Construire Sur Le Roc 2020
Construire Sur Le Roc 2020
SUR LE ROC
Conversations catholiques avec les jeunes
sur Dieu, l’Eglise et l’homme
P. SILVIO MORENO, IVE
CONSTRUIRE
SUR LE ROC
Conversations catholiques avec les jeunes
sur Dieu, l’Eglise et l’homme
TUNIS - 2020
Nihil obstat et imprimatur
P. Gustavo Nieto, IVE
Décret 2017
ISBN 978-3-96942-013-3
SOMMAIRE
PRESENTATION .......................................................................9
1. Introduction ..................................................................21
2. L’athéisme (remise en cause de l’existence de Dieu). .23
a. Définition et données historiques .............................23
b. Idéologie et auteurs ..................................................24
3. Une réponse à l’athéisme : Dieu existe ........................26
a. Les cinq preuves rationnelles de l’existence de
Dieu ..............................................................................26
4. La science et Dieu ........................................................29
5. L’Église face à l’athéisme scientifique.........................30
6. L’Église face à l’athéisme pratique .............................31
1. Introduction ..................................................................55
2. Signification « Prosélytisme » .....................................56
3. Conclusion....................................................................61
CONCLUSION ......................................................................123
PRESENTATION
1
Saint Jean Paul II, Célébration eucharistique pour les étudiants des
universités romaines, 10 décembre 2002.
9
10
I- LE RELATIVISME ET LA VERITE
2
Benoit XVI, Lumière du monde, Paris, 2010, p. 75.
11
ou qui y croit ». Ainsi, toutes les opinions se valent, car elles
s’expliquent toutes par le point de vue d’une personne. En
conséquence, les opinions, les idées n’ont pas de valeur en
soi, mais sont seulement relatives à l’environnement (à la
période historique, à la culture), aux goûts ou aux dégoûts, à
l’éducation personnelle, aux humeurs personnelles, etc.
Autrement dit chacun a sa propre vérité.
Pour le relativiste, toutes les vérités sont
complètement relatives et provisoires car le relativisme nie
l’existence d’une vérité objective ; il se laisse flatter et
emporter à tout vent de doctrine (Eph. 4, 14), par tous les
courants idéologiques. Le relativisme croit que nous pouvons
choisir nous-mêmes notre propre vérité, sous le faux prétexte
que la vérité comme absolu est trop confinée, qu’elle enferme,
qu’elle emprisonne et qu’elle est donc à rejeter.
Transposé au domaine de la foi chrétienne, il mène à
des opinions, à des doctrines confuses et floues et à la « petite
voix intérieure personnelle » sans cohérence avec le
contenu intégral ni de la Parole de Dieu, ni de l’enseignement
de l’Eglise. Dit autrement, il mène à la confusion mentale et
spirituelle. Un relativiste est toujours un dépressif intellectuel.
Il est évident que le relativisme postmoderne est en fait porté
par une complète indifférence à l’égard de la question de la
vérité car il procède du culte de l’égo : s’il n’y a que « moi »
qui m’intéresse, je ne peux évidemment pas m’intéresser à la
vérité qui est toujours au-delà de «mes opinions». L’ultime
mesure est ainsi mon égo et mes désirs.
2. Fondements bibliques
12
et mener à la dérive par tous les courants des doctrines, au
gré des hommes qui emploient la ruse pour nous entraîner
dans l’erreur. Au contraire, en vivant dans la vérité et dans
l’amour, nous grandirons pour nous élever en tout jusqu’à
celui qui est la Tête, le Christ (Eph. 4, 11-15).
Livre du prophète Isaïe : Malheur à ceux qui appellent
le mal bien, et le bien mal, Qui changent les ténèbres en
lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l'amertume
en douceur, et la douceur en amertume ! Malheur à ceux qui
sont sages à leurs yeux, et qui se croient intelligents ! (Is. 20-
21).
Evangile selon Jean : Jésus lui dit : Je suis le chemin,
la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi (Jn. 14,
6).
3. La « dictature » du relativisme
Le pape émérite Benoit XVI, dans son homélie avant
le conclave au cours duquel il sera choisi comme pontife, nous
explique :
« Combien de vents de doctrines avons-nous connu
ces dernières décennies, combien de courants idéologiques,
de modes de pensée… La petite barque de la pensée de
nombreux chrétiens, bien souvent, a été agitée par ces vagues,
jetée d’un extrême à l’autre : du marxisme au libéralisme,
jusqu’au libertinisme ; du collectivisme à l’individualisme
radical ; de l’athéisme à un vague mysticisme religieux ; de
l’agnosticisme au syncrétisme, etc. Chaque jour, naissent de
nouvelle sectes, réalisant ce que saint Paul disait sur
l’imposture des hommes et leur astuce qui entraîne l’erreur
(Eph. 4, 14). Avoir une foi claire, selon le Credo de l’Eglise,
est souvent étiqueté comme du fondamentalisme. Tandis que
le relativisme, c’est-à-dire se laisser porter « à tout vent de la
doctrine », apparaît comme la seule attitude digne du temps
présent. Peu à peu se constitue une dictature du
relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui ne
13
retient comme ultime mesure que son propre ego et ses
désirs».
