pieds nécessitant parfois plus de dix jours de marche.
Cette fête reconstitue une coutume ancienne. Elle réunit chaque année
tous les éleveurs de la région et leurs troupeaux, plus de 4 000 brebis, Carte de la Camargue au XVIe.
En barres noires, les changements de cours du
agneaux et béliers ainsi que des chèvres et ânes de transhumance
Grand Rhône à ů͛ĠƉŽƋƵĞŵŽĚĞƌŶĞ͘ĚƌŽŝƚĞůĂ
encadrés par les bergers en costume traditionnel défilent le matin autour Crau limitrophe.
ĚƵĐĞŶƚƌĞǀŝůůĞĚ͛ƌůĞƐ͘

Carte de la Camargue (en vert clair).


La pointe nord se situe un peu au nord
Ě͛ƌůĞƐăĞĂƵĐĂŝƌĞ-Tarascon.
La limite Ouest empiète sur le Gard avec
Le Grau du Roi, Aigues-Mortes et
Aimargues. La limite Est longe la Crau
entre Fos sur Mer et Arles. En vert foncé,
les Alpilles au sud de St Rémy de Fête de la Transhumance en WĂLJƐĚ͛ƌůĞƐ
Provence
708 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

Tenue de berger au printemps : veste velours et >͛ŚŝǀĞƌ͕ůĂƚĞŶƵĞĞƐƚƌĞĐŽƵǀĞƌƚĞĚ͛ƵŶĞĐĂƉĞĚŽƵďůĠĞĂƵdžĠƉĂƵůĞƐ͕


chemise à petits motifs, chapeau souvent unie de nos jours, grise ou noire.
E 5 - Elevages de taureaux et de
chevaux camarguais

Depuis des lustres, la tradition


taurine et équestre caractérise la
Camargue et ses environs : courses
camarguaises, foire aux chevaux.
Les manades de taureaux ou de
chevaux sont des troupeaux libres
ou sauvages élevés par des
manadiers et encadrés par des
gardians à cheval. Actuellement Il
existe 98 manades de taureaux
camarguais, appelés les « bious »,
pour un effectif total voisin de
6.000 têtes.
Les taureaux de combat et de
boucherie sont devenus un enjeu ĠƉůĂĐĞŵĞŶƚĚ͛ƵŶĞmanade de taureaux en Camargue par un gardian.
>͛ĠůĞǀĂŐĞĚĞƚĂƵƌĞĂƵdžde combat et de viande symbolisant la Camargue se pratique
économique. Ceux de combat sont
également dans la Crau et le pourtour des Alpilles.
sélectionnés par les manadiers, en
vue des spectacles de courses
camarguaises.
On élève aussi en moindre
proportion le taureau espagnol
nommé « brave » pour la corrida.
En 1992 fut créée l'Association
pour la Promotion de la viande
bovine de Camargue. Quatre
années de travail ont abouti à la
reconnaissance de l'Appellation
d'origine contrôlée (AOC).
Les taureaux qui sont éliminés ou
accidentés sont dirigés vers la
boucherie.
Manade de juments en Camargue dirigée vers un enclos par un gardian.
Début XXe, les chevaux de Camargue dépiquaient les blés.
709 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

F - L E S CO ST UME S D E G ARD IA NS
Le gardian (du provençal gardian,
littéralement « gardien ») est le gardien
d'une manade camarguaise ou troupe
de taureaux ou de chevaux élevée en
semi-liberté et appartenant à un
manadier. Pour le Code du travail, le
gardian est un ouvrier agricole.
Le quotidien du gardian est de veiller à la
reproduction des animaux, leur dressage,
leur marquage et le bon état sanitaire du
troupeau.
Au XIXe siècle, les gardians considérés
comme les bouviers de Camargue,
Ɛ͛ŚĂďŝůůĂŝĞŶƚ ĐŽŵŵĞ ůĞƐ ƉĂLJƐĂŶƐ ĚĞ Tenue avec veste croisée, pantalon dĞŶƵĞĚ͛ŚŝǀĞƌ͕ůĞƐbottes remplacent les
ů͛ĠƉŽƋƵĞ : pantalon en peau de diable droit, sabots, casquette. Vers 1900. sabots. Vers 1900.
(taupe), veste légère souvent en alpaga,
casquette, sabots ou bottes. >͛ŽƵƚŝů ĚĞƐ
gardians à pied était le bâton, celui des
gardians montés était le trident. Ils
portaient un sac musette en bandoulière
et logeaient dans une cabane en
roseaux.
Vers 1900 la tenue évolue : pantalon
ample à liseré latéral, chemise à rayures,
petit gilet et chapeau foncé à petits
bords. Puis sous la houlette du marquis
Folco de Baroncelli, la coupe gardianne
prend sa forme définitive vers 1920 :
veste de velours noir à bord
satiné et pantalon en eau de taupe et
veste traditionnelle sans gilet, Cabane Desfonds - Vers 1900 - Tenues de semaine : les hommes ont leur tenue de
chemises rouges ou à pois, à ramages ou travail, la femme aussi mais la coiffure, le fichu et un port altier la rendent élégante.
à grands carreaux.
Pour les gardians, dans les manifestations publiques, Ě͛ĂƉƌğƐ ůĂ ŚĂƌƚĞ ĚƵ ĐŽƐƚƵŵĞ ĠƚĂďůŝĞ ƉĂƌ
ů͛ƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶdƌĂĚŝĐŝŽƵŶ, en accord avec les professionnels, la tenue suivante actuelle est conseillée :
x Chemises à manches longues et de couleurs vives recommandées. La diversité des couleurs est à rechercher,
ĂĨŝŶĚ͛ĠǀŝƚĞƌƚŽƵƚĞƵŶŝĨŽƌŵŝƐĂƚŝŽŶ͕ůĞƐŵĂŶĐŚĞƐůŽŶŐƵĞƐƐĞƌŽŶƚďĂŝƐƐĠĞƐ;ĞƚĂƚƚĂĐŚĠĞƐĂƵdžƉŽŝŐŶĞƚƐͿƉĞŶĚĂŶƚ
toutes les cérémonies
x Cravate de couleur ou noeud ou cordon, col de chemise fermé
x Pantalon de gardian avec liseré, le port du gilet traditionnel est admis
x Chapeau de préférence à large bord de type « Valergues » qui peut être de couleur autre que le noir, par
exemple gris ou marron͕ĞŶĠǀŝƚĂŶƚĐĞƉĞŶĚĂŶƚůĞƐĐŽƵůĞƵƌƐƚƌŽƉĐƌŝĂƌĚĞƐ;ƌŽƵŐĞĞƚĐ͙͘Ϳ
x Chaussures montantes (avec ou sans lacets) ou bottes de cuir (toute autre chaussure est à proscrire y
compris les santiags et bottes pointues américaines ou mexicaines)
x Eperons camarguais ăƉƌŝǀŝůĠŐŝĞƌ;ůĞƐĠƉĞƌŽŶƐĚ͛ƵŶĂƵƚƌĞƚLJƉĞƐŽŶƚăƉƌŽƐĐƌŝƌĞͿ
x Trident et seden (corde de 8 à 10 mètres tressée avec le crin des juments)
x Cheval de type Camargue et harnachement complet Camargue͕ů͛ĞŶƐĞŵďůĞĚĞǀĂŶƚġƚƌĞĚĞƉƌĠƐĞŶƚĂƚŝŽŶ
impeccable
Lors des fêtes et spectacles avec jeux organisés régulièrement en Arles :
x Les tenues des gardians sont respectées par rapport au protocole fixé par le marquis Folco de Baroncelli
x les tenues des cavalières sont le plus souvent des costumes habillés au ruban, en soierie. Elles montent toujours
en amazone, seules ou derrière un cavalier.
710 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

Pour les gardians à pied : tenue correcte de travail, soit au minimum : chemise de couleur, pantalon de gardian et
chapeau à large bord ou casquette classique (non américaine) ou béret.

Tenue actuelle du gardian Tenue du gardian en défilé


Pour les cavalières :
x En selle : la cavalière monte en tenue de gardian (pantalon), dans cette situation le port du chapeau à large bord
est obligatoire et le trident lui est interdit.
x En amazone ͗ ůĞ ĐŽƐƚƵŵĞ Ě͛ƌůĞƐ ĞƐƚ ƌĞĐŽŵŵĂŶĚĠ Ğƚ ă ĚĠĨĂƵƚ ůĂ ũƵƉĞ ĐƵůŽƚƚĞ ĞƐƚ ŽďůŝŐĂƚŽŝƌĞ͘ ĂŶƐ ce cas la
cavalière peut soit : * porter le chapeau à large bord - * porter un foulard - * attacher ses cheveux.

Camarguaise Henriette Dibon, dite Farfantello, Tenue de cavalière en selle au travail


gardianne ʹ 1925͕ĞŶƚĞŶƵĞĚ͛ĂŵĂnjŽŶĞƉŽƵƌůĞƚƌĂǀĂŝů

er
Fête annuelle des Gardians à Arles le 1 Mai 2009 - En attente du défilé.
711 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

Ż
Amazone et
gardian

Amazones aux
ĂƌğŶĞƐĚ͛rles

Exercices de cavalières arlésiennes en amazone ĚĂŶƐůĞƐĂƌğŶĞƐĚ͛ƌůĞƐ

3 2 3 3 ʹ LE S C O ST UME S T RAD IT IO NNE L S D ES HO MME S A RL E SIE NS


Le paysan provençal du XVIIIe siècle portait la culotte à la française avec des bas ou des guêtres de peau, un gilet et
une jaquette à deux basques. Le seul élément qui allait traverser les siècles a été la taïole (taiolo), ceinture de laine
généralement rouge portée enroulée autour de la taille. Après la Révolution en Camargue, le pantalon fut rapidement
adopté comme un indispensable vêtement de travail. Jusque dans les années 1920, il n'y avait aucun costume
particulier réservé aux gardians. Ce fut le marquis Folco de Baroncelli-Javon (1869-1943), fondateur de la Nacioun
gardiano, qui fixa le standard actuel avec la veste de velours et le pantalon en peau de taupe. Dans les défilés actuels,
les hommes doivent être habillés de la même époque et ĚĂŶƐůĞŵġŵĞƐƚLJůĞƋƵĞůĞƐĂƌůĠƐŝĞŶŶĞƐƋƵ͛ŝůƐĂĐĐŽŵƉĂŐŶĞŶƚ͘
* Le costume de travail masculin du paysan ou du villageois

La chemise est de toile de lin, de chanvre ou de coton,


écrue ou en couleur, unie ou à petits motifs, rayures ou
carreaux. Autour du cou (facultatif) un mouchoir de
cou ĞƐƚ ƉůĂĐĠ ă ů͛ŝŶƚĠƌŝĞƵƌ ĚĞ ůĂ ĐŚĞŵŝƐĞ ĚĂŶƐ ůĞ ďƵƚ
Ě͛ĠƉŽŶŐĞƌůĂƐƵĞƵƌĞƚĂŝŶƐŝŶĞƉĂƐƐĂůŝƌůĞĐŽů.
Le pantalon͕ĂǀĞĐŽƵƐĂŶƐƉŽŶƚƐĞůŽŶů͛ĠƉŽƋƵĞ͕ĞƐƚĚĞ
grosse toile de coton épaisse, de velours, de gros drap
ou de lainage. Il est à fines rayures ou uni et de ton
sombre. Le pantalon peut être maintenu par de larges
bretelles. Les hommes portent le plus souvent la
taiolo, une large ceinture de flanelle de 3 mètres de
long, rouge, grise, noir, ou brune.

La taïole Tenue de travail


712 Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans

Le gilet "rustique" en coton, ou en velours, la veste de lainage ou de velours, la cape de laine ou de toile en hiver
complètent la tenue masculine. Le chapeau est de feutre noir ou brun ou de paille porté sur la tête nue ou par dessus
un bonnet de laine ou un mouchoir noué. Les hommes sont chaussés de brodequins, de souliers en toile. Aux champs ils
portent des sabots avec des guêtres de peau ou de grosse toile entourant le bas de la jambe et nouées avec un
cordonnet.

* Le costume endimanché
La chemise est blanche, en coton. La forme du col et
ĚĞƐŵĂŶĐŚĞƐƉĞƵƚǀĂƌŝĞƌƐĞůŽŶů͛ĠƉŽƋƵĞ͘hŶĞ lavallière
(large ruban de soie), une cravate ou un nƈud
papillon est noué autour du cou. La lavallière ainsi que
ůĂ ĐƌĂǀĂƚĞ ƉĞƵǀĞŶƚ ġƚƌĞ ĂŐƌĠŵĞŶƚĠƐ Ě͛ƵŶĞ ĠƉŝŶŐůĞ ă
cravate plus ou moins précieuse. Il est également
possible de porter un grand carré de soie, plié et posé
en son mŝůŝĞƵƐƵƌůĂƉŽŵŵĞĚ͛ĚĂŵ͕ĐƌŽŝƐĠĚĞƌƌŝğƌĞůĞ
cou puis noué sur le devant.
Le pantalon peut être à pont, à pinces, à fines rayures
ou uni et de ton sombre͘ >͛ĠƚĠ ŝů ƉĞƵƚ ƐĞ ƉŽƌƚĞƌ ĚĞ ZĞĚŝŶŐŽƚĞĚ͛ŚŝǀĞƌ
couleur claire, en lin par exemple. Plusieurs formes
existent selon les époques. Les bretelles accompagnent
les tenues endimanchées.
Le gilet peut être en soie brodée, en tissu précieux, en
velours de soie à petits motifs, en coton uni ou à
motifs͘^ĞůŽŶů͛ĠƉŽƋƵĞ͕ŝůǀĂƌŝĞĚĞůŽŶŐƵĞƵƌĞƚĚĞĨŽƌŵĞ
ĚĞ ĐŽů͘ >Ğ ŐŝůĞƚ ĞƐƚ ƌĞĐŽƵǀĞƌƚ͘ /ů ƉĞƵƚ ů͛ġƚƌĞ ƉĂƌ ƵŶĞ
veste de velours, une redingote ou une cape de laine
en hiver. Les chaussures sont sombres et en cuir.
Un homme ne sort jamais découvert, il porte un haut
de forme noir ou gris, feutre noir à bord large, voire
un canotier. ŶĚĠĨŝůĠĚ͛ĠƚĠ͕ŐŝůĞƚƐŽLJĞƵdžĞƚ
canotier
'ŝůĞƚƐŝŵƉůĞĚ͛ĠƚĠ
avec le tambourin
Certains commentaires et images de la fin du chapitre relatifs aux costumes de gardians et aux costumes masculins traditionnels
arlésiens sont extraits du site : [Link]

sŽŝĐŝ ƚĞƌŵŝŶĠĞ ů͛ĠǀŽĐĂƚŝŽŶ ĚƵ ostume traditionnel arlésien, dont la mémoire est entretenue et valorisée par des
passionnés, dans une région touristique et festive attirant de nombreux publics français et étrangers.
Nous pouvons remarquer que les costumes habillés notamment ceux des femmes arlésiennes restent les costumes les
plus présents, lors des manifestations de prestige organisées pour le grand public et pour les touristes. En fait on peut
Ɛ͛ŝŶƚĞƌƌŽŐĞƌ ƐƵƌ ůĞƐ ĐƌŝƚğƌĞƐ ĚĞ ĐŚŽŝdž de ces costumes par rapport aux périodes concernées, essentiellement le XIXe
siècle. A cette époque les activités agricoles et artisanales en Camargue comme partout en France étaient nettement
plus importantes et les habits traditionnels de la population concernée étaient différents. Certains pourraient regretter
que ůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐĚĞƐĚŝĨĨĠƌĞŶƚĞƐĐůĂƐƐĞƐƐŽĐŝĂůĞƐĚĞĐĞƚƚĞƉĠƌŝŽĚĞƋƵĞů͛ŽŶ tend à faire revivre ne soient traités à égalité.
Sans doute en sera-t-il autrement dans les évocations des costumeƐĚ͛ĂƵƚƌĞƐƌĠŐŝŽŶƐĚĞůĂWƌŽǀĞŶĐĞƋƵŝǀŽŶƚƐƵŝǀƌĞ͘

***
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 713

3232 ʹ LES COSTUMES COMTADINS, PRÉALABLES


1 ʹ Aire géographique
Le costume comtadin désigne les vêtements traditionnellement
portés MXVTX·j la fin du XIXe siècle dans une grande zone géographique
aux limites poreuses : le Comtat Venaissin, le sud de la Drôme et le nord
de la Durance. Dans le Comtat Venaissin, il a été porté jusque dans les années
1950, notamment le dimanche. Son signe le plus distinctif est la coiffe à la
grecque.
Moins connu des touristes, le costume du comtat souffre de la trop grande
notoriété de son confrère arlésien. Comme tous les costumes traditionnels,
le costume comtadin ne s'est fixé qu'à partir du XVIIIe siècle et a évolué
avec la mode citadine, tout en gardant des caractéristiques régionales.
Au delà des premiers reliefs de O¶HVWGX9aucluse, les costumes se rapprochent Anciennes Provinces de France
de ceux de ceux du département des Alpes de Haute Provence. En rouge : le Comtat Venaissin

La Drôme
provençale
autour de
Valréas
Le Comtat
Venaissin
et le Mont
Ventoux
/·D[H$YLJQRQ
Fontaine de
Vaucluse
/·RXHVWGX
Luberon de
Cavaillon à
Bonnieux. Le Comtat Venaissin
dans ses limites du XVIIIe siècle
Aire géographique du costume comtadin. et les communes actuelles
Au travers du temps, elle V¶LQVSLUHGHVDQFLHQQHVOLPLWHVGX&RPWDW9HQDLVVLQ
2 ʹPrésentation globale du costume comtadin
La version du costume comtadin de 1850 a été relancée par le félibre Théodore Aubanel au début du XXe siècle,
ƉƌŽďĂďůĞŵĞŶƚ ƉĂƌĐĞ ƋƵ͛ĞŶ ϭϴϴϰ͕ ůĞ ĨĠůŝďƌĞ &ƌĠĚĠƌŝĐ DŝƐƚƌĂů ĂǀĂŝƚ ĐŚĞƌĐŚĠ ă ŝŵƉŽƐĠ ůĞ ĐŽƐƚƵŵĞ Ě͛ƌůĞƐ comme
symbole du costume provençal. Cette réaction me semble tout à fait louable et justifiée. En effet le costume
comtadin représente davantage la Provence intérieure, campagnarde et authentique, loin des grands circuits
touristiques où la population paysanne est encore bien présente.
͛ĂƉƌğƐ ͨ La Restanco », groupe folklorique provençal à Vaison la Romaine, voici les grandes lignes de ce
costume :
* Coiffe à la grecque ou à la phrygienne : c'est souvent seul en velours, lacé devant, pour plus Ě͛ĂŝƐĂŶĐĞ
surtout cette coiffe qui permet de différencier le lors des représentations.
Comtat de tout le reste de la Provence. Fond froncé
* Le jupon d'en dessous en coton blanc orné d'un volant
par une coulisse avec bordure plus ou moins large
brodé, ou de dentelles. On ne le voit pas.
encadrant le visage, la coiffe est fixée sous le
menton par de longues brides : les veto. Il y avait * Le cotillon piqué : jupe ample doublée, en tissu d'indienne
aussi la coiffe à la catalane, et la coiffe à canons͙ et petits motifs, des plis canons (image page suivante) et
une coulisse à la taille permettent de faire gonfler la jupe,
* La chemise à listo : linge du dessous (comme le c'est la pièce obligatoire du trousseau.
pantalon) en toile de lin ou de chanvre avec une
encolure en tissu plus fin qui reste visible : la * Le caraco : corsage d'indienne dont la forme a beaucoup
"listo". évolué, suivant la mode et les époques. D'abord couvrant le
* Le corselet : tous les tissus sont permis, il est buste, il s'est raccourci ensuite. Ajusté dans le dos, et
recouvert normalement par le caraco, mais décolleté, il laisse apparaître la listo de la chemise du
les groupes de danses folkloriques le portent dessous.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 714

* La robe n'apparaît qu'en 1825. Elle remplace


alors jupe et caraco.
* Le fichu croisé : d'indienne, il peut être aussi de
dentelle, les jours de fêtes et se tire à 4 épingles,
comme le dit l'expression. Porté en bénitier qui
dégage la nuque, il est croisé sur la poitrine et glissé
dans la jupe.

* Le tablier, d'indienne ou de soie, il est étroit et


long avec fronces à la taille. Plus large lorsqu'il s'agit
d'un tablier de travail.
* Les accessoires : les bijoux : parure de corail, Costumes traditionnels de Comtadines à Pernes les Fontaines
croix comtadine, clavier d'argent (pour les femmes Conservatoire du Costume Comtadin de Pernes les Fontaines
mariées), sac ou bourse, viennent compléter la
tenue de la comtadine, qui ne sort pas (comme WůŝƐĐĂŶŽŶƐĚ͛ƵŶĞũƵƉĞ ‫ۀ‬
toutes les femmes à cette époque là) sans bas, ni Ils sont tirés par trois rangs
gants ou mitaines. de fils de fronces puis fixés
ăů͛ĞŶǀĞƌƐƐƵr un tissu.

e
Voici deux photos prises à Villeneuve les Avignon dans la première moitié du XX siècle, qui vous permettront de
voir ů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶĚĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůƐ dans un intervalle de moins de 40 ans.

1913

Comtadines à la fête

provençale

au Fort Saint André à

Villeneuve les Avignon,

en présence de

Frédéric Mistral.

Tissus lourds, tabliers longs.

1951

Comtadines devant

la Collégiale Notre Dame

à Villeneuve les Avignon.

Tissus clairs à petits motifs,

tabliers courts,

fichus moins larges.


Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 715

3 - LES TISSUS PROVENÇAUX


A : LES INDIENNES
Les écrits racontent que cet « art » remonte aux plus anciennes civilisations méditerranéennes et orientales. Les Croisés
UHYLHQQHQW G¶2ULHQW HW UDSSRUWHQW GH PDJQLILTXHV WLVVXV WHLQWV DX[ FRXOHXUV OXPLQHXVHV HW DX[ PRWLIV G¶ROLYHV GH FLWURQV GH
IOHXUV«  FRQVLGpUpV j O¶pSRTXH FRPPH XQ OX[H Au 17e siècle, Colbert crée la Compagnie Française des Indes
Occidentales. Parmi les produits importés, les étoffes colorées et imprimées, dites « indiennes » sont très recherchées.
Marseille est un port franc et de nombreux tissus indiens transitent et circulent ainsi dans toute la Provence. Devant
la très forte demande commerciale, certaines personnes se sont mises à faire des imitations de tissus indiens.
/D3URYHQFHWLHQWXQHSODFHSDUWLFXOLqUHGDQVO¶DQFLHQQHWpGHVFRVWXPHV
traditionnels. 3DUWRXW DLOOHXUV QRXV DYRQV YX TXH F¶HVW O¶DEROLWLRQ GHV ORLV
somptuaires à la Révolution qui a incité toutes les classes de la société à créer
des costumes plus beaux que les tenues antérieures. Or, le Comté de
3URYHQFHDFRQVHUYpMXVTX¶jOD5pYROXWLRQOHGURLWG¶H[HUFHUOHVXVDJHVORFDX[
G¶XQH SDUW HW compte tenu des commerces des indiennes évoqués ci-dessus,
les provençales aisées manifestèrent un intérêt pour les belles étoffes dès le
début du XVIIIe siècle, G¶DXWUHSDUW'es ateliers de confection étaient organisés
ELHQ DYDQW O¶DEURJDWLRQ GHV lois somptuaires. Si bien TX¶DSUqV OD OLEpUDOLVDWLRQ
des beaux habits dans toutes les classes de la société, O·H[WHQVLRQ GH FHV
costumes en Provence fut possible dès le début du XVIII siècle. Seul le Atelier de couturières provençales en 1760,
coût fut un frein pour les familles les plus démunies. par Antoine Raspal
9HUVO¶LPSRUWDWLRQGHVWLVVXVLQGLHQVIXWLQWHUGLWHSRXU SURWpJHUO¶DUWLVDQDWlocal des tissus provençaux, mais des
étoffes continuent de circuler en contrebande. En 1734, un concordat est passé entre le Pape et Louis XV, soumettant le
Comtat Venaissin à la même loi. Les fabriques ferment alors aussi en Avignon. Après que le pape eut interdit cette
activité, les « indienneurs » migrèrent alors à Orange et ces interdictions ne firent que renforcer la mode des indiennes.
La fabrication nécessitait plusieurs opérations. La première consistait à blanchir les toiles. Battues, puis séchées, elles
étaient ensuite décorées à l'aide de dessins préalablement tracées sur une feuille de papier percée de petits trous. En
frottant cette feuille sur du charbon de bois, on faisait apparaître le dessin. Puis les couleurs étaient appliquées à
l'aide de planches de bois, sculptées en relief. Les ouvrières "pinceauteuses" retouchaient les dessins au pinceau.
Enfin les "Indiennes" étaient lavées et séchées. En Provence, les cotonnades, malgré la mécanisation industrielle et la
disparition progressive des manufactures, surent rester fidèles aux techniques des anciens.

džĞŵƉůĞĚ͛ŝndienne du XVIIIe débarquée à Marseille. WŝğĐĞĚ͛ŝŶĚŝĞŶŶĞŵŝůŝĞƵys///e. Le motif a évolué.


DŽƚŝĨĚ͛ŝŶƐƉŝƌĂƚŝŽŶŝŶĚŝĞŶŶĞ͕sous le patronage des Rajas. ƌĐŚŝǀĞƐĚ͛ŝdžĞŶWƌŽǀĞŶĐĞ͘WĞƚŝƚĞƚƌĠƉĠƚŝƚŝĨ͕ŝůĚĞǀŝĞŶƚƉƌŽǀĞŶĕĂů

Jupe et casaquin,vers 1780, Provence, Motif brodé Indienne à petits motifs tissée mécaniquement, XIXe
imitant les indiennes ʹ Collection Villa Rosemaine
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 716

Aujourd'hui, imprimées à la main ou par de gros


rouleaux de cuivre, les productions s'inspirent de
dessins sculptés par des artisans, il y a plus de deux
cents ans et puisent dans d'authentiques documents
anciens des trésors de motifs toujours renouvelés,
non seulement en Provence, mais aussi en Alsace, en
Suisse et en Europe.
Il faudra attendre le début du XIXe siècle pour voir
réapparaître ce type de fabrique. ͛ĞƐƚ ĂůŽƌƐ ůĞ
développement des costumes traditionnels. Aussi le
costume Venaissin utilisera-t-il naturellement ces
tissus dans la jupe notamment, mais aussi pour les
caracos et les fichus. Parmi les marques les plus
connues en Provence, citons Souleiado et les
Olivades. Indiennes actuelles, vendues au mètre, en Provence
Les artisans perpétuent cette tradition et grâce à leurs talents, leur imagination, ces tissus provençaux nous
enchantent par la richesse de leurs motifs et de leurs couleurs. Ƶ ƉůĂŶ ĐŽŵŵĞƌĐŝĂů͕ ů͛ƵƚŝůŝƐĂƚŝŽŶ ƉŽƵƌ ůĞƐ
ĐŽƐƚƵŵĞƐƌĞƐƚĞůŝŵŝƚĠĞăů͛ĂĐƚŝǀŝƚĠĚĞƐŵƵƐĠĞƐĞƚĚĞƐŐƌŽƵƉĞƐ folkloriques ; ils sont principalement développés
dans les arts de la table, ůĂ ĨĂďƌŝĐĂƚŝŽŶ ĚĞƐ ĐŚąůĞƐ͕ ĚĞ ĨŽƵůĂƌĚƐ͕ ƚŽƵƚĞƐ ƐŽƌƚĞƐ Ě͛ĂĐĐĞƐƐŽŝƌĞƐ ĚĞ ŵŽĚĞ͕ ĚĞ
vêtements, des sacs et de nombreux articles de cadeaux. Le rouge de garance, le bleu indigo et le jaune sont
présents dans les coloris de base. Au musée Souleïado, on compte plus de 40 ϬϬϬ ƉůĂŶĐŚĞƐ Ě͛ŝŵƉƌĞƐƐŝŽŶ ĚƵ
XVIIIe siècle. Les tissus provençaux sont connus dans le Monde entier.
A partir du XVIIe siècle, les belles de Provence ne concevaient de se ǀġƚŝƌ ƋƵĞĚ͛ĠƚŽĨĨĞƐďŝĞŶƉĂƌƚŝĐƵůŝğƌĞƐ͘ůůĞƐ
ĂŝŵĂŝĞŶƚůĞƐ͞ŝŶĚŝĞŶŶĞƐ͕͟des tissus de coton imprimés au tampon. Sous les jupes aux couleurs fraiches, les jupons
eux aussi étaient de véritables joyaux : toute jeune adolescente passait de longues heures à confectionner son
ƚƌŽƵƐƐĞĂƵĚĞũƵƉŽŶƐŵĂƚĞůĂƐƐĠƐƋƵŝƉƌĠƐĞƌǀĞŶƚƐŝďŝĞŶĚƵDŝƐƚƌĂů͕ĂǀĞĐůĂƚĞĐŚŶŝƋƵĞƋƵĞů͛ŽŶĂƉƉĞůůĞƌĂůĞďŽƵƚŝƐ͘
͛ĂďŽƌĚ ŝŵƉŽƌƚés, ces tissus furent ensuite produits par les filateurs les plus réputés du midi ou de Jouy. Des
ĂƌƚŝƐĂŶƐƌĠŐŝŽŶĂƵdžĂƉƉƌŝƌĞŶƚůĞƐƐĞĐƌĞƚƐĚĞůĂƚĞŝŶƚƵƌĞĂƵƚĂŵƉŽŶ͕ůĞƐĨĞŵŵĞƐƐ͛ŝŶŝƚŝğƌĞŶƚĂƵƚƌĂǀĂŝůĚƵďŽƵƚŝƐ͙ƚ
ůĂŵŽĚĞƐ͛ŝŶƐƚĂůůĂĞŶWƌŽǀĞŶĐĞƉŽƵƌƉůƵƐŝĞurs siècles.
B ʹ LES BOUTIS ET LES PIQUÉS
Pour mémoire, rappelons que les Boutis sont
typiques GH OD 3URYHQFH F·HVW XQ DUW
provençal, un travail minutieux de piquage
j O·DLJXLOOH SXLV GH UHPSOLVVDJH manuel
avec de la mèche de coton, mèche par
mèche, emplissant formes et tunnels, pour
obtenir un travail tout en relief et en
transparence. Un travail raffiné entièrement
réalisé à la main. Le mot Boutis, provient de
O¶DLJXLOOH j ERXW URQG TXL VHUW j SRXVVHU OD
Boutis Piqué de Marseille
mèche et du geste : bouter qui signifie
pousser.
Le piqué de Marseille est une autre technique :
il Q·HPSULVRQQH TX·XQH VHXOH SLqFH GH
matelassage entre deux tissus par un
piquage.
Pour distinguer les deux façons, il faut placer
les deux tissus face à une source lumineuse.
Le « piqué » ne laisse SDVVHUTX¶XQMRXU
opaque sur toute sa surface, tandis que le Le Boutis présente des reliefs marqués Le piqué de Marseille
« boutis » laisse passer le contre-jour, ce dus au bourrage de mèches de coton emprisonne un seul
qui permet de bien différencier les volumes dans des motifs piqués à la main. Le matelassage G¶RXDWHentre deux
sombres et les lignes claires, la lumière WLVVXQ¶DSDVG¶HQYHUV tissus réunis par un piquage.
traversant les espaces non méchés.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 717

Set de table en piqué de


Marseille
Ancienne jupe en véritable boutis. Les piqûres Tissus piqués au mètre
ƉĂƌĂůůğůĞƐăů͛ŽƵƌůĞƚĞŶaméliorent le tombant. pour jupes et jupons.
Le boutis puise ses origines dans les techniques de piquage, de broderie et de matelassage pratiquées dans les
ateliers de Marseille à partir du XIIIe siècle, sur les indiennes puis sur des tissus blancs. Ces techniques
Ě͛ĞŶŶŽďůŝƐƐĞŵĞŶƚǀŽŶƚƉƌŽĚƵŝƌĞĚŝĨĨĠƌĞŶƚƐƐƚLJůĞƐĚĞďƌŽĚĞƌŝĞƐĞŶƌĞůŝĞĨ͕ĐŽŵŵĞ le Piqué de Marseille et le Boutis
aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Dans le costume traditionnel provençal, on porte des étoffes matelassées nécessitant deux couches de tissus. Dans le
YpULWDEOH ERXWLV j SDUWLU G¶LQGLHQQHV RX GH WRLOHV OD EURGHXVH FRQWRXUQH OHV motifs à la main par de petits points piqués sur
O¶HQYHUV 3XLV pour leur donner du relief, elle y introduit des mèches de coton entre les deux épaisseurs de tissu TX¶HOOHV
poussaient ou « boutaient » une à une avec une aiguille en buis à bout rond. La technique se reconnaît à contre-jour, les motifs
seuls étant opaques (voir jupon uni écru ci-dessous).
Le coût du boutis fait main étant très élevé, des méthodes de piqués industriels les remplacèrent. Si le matelassage est inséré
entre deux couches de tissus fixées ensemble par des piqûres en losange ou en ligne ou selon des motifs, on dit que le tissu
est matelassé. Si les piqûres simples ou doubles sont effectuées à partir de motifs parfois très élaborés fixés sur deux
épaisseurs G¶pWRIIH enfermant de l'ouate, LOV·DJLWGXpiqué de Marseille IDLWPDLQjO¶RULJLQHjSHWLWVSRLQWV
Désormais on porte surtout des jupes ou jupons «piqués » mécaniquement, avec seulement une épaisseur de matelassage.
Seules des collections particulières disposent de jupes et jupons anciens matelassées à la main.

Jupon en boutis véritable. Par transparence, Jupe en tissu piqué à motifs. Jupe à petis motifs
on voit les motifs rembourrés par des mèches Le montage en plis canons à la taille en véritable boutis.
enfoncées à la main rend la jupe gonflante. Collection Cabanel
C : >dZ/d/KE^d,E/Yh^͛/DWZ^^/KE
D'un point de vue technique, l'Impression sur étoffes peut se définir comme la reproduction d'un décor, par application d'un outil
chargé de matière colorante sur un support textile.
Au XVIIIe siècle, la planche de bois gravée en relief, utilisée dès le XIVe siècle pour l'impression de pigments peu solides
domine. La rencontre avec les procédés de coloration indiens entraîne son essor.
Le coloriste, ancêtre du chimiste extrait et mélange les substances naturelles, essentiellement végétales qui composent la pâte
colorée. Le dessinateur réalise une maquette gouachée à taille réelle. Pour chaque couleur que compte le motif, le graveur
réalise une planche dans une essence dure, bois fruitier en général, souvent complétée par l'insertion de picots et de
lamelles de laitons pour les finesses.
Enfin, l'imprimeur pose les planches chargées de matières colorantes sur la toile et y applique un coup de maillet.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 718

L'impression à la planche de bois est pratiquée dans


d'innombrables ateliers jusqu'au milieu du XXe siècle. Elle
subsiste jusque dans les années 1780.

En 1769, Watt et Boulton mettent au point la première machine à


vapeur. Sa première diffusion reste assez lente à cause des
explosions, accidents, pollution qui s'enchaînent de plus en plus.
En 1783, un Ecossais, Thomas Bell, dépose le brevet d'une
machine à imprimer les étoffes munie d'un rouleau de cuivre
gravé en creux.
>ĞƐĂŶĐŝĞŶƐŽƵƚŝůƐĚ͛ŝŵƉƌĞƐƐŝŽŶ :
Quatorze ans plus tard, en 1797, la première machine à imprimer
les pigments , la planche de bois, le maillet.
au rouleau utilisée en France est mise au point. DƵƐĠĞĚ͛Orange
3232 bis : CARACTERISTIQUES DU COSTUME COMTADIN
Un site touristique dédié au Ventoux et au Comtat précise que :
« Le costume comtadin était autrefois porté dans tout le département (du Vaucluse). >͛ĠůĠŵĞŶƚ ůĞ ƉůƵƐ
caractéristique en est la coiffe blanche. En piqué, en mousseline ou en dentelles, elle laisse apparaître la nuque et
dégage bien le visage. >ĞƐƌƵďĂŶƐĚ͛ĂƚƚĂĐŚĞŽƵďƌŝĚĞƐƐŽŶƚůĂŝƐƐĠƐĚĠŶŽƵĠƐƚŽŵďĂŶƚƐƵƌůĂƉŽŝƚƌŝŶĞ͘

La jupe ĞƐƚů͛ĂƵƚƌĞƉŝğĐĞĚĞǀġƚĞŵĞŶƚ ƚLJƉŝƋƵĞ͘ Elle est ĨĂŝƚĞĚ͛ŝŶĚŝĞŶŶĞ, coton imprimé provençal, spécialité des
terres pontificales au cours des XVIIe et XVIIIe siècles qui a traversé les époques sans perdre de son attrait. Le
tissu, en plus de son imprimé coloré et chatoyant, Ɛ͛ŽƌŶĞĚ͛ƵŶ incroyable ƚƌĂǀĂŝůĚ͛ĂŝŐƵŝůůĞĞƚĚĞƌĞŵďŽƵƌƌĂŐĞƋƵŝ
ů͛ĂůŽƵƌĚŝƚĞƚůƵŝĚŽŶŶĞƐŽŶĂƉůŽŵď͘

Sur la chemise, généralement blanche, se place un fichu, lui aussi en indienne, retenu par deux épingles.

En été, on portait un large chapeau de paille ĚĂŶƐůĞĚŽƐƌĞƚĞŶƵăůĂƚĂŝůůĞĞƚĂƚƚĂĐŚĠ͕ůŽƌƐƋƵ͛ŽŶƐ͛ĞŶĐŽƵǀƌĂŝƚ͕ƉĂƌ


un ruban noir sous le menton.

Pour compléter sa tenue, ůĂŽŵƚĂĚŝŶĞƐĞƉĂƌĂŝƚĚ͛ƵŶďŝũŽƵ : une croix tenue par une chaîne ou par un ruban noir.
On arbore encore souvent ce costume traditionnel lors de fêtes locales ou de cérémonies ».

A ʹ > K^dhD KDd/E Ě͛ĂƉƌğƐ > KE^ZsdK/Z h K^dhD KDd/E de Pernes les Fontaines
(Vaucluse) - GENERALITES - (Fond rose)
/H&RQVHUYDWRLUHGX&RVWXPH&RPWDGLQV¶HVWGRQQpSRXUEXW la défense et la promotion du Costume du Comtat Venaissin. Il
SUpVHQWHGHVFRVWXPHVDX0XVpHGH3HUQHVOHV)RQWDLQHVHWDQLPHGHVDWHOLHUVGHIRUPDWLRQjODUHFKHUFKHO¶HQWUHWLHQHWOD
création de FRVWXPHVjSDUWLUG¶DUFKLYHV,OSXEOLHGHVYXHVG·ensemble, mais peu de rubriques détaillées sur le costume,
aussi en verrons-QRXV j SDUWLU G·DXWUHV VLWHV Par contre il publie les costumes de quelques catégories sociales que
nous verrons HQILQG·H[WUDLW
/DSULQFLSDOHFDUDFWpULVWLTXHGHFHFRVWXPHYLHQWGHFHTX¶LOUHIOqWHOHVFODVVHVVRFLDOHVQRQSDUVHVFRPSRVDQWHVPDLVSDUles
textiles utilisés.
A 1 - CARACTERISTIQUES DU COSTUME COMTADIN FEMININ
* Le costume féminin comprend une
chemise, des jupons, un corset, une jupe qui
ƐĞ ĐŽŵƉůğƚĞ Ě͛ƵŶ ƚĂďůŝĞƌ͕ ƵŶ ĐĂƌĂĐŽ Ğƚ ƵŶ
fichu.
Le choix des tissus suit la personne :
paysanne, artisane ou « grangère » (la
grange ͩ ĠƚĂŶƚ ůĂ ĨĞƌŵĞ ƌŝĐŚĞ͕ ů͛ĠƋƵŝǀĂůĞŶƚ
de la bastide aixoise).
Mais la partie la plus caractéristique reste la
coiffe qui dans sa version populaire devient
un cache chignon.
Comtadines à Pernes les Fontaines ‫ۀ‬
Coiffes à barbes, fichus imprimés sur les caracos,
tabliers sur les jupes et accessoires.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 719

A 2 ʹ CARACTERISTIQUES DU COSTUME COMTADIN MASCULIN


* Le costume masculin est plus
« universel » : blouse, pantalon et
culotte, guêtres et taïole*.
Le couvre-chef de la région de
Carpentras est particulier, mélange de
haut de forme et de chapeau melon : le
« sofé » (image page 722).
Mais bien souvent, le bonnet ou
« barrette » le remplace.
*La taïole ou taïllole (longue ceinture
en flanelle) n'est pas un élément
caractéristique de la Provence. Elle et se
retrouve dans différentes régions. Son
rôle était avant tout utilitaire : elle
réchauffait les reins et servait de soutien
à la colonne vertébrale.
Le « granger » (paysan aisé) porte une taïole rose Le paysan avec blouse et barrette

A 3 ʹ Caractéristiques du
costume comtadin des enfants
* Les fillettes portent une jupe
et un corset sur une chemise.
Une blouse peut protéger le tout.
Un bonnet attaché sous le
manteau maintient la chevelure.

* Les garçons comme les


adultes portent pantalon ou
culotte, chemise, blouse et
bonnet. Le pouncho ou pointe et le coutilhon ou Costumes de semaine : blouse et coiffe pour
jupe du costume comtadin du dimanche la fillette - blouse et bonnet pour le garçon.

A 4 - QUELQUES COSTUMES COMTADINS TYPES EN FONCTION DES CONDITIONS SOCIALES


(ceux sur fond rose sont publiés par le Conservatoire de Pernes les Fontaines, 84)
1 ʹ LA PAYSANNE
La chemise blanche en toile de chanvre ou de lin a
des manches plus ou moins raccourcies suivant la
saison. Son encolure plus fine est visible (le listo).
Elle peut être recouverte G·XQ corselet lacé devant
RX G·XQ fichu à petits motifs dont les extrémités
croisées devant, sont glissées dans la ceinture du
tablier.

La jupe épaisse en lin ou chanvre est en couleurs


avec des motifs variés : rayures, carreaux, petits
motifs. Le bas est rendu rigide par des coutures
SDUDOOqOHVjO·RXUOHWRXSDUGHSHWLWVJDORQV

Le jupon souvent en basin (coton et lin) recouvre un


pantalon blanc ouvert HW GHVFHQGDQW MXVTX¶DX[
genoux.
Paysanne avec corselet Costume paysanne sans corselet
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 720

Le tablier de couleur uni ou à motifs contraste souvent avec la jupe.


La coiffe blanche simple dont le bonnet est aplati peut se réduire à un cache chignon, sans bandeau. Les bardes sont
pendantes et les cheveux sont séparés par une raie médiane. On lui attribue le nom de coiffe populaire comtadine.
Accessoires : sabots, chapeau de paille.

Coiffe comtadine à la grecque. Le large Coiffe paysanne à fond plat. Autre coiffe paysanne proche du cache
bandeau cache les cheveux. Le fond froncé Les cheveux sont bien visibles, car le chignon. Dans tous les cas, les barbes
cache le chignon juché sur le haut de la tête. bandeau est relié au fond en continu. sont libres.
Costumes présentés par le Conservatoire de Pernes les Fontaines reconstitués
Ě͛ĂƉƌğƐĚŽĐƵŵĞŶƚƐƌĞƚƌŽƵǀĠƐʹ Commentaires et images extraites du site :
[Link]
2 ʹ LE PAYSAN
La chemise est en toile de lin et de chanvre, son col est en tissu plus souple.
(OOHHVWRXYHUWHMXVTX¶DXPLOLHXGHODSRLWULQHHWIHUPpHSDUXQbouton. Le dos est
IURQFpVRXVO¶HPSLqFHPHQWGHVpSDXOHV
Le pantalon est en coutil - Le gilet est noir - La taillole, longue ceinture en
flanelle naturelle maintient les reins au chaud.
Le couvre-chef : ODEDUUHWWH³EDUUDWLQR´HVWXQbonnet en laine rouge qui ressemble
au bonnet phrygien des révolutionnaires.
La blode : F¶HVWXQHUHFRQVWLWXWLRQUpDOLVpHGDQVXQYLHX[GUDSHQOLQTXLDpWpWHLQW
en bleu. Le paysan la porte par dessus ses vêtements quand il se rend au marché.
Elle est ornée de broderies au SRLQW G¶pSLQH j O¶HQFROXUH DX[ SRLJQHWV HW DX[
épaules. On accède aux poches du pantalon par des fentes sur les côtés.
La cravate : O¶KRPPHSRUWHXQPRXFKRLUGHFRXHQURXHQQHULHGHVWLQpjpSRQJHUOD
transpiration et à protéger le col de la chemise. Costume de paysan du XIXe
Carpentras - 1850
Bijoux et accessoires : montre à gousset, bourse
3 - LA BUGADIÈRE (la laveuse)
La coiffe HQ SLTXp VHF HVW O¶pOpPHQW OH SOXV FDUDFWpULVWLTXH GX FRVWXPH On
O·DSSHOOHcoiffe à la grecque .
Les dessous : la chemise en chanvre largement échancrée voit son encolure
UpWUpFLHSDUXQHEDQGHGHWLVVX³la listo´IURQFpHLFLSDUXQHDWWDFKH Les manches
confectionnées dans un tissu plus léger sont portées longues avec un revers. Le
corset épinglé est en toile indigo.
Le jupon est en basin bleu. &¶HVWXQWLVVXFRPSRVpG¶XQmélange de coton et de lin.
La jupe de travail est épaisse en lin et chanvre rouge à raies bleues.

Le fichu en coton blanc possède une bordure tissée bicolore, orange et bleue.
Le tablier en toile de Nîmes du début du 19e siècle, possède une particularité : les
UXJXHXVHV /D FHLQWXUH Q¶HVW SDV FRXVXH VXU WRXWH OD ODUJHXU GX KDXW GX WDEOLHU
laissant 2 morceaux libres de chaque côté.
Accessoires : les sabots, le chapeau de paille.
La bugadière du XIXe
La coiffure : les bandeaux de chaque côté de la raie sont tressés Pernes vers 1850
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 721

4 ² LA GRANGÈRE - Costume 1 :
La coiffe en coton blanc possède une passe et un fond brodés au point de noeud,
On remarque une couronne et une fleur de lys qui font penser que la famille voulait
montrer son soutien à la royauté. Elle a été datée grâce à ces broderies (1814). La
passe est bordée G¶XQHGHQWHOOHGH/LOOHIDLWHjODPDLQ

Les dessous : la chemise à liste festonnée est en toile de chanvre, le corset lacé
en piqué blanc ainsi que les poches volantes. Les bas sont finement ornés.

Le jupon HQSLTXpVHFSRVVqGHXQYRODQWEURGpG¶XQIHston. Le caraco court est


HQFRWRQLPSULPp³RHLOGHSDRQ´

La jupe piquée date du début du 19ème siècle. La ceinture est montée à plis plats.
/DFRPSRVLWLRQDpUpHjIRQGEODQFGRQQHXQHJUDQGHpOpJDQFHjO¶HQVHPEOH/HV
couleurs sont restées éclatantes. L¶HQYHUV HVW FRQVWLWXp GH SOXVGH  PRUFHDX[
de tissus différents. - Le fichu est en mousseline de coton brodée (Pernes) - Le
tablier est en soie.

Les bijoux  OD IHPPH  SRUWH XQH FURL[ GpYRWH GX qPH VLqFOH /¶DYHUV HVW HQ
argent, le revers en or et OHVSLHUUHVVRQWWDLOOpHVHQWDEOH/HVERXFOHVG¶RUHLOOHV
sont des dormeuses avec breloque. Le clavier en argent possède un crochet ciselé
HQIRUPHGHO\UHjO¶H[WUpPLWpGHODFKDvQHXQHSDLUHGHFLVHDX[

Accessoire  F¶HVW XQH FDSH G¶LQGLHQQH GH OD ILQ GX qPH VLqFOH ERUGpH G¶XQH
large bande froncée formant un volant qui fait le tour de la cape avec son
capuchon. Cette bande appelée ³ la polonaise ´ donne son nom à la cape. 1 - Grangère début XIXe
Pernes 1814
(OOHHVWGRXEOpHG¶XQHtoile de Jouy imprimée à la planche de cuivre dans des camaïeux de bleu.

LA GRANGÈRE - Costume 2 :
La coiffe : à la grecque, en mousseline de coton brodée au point de Beauvais (point de
chaînette).

Les dessous : la chemise coulissée est en lin, le corset en coton rayé bleu et blanc est
lacé), les bas sont blancs, elle porte une poche indépendante piquée de chevrons.

Les jupons :
* dessous XQMXSRQHQFRWRQEODQFGRQWOHYRODQWHVWEURGpG¶XQIHVWRQ
* dessus XQ MXSRQ SLTXp j SHWLW VHPLV GRQW O¶HQYHUV HVW GRXEOp G¶XQH LQGLHQQH SOXV
simple. La taille est montée à plis canonsOHEDVRXUOpG¶XQYHORXUVHVWXQHSDUWLFXODULWp
du Comtat Venaissin.

La robe : en indienne marron très froncée à la taille a une forme cintrée dans le dos et
des pinces de poitrine.

Le fichu : en tulle à deux pointes est brodé au point de sarci qui est une sorte de point
de reprise.

Le tablier HQVRLHPRLUpHHVWXQHUHFRQVWLWXWLRQ,OGLVVLPXOHO¶RXYHUWXUHGHODMXSHHQ
ayant ici une fonction purement décorative. Les attaches se nouent devant ou derrière
suivant la localité.
Les bijoux : Sylvette porte une rivière en or et argent, composée de cabochons dans
2 - Grangère du XIXe
OHVTXHOV VRQW LQVpUpV GHV GLDPDQWV /HV ERXFOHV G¶RUHLOOHV VRQW GHV GRUPHXVHV avec
Pernes 1850-1860
breloques. Elle a un clavier en argent.

Accessoire : un châle cachemire brodé, importé des Indes. Il est tissé en plusieurs morceaux cousus entre eux afin de
reconstituer une pièce entière. Ce châle fut très à la mode pendant tout le 19e siècle.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 722

5 ² LE GRANGER
La chemise : O¶KRPPH porte une chemise ancienne à boutons.

La culotte V¶DUUrWHDX[JHQRX[HWSRVVqGHXQHIHQWHDXPLOLHXGXGRV/DWDLOOHSODFpH
WUqV KDXW HVW PDLQWHQXH j O¶DUULqUH SDU GHV OLHQV FURLVpV /H EDV GH OD MDPEH HVW
recouvert par des guêtres en grosse toile qui se ferment par un lacet.

Le gilet : (1850/1860) est en velours de soie à fleurettes violettes et possède un col


châle.

La taillole : grise, écrue, bordeaux, elle est ici en lainage rouge. En été elle peut être en
coton.

Le couvre-chef  OH ³VRIp´ HVW OH FKDSHDX FDUDFWpULVWLTXH GH OD FDSLWDOH GX &RPWDW
Venaissin : Carpentras. Le sofé désignait un haut de forme qui est apparu au XIXe.
La cravate : autour du cou, Jean-Claude a noué un carré en rouennerie.

Bijoux : montre en argent et sa chaîne giletière.

Costume de granger du XIXeʹ


Carpentras, 1850

B ʹ LES PIECES DU COSTUME PROVENÇAL COMTADIN, ƉƌŝŶĐŝƉĂůĞŵĞŶƚ Ě͛ĂƉƌğƐ  tŝŬŝƉĠĚŝĂ


[Link]
WŽƵƌƵŶĞĨŽŝƐ͕ũĞĨĂŝƐĂƉƉĞůătŝŬŝƉĠĚŝĂƉĂƌĐĞƋƵĞũĞŶ͛ĂŝƉĂƐƚƌŽƵǀĠĚĞŵĞŝůůĞƵƌĞĚĞƐĐƌŝƉƚŝŽŶŐůŽďĂůĞĞƚũĞŶ͛ĂŝƉĂƐ
ƌĞůĞǀĠĚ͛ĞƌƌĞƵƌƐƉĂƌƌĂƉƉŽƌƚĂƵdžŶŽŵďƌĞƵdžĂƵƚƌĞƐƐŝƚĞƐĐŽŶƐƵůƚĠƐ͘
Les éléments du vêtement féminin ǀƵƐů͛ƵŶĂƉƌğƐů͛ĂƵƚƌĞsont :
B 1 - LA COIFFE, dite à la grecque ou à la phrygienne,
spécifique au Comtat dans toute la Provence.
Elle est ĐŽŵƉŽƐĠĞĚ͛ƵŶďĂŶĚĞĂƵ da largeur variable,
masquant le sommet des oreilles, et d'un fond froncé
dans sa partie supérieure formant une proéminence
pour recouvrir le chignon, placé haut sur le sommet
du crane.

Dans le bas du fond est disposé un double ruban


coulissant, qui permet de serrer la coiffe et d'assurer
son maintien. Ces rubans sont noués dans la nuque,
soit directement, soit après avoir été croisés sur le La coiffe comtadine, dite à la grecque,avec son bonnet
somment de la tête. formant une proéminence sur le chignon placé haut ʹ Le
bandeau est souvent réalisé en broderie anglaise ʹ
Le bandeau est muni de veto, fines bandes
d'attaches encore appelées barbes ou lacets, qui étaient initialement nouées sous le cou. Dans les versions
actuelles, ces attaches sont librement pendantes.

Les tissus employés, toujours blancs depuis le XIXe siècle, sont variables : simple piqué de coton ou piqué
façonné, piqué rebrodé, mousseline, tulle brodé ou juxtaposition de lés de dentelle, qu'elle soit mécanique
ou de Valenciennes.

Pour les matériaux les moins rigides, il est nécessaire d'empeser les coiffes afin qu'elles gardent une forme
harmonieuse. L'empois le plus utilisé est une solution d'amidon, qui est solidifiée par application de fer
chaud.
B 2 - LA POINTE, ou 'pouncho' en provençal, est une simple étoffe de coton carrée, pliée en deux selon une
diagonale pour former un triangle. Portée en mouchoir de cou ou sur la coiffe, elle est très courante jusqu'aux
années 1760, où elle est progressivement remplacée par le fichu, surtout chez les citadines, suite à la fin de la
prohibition des indiennes.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 723

Coiffes et fichus Ě͛ĠƉŽƋƵĞ ŽƵ confectionnés à la main dans La fillette porte une Le chapeau Ɛ͛ĂƚƚĂĐŚĞă
ů͛ĞƐƉƌŝƚĚĞƐŵŽĚğůĞƐŽƌŝŐŝŶĂƵdž : mousseline, organdi, dentelles simple pointe ou ůĂƚĂŝůůĞƐ͛ŝůŶ͛ĞƐƚƉĂƐ
et imprimés. « pouncho » mis sur la tête
B 3 - LE CHAPEAU : il est constitué d'une tresse de paille, cousue en spirale et mise en forme. Présentant des
similitudes avec le chapeau niçois, ses bords sont toutefois plus larges, et son fond plus profond. Il est orné
d'un bourdalou, ou ruban de velours. Extrêmement souple et résistant, il s'attache à la taille lorsqu'il n'est
pas porté sur la tête. KŶĚŝƚĂůŽƌƐƋƵ͛ŝůĞƐƚƉŽƌƚĠ« à la bérigoule ».
B 4 - LA CHEMISE
Comme dans le reste de la France, sa fonction première
est d'assurer la propreté : elle absorbe la sueur et la
crasse, et permet d'épargner les vêtements de dessus.
Initialement en toile de chanvre avec des manches en
tissu plus léger, elle évolue progressivement. Le lin puis
la percale remplacent le chanvre, et les manches se
raccourcissent, laissant apparaître la moitié du bras, puis
leur quasi-totalité au XIXe siècle. Toutefois, dans le
Comtat Venaissin, elle est portée avec des manches semi-
longues, ressemblant à la traditionnelle camisole.

>͛ĞŶĐŽůƵƌĞĞƐƚƉĂƌĨŽŝƐƌĠĂůŝƐĠĞĞŶ tissu plus fin qui reste


visible.
Chemise aux manches semi-ůŽŶŐƵĞƐĚƵŽŵƚĂƚї

B5 - LE JUPON OU LES
JUPONS ET LE
PANTALON
Plusieurs cas sont
rapportés de port de
trois à quatre jupons
faits de tissus simples
ou genre patchwork
avec des assemblages
de tissus.
Ils évoluent eux aussi
vers la percale, et sont
progressivement ornés
dans leur partie basse, Jupon fin orné de broderies et
dentelles Le pantalon fendu, encore porté
au fur et à mesure que Une jeune comtadine ũƵƐƋƵ͛ĂƵdžĂŶŶĠĞƐϭϵϮϬ͕
les jupes raccourcissent montrant son jupon a pris le nom de panty
avec le port de bas et
de chaussures.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 724

B 6 - LE CORSET OU CORSELET
Initialement corset, en matière
semi-rigide ou basin, quelquefois
pourvu d'armature, cette pièce de
l'habillement évolue rapidement
vers le corselet, pièce sans manche
portée sur la chemise dont il laisse
apparaitre le bord (listo) et lacé de
façon plus ou moins échancré sur
le devant (voir photos à droite).
Le velours est actuellement
largement employé dans la
fabrication de nouveaux costumes.
ů͛ŽƌŝŐŝŶĞ͕ŝůĠƚĂŝƚƌĞĐŽƵǀĞƌƚƉĂƌůĞ
caraco.

