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Construire Sur Le Roc 2020

Transféré par

Patricia Simonetti
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CONSTRUIRE

SUR LE ROC
Conversations catholiques avec les jeunes
sur Dieu, l’Eglise et l’homme
P. SILVIO MORENO, IVE

CONSTRUIRE
SUR LE ROC
Conversations catholiques avec les jeunes
sur Dieu, l’Eglise et l’homme

TUNIS - 2020
Nihil obstat et imprimatur
P. Gustavo Nieto, IVE
Décret 2017

Institut du Verbe Incarné

Edition Verbum Incarnatum PRESS


Allemagne

Première édition électronique 2017


Deuxième édition imprimée 2020

ISBN 978-3-96942-013-3
SOMMAIRE

PRESENTATION .......................................................................9

I- LE RELATIVISME ET LA VERITE ........................................11

1. Qu’est-ce que le relativisme ? ......................................11


2. Fondements bibliques ...................................................12
3. La « dictature » du relativisme ....................................13
4. Réponse au relativisme : « La vérité » .........................16

II- DIEU ET LE PROBLEME DE L’ATHEISME MODERNE .........21

1. Introduction ..................................................................21
2. L’athéisme (remise en cause de l’existence de Dieu). .23
a. Définition et données historiques .............................23
b. Idéologie et auteurs ..................................................24
3. Une réponse à l’athéisme : Dieu existe ........................26
a. Les cinq preuves rationnelles de l’existence de
Dieu ..............................................................................26
4. La science et Dieu ........................................................29
5. L’Église face à l’athéisme scientifique.........................30
6. L’Église face à l’athéisme pratique .............................31

III- LA GNOSE « CHRETIENNE » ...........................................37

1. Un problème grave .......................................................37


2. Que pouvons-nous dire de la gnose cachée ? ...............38
3. Dans quelle mesure le gnosticisme de l’Antiquité et du
gnosticisme progressiste d’aujourd’hui se rejoignent-
ils ? ...................................................................................39
4. Pourquoi ce gnosticisme caché s’est-il répandu si vite et
si facilement parmi les chrétiens ? ...................................41
5. Que faire donc devant la pression du gnosticisme ? ....42
IV- FRANC-MAÇON ET CATHOLIQUE EST-IL POSSIBLE ? .....45

1. Les origines de la franc-maçonnerie ............................45


2. Le recrutement en franc-maçonnerie............................46
3. Les diverses obédiences et rituels ................................47
4. Organisation .................................................................47
5. La franc-maçonnerie : ésotérisme et relativisme..........48
6. La franc-maçonnerie : religion athée ...........................48
7. La franc-maçonnerie : dogmatique ..............................49
8. Un catholique peut-il en faire partie ? ..........................50

V- EVANGELISATION OU PROSELYTISME ..............................55

1. Introduction ..................................................................55
2. Signification « Prosélytisme » .....................................56
3. Conclusion....................................................................61

VI- LA MORALE DE L’EGLISE (VERITATIS SPLENDOR) ........63

a. La première sous partie concerne la liberté. .................65


b. La deuxième sous partie la conscience et la vérité.......65
c. La troisième sous partie le choix fondamental et le péché
véniel et mortel. ................................................................67
d. La quatrième sous partie a rapport à l’acte moral. .......68

VII- LA CONSCIENCE ET SON EDUCATION ............................71

1. Une bataille contre la conscience .................................72


2. Quels moyens pour combattre notre conscience ? .......72
a. Changer l’idée de conscience ...................................73
b. La séduction de la conscience ..................................76
c. La peur et la menace .................................................76
3. Education et formation de la conscience ......................78

VIII- LA LOI NATURELLE ET LA MATURITE HUMAINE ..........83

1. La loi morale naturelle .................................................83


a. Existence d’une loi « naturelle » ..............................84
b. Contenu de la loi naturelle .......................................86
c. Caractéristiques et fonction de la loi naturelle ........88
d. Difficulté de la loi naturelle......................................89
e. Les commandements .................................................90
f. Jésus-Christ et l’amour des commandements ...........93

IX- LA LIBERTE VERITABLE ..................................................95

1. Fausses idées de liberté ................................................96


2. Juste conception de liberté ...........................................97
3. Menaces à la liberté ......................................................99
4. Comment faire pour vivre la vraie liberté ? ...............101

X- LE SERMON SUR LA MONTAGNE .....................................111

1. Situation historique ....................................................111


2. Le sermon sur la montagne ........................................112
3. L’amour de la loi de Jésus-Christ ...............................119
4. Conclusion..................................................................120

CONCLUSION ......................................................................123
PRESENTATION

Dans ces pages nous vous présentons une série de


conférences, simples et adaptées aux jeunes de notre époque,
sur quelques problèmes actuels concernant Dieu, l’Eglise et
l’homme. Quelques-unes de ces conférences furent données
dans le cadre des sessions de formation pour les jeunes
étudiants subsahariens, d’autres, par contre, furent données
lors des rencontres mensuelles du patronage des jeunes de la
cathédrale de Tunis.
L’idée est celle de proposer aux jeunes catholiques,
dans une atmosphère de détente et de joie, un enseignement
catholique sérieux, profond et fidèle au Magistère de l’Eglise
et une structuration de la personnalité permettant une vision
claire, critique et responsable de leur rôle dans la société en
tant que témoins du Christ. Nous voulons en même temps leur
offrir une série de critères et de moyens qui les aident à
s’insérer dans la vie sociale, familiale et professionnelle afin
de devenir toujours davantage « sel de la terre et lumière du
monde ».
Notre intention est confirmée par le témoignage du
grand pape Saint Jean-Paul II : « …du contact quotidien avec
les élèves et les professeurs, j’ai appris qu’il faut fournir une
formation intégrale, capable de préparer les jeunes à la vie :
un enseignement qui les éduque à assumer de façon
responsable leur rôle dans la famille et dans la société avec
une compétence non seulement professionnelle, mais
également humaine et spirituelle »1.
En définitive, nous voulons que nos jeunes soient
prêts, comme disait l’apôtre Pierre, à justifier de l’espérance
qui est en eux devant ceux qui leur en demandent raison.
Rien d’autre que les aider à bâtir leur maison sur le roc
et non pas sur le sable.

P. Silvio Moreno, IVE

1
Saint Jean Paul II, Célébration eucharistique pour les étudiants des
universités romaines, 10 décembre 2002.

9
10
I- LE RELATIVISME ET LA VERITE

Le mot « relativisme» résume malheureusement la


pensée de beaucoup de chrétiens contemporains. Il peut nous
arriver dans notre esprit, notre intelligence de penser que tout
est égal, que tout se vaut, qu’il n’a pas de vérité objective et
absolue. Il n’y a pas longtemps le pape émérite Benoit XVI a
utilisé une expression particulière qui définit très bien le
problème actuel : «la dictature du relativisme ». Pour un
chrétien donc l’enjeu est énorme : « le concept de vérité est
désormais un objet de soupçon »2.
En effet, tous les catholiques, en particulier nos
jeunes, sont directement concernés par ce débat, parce qu’ils
sont continuellement bombardés par une « propagande
relativiste ». En effet si notre Seigneur est une vérité relative,
et donc vraie pour quelques-uns et pas pour d’autres, si notre
foi est relative, si « toutes les religions ont la même valeur »,
si la morale est relative, si tout se vaut, alors le monde va
sombrer dans le pessimisme et le chaos, notre personnalité va
se fracturer et notre vie spirituelle va s’affaiblir voir même se
vider. Comprendre ce problème et résister à la confusion
mentale qui règne dans notre société et notre culture, au sujet
de Dieu, de la morale et de la foi, implique, à notre avis, un
combat spirituel et intellectuel très sérieux. Soyons clairs,
certaines valeurs sont objectives. Certaines vérités naturelles
et spirituelles sont absolument vraies. Personne ne peut
changer cela.

1. Qu’est-ce que le relativisme ?

Le relativisme soutient la proposition suivante : « Une


vérité n’est pas vérité en elle-même, dans l’absolu, mais
seulement du point de vue relatif de la personne qui l’énonce

2
Benoit XVI, Lumière du monde, Paris, 2010, p. 75.

11
ou qui y croit ». Ainsi, toutes les opinions se valent, car elles
s’expliquent toutes par le point de vue d’une personne. En
conséquence, les opinions, les idées n’ont pas de valeur en
soi, mais sont seulement relatives à l’environnement (à la
période historique, à la culture), aux goûts ou aux dégoûts, à
l’éducation personnelle, aux humeurs personnelles, etc.
Autrement dit chacun a sa propre vérité.
Pour le relativiste, toutes les vérités sont
complètement relatives et provisoires car le relativisme nie
l’existence d’une vérité objective ; il se laisse flatter et
emporter à tout vent de doctrine (Eph. 4, 14), par tous les
courants idéologiques. Le relativisme croit que nous pouvons
choisir nous-mêmes notre propre vérité, sous le faux prétexte
que la vérité comme absolu est trop confinée, qu’elle enferme,
qu’elle emprisonne et qu’elle est donc à rejeter.
Transposé au domaine de la foi chrétienne, il mène à
des opinions, à des doctrines confuses et floues et à la « petite
voix intérieure personnelle » sans cohérence avec le
contenu intégral ni de la Parole de Dieu, ni de l’enseignement
de l’Eglise. Dit autrement, il mène à la confusion mentale et
spirituelle. Un relativiste est toujours un dépressif intellectuel.
Il est évident que le relativisme postmoderne est en fait porté
par une complète indifférence à l’égard de la question de la
vérité car il procède du culte de l’égo : s’il n’y a que « moi »
qui m’intéresse, je ne peux évidemment pas m’intéresser à la
vérité qui est toujours au-delà de «mes opinions». L’ultime
mesure est ainsi mon égo et mes désirs.

2. Fondements bibliques

Saint Paul dit aux Ephésiens: … De cette manière, les


fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient
accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce
que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la
pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme
parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. Alors, nous
ne serons plus comme des petits enfants, nous laissant secouer

12
et mener à la dérive par tous les courants des doctrines, au
gré des hommes qui emploient la ruse pour nous entraîner
dans l’erreur. Au contraire, en vivant dans la vérité et dans
l’amour, nous grandirons pour nous élever en tout jusqu’à
celui qui est la Tête, le Christ (Eph. 4, 11-15).
Livre du prophète Isaïe : Malheur à ceux qui appellent
le mal bien, et le bien mal, Qui changent les ténèbres en
lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l'amertume
en douceur, et la douceur en amertume ! Malheur à ceux qui
sont sages à leurs yeux, et qui se croient intelligents ! (Is. 20-
21).
Evangile selon Jean : Jésus lui dit : Je suis le chemin,
la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi (Jn. 14,
6).

3. La « dictature » du relativisme
Le pape émérite Benoit XVI, dans son homélie avant
le conclave au cours duquel il sera choisi comme pontife, nous
explique :
« Combien de vents de doctrines avons-nous connu
ces dernières décennies, combien de courants idéologiques,
de modes de pensée… La petite barque de la pensée de
nombreux chrétiens, bien souvent, a été agitée par ces vagues,
jetée d’un extrême à l’autre : du marxisme au libéralisme,
jusqu’au libertinisme ; du collectivisme à l’individualisme
radical ; de l’athéisme à un vague mysticisme religieux ; de
l’agnosticisme au syncrétisme, etc. Chaque jour, naissent de
nouvelle sectes, réalisant ce que saint Paul disait sur
l’imposture des hommes et leur astuce qui entraîne l’erreur
(Eph. 4, 14). Avoir une foi claire, selon le Credo de l’Eglise,
est souvent étiqueté comme du fondamentalisme. Tandis que
le relativisme, c’est-à-dire se laisser porter « à tout vent de la
doctrine », apparaît comme la seule attitude digne du temps
présent. Peu à peu se constitue une dictature du
relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui ne

13
retient comme ultime mesure que son propre ego et ses
désirs».
Le relativisme prétend donc être une attitude ouverte
et tolérante mais en réalité :
- Il ne supporte pas une foi claire qu’il définit comme
du fondamentalisme. Et voilà une contradiction interne au
système. Toute affirmation, toute conviction, toute foi, disent-
ils, est une « intolérance ». Donc une vérité, alors que pour
eux il n’y a pas de vérité. Etre tolérant signifie pour eux être
un bon relativiste ! Bien au contraire la véritable tolérance
amène à penser : « Vous avez tort mais je vous respecte » et
non « si vous me contredites quand je dis que toutes les
opinions se valent, vous êtes un dangereux intolérant, à
combattre par tous les moyens … Si vous n’êtes pas d’accord,
taisez-vous ! ».
- Le relativisme s’impose comme une norme absolue,
comme la plus dogmatique de toutes les idéologies. Encore
une contradiction interne. C’est le cancer de la société
moderne. Il n’attend comme unique attitude que celle qui
consiste à suivre sa volonté propre et à être une marionnette
allant dans toutes les directions selon tous les vents.
- Dans sa forme totalitaire et sociale, il exclut parfois
de manière violente toute idée de vérité absolue, de critère
objectif. Ainsi, au plan politique, ne pas être relativiste, c’est
être absolutiste et, au plan religieux, c’est être prêt à partir en
guerre de religion et vouloir rétablir l’inquisition.
Nous ne pouvons pas manquer de mentionner ici la
citation de Saint Jean Paul II, dans son encyclique Evangelium
vitae au n.20, sur les conséquences du relativisme dans la vie
sociale :
« Avec cette conception de la liberté, la vie en société
est profondément altérée. Si l’accomplissement du moi est
compris en termes d’autonomie absolue, on arrive
inévitablement à la négation de l’autre, ressenti comme un
ennemi dont il faut se défendre. La société devient ainsi un
ensemble d’individus placés les uns à côté des autres, mais
sans liens réciproques : chacun veut s’affirmer

14
indépendamment de l’autre, ou plutôt veut faire prévaloir ses
propres intérêts. Cependant, en face d’intérêts comparables de
l’autre, on doit se résoudre à chercher une sorte de compromis
si l’on veut que le maximum possible de liberté soit garanti à
chacun dans la société. Ainsi disparaît toute référence à des
valeurs communes et à une vérité absolue pour tous : la vie
sociale s’aventure dans les sables mouvants d’un relativisme
absolu. Alors, tout est matière à convention, tout est
négociable, même le premier des droits fondamentaux, le
droit à la vie. De fait, c’est ce qui se produit aussi dans le cadre
politique proprement dit de l’Etat : le droit à la vie originel et
inaliénable est discuté ou dénié en se fondant sur un vote
parlementaire ou sur la volonté d’une partie — qui peut même
être la majorité — de la population. C’est le résultat néfaste
d’un relativisme qui règne sans rencontrer d’opposition : le «
droit » cesse d’en être un parce qu’il n’est plus fermement
fondé sur la dignité inviolable de la personne mais qu’on le
fait dépendre de la volonté du plus fort. Ainsi la démocratie,
en dépit de ses principes, s’achemine vers un totalitarisme
caractérisé. L’Etat n’est plus la « maison commune » où tous
peuvent vivre selon les principes de l’égalité fondamentale,
mais il se transforme en Etat tyran qui prétend pouvoir
disposer de la vie des plus faibles et des êtres sans défense,
depuis l’enfant non encore né jusqu’au vieillard, au nom
d’une utilité publique qui n’est rien d’autre, en réalité, que
l’intérêt de quelques-uns. Tout semble se passer dans le plus
ferme respect de la légalité, au moins lorsque les lois qui
permettent l’avortement ou l’euthanasie sont votées selon les
règles prétendument démocratiques. En réalité, nous ne
sommes qu’en face d’une tragique apparence de légalité et
l’idéal démocratique, qui n’est tel que s’il reconnaît et protège
la dignité de toute personne humaine, est trahi dans ses
fondements mêmes : « Comment peut-on parler encore de la
dignité de toute personne humaine lorsqu’on se permet de tuer
les plus faibles et les plus innocents? Au nom de quelle justice
pratique-t-on la plus injuste des discriminations entre les
personnes en déclarant que certaines d’entre elles sont dignes

15
d’être défendues tandis qu’à d'autres est déniée cette
dignité?». Quand on constate de telles manières de faire,
s’amorcent déjà les processus qui conduisent à la dissolution
d’une convivialité humaine authentique et à la désagrégation
de la réalité même de l’Etat. Revendiquer le droit à
l’avortement, à l’infanticide, à l’euthanasie, et le reconnaître
légalement, cela revient à attribuer à la liberté humaine un
sens pervers et injuste, celui d’un pouvoir absolu sur les autres
et contre les autres. Mais c’est la mort de la vraie liberté : En
vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est
esclave du péché (Jn 8, 34) ».
Je suis convaincu que le relativisme, avec un zèle
'évangélisateur' et une hostilité sans précédent, fait désormais
la guerre à la religion en général, au christianisme et à la vie
humaine en particulier. Il réduit au silence toute proclamation
de vérité supérieure qui serait vraie pour l’ensemble des êtres
humains et des cultures. Le relativisme est une des difficultés
principales de la prédication de l’Evangile dans un monde
pluraliste et globalisé. De plus, si les chrétiens décidaient de
relativiser la vérité ou de la diluer, l’Eglise s’affaiblirait
dangereusement. Le défi est donc de professer la vérité de
l’Evangile du Christ et de ne pas succomber à la tentation du
relativisme ou de l’interprétation subjective (selon moi-
même) et sélective des Écritures et de l’enseignement de
l’Eglise.

4. Réponse au relativisme : « La vérité »


Il s’agit d’être des hommes et des femmes de
convictions, passionnés par la vérité. Et la vérité n’est pas une
question d’option personnelle ! Voyons donc quelques points
afin de réagir contre le relativisme :
a. Soyons enracinés dans la vérité en fondant notre
foi dans une relation profonde avec Jésus-Christ. Qu’est-
ce que la vérité ? demande Pilate qui ne semble pas attendre
la réponse. En réponse résonne l’évangile selon Jean où Jésus
affirme : Je suis le chemin, la vérité, et la vie. La mesure de

16
la vérité est en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, l’homme
véritable. A ce propos le pape Benoit XVI nous dit :
« Nous avons en revanche une autre mesure : le Fils
de Dieu, l’homme véridique. C’est lui la mesure du véritable
humanisme. Une « foi adulte » ne suit pas les vagues de la
mode. Une foi adulte et mûre s’enracine profondément dans
l’amitié avec le Christ. C’est cette amitié qui nous ouvre à tout
ce qui est bon et nous donne le critère pour discerner entre le
vrai et le faux, entre l’imposture et la vérité. Nous devons faire
mûrir cette foi adulte… Et c’est cette foi – seulement la foi –
qui crée l’unité et qui se réalise dans la charité».
b. Honorons le Dieu de vérité en se formant
(lecture, étude et approfondissement) dans la vérité
biblique et dans l’enseignement de l’Eglise…En effet, Saint
Paul nous dit Toute [l’] Ecriture est inspirée de Dieu et utile
pour enseigner, pour convaincre, pour redresser, pour
éduquer dans la justice (2 Timothée 3, 16) et donc pour
combattre les mensonges. Les Ecritures nourrissent notre foi
; le magistère de l’Eglise, l’enseignement du pape surtout en
matière de foi et de morale nourrit notre foi, une foi qui n’est
pas relative à notre « moi » et qui n’est pas relative à la
majorité, à la mode, à l’ambiance. Etre fidèle à la Parole de
Dieu interprétée par le magistère (enseignement) de l’Eglise,
c’est entre autre refuser une certaine théologie «progressiste
et relativiste» qui accepte tous les styles de vie sous prétexte
d’adaptation à notre époque moderne.
c. Proclamons sans peur la vérité de
l’Evangile. Même dans notre contexte pluraliste où de
nombreuses religions se côtoient, nous ne devons pas
renoncer à partager l’Evangile entier dans le monde entier.
Mais faisons-le avec amour et prudence ; ce qui implique le
respect de ceux qui croient autrement et l’humilité.
Souvenons-nous que Jésus n’a pas imposé la vérité par la
force. Il n’a pas non plus fait descendre le feu du ciel sur un
village refusant de le recevoir (Luc 9, 51-56). La vérité ne doit
pas rendre fanatique. Sachons que la vérité s’impose pour
elle-même. Dans notre proclamation de la vérité, ne tentons

17
pas d’accomplir l’œuvre du Saint Esprit mais restons
humbles.
d. Incarnons la vérité dans notre vie
quotidienne. La vérité n’est pas seulement un ensemble
d’affirmations théologiques mais s’est incarnée en Jésus-
Christ. Incarner la vérité, c’est donc lui ressembler de plus en
plus et ne pas se conformer au monde présent, ne pas s’adapter
aux erreurs modernes.
En conclusion, le choix entre relativisme et absolu est
un faux débat. Le vrai débat est ailleurs : entre vérité et
mensonge, entre ressemblance au Christ et ressemblance au
monde, entre être libre et être esclave ; car vérité et liberté
sont profondément liées, …Si vous demeurez dans ma parole,
vous êtes vraiment mes disciples ; vous connaîtrez la vérité,
et la vérité vous rendra libres…
« L’art de l’apôtre est plein de risques », disait saint
Paul VI. Et en 1964 dans sa lettre encyclique « Ecclesiam
Suam» il écrivait : « La préoccupation d’approcher nos frères
ne doit pas se traduire par une atténuation, par une diminution
de la vérité. Notre dialogue ne peut être une faiblesse vis-à-
vis des engagements de notre foi. L’apostolat ne peut transiger
et se transformer en compromis ambigu au sujet des principes
de pensée et d’action qui doivent distinguer notre profession
chrétienne. […] Seul celui qui vit en plénitude la vocation
chrétienne peut être immunisé contre la contagion des erreurs
avec lesquelles il entre en contact».

Un homme qui n’a jamais eu peur de dire la vérité et


de renoncer au relativisme afin d’encourager son peuple
dominé par le pouvoir socialiste fut le Bienheureux Jerzy
Popieluszko, prêtre et dernier martyr du régime communiste
en Pologne.
En mai 1984, lors de la messe pour la Patrie, il prêche
ainsi : « Vivre dans la vérité, c’est être en accord avec sa
conscience. La vérité unit et relie les gens. La grandeur de la
vérité effraie et démasque les mensonges des médiocres et des
peureux… La vérité est pourtant immortelle, et le mensonge

18
périt d’une mort rapide. Écoutons le cardinal Wyszynski: ‘il
suffit de peu de gens parlant en vérité. Christ en a choisi un
petit nombre pour proclamer sa vérité. Seuls les mots
mensongers doivent être nombreux car le mot mensonge est
détaillé et se monnaie… Pour maîtriser la technique du
mensonge ainsi programmé, il faut des hommes en quantité.
Il suffit de quelques-uns pour proclamer la vérité. Il suffit d'un
petit groupe de gens qui luttent pour la vérité pour rayonner’.
La condition essentielle de la libération de l’homme, pour lui
permettre de vivre en vérité, est d’acquérir la vertu du
courage. La lutte pour la vérité est le symbole du courage
chrétien. Car la seule chose dont il convient d’avoir peur dans
la vie est la trahison du Christ pour quelques deniers de calme
éphémère… Malheur à la société dont les citoyens ne sont pas
guidés par le courage ! Ils cessent alors d’être des citoyens,
pour devenir de simples esclaves. Si le citoyen renonce à la
vertu du courage, il devient esclave et se cause le plus grand
des torts, à lui-même, à sa personne, mais aussi à sa famille, à
son groupe professionnel, à la Nation, à l’État et à l’Église,
même si la peur et la crainte lui font facilement obtenir du
pain et des avantages... ».
Et il conclut : « Prenons conscience que la Nation
dépérit lorsqu’elle manque de courage, lorsqu’elle se ment à
elle-même en disant que tout va bien, quand tout va mal,
lorsqu’elle se contente de demi-vérités. Soyons conscients
qu’en exigeant la vérité nous devons nous-mêmes vivre en
vérité… »3.

Il devient maintenant l’homme à abattre. En six mois,


il subit treize interrogatoires et plusieurs arrestations et
détentions provisoires. Aucune menace ne le fait trembler :
« Seule une Nation libre spirituellement et amoureuse de la
vérité peut durer et créer pour l’avenir. Seule une nation saine
d’esprit et consciente peut courageusement créer son avenir.

3
Jerzy Popieluszko, Il cammino della mia croce. Messe à Varsovie,
Brescia, 1985, p. 195-197.

19
On conquiert les gens le cœur ouvert et non les poings fermés.
La vraie sagesse, la vraie connaissance, la vraie culture ne
peuvent être enchaînés. Il n’est pas possible d’enchaîner les
esprits humains. Garder sa dignité d’homme, c’est demeurer
intérieurement libre même dans l’esclavage extérieur. Rester
soi-même dans toutes les situations de la vie. C’est demeurer
dans la vérité, même si cela devait nous coûter cher. Car dire
la vérité coûte cher. Seule l’ivraie est de vil prix. Il faut payer
pour le grain de la vérité. Toute chose, toute grande cause doit
coûter et doit être difficile. Il n’y a que les choses petites et
médiocres qui sont faciles. Déjà le poète Novalis disait :
« L’homme s’appuie sur la vérité. S’il trahit la vérité, il se
trahit. Celui qui trahit la vérité, se trahit lui-même ». Le
mensonge avilit la dignité humaine et est l’apanage des
esclaves, des pusillanimes ».

20
II- DIEU ET LE PROBLEME
DE L’ATHEISME MODERNE

Oui, vains par nature tous les hommes en qui se trouvait


l’ignorance de Dieu, qui, en partant des biens visibles, n’ont pas
été capables de connaître Celui-qui-est, et qui, en considérant les
œuvres, n’ont pas reconnu l’Artisan. Mais c’est le feu, ou le vent,
ou l’air rapide, ou la voûte étoilée, ou l’eau impétueuse, ou les
luminaires du ciel, qu’ils ont considérés comme des dieux,
gouverneurs du monde ! Que si, charmés de leur beauté, ils les
ont pris pour des dieux, qu’ils sachent combien leur Maître est
supérieur, car c’est la source même de la beauté qui les a créés.
Et si c’est leur puissance et leur activité qui les ont frappés, qu’ils
en déduisent combien plus puissant est Celui qui les a formés, car
la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie,
contempler leur Auteur… Et pourtant eux non plus ne sont point
pardonnables s’ils ont été capables d’acquérir assez de science
pour pouvoir scruter le monde, comment n’en ont-ils pas plus tôt
découvert le Maître !

(Sagesse, 13, 1-5.9)

1. Introduction

Permettez-moi de vous parler maintenant d’un autre


problème actuel : «Dieu». En une phrase le philosophe
Nietzsche résume ce problème : «Dieu est une pure invention
et une illusion du monde réel». C’est le grand problème de
l’athéisme moderne et de la culture actuelle. Croire et vivre
comme si Dieu n’existait pas. Certains d’entre vous peuvent
se demander pourquoi faire une étude sur l’athéisme ?
Pourquoi en parler alors que ce n’est pas forcément le sujet de
nos conversations quotidiennes ?