Le relativisme prétend donc être une attitude ouverte
et tolérante mais en réalité :
- Il ne supporte pas une foi claire qu’il définit comme
du fondamentalisme. Et voilà une contradiction interne au
système. Toute affirmation, toute conviction, toute foi, disent-
ils, est une « intolérance ». Donc une vérité, alors que pour
eux il n’y a pas de vérité. Etre tolérant signifie pour eux être
un bon relativiste ! Bien au contraire la véritable tolérance
amène à penser : « Vous avez tort mais je vous respecte » et
non « si vous me contredites quand je dis que toutes les
opinions se valent, vous êtes un dangereux intolérant, à
combattre par tous les moyens … Si vous n’êtes pas d’accord,
taisez-vous ! ».
- Le relativisme s’impose comme une norme absolue,
comme la plus dogmatique de toutes les idéologies. Encore
une contradiction interne. C’est le cancer de la société
moderne. Il n’attend comme unique attitude que celle qui
consiste à suivre sa volonté propre et à être une marionnette
allant dans toutes les directions selon tous les vents.
- Dans sa forme totalitaire et sociale, il exclut parfois
de manière violente toute idée de vérité absolue, de critère
objectif. Ainsi, au plan politique, ne pas être relativiste, c’est
être absolutiste et, au plan religieux, c’est être prêt à partir en
guerre de religion et vouloir rétablir l’inquisition.
Nous ne pouvons pas manquer de mentionner ici la
citation de Saint Jean Paul II, dans son encyclique Evangelium
vitae au n.20, sur les conséquences du relativisme dans la vie
sociale :
« Avec cette conception de la liberté, la vie en société
est profondément altérée. Si l’accomplissement du moi est
compris en termes d’autonomie absolue, on arrive
inévitablement à la négation de l’autre, ressenti comme un
ennemi dont il faut se défendre. La société devient ainsi un
ensemble d’individus placés les uns à côté des autres, mais
sans liens réciproques : chacun veut s’affirmer
14
indépendamment de l’autre, ou plutôt veut faire prévaloir ses
propres intérêts. Cependant, en face d’intérêts comparables de
l’autre, on doit se résoudre à chercher une sorte de compromis
si l’on veut que le maximum possible de liberté soit garanti à
chacun dans la société. Ainsi disparaît toute référence à des
valeurs communes et à une vérité absolue pour tous : la vie
sociale s’aventure dans les sables mouvants d’un relativisme
absolu. Alors, tout est matière à convention, tout est
négociable, même le premier des droits fondamentaux, le
droit à la vie. De fait, c’est ce qui se produit aussi dans le cadre
politique proprement dit de l’Etat : le droit à la vie originel et
inaliénable est discuté ou dénié en se fondant sur un vote
parlementaire ou sur la volonté d’une partie — qui peut même
être la majorité — de la population. C’est le résultat néfaste
d’un relativisme qui règne sans rencontrer d’opposition : le «
droit » cesse d’en être un parce qu’il n’est plus fermement
fondé sur la dignité inviolable de la personne mais qu’on le
fait dépendre de la volonté du plus fort. Ainsi la démocratie,
en dépit de ses principes, s’achemine vers un totalitarisme
caractérisé. L’Etat n’est plus la « maison commune » où tous
peuvent vivre selon les principes de l’égalité fondamentale,
mais il se transforme en Etat tyran qui prétend pouvoir
disposer de la vie des plus faibles et des êtres sans défense,
depuis l’enfant non encore né jusqu’au vieillard, au nom
d’une utilité publique qui n’est rien d’autre, en réalité, que
l’intérêt de quelques-uns. Tout semble se passer dans le plus
ferme respect de la légalité, au moins lorsque les lois qui
permettent l’avortement ou l’euthanasie sont votées selon les
règles prétendument démocratiques. En réalité, nous ne
sommes qu’en face d’une tragique apparence de légalité et
l’idéal démocratique, qui n’est tel que s’il reconnaît et protège
la dignité de toute personne humaine, est trahi dans ses
fondements mêmes : « Comment peut-on parler encore de la
dignité de toute personne humaine lorsqu’on se permet de tuer
les plus faibles et les plus innocents? Au nom de quelle justice
pratique-t-on la plus injuste des discriminations entre les
personnes en déclarant que certaines d’entre elles sont dignes
15
d’être défendues tandis qu’à d'autres est déniée cette
dignité?». Quand on constate de telles manières de faire,
s’amorcent déjà les processus qui conduisent à la dissolution
d’une convivialité humaine authentique et à la désagrégation
de la réalité même de l’Etat. Revendiquer le droit à
l’avortement, à l’infanticide, à l’euthanasie, et le reconnaître
légalement, cela revient à attribuer à la liberté humaine un
sens pervers et injuste, celui d’un pouvoir absolu sur les autres
et contre les autres. Mais c’est la mort de la vraie liberté : En
vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est
esclave du péché (Jn 8, 34) ».