Le corset comtadin appelé aussi Exemples de corselets en velours noir


corselet se lace sur ledevant dans un défilé de jeuns comtadines
B 7 - LE CARACO
Au milieu du XVIIIe siècle, on porte sur le
corset un drolet (ou droulet) de popeline
puis un peu plus tard un casaquin, en
coton imprimé, en nankin ou basin
(photo, p. 717).
Il s'agit d'un vêtement du haut, aux
manches ajustées, plus longues dans le
cas du casaquin.
Alors que le premier ne comporte qu'une
basque rectangulaire dans le dos, le
second comporte deux basques séparées
et volantes.
À la fin du XVIIIe siècle, le casaquin se
raccourcit à la taille, voire sous les seins, Costume comtadin authentique du Le caraco de
pour devenir le caraco, souvent en XVIIIe ʹ La basque du drolet ramasseuse de lavande
indienne doublée d'un autre tissu moins recouvre le haut de la jupe piquée
noble.
B 8 - LE FICHU
rand morceau d'étoffe de matières
variées, il est porté sur les épaules, et ses
extrémités croisées sur la poitrine sont
maintenues en place dans la jupe.
Il est d'abord plié en pointe, puis sa taille
est réduite par de savants plis
supplémentaires de la diagonale,
maintenus par des épingles.
Ce pliage est un art qui permet de le porter
« en bénitier », l'objectif étant qu'il forme
une coque dans le dos, mettant en valeur
la nuque. L'emploi des épingles a engendré
un vocabulaire, dont les expressions les
plus connues sont « être tirée à quatre
épingles » et « qui s'y frotte s'y pique ».
Voici une petite similitude avec le costume KŶ ĂƉĞƌĕŽŝƚ ůĞƐ ƉůŝƐ ĚƵ ĨŝĐŚƵ ă ů͛ĞŶĐŽůƵƌĞ ĂƌƌŝğƌĞ͕ ŵĂŝŶƚĞŶƵƐ ƉĂƌ ĚĞƐ
arlésien en plus simple. épingles et portés en arrondi. Le port est différent de celui des
arlésiennes qui le portent au carré. (voir partie 6.15, page 694)
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 725

B9 - LA JUPE « COUTHILOUN »
Simple pour les paysannes qui la
portent lors des travaux
champêtres, il en existe une
version matelassée. Une couche
Ě͛ouate est insérée entre deux
types de tissus, et piquée à la
main par des coutures en forme
de losanges, ou moins
fréquemment brodée pour faire
ressortir des motifs, voire
encore traitée selon la
technique du boutis.
Le bas de la jupe comporte
plusieurs rangs horizontaux de
piqures à petits points. Ces
jupes sont montées à plis
canons sur l'arrière, et Jupe piquée. >͛Žuverture du devant Jupe authentique rapiécée de paysanne
maintenus par un bourrelet. est cachée par le tablier. sur jupon rayé.
Photos ci-dessus : La jupe de gauche est une jupe piquée ou matelassée comtadine. La jupe de droite est un modèle usagé
et authentique de jupe paysanne, constituée de morceaux assemblés « peço su peço », en patchwork. Les personnes peu
fortunées récupéraient tous les morceaux de tissus et les assemblaient. Remarquez aussi le tissu rayé du jupon.
La partie avant de la jupe, fendue au centre, est montée sur ruban coulissant et s'ajuste en nouant cette
coulisse. Les plis obtenus par le tirage du ruban sont moins nombreux (voire absents pour peu que la
comtadine ait pris de l'embonpoint) faisant apparaître un ventre plat et un postérieur rebondi.
Le cotillon était initialement un vêtement de dessous, puis il s'est progressivement raffiné dans ses motifs
lorsƋƵ͛ŝů est devenu vêtement de dessus, pouvant être lié au caraco alors de même tissu pour former une
robe. Celle-ĐŝŶ͛est apparue que vers 1825. Elle remplace alors la jupe et le caraco.
Les matériaux, initialement de toile monocolore, cadis, toile bleue de Nîmes, chanvre ou laine se transforment
entre le XVIIe siècle et le XVIIe siècle et sont remplacés par des cotonnades unies, ou des « petites étoffes »,
mélanges de soie et de coton. Les motifs se diversifient : étoffes à rayures pour les paysannes, à fleurs, ou
motifs persans pour les citadines, avec en parallèle un large recours aux indiennes.
B 10 - LE TABLIER
Pièce importante de l'habillement, le
tablier ou faudau cumule trois
fonctions : de protection, symbolique et
d'ornement.
Le chanvre, les toiles rustiques, les tissus
de réemploi sont les matières utilisées
pour les grands tabliers des travaux
ordinaires ceinturés par des attaches ou
une coulisse.
Des poches intérieures ou appliquées, plus
ou moins grandes le complètent.
La percale glacée, le taffetas, la soie, les
petits plis et les fronces sont choisis pour
confectionner les beaux tabliers longs et
étroits des tenues.
Dans le Comtat, il est assez courant de Grand tablier de bugadière Tablier comtadin étroit pour les
croiser les attaches du tablier dans le dos comtadine (laveuse). Les côtés ne costumes du dimanche et des
pour les ganser sur le devant. sont pas cousus à la ceinture pour jours de fête
permettre une meilleure protection.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 726

Nous avons terminé les deux grands types des ĐŽƐƚƵŵĞƐƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůƐĚĞů͚ŽƵĞƐƚĚĞůĂWƌŽǀĞŶĐĞ͘ En conclusion,
ǀŽLJŽŶƐƋƵĞůůĞĞƐƚůĂƉůĂĐĞĚĞůĂǀŝůůĞĚ͛ǀŝŐŶŽŶĚĂŶƐůĂƚƌĂŶƐŵŝƐƐŝŽŶĚĞĐĞƐcostumes traditionnels.
C - W>  > s/>> ͛s/'EKE d h WZdDEd h  sh>h^ E^ > dZE^D/^^/KE ^
COSTUMES TRADITIONNELS DE LA PROVENCE RHODANIENNE
Les deux types de costumes sont présents en Avignon et dans le Vaucluse où des groupes folkloriques
existent.
* En ce qui concerne le costume arlésien, il est représenté par « Le Riban de Provence », créé en 1924 par la
poétesse avignonnaise Farfantello (Henriette Dibon), alors âgée de 21 ans, à la demande du Marquis Folco de
Baroncelli, lui-ŵġŵĞăů͛ŽƌŝŐŝŶe des traditions camarguaises. Son siège est au Palais du Roure à Avignon. Ce
ŐƌŽƵƉĞƐĞŵďůĞŶĞƌĞƐƚŝƚƵĞƌƋƵĞůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐĚƵƉĂLJƐĚ͛ƌůĞƐ͘ƚũ͛ĂŝƌĞŵĂƌƋƵĠƋƵĞůĞƐƌğŐůĞƐĚƵĐŽƐƚƵŵĞƐŽŶƚ
plus souples que celle de Tradicioun. Les appellations même peuvent différer. Voir ci-dessous des images des
costumes.

Les fondatrices du Riban de Provence (Lou Riban de Prouvènço)


De g à dr ͗ZĞŶĠĞĚ͛ĚŚĠŵĂƌ͕ƐĞĐƌĠƚĂŝƌĞʹ Léa Picard ʹ Henriette Dibon, Présidente Farfantello, poétesse
ʹ Riquette deBaroncelli ʹ zǀĞƚƚĞ^ĠǀĞŶŝĞƌ͘Žůů͘ZĞŶĠĞĚ͛ĚŚĠŵĂƌ en tenue de gardianne

Le grand costume Le costume de cheval Le petit costume


* Jupe à traîne et * jupe et fichu assortis ou coordonnés * jupe en coton
casaque assortie * casaque noire * casaque noire
* jupon long * jupon long * pantalon (culotte)
* devant de chapelle * devant de chapelle * 3 jupons
* tour de chapelle * tour de chapelle * devant de chapelle en piqué
* fichu blanc en dentelle * fichu de couleur * tablier
* gaze amidonnée * gaze amidonnée * fichu en piqué
* ruban de couleur ou bleu marine * ruban bleu marine * bannettes
* chaussures blanches * chaussures noires
NB : lorsque la coiffure est en cravate,
le costume de cheval est porté avec un
tablier à volant
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans - Provence 727

Sur ces photos, le grand costume peut être assimilé au costume habillé, le petit costume au costume simple ou de
paysanne, mais le ĐŽƐƚƵŵĞĚĞĐŚĞǀĂůƋƵŝĨĂŝƚů͛ŽďũĞƚĚ͛ƵŶĞĐĂƚĠŐŽƌŝĞăƉĂƌƚĞƐƚŶŽƵǀĞůůĞƉĂƌƌĂƉƉŽƌƚăůĂŚĂƌƚĞĚĞ
Tradicioun. Serait-ĐĞ ů͛ŝŶĨůƵĞŶĐĞ ĚƵ ĂƌŽŶ &ŽůĐŽ ĚĞ Baroncelli, manadier et camarguais, créateur du costume du
guardian, qui se perpétue ?
En ce qui concerne le Costume Comtadin, sur Avignon, il est représenté par « ů͛ĐĂĚĠŵŝĞWƌŽǀĞŶĕĂůĞ » et par« Li
Cardelina ». Par ailleurs, le Conservatoire du Costume comtadin à Pernes les Fontaines dans le Vaucluse, organise
tous les deux ans une « Fête des Costumes de Provence » à Pernes. A Carpentras, « La Ruche carpentrassienne »
ƉƌĞƐƋƵĞ ĐĞŶƚĞŶĂŝƌĞ Ɛ͛ĞƐƚ ƐƉĠĐŝĂůŝƐĠĞ ĚĂŶƐ ůĞƐ ĚĂŶƐĞƐ ƉƌŽǀĞŶĕĂůĞƐ͘  Cavaillon, « >͛ƐĐĂŶĚŝŚĂĚŽ » présente des
ĚĂŶƐĞƐĞƚĚĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐĚƵŽŵƚĂƚăů͛ĂŝĚĞĚĞũĞƵŶĞƐĚĞϱăϮϱĂŶƐ͘>ĞĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚĚƵsĂƵĐůƵƐĞĐŽŵƉƌĞŶĚƉƌğƐ
Ě͛ƵŶĞƚƌĞŶƚĂŝŶĞĚĞŐƌŽƵƉĞƐĂƵdžŽďũĞctifs divers : musiques, danses, dont « La Jouvenco » de Montfavet et sa Fête
des Foins.

Ź
Page de couverture
des Tablettes
Ě͛ǀŝŐŶŽŶĞƚĚĞ
Provence, N° 126
;ƉŚŽƚŽĚĞů͛ĂƵƚĞƵƌͿ͘
Certains affirment
ƋƵ͛ŝů suffisait de
traverser la Durance
pour quitter le
costume arlésien et
endosser le costume
comtadin.
[Link]/[Link]
?ID_ARTICLE=ETHN_081
_0139 1928
'ƌŽƵƉĞĐŽŵƚĂĚŝŶĚĞ>͛ƐĐĂŶĚŝŚĂĚŽĚĞĂǀĂŝůůŽŶ Avignonnaise en Comtadine portant
la coiffe en piqué toujours en usage.
CONCLUSION : Dans le Vaucluse comme ailleurs, des groupes folkloriques ou quelques sociétés savantes
Ɛ͛ŝŶƚĠƌĞƐƐĞŶƚĂƵdžĂƌƚƐƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůƐLJĐŽŵƉƌŝƐůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐ͕ůĞƐĚĂŶƐĞƐĞƚůĞƐŵƵƐŝƋƵĞƐ͘

La photo ci-dessus à droite démontre ƋƵ͛ĞŶϭϵϮϴ͕ůĂĐŽŝĨĨĞĐŽŵƚĂĚŝŶĞĠƚĂŝƚĞŶ usage à Avignon. etenons que le


ĐŽƐƚƵŵĞ ĐŽŵƚĂĚŝŶ ĠƚĂŝƚ ă ů͛ŽƌŝŐŝŶĞ ƉŽƌƚĠ ĚĂŶƐ ůĞ ŽŵƚĂƚ sĞŶĂŝƐƐŝŶ Ğƚ ũƵƐƋƵ͛ĂƵ EŽƌĚ ĚĞ ůĂ ƵƌĂŶĐĞ͕ LJ ĐŽŵƉƌŝƐ ă
Avignon. A la fin du XIXĞƐŝğĐůĞ͕&ƌĠĚĠƌŝĐDŝƐƚƌĂůƚĞŶƚĂĚ͛ŝŵƉŽƐĞƌůĞĐŽƐƚƵŵĞ ĂƌůĠƐŝĞŶ ĐŽŵŵĞ ƐŝŐŶĞ ĚĞ ů͛ŝĚĞŶƚŝƚĠ
culturelle de la Provence, ce qui fut contesté. Ceci explique sans doute que de nos jours, les deux types de
ĐŽƐƚƵŵĞƐĚĞů͛KƵĞƐƚĚĞůĂWƌŽǀĞŶĐĞƐŽŶƚƌĞƉƌĠƐĞŶƚĠƐăǀŝŐnon.

La Provence est une région très étendue ĚŽŶƚŶŽƵƐŶ͛ĂǀŽŶƐƉĂƌĐŽƵƌƵƋƵĞůĂƉĂƌƚŝĞKƵĞƐƚ : une partie des Bouches
du Rhône avec la Camargue et le Vaucluse. Il nous reste à voir les costumes traditionnels des autres
départements : Alpes de Haute Provence, Var, Alpes Maritimes.

&ŝŶĚĞů͛ĂƉĞƌĕƵƐƵƌůĞƐĐŽƐƚƵŵĞƐĂƌůĠƐŝĞŶƐĞƚĐŽŵƚĂĚŝŶƐ.

***
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 728

324 ʹ LES COSTUMES TRADITIONNELS DES AUTRES REGIONS DE PROVENCE


Il est impossible de terminer ce chapitre sur le costume
(Hautes-
provençal sans citer les autres pays de cette grande région,
Alpes)
FDUDFWpULVpV SDU GHV FRVWXPHV XQ SHX GLIIpUHQWV ,O V¶DJLW HQ
termes culturels de la Basse Provence (ancien Var selon leur
expression) et de la Haute Provence qui jouxtent le Comté de
Nice.
Pour mémoire, nous avons vu :
x /HFRVWXPHG¶$UOHV : Arles et Camargue, Crau, Alpilles et
bordure Gard. ,OHVWVSpFLILTXHHWQ¶DSDVG¶pTXLYDOHQW Haute Provence
x Le costume du Comtat : c'est le costume de la région
élargie d'Avignon et du Vaucluse, populaire et rural.
Arles
Il nous reste à évoquer :
x Le costume de Basse Provence : porté de Marseille à Basse Provence
Cannes, y compris à Aix en Provence et dans le Var.*
x Le costume de Haute Provence : dans les Alpes de
Haute-Provence, en région préalpine.*
x Le costume niçois : limité à O¶DQFLHQ &RPWp 1içois. Il La Provence au sein de la région Paca
présente des particularités propres. Aire géographique des différents costumes
traditionnels de la région Provence.
* Ces deux groupes de costumes situés au centre de la Provence ont des points communs avec le costume comtadin,
mais ils présentent des variantes permettant de les reconnaître : coiffes, styles, tendances«
Ź AIRE GEOGRAPHIQUE DE LA BASSE PROVENCE AU NIVEAU DES COSTUMES
'DQV O¶$QFLHQ UpJLPH OD %DVVH 3URYHQFH était une réalité géographique HQJOREDQW OD &{WH DORUV GpQXpH G¶LQWpUrW ainsi que
O¶LQWpULHXU MXVTX¶DX SLHG GHV $OSHV $ OD 5pYROXWLRQ HOOH IXW GLYLVpe en deux : une Basse Provence occidentale : les Bouches du
Rhône et une Basse Provence orientale OH9DUOH&RPWpGH1LFHQ¶pWDQWSDVHQFRUHUDWWDFKp Celui-ci le fut en 1860. Le culte du
soleil et de la mer réservé à des initiés vers 1920- QH V¶HVW GpYHORSSp TX¶DSUqV OD JpQpUDOLVDWLRQ GHV FRQJpV SD\pV HW
O¶DXJPHQWDWLRQGXQLYHDXGHYLHYHUV
/¶DLUHGHVFRVWXPHVGH%DVVH3URYHQFH englobe une large bande du littoral des départements des Bouches du Rhône, du Var et de
la partie est des Alpes Maritimes&HUWDLQVO¶DSSHOOHQWOD3URYHQFHPDULWLPH 2QSHXWFRQVLGpUHUTX¶DX-delà de Cannes et Antibes,
FRPPHQFHOD&{WHG¶$]XU, plus luxuriante et ricKHHQSDOPLHUVMXVTX¶j0HQWRQprès de la frontière italienne.

3241 ʹ LES COSTUMES DE BASSE PROVENCE


Ils se composent de plusieurs costumes avec des variantes selon la saison, l'âge, le rang, la richesse et les
circonstances de la vie. Si le costume des hommes est pratiquement uniforme, celui des femmes présente un signe
distinctif propre à chaque lieu grâce à la coiffe. La période la plus intéressante est celle du XIXe qui voit une certaine
stabilisation des pièces vestimentaires tout au moins dans sa première moitié. KŶĚŝƚƋƵĞĐĞĐŽƐƚƵŵĞƐ͛ĞƐƚƉŽƌƚĠůăŽƶ
ƉŽƵƐƐĞů͛ŽůŝǀŝĞƌ͘
On y distingue trois catégories de costumes :
Les paysans et paysannes : Ils travaillent dur dans leur exploitation
Les artisans et artisanes : les petits propriétaires qui exercent un métier artisanal de bon rapport et occupent une classe
intermédiaire
Les bastidans et bastidanes : Les bourgeois aisés, propriétaires souvent de "bastides d'habitation" qui se trouvent au
sommet.
* LES DETAILS DES PIECES DES COSTUMES FEMININS G¶DSUqV/RX5RXGHOHWGHL0LHORG¶$L[HQ3URYHQFH
LA COIFFE : La femme ne se montre jamais "en cheveux". Selon les circonstances (jour de travail, fêtes..) la femme
porte une coiffure de coton : la coiffe est constituée d'une passe à laquelle est cousu un fond. Elle est d'un tissu plus ou
moins fin (mousseline, calicot). Quelquefois elle est brodée agrémentée de dentelle plus ou moins riche qui peut être
tuyautée ou non. D'aspect plus simple, en tissu plus robuste et sans grand décor, la coiffe est souvent qualifiée
d'ordinaire. La "couquetto" est la coiffe la plus ancienne et sophistiquée par ses rangs de dentelles entourant le visage,
elle s'épingle sur le dessus de la tête. Elle est signe d'aisance et se porte chez les gens de condition. La "gauto" s'avance
sur les joues, comme son nom provençal l'indique c'est la coiffe à couture, elle peut posséder deux rubans qui
permettent de la nouer sous le menton. La coiffe "plate" est la coiffe des paysannes, c'est un disque de tissu taillé en
plein biais qui s'ajuste à la tête par un lien de serrage arrière.
LE CHAPEAU : Il est en paille blanche, souvent doublée de tissu, il complète la coiffure en été. En hiver, c'est un
chapeau de feutre à large bord qui protége du froid et des intempéries. Il est porté sur la coiffe, attaché par un ruban
sous le menton.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 729

La Paysanne >͛Artisane La Bastidane


Illustrations par le groupe folklorique : « Le Rode de Basse Provence du Var »
LA CHEMISE : En guise de sous-vêtement, la femme enfile une chemise coupée à angle droits. Elle est à manches
longues pour les paysannes et à manches courtes pour les classes plus riches, elle se porte jusqu'aux mollets. Le tissu
d'origine domestique est rustre, raide ou moelleux, blanc ou écru, selon les classes (chanvre, coton ou lin). L'encolure
est carrée avec une bande de tissu fin, visible au décolleté, qui a donné le nom de chemise à "listo". Puis l'encolure
s'arrondit et se fronce par un ruban coulissé. Elle peut aussi être décorée de festons brodés ou de fines dentelles.
LE CORSET : Il se met par dessus la chemise
pour bien tenir le corps selon une tradition
ancienne. Il est doublé de toile pour augmenter
la force de son maintien, il se ferme avec des
pSLQJOHV RX SDU XQ ODFHW SDVVp GDQV GHV °LOOHWV
métalliques. Il est en piqué de coton blanc, en
toile colorée ou rayée, en basin...
LE CARACO : Il se met par dessus le corset.
C'est une sorte de corsage à manches plus ou
moins longues, fermé par des épingles. Le
caraco est très souvent entièrement doublé d'un
Un corset Un caraco fait de bouts de tissus
tissu ou d'une multitude de chutes d'étoffes
Musée des ATP de Dragugnan rapiécés
assemblées. Il peut être selon la mouvance de la
mode assez court ou plus ou moins long, à
basques ou à "cacaraca", garniture en forme de crête de coq. Il est réalisé en coton, en soie ou en indienne. La bricole
placée au milieu du dos, sert à maintenir en place les jupons, pièces de vêtement assez lourdes.

LE JUPON DE DESSOUS : Le jupon ample comporte un empiècement sur le devant du ventre d'ou part une coulisse
qui permet de le froncer et de l'ajuster à la taille. On en ajoute selon les saisons. Il peut être en coton, toile, lainage,
tricoté, décoré de dentelle, de broderie, de petits plis, blanc ou de couleur, uni ou rayé... selon la condition.
LE JUPON DE DESSUS : Le jupon de dessus "coutihoun" appelé également 'jupe piqué". Le gonflant sur les
hanches est le dos est donné par un grand nombre de plis "canon", un ruban coulissé permet l'ajustement et le maintient
de la taille, il est de petits motifs ou rayé pour les paysannes. le bas du jupon est souvent protégé par un contrefort. Le
jupon piqué est le dessus le plus festif et le plus riche, le plus chaud aussi. Deux étoffes sont assemblées envers contre
envers, une couche de coton cardé entre elles, un travail sur métier permet de fixer les trois épaisseurs, à petits points,
dessinant divers motifs décoratifs (losanges, perles avec parfois un frise de rinceaux).
LA ROBE : La robe d'une seule pièce semble plus fréquente chez les classes aisées.
Les différents tissus utilisés pour leur confection confirme l'aisance pécuniaire de sa
propriétaire : indienne, mousseline, soie.

LE FICHU : Il se présente sous la forme d'un carré de tissu plié en deux, une grande
pointe épinglée au milieu du dos, les deux pointes croisées sur la poitrine et glissées
sous la ceinture du tablier. Il est en laine, coton ou en soie selon les circonstances et les
saisons, blanc ou de couleur à motif uni.
LE TABLIER : Sur la jupe ou la robe se met toujours le tablier qui peut, selon la
circonstance, être de soie, de coton ou d'indienne et de diverses couleurs Un fichu en indienne
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 730

LES CAPES : Contre le froid, les femmes s'enveloppent dans des capes doublées amples à capuchons appelée "des
visites" ou encore "des ramoneurs" en indienne avec des petits motifs.
LES BAS : Les bourgeoises portent des bas blancs unis, tandis que les paysannes mettent des bas de couleurs unis ou
encore rayés. (coton, fil, filoselle, laine, soie...)
LES POCHES : Un lien attaché à la taille cousue porte une paire de poches en coton blanc. Elles jouent en quelque
sortes le rôle du sac.
LES BIJOUX : Chez les classes privilégiées, figurent les "bracelets en cheveux et fermoir en or" "les colliers de perles
purpurines garnies en or" "les perles cornaline". Il existe aussi des bijoux particuliers tels que les bijoux que recevaient
la femme lors de son mariage : des chaînes, des boucles d'oreilles en or, le clavier d'argent : porté à la ceinture avec
chaînes auxquelles s'accrochaient clefs, ciseaux...

Une paysanne et une bourgeoise aisée Un bourgeois aisé et un paysan


Les Cahiers du Patrimoine, N°5, Conseil Général du Var
* LES DETAILS DES PIECES DES COSTUMES MASCULINS G¶DSUqV/RX5RXGHOHWGHL0LHORG¶$L[HQ3URYHQFH
LE MOUCHOIR DE COU : Au cou se noue le mouchoir pour le col, différent du "mouchoir pour le nez" ou de "poche"
souvent blanc. Ce mouchoir peut être porté différemment selon la classe sociale : pointe dans le dos, les deux autres
pointes nouées sur le devant ou de façon plus bourgeoise à la manière d'une cravate : plié en bande dont le milieu
s'applique sur la gorge, les 2 pointes faisant le tour du cou et revenant sur le devant pour y être nouées artistiquement.
LA CHEMISE : Sur le peau l'homme revêt une ample chemise, à manches longues avec un col et une ouverture sur la
poitrine fermée d'abord par des attaches puis plus tard par des boutons. Elle est de "toile commune" (chanvre, lin), de
"toile fine" ou encore selon la classe sociale, le métier et la circonstance du moment de percale ou d'indienne. Elle est
blanche ou colorée.
LE GILET : Par dessus la chemise s'enfile le gilet. Il est coupé dans du basin, du drap, de la flanelle, de la soie ou de
l'indienne. Le gilet peut être très riche. Le col change de forme avec la mode.
LA VESTE : Par dessus le gilet, vient la veste assez large en "drap de montagne", toile ou velours de coton. Les
couleurs vont de la couleur morne, au noir, gris, jaune, bleu. Elles peuvent être au rythme de la mode courte ou à
basques.
LA TAÏOLE : La taille s'enroule d'une bande assez longue de drap ou de flanelle, souvent rouge, beige ou bleu. Elle
maintient en quelque sorte la chemise et le pantalon et protège les reins.
LE PANTALON : Il est à pont. Il est assez large pour l'aisance, il peut être blanc, noir ou de couleur (beige, bleu..). Le
tissu employé est fonction de la saison : velours de coton, nankin, toile blanche ou grise.
LA MONTRE : Le bijou masculin est la montre, avec sa clef et sa chaîne en or.
LE CHAPEAU : Selon la saison, le chapeau de paille ou de feutre blanc ou noir
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 731

VOYONS MAINTENANT DES IMAGES DE CES COSTUMES DE BASSE PROVENCE PAR CATEGORIES SOCIALES.
A ʹ LES PAYSANS Ě͛ĂƉƌğƐ Le Rode de Basse Provence du Var
Au XIXe siècle, les paysans sont pauvres. Ils vivent dans un modeste logis et travaillent aux champs. Leurs
maigres ressources ne leur permettent pas une garde robe bien fournie. Leurs habits sont composés de tissus solides
et grossiers souvent tissés à la maison.
La coiffe est en piqué de coton ou en toile.
La chemise « à liste » ou à encolure ovale à coulisse, tissée en chanvre puis en
coton, se porte à même la peau de jour comme de nuit.
Le corset (ou corselet) apparent dans la tenue de travail est en grosse toile ou
en basin rayé et laisse apparaître les manches de la chemise.
Le fichu est un carré de coton imprimé plié en pointe.
La jupe de toile épaisse tissée rayée, aux couleurs le plus souvent rouge, bleu
et blanc. Coiffe du dimanche
Le tablier en cotonnade unie, rayée ou fleurie, est très enveloppant en piqué de coton

Paysans et
Paysannes de
Basse Provence
Notez le chapeau
de paille en deux
teintes :
naturelle et
noire.

Images de
Lou Roudolet dei
DŝĞůŽĚ͛ŝdž

Cartes postales

anciennes

de paysannes

de Basse Provence.

Comparez ces costumes

avec ceux des

groupes folkloriques.

En Basse Provence, les coiffes de paysanne en toile étaient coupées en biais et resserrées par un cordon arrière
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 732

La blouse
Bas rayés
Jupe rayée

Mouchoir de cou, gilet, taiole et


chapeau de paille
Selon Lou Roudelet dei Mielo : Détails des costumes paysans de Basse Provence

B ʹ LES ARTISANS

Les artisans laissaient apparaître à travers leurs


vêtements leur aisance financière. Leurs costumes sont
voisins de ceux des bastidans. Les différences se situent
dans la qualité et la finesse des tissus.

Sous un costume de velours, les artisans portaient une


chemise blanche et un gilet de velours également
souvent à fleurs, et bien sûr une taïolo, ainsi qu'un
chapeau à larges bords de couleur foncée et des souliers
noirs.

Les femmes des artisans portaient des robes plus


légères que celles des paysannes, souvent agrémentées
de dentelles (coiffe, voire fichu) et d'une croix en bois ou
en métal autour du cou.
ŽƵƉůĞĚ͛ĂƌƚŝƐĂŶƐ de Basse Provence

CoƐƚƵŵĞƐĚ͛ĂƌƚŝƐĂŶĞƐǀƵĞƐĚĞĚŽƐ- Basse Provence par Lou Roudelet dei Mielo


Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 733

C ʹ LES BASTIDANS ET BASTIDANES Ě͛ĂƉƌğƐ>ĞZŽĚĞĚĞĂƐƐĞWƌŽǀĞŶĐĞ du Var

Propriétaires fermiers, ils habitent le mas ou la bastide où ils vivent du produit de leur terre. Possédant une bonne
instruction, la bastidane a la haute main sur le linge, la cuisine, la basse-cour, la magnanerie, pendant que son mari
Ɛ͛ŽĐĐƵƉĞĚĞƐĐŚĂŵƉƐ͘
De situation très aisée, voire riche, elle est toujours très élégante et porte des cotillons piqués et même une robe
pour le dimanche. Son mari, en vêtemenst de travail en semaine porte le dimanche une veste de velours ras et un
gilet brodé.
La coiffe ĚĞ ů͛ĂƌƚŝƐĂŶĞ ĞƐƚ ƵŶĞ coiffe « à gauto » : coiffe qui recouvre les joues,
souvent confectionnée en broderie anglaise.
Le caraco ĞƐƚ ƵŶ ĐŽƌƐĂŐĞ Ɛ͛ĂƌƌġƚĂŶƚ ă ůĂ ƚĂŝůůĞ ŽƵ ƐŽƵƐ ůĂ ƉŽŝƚƌŝŶĞ͕ ĞŶ ŝŶĚŝĞŶŶĞ
Ě͛ŝŵƉƌĞƐƐŝŽŶƐĚŝfférentes suivant les époques.
Le fichu est un carré de mousseline de coton brodé au point de chaînette ou de
tulle brodé au point de sarci (point de reprise).
Le cotillon en indienne imprimée se porte en jupe. Uni, il se porte en jupon sous
une robe de belle indienne ou de soie.
Le tablier ĞƐƚĐŽŵƉŽƐĠĚ͛ƵŶĞďĞůůĞŝŶĚŝĞŶŶĞŽƵĚĞƐŽŝĞ͘
Coiffe « a gauto »

Autres coiffes de bastidanes ʹ Photo du milieu : le caraco très court Ɛ͛ĂƌƌġƚĞƐŽƵƐůĂƉŽŝƚƌŝŶĞ

Belle indienne

Détail de jupon piqué et deux modèles de jupes piquées de bastidanes ͗ů͛ĞŶǀĞƌƐƉŽƵǀĂŝƚĂǀŽŝƌƵŶĞĐŽƵůĞƵƌĚŝĨĨĠƌĞŶƚĞ


Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 734

Chapeau haut de forme, Chapeau haut de forme, gilet,


chemise à col cassé, gilet à chemise simple, taïole.
motifs, veste.
Les costumes de bastidans (propriétaires terriens) de Basse Provence

Couples de bastidans de Basse Provence


D : CůŝŶĚ͛ƈŝůƐƵƌDĂƌƐĞŝůůĞ
Avant de quitter la Basse Provence région côtière naturelle, jetons un regard sur les costumes particuliers liés aux
activités portuaires, à Marseille et dans Ě͛ĂƵƚƌĞƐports de la région, ainsi que dans d͛autres milieux. Exemples :

Une poissonnière de Marseille début XXe Lavage du poisson à Marseille ʹ début XXe
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 735

La Présidente du Syndicat des La jolie « Couquetto » de Marseille, ŽƐƚƵŵĞƐĚ͛ArƚŝƐĂŶĞƐĞƚĚ͛Artisans


Poissonnières de Marseille - 1900 apparue dès le XVIIIe, en tulle et dentelle Marseillais, ƉĂƌ>ĞŝƐŵŝĚ͛ůĂƵ (13)

3242 - LES COSTUMES DE HAUTE PROVENCE


x Aire géographique
Les costumes de Haute Provence étaient portés dans le
département actuel des Alpes de Haute Provence, avec
quelques extensions en bordure du Vaucluse et dans le
nord du Var, appelé « Haut Var ». Cette région
comprend en effet de petits reliefs culminant à 1000
mètres. ŽŵŵĞů͛ŽůŝǀŝĞƌŶĞƉŽƵƐƐĞŐƵğƌĞĂƵ-delà de 400
mètres, on comprend que cette limite naturelle fait la
différence entre la Basse et la Haute Provence. Le climat
de Haute Provence peut être rude et très constrasté.
x Généralités
'¶DSUqV XQ IDVFLFXOH pGLWp SDU © Les Amis des Arts » à
Reillane * en 1975, tout au long du XVIIIe et du XIXe siècles,
TXHOOHV TXH VRLHQW OHV FODVVHV VRFLDOHV O¶KDELOOHPHQW pWDLW
simple et même médiocre. « Les classes sociales ne se
distinguent pas par le costume, les artisans des villes ou
les marchands aisés tout comme la petite bourgeoisie
portent des vêtements modestes, sans aucun luxe : ils
sont toujours hors de la mode courante et la survivance
d'une forme ancienne ; seuls quelques attributs ou
quelques détails les différencient. Artisans, marchands Carte du département des Alpes de Haute Provence
* Reillanne est une localité située près de Manosque
cossus ou bourgeois disposent, peut-être d'un ensemble
plus grand de vêtements pour leur usage ».
Comme les communications étaient précaires, les étoffes étaient réalisées sur place à base de lin, de chanvre et de laine. Les
moutons étaient nombreux, notamment à Barcelonnette. Les femmes filaient et confiaient les fils au tisserand pour confectionner les
pièces de laine tissées dont on faisait les capes et autres vêtements. Les draps de pays étaient portés dans leur couleur naturelle
ou parfois teintés en couleur (vert, bleu, garance).
x Le costume féminin
La coiffe, signe extérieur très distinctif qui, selon sa forme, prendra le nom de couqueto, à canon, à courduro, à gauto, à
l'ensalado, plate.
La chemise en toile plus ou moins fine, au décolleté en carré ou ovale resserré par une coulisse dépassant le corsage.
Le corset à fort piqué, au dos très ajusté, maintenant fermement le buste.
Le jupon de dessous ou de travail en tissu très résistant. Nos artisanes mettaient jusqu'à trois jupons que certains
dénommaient : la modeste, la friponne, la secrète.
Le cotillon piqué très caractéristique, faisait obligatoirement partie du trousseau d'une bastidane ou d'une artisane
aisée. Certaines familles notamment paysannes Ŷ͛ĞŶĂǀĂŝĞŶƚƉĂƐ, car ce vêtement était le plus coûteux.
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 736

Le corsage ou caraco très ajusté et très cambré dans le dos, présentant un large décolleté qui permet de voir le corset et
la chemise.
La robe en deux parties, corsage et jupe qui apparaît d'un seul tenant au XIXe siècle, en tissus d'indienne.
Le tablier accompagnant toujours le costume.
Le fichu porté sur les épaules de manière très précise, en cotonnade imprimée pour la paysanne, en mousseline ou tulle
finement bordé pour les plus riches.
Les souliers très légers pour la bastidane, en cuir et fortement cloutés pour la paysanne.
Capes, châles, mitaines, chapeau de feutre ou de paille sont les éléments indispensables, sans oublier les bijoux et
autres accessoires.
x Le costume masculin
Les hommes portaient les "braies" (pantalons) de cadis roux, de cardeillat ou même de bure serrées au mollet par
des guêtres de même drap et serrées à la taille par la "taiollo" ceinture de drap de couleur rouge, grise ou bleue.
Ils avaient un justaucorps ou gilet que recouvrait une veste courte. L'étoffe des vêtements est toujours du cadis* ou
du cardeillat. Elle est teinte en gros bleu, vert bouteille ou reste "couleur de bête". La vogue durable de ces gilets ne
s'explique que dans les pays ou manteaux et vestes restent déboutonnés. La veste a été portée plus d'un siècle, de 1780
environ à 1880. * le cadis est une serge de laine cardée assez épaisse
Les hommes même de condition modeste, ont une préférence pour le chapeau de feutre, souple, assez large et le
portent en toute saison.
Les bergers portaient la "roupo", manteau à col montant, à pèlerine courte couvrant les épaules.
Les manteaux sont davantage portés par les hommes que par les femmes. Les vêtements chauds étaient surtout à l'usage
des travailleurs, des paysans exposés aux intempéries : on les usait jusqu¶à la trame, aux champs, sur les chantiers.
Les guêtres, attirail purement masculin, recouvraient les bas de laine en hiver et complétaient la culotte .
Ź QUELQUES IMAGES DE COSTUMES TRADITIONNELS DES ALPES DE HAUTE PROVENCE
A - ͛ĂƉƌğƐle site : [Link] - images sur fond bleu
Chers petits-enfants, vous aurez compris que dans toutes les régions, les costumes traditionnels des XVIIIe et début
XIXe siècles sont en général constitués des mêmes pièces. On a déjà ǀƵƋƵĞůĞƐĐŽŝĨĨĞƐĠƚĂŝĞŶƚů͛ĠůĠŵĞŶƚĚĠƚĞƌŵŝŶĂŶƚ
mais aussi les tissus dont la qualité, les impressions (indiennes), les façonnages (piqués, boutis) et leur coût
différenciaient les catégories sociales. Il faut ajouter que la tenue variait également selon les circonstances. Parfois le
corset ou le caraco était superflu. Le nombre de jupons et leur épaisseur variaient suivant les saisons, de même que les
ĐŚĂƉĞĂƵdž͙ Les femmes du peuple portaient au travail, en été, uniquement le corset sur la chemise et le jupon à
rayures. >ĞƐ ƉĂLJƐĂŶƐ ƉĂƵǀƌĞƐ Ɛ͛ŚĂďŝůůĂŝĞŶƚ ĚĞ ĐŚŝĨĨŽŶƐ ƌĞĐŽŶƐƚŝƚƵĠƐ ĞŶ ƚŝƐƐƵƐ ƉĂƚĐŚǁŽƌŬ ŽƵ ĚĞ ƚŝƐƐƵƐ ă ů͛ĠƚĂƚ ďƌƵƚ͘ /ůƐ
sont sous-représentés dans les groupes folkloriques, car il est difficile de nos jours Ě͛ŝŵĂŐŝŶĞƌůĞƵƌĚĞŐƌĠĚĞƉĂƵǀƌĞƚĠĞƚ
les images sont introuvables.
x Des paysannes

Paysannes de Haute Provence en route pour la « bugade » (la lessive)


Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 737

La femme de gauche porte un costume de paysanne de Haute Provence,


Costumes de Haute Provence
dit « de moisson ». (QIDLWLOFRUUHVSRQGDLWjODWHQXHMRXUQDOLqUHG¶pWpGHVIHPPHV
A droite, costume de paysanne avec la capeline,
accomplissant un travail domestique. A droite deux artisanes portant le costume
coiffe recouvrant les joues.
simple de tous les jours. Les cotillons sont en simple toile.

x DES ARTISANES ET BASTIDANES

Artisanes du pays de Manosque En haut une coiffe à « gauto » En haut, corselet en piqué
A droite, cotillon piqué, petit tablier de Manosque dont la passe enserre les joues - /HVIHQWHVGXGRVSHUPHWWHQWGHV¶DGDSWHU
et coiffe de la Mitrone. A gauche, jupe En bas, la coiffe de la Mitrone de aux plis canon de la jupe
G¶LQGLHQQHWDEOLHUSOXVODUJHLes deux ont Manosque. '¶DERUGen toile,
En basHQYHUVG¶XQMXSRQSLTXp
corselet de velours noir et mouchoir de cou avec elle fut ensuite réalisée en
/¶pSDLVVHXUHWOHIDoRQQDJHGRQQHQWODtenue.
pointes insérées dans le corselet. mousseline, linon et dentelles.

9XHG¶HQVHPEOHGHVFDSHVSRUWpHVO¶KLYHUen Haute Provence


Bastidanes et bastidan avec cape de haute Provence
par les hommes et les femmes - Groupe de Manosque
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 738

A droite, vers 1950 ‫ۀ‬


Autres femmes de condition
modeste, fréquentes au XIXe siècle
et au début du XXème, souvent
Ě͛ŽƌŝŐŝŶĞƉĂLJƐĂŶŶĞ :

* La nourrice
* La domestique
Seule la domestique sans doute plus
âgée porte le costume traditionnel.
Ż la cape du berger est en cadis

Le berger et sa cape La nourrice La domestique


B - ͛ĂƉƌğƐ« LES FILEUSES ͕ͩŐƌŽƵƉĞĨŽůŬůŽƌŝƋƵĞĚ͛KƌĂŝƐŽŶ͕ site [Link] et « LE RODE OSCO MANOSCO »,
Société folklorique de Manosque (fond jaune)
>Ă ĐŽŵŵƵŶĞ Ě͛KƌĂŝson (5.000 habitants) se situe dans les Alpes de Haute Provence, au carrefour du Luberon et des Gorges du
Verdon, au nord de Manosque. Manosque (23.000 habitants) est la plus grande ville du département des Alpes de Haute Provence et
les panneaux touristiques de « Manosque, en Haute Provence ͩ ƐŽŶƚ ůĠŐŝŽŶ͘ ͛ĞƐƚ ƵŶ ĞdžĞŵƉůĞ ĚĞ ůĂ ƐƵƌǀŝǀĂŶĐĞ ĚĞ ů͛ĂŶĐŝĞŶŶĞ
appellation « Haute Provence », après la création des départements et de la région Paca.

Costumes de Haute Provence par Les Fileuses Costumes de Haute provence par le Rodde Osco Manosco.
Ě͛KƌĂŝƐŽŶ. A droite, costume de paysanne. La Au premier plan, tenue soignée : jupon piqué, casaquin marine à
coiffe est une capeline. basque descendante ăů͛ĂƌƌŝğƌĞĞƚ fichu arrondi à dentelle.

Mère et fille - en costume de Haute Provence Coiffes de Manosque. Les fichus diffèrent, les imprimés aussi.
Les Fileuses Ě͛KƌĂŝƐŽŶ >͛ŚŽŵŵĞƉŽƌƚĞŐŝůĞƚ͕ǀĞƐƚĞĞƚŵŽƵĐŚŽŝƌĚĞĐŽƵŶŽƵĠ
Chapitre XII ʹ Les Costumes traditionnels et paysans ʹ Basse et Haute Provence 739

3243 - LES COSTUMES NIÇOIS : HISTOIRE ET AIRE GEOGRAPHIQUE DU COMTÉ DE NICE


Le département actuel des Alpes Maritimes résulte du mariage tardif de deux régions soumises
pendant cinq siècles à des institutions différentes, toutefois rapprochées par des solidarités
économiques et des affinités culturelles.
(QSRXUUpDOLVHUO·XQLWpGHO·,WDOLHDXWRXUGX3LpPRQW9LFWRU-Emmanuel II a besoin
GH O·DSSXL IUDQoDLV 1DSROpRQ ,,,  TXL QH PpQDJH SDV VRQ DLGH SUpYRLW GH VRXWHQLU OH
Piémont italien et obtient en échange après une consultation des populations, le comté
de Nice et la Savoie qui sont réunis à la France (sauf Tende et la Brigue réunis seulement
en 1947). Le nouveau département des Alpes Maritimes est créé incluant
O·DUURQGLVVHPHQWGH*UDVVHGpWDFKpGXGpSDUWHPHQWGX9DU
La rivière Var
Ainsi, la rivière Var qui était alors la frontière entre la France et le Comté de Nice est intégrée dans l'actuel département des
Alpes-Maritimes. Celui-ci comprend l'ancien comté de Nice et la partie orientale de l'ancien département du Var (arrondissements
de Cannes et Grasse). De ce fait, le fleuve Var ne passe plus aujourd'hui dans le département qui porte son nom.

ŽŵƚĠ ĚĞ EŝĐĞ ũƵƐƋƵ͛ĞŶ ϭϴϲϬ - En jaune, territoire Tracé rouge dans les Alpes Maritimes : anciennes bornes frontières
cédé en 1860 - En ocre, territoire cédé en 1947. entre France/Savoie, Monaco/Savoie et France/Italie,
de 1761 à 1823
Pour revenir au costume niçois de la Basse Provence que je ne peux développer ici, je vous invite à consulter les
sources documentaires, dont le site : [Link]/costumes provençaux, où vous trouverez un descriptif.

Paysannes de Nice vers 1900. Costume niçois : >ĞĐŽƐƚƵŵĞĨĠŵŝŶŝŶƐ͛ŝŶƐƉŝƌĞĚĞůĂďŽƵƋƵĞƚŝğƌĞ, la jupe


La coiffe se distingue des autres. descend à mi-jambe ʹ ůĞĐŽƐƚƵŵĞŵĂƐĐƵůŝŶƐ͛ŝŶƐƉŝƌĞ du pêcheur.

***
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 740

IV ʹ LES SOUS-VETEMENTS DES FEMMES ET DES PAYSANNES AU XIXe ET DANS LA 1ère MOITIE DU XXe siècle
Jusqu'à la fin du 19e siècle, les paysannes de France et d'Europe, portaient comme unique sous-vêtement une
ĐŚĞŵŝƐĞ ůŽŶŐƵĞ͕ ĂǀĞĐ ĚĞƐ ŵĂŶĐŚĞƐ ƉůƵƐ ŽƵ ŵŽŝŶƐ ůŽŶŐƵĞƐ ĞŶ ŚŝǀĞƌ Ğƚ ƉĂƌĨŽŝƐ ƐĂŶƐ ŵĂŶĐŚĞƐ ů͛ĠƚĠ. Cette chemise
longue assurait l'hygiène du corps et l'isolait de la robe. En effet, les femmes de la campagne ignoraient le port du
pantalon (nous dirions aujourd'hui la culotte), la chemise de corps étant suffisamment longue pour couvrir au
moins jusqu'à mi-cuisse. Sur cette chemise étaient portée la « robe » en deux pièces : le surcot ou corselet qui se
fermait devant par un jeu de laçage, de boutons ou d'agrafes et la longue jupe.
Quand la jupe était séparée du corsage, un bourrelet rempli de crin, d'étoupe ou de paille était ajouté lacé au niveau
de la taille ou encore cousu à l'arrière du corselet, afin d'assurer le maintien de la lourde jupe qui descendait souvent
jusqu'aux chevilles. En Ille et Vilaine, ce bourrelet adapté aux hanches s'appelait « liron » à Dol et « boudin » à
Pléchatel. En ville, le bourrelet appelé tournure succéda vers 1870 à la crinoline. Les paysannes bretonnes portaient
primitivement un ou plusieurs jupons de lourde toile ou de laine épaisse qui leur donnaient un aspect majestueux et
légèrement pyramidal. Elles adoptèrent ensuite des jupons plus légers dont elles faisaient ressortir les dentelles
comme les « demoiselles » de Lorient et de Vannes, en toile de lin plus ou moins fine ou en coton fin ou molletonné.
L'industrialisation de la 1ère moitié du XXe siècle, l'amélioration du train de vie de la classe ouvrière et paysanne, la
tradition urbaine et rurale de la confection du trousseau, les nombreux évènements festifs et religieux (noces,
pardons, etc.) entraîneront l'achat par les femmes aisées de la ville et certaines femmes riches de la campagne de
nouveaux types de sous-vêtements sur les marchés, dans les boutiques du bourg puis par correspondance.
͛ĂƉƌğƐƵŶĞConférence sur le vêtement
41 ʹL E S C H EM IS E S

« Pour le petit peuple, des siècles durant, une


simple chemise le plus souvent de lin ou de
chanvre remplissait tout à la fois les fonctions de
chemise, de maillot de corps, de chemise de nuit
et de culotte͘>͛ŚŽŵŵĞĞƚůĂĨĞŵŵĞĠƚĂŝĞŶƚůŽŐĠƐ
à la même enseigne. La chemise descendait
ũƵƐƋƵ͛ĂƵdž ŐĞŶŽƵdž ». ͛ĂƉƌğƐ ůĞ ĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚ
Civilisation du Guichet du Savoir

Ź
Détail du monogramme
au point de croix rouge.
On devine que le tissu de
chanvre est assez épais.
Maria Gérard en a porté Ancienne chemise longue Dimensions de la chemise. Pour une
de semblables dans son de femme en chanvre, sans femme dont la stature était de 167 cm, le
enfance. ouverture, à enfiler par la bas de la chemise arrivait bien
tête, avec monogramme en-dessous du genou.

ĠƚĂŝůĚĞů͛ĞŶĐŽůƵƌĞĚĞůĂĐŚĞŵŝƐĞ
de gauche : fente ourlée avec
ƉĞƚŝƚƐƉůŝƐăů͛ĞŶĐŽůƵƌĞ͕col simple
et monogramme « ME »

ŚĞŵŝƐĞĚĞũŽƵƌĚ͛ŚŽŵŵĞ͕ ŚĞŵŝƐĞĚ͛ŚŽŵŵĞϭϵϬϬĞŶ Tous ces modèles Ancienne chemise en gros drap, fendue sur
en lin écru, longue lin avec ouverture simple datent des années 1900 les côtés pour le travail agricole.
ouverture, devant plissé. Longueur : 94 cm- Poids ͗ƵŶƉĞƵƉůƵƐĚ͛ϭŬŐ͘
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 741

42 ʹ L A C U LO TT E F É M IN I NE : ARR IV É E , E V OL U TI ON
'pQRPPpHSDQWDORQMXVTX·DX[DQQpHVVRQSRUWQRXVSDUDvWDXMRXUG·KXLpYLGHQWmais son existence est très récente
GDQV O·pFKHOOH GX WHPSV « /D FKHPLVH GHVFHQGDQW MXVTX¶DX[ JHQRX[ IXW SDU pWDSHV WRXW VLPSOHPHQW UDFFRXUFLH HW IHUPpH j
O¶HQWUHMDPEH/HVOLSpWDLWQp/HVIHPPHVHXUHQWGURLWHQSOXs à des jupons. Au cours du XIXe sièclHO¶LQGXVWULDOLVDWLRQHQWUDvQDXQ
changement radical des conditions de vie socio-pFRQRPLTXHV /H SRUW G¶XQH FXORWWH Q¶HQWUD SDV GDQV OHV P°XUV GX MRXU DX
lendemain. Si la culotte fut vite adoptée par la noblesse et la bourgeoisie, les paysans et les ouvriHUVV·HQSDVVqUHQWHQFRUH
pendant longtemps « &HQ·HVWTX·DX;;HVLqFOHTXHODFXORWWHV·LPSRVDFRPPHXQHpYLGHQFHGDQVWRXWHVOHVFRXFKHV
de la société et pour les deux sexes. » '¶DSUqVOHGpSDUWHPHQW&LYLOLVDWLRQGX*XLFKHWGX6DYRLU
Le caleçon long ou pantalon qui fut mis
à la mode par Catherine de Médicis, à
la fin du XVIe siècle, fut porté peu de
temps par les femmes qui redevinrent
nues sous leurs jupons à partir du
XVIIIe siècle.
&H Q¶HVW TX¶HQ  TX¶LO UpDSSDUut
progressivement dans les dessous
féminins : très long, fendu à
O¶HQWUHMDPEHIURQFpHQEDVHWRUQpG¶XQ
volant de dentelles. /¶pYROXWLRQGHODFXORWWHIpPLQLQH
(W GLUH TX¶HQ &KLQH HQ  OHV SHWLWV
Les classes laborieuses des villes enfants chinois portent des culottes fendues
O¶DGRSWqUHQW VRXV /RXLV-Philippe (1830- pour éviter les couches jetables. Aussi les
1848), en le nouant autour de la taille. grands lessiviers producteurs internationaux
On le laisse alors dépasser de la robe Chemise et culotte stigmatisent ces culottes fendues comme
pour des raisons de mode. en 1882 avec corselet « vêtements de paysan ». ĺ

1918 (WLHQQH9DOWRQDO¶LGpHGHFRXSHU
les jambes des caleçons longs.

1887-2007
A droite et en haut du panneau, une culotte La future culotte « Petit Bateau », en jersey
fendue. Au cours du XIXe, les « pantalons / Quelle économie de tissu entre le string G¶DXMRXUG¶KXL de coton, déposée en 1920, durera
culottes » descendaient juste au-dessus des et les pantalons /culottes de vos arrières grands- ORQJWHPSVDYDQWO¶DSSDULWLRQGXVWULQJHW
chevilles. Puis ils raccourcirent G¶DERUG au mères ! Et surtout quel symbole de la liberté du elle dure toujours.
dessous du genou, puis au-dessus, MXVTX¶DX[ corps et de la femme.
années 1930.
« Avec la mode des crinolines, le pantalon (entendez culotte) est adopté
définitivement par les femmes de la bourgeoisie durant la seconde moitié du XIXe
ère
siècle. >Ă ĨĞŶƚĞ ĚƵ ƉĂŶƚĂůŽŶ ƐĞ ĨĞƌŵĞƌĂ ĚĠĨŝŶŝƚŝǀĞŵĞŶƚ ă ů͛ĂƉƉƌŽĐŚĞ ĚĞ ůĂ ϭ
guerre mondiale. ͛ĞƐƚůŽƌƐĚĞƐĂŶŶĠĞƐϭϵϯϬƋƵĞůĂĐƵůŽƚƚĞĞŶƚƌĞĞŶƐĐğŶĞĚĂŶƐůĂ
lingerie féminine, elle est empruntée aux girls des music-halls des années 1920.
Puis dans les années 50 la culotte moulante est définitivement adoptée. Les
années 60 voient naître la formule de sous-vêtement culotte et soutien-gorge
toujours en ƵƐĂŐĞĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕ďŝĞŶƋƵĞůĞƐƚƌŝŶŐĂŝƚĨĂŝƚƐŽŶĂƉƉĂƌŝƚŝŽŶǀĞƌƐϭϵϴϬ͘
Ce n'est donc que depuis deux siècles seulement qu'en France, la femme utilise la
culotte comme sous vêtement, mais ă ůĂ ĐĂŵƉĂŐŶĞ͕ Ě͛ĂƉƌğƐ ĐĞƌƚĂŝŶƐ͕ ĚĂŶƐ ůĞƐ
années 19ϰϬ͕ďĞĂƵĐŽƵƉĚĞĨĞŵŵĞƐŶ͛ĞŶƉŽƌƚĂŝĞŶƚƚŽƵũŽƵƌƐƉĂƐ ».
La culotte fine en satin en 1940 en milieu aisé ‫ۀ‬
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 742

43 - L E CO RS E T ʹ É VO L UT I ON D E PU I S L A R EN AI SS A NC E J U SQ U 'A NO S J OU RS
Au XIXe siècle, la femme ƋƵŝƐ͛ŚĂďŝůůĂŝƚ ƌĞǀġƚĂŝƚĚĂŶƐů͛ŽƌĚƌĞ ͗ůĂĐŚĞŵŝƐĞ͕ůĞĐŽƌƐĞƚƋƵŝŶ͛ĠƚĂŝƚũĂŵĂŝƐƉůĂĐĠăŵġŵĞůĂ
peau, le pantalon-culotte, le jupon et enfin la robe ou la jupe et le chemisier. A partir de 1890, le corset fut même
porté au-dessus des jupons. ^ŝ ů͛ŽŶ ƌĂĐĐŽƵƌĐŝƚ ů͛ŚŝƐƚŽŝƌĞ ĚƵ ĐŽƌƐĞƚ ĞŶ &ƌĂŶĐĞ͕ ŽŶ ƉŽƵƌƌĂŝƚ ĚŝƌĞ ƉĂƌ ƌĂƉƉŽƌƚ ă ĐĞƚƚĞ
ƉĠƌŝŽĚĞ͕ ƋƵ͛ŝů LJ Ă ĞƵ ƵŶ ͨ avant » ͗ ů͛ŽďůŝŐĂtion du corset à partir du XVIe siècle et un « après » : la libération du
corset au XXe siècle. Et comme la France a toujours été considérée comme la référence en matière de mode, ces
ƚƌŽŝƐƉŚĂƐĞƐŽŶƚĞƵůŝĞƵĚĂŶƐƚŽƵƐůĞƐƉĂLJƐĚ͛ƵƌŽƉĞ͘
En fait si ůĞĐŽƌƐĞƚƐ͛ĞƐƚŝŵƉŽƐĠĂƵys/e siècle͕Đ͛ĞƐƚƉĂƌĐĞƋƵ͛ăĐĞƚƚĞĠƉŽƋƵĞ ůĞĐŽƌƐĂŐĞƐ͛ĞƐƚƐĠƉĂƌĠĚĞůĂũƵpe et que
ůĞƐ ĚĞƵdž ƉŝğĐĞƐ ĚĞǀĞŶƵĞƐ ŝŶĚĠƉĞŶĚĂŶƚĞƐ ŽŶƚ ĨŽƌŵĠ ůĂ ƌŽďĞ͕ ƉĞƌŵĞƚƚĂŶƚ ĂŝŶƐŝ ă ů͛ŝŵĂŐŝŶĂƚŝŽŶ ĚĞ ŵŽĚĞůĞƌ
différemment le haut et le bas de la silhouette. « Basquine au XVIe siècle - Corps piqué ou à baleines aux XVIIe et
XVIIIe siècles ʹ Corset au XIXe siècle répondent tous à la définition de la Grande Encyclopédie de Diderot et
d'Alembert (1751) : « Vêtement qui se met immédiatement par-dessus la chemise et qui embrasse seulement le tronc
depuis les épaules jusqu'aux hanches [...]. selon [Link]/encyclopedie/corset-histoire-du-costume/
6LO¶RQVXUYROHO¶pYROXWLRQGXFRUVHWDXFRXUVGHVVLqFOHVRQV¶DSHUoRLWTXHTXHOOHTXHVRLWO·pSRTXHODPRGHpWDLWODQFpHOHSOXV
souvent par une dame de très haut rang qui imposait alors un changement de style. $LQVL OH FRUVHW LPSRUWp G¶(VSDJQH
apparaît à la Renaissance, sous Henri II et Charles IX, sous forme de corps piqués en tissus très rigides. Sa forme conique avait
SRXUEXWG¶DSODWLUODSRLWULQHHWG¶DOORQJHUOHEXVWH, sans trop réduire la taille au début. Mais au fil du temps, la taille deviendra un
souffre-douleur.
Ce qui importait alors était de maintenir le corps droit, de rehausser le niveau de la poitrine, de marquer la finesse de la
taille quitte à la déplacer de hauteur (elle a été VRXYHQWUHKDXVVpH G·DSODWLUSDUIRLVODMXSHVXUOHVKDQFKHVG·DSODWLUOH
YHQWUH RX GH FDFKHU VRQ SURILO SDU GHV DUWLILFHV HW GH SHUPHWWUH VXLYDQW OHV PRGHV OH SRUW G·DFFHVVRLUHV ERXUUHOHWV
MXSRQVjFULQROLQHVWRXUQXUHV« 
Certains commentaires et images suivants sont inspirés du site : [Link]
G¶DSUqVXQHpWXGHGX'U/XGRYLF¶)ROORZHOOPpGHFLQHWDXWHXUIUDQoDLs, parue en 1905 et 1908.