21
Laissez-moi vous dire que la considération de ce sujet
est très importante pour nous aujourd’hui ; et cela pour de
nombreuses raisons.
L’une des premières raisons c’est que ce courant de
pensée vient d’une certaine manière nous questionner sur
notre foi en l’existence de Dieu. Dieu existe-t-il ? Est-ce une
réalité, un rêve, ou un concept ? Il vient questionner aussi la
présence de Dieu dans notre vie. Dieu est-il vraiment présent
dans ma vie ? Dieu écoute-il vraiment mes
supplications?…beaucoup de nos contemporains ne
perçoivent pas du tout ou même rejettent explicitement le
rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu : à tel point
que l’athéisme est compté parmi les faits les plus graves de
notre temps et doit être soumis à un examen très attentif.
La deuxième raison repose sur le fait que nous
sommes dans un monde de plus en plus athée dans les idées
et dans le quotidien. Et devant cette réalité, il est important
que nous, qui sommes chrétiens catholiques, puissions rester
solides sur notre foi et que nous sachions répondre aux
questionnements sur Dieu et sur son action dans le monde. Il
n’y a rien de plus passionnant pour l’homme que de se poser
la question de Dieu, de vouloir le connaitre.
En 2003, un sondage en France faisait apparaître que
54% des personnes sondées se considéraient comme fidèles
(pratiquant), 33% athées et 26% indifférents. 33% d’athées
auxquels on peut ajouter certains indifférents. Ces chiffres
traduisent l’état de notre société. Imaginez-vous donc la
même situation ou même empirée aujourd’hui. Il faut le
savoir, nous vivons dans une société qui jours après jours
rejette Dieu et nie son existence. Nous sommes dans un
monde où notre Dieu est attaqué de toutes parts et est mis
tantôt sur le banc de touche (pour en rejeter son existence),
tantôt sur le banc des accusés (pour lui attribuer tous les maux
de la société).
Pour cela ce chapitre a une double visée : vous fournir
des éléments de réponses capables de vous aider à
comprendre ce qu’est l’athéisme, ses risques et ses ruses et

22
surtout comment répondre aux négationnistes de Dieu et vous
fortifier dans votre foi en un seul Dieu Père, Miséricordieux
et Provident.

2. L’athéisme (remise en cause de l’existence de Dieu).


a. Définition et données historiques

La constitution Gaudium et Spes du Concile Vatican


II, au n. 19, dit :
« On désigne sous le nom d’athéisme des phénomènes
entre eux très divers. En effet, tandis que certains athées nient
Dieu expressément, d’autres pensent que l’homme ne peut
absolument rien affirmer de lui. D’autres encore traitent le
problème de Dieu de telle façon que ce problème semble
dénué de sens. Beaucoup outrepassant indûment les limites
des sciences positives, ou bien prétendent que la seule raison
scientifique explique tout, ou bien, à l’inverse, ne
reconnaissent comme définitive absolument aucune vérité…
D’autres n’abordent même pas le problème de Dieu : ils
paraissent étrangers à toute inquiétude religieuse et ne voient
pas pourquoi ils se soucieraient encore de religion.
L’athéisme, en outre, naît souvent, soit d’une protestation
révoltée contre le mal dans le monde, soit du fait que l’on
attribue à tort à certains idéaux humains un tel caractère
d’absolu qu’on en vient à les prendre pour Dieu ».
Cette philosophie peut se résumer en une phrase : «il
n’existe rien dans l’Univers qui ressemble de près ou de loin
à ce que les croyants appellent un «Dieu». Donc deux choses
à retenir :
- Ce terme « athéisme » a connu des évolutions. En
effet en 1532 il désignait l’incroyance d’un peuple vis-à-vis
du dieu local. Pour être clair une personne était considérée
athée lorsqu’elle ne croyait pas au dieu de sa nation, de sa
tribu. Mais ceci ne l’empêchait pas de croire à un dieu ou des
dieux étrangers, comme du temps d’Israël par exemple. La
notion « athée » en tant qu’individu qui rejette et nie

23
l’existence de Dieu est récente. Elle n’apparaît, selon
plusieurs auteurs dont Michel Onfray, qu’au XVIIIème siècle.
- Ce courant de pensée n’est pas uniforme. Il existe
plusieurs notions qui viennent renforcer cette doctrine :
athéisme matérialiste, scientifique et philosophique et
athéisme pratique (le plus dangereux). La grille de lecture
change certes, mais la pensée est bien la même : Dieu n’existe
pas.

b. Idéologie et auteurs

L’essence de cette idéologie repose sur une double


affirmation : la première est l’inexistence de Dieu ; la
seconde, Dieu est l’ennemi de la raison. Pour les athées, Dieu
est un mythe, une fiction, une pure construction humaine. Les
hommes l’ont inventé afin de fuir leur peur de la mort, et la
dureté de la vie.
Ainsi Michel Onfray, philosophe athée contemporain
et fondateur de l’université populaire de Caen, très influent en
France, soutient, dans L’archipel pré-chrétien, premier tome
de La Contre-histoire de la philosophie, que la création de
Dieu est une aspiration humaine. Elle traduit la volonté de
chaque homme de rendre son quotidien possible malgré son
trajet vers la mort. Notre foi, pour cet auteur, est un moyen
enfantin de ne pas affronter la réalité. Le croyant ferait preuve
d’infantilisme mental et serait un enfant, alors que l’athée
serait l’adulte capable d’affronter le monde telle qu’il est.
C’est donc la peur de la mort qui justifierait la
construction de Dieu. Dieu ne serait donc pas créateur et
encore moins éternel car Il disparaitrait avec «le dernier
homme». Et cette «mort de Dieu» serait salutaire car elle
permettrait de libérer l’homme de ses peurs afin qu’il puisse
prendre en main son destin. L’athéisme permettrait ainsi à
l’homme d’être réconcilié avec la réalité.
En plus d’être une construction humaine, il est aussi
l’ennemi de la raison. Car Dieu s’oppose à la science. En effet,
la science viendrait à montrer le subterfuge, l’escroquerie,

24
l’inexistence de Dieu. Au mythe du «Dieu créateur» de
l’univers, l’athée réponds par l’atome et la théorie du big-
bang. La vie n’est que le résultat d’une collision d’atomes et
non de l’action de Dieu.
Avant de conclure, j’aimerais juste que l’on mette
quelques visages derrière cette doctrine en vous présentant
des scientifiques, et des auteurs athées déclarés.
Christovão Ferreira (1580-1650) (ancien jésuite),
écrit La supercherie dévoilée. Thèse du livre : Dieu n’a pas
créé le monde ; le christianisme est une invention et le
jugement dernier un incroyable délire. Ferreira affirme que la
religion est une invention des hommes pour s’assurer le
pouvoir sur leurs semblables. Ferreira ne remet pas en cause
l’existence de Dieu. Il s’attaque à la religion au 17ème siècle.
Il est l’un des précurseurs du mouvement athée.
L’Abbé Jean Meslier (1664-1729) : Le titre complet,
choisi par l’auteur, est « Mémoire des pensées et sentiments
de Jean Meslier, prêtre-curé d’Etrépigny et de Balaives, sur
une partie des erreurs et des abus de la conduite et du
gouvernement des hommes, où l’on voit des démonstrations
claires et évidentes de la vanité et de la fausseté de toutes les
religions du monde, pour être adressé à ses paroissiens après
sa mort et pour leur servir de témoignage de vérité à eux et à
tous leurs semblables». Ce texte, publie par Voltaire est
considéré comme le texte fondateur de l’athéisme et de
l’anticléricalisme militant en France.
Paul Henri Holbach (1723-1789) : Il plaide pour une
morale post-chrétienne. Holbach est considéré comme le
démystificateur des religions. En Contagion sacrée
18ème (1768) il dit : «La religion est l’art d’enivrer les hommes
pour détourner leur esprit des maux dont les accablent ceux
qui les gouvernent».
Ludwig Feuerbach (1804-1872). Pour lui Dieu est
une fabrication des hommes à leurs images inversées. Il
considère la théologie comme une pathologie psychique. Pour
lui la religion est un moyen d’aliénation. Enferme l’homme
dans un monde imaginaire.

25
Et Marx surtout : « la religion opium du peuple ».
Michel Onfray : Déjà cité. Dieu est une fiction, un
mythe. Il est une aspiration humaine, un rêve. Il permet à
l’homme de rendre le quotidien possible et ce, malgré notre
trajet vers le néant. Traité d’athéologie.
Stephen Hawking (1942) dans son livre «The Grand
design», affirme l’idée que le monde s’est créé sans Dieu. Il
se serait en fait formé de lui-même, en toute logique des lois
de la physique.
Alors résumons ce qu’est l’athéisme en une phrase :
un reniement de Dieu et de ce qu’il représente.

3. Une réponse à l’athéisme : Dieu existe (Il n’est pas mort)


a. Les cinq preuves rationnelles de l’existence de Dieu

Nous pouvons fournir plusieurs preuves afin de


démontrer l’existence de Dieu, mais ici, vu la simplicité et la
clarté, nous voulons prendre les cinq voies de la
démonstration de l’existence de Dieu de Saint Thomas
d’Aquin dans sa Somme Théologique, I. 2,3. Il s’agit d’une
démonstration rationnelle et accessible à tous.
1. Dieu, premier moteur immobile. La première et
la plus manifeste est celle qui se prend du mouvement. Il
est évident, nos sens nous l'attestent, que dans ce monde
certaines choses se meuvent. Or, tout ce qui se meut est mû
par un autre. En effet, rien ne se meut qu'autant qu'il est en
puissance par rapport au terme de son mouvement, tandis
qu'au contraire, ce qui meut le fait pour autant qu'il est en
acte ; car mouvoir, c'est faire passer de la puissance à l'acte,
et rien ne peut être amené à l'acte autrement que par un être
en acte, comme un corps chaud en acte, tel le feu, rend chaud
en acte le bois qui était auparavant chaud en puissance, et par
là il le meut et l'altère. Or il n'est pas possible que le même
être, envisagé sous le même rapport, soit à la fois en acte et en
puissance ; il ne le peut que sous des rapports divers ; par
exemple, ce qui est chaud en acte ne peut pas être en même

26
temps chaud en puissance ; mais il est, en même temps, froid
en puissance. Il est donc impossible que sous le même rapport
et de la même manière quelque chose soit à la fois mouvant et
mû, c'est-à-dire qu'il se meuve lui-même. Il faut donc que tout
ce qui se meut soit mû par un autre. Donc, si la chose qui meut
est mue elle-même, il faut qu'elle aussi soit mue par une autre,
et celle-ci par une autre encore. Or, on ne peut ainsi continuer
à l'infini, car dans ce cas il n'y aurait pas de moteur premier,
et il s'ensuivrait qu'il n'y aurait pas non plus d'autres moteurs,
car les moteurs seconds ne meuvent que selon qu'ils sont mus
par le moteur premier, comme le bâton ne meut que s'il est mû
par la main. Donc il est nécessaire de parvenir à un moteur
premier qui ne soit lui-même mû par aucun autre, et un tel
être, tout le monde comprend que c'est Dieu.
2. Dieu est la cause efficiente première. La seconde
voie part de la notion de cause efficiente. Nous constatons,
à observer les choses sensibles, qu'il y a un ordre entre les
causes efficientes ; mais ce qui ne se trouve pas et qui n'est
pas possible, c'est qu'une chose soit la cause efficiente d'elle-
même, ce qui la supposerait antérieure à elle-même, chose
impossible. Or, il n'est pas possible non plus qu'on remonte à
l'infini dans les causes efficientes ; car, parmi toutes les causes
efficientes ordonnées entre elles, la première est cause des
intermédiaires et les intermédiaires sont causes du dernier
terme, que ces intermédiaires soient nombreux ou qu'il n'y en
ait qu'un seul. D'autre part, supprimez la cause, vous
supprimez aussi l'effet. Donc, s'il n'y a pas de premier, dans
l'ordre des causes efficientes, il n'y aura ni dernier ni
intermédiaire. Mais si l'on devait monter à l'infini dans la série
des causes efficientes, il n'y aurait pas de cause première ; en
conséquence, il n'y aurait ni effet dernier, ni cause efficiente
intermédiaire, ce qui est évidemment faux. Il faut donc
nécessairement affirmer qu'il existe une cause efficiente
première, que tous appellent Dieu.
3. Dieu est nécessaire en soi, c'est la première
nécessité. La troisième voie se prend du possible et du
nécessaire, et la voici. Parmi les choses, nous en trouvons qui

27
peuvent être et ne pas être : la preuve, c'est que certaines
choses naissent et disparaissent, et par conséquent ont la
possibilité d'exister et de ne pas exister. Mais il est impossible
que tout ce qui est de telle nature existe toujours ; car ce qui
peut ne pas exister n'existe pas à un certain moment. Si donc
tout peut ne pas exister, à un moment donné, rien n'a existé.
Or, si c'était vrai, maintenant encore rien n'existerait ; car ce
qui n'existe pas ne commence à exister que par quelque chose
qui existe. Donc, s'il n'y a eu aucun être, il a été impossible
que rien ne commençât d'exister, et ainsi, aujourd'hui, il n'y
aurait rien, ce qu'on voit être faux. Donc, tous les êtres ne sont
pas seulement possibles, et il y a du nécessaire dans les
choses. Or, tout ce qui est nécessaire, ou bien tire sa nécessité
d'ailleurs, ou bien non. Et il n'est pas possible d'aller à l'infini
dans la série des nécessaires ayant une cause de leur nécessité,
pas plus que pour les causes efficientes, comme on vient de le
prouver. On est donc contraint d'affirmer l'existence d'un Être
nécessaire par lui-même, qui ne tire pas d'ailleurs sa nécessité,
mais qui est cause de la nécessité que l'on trouve hors de lui,
et que tous appellent Dieu.
4. Dieu est le modèle parfait. La quatrième voie
procède des degrés que l'on trouve dans les choses. On voit
en effet dans les choses du plus ou moins bon, du plus ou
moins vrai, du plus ou moins noble, etc. Or, une qualité est
attribuée en plus ou en moins à des choses diverses selon leur
proximité différente à l'égard de la chose en laquelle cette
qualité est réalisée au suprême degré ; par exemple, on dira
plus chaud ce qui se rapproche davantage de ce qui est
superlativement chaud. Il y a donc quelque chose qui est
souverainement vrai, souverainement bon, souverainement
noble, et par conséquent aussi souverainement être, car,
comme le fait voir Aristote dans la Métaphysique, le plus haut
degré du vrai coïncide avec le plus haut degré de l'être. D'autre
part, ce qui est au sommet de la perfection dans un genre
donné, est cause de cette même perfection en tous ceux qui
appartiennent à ce genre : ainsi le feu, qui est superlativement
chaud, est cause de la chaleur de tout ce qui est chaud, comme

28
il est dit au même livre. Il y a donc un être qui est, pour tous
les êtres, cause d'être, de bonté et de toute perfection. C'est lui
que nous appelons Dieu.
5. Dieu est le guide intelligent de toutes choses. La
cinquième voie est tirée du gouvernement des choses. Nous
voyons que des êtres privés de connaissance, comme les corps
naturels, agissent en vue d'une fin, ce qui nous est manifesté
par le fait que, toujours ou le plus souvent, ils agissent de la
même manière, de façon à réaliser le meilleur ; il est donc clair
que ce n'est pas par hasard, mais en vertu d'une intention qu'ils
parviennent à leur fin. Or, ce qui est privé de connaissance ne
peut tendre à une fin que dirigé par un être connaissant et
intelligent, comme la flèche par l'archer. Il y a donc un être
intelligent par lequel toutes choses naturelles sont ordonnées
à leur fin, et cet être, c'est lui que nous appelons Dieu.

4. La science et Dieu
La science n’a été jamais contraire à la foi. Ainsi
plusieurs savants, scientifiques et intellectuels ont affirmé
l’existence de Dieu :
Albert Einstein disait : « Je n’arrive pas à concevoir
un scientifique dépourvu d’une foi profonde. Ceci pourrait
être formulé de la façon suivante : il est impossible de croire
à une science sans religion ».
John Lenox (scientifique, professeur à l’université
d’Oxford) : «Pour moi, en tant que croyant, la beauté des lois
scientifiques renforce ma foi en une force créatrice d’origine
divine. Plus je comprends la science, plus je crois en Dieu».
Vera Kistiakowsky (Physicienne au MIT et ancienne
présidente de l’Association des Femmes de
Science) : «L’ordre exquis qui révèle notre compréhension
scientifique du monde physique nécessite le divin».
Louis Pasteur : «Un peu de science nous éloigne de
Dieu, mais beaucoup nous y ramène».

29
Thomas Edison (1847,1931), qui inventa l’ampoule
électrique, affirma : « J’admire tous les ingénieurs, mais
surtout le plus grand d’entre eux : Dieu ! ».
Le savant anglais (d’origine allemande) Sir William
Herschel (1738-1822), fondateur de l’astronomie stellaire,
entre autres a dit : « Plus le domaine de la science s’étend,
plus nombreux deviennent les arguments puissants et
irréfutables prouvant l’existence d’un Créateur éternel et la
puissance illimitée et infinie. Les géologues, les
mathématiciens, les astronomes et les naturalistes ont tous
collaboré à bâtir l’édifice de la science, qui est, en vérité, le
socle de la Grandeur suprême de Dieu l’unique ». Il affirme
aussi, faisant allusion aux conclusions tellement évidentes
que peut faire toute personne étudiant l’univers : « Les
astronomes non pieux doivent être fous ».
Ainsi donc la science ne s’oppose pas à Dieu, mais au
contraire nous en montre l’évidence.

5. L’Église face à l’athéisme scientifique

Voici encore une citation du Concile Vatican II :


« L’Église, fidèle à la fois à Dieu et à l’homme, ne peut
cesser de réprouver avec douleur et avec la plus grande
fermeté, comme elle l’a fait dans le passé, ces doctrines et ces
manières de faire funestes qui contredisent la raison et
l’expérience commune et font déchoir l’homme de sa
noblesse native. L’Église tient que la reconnaissance de Dieu
ne s’oppose en aucune façon à la dignité de l’homme, puisque
cette dignité trouve en Dieu lui-même ce qui la fonde et ce qui
l’achève. Car l’homme a été établi en société, intelligent et
libre, par Dieu son Créateur. Mais surtout, comme fils, il est
appelé à l’intimité même de Dieu et au partage de son propre
bonheur. L’Église enseigne, en outre, que l’espérance
eschatologique ne diminue pas l’importance des tâches
terrestres, mais en soutient bien plutôt l’accomplissement par
de nouveaux motifs. À l’opposé, lorsque manquent le support
divin et l’espérance de la vie éternelle, la dignité de l’homme

30
subit une très grave blessure, comme on le voit souvent
aujourd’hui, et l’énigme de la vie et de la mort, de la faute et
de la souffrance reste sans solution : ainsi, trop souvent, les
hommes s’abîment dans le désespoir... Quant au remède à
l’athéisme, on doit l’attendre d’une part d’une présentation
adéquate de la doctrine, d’autre part de la pureté de vie de
l’Église et de ses membres. C’est à l’Église qu’il revient en
effet de rendre présents et comme visibles Dieu le Père et son
Fils incarné, en se renouvelant et en se purifiant sans cesse,
sous la conduite de l’Esprit Saint. Enfin ce qui contribue le
plus à révéler la présence de Dieu, c’est l’amour fraternel des
fidèles qui travaillent d’un cœur unanime pour la foi de
l’Évangile et qui se présentent comme un signe d’unité. Car
l’Église sait parfaitement que son message est en accord avec
le fond secret du cœur humain quand elle défend la dignité de
la vocation de l’homme, et rend ainsi l’espoir à ceux qui
n’osent plus croire à la grandeur de leur destin. Ce message,
loin de diminuer l’homme, sert à son progrès en répandant
lumière, vie et liberté et, en dehors de lui, rien ne peut combler
le cœur humain: ‘Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre
cœur ne connaît aucun répit jusqu’à ce qu’il trouve son repos
en toi’»4.

6. L’Église face à l’athéisme pratique

Comme l’a dit très justement saint Jean-Paul II, il est


facile de constater que l’athéisme est sans conteste l’un des
phénomènes majeurs, et il faut même dire, le drame spirituel
de notre temps.
Aujourd’hui, nous le savons, les difficultés ne
manquent pas, ni les épreuves, pour la foi qui est souvent peu
comprise, contestée, refusée. Saint Pierre disait aux
chrétiens : Vous devez toujours être prêts à vous expliquer
devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de
l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et

4
Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n. 21

31
respect (1 Pt 3,15). Par le passé, en Occident, dans une société
considérée comme chrétienne, la foi était le milieu dans lequel
on se mouvait ; la référence et l’adhésion à Dieu faisaient
partie de la vie quotidienne, pour la majorité des gens. C’était
plutôt celui qui ne croyait pas qui devait justifier son
incrédulité. Dans notre monde, la situation a changé et le
croyant doit toujours plus être capable de rendre raison de sa
foi.
A notre époque, un phénomène particulièrement
dangereux pour la foi s’est vérifié : il y a en effet une forme
d’athéisme que nous qualifions justement de « pratique »,
dans lequel on ne nie pas explicitement les vérités de la foi ou
des rites religieux, mais on les considère simplement et
concrètement insignifiants pour l’existence quotidienne,
éloignés de la vie, inutiles. Souvent, alors, on croit en Dieu de
façon superficielle, et on vit «comme si Dieu n’existait pas».
Quelles réponses, alors, la foi est-elle appelée à
donner, avec «douceur et respect», à l’athéisme, au
scepticisme, à l’indifférence religieuse, afin que l’homme de
notre temps puisse continuer à s’interroger sur l’existence de
Dieu et à parcourir les chemins qui conduisent à Lui ?
Je voudrais indiquer quelques chemins, qui
proviennent soit de la réflexion naturelle, soit de la force de la
foi. Je les résumerais de manière très concise en trois mots :
le monde, l’homme, la foi.
Le premier : le monde. Saint Augustin, qui dans sa
vie a longtemps cherché la Vérité et a été saisi par la Vérité, a
écrit une très belle et célèbre page, où il affirme : «Interroge
la beauté de la terre, de la mer, de l’air raréfié partout où il
s’étend ; interroge la beauté du ciel…, interroge toutes ces
réalités. Toutes te répondront : regarde-nous et observe
comme nous sommes belles. Leur beauté est comme leur
hymne de louange. Or ces créatures si belles, mais
changeantes, qui les a faites sinon celui qui est la beauté de
façon immuable?»5. Albert Einstein disait que dans les lois de

5
Saint Augustin, Sermon 241, 2 : PL 38, 1134.

32
la nature «se révèle une raison si supérieure que toute la
rationalité de la pensée et des systèmes humains est en
comparaison une réflexion absolument insignifiante»6. Un
premier chemin, donc, qui conduit à la découverte de Dieu,
est de contempler avec des yeux attentifs la beauté de la
création.
Le deuxième mot : l’homme. A nouveau Saint
Augustin formule une invitation : «Ne va pas hors de toi,
rentre en toi-même : dans l’homme intérieur habite la vérité»7.
Ceci est un autre aspect que nous risquons de perdre dans le
monde bruyant et dispersé où nous vivons : la capacité de
nous arrêter, de regarder en profondeur en nous-mêmes et de
lire cette soif d’infini que nous portons à l’intérieur, qui nous
pousse à aller plus loin et renvoie à Quelqu’un qui puisse la
combler.
Le troisième mot : la foi. Dans la réalité de notre
temps surtout, nous ne devons pas oublier qu’un chemin qui
conduit à la connaissance et à la rencontre avec Dieu est la vie
de la foi. La foi, en effet, est rencontre avec Dieu qui parle et
agit dans l’histoire et qui convertit notre vie quotidienne,
transformant en nous les mentalités, jugements de valeur,
choix et actions concrètes. Elle n’est pas illusion, fuite de la
réalité, refuge confortable, sentimentalisme, mais elle est
implication de toute la vie et annonce de l’Evangile, Bonne
Nouvelle capable de libérer tout l’homme.
Aujourd’hui, beaucoup ont une conception limitée de
la foi chrétienne, parce qu’ils l’identifient davantage avec un
simple système de croyances et de valeurs qu’avec la vérité
d’un Dieu qui s’est révélé dans l’histoire, désireux de
communiquer avec l’homme en tête à tête, dans une relation
d’amour avec lui. En réalité, au fondement de toute doctrine
ou valeur, il y a l’évènement de la rencontre entre l’homme et
Dieu en Jésus-Christ. Le christianisme, avant d’être une

6
Albert Einstein, Comment je vois le monde, Flammarion, 1999.
7
Saint Augustin, De vera religione, 39, 72.

33
morale ou une éthique, est d’abord l’accueil de la personne de
Jésus. Comme le dit saint Jean-Paul II :
« C’est au chrétien qu’il appartient d’en donner
témoignage. Il porte certes ce trésor dans des vases d’argile.
Mais il n’en est pas moins appelé à placer la lumière sur le
candélabre, pour qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la
maison. Ce témoignage doit être à la fois un témoignage de
pensée et un témoignage de vie… Apprendre à bien penser
était une résolution que l’on professait hier volontiers. C’est
toujours une nécessité première pour agir. L’apôtre n’en est
pas dispensé. Que de baptisés sont devenus étrangers à une foi
qui jamais peut-être ne les avait vraiment habités parce que
personne ne la leur avait bien enseignée ! Pour se développer,
le germe de la foi a besoin d’être nourri de la parole de Dieu,
des sacrements, de tout l’enseignement de l’Eglise et ceci
dans un climat de prière. Et, pour atteindre les esprits tout en
gagnant les cœurs, il faut que la foi se présente pour ce qu’elle
est, et non pas sous de faux revêtements. Le dialogue du salut
est un dialogue de vérité dans la charité »8.

Chaque époque a ses hérésies. Chaque époque voit


aussi se renouveler le principe des assauts contre la foi.
Aujourd’hui, l’attaque principale n’est pas seulement d’ordre
historique et métaphysique mais aussi un problème d’ordre
proprement spirituel. Le christianisme n’est plus seulement
combattu dans l’un de ses fondements, il est visé directement
au cœur. C’est tout le christianisme qui doit être abrogé et
remplacé. A l’idéal chrétien est opposé l’idéal relativiste et
athée.
Si nous voulons retrouver un «christianisme
fervent», il faut le rendre à lui-même dans nos âmes, il faut
lui rendre nos âmes, non l’adapter à la mode du jour. La
question, encore une fois, est d’abord spirituelle : nous avons
à retrouver l’esprit du christianisme.