Je suis convaincu que le relativisme, avec un zèle
'évangélisateur' et une hostilité sans précédent, fait désormais
la guerre à la religion en général, au christianisme et à la vie
humaine en particulier. Il réduit au silence toute proclamation
de vérité supérieure qui serait vraie pour l’ensemble des êtres
humains et des cultures. Le relativisme est une des difficultés
principales de la prédication de l’Evangile dans un monde
pluraliste et globalisé. De plus, si les chrétiens décidaient de
relativiser la vérité ou de la diluer, l’Eglise s’affaiblirait
dangereusement. Le défi est donc de professer la vérité de
l’Evangile du Christ et de ne pas succomber à la tentation du
relativisme ou de l’interprétation subjective (selon moi-
même) et sélective des Écritures et de l’enseignement de
l’Eglise.
16
la vérité est en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, l’homme
véritable. A ce propos le pape Benoit XVI nous dit :
« Nous avons en revanche une autre mesure : le Fils
de Dieu, l’homme véridique. C’est lui la mesure du véritable
humanisme. Une « foi adulte » ne suit pas les vagues de la
mode. Une foi adulte et mûre s’enracine profondément dans
l’amitié avec le Christ. C’est cette amitié qui nous ouvre à tout
ce qui est bon et nous donne le critère pour discerner entre le
vrai et le faux, entre l’imposture et la vérité. Nous devons faire
mûrir cette foi adulte… Et c’est cette foi – seulement la foi –
qui crée l’unité et qui se réalise dans la charité».
b. Honorons le Dieu de vérité en se formant
(lecture, étude et approfondissement) dans la vérité
biblique et dans l’enseignement de l’Eglise…En effet, Saint
Paul nous dit Toute [l’] Ecriture est inspirée de Dieu et utile
pour enseigner, pour convaincre, pour redresser, pour
éduquer dans la justice (2 Timothée 3, 16) et donc pour
combattre les mensonges. Les Ecritures nourrissent notre foi
; le magistère de l’Eglise, l’enseignement du pape surtout en
matière de foi et de morale nourrit notre foi, une foi qui n’est
pas relative à notre « moi » et qui n’est pas relative à la
majorité, à la mode, à l’ambiance. Etre fidèle à la Parole de
Dieu interprétée par le magistère (enseignement) de l’Eglise,
c’est entre autre refuser une certaine théologie «progressiste
et relativiste» qui accepte tous les styles de vie sous prétexte
d’adaptation à notre époque moderne.
c. Proclamons sans peur la vérité de
l’Evangile. Même dans notre contexte pluraliste où de
nombreuses religions se côtoient, nous ne devons pas
renoncer à partager l’Evangile entier dans le monde entier.
Mais faisons-le avec amour et prudence ; ce qui implique le
respect de ceux qui croient autrement et l’humilité.
Souvenons-nous que Jésus n’a pas imposé la vérité par la
force. Il n’a pas non plus fait descendre le feu du ciel sur un
village refusant de le recevoir (Luc 9, 51-56). La vérité ne doit
pas rendre fanatique. Sachons que la vérité s’impose pour
elle-même. Dans notre proclamation de la vérité, ne tentons
17
pas d’accomplir l’œuvre du Saint Esprit mais restons
humbles.
d. Incarnons la vérité dans notre vie
quotidienne. La vérité n’est pas seulement un ensemble
d’affirmations théologiques mais s’est incarnée en Jésus-
Christ. Incarner la vérité, c’est donc lui ressembler de plus en
plus et ne pas se conformer au monde présent, ne pas s’adapter
aux erreurs modernes.
En conclusion, le choix entre relativisme et absolu est
un faux débat. Le vrai débat est ailleurs : entre vérité et
mensonge, entre ressemblance au Christ et ressemblance au
monde, entre être libre et être esclave ; car vérité et liberté
sont profondément liées, …Si vous demeurez dans ma parole,
vous êtes vraiment mes disciples ; vous connaîtrez la vérité,
et la vérité vous rendra libres…
« L’art de l’apôtre est plein de risques », disait saint
Paul VI. Et en 1964 dans sa lettre encyclique « Ecclesiam
Suam» il écrivait : « La préoccupation d’approcher nos frères
ne doit pas se traduire par une atténuation, par une diminution
de la vérité. Notre dialogue ne peut être une faiblesse vis-à-
vis des engagements de notre foi. L’apostolat ne peut transiger
et se transformer en compromis ambigu au sujet des principes
de pensée et d’action qui doivent distinguer notre profession
chrétienne. […] Seul celui qui vit en plénitude la vocation
chrétienne peut être immunisé contre la contagion des erreurs
avec lesquelles il entre en contact».