Renaissance Renaissance
Vers 1700 avant JC. Renaissance
Corset daté de Sous Louis XIV Le
La Basquine 1580/1600. Vertugadin
Des plaques de fer de en cône
Sous Henri III Armature en
corsets datant de à armature
Fin XVIe volutes de métal, 1
1800 av JC de métallique ou en
pièce devant, 2 à
ů͛ĠƉŽƋƵĞŵŝŶŽĞŶŶĞ jupon cerclé de
ů͛ĂƌƌŝğƌĞ͕
(Crète) ont été joncs, ancêtre de
La Basquine qui vient avec ouverture
retrouvées, témoin la crinoline.
Ě͛ƐƉĂŐŶĞĞƐƚƵŶĐŽƌƐĞƚ au milieu du dos
de la première Ÿ Seconde moitié du XVIe,
civilisation sans manches placé sur
la chemise et lacé dans Corps piqué et baleiné renforcé par un busc,
le dos. posé sur un vertugadin plateau qui soutient la jupe.

͛ŽƌŝŐŝŶĞ italienne, le busc était une lame rigide


européenne. arrondie aux deux bouts de bois, métal ou ivoire,
Au XVIe,
ůůĞ ĞƐƚ ĐŽŶƐƚŝƚƵĠĞ Ě͛ƵŶ destinée à maintenir le devant très droit et à assurer
Ensuite le corset le bourrelet ou
tissu épais consolidé par par son renfort la rigidité de l͛ĞŶƐĞŵďůĞ͘ ͛ĂďŽƌĚ
ĚŝƐƉĂƌĂŝƚũƵƐƋƵ͛ĂƵ le vertugadin
montant entre les seins, il descend très bas vers 1577.
Moyen-Age. une plaque oblongue de tonneau
Le corps piqué est un corsage rigide de toile raide et
bois, ou en fanons de supplanta les
de fils de fer doublés de toile qui efface le ventre,
A la fin du Moyen-
Age, les robes à baleine appelée coche. arceaux du jupon, affine la taille et gomme la poitrine. Ambroise Paré
corsage serré A cet endroit, on puis les armures dénonce les malformĂƚŝŽŶƐ ƋƵ͛ŝů ƉƌŽǀŽƋƵĞ͕ ŽƵƚƌĞ ůĞƐ
furent remplacées
tiennent lieu de placera plus tard le escarres. Le haut de la toilette en forme de cône
ƉĂƌ ĚĞ ů͛ĂĐŝĞƌ
corset. busc. ŝŶǀĞƌƐĠƐ͛ŽƉƉŽƐĞĂƵďĂůůŽŶŶĞŵĞŶƚĚĞƐũƵƉĞƐ͘ĂƚŚĞƌŝŶĞ
flexible, des
de Médicis lança la mode.
baleines et un busc
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 743

XVIIe, sous Louis XIII début XVIIIe, Régence e


Corset XVIIe - Grand XVIIe -Corset Louis XIV - XVIII siècle
Paysannes françaises Corset à épaulettes ʹ
Gourgandine Corps baleiné avec >ĂƉŝğĐĞĚ͛ĞƐƚŽŵĂĐ
Musée de Cluny
large busc
Ě͛ĂƉƌğƐ^ƚĞůůĂ Corset entrouvert Le bas est découpé en ͛ĞƐƚƵŶĐŽrset baleiné à Apparition de la
Peintre de Richelieu ĚĞǀĂŶƚăů͛ĂŝĚĞĚĞ ůĂŶŐƵĞƚƚĞƐ ƉŽƵƌ Ɛ͛ĂĚĂƉƚĞƌ bretelles fermé devant, WŝğĐĞ Ě͛ĞƐƚŽŵĂĐ
lacets. Moins serré et à la forme des hanches. ůĂĐĠ ă ů͛ĂƌƌŝğƌĞ͘ /ů ƐĞ richement brodée. Le
Pas de corset piqué
porté sous la robe de Même les hommes et les portait au-dessous des laçage du devant
baleiné, le corselet muni
chambre, il évitait les enfants en portaient. Il seins et abaissait le peut être masqué par
ĚĞůĂĐĞƚăů͛ĂǀĂŶƚqui affine
malaises. Considéré était très serré, niveau de la taille. ƵŶĞƉŝğĐĞ Ě͛ĞƐƚŽŵĂĐ͕
la taille sans la comprimer
comme impudique, il comprimait le plexus >͛ƵƐĂŐĞ ĚĞƐ ďĂůĞŝŶĞƐ si les bords du corps
en fait office.
fut interdit plus tard solaire et provoquaient les seules, sans le busc, le de robe ne se
dans certaines régions. « vapeurs » des dames. rend plus souple. rejoignent pas.

XVIIIe siècle - ŽƌƐĞƚĞŶďƌŽĐĂƌƚĚ͛Žƌʹ


Musée des Arts Décoratifs, Paris

XVIIe siècle - Corps piqué assoupli Corset Gand Corps époque Louis XIV XVIIIe siècle - Corps baleiné de 1770
aux coutures apparentes ƌŝŐŝĚŝĨŝĠ ƉĂƌ ƵŶ ďƵƐĐ ă ů͛ĂǀĂŶƚ Ğƚ ĚĞƐ Pas de busc, seulement de fortes baleines
/ů Ŷ͛Ă pas de busc, mais seulement baleines, orné richement lors de son insérées dans des coulisses piquées dans le
quelques baleines. Porté en sous- intégration au Grand Habit de Cour. Le corset. Ils durèrent du milieu du XVIème à la
vêtement. busc sera abandonné à la fin du fin du XVIIIème.
XVIIème.
A la fin du XVIIème, les baleines auront supplanté le busc central. À cette époque le corps baleiné n'escamote plus
les seins, mais les comprime par-dessous de manière à les faire saillir par-dessus.
NB sur les mots « corset et corps»͘ Ƶ ƚĞŵƉƐ ĚĞ >ŽƵŝƐ y/s͕ ŝů  Ɛ͛ĂŐŝƚ ĚƵ ͨ Grand Corps », partie intégrante du grand
habit de cour né à Versailles dans les dernières décennies de Louis XIV ( voir les images suivantes).
Le « Corps piqué » est un corps (descendant du corsage), baleiné (plus ou moins selon l'époque et le rang de la dame
qui le porte) dont les coutures sont apparentes. Il n'est généralement pas très décoré, car c'est réellement un sous
vêtement.
Le « Corps baleiné » est un corps piqué dont les coutures ne sont pas apparentes car il est généralement recouvert d'un
tissu noble parfois à motif ou brodé. Celui ci peut être visible, ne serait-ce que sur le décolleté. C'est aussi une
coquetterie que d'avoir des dessous décorés. Ces corps peuvent être baleinés avec des baleines en os (les fanons de
baleine, d'où leur nom), ou en ivoire gravé (pour les buscs de l'époque) ou même en osier pour les femmes pauvres.
Le corset Ŷ͛ĂƉƉĂƌĂŠƚƋƵ͛ăůĂĨŝŶĚƵys///ğŵĞƐŝğĐůĞ͕lorsque le busc cédera la place aux baleines.
Selon [Link]
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 744

Ci-dessous ź : ILLUSTRATION DU « GRAND HABIT DE COUR » NECESSITANT DE PORTER UN « GRAND CORPS »


>ĞƐ ĨĂƐƚĞƐ Ğƚ ů͛ĠƚŝƋƵĞƚƚĞ ĚĞ ůĂ ŽƵƌ ĚĞ >Kh/^ y/s ƐŽŶƚ ĚŝĨĨŝĐŝůĞƐ ă ŝŵĂŐŝŶĞƌ ĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͘ /ůƐ ŽŶƚ ĞƵ ĚĞ ůŽƵƌĚĞƐ
conséquences sur la toilette des femmes nobles et notamment sur leur santé. Certaines se seraient ruinées pour
être présentées au Roi quitte à en souffrir physiquement. Et toutes les autres qui ont voulu les imiter ͙

Ÿ Traîne du Grand Habit de


Cour porté pour le
Iconographie de Couronnement de Sophie
Grand Habit de Cour Madeleine le 29 mai 1772. Ÿ Grand Habit de Cour porté pour le
Couronnement de la princesse suédoise Sophie
Madeleine le 29 mai 1772 (pièce rarissime)
Ÿ Grand Habit de Poupée : grand corps, jupe, Bien que suédoise, la robe de
Ÿ Celle-ci est la
queue de jupe, vers 1769-1775 ĐŽƵƌŽŶŶĞŵĞŶƚĞŶĚƌĂƉĚ͛ĂƌŐĞŶƚĨĂĕŽŶné
seule connue à ce
de la princesse Sophie Madeleine est un
jour, du grand habit Il comprend trois pièces essentielles :
grand habit comme ceux que les reines
de présentation, * Le grand corps de robe, baleiné, très rigide
de France portent à la cour. Il est
correspondant au avec un large décolleté et un départ de
constitué des trois pièces essentielles,
texte de François A. manches
amovibles : le grand corps ou corps de
de Garsault, qui, en *la jupe, sur un large panier ou jupon de toile
robe, la jupe sur un immense panier ʹ ici
1769, le décrit de raidi
de près de deux mètres, et le bas de robe
couleur noire, * le bas de robe ou traîne amovible appelée
ŽƵƋƵĞƵĞ͕Đ͛ĞƐƚ-à-dire une traîne, longue
rehaussé de queue
de cinq mètres et attachée à la taille par
dentelles blanches,
Il demandait environ 25 m de tissu et ne servait ĚĞƐĂŐƌĂĨĞƐĚ͛ĂƌŐĞŶƚ͘
et le jupon et le
ƋƵ͛ƵŶĞ ƐĞƵůĞ ĨŽŝƐ ĐŽƸƚĂŝƚ ƚƌğƐ ĐŚĞƌ͕ ũƵƐƋƵ͛ă ϯ͘ϬϬϬ
corps ornés de Les traînes jouent un rôle symbolique
livres. Il était porté par les dames lors de leur
pompons en particulièrement important. En effet,
présentation officielle au Roi et à la Reine, à
ĚĞŶƚĞůůĞ Ě͛Žƌ Ğƚ ĚĞ elles montrent comment le costume se
Versailles.
diamants, plie aux jĞƵdž ĚĞ ů͛ƚŝƋƵĞƚƚĞ͘ >Ă ůŽŶŐƵĞƵƌ
complètent la ǀĂƌŝĞ ŶŽƚĂŵŵĞŶƚ ƐƵŝǀĂŶƚ ů͛ŝŵƉŽƌƚĂŶĐĞ
parure. de la cérémonie. De plus, deux critères
renseignent sur la position de la
/ů Ɛ͛ĂŐŝƐƐĂŝƚ Ě͛ƵŶĞ
personne autorisée à porter une traîne :
prescription
la longueur de la queue et le rang de
générale qui
celui qui la porte. Mémoires et
pouvait varier si la
doĐƵŵĞŶƚƐ Ě͛ĂƌĐŚŝǀĞƐ ƌĂƉƉŽƌƚĞŶƚ ĚĞ
présentée était en
nombreuses querelles de préséance
deuil ou si celle-ci
relatives au rang des porteurs de queue,
parvenait à
celui-ĐŝĚĞǀĂŶƚƐŽƵůŝŐŶĞƌů͛ŝŵƉŽƌƚĂŶĐĞĚƵ
Ɛ͛ĂĨĨƌĂŶĐŚŝƌ ĚĞ ůĂ
propriétaire de la traîne.
règle. Structures du Grand Corps du Grand Habit de Cour [Link]/ressources/
La partie supérieure du « Grand habit » de cour féminin est un corset très serré et rigide nommé le « grand corps »,
de forme conique et étroite, qui comprime fortement les côtes flottantes (basses), et dont les bretelles projettent les
épaules en arrière, rapprochant les omoplates et donnant un dos très droit et un beau port de tête. Porté sous Louis
XIV et Louis XV, c'est probablement la forme de corset la plus contraignante à avoir jamais été supportée ͙ Ğƚ
réclamée par les femmes de la Cour.
De tous temps, les médecins et personnes ƈuvrant pour le bien public ont alerté les femmes du danger et de la vanité
du port de ces corsets. De façon constante et entêtée, elles ont tenu à les réclamer pour suivre la mode et non pour
ů͛ĠǀĞŶƚƵĂůŝƚĠ Ě͛ƵŶĞ ƌĂŝƐŽŶ ŽƌƚŚŽƉĠĚŝƋƵĞ͘ Depuis les années 1960, le corset semble avoir été oublié, les notions de
ĐŽŶĨŽƌƚ͕ ĚĞ ƐĂŶƚĠ͕ Ě͛ĞdžĞƌĐŝĐĞƐ ƉŚLJƐŝƋƵĞƐ͕ ů͛ĂŶƚŝ ƐĞdžŝƐŵĞ͕ les progrès médicaux ont encouragé une mode naturelle
ůĂŝƐƐĂŶƚůĞĐŽƌƉƐăů͛ĂŝƐĞ͕ƚŽƵƚĞŶŵĠŶĂŐĞant les incontournables de la mode.
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 745

Début XIXème

1793/1800 ʹDirectoire 1810- Corset à la « Ninon » 1816 1825


Excès de liberté des
Merveilleuses, brève disparition Retour du corset avec des Des baleines Un corset ordinaire avec
du corset. Les seins reposent sur ďĂůĞŝŶĞƐ͕ĐŽƵƉĠĐŽƵƌƚũƵƐƋƵ͛ă obliquement placées busc long placé depuis le
la «zona » ou large ceinture. La la taille, sous forme de de bas en haut et de ĚĠďƵƚ ĚĞƐ ƐĞŝŶƐ ũƵƐƋƵ͛ĂƵ
chemise est supprimée et les « sablier », tout en courbes, dedans en dehors, bas du ventre (on le devine
femmes sortent épaules et non plus conique. maintenant sous le tissu) comprimant
dégagées et en simple robe de l'écartement des les seins et le ventre
gaze, même par temps froid, seins, reçurent le nom
entraînant des mortalités jamais de « divorces ».
vues.

Sous Napoléon III, Nouveauté : le busc est partagé


robe à crinoline en deux parties crochetées.
1830 ʹRéapparition du 1830 - La robe à crinoline 1860-1870 ʹ le corset 1870-1885 - Le corset cuirasse
corset avec busc. débute montée sur des cambré « sablier » avec baleines en acier. La
Corsets ordinaires en jupons empesés superposés forme la « taille de crinoline est remplacée par
satin de coton rosé, (6 à 7). A partir de 1856, le guêpe ». une jupe dont tout le gonflant
piqûres de ficelle. Un busc jupon fut remplacé par la Provoquant une saillie ĞƐƚ ƌĞũĞƚĠ ă ů͛ĂƌƌŝğƌĞ ƉĂƌ ƵŶĞ
en bois est inséré au cage à crinoline (photo ci- abdominale il est décrié tournure, le « faux-cul »,
milieu du devant pour dessus). En 1863, le volume par le corps médical : coussinet rigide rembourré
ƌŝŐŝĚŝĨŝĞƌ ů͛ĞŶƐĞŵďůĞ Ğƚ ĞƐƚƌĞũĞƚĠăů͛ĂƌƌŝğƌĞĞƚĂƉůĂƚŝ déformation des côtes, placé sur le postérieur. Le
rehausser la poitrine, ăů͛ĂǀĂŶƚ͘En 1867, le Corset déplacement des corset reste très cambré à la
alors que le dos porte le Léoty assez court qui pince organes digestifs et taille, les seins sont plus vêtus
laçage. Apparition des la taille et met en valeur la gynécologiques, parfois et le ventre amplifié par un
ƈŝůůĞƚƐ ŵĠƚĂůůŝƋƵĞƐ ĞŶ poitrine et les hanches, très graves busc. Vers 1880/1890, les
1828 et du caoutchouc en permettra le port de la couleurs vives explosent.
1839. tournure.

Slogan publicitaire : « CONTIENT LES FORTS, SOUTIENT LES FAIBLES, RAMÈNE LES ÉGARÉS »
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 746

1860-1890 Vers 1890 ʹ 1900 1898 1898


Le tour de taille des Inhabituel corset à deux >ĞĐŽƌƐĞƚƋƵŝƐ͛ŽƵǀƌĞ Le même corset avec sa « paresseuse » dans
élégantes varie entre rangs de lacets dans le devantpar des agrafes le dos. La femme lace le lacet à sa taille et
40 et 60 cm. dos,sans doute à la demande ĐŽŵƉƌŝŵĞůĂƚĂŝůůĞĞƚƐ͛ĂƌƌġƚĞ Ŷ͛LJƚŽƵĐŚĞƉůƵƐ͘
(Vénus de Milo : 80 cm) de la cliente, pour plus sous les seins
Ě͛ĞĨĨŝĐĂĐŝƚĠ
1878 : apparition des jarretelles cousues en bas du corset à la place des jarretières. Les jarretelles se généraliseront fin XIXe.

A gauche, busc en poire,


les autres sont droits. Corset Collomb
Réapparition du busc en deux 1890 ʹ 1910 ʹ La Belle Epoque Vers 1890, le corset Collomb de Lyon.
parties, en poires ou buscs Le corset droit devant « sans ventre ».
ĚƌŽŝƚƐ͕ĨĂĐŝůŝƚĂŶƚů͛ŽƵǀĞƌƚƵƌĞ͘ Il rend la silhouette de la femme fluide. De De nombreux brevets fleurissent. Pour assouplir le
Le busc est un élément rigide profil il lui donne une ligne en S : poitrine corset, des tissus élastiques sont introduits sur les
placé au centre du devant du ĐƀƚĠƐăůĂƉůĂĐĞĚĞƐďĂůĞŝŶĞƐŽƵĚĞƐƌĞƐƐŽƌƚƐĚ͛ĂĐŝĞƌ
généreuse, taille ultra fine, postérieur
corset. saillant
ème
Sous la 3 République (1878-ϭϵϰϬͿ͕ů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĞĚƵĐŽƌƐĞƚĚĞĚĠǀĞůŽƉƉĞ͘

1900 1900 1887


Apparition des La posture en S imposée par ƵƐƚĞŚLJŐŝĠŶŝƋƵĞĞŶĨŝůĚ͛ĂĐŝĞƌƚƌĞƐƐĠ͕ 35 grammes,
jarretelles le corset entraîne des troubles vendu à Paris, dans un dépôt en gros, 12 rue de
ème
musculo-squelettiques ů͛ĐŚŝƋƵŝĞƌ;ϭϮ ) ʹ Sans commentaires !
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 747

Une moitié développée


du corset Gaches-Sarraute

1895 ʹ Le corset abdominal de 1889 ʹ Le corset Cadolle « Bien-Etre »


Mme le Docteur Gaches-Barthélémy A gauche : ouvert, à droite : fermé.
pour « ƉĞƌŵĞƚƚƌĞ ă ů͛ĞƐƚŽŵĂĐ ĚĞ ŶĞ Son idée de génie a été de couper en deux le corset dans sa hauteur : elle
ƉůƵƐġƚƌĞĐŽŵƉƌŝŵĠĞƚăů͛ŝŶƚĞƐƚŝŶĚĞ a donc inventé le premier soutien-gorge. Le diaphragme était enfin libéré.
fonctionner normalement ». Sa
hauteur est comprise entre le bas des ͛ĂƉƌğƐ,ĞƌŵŝŶŝĞĂĚŽůůĞ͕le corset a pour but de « laisser aux poumons et à
fausses côtes et la ceinture osseuse ů͛ĞƐƚŽŵĂĐƚŽƵƚĞůŝďĞƌƚĠĚĞƐĞĚŝůĂƚĞƌƚŽƵƚĞŶƐŽƵƚĞŶĂŶƚĚ͛ƵŶĞŵĂŶŝğƌĞƉĂƌĨĂŝƚĞ
du bassin. Sur les côtés, il est ůĞƐĂƵƚƌĞƐƌĠŐŝŽŶƐĚƵƚŚŽƌĂdžĞƚĚĞů͛ĂďĚŽŵĞŶ ».
échancré pour laisser la place
naturelle aux hanches

Femme portant le corset Dame en tenue 1900 de la classe Gravure de mode des années Gravure du corset de
de Mme Gaches moyenne 1900 Mme Cadolle

Début XXe ʹ Dans les années 1900-


A gauche, silhouette Vers 1920 Vers 1930
1904, le corset devient droit devant
1910 ʹA droite silhouette Le système de laçage Gaine en fibres
mais le busc descend trop bas,
1920, la cambrure dorsale ĨĂĐŝůŝƚĠ ƉĂƌ ůĞƐ ƈŝůůĞƚƐ tissées au latex,
rendant la position assise très
est plus douce et le tour de métalliques est encore le éternellement beiges
inconfortable. Surtout ce corset
taille se détend. Le corset même de nos jours. Ce ou roses. Enfin le
rejette la croupe en arrière
Ɛ͛ĂĚĂƉƚĞ ă ůĂ ůŝŐŶĞ corset couvre trop les haut des cuisses et la
exagérant la courbure des reins et le
tubulaire des années cuisses. taille sont dégagés
ŵĂŶƋƵĞ Ě͛ĠƋƵŝůŝďƌĞ ĂǀĞĐ les talons
1920. Les jarretières ne
hauts.
reviendront plus.
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 748

1938 1950 1980 2000 2012


Gaine et La gaine- Plus de corset La lingerie est A Cholet, une corsetière tente de remettre
soutien-gorge combinaison mais le corselet devenue sexy. La le corset au goût du jour, non pour
«compensateur » retrouve des avec jean et guêpière et le modifier la silhouette, mais pour la mettre
adeptes, avec le dentelles fait partie en valeur, tout en cassant le côté sexy. Des
en tulle bustier reviennent.
« new look » de du vêtement créateurs de mode et des artistes
Dior. extérieur. Ŷ͛ŚĠƐitent pas à en créer ou à en porter.
Les images des corsets de ce chapitre sont issues de nombreux sites, notamment :
x [Link] (Le corset à travers les âges par Ernest Léoty , paru en 1893)
x [Link]
x [Link] et [Link]
x [Link]
Si vous voulez en savoir plus, cliquez sur Histoire du Corset.
Vous pouvez à ce stade penser que nous sommes bien loin des Habits paysans. Sachez que plus loin nous aborderons les corsets
des paysannes. (WQRXVSRXUURQVDLQVLPLHX[PHVXUHUOHVJUDQGHVGLIIpUHQFHVG¶KDELOOHPHQW selon les classes sociales : nobles,
manants, bourgeois, ouvriers... Je pense aussi que vous serez étonnés de voir à quel point dans les siècles passés, les femmes
ont accepté les pires contraintes pour avoir les faveurs de la Cour ou tout simplement être belles/DSXEOLFLWpQ¶H[LVWDLWSDV
mais les codes requis étaient connus et observés à la lettre. Vous, mes petits-enfants, DYH]DXVVLFHWWHFKDQFHG¶rWUHQpVjXQH
période où la conscience de la santé, du bien-rWUHHWGHO¶H[HUFLFHSK\VLTXHRQWIDLWpYROXHUODPRGHGDQVOHERQVHQV FKDXVVXUHV
FRQIRUWOLQJHULHQRQFRQWUDLJQDQWH«
$YDQWG¶DERUGHUOHVFRUVHWVGHVSD\VDQQHVM¶DLPHUDLVYRXVUpVXPHUGHX[VXMHWVLPSOLTXpVGDQVODIDEULFDWLRQGHVFRUVHWVHWOHXUV
incidences sur la santé.
431² PAR QUI ETAIENT FABRIQUÉS LES CORSETS ?
$XWRXWGpEXWGXFRUVHWMXVTX·j/RXLV;,9OHV© corps » étaient fabriqués uniquement
par des hommes, les « tailleurs de corps ». Qui dit fabriquer des corsets sur mesure, dit
également prendre les mesures et faire tous les essayages. Le premier Roi qui souhaita y
PHWWUHXQWHUPHSDUFHTX¶© il était inconvenant que des hommes prennent les mesures intimes
du corps nu ou presque des clientes et leur fassent les essayages.», fut Louis XIV. En effet,
il autorisa les couturières à se réunir en corporations et à partir du 30 mars 1675 ce
sont elles qui cousent les corsets )DLW LPSRUWDQW SXLVTX¶HOOHV VRQW PLHX[ j PrPH GH
comprendre les attentes des femmes de la Cour, beaucoup plus que les tailleurs qui eux,
enserraient les femmes dans de lourds étaux des plus inconfortables.
0DLV OD PLVH HQ °XYUH GH FHWWH GLVSRVLWLRQ pFKoua, probablement parce que confier à
des femmes un pouvoir de création et de liberté était déjà très mal perçu. (WQ¶RXEOLRQV
pas TXHOHVKRPPHVRQWSRUWpOHFRUVHWGHSXLVOHVQREOHVGHOD5HQDLVVDQFHMXVTX·DX[
dandys du XIXème siècle, notamment vers 1830, militaires inclus. Donc les réticences
valaient aussi bien pour les hommes que pour les femmes.
JuVTX·DX[DQQpHVdurs et difficiles à coudre, les corsets étaient majoritairement Les tailleurs de corps
fabriqués par des hommes, artisans VSpFLDOLVpVRXFRXWXULHUV&·HVWHQTXH0PH/HPRQQLHURXYULWXQSUHPLHUDWHOLHU
de corsetières. En 1870, Paris comptera près de 4000 ouvrières spécialisées en corseterie.
Vers le milieu du XIXe siècle, ils furent produits en grande quantité par l'industrie. Ce n·HVWTXHWRXWjODILQGX;,;e siècle,
MXVWH DYDQW O·([SRVLWLRQ 8QLYHUVHOOH GH  TXH TXHOTXHV IHPPHV RVqUHQW SURSRVHU GHV SURWRW\SHV HW GpSRVHU GHV
brevets.
'HSXLV OD 5HQDLVVDQFH MXVTX¶DX[ DQQpHV  j SDUW TXHOTXHV courtes périodes de relâchement sous Louis XIV et après la
Révolution, soit pendant plus de quatre siècles, le corset est donc resté rigide avec des formes conçues selon des règles de mode,
souvent en opposition avec les formes naturelles du corps. Cependant pour pallier à cet inconfort notable, il semblerait que pour
les dames de la Cour, « il existait pour toutes une version de (corset de) repos, dépourvue de baleine et généralement faite
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 749

de lin ou coton blanc résistant, dite « corps blanc ». Selon [Link]


Retenons aussi que les paysannes pleines de bon sens ont su échapper pendant des siècles à ces règles stupides en
confectionnant des corsets et caracos en simple toile.
Le latex ou caoutchouc introduit dans les textiles à partir du milieu du XIXe siècle DHQILQSHUPLVG·DVVRXSOLUOHVWLVVXVet
de créer des modèles de soutien et non de déformation des lignes naturelles. Les opposants au port du corset dans sa forme rigide
artificielle ont milité dès le XVIIIe siècle, mais il aura fallu attendre la fin de la première guerre mondiale voire de la seconde,
pour définitivement modifier les esprits de la majorité des femmes.
De nos jours, le corset existe toujours. Mais il est G·DERUGun élément de confort ou orthopédique souvent fait sur mesure
chez des spécialistes pour des personnes qui en ont besoin : accidentés, malformations, douleurs dorsales. Plus rarement et
occasionnellement, il devient objet de mode ou de scène.
432 ² LES MEFAITS DES CORSETS A BALEINES TRES SERRES
ƉƉĂƌƵăůĂZĞŶĂŝƐƐĂŶĐĞ͕ůĞĐŽƌƐĞƚďĂůĞŝŶĠŵŽĚğůĞĚ͛ĂďŽƌĚůĞĐŽƌƉƐĚĞůĂ
noblesse ; il signifie la « droiture ͩ Ğƚ ůĂ ĨĞƌŵĞƚĠ Ě͛ąŵĞ Ğƚ ĚĞ ŵƈƵƌƐ ĚĞ
ĐĞƵdžƋƵŝƐĞǀĞƵůĞŶƚĚŝƐƚŝŶĐƚƐĚĞůĂƐŽĐŝĠƚĠƋƵ͛ŝůƐƌĠŐĞŶƚĞŶƚ͘
Bien entendu, la mode est vite imitée dans les milieux bourgeois ; aux
XVIIe et XVIIIe siècles, une bonne part de la population en porte,
ũƵƐƋƵ͛ĂƵdžmilieux les plus populaires dans une version plus simple et peu
baleinée. Ce type de corset a toujours eu ses détracteurs, notamment des
hommes de Science, des écrivains comme Rabelais et Jean-Jacques
Rousseau qui participaient à des croisades anti-corset. Mais curieusement
les femmes de la haute société y revenaient sans cesse pour des motifs
ĞƐƚŚĠƚŝƋƵĞƐ͕ ƐĂŶƐ ĐƌĂŝŶĚƌĞ ůĞƐ ŝŶĐŽŶǀĠŶŝĞŶƚƐ ƉŽƵƌ ůĂ ƐĂŶƚĠ͕ ă ů͛Žpposé,
semble-t-il, des classes laborieuses, notamment des paysannes.
Serrer un corset demandait de la domesticité
A la fin du XIXe siècle, de grands efforts furent accomplis
HQ PDWLqUH G¶K\JLqQH JpQpUDOH HW GH VDQWp  /H FRUVHW IXWj
nouveau détracté SDU FHX[ TX¶RQ DSSHODLW OHV K\JLpQLVWHV
représentant différents courants de pensée dans le
prolongement des découvertes de Pasteur.
,OHVWYUDLTX·HQOHGpEDWVXUOHFRUVHWIDLWUDJH Les
anomalies résultant de son usage abondent : côtes
flottantes déformées, foie et estomac déplacés et
comprimés, intestins comprimés, organes génitaux
GpYLpV HW GHVFHQGXV G·R GHV SDPRLVRQV GHV
problèmes respiratoires et digestifs. Et les enfants sont
soumis aux mêmes contrainte « afin de prévenir les
déformations».
Un fait divers paru dans la presse relatif à une jeune fille
décédée deux jours après un bal précise que O¶DXWRSVLH
réclamée par les parents a révélé que trois côtes déformées
avaient transpercé le foie. Ces cas mortels relativement rares
étaient infiniment moins nombreux que les malaises et $JDXFKHIHPPHQ¶D\DQWMDPDLVSRUWpGHFRUVHW- A droite, femme
maladies chroniques de nombre de femmes. ayant quitté son corset : on voit la compression des côtes

ĺ 6FKpPD FL-dessus à droite : Déformations du squelette dues au corset dans le Bulletin et mémoire de la Société
G¶DQWKURSRORJLHGH3DULVHVpDQFH HFRQIpUHQFHDQQXHOOHWUDQVIRUPLVWHO¶pYROXWLRQGXFRVWXPHSDUOH'U)pOL[5pJQDXlt, p.
344), anonyme, juillet 1900, papier imprimé, Paris, Bibliothèque du Musée de l'Homme,
Tchekhov même, célèbre auteur russe, dans ses « Portraits de femme » parle de la transgression du corset : « cette
cuirasse, reflet de la caste à laquelle on appartient coupe le monde en deux parties, celle où on le porte et qui signifie
ƋƵĞů͛ŽŶĂĚĞƐĂǀŽŝƌƐĞƚů͛ĂƵƚƌĞ͕ĐŽŶstituée pour la majeure partie par les paysannes qui travaillent dans les champs ».
Anton P. Tchekov, Portraits de femmes, par Françoise Darnal-LesŶĠ͕ϮϬϬϳ͕Ě>͛,ĂƌŵĂƚƚĂŶ͘
Par ailleurs, Mme Tylicka, doctoresse de nationalité polonaise, dans une thèse de Doctorat soutenue à Paris en 1898,
intitulée : « Du corset, ses méfaits au point de vue hygiénique et pathologique » précise que : « En Pologne, où nous
connaissons personnellement le costume des villageoises, les paysannes, jeunes et âgées, remplacent le corset par un
corsage sans manche, décolleté, fait de toile très forte et boutonné par devant. Il suffit tout à fait pour soutenir les
seins plus ou moins grands ».
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 750

44 ʹ LES PAYSANNES ET LE CORSET


WĞŶĚĂŶƚƋƵĞůĞƐĂŵĞƐĚĞůĂŽƵƌĞƚĚĞůĂEŽďůĞƐƐĞƉƵŝƐƉůƵƐƚĂƌĚĐĞůůĞƐĚĞů͛ƌŝƐƚŽĐƌĂƚŝĞĞƚĚĞůĂŽƵƌŐĞŽŝƐŝĞĠƚĂŝĞŶƚ
dépendantes de ces corsets qui les confortaient dans leur classe sociale, nous devons nous interroger sur le
comportement des femmes paysannes vis-à-vis de ce vêtement de mode.
͛ĂƉƌğƐůĞƐŽďƐĞƌǀĂƚĞƵƌƐĚĞůĂZĞŶĂŝƐƐĂŶĐĞ͕ůĞƐƉĂLJƐĂŶŶĞƐŶĞƉŽƌƚĂŝĞŶƚƉĂƐĚĞĚĞƐƐŽƵƐ͕ůĂĐŚĞŵŝƐĞƐ͛LJƐƵďƐƚŝƚƵĂŝƚ͕
mais elles avaient une jupe et un corsage sur lequel était porté un « CORSELET » ;ůĞ ŵŽƚ ĐŽƌƐĞƚ Ŷ͛ĂƉƉĂƌĂŠƚ ƉĂƐͿ
continuateur de la cotte du médiéval, lacé pas trop serré. Il mettait en valeur la taille et soutenait les seins. Il se
laçait devant, geste effectué par la personne même qui le portait, alors que celui des aristocrates lacé derrière,
nécessitait l'aide d'un domestique. Nous en avons vu une illustration page 743, dans un dessin de Stella, peintre de
Richelieu. Ces corselets, dépourvus de manches, sont lacés devant et présentent une pointe qui recouvre le haut du
tablier. Ils sont enfilés sur un corsage à manches longues. Ils étaient constitués de toile de chanvre, de fil ou parfois
de cuir pour leur donner de la tenue. La présence de piqures simples pour raffermir les tissus et surtout celles
renfermant des baleines sont des exceptions confirmant la règle.
Selon le Dictionnaire de l'Académie française de 1762, il y a au XVIIIe siècle deux sortes de corsets : le « corps de
cotte de villageoises » et le « petit corps ordinairement de toile piquée et sans baleine, que les femmes mettent
lorsqu'elles sont en déshabillé'¶DSUqV[Link]/2410729/le-corps-a-baleines-le-corset-et-le-tailleur-de-corps/.
Au Musée actuel des Textiles et des Arts Décoratifs de Lyon, on présente le « corset à laçage » ou « petit corset »
par opposition au « corps à baleine » de toutes les classes de la société et au « grand corps » exclusivement porté à
la Cour par les Aristocrates. Or le Corset à laçage ou « Petit Corset » est porté le plus souvent par les domestiques, les
couturières et les PAYSANNES. Pour les jours de fête͕ůĞĐŽƌƐĞƚĞƐƚƌĞĐŽƵǀĞƌƚĚ͛ƵŶĞĠƚŽĨĨĞƵŶŝĞŽƵĨĂĕŽŶŶĠĞ͕ƉŽƵǀĂŶƚ
être constituée de matériaux de récupération de costumes de cour, surtout pour les personnels domestiques des
grandes familles. Dans ce Musée de Lyon, il est donc bien question de « Corset » quand le vêtement de paysanne est
évoqué.
Par ailleurs, dans les reconstitutions actuelles des costumes
ƚƌĂĚŝƚŝŽŶŶĞůƐ͕ƵŶĞĂƵƚƌĞŽďƐĞƌǀĂƚŝŽŶƐ͛ŝŵƉŽƐĞ. Le corselet est parfois
appelé « caraco ». Or le caraco est une petite veste à longues
manches collantes et à petite basque située dans le dos. /ůĂĚ͛ĂďŽƌĚ
été porté au XVIIIe siècle par les paysannes et les artisanes avant
Ě͛ġƚƌĞ ĂĚŽƉƚĠ ƉĂƌ ůĞƐ ĨĂŵŝůůĞƐ ĂŝƐĠĞƐ ĐŽŵŵĞ ĐŽƐƚƵŵĞ ĚĞ ŵĂŝƐŽŶ͘ Le
mot « caraco » viendrait du turc « kerake » qui désigne deux pièces du
ǀġƚĞŵĞŶƚ ĨĠŵŝŶŝŶ͕ ů͛ƵŶ ƋƵŝ ĐĂĐŚĞ͕ ů͛ĂƵƚƌĞ ƋƵŝ ƌĠǀğůĞ͕ ůĂŝƐƐĂŶƚ ĚĞǀŝŶĞƌ
ůĞƐŵĠĂŶĚƌĞƐĚƵĐŽƌƉƐ͘ƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕ŽŶĚŝƌĂŝƚ : haut, top, débardeur.
Si la basque de la veste est plus longue notamment dans le dos, le
caraco devient un casaquin, présent également dans certaines Caraco provençal à « cacaraca »
manifestations dédiées aux costumes provinciaux. Dernier quart du XVIIIe - Arles, Musée Arlaten
Le caraco aurait pour origine un corsage provençal dénommé le « caraco à cacaraca ». Le « cacaraca » est un
montage de plis situé dans le dos se terminant à la base par un important cacaraca ou pet-en-ů͛Ăŝƌ.
Nous pouvons donc penser que depuis la Renaissance, les ƉĂLJƐĂŶŶĞƐ Ŷ͛ŽŶƚ ũĂŵĂŝƐ ƉŽƌƚĠ les corsets-carcans des
classes privilégiées, Ě͛ĂďŽƌĚparce que leur travail ne le permettait pas, mais aussi parce que leur bon sens les en a
dissuadées. Toutefois, elles ont retenu dans ů͛ĞƐƉƌŝƚĚĞƐcorps piqués et des corsets baleinés, ů͛ĂƐƉĞĐƚƐĞLJĂŶƚ͕ĂƐƐĞnjƉƌğƐ
du corps, soutenant la poitrine et adaptable par des lacets ajustés modérément, Ě͛ƵŶ ŚĂƵƚ ĨĂĐŝůĞ ă ƉŽƌƚĞƌ et sans
manches : LE CORSELET. Le caraco ou même le casaquin ne sont que des variantes moins adoptées par les paysannes
en général. Mais les usages sont tenaces : le corselet est parfois appelé le caraco (Bretagne, Morvan) ou le casaquin
dans le Limousin ou le même surcot* en Bretagne.
* le surcot apparu au XIIIe siècle ĂĚ͛ĂďŽƌĚĠƚĠƵŶe tunique plus ou moins longue à manches pour hommes et femmes,
ĂǀĂŶƚĚ͛ĠǀŽůƵĞƌăƉĂƌƚŝƌĚƵysĞ siècle vers une cotte à manches courtes puis sans manches.
͛ĂƉƌğƐĂƌŽůŝŶĞ'ĂƌŽƐĐŝŽ͕ĐŽƌƐĞƚŝğƌĞ, « au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, à peu près toutes les femmes
portent un corset ; mais les ouvrières, paysannes et petites commerçantes ne le portent souvent que comme le
« soutien » jugé indispensable au dos, qui sinon sera bossu, aux seins et aux fragiles organes internes féminins.
Selon [Link]
Enfin, Jean- Louis Clade, écrivain-historien de Franche-Comté rappelle que vers 1910, le corset reste prisé dans
toutes les classes de la société, SAUF CHEZ LES PAYSANNES.
Comment alors différencier le sens des mots : « Corset » et « Corselet » pour les paysannes ? Les confusions de
termes évoquées ci-dessus existent également entre ces deux pièces de vêtement.
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 751

CONCLUSION : dans les vêtements des paysannes, le mot « CORSET » est parfois attribué à tort au « CORSELET ». Or le
corset est un sous-vêtement qui ne se montre pas, contrairement au corselet qui se porte sur la chemise ou sur le
corsage suivant les circonstances. Le ĐŽƌƐĞƚ ĠƚĂŝƚ ůĂĐĠ ă ů͛ĂƌƌŝğƌĞ͕ ĂůŽƌs que le corselet ů͛ĞƐƚ sur le devant, sauf
exception. Leur seul point commun est de donner du maintien au corps ă ĚĞƐĚĞŐƌĠƐĚŝĨĨĠƌĞŶƚƐ Ğƚ Ě͛avantager la
silhouette tout en soutenant la poitrine.
Iů ŶĞ Ɛ͛ĂŐŝƚ en aucun cas du corset très rigide porté à la Cour ou plus tard dans la bourgeoisie. La dénomination
moderne de « corset de paysanne » doit donc être utilisée avec prudence ou replacée dans le contexte du temps.

Ź SURVOLONS PAR IMAGES LE CORSELET DES PAYSANNES AU COURS DES SIECLES.

ZĞĐŽŶƐƚŝƚƵƚŝŽŶĚ͛ƵŶ Paysanne de Haute Alsace, Paysanne lorraine XIXè ʹ Caracos paysans du Morvan
« corset » de paysanne 1876 1865 Il existait plusieurs modèles : droits, à
du XVIIIe - 1765 ͛ĂƉƌğƐ>ŽƵŝƐĞŶŽŝƚ͕ ďĂƐƋƵĞƐ͕ăĐŽůƐƌŽŶĚƐ͕ăĐŽůƐƉůĂƚƐ͙
CORSELET ROUGE sur blouse
Musée lorrain, Ce paletot très court, venant à peine à
En coton rayé bleu et blanc claire à manches courtes. Les
Nancy la taille, souvent noir et bordé de
assez grossier, lacé sur le plis du tablier sont velours, Ɛ͛ŝŶƐƉŝƌĞdu corselet.
CORSELET NOIR sur
devant, baleiné avec du rotin. Ě͛ŝŶĨůƵĞŶĐĞĂůůĞŵĂŶĚĞ͘ A la fin du XIXe, il fut très ouvragé.
corsage blanche
Dans les images ci-dessus, seul le 1er modèle en partant de la gauche est baleiné. Les corselets lorrains du
XIXe sont des modèles courts en toile, sans basque, lacés devant. Le tableau de droite montre des caracos du
Morvan du XIXe : corselets à manche longue très ajustés, comme les corselets sans manches.

La paysanne lorraine du XIXe en tenue Autre modèle de Costume Ě͛ĠƚĠ de


Dans le Morvan͕ ũƵƐƋƵ͛ă ůĂ ĨŝŶ paysanne selŽŶ ů͛ŝŵĂŐĞƌŝĞ
de travail : le « CORSET » (en noir) peut corset peu échancré
du règne de Louis XV, le populaire du XIXe : jupe en
être lacé dans le dos, une petite basque à bretelles, lacé
corsage est garni de baleines, coton, chemise blanche en
descend sur les reins et le devant se devant.
ĂǀĂŶƚĚ͛ĠǀŽůƵĞƌau XIXe vers le coton blanc à manches
termine par deux pointes cachées par le
caraco sans manches, puis courtes et corselet
tablier. Le groupe folklorique actuel
avec basque et manches échancré en velours noir à
utilise le mot « corset ». larges bretelles lacé
longues très étroites.
devant.
Chapitre XII ʹ Les Habits Paysans 752

Rappelons ici les différences entre le corset en général


et le corselet des paysannes porté jƵƐƋƵ͛ĂƵyyĞƐŝğĐůĞ :

Différences Vêtement Tenue Laçage


Corselet de dessus souple devant
Corset de dessous rigide derrière

>Ğ ǀĠƌŝƚĂďůĞ ĐŽƌƐĞƚ ŵŽĚĞƌŶĞ ĚĞ ŵĂŝŶƚŝĞŶ Ŷ͛Ă ĠƚĠ


introduit en milieu rural que progressivement à partir
des années 1920, ŐƌąĐĞăů͛ŝŶĨůƵĞŶĐĞĚĞƐũĞƵŶĞƐĂLJĂŶƚĨƵŝ
le milieu agricole et rural. Souvenons-nous que Maria
Gérard͕ ƉĂƌůĂŶƚ ĚĞ ů͛ŚĂďŝůůĞŵĞŶƚ ĚĞ sa mère avant la
guerre de 1914 (née en 1862), citait le corset qui « était
ƚƌğƐĂũƵƐƚĠĞƚƌĞŚĂƵƐƐĂŝƚůĂƉŽŝƚƌŝŶĞ͕ŵĂŝƐŝůŶ͛ĠƚĂŝƚƉŽƌƚĠ Corselet de paysanne du XIXe siècle. Pendant les gros travaux
(fenaison sur la gravure), il était porté directement
que le dimanche ». Par ailleurs si nous regardons les
ƐƵƌůĂĐŚĞŵŝƐĞƌĞƐƐĞƌƌĠĞăů͛ĞŶĐŽůƵƌĞƉĂƌƵŶĐŽƌĚŽŶ͘
photos de mariages avant et après 1900, il est aisé de
reconnaître à la silhouette le port du corset à cette
époque.
A Paris et dans les grandes villes, le corset fut remplacé
définitivement par les gaines à partir de 1920. Dans les
campagnes, il faudra attendre plus longtemps.
Ensuite, vers les années 1930/1940, le corset devenu
plus souple était avant tout considéré en milieu rural
comme une aide au maintien du dos et des organes,
lors des périodes de gros travaux. En 1950 le « tailleur
jupe Dior » qui envahira tous les milieux contribuera à
prolonger le port du corset dans les familles paysannes.
Ensuite les différenciations urbain/rural disparaîtront.
Puis le « tailleur pantalon Yves St Laurent » de 1967 1900 ʹ Catalogue des Galeries Lafayette
Les corsets proposés aux citadines
réinventera la liberté moderne.
sont des combinés une pièce avec jarretelles

1950 ʹ CORSET en toile gainé de baleines très courant. Le laçage se


ƌĠŐůĂŝƚăů͛ĂƌƌŝğƌĞĞƚů͛ĂŐƌĂĨĂŐĞĂǀĂŝƚůŝĞƵĚĞǀĂŶƚƐƵƌƵŶĐƀƚĠ͘

Paris, 1920 1938 1960 1960


>͛ĠŵĂŶĐŝƉĂƚŝŽŶĨĠŵŝŶŝŶĞ : Combiné de maintien La GAINE souple en latex Zoom sur les jarretelles
Soutien gorge satin en pointe remplacera le corset de la gaine, devenues élastiques
Gaine culotte - Cigarette à boutonnières

>͛ĠǀŽĐĂƚŝŽŶĚĞƐcorsets étant terminée, nous allons maintenant passer à celle des soutien- gorge.

***
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 753

45 ² L E S OU T I EN - G OR G E
'qVO·$QWLTXLWp, la femme hellénique porte une bandelette en lin lui permettant de dissimuler la poitrine, ce qui fut reconduit par les femmes
GHO¶pSRTXHURPDLQH.
Au Moyen- Age en France, les écrits sur le sujet sont rares. /HVSHLQWXUHVFRQILUPHQWTXHOHFRUVHWSHUPHWWDLWG¶DERUGGHVRXWHQLUOHVVHLQV
voire de les montrer. Seul Henri de Mondeville, chirurgien du Louis Le Bel et de Philippe le Huttin et considéré comme le « père de la
chirurgie française», mentionne des détails dans son ouvrage « &KLUXUJLH« », composé de 1306 à
1320 : "FHUWDLQHV IHPPHV« LQVqUHQW GHX[ bonnets dans leurs robes, à la hauteur de la
poitrine et qui sont ajustés à leurs seins et elles les y mettent [leurs seins dans les bonnets]
FKDTXHPDWLQHWDWWDFKHQWOHXUSRLWULQHDYHFGHVEDQGDJHVTXDQGF·HVWSRVVLEOH ". En fait,
ces poches étaient destinées à contenir les poitrines opulentes [et parfois douloureuses sans doute
HQ SpULRGH G¶DOODLWHPHQW ± hors citation]. Toutefois, un auteur anonyme du XVe siècle de
O¶$OOHPDJQH GX 6XG décrit une situation différente : " Beaucoup (de femmes) font deux
sacs/poches à seins et avec elles, elles se promènent dans les rues pour que tous les
jeunes hommes qui les regarderaient voient leurs beaux seins, mais celles dont les seins 3RUWUDLWG¶$JQqV6RUHO± XVIe siècle
sont trop gros font de petites poches, pour ne pas TX·HQYLOOHRQMDFDVVHVXUOHXUVJURV seins ». G¶DSUqV-HDQ)RXTXHW- Loches
On ignore si ces habitudes étaient fréquentes mais pour la morale G¶DSUqVFHVpFULWV, si le port de ces accessoires pour réduire la poitrine
était accepté, OHXUXWLOLVDWLRQSRXUPHWWUHHQYDOHXUOHVVHLQVQ¶pWDLWSDVELHQSHUoXH '¶après : [Link]/la-lingerie-medievale
Après la Révolution, quand le corset disparaît, les femmes soutiennent leur poitrine à l'aide d'une bande de tissu nouée en dessous de
celle-ci. Le XIXH pWDQW PDUTXp SDU OH VRXKDLW GHV IHPPHV GH QH SOXV VXELU OHV FRQWUDLQWHV G¶XQ FRUVHW ULJLGH OH SULQFLSH GX EDQGHDX
redevient à la mode. Le premier prototype du soutien gorge moderne apparait aux Etats-Unis en 1859.
6RXVO·(PSLUH en France, les femmes ont utilisé des « appuis », petites poches en satin maintenues par un ruban.
A la fin du XIXe, le premier soutien-gorge inventé par Herminie Cadolle * DpWpSUpVHQWpjO¶([SRVLWLRQ8QLYHUVHOOHGHj3DULV.
Mme Cadolle a remplacé les baleines et les lacets par des fils de caoutchouc et son soutien-gorge créé en 1889 dénommé
« corselet-gorge » va peu à peu détrôner le corset. Mais lDGpFRXYHUWHGXPRGqOHGH0PH&DGROOHELHQTX¶LQJpQLHX[IXWXQ
échec au plan commercial. Aux Etats-Unis, les performances technRORJLTXHVSHUPHWWHQWG¶DXWUHVFUpDWLRQVHWOHVVRXWLHQV-
gorges ne vont cesser de se perfectionner tant au niveau des matières qu'au niveau des formes. Après la Seconde Guerre
mondiale, l'imagination est débordante. Les couturiers se lancent dans les coussinets gonflables, les armatures pour seins
pointus, les armatures non métalliques, les formes pigeonnantes.... Sensualité et fonctionnalité émergent «
* La boutique Cadolle existe encore à Paris.
&HQ·HVWTX·HQTXHO·DPpULFDLQH0DU\3KHOSV-DFREFUpDOHSUHPLHUVRXWLHQ-gorge moderne. Il fut vendu dès 1914 à la société
Warner Brothers Corset Company.
De nos jours, les tailles homologuées facilitent les choix des modèles en fonction des mensurations et les rayons spécialisés des
PDJDVLQVSHUPHWWHQWG¶HQDFKHWHUVDQVSDVVHUSDUGXVXU-mesure. Il existe aussi des boutiques de lingerie proposant des articles
plus onéreux avec un service de conseil personnalisé, des retouches si nécessaire et un environnement plus calme.
Pendant longtemps, on a pensé que le soutien gorge était une innovation du début du XXe siècle. Mais une découverte
récente en Autriche annoncée en 2012 UHPHWHQFDXVHO¶KLVWRire habituelle du soutien-gorge.
Lors de travaux au château de Lendberg, des lingeries vieilles de 600 ans ont été
mises à jour dont quatre soutiens-gorges* datant du Moyen Âge. La découverte
remonte à 2008, mais les recherches de datation au carbone 14 sous le contrôle
G·DUFKpRORJXHV GH O
XQLYHUVLWp G
,QQVEUXFN HQ Autriche ont demandé du temps.
Cette découverte bouleverse les connaissances historiques.
Les historiens de la mode s'accordaient généralement pour affirmer que l'apparition de
ce sous-vêtement remontait à l'abandon du corset, il y a plus de 100 ans. Il est
désormais admis que le vrai soutien-gorge, celui qui soutient les seins sans les
comprimer, a de peu précédé le corset. Un spécimen des trouvailles a en particulier
retenu l'attention des spécialistes : « il ressemble exactement à un soutien-
gorgemoderne », explique Hilary Davidson, conservatrice de la mode du London
Museum, au Daily Mail. « C'est une découverte étonnante », précise-t-elle. Le soutien gorge médiéval autrichien
révolutionnaire qui décoiffe nos idées
* le pluriel de soutien-gorge varie suivant les dictionnaires. Sont admis : des soutiens- gorges ou des soutiens- gorge ou des sou
JRUJH8QVHXOFDVQ¶HVWSDVDGPLV : soutien- gorges
Au cours de ces 100 années, le soutien-gorge a changé plusieurs fois de concept que certains résument ainsi :

x Les années 1970 : le combat féministe


x Les années 1920 : le style garçonne
x Les années 1980 : le glamour
x Les années 1950 O·XOWUD féminité
x Les années 1990 O·K\SHUFKRL[
x Les années Sixties : la naïveté
x Les années 2010 : les podiums
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 754

x De 1900 à 1950 :

Pour mémoire Le premier « corselet-gorge ªG¶+HUPLQLH&DGROOH Le corselet-gorge Cadolle créé en


Epoque grecque et romaine  HW SUpVHQWp j O¶([SRVLWLRQ
Deux goussets (pièces triangulaires des bonnets) dont les
Universelle de 1900. Rattaché au
Les femmes utilisaient une sangle côtés élastiques sont reliés aux épaulières. Chaque pièce du
corset par le dos, il comprime un peu
ou bandeau en tissu enroulé(e) dos et du devant est entourée de baleines tandis que le milieu
OHVVHLQV/¶DQFrWUHGXVRXWLHQ-gorge
autour de la poitrine dénommée : des goussets porte une baleine verticale préformée. Le
fut aussi appelé »Maintien-gorge »
capitium, fascia, zona, strophium. terme « Soutien-gorge » apparaît en 1904 dans le Larousse
ou « Gorgerette ».
Le soutien-gorge que l'on connaît aujourd'hui, avec deux bonnets séparés, a été inventé par Mary Phelps Jacob en 1913.
En 1928, Ida Rosenthal intègre à cette invention le système des tailles.
Les premiers modèles de 1913 étaient en lin ; à partir de 1920 ils sont fabriqués en mousseline et soie. La mode est à
O¶HIIDFHPHQWGHODSRLWULQH/HVRXWLHQ-gorge se mue parfois en simple bandeau. En 1930 création de la rayonne. En 1931, les
frères Warner utilisent un tissu extensible avec des bretelles élastiques, ce qui leur permet de proposer différentes tailles.
$SDUWLUGHO·DSUqV-JXHUUHPDUTXHOHUHWRXUGHVIRUPHVXOWUDIpPLQLQHVDYHFO·HPSORLGXQ\ORQ&·HVWO·pSRTXHGHV
bonnets pointus et le début des modèles pigeonnant. Les modèles deviennent confortables et discrets. La microfibre
permet la seconde peau.

1913 1920 1920 1920


Premier soutien gorge brassière Les années garçonnes %UDVVLqUHG¶+HUPLQLH&DGROOH Dentelle et ruban noir

1920 1925 En haut : 1925, soutien gorge 1930


Les combinaisons Le cache±corset porté avec le papillon - En bas, 1930 : soutien Le combiné élastique permet le
de la ligne garçonne jupon, ancêtre de la combinaison gorge au crochet sport
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 755

1935 1936 1938 1945


Publicité Magicia Le premier deux pièces Gaine et soutien gorge en tulle Combinés
Bien Etre « Atome » compensateur
x Après 1950, F¶HVWODVLOKRXHWWHG¶$XGUH\+HSEXUQTXLO¶HPSRUWHODOLQJHULHDGRSWHOH9LFK\HWGHYLHQWK\SHUFRQIRUWDEOHDYHF
OH /\FUD &¶HVW O¶pSRTXH GHV EORRPHU-brassières et Playtex crée son premier « &°XU FURLVp » sans armatures métalliques.
$YHF0DLF¶HVW le rejet du soutien-gorge, seuls subsistent les modèles légers, fonctionnels et discrets à base de Lycra.