8
Discours du pape saint Jean Paul II au congrès international sur
évangélisation et athéisme, 10 octobre 1980.

34
La question de l’existence de Dieu donc est un enjeu
central. Car la réponse que vous allez donner va certainement
orienter et façonner votre vie. Dieu réaffirme son existence,
sa présence et il te dit « Je suis là, Je t’écoute, Je te vois, Je te
connais ». Qu’allons-nous lui répondre ? Qu’allons-nous
faire ? A la question de l’existence de Dieu, il n’y a qu’une
seule réponse possible, un acte de foi : lui donner toute notre
vie.
Peu de jours après la mort de Blaise Pascal,
mathématicien, inventeur, physicien, philosophe, dit le Père
Guerrier, un domestique de la maison s’aperçut par hasard que
dans la doublure du pourpoint de cet illustre défunt il y avait
quelque chose qui paraissait plus épais que le reste, et ayant
décousu cet endroit pour voir ce que c’était, il y trouva un petit
parchemin plié et écrit de la main de Pascal, et dans ce
parchemin, un papier écrit de la même main: l’un était une
copie fidèle de l’autre. Ces deux pièces furent aussitôt mises
entre les mains de Mme Périer qui les fit voir à plusieurs de
ses amis particuliers. Tous convinrent qu’on ne pouvait douter
que ce parchemin, écrit avec tant de soin et avec des caractères
si remarquables, ne fût une espèce de mémorial qu’il gardait
très soigneusement pour conserver le souvenir d’une chose
qu’il voulait avoir toujours présente à ses yeux et à son esprit,
puisque depuis huit ans, il prenait soin de le coudre et
découdre à mesure qu’il changeait d’habits». Le parchemin
est perdu ; mais au commencement du manuscrit de la
bibliothèque nationale se trouve le papier qui le reproduisait,
écrit de la main de Pascal, et dont l’authenticité est attestée
par un billet signé de l’abbé Périer, neveu de Pascal. En tête,
une croix entourée de rayons :
« L’an de grâce 1654, (à 31 ans). Lundi, 23 novembre,
jour de saint Clément, pape et martyr et autres au martyrologe,
Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres. Depuis environ
10 heures et demie du soir jusques environ minuit et demi,
Feu. «Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob» non des
philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment.

35
Joie. Paix. Dieu de Jésus-Christ. Mon Dieu et votre Dieu,
«Ton Dieu sera mon Dieu». Oubli du monde et de tout, hormis
Dieu. Il ne se trouve que parmi les voies enseignées dans
l’Évangile. Grandeur de l’âme humaine. «Père juste, le monde
ne t’a point connu, mais je t’ai connu». Joie, joie, joie, pleurs
de joie. Je m’en suis séparé : Ils m’ont abandonné, moi, la
source d’eau vive «Mon Dieu me quitterez-vous?» Que je
n’en sois pas séparé éternellement. Cette est la vie éternelle,
qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé,
Jésus-Christ». Jésus-Christ. Jésus-Christ. Je m’en suis
séparé ; je l’ai fui, renoncé, crucifié. Que je n’en sois jamais
séparé. Il ne se conserve que par les voies enseignées dans
l’Évangile : Renonciation totale et douce. Soumission totale à
Jésus-Christ et à mon directeur. Éternellement en joie pour un
jour d’exercice sur la terre. Non obliviscar sermones tuos
(Que je n’oublie pas tes paroles), Amen ». Blaise Pascal.

36
III- LA GNOSE « CHRETIENNE »

1. Un problème grave

Un troisième problème des chrétiens, est la pensée


malheureusement toujours actuelle et très répandue de la
gnose dite « chrétienne » c’est-à-dire le « guide » de la pensée
progressiste de beaucoup de théologiens et de laïcs.
Le gnosticisme fut autrefois probablement l’hérésie la
plus dangereuse qui ait menacé l’Eglise pendant les trois
premiers siècles. Influencé par des philosophes tels que
Platon, le gnosticisme est fondé sur de fausses théories. Le
gnosticisme vient du mot grec « gnosis » qui signifie «savoir».
La gnose répondait sans doute à un désir profond de
connaître le sens des choses cachées. Elle succombait à la
tentation d’y arriver par soi-même, par la raison et
l’imaginaire, et de limiter cette connaissance ésotérique à un
cercle d’initiés. Elle utilisait la Révélation, interprétée de
façon très partiale, et les formules familières du Credo
chrétien, pour justifier une doctrine contraire à la foi.
Aujourd’hui elle a changé plus ou moins son visage,
mais au fond il s’agit encore de l’effort d’expliquer toute la
réalité (Dieu, l’homme et le monde) d’une façon rationnelle,
c’est-à-dire à la mesure de l’homme.
Elle se présente d’une part ouvertement : c’est la
pensée qui se déclare explicitement contraire à
l’enseignement de l’Eglise (par exemple l’hérésie). D’autre
part elle se présente de façon cachée : elle est bien plus grave
que la précédente. Elle va toujours contre l’enseignement de
l’Église, mais elle veut vivre dans l’Eglise (c’est la façon de
penser de beaucoup de théologiens). Elle est très dangereuse
parce que sa façon simple de se présenter attire les
intelligences les plus faibles et les moins formées.
Saint Jean-Paul II avait dit très justement : « Sous
d’autres formes, qui oserait dire que la tentation gnostique

37
n’est plus un obstacle pour l’Eglise? L’essai d’interprétation
du christianisme par des philosophes comme Hegel était bien
une façon de vider la foi chrétienne de sa substance, en
interprétant le dépouillement du Fils de Dieu comme la perte
de l’identité de Dieu, et l’annulation de l’abîme entre Dieu et
sa créature. Aujourd’hui aussi, il existe, de façon diffuse, chez
certains chrétiens, la tentation de faire une lecture de la Bible
commandée par des présupposés étrangers à la foi, de plier la
foi, à un système construit en dehors d’elle, tout en conservant
les formules familières de la Bible ou de la doctrine chrétienne
à l’appui de ces courants d’idées hétérogènes. Le devoir du
théologien est d’éviter ce genre de substitution ruineuse, de
veiller à l’authenticité… »9.

2. Que pouvons-nous dire de la gnose cachée ?10


1. Elle est pire que l’hérésie parce qu’elle se produit à
l’intérieur de la foi et elle ne cherche pas à sortir du peuple de
Dieu.
2. Le gnostique ne se sent jamais coupable, bien au
contraire il pense être le chrétien le mieux formé, le plus fidèle
à l’Evangile et le plus capable d’expliquer la doctrine de la foi
aux hommes d’aujourd’hui.
3. Il cherche à s’excuser. Son raisonnement est
toujours le même : il n’a pas voulu dire ce qu’on lui reproche,
ou bien ce qu’il a dit ne touche pas l’essentiel du
christianisme.
4. Il ne se présente pas comme une rupture, mais plutôt
comme un glissement progressif.
5. Lorsqu’il attaque le magistère, il ne le fait pas pour
nier son existence, mais seulement pour détruire le critère de
foi qui le dérange.

9 Saint Jean-Paul II, discours au corps académique de l’Université Catholique de


Lyon, 7 octobre 1986.
10 Je suivrai un article du P. Miguel Fuentes, Joaquin, el gnostico, sigue fastidiando

a la Iglesia, in [Link] qui cite André


Manaranche, I preti. Crisi e formazione, Società Editrice Internazionale, Torino,
1996.

38
6. C’est une réalité parachrétienne disait saint Jean
Paul II, c’est-à-dire qu’elle a besoin de la foi pour vivre en
même temps qu’elle essaye de la détruire. C’est un parasite.
Voilà pourquoi elle se présente comme compatible avec la foi
et comme l’unique possibilité pour sauver la foi dans le
monde actuel.
7. Elle opère une confusion entre changement et
fracture : pré-concile et post-concile. Pluralisme et ouverture
sont ses armoiries.
8. Elle est intolérante. Son ennemi déclaré est le
Magistère de l’Eglise qui l’empêche de s’infiltrer dans la foi.
Pour cela elle se présente comme promotrice de la liberté.
Ainsi elle déclare sa volonté de s’harmoniser avec la
modernité et en même temps elle propose l’ouverture sans
savoir s’il s’agit de faire un peu d’air ou bien provoquer une
hémorragie.
9. Finalement la gnose occupe tout le terrain possible.
Elle a ses propres dogmes et ne supporte pas qu’ils soient
remis en question. Elle applique à ceux qui ne pensent pas
comme elle la barrière du silence.

3. Dans quelle mesure le gnosticisme de l’Antiquité et du


gnosticisme progressiste d’aujourd’hui se rejoignent-
ils ?11

Plus particulièrement, comment se définissent-ils par


rapport au Christianisme, dont ils tâchent d’emprunter,
d’absorber des éléments tout en s’en détachant radicalement ?
Je tâcherai de dégager ce qui me semble être les traits
communs les plus saillants du gnosticisme antique et
moderne.

11
Nous suivons librement et avec adaptation Eric Kayayan, Le retour du
gnosticisme, in [Link]
[Link]/written/le_retour_du_gnosticisme.htm#_ftn50. Voir également
avec beaucoup de profit le document des conseils pontificaux de la culture
et du dialogue interreligieux, Jésus-Christ porteur d’eau vive, une
réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age » (2003).

39
- Tous deux sont des courants très larges, des
nébuleuses de mouvements comprenant de grandes variations
entre eux, mais centrés sur quelques idées, les principales
étant sans doute celles-ci : la connaissance de Dieu est la
connaissance de soi-même, celle-ci menant à la prise de
conscience de la divinité du soi-même. Cette prise de
conscience est en fait le dévoilement d’une condition
originelle oubliée, oubli provoqué d’une manière ou d’une
autre par la matérialité du monde, dont il convient de se
dégager.
- Tous deux sont marqués par un fort syncrétisme,
recherchant l’union d’éléments religieux orientaux et
occidentaux, pour aboutir à une religion culturellement
globalisée.
- La spiritualisation et l’allégorisation des récits
bibliques empruntés par la cause gnostique vont de pair avec
une tendance très poussée à déhistoriser, à désincarner. C’est
le grand problème des exégètes rationalistes. Christ et Jésus
sont deux entités différentes, la première (qui prime sur la
seconde) d’ordre spirituel, la seconde purement contingente.
Elle recherche la divinisation de l’homme en lui proposant de
vivre ici-même de manière intemporelle, en dehors de
l’histoire, du temps et de ses vicissitudes.
- L’irréalité des souffrances de Jésus-Christ selon les
courants gnostiques antiques a pour parallèle l’irréalité de la
souffrance dans nombre de mouvements chrétiens modernes.
Dans les deux cas il ne s’agit pas de porter sa croix, selon
l’exemple du Christ, mais d’affirmer que la souffrance n’est
qu’une illusion passagère dont il faut se libérer le plus vite
possible.
- La notion de péché et la nécessité d’un sacrifice
expiatoire sont niées. La messe par exemple n’est plus
considérée comme sacrifice eucharistique. Toute notion de
culpabilité personnelle fait partie du domaine du mal. Éthique
et responsabilité personnelle sont avant tout tournées vers soi-
même. Il s’agit en effet de découvrir Dieu en soi-même, et
non en dehors de soi. Cela aboutit souvent à un égoïsme

40
magique ; un narcissisme magique qui cherche à transformer
le monde.
- L’anthropologie des gnostiques peut être aussi mise
en rapport avec l’activisme (lobby) homosexualiste
contemporain. Dans les deux cas, la différenciation et la
complémentarité sexuelle est combattue, considérée comme
un obstacle sur la voie de l’union et de l’unité. Pensons
aujourd’hui au combat livré à l’intérieur de l’Église sur le
mariage naturel et la famille. L’influence des conceptions de
l’Antiquité grecque sur la sexualité, celles de Socrate
notamment (pour qui homosexualité et plus particulièrement
pédophilie représentaient la forme supérieure de la sexualité)
permet d’établir un lien entre les versions antique et moderne
de la pensée gnostique.
Saint Jean-Paul II nous met en garde : « Il est
impossible de se laisser bercer par l’illusion que ce retour de
la gnose préluderait à un renouveau de la religion. Il s’agit
tout simplement de la version moderne d’une attitude
spirituelle qui, au nom d’une prétendue connaissance
supérieure de Dieu, finit par rejeter définitivement sa Parole
en la remplaçant par des paroles toutes humaines. La gnose
n’a jamais disparu du champ du christianisme. Elle a toujours
cohabité avec lui, parfois en tant que courant philosophique,
plus souvent sous des formes religieuses ou parareligieuses,
en opposition nette, même si elle n’est pas explicite, avec
l’essentiel du christianisme»12.

4. Pourquoi ce gnosticisme caché s’est-il répandu si vite et


si facilement parmi les chrétiens ?

Le gnosticisme caché est une tentative pour apporter


un peu de chaleur dans un monde dur et impitoyable. En
réaction contre la tradition chrétienne et la profondeur des
choses, il agit avant tout au niveau des sentiments, des
instincts et des émotions. Ce n’est pas un hasard si la gnose a

12
Saint Jean Paul II, Entrez dans l’espérance, Paris, 1994, p. 147.

41
eu un tel succès à une époque marquée par l’exaltation quasi
universelle de la diversité. La culture occidentale est allée trop
loin dans la tolérance, au sens d’une acceptation passive ou
résignée des idiosyncrasies des individus ou des groupes
minoritaires (comme par exemple l’islam), ce qui a entraîné
une érosion du respect pour la normalité, considérée comme
un concept chargé d’une valence morale et nécessairement lié
à des normes absolues. Pour un nombre croissant de
personnes, y compris malheureusement les chrétiens, les
croyances et les normes absolues (un magistère, les
commandements, la loi morale naturelle et divine) trahissent
l’incapacité d’accepter le point de vue et les convictions
d’autrui (le cheval de Troie du relativisme). Dans une telle
atmosphère, les styles de vie et les systèmes alternatifs
proposés par la gnose ont connu un véritable boom : il est
désormais non seulement admis, mais recommandé d’être
différent et donc de penser différemment13.

5. Que faire donc devant la pression du gnosticisme ?

Dans le document du Vatican Jésus-Christ porteur


d’eau vive, nous trouvons une réponse claire :
« Le début du troisième millénaire présente un vrai
kairos pour l’évangélisation. Les esprits et les cœurs sont
particulièrement ouverts à une information sérieuse sur la
conception chrétienne du temps et de l’histoire du salut. La
priorité n’est pas de souligner les lacunes des autres
approches, mais de revenir constamment aux sources de notre
foi pour pouvoir offrir une présentation juste et solide du
message chrétien. Nous pouvons être fiers de ce qui a été
confié à notre garde, et nous devons résister aux pressions de
la culture dominante qui voudrait nous faire enfouir ces dons
(cf. Mt 25, 24-30). Un des outils les plus utiles dont nous
disposons est le Catéchisme de l’Église Catholique. Mais il y

13
Nous adaptons une idée de Jésus-Christ porteur d’eau vive, une
réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age ».

42
a aussi l’immense héritage des chemins de sainteté des vies
de chrétiens et de chrétiennes d’hier et d’aujourd’hui. Là où
le riche symbolisme chrétien et ses traditions artistiques,
esthétiques et musicales sont encore méconnus ou ont été
oubliés, il y a beaucoup à faire pour les chrétiens et tous ceux
qui veulent faire l’expérience d’une conscience accrue de la
présence de Dieu… Si notre tâche est de connaître, aimer et
servir Jésus-Christ, nous devons commencer par avoir une
bonne connaissance des Écritures. Mais par-dessus tout, le
moyen le plus sûr pour donner un sens à l’ensemble du
message chrétien est de rencontrer le Seigneur Jésus dans la
prière et les sacrements, qui sont précisément les moments où
notre vie ordinaire est sanctifiée ».

43
44
IV- FRANC-MAÇON ET CATHOLIQUE
EST-IL POSSIBLE ?14

1. Les origines de la franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie prétend que


ses origines remontent à la plus Haute Antiquité, notamment
Égyptienne, aux Templiers, aux Bâtisseurs de Cathédrales du
Moyen Âge. La lecture des ouvrages les plus sérieux en la
matière démontre que cette thèse est purement mythique.
Jean Yves Tournié, franc-maçon et ancien haut
dignitaire du Grand Orient de France, doute dans son livre Les
origines de la franc-maçonnerie (éd. Dangles 2013, p.25),
que l’on parvienne un jour à définir les origines de la franc-
maçonnerie.

14
Nous suivons des extrais du livre J’ai frappé à la porte du
Temple...Parcours d’un franc-maçon en crise spirituelle (éd. Téqui, Paris,
2014) de Serge Abad-Gallardo, architecte français, ancien franc-maçon. Il
a passé 24 ans au sein d’une des obédiences les plus importantes de
France, celle du Droit Humain (une émanation du Grand Orient de
France). Il donne de nombreuses conférences. En 2016, il revient avec un
nouveau livre : Je servais Lucifer sans le savoir (éd. Tequi, 2016). Dans
ce livre il affirme que la maçonnerie est, in fine, un culte à Lucifer.
« Absolument, dit-il, et je cite environ 200 documents maçonniques.
Comme l’expliquait un auteur Espagnol, éminent spécialiste du sujet
(Ricardo de la Cierva : Masoneria, Satanismo y Exorcismo) : « Satan n’a
pas besoin qu’on lui rende un culte afin de parvenir à ses fins. Tout ce
qu’il doit faire est d’éviter que l’Homme suive Jésus ». L’influence
Luciférienne est subtile : il ne s’agit pas d’un « culte » direct à Lucifer. La
franc-maçonnerie n’est pas une « Église satanique ». Je cite cependant
nombre de « planches » maçonniques louant explicitement Lucifer !
Enfin, il existe, dans certains Hauts Grades, des signes Lucifériens que je
décris. De même, l’ésotérisme, l’hermétisme, l’occultisme, qui fondent les
rituels maçonniques, sont des pratiques proprement sataniques. Nombre
d’écrits que je cite glorifient explicitement le Serpent de la Genèse, en tant
que libérateur de l’Humanité. On ne peut donc être plus clair : la franc-
maçonnerie, toutes obédiences et rites confondus, est bien luciférienne ».

45
La franc-maçonnerie est donc née en 1717, à Londres.
La première loge maçonnique française nait en 1721 à
Dunkerque15. Le Grand Orient de France, qui compte un peu
moins de 50.000 membres répartis en 1150 loges, a été créé
en 1773, et le Droit Humain, obédience maçonnique mixte et
internationale, qui revendique 28.000 membres, le 4 avril
1893.

2. Le recrutement en franc-maçonnerie

Dans la plupart des cas, on entre en franc-maçonnerie


après avoir été « approché » par un ami, ou une connaissance.
Après avoir fait l’objet de trois enquêtes distinctes, l’accès est
assez sélectif, puisqu’il faut recueillir les 4/5 des voix de la
Loge. La franc-maçonnerie approche «plutôt des
quadragénaires déjà installés professionnellement […] dont
on sent qu’ils se posent des questions sur eux-mêmes ou sur
leur rôle dans la société »16. Parfois ils utilisent la relation
professionnelle en cherchant le profil idéal : jeune diplômé,
nommé à un poste important dans la fonction publique, plutôt
éloigné de l’Église et de la foi catholique, et en quête
existentielle.
Par contre, On quitte la franc-maçonnerie plus ou
moins facilement, par une simple lettre de démission, suivie
d’un entretien avec trois maîtres. Mais ce n’est pas toujours
évident. Sur le plan spirituel, une prière de délivrance, voire
plus, n’est pas à négliger. En tout état de cause, il est
souhaitable d’en parler à un prêtre bien au fait de ces
questions (parfois ce n’est malheureusement pas le cas), et de
se confesser afin de pouvoir recevoir à nouveau les
sacrements.

15
Cf. Paul Naudon, Histoire générale de la franc-maçonnerie, éd. P.U.F
1981, p.66.
16
Cf. Le Figaro Magazine, 10.10.2014, p.42.

46
3. Les diverses obédiences et rituels

Les obédiences les plus importantes en France sont le


Grand Orient de France, le Droit Humain, la Grand Loge de
France, la Grande Loge Traditionnelle Symbolique Opéra, la
Grande Loge Féminine de France, et la Grande Loge
Nationale de France. Parmi les rites principaux :
- Le Rite Ecossais Ancien et Accepté est teinté
d’ésotérisme ;
- Le Rite Ecossais Rectifié se fonde sur la doctrine de
l’occultiste ;
- Le Rite Français qui s’appuie sur les emblèmes et
l’histoire bibliques, et qui est le plus laïc et athée des rites
maçonniques.

4. Organisation

Les Loges Bleues sont organisées en trois degrés,


confèrent l’initiation et permettent l’accès aux grades
d’Apprenti, de Compagnon, puis de Maître. Les Loges de
Hauts Grades attribuent des grades qui vont du 4e degré
(Maître Secret) au 33e degré (Souverain Grand Inspecteur
Général), en passant par divers degrés par exemple le
12e degré (Grand Maître Architecte), le 14e degré, (Grand Élu
de la Voûte Sacrée), le 18e degré (Chevalier Rose-Croix), ou
27e degré (Grand Commandeur du Temple).
La franc-maçonnerie demande à ses membres de faire
preuve de tolérance à l’égard des idées ou des opinions des
autres, profanes ou francs-maçons. Mais il existe une
parole « maçonniquement » correcte. Et que la tolérance n’a
plus cours dès que l’opinion émise s’en éloigne. À titre
d’exemple, évoquer en Loge que l’on est opposé à
l’avortement, à l’euthanasie, au mariage entre personnes de
même sexe, est toujours susceptible de provoquer des
réactions hostiles, parfois de manière feutrée mais parfois
moins. Par conséquent, exprimer au cours de sa vie
maçonnique un désaccord persistant sur le plan des valeurs ou

47
de la morale rend la situation très inconfortable pour
l’individu, à qui il ne reste plus qu’une alternative : quitter la
franc-maçonnerie, ou se « fondre » dans le groupe et la pensée
« maçonniquement correcte ».

5. La franc-maçonnerie : ésotérisme et relativisme

La franc-maçonnerie considère que « toutes les


religions se valent » en ce qu’elles seraient issues d’une seule
et même « Tradition Primordiale ». « La franc-maçonnerie,
comme tout ésotérisme, vise à réunifier des connaissances
présentes dans toutes les traditions philosophiques et
religieuses, avec l’idée que derrière elles se cache une religion
primordiale de l’Humanité »17.
Le mythe de la tradition primordiale se fonde sur la
conviction que toutes les religions sont issues d’une même
source initiatique et que cette dernière détient seule une vérité
absolue rappelée régulièrement à l’homme par des initiés
envoyés par une Puissance supérieure. Ainsi, Bouddha, et
même Jésus seraient à compter parmi ces initiés.

6. La franc-maçonnerie : religion athée

La franc-maçonnerie possède toutes les


caractéristiques d’une religion athée. Bien qu’elle s’en
défende, peut-être à des fins de non contradiction avec le
principe de laïcité qu’elle veut revendiquer, la franc-
maçonnerie possède toutes les caractéristiques d’une
religion : Un mode d’appartenance initial, des rites, des
cérémonies, un idéal commun : par exemple, le bonheur

17
Cf. R.°. L.°. Perf.°. n°65 « La Pierre d’Agathe » Or.°. de Vierzon, R 06
in Paroles Plurielles, Hors-Série, Mai, 2011, p.39 :
traduction : Respectable Loge de Perfection n° 65 « La Pierre d’Agathe »
à [l’Orient de] Vierzon in Paroles Plurielles, revue de publication de
« planches maçonniques », interne à l’obédience du Droit Humain et
strictement réservée aux francs-maçons.

48
réalisé sur terre, de l’humanité, des membres, un lien régulier
entre ces membres.

7. La franc-maçonnerie : dogmatique

Qu’elle le conteste ou non la franc-maçonnerie est


dogmatique. L’Eglise catholique aussi est dogmatique, mais
précisons que pour cette dernière les dogmes catholiques sont
« des lumières sur le chemin de notre foi, qui l’éclaire et le
rendent sûr » (Catéchisme de l’Église Catholique n° 89). La
franc-maçonnerie évoque les dogmes de l’Eglise comme une
expression au mieux superstitieuse, limitative et autoritariste.
C’est ainsi que la franc-maçonnerie se voudrait a-dogmatique,
afin d’accueillir des membres de toutes confessions.
Cependant elle est bien dogmatique. Par exemple :
Le dogme de la « Tradition Primordiale ». Nous en
avons déjà parlé.
Le dogme de l’a-dogmatisme : L’article 5 de la
Constitution internationale du Droit Humain déclare que la
franc-maçonnerie « ne professe aucun dogme. Il travaille à la
recherche de la vérité ». Or la conviction que l’accès à la
vérité passe par le rejet de tout dogme constitue sans conteste
une affirmation dogmatique.
Le dualisme maçonnique : La franc-maçonnerie
considère que le monde est sous l’emprise de deux forces
d’égale valeur (ce qui est également un dogme). Elle place sur
un plan d’égalité le bien et le mal. C’est-à-dire une puissance
« divine » (ou supra humaine) du Bien et une autre puissance
« divine » du Mal. La franc-maçonnerie est donc
manichéenne. Mais l’Eglise considère à juste titre que Dieu et
Satan ne se situent pas sur le même niveau ! Le premier est
Dieu Créateur, et le second est créature, même si elle s’est
révoltée. Dieu n’a pas créé, en lui-même, le mal. Dieu est
Tout-Puissant et Satan n’est qu’un ange déchu. Enfin, par la
croix, Dieu a définitivement vaincu le Mal. Dieu n’est donc
pas l’égale « force spirituelle » au mal.

49
Le rapport à la vérité : Pour la franc-maçonnerie la
vérité est relative et évolutive, subjective, découverte par
l’homme seul et en aucun cas révélée. Or pour un catholique
la vérité est objective, transcendante, et révélée par Dieu en
Christ. La Vérité catholique est une rencontre intime et
personnelle avec le Christ, qui est le Chemin, la Vérité, et la
Vie (Jean 14, 6).