18
périt d’une mort rapide. Écoutons le cardinal Wyszynski: ‘il
suffit de peu de gens parlant en vérité. Christ en a choisi un
petit nombre pour proclamer sa vérité. Seuls les mots
mensongers doivent être nombreux car le mot mensonge est
détaillé et se monnaie… Pour maîtriser la technique du
mensonge ainsi programmé, il faut des hommes en quantité.
Il suffit de quelques-uns pour proclamer la vérité. Il suffit d'un
petit groupe de gens qui luttent pour la vérité pour rayonner’.
La condition essentielle de la libération de l’homme, pour lui
permettre de vivre en vérité, est d’acquérir la vertu du
courage. La lutte pour la vérité est le symbole du courage
chrétien. Car la seule chose dont il convient d’avoir peur dans
la vie est la trahison du Christ pour quelques deniers de calme
éphémère… Malheur à la société dont les citoyens ne sont pas
guidés par le courage ! Ils cessent alors d’être des citoyens,
pour devenir de simples esclaves. Si le citoyen renonce à la
vertu du courage, il devient esclave et se cause le plus grand
des torts, à lui-même, à sa personne, mais aussi à sa famille, à
son groupe professionnel, à la Nation, à l’État et à l’Église,
même si la peur et la crainte lui font facilement obtenir du
pain et des avantages... ».
Et il conclut : « Prenons conscience que la Nation
dépérit lorsqu’elle manque de courage, lorsqu’elle se ment à
elle-même en disant que tout va bien, quand tout va mal,
lorsqu’elle se contente de demi-vérités. Soyons conscients
qu’en exigeant la vérité nous devons nous-mêmes vivre en
vérité… »3.
3
Jerzy Popieluszko, Il cammino della mia croce. Messe à Varsovie,
Brescia, 1985, p. 195-197.
19
On conquiert les gens le cœur ouvert et non les poings fermés.
La vraie sagesse, la vraie connaissance, la vraie culture ne
peuvent être enchaînés. Il n’est pas possible d’enchaîner les
esprits humains. Garder sa dignité d’homme, c’est demeurer
intérieurement libre même dans l’esclavage extérieur. Rester
soi-même dans toutes les situations de la vie. C’est demeurer
dans la vérité, même si cela devait nous coûter cher. Car dire
la vérité coûte cher. Seule l’ivraie est de vil prix. Il faut payer
pour le grain de la vérité. Toute chose, toute grande cause doit
coûter et doit être difficile. Il n’y a que les choses petites et
médiocres qui sont faciles. Déjà le poète Novalis disait :
« L’homme s’appuie sur la vérité. S’il trahit la vérité, il se
trahit. Celui qui trahit la vérité, se trahit lui-même ». Le
mensonge avilit la dignité humaine et est l’apanage des
esclaves, des pusillanimes ».
20
II- DIEU ET LE PROBLEME
DE L’ATHEISME MODERNE
1. Introduction
21
Laissez-moi vous dire que la considération de ce sujet
est très importante pour nous aujourd’hui ; et cela pour de
nombreuses raisons.
L’une des premières raisons c’est que ce courant de
pensée vient d’une certaine manière nous questionner sur
notre foi en l’existence de Dieu. Dieu existe-t-il ? Est-ce une
réalité, un rêve, ou un concept ? Il vient questionner aussi la
présence de Dieu dans notre vie. Dieu est-il vraiment présent
dans ma vie ? Dieu écoute-il vraiment mes
supplications?…beaucoup de nos contemporains ne
perçoivent pas du tout ou même rejettent explicitement le
rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu : à tel point
que l’athéisme est compté parmi les faits les plus graves de
notre temps et doit être soumis à un examen très attentif.
La deuxième raison repose sur le fait que nous
sommes dans un monde de plus en plus athée dans les idées
et dans le quotidien. Et devant cette réalité, il est important
que nous, qui sommes chrétiens catholiques, puissions rester
solides sur notre foi et que nous sachions répondre aux
questionnements sur Dieu et sur son action dans le monde. Il
n’y a rien de plus passionnant pour l’homme que de se poser
la question de Dieu, de vouloir le connaitre.
En 2003, un sondage en France faisait apparaître que
54% des personnes sondées se considéraient comme fidèles
(pratiquant), 33% athées et 26% indifférents. 33% d’athées
auxquels on peut ajouter certains indifférents. Ces chiffres
traduisent l’état de notre société. Imaginez-vous donc la
même situation ou même empirée aujourd’hui. Il faut le
savoir, nous vivons dans une société qui jours après jours
rejette Dieu et nie son existence. Nous sommes dans un
monde où notre Dieu est attaqué de toutes parts et est mis
tantôt sur le banc de touche (pour en rejeter son existence),
tantôt sur le banc des accusés (pour lui attribuer tous les maux
de la société).