1950 1960 1965 1970


Bonnets « obus » &°XUFURLVpGH3OD\WH[ /¶LQGpIRUPDEOH5RV\ Formes galbées

x Les années 1980/1990 renouvellent le soutien-gorge en le démarquant de la fonction pratique pour une ligne plus glamour
plus coquette, voire sexy. Des modèles coquins voient le jour : guêpières, dentelles. Après 1990, toutes les lignes sont
représentées dans les magasins : brassières pour le sport, soutiens- gorge à balconnets, dentelles et coton, noir et couleurs,
les soutiens- gorge à petits prix démocratisent le produit.

1980 Chantal Thomass 1980 1990 Entre 1975 et 2005, les françaises ont
crée les lignes sexy Porte jarretelles de retour /¶HQVHPEOHinvisible pris du [Link] dessous doivent
rester confortables
x Depuis 2000, les modèles de lingerie défilent sur les podiums JHQUHIDWDOUpWURMHXQHILOOH«&HUWDLQVSHXYHQWkWUHDVVRFLpV
j XQ WRS G¶DXWUHV VRQW PRXOpV RX V¶LPSURYLVHQW FRPPH PLQLPLVHXUV RX DPSOLILFDWHXUV j DUPDWXUHV HW VDQV DUPDWXUHV j
FRTXHV j FRUEHLOOHV WUDQVIRUPDEOHV « 'HV PRGqOHV SRXU IHPPHV RSpUpHV G¶XQ VHLQ DFFHVVLEOHV DYDQW VHXOHPHQW HQ
orthopédie font leur entrée dans des magasins. EWG¶DXWUHVGHSXLVSOXVORQJWHPSVVRQWRXYHUWVSRXUV¶DGDSWHUjO¶DOODLWHPHQW
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 756

2000 2000 2000 2000


Aubade Soutien gorge push up Brassière sport Soutien-gorge à armatures

2010 - Modèle à dentelle 2010 - Combinable soutien 2000 2012


Glamour gorge Le soutien gorge est un article de mode à part entière
[Link]
[Link]
451 - LES PAYSANNES ET LE SOUTIEN-GORGE
:Ğ Ŷ͛Ăŝ ƚƌŽƵǀĠ ĂƵĐƵŶĞ ĠƚƵĚĞ ƐƵƌ ĐĞ ƐƵũĞƚ ƚƌğƐ ƐƉĠĐŝĨŝƋƵĞ͘ Ğ ƋƵĞ ũĞ ƐĂŝƐ͕ DĂƌŝĂ 'ĠƌĂƌĚ ŵĞ ů͛ĂLJĂŶƚ Ěŝƚ͕ Đ͛ĞƐƚ  ƋƵĞ ůĂ
chemise était portée directement sur le corps. Donc vers 1900, alors que le corset baleiné plutôt haut est porté
seulement le dimanche, dans les campagnes le soutien-gorge Ŷ͛ĞƐƚƉĂƐŐĠŶĠƌĂůŝƐĠ et le corselet en fait fonction au
quotidien. ĞƋƵĞũĞƐĂŝƐĂƵƐƐŝƉĂƌŵĂŵğƌĞ͕Đ͛ĞƐƚƋƵĞƚŽƵƚĞƐůĞƐĨĞŵŵĞƐƋƵŝƋƵŝƚƚĂŝĞŶƚůĂĨĞƌŵĞăƉĂƌƚŝƌĚĞƐĂŶŶĠĞƐ
ϭϵϮϬƉŽƵƌĂůůĞƌ Ɛ͛ŝŶƐƚĂůůĞƌĞŶǀŝůle, adoptaient rapidement les modes vestimentaires urbaines. On peut en déduire
ƋƵ͛ĞŶƚƌĞ ϭϵϮϬ Ğƚ ϭϵϰϬ͕ ůĞƐ ĨĞŵŵĞƐ ĚĞ ĐƵůƚŝǀĂƚĞƵƌƐ ƌĞƐƚĠĞƐ ă ůĂ ĨĞƌŵĞ Ğƚ ůĞƵƌƐ ĨŝůůĞƐ ŽŶƚ ĠƚĠ ŝŶĨŽƌŵĠĞƐ ƉĂƌ ůĞƐ
ŵĞŵďƌĞƐĚĞůĂĨĂŵŝůůĞƉĂƌƚŝƐăůĂ ǀŝůůĞ͕ĚĞů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶĚĞƐƐŽƵƐ-ǀġƚĞŵĞŶƚƐĨĠŵŝŶŝŶƐ͕ĐĞƋƵŝĂĞŶƚƌĂŠŶĠů͛ƵƐĂŐĞĚƵ
soutien-gorge, notamment chez les jeunes. Après la deuxième guerre mondiale, quand deux générations vivaient sur
ůĂŵġŵĞĞdžƉůŽŝƚĂƚŝŽŶ͕ů͛ŽƉƉŽƐŝƚŝŽŶĠƚĂŝƚĨƌĠƋƵĞŶƚĞĞŶƚƌĞůĞũĞƵŶĞŵĠŶĂŐĞĞƚĐĞůƵŝĚĞƐƉĂƌĞŶƚƐ͘ Gageons que la jeune
agricultrice portait toujours un soutien-gorge, alors que la mère ou belle-ŵğƌĞŶ͛ĞŶƉŽƌƚĂŝƚpas. A partir des années
1960, ů͛ĠŵĂŶĐŝƉĂƚŝŽŶ ĚĞƐ ŶŽƵǀĞůůĞƐ ŐĠŶĠƌĂƚŝŽŶƐ͕ ůĞƐ ƌĞƚĂƌĚƐ ĠĐŽŶŽŵŝƋƵĞƐ Ɛ͛ĂƚƚĠŶƵĂŶƚ͕ ůĞƐ ĚŝĨĨĠƌĞŶĐĞƐ
vestimentaires ont presque disparu. Cependant signalons que nombre de femmes ont porté longtemps leur
soutien-gorge SUR La chemise, survivance du passé où la chemise seule se portait sur la peau, à la différence des
ũĞƵŶĞƐĨĞŵŵĞƐƋƵŝů͛ŽŶƚ ĂĚŽƉƚĠĚŝƌĞĐƚĞŵĞŶƚ ƐƵƌůĂƉĞĂƵ͘ /ůĞŶĂĠƚĠĚĞŵġŵĞƉŽƵƌůĞĐŽƌƐĞƚ͘>͛apparition de la
douche et des lave-linges Ŷ͛ĂƐĂŶƐĚŽƵƚĞƉĂƐĠƚĠĠƚƌĂŶŐğƌĞăĐĞĐŚĂŶŐĞŵĞŶƚĚ͛ŚĂďŝƚƵĚĞ.

CHEZ LES OUVRIERES͕ǀŽŝĐŝƵŶĞdžƚƌĂŝƚĚƵƚĠŵŽŝŐŶĂŐĞĚ͛ƵŶĞĂƌƌŝğƌĞŐƌĂŶĚ-mère née en 1895, près de Cherbourg :


« Toute petite, j'avais une chemise sur une camisole (1) de laine tricotée (ça tenait bien chaud), une blouse, des
galoches. Plus tard, j'ai porté des corsages ajustés et baleinés (2) pour les maintenir raides, des jupes longues
jusqu'au sol. Pour être à la mode, il fallait avoir une taille de guêpe ; alors on portait un corset très serré qui
aplatissait le ventre et faisait ressortir la poitrine. Quand on était « en toilette », on portait aussi une tournure : une
sorte de boudin de tissu rembourré posé sur le derrière. Pour les cérémonies, ma mère avait un bonnet de dentelle
tuyautée mais pas de coiffe comme à la campagne. A 18 ou 20 ans, j'ai porté de grands chapeaux à plumes ou
rubans qu'on mettait sur le chignon (car on portait les cheveux longs; c'est seulement en 1920 que je les ai coupés).
(1) Camisole: tricot de peau - (2) On appelait baleines, des petites lames de métal flexible qui renforçaient les corsets et les corsages.
͛ĂƉƌğƐ[Link]
Pour terminer la lingerie, voyons maintenant les jupons des paysannes ĂǀĂŶƚĚ͛ĂďŽƌĚĞƌůĞƐƵũĞƚŐĠŶĠƌĂů féminin par
nature, les protections périodiques.
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 757

46 ² LES JUPONS DES PAYSANNES


Dans le costume paysan, le jupon est parfois confondu avec la jupe,
appelée également le cotillon. &HTXLQRXVLQWpUHVVHLFLF¶HVWODpièce de
OLQJHULHVLWXpHVRXVODMXSHDXWUHPHQWGLWOHMXSRQV¶LOpWDLWSRUWpVHXORXOHs
jupons s ils étaient enfilés O¶XQDSUqVO¶DXWUH Les jupons des paysannes
étaient généralement confectionnés à la ferme en utilisant les
matériaux produits localement, tels que la laine, le lin ou le chanvre.
Ils étaient assez souvent en laine tricotée à la main, ce qui les rendait
chauds. La laine souvent écrue pouvait être décorée de broderies ou de
SRLQWV j O¶DLJXLOOH ,OV SRXYDLHQW pJDOHPHQW rWUH FRQIHFWLRQQpV DYHF GH Oa
laine de récupération, la laine de mouton étant réservée pour le tricotage.

ź EN ALSACE, région où la variété des costumes se rapproche de celle


de la Bretagne, sous la jupe, on porte un jupon, mais il ne se voit pas :
souvenir du temps où les jupons qui dépassaient de 5 à 10 cm Paysanne des environs de Paysanne de la vallée
provoquaient la colère des ecclésiastiques. Comme ailleurs, les Neuvillers - Bas-Rhin, 1855 de Munster, vers 1850
matières variaient suivant les saisons et le rang social : coton blanc, toile
GHODLQH«
ź EN PROVENCE, à Fréjus, si la jupe des paysannes est en
toile solide rayée, le jupon lui est en basin* rayé également,
ERUGpG·XQIHVWRQDYHFRXVDQVYRODQW. On en porte souvent
plusieurs, en général trois.
* basin : toile mixte de fil (chaîne) et de coton (trame)
ź Le jupon rayé léger en cotonnade se généralise à partir
de 1850. On distingue une poche indépendante de couleur
rose suspendue à un lien serré à la taille.
Parfois, la poche était montée entre le jupon et la jupe. Jupon simple de paysanne
En Haute ProvenceVRXVODMXSHjUDLHVGRWpHG¶XQHSRFKHOD Provence et Hte Provence - rayé rouge sur fond rose
paysanne porte un jupon rayé. Les jupes étant ouvertes sur le Jupon à larges raies, de
GHYDQWQpFHVVLWHQWOHSRUWG¶XQWDEOLHU paysanne

Toujours en Provence, il existe deux sortes de jupon : le


jupon de dessous et le jupon du dessus (en réalité la jupe).
Le jupon de dessous, ample comporte un empiècement sur le
GHYDQWGXYHQWUHG¶RSDUWXQHFRXOLVVHTXLpermet de le froncer
HW GH O¶DMXVWHU j OD WDLOOH 2Q HQ DMRXWH SOXVLHXUV VHORQ OHV
saisons.
Il peut être en coton, toile, lainage, tricoté, décoré de dentelles,
GHEURGHULHVGHSHWLWVSOLVEODQFRXGHFRXOHXUXQLRXUD\p«
selon la condition. Provence, jupon de dessous Provence, jupon de dessous

Le jupon de dessus « coutihoun » appelé également « jupe »


HVWUpDOLVpGDQVXQHEDQGHGHWLVVXG¶HQYLURQPVXU0,85 m
cousue sur sa hauteur.
Le gonflant sur les hanches et le dos est donné par un grand
nombre de plis « canon ªXQUXEDQFRXOLVVpSHUPHWO¶DMXVWHPHQW
et le maintien à la taille.

Jupes ou jupons de dessus, XIXe s. Musée des ATP ±


Draguignan
Provence, jupon de dessus Provence, jupon de dessus
Synonyme de jupe Synonyme de jupe
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 758

* PLIS CANONS : ce sont des plis réguliers obtenus en


préparant avec du fil très solide, cinq rangs de fils de fronces 'pWDLO GX KDXW G¶XQH MXSH
réguliers en haut de la jupe. Pour consolider les fronces montée plis canons. Ź
obtenues, on coud endroit contre endroit, une bande de sergé
G¶DXPRLQVTXDWUHFPGHODUJH8QHIRLVOHWUDYDLOWHUPLQpRQ
UHWRXUQHOHVHUJpjO¶LQWpULHXUGHODMXSHRXGXMXSRQGHGHVVXV

ź $/·,/('·2/(521
Les paysannes souvent ramasseuses de sel, portent
sous la jupe un ou deux jupons.
/H GHUQLHU MXSRQ HVW pTXLSp G·XQH SRFKH RX
« boughette » dans lesquelles les femmes mettaient
porte-monnaie, mouchoir et couteau.
Elles accédaient à ces poches par des fentes
latérales sur la jupe : les « maingaillères ».
&RPPH DLOOHXUV OH FRVWXPH WUDGLWLRQQHO V·HVW  SRUWp
de 1830 à 1914.

ź '$16 /·$8%5$&, le premier jupon est en


cotonnade blanche plus ou moins fine brodée ou
incrustée de dentelle, terminée par un large volant plat.
Parfois un deuxième jupon est porté, visible quand les
paysannes relèvent leur jupe pour travailler. Il est de
couleurs vives et attrayantes, à rayures et volant assorti,
en toile de lin ou cotonnade.

Aubrac - à gauche : le premier jupon, blanc


A doite, le second, de couleur vive

ź DANS LE ROUSSILLON, voici un costume porté par les


paysannes aux champs : chemise lin coton, jupon en toile de
chanvre.
Il est constitué des pièces de vêtements les plus simples, et dont
les matériaux accusent la rusticité.
Les matières textiles comme le chanvre et le lin sont
extrêmement résistants et parfaitement adaptés aux travaux
agricoles d'été.

ź DANS LE PAYS DE CAUX EN NORMANDIE


Entre le jupon et la jupe en droguet*, la paysanne portait des
poches souvent à carreaux, suspendue à la taille par un lien. Elle
y accédait par une fente latérale de la jupe.
* Droguet : tissu mixte avec chaîne en fil et trame en laine (du XVIe Roussillon Pays de Caux
au XVIIIe) ou chaîne en coton ou fil et trame en laine (XIXe). Jupon de travail en chanvre Poche portée sur le jupon
Considéré comme un tissu de mauvaise qualité.
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 759

Ź EN PAYS TOULOUSIN, DANS LE LAURAGUAIS


Sur la longue chemise de fil de lin ou de métis, garnie de
ĚĞŶƚĞůůĞƐ ŽƵ ĚĞ ĨĞƐƚŽŶƐ ďƌŽĚĠƐ ă ů͛ĞŶĐŽůƵƌĞ Ğƚ ĂƵdž
emmanchures, la paysanne enfile un large jupon blanc
ou imprimé monté sur une ceinture plate puis froncée à
la taille par des rubans de fil passés dans deux
boutonnières. Parfois le jupon est garni en bas de deux
volants brodés ou à dentelles.

La Lauraguaise En Pays toulousain

ź DANS LES ALPES, REGION DU


GRESIVAUDAN, EN MAJEURE
3$57,('$16/·,6(5(
Grâce à la Troupe folklorique de
Grenoble : « La Delphinade », on
peut remarquer sur la photo qui
présente des costumes pour la
période 1830-1845, des jupons
ďůĂŶĐƐ ĚŽŶƚ ů͛ƵŶ ĞƐƚ ŽƌŶĠ Ě͛ƵŶ
galon, sous les jupes des dames.

Pays du Grésivaudan
ź DANS LE VIEUX POITOU
La femme, sous une chemise de toile blanche,
mettait, à même la peau, un gilet de flanelle à
Pays
petites manches. Par-dessus, un corselet en
droguet bordé de galon et baleiné avec des du Poitou
plaquettes de bois.
Ź
Un gros bourrelet autour de la taille pour
maintenir les charges et trois jupons
complétaient la vêture.
>Ă ũƵƉĞ ĐŽŵƉŽƐĠĞ ĚĞ ƉůŝƐ ă ů͛ĂǀĂŶƚ Ğƚ ĚĞ
fronces au dos était relevée devant et formait
une grande poche pour les travaux. Toutes les
femmes portaient au moins deux tabliers. Les
coiffes sont très simples souvent faites de
grosse toile plissée.

ź EN BRETAGNE
NŽƵƐĂǀŽŶƐǀƵƋƵ͛ăůĂĨŝŶĚƵϭϵe siècle toutes les paysannes portaient comme unique sous-vêtement une chemise
ůŽŶŐƵĞƋƵŝĚĞƐĐĞŶĚĂŝƚũƵƐƋƵ͛ăŵŝ-cuisse (sans pantalon-culotte) et assurait l'hygiène du corps. Sur la chemise, elles
ĞŶĨŝůĂŝĞŶƚĚ͛ĂďŽƌĚůĞŽƵůĞƐũƵƉŽŶƐƋƵŝƉƌĠĐĠĚĂŝĞŶƚůĂũƵƉĞ. La jupe était toujours visible, les jupons ou cotillons en
principe ne se montraient pas, sauf lors de certains travaux quand il fallait relever la jupe ou à partir du début du
XXe, quand la mode vint de laisser dépasser du bas de la jupe une petite hauteur de jupon. Le mot jupon porte
parfois à confusion car dans les siècles précédents, la jupe pouvait porter le nom de jupon ou même de cotillon.
Désormais les termes jupons, cotillons ou jupes de dessous sont synonymes.
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 760

Les jupons isolaient du froid et donnaient du gonflant à la jupe. Ils étaient confectionnés à la ferme avec la laine,
ůĞ ůŝŶ ŽƵ ůĞ ĐŚĂŶǀƌĞ͘ ĞƵdž ƚƌŝĐŽƚĠƐ ĞŶ ůĂŝŶĞ ĠƚĂŝĞŶƚ ƉĂƌĨŽŝƐ ĚĠĐŽƌĠƐ ĚĞ ŵŽƚŝĨƐ ă  ů͛ĂŝŐƵŝůůĞ͘ WƵŝƐ ǀŝŶƚ  ůĞ ƚĞŵƉƐ ĚĞƐ
flanelles tissées avec des rayures horizontales à deux teintes discrètes (Châteaugiron) ou uni rouge (Vannes), jaune
ou bleu. A la campagne, un ou plusieurs jupons étaient courants, en tissus unis, à rayures, à pois ou à carreaux. Ce
Ŷ͛ĞƐƚƋƵ͛ĂƵĚĠďƵƚĚƵyye que les jupons achetés dans le commerce en lin ou en coton devinrent plus fins.

)HPPHVGX3D\V%LJRXGHQGH3RQW/¶$EEpGDQVDQWj%UHVW Femme de Lamballe (22).


Les jupons ou cotillons donnaient à la jupe un aspect pyramidal La jupe relevée permet de voir le dernier jupon.

Cortège de mariage en milieu paysan près de Pléneuf (22) Jupons de costumes de paysannes berrichonnes
ǀĞƌƐϭϵϬϬ͘>͛ŝŶƚƌŽĚƵĐƚŝŽŶĚĞũƵƉŽŶƐďůĂŶĐƐůĠŐĞƌƐĠƚĂŝƚ reconstituées Ě͛ĂƉƌğƐŐƌĂǀƵƌĞƐ͕ǀĞƌƐϭϵϬϬ͘
nouvelle ainsi que le léger dépassement au bas des jupes. >͛ĂĚŽƉƚŝŽŶĚĞůĂŵŽĚĞĚĂŶƐůĞƐĐĂŵƉĂŐŶĞƐdeviendra générale.

Ici ƐĞƚĞƌŵŝŶĞů͛ŝŶĐƵƌƐŝŽŶƐƵƌůĞƐũƵƉŽŶƐĚĞƐƉĂLJƐĂŶŶĞƐĞŶƉĂƌƚŝĐƵůŝĞƌ͘/ůŶĞŶŽƵƐƌĞƐƚĞƉůƵƐƋƵ͛à évoquer un sujet resté


tabou pendant des siècles, celui des protections féminines.

47 ʹ LES PROTECTIONS FEMININES


ĞƉƵŝƐ ƋƵĞ ů͛ŚƵŵĂŶŝƚĠ ĞdžŝƐƚĞ͕ les règles féminines Ŷ͛ŽŶƚ pas changé. Ğ ƋƵŝ Ă ĐŚĂŶŐĠ ƉĂƌ ĐŽŶƚƌĞ͕ Đ͛ĞƐƚ ůĞ ƌĞŐĂƌĚ
porté dans la société sur ce phénomène naturel resté tabou pendant trop longtemps. Depuis le XXe siècle, la
commercialisation de produits jetables ă ĚĞƐƚŝŶĂƚŝŽŶ ĚĞ ů͛ŚLJŐŝğŶĞ ĨĠŵŝŶŝŶĞ Ă ĚĠďůŽƋƵĠ ůĂ ƐŝƚƵĂƚŝŽŶ͘ DĂŝƐ ůĂ
multiplication de maints produits jetables pose désormais problème pour ůĂƉůĂŶğƚĞ͙
KŶ ƉŽƵƌƌĂŝƚ Ɛ͛ĠƚŽŶŶĞƌ ĚƵ ĨĂŝƚ que tant d͛Ġtudes détaillées aient été réalisées sur la mode : vêtements féminins et
ůŝŶŐĞƌŝĞ͕ĂůŽƌƐƋƵĞůĞƐŶĠĐĞƐƐĂŝƌĞƐŐĂƌŶŝƚƵƌĞƐŝŶƚŝŵĞƐŶ͛ĂŝĞŶƚũĂŵĂŝƐĠƚĠĠǀŽƋƵĠĞƐƉĂƌƉƵĚŝďŽŶĚĞƌŝĞ͘ Il est vrai que ce
ƐƵũĞƚƌĞůğǀĞĂƵƚĂŶƚĚĞů͛ŚLJŐŝğŶĞĐŽƌƉŽƌĞůůĞƋƵĞĚĞů͛ŚĂďŝůůĞŵĞŶƚ͘ DĂŝƐĐŽŵŵĞů͛ŚLJŐŝğŶĞĞƐƚƵŶĞŶŽƚŝŽŶƋƵŝĂǀƵůĞ
jour après Pasteur et que ses applications à la vie quotidienne remontent à la fin du XIXe siècle seulement, je
préfère parler des protections féminines dans le cadre des sous-vêtements féminins qui existent depuis beaucoup
ƉůƵƐůŽŶŐƚĞŵƉƐƋƵĞůĞƐƌğŐůĞƐĚ͛ŚLJŐŝğŶĞ.
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 761

471 - Petite histoire des protections périodiques


Depuis que ů͛ŚƵŵĂŶŝƚĠ existe, les femmes ont utilisé diverses méthodes pour recueillir leur flux menstruel. On a
ƚƌŽƵǀĠ ŵĞŶƚŝŽŶ ĚĞ ů͛ĞŵƉůŽŝ ĚĞ ƚĂŵƉŽŶƐ ă ĚŝǀĞƌƐĞƐ ĠƉŽƋƵĞƐ ͗ en 1550 avant Jésus-Christ, ůĞƐ ĨĞŵŵĞƐ Ě͛ŐLJƉƚĞ
plaçaient des bandes ouatées dans leur vagin, tandis que celles de la Grèce antique du Vème siècle avant Jésus
ŚƌŝƐƚ ƵƚŝůŝƐĂŝĞŶƚ ĚĞƐ ĐŽŵƉƌĞƐƐĞƐ ĞŶƌŽƵůĠĞƐ ĂƵƚŽƵƌ Ě͛ƵŶ ŵŽƌĐĞĂƵ ĚĞ ďŽŝƐ. Les femmes de Rome employaient la
laine, celles du Japon : ůĞ ƉĂƉŝĞƌ͕ ĐĞůůĞƐ Ě͛ĨƌŝƋƵĞ ͗ ĚĞƐ ƌŽƵůĞĂƵdž Ě͛ŚĞƌďĞ͘ Mais la morale judéo- chrétienne a
ƌĂƉŝĚĞŵĞŶƚ ƉůĂĐĠ ůĞ ƚĂďŽƵ ƐƵƌ ĐĞƐ ŵĠƚŚŽĚĞƐ͕ ĐŽŶƐŝĚĠƌĂŶƚ ƋƵĞ ů͛ŝŶƐĞƌƚŝŽŶ Ě͛ƵŶ ŽďũĞƚ ĚĂŶƐ ůĞ ǀĂŐŝŶ ŶĞ ƉŽƵǀĂŝƚ ġƚƌĞ
ƋƵ͛ƵŶ«péché", confirmant « ů͛ŝŵƉƵƌĞƚĠĂƚƚĂĐŚée à cet état périodique », ĂůŽƌƐƋƵ͛ŝůƐ͛ĂŐŝƚĚ͛ƵŶƉŚĠŶŽŵğŶĞŶĂƚƵƌĞů
ĂƵƐƐŝĨŽŶĚĂŵĞŶƚĂůƉŽƵƌůĂƚƌĂŶƐŵŝƐƐŝŽŶĚĞůĂǀŝĞƋƵĞů͛ĠũĂĐƵůĂƚŝŽŶŵĂƐĐƵůŝŶĞ͘
Au Moyen-Âge, les sous-vêtements gardent les vêtements propres, mais ils emmagasinent les secrétions de
ů͛ŽƌŐĂŶŝsme pendant de longues périodes ĂŝŶƐŝƋƵĞůĞƐŽĚĞƵƌƐ͕ĐĞƋƵŝĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝŶŽƵƐůĂŝƐƐĞƉĂŶƚŽŝƐ͘ Au XVIIIe, les
« pantalons longs » ou culottes longues, font leur apparition chez les femmes de la haute société tout en étant
fendus. ^ĞƵůĞƐůĞƐĨĞŵŵĞƐůĞƐƉůƵƐĂŝƐĠĞƐƉĞƵǀĞŶƚƐ͛ŽĨĨƌŝƌƵŶĞƉŝğĐĞĚĞƚŝƐƐƵƉŽƐĠĞŽƵĐŽƵƐƵĞăů͛ĞŶƚƌĞ-jambe durant la
période menstruelle. Petit à petit le caleçon se fait plus proche du sexe de la femme. Cependant sa fonction était
Ě͛ĂŵĠůŝŽƌĞƌůĞĐƀƚĠƉƌĂƚŝƋƵĞĞƚŶŽŶŚLJŐŝĠŶŝƋƵĞ͘
Des écriƚƐ ĂůůĞŵĂŶĚƐ ƌĞůĂƚĞŶƚ ƋƵ͛ĂƵ y/ye siècle encore, la majorité de la population féminine ne portait pas de
sous-ǀġƚĞŵĞŶƚƐ Ğƚ Ŷ͛ĠƚĂŶĐŚĂŝƚ pas les pertes de sang au cours des menstruations. Pendant ces périodes, les
femmes laissaient donc une trace de sang derrière elles, sans offusquer personne. En France, dans les usines, de la
ƉĂŝůůĞĠƚĞŶĚƵĞƐƵƌůĞƐŽůƉĞƌŵĞƚƚĂŝƚĚ͛ĠƚĂŶĐŚĞƌůĞƐĨƵŝƚĞƐĚĞƐ sardinières et des fileuses de soie. On a du mal à y
croire dans notre monde actuel où les jeunes filles et les femmes ont la possibilité de supprimer temporairement les
règles en avalant des pilules seulement pour des raisons de confort.
Au XIXe siècle, cependant aux Etats-Unis et en Europe occidentale͕ ů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĂůŝƐĂƚŝŽŶ ŵğŶĞ ă ů͛ŝŶǀĞŶƚŝŽŶ ĚĞ
ů͛ĠŐƌĞŶĞƵƐĞĚĞĐŽƚŽŶĞƚĚĞůĂŵĂĐŚŝŶĞăĨŝůĞƌůĞĐŽƚŽŶ͘ Ces machines permettent la production en masse de tissu en
coton, avec lequel on fabrique les sous-vêtements. Parallèlement en France les découvertes de Louis Pasteur qui
remettent en cause la génération spontanée, ƉƌŽǀŽƋƵĞŶƚ ůĂ ŵŝƐĞ ĞŶ ƉůĂĐĞ ĚĞ ŽŵŵŝƐƐŝŽŶƐ Ě͛,LJŐŝğŶĞ ƉƵďůŝƋƵĞ
ĐŚĂƌŐĠĞƐĚ͛ĞŶƐĞŝŐŶĞƌĂƵƉůƵƐŐƌĂŶĚŶŽŵďƌĞĚĞƐƌğŐůĞƐĚ͛ŚLJŐŝğŶĞĠůĠŵĞŶƚĂŝƌĞ.
Ce Ŷ͛ĞƐƚĚŽŶĐƋƵĞĚĂŶƐůĞƐĂŶŶĠĞƐϭϴϴϬ͕ůŽƌƐƋƵĞů͛ŽŶĂƐƐŽĐŝĞ scientifiqueŵĞŶƚ ůĞƐ ŐĞƌŵĞƐăů͛ŝŶĨĞĐƚŝŽŶ͕ƋƵĞů͛ŽŶ
ƉƌĞŶĚĐŽŶƐĐŝĞŶĐĞĚĞů͛ŝŵƉŽƌƚĂŶĐĞĚĞů͛ŚLJŐŝğŶĞ. En ce qui concerne les menstruations, les médecins sont divisés :
ĐĞƌƚĂŝŶƐĐƌŽŝĞŶƚ ƋƵ͛ĞůůĞƐŶĞƚƚŽŝĞŶƚ ůĞ ĐŽƌƉƐĨĠŵŝŶŝŶĚĞƐĞƐŝŵƉƵƌĞƚĠƐ͕ĂůŽƌƐƋƵĞĚ͛ĂƵƚƌĞƐůĞƐĐŽŶƐŝĚğƌĞŶƚ ĐŽŵŵĞƵŶĞ
ŵĂůĂĚŝĞ͘DĂŝƐƚŽƵƐƐ͛ĞŶƚĞŶĚĞŶƚƉŽƵƌĚŝƌĞƋƵĞůĂŵĞŶƐƚƌƵĂƚŝŽŶĞƐƚƵŶƐŝŐŶĞĚĞĚĠƐĠƋƵŝůŝďƌĞŝŵƉŽƌƚĂŶƚĐŚĞnjůĂĨĞŵŵĞ
Selon eux, « une femme ne devrait jamais avoir de règles »͙ ĂƵƐƐŝďŝnjĂƌƌĞƋƵĞĐĞůĂƉƵŝƐƐĞƉĂƌĂŠƚƌĞĂƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͊ À la
même époque, ů͛ŐůŝƐĞ ƐŽƵƚŝĞŶƚ que les menstruations correspondent au châtiment subi par Ève pour le péché
ŽƌŝŐŝŶĞůƋƵ͛ĞůůĞĂĐŽŵŵŝƐ [Sic]. Ces obscurantismes ont de quoi nous rendre pantois.
Au début du XXème siècle, dans les filatures de coton américaines, on recouvre les planchers de paille pour que le
flux menstruel des femmes qui travaillent debout de longues heures puisse être facilement ramassé à la fin de leur
quart de travail. Lorsque des ƐƵĨĨƌĂŐĞƚƚĞƐĐŚŽƋƵĠĞƐĚĞĐĞƚƚĞĨĂĕŽŶĚĞĨĂŝƌĞƐƵŐŐğƌĞŶƚĂƵdžƚƌĂǀĂŝůůĞƵƐĞƐĚ͛ƵƚŝůŝƐĞƌĚĞƐ
ƐĞƌǀŝĞƚƚĞƐŚLJŐŝĠŶŝƋƵĞƐ͕ůĞƐŵğƌĞƐƐ͛LJŽƉƉŽƐĞŶƚĂĨĨŝƌŵĂŶƚƋƵĞů͛ŽĚĞƵƌĞƚůĞƐĂŶŐƐĠĚƵŝƐĞŶƚůĞƐŵĂƌŝƐ͙
Dans les années 1800, aux U.S.A., la plupart des adolescentes et femmes américaines possédaient un " sac à
chiffons " qui servait à y glisser des morceaux de coton et de tissu qui étaient utilisés comme serviettes
hygiéniques, Ě͛Žƶů͛ĞdžƉƌĞƐƐŝŽŶͨ avoir ses chiffons ». Mais on ne les jetait pas, ils étaient lavés puis bouillis pour
les réutiliser. ͛ĞƐƚ ă ůĂ ĨŝŶ ĚĞƐ ĂŶŶĠĞƐ ϭ800 que les premières serviettes hygiéniques maxi furent créées. Mais en
ƌĂŝƐŽŶĚĞƐŶŽƌŵĞƐĞŶŵĂƚŝğƌĞĚĞƉƵďůŝĐŝƚĠăů͛ĠƉŽƋƵĞ͕ƉĞƌƐŽŶŶĞ Ŷ͛ĞŶĐŽŶŶĂŝƐƐĂŝƚů͛ĞdžŝƐƚĞŶĐĞĞƚĐĞĨƵƚƵŶĠĐŚĞĐƚŽƚĂů.
hŶĞĂƵƚƌĞƐŽůƵƚŝŽŶĠƚĂŝƚůĞƚĂďůŝĞƌƐĂŶŝƚĂŝƌĞ͕ĐŽŶƐƚŝƚƵĠĚ͛ƵŶŐƌĂŶĚƌĂďĂƚĞŶĐĂŽƵƚĐŚŽƵĐĚĞůĂƚĂŝůůĞĚ͛ƵŶĚĞŵŝ-tablier
auquel était épinglé un morceau de tissu.
Dans les années 1920, les entreprises commencèrent à fabriquer des serviettes
hygiéniques et à en faire de la publicité dans les magazines pour femmes. Les
femmes pouvaient les épingler à leur culotte ou bien elles les maintenaient en
ƉůĂĐĞ ă ů͛ĂŝĚĞ Ě͛ƵŶĞ Η ĐĞŝŶƚƵƌĞ ƐĂŶŝƚĂŝƌĞ Η͘ ͛ĠƚĂŝƚ ƵŶĞ ĞƐƉğĐĞ ĚĞ ƉŽƌƚĞ-
ũĂƌƌĞƚĞůůĞƐƋƵĞů͛ŽŶƉůĂĕĂŝƚĂƵƚŽƵƌĚĞůĂƚĂŝůůĞ͘/ůLJĂǀĂŝƚƵŶĞďĂŶĚĞăů͛ĂǀĂŶƚƋƵŝ
ƌĞĐŽƵǀƌĂŝƚůĂƌĠŐŝŽŶĚƵƉƵďŝƐĞƚƵŶĞďĂŶĚĞăů͛ĂƌƌŝğƌĞƋƵŝĨŝŶŝƐƐĂŝƚƉƌŽďĂďůĞŵĞŶƚ
toujours entre les fesses. Et on utilisait des épingles ou des attaches comme
pour les porte-jarretelles pour maintenir la serviette hygiénique. Ceinture sanitaire, début XXe

Pendant la première Guerre Mondiale, les infirmières ont commencé à fabriquer leurs propres serviettes
hygiéniques jetables, à partir de gaze, de toile et de coton chirurgical.
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 762

e
>ĂŐĠŶĠƌĂůŝƐĂƚŝŽŶĚ͛ƵŶĞƉƌŽƚĞĐƚŝŽŶƉériodique date de la fin du 19 et début du 20e siècle. En effet, ce sont les
ƚŚğƐĞƐ ŚLJŐŝĠŶŝƐƚĞƐ ƋƵŝ ŽŶƚ ƉŽƵƐƐĠ ůĞƐ ĨĞŵŵĞƐ ă ĂĐŚĞƚĞƌ ĚĞƐ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ĚŝƚƐ Ě͛ŚLJŐŝğŶĞ ĨĠŵŝŶŝŶĞ͘ /ů Ŷ͛ĠƚĂŝƚ ƉůƵƐ
question de voir du sang menstruel ni de sentir les odeurs. Afin de tenir les serviettes, les femmes portèrent des
ceintures sanitaires légères et les déodorants intimes, les douches/sprays vaginaux portatifs (aérosols) firent leur
apparition.
En 1929, le Docteur Earle Cleveland Hass de Kansas City réfléchit à la création
Ě͛ƵŶ ƚĂŵƉŽŶ ƐƵƐĐĞƉƚŝďůĞ ĚĞ ƌĞŵƉůĂĐĞƌ ůĞƐ ͨ chiffons » à risques. Il crée le
Tampax (contraction de Pack et de Tampon), protection périodique
révolutionnaire avec un applicateur. >ĞϭϵŶŽǀĞŵďƌĞϭϵϯϭ͕ů͛ŝĚĠĞĞƐƚďƌĞǀĞƚĠĞ͘
Ŷϭϵϯϯ͕Đ͛ĞƐƚ'ĞƌƚƌƵĚĞdĞŶĚĞƌŝĐŚƋƵŝƌĂĐŚğƚĞůĂůŝĐĞŶĐĞ͘Mais le puritanisme, la
gêne de montrer ce produit, empêche sa diffusion par une publicité. De plus Boîte de Tampax, 1936
ƐŽŶŵŽĚĞĚ͛ƵƚŝůŝƐĂƚŝŽŶƌĞďƵƚĞƉůƵƐŝĞƵƌƐĨĞŵmes, notamment en Amérique.
Les Tampax apparaissent en France en 1936. Finalement, les préjugés sociaux et la mauvaise information
empêchent le succès des tampons (les jeunes filles avaient peur de perdre leur virginité en mettant des tampons ou
ĐƌŽLJĂŝĞŶƚ ƋƵ͛ŝůƐ ƉŽƵƌƌĂŝĞŶƚ ƚŽŵďĞƌ ƐŝŵƉůĞŵĞŶƚ ƉĂƌ ƚĞƌƌĞͿ͘ eux-Đŝ ŶĞ ƐĞ ƐŽŶƚ ƉŽƉƵůĂƌŝƐĠƐ ƋƵ͛ĂƉƌğƐ ůĂ ƐĞĐŽŶĚĞ
guerre mondiale.
Parallèlement en 1931, des coupes menstruelles sont créées et mal
accueillies. Fabriquées en caoutchouc, elles furent commercialisées en 1937.
Mais la seconde guerre mondiale causa une pénurie de caoutchouc et la
« tassette ͩƚŽŵďĂĚĂŶƐů͛ŽƵďůŝũƵƐƋƵ͛ăůĂĨŝŶĚƵyyğŵĞƐŝğĐůĞ͘
Le caoutchouc donna des irritations chez certaines femmes, donc un
nouveau modèle de coupelle en silicone a fait son apparition.

Concrètement ĞŶƚƌĞ ϭϵϮϬ Ğƚ ϭϵϲϬ͕ ůĂ ƉůƵƉĂƌƚ ĚĞƐ ĨĞŵŵĞƐ ŽŶƚ ĐŽŶƚŝŶƵĠ Ě͛ƵƚŝůŝƐĞƌ ůĞƐ
serviettes en coton ourlées lavables et maintenues en place par des épingles « à nourrice ».
>ĞƐĐŽƵƉĞůůĞƐ ŵĞŶƐƚƌƵĞůůĞƐĠƚĂŝĞŶƚŝŶĐŽŶŶƵĞƐĞƚ ůĞƐƚĂŵƉŽŶƐĚŽŶƚ ŽŶĐŽŶŶĂŝƐƐĂŝƚů͛ĞdžŝƐƚĞŶĐĞ͕
étaient peu commercialisés. La fabrication des tampons en France remonte à 1951. >͛ŝĚĠĞ
ŵġŵĞ Ě͛ĞŶ ĚĞŵĂŶĚĞƌ ĚĂŶƐ ƵŶĞ ƉŚĂƌŵĂĐŝĞ ƌĞďƵƚĂŝƚ ůĞƐ ĐůŝĞŶƚĞƐ͘ >ĞƐ ƉƌŽƚĞĐƚŝons féminines
restaient encore un sujet dont on parlait à voix basse. Seuls les évènements de 1968 en France
en levant un certain nombres de tabous ont permis peu à peu de banaliser ces produits.
Ğ Ŷ͛ĞƐƚ ƋƵ͛ă ƉĂƌƚŝƌ ĚĞƐ ĂŶŶĠĞƐ ϭϵϲϬ͕ ƋƵĂŶĚ ůĂ ƉĠƌŝŽĚĞ ĚŝƚĞ ĚĞ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ Ɛ͛ĞƐƚ
ŐĠŶĠƌĂůŝƐĠĞ Ğƚ ƋƵĞ ĚĞƐ ƐƵƉĞƌŵĂƌĐŚĠƐ ŽŶƚ ƉƌŽƉŽƐĠ ă ĐƀƚĠ ĚĞ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ĂůŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ
produits vendus auparavant dans des magasins spécialisés : vêtements, chaussures,
ƚĠůĠǀŝƐŝŽŶƐ͙ Ğƚ ŵġŵĞ ĚĞƐ ƉƌŽĚƵŝƚƐ Ě͛ŚLJŐŝène, que les clientes ont adopté de nouveaux
comportements Ě͛ĂĐŚĂƚ͘Des garnitures jetables à base de cellulose, sans adhésif, ont envahi
des rayons. Par leur facilité Ě͛ƵƚŝůŝƐĂƚŝŽŶ͕ ĞůůĞƐ ŽŶƚ ĞƵ ĚĞ nombreuses adeptes. Les
ĐŽŶƐĠƋƵĞŶĐĞƐƐƵƌů͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚŶ͛ĠƚĂŝĞŶƚĂůŽƌƐƉĂƐŵĞƐƵƌĂďůĞƐ.
Les années 1970 et 1980 ont connu deux autres évolutions en matière de protection
périodique : ů͛ŝŶǀĞŶƚŝŽŶ ĚĞƐ ƐĞƌǀŝĞƚƚĞƐ ŚLJŐŝĠŶŝƋƵĞƐ auto-adhésives et ů͛ĂƵƚŽƌŝƐĂƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ
publicité pour les tampons et les serviettes hygiéniques à la télévision. Encouragées parfois
par leurs filles, les femmes ont pu lire les emballages de différentes marques de serviettes
adhésives et de tampons qui proposaient des épaisseurs et des formats différents adaptés aux
différences de flux, suivant les périodes et suivant les personnes. La possibilité de choisir
tranquillement et de regrouper les achats dans un caddy a facilité la transition.
ƵũŽƵƌĚ͛ŚƵŝ͕ ůĞƐ ƌĂLJŽŶƐ ĚĠďŽƌĚĞŶƚ ĚĞ ƉƌŽĚƵŝƚƐ ũĞƚĂďůĞƐ ĚĞ ƚŽƵƚĞƐ ůĞƐ ŵĂƌƋƵĞƐ͕ ƚĂŝůůĞƐ͕ ĐŽƵůĞƵƌs et même odeurs,
ĂƵƐƐŝŶŽĐŝĨƐĚ͛ĂƉƌğƐůĞƐĠĐŽůŽŐŝƐƚĞƐ ƉŽƵƌůĞĐŽƌƉƐĞƚů͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚůĞƐƵŶƐƋƵĞůĞƐĂƵƚƌĞƐ͘
472 - La position des écologistes vis-à-vis des garnitures jetables
« Actuellement, les publicités pour les protections périodiques nous vantent le pouvoir de « déjouer dame nature »,
en portant un tampon plus longtemps sans risque de perte sans odeur ni fuite. Cette idée correspond à la tendance
de supprimer ses règles avec la méthode de la pilule contraceptive. Mais faute de recul, « déjouer dame nature »
peut avoir des conséquences pour notre santé, sur notre corps et sur la nature même.
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 763

Les tampons, les serviettes périodiques contiennent des produits chimiques, des matières particulières, des
déodorants. Tous ces composants ont été testés sur des animaux qui ont été mutilés, tués, torturés pour que le
ƐLJƐƚğŵĞ ĐĂƉŝƚĂůŝƐŵĞ ĨĂƐƐĞ ƐĂ ƉůĂĐĞ ĂƵ ƐŽůĞŝů ĚĂŶƐ ůĞ ĐŽŵŵĞƌĐĞ ĚĞ ů͛ŚLJŐŝğŶĞ ĨĠŵŝŶŝŶĞ ũĞƚĂďůĞ͘ KƵŝ͕ ĞŶ ĞĨĨĞƚ ĞŶ
utilisant que ce soit des tampons ou serviettes périodiques jetables, nous tuons « dame nature ».
Une femme utilise 9000 protections périodiques dans sa vie, soit 240 unités par an. ZŝĞŶ ƋƵ͛ĞŶ &ƌĂŶĐĞ, il y a 17
ŵŝůůŝŽŶƐĚĞĨĞŵŵĞƐĞŶąŐĞĚ͛ĂǀŽŝƌůĞƵƌƐƌğŐůĞƐ͘ĞůĂĨĂŝƚĚŽŶĐ4 milliards de protections périodiques jetées dans les
toilettes, brûlées, polluant les eaux, tuant les animaux peuplant les eaux : en somme 120 000 tonnes ou 160 000
m3 de déchets. Cela fait, en terme de superficie : deux fois la superficie de Paris sur un mètre de haut, de déchets
issus des protections féminines ».
Selon : [Link]/.../histoire-de-la-serviette-hygienique.
Les Farfadettes, texte extrait de la brochure Feminista - [Link]
Et aussi : [Link]
E͛ŽƵďůŝŽŶƐƉĂƐƋƵ͛ĞŶĚĞŚŽƌƐĚĞƐŐĂƌŶŝƚƵƌĞƐĨĠŵŝŶŝŶĞƐ͕ ŝů LJĂ ůĞƐĐŽƵĐŚĞƐĚĞďĠďĠ;ǀŽŝƌĞŶŚŝŶĞů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶĚƵ
vêtement des tout-petits) et les garnitures pour personnes incontinentes en augmentation, du fait de
ů͛ĂůůŽŶŐĞŵĞŶƚĚĞůĂĚƵƌĠĞĚĞǀŝĞ͘

Ź Alternatives écologiques aux tampons et garnitures


* Les protections lavables : Utilisées comme les « chiffons », elles sont
habituellement fabriquées en coton doux ou en flanelle et sont disponibles en
plusieurs tailles, laissant la possibilité de choisir la plus adaptée au flux. Certaines
marques comportent plusieurs couches de tissu pour absorber les écoulements,
ĂůŽƌƐ ƋƵĞ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ŽŶƚ ŵŽŝŶƐ ĚĞ ĐŽƵĐŚĞƐ ŵĂŝƐ ƐŽŶƚ ĚŽƚĠĞƐ Ě͛ƵŶĞ ĚŽƵďůƵƌĞ
imperméable du côté du sous-vêtement. Et pour celles qui ont su apprivoiser le
Ĩŝů Ğƚ ů͛ĂŝŐƵŝůůĞ͕ ŝů ĞƐƚ ƉŽƐƐŝďůĞ ĚĞ ůĞƐ ĐŽŶĨĞĐƚŝŽŶŶĞƌ ƐŽŝ-même. Des doublures
peuvent y être ajoutées, permettant de changer uniquement la recharge et non
la serviette entière. Après utilisation, il suffit de la faire tremper puis de la laver,
à la main ou en machine et elles peuvent être utilisées plusieurs années.

* Les éponges naturelles de mer : celles destinées à cet usage ont été
soigneusement débarrassées de leurs impuretés calcaire et organique. Elles sont
lavables et réutilisables une dizaine de fois͘ >͛ĠƉŽŶŐĞ ĚĞ ŵĞƌ Ă ĠƚĠ ƵƚŝůŝƐĠĞ
pendant des siècles par les femmes du bassin méditerranéen.

* La coupe menstruelle ou coupelle en silicone souple en forme de cloche de


cinq cm de longueur. La coupelle se porte en interne comme un tampon, adhère
aux parois vaginales et récupère le flux menstruel sans fuite ni odeur. Il convient
de le retirer, vider, rincer et le réinsérer toutes les 4 à 8 heures selon
ů͛ĂďŽŶĚĂŶĐĞĚƵĨůƵdž͛͘ĞƐƚƉƌŽƉƌĞĞƚĐŽŶĨŽƌƚĂďůĞ͘
͛ĂƉƌğƐƉĞůĞŶŽƉ͘Ĩƌ
473 - Le s p a ys an n e s et l es p r o t ect io n s p ér iod iq u es
ǀŝĚĞŵŵĞŶƚ͕ũĞŶ͛ĂŝƚƌŽƵǀĠĂƵĐƵŶĂƌƚŝĐůĞƐƵƌĐĞƐƵũĞƚ. Ce que ũĞƐĂŝƐƉĂƌŵĂŵğƌĞ͕Đ͛ĞƐƚƋƵĞǀĞƌƐϭϵϬϬ͕ďŝĞŶĂǀĂŶƚ
la fabrication industrielle de serviettes en coton, les femmes des milieux paysans, se protégeaient des
écoulements sanguins par des toiles qui étaient lavées après usage. Dans les fermes, les draps usagés étaient une
source inépuisable de « chiffons » comme disaient les américaines au XIXe siècle. Mais la guerre 1914/1918 a
compromis cette source inépuisable, car tous les enfants des écoles primaires ont participé à la collecte des vieux
draps ou en bon état pour les soldats. Ma mère a fait partie de ces classes où les élèves ont dû, ciseaux aidant,
détailler des morceaux de toile pour que les infirmières puissent panser les plaies des soldats. Cette tache était
considérée comme un devoir et elle a duré aussi longtemps que la guerre. Pour en revenir aux garnitures
périodiques, je pense ƋƵ͛ƵŶ ŵŝŶŝŵƵŵ ĚĞ ůŝŶŐĞ Ă ĐĞƉĞŶĚĂŶƚ ĠƚĠ ŵŝƐ ĚĞ ĐƀƚĠ ĚĂŶƐ toutes les maisons pour cet
usage spécifique.
A partir des années 1960, comme vous le savez, les agricultrices qui ont modernisé leur intérieur et leur garde-
robe se sont adaptées autant que les autres aux usages actuels.
EŽƵƐŶ͛ĂǀŽŶƐƉĂƐĠǀŽƋƵĠů͛ƵƚŝůŝƐĂƚŝŽŶĚĞƐďŝĚĞƚƐƋƵŝĠƚĂŝĞŶƚƐLJƐƚĠŵĂƚŝƋƵĞŵĞŶƚƉƌĠƐĞŶƚƐĚĂŶƐůĞƐƐĂůůĞƐĚĞďĂŝŶ͕ă
Chapitre XII ʹ Les Habits paysans 764

partir de 1960. En 1962, le taux d͛ĠƋƵŝƉĞŵĞŶƚĚĞƐƐĂůůĞƐĚĞďĂŝŶƉĂƐƐĞăϯϬй͕ĞƚĞŶϭϵϵϮ͕ăϵϯ͕ϰй͘Le bidet qui était


destiné à cette époque à la toilette des parties génitales, permettait à la femme de se laver facilement, notamment
pendant les règles.
Plus tard, vers 1950, les jeunes filles rurales et urbaines, entrant dans un internat devaient apporter un trousseau
de linge et de vêtements, qui mentionnait toujours « une à deux douzaines de serviettes hygiéniques ». Ces
serviettes tout en coton blanc qui mesuraient environ 60 x 20 cm, avaient dans la partie médiane une partie plus
épaisse en éponge. Elles se portaient pliées en deux dans le sens de la longueur, accrochées à la culotte par une
épingle de sûreté. Lavables, elles étaient réutilisées. A cette période, les familles qui Ŷ͛ĂǀĂŝĞŶƚ ƉĂƐ ĚĞ ĚŽƵĐŚĞ͕
ƉŽƵǀĂŝĞŶƚ ŶĠĂŶŵŽŝŶƐ ĨĂŝƌĞ ůĞƵƌ ƚŽŝůĞƚƚĞ ƐŽŝƚ ă ůĂ ŵĂŝƐŽŶ ă ů͛ĂŝĚĞ Ě͛ƵŶ ŐĂŶƚ͕ Ě͛ƵŶĞ ƐĞƌǀŝĞƚƚĞ Ğƚ Ě͛ƵŶĞ ĐƵǀĞƚƚĞ ĞŶ
ĨĂŢĞŶĐĞ͕ĨĞƌĠŵĂŝůůĠ͕ƉůĂƐƚŝƋƵĞŽƵĚ͛ƵŶŐƌĂŶĚďĂĐ͕ƐŽŝƚĚĂŶƐůĞƐĂŝŶƐĞƚŽƵĐŚĞƐDƵŶŝĐŝƉĂƵx, mis en place au début
du XXe siècle pour garantir la « salubrité » publique » dans les villes.

/ĐŝƐ͛ĂĐŚğǀĞůĞĐŚĂƉŝƚƌĞĚĞƐ^ŽƵƐ- Vêtements ainsi que la Partie 6 relative aux Costumes traditionnels et paysans.

***
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 765

L’ENTRETIEN DU LINGE

Pour aborder le thème de la lessive du linge d’autrefois, en ville, mais surtout en milieu agricole et rural, il me
semble préférable d’évoquer d’abord l‘histoire du lavage du linge, celle des savons et des lessives, puis de présenter
les souvenirs de Mémé Maria Gérard au début du XXe siècle et de terminer par des mémoires collectives relatives à
d’autres régions de France, pour la période fin XIXe et début XXe siècle. Les sources utilisées seront différenciées
par des teintes différentes.
En sélectionnant les articles qui suivent pour vous, chers petits-enfants, vous qui n’avez connu que le lave-linge
électronique qui permet de « faire une lessive » plusieurs fois par semaine, séchage parfois inclus, bien à l’abri dans la
maison, en une à deux heures environ seulement, j’ai voulu là encore attirer votre attention sur l’évolution récente
des techniques de lavage au cours des siècles, ce qui devrait vous permettre également de mieux mesurer l’évolution
de la vie quotidienne des femmes dans ce domaine.
Les articles relatifs à l’histoire du lavage et à celle des produits utilisés sont complémentaires. Ceux qui évoquent « la
grande buée » ou grande lessive dans différentes régions ont quelques points communs mais aussi des différences. Ils
illustrent par exemple - au niveau du vocabulaire : les différents mots employés pour des techniques voisines - au
niveau des coutumes : les régions où seules les femmes réalisaient la lessive et celles où l’aide masculine était
présente quoique discrète - au niveau des régions d’origine de vos aïeux : des commentaires et images spécifiques.

1 - HISTOIRE DU LAVAGE d’après [Link] et PDF [Link]

11 - PREHISTOIRE (100.000 – 30.000 av. J.C.)