8. Un catholique peut-il en faire partie ? La doctrine et


discipline de l’Eglise

La double appartenance au catholicisme et à la franc-


maçonnerie, est impossible. La franc-maçonnerie elle-même,
par la voix d’un ancien Grand Maître du Grand Orient de
France, confirme cette incompatibilité.
Peu de temps après la création des premières loges
hors d’Angleterre, le Vatican a interdit aux catholiques
d’appartenir à la franc-maçonnerie. C’est ainsi que le pape
Clément XII a publié la première bulle à cet effet le 28 avril
1738 : « C’est pourquoi nous défendons […] à chacun des
fidèles de Jésus Christ, laïcs ou clercs, séculiers ou réguliers,
d’entrer dans lesdites sociétés de francs-maçons […] et cela
sous peine d’excommunication ».
Depuis plusieurs siècles, la position du magistère est
constante18. Ainsi le CDC de 1917 au canon stipule que les
catholiques affiliés à la Franc-Maçonnerie ou d’autres
associations du même genre intriguant contre l’Eglise ou les
pouvoirs civils légitimes, encourent « ipso facto »
l’excommunication réservée au siège apostolique19. Deux ans

18
Cf. « Ecclesiam a Jesu Christo », du Pape Pie VII, le 13 septembre
1821 ; « Quo graviora » du Pape Léon XII, le 13 mars 1826 ; « Mirari
Vos » du Pape Grégoire XVI, le 15 août 1832 ; « Multiplices Inter » du
Pape Pie IX, le 25 septembre 1865 ; « Humanum Genus » du Pape Léon
XIII le 20 avril 1884 ; « Vehementer Nos » du Pape Pie X le 11 février
1906.
19
Cependant certaines obédiences, notamment celles qui ne professent pas
un anticléricalisme particulier (et il y en a !) ont imaginé que la double

50
plus tard, en 1983, le code du droit canonique de 1917 a été
modifié. Le nouveau code ne mentionne plus explicitement la
franc-maçonnerie et dispose dans son article 1374 : « Qui
s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera
puni d’une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou
qui la dirige sera puni d’interdit »20. Certains catholiques
interprétaient alors que les catholiques qui adhèrent à la franc-
maçonnerie ne sont plus automatiquement excommuniés
comme autrefois. Consulté sur cette affaire le cardinal
Ratzinger, qui au-delà d’avoir été un grand pape est un
immense théologien, écrivait en novembre 1983 :

appartenance devenait possible. Des contacts ont été alors pris au début
des années 80 par des obédiences maçonniques, notamment la GLNF
(dont certains représentants se sont rendus à Rome), s’appuyant sur cet
article et sur le contenu du Concile Vatican II. De même des Loges
allemandes ont pris contact avec l’Épiscopat de ce pays. Or après une
étude précise des rituels maçonniques ayant été remis aux autorités
ecclésiastiques, ce point a été éclairci d’abord en 1981 par le Préfet de la
Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Franjo Seper, en disant : « cette
Congrégation, sans préjuger de la future révision de ce même Droit canon,
confirme et déclare ce qui suit: 1) En ce qui concerne la question dont il
s’agit, la discipline canonique n’a nullement été changée et elle conserve
donc toute sa force ; 2) Par conséquent, ni l’excommunication ni les autres
peines prévues n’ont été abrogées ; 3) Ce qui, dans la lettre citée, concerne
l'interprétation du canon dont il s’agit doit être compris, comme cela était
dans les intentions de la Congrégation, seulement comme un rappel des
principes généraux d’interprétation des lois pénales pour la solution des
cas particuliers qui peuvent être soumis au jugement des ordinaires d’un
lieu. L’intention de la S. Congrégation n’était pas de conférer aux
Conférences épiscopales la faculté de prononcer publiquement un
jugement de caractère général sur la nature des associations maçonniques,
jugement qui impliquerait des dérogations aux normes susdites. A Rome,
au siège de la Congrégation pour la Propagation de la Foi, le 17 février
1981 ».
20
Promulgué par Jean-Paul II (Constitution apostolique Sacrae
disciplinae legis), il remplace celui de 1917. La révision, décidée par Jean
XXIII (janvier 1959), commencée en 1963, est dirigée par le cardinal
Périclès Felici ; 2 livres supplémentaires : le 2° (fidèles) et le 4°
(sacrements). Le nombre des canons passe de 2414 à 1752, les 2 derniers
livres (procès et peines) étant réduits.

51
« On a demandé si le jugement de l’Eglise sur les
associations maçonniques était changé, étant donné que dans
le nouveau Code de droit canonique il n’en est pas fait
mention expresse, comme dans le Code antérieur. Cette
Congrégation est en mesure de répondre qu’une telle
circonstance est due au critère adopté dans la rédaction, qui a
été suivi aussi pour d’autres associations également passées
sous silence parce qu’elles sont inclues dans des catégories
plus larges. Le jugement négatif de l’Eglise sur les
associations maçonniques demeure donc inchangé, parce que
leurs principes ont toujours été considérés comme
inconciliables avec la doctrine de l’Eglise, et l’inscription à
ces associations reste interdite par l’Eglise. Les fidèles qui
appartiennent aux associations maçonniques sont en état de
péché grave et ne peuvent accéder à la sainte
communion…»21.
L’Épiscopat allemand avait déjà, de son côté exprimé
cette incompatibilité22. En conclusion l’Eglise a
excommuniée, pendant une certaine période, tous les
catholiques adhérents à la franc-maçonnerie. Cependant, le
magistère récent (et le droit canonique en vigueur) ne parle
plus d’excommunication, mais de privation des sacrements
liée à un péché mortel, comme le souligne le Cardinal
Ratzinger. Donc l’interdiction est évidemment maintenue,
mais elle n’est plus doublée d’une excommunication latae
sentenciae.

21
Cf. Interventions du magistère sur la franc-maçonnerie :
[Link]
22
Cf. L’Église et franc-maçonnerie, La Documentation Catholique, n°
1807, 3.4.1981, p.444 à 448. « L’engagement au sein de la franc-
maçonnerie transforme l’acte de foi chrétien […]. Les rites initiatiques
dans le secret des loges produisent inévitablement des effets sur les
membres. La revendication […] de la doctrine relativiste qui s’impose
progressivement à l’insu même des intéressés. La franc-maçonnerie
revendiquant pour ses membres une adhésion totale, il est évident que la
double appartenance est impossible pour un chrétien».

52
Pour finir je termine avec les conseils donnés par Mgr
Henri Brincard Evêque du Puy-en-Velay : « la franc-
maçonnerie constitue un défi qu’il faut relever sereinement et
courageusement. Certes, il ne faut pas exagérer l’influence de
la franc-maçonnerie ; il ne faut pas, non plus, la sous-estimer.
L’attitude d’un catholique doit, me semble-t-il, être la
suivante : d’abord la clairvoyance. Cela signifie connaître
avec exactitude les véritables objectifs que poursuit la franc-
maçonnerie. Ensuite, le désir d’approfondir sans cesse la foi
chrétienne. L’ignorance est le grand ennemi de la foi. Enfin,
la résolution de suivre de plus en plus fidèlement Jésus Christ.
Et voici le mot de la fin : notre vraie force est de prendre appui
sur Jésus Christ. Lui seul peut changer les cœurs. C’est
pourquoi, autant il faut combattre la franc-maçonnerie en
rappelant qu’elle est une forme particulièrement nocive de
« gnose », autant il faut poser sur les francs-maçons un regard
d’espérance, regard né d’une authentique charité, car rien
n’est impossible à Dieu ! ».

53
54
V- EVANGELISATION OU PROSELYTISME

1. Introduction

Souvent beaucoup des jeunes de ma paroisse m’ont


toujours demandé s’il est vrai qu’il y a une certaine obligation
en tant que chrétiens d’annoncer ou proposer l’évangile du
Christ à ceux qui ne le connaissent pas. Tout en étant un thème
délicat dans l’actualité je crois opportun d’en exposer
brièvement la pensée de l’Eglise.
Aujourd’hui beaucoup de chrétiens y compris de
religieux et missionnaires remplacent véritable évangélisation
avec le mot prosélytisme en son acception négative. Ils parlent
ainsi de ne pas faire de « prosélytisme » envers les personnes
séparées de l’Eglise catholique ou bien qui ne connaissent pas
encore le Christ. Parfois, disent-ils, sans aucune distinction
possible, faire du prosélytisme dans le domaine ecclésial,
c’est un péché. Ils appuient leur principe sur l’autorité de
Benoît XVI qui a dit que l’Église ne grandit pas par le
prosélytisme, mais par attraction.
Cette référence à Benoit XVI n’est pas infondée, mais
elle doit être bien comprise. En effet, en 2007, à Aparecida,
Benoît XVI avait présenté la mission de l’Église de la manière
suivante : « L’Église ne fait pas de prosélytisme. Elle se
développe plutôt par ‘attraction’ : comme le Christ ‘attire
chacun à lui’ par la force de son amour, qui a culminé dans le
sacrifice de la Croix, de même l’Église accomplit sa mission
dans la mesure où, associée au Christ, elle accomplit chacune
de ses œuvres en conformité spirituelle et concrète avec la
charité de son Seigneur ».
Cependant, ceux même qui prônent contre le
prosélytisme, oublient que en cette même année 2007, la
congrégation pour la doctrine de la foi, à la demande de
Benoît XVI lui-même, avait publié une importante « Note
doctrinale relative à certains aspects de l’évangélisation »

55
qui avait pour but non pas de freiner des excès de prosélytisme
d’ailleurs inexistants, mais plutôt de clarifier sa vrai
signification et de revigorer l’impulsion missionnaire de
l’Église.

2. Signification « Prosélytisme »

Je crois qu’il faut bien comprendre la signification de


prosélytisme. Prosélytisme étymologiquement désigne le zèle
dont font preuve certains, en vue de rallier des personnes à
une cause. Le terme prosélytisme vient du latin ecclésiastique
proselytus, qui est un emprunt au grec prosêlutos, « nouveau
venu (dans un pays étranger) » d’où, par extension, « nouveau
venu (dans une religion) ». Le prosélytisme des origines est
donc lié secondairement à la conversion religieuse, mais c’est
dans cette dernière acception qu'il s’est répandu. Le terme, en
latin, n’a que le sens religieux ; il en va de même en français.
Le dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey
signale que le mot a été introduit en français comme antiquité
hébraïque, et que dès le XVème siècle, le mot prosélyte se dit
d’une personne récemment gagnée à une cause peu importe
laquelle, le mot prosélytisme désignant l’agressivité de
propos à un but d’adhésion à une religion en refusant
constamment avec agressivité toute autre forme de vision.
En français moderne par contre, le terme prosélytisme
perd son antérieure connotation négative et se définit comme
un zèle déployé pour répandre la foi et, par extension, pour
faire des prosélytes, c’est-à-dire, recruter des adeptes23.
Mais, le terme dans le domaine ecclésiastique a
malheureusement gardé une connotation négative comme une
publicité pour sa propre religion avec des moyens et des motifs
contraires à l’esprit de l’Évangile, qui ne respectent pas la
liberté et la dignité de la personne. C’est dans ce sens récent

23
Cf. Le Petit Robert, Dictionnaire de la langue française, Directeur de la
rédaction : Alain Rey).

56
que le terme «prosélytisme» est compris au sein du
mouvement œcuménique24.
Or, à laquelle de ces acceptions faisons nous référence
lorsque nous disons que les catholiques ne doivent pas faire
de prosélytisme ? Voici quelques extraits du document de la
Congrégation pour la doctrine de la Foi que je conseille
vivement de lire en entier25 :
« 3. Toutefois, on note de nos jours une confusion sans
cesse grandissante, qui induit beaucoup de personnes à ne pas
écouter et à laisser sans suite le commandement missionnaire
du Seigneur (cf. Mt 28, 19). Toute tentative de convaincre
d’autres personnes sur des questions religieuses est souvent
perçue comme une entrave à la liberté. Il serait seulement
licite d’exposer ses idées et d’inviter les personnes à agir selon
leur conscience, sans favoriser leur conversion au Christ et à
la foi catholique : on affirme qu’il suffit d’aider les hommes
à être plus hommes, ou plus fidèles à leur religion, ou encore
qu’il suffit de former des communautés capables d’œuvrer
pour la justice, la liberté, la paix, la solidarité. En outre,
certains soutiennent qu’on ne devrait pas annoncer le Christ à
celui qui ne le connaît pas, ni favoriser son adhésion à
l’Église, puisqu’il serait possible d’être sauvé même sans une
connaissance explicite du Christ et sans une incorporation
formelle à l’Église ». « Face à de telles problématiques, la
Congrégation pour la Doctrine de la Foi a jugé nécessaire de
publier la présente Note. Présupposant comme acquis
l’ensemble de la doctrine catholique sur l’évangélisation,
amplement traitée dans le Magistère du Pape Paul VI et de
Jean-Paul II, cette note a pour but de clarifier certains aspects
de la relation entre le mandat missionnaire du Seigneur et le

24
Cf. The Joint Working Group between the Catholic Church and the
World Council of Churches, «The Challenge of Proselytism and the
Calling to Common Witness» (1995).
25
Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale sur
certains aspects de l’évangélisation du 3 décembre 2007.
[Link]
on_cfaith_doc_20071203_nota-evangelizzazione_fr.html

57
respect de la conscience et de la liberté religieuse de tous. Ces
aspects ont des implications importantes, tant sur le plan
anthropologique, ecclésiologique qu’œcuménique ».
« …on se pose de plus en plus aujourd’hui des
questions sur la légitimité de proposer à d’autres ce qu’on
tient vrai pour soi, afin qu’ils puissent eux aussi y adhérer.
Une telle proposition est souvent perçue comme une atteinte
à la liberté d’autrui… « la pluralité légitime des positions a
cédé le pas à un pluralisme indifférencié, fondé sur
l’affirmation que toutes les positions se valent: c’est là un des
symptômes les plus répandus de la défiance à l’égard de la
vérité que l’on peut observer dans le contexte actuel... ».
« Quoi qu’il en soit, la vérité « ne s’impose que par la
force de la vérité elle-même ». C’est pourquoi faire appel de
manière honnête à l’intelligence et à la liberté d’une personne
pour qu’elle rencontre le Christ et son Évangile n’est pas une
ingérence indue à son égard, mais plutôt un don légitime et un
service qui peuvent rendre plus fécondes les relations entre les
hommes ».
L’évangélisation : «7…elle répond aussi à une autre
réalité anthropologique importante : le désir propre à
l’homme de faire participer les autres à ses biens. L’accueil
de la Bonne Nouvelle dans la foi pousse en soi à une telle
communication. La Vérité qui sauve la vie enflamme le cœur
de celui qui la reçoit par l’amour pour le prochain, qui pousse
la liberté à redonner ce que l’on a reçu gratuitement… Même
si les non-chrétiens peuvent se sauver au moyen de la grâce
que Dieu donne « par des voies connues de lui », l’Église ne
peut pas ne pas tenir compte du fait qu’en ce monde, il leur
manque un très grand bien : connaître le vrai visage de Dieu
et l’amitié avec Jésus Christ, Dieu avec nous. En effet, « il n’y
a rien de plus beau que d’être rejoints, surpris par l’Évangile,
par le Christ. Il n’y a rien de plus beau que de Le connaître et
de communiquer aux autres l’amitié avec lui ». Pour tout
homme, la révélation des vérités fondamentales sur Dieu, sur
soi-même et sur le monde est un grand bien; par contre, vivre
dans l’obscurité, sans la vérité sur les questions ultimes, est

58
un mal, souvent à l’origine de souffrances et d’esclavages
parfois dramatiques ».
« 8. Comme dans tous les domaines de l’activité
humaine, le péché peut aussi s’immiscer dans le dialogue en
matière religieuse. Parfois, il arrive que ce dialogue ne soit
pas guidé par son but naturel, mais qu’il cède plutôt au
mensonge, aux intérêts égoïstes ou à l’arrogance, manquant
ainsi de respect à la dignité et à la liberté religieuse des
interlocuteurs. C’est pourquoi « l’Église interdit sévèrement
de forcer qui que ce soit à embrasser la foi, ou de l’y amener
ou attirer par des pratiques indiscrètes, tout comme elle
revendique avec force le droit pour qui que ce soit de n’être
pas détourné de la foi par des vexations injustes ».
« 9… En effet, l’incorporation de nouveaux membres
à l’Église n’est pas l’extension d’un groupe de puissance,
mais l’entrée dans le réseau d’amitié avec le Christ... C’est
l’entrée dans le don de la communion avec le Christ, qui est
une « vie nouvelle » animée par la charité et par l’engagement
pour la justice ». « …Le Règne de Dieu n’est pas – comme
certains le soutiennent de nos jours – une réalité générique qui
domine toutes les expériences ou les traditions religieuses, et
à laquelle ces dernières devraient tendre comme à une
communion universelle et indistincte entre tous ceux qui
cherchent Dieu ; c’est avant tout une personne, qui a le visage
et le nom de Jésus de Nazareth, image du Dieu invisible.
Chaque mouvement libre du cœur humain vers Dieu et vers
son Règne ne peut donc que conduire, par nature, au Christ et
qu’être orienté vers l’entrée dans son Église, signe efficace de
ce Règne… L’extension de l’Église dans l’histoire, qui
constitue la finalité de la mission, est un service rendu à la
présence de Dieu au moyen de son Règne : on ne peut en effet
«disjoindre le Royaume et l’Église ».
« 10…Depuis longtemps, on en est venu à créer une
situation dans laquelle, pour beaucoup de fidèles, la raison
d’être même de l’évangélisation n’apparaît plus évidente. On
affirme même que la prétention d’avoir reçu en don la
plénitude de la Révélation de Dieu cache une attitude

59
d’intolérance et un danger pour la paix. Celui qui raisonne
ainsi ignore que la plénitude du don de la vérité que Dieu fait
en se révélant à l’homme respecte la liberté qu’il a lui-même
créée, comme trait indélébile de la nature humaine : cette
liberté n’est pas indifférence, mais tension vers le bien. Un tel
respect est une exigence de la foi catholique elle-même et de
la charité du Christ ; il est constitutif de l’évangélisation ».
« L’évangélisation ne se réalise pas seulement à
travers la prédication publique de l’Évangile, ni uniquement à
travers des œuvres de quelque importance publique, mais
aussi au moyen du témoignage personnel, qui demeure une
voie de grande efficacité pour l’évangélisation. En effet, « à
côté de cette proclamation de l’Évangile sous forme générale,
l’autre forme de sa transmission, de personne à personne,
reste valide et importante. […] Il ne faudrait pas que l’urgence
d’annoncer la Bonne Nouvelle aux masses d’hommes fasse
oublier cette forme d’annonce par laquelle la conscience
personnelle d’un homme est atteinte, touchée par une parole
tout à fait extraordinaire qu’il reçoit d’un autre ». « En tout
cas, on doit rappeler que, dans la transmission de l’Évangile,
la parole et le témoignage de vie vont de pair ».
Finalement le document en question termine avec
quelques implications œcuméniques mai qui pourraient
parfaitement s’appliquer aux non – chrétiens c’est-à-dire dans
le domaine du dialogue interreligieux. En effet, le document
affirme que « si un chrétien non catholique, pour des raisons
de conscience et dans la conviction de la vérité catholique,
demande à entrer dans la pleine communion de l’Église
catholique, il faudra respecter sa requête comme œuvre de
l’Esprit Saint et comme expression de la liberté de conscience
et de religion. Dans ce cas, il ne s’agit pas de prosélytisme,
dans le sens négatif attribué à ce terme » (voir définition ci-
dessus).
Ainsi, il faut que les laïcs, le religieux et les
missionnaires soient tous conscients de toute la vérité de cette
affirmation et non pas seulement d’une partie : l’œcuménisme
et le dialogue interreligieux ne privent donc pas du droit, ni

60
ne dispense de la responsabilité d’annoncer en plénitude la foi
catholique à ceux qui librement veulent l’écouter et acceptent
de l’accueillir. Cette perspective, bien évidemment, exige
d’éviter toute pression inconvenante. En fait, le document cité
conclu en disant : « Dans la propagation de la foi et
l’introduction des pratiques religieuses, on doit toujours
s’abstenir de toute forme d’agissements ayant un relent de
coercition, de persuasion malhonnête, ou simplement peu
loyaux, surtout s’il s’agit des gens sans culture ou sans
ressources. Le témoignage rendu à la vérité n’entend rien
imposer par la force, ni par une action coercitive, ni avec des
artifices contraires à l’Évangile ».
Cela dit, il y a donc aujourd’hui un énorme abus du
mot prosélytisme en son sens négatif utilisé pour beaucoup de
chrétiens et de missionnaires pour annuler complètement le
droit que nous avons du « bon prosélytisme », c’est-à-dire la
simplicité de l’annonce évangélique.
Saint Jean Paul II, avait déjà dénoncé cette erreur en
1990 grâce à l’encyclique « Redemptoris missio ». Une
encyclique dans laquelle on peut notamment lire, au n. 46 :
« Aujourd’hui, l’appel à la conversion que les missionnaires
adressent aux non-chrétiens est mis en question ou passé sous
silence. On y voit un acte de ‘prosélytisme’ ; on dit qu’il suffit
d’aider les hommes à être davantage hommes ou plus fidèles
à leur religion, qu’il suffit d’édifier des communautés
capables d’œuvrer pour la justice, la liberté, la paix, la
solidarité. Mais on oublie que toute personne a le droit
d’entendre la Bonne Nouvelle de Dieu, qui se fait connaître et
qui se donne dans le Christ, afin de réaliser pleinement sa
vocation ».

3. Conclusion

Certainement l’un des facteurs de crise les plus


préoccupants que connaisse l’Église y compris pour les
vocations, est la chute de l’élan missionnaire, à laquelle le
pape émérite Benoît XVI a tenté de remédier en 2012 grâce

61
au synode consacré à la nouvelle évangélisation. Et pourtant
beaucoup de chrétiens continuent à attaquer ce qui en est le
contraire, c’est-à-dire qu’ils se battent contre l’expansion
présumée de prosélytisme, bien qu’aucune enquête
sociologique n’ait relevé de traces de celle-ci. Et afin de faire
échec au « poison » qu’est ce péché, ils insistent pour que
l’annonce, l’évangélisation, la mission, soient réduites à un
témoignage muet, parce que, au fond, disent-ils nous sommes
tous enfants de Dieu, que nous soyons catholiques,
musulmans, bouddhistes, hindouistes, agnostiques, ou athées.
Et cela ne me semble pas honnête. Nous sommes tous
créatures de Dieu, mais la filiation ne vient que par la grâce.
En rigueur de vérité une question doit être répondue : est-ce
que tous les missionnaires ou chrétiens qui veulent annoncer
l’évangile de Jésus-Christ aux non chrétiens (musulmans,
bouddhistes, hindouistes, agnostiques, athées, etc.) le font
avec coercition, persuasion malhonnête, ou simplement peu
loyale ? Je ne pense pas. Donc là où il y a des abus, certes
qu’il faut corriger, mais là où il y a rectitude d’intention et
respect de la liberté autrui, il faut encourager. C’est ça la
bonne attitude et non pas celle de se remplir la bouche du mot
prosélytisme sans aucune distinction possible.

62
VI. LA MORALE DE L’EGLISE
(VERITATIS SPLENDOR)

Cette importante Encyclique de saint Jean Paul II a


pour objet de développer quelques questions fondamentales
de l’enseignement moral de l’Eglise (V.S 5). Son titre
« splendeur de la vérité » signifie que la splendeur qu’elle
répand va éclairer un monde largement plongé dans les
ténèbres et dans la pollution de l’esprit ; le Christ se définit
comme étant le chemin et la vérité (Jean 14,6) ; de plus le
Christ nous dit que seule la vérité nous rendra libres. La
Vérité, pour celui qui croit au Christ, consiste donc à suivre le
Christ et à vivre de son amour et de ses exigences dans
l’obéissance à ce que le Christ nous demande de faire et à la
tradition et magistère de l’Eglise.
Veritatis Splendeur ajoute qu’aujourd’hui il parait
nécessaire de relire l’ensemble de l’enseignement moral de
l’Eglise, dans le but précis de rappeler quelques vérités
fondamentales de la doctrine catholique, qui risquent d’être
déformées ou rejetées dans le contexte actuel. Elle n’hésite
pas à dire qu’il y a une discordance entre la réponse
traditionnelle de l’Eglise et certaines positions théologiques,
répandues même dans les séminaires et dans des facultés de
théologie.
Le Cardinal Ratzinger affirme que l’encyclique
réponde parfaitement aux deux dérives constatées dans
l’enseignement de la morale Catholique : la première est la
« bonne intention »: peu importe les actes concrets posés par
la personne, seules comptent l’orientation générale de la vie
et la volonté de suivre le Christ. La deuxième dérive est « la
loi du moindre mal » : la moralité d’un acte doit se juger selon
la gravité de ses conséquences, il faut donc choisir ce qui
occasionne le moins de mal possible. Et il renvoi aux paroles
du saint Jean Paul II : « Il peut sembler que la morale
chrétienne soit en elle-même trop difficile, trop ardue à

63
comprendre et presque impossible à mettre en pratique. C’est
faux, car, pour l’exprimer avec la simplicité du langage
évangélique, elle consiste à suivre le Christ, à s’abandonner à
lui, à se laisser transformer et renouveler par sa Miséricorde
qui nous rejoint dans la vie de communion de son Eglise ».
On remarque qu’il y a trois parties dans cette
encyclique.
1. La première partie est une méditation biblique
sur le dialogue de Jésus avec le jeune homme riche
(Matthieu 19, 16-22), qui permet de mettre en lumière les
éléments essentiels de la morale chrétienne. La question du
jeune homme riche est la suivante : « Maître que dois-je faire
de bon pour obtenir la Vie Eternelle ? ». Dieu seul peut
répondre à la question sur le bien, parce qu’il est le bien (V.S
9) ; Il convient que l’homme d’aujourd’hui se tourne vers le
Christ pour recevoir de lui la réponse sur ce qui est bien et sur
ce qui est mal (V.S 8). Et pour la vie éternelle, Jésus dit : « Si
tu veux entrer dans la vie, observe les commandements » (V.S
9).
La vie morale se présente comme la réponse due aux
initiatives gratuites que l’amour de Dieu multiplie dans ses
relations avec l’homme. L’être humain répond à l’amour de
Dieu en obéissant à Dieu et en cherchant à lui plaire ; Il
pratique donc les commandements de Dieu comme sa réponse
d’amour à Dieu. Ce sont les commandements de Dieu qui
indiquent à l’homme le chemin de la vie et qui conduisent vers
elle (V.S 12).
2. La seconde partie est le chapitre central. Le Pape
désire énoncer les principes nécessaires pour le discernement
de ce qui est contraire à la saine doctrine, et rappeler les
éléments de l’enseignement moral de l’Eglise qui semblent
aujourd’hui particulièrement exposés à l’erreur, à l’ambiguïté
ou à l’oubli (V.S 30). Cette deuxième partie de l’encyclique
se divise en quatre sous parties.

64
a. La première sous partie concerne la liberté

Première affirmation : Les problèmes humains qui


sont les plus débattus et diversement résolus par la réflexion
morale contemporaine se rattachent tous à un problème
crucial, celui de la liberté de l’homme (V.S 31). On a exalté
la liberté au point d’en faire un absolu, qui serait source des
valeurs (V.S 32). En effet, on a tendance à dire aujourd’hui
que ma liberté consiste à faire ce que je veux. Est-il vrai ?
Non, Dieu a voulu laisser l’homme à son propre conseil pour
qu’il puisse de lui-même chercher son créateur et, en adhérant
librement à lui, s’achever ainsi dans une bienheureuse
plénitude (V.S 34). La loi de Dieu n’atténue donc pas la
liberté de l’homme et encore moins l’élimine ; au contraire,
elle la protège et la promeut (V.S 35).
L’homme peut reconnaître le bien et le mal grâce au
discernement que lui-même opère par sa raison, en particulier
par sa raison éclairée par la Révélation divine (la Bible) et par
la foi, en vertu de la loi de Dieu, les commandements et la loi
naturelle. Celle-ci se réfère à la nature de la personne
humaine, corps et âme, dans l’unité de ses inclinations d’ordre
spirituel ou biologique et de tous les autres caractères
spécifiques nécessaires à la poursuite de sa fin (V.S 50).
Principe moral : Toutes les théories ou opinions qui
s’opposent donc à la loi naturelle sont fausses car contraire
à ce qu’est la personne humaine.

b. La deuxième sous partie concerne la conscience et la


vérité

Quelques définitions : Qu’est-ce que l’âme ? L’âme


est le principe de vie, de mouvement, et de pensée de l’être
humain. On peut dire que ce sont les parents qui donnent le
corps à leur enfant et que Dieu répond librement sur
l’initiative des parents en créant l’âme qui est unique et
immortelle. Il faut sauver notre âme.