Pour cela ce chapitre a une double visée : vous fournir
des éléments de réponses capables de vous aider à
comprendre ce qu’est l’athéisme, ses risques et ses ruses et
22
surtout comment répondre aux négationnistes de Dieu et vous
fortifier dans votre foi en un seul Dieu Père, Miséricordieux
et Provident.
23
l’existence de Dieu est récente. Elle n’apparaît, selon
plusieurs auteurs dont Michel Onfray, qu’au XVIIIème siècle.
- Ce courant de pensée n’est pas uniforme. Il existe
plusieurs notions qui viennent renforcer cette doctrine :
athéisme matérialiste, scientifique et philosophique et
athéisme pratique (le plus dangereux). La grille de lecture
change certes, mais la pensée est bien la même : Dieu n’existe
pas.
b. Idéologie et auteurs
24
l’inexistence de Dieu. Au mythe du «Dieu créateur» de
l’univers, l’athée réponds par l’atome et la théorie du big-
bang. La vie n’est que le résultat d’une collision d’atomes et
non de l’action de Dieu.
Avant de conclure, j’aimerais juste que l’on mette
quelques visages derrière cette doctrine en vous présentant
des scientifiques, et des auteurs athées déclarés.
Christovão Ferreira (1580-1650) (ancien jésuite),
écrit La supercherie dévoilée. Thèse du livre : Dieu n’a pas
créé le monde ; le christianisme est une invention et le
jugement dernier un incroyable délire. Ferreira affirme que la
religion est une invention des hommes pour s’assurer le
pouvoir sur leurs semblables. Ferreira ne remet pas en cause
l’existence de Dieu. Il s’attaque à la religion au 17ème siècle.
Il est l’un des précurseurs du mouvement athée.
L’Abbé Jean Meslier (1664-1729) : Le titre complet,
choisi par l’auteur, est « Mémoire des pensées et sentiments
de Jean Meslier, prêtre-curé d’Etrépigny et de Balaives, sur
une partie des erreurs et des abus de la conduite et du
gouvernement des hommes, où l’on voit des démonstrations
claires et évidentes de la vanité et de la fausseté de toutes les
religions du monde, pour être adressé à ses paroissiens après
sa mort et pour leur servir de témoignage de vérité à eux et à
tous leurs semblables». Ce texte, publie par Voltaire est
considéré comme le texte fondateur de l’athéisme et de
l’anticléricalisme militant en France.
Paul Henri Holbach (1723-1789) : Il plaide pour une
morale post-chrétienne. Holbach est considéré comme le
démystificateur des religions. En Contagion sacrée
18ème (1768) il dit : «La religion est l’art d’enivrer les hommes
pour détourner leur esprit des maux dont les accablent ceux
qui les gouvernent».
Ludwig Feuerbach (1804-1872). Pour lui Dieu est
une fabrication des hommes à leurs images inversées. Il
considère la théologie comme une pathologie psychique. Pour
lui la religion est un moyen d’aliénation. Enferme l’homme
dans un monde imaginaire.
25
Et Marx surtout : « la religion opium du peuple ».
Michel Onfray : Déjà cité. Dieu est une fiction, un
mythe. Il est une aspiration humaine, un rêve. Il permet à
l’homme de rendre le quotidien possible et ce, malgré notre
trajet vers le néant. Traité d’athéologie.
Stephen Hawking (1942) dans son livre «The Grand
design», affirme l’idée que le monde s’est créé sans Dieu. Il
se serait en fait formé de lui-même, en toute logique des lois
de la physique.
Alors résumons ce qu’est l’athéisme en une phrase :
un reniement de Dieu et de ce qu’il représente.
26
temps chaud en puissance ; mais il est, en même temps, froid
en puissance. Il est donc impossible que sous le même rapport
et de la même manière quelque chose soit à la fois mouvant et
mû, c'est-à-dire qu'il se meuve lui-même. Il faut donc que tout
ce qui se meut soit mû par un autre. Donc, si la chose qui meut
est mue elle-même, il faut qu'elle aussi soit mue par une autre,
et celle-ci par une autre encore. Or, on ne peut ainsi continuer
à l'infini, car dans ce cas il n'y aurait pas de moteur premier,
et il s'ensuivrait qu'il n'y aurait pas non plus d'autres moteurs,
car les moteurs seconds ne meuvent que selon qu'ils sont mus
par le moteur premier, comme le bâton ne meut que s'il est mû
par la main. Donc il est nécessaire de parvenir à un moteur
premier qui ne soit lui-même mû par aucun autre, et un tel
être, tout le monde comprend que c'est Dieu.