La préhistoire couvre 2,5 millions d’années de l’existence de l’homme avant que celui-ci sache écrire. Seules les
découvertes archéologiques nous permettent d’imaginer la façon dont les premiers hommes vivaient à cette époque.
 EAU
Lorsque l’homme préhistorique se lavait et nettoyait ses vêtements, il n’utilisait que de l’eau.
12 - TEMPS ANCIENS (2500 av. J.C. - 476 après J.C., environ 3000 ans)
Les hommes commencèrent à utiliser du savon pour se laver et pour nettoyer leurs vêtements. Les Romains
utilisaient des laveries publiques appelées “ateliers de foulons”, où les employés lavaient le linge en utilisant certains
détergents. Les ateliers de foulons n’étaient pas un environnement sain pour ceux qui y travaillaient.
 SAVON
Le premier savon primitif était constitué de cendres de bois et d’autres plantes, par extraction avec de l’eau.
D’après la légende, le mot savon – ou plutôt le processus de saponification – viendrait du nom d’une colline de Rome,
la colline Sapo, où les animaux étaient sacrifiés et brûlés. Le suif, c’est-à-dire la graisse animale et les cendres du
bûcher étaient emportés par la pluie qui ruisselait le long de la colline, en se mélangeant au sol argileux jusqu’au bord
du Tibre. Les femmes avaient constaté qu’en utilisant ce mélange, elles avaient moins de difficulté à laver leur linge.
D’après une version moins romanesque, le mot savon viendrait du nom de la ville italienne Savone où d’importantes
quantités de savon furent fabriquées au cours du 9ème siècle après Jésus-Christ. La plus ancienne référence à la
fabrication du savon remonte à 2.800 av. J.C.
Pour fabriquer du savon, on faisait bouillir des graisses auxquelles on ajoutait des cendres. C’est à l’issue de
nombreux tâtonnements que les tribus gauloises et germaniques découvrirent le processus de saponification. L’urine
humaine ou animale était couramment utilisée comme agent nettoyant dans les temps anciens. C’est en Orient que
son utilisation vit le jour, avant de se répandre en Occident.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 766

 LAVAGE DU LINGE
Les anciens Grecs eux utilisaient uniquement de l’eau, pas de savon, pour nettoyer le linge, alors que des fresques
retrouvées à Pompéi témoignent de l’importance que les Romains accordaient au lavage du linge avec un détergent.
Chez les Romains aisés, le lavage était fait dans des
“ateliers de foulons” – l’équivalent de nos laveries
automatiques actuelles – par des employés appelés
“foulonniers”.
Les grands ateliers de foulons présentaient plusieurs
caractéristiques communes : ils se composaient d’une
vaste pièce dans laquelle de très grandes cuves
creusées dans le sol étaient reliées les unes aux
autres.
Les vêtements étaient mis à tremper dans ces cuves,
puis lavés. Des presses, généralement en terre cuite,
étaient disposées sur trois pans de mur. Les employés
« foulaient » ou dansaient sur les vêtements ; ils
utilisaient des détergents, tels que la terre à foulons
qui était conservée dans de petites jarres. Ce
détergent permettait d’enlever le gras et de raviver
les couleurs. Atelier de foulons

L’urine*, recueillie dans les toilettes publiques, servait d’agent de blanchiment; il en était de même du soufre, que
l’on faisait brûler sous des cadres en bois placés en dessous des vêtements suspendus.
Après avoir été pressés, les vêtements étaient remis à tremper dans les cuves, pour y enlever les détergents. Après le
premier rinçage, les cuves étaient à nouveau remplies et les vêtements étaient rincés une seconde fois. Le séchage se
faisait sur des cadres métalliques en forme de cloche sous lesquels on faisait brûler du soufre
* L’urine comprend entre autres des oxalates, agents de blanchissage et une solution d’ammoniaque, agent
dégraissant.
13 - MOYEN-ÂGE (476 – 1453, environ 1000 ans)
Au Moyen - Age, les populations européennes se préoccupent beaucoup moins de l’hygiène et la santé publique
décline. Les hommes commencent à avoir une peur superstitieuse de l’eau, croyant qu’elle véhicule des maladies, de
sorte que les bains ne font plus partie des activités quotidiennes. Au lieu de cela, les gens prient et font des
pèlerinages, ils croient que le péché est aussi à l’origine des maladies. Les vêtements ne sont lavés qu’après avoir été
portés plusieurs mois.
 SAVON
Au Moyen - Âge, le savon servait essentiellement à laver les vêtements. Au VIIe siècle, les commerçants arabes firent
découvrir aux peuples d’Europe les pains de savon; rapidement, la fabrication du savon devint un artisanat bien établi
en Europe. Les fabricants de savon se regroupaient en guildes d’artisans pour protéger jalousement leurs secrets de
fabrication. La production de savon commença à se différencier d’une région à une autre. Dans les pays
méditerranéens, comme l’Italie, l’Espagne et le sud de la France, le savon était fabriqué avec de l’huile d’olive.
Dans les pays d’Europe du Nord, le savon était fabriqué avec des graisses animales, essentiellement du suif et parfois
même des huiles de poissons. On y ajoutait des herbes aromatiques pour les parfumer. Les savons à base d’huile
d’olive étaient de meilleure qualité que ceux à base de graisses animales et les savonneries du sud de l’Europe
commencèrent à exporter leurs produits dans d’autres pays. Au IXe siècle, Marseille, Genève, Savone et Venise
devinrent des villes réputées pour leurs savonneries industrielles. Ces régions disposaient de grandes quantités
d’huile d’olive et de soude et les cendres servaient à faire la lessive. Au cours du Xe siècle, la production de savon se
développa dans de nombreuses villes européennes. Au XIIe siècle, l’Angleterre commença à fabriquer du savon, les
savonneries anglaises prirent leur essor et leurs affaires restèrent florissantes pendant plusieurs siècles. Jusqu’au XIXe
siècle le savon resta, dans la plupart des pays, un produit de luxe, inabordable pour l’homme de la rue.
 LAVAGE DU LINGE
Les vêtements n’étaient lavés que tous les deux ou trois mois. On les faisait tremper dans un baquet rempli d’une
solution lavante à base de terre de foulons ou d’argile blanche. Ils étaient ensuite foulés au pied ou battus, et les eaux
sales s’écoulaient par un trou du baquet. Ce processus était répété jusqu’à ce que l’eau sorte limpide du baquet. Les
vêtements étaient ensuite rincés, essorés à la main et séchés au grand air.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 767

14 - RENAISSANCE (1450 – 1700, plus de 200 ans) - fin du XVe, XVIe et XVIIe siècles
Au début de cette période, l’hygiène est nettement restée dans l’obscurantisme du Moyen- Age. Les hommes
continuent à avoir peur de l’eau ; ils croient en effet que l’eau en dilatant les pores de la peau, expose les organes à
des maladies épouvantables. Mais au cours de la Renaissance, le souhait de la noblesse de faire la preuve de son
appartenance à une classe supérieure incite toutefois les nobles à accorder davantage d’importance à leur hygiène
personnelle. La mode et le changement fréquent de vêtements propres sont deux symboles d’appartenance à la
classe aisée. La science progresse, les médecins commencent à comprendre que le manque d’hygiène est un facteur
de propagation des maladies contagieuses et certains vont même jusqu’à prôner de prendre un bain tous les jours !
Des campagnes de propreté sont organisées et l’on recommande aux populations de faire bon usage du savon. Au
cours de la Renaissance le savon devient plus élaboré, mais le lavage du linge reste un véritable rituel nécessitant
énormément de temps.
 SAVON
La fabrication du savon se spécialisa en France au cours des XVe et XVIe siècles. Le savon était fabriqué à petite
échelle à partir de suif de chèvre et de cendres de bouleau ; c’est au XVIIe siècle que des savonneries industrielles
ont été construites. La première, construite par décret royal à Toulon, remporta immédiatement un vif succès.
Plusieurs usines furent construites à Marseille. A la fin du siècle, Marseille devait importer des matières premières de
tous les pays du bassin méditerranéen afin de satisfaire à la demande ; les Français améliorèrent le processus de
saponification en remplaçant les graisses animales par des huiles végétales. Le savon a toujours, au fil des siècles,
été utilisé pour laver le linge.
 LAVAGE DU LINGE
Les villes comptaient un très grand nombre de laveries vu que le linge devait rester propre; les femmes faisaient aussi
souvent leur lessive chez elles, mais ce travail continuait d’être éreintant. Il fallait faire tremper le linge, le faire
bouillir, le battre, puis le rincer, l’essorer à la main et le faire sécher au grand air. Les planches à laver et battoirs
facilitèrent un peu le lavage mais il s’agissait toujours d’une tâche prenant beaucoup de temps. Les restes des eaux
savonneuses étaient donnés aux pauvres car le savon restait un produit fort onéreux pour la plupart des gens. En
plus des lavages réguliers, un “Grand Nettoyage” avait lieu deux fois par an. Il s’agissait d’un rituel symbolique qui
durait trois jours. D’aucuns prétendent qu’il représentait l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Le “Grand Nettoyage”
était un symbole de purification, de triomphe de la propreté sur la saleté.

15 – XVIIIe ET XIXe SIECLES


Au cours du XVIIIème siècle, « le Siècle des Lumières », la propreté personnelle devint un symbole de statut social.
Prendre fréquemment des bains et se laver les mains avec de l’eau et du savon étaient un phénomène de mode. La
science et la technologie firent d’énormes progrès. Les premières machines à laver (après 1850) révolutionnèrent les
procédés de lavage du linge. Lorsque les bactéries et leur rôle dans les infections et les maladies contagieuses furent
découverts au milieu du XIXème siècle, les hommes comprirent alors l’importance que l’hygiène avait sur la santé.
Avec le renforcement de l’essor industriel à la fin des années 1800, les répercussions sur l’environnement de
l’élimination des déchets non traités devinrent de plus en plus sensibles.

 SAVON
Au début du XVIIIe siècle, Marseille devient le centre méditerranéen de production et de distribution de savon
fabriqué avec de l’huile d’olive et de la soude naturelle. Le savon était cher car il était taxé en tant que produit de
luxe. Avec la baisse des taxes et les progrès réalisés dans le domaine de la chimie appliquée à la saponification, le
savon devient un produit d’usage quotidien pour la majeure partie des gens, ce qui eut pour effet de renforcer les
normes de propreté.
En 1837, deux jeunes hommes fusionnèrent leurs entreprises, une fabrique de bougies et une savonnerie, et créèrent
The Procter & Gamble Company. Aux États-Unis, les découvertes scientifiques alliées à l’énorme potentiel industriel
du pays allaient permettre à l’industrie savonnière de devenir l’une des plus prospères du pays dès 1850.
 LAVAGE DU LINGE
C’est au milieu du XIXe siècle, aux Etats-Unis, que les premières machines à laver mécaniques firent leur apparition.
Une cuve fermée équipée de palettes en bois (agitateurs fabriqués par la suite en métal) permettait aux lavandières
de travailler dans une position debout et d’avoir moins souvent les mains dans l’eau. Le lavage du linge n’était plus ce
qu’il avait été auparavant, à savoir un rituel laborieux nécessitant beaucoup de temps. La saleté et les mauvaises
odeurs qui accompagnaient la surpopulation des villes étaient de moins en moins acceptées et c’est ainsi que de réels
progrès scientifiques purent être faits. Mais avant que les machines à laver ne deviennent d’usage courant, de grandes
villes se dotèrent de laveries publiques. La cuve fixe à agitateur rotatif à propulsion manuelle était le précurseur de la
machine à cuve rotative. Le précurseur de la machine à tambour moderne qui extrait l’eau au cours d’un cycle
rapide d’essorage n’apparaîtra qu’au XXe siècle.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 768

Les produits de lavage ne se sont pas développés à la même allure que l’avancée technologique des machines à laver :
jusqu’à la fin du XIXe siècle, on lavait encore son linge avec du savon en paillettes. Les détergents synthétiques ne
devaient faire leur apparition que pendant la Première Guerre Mondiale.

16 - XXe ET XXIe SIECLES


Au cours du XXe siècle, l’hygiène devient de plus en plus une priorité et le savon joue un rôle de plus en plus
important. Le développement de savons de bain et de détergents de lessive plus doux commence au début du XXe
siècle et le reste de ce siècle voit l’invention permanente de nouveaux produits et la diversification des existants.
Au XXe siècle également, le développement des machines à laver et la technologie des sèche-linge se sont accélérés,
avec pour résultat des machines plus pratiques et plus efficaces. Ces efforts ont été stimulés, du moins en partie, par
le développement rapide et parallèle d’une large gamme de fibres synthétiques et mixtes.
 SAVON ET DETERGENTS SYNTHETIQUES
Au cours des deux guerres mondiales et en particulier de la Seconde Guerre Mondiale, les recherches dans le
domaine des détergents furent accélérées en raison des pénuries de graisses animales et végétales et du besoin des
armées de nettoyer les uniformes dans de l'eau froide et calcaire.
Dès 1950, les produits à base de savon ont peu à peu été remplacés par des détergents synthétiques issus de
dérivés du pétrole, d’huiles végétales et de graisses animales. Le développement des détergents à usages multiples
commença en 1946, lorsque les premiers détergents contenant des agents de surface et des adjuvants furent introduits
en Amérique. Cette combinaison d’ingrédients donnait d’excellents résultats vu que les agents de surface enlevaient
la saleté et que les adjuvants renforçaient les propriétés des agents de surface. Les agents de surface synthétiques
avaient, par rapport au savon, un avantage considérable sur le plan de l’efficacité : ils étaient beaucoup plus
performants dans l’eau froide et calcaire.

 LAVAGE DU LINGE
La première machine à laver électrique a été fabriquée aux États-Unis en 1908. Elle était équipée d’un agitateur
activé par un moteur électrique situé sur le dessus de la machine. Vers les années 1920, de nouvelles machines ont
été conçues avec un tambour horizontal. L’apparition de ces machines n’empêcha toutefois pas le développement
des machines manuelles. A la fin des années quarante, les machines électriques étaient équipées d’une turbine.
Au cours des années cinquante, on ajouta un élément chauffant et un cycle d’essorage automatique (certaines
machines étaient équipées d’une essoreuse centrifugeuse séparée, le long du tambour). Les années soixante virent
l’apparition des machines automatiques qui, au simple contact d’un bouton, lavent, rincent et essorent dans le
même tambour, monté verticalement au début et horizontalement par la suite (machines à chargement frontal).
A la fin du XXe siècle, la technologie des machines à laver ne cesse de progresser. Les boutons électromécaniques
ont été remplacés par des boutons électroniques (boutons poussoirs). Les nouvelles machines utilisent moins d’eau
et à basses températures on obtient de meilleurs résultats avec les nouvelles lessives de sorte que les cycles de lavage
sont à haut rendement énergétique. Les lessives concentrées requièrent moins de manipulations, prennent moins de
place et leur conditionnement est réduit. De nouveaux cycles de lavage sont apparus, tels que ceux pour la soie, la
laine et le linge délicat, sans oublier les cycles de lavage courts.

2 – HISTOIRE DU SAVON ET DES LESSIVES d’après : [Link]

Il n’y a pas encore aujourd’hui de lavage du linge sans lessive. Elément indispensable, le produit lessiviel a beaucoup
évolué au cours du siècle. On peut identifier trois produits phare : le savon, la lessive et l’eau de Javel.
Avant l’industrialisation de ces produits, le lavage s’effectuait avec différents composants que l’on trouvait dans la
nature. La Bible évoque le lavage avec le Trona (des formules de savon à base de soude naturelle, qui forme une
croûte au bord de certains lacs salés) et la potasse. On sait que les tiges et les racines de la saponaire étaient utilisées.
L’urine déjà évoquée était utilisée par les foulons romains. On lit parfois que ce produit était encore utilisé au début
du XXe siècle, notamment pour le traitement des draps bleu d’officier de marine.
Pour le blanchissage des produits d’origine végétale (chanvre, lin, coton), le pouvoir dissolvant de l’eau a toujours
été renforcé d’additifs trouvés dans la nature : efflorescences salines, produits proches du salpêtre du sol, colloïdes
des sols argileux, urine putréfiée, herbe de Borith ou saponaire * (« herbe des foulons »), cendre de bois ou de
fougères, Pissat, fiel de bœuf, terre à foulon, plumes de poussins…
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 769

Le blanchissage de la laine ou de la soie relevait d’un travail différent. Chez les romains, la laine était dessuintée avec
de l’urine humaine (redevance imaginée par l’Empereur Vespasien). On peut d’ailleurs lire dans la revue L’Art
Ménager de septembre 1928 : « En Islande, on a également conservé ce procédé et les femmes emploient l’urine
mélangée avec de la cendre. »
* Plante sauvage qu’on trouve souvent près des rivières. On fait bouillir ses feuilles dans l’eau pour obtenir un liquide
mousseux qui servait à laver les lainages.

La saponaire En écrasant les racines et les feuilles de saponaire,


Photo du blog du musée de Moutiers en Savoie on obtient une mousse savonneuse

► LE SAVON
Tous les éléments du savon ont toujours été utilisés : huiles, cendres de plantes contenant de la soude ou de la
potasse. Le savon est une substance détersive, qui émulsionne les corps gras des taches, c’est-à-dire qu’il les réduit
en fines gouttelettes entraînées ensuite dans l’eau lors du rinçage.
Le mot savon viendrait du mot gaulois sapo (certains disent de la ville italienne de Savone) mais il n’est pas d’origine
gauloise (il y a un vrai débat sur ses origines gauloises). Les Gaulois fabriquaient un savon à base de cendre de hêtre et
de graisse de chèvre, dont ils se servaient pour teindre les cheveux. Il faudra attendre le IVe siècle pour que le savon
soit utilisé pour la toilette et l’entretien du linge.
C’est la civilisation arabe qui a fait évoluer l’usage du savon, en ajoutant à sa composition de la cendre de varech, riche
en soude et en remplaçant la graisse animale par l’huile d’olive. Les premiers ateliers artisanaux de fabrication de
savon s’installent sur les rives de la Méditerranée et notamment à Marseille dès le XIVe siècle, marquant le début de la
longue histoire du célèbre « Savon de Marseille ». Au XVIIe siècle, le stade artisanal est dépassé et Marseille compte
alors trois fabriques de savon.
On fait aussi du savon avec de la lessive, à condition que celle-ci ait une concentration convenable ; on la mélange
avec de la graisse de bœuf, de porc ou de mouton fondue, ou de l’huile végétale. Avant que le mélange ne refroidisse,
on y fait fondre du sel qui finit par se déposer au fond du récipient tout en durcissant le savon. Quand le sel s’est
déposé, on se débarrasse de l’eau salée et on verse le savon encore liquide dans les moules en bois doublés d’un tissu
humide. On y ajoute des colorants (sans alcool qui détériore le savon : carotte, betterave, épinard…) et des parfums
(lavande, romarin, citronnelle, thym…). Ce savon s’améliore avec le temps.
« Pour faire du savon, versez dans une bassine deux litres et demi d’eau, 150 grammes de résine ou gomme arabique,
un paquet d’un demi-kilo de bougies (à couper en morceau en prenant soin d’enlever les mèches). Tournez le tout
pendant un quart d’heure. Ajoutez 300 grammes de soude caustique, tout en continuant la cuisson pendant un bon
quart d’heure. Retirez du feu et moulez dans une boîte en fer. Laissez refroidir et démoulez. »
Avec l’avènement de la lessiveuse, les femmes ont utilisé des lessives artificielles telles que les cristaux de soude ou
du savon en paillette. C’est la généralisation des machines à laver dans les années 1960, qui fait triompher les
lessives en poudre. Le savon est toujours utilisé pour le linge délicat et la layette de bébé.
Pourquoi le savon lave -t-il ? (précision d’Irène) :
« Si le savon nettoie et enlève la saleté, c'est parce qu'il est constitué de molécules à deux faces. L'une est lipophile
et hydrophobe, c'est-à-dire qu'elle attire les graisses et repousse l'eau et l'autre face à l'inverse est hydrophile et
lipophobe, elle attire l'eau et repousse les graisses. C'est grâce à cette propriété dite tensioactive que le savon peut
capturer les graisses.
Pour que le savon soit efficace, il est nécessaire qu'il y ait de l'eau. La tête lipophile se fixe sur les corps gras, puis
l'eau permet d'extraire la molécule et de l'évacuer ».
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 770

► L’EAU DE JAVEL
A la suite du chimiste et pharmacien suédois Scheele (1742-1786) qui isole les propriétés du chlore, Claude Louis
Berthollet (1748-1822) découvre ses propriétés décolorantes. La concentration est affaiblie en dissolvant le chlore
dans de l’eau additionnée d’un peu de carbonate de soude. La première expérience publique à lieu à l’usine de Javel,
localité proche de Paris (aujourd’hui dans le XVème arrondissement) où s’activent des lavandières. D’où le nom d’eau
de Javel.
Ce n’est pas l’oxygène de l’air qui blanchit les toiles sur les prés, mais sa combinaison avec les matières hydrogénées
qui colorent les tissus, parce qu’il est transformé en ozone sous influence de la lumière solaire.
L’efficacité de l’eau de Javel dépend de trois facteurs : le dosage, la température de l’eau et le temps de trempage.
Mieux vaut l’utiliser dans un BAIN FROID, PENDANT PEU DE TEMPS. Autrement dit, l’eau de Javel employée à
chaud est très efficace, mais risque d’attaquer les fibres textiles. Rincez toujours beaucoup, car le chlore continue
d’agir dans le linge sec et repassé.
► LES LESSIVES
Jusqu’à l’arrivée des lessives chimiques, on obtenait la lessive en laissant l’eau traverser la cendre du charrier. Le sel
de potasse contenu dans les cendres se dissolvait et formait une sorte de savon avec les graisses qui constituaient
généralement la saleté du linge. Pour que la saponification s’effectue d’une manière complète, il importait que la
lessive ne dépasse pas un certain degré de concentration. « Il faut se garder de la faire chauffer jusqu’au point de la
faire bouillir ; car la trop grande chaleur, loin de détacher la crasse et les matières grasses (…) gâte le linge. » précise
l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.
A la cendre, peu à peu se substituent les cristaux de soude. C’est en raison de la propriété de la potasse de dissoudre
les corps gras que l’on conserve les cendres. Les sels de soude, les cristaux surtout, sont connus depuis longtemps.
Avant 1792, la soude provenait exclusivement de la combustion de végétaux marins. Elle est surtout importée
d’Espagne et coûte chère. On en a besoin dans les verreries, pour l’éclairage des villes, pour la fabrication de savons
durs… La soude a la même propriété que la potasse et ses cristaux se dissolvent bien dans les eaux calcaires, les
adoucissent et ont un pouvoir anti-redéposant.
Soucieuse d’assurer l’indépendance économique, l’Académie Royale des Sciences organise un concours en 1773. Il est
remporté par Nicolas Leblanc qui a mis au point avec Dizé la soude artificielle (les cristaux de soude) à partir de sel
marin. Les deux chimistes forment devant notaire avec le duc d’Orléans une compagnie d’exploitation de leurs
procédés. Mais des aléas survenus une fois le duc d’Orléans guillotiné, font que l’affaire est confisquée. Ruiné, Nicolas
Leblanc se suicide en 1806.
Lorsque la soude artificielle est commercialisée, les Françaises la substituent petit à petit à la lessive à la cendre.
► Petite chronologie des lessives :
*1933 : apparition de lessives de savon avec
perborate, Persil
*1952 : apparition des détergents de synthèse
en poudre, Omo (Old mother Owl : vieille mère hibou)
*1959 : apparition des lessives à mousse
contrôlée, Skip
*1966 : Apparition des assouplisseurs, Soupline
*1967 : apparition d’une poudre spéciale pour
textiles modernes, Coral
*1968 : Apparition des lessives biologiques,
Ariel
*1971 : tous les détergents sont biodégradables
*1979 : apparition d’activateurs de
blanchiment à basse température ; Système
TEAD, Skip
*1981 : Adaptation d’autres lessives pour le
lavage à basse température, Ariel et lessives en
Les lessives de vos arrière grands-mères –
poudre au savon de Marseille hypoallergénique
Musée de la Lessive à Spa, Belgique
(Le Chat)
*1982 : Apparition des premières lessives *1995 : poudres concentrées
liquides, Vizir et Wisk *1998 : tablettes concentrées
*1989 : lessives sans phosphate *2010 : gels super concentrés
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 771

Les lessives oxygénées du genre « persil », « perbo », se composent de carbonate sodique, de savon en poudre et
de perborate sodique. Elles exercent sur le linge une double action : un décrassage, dû à l’action du savon et de
l’alcali ; un blanchiment véritable, produit par décomposition du perborate, qui fournit de l’eau oxygénée. Les lessives
oxygénées doivent être, autant que possible, employées avec une petite machine à bouillir, sans que d’ailleurs le
liquide ne soit porté à ébullition.
Aujourd’hui, une lessive est un produit très
complexe. Il y a vingt à trente ingrédients
dans une lessive. Les tensioactifs sont les
moteurs de la lessive : ce sont eux qui
permettent à l’eau de pénétrer dans les
fibres pour aller extraire la salissure. Une fois
la salissure grasse en suspension dans l’eau,
les agents anti-redéposition évitent qu’elle
se redépose sur le linge.
L’eau étant quasiment partout calcaire,
les lessives contiennent des agents Lessives de Procter et Gamble Europe, en 2005
anticalcaires qui permettent d’éviter
l’action du calcaire (incrustation des taches) de même que des agents de blanchiment.
On trouve aussi des enzymes :
- Les protéases vont dégrader (c’est-à-dire casser en particules pour les rendre plus solubles dans l’eau) les
protéines que l’on trouve par exemple dans les taches d’herbe.
- Les amylases dégradent les tâches qui contiennent de l’amidon
- Les lipases, celles qui contiennent des lipides (sébum, transpiration)
Enfin, les phosphonates sont introduits en quantités très faibles et remplacent les phosphates qui sont à l’origine de la
multiplication des algues dans l’eau.

D’après le site [Link] de Procter et Gamble, deux processus de base sont à retenir dans les
lessives modernes :
1. L'ELIMINATION PHYSIQUE des saletés/taches des vêtements et leur MODIFICATION CHIMIQUE, soit par
hydrolyse soit par oxydation (blanchiment), ce qui engendre leur dissolution
et/ou décoloration, en les maintenant suspendues dans la solution lessivielle.
2. LA PROTECTION DES TISSUS par le dépôt de polymère et LA PROTECTION DES COULEURS par une technologie de
verrouillage des couleurs ou par un inhibiteur du transfert des colorants, L'ELIMINATION DE L'ASPECT DEFRAICHI,
LA FACILITE DU REPASSAGE ...
Les ingrédients d’une lessive moderne regroupés par fonction sont les suivants :

Surfactants Agents oxydants Enzymes


surfactants anioniques eau oxygénéee lipases
surfactants cationiques peracides amylases
surfactants non ioniques oxydants photochimiques cellulases
protéases
Agents adoucissants Polymères Autres ingrédients
savons polycarboxylates tampons
zéolithes glycols polyéthylène parfums
silicates dérivés de cellulose azurants optiques
citrates suppresseurs de mousse
chélateurs
Nous voici loin du savon et des cendres, accompagnés de quelques plantes qu’utilisaient nos aïeux. Faut-il en déduire
que le linge moderne soit mieux lavé avec ces agents ? Sans doute. Leur principal avantage est de convenir aux
machines à laver. Les deux réunies (machines et lessives) ont certainement révolutionné la corvée de la lessive
revenant aux femmes, en supprimant la pénibilité et la durée. Par ailleurs, l’apparition de nouveaux textiles plus
faciles à laver et à sécher s’ajoutent à ces progrès. Dommage que ces nouveaux produits déversés dans la nature
contribuent à la polluer. Connaîtrez- vous plus tard le produit parfait ? Je vous le souhaite.
Si vous voulez en savoir davantage sur les produits chimiques ménagers, en général, je vous invite à consulter le
site : [Link]
Un tableau facile à lire récapitule les noms, formules et propriétés des produits ainsi que les mélanges dangereux. Ces
notions sont très utiles à connaître dans une maison.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 772

3 - LES SOUVENIRS DE MÉMÉ d’après Maria Gérard


J’ai repris le cahier de notes écrites auprès d’elle à partir de ses commentaires à Tours. Je les présente tels quels ci-
dessous sur fond mauve. Pour Maria, jusqu’à la grande guerre, chaque ferme possédait un cuvier (la cuve où avait lieu
la lessive) au même titre qu’un pressoir à cidre ou une chaudière pour cuire la nourriture des cochons.
« Le jour de la lessive était un évènement. Elle se faisait dans un cuvier et avait lieu deux fois l’an, avant Pâques et
avant la Toussaint. La veille, un repas collectif était avancé pour sustenter le groupe du lendemain.
Le matin du jour de la lessive, il fallait 3 ou 4 femmes (Léonie sa sœur aînée et trois autres voisines) pour prélaver les
draps au « lavoir » du bas du champ, derrière la ferme, à 400 mètres de la maison. Ce jour là, afin de ramener les
draps alourdis par le mouillage, on mettait à leur disposition une charrette tractée par un cheval. Le nécessaire à
laver était joint : un bac en bois par femme pour s’agenouiller près du ruisseau, une planche en bois, une tapette, du
savon, une brosse en chiendent.

En fait, le lavoir se situait dans un ruisseau très


légèrement encaissé, non loin de la ferme de
Perrette. Il y avait des emplacements aménagés de
façon rudimentaire le long de la rive. A leur arrivée, les
femmes y plaçaient leur bac suffisamment près de
l’eau pour y plonger le bras et le linge.
Pour effectuer le prélavage des draps, il fallait les
mouiller un à un, les frotter au savon sur la planche,
insister sur les tâches au besoin avec une brosse en
chiendent, déplier le drap au fur et à mesure et le
replier plusieurs fois en le battant avec le battoir pour
en extraire les premières salissures. Ces draps, le plus
souvent de chanvre ou de métis (lin et coton), plus
rarement en pur fil (lin), une fois mouillés, étaient très
lourds.
Exemple de prélavage au ruisseau
Au retour du lavoir, les femmes réchauffaient le repas du midi qu’elles partageaient avec les accompagnants (enfants et jeunes du
voisinage) arrivés entre-temps pour participer aux activités de l’après-midi.
Le cuvier était préparé à l’avance dans la cour de la ferme ou dans une dépendance. A la ferme de la Prise, il était
rangé dans le « logement de derrière ». Ce jour là le cuvier qui était en fait une grande cuve ronde en peuplier, d’un
diamètre de 1,50 m environ et d’une hauteur de 0,60 m, avait été déposé sur de solides tréteaux en bois disposés en
forme de T et hauts de 40 cm pour laisser passer un seau en-dessous. Il avait été mouillé au préalable pour faire
gonfler le bois.
A l’intérieur du cuvier, on commençait par disposer des fagots de chêne (ils ne déteignent pas), dont l’objet était de
faciliter la circulation de l’eau. Sur un côté du cuvier, il y avait un trou qui restait bouché pendant la préparation. Puis
pendant la lessive il était débouché pour permettre à l’eau du cuvier de s’écouler dans un seau. Des filles et des garçons
se relaieraient pour le porter une fois plein à la chaudière. Cela leur permettait de se rencontrer.
Sur les fagots, on plaçait d’abord un vieux drap qui servait de protection et par-dessus on disposait les draps
prélavés : 12 à 15 environ et certaines pièces de blanc. Ils étaient répartis le mieux possible pour obtenir une surface
à peu près régulière. Dessus on plaçait les pièces blanches plus petites : torchons, taies, linge de corps dont les
grandes chemises et mouchoirs. L’eau lessivielle était mise en dernier. Celle-ci comprenait un mélange de copeaux
de savon de Marseille, de cendres, de feuilles de chêne diluées dans l’eau que l’on chauffait à côté dans une
chaudière. L’eau versée devait être bouillante. Elle était versée seau par seau par des hommes. Il fallait plusieurs
chaudières d’eau pour alimenter le cuvier. L’opération de changement d’eau s’appelait le coulage.
LE COULAGE PROPREMENT DIT NE COMMENÇAIT QU’EN DEBUT D’APRES-MIDI : au fur et à mesure que l’eau de
lessive versée par le haut traversait les draps et s’écoulait par le trou au bas du cuvier, elle était récupérée dans un
seau, reversée dans la chaudière jusqu’à l’ébullition et le cycle recommençait. Dans la cuve, les draps ne bougeaient
pas de place, seule l’eau était en mouvement continu. LE RENOUVELLEMENT DES CYCLES DE L’EAU ENTRE LA
CHAUDIERE ET LE CUVIER, quasi bouillante à l‘entrée et plus que tiède à la sortie, DURAIT LONGTEMPS, PARFOIS
JUSQU’A 11 HEURES DU SOIR OU MINUIT. Entre-temps, les jeunes qui aidaient, dansaient sous le contrôle des parents.
Les nouvelles allaient bon train. Une table garnie permettait à tous d’entretenir l’énergie.
A la fin du cycle, à la nuit tombée, on laissait les draps s’égoutter dans la cuve. Les voisins repartaient chez eux.
LE LENDEMAIN MATIN, les membres de la famille sortaient les draps encore très chauds, les déposaient dans la
charrette pour le rinçage au lavoir à l’aide du battoir. Le résultat était excellent. Le linge était bien blanc et son odeur
était agréable. Des cordes étaient montées dans un champ, attachées à des arbres, pour y faire sécher les draps. Ils
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 773

n’étaient pas repassés, mais pliés aussitôt après le séchage et leur apparence était lisse. Le petit linge était également
plié, dès la fin du séchage.
Maria était trop jeune pour participer elle-même à la lessive. Mais elle se souvenait d’avoir été invitée à danser pour la
première fois de sa vie à cette occasion, alors qu’elle avait à peine 4 ans.
A La Baussaine, ce mode de lessive prit fin pendant la guerre 1914-1918. En effet, pour pallier à l’absence des
hommes partis au front, les femmes paysannes durent en priorité travailler dans les champs et s’occuper des animaux.
Faute de bras disponibles, elles durent réorganiser la gestion de la maison et de la famille, en la simplifiant.
Les années suivantes, les draps furent lavés plus souvent et le cuvier fut remplacé par la chaudière où l’on faisait
bouillir le linge et cuire la nourriture des cochons. La chaudière se tenait dans la cour ou sous un appentis. Les cendres
furent remplacées par les cristaux de soude. Ce fut le début du « lavage du linge sale en famille » par la mère et un ou
deux enfants, le plus souvent.
La fréquence des lavages correspondait souvent au changement des draps qui furent lavés au fur et à mesure, au lieu
d’être mis en attente comme avant, sans devoir faire appel à des voisines. Le prélavage avait toujours lieu au lavoir
ou au ruisseau. Au retour, les draps et autres pièces de blanc étaient déposés dans la chaudière où des cristaux de
soude avaient été dilués dans l’eau. Celle-ci froide au début était menée à ébullition sur un feu de bois. Seule
l’ébullition faisait remuer le linge, mais celui-ci restait dans la même solution lessivielle du début à la fin. Il existait des
ventouses munies d’un long manche qui n’étaient utilisées qu’en cas de linge très sale ou pour accélérer le temps du
lavage. A la fin de l’ébullition qu’on faisait durer au moins une heure, on laissait les draps tiédir mais non refroidir.
Avec une pince, ils étaient déposés sur une ou deux brouettes où ils s’égouttaient. Les jus de lavage étaient
précieusement gardés pour nettoyer autre chose. Un deuxième voyage au lavoir ou au cours d’eau était nécessaire
pour le rinçage. Par rapport au cuvier, cette pratique permettait un gain de temps et surtout moins de main-
d’œuvre. Il était devenu inutile de faire appel aux voisins.
Dans le cas de la lessive à la chaudière, pour répartir la fatigue du portage des draps au lavoir, la lessive était
programmée sur deux jours. Le prélavage avait lieu la veille et le lavage le lendemain matin suivi du rinçage en
début d’après-midi.
Fin du témoignage de Maria.

Pour vous donner une idée du prélavage ou du rinçage au ruisseau, aux alentours des fermes, voici une carte postale
de Normandie. Ce ruisseau normand peu encaissé, à l’apparence boueuse, est plus petit que celui de Perrette qui avait
3 à 4 m de large suivant les saisons. Mémé disait « qu’à Perrette, c’était propre et herbeux ».

Carte postale de Normandie : Au lavoir – Confidences


« Il aurait ben voulu d’mé, mais mé j’ai pas voulu d’li »

En comparant plus loin les souvenirs de Maria Gérard avec des évocations collectives, vous constaterez que ses
souvenirs étaient exacts mais incomplets. Comme elle était le dernier enfant de la famille, née en 1908, elle n’a pas
participé comme ses frères et sœur aînés à la grande lessive. Elle a seulement assisté plusieurs fois à cette opération
considérée par les enfants comme un spectacle qui rompait la routine quotidienne. C’est pourquoi des compléments
d’information seront présentés plus loin.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 774

Il est bon de souligner que les cristaux de soude (ou carbonate de sodium) découverts en 1789 par Leblanc, étaient devenus
moins chers grâce au procédé Solvay généralisé en 1870. Peu à peu la production industrielle de la fin du XIXe siècle facilita la
commercialisation des cristaux de soude chez les particuliers. Dans les familles aisées, le linge était lavé par des lavandières,
payées à la tâche. Ces femmes travaillaient dans de pénibles conditions.
Après son mariage en 1933, pour entretenir le linge, Maria, comme les autres femmes vivant en appartement, faisait bouillir le
linge dans une bassine en galvanisé contenant une solution de cristaux de soude ou mieux dans une lessiveuse. La
lessiveuse qui entraînait de l’eau grâce à la vapeur propulsée dans un champignon n’apparut qu’après la première guerre
mondiale, vers 1920. Nous y reviendrons plus loin.
Pratiquement, jusqu’en 1950, quel que soit le mode de lavage du linge, dans la chaudière ou dans la lessiveuse, le rinçage des
draps et du linge en général restait manuel. Si la famille avait la chance d’avoir l’eau au robinet, le rinçage du linge était fait à la
maison. D’ailleurs, dans la plupart des maisons bourgeoises et dans certains immeubles, des buanderies furent crées,
généralement au sous-sol. Ces locaux cimentés comportaient un poste de chauffe pour la chaudière ou la lessiveuse, au
bois ou à gaz, et le plus souvent, deux grands bacs en ciment munis d’une pente à laver, à hauteur de la taille, ce qui
représentait un progrès certain pour les femmes.
Irène se rappelle que lorsque ses parents sont arrivés à Fougères (Ille et Vilaine) en 1950, toutes les familles de l’immeuble
utilisaient une buanderie collective située à l’extérieur : une chaudière et deux bacs cimentés. La buanderie fermée sur trois
côtés était protégée de la pluie par un toit. Un calendrier établi à l’avance octroyait une journée d’utilisation par famille et par
quinzaine. Les années suivantes, la plupart des femmes dont certaines commençaient à travailler, décidèrent de faire appel à une
« laveuse », une femme que l’on payait à la journée, pour laver leur linge. Grâce à ces laveuses, la buanderie fonctionna plusieurs
années.
Mémé dut attendre de vivre à Tinténiac après la retraite de son mari, à partir de 1963, pour disposer du vrai confort
moderne : d’abord, une gazinière avec bouteille de gaz butane et un réfrigérateur, puis l’année suivante un chauffe-eau
électrique (le cumulus) et quelques années plus tard le lave-linge. Elle avait alors soixante ans. Elle ne disposa jamais d’un
lave- vaisselle.
► ILLUSTRATIONS DE LAVOIRS EN ILLE ET VILAINE

Ancien lavoir de Hédé (35), isolé sur le canal Ancien lavoir de Bécherel (35) construit en 1827 – A 6 km de
avec un toit. A quelques kms de Tinténiac. La Baussaine. Belle charpente et bonne hauteur de travail.

Carte postale rare du


lavoir de Tinténiac sur
le canal d’Ille et Rance.
Collection JMB – Musée
de la Batellerie de
l’Ouest. ►

[Link]
[Link]/2011/1
1/le-musee-de-loutil-de-
[Link]
Cet emplacement est
désormais remplacé par
le Musée de l’Outil et
des Métiers, face au
camping et à l’ancienne
gare.
L’amégement du lavoir de Tinténiac était rudimentaire. De simples planches permettaient
aux laveuses de s’agenouiller sur leur coffre et d’y battre le linge. Il n’y avait pas de toit.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 775

L’ancienne gare de Tinténiac près du canal d’Ille et Rance. Actuellement, face à l’ancienne gare, à la place du lavoir, se
Vue du début du XXe siècle, près du Pont l’Abbesse, du côté tient le Musée de l’Outil et des Métiers, dans les anciens
de la route de Combourg. La gare a été détruite. bâtiments en bois construits dès la fin du XIXe siècle par les
Actuellement l’entrée d’un camping s’y substitue. négociants en grains.

J’insère ces photos pour que Pauline et Rémi se repèrent à Mon cousin Raymond Quenouillère, ancien menuisier, a participé
propos de l’ancien lavoir de Tinténiac. à sa réalisation et à son animation.

En haut, les quatre bateaux-lavoirs installés à Rennes sur le quai Lamennais canalisant la Vilaine en centre ville.
Jugés insalubres et dangereux, vers 1880, ils furent déplacés en amont et en aval.
En bas, femmes lavant du linge sur les bords de la Vilaine. Il existait plusieurs endroits plus ou moins bien aménagés.
En 1989 on estimait à une centaine le nombre de laveuses par jour dans cette ville.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 776

4 –LE LAVAGE DU LINGE VERS 1900 d’après l’association « Arts Ménagers »


Le dernier Salon des Arts Ménagers ouvert au public s’est tenu à Paris en 1983. Depuis, ouvert à Villepinte, il est
réservé aux professionnels. Pour nombre de françaises nées entre 1900 et 1960, le Salon des Arts Ménagers a
représenté une Manifestation mythique pendant soixante ans de 1923 à 1983, permettant notamment à la femme
une lente conquête du confort.
L’Association « Arts Ménagers » a été créée en 1984 au lendemain de la fermeture au public du dernier salon. Elle
milite pour préserver et transmettre un patrimoine omniprésent et pourtant peu reconnu : les objets du quotidien.
Dans ce cadre, elle publie des articles très intéressants sur des sujets variés. Ci-après, je vous propose leur publication
sur les grandes lessives d’autrefois. Seule remarque : dans les fermes, la fréquence des lessives était plus espacée.
« Le lavage du linge de corps et des vêtements de travail avait lieu toutes les deux ou trois semaines, plus souvent
si on avait de jeunes enfants. Il s’agissait bien souvent d’un simple trempage sans savonnage dans l’eau de la rivière
ou de la mare, faute de ressources.

Suivant les régions, la grande lessive (buée ou buie) se faisait dans tous les villages et les petites villes de
deux à quatre fois par an et tout particulièrement au printemps et à l’automne. C’était un évènement
important de la vie communautaire, un acte social qui rassemblait les femmes et donnait lieu à une vraie fête avec
repas, chants et danses qui faisaient oublier la fatigue.

Les premières opérations se pratiquaient dans les foyers. Le linge était trié : d’un côté le linge blanc, et de l’autre
les lainages et le linge fin. Le blanc était lui même trié en fonction de son degré de saleté et de sa finesse : cela
conditionnait sa place dans le cuvier.

La buée avait lieu à l’extérieur ou dans une pièce spécialement préparée (chambre à four, fournil, appentis ou
coin de grange). La lessive durait trois ou quatre jours, voire une semaine suivant la quantité de linge. Une grande
buée comptait en moyenne 70 draps et autant de chemises, des dizaines de torchons et de mouchoirs.
L’essangeage (ou échangeage) correspondait au prélavage. Le linge était sommairement décrassé à l’eau au lavoir,
à la fontaine ou à la rivière. Les saletés les plus tenaces étaient frottées à la brosse sur une planche à laver
striée ; les pièces délicates, les cols et poignets de chemises, étaient lavées à l’eau tiède avec du savon de
Marseille.

Pour les taches les plus rebelles, chaque femme avait ses secrets. John Seymour raconte dans Arts et traditions à
la maison : « Il y avait toute une variété de procédés, dont certains passablement curieux, pour ôter les taches.
Pour enlever la graisse et l’huile, on utilisait surtout la smectite, mais la craie et la terre de pipe étaient aussi
réputées efficaces. Le jus de citron, le jus d’oignon, ou même l’urine, éliminaient l’encre, et l’on faisait partir les
taches de cire en appliquant dessus un fer chaud enveloppé d’un linge. »

Avec le coulage commençait réellement la grande lessive. Le cuvier était sorti ou loué chez le tonnelier : il était
en bois cerclé de fer, pouvant atteindre jusqu’à 1,20m de diamètre et contenir jusqu’à 400 litres d’eau. Il était
posé sur un trépied.

Le linge était empilé dans le cuvier. On posait par dessus une grosse toile de chanvre (charrier ou cendrier),
sur laquelle était étalée une couche de 5 à 10 centimètres de cendre de bois, mélangée avec des colliers d’iris
pour parfumer le linge. Les coins de la toile étaient ramenés sur les cendres et on versait sur le tout une
soixantaine de litres d’eau bouillante.

Les sels de potasse contenus dans les cendres se dissolvaient et l’eau de lessive, solution alcaline, était recueillie
au bout d’une heure au vide-lessive (trou à la base du cuvier).

Le cuvier était relié par un tuyau d’environ 1,50 m de long à la casse, sorte de poêlon en cuivre à longue
queue (en fonte à la fin du XIXe siècle), où l’on chauffait de l’eau. On reversait la lessive sur le charrier à
l’aide du coule-lessive, un godet pourvu d’un long manche. On recommençait l’opération pendant des heures.

On laissait macérer toute la nuit. Le linge était dépoté le lendemain avec une pince en bois à longues branches et
mis dans des sacs de grosse toile ou des paniers d’osier.

Le jour suivant, il était transporté à la rivière ou au lavoir. Les laveuses procédaient alors au savonnage, au
dégorgeage et au rinçage. Elles prenaient leur battoir, leur pain de savon, leur brosse de chiendent et leur boîte
ou selle à laver (carrosse) pleine de paille, munie d’une planche ou non, dans laquelle elles s’agenouillaient. Elles
tendaient le linge à bout de bras, le laissaient flotter dans l’eau froide, le frottaient et le pressaient sur la
selle avec la brosse. Elles le rinçaient en le tordant et en le frappant avec le battoir pour le débarrasser de
l’eau de lessive. Elles pouvaient aussi travailler debout, la selle posée sur des tréteaux.

Puis c’était l’azurage. On plongeait dans l’eau de chaque baquet de rinçage un sac de bleu contenant une poudre
bleue provenant de l’indigotier ou de l’outremer, pour rendre le linge encore plus blanc.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 777

Conformément aux préceptes de Diderot et d’Alembert, le linge était étendu à plat sur un pré, arrosé à plusieurs
reprises avec un arrosoir de jardinier et retourné deux ou trois fois sens dessus dessous. Pendant trois jours, le
soleil et l’eau achevaient « de lui donner un lustre et un blanc très parfait ».*
Lorsque le linge était étendu sur des cordes, en plein vent, il était fixé par des pinces à linge qui n’étaient, avant
les pinces à ressort, que de simples fourches de bois taillé ; si la corde fléchissait, on la relevait à l’aide de
perches en bois fourchues.
*ce procédé, effectif dans les Vosges, n’était pas effectué partout, notamment en Ille et Vilaine.
5 – « LA GRANDE LESSIVE » D’APRES L’ASSOCIATION LE MORVANDIAU - Dossier Mémoires Vivantes, Bulletin N°18, Le
Savoir Faire de nos grands parents, article « La Bue ou La Grande Lessive », en milieu agricole et rural :

Jadis, on procédait aux bues, que l’on appelait également les buées, et même les buis ou buies en Berry, en
Lyonnais et en Bourgogne.

« La grande lessive », comme on l’appelait également, était une cérémonie rituelle qui consistait à laver le linge (du
latin lineus = lin, le linge désignant au départ la toile de lin), deux fois par an dans le cuvier, un énorme baquet
appelé aussi le cuveau, le bugadier ou le bougadou dans certaines régions (dans le Sud Ouest). Faire la bue chez
nous désignait l’ensemble de l’opération qui se déroulait sur trois jours.

La grande lessive nécessitait beaucoup de temps et de peine, surtout pour les mères de famille. Les armoires
étaient bien garnies en linge, de quoi passer l’année sans encombre : c’est ce qui explique le volume de linge à
laver les jours de grande lessive.

► LES OPERATIONS PREPARATOIRES : tri et trempage


On commençait par trier le linge à blanchir en plusieurs catégories. On séparait le linge délicat du gros linge. On
pratiquait ensuite le trempage, en passant une première fois le linge dans un baquet pour faire tomber au fond les
matières peu adhérentes et solubles (poussières, boues).

► L’ESSOINGUAGE.
Ensuite, on l’emmenait dans le ru ou la rivière proche (ou encore le lavoir) pour l’essangeage ou l’essoinguage,
opération au cours de laquelle le linge était rincé dans l’eau claire et courante, rendue légèrement alcaline avec du
sel de soude. On ne frottait que les grosses taches en repliant la toile, sans savon. Un baquet se remplissait
pendant que l’autre se vidait. Ainsi, la crasse était dissoute dans l’eau froide alors que ses matières se seraient
coagulées dans l’eau bouillante. On faisait ainsi plusieurs navettes au ru. Le lendemain, c’était jour de bue, jour
de lessive.

Les hommes allaient chercher la brouette dans la remise, sur laquelle ils posaient un énorme baquet, le cuvier,
dans lequel les femmes avaient entassé les paires de draps de l’année (les linceux, comme on les appelait),
généralement brodés aux initiales de la mariée, les chemises, les bonnets de nuit, les blouses (les biaudes), bref,
tout ce qu’on a pu amasser tout au long de l’année. Ils installaient alors le cuvier sur un large trépied de bois percé
en son milieu.

Ce linge sale va passer ainsi, pendant trois jours, de l’enfer (passage dans le cuvier), au purgatoire (séance de
battoir au lavoir ou à la rivière), puis au paradis (séchage, repassage et blanchiment. Mais l’opération était
programmée comme dans une machine à laver moderne.

► LE COULAGE DANS LA BUE OU CUVIER : jour de l’enfer


Ensuite, on passait au lavage, appelé aussi le coulage ou la bugade, opération que nous allons détailler ci après.

Le grand cuvier de bois, cerclé de douelles comme un tonneau, a environ deux mètres de diamètre sur un peu
plus d’un demi de hauteur. On prend une poignée de glui (paille de seigle longue et non brisée) qu’on tord avant
de l’introduire en force dans un petit trou, le pissoir ou la coulotte, qui se trouve au fond et au milieu du
cuvier. Il sert de bouchon : le faisceau de glui dépasse en dessous d’une dizaine de centimètres. Puis on amène
des fagots de bouleau et une quantité de baquets pour faire chauffer l’eau dans des marmites accrochées à la
crémaillère de la cheminée. On aura mis également un peu de branchages au fond du cuvier pour faciliter
l’écoulement.

Dans le cuvier, un grand vieux drap en crin dur (généralement du chanvre), appelé le charrier, ou dans
certaines régions le flairé, va envelopper la lessive. On a préparé des lamelles de savon et des racines d’iris, du
fenouil ou de la lavande, pour la senteur que l’on va disposer entre chaque couche de linge sale. Après les
draps, on dépose le linge de corps et les vêtements, puis les vêtements de travail, le linge de maison, les nappes
et les serviettes, les torchons, jusqu’à ce que le cuvier soit plein.

Lorsque le linge est entièrement recouvert par le charrier, on dispose sur toute la surface dix à quinze
centimètres de cendre de bois, la charrée, qu’on a retiré de la cheminée ou de la cuisinière, puis on retourne les
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 778

bords du charrier sur le cuvier… Attention, la cendre doit provenir du châtaignier, du frêne, d’arbres fruitiers,
du charme, de l’orme, du peuplier ou du sapin : la cendre de chêne, comme toute celle de bois dur est à
proscrire car elle tache. Il fallait bien entendu préparer la cendre longtemps à l’avance.

On attise le feu et on continue à faire chauffer de l’eau pour le cuvier. On arrose la bue avec cette eau chaude,
lentement, sur toute la surface du charrier : c’est le coulage. Pour que la bue soit bonne, il faut mettre de l’eau
de plus en plus chaude. On arrive à recouvrir entièrement le charrier. L’eau s’écoule dans la coulotte au goutte à
goutte par le bouchon de glui et tombe dans un récipient placé en dessous, appelé la jarle. On appelait chez
nous ce liquide de récupération le lissieu, le lessi, ou plus simplement en patois morvandiau « l’chu ». La bue
est de nouveau arrosée avec l’chu récupéré par la coulotte et réchauffé jusqu’à ébullition. Le soir, on recouvrait
le cuvier avec un couvercle fabriqué en paille de seigle et en noisetier, appelé le fleuriot, ou une grosse
couverture, pour conserver la chaleur.

Les cendres lessivées étaient récupérées pour l’engrais du jardin.

► L’ESSORAGE ET LE SECHAGE : jours du purgatoire


puis du paradis

Puis venait le jour du purgatoire, avec l’essorage du


linge au dessus de la grande cuve suivi du dernier
rinçage en retournant au ru (au lavoir ou au crot). Ce
travail était extrêmement pénible et pouvait être assuré
par des lavandières.

Venait ensuite le jour du paradis quand on mettait le


linge à sécher :

- soit au grenier, aéré par des lucarnes, en mauvaise


saison, ce qu’on appelait le séchage couvert.

- soit devant le poêle ou la cheminée, autrement dit le


séchage à air chaud.

- soit au jardin sur un fil, ou directement étendu sur


l’herbe (ce qui présente l’avantage du blanchiment)
pour les grandes pièces telles que les draps, autrement dit
le séchage en plein air.

On s’étonne encore aujourd’hui de l’usage des cendres


dans la lessive autrefois. En fait, les cendres, mélangées à
la crasse du linge, produisent par réaction un savon
faisant office de détergent. La cendre fournit du
carbonate de potasse. Parfois, on y ajoutait des orties en La lessive au cuvier
décoction qui forçaient encore plus le blanchissage. Musée de la Vie Bourguignonne,
Perrin-de-Puycousin - Dijon
 LES CROYANCES.
La tradition, mais surtout les croyances maléfiques, voulaient qu’on évite de faire les lessives pendant certaines
périodes de l’année (tant pour les bues qu’aux lavoirs), variables selon les régions, mais surtout pendant la semaine
sainte. Ainsi on racontait que si on lavait ses draps pendant ces périodes, on lavait son propre linceul ! De même, il
était interdit de laver pendant une semaine dans les fontaines qui venaient de recevoir la bénédiction de purification
du curé. On disait également que les femmes qui venaient d’accoucher – qui relevaient de couches, comme on disait à
l’époque – et qui venaient laver leur linge, empêchaient celui ci de blanchir et faisaient aigrir l’eau du lavoir ou de
la fontaine !

La pratique de la bue a duré jusqu’à l’arrivée, à la première guerre mondiale, de la lessiveuse en métal à
champignon qui permettait de faire circuler l’eau chaude. La boule lui a succédé après la seconde guerre
mondiale, avant que la machine à laver moderne ne prenne le relais.

 LES LAVOIRS DU CANTON ET LES LAVANDIERES


En patois, les lavandiéres étaient appelées les «boyandines », d’où sans aucun doute l’origine du nom du lavoir de
Villiers Nonains situé sur la route de Pont-Riot, aujourd’hui malheureusement disparu, le « lavoir du Boyon » et peut
être du lieu-dit la Come au Boyau.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 779

 LE LAVOIR DU VILLAGE : UN LIEU DE VIE


Le lavoir est un espace public; un lieu de vie réservé aux
femmes comme le café du village l’est aux hommes.
C’est au XVIIIe siècle que l’on construit la première génération
de lavoirs dont l’architecture va s’améliorer avec la loi de 1851
sur l’hygiène. Il est souvent couvert et fermé pour protéger les
lavandières des intempéries.
Situé naturellement à proximité d’une source en eau, il est
généralement composé de plusieurs bassins : la fontaine, puis le
rinçoir (où on dégage le linge des restes de saleté et de savon),
le lavoir, et bien souvent l’abreuvoir en aval destiné aux
Le lavoir, lieu de vie et de solidarité –
animaux. L’aire de travail est souvent faite en pierres de taille
parfois de commérages
et l’accès est pavé.
Le lavoir était réputé pour être un lieu de médisance mais la
solidarité était présente, ne serait-ce que pour tordre le linge à
deux en sens inverse.

Les conditions de travail y étaient très pénibles : les mains des


femmes, plongées dans l’eau froide et parfois glacée l’hiver, en
ressortaient meurtries, gercées et crevassées. Elles faisaient une
grande consommation de la pommade en tube « snowfire ».

► LES USTENSILES DE LA LAVANDIERE

Le coffre ou l’agenouilloir et les battoirs–


Moulin de Kerouat (Bretagne)

Le savon de Marseille La brosse en chiendent


La brouette – L’Auvergne pittoresque

La selle à laver (Musée de la Blanchisserie à Les chevalets et de grandes planches à laver debout
Argenton sur Creuse(36)

Illustrations des outils extraites du site : [Link]


Chapitre XIII – L’Entretien du linge 780

La brouette : Il fallait faire trois voyages ou plus dans la journée (parfois plusieurs kilomètres pour aller au lavoir du
pays) pour pouvoir emmener les corbeilles de linge sale, le coffre, le battoir, parfois la planche à laver, et
naturellement le savon et la brosse. Et la brouette (la beurouette en patois morvandiau) n’était pas d’une grande
capacité.
Le coffre : on l’appelle aussi le cabasson, ou boîte à laver, souvent aussi le carrosse (ou parfois caisse, auget…).
Renforcé avec des chiffons ou de la paille, et calé au bord de la pierre à laver, il permettait à la lavandière de se
mettre à genoux.
Le battoir à linge : on l’appelle plus communément le tapoir, en patois morvandiau le tapoué. La lavandière mettait
le linge en boule et « tapait » dessus avec une grande énergie : elles tapoueillaient !
La planche à laver : on l’utilisait lorsqu’on lavait à la rivière ou à la fontaine : elle remplaçait la pierre à laver du
lavoir. La selle à laver combinait le coffre et la planche à laver (photo page 779).
Le chevalet : fabriqué en bois, il permettait de suspendre provisoirement le linge et de le faire égoutter.
Le savon : ce savon, qui va naturellement servir à décoller la crasse et à détacher le linge sale, n’est pas n’importe
lequel : le gros savon de Marseille, conditionné en forme de gros cube. Jadis, on pouvait également utiliser la
saponaire, appelée aussi herbe à foulon (dans certaines régions, les foulons piétinaient – foulaient au pied - la laine
dans des bassins), dont les racines ont particularité de faire de la mousse. On l’utilisait en décoction froide. La
saponaire est une plante à fleurs violacées qui pousse au printemps au bord de l’eau.
La brosse : c’est bien sûr la brosse à chiendent, faite pour qu’aucune tache ne lui résiste.

Femmes lavant le linge à la rivière


par Daniel Ridgway Knight, fin XIXème La lavandière par Daniel Ridgway Knight vers 1900

Sur ces deux tableaux, on distingue : le coffre à laver garni de paille où s’agenouillait la femme, la planche à laver sur plan
oblique, le battoir à linge (dit « la battoué » en Ille et Vilaine) pour frapper le linge sur la planche.

Les laveuses au bord de la Marne par A Moulins, lavandière au bord de l’Allier (carte postale).
Léon Augustin Lhermitte (1844- 1925) La planche posée sur un tréteau permet de laver debout.
On peut voir les brouettes à claires voies utilisées pour le transport du linge.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 781

6 - LA GRANDE LESSIVE D’AUTREFOIS AU XIXe SIECLE


d’ après [Link]
Fontaines- Fourche est une commune située près de Provins dans la Seine et Marne. Une Association dénommée
« Les Moulins de Fontaine-Fourches » a publié des articles sur les lessives d’autrefois, dont j’extrais quelques
passages, les plus précis sur ce thème que j’ai pu trouver.