65
Qu’est-ce que la conscience ? Quant à elle fait partie
de l’âme et se divise en deux parties :
a) La conscience psychologique : c’est la connaissance
qu’un homme a de sa propre activité psychique et, à travers
elle, de lui-même comme sujet humain ;
b) La conscience morale : c’est la faculté ou le fait de
porter des jugements de valeur morale sur ses actes. La
conscience morale apparaît au moment où l’être humain prend
conscience de sa responsabilité, de sa capacité d’être un sujet
responsable de sa propre conduite. Former sa conscience
morale, c’est apprendre à faire ses propres choix en tenant
compte de la loi naturelle et, si l’on est chrétien, en tenant
compte de l’appel de Dieu et de la vocation commune à la
sainteté. Aussi bien, la réflexion personnelle, le conseil de
personnes expérimentées (dont la direction spirituelle), la
confrontation avec les autres, la prise en compte de la loi
humaine ou ecclésiale, l’écoute de la Parole de Dieu, etc.,
peuvent faciliter la recta maturation de la conscience morale.
On remarque que la conscience présente un paradoxe qui en
fait la richesse ; elle est tout à la fois
a) autonomie et liberté : je suis responsable de mes
actes bons et mauvais ;
b) dépendance et obéissance : je dois faire mes choix
en tenant compte de la loi de Dieu.
Principe moral : le lien qui existe entre l’homme et la
loi de Dieu se noue dans sa conscience morale (V.S 54). Cette
loi est inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est
de lui obéir, et c’est elle qui le jugera (Romains 2, 14-16, V.S
54).
Comme la loi naturelle elle-même et comme toute
connaissance pratique, le jugement de la conscience a un
caractère impératif : l’homme doit agir en s’y conformant. Si
l’homme agit contre sa conscience ou si, par défaut de
certitude sur la justesse ou la bonté d’un acte déterminé, il
l’accomplit, il est condamné par sa conscience elle-même,
norme immédiate de la moralité personnelle (V.S 60).

66
Mais la conscience n’est pas une source autonome et
exclusive pour décider ce qui est bon et ce qui est mauvais ;
au contraire, en elle est profondément inscrit un principe
d’obéissance à l’égard de la norme objective qui fonde et
conditionne la conformité de ses décisions aux
commandements et aux interdits qui sont à la base du
comportement humain (V.S 60).
Pour avoir une bonne conscience nous devons donc
former la conscience. Saint Thomas d’Aquin dit que pour
former sa conscience, la connaissance de la Loi de Dieu est,
certes, généralement nécessaire mais elle n’est pas suffisante
; il est indispensable qu’il existe une sorte de connaturalité
entre l’homme et le bien véritable (V.S 64). Une telle
connaturalité s’enracine et se développe dans les dispositions
vertueuses de l’homme lui-même : la prudence et les autres
vertus cardinales (la tempérance, la justice et la force), et
d’abord les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité
(V.S 64). Pour former leur conscience, les chrétiens sont
grandement aidés par l’Eglise et par son Magistère (V.S 64).
Ainsi la mission de l’Eglise est de se mettre toujours et
uniquement au service de la conscience, en l’aidant à ne pas
être ballottée à tout vent de doctrine au gré de l’imposture des
hommes (Ephésiens 4, 14), à ne pas dévier de la vérité sur le
bien de l’homme, mais, surtout dans les questions les plus
difficiles, à atteindre sûrement la vérité et à demeurer en elle.
c. La troisième sous partie concerne le choix fondamental
et le péché véniel et mortel

Dans cette partie il s’agit du rapport entre la personne


et ses actes. V.S 68 dit que malgré l’option fondamentale
(rester fidèle à Dieu) l’homme peut se perdre par chaque
péché mortel commis de manière délibérée. Ainsi V.S 70 nous
redit l’importance et l’actualité permanente de la distinction
entre péchés mortels et péchés véniels selon la tradition de
l’Eglise. Il faut insister sur le fait qu’un péché est mortel
quand il a pour objet une matière grave et qui, de plus, est

67
commis en pleine conscience et de consentement délibérée
(V.S 70) : « Avec toute la tradition de l’Eglise, nous appelons
péché mortel l’acte par lequel un homme, librement et
consciemment, refuse Dieu, sa loi, l’alliance d’amour que
Dieu lui propose, préférant se tourner vers lui-même, vers
quelque réalité créée et finie, vers quelque chose de contraire
à la volonté de Dieu. Cela peut se produire d’une manière
directe et formelle, comme dans les péchés d’idolâtrie,
d’apostasie, d’athéisme ; ou, d’une manière qui revient au
même, comme dans toutes les désobéissances aux
commandements de Dieu en matière grave » (V.S 70).

d. La quatrième sous partie a rapport à l’acte moral

Les actes humains sont des actes moraux parce qu’ils


expriment et déterminent la bonté ou la malice de l’homme
qui les accomplit (V.S 71). Seul l’acte conforme au bien (loi
naturelle, loi divine, loi évangélique) peut être la voie qui
conduit à la vie éternelle. Dans les numéros 72 à 75 de V.S
nous voyons les deux erreurs à ne pas faire :
a) La première erreur s’appelle le téléologisme. Peu
importe, selon cette théorie, les actes concrets posés par la
personne, seules comptent l’orientation générale de la vie et
de la volonté de suivre le Christ ;
b) La deuxième erreur s’appelle le conséquentialisme
et le proportionalisme. Le premier entend définir les critères
de la justesse d’un agir déterminé à partir du seul calcul des
conséquences prévisibles de l’exécution d’un choix. Le
second, qui pondère entre eux les valeurs de ces actes et les
biens poursuivis, s’intéresse plutôt à la proportion qu’il
reconnaît entre leurs effets bons et leurs effets mauvais, en
vue du « plus grand bien » ou du « moindre mal » réellement
possibles dans une situation particulière. Ainsi pour ces deux
théories, le comportement concret serait juste, ou erroné,
selon qu’il pourrait, ou ne pourrait pas, conduire à un état de
fait meilleur pour toutes les personnes concernées : le

68
comportement serait juste dans la mesure où il entraînerait le
maximum de biens et le minimum de maux.
Les théories éthiques téléologiques
(proportionnalisme, conséquentialisme), tout en
reconnaissant que les valeurs morales sont indiquées par la
raison et par la Révélation, considèrent qu’on ne peut jamais
formuler une interdiction absolue de comportements
déterminés qui seraient en opposition avec ces valeurs, en
toute circonstance et dans toutes les cultures. Voir aujourd’hui
l’exemple de la communion aux divorcés remariés.
De semblables théories ne sont pas fidèles à la doctrine
de l’Eglise, puisqu’elles croient pouvoir justifier, comme
moralement bons, des choix délibérés de comportements
contraires aux commandements de la Loi divine et de la loi
naturelle (V.S 76). Le Catéchisme de l’Eglise Catholique, à la
suite de Saint Thomas d’Aquin affirme qu’il y a des
comportements concrets qu’il est toujours erroné de choisir
parce que leur choix comporte un désordre de la volonté, c’est
à dire un mal moral (V.S 78).
L’Eglise enseigne qu’il y a des actes qui, par eux-
mêmes et en eux-mêmes, indépendamment des circonstances
et de l’intention, sont toujours gravement illicites, en raison
de leur objet. Dans le cadre dû à la personne humaine, le
concile Vatican II lui-même donne un ample développement
au sujet des actes : « Tout ce qui s’oppose à la vie elle-même,
comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement,
l’euthanasie et même le suicide délibéré ; tout ce qui constitue
une violation de l’intégrité de la personne humaine, comme
les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes
psychologiques. Tout ce qui offense à la dignité de l’homme,
comme des conditions de vie sous-humaines, les
emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la
prostitution, le commerce des femmes et des jeunes ; ou
encore des conditions de travail dégradantes qui réduisent les
travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard
pour leur personnalité libre et responsable : toutes ces

69
pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes.
[Constitution pastorale Gaudium et Spes n°27] (V.S 80) ».

3. La troisième et dernière partie est le point


culminant de l’encyclique. Il s’agit d’une méditation sur la
personne du Christ qui permet à l’homme de « libérer sa
liberté ». Or actuellement, on fait n’importe quoi de sa liberté
car on a oublié qui on est, d’où on vient et où on va poursuit
V.S 84. On a oublié que l’on est une personne humaine donc
« on ne reconnaît plus le caractère absolu et indestructible »
d’aucune valeur morale (V.S 84). Et si on est chrétien, on ne
croit plus, au fond, que la Loi de Dieu soit toujours l’unique
vrai bien de l’homme (V.S 84).
Il est urgent que les chrétiens redécouvrent la
nouveauté de leur foi et la force qu’elle donne au jugement
par rapport à la culture dominante et envahissante (V.S 88).
La foi chrétienne n’est pas seulement un ensemble de
propositions à accueillir et à ratifier par l’intelligence ; c’est
une connaissance et une expérience du Christ, une mémoire
vivante de ses commandements, une vérité à vivre (V.S 88).
La foi a aussi un contenu moral : elle est source et exigence
d’un engagement cohérent de la vie ; Elle comporte des
commandements divins (V.S 89). La morale fait partie de
l’évangélisation. Du point de vue théologique, les principes
moraux ne dépendent pas du moment de l’histoire où on les
découvre (V.S 112).

70
VII- LA CONSCIENCE ET SON EDUCATION

A Londres, deux semaines après John Fisher, le 6


juillet 1535, sir Thomas More monte sur l’échafaud. Né dans
la capitale anglaise le 6 Février 1478, après des études de droit
et une période de discernement, quatre ans durant, passée dans
une chartreuse, Thomas s’était orienté vers une carrière
politique, jusqu’à devenir député en 1504. Thomas, marié et
père de 4 enfants, était monté, degré après degré, jusqu’à la
charge de Grand Chancelier du Roi d’Angleterre : Henri VIII.
La fidélité de More et de Fisher envers le roi trouva pourtant
un obstacle dans les démarches entreprises par ce dernier pour
divorcer de Catherine d’Aragon et transmettre les droits de
succession aux fils de sa seconde femme, Anne Boleyn.
L’acte crucial, toutefois, auquel tous deux refusèrent
catégoriquement de se soumettre et qu’ils payèrent du
martyre, fut l’Acte de suprématie : puisque le pape s’opposa
fermement à ce divorce, le roi décida d’être reconnu comme
chef suprême sur terre de l’Église d’Angleterre et faire ainsi
de sa propre volonté.
Pour Thomas, la fidélité au témoignage de sa
conscience était supérieure à tout. «Certains croient que, s’ils
parlent d’une façon et pensent d’une autre, Dieu aura plus
d’attention à leur cœur qu’à leurs lèvres, écrit-il à sa fille
Marguerite. Pour moi, je ne puis agir comme eux en une
matière aussi importante : je n’omettrais pas le serment si ma
conscience me dictait de le faire, même si les autres le
refusaient ; et tout autant, je ne le prêterais pas contre ma
conscience, même si tout le monde y souscrivait».
Nous nous demandons alors ce qu’est la conscience.
Pourquoi est-elle si importante, au point d’imposer aux
hommes de renoncer à leur vie plutôt que de la trahir ?

71
1. Une bataille contre la conscience26

La bataille de la foi dans le monde actuel et moderne


que nous avons décrit dans les premiers chapitres se réalise au
niveau de notre conscience. L’ennemi de la nature humaine,
le démon, n’a pas peur de tout écraser : la patrie, les
institutions, la vérité, la famille, l’école et bien sûr l’Eglise.
Cependant il y a un seul bastion qu’il ne peut pas prendre par
la force : la conscience. Son chef absolu est Dieu et hors de
lui, tous les autres doivent demander la permission pour y
rentrer. Personne ne peut prendre ni détruire notre conscience,
sauf si nous le faisons nous-même et la livrons à nos ennemis.
C’est donc une bataille très particulière. Nous pouvons
combattre ensemble bien sûr, mais cela ne nous empêche pas
et ne nous dispense pas de combattre individuellement. Il y a
un moment déterminé de la vie où cette bataille frappe les
portes de notre cœur ou de notre conscience. Ainsi celui qui
ne veut pas combattre, par le fait même est déjà vaincu. Il faut
le savoir, ils peuvent détruire notre travail, notre famille, nos
biens, notre économie, notre tranquillité et notre vie. Mais
jamais ils ne pourront nous enlever notre conscience, sauf si
nous ne combattons pas.

2. Quels moyens pour combattre notre conscience ?

a. Changer l’idée (concept et définition) de conscience.


b. Séduire la conscience.
c. Menacer la conscience.

26
Cf. P. Fuentes Miguel sur la professionnalité et la conscience en
[Link] ; Le verità rubate, Rome, 2012,
p. 227-245 ; Royo, Marin Antonio, Teologia moral para seglares I,
Madrid, 1986 ; Guézénec Albane, Eduquer la conscience : comment la
famille peut éduquer au Vrai et au Bien dans la société contemporaine,
Tunis, 2016.

72
a. Changer l’idée de conscience

Cette première stratégie nous dit que la conscience est


ce qui crée le bien et le mal, ce qui décide ce qui est bien et ce
qui est mal.
Pour comprendre cette erreur il faut définir la
conscience : « La conscience est le centre le plus intime et le
plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu
et où sa voix se fait entendre » (GS 16).
Ce que nous appelons « conscience » fait référence à
certains jugements de notre intelligence. Dans ce sens nous
distinguons : conscience psychologique : celle qui nous dit
« ce que » nous faisons ou nous avons fait ou nous allons
faire : j’ai écrit, j’ai marché, je vais prier, etc. Conscience
morale : « jugement de la raison par lequel la personne
humaine reconnait la qualité morale d’un acte concret (bonté
ou malice d’un tel acte) qu’elle va poser, est en train
d’exécuter ou a accompli » (CEC n. 1776).
Comment cela se fait-il ? Au fond de notre conscience
nous découvrons d’une façon naturelle la présence d’une loi
que nous ne nous sommes pas donnée à nous même. Mais à
laquelle nous sommes tenus d’obéir. Or, cette loi qui ne cesse
pas de nous presser à aimer et à accomplir le bien et éviter le
mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de notre
cœur.
Il s’agit donc d’une « loi naturelle » qui nous indique
le bien à faire et le mal à éviter, ce qui nous perfectionne et ce
qui nous blesse moralement (nous apprenons naturellement
par exemple la bonté de l’amour des parents, la malice de la
trahison de la patrie, la bonté de défendre notre père ou notre
mère, la malice de tuer quelqu’un).
Pour cela la conscience ne peut rien décider pour soi-
même. Elle ne peut pas être l’arbitre des valeurs morales de
nos actions. Le cardinal Newman écrivait : « la conscience est
une loi de notre esprit, mais qui dépasse notre esprit… Elle
est la messagère de Celui qui, dans le monde de la nature,
comme dans celui de la grâce, nous parle à travers le voile,

73
nous instruit et nous gouverne. La conscience est le premier
de tous les vicaires du Christ » (Lettre au duc de Norfolk).

Le rôle de la conscience. La conscience a un triple


rôle intérieur :
1. Elle est un témoin de ce que nous faisons ou avons
fait, de la bonté ou de la malice de nos actes.
2. Elle est un juge : elle nous félicite lorsque nous
agissons bien et nous condamne lorsque nous agissons mal
(remords de la conscience). Cf. Rm. 2,15.
3. Elle est un pédagogue : elle nous découvre et nous
indique le chemin pour bien agir.
Or, cette lumière (la conscience) de notre intelligence
par laquelle nous jugeons nos actes, nous a été donnée par
Dieu lui-même lorsque nous avons été créés. Et cette lumière
est participation de sa lumière éternelle, pour cela nous
appelons la conscience : la voix de Dieu. « La conscience est
comme le héraut et le messager de Dieu ; ce qu’il dit, elle ne
le prescrit pas d’elle-même, mais elle le prescrit comme
venant de Dieu, à la manière d’un héraut lorsqu’il proclame
l’édit du roi »27. Saint Jean-Paul II écrit : « La conscience
morale n’enferme pas l’homme dans une solitude
insurmontable et impénétrable, mais elle l’ouvre à l’appel, à
la voix de Dieu. C’est là et nulle part ailleurs que résident tout
le mystère et la dignité de la conscience morale, dans
l’existence, c’est-à-dire le lieu, l’espace sacré où Dieu parle à
l’homme »28.
De tout cela nous déduisons deux importantes vérités
pour l’anthropologie, la psychologie et la morale :
1. La conscience ne crée pas la vérité, mais elle la
découvre. De la même façon que je découvre la réalité
physique objective, je découvre aussi la vérité morale
objective (la loi naturelle) qui nous enseigne la bonté et la
malice de certaines choses, que cela me plaise ou pas.

27
Saint Bonaventure, cité par saint Jean Paul II, Veritatis Splendor, n. 58.
28
Saint Jean Paul II, Audience générale du 17 aout 1983.

74
2. La conscience n’est pas infaillible, mais faillible. Il
se peut que notre conscience, à cause d’une mauvaise
formation, n’arrive pas à bien connaitre cette vérité morale.
En effet la conscience est un acte de notre intelligence qui est
créée, faillible, blessée et influençable. « Mais il arrive que la
conscience morale soit dans l’ignorance et porte des
jugements erronés sur des actes à poser ou déjà commis »
(CEC n.1790).
Cela arrive parce que les jugements de notre
conscience compromettent et engagent toute notre personne.
Connaitre par exemple qu’une certaine conduite dans mes
actions, dans ma vie privée, dans mon travail ou dans mon
couple est en contradiction avec la loi naturelle et
objectivement grave, ne peut pas me laisser indifférent. Bien
au contraire cela exige que je prenne une ferme décision de
changer ce qui ne va pas dans ma vie. De la même façon,
quand je reconnais que j’ai une obligation morale, je dois
l’accomplir quoi qu’il en coute. Pour cela donc nos jugements
(qui proviennent de la conscience) peuvent être bloqués par
nos défauts, par notre commodité, par notre paresse, par nos
passions, par notre orgueil, etc.
Certes, nous avons l’obligation de suivre notre
conscience, mais personne ne peut s’excuser de son erreur ou
de son péché en disant : « je ne savais pas, j’ai suivi ma
conscience ». Cette ignorance peut souvent être imputée à la
responsabilité personnelle. Il en va ainsi, « lorsque l’homme
se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et lorsque
l’habitude du péché rend peu à peu la conscience presque
aveugle » (GS 16). En ces cas, la personne est coupable du
mal qu’elle commet29.

29
L’ignorance du Christ et de son Évangile, les mauvais exemples donnés
par autrui, la servitude des passions, la prétention à une autonomie mal
entendue de la conscience, le refus de l’autorité de l’Église et de son
enseignement, le manque de conversion et de charité peuvent être à
l’origine des déviations du jugement dans la conduite morale (CEC n.
1792).

75
« Si – au contraire – enseigne le catéchisme de l’Eglise
Catholique, l’ignorance est invincible, ou le jugement erroné
sans responsabilité du sujet moral, le mal commis par la
personne ne peut lui être imputé. Il n’en demeure pas moins
un mal, une privation, un désordre. Il faut donc travailler à
corriger la conscience morale de ses erreurs » (CEC n. 1793).
Saint Jean Paul II affirme : « Il ne suffit donc pas de dire à
l’homme : obéis toujours à ta conscience. Il est nécessaire
d’ajouter immédiatement : demande-toi si ta conscience dit le
vrai ou le faux, et cherche, sans te laisser, à connaitre la
vérité »30.
Donc soutenir que la conscience est ce qui décide de
ce qui est bon ou mauvais (cela se voit très fréquemment y
compris dans le langage quotidien : à mon avis, je pense que,
je ne suis pas d’accord…) est très dangereux. Au fond nous
affirmons et nous croyons que la conscience est infaillible.
Mais cela n’est pas vrai. En effet, elle va nous illuminer
correctement « seulement » lorsqu’elle cherchera
humblement de se conformer à la loi de Dieu.

b. La séduction de la conscience

C’est lorsqu’il s’agit acheter la conscience. Agir


contre sa propre conscience au prix de promesses, d’argent et
de cadeaux. Malheureusement nous voyons même des
catholiques qui trahissent leur propre conscience pour un peu
d’argent. Attention ! Judas l’avait déjà fait pour 30 pièces
d’argent. D’autres, par contre, ont résisté jusqu’au martyre.
Ne l’oublions pas, notre conscience a été achetée une seul
fois : le sacrifice de Christ sur la croix.

c. La peur et la menace

Dans ce sens il faut parler de l’objection de


conscience. Dès l’origine du christianisme, la prédication

30
Saint Jean-Paul II, Audience générale, 17 aout 1983.

76
apostolique a toujours enseigné aux chrétiens à obéir aux
pouvoirs publics légitimement constitués, mais elle a donné
en même temps le ferme avertissement qu’ « il faut obéir à
Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29). Cela est important
surtout pour les questions qui touchent la vie humaine. En
effet, l’Église rappelle la valeur incomparable de la personne
humaine (voir l’instruction Dignitas Personae). Il est ainsi
des pratiques, comme l’avortement, l’euthanasie, l’anti-
conception, etc., que l’Église considère comme des crimes
qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer : « Des lois
de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation
pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave
et précise de s’y opposer par l’objection de conscience »31.
Ainsi par exemple, l’Académie pontificale pour la vie appelle
en 2000 dans un communiqué à faire acte d’objection de
conscience morale contre la pilule du lendemain, considérée
comme une forme d’agression à l’égard de l’embryon
humain.
L’Église appelle également à refuser de participer à la
perpétration d’injustices, parce qu’il s’agit non seulement
d’un devoir moral, mais aussi d’un droit humain élémentaire :
« Ceux qui recourent à l’objection de conscience doivent être
exempts non seulement de sanctions pénales, mais encore de
quelque dommage que ce soit sur le plan légal, disciplinaire,
économique ou professionnel »32.
Lorsque des lois civiles et humaines en viennent à
violer l’ordre moral, l’objection de conscience peut aller
jusqu’au martyre. Dans l’encyclique Veritatis Splendor
(1993), Saint Jean-Paul II évoquait le martyre « vécu comme
l’affirmation de l’inviolabilité de l’ordre moral » (n° 92). « Si
le martyre représente le sommet du témoignage rendu à la
vertu morale, auquel relativement peu de personnes sont
appelées, il n’en existe pas moins un témoignage cohérent que

31
Saint Jean Paul II, Evangelium Vitae, n.73.
32
Ibidem, n.74.

77
tous les chrétiens doivent être prêts à rendre chaque jour,
même au prix de souffrances et de durs sacrifices » (n° 93).

3. Education et formation de la conscience

Comme nous l’avons déjà dit, la conscience est


appelée à écouter la voix de Dieu, mais cela n’est pas toujours
évident et elle peut se tromper. Pour cela il faut former et
éduquer la conscience : « La conscience doit être informée et
le jugement moral éclairé. Une conscience bien formée est
droite et véridique… L’éducation de la conscience est
indispensable à des êtres humains soumis à des influences
négatives et tentés par le péché de préférer leur jugement
propre et de récuser les enseignements autorisés. L’éducation
de la conscience est une tâche de toute la vie… L’éducation
de la conscience garantit la liberté et engendre la paix du
cœur » (CEC nn. 1783-84).
Pour former et éduquer notre conscience il faut :
*Grandir dans une bonne famille chrétienne. Jean-
Paul II a toujours réaffirmé un principe essentiel : « Dans la
tache capitale de formation de la conscience, la famille a un
rôle de première importance. C’est un grave devoir pour les
parents que d’aider leurs enfants, dès leur plus jeune âge, à
chercher la vérité et à vivre conformément à elle, à chercher
le bien et à le promouvoir »33. Voilà pourquoi l’importance,
pour vous, de former une famille selon l’esprit de l’Evangile.
*Connaissance, amour et docilité au magistère de
l’Église : « Pour former leur conscience, les chrétiens sont
grandement aidés par l’Eglise et par son Magistère, ainsi que
l’affirme le Concile : « Les fidèles du Christ, pour se former
la conscience, doivent prendre en sérieuse considération la
doctrine sainte et certaine de l’Eglise. De par la volonté du
Christ, en effet, l’Eglise catholique est maîtresse de vérité ; sa
fonction est d’exprimer et d’enseigner authentiquement la
vérité qui est le Christ, en même temps que de déclarer et de

33
Saint Jean Paul II, Message pour la journée de la Paix, 1 janvier 1991.

78
confirmer, en vertu de son autorité, les principes de l’ordre
moral découlant de la nature même de l'homme». L’autorité
de l’Eglise, qui se prononce sur les questions morales, ne
blesse donc en rien la liberté de conscience des chrétiens :
d’une part, la liberté de conscience n’est jamais une liberté
affranchie «de» la vérité, mais elle est toujours et seulement «
dans » la vérité ; et, d’autre part, le Magistère ne fournit pas à
la conscience chrétienne des vérités qui lui seraient
étrangères, mais il montre au contraire les vérités qu’elle
devrait déjà posséder... L’Eglise se met toujours et
uniquement au service de la conscience, en l’aidant à ne pas
être ballottée à tout vent de doctrine au gré de l’imposture des
hommes (cf. Ep 4, 14), à ne pas dévier de la vérité sur le bien
de l’homme, mais, surtout dans les questions les plus
difficiles, à atteindre sûrement la vérité et à demeurer en
elle »34.
*Avoir des critères de discernement : grâce à la vertu
de prudence, aux conseils de personnes avisées et à l’aide de
l’Esprit Saint et de ses dons. Trois critères peuvent donc nous
aider :
– Il n’est jamais permis de faire le mal pour qu’il en
résulte un bien. La fin ne justifie pas les moyens.
– La « règle d’or » : Tout ce que vous désirez que les
autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux (Mt
7, 12 ; cf. Lc 6, 31 ; Tb 4, 15).
– La charité passe toujours par le respect du prochain
et de sa conscience : En parlant contre les frères et en blessant
leur conscience ..., c’est contre le Christ que vous péchez (1
Co 8, 12). « Ce qui est bien, c’est de s’abstenir... de tout ce
qui fait buter ou tomber ou faiblir ton frère » (Rm 14, 21).
*Eduquer au réel35 : dans ce sens, le virtuel est
particulièrement dangereux pour les jeunes et pour leur
conscience. Le monde virtuel risque de déformer la
34
Saint Jean Paul II, Veritatis Splendeur, n. 64.
35
Cf. Guézénec Albane, Eduquer la conscience ; comment la famille peut
éduquer au Vrai et au Bien dans la société contemporaine, Tunis, 2016,
p. 93-95.