2. Dieu est la cause efficiente première. La seconde
voie part de la notion de cause efficiente. Nous constatons,
à observer les choses sensibles, qu'il y a un ordre entre les
causes efficientes ; mais ce qui ne se trouve pas et qui n'est
pas possible, c'est qu'une chose soit la cause efficiente d'elle-
même, ce qui la supposerait antérieure à elle-même, chose
impossible. Or, il n'est pas possible non plus qu'on remonte à
l'infini dans les causes efficientes ; car, parmi toutes les causes
efficientes ordonnées entre elles, la première est cause des
intermédiaires et les intermédiaires sont causes du dernier
terme, que ces intermédiaires soient nombreux ou qu'il n'y en
ait qu'un seul. D'autre part, supprimez la cause, vous
supprimez aussi l'effet. Donc, s'il n'y a pas de premier, dans
l'ordre des causes efficientes, il n'y aura ni dernier ni
intermédiaire. Mais si l'on devait monter à l'infini dans la série
des causes efficientes, il n'y aurait pas de cause première ; en
conséquence, il n'y aurait ni effet dernier, ni cause efficiente
intermédiaire, ce qui est évidemment faux. Il faut donc
nécessairement affirmer qu'il existe une cause efficiente
première, que tous appellent Dieu.
3. Dieu est nécessaire en soi, c'est la première
nécessité. La troisième voie se prend du possible et du
nécessaire, et la voici. Parmi les choses, nous en trouvons qui
27
peuvent être et ne pas être : la preuve, c'est que certaines
choses naissent et disparaissent, et par conséquent ont la
possibilité d'exister et de ne pas exister. Mais il est impossible
que tout ce qui est de telle nature existe toujours ; car ce qui
peut ne pas exister n'existe pas à un certain moment. Si donc
tout peut ne pas exister, à un moment donné, rien n'a existé.
Or, si c'était vrai, maintenant encore rien n'existerait ; car ce
qui n'existe pas ne commence à exister que par quelque chose
qui existe. Donc, s'il n'y a eu aucun être, il a été impossible
que rien ne commençât d'exister, et ainsi, aujourd'hui, il n'y
aurait rien, ce qu'on voit être faux. Donc, tous les êtres ne sont
pas seulement possibles, et il y a du nécessaire dans les
choses. Or, tout ce qui est nécessaire, ou bien tire sa nécessité
d'ailleurs, ou bien non. Et il n'est pas possible d'aller à l'infini
dans la série des nécessaires ayant une cause de leur nécessité,
pas plus que pour les causes efficientes, comme on vient de le
prouver. On est donc contraint d'affirmer l'existence d'un Être
nécessaire par lui-même, qui ne tire pas d'ailleurs sa nécessité,
mais qui est cause de la nécessité que l'on trouve hors de lui,
et que tous appellent Dieu.
4. Dieu est le modèle parfait. La quatrième voie
procède des degrés que l'on trouve dans les choses. On voit
en effet dans les choses du plus ou moins bon, du plus ou
moins vrai, du plus ou moins noble, etc. Or, une qualité est
attribuée en plus ou en moins à des choses diverses selon leur
proximité différente à l'égard de la chose en laquelle cette
qualité est réalisée au suprême degré ; par exemple, on dira
plus chaud ce qui se rapproche davantage de ce qui est
superlativement chaud. Il y a donc quelque chose qui est
souverainement vrai, souverainement bon, souverainement
noble, et par conséquent aussi souverainement être, car,
comme le fait voir Aristote dans la Métaphysique, le plus haut
degré du vrai coïncide avec le plus haut degré de l'être. D'autre
part, ce qui est au sommet de la perfection dans un genre
donné, est cause de cette même perfection en tous ceux qui
appartiennent à ce genre : ainsi le feu, qui est superlativement
chaud, est cause de la chaleur de tout ce qui est chaud, comme
28
il est dit au même livre. Il y a donc un être qui est, pour tous
les êtres, cause d'être, de bonté et de toute perfection. C'est lui
que nous appelons Dieu.
5. Dieu est le guide intelligent de toutes choses. La
cinquième voie est tirée du gouvernement des choses. Nous
voyons que des êtres privés de connaissance, comme les corps
naturels, agissent en vue d'une fin, ce qui nous est manifesté
par le fait que, toujours ou le plus souvent, ils agissent de la
même manière, de façon à réaliser le meilleur ; il est donc clair
que ce n'est pas par hasard, mais en vertu d'une intention qu'ils
parviennent à leur fin. Or, ce qui est privé de connaissance ne
peut tendre à une fin que dirigé par un être connaissant et
intelligent, comme la flèche par l'archer. Il y a donc un être
intelligent par lequel toutes choses naturelles sont ordonnées
à leur fin, et cet être, c'est lui que nous appelons Dieu.