LA GRANDE LESSIVE D'AUTREFOIS


A l’origine, la lessive se faisait avec les pieds : on foulait le linge. Le verbe “laver", en hiéroglyphes égyptiens, est
représenté par deux pieds dans l’eau. C’est également avec les pieds que les foulons romains détergeaient le suint
(matière grasse animale attachée à la laine des moutons).
Mais la grande affaire de nos proches ancêtres, était LA LESSIVE A LA CENDRE que l'on pratiquait dans tous les
villages et les petites villes, deux fois l'an, au printemps avant les Rameaux, et à l’automne vers la Toussaint, selon
les régions. C’était un événement important de la vie communautaire, un acte social qui rassemblait les femmes et
donnait lieu à une vraie fête, avec repas, chants et danses qui faisaient oublier la fatigue.

► FAIRE LA BUEE [bue, bues, buées, bui(e)s), bugée ou bughée en Poitou-Charente], avec de l'eau portée à
ébullition donc, désignait l’ensemble de l’opération qui à l’extérieur ou dans une pièce spécialement préparée
(chambre à four, fournil, atelier, appentis ou coin de grange), se déroulait sur trois ou quatre jours, voire une
semaine, suivant le volume de linge à laver : une grande buée comptait en moyenne 70 draps, autant de chemises,
et des dizaines de torchons et de mouchoirs.

ère
La lessive à la buée sous Louis XIII – Tableau de la 1 moitié du XVIIe siècle, Musée de Montpellier

► LES GRANDES OPERATIONS DE LA BUEE


Le tri se pratiquait dans les foyers : d’un côté le linge blanc, et de l’autre, les lainages et le linge fin. Le blanc lui-même
était trié, car sa place dans le cuvier était conditionnée par sa finesse et son degré de saleté.
1) LE TREMPAGE [échangeage, essangeage, essoinguage ou échange], correspondait au prélavage.
Dans un baquet, à la maison, ou au lavoir (à la fontaine, au bord de la rivière, du ru, de l'étang ou de la mare),
l'opération consistait à décrasser à l'eau, sommairement, pour en faire tomber les matières peu adhérentes et
solubles (poussières, boues), le linge que l'on avait amassé, voituré en ballots ou brouetté. Ainsi, la crasse était-elle
dissoute dans l’eau froide alors que les matières qui la constituaient auraient coagulé dans l’eau bouillante. Les
saletés ou "sanies" les plus tenaces étaient frottées à la brosse sur une planche à laver striée.
2) LE LESSIVAGE. Il s'opérait en 2 temps :
21 - L’ENCUVAGE
Le grand cuvier (cuveau, bugadier ou bougadou dans le Sud-Ouest, biré ou biri en Bourgogne du sud) en bois
cerclé de douelles comme un tonneau (il est parfois en terre cuite et s'appelle la ponne - en tôle zinguée au début du
xxème siècle), pouvant atteindre 1,20 m à 2 m de diamètre sur un peu plus d’un demi-mètre de hauteur et
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 782

contenir jusqu’à 400 litres d’eau, était sorti (ou loué) chez le tonnelier (après avoir été rempli d'eau un mois
avant pour faire gonfler le bois) et posé sur un trépied (en bois ou en métal).
Si le cuvier disposait d'un trou de vidange au fond, (vide-lessive, pissette, pisserotte, pissoir), on le bouchait avec
une poignée de glui (paille de seigle longue et non brisée) ou de paille de blé, qu’on tordait avant de l’introduire en
force ; dépassait alors un faisceau d’une dizaine de centimètres qui servait de bouchon filtrant ; le jus de lessive (le
lissieu, le lessi) recueilli goutte à goutte tombait sous le trépied dans un bac de récupération, la jalle, (ou jarle) ou
tinotte où on le puisait pour le réchauffer en permanence, dans la marmite, jadis accrochée à la crémaillère de la
cheminée, ou, plus récemment, sur le fourneau situé à proximité, lequel servait aussi à cuire la nourriture des
animaux. Dans bien des maisons, la place étant comptée, la cuisine pouvait avoir été débarrassée de ses meubles et
transformée en buanderie.

Pour que la goulotte soit inclinée vers la Simplication : on verse l’eau


chaudière, il fallait que le fond du cuvier soit chaude dans le cuvier par la
plus haut que le rebord de la chaudière. mesure à long manche et l’eau
revient toute seule vers la
chaudière par la goulotte inclinée.

La lessive à la buée améliorée en Seine et Marne vers 1900 : la pente de la goulotte évite la corvée du seau placé sous le cuvier.
Il suffisait de surélever le fond de la cuve par rapport au rebord supérieur de la chaudière.
Ainsi par gravité, l’eau revenait automatiquement à la chaudière par la goulotte ou coulotte.

On mettait des branchages au fond du cuvier pour maintenir un écart entre le linge et la goulotte et faciliter
l’écoulement futur de l'eau. Puis on disposait dans le cuvier, un grand vieux drap (généralement une grosse toile de
chanvre), appelé charrier (cendrier ou, encore, flairé), pour envelopper la lessive : il servirait de filtre pour retenir les
cendres et ne laisserait passer que le produit lessiviel bouillant, lors du coulage à chaud. On déposait, après les draps
(les linceux), généralement brodés aux initiales de la mariée, le linge de corps et les vêtements (chemises, bonnets
de nuit), puis les vêtements de travail, les blouses (bliauts, biauds ou biaudes), le linge de maison, les nappes et les
serviettes, les torchons, jusqu’à ce que le cuvier soit plein ; des lamelles de savon et des racines d’iris (du fenouil ou
de la lavande), étaient disposées entre chaque couche pour parfumer le linge. Pour ne pas laisser la lessive s’écouler
sans traverser les tissus, les petites pièces étaient placées au fond*, avant les plus grosses et tout le linge qu’on avait
amassé était tassé au maximum.
* dans d’autres témoignages, on a vu le contraire : les draps étaient placés au fond avant les plus petites.

Lorsque le linge recouvrait entièrement le charrier, on disposait, sur toute la surface, la charrée, soit dix à quinze
centimètres de cendres qu’on avait retirées de la cheminée ou de la cuisinière et tamisées soigneusement, pour en
éliminer les morceaux noirs de charbon de bois ; longtemps préparée à l’avance, elles provenaient d’arbres fruitiers,
de châtaigniers*, de frênes, de charmes, d'ormes, de peupliers ou de sapins : étaient proscrites les cendres de chêne,
qui tachent, comme celles de tout bois dur. Puis on ramenait les coins du charrier sur les cendres.
*« Châtaignier... : (ce) mot évoque une des deux maximes pratiques qui ont régi mon enfance : « ne mange pas la bouche ouverte,
et ne jette jamais dans la cendre les épluchures de châtaigne ! » C'est que la cendre, fine mouture, était promise à la lessive. Où
vous-a-t-on élevés pour que vous ignoriez qu'une pelure de châtaigne, un brandon de chêne mal carbonisé, peuvent tacher toute
une lessive ? » (Colette : Prisons et Paradis, p. 110).

Si le cuvier avait une bonde, on y enfonçait soit une cannelle reliée à une gouttière (ou coulotte), soit un drain en
bois de sureau ou un tuyau, qu'on inclinait vers la casse de la chaudière (ou cassin - en fonte à la fin du XIXème
siècle), contenant l'eau en train de chauffer à laquelle le jus de lessive, ainsi canalisé, se mêlerait directement.
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 783

Dans le Berry,
la mesure est
remplacée par
le puisard, petit
seau moins large
et plus profond.
Sa forme limite
les risques de
renversement.
d’eau chaude.
La
goulotte

La lessive à la buée en Berry dans la cour de la ferme. Même technique améliorée qu’en Seine et Marne.
On voit bien que le niveau du bas du cuvier est plus haut que celui du haut de la chaudière, ce qui permet au liquide
lessiviel du cuvier de revenir automatiquement à la chaudière par la goulotte.
22 - LE COULAGE ( OU ECHAUDAGE OU ”BUGADE”)
Pour que la bue fût bonne, la première coulée se faisait avec de l'eau chaude, surtout pas bouillante pour ne pas
cuire la saleté ; puis on faisait, lentement, couler l'eau (une soixantaine de litres environ), de plus en plus chaude,
puis bouillante sur la charrée. La solution alcaline qui résultait de la macération des cendres végétales dans l'eau
agissait comme lessive. Parfois, on y ajoutait des orties en décoction qui forçaient plus encore le blanchissage.

Le charrier finissait par être complètement recouvert et l’eau nettoyait lentement le linge qu'elle traversait ; puis,
par la goulotte, elle retournait à la casse où elle chauffait de nouveau ; on la puisait (ou la "puchait") à l’aide du
coule-lessive, (puisard ou puisette, sorte de godet ou de louche, en cuivre parfois, pourvu d’un long manche), puis
on la réchauffait jusqu’à ébullition et reversait, toujours avec la puisette, au sommet du cuvier sur le charrier.

On recommençait l’opération de transvasement pendant des


heures, jusqu'à ce que la maîtresse de maison estimât que le
linge devait être propre. Il était alors retiré brûlant du cuvier
avec une pince en bois à longues branches ou un bâton fourchu
et mis à égoutter sur des tréteaux. On ne prétendait pas, en
procédant ainsi, avoir éliminé la saleté ; mais, répandue sur
l’ensemble du linge elle était rendue soluble par les cendres, et
plus vite éliminée dans l’eau de la rivière.

Si l'ouvrage n'était pas achevé quand tombait le soir, la


laveuse, pour conserver la chaleur et retenir dans le linge la
vapeur active, couvrait le cuvier avec des sacs à grains, ou avec
un couvercle fabriqué en paille de seigle et en noisetier, appelé
le fleuriot, ou une grosse couverture. Après avoir macéré toute
la nuit, le linge était dépoté le lendemain.

Les cendres lessivées étaient récupérées au jardin (mélange de


carbonate de potassium et de chlorure de potassium, la potasse
est utilisée comme engrais et le bicarbonate de potassium est
aussi un fongicide.
Le coulage à chaud à l'intérieur de la maison ►
Chapitre XIII – L’Entretien du linge 784

3) LE RINÇAGE ET LE BATTAGE DU LINGE sur les bords de la rivière ou au lavoir


L’opération du "retirage" (le troisième jour de la
bue en général) était le fruit d’un effort harassant
qui durait toute une journée : les lavandières
transportaient le " butin " mouillé soit sur une
brouette, dans des sacs de grosse toile ou des
paniers d’osier, soit dans une hotte portée à dos.
Les laveuses procédaient alors au dégorgeage à
l’eau courante, à l'aide d’un battoir en charme ou
en châtaignier, ou mieux, à l’aide d’une brosse de
chiendent, le “chient”, au rinçage, agenouillées
dans leur boîte à laver (ou carrosse ou cabasson -
un coffre en bois de sapin) garnie de chiffons ou de
coussins de paille, qui servaient de protection,
munie d’une planche ou non. Elles tendaient le
linge à bout de bras, le laissaient flotter dans l’eau
froide, le frottaient et le pressaient sur la selle avec
la brosse, le rinçaient en le tordant et en le
frappant avec le battoir pour le débarrasser de
l’eau ou de l’eau de lessive.
Elles pouvaient aussi travailler debout, la selle
posée sur des tréteaux. Une lavandière dans le centre de la France
en train de battre le linge pour le rincer

31 - L’AZURAGE : on plongeait dans l’eau de chaque


baquet de rinçage un sac de bleu contenant une
poudre bleue provenant de l’indigotier ou de
l’outremer, pour rendre le linge encore plus blanc.

Boules de bleu Neptune et sachet de bleu Reckitt►

4) LE BLANCHISSAGE :
Tout aussi éreintant que la précédente, l’opération consistait à étendre le linge au soleil, en plein champ, et à lui
faire subir une série de manipulations pouvant durer 2 à 3 jours. Conformément aux préceptes de Diderot et
d’Alembert, le linge était étendu à plat sur un pré, arrosé à plusieurs reprises avec un arrosoir de jardinier et retourné
deux ou trois fois sens dessus dessous. Pendant trois jours, le soleil et l’eau achevaient « de lui donner un lustre et un
blanc très parfait ».
5) LE SECHAGE
- ouvert : le linge était mis à sécher au grenier, aéré par des lucarnes, en mauvaise saison.
- à air chaud, devant le poêle ou la cheminée.
- en plein air, directement étendu sur l’herbe (ce qui présente l’avantage du blanchiment) pour les grandes pièces
telles que les draps ou étendu sur des cordes, en plein vent, fixé par des pinces à linge qui n’étaient, avant les pinces
à ressort, que de simples fourches de bois taillé ; et si la corde fléchissait, on la relevait à l’aide de perches en bois
fourchues.
L'expression "pendre le linge", utilisée autrefois, a été supplantée par celle, plus logique, "d'étendre le linge" et le
terme "étendoir", remplacé par "séchoir", bien que ce dernier désigne plus souvent un système mécanisé de séchage
(par une source artificielle de chaleur et/ou d'aération).
Cette méthode de lavage, plus ou moins perfectionnée au cours du temps, fut pratiquée jusqu’après la première
guerre mondiale : le linge sale passant ainsi, en plusieurs jours, de l’enfer (passage dans le cuvier) au purgatoire
(séance de battoir au lavoir ou à la rivière), puis au paradis (rinçage, séchage, repassage et blanchiment).

Conclusion. Malgré des répétitions entre les deux derniers articles provinciaux qui peuvent nous interpeller sur la
source de la version originale, il se confirme qu’indépendamment de quelques différences de vocabulaire ou de
technique, la grande lessive au cuvier plus les séances de prélavage et de rinçage au lavoir ou à la rivière ont
représenté des journées harassantes pour des générations de femmes qui nous ont précédés, notamment jusqu’à la
guerre 1914/1918.

***
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 785

Lavoirs en
7 ʹ IMAGES DE PRELAVAGE ET DE RINÇAGE DU LINGE A LA RIVIERE OU AU LAVOIR
extraites du site [Link]/.../[Link]?option=com

Lavandières bretonnes au travail sur le ruisseau qui traverse le village. A l'arrière plan, la palissade sert d'étendoir.

Vers 1910, jour de grande affluence au lavoir communal de Concarneau en Bretagne.


Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 786

Les lavandières devaient parfois effectuer de longs et exténuants trajets car la source pour remplir le bassin se trouvait
à l'extérieur du Village - Ci-dessus, vers 1900, le lavoir de Nérac en Lot et Garonne.

Couvert par une armature métallique début XX° siècle, ce lavoir de style Belle Epoque remarquable possède
deux grands bacs à hauteur de travail : Lavoir municipal de Vendres, petit village de l'Hérault.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 787

Ancien lavoir restauré de Saint Domineuc, près de dŝŶƚĠŶŝĂĐ;ϯϱͿ͕ƐƵƌůĞĐĂŶĂůĚ͛/ůůĞĞƚZĂŶĐĞ

ŶĐŝĞŶůĂǀŽŝƌĚĞŽƵĂƌŶĞŶĞnj͕ĚĂŶƐůĞƋƵĂƌƚŝĞƌWůŽŵĂƌĐ͛Ś͕ĂǀĞĐƐĂĨŽŶƚĂŝŶĞ et un bac de rinçage


Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 788

8 - EN ISERE, QUAND ET COMMENT LAVAIT-ON LE LINGE AU SIECLE DERNIER ?


Ź Selon le témoignage de Mme COTTE
« Autrefois, on faisait la grande lessive (les draps) deux fois par an.
- Le premier jour on met le linge à tremper dans l'eau froide.
- Le deuxième jour on remplit la chaudière d'eau et on fait le feu pour chauffer l'eau pour pouvoir laver à la main
et savonner le linge à l'eau chaude. Quand tout le linge blanc est savonné et entreposé dans les corbeilles, on
prépare le cuvier : on met des sarments au fond, puis un drap qui ne sert que pour ça, on met des cendres de bois
et on rabat le drap. On fait bouillir l'eau dans la chaudière. Quand elle bout, avec le puisoir, on en met sur les
cendres (ce qui s'appelle faire le lessif ). Le liquide s'écoule dans une lessiveuse.
- Le troisième jour, on met le lessif dans la chaudière et on fait chauffer. Auparavant, on aura mis le linge
savonné dans le cuvier, sur le drap replié, d'abord les draps, puis le petit linge : torchons, mouchoirs, sous-
vêtements (tous en coton). Ensuite on commence à verser le lessif tiède sur le linge et avec le puisoir, on arrose.
Le liquide s'écoule dans la lessiveuse, on le remet à chauffer dans la chaudière et on verse de plus en plus chaud sur
le linge. Cela s'appelle "Faire couler la lessive". On fait le feu sous la chaudière toute la journée.
- Le quatrième jour, on sort le linge du cuvier, on le met dans des corbeilles et on va rincer au lavoir ».
Fin de citation

Madame COTTE précise bien la progression du travail entre le premier et le quatrième jour :
Jour 1 : trempage - Jour 2 : prélavage et préparation du « lessif »* - Jour 3 : coulage - Jour 4 : rinçage.
EĚ͛/ƌğŶĞ : ce témoignage présente une méthode originale, peu répandue semble-t-il : la préparation préalable du
lessif, la veille du coulage de la lessive. >͛ĞĂƵĚĞƉƌĠůĂǀĂŐĞŵĂŶƵĞůĚƵůŝŶŐĞďůĂŶĐĞƐƚƚƌĂŶƐǀĂƐĠĞĚĂŶƐůĞĐƵǀŝĞƌ͘
Celui-ci a reçu les sarments et la toile usagée qui renferme les cendres. On porte ů͛ĞĂƵ ă ĠďƵůůŝƚŝŽŶ ĞŶ ǀƵĞ ĚĞ ůĂ
verser (sans doute une seule fois) sur les cendres pour obtenir le lessif ou lessive.

Ź 6HORQO·DUWLFOHGH'DQLHO5RX[ ([Link]/www/[Link])

« Comme on ne faisait que deux grandes lessives par an, au printemps et à l'automne, c'est au grenier,
étendu sur des cordes, que le linge SALE attendait la solennelle « büye ».
Après avoir, chez soi, frotté et décrassé le linge, soit à la cendre de bois dans un cuvier, soit à l'aide de cristaux de
soude, de savon et d'une lessiveuse, on partait au lavoir pour le rinçage. Les lavoirs, tous situés en contrebas, près
de l'Isère ou du Merdaret*, bénéficiaient d'une eau abondante, limpide et courante.* le Merdaret est un petit ruisseau
de près de 5 km ĚĞůĂĐŽŵŵƵŶĞĚ͛LJnjŝŶ-Pinet, qui se jette dans la Gère, laquelle rejoint le Rhône, à hauteur de Vienne.

En charrette à bras, charreton, brouette ou, pour les jeunes femmes italiennes, dans une cuvette en équilibre sur
la tête (ce qui faisait l'admiration de tous), le linge fumant venait faire sa cure de jouvence.

Le linge de couleur était frotté au savon, le blanc secoué, frappé, tapé à l'aide d'un battoir, la mousse vivait ses
derniers instants. Pour les grosses lessives, un petit répit, agrémenté d'une collation, réunissait, dans le pré voisin,
toutes ces dames et enfants, venus après l'école rejoindre leurs mamans.

Parfois, un passant s'arrêtait, bavardait ou comptait fleurette et repartait, tout heureux de ce petit entracte dans sa
journée de travail. Puis, le linge, propre et blanc, pouvait reprendre le chemin de la maison.

C'est alors que les choses se compliquaient. Sur les chemins montants et malaisés, que de forces à déployer pour
gravir l'étape! L'aide du fils, du mari ou du grand-père était la bienvenue. Les uns tirant, les autres poussant, on
arrivait enfin à bon port.

La " cérémonie " de la lessive se terminait par l'étendage du linge. Flottants au vent sur des cordeaux accrochés
aux arbres du verger ou étendus sur une herbe rase propre et verte, les draps blanchissaient au soleil ».
Fin de citation

Remarque Ě͛/ƌğŶĞ ͗  ͛ĂƉƌğƐ ůĞ ƚŝƚƌĞ ĚĞ ů͛ĂƌƚŝĐůĞ͕ ŽŶ ƉĞƵƚ ƐƵƉƉŽƐĞƌ ƋƵĞ ĐĞƐ ĐŽŵŵĞŶƚĂŝƌĞƐ ĐŽŶĐĞƌŶĞŶƚ ůĂ ƉƌĞŵŝğƌĞ
ŵŽŝƚŝĠĚƵyyğŵĞƐŝğĐůĞ͘>͛ĞŵƉůŽŝĚ͛ƵŶĞůĞƐƐŝǀĞƵƐĞƉŽƵƌƌĞĐƵĞŝůůŝƌů͛ĞĂƵƐ͛ĠĐŽƵůĂŶƚĚƵĐƵǀŝĞƌůĞĐŽŶĨŝƌŵĞ͘ĞůĂĨƵƚƵŶĞ
période transitoire sans doute plus longue dans les régions montaŐŶĞƵƐĞƐ ĚŝĨĨŝĐŝůĞƐ Ě͛ĂĐĐğƐ͘ ĂŶƐ ůĂ ƉůƵƉĂƌƚ ĚĞƐ
ƌĠŐŝŽŶƐ͕ĂƉƌğƐϭϵϮϬ͕ůĂĐŽŵŵĞƌĐŝĂůŝƐĂƚŝŽŶĚĞƐĐƌŝƐƚĂƵdžĚĞƐŽƵĚĞŐĠŶĠƌĂůŝƐĂů͛ĞŵƉůŽŝĚĞůĂĐŚĂƵĚŝğƌĞƋƵŝƌĞŵƉůĂĕĂůĞ
ĐƵǀŝĞƌ͘WƵŝƐĐĞĨƵƚů͛ğƌĞĚĞůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞ͘
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 789

Ź Voyons maintenant quelques lavoirs en Isère :

Ancien
Lavoir de Rencurel
(Isère)

>͛ĞĂƵƐŽƌƚ
du rocher.

Ancien lavoir
de Champ
sur Drac

(Isère)

Au centre du village

Ancien lavoir de Sassenage en bordure du Furon


Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 790

Lavoir

Fontaine

de

Noyaray

Isère

Voûte en pierre

sƵĞĚ͛ĞŶƐĞŵďůĞ

Ancien lavoir de

St Bonnet en Champsaur

avec vue sur la vallée du Drac.

Monument historique.

>ĞƉŝůŝĞƌĚĞů͛ĂŶŐůĞƐƵĚ-est

porte gravée la date de 1899.

Il est situé route de la Corniche

Ŷ ƐĞƉƚĞŵďƌĞ ϮϬϭϯ͕ ůĞ ĚĠƉĂƌƚĞŵĞŶƚ ĚĞ ů͛/ƐğƌĞ ĐŽŵƉƚĞ ϰϭ ůĂǀŽŝƌƐ͘ WŽƵƌ ƉůƵƐ ĚĞ ĚĠƚĂŝůƐ ǀŽŝƌ :
[Link] Un but de promenade peut-ġƚƌĞƵŶũŽƵƌĞƚƵŶĞŽĐĐĂƐŝŽŶĚĞƉƌĞŶĚƌĞĚĞƐƉŚŽƚŽƐ͙
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 791

9 - EN PROVENCE, ͛d/dͨ LA BUGADO »


Ż

$XWUHIRLVGHX[IRLVO¶DQF¶pWDLW© la bugado » :
Quel tintouin, mes amis, et quel remue-ménage !
'qVO¶DXEHGXOXQGLWRXWG¶DERUGOHWUHPSDJH
'DQVO¶HDXDGGLWLRQQpHGHVRXGHHQJURVFULVWDX[

Un rinçage abondant ; et puis on préparait


/HFXYLHUWDSLVVpG¶XQGUDSRXG¶XQWLVVX
On y mettait le linge, un autre drap dessus
2O¶RQSODoDLWOHVYLHLOOHVFHQGUHVGXIR\HU

6XUO¶HQVHPEOHRQYHUVDLWDORUVGHO¶HDXERXLOODQWH
Qui coulait dans un seau placé sous un trépied ;
Ca durait une nuit où tous se relayaient :
'HO¶HDXHQFRUGHO¶HDXGDQVGHVYDSHXUVDUGHQWHV«

On empilait le linge en tas sur la brouette


Pour aller le rincer plus loin à la rivière
2XDXODYRLUVHORQ«(WOjOHVODYDQGLqUHV
Frottaient encore un coup torchons et serviettes,

&DPLVROHVMXSRQV«5LQoDJHVDERQGDQWV
(QFRUXQHWSXLVGHX[«(QVXLWHO¶HVVRUDJH«
/¶pWHQGDJHVXUO¶KHUEH«HWODILQGHO¶RXYUDJH !.
Poème publié par Vette de Fonclar La bugado dans la cour en Provence
dans « A la maison, Chez nous »
WŽƵƌ ǀŽƵƐ ƉƌĠƐĞŶƚĞƌ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ƌĞŶƐĞŝŐŶĞŵĞŶƚƐ ƉƌĠĐŝƐ ƐƵƌ ůĂ grande lessive ou bugade en Provence, je cite une
nouvelle fois, Nadine de Trans en Provence dans son site [Link]

La bugado, c'est ainsi qu'on appelait la grande lessive qui se faisait deux fois par an, au
printemps dès les premiers beaux jours et à l'automne après les travaux des champs. Bien sûr, il y avait la petite
lessive de tous les jours, le linge des enfants, les coiffes et les fichus de mousseline et de tulle brodé, les belles
dentelles de Malines ou de Valenciennes. Tout cela on le lavait doucement au savon de Marseille, c'était un
bugadon. Quant aux cotons imprimés, aux indiennes et à toutes les toiles de couleur, on les lavait dans une infusion
de racines de saponaire, cette plante qui pousse partout dans les collines de Provence. Pour laver les tissus noirs, les
tissus de deuil, on ajoutait à la saponaire des feuilles de lierre et de noyer.
Mais les rudes chemises de jour et de nuit, les mouchoirs, les draps et les nappes, tout ce linge blanc de lin, de
chanvre et de coton, qu'on ne changeait pas aussi souvent qu'aujourd'hui, donnait lieu à un rituel immuable qui se
passait toujours dans le secret de la nuit. La veille, on l'avait mis à tremper,toute la journée et toute la nuit, dans de
l'eau claire et froide avec quelques cristaux de soude. Puis il fallait le rincer une première fois. Vers le soir, on
préparait le tinèu, le cuvier, vaste cuve de bois cerclée de fer et posée sur un trépied. Tout au fond était un trou pour
laisser couler l'eau. Afin que le linge ne bouche pas ce trou, on plaçait devant un bouquet de thym protégé par un
morceau de tuile cassée. Et, pour que le bois du cuvier ne tache pas le linge, on y étalait un grand drap de toile grise
et grossière qu'on appelait le florier. Puis on entassait le linge en commençant par le plus sale. On le recouvrait d'un
second florier plus petit et plus fin, sur lequel on répandait une couche de cendres de bois tamisées. Maintenant il
fallait attendre que la nuit tombe, comme si l'ombre était nécessaire pour protéger les mystères de cette opération
magique. Toutes les femmes de la maison étaient rassemblées et elles "coulaient la lessive". Elles avaient fait
chauffer de l'eau qu'elles versaient sur les cendres, tiède au début, puis de plus en plus chaude. L'eau entraînait la
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 792

potasse contenue dans les cendres et formait le léissiu, qui s'écoulait dans un seau posé au pied du cuvier. On
réchauffait ce liquide et on le versait à nouveau. Et encore et encore. Et on coulait ainsi la lessive toute la nuit. C'est
la grand-mère qui commençait, relevée par sa fille. Quand celle-ci, épuisée, au matin allait prendre un peu de repos,
la grand-mère se remettait à la tache. Les dames qui en avaient les moyens ne coulaient pas elles-mêmes leur
lessive. Elles "faisaient laver" par la bugadière professionnelle, qui assurait seule la tache toute la nuit. Enfin le
léissiu prenait une couleur de café au lait, et tout était fini.

Alors on chargeait le linge dans une brouette et on allait le rincer au lavoir ou à la rivière. Le lavoir était le lieu
privilégié où toutes les femmes se retrouvaient entre elles pour commenter la vie du village. Les genoux dans une
caisse garnie de paille, armées d'un savon, d'une brosse en chiendent et d'un battoir de noyer, celui-là même que
leur fiancé leur avait offert à la veille de leurs noces, les bugadières insistaient sur les dernières traces qui
marquaient encore le linge et le rinçaient à grande eau. Tout cela se faisait dans les cris et les rires. L'été, elles
portaient une grande coiffe à bavolet pour se protéger du soleil, mais à l'automne, l'eau étaient parfois bien froide
lorsque les manches relevées, elles plongeaient les bras dans l'eau jusqu'aux coudes.

Enfin, à deux, elles tordaient le linge, l'essoraient et l'étendaient dans les prés, sur les buissons ou sur des cordes
courant d'arbre en arbre sur les places des villages.

Scène provençale Ě͛ĞƐƐŽƌĂŐĞdu linge avant séchage.


Source : Couleurs de Provence, Miche Biehn, Flammarion
Sur le blog de Garibondy : [Link] la bugado un peu différente est
également intéressante. Voici ĐĞƋƵ͛ŝůƌĂƉƉŽƌƚĞ͘
« ĄIJħĬIJįġrĥIJĦ ĠrĢİı la bugado. Si le petit linge était lavé fréquemment, la bugade était la grande lessive faite
ıįĞġĦıĦĬīīĢĩĩĢĪĢīı ġĢIJĵ ģĬĦİ ĭĞį Ğī IJīĢ ģĬĦİ Ƃ ĩĞ ģĦī ġĢ ĩrautomne, avant Noël et une seconde fois, un peu avant
Pâques.
Ce travail pénible , surtout en hiver, se déroulait sur trois jours :
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 793

Le premier jour, le linge ƋıĞĦı ġrĞğĬįġ ĭįƋĩĞijƋ : les


bugadières à genoux dans des caisses garnies de paille,
battaient le linge le plus sale pour le laver grossièrement
au savon de Marseille. Le linge le moins sale était
mouillé.

Puis dans une grande cuve (tinèu, bugadoun) en bois ou


en zinc, on entassait le linge suivant un ordre précis :
draps de lin au fond, chemises et linge de corps plus fin
sur le dessus (uniquement du linge blanc). Le tout était
įĢĠĬIJijĢįıġrIJīıĦİİIJġĢĭįĬıĢĠıĦĬī(flourié) sur lequel des
cendres tamisées étaient déposées. on versait ensuite sur
ĩĢıĬIJıġĢĩrĢĞIJġĢĭĩIJİĢīĭĩIJİĠĥĞIJġĢĮIJĦįĢİİĬįıĞĦıĭĞį
un trou, au fond de la cuve. Celle-ci était de nouveau
réchauffée et versée à plusieurs reprises sur le linge et les
cendres.

Ÿ
ďrĦĪĞĤĢġIJġĢİİIJİīĢĪĬīıįĢĭĞİIJīĢŒ grande cuve ŞĪĞĦİIJīĢĭĢıĦıĢğĞİİĦīĢĤĞĩijĞīĦİƋĢƂĩrĦīıƋįĦĢIJįĠĥĞIJģģƋĢİIJįIJīĭĬƌĩĢƂ
ğĬĦİĭįĬğĞğĩĢĪĢīıĩĬįİġrIJīĢįĢĠĬīİıĦıIJıĦĬīĆĢĤĢīįĢġĢğĞİİĦīĢġĢİıĦīƋĢĞIJĵĭĢıĦıĢİĮIJĞīıĦıƋİġĢĩĦīĤĢĞƋıƋIJıĦĩĦİƋĢĩĬīĤtemps
ġĞīİ ĩĢİģĞĪĦĩĩĢİ Ƃ ĩrĢĵıƋįĦĢIJį ĬIJ ġĞīİ ĩĢİ ĠIJĦİĦīĢİ İIJįĩĞ ĠIJĦİĦīĦƊįĢ ĞĭįƊİ ĩĞ ġĦİĭĞįĦıĦĬī ġIJ ĠIJijĦĢį ħIJİĮIJrĞIJĵ ĞīīƋĢİ ,
ĮIJĞīġĩĞĩĢİİĦijĢIJİĢīrƋıĞĦıĭĞİIJıĦĩĦİƋĢēĬIJįĩĢİĤįĬİİĢİĮIJĞīıĦıƋİġĢĩĦīĤĢĦĩģĞĩĩĞĦıIJıĦĩĦİĢįIJīĢĤįĬİİĢĠĥĞIJġĦƊįĢĢīģĬnte située
dehors ou dans les buanderies des grandes maisons bourgeoises et des immeubles collectifs.
Le « lessif », passant au travers du linge, enlevait la saleté. Il était récupéré dans un récipient sous le trou en partie
bouché par un morceau de tissu pour éviter que le liquide coule trop fort. Au fur et à mesure, le lessif se chargeait
des souillures du linge. Il est étonnant de voir à quel point ce liquide est doux au toucher *: un véritable adoucissant
naturel. On laissait ensuite le linge refroidir.
*E Ě͛/ƌğŶĞ : c͛ĞƐƚ ƚŽƵũŽƵƌƐ ǀƌĂŝ ƉŽƵƌ ů͛ĞĂƵ ĚĞ ůĞƐƐŝǀĞ ƐŽƌƚĂŶƚ Ě͛ƵŶĞ ŵĂĐŚŝŶĞ ă ůĂǀĞƌ͘ Ses propriétés lavantes sont
étonnantes. Mémé Maria récupérait souvent cette eau pour des nettoyages difficiles. Il suffit de tirer le tuyau de vidange au
début du rinçage et de le tenir solidement dans un bac ou dans un seau le temps nécessaire.
Le lendemain, on procédait au rinçage. Les bassines de linge chargées sur des charrettes, étaient menées au lavoir
ĬIJƂĩĞįĦijĦƊįĢĭĬIJįĮIJĢĩĢĩĦīĤĢİĬĦıįĦīĠƋƂĩrĢĞIJģįĬĦde, battu (basselé) puis essoré à la main.

Les draps et les chemises étaient


ensuite mis à sécher, étalés sur des
buissons, dans les prés, sur des
tréteaux ou les galets des rivières.
Le linge une fois sec, était repassé,
plié et rangé dans les armoires
tapissées de tissus de protection (le
bois jaunit le linge) et parfumé de Sachet et fuseau
sachets et fuseaux de lavande de lavande

ćIJįĞīıĩĞĖĢĪĞĦīĢĖĞĦīıĢĩĞĪĞĦİĬīƋıĞĦıįƋĠIJįƋĢġIJİĬĩĞIJĭĩĞģĬīġĪĞĦİĦĩīrƋıĞĦıĭĞİġĢĪĦİĢġĢģĞĦįĢĩĞ lessive
cette semaine là pour ne pas attirer le malheur sur le foyer ». Fin de citation
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 794

Enfin, pour terminer cet aperçu sur les anciennes lessives en Provence, je vous propose un petit article de J.
Larguier paru dans : [Link] qui témoigne de son vécu avec sa grand-mère en
Provence :
« Quelques années avant la guerre de 40, je n'étais pas bien grand, mais j'ai souvenir que ma mère, mes tantes et
ma grand-mère faisaient "la bugade" deux fois l'an, au printemps et à l'automne.
Il faut dire que dans mon village il n'y avait pas l'eau au robinet, quelques rares fontaines coulaient par ci par
là et qu'un seul lavoir ne contenait pas toutes les "bugado".
C'est pourquoi ma grand-mère allait laver au ruisseau de Grisole ou de Maufatan, suivant la saison. On
partait au point du jour sur le "carretoun" tiré par Coquet, le petit cheval de ma mémé, pour se rendre sur place
avec des bassines remplies de linge sale.
Les "bugadières" à genoux dans des caisses faites exprès, bourrées de paille, battoirs en main, faisaient
sortir le plus gros du linge le plus sale au savon de Marseille, et mouillaient le moins sale : on appellerait ça
aujourd'hui un "prélavage". On remettait sur le "carretoun" les bassines de linge mouillé et on rentrait à la
maison.
On commençait à faire chauffer de l'eau dans le "peirroù" sur le feu de bois dans la cheminée. Pas très loin, le
"tinèu" qui avait un trou en bas sur le côté du cylindre, était d'abord rempli avec les draps de lit en toile de lin, les
chemises des dames rêches et raides comme la justice, puis le petit linge de corps et de dessous, mais uniquement
du linge blanc; (six mois de linge sale, vous voyez ça d'ici ! Il est vrai qu'à l'époque on ne se changeait pas tous
les jours).
Par dessus tout ça on posait le "flourié" en le laissant déborder sur le pourtour du cylindre et pour toucher le
linge. Dans le "flourié" on mettait un ou deux "ferrat" de cendre de bois tamisée bien fin et là-dessus on versait
de l'eau de plus en plus chaude pour dissoudre la cendre.
Ce "lessif" passait au travers du linge en enlevant la saleté et était récupéré dans un "ferrat" sous le trou du
"tineu" à demi bouché par une "estrasso" pour que ça ne coule pas trop fort. Le manège durait toute une
journée en surveillant le "ferrat" pour pas qu'il verse et le "lessif" était reversé dans le "peirou" pour le
réchauffer. Au fur et à mesure le "lessif" se salissait de plus en plus en passant au travers du linge jusqu'au moment
où ma grand-mère disait "Aro `nià proun".
On laissait alors refroidir la "bugado" et le lendemain matin s'il faisait soleil on rechargeait les bassines sur le
"carretoun" et on allait rincer et "baceler" au ruisseau. Sitôt rincé on étendait le linge bien blanc sur l'herbe
bien verte et sur les buissons alentours. A midi, suivant la saison, on mangeait une brouillade de "pommes
d'amour" ou une omelette de "cèbo" avec du pain et des olives noires.
Avant la tombée du jour on rentrait à la maison. Le linge bien blanc, bien sec, bien plié et qui sentait le propre était
rangé dans les armoires avec des bouquets de lavande.
Eh oui! Nos parents faisaient la "bugado" en trois jours et rinçaient toujours à l'eau froide. Après tout ça, croyez-
moi, ils n'avaient pas besoin de pilules pour s'endormir.
Et les voisins disaient de ma grand-mère Félicie : "elle est tellement propre qu'elle laverait l'eau". Fin de citation.
Quelques traductions :
* Aro`nià proun : maintenant y en a assez
* Baceler : frapper (ici avec un battoir)
* Bugado : lessive, (faire la lessive)
* Bugadièro : lavandière, femme qui fait la lessive Carretoun : petite charrette
* Cèbo : oignon.
* Ferrat : seau en tôle galvanisée
* Flourié : gros drap très épais en lin
* Peirou : chaudron, souvent en cuivre
* Poumo d'amour : tomate
* Tineù : récipient cylindrique en zinc de plus de 100 litres avec un double fond en planches pour qu'il soit plus
solide et un trou ou un robinet sur le côté
Et voici quelques images de lavoirs en Provence :
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 795

Reconstitution de la Bugado le 14 mai 2011 au Hameau de Fontjoyeuse à Pertuis (84)

Ancien lavoir de Bedouin (Vaucluse), datant de 1893, avec la fontaine


Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 796

Lavoir de Saint Saturnin les Avignon, datant de 1868, près du Pont de la Sorgue dit du Milieu.

Tableau « Les lavandières » à Arles par Paul Gauguin, vers 1868

Conclusion sur la grande lessive à la cendre


͛ĂƉƌğƐ ces témoignages, nous constatons que les opérations de la grande lessive duraient plus ou moins
longtemps, le plus souvent entre 2 et 4 jours, selon la quantité de linge et les façons de procéder. Pour
certains, le trempage et le prélavage ne sont pas comptés dans la durée de la grande lessive proprement
dite, ni le rinçage ni ůĞ ďůĂŶĐŚŝŵĞŶƚ͕ ĂůŽƌƐ ƋƵĞ ƉŽƵƌ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ͕ ůĂ ͨ grande bue » désigne au contraire
ů͛ĞŶƐĞŵďůĞ ĚĞƐ ŽƉĠƌĂƚŝŽŶƐ͘ >͛ŽƌĚƌĞ ĚĞ ĚŝƐƉŽƐŝƚŝŽŶ ĚƵ ůŝŶŐĞ ĚĂŶƐ ůĞ ĐƵǀŝĞƌ ƉĞƵƚ ǀĂƌŝĞƌ Ě͛ƵŶĞ ƌĠŐŝŽŶ ă
ů͛ĂƵƚƌĞ͘ ͛ĂƵƚƌĞƐ ŵŽƚŝĨƐ ĚĞǀĂŝĞŶƚ ŝŶƚĞƌǀĞŶŝƌ : quantité et degré de salissure du linge (dans les grandes
fermes, le linge du personnel logé-nourri était lavé lors de la grande lessive), distance des lieux à
ƉĂƌĐŽƵƌŝƌ͕ŽƌŐĂŶŝƐĂƚŝŽŶĚĞƐĠƋƵŝƉĞƐ͙EĠĂŶŵŽŝŶƐ͕ ĐĞƋƵŝĞƐƚĐŽŶƐƚĂŶƚĚĂŶƐůĞƐĐŽŵŵĞŶƚĂŝƌĞƐ͕Đ͛ĞƐƚque
malgré ůĂƉĠŶŝďŝůŝƚĠĚƵƚƌĂǀĂŝůƐƵƌƚŽƵƚů͛ŚŝǀĞƌ͕la joie de se retrouver en groupes était au rendez-vous..
***
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 797

10 ʹDU CUVIER AU LAVE-LINGE ENTRE 1900 ET 1960


 ůĂ ĐĂŵƉĂŐŶĞ͕ ůĂ ůĞƐƐŝǀĞ ă ůĂ ĐĞŶĚƌĞ ĚĂŶƐ ůĞ ĐƵǀŝĞƌ ƉĞƌƐŝƐƚĂ ũƵƐƋƵ͛ă ůĂ ŐƵĞƌƌĞ ϭϵϭϰ-1918. Cette guerre qui
bouleversa la vie quotidienne des femmes les incita à changer leurs habitudes et à utiliser des méthodes moins
ĠƌĞŝŶƚĂŶƚĞƐĞƚŵŽŝŶƐůŽŶŐƵĞƐ͘ŽŵŵĞů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝe de la deuxième moitié du XIXe avait créé de nombreux produits
et machines, certaines découvertes facilitèrent ce changement, notamment le carbonate de soude par le procédé
Solvay plus économique et moins polluant, puis les détergents ainsi que les métaux inoxydables comme le
« galvanisé » de la lessiveuse et son procédé.
Dans les campagnes et dans les fermes, on peut distinguer quatre principales étapes après le cuvier :
x A partir de 1914 : la lessive à la chaudière
x Après 1920 : la lessive à la lessiveuse seule ou associée à la chaudière
x A partir de 1950-1960 : les machines à laver se généralisent.
x A partir de 1970-1980 : les sèche-linge apparaissent.

101 - LA LESSIVE A LA CHAUDIERE A PARTIR DE 1914


Chaque ferme possédait une chaudière en fonte ou en
fer, souvent la même, qui servait à cuire la pâtée des
cochons ou la nourriture des poules. La contenance qui
variait de 70 à 250 litres évitait les trop lourdes charges
de linge, la cuve qui supportait le feu se prêtait à
ů͛ƵƐĂŐĞĚƵƐĂǀŽŶĞƚĚĞƐĚŝůƵƚŝŽŶƐĚĞĐƌŝƐƚĂƵdžĚĞƐŽƵde.
͛ĞƐƚ ĚŽŶĐ ŶĂƚƵƌĞůůĞŵĞŶƚ ƋƵĞ ůĂ ĐŚĂƵĚŝğƌĞ ƐƵĐĐĠĚĂĂƵ
cuvier pour laver le linge, quand les femmes se
retrouvèrent seules pour tout assumer. Par contre, la
cuve Ŷ͛ĠƚĂŝƚƉĂƐƉĞƌĐĠĞĂƵĨŽŶĚ͘
Les anciennes chaudières sans foyer utilisées en
extérieur étaient noircies par la fumée autant que les
marmites de la cheminée dans la maison. Certaines
personnes préféraient garnir le fond de la chaudière La cuisson de la pâtée pour le cochon
selon sa méthode (vieux chiffons recouverts de toiles dans la chaudière - en attendant la prochaine lessive
ƵƐĂŐĠĞƐ͕ůĂƋƵĞůůĞƌĞŵŽŶƚĂŝƚƐƵƌůĞƐĐƀƚĠƐĞŶƌĞĐŽƵǀƌĂŶƚůĞƐƌĞďŽƌĚƐũƵƐƋƵ͛ĂƵdžƉŽŝŐŶĠĞƐͿ͘Plus tard des chaudières
avec foyer fonctionnant comme un poêle rendirent ces précautions inutiles, le linge était déposé directement au
fond de la chaudière.
Le vrai changement par rapport au cuvier était le suivant ͗ĐŽŵŵĞůĂĐŚĂƵĚŝğƌĞŶ͛ĂǀĂŝƚ ƉĂƐĚ͛ĠĐŽƵůĞŵĞŶƚ͕ůĞ
ůŝŶŐĞ ŶĞ ƉŽƵǀĂŝƚ ƉůƵƐ ġƚƌĞ ůĂǀĠ ƉĂƌ ůĞ ĐŽƵůĂŐĞ ĚĞ ů͛ĞĂƵ ĐŽŶƚĞŶĂŶƚ ĚĞƐ ĐĞŶĚƌĞƐ Ğƚ ĚƵ ƐĂǀŽŶ ĞŶƚƌĂŠŶĂŶƚ ůĞƐ
salissures.
Guy Thillier dans son « Histoire de la lessive en Nivernais au XIXe siècle » rapporte que « faute de cendres bien
ĚŽƐĠĞƐŽƵĚ͛ĞĂƵŝŶƐƵĨĨŝƐĂŵŵĞŶƚĐŚĂƵĚĞ͕ŝůĂƌƌŝǀĂŝƚĂƵůŝŶŐĞĚ͛ġƚƌĞŵĂůůĂǀĠ͕ĐĞƋƵŝŶĠĐĞƐƐŝƚĂŝƚůĞůĞŶĚĞŵĂŝŶĂƵ
ruisseau ou à la fontaine de le savonner, puis de le frotter à coup de brosse et de le taper avant de le rincer
ĚĂŶƐů͛ĞĂƵ͘KŶƵƚŝůŝƐĂŝƚŐĠŶĠƌĂůĞŵĞŶƚĚƵƐĂǀŽŶďůĂŶĐŽƵďůĞƵŵĂƌďƌĠĚĞDĂƌƐĞŝůůĞĞŶƚĂďůĞŽƵĞŶďƌŝƋƵĞŵĂŝƐ
ĂƵƐƐŝĚ͛ĂƵƚƌĞƐ͙ƋƵŝĐŽƸƚĂŝĞŶƚŵŽŝŶƐĐŚĞƌ͙WŽƵƌƌĞŶĨŽƌĐĞƌů͛ĂĐƚŝŽŶĚĞƐĐĞŶĚƌĞƐ͕ĐĞƌƚĂŝŶƐmettaient à la surface
du linge des lamelles de savon (une demi- livre pour un cuvier rond de 8 pieds de diamètre ». (soit près de
2,50m). Donc dans le lavage au cuvier, les cendres seules ou les cendres et un peu de savon, représentaient le
produit actif Ğƚů͛ŽŶƐĂǀĂŝƚƋƵĞůĂƋƵĂůŝƚĠĚĞƐĞĂƵdžƌĞŶĚĂŝƚůĞƌĠƐƵůƚĂƚǀĂƌŝĂďůĞ͘
ZĂƉƉĞůŽŶƐƋƵĞůĞƐĐĞŶĚƌĞƐĐŽŶƚŝĞŶŶĞŶƚĚĞůĂƉŽƚĂƐƐĞ͘KƌůĞƐĂǀŽŶĞƐƚůĞƉƌŽĚƵŝƚĚ͛ƵŶĞƌĠĂĐƚŝŽŶĐŚŝŵŝƋƵĞĞŶƚƌĞ
une matière grasse (huile végétale, beurre végétal, matière grasse animale) et une base (soude ou potasse).
ĂŶƐů͛ĞĂƵĨŝdžĞĚĞůĂĐŚĂƵĚŝğƌĞ͕ŝůĨĂůůĂŝƚĚŽŶĐƵƚŝůŝƐĞƌƵŶƉƌŽĚƵŝƚƉŽƐƐĠĚĂŶƚăůĂĨŽŝƐƵŶƉŽƵǀŽŝƌĚĠƚĞƌƐŝĨ : qui
dissout les impuretés et un pouvoir détergent : qui pénètre les tissus et déplace les salissures. Or le carbonate
ĚĞƐŽĚŝƵŵ;ĐƌŝƐƚĂƵdžĚĞƐŽƵĚĞͿĂƵŶƉŽƵǀŽŝƌĚĠƚĞƌŐĞŶƚ͕ĚĠƚĂĐŚĂŶƚĞƚĞŶƉůƵƐŝůĂĚŽƵĐŝƚů͛ĞĂƵ͘
͛ĞƐƚƉŽurquoi à partir du début du XXĞƐŝğĐůĞ͕ĂǀĞĐů͛ĞŵƉůŽŝĚĞƐĐŚĂƵĚŝğƌĞƐ͕ůĞƐĐĞŶĚƌĞƐŽŶƚĠƚĠƌĞŵƉůĂĐĠĞƐ
par les cristaux de soude et le savon a contiŶƵĠ Ě͚ġƚƌĞ ĐŽŶũŽŝŶƚĞŵĞŶƚ ƵƚŝůŝƐĠ͘ La proportion habituelle était
d͛une part de cristaux de soude pour cinq parts de savon, ƐĞůŽŶ ůĂ ƋƵĂůŝƚĠ ĚĞ ů͛ĞĂƵ͕  ůĞ type et le degré de
ƐĂůŝƐƐƵƌĞƐ͘ ͛ĂƵƚƌĞƐ raisonnaient sur 250 grammes de savon pour 10 kilos de linge sec. Dans les régions
majoritaires en France Žƶů͛ĞĂƵĞƐƚĐĂůĐĂŝƌĞ͕ les cristaux de soude représentaient une grande avancée, en rendant
les opérations de lavage efficaces quel que soit le lieu.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 798

Chaudière à cochon du pays de Corlay (22) Chaudière à cochon de la région de Cahabaran (39),
XXe siècle, Source Topic-Topos Le foyer occupe la partie étroite du dessous.

Chaudière à cochon droite (Pyrénées Atlantiques). Chaudière à cochon du XIXe, en fonte, 70 litres,
>ĂƉĂƌƚŝĞĨŽLJĞƌĞƐƚŝŶƐĠƌĠĞĚĂŶƐů͛ĞŶƐĞŵďůĞ͘ au couvercle très bombé. En état de marche

NB : Les chaudières des buanderies des maisons bourgeoises et des immeubles étaient conçues de la même
ĨĂĕŽŶ͕ŵĂŝƐĞůůĞƐŶ͛ĠƚĂŝĞŶƚƉĂƐƵƚŝůŝƐĠĞƐăĚ͛ĂƵƚƌĞƐĨŝŶƐƋƵĞůĞůĂǀĂŐĞĚƵůŝŶŐĞ͘>ĂďƵĂŶĚĞƌŝĞĚĞ la Villa Florida de
'ĞŶĞǀŝğǀĞŽƵůŽŶŐŶĞƐĞƐŝƚƵĂŝƚăů͛ĞŶƚƌĞƐŽůƋƵŝĚŽŶŶĂŝƚĚĞƉůĂŝŶ-pied dans le jardin.
Voici une évocation de la lessive à la chaudière : selon Gérard Boutet*
«Très récemment encore, en ville ou à la campagne, quand,
faute de ressources, toutes les deux ou trois semaines
seulement, sans savonnage, on n'exécutait pas un simple
trempage du linge de tous les jours (vêtements de travail,
chemises, tabliers, mouchoirs ou bas de coton), on pratiquait
la lessive à la chaudière qui, par rapport à l'opération
précédente, dispensait du recours au cuvier. La chaudière en
fonte de forme ronde contenait le plus souvent 100 à 200
ůŝƚƌĞƐ Ě͛ĞĂƵ. Elle était munie de pieds et comportait dans sa
ƉĂƌƚŝĞďĂƐƐĞƵŶĨŽLJĞƌƉĞƌŵĞƚƚĂŶƚĚ͛ĂůůƵŵĞƌĚƵďŽŝƐ͘
La lessive à la chaudière avait lieu tous les mois, ou toutes les
semaines, dans certains immeubles, dans une pièce que l'on
réaménageait pour l'occasion, ou dans un local approprié, la
buanderie, ou dans une cour extérieure.
"La buandière fourrait directement les nippes dans la "casse"
en fonte remplie d'eau de la chaudière. Elle y jetait une
poignée de cristaux de soude et allumait le petit foyer jusqu'à
ébullition de l'eau. Les fripes trop sales étaient frottées à la
brosse en chiendent, sur une longue et haute selle dont les
usages répétés avaient poli la planche.* Les buandières frottaient les pièces sales
à ů͛ĂŝĚĞĚĞ la brosse à chiendent.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 799

Le premier rinçage * se faisait dans un baquet d'eau où la laveuse avait dilué quelques gouttes d'un extrait
(adoucissant ou eau de Javel). Dans le second et dernier rinçage baignait une boule de "bleu" emmaillotée de
mousseline.
Les guenilles qui ne méritaient plus d'être ravaudées finissaient en "pénuffes", c'est-à-dire en chaussettes russes
dans les sabots.[...] La casse de la chaudière servait également à cuire les pâtées à bestiaux ! ».
* Gérard Boutet : « Ils étaient de leur village » Ed. Jean-Cyrille Godefroy, Paris 1988
.

* ZĞŵĂƌƋƵĞĚ͛/ƌğŶĞ relative au rinçage :


Pour effectuer le premier rinçage, il fallait saisir le linge quasi brûlant avec de grandes pinces en bois ou avec des
ďąƚŽŶƐ ƉŽƵƌ ůĞ ƉůŽŶŐĞƌ ĚĂŶƐ ůĞ ďĂĐ ĚĞ ƌŝŶĕĂŐĞ ĐŽŶƚĞŶĂŶƚ ĚĞ ů͛ĞĂƵ ĨƌŽŝĚĞ͕ qui ne tardait pas à tiédir. On le
manipulait ainsi sans risque ĂǀĂŶƚĚĞůĞŵĂŶƈƵǀƌĞƌĚĂŶƐů͛ĞĂƵƉƵŝƐĚĞů͛ĞƐƐŽƌĞƌ à la main ou au battoir, pièce par
pièce, pour éliminer autant que possible les salissures restées en suspension dans le linge. L͛ĞĂƵĚĞůĂĐŚĂƵĚŝğƌĞ
ƋƵŝ Ŷ͛ĂǀĂŝƚ ƉĂƐ Ě͛ĠĐŽƵůĞŵĞŶƚ était très concentrée et foncée comme du café au lait. Cette eau de lavage était
récupérée ƉŽƵƌĚ͛ĂƵƚƌĞƐƵƐĂŐĞƐ͘ZŝĞŶŶ͛ĠƚĂŝƚƉĞƌĚƵ͘
Nous avons vu que les cristaux de soude sont un dégraissant puissant mais leur pouvoir détergent est inférieur à
celui du savon. Dans la méthode évoquée, si le rinçage était mal fait, le linge pouvait rester gris, la plupart des
salissures se redéposant sur le linge͕ĐĞƋƵŝŶ͛ĠƚĂŝƚƉĂƐůĞĐĂƐĚĞla lessive dans le cuvier, où la circulation ĚĞů͛ĞĂƵ
était entretenue. Un lavage supplémentaire au savon devenait alors souhaitable.
Pour les petites quantités de linge, la chaudière était remplacée par une
simple bassine en ŐĂůǀĂŶŝƐĠŽƵŵġŵĞĞŶĠŵĂŝůƋƵĞů͛ŽŶĨĂŝƐĂŝƚĐŚĂƵĨĨĞƌƐƵƌ
la cuisinière ou dehors sur un feu. Pendant la guerre 1939-1945, Maria
faisait bouillir des pièces de linge dans une bassine basse posée sur sa
cuisinière couleur aubergine.
ĨŝŶĚ͛ĂŵĠůŝŽƌĞƌůĞůĂǀĂge, elle utilisait une ventouse à linge, sorte de cône
ƌĞŶǀĞƌƐĠ ŵƵŶŝ Ě͛ƵŶ ůŽŶŐ ŵĂŶĐŚĞ, percé en haut du cône de 3 trous
ƌĞĐŽƵǀĞƌƚƐ Ě͛ƵŶ ƉĞƚŝƚ ƚƵŶŶĞů͕ ƉĞƌŵĞƚƚĂŶƚ ƵŶ ƉĞƚŝƚ ƉĂƐƐĂŐĞ Ě͛Ăŝƌ͘ ͛ĠƚĂŝƚ ƵŶ
accessoire destiné à brasser et aspirer le linge selon le principe de la
ventouse. On appuyait le cône sur le linge baignant dans la solution
savonneuse pour le presser avant de ů͛ĂƐƉŝƌĞƌ ĞŶ ƐŽƵůĞǀĂŶƚ ůĞ ĐƀŶĞ ǀĞƌƐ ůĞ
haut. Il fallait répéter ů͛ŽƉĠƌĂƚŝŽŶ͘ĞůĂ renforçait le brassage du linge dans la
lessive. KŶů͛ƵƚŝůŝƐĂŝƚƐƵƌƚŽƵƚĂƉƌğƐů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶƉŽƵƌƉĂƌĨĂŝƌĞůĞůĂǀĂŐĞ͘/ůĨĂůůĂŝƚ
ů͛ƵƚŝůŝƐĞƌĂǀĞĐƉƌƵĚĞŶĐĞĞŶĠǀŝƚĂŶƚůĞƐĠĐůĂďŽƵƐƐƵƌĞƐ͘ĞƚƚĞŵĠƚŚŽĚĞƐĞƌǀĂŝƚ
également pour accélérer le rinçage de petites pièces de linge dans une
bassine.
Irène se souvient également du séchage du petit linge à la mauvaise saison,
on le posait au-dessus de la cuisinière sur des tiges métalliques montées Ancienne ventouse à linge en métal
ƐƵƌ ƵŶ ĂŶŶĞĂƵ ƉůĂĐĠ ƐƵƌ ůĞ ƚƵLJĂƵ Ě͛ĠǀĂĐƵĂƚŝŽŶ de la cuisinière. Cette galvanisé. Le manche mesurait
méthode ĂǀĂŝƚ ů͛ŝŶĐŽŶǀĠŶŝĞŶƚ ĚĞƌĞŶĚƌĞ ŚƵŵŝĚĞ Ğƚ ĨƌĂŠĐŚĞů͛ĂƚŵŽƐƉŚğƌĞĚĞ environ 1,50m pour utiliser la
la cuisine qui était la seule pièce chauffée. ventouse debout.