79
conscience personnelle. Dans un monde irréel, l’intelligence
des personnes ne peut pas se construire, elle ne parvient
jamais à atteindre le vrai qui est pourtant son but et stérilise
ainsi l’intelligence et toute la vie intérieure. Dans l’irréel,
aucun contrôle de l’erreur n’est possible, rien ne peut y unir
la pensée, et la volonté n’y a aucune part, le virtuel conduit à
l’éclatement de la personne. Bien au contraire c’est la parole
qui construit, qui permet la connaissance, qui éduque. C’est
donc dans une relation concrète, riche et constante que l’on
pourra éduquer car c’est la relation qui permet l’échange, la
discussion, l’écoute de la parole de l’autre. Pour former la
conscience donc il ne suffit pas de connaitre de bonnes
méthodes, il faut avant tout être, ce qui est beaucoup plus
difficile et exigeant.
*Eduquer aux vertus : « En effet, pour pouvoir
discerner la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît,
ce qui est parfait (Rm 12, 2), la connaissance de la Loi de
Dieu est certes généralement nécessaire, mais elle n’est pas
suffisante : il est indispensable qu’il existe une sorte de
«connaturalité » entre l’homme et le bien véritable. Une telle
connaturalité s’enracine et se développe dans les dispositions
vertueuses de l’homme lui-même : la prudence et les autres
vertus cardinales, et d’abord les vertus théologales de foi,
d’espérance et de charité... » (VS n.64).
L’éducation de la conscience ne peut se faire donc
sans l’apprentissage de la pratique des vertus théologales :
foi, espérance et charité ; cardinales : prudence, justice, force
et tempérance. Il ne faut pas oublier qu’en matière
d’éducation la vertu d’obéissance a aussi une place
particulière. Qui n’apprend pas à obéir, ne peut pas obéir à sa
conscience.
Seule la vertu peut nous garantir que notre conscience
ne justifiera pas certains péchés ou certains comportements
malhonnêtes. La vertu est fondamentale afin que les passions
et les vices n’altèrent pas l’objectivité de nos jugements de
conscience.

80
*Eduquer à la vie intérieure avec Dieu : on l’a vu, la
conscience est la loi de Dieu en nous. C’est donc le lieu de
l’amitié avec Dieu. L’éducation de la conscience morale ne
pourra être complète sans une éducation à la prière, qui doit
passer aussi, entre autres choses, par une éducation au silence
intérieur et extérieur. C’est ce silence-là qui permet
d’entendre la voix de sa conscience mais aussi de rentrer dans
la prière.
Après le silence des oreilles, nous pouvons évoquer
également la nécessité du silence des yeux : veillons à purifier
notre regard et notre mémoire pour ne pas conserver d’images
indignes ou même inutiles.
*Développer la vie de la grâce : finalement éduquer
la conscience morale des jeunes ne peut se faire sans rendre
le jeune attentif à l’action de la grâce en lui, à rendre le jeune
disposé à recevoir cette grâce et ouvert à l’action de Dieu en
lui. Car Dieu ne nous a pas abandonnés à notre liberté, il nous
offre sa grâce, à travers les sacrements (eucharistie et
réconciliation), quotidiennement pour pallier les déficiences
de notre nature blessée car sans Lui nous ne pouvons rien faire
(Jn 15,5).

Le 1er juillet 1535, Thomas est condamné à mort pour


haute trahison. Ses juges lui demandent s’il veut ajouter
quelque chose. «J’ai peu de choses à dire, sauf ceci : le
bienheureux Apôtre Paul était présent et consentant au
martyre de Saint Étienne. Maintenant tous deux sont des
saints dans le Ciel. Bien que vous ayez concouru à ma
condamnation, je prierai avec ferveur pour que vous et moi,
nous nous retrouvions ensemble au Ciel. De même, je désire
que le Dieu Tout-Puissant préserve et défende Sa Majesté le
Roi, et lui envoie un bon conseil».
Cependant, un dernier assaut vient éprouver la
constance du prisonnier et la fidélité de sa propre conscience.
Son épouse le visite et lui dit : «Voulez-vous m’abandonner,
moi et ma malheureuse famille? Voulez-vous renoncer à cette
vie du foyer domestique, dont naguère vous étiez si épris ? »

81
– « Combien d’années, ma chère Alice, croyez-vous que je
puisse encore jouir ici-bas de ces plaisirs terrestres que vous
me peignez avec une éloquence si persuasive? – Vingt ans, au
moins, s’il plaît à Dieu. – Ma très chère femme, vous n’êtes
pas une habile marchande : qu’est-ce qu’une vingtaine
d’années comparées à une éternité bienheureuse?».
Saint-Jean Paul II écrivait : « La véritable force de
l’homme se révèle dans la fidélité avec laquelle il est capable
de rendre témoignage de la vérité, en résistant aux flatteries et
aux menaces, aux incompréhensions et aux chantages, et
même à la persécution dure et impitoyable. Voilà la route sur
laquelle notre Rédempteur nous appelle à le suivre »36.
Préférons donc toujours dire la vérité aux autres, aussi
dure et réaliste soit-elle, que de les aduler ou les flatter afin
d’être considéré ou d’obtenir un service. Préférons aussi
défendre et faire respecter notre bonne conscience que de
nous faire aduler ou flatter par les autres au prix de notre
conscience.

36
Saint Jean Paul II, Homélie du Dimanche de Rameux, 24-03-2002.

82
VIII- LA LOI NATURELLE ET LA MATURITE HUMAINE

Entre 150 et 160 ap. J.C., en Afrique du Nord, à


Carthage, aujourd’hui en Tunisie, naquit un grand écrivain de
langue latine : Quintus Septimius Florens Tertullianus, dit
Tertullien. Il se convertit au christianisme à la fin du IIe siècle
et devient la figure emblématique de la communauté
chrétienne de Carthage. C’est lui qui écrivit ce texte qui va
nous permettre de commencer notre réflexion : « Seul parmi
tous les êtres animés, l’homme peut se glorifier d’avoir été
digne de recevoir de Dieu une loi : animal doué de raison,
capable de comprendre et de discerner, il réglera sa conduite
en disposant de sa liberté et de sa raison, dans la soumission
à Celui qui lui a tout remis » (Tertullien, Marc. 2, 4). De
quelle loi s’agit-il ?

1. La loi morale naturelle37

Saint Jean-Paul II a écrit : « Un autre thème important


et urgent, que je voudrais soumettre à votre attention, est celui
de la loi morale naturelle. Cette loi appartient au grand
patrimoine de la sagesse humaine que la Révélation, à travers
sa lumière, a contribué à purifier et à développer davantage.
La loi naturelle, en elle-même accessible à toute créature
rationnelle, indique les normes premières et essentielles qui
réglementent la vie morale. Sur la base de cette loi, on peut
édifier une plate-forme de valeurs partagées, autour
desquelles développer un dialogue constructif avec tous les
hommes de bonne volonté et, plus généralement, avec la
société séculière. Aujourd’hui, à la suite de la crise de la
métaphysique, dans de nombreux milieux, on ne reconnaît
plus une vérité inscrite dans le cœur de chaque personne

37
Cf. Fuentes Miguel, Las Verdades Robadas, San Rafael, 2005, p. 175-
204. Voir aussi Catéchisme de l’Eglise Catholique.

83
humaine. On assiste donc, d’une part, parmi les chrétiens, à la
diffusion d’une morale à caractère fidéiste et, de l’autre, à
l’absence de référence objective pour les législations, qui se
basent souvent uniquement sur le consensus social, de telle
sorte qu’elles rendent toujours plus difficile de parvenir à un
fondement éthique commun à toute l’humanité »38.

a. Existence d’une loi « naturelle »

L’existence d’une loi naturelle commune à tous les


hommes est un postulat de la raison humaine. Si nous
acceptons l’existence de Dieu et de la création du monde par
Dieu, nous devons accepter l’existence d’un plan divin, une
loi, sur la création. Or, puisque toute loi se trouve d’une façon
dans le législateur et d’une autre façon dans les destinateurs
de la loi, nous concluons que la loi naturelle est une
participation de la loi éternelle dans la créature rationnelle
(homme) : « La loi naturelle n’est rien d’autre que la lumière
de l’intelligence mise en nous par Dieu ; par elle, nous
connaissons ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter. Cette
lumière ou cette loi, Dieu l’a donnée à la création » (S.
Thomas d’A., dec. præc. 1). Jean-Paul II, citant Léon XIII,
affirme : « la loi naturelle est écrite et gravée dans le cœur de
chaque homme, car elle est la raison même de l’homme lui
ordonnant de bien faire et lui interdisant de pécher… Il
s’ensuit que la loi naturelle est la Loi éternelle elle-même,
inscrite dans les êtres doués de raison et les inclinant à l’acte
et à la fin qui leur sont propres ; et elle n’est que la raison
éternelle du Dieu créateur et modérateur du monde » (VS, 44).
L’absurde de sa négation confirme l’existence d’une
loi naturelle : en effet, sans une loi naturelle, toutes les
opinions morales, même contradictoires, seraient possible, le
vice et la vertu n’existeraient plus, et les hommes n’auraient
plus une loi de fraternité et de respect mutuel.

38
Saint Jean-Paul II, discours aux participants à l'assemblée plénière de
la congrégation pour la doctrine de la foi, vendredi, 6 février 2004.

84
Cette loi est présente dans tous les êtres vivants. Dans
les créatures irrationnelles (les plantes, les animaux) d’une
façon instinctive et irréfléchi (par exemple ils vivent
ensembles, mais ils ne savent pas ce que signifie l’amitié). Par
contre, pour les créatures rationnelles (les hommes) c’est tout-
à-fait différent : ils ont dans leur nature la même loi, mais en
plus Dieu leur donne la lumière de la raison, afin de pouvoir
découvrir et lire cette loi, et la liberté pour la réaliser. C’est ce
qu’indique le Concile Vatican II : « Au fond de sa conscience,
l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas
donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette
voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien
et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité
de son cœur : « Fais ceci, évite cela ». Car c’est une loi inscrite
par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et
c’est elle qui le jugera (cf. Rm 2, 14-16) »39.
Donc cette loi est une loi « divine » parce que
promulguée par Dieu lui-même. Mais pourquoi est-elle
« naturelle » ? Parce qu’elle :
-impose ce qui est accessible à la nature humaine
raisonnable : elle commande de faire des choses bonnes en
elles-mêmes et interdit de faire de choses mauvaises en elles-
mêmes.
-est connue par la lumière intérieure de la raison, au-
delà de toute révélation ou science particulière. Donc tous les
hommes peuvent la connaitre par le fait d’avoir la même
nature humaine.
En conclusion : la loi « divine et naturelle » (GS 89, §
1) montre à l’homme la voie à suivre pour pratiquer le bien et
atteindre sa fin. Cette loi est dite naturelle non pas en
référence à la nature des êtres irrationnels, mais parce que la
raison qui l’édicte appartient en propre à la nature humaine.

39
Cf. Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n. 16.

85
b. Contenu de la loi naturelle

A présent nous nous posons la question du contenu de


la loi naturelle. Quel est le plan de Dieu en nous ? Nous
répondons avec l’aide du grand docteur de l’Eglise Saint
Thomas d’Aquin40. Une analyse attentive de la nature
humaine nous permet de déchiffrer le contenu de la loi
naturelle.
Principe fondamental

-Le premier axiome indémontrable est que « l’on ne


peut en même temps affirmer et nier » (principe de non
contradiction), ce qui se fonde sur la notion d’être et de non-
être.
-Le bien est la première notion saisie par la raison. En
effet, tout ce qui agit le fait en vue d’une fin qui a raison de
bien. C’est pourquoi le principe premier de la raison est celui
qui se fonde sur la raison de bien, et qui est : « Le bien est ce
que tous les êtres désirent ». C’est donc le premier précepte
de la loi : il faut faire et rechercher le bien, et éviter le mal.
C’est sur cet axiome que se fondent tous les autres préceptes
de la loi naturelle. Il faut dire que nous devons faire le bien
pas seulement comme une simple obligation, mais parce que
le bien produit en nous une attraction toute particulière qui
remplit tout notre être et qui nous perfectionne, alors que le
mal produit en nous une forte et authentique répulsion.

Quel bien et quel mal ?

Saint Thomas parle de trois inclinations de l’homme :


en tant que substance, en tant qu’animal et en tant qu’être
rationnel (esprit et sociabilité).
- En effet, en tant que substance l’homme se sent
d’abord attiré à rechercher le bien correspondant à sa
nature, en quoi il est semblable à toutes les autres substances,

40
Cf. Somme Théologique, I-II, 94, 2-3.

86
en ce sens que toute substance recherche la conservation de
son être, selon sa nature propre. Selon cette inclination, ce qui
assure « la conservation humaine » et tout ce qui empêche
le contraire, relèvent de la loi naturelle. Concrètement :
a. Droit à la légitime défense.
b. Prohibition de la mort de l’innocent (avortement,
euthanasie, etc.)
c. Amour naturel et spontané de nous-mêmes.
d. Amour des biens naturels comme la vie et la santé.
e. Recherche des moyens de subsistance : vêtement,
nourriture, maison, travail, etc.
f. Inclination à l’action et au repos nécessaire.

- En second lieu, en tant qu’animal, il y a dans


l’homme une inclination à rechercher certains biens plus
spéciaux, conformes à la nature qui lui est commune avec
les autres animaux : la perpétuation de l’espèce. Ainsi
appartient à la loi naturelle ce que « la nature enseigne à tous
les animaux », par exemple l’union du mâle et de la femelle,
le soin des petits, etc. Il ne s’agit pas d’une simple inclination
sexuelle, mais plutôt une tendance à l’amour entre l’homme
et la femme et à l’affection entre les parents et les enfants
(c’est là la notion du bien). Concrètement nous avons :
a. Droit du mariage et ses obligations : transmission
de la vie, éducation des enfants, etc.
b. Interdiction de l’homosexualité, masturbation, anti-
conception, concubinage, fornication, relations
extraconjugales, etc.

- En troisième lieu, en tant qu’être rationnel, on trouve


dans l’homme un attrait vers le bien conforme à sa nature
d’être raisonnable, qui lui est propre ; ainsi a-t-il une
inclination naturelle à connaître la vérité et à vivre en
société. Chercher la vérité des choses est une inclination
tellement naturelle qu’elle est une partie constitutive de
l’intelligence de l’homme. L’homme se pose toujours la
question du pourquoi des choses. L’amour de la vérité est le

87
désir proprement humain et est la base de toute la science.
Concrètement :
a. Droit à une bonne éducation.
b. Droit de chercher la vérité sur Dieu et la religion :
« En vertu de leur dignité, tous les hommes, parce qu’ils sont
des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté
libre… sont pressés, par leur nature même, et tenus, par
obligation morale, à chercher la vérité, celle tout d’abord qui
concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité
dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les
exigences de cette vérité »41.
c. Droit social à l’amitié et au besoin de l’autre.
d. Interdiction du mensonge, du vol, de l’injustice, etc.

c. Caractéristiques et fonction de la loi naturelle

-Présente dans le cœur de chaque homme et établie par


la raison, la loi naturelle est universelle en ses préceptes et
son autorité s’étend à tous les hommes. Elle exprime la dignité
de la personne et détermine la base de ses droits et de ses
devoirs fondamentaux. Nient cette vérité tous ceux qui
soutienne le relativisme culturel ou géographique42.

41
Dignitatis Humanae, n. 2.
42
« On ne peut nier que l’homme se situe toujours dans une culture
particulière, mais on ne peut nier non plus que l’homme ne se définit pas
tout entier par cette culture. Du reste, le progrès même des cultures montre
qu’il existe en l’homme quelque chose qui transcende les cultures. Ce «
quelque chose » est précisément la nature de l’homme : cette nature est la
mesure de la culture et la condition pour que l’homme ne soit prisonnier
d’aucune de ses cultures, mais pour qu’il affirme sa dignité personnelle
dans une vie conforme à la vérité profonde de son être. Si l’on remettait
en question les éléments structurels permanents de l’homme, qui sont
également liés à sa dimension corporelle même, non seulement on irait
contre l’expérience commune, mais on rendrait incompréhensible la
référence que Jésus a faite à « l’origine », justement lorsque le contexte
social et culturel du temps avait altéré le sens originel et le rôle de certaines
normes morales (cf. Mt 19, 1-9) » (VS, n. 53).

88
-La loi naturelle est immuable et permanente à travers
les variations de l’histoire ; elle subsiste sous le flux des idées
et des mœurs et en soutient le progrès. Les règles qui
l’expriment demeurent substantiellement valables. Même si
on renie jusqu’à ses principes, on ne peut pas la détruire ni
l’enlever du cœur de l’homme43.
Par rapport à sa fonction, la loi naturelle fournit :
-les fondements solides sur lesquels l’homme peut
construire l’édifice des règles morales qui guideront ses
choix.
-Elle pose aussi la base morale indispensable pour
l’édification de la communauté des hommes.
-Elle procure enfin la base nécessaire à la loi civile
qui se rattache à elle, soit par une réflexion qui tire les
conclusions de ses principes, soit par des additions de nature
positive et juridique.

d. Difficulté de la loi naturelle

Saint Thomas explique : « Appartiennent à la loi


naturelle d’abord quelques principes plus généraux qui sont
connus de tous ; ensuite quelques préceptes secondaires,
plus particuliers, qui sont comme des conclusions proches de
ces principes. Quant aux principes généraux, la loi naturelle
ne peut d’aucune façon être effacée du cœur des hommes, de
façon universelle. Elle est cependant effacée dans une
activité particulière parce que la raison est empêchée
d’appliquer le principe général au cas particulier dont il s’agit
à cause de la convoitise ou d’une autre passion. Quant aux
préceptes secondaires, la loi naturelle peut être effacée du
cœur des hommes, soit en raison de propagandes perverses,
de la façon dont les erreurs se glissent dans les sciences
spéculatives au sujet de conclusions nécessaires ; soit comme
conséquences de coutumes dépravées et d’habitus
corrompus. C’est ainsi que certains individus ne

43
Cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, n. 1958.

89
considéraient pas la criminalité comme un péché, ni même les
vices contre nature, comme le dit encore S. Paul (Rm 1,24)»44.
Cette difficulté postule justement le besoin moral de la
grâce de Dieu et de la révélation divine, afin que toutes les
vérités religieuses et morales puissent être découvertes par
tous et sans difficulté, avec une ferme certitude et sans
mélange d’erreur45.

e. Les commandements

La première révélation de Dieu aux hommes fut la


révélation des dix commandements. Extraordinairement
l’évêque d’Hippone affirme : « Dieu a écrit sur les tables de
la Loi ce que les hommes ne lisaient pas dans leurs cœurs »
(S. Augustin, Psal. 57, 1). Le Décalogue est donc une lumière
offerte à la conscience de tout homme pour lui manifester
l’appel et les voies de Dieu, et le protéger contre le mal.
Le Décalogue contient une expression privilégiée de
la « loi naturelle » : « Dès le commencement, Dieu avait
enraciné dans le cœur des hommes les préceptes de la loi
naturelle. Il se contenta d’abord de les leur rappeler. Ce fut le
Décalogue » (S. Irénée, hær. 4, 15, 1).
Vu les difficultés de l’homme par rapport à la loi
naturelle, les préceptes du Décalogue ont été révélés et cela
pour atteindre une connaissance complète et certaine des
exigences de la loi naturelle. En effet l’humanité pécheresse
avait besoin de cette révélation : « Une explication plénière
des commandements du Décalogue fut rendue nécessaire dans
l’état de péché à cause de l’obscurcissement de la lumière de
la raison et de la déviation de la volonté » (S. Bonaventure,
sent. 4, 37, 1, 3).
Or, nous connaissons les commandements de Dieu par
la révélation divine qui nous est proposée dans l’Église, et par

44
Somme Théologique, I-II, 94, 6.
45
Pie XII, Humani generis, DS 3876 ; Catéchisme de l’Eglise Catholique,
n. 1960.

90
la voix de la conscience morale. Mais, une question vient à
notre esprit : est-ce que nous connaissons vraiment les dix
commandements ? Ou plutôt quelle idée avons-nous de la loi
naturelle et des commandements de Dieu ?
Malheureusement pour beaucoup l’idée qu’ils s’en
font est celle du fil de fer barbelé… la limite de notre agir.
C’est la vision réductrice des chrétiens qui n’ont rien compris
aux commandements de Dieu. Les dix commandements ne
seront jamais un fil de fer barbelé parce que leur regard est
tout-à-fait positif : ils nous montrent les « biens » qui vont
perfectionner notre nature humaine et le mal qui peut la
détruire. Nous le redisons encore une fois ils sont une
manifestation positive et privilégiée de la loi naturelle. Un
rappel de cette loi. Donc un acte miséricordieux de Dieu qui
n’abandonne jamais l’œuvre de ses mains.
Comment les connaitre ? Premièrement il faut les
savoir. Deuxièmement il faut les intérioriser et troisièmement
il faut comprendre leur intime et indissoluble connexion.
-Il faut les savoir : c’est peut-être le plus facile, même
si parfois nous rencontrons des catholiques qui ne connaissent
pas par cœur les commandements. Mais pour les savoir il faut
aussi les méditer dans notre cœur.
1er Commandement Vertu de la Foi,
Esperance, Charité et la
vertu de la religion.
2ème Commandement Vertu de louange et du
sacrée.
3ème Commandement Vertu de la recréation, du
repos et de la sobriété.
ème
4 Commandement Vertus familiales – Eglise
domestique.
ème
5 Commandement Respect et amour de la vie
humaine en toutes ses
dimensions.
6ème Commandement Vertu de la chasteté, de la
tempérance et affectivité
ordonnée.

91
7ème Commandement Vertu de la justice et de la
générosité.
8ème Commandement Vertu de la véracité et de
l’amitié.
9ème Commandement Vertu de la chasteté dans
la pensée et les désirs.
10ème Commandement Vertu de la pauvreté et de
l’humilité.

-Intérioriser : c’est-à-dire comprendre la valeur


intrinsèque de chaque commandement. Nous devons savoir
que chaque commandement inclut un aspect positif (les biens
qu’il faut protéger) et un aspect négatif (interdit les actes qui
peuvent détruire ces biens). Les commandements protègent,
défendent, et encouragent les biens fondamentaux de la
personne humaine, sans lesquels la personne ne peut ni mûrir,
ni se perfectionner, ni être heureuse. Donc éduquer aux
commandements signifie les présenter comme aimables par la
personne en sachant qu’ils contiennent l’objet de notre
félicité. Dieu nous demande de vivre les dix commandements
parce qu’en eux se trouvent notre bien et notre félicité. Il
s’agit d’une conviction profonde dans notre intelligence et
notre volonté. L’immaturité psychologique ou affective,
morale et spirituelle trouve généralement ses racines dans une
mauvaise compréhension des commandements. Donc il faut
apprendre à vivre les commandements.
-Intime connexion : pour cela nous devons
comprendre cette unité et connexion des commandements.
Nous devons observer les dix commandements dans
l’ensemble. Nous ne pouvons pas dire, « je suis un homme de
bien, parce que je n’ai jamais volé ou tué quelqu’un ».
Courage, j’aimerais lui dire, il te manque encore 8
commandements pour être un homme de bien. « C’est donc
l’ensemble de la Loi qui sauvegarde pleinement la vie de
l’homme. Cela explique qu’il est difficile de rester fidèle au «
tu ne tueras pas » quand on n’observe pas les autres paroles
de vie (Ac 7, 38) auxquelles ce commandement est connexe.

92
En dehors de cette perspective, le commandement finit par
devenir une simple obligation extrinsèque, dont on voudra
voir bien vite les limites et à laquelle on cherchera des
atténuations ou des exceptions »46.

f. Jésus-Christ et l’amour des commandements

Or, selon la tradition chrétienne, la Loi sainte montre


ce qu’il faut faire, mais ne donne pas de soi la force, la grâce
de l’Esprit pour l’accomplir. A cause du péché qu’elle ne peut
enlever, elle reste une loi de servitude. La Loi ancienne est
donc une préparation à l’Evangile.
La Loi nouvelle ou Loi évangélique est la perfection
ici-bas de la loi divine, naturelle et révélée. Elle est l’œuvre
du Christ et s’exprime particulièrement dans le Sermon sur la
montagne (substantiellement le chapitre 5 au 7 de l’évangile
de Saint Mattieu). Dans ce sens il est intéressant de remarquer
que c’est une loi de bonheur : Heureux… « La parole clé de
l’enseignement de Jésus, écrit Jean Paul II, est une annonce
de joie : « Heureux… » L’homme est fait pour le bonheur.
Votre soif de bonheur est donc légitime. Le Christ a la réponse
à votre attente. Il vous demande donc de lui faire confiance.
La joie véritable est une conquête, qui ne s’obtient pas sans
une lutte longue et difficile. Le Christ possède le secret de la
victoire »47.
La Loi nouvelle est la grâce du Saint-Esprit donnée
aux fidèles par la foi au Christ. Elle use du Sermon du
Seigneur pour nous enseigner ce qu’il faut faire, et des
sacrements pour nous communiquer la grâce de le faire. La
Loi évangélique accomplit donc parfaitement les
commandements de Dieu.
La Loi nouvelle est appelée une loi d’amour parce
qu’elle fait agir par l’amour qu’infuse l’Esprit Saint plutôt que

46
Saint Jean Paul II, Evangelium Vitae, 48.
47
Saint Jean Paul II, XVIIème journée mondiale de la Jeunesse, Toronto,
25-07-2002.

93
par la crainte ; une loi de grâce, parce qu’elle confère la force
de la grâce pour agir par le moyen de la foi et des sacrements ;
une loi de liberté parce qu’elle nous fait enfin passer de la
condition du serviteur qui ignore ce que fait son Maître à celle
d’ami du Christ.
Au fond nous devons comprendre et faire comprendre
une grande vérité cachée dans les paroles de notre Seigneur :
Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui
qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père et je
l’aimerai et je me manifesterai à lui (Jn 14, 21-24). Vérité
cachée parce que beaucoup comprennent cette phrase de
façon incomplète. Notre Seigneur nous dit que le même
amour que nous avons pour lui nous poussera à aimer
également ses paroles et commandements. Il est toujours
question d’amour. Pour celui qui aime vraiment, les
commandements ne sont pas des obligations à accomplir, ou
des conditions, mais de vrais chemins d’amour et de bonheur.
Pour cela l’éducation aux dix commandements consiste aussi
dans le fait de savoir « tomber amoureux » des vertus qu’ils
nous proposent.