4. La science et Dieu
La science n’a été jamais contraire à la foi. Ainsi
plusieurs savants, scientifiques et intellectuels ont affirmé
l’existence de Dieu :
Albert Einstein disait : « Je n’arrive pas à concevoir
un scientifique dépourvu d’une foi profonde. Ceci pourrait
être formulé de la façon suivante : il est impossible de croire
à une science sans religion ».
John Lenox (scientifique, professeur à l’université
d’Oxford) : «Pour moi, en tant que croyant, la beauté des lois
scientifiques renforce ma foi en une force créatrice d’origine
divine. Plus je comprends la science, plus je crois en Dieu».
Vera Kistiakowsky (Physicienne au MIT et ancienne
présidente de l’Association des Femmes de
Science) : «L’ordre exquis qui révèle notre compréhension
scientifique du monde physique nécessite le divin».
Louis Pasteur : «Un peu de science nous éloigne de
Dieu, mais beaucoup nous y ramène».
29
Thomas Edison (1847,1931), qui inventa l’ampoule
électrique, affirma : « J’admire tous les ingénieurs, mais
surtout le plus grand d’entre eux : Dieu ! ».
Le savant anglais (d’origine allemande) Sir William
Herschel (1738-1822), fondateur de l’astronomie stellaire,
entre autres a dit : « Plus le domaine de la science s’étend,
plus nombreux deviennent les arguments puissants et
irréfutables prouvant l’existence d’un Créateur éternel et la
puissance illimitée et infinie. Les géologues, les
mathématiciens, les astronomes et les naturalistes ont tous
collaboré à bâtir l’édifice de la science, qui est, en vérité, le
socle de la Grandeur suprême de Dieu l’unique ». Il affirme
aussi, faisant allusion aux conclusions tellement évidentes
que peut faire toute personne étudiant l’univers : « Les
astronomes non pieux doivent être fous ».
Ainsi donc la science ne s’oppose pas à Dieu, mais au
contraire nous en montre l’évidence.
30
subit une très grave blessure, comme on le voit souvent
aujourd’hui, et l’énigme de la vie et de la mort, de la faute et
de la souffrance reste sans solution : ainsi, trop souvent, les
hommes s’abîment dans le désespoir... Quant au remède à
l’athéisme, on doit l’attendre d’une part d’une présentation
adéquate de la doctrine, d’autre part de la pureté de vie de
l’Église et de ses membres. C’est à l’Église qu’il revient en
effet de rendre présents et comme visibles Dieu le Père et son
Fils incarné, en se renouvelant et en se purifiant sans cesse,
sous la conduite de l’Esprit Saint. Enfin ce qui contribue le
plus à révéler la présence de Dieu, c’est l’amour fraternel des
fidèles qui travaillent d’un cœur unanime pour la foi de
l’Évangile et qui se présentent comme un signe d’unité. Car
l’Église sait parfaitement que son message est en accord avec
le fond secret du cœur humain quand elle défend la dignité de
la vocation de l’homme, et rend ainsi l’espoir à ceux qui
n’osent plus croire à la grandeur de leur destin. Ce message,
loin de diminuer l’homme, sert à son progrès en répandant
lumière, vie et liberté et, en dehors de lui, rien ne peut combler
le cœur humain: ‘Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre
cœur ne connaît aucun répit jusqu’à ce qu’il trouve son repos
en toi’»4.
4
Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n. 21
31
respect (1 Pt 3,15). Par le passé, en Occident, dans une société
considérée comme chrétienne, la foi était le milieu dans lequel
on se mouvait ; la référence et l’adhésion à Dieu faisaient
partie de la vie quotidienne, pour la majorité des gens. C’était
plutôt celui qui ne croyait pas qui devait justifier son
incrédulité. Dans notre monde, la situation a changé et le
croyant doit toujours plus être capable de rendre raison de sa
foi.
A notre époque, un phénomène particulièrement
dangereux pour la foi s’est vérifié : il y a en effet une forme
d’athéisme que nous qualifions justement de « pratique »,
dans lequel on ne nie pas explicitement les vérités de la foi ou
des rites religieux, mais on les considère simplement et
concrètement insignifiants pour l’existence quotidienne,
éloignés de la vie, inutiles. Souvent, alors, on croit en Dieu de
façon superficielle, et on vit «comme si Dieu n’existait pas».
Quelles réponses, alors, la foi est-elle appelée à
donner, avec «douceur et respect», à l’athéisme, au
scepticisme, à l’indifférence religieuse, afin que l’homme de
notre temps puisse continuer à s’interroger sur l’existence de
Dieu et à parcourir les chemins qui conduisent à Lui ?
Je voudrais indiquer quelques chemins, qui
proviennent soit de la réflexion naturelle, soit de la force de la
foi. Je les résumerais de manière très concise en trois mots :
le monde, l’homme, la foi.