102 ʹ LA LESSIVE A LA LESSIVEUSE DE 1920 A 1960 ENVIRON ʹ extraits de [Link]

« >͛ĂďƐĞŶĐĞ des hommes durant quatre longues années (1914-1918) avait amené les femmes à prendre des
responsabilités, à entretenir les terres. Lorsque la vie a repris, elles ont accepté moins facilement des tâches
ƉĠŶŝďůĞƐƋƵ͛ĞůůĞƐĞdžĠĐƵƚĂŝĞŶƚƉĂƌƌŽƵƚŝŶĞ͘ĠũăůĂ ĐŚĂƵĚŝğƌĞĂǀĂŝƚ ƌĞŵƉůĂĐĠůĞ ĐƵǀŝĞƌ͕ůĞƐůĞƐƐŝǀĞƐƉůƵƐĨƌĠƋƵĞŶƚĞƐ
(bimensuelles, puis mensuelles) edžŝŐĞĂŝĞŶƚŵŽŝŶƐĚĞŵĂŝŶĚ͛ƈƵǀƌĞ͘>a ƐƵƉƉƌĞƐƐŝŽŶĚĞůĂĐŽƌǀĠĞĚĞů͛ĞŶĐƵǀĂŐĞ͕Ěes
cendres et du coulage rendaiƚ ůĞ ƉƌŽĐĞƐƐƵƐ ŵŽŝŶƐ ƉĠŶŝďůĞ͕ ŵĂŝƐ ů͛ŽƉĠƌĂƚŝŽŶ ƚŽƵũŽƵƌƐ ƐƵŝǀŝĞ ĚƵ ƌŝŶĕĂŐĞ ĂƵ ůĂǀŽŝƌ
rythmait encore la vie des femmes. Le procédé était-il perfectible ? Il le devint avec la lessiveuse.
>ĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞĨƵƚůŽŶŐƚĞŵƉƐĐŽŶƐŝĚĠƌĠĞĐŽŵŵĞů͛ƵůƚŝŵĞƉƌŽŐƌğƐƌĠĂůŝƐĂďůĞĞŶĨĂŝƚĚĞůĞƐƐŝǀĞĚŽŵĞƐƚŝƋƵĞ. Elle mit
ĚƵƚĞŵƉƐăƐ͛ŝŵƉůĂŶƚĞƌ͕ commercialisée vers 1870 et surtout vers 1880, elle atteignit les campagnes vers 1900,
SON USAGE EN MILIEU RURAL SE GENERALISANT APRES LA PREMIERE GUERRE MONDIALE. On en trouvera
encore en action dans les années 1960, bien après la venue de la boule apparue elle après la seconde guerre
mondiale et de la machine à laver moderne.
KŶů͛ŽĨĨƌĂŝƚƐŽƵǀĞŶƚĐŽŵŵĞĐĂĚĞĂƵĚĞ mariage. >ĂƉůƵƉĂƌƚĚĞƐůŝǀƌĞƐĚ͛ĞŶƐĞŝŐŶĞŵĞŶƚŵĠŶĂŐĞƌ recommandaient
ĞŶĐŽƌĞ͕ĚĂŶƐůĞƐĂŶŶĠĞƐƋƵĂƌĂŶƚĞ͕ů͛ƵƐĂŐĞĚĞůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞ.
La lessiveuse a pour origine un cuvier à projection permettant une ébullition dite simple, mis au point au début
du XIXe siècle par Widmer à la manufacture de Jouy pour les toiles. Le principe de cette méthode consiste à faire
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 800

ƌĞĨŽƵůĞƌůĂůĞƐƐŝǀĞďŽƵŝůůĂŶƚĞƉĂƌůĂƉƌĞƐƐŝŽŶĚĞůĂǀĂƉĞƵƌƋƵĞů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶĚĠŐĂŐĞ͘ ĞƚƚĞƉƌĞƐƐŝŽŶ͕Ɛ͛ĞdžĞƌĕĂŶƚƐƵƌ
ůĂƐƵƌĨĂĐĞĚƵůŝƋƵŝĚĞ͕ůĂĨŽƌĐĞăƐ͛ĠůĞǀer dans un tube et à se déverser en nappe au dessus du linge.
En 1837, René Duvoir et Ducoudun perfectionnent le système en séparant le cuvier de la chaudière où se produit
ů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶ͕ ŵĂŝƐ ƚŽƵũŽƵƌƐ ƉŽƵƌ ůĞƐ ůĂǀĞƌŝĞƐ ŝŶĚƵƐƚƌŝĞůůĞƐ͘ Dans les années 1860, des fabricants miniaturisent et
ƐŝŵƉůŝĨŝĞŶƚůĞƐƉƌŽĐĠĚĠƐŝŶĚƵƐƚƌŝĞůƐĚĞƵǀŽŝƌĞƚƵĐŽƵĚƵŶĞƚƉƌŽƉŽƐĞŶƚůĂƐĂǀŽŶŶĞƵƐĞăĐŝƌĐƵůĂƚŝŽŶ͕Đ͛ĞƐƚăĚŝƌĞ
LA LESSIVEUSE A CHAMPIGNON, buanderie domestique ou appareil pour le lessivage par affusion de vapeur,
avec foyers au bois ou au charbon.
La lessiveuse de vos arrière grands-mères est un ƌĠĐŝƉŝĞŶƚ ůĠŐğƌĞŵĞŶƚ ĐŽŶŝƋƵĞ ĞŶ ƚƀůĞ ŐĂůǀĂŶŝƐĠĞ ŵƵŶŝ Ě͛ƵŶ
double fond percé de trous et sur lequel est soudé, au centre, un tube injecteur en tôle galvanisée, terminée
par un champignon. Un disque grillagé ou un anneau muni de quelques crochets disposés au-dessus du linge,
ů͛ĞŵƉġĐŚĞĚĞƐĞƐŽƵůĞǀĞƌůŽƌƐĚĞů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶ͘
La lessiveuse haute était la plus fréquente (plus haute que large), mais il en existait aussi de basses (moins
hautes que larges). Il y avait cinq tailles dont les capacités allaient de 28 à 87 litres.

La lessiveuse à champignon, qui permettait de


ĨĂŝƌĞ ĐŝƌĐƵůĞƌ ů͛ĞĂƵ ĐŚĂƵĚĞ, a libéré la femme
du travail long et fastidieux de coulage de la
lessive, puisque le nouvel instrument, plus
léger et moins encombrant que le lourd cuvier
de bois, remontait automatiquement le "
lessu " sur le linge. La cendre végétale fut
remplacée par du perborate acheté à la
pharmacie, puis par le savon et les premiers
produits détergents.
WĂƌů͛ĞĨĨĞƚĚĞů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶ͕ůĂǀĂƉĞƵƌĨŽƌĐĞů͛ĞĂƵ
à monter dans le tube creux central qui
tombe ensuite sur le linge par les orifices du
champignon posé en haut du tube central. Et
ůĞ ĐLJĐůĞ ƌĞĐŽŵŵĞŶĐĞ͘ >͛ĞĂƵ ĐŝƌĐƵůĞ ĚŽŶĐ
constamment au travers du linge de haut en
bas et automatiquement, soulevant le linge
en un mouvement régulier.
>͛ĂŶĐŝĞŶ ĐŽƵůĂŐĞ ĚƵ ĐƵǀŝĞƌ ƐĞ ĨĂŝƚ ĚĠƐŽƌŵĂŝƐ
ƚŽƵƚ ƐĞƵů͘ hŶĞ ƐŝŵƉůĞ ƐƵƌǀĞŝůůĂŶĐĞ Ɛ͛ŝŵƉŽƐĞ
ƉĞŶĚĂŶƚĚ͛ĂƵƚƌĞƐŽĐĐƵƉĂƚŝŽŶƐ͘ Principe de fonctionnement Ě͛ƵŶĞůĞƐƐŝǀĞƵƐĞ

Lessiveuse basse : avec le double fond et le champignon


Lessiveuse basse avec son couvercle

>ĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞƐ͛ĞƐƚǀĞŶĚƵĞĚĂŶƐůĞĐĂƚĂůŽŐƵĞ
de Manufrance , Manufacture de St Etienne
ũƵƐƋƵ͛ĞŶϭϵϳϬ͘/ůĞdžŝƐƚĂŝƚĐŝŶƋƚĂŝůůĞƐĚĞ
lessiveuses hautes et des basses.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 801

Séchage après lavage dans la lessiveuse à champignon posée sur un fourneau

Le Blanchissage - affiche pédagogique (détail) - éditions Rossignol - Notez pour OHOLQJHEODQFO·pWDSH


5 facultative : le EODQFKLVVDJHjO·HDXGH-DYHODYDQWOHULQoDJHHWO·D]XUDJH
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 802

Publicités

>͛ŝŶƚƌŽĚƵĐƚŝŽŶĚĞůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞƐ͛ĂĐĐŽŵƉĂŐŶĞĚĞů͛ĂĐĐƌŽŝƐƐĞŵĞŶƚĚĞů͛ƵƚŝůŝƐĂƚŝŽŶĚƵĐŽƚŽŶ͕ƌĞŵƉůĂĕĂŶƚůĂƚŽŝůĞĚĞ
chanvre. Le rythme des lessives devient hebdomadaire. Elle évite aussi de mélanger son linge à celui des autres :
dorénavant, « on lave son linge sale en famille ».

La lessiveuse arrive au bon moment. En effet, après la défaite de 1870, la santé publique apparaît comme un des
éléments du relèvement de la France. &ĂŝƌĞďŽƵŝůůŝƌ͕Đ͛ĞƐƚĚĠƐŝŶĨĞĐƚĞƌ au moment où Pasteur consacre son ƈƵǀƌĞ
aux maladies infectieuses et où Koch est à la veille de découvrir le bacille de la tuberculose (1882).

KŶ ĚŽŝƚ Ě͛ĂŝůůĞƵƌƐ ĂƵdž ůĞƐƐŝǀĞƵƐĞƐ ů͛ĞdžƉƌĞƐƐŝŽŶ ͨ ĨĂŝƌĞ ďŽƵŝůůŝƌ ůĞ ůŝŶŐĞ ͩ ƉĂƌĐĞ ƋƵ͛ĞůůĞƐ ŶĠĐĞƐƐŝƚĞŶƚ ů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶ ĚĞ
ů͛ĞĂƵůĞƐƐŝǀŝĞůůĞƉŽƵƌůĂĨĂŝƌĞŵŽŶƚĞƌƉĂƌůe tube injecteur, mais le linge isolé du fond du récipient ne « bout » pas.

Avec la lessiveuse, sauf pour le linge très sale, ŝůŶ͛ĞƐƚƉĂƐŶĠĐĞƐƐĂŝƌĞĚ͛ĞƐƐĂŶŐĞƌ;ƉƌĠůĂǀĞƌͿůĞůŝŶŐĞ͕ŝůƐƵĨĨŝƚĚĞůĞ


ůĂŝƐƐĞƌƚƌĞŵƉĞƌĚĂŶƐů͛ĞĂƵĨƌŽŝĚĞŽƵƚŝğĚĞ͘WƵŝƐŽŶĚŝƐƉŽƐĞƐƵƌůĞĨŽŶĚĚĞůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞůĞƐĂǀŽŶĞŶĐŽƉĞĂƵdžĞƚůĞƐ
cristaux (dans la proportion de 250 g de savon et 50 g de cristaux pour 10 kg de linge sec), ou bien de la lessive
préparée et vendue dans le commerce, ou de la cendre de bois enveloppée dans un sac en mousseline serré et
solide.
On place le double-ĨŽŶĚƐƵƌůĞƋƵĞůŽŶĠƚĞŶĚĚ͛ĂďŽƌĚůĞŐƌŽƐůŝŶŐĞ͕ƉƵŝƐ ůĞůŝŶŐĞƉůƵƐ fin, enfin le linge fin. On
verse sur le tout quelques litres Ě͛ĞĂƵ͕ŽŶĨĞƌŵĞŚĞƌŵĠƚŝƋƵĞŵĞŶƚĞƚů͛ŽŶƉůĂĐĞůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞƐƵƌůĞĨĞƵ͘ğƐƋƵĞ
ů͛ĞĂƵ ĐŽŵŵĞŶĐĞ ă ďŽƵŝůůŝƌ Ğƚ ĂƵŐŵĞŶƚĞ ĚĞ ǀŽůƵŵĞ͕ ůĂ ůĞƐƐŝǀĞ Ɛ͛ĠůğǀĞ ƉĂƌ ůĞ ƚƵďĞ ĐĞŶƚƌĂů Ğƚ ƐĞ ƌĠƉĂŶĚ ƉĂƌ ůĞ
champignon sur le linge. Au ďŽƵƚĚ͛ƵŶĞŚĞƵƌĞĞƚĚĞŵŝĞ à trois heures, celui-ci est blanchi et stérilisé.

Sorti de la lessiveuse, le
linge est « lavé » (frappé)
dans un baquet ou à la
rivière, avec une planche à
laver et un battoir, puis
rincé pièce par pièce à
ů͛ĞĂƵparfois tiède et azuré,
dans un baquet où on a fait
ĚŝƐƐŽƵĚƌĞ ĚĂŶƐ ů͛ĞĂƵ͕ ĚĞ
ů͛ŝŶĚŝŐŽĞŶďŽƵůĞ͘ >͛ĂƉƉƌĞŶƚŝƐƐĂŐĞŵĠŶĂŐĞƌĚĞƐpetites
filles commençait tôt.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 803

/ŵĂŐĞƐĚ͛ĂƵƚƌĞĨŽŝƐĚƵůĂǀĂŐĞăůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞ ź

Matériel pour le rinçage au lavoir ou au ruisseau :


brouette plate à roue métallique ƉŽƌƚĂŶƚůĞůŝŶŐĞĚĞůĂůĞƐƐŝǀĞƵƐĞĚĂŶƐů͛agenouillloir, battoir.

Les baquets étaient en bois ou métal galvanisé. Ÿ


Ż A gauche le baquet en bois est cerclé par des liens
Ě͛ĠĐŽƌĐĞƚŽƌĚƵƐĞƚŶŽŶƉĂƌĚĞƐĐĞƌĐůĞƐŵĠƚĂůůŝƋƵĞƐ͘

Ici le ruisseau coule au bas de la cour de la ferme bretonne͛͘ĞƐƚƵŶĂǀĂŶƚĂŐĞƋƵŝƌĠĚƵŝƚůĞƉŽƌƚĂŐĞăůĂďƌŽƵĞƚƚĞ


Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 804

Visite

ăů͛ĠĐŽ-musée de

Grésy sur Isère

en juin 2011

Des élèves

découvrent

le principe

de la lessiveuse.

NB : le fait de faire bouillir le linge blanc dans la lessiveuse le désinfecte, mais ne suffit pas à le laver. En effet, si les
germes sont détruits, les salissures qui ont été séparées du linge ou décolorées, sont attirées par les molécules
de savon de ů͛ĞĂƵůĞƐƐŝǀŝĞůůĞ͘Néanmoins, il est préférable de les expurger du linge, de préférence quand il est
encore chaud, en le frappĂŶƚăů͛ĂŝĚĞĚƵďĂƚƚŽŝƌĞƚĞŶƐ͛ĂŝĚĂŶƚĠǀĞŶƚƵĞůůĞŵĞŶƚĚ͛ƵŶĞǀĞŶƚŽƵƐĞ͘ŶƐƵŝƚĞ͕ƉŽƵƌůĞ
rinçage, on ƉƌŽĐğĚĞăĨƌŽŝĚăů͛ĂŝĚĞĚƵďĂƚƚŽŝƌĠŐĂůĞŵĞŶƚ, éventuellement de la ventouse et on essore à la main
en tordant le linge. Pour les draps, il est nécessaire de les tordre à deux personnes.

103 ʹ LA LESSIVE A LA MACHINE A LAVER


A- EVOLUTION DES MACHINES A LAVER LE LINGE A PARTIR DE 1900 à 1950 Site : [Link]
Aux Etats-Unis, James King mit au point un prototype mécanique dès 1851. ĞƚƚĞŵĂĐŚŝŶĞĠƚĂŝƚĐŽŶƐƚŝƚƵĠĞĚ͛ƵŶ
ĐLJůŝŶĚƌĞĚĞďŽŝƐƌĞŵƉůŝĚ͛ĞĂƵĐŚĂƵĚĞĞƚŵƵŶŝĚĞůŽƵƌĚĞƐƉĂůĞƐƋƵ͛ŝůĨĂůůĂŝƚĨĂŝƌĞƚŽƵƌŶĞƌăů͛ĂŝĚĞĚ͛ƵŶĞŵĂŶŝǀĞůůĞ͘
Des modèles à tambour suivirent toujours mécaniques. Il fallut attendre 1907 ƉŽƵƌƋƵ͛ůǀĂ &ŝƐĐŚĞƌƉƌĠƐĞntât le
premier modèle à tambour électrique. Bien entendu, ĐĞƐŵŽĚğůĞƐůĂǀĂŝĞŶƚŵĂŝƐŶ͛ĞƐƐŽƌĂŝĞŶƚƉĂƐ͘
͛ĞƐƚ ĞŶ 1920 que va sortir aux Etats-hŶŝƐ ƵŶ ƉƌĞŵŝĞƌ ůĂǀĞ ůŝŶŐĞ ĐĂƉĂďůĞ Ě͛ĞƐƐŽƌĞƌ ŐƌąĐĞ ă ƵŶ ƚĂŵďŽƵƌ ă ĚĞƵdž
vitesses. ĞƉƌŽĐĠĚĠƉĞƌŵŝƚăů͛ĂŵĠƌŝĐĂŝŶ:Žhn Chamberlain de créer en 1937, la première machine capable de
laver, rincer et essorer le linge en un seul cycle de lavage.
En France, le premier Brevet est enregistré le 26 avril 1904. Son inventeur présente un tonneau de bois à double
fond avec des parois dotées de cannelures en relief͘ KŶ ǀĞƌƐĞ ů͛ĞĂƵ ĐŚĂƵĚĞ ƐƵƌ ůĞ ůŝŶŐĞ Ğƚ ŽŶ ů͛ĂŐŝƚĞ ĂǀĞĐ ƵŶĞ
manivelle tournée à la main. Un robinet permet la vidange.
Les recherches menées sur la machine à laver ont été initialement le fait de petites entreprises locales pour
lesquels cet objet était davantage un sous-ƉƌŽĚƵŝƚ Ě͛ĂĐƚŝǀŝƚĠ ƉƌŝŶĐŝƉĂůĞ ƋƵ͛ƵŶĞ ƉƌĠŽĐĐƵƉĂƚŝŽŶ ŵĂũĞƵƌĞ ;ƉĂƌ
ĞdžĞŵƉůĞDŝĞůĞƋƵŝăů͛ŽƌŝŐŝŶĞƉƌŽĚƵŝƐĂŝƚĚĞƐďĂƌĂƚƚĞƐăďĞƵƌƌĞͿ͘On a tendance à raisonner alors le lavage du linge
comme la fabrication du beurre.
Les modèles suivants seront légèrement améliorés ͗ ĨŽLJĞƌ ĂƵ ďŽŝƐ ŽƵ ĂƵ ĐŚĂƌďŽŶ ƉĞƌŵĞƚƚĂŶƚ ĚĞ ĐŚĂƵĨĨĞƌ ů͛ĞĂƵ͘
Puis viendront en 1927, les premières machines à tambour horizontal dont de petits modèles pourront être
posés sur une cuisinière. /ůƐ͛ĂŐŝƚ toujours de modèles mécaniques à tourner à la main.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 805

Les premières machines « électriques » peu sécurisées sortent dès 1920, une courroie reliant le mécanisme
Ě͛ĞŶƚƌĂŠŶĞŵĞŶƚ;ǀŽůĂŶƚĞƚŵĂŶŝǀĞůůĞͿăƵŶŵŽƚĞƵƌĠůĞĐƚƌŝƋƵĞĨŝdžĠƐŽƵƐůĂĐƵǀĞ͘^ĞƵůůĞďƌĂƐƐĂŐĞ devient moins
pénible.
Les premières machines semi-automatiques voient le jour entre 1930 et 1940. Alfred Conord met au point en
1932 une machine à tambour vertical qui lave et essore le linge dans la même cuve. Un axe central muni de pâles
fait des quarts de tour en mode lavage et des tours continus en mode essorage. La cuve est chauffée par une rampe à gaz.
>ĞƐĐŽŵŵĂŶĚĞƐƌĞƐƚĞŶƚ ƌƵĚŝŵĞŶƚĂŝƌĞƐ͕ŵĂŝƐůĞůŝŶŐĞŶ͛Ă ƉĂƐďĞƐŽŝŶĚ͛ġƚƌĞƚƌĂŶƐǀĂƐĠ Ğƚ ŵĂŶŝƉƵůĠ͘ Ces machines
très chères, réservées aux grandes maisons bourgeoises et aux très grandes fermes sont inconnues des
communes rurales et de ů͛ŝŵŵĞŶƐĞŵĂũŽƌŝƚĠĚĞƐĨĞƌŵĞƐ͕ƉĞƵƐŽƵǀĞŶƚĚŽƚĠĞƐĚ͛ĠůĞĐƚƌŝĐŝƚĠĞƚĚ͛ĞĂƵĐŽƵƌĂŶƚĞ.
>͛ĂƌƌŝǀĠĞĚĞůĂŐƵĞƌƌĞϭϵϯϵ-1945 met un frein au développement des recherches.
Ź ILLUSTRATIONS DES PREMIERS MODÈLES DE MACHINES A LAVER LE LINGE - (ů͛ĞdžƉƌĞƐƐŝŽŶůĂǀĞ-ůŝŶŐĞŶ͛ĠƚĂŝƚ
pas utilisée)

x AUX ETATS-UNIS

1830 ʹ Machine à laver MANUELLE 1846 - Essoreuse à linge mécanique


Le linge est actionné par un mécanisme actionné à la >ĞůŝŶŐĞĞƐƚƉƌĞƐƐĠƉĂƌůĞƐƌŽƵůĞĂƵdžĞƚů͛ĞĂƵƐ͛ĠĐŽƵůĞ
main par une manivelle (Etats-Unis) dans une cuve (Etats-Unis)

Ż 1906 ʹ Première machine ELECTRIQUE (Etats-Unis))

Le linge est agité dans la cuve par un moteur électrique


installé sur le côté.

WŽƵƌƌŝŶĐĞƌůĞůŝŶŐĞ͕ŝůĨĂƵƚǀŝĚĞƌůĂŵĂĐŚŝŶĞĚĞů͛ĞĂƵ
ƐĂǀŽŶŶĞƵƐĞĞƚƌĞŵĞƚƚƌĞĚĞů͛ĞĂƵĐůĂŝƌĞ͘
La
courroie
Pour essorer, il faut de nouveau la vider et refaire tourner.

Le moteur électrique actionne une


courroie latérale qui fait tourner la cuve
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 806

x EN FRANCE

* A droite, machine manuelle à


agitateur, avec cuve en chêne :
Karine ʹ 1905.
La machine Ŷ͛ĞĨĨĞĐƚƵĞ ƋƵĞ ůĞ
lavage seulement.
Pas de rinçage, ni essorage, ni
chauffage.

* A ů͛Ğdžƚƌġme droite, la cuve en fer


ou en cuivre peut supporter un
chauffage au bois ou au charbon,
dont le foyer est situé dessous :
Modèle Perle - 1927
Karine -1905 Perle - 1927
Tous ces modèles sont à manivelle. Machine manuelle à agitateur, en fer
Machine MANUELLE à agitateur, en bois
ŽƵĐƵŝǀƌĞ͕ĂǀĞĐĐŚĂƵĨĨĂŐĞĚĞů͛ĞĂƵ

1932 1932
1927 Ÿ
Premier modèle ELECTRIQUE avec cuve Intérieur du modèle électrique. On voit
Machine à laver manuelle en acier
en bois, essoreuse à rouleaux et courroie les pâles qui entraînent le linge.
galvanisé (recouvert de zinc)
reliée au moteur

1930 1930 1931


Première machine SEMI-
Machine à laver en cuivre, Présentation de machine à laver : cuve en bois,
AUTOMATIQUE Conord :
avec ESSOREUSE A ROULEAUX ů͛ĞƐƐŽƌĂŐĞăƌŽƵůĞĂƵdžĞƐƚŵĂŶƵĞů.
agitateur et tambour essoreur
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 807

B - APRES 1950, hd>͛Yh/WDEd>DW'E

Les constructeurs de machines à laver le linge semi-automatiques (Arthur Martin, Bendix, Brandt, Flandria, Laden,
Lincoln, WŚŝůŝƉƐ͙Ϳ ƌŝǀĂůŝƐĞŶƚ Ě͛ĂƐƚƵĐĞs et de techniques autour de plusieurs systèmes : agitateurs, hélices, jets
Ě͛ĞĂƵ͕ǀŝďƌĂƚŝŽŶƐ͙>ĞůŝŶŐĞƉĞƵƚĐŚƵƚĞƌĚĂŶƐůĞďĂŝŶůĞƐƐŝǀŝĞůŽƵġƚƌĞĨƌŽƚƚĠƉĂƌĚĞƐƌŽƚĂƚŝŽŶƐĂůƚĞƌŶĠĞƐ͘/ůĂƌƌŝǀĞƋƵĞ
les machines se déplacent fautĞĚ͛ġƚƌĞĨŝdžĠĞƐĂƵƐŽů͘Les françaises convaincues par la lessiveuse, souhaitent garder
ů͛ĠďƵůůŝƚŝŽŶĚĂŶƐůĞƐŶŽƵǀĞůůĞƐŵĂĐŚŝŶĞƐ͘>͛ĞƐƐŽƌĂŐĞĞƐƚƐŽŝƚŵĂŶƵĞůĂǀĞĐĚĞƐƌŽƵůĞĂƵdž͕ƐŽŝƚĂƵƚŽŵĂƚŝƋƵĞŐƌąĐĞăĚĞƐ
pâles dans le tambour. Certaines commune rurales dotées en eau et électricité permettent à certains ménages
ƌƵƌĂƵdžĞƚĂŐƌŝĐŽůĞƐĚĞƐ͛ĠƋƵŝƉĞƌĚĞĐĞƐŵĂĐŚŝŶĞƐƌĠǀŽůƵƚŝŽŶŶĂŝƌĞƐ͘

1952 - Sauter 1954 - Thomson 1965


Machine semi-automatique, à deux cuves : Machine à agitateur et essoreuse Apparition des BOULES à laver le linge,
une pour laver et rincer, ů͛ĂƵƚƌĞƉŽƵƌĞƐƐŽƌĞƌ à rouleaux dans une double cuve déplaçables, pour les petits lavages.
[Link] superposée
NB : Dans les « laveries automatiques » des grandes villes, les modèles semi-automatiques seront remplacés par
des machines entièrement automatiques, en 1949 (Bendix et Laden) et 1953 (Vedette).

C ʹ A PARTIR DE 1960, GENERALISATION DES LAVE-LINGE DANS LES CAMPAGNES

͛ĞƐƚ ĚĂŶƐ ůĞƐ ĂŶŶĠĞƐ ϭϵϲϬ en France que la machine à laver


connaît un véritable succès. Les machines à agitateur et à pulsateur
disparaissent sauf pour « les deux cuves » (une pour laver et rincer,
ů͛ĂƵƚƌĞ ƉŽƵƌ ĞƐƐŽƌer), qui sont plus accessibles. Flandria, Arthur
Martin et Hoover diffusent dès 1960 un grand nombre de modèles.
:ƵƐƋƵ͛ĞŶ ϭϵϳϬ͕ ĚĞƐ ŝŶŶŽǀĂƚŝŽŶƐ ƐƵŝǀƌŽŶƚ : machines étroites à
chargement par le haut, commande par programmateurs, création
de plusieurs types de programmes (biologique, laine, blanc éco,
demi- ĐŚĂƌŐĞͿ͕ĚĠƉĂƌƚĚŝĨĨĠƌĠ͕ĞƐƐŽƌĂŐĞǀĂƌŝĂďůĞ͙

Désormais la machine à laver automatique permet de laver,


rincer, essorer par une seule commande de programme.

En cinquante ans, de 1920 à 1970, la corvée de la lessive à la


cendre qui durait plusieurs jours a été remplacée par une simple
séance à domicile de programmes automatiques réalisés en moins
de deux heures. Quelle révolution physique pour la femme ! Quel
1963 ʹ Modèle 100% automatique
gain de temps !
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 808

DĂŝƐů͛ĠƋƵŝƉĞŵĞŶƚĞŶůĂǀĞ-linge a été progressif, selon les valeurs suivantes :


Ź 1960 : 35% Ź 1971 : 57% Ź 1974 : 74% Ź 2007 : 93,9%.
Les années 1980-1990 marquent un triple tournant dans le
IRQFWLRQQHPHQW OH GHVLJQ HW O·LQWHUQDWLRQDOLVDWLRQ Des modèles
étroits apparaissent, avec les premières touches sensitives.
/·pOHFWURQLTXH SHUPHW GH PRGLILHU GHV SDUDPqWUHV QLYHDX G¶HDX
cadence de brassage, essorage HQIRQFWLRQG¶LQIRUPDWLRQVHQUHJLVWUpHV
SDUGHVFDSWHXUVVXUODQDWXUHGXOLQJHHWVDFDSDFLWpG¶DEVRUSWLRQ'HV
GLRGHV OXPLQHXVHV GRQQHQW O¶pWDW G¶DYDQFHPHQW GX SURJUDPPH /H
WDEOHDXGHFRPPDQGHGHYLHQWGLVFUHWHWWRXMRXUVIL[pjO¶DUULqUH
Puis en 2007, des lave- linge sans lessive sont apparus sur le marché.

1985, Thomson ʹ Lave linge électronique

à touches sensitives

2007 : 1er lave linge chinois WasH20


sans lessive
104 ʹ LES SÈCHE-LINGE
Le sèche-linge automatique fut inventé en 1935 par ů͛ĂŵĠƌŝĐĂŝŶ :͘ ZŽƐƐ DŽŽƌĞ et les premiers modèles
électriques sortiront en série aux Etats-Unis à partir de 1938. En France, la généralisation des sèche-linge
peut être située vers les années 1970/1980. Mais en 2011, 1/3 seulement des ménages français en sont
équipés. Désormais, les sèche-linge sont des tambours rotatifs pouvant se charger en façade ou par le
dessus. >͛ĠǀĂĐƵĂƚŝŽŶĚĞů͛ĞĂƵ peut avoir lieu soit par une ŐĂŝŶĞǀĞƌƐů͛ĞdžƚĠƌŝĞƵƌ ou une pièce ventilée, soit par
condensation ĂǀĞĐƐŽƌƚŝĞĚĞůĂǀĂƉĞƵƌĚ͛ĞĂƵƚƌĂŶƐĨŽƌŵĠĞĞŶĞĂƵĚĂŶƐƵŶďĂĐ͘>Ă programmation peut être
électronique ou mécanique.

1930 ʹ Repasseuse Essoreuse 2010 - Condenseurs de vapeur 2010 - Sèche linge surmontant le lave-
mécanique à rouleaux Ě͛ĞĂƵƉŽƵƌƐğĐŚĞůŝŶŐĞ linge proposé en kit.

Comme pour les lave linge, les modèles ont évolué. Il existe actuellement plusieurs types de sèche linge : des
modèles isolés qui ont leurs adeptes, placés près du lave linge ou dans une autre pièce, des sèche-linge
verticaux peu répandus en France et des séche linge intégrés au lave-linge, dénommés les lave-linge
séchant. En France, la première machine lavante-séchante remonte à la fin des années 1970.
Le sèche- linge en général est un appareil ƚƌğƐĐŽŶƐŽŵŵĂƚĞƵƌĚ͛ĠŶĞƌŐŝĞ. Seuls les modèles avec pompe à
chaleur sont classés Aн͕ŵĂŝƐůĞƵƌƉƌŝdžĚ͛ĂĐŚĂƚĞƐƚĠůĞǀĠ͘
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 809

A - LES SÈCHE-LINGE CLASSIQUES ISOLÉS A TAMBOUR


Tous les sèche- linge sont chargeables en façade ou par le dessus, comme les lave linge. Ils ont deux types
de programmation :
x La programmation électronique : la machine adapte le temps de séchage selon la nature, la quantité
Ğƚů͛humidité du linge dans le tambour, mesurées par des sondes électroniques.
x La programmation mécanique : la machine possède une minuterie manuelle qui permet à son
utilisateur de contrôler le temps de séchage nécessaire selon la charge et le type de linge.
Par ailleurs, ils ont hydzW^͛shd/KE>͛h :
x Les sèche-linge A CONDENSATION
Ils sont adaptés aux appartements ou aux pièces
sans ouverture, nécessitent seulement une prise
électrique et fonctionnent en circuit fermé. L'eau du
linge, transformée en vapeur d'eau, n'est pas
évacuée, mais condensée à travers un échangeur
thermique. Elle est ensuite orientée puis recueillie
dans un bac de récupération ou évacuée par une
ĂĐƌĠĐƵƉĠƌĂƚĞƵƌĚ͛ĞĂƵĚ͛ƵŶƐğĐŚĞ- linge à condensation.
vidange à l'aide d'un tuyau similaire à celui d'un lave-
Un témoin indique quand il faut le vider (eau
linge.
ĚĠŵŝŶĠƌĂůŝƐĠĞƌĠĐƵƉĠƌĂďůĞƉŽƵƌůĞĨĞƌ͙Ϳ
Certains de ces sèche-linges proposent également l'ajout d'un tuyau d'évacuation, option non négligeable si o
déménage un jour dans un endroit où l'évacuation est possible Ils ƉĞƵǀĞŶƚƉƌŽĚƵŝƌĞƵŶƉĞƵĚ͛ŚƵŵŝĚŝƚĠ;ϭ
ϮйĚ͛ŚLJŐƌŽŵĠƚƌŝĞͿƉĞŶĚĂŶƚůĞƐĠĐŚĂŐĞ͕ŵĂŝƐĐŽŶƚƌŝďƵĞŶƚăĐŚĂƵĨĨĞƌůĞůŽŐĞŵĞŶƚ

Certains sèche- linge classés A+ ƐŽŶƚ ĚŽƚĠƐ Ě͛ƵŶĞ


pompe à chaleur qui remplace la résistance
chauffante ;ŐƌĂŶĚĞ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚƌŝĐĞ Ě͛ĠŶĞƌŐŝĞ) des
appareils classiques. Avec ces derniers, l'air chaud issu
du séchage est totalement évacué ou condensé, alors
que le système de pompe à chaleur permet de
récupérer une partie de l'air chaud et de le réinjecter
dans le tambour.

x Les sèche-linge A ÉVACUATION


Ils sont adaptés aux maisons individuelles, sont moins
ĐŚĞƌƐ ă ů͛ĂĐŚĂƚ Ğƚ ŶĠĐĞƐƐŝƚĞŶƚ ƵŶ ĐŽŶĚƵŝƚ Ě͛ĂĠƌĂƚŝŽŶ
ƉŽƵƌĠǀĂĐƵĞƌů͛ĂŝƌĐŚĂƵĚĐŚĂƌŐĠĚ͛ŚƵŵŝĚŝƚĠ͘ Une gaine
Ě͛ĠǀĂĐƵĂƚŝŽŶĚŽŝƚ ĚŽŶĐġƚƌĞŝŶƐƚĂůůĠĞĞŶƚƌĞů͛Ăppareil et
ůĂƚƌĂƉƉĞĚĞǀĞŶƚŝůĂƚŝŽŶŽƵǀƌĂŶƚăů͛ĞdžƚĠƌŝĞƵƌŽƵĚĂŶƐƵŶ
ůŽĐĂůƐ͛LJƉƌġƚĂŶƚΎ͘
Aucune humidité ne se dégage dans la maison, mais la
chaleur consommée est perdue.
ї ŽŶĚƵŝƚĚ͛ĠǀĂĐƵĂƚŝŽŶĚ͛ƵŶƐğĐŚĞ- linge « à évacuation »
'ĂŝŶĞ Ě͛ĠǀĂĐƵĂƚŝŽŶ ŵƵƌĂůĞ A la sortie de la cuve, l'air chaud chargé d'humidité est
Ě͛ƵŶ ƐğĐŚĞ- ůŝŶŐĞ͘ >͛ŽƌŝĨŝĐĞ ĠǀĂĐƵĠǀĞƌƐů͛ĞdžƚĠƌŝĞƵƌ.
extérieur du mur est garni
Ě͛ƵŶĞŐƌŝůůĞ.

si on ne peut pas évacuer l'air chaud vers l'extérieur du


ї
Kit
logement : il existe le kit condenseur à placer au bout de la
condenseur
gaine d'évacuation. Ce condenseur, qui a l'aspect d'un seau, adaptable à
transforme la vapeur en eau qu'il suffira de vider. Ainsi, grâce un sèche-
à un kit condenseur, un sèche- linge à évacuation peut se linge à
transformer en sèche-linge à condensation. évacuation.
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 810

B - LES SÈCHE LINGE VERTICAUX OU ARMOIRES


Dans les pays nordiques, on utilise des armoires sèche-linge
Žƶ ůĞ ůŝŶŐĞ ĞƐƚ ƐƵƐƉĞŶĚƵ Ğƚ ǀĞŶƚŝůĠ ƉĂƌ ƵŶĞ ĐŝƌĐƵůĂƚŝŽŶ Ě͛Ăŝƌ
évacuant ů͛ŚƵŵŝĚŝƚĠ͘ Ŷ ƉƌŝŶĐŝƉĞ͕ ů͛ĂƌŵŽŝƌĞ ĐŽŶǀŝĞŶƚ ĂƵdž
vêtements trop fragiles pour le tambour.

C - LES COMBINES LAVE LINGE SÉCHANT


Ź Avantage et Inconvénients : deux appareils en un permettent un gain de place. Mais il faut savoir que
sécher le linge dans un combiné est beaucoup plus long qu'avec un sèche-linge classique. En général, la
capacité de séchage représente la moitié de celle du lavage. Il faut donc sécher le linge en plusieurs fois, ce
ƋƵŝĞƐƚůŽŝŶĚ͛ġƚƌĞƉƌĂƚŝƋƵĞ.

Sèche- linge à condensation, Sèche- linge à évacuation, à Lave- linge séchant ʹ peut laver 7 kg de linge
chargement frontal. chargement par le dessus, et en sécher 4 kg ʹ ƉƌŽŐƌĂŵŵĞƐĚ͛ĂŶƚŝ-
Le chargement peut avoir lieu nécessitant une froissage et de nettoyage pour nettoyer les
sur le dessus. ŐĂŝŶĞĚ͛ĠǀĂĐƵĂƚŝŽŶ conduits de séchage
Par ailleurs, le ƐğĐŚĞůŝŶŐĞĠůĞĐƚƌŝƋƵĞƌĞƐƚĞƵŶŐƌĂŶĚĐŽŶƐŽŵŵĂƚĞƵƌĚ͛ĠŶĞƌŐŝĞ͕ƉƵŝƐƋƵ͛ŝůƉĞƵƚƌĞƉƌĠƐĞŶƚĞƌũƵƐƋƵ͛ă
ϭϱйĚĞůĂĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶĠůĞĐƚƌŝƋƵĞĂŶŶƵĞůůĞĚ͛ƵŶŵĠŶĂŐĞ͕mis à part les sèche- linge avec pompe à chaleur.

D - LES DERNIERES NOUVEAUTES


Désormais, tŽƵƚĞƐ ůĞƐ ŵĂĐŚŝŶĞƐ ĞƵƌŽƉĠĞŶŶĞƐ ƐĞ ƌĞƐƐĞŵďůĞŶƚ͘ ůůĞƐ ƐŽŶƚ ďĂƐĠĞƐ ƐƵƌ ůĞ ƉƌŝŶĐŝƉĞ ƐĠĐƵůĂŝƌĞ Ě͛ƵŶĞ
double action chimique et mécanique, les progrès des lessives accompagnant ceux des lave-linge. Le tambour
ŚŽƌŝnjŽŶƚĂů ĞƐƚ ŽŵŶŝƉƌĠƐĞŶƚ͘ WĂƌ ĐŽŶƚƌĞ͕ ůĞƐ ŵŽĚğůĞƐ ĨƌĂŶĕĂŝƐ ŶĞ ƐĞ ďƌĂŶĐŚĞŶƚ ŵĂũŽƌŝƚĂŝƌĞŵĞŶƚ ƋƵĞ ƐƵƌ ů͛ĞĂƵ
froide, car le lessivage à la française exige que le début du lavage démarre à froid et non à chaud, ce qui aurait
pour inconvénient de « cuire » les taches. dŽƵƚĞĨŽŝƐ͕ƋƵĞůƋƵĞƐŵŽĚğůĞƐĨĂďƌŝƋƵĠƐĞŶƵƌŽƉĞ͕ƐĞďƌĂŶĐŚĂŶƚƐƵƌů͛ĞĂƵ
chaude, sont proposés en France (de même que pour les lave-vaisselle).
Les dernières nouveautés ĐŽŶĐĞƌŶĞŶƚ ůĞƐ ĚŝŵŝŶƵƚŝŽŶƐ ĚĞ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ Ě͛ĠŶĞƌŐŝĞƐ ;ŵŽŝŶƐ Ě͛ĞĂƵ͕ ŵŽŝŶƐ
Ě͛ĠůĞĐƚƌŝĐŝƚĠͿ ainsi que ůĞƐ ůĂǀĂŐĞƐ ƐĂŶƐ ůĞƐƐŝǀĞ ďĂƐĠƐ ƐƵƌ ů͛ĠůĞĐƚƌŽůLJƐĞ ĚĞ ů͛ĞĂƵ (les ions OH négatifs ont la
ƉƌŽƉƌŝĠƚĠĚ͛ĂƚƚŝƌĞƌůĞƐƐĂůĞƚĠƐĞƚĚĞůĞƐƌĞƚĞŶŝƌƚĂŶĚŝƐƋƵĞůĞƐŝŽŶƐOH positifs stérilisent le linge).

Mais la véritable innovation relève


de la domotique. Certains modèles
de lave-linge sont désormais
connectables à Internet, ce qui
permet depuis un ordinateur ou
Ě͛ƵŶe tablette ŽƵ Ě͛ƵŶ téléphone
de le programmer et de lancer le
lavage à distance.
Lave- linge programmable à distance - 2012
Chapitre XIII ʹ >͛ŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ 811

CONCLUSION DU CHAPITRE

Ÿ 1930 - Lavoir Ste Barbe au centre du village de Plestin-les-Grèves (22).


Photo prise un dimanche au moment de la messe.
1940 - Scène habituelle du rinçage au ruisseau en milieu rural. Ź
Dans les deux cas, les femmes portent la coiffe.

ŝŶƐŝƐĞƚĞƌŵŝŶĞůĞĐŚĂƉŝƚƌĞƌĞůĂƚŝĨăů͛ĞŶƚƌĞƚŝĞŶĚƵůŝŶŐĞ͘:͛ĞƐƉğƌĞǀŽƵƐĂǀŽŝƌĨĂŝƚƵŶĞĨŽŝƐĚĞƉůƵƐŵĞƐƵƌĞƌ à quel
point sont récents les progrès technologiqƵĞƐ ĚŽŶƚ ǀŽƵƐ ƉŽƵǀĞnj ďĠŶĠĨŝĐŝĞƌ Ğƚ ƋƵĞ ǀŽƐ ĂŶĐġƚƌĞƐ Ŷ͛ŽŶƚ ƉƵ
connaître. ^ŝ ũ͛Ăŝ ĐŽŶƐĂĐƌĠ ƋƵĞůƋƵĞƐ ƉĂŐĞƐ ă ůĂ WƌŽǀĞŶĐĞ Ğƚ ă ů͛/ƐğƌĞ͕ Đ͛ĞƐƚ ƉĂƌĐĞ ƋƵĞ ũ͛Ăŝ ƉĞŶƐĠ ă ǀŽƐ ůŝĞƵdž ĚĞ
naissance respectifs. Vos aïeules ont donc connu et pratiqué la lessive à la cendre avant de connaître la lessiveuse
et les premiers lave-linge.
Vous, chers petits-enfants, vous avez toujours connu les
lave- ůŝŶŐĞ ƋƵŝ ĨĂĐŝůŝƚĞŶƚ ƚĂŶƚ ů͛ĞŶƚƌĞƚŝĞŶ ĚĞƐ ǀġƚĞŵĞŶƚƐ͕
Ě͛ĂƵƚĂŶƚ ƉůƵƐ ƋƵĞ ůĞƐ ƚĞdžƚŝůĞƐ ŵŽĚĞƌŶĞƐ ƐĞ ƐĂůŝƐƐĞŶƚ
moins, pèsent moins lourd et sèchent plus vite. Certains
même seraient « intelligents ». Du coup, certains
hommes font aisément la lessive et cela vous paraît
normal, alors que cette délégation était impossible à
envisager, il y a seulement 50 - 60 ans, ũƵƐƋƵ͛ĂƵdžĂŶŶĠĞƐ
1960. ƵŵġŵĞƚŝƚƌĞƋƵ͛ĞŶϭϵϱϬ͕ĂƵĐƵŶŚŽŵŵĞŶ͛ĂƵƌĂŝƚ
accepté de faire les courses alimentaires avec un panier
ou un cabas.
Et vous plus tard, que connaîtrez-vous quand je ne serai
plus là ? Nul doute que vous appliquerez la 2013 : exemple de Smart Phone susceptible de contrôler à
généralisation de la domotique et ƋƵ͛ă distance, vous distance les appareils domestiques « intelligents ͕ͩĐ͛ĞƐƚ-à-
pourrez commander ů͛ĠůĞĐƚƌŽŵĠŶĂŐĞƌ Ğƚ  ůĞƐ ĚŝƌĞƌĞůŝĠƐĂƵƚĠůĠƉŚŽŶĞŵŽďŝůĞ͛͘ĂƵƚƌĞƐƉƌŽŐƌĂŵŵĞƐ
équipements du logement: le chauffage, la climatisation, existent déjà : Air Conditioner, Washer ͙
le démarrage du lave-linge, du robot aspirateur, la cuisson de la tarte, la fermeture des volets rŽƵůĂŶƚƐ͕ů͛ĂƌƌŽƐĂŐĞ
du jardin ... Le progrès ne fait pas le bonheur, mais il facilite la vie. A droite un « Smart Control » universel utilisant
la radiofréquence, pour un parfait contrôle à distance. Il existe des modèles ƉŽƵǀĂŶƚƉŝůŽƚĞƌũƵƐƋƵ͛ă quinze
équipements. Les applications sont majoritairement culturelles (télé, musique, info, internet). Mais elles vont
Ɛ͛ĠůĂƌŐŝƌ ă Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ƚLJƉĞƐ Ě͛ĂƉƉĂƌĞŝůs, car les ĨĂďƌŝĐĂŶƚƐ Ě͛ĠůĞĐƚƌŽŵĠŶĂŐĞƌ ŽƵ Ě͛ŝŶƐƚĂůůĂƚŝŽŶƐ ĚŝǀĞƌƐĞƐ ƉƌŽƉŽƐĞŶƚ
des modèles permettant cette option.
A moins que ͙ ůĂ ŵƵůƚŝƉůŝĐĂƚŝŽŶ ĚĞ ĐĞƐ ĐŽŵŵĂŶĚĞƐ ƋƵŝ ŶĠĐĞƐƐŝƚĞŶƚ ĚĞ ůĂŝƐƐĞƌ ů͛ŝŶƐƚĂůůĂƚŝŽŶ ă ƚĠůĠĐŽŵŵĂŶĚĞƌ ĞŶ
ǀĞŝůůĞ ĠůĞĐƚƌŝƋƵĞ͕ ƌĞƉƌĠƐĞŶƚĞ ƵŶ ũŽƵƌ ĂƵ ŶŝǀĞĂƵ ŶĂƚŝŽŶĂů Ğƚ ŝŶĚŝǀŝĚƵĞů͕ ƵŶĞ ĚĠƉĞŶƐĞ Ě͛ĠŶĞƌŐŝĞ ũƵŐĠĞ ƚƌŽƉ
ŝŵƉŽƌƚĂŶƚĞ͙:ĞŶ͛ĂŝƉĂƐůĂƌĠƉŽŶƐĞ͘ ͛ĞƐƚǀŽƵƐƋƵŝů͛Ăurez.
Et surtout je vous souhaite de pouvoir choisir votre mode de vie en fonction des valeurs qui seront les vôtres. Le
ĐŚŽŝdžŶ͛ĞƐƚƉĂƐƚŽƵũŽƵƌƐĨĂĐŝůĞ͕ ŵĂŝƐ ǀŽƵƐƉŽƵƌƌĞnjĂƵŵŽŝŶƐĂĐĐŽƌĚĞƌĚĞƐƉƌŝŽƌŝƚĠƐăĐĞƋƵŝǀŽƵƐƐĞŵďůĞůĞƉůƵƐ
important pour vous-mêmes et vos futurs enfants qui prolongeront la lignée familiale.

***
EPILOGUE

Nous voilà donc arrivés au terme des Regards sur l’Evolution de la sphère domestique paysanne concernant
notamment la condition des femmes depuis 1850. Etant née en 1937, j’estime faire partie de la dernière génération
dont les parents et les grands- parents auront vécu dans une ferme avant et après 1900 et dont les souvenirs relatés
dès mon enfance me sont restés gravés.
Profitant du temps de la retraite, consciente de l’extrême rapidité de l’évolution de notre société au cours du XXe
siècle, j’ai décidé d’interroger ma mère sur ce qu’elle avait vécu étant jeune, avant de quitter la ferme. Elle a accepté.
J’ai consigné sur un grand cahier, commencé le dimanche 31 août 1997, les souvenirs recueillis sur les sujets évoqués.
La prise de notes effectuée par petits épisodes s’est étalée sur 4 ans. Mais la rédaction de mon étude à partir de ces
notes a duré plus longtemps. Commencée à Montlouis sur Loire (37) en 2000 de façon succincte, élargie ensuite par la
recherche de références complémentaires, je n’ai entamé la rédaction finale qu’à partir de 2008, après mon arrivée à
Montfavet (84). L’insertion d’illustrations sans lesquelles le texte eut été trop ardu et la mise en place de tableaux
m’ont pris beaucoup de temps. Mais cela m’a paru essentiel pour la compréhension des sujets, notamment pour mes
petits-enfants habitués à l’image et nés à une date postérieure aux principaux faits évoqués, inconnus pour eux.
Je voulais leur transmettre l’essentiel de ce que ma mère m’avait dit. En fait, quand je me suis mise à l’ouvrage, j’ai
compris qu’il me fallait vérifier ses informations et les situer dans le contexte, notamment historique. Le « Larousse
Agricole » paru en 1921/1922 m’a été indispensable pour tout ce qui se rapporte aux travaux de la ferme. En ce qui
concerne l’évolution de l’économie agricole, de l’habitat paysan, des vies familiales et des exploitations, « l’Histoire
de la France Rurale de 1914 à nos jours, Tome 4 », par Michel Gervais, paru en 1976, m’a été très utile. Pour tout ce
qui dépend de la vie quotidienne : mobilier, éclairage, alimentation y compris l’autoconsommation, les habits paysans
et l’entretien du linge, il m’a fallu piocher dans mes propres connaissances, dans quelques livres achetés à cette
occasion et évidemment surfer sur Internet. L’utilisation d’Internet n’est pas évidente. J’y ai trouvé d’excellents sites
dont j’ai donné les références. Mais d’autres plus nombreux sont des copies d’autres sources rarement mentionnées.
Des erreurs s’y glissent et la rédaction laisse souvent à désirer. Les souvenirs de ma mère, ma formation générale et
technique et mes propres souvenirs constituent la trame de cette étude.
Ce que j’ai réalisé devrait représenter pour mes enfants et surtout mes petits-enfants une approche synthétique et
personnalisée de la vie de l’une de leurs arrière grands- mères : Maria Gérard (1908/2004) - maternelle pour François
et Héloïse, paternelle pour Taline, Cyrus et Danaé - et leur donner un aperçu de la façon de vivre et de travailler
autrefois dans les familles agricoles et rurales. Quelques répétitions leur permettront sans perdre le fil, de lire les
thèmes par chapitre. Par ailleurs les deux sommaires, résumé et détaillé, leur donneront la possibilité d’accéder
directement à des points particuliers.

Autant que j’ai pu, j’ai précisé l’évolution des thèmes abordés depuis les temps anciens jusqu’à la période de l’an
2000, en les élargissant parfois à d’autres milieux sociaux ou à d’autres régions, tant il est vrai que la conscience d’une
façon de vivre dépend surtout de sa comparaison avec d’autres.

Vous aurez sans doute remarqué à quel point la vie quotidienne est un carrefour pluridisciplinaire. Elever ses enfants,
faire à manger, gérer un budget, utiliser des appareils, raisonner des achats, équiper et entretenir un logement,
organiser son temps, équilibrer vie familiale et vie professionnelle, savoir effectuer des démarches, avoir des notions
juridiques … demande une somme de connaissances le plus souvent apprises sur le tas, car peu enseignées dans les
écoles et dévalorisées par le plus grand nombre. Et pourtant être responsable d’une famille au jour le jour relève à la
fois de pratiques et de connaissances scientifiques, économiques et juridiques. Et l’on reconnaît mieux aujourd’hui
l’importance de l’encadrement des enfants tant à la maison qu’à l’école, pour créer le sens civique dans une nation.
Evidemment, pour des générations de femmes, rester à la maison a longtemps été assimilé à une situation de « ne
travaille pas », ou « sans profession », alors que l’éducation des enfants et la tenue d’un foyer exigent du temps et des
compétences. A mon avis, le fond du problème est triple : le confinement dans une maison ne favorise pas la
communication, il n’est pas socialement parlant valorisant et il n’est pas rémunéré.

Alors, pour atteindre leur autonomie, les femmes d’aujourd’hui exercent un métier parfois à domicile, le plus souvent
à l’extérieur de la maison, en plus de leurs autres taches familiales. Depuis 1960, elles sont majoritairement salariées,
parfois responsables d’entreprises ou exerçant des professions libérales. Parallèlement, sauf pour les parents isolés, le
partage des activités du ménage progresse et commence à se banaliser dans les générations de moins de quarante
ans, même si les femmes y travaillent toujours plus. Dans certains cas, des hommes choisissent de rester «à la
maison » pour élever les enfants et gérer la maison pendant que Madame travaille. Si ce choix est une notable
évolution par rapport à l’identité des sexes, il est peu fréquent et non représentatif du plus grand nombre.
Depuis la fin de la première Guerre mondiale, la condition des femmes et leur place dans la société de pays
démocratiques ont évolué d’abord progressivement puis considérablement. Si on se réfère en France au droit de vote
des femmes, appliqué pour la première fois en 1945, l’évolution du droit des femmes dans la société aura été plus
importante en moins de cinquante ans que pendant tous les siècles précédents, du jamais vu. Certes, des progrès
restent encore à faire dans certains milieux, mais il serait absurde de nier l’importance et la rapidité de cette
évolution.

Aujourd’hui les familles n’ont plus le même statut qu’autrefois. Dans le meilleur des cas, la plupart des enfants sont
élevés par leurs parents. Même si l’habitat évolue ainsi que les conditions de vie et de travail, quel que soit
l’environnement, le cadre familial leur sert de point d’ancrage et reste celui qui les aidera à s’adapter au monde
dans lequel ils devront vivre.

Pour pouvoir apprécier ce que l’on vit, il est bon de connaître ce qui s’est passé avant. Cela nous permet de savoir
d’où l’on vient et de relativiser les évènements, tout en ayant une pensée pour ceux qui nous ont précédés et à qui
l’on doit souvent quelque chose, puisqu’ils nous ont transmis la vie.

Avec ma tendre affection pour mes enfants et petits-enfants auxquels je dédie ce panorama sur la vie quotidienne
d’autrefois en milieu paysan et rural, notamment vers les années 1900.