Le travail afin de vivre la loi naturelle et les


commandements de Dieu et la loi nouvelle, demande de
creuser avec patience et sacrifice notre montagne de terre et
de boue pour lui donner un fondement de pierre solide :
Christ-Jésus. C’est ainsi que notre édifice ne pourra plus
tomber à cause des eux débordantes de ce monde. Qui veut
bâtir pour l’éternité doit donner à son œuvre un fondement
inébranlable.
Osez donc, jeunes, les dix commandements et la loi
naturelle. C’est le chemin vers l’éternité, le contraire c’est le
chemin de la médiocrité… et de la perdition. Que notre
épitaphe à la fin de nos jours soit celui de l’homme éternel et
non pas de l’homme médiocre.

94
IX- LA LIBERTE VERITABLE

Octobre 1982, le Bienheureux Jerzy Popieluszko,


martyr de la véritable liberté, en célébrant la messe pour la
Patrie, dans sa paroisse de Saint Stanislas de Kostka en
Pologne, s’écria d’une voix forte : « Pour demeurer libre dans
l’âme, il faut vivre dans la vérité. Vivre dans la vérité, c’est
donner la vérité des témoignages, c’est la revendiquer et la
reconnaître dans toute situation. La vérité est immuable. On
ne peut détruire la vérité par des décisions ou des décrets.
L’esclavage pour nous consiste justement en ceci : que nous
nous soumettions au règne du mensonge chaque jour. Nous
ne protestons pas, nous nous taisons, ou bien nous faisons
semblant d’y croire. Alors, nous vivons dans le mensonge. Le
témoignage courageux de la vérité est un chemin qui mène
directement à la liberté… »48.
Oui, la liberté fait partie de l’homme, mais elle n’est
jamais séparée de la vérité. Nous le savons bien, l’homme est
toujours un mystère et il a reçu de Dieu un don précieux et
unique : la liberté.
Donc la liberté est un « don de Dieu », mais aussi un
grand défi pour l’homme. En effet, et surtout à notre époque,
il n’est pas toujours évident de savoir se servir de la liberté
pour choisir et faire uniquement le bien. Léon XIII écrit : «La
liberté, bien excellent de la nature et apanage exclusif des
êtres doués d’intelligence ou de raison, confère à l’homme
une dignité en vertu de laquelle il est mis entre les mains de
son conseil et devient le maître de ses actes. Ce qui,
néanmoins, est surtout important dans cette prérogative, c’est
la manière dont on l’exerce, car de l’usage de la liberté
naissent les plus grands maux comme les plus grands biens.
Sans doute, il est au pouvoir de l’homme d’obéir à la raison,
de pratiquer le bien moral, de marcher droit à sa fin suprême;

48
Jerzy Popieluszko, Il cammino della mia croce, p. 82-84.

95
mais il peut aussi suivre toute autre direction, et, en
poursuivant des fantômes de biens trompeurs, renverser
l’ordre légitime et courir à une perte volontaire »49.

1. Fausses idées de liberté

Qu’est-ce que donc la liberté ? Pour comprendre la


vraie signification de la liberté il faut d’abord dire ce que n’est
pas la liberté. Je laisse la parole au P. Jacques Philippe dans
son traité sur la liberté intérieure :
« -Pour l’homme moderne, être libre signifie souvent
pouvoir se débarrasser de toute contrainte et de toute autorité :
«Ni Dieu, ni maître». Voilà la première illusion : concevoir la
liberté comme une revendication d’autonomie. Pour le
christianisme, au contraire, on ne peut trouver la liberté que
dans une soumission à Dieu.
La liberté véritable est moins une conquête de
l’homme qu’un don gratuit de Dieu, un fruit de l’Esprit Saint,
reçu dans la mesure où l’on se situe en dépendance aimante
vis-à-vis de son Créateur et Sauveur. Là se manifeste à plein
le paradoxe évangélique : Qui veut sauver sa vie la perdra,
mais qui perdra sa vie à cause de Moi la sauvera (Mt 6, 25).
En d’autres termes : qui veut à tout prix préserver et défendre
sa liberté la perdra, mais qui accepte de la «perdre» en la
remettant avec confiance à Dieu la sauvera : elle lui sera
restituée, infiniment plus belle et profonde, comme un
merveilleux cadeau de la tendresse divine...
-Une autre illusion fondamentale relative à la notion
de liberté est de faire de cette dernière une réalité extérieure,
dépendant des circonstances, et non d’une réalité d’abord
intérieure. En effet, le plus souvent on a l’impression que ce
qui limite notre liberté ce sont les circonstances qui nous
environnent : les contraintes que nous impose la société ; les
obligations de toutes sortes que « les autres » font peser sur
nous ; telle ou telle limitation dont nous sommes prisonniers

49
Léon XIII, Libertas, 20 juin 1888.

96
concernant nos possibilités physiques ; notre mauvaise santé ;
etc. Pour trouver notre liberté il faudrait, donc, éliminer ces
contraintes et limitations. Cette façon de voir les choses
comporte certainement une part de vérité. Il y a parfois
certaines limites auxquelles il faut remédier, ou de contraintes
à franchir pour conquérir la liberté. Mais il y a aussi une
grande part d’illusion qu’il est nécessaire de démasquer, sous
peine de ne jamais goûter la liberté véritable. Même si venait
à disparaître tout ce que nous considérons dans notre vie
comme empêchement à notre liberté, cela ne nous garantit en
rien de trouver la pleine liberté à laquelle nous aspirons… Il
y a là une évidence toute simple que nous mettons bien du
temps à comprendre : tant que notre sentiment de plus ou
moins grande liberté dépend des circonstances extérieures,
c’est bien le signe que nous ne sommes pas encore vraiment
libres !
Le désir de liberté qui habite le cœur de l’homme
contemporain se traduit souvent par une autre illusion : la
tentative désespérée pour franchir les limites dans lesquelles
il se considère comme enfermé. On veut aller toujours plus
loin, plus vite, avoir une plus grande puissance de transformer
la réalité… Non content de faire de l’alpinisme «normal», on
se lance dans l’alpinisme «extrême», jusqu’au jour où l’on va
un peu trop loin, et l’exaltante aventure se conclut par une
chute mortelle. Ce côté suicidaire d’une certaine recherche
de liberté est malheureusement déjà présent depuis
l’adolescence. Combien de jeunes tués par des excès de
vitesse ou des overdoses d’héroïne, à cause d’une aspiration à
la liberté qui n’a pas su trouver les chemins authentiques pour
se réaliser ! »50.
2. Juste conception de liberté
La liberté est donc la capacité de la créature rationnelle
d’aller par soi-même vers sa fin ultime : Dieu. Cette liberté
implique aussi la capacité de choisir les moyens qui nous

50
Jacques Philippe, La liberté intérieure, EDB, 2002.

97
conduisent le mieux vers la fin. Cette liberté est l’union de
l’intelligence et de la volonté, pour cela elle a été aussi définie
comme « volonté raisonnée » ou « raison volontaire ».
Saint Thomas explique : « Pour établir la preuve de la
liberté, considérons d’abord que certains êtres agissent sans
aucun jugement, comme la pierre qui tombe vers le bas, et tous
les êtres qui n’ont pas la connaissance. - D’autres êtres agissent
d’après un certain jugement, mais qui n’est pas libre. Ainsi les
animaux, telle la brebis qui, voyant le loup, juge qu’il faut le
fuir ; c’est un jugement naturel, non pas libre, car elle ne juge
pas en rassemblant des données, mais par un instinct naturel.
Et il en va de même pour tous les jugements des animaux. -
Mais l’homme agit d’après un jugement ; car, par sa faculté de
connaissance, il juge qu’il faut fuir quelque chose ou le
poursuivre. Cependant ce jugement n’est pas l’effet d’un
instinct naturel s’appliquant à une action particulière, mais d’un
rapprochement de données opéré par la raison ; c’est pourquoi
l’homme agit selon un jugement libre, car il a la faculté de se
porter à divers objets… Or, les actions particulières sont
contingentes ; par suite le jugement rationnel qui porte sur elles
peut aller dans un sens ou dans un autre, et n’est pas déterminé
à une seule chose. En conséquence, il est nécessaire que
l’homme ait le libre arbitre, par le fait même qu’il est doué de
raison »51.
Donc notre liberté est ordonnée à un but déjà
déterminé par Dieu lui-même : la félicité éternelle. Pour cela
il faut dire que la définition de la liberté en tant que capacité
de faire ce que l’on veut, d’agir comme on veut et de choisir
entre les multiples possibilités présentes dans nos vies sans
aucun but à poursuivre, est une falsification de la liberté.
Or, la vraie liberté est la capacité que nous avons
d’utiliser notre intelligence et notre volonté et autant que
possible aussi nos affections et nos passions afin de rejoindre
le but qui perfectionne notre nature humaine. Pour cela la

51
Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, q. 83, a. 1.

98
vraie liberté ne peut pas signifier choisir positivement entre le
bien et le mal, puisque le mal ne peut pas perfectionner notre
nature humaine. Matériellement nous pouvons choisir le mal,
seulement quand on y voit une apparente raison de bien (telle
la personne qui au désert boit de l’eau pourrie afin de calmer
sa soif), mais cela est toujours un défaut et un danger de notre
liberté. Léon XIII nous dit encore : « Néanmoins, chacune de
ces deux facultés (intelligence et volonté) ne possédant point
la perfection absolue, il peut arriver et il arrive souvent que
l’intelligence propose à la volonté un objet qui, au lieu d’une
bonté réelle, n’en a que l’apparence, une ombre de bien, et
que la volonté pourtant s’y applique ».
Qu’un avion puisse tomber ne veut pas dire que dans
sa nature même soit compris le fait de tomber, autrement
personne ne prendrait l’avion. De même, la liberté a été faite
pour choisir le bien qui nous perfectionne, même si parfois
elle fait défaut et tombe dans le mal (le péché). Saint Thomas
d’Aquin s’est occupé souvent et longuement de cette
question ; et de sa doctrine il résulte que la faculté de pécher
n’est pas une liberté, mais une servitude. Très subtile est son
argumentation sur ces mots du Sauveur Jésus : Celui qui
commet le péché est l’esclave du péché (Jn 8, 34)52.

3. Menaces à la liberté

Pourquoi alors notre liberté peut-elle faillir ? Pour


plusieurs raisons :

52
« Tout être est ce qui lui convient d’être selon sa nature. Donc, quand il
se meut par un agent extérieur, il n’agit point par lui-même, mais par
l’impulsion d’autrui, ce qui est d’un esclave. Or, selon sa nature, l’homme
est raisonnable. Donc, quand il se meut selon la raison, c’est par un
mouvement qui lui est propre qu’il se meut, et il agit par lui-même, ce qui
est le fait de la liberté ; mais, quand il pèche, il agit contre la raison, et
alors c’est comme s’il était mis en mouvement par un autre et qu’il fût
retenu sous une domination étrangère : c’est pour cela que celui qui
commet le péché est esclave du péché » ([Link].).

99
-A cause de l’intelligence. Comme nous l’avons déjà
dit la liberté est la volonté illuminée par l’intelligence. Or, si
notre intelligence n’illumine pas bien, mauvais sera l’usage
de notre liberté. Cela arrive lorsque notre intelligence est
envahie par l’ignorance : l’ignorance de la loi naturelle,
résumée dans les dix commandements, l’ignorance des
obligations de notre devoir d’état, l’ignorance des
commandements de l’Eglise et de son enseignement, etc.
Mais attention, il y a quelques-uns qui sont ignorants par
paresse et négligence et d’autres, pire encore, qui veulent
volontairement rester dans l’ignorance afin de vivre la vie
plus tranquillement.
-A cause de la volonté elle-même (elle est le siège
principal de la liberté). Cela arrive lorsque nous sommes
touchés par de mauvaises habitudes qui nous conduisent au
péché. Il faut savoir que les « vices » maintiennent inclinée la
volonté à agir mal. Certainement les vices nous rendent
esclaves, ils nous enchainent à une mauvaise façon d’agir.
-A cause de nos passions et de nos affections
désordonnées. Principalement deux : la peur et la
concupiscence.
La peur emprisonne la personne. Elle en est paralysée
et en conséquence ne peut pas agir (celui par exemple qui, par
peur de perdre son travail, ne dit jamais la vérité). « Le
problème essentiel pour la libération de l’homme et de la
Nation, prêchait le Père Popieluszko, est de surmonter la peur.
Car la peur naît de la menace. Nous surmontons la peur,
lorsque nous acceptons la souffrance ou la perte de quelque
chose au nom de valeurs supérieures. Si la vérité devient pour
nous une valeur pour laquelle nous acceptons de souffrir, de
prendre des risques, alors nous surmontons la peur qui est la
cause directe de notre esclavage ».
La concupiscence, par contre, est une forte inclinaison
à un bien matériel ou sensible : le plaisir sexuel, la nourriture,
la boisson, la drogue, l’argent ou le pouvoir. Impossible de
tenir des propos de vie chrétienne pour celui qui vit attaché
aux inclinaisons de la concupiscence.

100
-Finalement notre liberté peut être limitée par la
violence, mais seulement dans l’action externe et jamais dans
le consentement interne. On peut nous enfermer dans une
prison parce que nous sommes chrétiens, mais on ne pourra
jamais nous faire tomber dans l’apostasie de la foi. Ils peuvent
abuser physiquement une fille, mais ne pourront jamais
obtenir son consentement pour la faire pêcher contre la
chasteté. Donc notre liberté intérieure reste toujours
inviolable. Seul Dieu peut y accéder. Le Bienheureux
Popieluszko écrivait encore : « L’homme qui témoigne de la
vérité est un homme libre même dans des conditions
extérieures d’esclavage, même dans un camp, dans une
prison ».
4. Comment faire pour vivre la vraie liberté ?

a. Vivre dans la vérité des dix commandements. Ils


sont la loi de la liberté. La loi morale (naturelle et divine) est
éducatrice de la liberté. Les commandements ne sont jamais
des lois pour limiter notre liberté, mais plutôt des lois pour
canaliser sa puissante énergie. En effet les commandements
ne sont pas de simples limites de ce que nous ne pouvons pas
faire. Bien au contraire ils sont comme des « canaux » qui
guident notre liberté en nous montrant tout ce que nous
pouvons faire. Ils nous parlent de l’amour de Dieu, de
chercher, aimer et défendre la vérité, de défendre et
promouvoir la vie, les fiançailles et la famille, ils nous parlent
de la beauté de l’amour humain et de la chasteté, de travailler
pour la justice, de chercher la foi, d’éduquer dans la paix et
dans la joie de servir Dieu.
Pourquoi les gens, lorsqu’il s’agit des
commandements, regardent seulement ce qu’ils ne peuvent
pas faire, étant des aveugles devant tout ce qu’ils peuvent
faire ?
Toutes les sciences ont leurs propres lois. L’esprit
aussi a ses propres lois et c’est la connaissance de cette loi qui
permet la croissance de l’esprit et le bon usage de la liberté.

101
Léon XIII affirme : « La condition de la liberté humaine étant
telle, il lui fallait une protection, il lui fallait des aides et des
secours capables de diriger tous ses mouvements vers le bien
et de les détourner du mal : sans cela, la liberté eût été pour
l’homme une chose très nuisible. Et d’abord une Loi, c’est-à-
dire une règle de ce qu’il faut faire ou ne pas faire, lui était
nécessaire… Mais les êtres qui jouissent de la liberté ont par
eux-mêmes le pouvoir d’agir, d’agir de telle façon ou de telle
autre, attendu que l’objet de leur volonté, ils ne le choisissent
que lorsqu’est intervenu ce jugement de la raison dont Nous
avons parlé. Ce jugement nous dit, non seulement ce qui est
bien en soi ou ce qui est mal, mais aussi ce qui est bon et, par
conséquent, à réaliser, ou ce qui est mal et, par conséquent, à
éviter. C’est, en effet, la raison qui prescrit à la volonté ce
qu’elle doit chercher ou ce qu’elle doit fuir, pour que l’homme
puisse un jour atteindre cette fin suprême en vue de laquelle
il doit accomplir tous ses actes. Or, cette ordination de la
raison, voilà ce qu’on appelle la loi » (Libertas).
Malheureusement beaucoup de ceux qui ont voulu se
moquer de la loi morale de l’esprit et en vivre dehors, ont finit
tragiquement leur vie : dépression, suicide, folie, frustration,
addiction, etc.
b. Vivre dans la vérité de l’instant présent. Suivant
une idée de Jacques Philippe dans sa « liberté intérieure »,
une des conditions les plus nécessaires pour faire bon usage
de la liberté intérieure est la capacité de vivre l’instant présent.
Nous n’avons aucune prise sur notre passé, nous ne
pouvons pas changer un iota, tous les scénarios imaginables
par lesquels nous essayons parfois de revivre un événement
passé que nous regrettons (j’aurais dû faire ceci, j’aurais dire
cela …) ne sont que du vent : il n’est pas possible remonter le
cours du temps. Le seul acte de liberté que nous puissions
poser à l’égard de notre passé est de l’accepter tel qu’il a été,
et de le remettre à Dieu avec confiance. Et nous avons très
peu de prise sur l’avenir. Nous savons très bien que, quelles
que soient nous prévoyances, nos planifications et nos
assurances, il suffit de peu de choses pour que rien n’aille

102
comme prévu. L’unique chose qui nous appartient, en fin de
compte, est le moment présent. Il est le seul lieu où nous
pouvons vraiment poser des actes libres, car il n’y a que dans
l’instant présent que nous sommes en contact avec le réel.
C’est vrai que l’on peut vivre de manière tragique le
caractère fugace de l’instant présent, et le fait que ni le passé
ni le futur ne nous appartiennent pas vraiment (c’est le cas de
l’existentialisme athée). Mais si l’on se situe dans une
perspective de foi et d’espérance chrétienne, l’instant présent
se révèle à nous comme riche d’une grâce et d’un réconfort
immense. Pourquoi ?
L’instant présent est d’abord celui de la présence de
Dieu : Dieu est l’éternel présent. Notre sentiment de vide, de
frustration, l’impression de manquer de telle ou telle chose
vient souvent simplement du fait que nous vivons dans le
passé (par des regrets, des déceptions), ou dans l’avenir (par
des peurs ou des attentes vaines) au lieu d’habiter chaque
seconde en l’accueillant telle qu’elle est, riche d’une présence
de Dieu qui, si nous y adhérons avec foi, nous fortifie et nous
nourrit.
Dans l’instant présent, à cause de cet amour infiniment
miséricordieux dont le Père m’aime, j’ai toujours la
possibilité de repartir à zéro… mon passé est dans les mains
de la Miséricorde divine, qui peut tirer profit de tout, du bien
comme du mal ; et mon avenir entre les mains de la divine
Providence, qui n’oubliera point. Vivre l’instant présent dilate
le cœur et nous rend vraiment libre. C’est une attitude
fondamentale dans la vie spirituelle.
Le grand converti G.K. Chesterton, dans l’Eglise
Catholique et la conversion, écrivait : « Nous n’avons pas
besoin d’une religion qui ait raison là où nous avons déjà
raison. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une religion qui ait
raison lorsque nous avons tort. Pour ce qui est des modes
contemporains, il ne s’agit pas d’avoir une religion qui nous
accorde la liberté, mais (dans le meilleur des cas) de
bénéficier d’une liberté qui nous permette d’avoir une
religion».

103
Questions complémentaires

La liberté d’expression : a-t-elle des limites ?

Le catéchisme de l’Eglise catholique affirme :


« L’exercice de la liberté n’implique pas le droit de tout dire
et de tout faire. Il est faux de prétendre que « l’homme, sujet
de la liberté, se suffit à lui-même en ayant pour fin la
satisfaction de son intérêt propre dans la jouissance des biens
terrestres » (CDF, instr. « Libertatis conscientia », 13). Par
ailleurs, les conditions d’ordre économique et social,
politique et culturel requises pour un juste exercice de la
liberté sont trop souvent méconnues et violées. Ces situations
d’aveuglement et d’injustice grèvent la vie morale et placent
aussi bien les forts que les faibles en tentation de pécher
contre la charité. En s’écartant de la loi morale, l’homme
porte atteinte à sa propre liberté, il s’enchaîne à lui-même,
rompt la fraternité de ses semblables et se rebelle contre la
vérité divine » (CIC, 1740).
Cela explique pourquoi la liberté d’expression n’est
pas en soi et pour elle-même un absolu. Toute forme de liberté
ne peut pas dépasser la loi de Dieu et la loi morale naturelle.
Les commandements naturels « tu ne tueras pas » et « tu ne
mentiras pas » nous donnent de points de repères concrets
pour bien user d’une juste liberté d’expression.
Certes, la liberté d’expression constitue un droit
fondamental dans une démocratie et la garantie de son
exercice est essentielle pour cette même démocratie. Mais elle
ne peut pas primer sur d’autres principes démocratiques
fondamentaux : les principes touchant à la dignité humaine.
La liberté d’expression est donc encadrée par la loi, seule
légitime pour le faire et ses abus sont sanctionnés par la
justice.
Encadrement de la loi
L’article 11 de la Déclaration française des Droits de
l’Homme et du Citoyen affirme la libre communication des

104
pensées et des opinions. Je le cite : « La libre communication
des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux
de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer
librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les
cas déterminés par la loi».
L’article 14 nous permet de discerner les abus de cette
liberté : « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit
pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque
homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres
membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces
limites ne peuvent être déterminées que par la loi».
Ces principes, conduisent à un équilibre délicat qui
engage la responsabilité de chacun. Ainsi particulièrement
pour les journalistes, l’exercice de cette liberté engage leur
responsabilité vis-à-vis du public. Cette responsabilité
comporte des droits comme des devoirs. En effet, dans le
préambule de la Déclaration des droits et des devoirs des
journalistes, l’on trouve ceci : « La mission d’information
comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-
mêmes s’imposent spontanément ».
On peut donc citer quelques règles de limites
d’ordre général53 :
Limite 1 – Ne pas porter atteinte à la vie privée et au
droit à l’image d’autrui (voir les règles sur Vie privée et
internet et Image et vidéo).
Limite 2 – Ne pas tenir certains propos interdits par la
loi : l’incitation à la haine raciale, ethnique ou religieuse,
l’apologie de crimes de guerre, les propos discriminatoires,
l’incitation à l’usage de produits stupéfiants, le
négationnisme.
Limite 3 – Il existe également des limites spécifiques
telles que le secret professionnel, le secret des affaires et le
secret de défense.

53
Cf. Eduscol, Portail national des professionnels de
l’éducation, [Link]

105
Limite 4 – Certaines personnes, en raison de la
fonction qu’elles occupent, sont tenues à un « devoir de
réserve ». C’est le cas des fonctionnaires qui doivent exprimer
leurs opinions de façon prudente et mesurée, de manière à ce
que l’extériorisation de leurs opinions, notamment politiques,
soit conforme aux intérêts du service public et à la dignité des
fonctions occupées. Plus le niveau hiérarchique du
fonctionnaire est élevé, plus son obligation de réserve est
sévère.
Mes ces premières règles générales sont incomplètes
sans celles qui proviennent de la loi naturelle et de la dignité
de tout être humain. Nous suivons de façon résumée
l’enseignement du catéchisme de l’Eglise catholique.
Le respect de l’âme d’autrui : le scandale (CIC, 2284-87)
Le scandale est l’attitude ou le comportement qui
portent autrui à faire le mal. Celui qui scandalise se fait le
tentateur de son prochain. Il porte atteinte à la vertu et à la
droiture. Le scandale constitue une faute grave si par action
ou omission il entraîne délibérément autrui à une faute grave.
Le scandale revêt une gravité particulière en vertu de
l’autorité de ceux qui le causent ou de la faiblesse de ceux qui
le subissent. Le scandale est grave lorsqu’il est porté par ceux
qui, par nature ou par fonction, sont tenus d’enseigner et
d’éduquer les autres.
Le scandale peut être provoqué par la loi ou par les
institutions, par la mode ou par l’opinion. Ainsi se rendent
coupables de scandale ceux qui instituent des lois ou des
structures sociales menant à la dégradation des mœurs et à la
corruption de la vie religieuse, ou à des « conditions sociales
qui, volontairement ou non, rendent ardue et pratiquement
impossible une conduite chrétienne conforme aux
commandements » (Pie XII, discours 1er juin 1941). Il en va
de même pour ceux qui, manipulant l’opinion publique, la
détournent des valeurs morales.

106
Le respect de la réputation d’autrui (CIC, 2475-2487)
Le respect de la réputation des personnes interdit
toute attitude et toute parole susceptibles de leur causer un
injuste dommage. Se rend coupable
– de médisance celui qui, sans raison objectivement
valable, dévoile à des personnes qui l’ignorent les défauts et
les fautes d’autrui.
– de calomnie celui qui, par des propos contraires à la
vérité, nuit à la réputation des autres et donne occasion à de
faux jugements à leur égard.
Médisance et calomnie détruisent la réputation et
l’honneur du prochain. Or, l’honneur est le témoignage social
rendu à la dignité humaine, et chacun jouit d’un droit naturel
à l’honneur de son nom, à sa réputation et au respect. Ainsi,
la médisance et la calomnie lèsent-elles les vertus de justice
et de charité.
Est à proscrire toute parole ou attitude qui,
par flatterie, adulation ou complaisance, encourage et
confirme autrui dans la malice de ses actes et la perversité de
sa conduite.
Constitue également une faute contre la vérité
l’ironie qui vise à mépriser ou discréditer quelqu’un en
caricaturant, de manière malveillante, tel ou tel aspect de son
comportement.
Finalement le mensonge est l’offense la plus directe à
la vérité. Mentir, c’est parler ou agir contre la vérité pour
induire en erreur. En blessant la relation de l’homme à la
vérité et au prochain, le mensonge offense la relation
fondatrice de l’homme et de sa parole au Seigneur. La gravité
du mensonge se mesure selon la nature de la vérité qu’il
déforme, selon les circonstances, les intentions de celui qui le
commet, les préjudices subis par ceux qui en sont victimes.
Concrètement…
Donc, celui qui parle, écrit ou transmet, exerce une
responsabilité qui ne peut que susciter une interrogation

107
préalable : Quelle est mon intention ? Quelles seront les
conséquences de mon engagement ? Quel peut être l’effet
produit et induit ? La réponse à cette interrogation ne peut être
que probable. En effet, la parole, comme le texte produit
cessent en grande partie d’être maîtrisés dès qu’ils sont passés
dans l’espace public. Ils peuvent être reçus dans leur
intégralité, dans la compréhension de leur logique interne,
mais ils peuvent aussi voir leur argumentation simplifiée ou
déformée, par l’amplification d’une incise ou d’un élément
particulier.
Pour cela à la demande « La liberté d’expression a-t-
elle des limites ? » Il faut répondre : certainement. En effet,
en chacun et en chacune d’entre nous, il est une part intime
qui constitue tout à la fois la grandeur et la fragilité des
hommes et des femmes. Qui parmi nous, ne connaît pas
l’intime de l’être aimé, cet intime qui, lorsqu’il est moqué ou
détruit, souffre d’une douleur qui s’apparente à celle d’un
viol, qui peut bouleverser et entraîner durablement
l’effondrement de la personne ?
Pouvons-nous critiquer la pensée religieuse?

La liberté d'expression et le respect des religions


doivent être en parfait équilibre avec l'esprit de foi et l'esprit
critique.
Dans notre monde il faut considérer trois principes
fondamentaux :
- La religiosité est la chose la plus intime d’une
personne croyante: son union avec la divinité. Cela fait partie
de la dignité de la personne humaine. Une véritable religiosité
est toujours une richesse pour la vie de l’homme sur cette
terre.
- Tout homme a le droit de vivre sa religion en paix et
de ne pas être dérangé dans la pratique de sa religion. (Article
18).
- Le principe de la fraternité : s’aimer comme des
frères différents.

108
Existe la liberté d’expression et donc de la
critique…oui. Mais ils ne sont pas des droits absolus. Tout
droit humain a deux limitations : la loi naturelle (la dignité de
la personne humaine) et la divinité. Dans la loi naturelle, il
existe le respect de l’intimité d’une personne (droit naturel).
Or la religiosité touche l’intime d’une personne.
Ici il faut faire une petite différence : les principes
fondateurs donnés par Jésus-Christ et les apôtres sous son
autorité qui permettent le développement de la pensée
chrétienne (la foi et la morale) et la pratique religieuse (qui
parfois ne s’accordent pas avec les principes de la foi
chrétienne). Les premiers, les dogmes de la foi, nous les
acceptons avec une soumission amoureuse et obéissance
filiale. Ils ne sont pas critiquables. En revanche la pratique
religieuse peut surtout lorsque des déviations se produisent
être critiquée, examinée et corrigée.
Donc en générale on peut dire que : on peut et on doit
dénoncer l’erreur et le mensonge. On peut ne pas être
d’accord sur certains aspects d’une religion déterminée, on
peut critiquer peut-être les attitudes des personnes qui vivent
mal leur religiosité. Mais une critique est faite pour être
constructive. En effet on définit la critique comme
« l’exercice de l’intelligence à démêler le vrai du faux, le bon
du mauvais, le juste de l'injuste en vue d'estimer la valeur
de l'être ou de la chose qu'on soumet à cet examen ». Si par
contre, la critique, insulte et blasphème, elle se moque du
sacré, elle est superficielle et parfois infondée, elle n’est plus
constructive, mais destructive. Elle ne vient pas de Dieu. Ce
n’est plus une critique dans la fraternité. Mais attention, Jésus-
Christ nous met en garde, « Qu’as-tu à regarder la paille dans
l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à
toi, tu ne la remarques pas ? Comment peux-tu dire à ton
frère : “Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton
œil”, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le
tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors
tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton
frère ». La bonne critique commence par soi-même. Qui n’a

109
pas le courage de s’autocritiquer profondément, avec quel
droit critique-t-il les autres ?
Certes, les réactions sont différentes devant une
critique constructive de quelqu’un qui veut un bien pour nous,
à une soit disant « critique » qui objectivement parlant
dénigre, se moque et insulte notre religiosité. Cependant face
à cette attitude, la réponse ne peut jamais être violente ou
assassine. Le Christ nous apprend la juste réponse: «… Vous
avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu
haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis,
bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui
vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui
vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est
dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et
sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les
injustes.… » (Mt 5, 43-45).
Les évêques de France se demandaient, après les
attentats de Nice (octobre 2020) où trois catholiques ont
perdus la vie dans une église. « Et si avant de critiquer
« …nous commencions par le respect et la fraternité? La
liberté doit être défendue, sans faiblesse. Est-ce à dire que la
liberté d’expression ne doit connaître aucune retenue vis-à-vis
d’autrui et ignorer la nécessité du débat et du dialogue ? Oui,
les croyants, comme tous les citoyens, peuvent être blessés
par des injures, des railleries et aussi par des caricatures
offensantes. Plus qu’à des lois supplémentaires, nous invitons
chacun, en conscience, au respect. Nous devons en tenir
compte dans nos comportements individuels et collectifs,
personnels et institutionnels. Nous vous partageons notre
conviction profonde : la liberté grandit quand elle va de
pair avec la fraternité. Comme le dit Saint-Paul : « ‘Tout est
permis ‘, dit-on, mais […] tout n'est pas bon’, ‘Tout est
permis, mais tout n’est pas constructif’. Que personne ne
cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui » (1 Cor 10,
23-24) ».

110
X- LE SERMON SUR LA MONTAGNE

1. Situation historique

Au début de sa vie publique, Jésus parcourait toute la


Galilée, enseignant dans leurs synagogues, prêchant la bonne
nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute
infirmité parmi le peuple. Sa renommée se répandit par toute
la Syrie, et on lui amenait tous les malades atteints
d’infirmités et de souffrances diverses, des démoniaques, des
lunatiques, des paralytiques, et il les guérissait. Et des foules
nombreuses le suivirent de la Galilée, de la Décapole, de
Jérusalem, de la Judée et d’au-delà du Jourdain. (Mt 4, 23-
25).
Le Seigneur Jésus avait quitté Nazareth et vivait à
Capharnaüm (Cf. Mt 4, 13), au nord-ouest de la mer de
Génésareth où quelques-uns parmi les Douze avaient leur
famille et leur maison. Les foules dont parle l’Évangile
arrivaient jusqu’à cette petite bourgade de pêcheurs pour y
rencontrer Jésus, mais elles partaient aussi à sa recherche dans
d’autres lieux des environs, parmi lesquels il y avait
« Tabgha ». Selon la tradition des chrétiens qui ont vécu dans
cette zone à l’époque de Jésus, c’est à Tabgha qu’il y a lieu de
situer le Sermon de la Montagne.
En effet, un texte attribué à la pèlerine Égérie que
recueille Pierre le Diacre dans le Liber de Locis Sanctis (cfr.
PL 173, 1115-1134), identifie le lieu des Béatitudes54. A une

54
Avant les découvertes de 1935 ont montré erronément aux pèlerins la
montagne des Béatitudes sur le chemin de Nazareth à Capharnaüm, là où
se dressent deux hauteurs conjuguées que les autochtones appellent les
Cornes d’Hattin : lieu tristement célèbre par le sanglant désastre du 4
juillet 1187, qui fit tomber la vraie Croix aux mains des musulmans, avec
Saladin à leur tête et mit fin au royaume des croisés de Jérusalem. Dans
l’ignorance de l’endroit du Sermon, on ne pouvait pas choisir un site plus
pittoresque que les Cornes d’Hattin. Ce lieu était très accessible aux

111
centaine de mètres du sanctuaire de Tabgha les fouilles ont
permis de retrouver en 1935 des vestiges de quelques édifices.
Ils faisaient partie d’une église et d’un monastère du IVème ou
du Vème siècles. La chapelle, de sept mètres de haut par quatre
de large, construite au-dessus d’une petite grotte, était-elle-
même une autre grotte naturelle, à laquelle on avait donné une
forme carrée grâce à la maçonnerie. De nombreuses
inscriptions couvraient le crépi des murs et le sol était pavé de
mosaïques.
Entre 1937 et 1938, en respectant cette tradition, on
construisit le sanctuaire actuel des Béatitudes mais, pour avoir
une vue panoramique sur la mer de Génésareth, on choisit un
emplacement plus élevé, à quelques deux cents mètres sur la
surface du lac et à deux kilomètres de l’ancienne localisation.
Il s’agit d’une église octogonale, couverte d’une coupole au
tambour svelte et entourée d’un vaste parvis couvert qui
atténue la lumière et la chaleur du soleil. À l’intérieur, les
lignes des éléments sont simples : au centre, l’autel, couronné
par une archivolte en albâtre ; derrière, le tabernacle est
installé sur un piédestal en porphyre, décoré aux scènes de la
Passion, en bronze dorée sur des fonds de lapis-lazuli. Sur le
tambour, il y a huit vitraux où sont inscrites les paroles des
Béatitudes. L’espace est coiffé d’une coupole toute dorée.
2. Le sermon sur la montagne
Saint Augustin écrivait dans son commentaire au
Sermon sur la montagne :
« En étudiant avec piété et avec prudence le sermon
que Notre-Seigneur Jésus-Christ a prononcé sur la montagne,
tel que nous le lisons dans l’évangile selon saint Matthieu, on
y trouvera, je pense, tout ce qui regarde les bonnes mœurs, un
parfait modèle de la vie chrétienne. Je ne m’aventure point en
disant cela, mais je me fonde sur les paroles mêmes du
Seigneur. En effet, en concluant ce discours, le Sauveur laisse

pèlerins de Nazareth : ce qui dut contribuer à le rendre populaire (Cf. P.


Prat, Jésus-Christ, t. I, p. 267-268).

112
entendre qu’il y a renfermé tous les préceptes propres à former
notre vie, puisqu’il dit : «Donc, quiconque entend ces paroles
que je publie et les accomplit, je le comparerai à un homme
sage qui a bâti sa maison sur la pierre; la pluie est descendue,
les fleuves se sont débordés, les vents ont soufflé et sont venus
fondre sur cette maison ; et elle n’a pas été renversée, parce
qu’elle était fondée sur la pierre. Mais quiconque entend ces
paroles que je dis et ne les accomplit pas, je le comparerai à
un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable ; et la pluie
est descendue, les fleuves se sont débordés, les vents ont
soufflé, et sont venus fondre sur cette maison ; et elle s’est
écroulée, et sa ruine a été grande». …Le Seigneur a assez
indiqué, ce me semble, que les paroles qu’il a prononcées sur
la montagne peuvent imprimer à la conduite de ceux qui
veulent les mettre en pratique une perfection telle qu’on
pourra justement les comparer à un homme qui bâtit sur la
pierre. Je dis ceci pour montrer que ce discours renferme
toutes les règles de la perfection chrétienne… »55.
Le sermon de la montagne ne contient qu’un bref
résumé du discours de Jésus. Les évangélistes n’en gardé que
la substance. Jamais orateur populaire, désireux d’instruire un
énorme auditoire, n’aurait condensé tant d’idées en si peu de
phrases. Comme le dit saint Augustin, il s’agit d’une règle de
perfection proposée à tous les candidats au royaume de Dieu
et à tous ceux qui veulent en prendre l’esprit.
Le sermon de la montagne a un but, un plan, une suite.
Quelle en est l’idée maitresse ? Le thème essentiel est l’esprit
chrétien opposé à l’esprit judaïque et pharisien. Jésus le
définit par un double contraste : en l’opposant d’abord à
l’ancienne loi, que la loi de la grâce corrige, complète et
transforme ; ensuite à l’idéal de perfection chrétienne.
Assis dans l’attitude du maitre qui enseigne, il faut
noter que Jésus s’adresse à ses disciples, non pas seulement

55
Saint Augustin, Explication du Sermon de la Montagne.
[Link]
[Link]/saints/augustin/comecr2/[Link]

113
aux Douze, mais à tous ceux parmi lesquels les Douze ont été
choisis. C’est un chemin donc ouvert à tous. Les auditeurs
comprendront ce qu’ils pourront et le peu qu’ils auront
compris fera naitre en eux le désir d’en apprendre davantage.
Ayant donc levé les yeux au ciel, pour montrer que sa doctrine
lui vient d’en haut, il les abaisse ensuite sur ces disciples et
leur parle du profond de son cœur : Il leur propose les biens
qui perfectionnent la nature humaine (les vertus) et le chemin
vers le ciel. Ainsi saint Augustin confirme :
« Après avoir ainsi exhorté ses auditeurs à se préparer
à tout souffrir pour la vérité et la justice… le Seigneur
commence à les éclairer et à leur apprendre ce qu’ils doivent
enseigner ; c’est comme s’ils lui eussent demandé : Nous
sommes prêts à tout souffrir pour votre nom, à ne point cacher
votre doctrine : mais quelle est donc cette doctrine que vous
nous défendez de cacher, et pour laquelle vous nous ordonnez
de tout souffrir? Allez-vous donc contredire ce qui est écrit
dans la loi ? Non, leur répond-il : « Ne pensez pas que je dois
abolit la Loi et les prophètes ; je ne suis pas venu les abolir,
mais les accomplir ». Cette sentence renferme deux sens…
Celui qui dit : Je ne suis pas venu pour abolir la loi, mais
l’accomplir entend ou qu’il ajoutera à la Loi ce qui lui
manque, ou qu’il accomplira ce qu’elle renferme ».

Voyons donc par un coup d’œil cet extraordinaire


enseignent.
La finalité : «HEUREUX »

Les 8 Béatitudes = Les 7 dons du Saint Esprit = les 10


Commandements

Condition d’un chrétien :

Sel de la terre – Lumière du monde pour la gloire de Dieu

Le chemin à emprunter :
- qui passe par la Porte étroite du salut

114
– qui produit forcement des bons fruits
– qui est accomplissement de la volonté de Dieu
Il s’agit donc de la nouvelle loi de Jésus-Christ :
chemin de véritable amour et de sainteté. « Je ne suis pas venu
abolir, mais accomplir la loi »

Le contenu de cette loi – chemin de perfection :

a - Règle d’or évangélique


« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous,
faites-le vous-mêmes pour eux : c’est la loi et les
prophètes ».

b - Relation avec Dieu le Père


La prière, ses conditions et l’oraison dominicale :
le Notre Père
Heureux les pauvres de cœur = le don de la crainte du
Seigneur
La crainte de Dieu convient aux humbles, c’est-à-dire
ceux qui ne sont point enflés, point orgueilleux.
Heureux ceux qui pleurent = le don de la science
La science est le propre de ceux qui pleurent, qui ont
appris par le discernement et la Parole de Dieu à connaître
dans quels maux ils sont impliqués, maux qu’ils convoitaient
dans leur ignorance comme choses bonnes et utiles.

1er Commandement Vertu de la Foi, Esperance,


Charité et la vertu de la
religion.

2ème Commandement Vertu de louange et du


sacrée.

115
c - La Providence divine contre les soucis personnels
Dieu ou les richesses. Ne pas évangéliser pour vivre,
mais vivre pour évangéliser : « Cherchez premièrement le
royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront
données par surcroît». Ainsi, par exemple, nous ne devons pas
évangéliser pour manger, mais manger pour évangéliser ; car
évangéliser pour manger, ce serait mettre l’Évangile au-
dessous des aliments » (St. Augustin).

10ème Commandement Vertu de la pauvreté et de


l’humilité.

d - Jugement miséricordieux et réaliste : la paille et la


poutre
La correction fraternelle et le jugement auto-personnel.
Amour de la justice et de la miséricorde.
Heureux les miséricordieux = le don du conseil
Le conseil convient aux miséricordieux, car le seul
remède, le seul moyen d’échapper à tant de maux, c’est de
pardonner comme nous voulons que l’on nous pardonne, c’est
d’aider les autres de tout notre pouvoir, comme nous
voudrions nous-mêmes être aidés.

7ème Commandement Vertu de la justice, de la


générosité et de la
réciprocité.

e - Vanité et hypocrisie de la religion purement


extérieure : (Aumône, prière et jeûne)
Rectitude d’intention dans les œuvres d’un chrétien
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice = le don de
la force
La force est le partage de ceux qui ont faim et soif ; ils
travaillent en effet dans le but d’obtenir la jouissance du vrai
bien en adressant leur cœur aux véritables biens intérieurs.

116
3ème Commandement Vertu de la recréation, du
repos et de la sobriété.

f - Vertu de la véracité et danger de la double vie


Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice…

8ème Commandement Vertu de la véracité et de la


transparence de vie

g - Vertu de la chasteté, la pureté et l’adultère


Le lien du mariage sous la loi de Moise et sous la loi de Jésus-
Christ. La défense de se séparer de son épouse/époux.
Suggestion, délectation, consentement.
Heureux les cœurs purs = le don d’intelligence
L’intelligence appartient à ceux qui ont le cœur pur,
parce que leur regard purifié peut voir ce que l’œil du corps
n’a point vu, ce que l’oreille n’a point entendu, ce qui n’est
point monté dans le cœur de l’homme.
h - Eviter les occasions de péchés
Les scandales et l’œil lampe de ton cœur :
Le cœur pur pour pouvoir voir Dieu.
6ème Commandement Vertu de la chasteté, de la
tempérance et affectivité
ordonnée.

9ème Commandement Vertu de la chasteté dans la


pensée et les désirs.

i -Vertu de la charité, de la réconciliation fraternelle et


de l’amitié
Heureux les doux = le don de piété
La piété convient à ceux qui sont doux ; car celui qui
se comporte pieusement, suivant la Parole de Dieu, ne critique

117
point le prochain, et par là même ne résiste pas : ce qui
constitue proprement la douceur.

4ème Commandement Vertus familiales – Eglise


domestique.

j - Vertu du pardon des offenses et de l’amour (prière) à


l’ennemi
Heureux les pacifiques = le don de la sagesse
La sagesse est le partage des pacifiques chez qui tout
est réglé, en qui rien ne se révolte contre la raison, mais où
tout est soumis à l'esprit de l’homme qui lui-même obéit à
Dieu

5ème Commandement Respect et amour de la vie


humaine en toutes ses
dimensions et conditions.

Fondation sur le Roc = Jésus-Christ

118
3. L’amour de la loi de Jésus-Christ

Selon la tradition chrétienne, la Loi ancienne montre


ce qu’il faut faire, mais ne donne pas de soi la force, la grâce
de l’Esprit pour l’accomplir. A cause du péché qu’elle ne peut
enlever, elle reste une loi de servitude. Par contre la Loi
nouvelle ou Loi évangélique est la perfection ici-bas de la loi
divine, naturelle et révélée. Comme nous l’avons vu elle
s’exprime particulièrement dans le Sermon sur la montagne
(substantiellement le chapitre 5 au 7 de l’évangile de Saint
Mattieu). Dans ce sens il est intéressant de remarquer que
c’est une loi de bonheur : Heureux…
« La parole clé de l’enseignement de Jésus, écrit saint
Jean Paul II, est une annonce de joie : « Heureux… ».
L’homme est fait pour le bonheur. Votre soif de bonheur est
donc légitime. Le Christ a la réponse à votre attente. Il vous
demande donc de lui faire confiance. La joie véritable est une
conquête, qui ne s’obtient pas sans une lutte longue et
difficile. Le Christ possède le secret de la victoire »56.
La Loi nouvelle est la grâce du Saint-Esprit (les dons)
donnée aux fidèles par la foi au Christ. Elle use du Sermon du
Seigneur pour nous enseigner ce qu’il faut faire, et des sept
sacrements pour nous communiquer la grâce de le faire. La
Loi évangélique accomplit donc parfaitement les
commandements de Dieu.
La Loi nouvelle est donc appelée une loi d’amour
parce qu’elle fait agir par l’amour qu’infuse l’Esprit Saint
plutôt que par la crainte ; une loi de grâce, parce qu’elle
confère la force de la grâce pour agir par le moyen de la foi et
des sacrements ; une loi de liberté parce qu’elle nous fait enfin
passer de la condition du serviteur qui ignore ce que fait son
Maître à celle d’ami du Christ.
Au fond nous devons comprendre et faire comprendre
une grande vérité cachée dans les paroles de notre Seigneur :

56
Saint Jean Paul II, XVIIème journée mondiale de la Jeunesse, Toronto,
25-07-2002.

119
Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui
qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père et je
l’aimerai et je me manifesterai à lui (Jn 14, 21-24). Vérité
cachée parce que beaucoup comprennent cette phrase de
façon incomplète. En effet Notre Seigneur est en train de nous
dire que le même amour que nous avons pour lui nous
poussera à aimer également ses paroles et commandements. Il
est toujours question d’amour. Pour celui qui aime vraiment,
les commandements et la loi évangélique ne sont pas des
obligations à accomplir, ou des conditions imposées, mais un
véritable et unique chemin d’amour et de bonheur. Pour cela
l’éducation aux dix commandements et à la loi évangélique
consiste principalement dans le fait de savoir « tomber
amoureux » des vertus qu’ils nous proposent. C’est un chemin
de maturation et de perfection spirituelle et psychologique.
Mais ce n’est pas un chemin extraordinaire, bien au contraire
tout-à-fait ordinaire et donc accessible.

4. Conclusion

A la fin du sermon de la montagne, Jésus dit :


Quiconque écoute ma parole et la met en pratique ressemble
à l’homme sage qui bâti sa maison sur le roc. La pluie tombe,
les torrents viennent, les vents soufflent et s’abattent sur cette
maison ; mais elle tient bon, parce qu’elle est bâtie sur le roc.
Et celui qui écoute ma parole sans la mettre en pratique
ressemble à l’insensé qui bâtit sa maison sur le sable. La pluie
tombe, les torrents viennent, les vents soufflent et s’abattent
sur cette maison ; alors elle s’écroule et sa ruine est
complète (Mt 7, 24 - 27).
Affirme saint Augustin : « Il faut par conséquent bien
faire attention à la terrible conclusion de tout ce discours. Si
le Christ est la pierre, comme l’enseignent plusieurs endroits
de la Parole de Dieu, celui-là bâtit sur le Christ, qui met ses
leçons en pratique. « La pluie est descendue, les fleuves se
sont débordés, les vents ont soufflé et sont venus fondre sur la
pierre». Celui-là ne craint donc pas les superstitions

120
ténébreuses, car la pluie n’a pas d’autre signification, quand
on la prend en mauvais sens ; ni les critiques des hommes,
que l’on compare aux vents ; ni l’entraînement des
concupiscences charnelles qui inonde, pour ainsi dire, la
terre. En effet, voilà les trois genres d’adversité qui abattent
l’homme que la prospérité séduit, mais on n’a rien à en
craindre quand on a une maison, fondée sur la pierre, c’est-à-
dire, quand on ne se contente pas d’entendre les ordres du
Seigneur, mais qu’on les accomplit. Celui au contraire qui les
entend et ne les accomplit pas, est grandement exposé à tous
ces périls : car il n’a pas de fondement solide ; en entendant
et en n’accomplissant pas, il élève un édifice ruineux… ».

Ce Sermon sur la montagne, relu par hasard après de


longues années d’oubli, inspirait à un célèbre critique du
XXème siècle, les réflexions suivantes : « On ne peut dire que
le jour où un tel discours fut proféré de haut d’une colline de
la Galilée, il s’était produit et révélé quelque chose de
nouveau et d’imprévu dans l’enseignement moral de
l’homme. Moise, redescendant des hauteurs du Sinaï, avait,
en promulguant le Décalogue, établi le dogme de l’unité de
Dieu vivant et réglé les prescriptions sévères qui s’y
rattachait ; il avait déclaré et imposé les premiers principes du
culte de Dieu et de la société humaine. Mais du jour où, dans
une province de Judée éloignée de Jérusalem, sur une colline
verdoyante, non loin de la mer de Galilée, au milieu d’une
population de pauvres, de pêcheurs, de femmes et d’enfants,
le Nazaréen, âgé de trente ans environ, simple particulier, sans
autorité visible… se mit à parler en cette sorte, de cette
manière pleine à la fois de douceur et de force, de tendresse
et de hardiesse, d’innocence et de vaillance, un nouvel âge
moral commençait »57.
Cette page du libre penseur Charles Sainte - Beuve,
appellerait sans doute des réserves ; nous la citons seulement

57
Cf. Charles-Augustin Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. III, 1888, p.
246-247.

121
comme un écho affaibli de l’admiration enthousiaste que le
sermon sur la montagne souleva chez ses premiers auditeurs.
Le vénérable Pie XII disait : « Celui qui appartient à
la milice du Christ - qu’il soit ecclésiastique ou laïque – ne
devrait-il pas se sentir stimulé et excité à une plus grande
vigilance, à une défense plus résolue, quand il voit augmenter
sans cesse les rangs des ennemis du Christ, quand il s’aperçoit
que les porte-paroles de ces tendances, reniant ou tenant en
oubli dans la pratique les vérité vivificatrices et les valeurs
contenues dans la foi en Dieu et au Christ, brisent d’une main
sacrilège les tables des commandements de Dieu pour les
remplacer par des tables et des règles d’où est bannie la
substance morale de la révélation du Sinaï, l’esprit du Sermon
sur la Montagne et de la Croix ?58.

***
Osez donc, chers jeunes, cette loi évangélique. Soyez
enthousiaste vous aussi de la vivre. C’est le chemin vers
l’éternité, le contraire c’est le chemin de la médiocrité… et
peut être aussi celui de la perdition.

58
Cf. Pie XII, Summi pontificatus.

122
CONCLUSION

Auteur d’ouvrages de théologie et de méditation,


Charles Journet fut nommé cardinal en 1965 par le saint pape
Paul VI. Il put ainsi participer au Concile Vatican II et
certaines de ses interventions furent essentielles, notamment
sur la question de la liberté religieuse, de l’indissolubilité du
mariage ou lors de l’élaboration de la Constitution Gaudium
et Spes, avec le cardinal Karol Wojtyla.
En 1965, juste après le Concile, la crise de la foi était
tellement forte que le cardinal Charles Journet écrivait dans
une lettre à un Religieux : «Ce que vous me dites du grand
désarroi des esprits, je ne l’ignore pas, j’en souffre au fond de
mon cœur... Plaise à Dieu que cette souffrance soit bénie ! On
ne peut, sans trahir la Révélation, remettre en question les
dogmes du Credo, remplacer Jésus-Dieu par le «Dieu de
Jésus», interpréter les définitions du Concile de Trente sur la
doctrine catholique en les dépouillant de leur sens réaliste.
Tout le sens de la Révélation biblique est réaliste... La crise
actuelle est certainement plus grave que celle du modernisme.
Un jour, les croyants se réveilleront et prendront conscience
d’avoir été intoxiqués par l’Esprit du Monde ».
Puisse Dieu nous donner la force et le courage afin de
nous libérer de cet esprit du monde qui a envahi les cœurs des
chrétiens et de l’Eglise elle-même. Pour cela, il nous faut
méditer souvent les conseils du Cardinal Merry del Val,
Secrétaire d’Etat de saint Pie X : «N’agissons jamais en vue
de plaire au monde. Ayons le courage de supporter les
critiques, les désapprobations du monde ; n’ayons aucun
respect humain ; pourvu que Dieu soit content, qu’importe le
reste... Nous devons avoir le courage d’affirmer la Vérité, et
de ne jamais reculer devant le devoir. Nous devons avoir le
courage d’affronter le ridicule, parce que souvent le devoir est
raillerie du monde. Faites cela par amour pour Notre-Seigneur
et pour Lui ressembler».

123
Et aussi l’une de ses dernières recommandations :
«Notre Patrie n’est pas de ce monde ; après quelques années
passées ici-bas, nous devons abandonner cette terre pour
suivre Notre-Seigneur, si nous Lui sommes restés fidèles.
Quelle erreur, quelle folie de s’attacher aux choses d’ici-bas,
en dehors de la Volonté de Dieu, jusqu’à l’offenser,
transformant ainsi en obstacle ce qu’Il a mis à notre
disposition pour parvenir à la Vie éternelle !».

124

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