Irène BOULONGNE
Septembre 2015
Table des Matières 1

PARTIE 1 ʹ LES ORIGINES ET LA FERME ź


1.10 x Résumé géographique de la Bretagne 1
La Région x Repères familiaux en Ille et Vilaine
Ě͛KƌŝŐŝŶĞ
1.20 x >ĞƐ ƉĂƌĞŶƚƐ ĚĞ DĂƌŝĂ͕ ĨƌğƌĞƐ Ğƚ ƐƈƵƌ- les oncles et tantes ʹ 4
Les Origines grands- parents- grands oncles et grandes tantes, photos de
Les origines familiales famille, photos de mariages en 1924 et 1929
et
1.30 x Les lieux, le hameau, les bâtiments de la ferme des Gérard à 13
la Ferme
>Ă WƌŝƐĞ ĞŶ >Ă ĂƵƐƐĂŝŶĞ Ğƚ ůĞƐ ĂŶŶĞdžĞƐ͕ ƐŽƵǀĞŶŝƌƐ Ě͛ĞŶĨĂŶĐĞ
La Ferme
ĚĞDĂƌŝĂ͕ů͛ĂŵďŝĂŶĐĞăůĂ ferme
1.41 x Le système agricole en Ille et Vilaine vers 1900 - les périodes 23
de Maria à la ferme et le contexte de la Guerre 1914/1918 ʹ
>͛ŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ
^ƚĂƚŝƐƚŝƋƵĞƐƐƵƌů͛ŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ ĞŶ/ůůĞĞƚsŝůĂŝŶĞǀĞƌƐϭϵϮϬ ʹ Les
en Ille et Vilaine
ƉƌĂƚŝƋƵĞƐ ĂŐƌŝĐŽůĞƐ ĚĂŶƐ ů͛ŽƵĞƐƚ ĞŶ ϭϵϮϬ ʹ Aperçu des
début XXe
productions agricoles de la Ferme ʹ Evolution des Plantes
fourragères
1.51 x >ĞƐ ƚƌĂǀĂƵdž Ě͛ƵƚŽŵŶĞ ͗ ĠƉĂŶĚĂŐĞ ĚƵ ĨƵŵŝĞƌ͕ ůĂďŽƵƌƐ͕ 38
ƉůĂŶƚĂƚŝŽŶƐ Ğƚ ƐĞŵŝƐ Ě͛ĂƵƚŽŵŶĞ͕ ǀĞŶƚĞ ĚƵ ďůĠ͕ ƌĠĐŽůƚĞ ĚĞƐ
Les Travaux
pommes de terre, arrachage des betteraves fourragères,
dans les champs
récolte des pommes à cidre, ramassage des choux fourragers,
1.52 x >ĞƐ ƚƌĂǀĂƵdž Ě͛,ŝǀĞƌ ͗ ƚƌĂǀĂƵdž ĚŝǀĞƌƐ Ě͛ĞŶƚƌĞƚŝĞŶ͕ ĞdžƉůŽŝƚĂƚŝŽŶ 49
des chênes têtards, récolte des ajoncs
Les Travaux dans Les Travaux
Ě͛,ŝǀĞƌĞƚ de x Les Travaux de Printemps : plantations de printemps, 51
les Champs semailles de printemps, entretien des cultures, foins : fenaison
Printemps
et ramassage
1-53 x >ĞƐdƌĂǀĂƵdžĚ͛ƚĠ͗ĨĂƵĐŚĂŐĞĚĞƐĐĠƌĠĂůĞƐ͕ũĂǀĞůůĞƐĞƚƋƵŝŶƚŝĂƵdž 58
ou moyettes, battage des céréales : différents systèmes,
Les Travaux Battage au manège à la ferme des Gérard à La Prise, travaux
Ě͛ƚĠ Ě͛ĞŶƚƌĞƚŝĞŶ ĚĞƐ sols : déchaumage et autres travaux,
Calendrier reconstitué des productions végétales à la Ferme
de La Prise entre 1924 et 1930
1.61 x Introduction sur les Animaux de ferme début XXe siècle ʹ Les 67
Les Animaux Chevaux de Trait : Gros Trait et Trait léger
de Ferme x Les Bovins : quelques statistiques et catégories début XXe ʹ 70
Chevaux Les principales races bovines en France vers 1900/1920 ʹ
Bovins ƵƚƌĞƐƌĂĐĞƐĚĞů͛KƵĞƐƚĞƚĚĞƐ Alpes
1.62 x Les Porcs : Principales races porcines vers 1900/1920, 77
Les animaux de Répartition en France
ferme x Les Ovins : Principales races ovines, Répartition en France 78
Porcs, x Les Caprins : Principales races de Chèvres 80
Les Animaux Ovins, Caprins
de ferme 1.63 x Les Poules et Autres animaux de Basse- Cour ʹ Principales 82
La Basse-Cour ƌĂĐĞƐĚĞƉŽƵůĞƐ͕Ě͛KŝƐĞĂƵdžĞƚĂƵƚƌĞƐĂŶŝŵĂƵdžĚĞĂƐƐĞ- Cour
Maria et les x Maria et les vaches : litières, traite, alimentation 86
Soins aux x Maria et les cochons - Maria et le Cheval ʹ Maria et la basse- 89
animaux Cour
1.64 x Quelques chiffres et cartes : Population active agricole, 92
>͛ǀŽůƵƚŝŽŶ de EŽŵďƌĞ Ě͛džƉůŽŝƚĂƚŝŽŶƐ ĂŐƌŝĐŽůĞƐ ĞŶ &ƌĂŶĐĞ͕ ^ƵƌĨĂĐĞ ŐƌŝĐŽůĞ
ů͛ŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ Utile en Bretagne de 1955 à 2007, Evolution des Exploitations
entre en Bretagne entre 1970 et 2007 ʹ La Bretagne en 2007
1900 et 2007 x >ĞƐ ĐŚŽŝdž ĚĞ ů͛ĂƵƚĞƵƌ ƉŽƵƌ ůĞƐ ƚƌĂǀĂƵdž ă ůĂ ĨĞƌŵĞ Ğƚ ĚĂŶƐ ůĞƐ 96
Place champs ʹ Ses ressentis sur la génération des femmes du début
des femmes du XXe siècle.
Table des Matières 2

1.70 x La production de miel à la ferme des Gérard à la Prise, la 98


La Fabrication ŽůůĞĐƚĞ ĚĞƐ ƌƵĐŚĞƐ͕ ů͛džƚƌĂĐƚŝŽŶ ĚƵ ŵŝĞů ĞŶ ŐĠŶĠƌĂů͕
La production de du Miel, ů͛džƚƌĂĐƚŝŽŶ ĚƵ ŵŝĞů ă ůĂ ĨĞƌŵĞ ĚĞ la Prise avant 1923, la
Miel de la Cire et Fabrication de la cire en général et à la ferme de La Prise, la
de ů͛,LJĚƌŽŵĞů ƉƌĠƉĂƌĂƚŝŽŶ ĚĞ ů͛,LJĚƌŽŵĞů͕ ůĞ ŶĠŐŽĐĞ Ğƚ ůĞ ƚƌĂŶƐƉŽƌƚ ĚƵ ŵŝĞů
et de la Cire depuis la ferme de La Prise
1.81 x Présentation et plan du jardin de la ferme des Gérard à La 108
Prise en 1920 ʹ Les Légumes et Arbres fruitiers vers 1920 ʹ Les
Le jardin Légumes et Arbres fruitiers en 2010 : Evolution ʹ Calendrier
potager et des Travaux au Jardin et au Verger vers 1920 et en 2010 :
fruitier comparaison
x Evocations de Maria sur les travaux au jardin de la ferme : les 121
Productions travaux des enfants ʹ les travaux des femmes : gestion,
et travaux de la terre, plantations, semis en place, éclaircissage
Travaux
Le Jardin Potager et repiquage, semis sous châssis, préparation des couches et
surveillance
et Fruitier
1.82 x Les outils de jardin en 1920 : pour préparer le sol, pour 129
Le jardin planter, pour désherber, pour entretenir le sol et les cultures,
pour des travaux particuliers ʹ Les outils de jardin en 2010 :
Outils
évolution ʹ la houe sur mesure réalisée pour Maria
Greffage x Le greffage : intérêt, types de greffe les plus courants, Maria
et les greffes de rosiers
1.83 x Rôle du jardin et des cours de ferme dans le contexte de 1920, 141
Le jardin les fleurs annuelles courantes les fleurs vivaces vers 1920, les
Les fleurs roses anciennes, les fleurs et les fêtes religieuses

PARTIE 2 - >͛,/dd/KEWz^EE ź

2.10 x Le contexte de ů͛ŚĂďŝƚĂƚ ƉĂLJƐĂŶ ĞŶ &ƌĂŶĐĞ ĚĠďƵƚ yyĞ ʹ Les 148
Le contexte de grandes étapes du confort technique
Habitation
x La structure de la salle commune début XXe, représentations 151
ů͛ŚĂďŝƚĂƚŝŽŶ
et dans quelques régions de France : Quercy, Cantal, Pyrénées,
paysannne Aubrac, Alsace, Moyenne Provence ʹ les maisons paysannes
vers 1900 Salle bretonnes début XXe, illustrations ʹ La salle commune des
commune fermes en Ille et Vilaine vers 1920 ʹ la salle commune de la
La salle commune ferme des Gérard à La Prise ʹ ůĂƐĂůůĞĐŽŵŵƵŶĞĚ͛ƵŶĞŐƌĂŶĚĞ
ferme des environs de Rennes en Ille et Vilaine

2.21 x La table et les bancs de table : illustrations ʹ Tables de la 168


ferme des Gérard à la Prise ʹ Autres types de bancs en
Tables Bretagne
x Les lits clos bretons et leurs bancs coffres : illustrations ʹ Lits 172
et
clos ou demi-ĐůŽƐĚ͛ĂƵƚƌĞƐƌĠŐŝŽŶƐ ʹ Ğů͛ƵƐĂŐĞĚĞƐůŝƚƐĐůŽƐ ʹ
Lits Evolution des lits clos : demi-clos, à baldaquins, à rouleaux ʹ
dƌĂŶƐĨŽƌŵĂƚŝŽŶĚ͛ƵŶůŝƚĐůŽƐĚƵDŽƌďŝŚĂŶĞƚĚƵůŝƚĚĞŵŝ-clos à
rideaux de la ferme des Gérard à La Prise

Le mobilier 2.22 x Les armoires de fermes ʹ Les armoires de mariage 184


paysannes : illustrations en Normandie, Alsace, Provence,
de la Armoires Basse et Haute Bretagne (Armoire Rennaise), armoires de port
ʹ Les armoires paysannes ordinaires : illustrations en Savoie et
salle commune Dauphiné, Normandie, Bretagne (Presses à lin), Ille et Vilaine
Buffets (Louis Philippe, style composite) ʹ armoires defamille
deux corps x Les Buffets deux-ĐŽƌƉƐ͕ ƐĞůŽŶ ůĞ ƐƚLJůĞ Ğƚ ů͛ĠƉŽƋƵĞ͕ ďƵĨĨĞƚƐ 198
deux-corps régionaux ʹ Les Buffets vitrines, selon le style et
ů͛ĠƉŽƋƵĞ
Table des Matières 3

2.23 x Les Vaisseliers régionaux : illustrations dans plusieurs régions 202


de France, vaisseliers bretons et variantes avec horloge
Vaisseliers x Les Buffets bas et Enfilades, selon les styles et les époques, 204
Buffets bas modèles régionaux
x >ĞƐƉĞƚŝƚƐŵĞƵďůĞƐƉĂƌƚŝĐƵůŝĞƌƐ͗ďŽŶŶĞƚŝğƌĞ͕ŵĞƵďůĞĚ͛ĂƉƉƵŝ͕ 208
Petits meubles homme debout, confiturier
x Buffet de famille à deux corps de la ferme de La Prise 210

2.31 x Les coffres (à grains, à vêtements, à objets précieux) : 211


illustrations en Bretagne et autres régions
Coffres x Les coffres à sel : images
x Les Pétrins ou Les Maies : la préparation manuelle du pain 215
et dans un pétrin- Différentes formes de pétrins : pétrins à pieds,
Pétrins coffres pétrins, tables pétrins, buffets pétrins, commodes
pétrins
x Les pétrins provençaux avec leurs panetières
2.32
x >ĞƐƉƌĞŵŝğƌĞƐŽŵƚŽŝƐĞƐĞŶĂŐĞĚĞ&Ğƌ͕ZĠƐƵŵĠĚĞů͛ŚŝƐƚŽŝƌĞ 223
Les Cages de Fer de la Comtoise du XVIIe à nos jours, La Grande Horloge ou
et les Horloges Horloge de Parquet au XIXe et début XXe, Les trois types
de parquet Ě͛,ŽƌůŽŐĞƐ ŽŵƚŽŝƐĞƐ ĂŶĐŝĞŶŶĞƐ ʹ Les types de bâtis (ou
caisses) et de balanciers ʹ Les cadrans selon leur génération

2.33 x /ůůƵƐƚƌĂƚŝŽŶƐĚ͛ĂŶĐŝĞŶŶĞƐŚŽƌůŽŐĞƐƌĠŐŝŽŶĂůĞƐĚĞƉĂƌƋƵĞƚƐĞůŽŶ 230


Fin des Horloges la forme de leur bâti : Droites ʹ Galbées ʹViolons ʹ Autres
de Parquet comtoises particulières
Les vases de nuit x >ĞƐ sĂƐĞƐ ĚĞ ŶƵŝƚ ƉƵŝƐ ůĞƐ ^ĞĂƵdž Ě͛ĂŝƐĂŶĐĞ ʹ Les Chaises 234
Le petit mobilier et les chaises percées ʹ WĂƌĞŶƚŚğƐĞƐƵƌů͛,LJŐŝğŶĞĚĞƐZƵĞƐĞŶ France
percées x >ĞƐdĂďůĞƐĚĞŶƵŝƚŽƵŚĞǀĞƚƐ͗ŝůůƵƐƚƌĂƚŝŽŶƐƐĞůŽŶů͛ĠǀŽůƵƚŝŽŶʹ 237
Les tables de nuit Modèles les plus fréquents dans les fermes vers 1900
de la salle
2.34 x En Bretagne : vaisseliers égouttoirs, garde-manger 240
Les meubles x WĂLJƐĚ͛ǀƌĂŶĐŚĞƐ;DĂŶĐŚĞͿ͗ĂƌŵŽŝƌĞĚĞ laiterie
commune x En Provence : garde-manger, ǀĞƌƌŝĞƌ͙
régionaux
spécifiques x En Savoie : séchoir à fromages, meuble de berger
x En Normandie, Vendée, Lorraine : grands meubles de laiterie
et grands vaisseliers égouttoirs (faux-palier normand) ʹ En
Alsace : buffet Olmer
2.41 x Le filage au fuseau et à la quenouille : illustrations - Le Rouet à 248
grande roue ʹ Le rouet à épinglier sans pédale, avec pédale
Les Rouets
anciens x La préparation de la laine, peignage, cardage
x Les rouets en fonctionnement au XIXe : principe de
fonctionnement, classification et illustrations
2.42 x Classement selon leur type de construction, horizontale ou 259
verticale ʹ ƐĞůŽŶ ůĞƵƌ ŵŽĚĞ Ě͛ĞŶƚƌĂŠŶĞŵĞŶƚ ͗  ƐŝŵƉůĞ  ;ă
Les Rouets
tension écossaise ou irlandaise) ou double - La charkha ou
modernes
rouet de Gandhi
x Démarrage du filage avec un rouet à étrier : en images 263
2.43 x Anciens rouets à étriers du XIXe et avant - Anciens rouets à 264
Photos grande roue du XIXe et début XXe
Ě͛ĂŶĐŝĞŶƐ rouets x Fileuses de laine au rouet, XIXe et début XXe - Fileuses de 267
et de fileuses laine au fuseau, XIXe et début XXe
de Laine x Autres textiles-: La Soie : résumé de la vie du ver à soie et du 269
Soie cocon, Images : décoconnage chez des paysans de la Vallée du
Rhône, début XXe, élevage des cocons par les paysans
Lin x Le Lin : rouissage, chauffage, teillage, peignage, filage, mise en 272
écheveau, images de paysannes du Cambrésis, blanchiment
Table des Matières 4

Chanvre x Le Chanvre : mêmes opérations que pour le lin, images de 275


paysans travaillant le chanvre dans la Vallée de la Loire,
Limousin et Bretagne
2.51 x Evolution des berceaux et images : berceaux du Moyen- Âge, 278
Les Berceaux berceaux régionaux du XVIIIe, du XIXe, du début du XXe
et les Landaus x Les landaus de 1870 à 1950 : quelques images 287
2.52 x Planches à pain - porte-cuillers - chauffe- lits (moines, cassots, 289
bassinoires, bouillottes, briques) ʹ chaufferettes (à pieds, à
Les Accessoires et Les Accessoires
mains) ʹ Saloirs ʹ Pots à beurre salé, à saindoux, à rillettes
Eléments de du Mobilier
x Objets pieux : crucifix, statuettes, gravures, chapelets
décoration
2.53 x Sur la tablette de cheminée -près de la fenêtre : almanachs, 301
photos de mariage, petits miroirs, globes de mariée,
Les éléments
nécessaire de coiffure, lorgnons, nécessaire de couture ʹ sur
décoratifs
les murs : portraits de famille
2.61 x ǀŽůƵƚŝŽŶ ĚĞ ů͛ĠĐůĂŝƌĂŐĞ ƉƵďůŝĐ ĚĂŶƐ ůĞƐ ŐƌĂŶĚĞƐ ǀŝůůĞƐ ʹ 313
>͛ĐůĂŝƌĂŐĞ Evolution en Province : exemples en Bretagne, en Isère, en 316
public Provence
2.62 x Les lampes à huiles, chandelles de résine, brûle-joncs, 318
>͛ĐůĂŝƌĂŐĞ chandelles de suif, chandelles à la cire ou cierges
>͛ĐůĂŝƌĂŐĞ domestique x Survivance des lampes à huile chez les paysans et en province
Des lampes à x 1780 : 1ères lampes à huile moderne ʹ 1800 : lampes 321
huile aux lampes mécaniques ʹ 1825 : bougies stéariques ʹ 1830 : lampes à
à pétrole gaz ʹ 1860 : lampes à pétrole et lampes tempête
2.63 x 1860 : les lampes à essence (dont la lampe Pigeon) ʹ 1880 : les 328
>͛ĠĐůĂŝƌĂŐĞ lampes électriques - 1886 ͗ ůĞƐ ďĞĐƐ ă ŝŶĐĂŶĚĞƐĐĞŶĐĞ Ě͛ƵĞƌ 329
domestique pour les lampes à pétrole, à essence et à alcool -1885 : les 331
Des lampes à lampes à pression (gaz ou pétrole) et les lampes sans pression
essence aux (pétrole, essence, alcool) ʹ les lampes à acétylène ʹ les lampes 333
lampes à LED de poche à piles électriques ʹ depuis les années 1950

PARTIE 3 ʹ >͛>/DEdd/KEWz^EEd>d> ź
3.10 x Le Temps des Famines Chroniques ʹ le Temps de la Suffisance 336
Alimentaire
>͛ůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ x >͛ůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶƉĂLJƐĂŶŶĞďƌĞƚŽŶŶĞĂƵy/yĞĞƚĚĠďƵƚ XXe 342
x ƵƚƌĞƐŝŶĨŽƌŵĂƚŝŽŶƐƐƵƌů͛ůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶĚĞƐƉĂLJƐĂŶƐĞŶ France 344
paysanne : au Moyen- Âge, vers 1900 dans le Queyras, fin XIXème dans
ůĞƐ ƀƚĞƐ Ě͛ƌŵŽƌ͕ ĂƵ y/yĞ ĐŚĞnj ůĞƐ ƉĂLJƐĂŶƐ ŚĂƵƚ-alpins, en
>͛ůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ Provence au cours des siècles
paysanne x Evolution des aliments aux Halles de Paris entre le Moyen-Âge 350
Ğƚů͛ĠƉŽƋƵĞ moderne
3.21 x Evolution de la table et de son usage ʹ Témoignages régionaux 356
La Table - Ambiances de tables paysannes après 1950
La Table x Evolution des pratiques de cuisson des aliments : feu direct 360
paysanne
extérieur, foyers de cheminées intégrées dans les murs, foyers
et centraux au sol chez les paysans
* du Moyen-Âge au XVIIe : feux intégrés seulement dans les 362
Les Feux de fermes logis ʹ à partir de 1650 généralisation des cheminées
les Feux de
cuisson des cuisson dans les maisons paysannes ʹ Ambiances de cheminées
paysannes vers 1900
aliments * les fourneaux potagers ou les premiers feux domestiqués à 366
partir du XVIIe
Table des Matières 5

3.22 x A partir de 1800/1850, les feux maîtrisés pour le chauffage et 368


la cuisson : les Fourneaux à bois, puis les cuisinières mixtes
Des poêles
(bois ou charbon) ʹ vers 1920/1950 : les cuisinières à gaz ʹ
à bois
vers 1920/1940 : les réchauds électriques ʹ en 1950 les
aux
Les accessoires cuisinières électriques
cuisinières
x Introduction en milieu agricole des appareils de cuisson et des
de table et premières cuisines équipées : images Ě͛ĂƌĐŚŝǀĞƐ

de cuisson 3.23 x Evolution de la vaisselle et des ustensiles de cuisine : au 375


Moyen- Âge dans les milieux aisés ʹ vers 1900 dans les milieux
Les Accessoires
paysans : vaisselle courante, belles pièces de vaisselle
de table
régionales, ustensiles en fonte pour la cheminée, ustensiles en
et
métaux, en bois, en poterie, en cuivre, en aluminium, en tôle
de Cuisson
émaillée ou en fonte émaillée, en vannerie
x  ƉĂƌƚŝƌ ĚĞ ϭϵϱϬ͕ ů͛ĠůĞĐƚƌŽŵĠŶĂŐĞƌ ĚĂŶƐ ůĞƐ ĨĂŵŝůůĞƐ 371
Ě͛ĞdžƉůŽŝƚĂŶƚƐĂŐƌŝĐŽůĞƐƉƌĠĐĠĚĂŶƚůĞƐ multimédia

Partie 4 - LA CONSERVATION DES ALIMENTS ź

4-11 x Evolution au cours des siècles 386


Du fumage x La conservation des aliments à la ferme vers 1900 : 388
à la Fumage ʹ Salage - Enrobage dans le gras ʹ dans le sucre ʹ dans
Fermentation le vinaigreʹ ĚĂŶƐ ů͛ĂůĐŽŽů ʹ Séchage - Fermentation alcoolique ou
Les différents lactique

procédés 4-12 x La Conservation par la chaleur ou la Stérilisation 403


de conservation Découverte et début du procédé ʹ Principe et réglementation des
La Stérilisation
conserves faites maison ʹ Bocaux ʹ Stérilisateurs ʹ Exemple pour
les haricots verts ʹ Temps de cuisson conseillé selon le produit et
le stérilisateur

4-13 x La Conservation par le Froid :


La Glace et les Glacières ʹ Les Réfrigérateurs et les Congélateurs ʹ 414
Le Froid
Evolution des Réfrigérateurs ʹ Evolution des Congélateurs ʹ Taux
Ě͛ƋƵŝƉĞŵĞŶƚĚĞƐŵĠŶĂŐĞƐĨƌĂŶĕĂŝƐʹ Principe de fonctionnement 419
des réfrigérateurs : à compression, à absorption, solaires ʹ
Modèles en 2010- Critères de choix

PARTIE 5 - >͛hdKKE^KDDd/KE ź
x WĞƚŝƚĞ ŚŝƐƚŽŝƌĞ ĚƵ ƉĂŝŶ ĂǀĂŶƚ Ğƚ ĂƉƌğƐ ů͛ŝŶĚƵƐƚƌŝĂůŝƐĂƚŝŽŶ ĚĞ ůĂ 427
5.11
farine et de la levure vers 1850
Le Pain x La réalisation du Pain à la Ferme vers 1900 : préparation du 428
levain naturel, pétrissage, façonnage et mise en panières,
à temps de fermentation, cuisson, conservation -
Illustrations
la Ferme x >͛ĂůůƵŵĂŐĞ ĚƵ ĨŽƵƌ ĚĂŶƐ ůĞƐ ĨĞƌŵĞƐ Ğƚ ůĞ ƐƵŝǀŝ ĚĞ ůĂ ĐƵŝƐƐŽŶ ͗ 434
témoignages et illustrations ʹ Evolution de la consommation
de pain au cours du XXe
Le Pain au levain x ǀŽůƵƚŝŽŶ ĚĞ ů͛ƵƐĂŐĞ ĚĞƐ ĨŽƵƌƐ ă ƉĂŝŶ ĞŶ &ƌĂŶĐĞ͕ ĚŝĨĨĠƌĞŶƚƐ 438
5.12
à la ferme matériaux de construction
Les fours x Les fours banaux puis communaux ʹ Illustrations 439
vers 1900 à x >Ă ĐŽŶƐƚƌƵĐƚŝŽŶ ĞŶ ŵĂĕŽŶŶĞƌŝĞ Ě͛ƵŶ ĨŽƵƌ ă ƉĂŝŶ ͗ ƐŽĐůĞ͕ ƐŽůĞ͕ 441
pain gueule, voûte, évacuation des fumées, couverture ʹ les fours
en argile ʹ photos et schéma
Table des Matières 6

Evolution des levures après 1860, conséquences de 445


5.13
découvertes de Pasteur sur les levures , la levure industrielle,
et Evolution différences entre un pain au levain et un pain à la levure
des levures x Les différents types de levures en vente en 2000 (biologiques, 448
de nos jours et chimiques)
du Pain de x Evolution des techniques boulangères et interférence avec le 450
Campagne milieu paysan entre 1920 et 1950 : la Livraison du pain à partir
de 1920
Rapport Pain x >͛ğƌĞĚƵƉĂŝŶŚŽŶƚĞƵdžĚĞϭϵϲϬă 1975 452
et x Définitions légales depuis 1993 : Pain de tradition française, 453
Société Pain au Levain, Levain naturel
x džĞŵƉůĞƐ ĚĞ ƉĂŝŶƐ ĚĞ ƋƵĂůŝƚĠ ƉĂƌŵŝ Ě͛ĂƵƚƌĞƐ ͗ DŝĐŚĞ Poilâne, 454
Flûte Gana, Pains Kamir, Pain Paillasse

x Evolution de la fabrication du beurre, définitions, rapport 457


5.21
entre les quantités de lait et de beurre
x La fabrication du beurre à la ferme en 1900 : écrémage 459
Le Beurre manuel, (écrémage à la centrifugeuse à partir de 1920),
maturation de la crème, barattage
et x Les types de barattes en 1900 : à récipients fixes et à agitateur 464
(ribot, normande), rotatives à récipient mobile : illustrations
Le Lait x Le délaitage et le malaxage ou pétrissage, manuel ou 468
Le Beurre mécanique (images) ʹ >Ă ŵŝƐĞ ĞŶ ĨŽƌŵĞ Ğƚ ů͛ĞŵďĂůůĂŐĞ
(images)
et x La Conservation du beurre : technique du beurre salé, du 469
beurre fondu, du beurre bouilli
le Lait x Evolution de la définition légale du beurre, 1924 et 1988 ʹ Les 472
différents beurres depuis 1988
à la ferme x Situation en France : quelques chiffres ʹ situation en Ille et 473
5.22
Vilaine- situation dans le Calvados ʹimages de marchés au
* Contexte
beurre et de vente de lait - Situation des produits laitiers dans
laitier/beurrier
les Alpes et en Provence
vers 1900
x Création de la collecte du lait fin XIXe, évolution de 1920 à 476
* Collecte
du Lait 2010, illustrations
*Consommation x Les bidons à lait des fermes et ceux des familles qui venaient 480
des Produits chercher le lait à la ferme
x Evolution de la distribution et de la consommation des 481
Laitiers
produits laitiers au cours du XXe
x Histoire du fromage en France 488
5.31
x Principes de base de la formation de deux fromages : le 490
fromage frais égoutté non affiné et le Comté pâte pressé cuite
affinée longtemps
Fromages
x Les étapes de la fabrication des fromages en général : caillage, 492
égouttage, affinage
Classifications
x ŝǀĞƌƐĞƐ ĐůĂƐƐŝĨŝĐĂƚŝŽŶƐ ĚĞƐ ĨƌŽŵĂŐĞƐ ĨƌĂŶĕĂŝƐ ͗ ƉĂƌ ů͛/EK 494
Les fromages selon le type de fabrication, par un fromager selon leur degré
Consommation
ĚĞ ĨĞƌŵĞƚĠ͕ ƉĂƌ ů͛E^/ ĚĞ EĂŶĐLJ ƐĞůŽŶ ůĞƐ ĨĂŵŝůůĞƐ Ğƚ ůĞƵƌ
ĨĂďƌŝĐĂƚŝŽŶ͕ƐĞůŽŶů͛KĞƚůĂŶĂƚƵƌĞdu lait.
en général
x ůĂƐƐŝĨŝĐĂƚŝŽŶ ĚĞƐ ĨƌŽŵĂŐĞƐ Ě͛ƵƌŽƉĞ Ğƚ Ě͛ŵĠƌŝƋƵĞ ĚƵ EŽƌĚ 499
par les Francophones du Canada : illustrations
x Consommation annuelle de fromages par les Français en 2006 504
Les Fromages - les labels de qualité - cartes des fromages de France avec
label
Fermiers x Les fromages de Franche-Comté et de Savoie, les fruitières ʹ 507
5.32
Liste des fromages du Jura et de Franche-Comté, les
des Alpes Fromages
Appellations Gruyère ʹ la tradition de la Coulée - Les fromages
des Alpes
de Savoie, délimitation ʹ Liste des fromages de Savoie avec
Table des Matières 7

AOC et de la région Rhône-Alpes avec AOC : illustrations ʹ les


et fromages de ů͛/ƐğƌĞ
et de x Les produits laitiers en Provence ʹ Résumé historique de 514
de Provence ů͛ĂŐƌŝĐƵůƚƵƌĞ ƉƌŽǀĞŶĕĂůĞ ʹ la production laitière en PACA en
la Provence 2004 ʹ Les fromages de la région PACA selon le lait :
fromages de vache, fromages pur chèvre, fromages pur brebis,
fromages de brebis au lactosérum (séras et brousses),
fromages de brebis fermentés, fromages bleus de brebis,
fromages persillés, fromages mixtes : illustrations
x Souvenirs de Maria sur le cidre et le cellier ʹ Histoire du Cidre 536
5.41
ʹ Contexte du cidre en Bretagne et en France fin XIXe et
ĚĠďƵƚ yyĞ͕ ĂǀĂŶƚ ů͛ĂƌƌĂĐŚĂŐĞ ĚĞƐ ƉŽŵŵŝĞƌƐ ă ĐŝĚƌĞ ǀĞƌƐ ůĞƐ
années 1953/1960 ʹ Le transport du cidre de St Pierre de
Le Cidre*
PLesguen vers les cafés de Saint-Malo début XXe ʹ
Le contexte x Le Verger, principales variétés de pommes à cidre vers 1920- 542
Amélioration des Vergers depuis 1980 ʹ le Pommage ʹ la
Récolte des pommes, témoignages ʹ le Stockage des pommes
ʹ Préparation du matériel avant le Pressage du cidre (futailles,
pressoir, bouteilles
x >Ă &ĂďƌŝĐĂƚŝŽŶ ĚƵ ŝĚƌĞ ă ů͛ŶĐŝĞŶŶĞ ͗ ƚƌŝ Ğƚ ůĂǀĂŐĞ ĚĞƐ 550
La fabrication pommes, broyage, cuvage, montage de la motte, pressurage,
du cidre rémiage. Après mise en fûts du moût : clarification, soutirage,
Le Cidre fermier fermentation
à la ferme x La Conservation du cidre : dans le cellier en tonneaux, dans les 558
à caves des cafés et de particuliers, en bouteilles (peu)
à x >Ğ ŽŵŵĞƌĐĞ ĚƵ ŝĚƌĞ ǀĞƌƐ ϭϵϬϬ ͗ ĚƌŽŝƚƐ Ě͛ŽĐƚƌŽŝ͕ ĐĂůĐƵů ĚƵ 561
ů͛ŶĐŝĞŶŶĞ volume des tonneaux, Témoignage sur le commerce du cidre
ů͛ŶĐŝĞŶŶĞ de Janzé à rennes début XXe ʹ Les Encaveurs de Rennes de
1830 à 1950

et x Les Presses à vin primitives ʹ les Anciens Pressoirs à vin à 565


5.42
Levier ʹà Grand Point ʹà Vis centrale ʹ le Casse-Coué ʹ
Illustrations
de nos jours x Les Pressoirs à cidre : Pressoirs primitifs de Bretagne ʹ 572
Les Pressoirs
Pressoirs à Taissons enterrés ʹ Presses à 2 Vis et Etiquets ʹ
Presses à Treuil et Echelle de perroquet ʹ Presse à Corde et à
Rouet ʹ Presse à Levier avec Contrepoids en pierre du Pays
Leur Evolution Basque - Pressoirs à Grand Point (ou Arbre ou Longue
Etreinte) : exemples à Savigny (Manche), aux Andelys (Eure), à Ste
avant DĂƌŝĞ ů͛ŐůŝƐĞ ;ĂůǀĂĚŽƐͿ͕ ă ŽŵĂŐŶĠ ;/ůůĞ Ğƚ sŝůĂŝŶĞͿ͕ ă ƵƌŝŶ
et (Morbihan), à Bazoches (Seine et Marne)
ère
x Après 1850 : 1 génération : Presse à Corde et à double
e
579
après Rouet, à Vis centrale à oreilles ʹ 2 génération : Pressoir à
Vis centrale en Fer de 1870 à 1920 (illustrations en Bretagne)
ů͛ğƌĞ e
ʹ 3 génération : Pressoirs à Vis centrale, avec Cages et
industrielle Claies à partir de 1920 (illustrations) ʹ Témoignage des années
1950
x En 2010, évolution pour les particuliers et pour les industriels 590
ʹ Comparaison de la fabrication du cidre artisanal et du cidre
fermier

x La Réglementation du Cidre en 2000, les Appellations, les 597


5.43
Dénominations commerciales
Réglementation x Evolution de la Consommation du Cidre de 1900 à 2000 - 600
Consommation en cidre des ménages en 1900, Consommation
du Cidre Ě͛ůĐŽŽů ĞŶ ƌĞƚĂŐŶĞ ĞŶ ϭϵϬϬ ĞŶ ůŝƚƌĞƐ Ğƚ ƉĂƌ ŚĂďŝƚĂŶƚ ʹ
Consommations moyennes des boissons alcoolisées en France
Consommation depuis 1950
Table des Matières 8

x Place du Porc à la Ferme, logement et nourriture 603


5.50
x Les Jours du Cochon : sacrifice, entraide et réjouissances 605
Le Cochon Le Cochon x Déroulement des « Jours du Cochon » : la mort et le recueil du 606
sang - le nettoyage (flambage, lavage, grattage suivant les
à la Ferme Abattage
régions ʹ ů͛ĂĐĐƌŽĐŚĂŐĞ ĚĞ ů͛ĂŶŝŵĂů ʹ le dépeçage, vidage et
et découpe
x Les Cochonnailles : boudin noir, sélection des morceaux à 611
Cochonnailles consommer frais ou mis à sécher ou mis au saloir ʹ Aitres
préparations : saucisses, andouilles, rillons, grattons, fritons,
rillettes, terrines de pâtés
x Consommation des viandes (dont 33 à 40% de porc), en 618
5.60
progression constante de 1789 à 1989 ʹ
x ǀŽůƵƚŝŽŶĚĞů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ͗ĚĞϭϴϬϬăϭϵϲϬăWůŽnjĠǀĞƚ selon 618
Consommation étude parue en 1967 dans Revue géographique -
Rapport Changements en apports caloriques, changements de
alimentaire comportement selon les générations
entre x Tableau INSEE : Consommation moyenne de produits 622
Alimentation alimentaires de 1970 à 2008 (agriculteurs inclus) ʹ de viandes
et de 1967 à 2007
et Santé x ϭϵϴϬ ͗ ĠŵĞƌŐĞŶĐĞ ĚƵ ƌĂƉƉŽƌƚ ĚĞ ů͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶ Ğƚ ĚĞ 623
ů͛ĞŶǀŝƌŽŶŶĞŵĞŶƚĂǀĞĐůĂ^ĂŶƚĠ͗dĂďůĞĂƵĚĞƐĐŚĂŶŐĞŵĞŶƚƐĚĞ
Santé
comportements alimentaires en 2008 ʹ Derniers constats ʹ
Place des agriculteurs dans les dépenses annuelles
Ě͛ĂůŝŵĞŶƚĂƚŝŽŶĞŶϮϬϬϭ͕ĂƵƚŽĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶŝŶĐůƵƐĞ ʹ Impacts
ĚĞ ůĂ ĐŽŶƐŽŵŵĂƚŝŽŶ ĚĞ ƉƌŽĚƵŝƚƐ Ě͛ŽƌŝŐŝŶĞ ĂŶŝŵĂůĞ ƐƵƌ ůĂ
planète
x ŽŶƐĞŝůƐŶƵƚƌŝƚŝŽŶŶĞůƐĠƚĂďůŝƐƉĂƐů͛&^^ĞŶϮϬϬϮʹ Nécessité 629
Ě͛ƵŶĞ ĂĐƚŝǀŝƚĠ ƉŚLJƐŝƋƵĞ ďŝĞŶ ĂĚĂƉƚĠe ʹ Conclusion : schémas
Ě͛ƐƐŝĞƚƚĞƐ^ĂŶƚĠĞƚĚĞWLJƌĂŵŝĚĞ Alimentaire

Partie 6 ʹ LES COSTUMES TRADITIONNELS ET PAYSANS ź


x >ĞƐĚĞƵdžĞŶƚŝƚĠƐĐƵůƚƵƌĞůůĞƐĚĞƌĞƚĂŐŶĞ͗ăů͛ĞƐƚ͕ůĞWĂLJƐ'ĂůůŽ 635
6.11
ou Haute Bretagne, ayant pratiqué la langue gallo - à ů͛ŽƵĞƐƚ͗
Les Costumes le Pays Celte ou Basse Bretagne pratiquant le breton
de Haute x Les costumes féminins et masculins du Pays Gallo, en Ille et 635
Bretagne Vilaine : souvenirs de Maria début XXe, selon le Musée de
et Brocéliande : recherches sur les costumes de 1850, après
les Tenues 1870, après 1900, à partir de 1930, vers 1950 la fin,
de travail illustrations, comparaison avec les souvenirs de Maria
en Basse x Les vêtements de travail des paysans et des paysannes, en 641
Les costumes Bretagne France au Moyen- Âge, vers 1900 en Basse Bretagne : au Pays
traditionnels et de Concarneau ʹ au Pays de Quiberon ʹ au Pays Ě͛ƵƌĂLJ ʹ
ailleurs en Bretagne - Illustrations
paysans en
x Petite histoire du costume breton, abolition des lois 645
Bretagne 6.12
ƐŽŵƉƚƵĂŝƌĞƐ ĞŶ ϭϳϵϭ͕ ƌƀůĞ Ě͛ĂƌƚŝƐƚĞƐ ƉĞŝŶƚƌĞƐ ĚĂŶƐ  ůĂ
Les Costumes recherche documentaire : Hippolyte Lalaisse, Olivier Perrin et
de Fête Théophile Deyrolle, les brodeurs et les brodeuses,
particularités intrarégionales
en x Les Costumes de Fête : un cas précis en 1840 à La Feuillée 647
;ƉƌğƐ Ě͛,ƵĞůŐŽĂƚͿ ʹ Evolution générale des costumes bretons
Basse du Pays Celte par périodes entre 1800 et 1940 : 1800/1850 -
Bretagne 1850/1890 ʹ 1890/1920 ʹ 1920/1940 (Illustrations). Evolution
appliquée au costume de Douarnenez de 1840 à1940 avant la
ĐƌĠĂƚŝŽŶĚƵĞƌĐůĞĞůƚŝƋƵĞĨŽůŬůŽƌŝƋƵĞĚŽŶƚů͛ŽďũĞĐƚŝĨĠƚĂŝƚĚĞ
perpétuer la culture régionale
Table des Matières 9

x Le costume paysan masculin et féminin au XVIIe et XVIIIe dans 660


6.13
ů͛ĂŶĐŝĞŶĂƵƉŚŝŶĠ͕ŶŽƚĂŵŵĞŶƚĚĂŶƐůĞƐ,ĂƵƚĞƐůƉĞƐ͕ĂƉĞƌĕƵ
selon Edmond Delaye, Carte ĚĞ ů͛ĂŶĐŝĞŶ ĂƵƉŚŝŶĠ ʹ dans
Les costumes ů͛/ƐğƌĞ͕ ĂƵ y/yĞ Ğƚ ĚĠďƵƚ yyĞ͕ ƐĞůŽŶ ĂŵŝůůĞ ƐƉŝĂƵ Ğƚ  ůĞ
Les costumes groupe folklorique de Voiron et surtout par la Delphinale,
traditionnels et
Troupe folklorique de Grenoble. Illustrations pour la période
paysans du du 1830/1845 suivant les territoires : Briançonnais, Chartreuse,
Grésivaudan, Queyras, Terres Froides, Vercors
Dauphiné
Dauphiné
x Les Anciens Costumes dans les Alpes du Dauphiné (Hautes- 671
ůƉĞƐ ĂĐƚƵĞůůĞƐͿ͕ džƚƌĂŝƚƐ ĚƵ >ŝǀƌĞ Ě͛ĚŵŽŶĚ ĞůĂLJĞ ƉĂƌƵ ĞŶ
1922, dans les trois arrondissements : Gapençais,
Briançonnais, Embrunois
x Parenthèse sur le Costume des Facteurs ruraux créé en 1830 ʹ 679
Cartes des Hautes Alpes
x Présentation générale de la Provence. Résumé historique. Le 682
6.14
sĂƵĐůƵƐĞ͘>ĂǀŝůůĞĚ͛ǀŝŐŶŽŶĞƚůĂ Papauté.
Présentation
de la x Présentation du Comtat Venaissin. 689
Provence
et du Vaucluse x Création du département du Vaucluse 689
x >ĞƐĚĞƵdžĐŽƐƚƵŵĞƐĚĞů͛ŽƵĞƐƚĚĞůĂ Provence 690
6.15
x Caractéristiques du Costume Arlésien : les accessoires, les 690
Les deux types de coiffe : en Cravate et au Ruban, la Chapelle
x Les catégories de costumes des Arlésiennes selon ů͛ąŐĞ 695
costumes x Les Costumes des jeunes : en bonnet, costume de Mireille, le 696
costume « Virginienco »
Les Costumes Arlésiens x Les costumes des femmes en cravate : paysan, de villageoise, 697
endimanché
traditionnels et x Les costumes de femmes en Ruban : quotidien, endimanché, 699
paysans de la habillé, gansé (ou de cérémonie)
x >ĞŽƐƚƵŵĞƌůĠƐŝĞŶĚĂŶƐĚ͛ĂƵƚƌĞƐĐŝƌĐŽŶƐƚĂŶĐĞƐ͗ĚĞƵŝů͕ 701
Provence
grands-parents, selon les saisons. Les dessous.

6.16
Les Costumes x Les costumes pour les travaux agricoles : moissons, 705
de Travail : Pays vendanges, olives, bergers, taureaux et chevaux camarguais
Ě͛ƌůĞƐĞƚ x Les costumes de gardians : dans les manades, dans les 709
Camargue manifestations publiques Ě͛ĂƉƌğƐůĂŚĂƌƚĞĚĞdƌĂĚŝĐŝŽƵŶ͕lors
Les costumes de fêtes, costumes à pied ou à cheval pour les amazones
des hommes 711
x Les costumes traditionnels des hommes arlésiens
arlésiens
x Aire géographique ʹ Présentation globale du costume 713
6.17
comtadin ʹ Les tissus provençaux : indiennes, boutis, piqué de
Marseille, les techniques Ě͛ŝŵƉƌĞƐƐŝŽŶ
Les
x Caractéristiques du costume comtadin, Ě͛ĂƉƌğƐ ůĞ 718
costumes Conservatoire de Pernes les Fontaines (84) : féminin, masculin,
enfant, paysannes et paysans, bugadière, grangère, granger ʹ
Comtadins x >ĞƐƉŝğĐĞƐĚƵĐŽƐƚƵŵĞĐŽŵƚĂĚŝŶĚ͛ĂƉƌğƐ Wikipedia 722
x WůĂĐĞĚĞůĂǀŝůůĞĚ͛ǀŝŐŶŽŶĞƚĚƵsĂƵĐůƵƐĞĚĂŶƐůĂƚƌĂŶƐŵŝƐƐŝŽŶ 726
des costumes de la vallée rhodanienne
x Les costumes de Basse Provence : aire géographique -Les 728
6.18
pièces des costumes féminins et masculins : paysans, artisans,
Les costumes
ďĂƐƚŝĚĂŶƐ͕Ě͛ĂƉƌğƐ>ŽƵZŽƵĚĞůĞƚĚĞŝDŝĞůŽĚ͛ŝdžĞŶWƌŽǀĞŶĐĞ ʹ
de x Images de costumes de Basse Provence par catégories sociales 731
Basse Provence ͗ ƉĂLJƐĂŶƐ͕ ĂƌƚŝƐĂŶƐ͕ ďĂƐƚŝĚĂŶƐ͕ Ě͛ĂƉƌğƐ le Rode de Basse
WƌŽǀĞŶĐĞĚƵsĂƌĞƚ>ŽƵZŽƵĚĞůĞƚĚĞŝDŝĞůŽĚ͛ŝdžĞŶWƌŽǀĞŶĐĞ͕
et échappée sur le pays de Marseille
Table des Matières 10

x Les costumes de Haute Provence : aire géographique, 735


de ŐĠŶĠƌĂůŝƚĠƐĚ͛ĂƉƌğƐƵŶĨĂƐĐŝĐƵůĞĚĞϭϵϳϱă ZĞŝůůĂŶŶĞ Les Amis
des Arts - Les costumes féminins et masculins
Haute Provence x Images de costumes traditionnels : paysans, artisans, 736
ďĂƐƚŝĚĂŶƐĚ͛ĂƉƌğƐLes Fileuses groupe folkůŽƌŝƋƵĞĚ͛KƌĂŝƐŽŶ͕>Ğ
Rode Osco Manosco, Société folklorique de Manosque et
[Link] - Le Costume niçois, p 739.

x Les sous-vêtements : chemises, culottes féminines 740


6.19
x Le Corset : évolution de la renaissance à nos jours, illustrations 742
Les sous-
et légendes ʹ par qui étaient fabriqués les corsets ? _ les
Les vêtements méfaits des corsets à baleine très serrés
Sous- Chemise x Les paysannes et le corset : le petit corset ou corselet ou 750
Culotte surcot
Vêtements x A partir de 1920, début évolution vers les gaines généralisées 752
Corset
féminins pour toutes les femmes des milieux urbains et ruraux.

au XIXème et x Ğ ů͛ŶƚŝƋƵŝƚĠ ă ůĂ ĨŝŶ ĚƵ y/yĞ͕ ƵŶĞ ĚĠĐŽƵǀĞƌƚĞ ĞŶ ϮϬϭϮ ͗ ůĞ 753
6.20
soutien-gorge médiéval autrichien
dans la Les sous- x Fin XIXe, création du 1er « corselet-ŐŽƌŐĞ ͩ  Ě͛,ĞƌŵŝŶŝĞ 754
vêtements er
ere
1 moitié Cadolle à Paris ʹ 1913 : création du 1 soutien-gorge moderne
par Mary Phelps Jacob, américaine
du XXe Soutien-Gorge x Evolution du soutien-ŐŽƌŐĞĂƵĐŽƵƌƐĚƵyyĞĞƚũƵƐƋƵ͛ăϮϬϭϮ͗ 754
illustrations légendées
Jupons des x Les paysannes et le soutien-gorge - Les jupons des paysannes, 756
illustrations régionales
paysannes x Les Protections féminines : évocation résumée depuis 760
ů͛ŶƚŝƋƵŝƚĠ ʹ XIXe aux Etats-Unis : les « sacs à chiffons » - fin
Protections XIXe/début XXe : pratiques hygiénistes, 1920 confection de
serviettes hygiéniques et de ceintures sanitaires ʹ 1936 en
féminines France les 1ers Tampax ʹ 1960 : garnitures jetables ʹ
1970/1080 : serviettes auto-adhésives et publicité autorisée ʹ
2000 : doléances des écologistes contre les déchets de la 762
planète ʹ alternatives
x Les paysannes et les protections périodiques 763

Partie 7 ʹ >͛EdZd/Eh>/E' ź
x Histoire du Lavage : de la Préhistoire au lave-linge, Ě͛ĂƉƌğƐƵŶĞ 765
7.11
ĠƚƵĚĞĚƵ>LJĐĠĞ^ƚĞŶĚŚĂůĚĞů͛ĐĂĚĠŵŝĞĚĞ'ƌĞŶŽďůĞʹ Histoire
ĚƵƐĂǀŽŶĞƚĚĞƐ>ĞƐƐŝǀĞƐĚ͛ĂƉƌğƐ͗[Link]
Histoire du [Link]
x Les souvenirs de Mémé Maria sur les jours de grande lessive à 772
Lavage la ferme, images de lavoirs en Ille et Vilaine
x Le lavage du linge vers 1900 : le tri - ů͛ĞƐƐĂŶŐĞĂŐĞ (ou 776
* prélavage manuel) -ů͛ĞŶĐƵǀĂŐĞŽƵƉƌĠƉĂƌĂƚŝŽŶĚƵĐƵǀŝĞƌ- le
coulage dans la bue ou cuvier ou lavage proprement dit- le
>͛ŶƚƌĞƚŝĞŶ La grande rinçage et le battage du linge ʹ ů͛ĂnjƵƌĂŐĞ;ƉĂƌĨŽŝƐͿʹ le
Lessive blanchissage au soleil dans quelques régions - le séchage -
Ě͛ĂƉƌğƐů͛ƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶĚĞƐƌƚƐDĠŶĂŐĞƌƐʹ La Bue ou Grande
au Cuvier >ĞƐƐŝǀĞĞŶŵŝůŝĞƵĂŐƌŝĐŽůĞĞƚƌƵƌĂůĚĂŶƐůĞĞƌƌLJ͕Ě͛ĂƉƌğƐ
du linge ů͛ƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶůĞDŽƌǀĂŶĚŝĂƵet Les ustensiles des lavandières ʹ 777
La Grande LĞƐƐŝǀĞĚ͛ĂƵƚƌĞĨŽŝƐĂƵy/yğŵĞ͕Ě͛ĂƉƌğƐů͛ƐƐŽĐŝĂƚŝŽŶ
Les Moulins de Fontaines- Fourches (Marne) : 781
x Images de prélavage ou de rinçage à la rivière ou au lavoir 785
7.12
Images de x Lavoirs en Isère - Témoignages 788
à la ferme x La Bugado en Provence, selon Nadine de Trans en Provence : 791
lavage à la
[Link] et le blog
rivière ou au de Garibondy : [Link] ʹ
lavoir Témoignage - Images de lavoirs en Provence 794
Table des Matières 11

x Après 1914 la lessive à la chaudière: 797


7.13
x de 1920 à 1960 la lessive à la lessiveuse: 799
x fin XIXe aux Etats-Unis et après 1905 en France : La Lessive à 805
la machine à laver
Du cuvier x En France : 1905 et 1927, petites machines à laver manuelles - 806
1932 : premier modèle électrique, suivi de modèles semi-
au automatiques peu généralisés.
x 1950 : généralisation de machines semi-automatiques à deux 807
cuves -1965 : les boules à laver le linge
lave linge x 1960 : lave-linge 100% automatiques ʹ-depuis 1970, 807
améliorations constantes
x 1970/1980 : les sèche-linge ʹ différents systèmes et modèles 808
x 2012 : domotique : lave-linge programmable à distance 811

FIN page 811

***

Common questions

Alimenté par l’IA

Les stratégies de consommation de viande chez les agriculteurs en France ont connu plusieurs évolutions depuis les années 1960. L'arrivée de l'équipement de froid (réfrigérateurs et congélateurs) dans les foyers agricoles a conduit à une augmentation de l'autoconsommation de viande, notamment avec la congélation de diverses viandes comme le porc, le veau et la volaille . Cette pratique a été facilitée par la vulgarisation des congélateurs, ce qui a entraîné un stockage plus important des viandes à la ferme. Parallèlement, les Groupements de Développement Agricole (GDA) ont mis en garde contre une surconsommation de viande et ont encouragé des pratiques plus saines, anticipant ainsi les futures recommandations sanitaires . Entre 1967 et 2007, la consommation de viandes chez les agriculteurs a subi des changements notables: les viandes de bœuf et de veau ont diminué, tandis que les viandes de porc et de volaille ont augmenté . Il est observé que les agriculteurs consomment plus de produits bruts riches en valeur nutritive, comme les viandes rouges, en comparaison avec d'autres catégories socioprofessionnelles, qui ont tendance à consommer moins de viandes rouges en vue des préoccupations de santé apparues surtout après 1980 . Globalement, la tendance générale montre une diminution progressive de la consommation de viandes rouges au profit des viandes de volaille et d'autres produits transformés, un changement incité aussi par les recommandations de santé publique .

Les coutumes traditionnelles alimentaires et vestimentaires partagent plusieurs points communs, notamment la dimension communautaire et l'importance du patrimoine culturel. Les repas collectifs autour de l'abattage de cochon impliquaient la participation de la famille, des amis et des voisins, similaire aux rassemblements familiaux pour transmettre les vêtements traditionnels, perpétués par les mamés qui les transmettent à leurs descendantes . En outre, tant les coutumes alimentaires que vestimentaires se sont adaptées en incorporant de nouveaux éléments au fil du temps, tout en conservant des aspects traditionnels. Par exemple, les évolutions alimentaires ont introduit de nouveaux ingrédients à travers les époques tout en maintenant des pratiques anciennes . De même, les costumes traditionnels provençaux ont intégré des tissus et des motifs nouveaux comme les indiennes, tout en préservant des techniques anciennes comme le boutis . Ces coutumes reflètent également un souci de conformité aux saisons, où les repas comme les vêtements s'adaptent aux conditions climatiques .

La surconsommation de produits d'origine animale a un impact significatif sur l'environnement, notamment en renforçant l'effet de serre, contribuant à la déforestation, et amenant à la pollution des eaux et à la formation de pluies acides . L'élevage détourne des ressources nécessaires à l'alimentation humaine, ce qui signifie un gaspillage des terres agricoles. Pour produire un kilogramme de bœuf, il faut plusieurs centaines de mètres carrés de terres, augmentant encore l'empreinte écologique du secteur .

L'industrialisation et la mondialisation de l'économie alimentaire posent des défis majeurs tels que l'introduction de produits alimentaires potentiellement pollués par les méthodes de production modernes, comme l'usage de fertilisants et de pesticides . De plus, ces changements ont mené à une surabondance d'aliments ultra-transformés, rendant difficile la régulation et le contrôle de l'alimentation par les individus, souvent influencés par des normes sociales de consommation . Les effets sur la santé incluent une augmentation de maladies liées à l'alimentation comme l'obésité et les maladies cardiovasculaires .

Plusieurs facteurs ont contribué à la diminution de la consommation de viandes de bœuf et de veau en France entre 1967 et 2007. La première raison est l'évolution des préoccupations de santé alimentaire, avec un accent sur les risques sanitaires liés aux viandes rouges, exacerbés par des crises comme celle de la vache folle . Les consommateurs ont également réagi en faveur de produits perçus comme plus sains et moins chers, comme la volaille, dont la consommation a augmenté pendant cette période . Un changement dans les modes de vie a également conduit à une diminution du temps consacré à la préparation des repas, poussant les ménages à se tourner vers des plats préparés, augmentant ainsi la consommation de viandes prêtes à l'emploi comme le porc . En parallèle, la réduction du prix des volailles par rapport à la viande de bœuf a également influencé ces choix . Enfin, l'augmentation de la prise de conscience des impacts écologiques et des tendances vers une alimentation moins carnée a joué un rôle, notamment dans les milieux plus aisés et éduqués .

La transition des rôles économiques des femmes, notamment depuis les années 1960, a influencé la demande alimentaire en France. Les femmes, étant de plus en plus présentes sur le marché du travail et souvent deviennent salariées ou entrepreneurs, ont moins de temps pour préparer des repas traditionnels à domicile. Cette évolution a entraîné un changement dans les habitudes alimentaires, augmentant la demande pour des aliments transformés ou prêts à consommer, qui sont plus rapides et faciles à préparer . En parallèle, les supermarchés ont diversifié leurs offres, y compris des produits non alimentaires, incitant à des comportements d'achat plus diversifiés . Cette transition a par ailleurs encouragé la tendance vers l'achat de produits alimentaires en grandes surfaces, réduisant le temps consacré aux courses et facilitant le choix d'aliments pratiques .

Les milieux aisés consomment moins de viande que les milieux populaires en France principalement parce qu'ils accordent plus d'importance aux recommandations de santé et aux régimes alimentaires équilibrés qui préconisent la réduction de la consommation de viande rouge et de charcuterie, associés à des risques de santé . De plus, les milieux aisés ont tendance à privilégier des viandes de meilleure qualité comme la volaille et l'agneau, qui sont souvent perçues comme plus saines que le porc . En revanche, les milieux populaires consomment plus de porc et de charcuterie, souvent pour des raisons économiques, ces produits étant généralement plus abordables que les viandes de qualité supérieure .

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