Le premier : le monde. Saint Augustin, qui dans sa
vie a longtemps cherché la Vérité et a été saisi par la Vérité, a
écrit une très belle et célèbre page, où il affirme : «Interroge
la beauté de la terre, de la mer, de l’air raréfié partout où il
s’étend ; interroge la beauté du ciel…, interroge toutes ces
réalités. Toutes te répondront : regarde-nous et observe
comme nous sommes belles. Leur beauté est comme leur
hymne de louange. Or ces créatures si belles, mais
changeantes, qui les a faites sinon celui qui est la beauté de
façon immuable?»5. Albert Einstein disait que dans les lois de
5
Saint Augustin, Sermon 241, 2 : PL 38, 1134.
32
la nature «se révèle une raison si supérieure que toute la
rationalité de la pensée et des systèmes humains est en
comparaison une réflexion absolument insignifiante»6. Un
premier chemin, donc, qui conduit à la découverte de Dieu,
est de contempler avec des yeux attentifs la beauté de la
création.
Le deuxième mot : l’homme. A nouveau Saint
Augustin formule une invitation : «Ne va pas hors de toi,
rentre en toi-même : dans l’homme intérieur habite la vérité»7.
Ceci est un autre aspect que nous risquons de perdre dans le
monde bruyant et dispersé où nous vivons : la capacité de
nous arrêter, de regarder en profondeur en nous-mêmes et de
lire cette soif d’infini que nous portons à l’intérieur, qui nous
pousse à aller plus loin et renvoie à Quelqu’un qui puisse la
combler.
Le troisième mot : la foi. Dans la réalité de notre
temps surtout, nous ne devons pas oublier qu’un chemin qui
conduit à la connaissance et à la rencontre avec Dieu est la vie
de la foi. La foi, en effet, est rencontre avec Dieu qui parle et
agit dans l’histoire et qui convertit notre vie quotidienne,
transformant en nous les mentalités, jugements de valeur,
choix et actions concrètes. Elle n’est pas illusion, fuite de la
réalité, refuge confortable, sentimentalisme, mais elle est
implication de toute la vie et annonce de l’Evangile, Bonne
Nouvelle capable de libérer tout l’homme.
Aujourd’hui, beaucoup ont une conception limitée de
la foi chrétienne, parce qu’ils l’identifient davantage avec un
simple système de croyances et de valeurs qu’avec la vérité
d’un Dieu qui s’est révélé dans l’histoire, désireux de
communiquer avec l’homme en tête à tête, dans une relation
d’amour avec lui. En réalité, au fondement de toute doctrine
ou valeur, il y a l’évènement de la rencontre entre l’homme et
Dieu en Jésus-Christ. Le christianisme, avant d’être une
6
Albert Einstein, Comment je vois le monde, Flammarion, 1999.
7
Saint Augustin, De vera religione, 39, 72.
33
morale ou une éthique, est d’abord l’accueil de la personne de
Jésus. Comme le dit saint Jean-Paul II :
« C’est au chrétien qu’il appartient d’en donner
témoignage. Il porte certes ce trésor dans des vases d’argile.
Mais il n’en est pas moins appelé à placer la lumière sur le
candélabre, pour qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la
maison. Ce témoignage doit être à la fois un témoignage de
pensée et un témoignage de vie… Apprendre à bien penser
était une résolution que l’on professait hier volontiers. C’est
toujours une nécessité première pour agir. L’apôtre n’en est
pas dispensé. Que de baptisés sont devenus étrangers à une foi
qui jamais peut-être ne les avait vraiment habités parce que
personne ne la leur avait bien enseignée ! Pour se développer,
le germe de la foi a besoin d’être nourri de la parole de Dieu,
des sacrements, de tout l’enseignement de l’Eglise et ceci
dans un climat de prière. Et, pour atteindre les esprits tout en
gagnant les cœurs, il faut que la foi se présente pour ce qu’elle
est, et non pas sous de faux revêtements. Le dialogue du salut
est un dialogue de vérité dans la charité »8.
8
Discours du pape saint Jean Paul II au congrès international sur
évangélisation et athéisme, 10 octobre 1980.
34
La question de l’existence de Dieu donc est un enjeu
central. Car la réponse que vous allez donner va certainement
orienter et façonner votre vie. Dieu réaffirme son existence,
sa présence et il te dit « Je suis là, Je t’écoute, Je te vois, Je te
connais ». Qu’allons-nous lui répondre ? Qu’allons-nous
faire ? A la question de l’existence de Dieu, il n’y a qu’une
seule réponse possible, un acte de foi : lui donner toute notre
vie.
Peu de jours après la mort de Blaise Pascal,
mathématicien, inventeur, physicien, philosophe, dit le Père
Guerrier, un domestique de la maison s’aperçut par hasard que
dans la doublure du pourpoint de cet illustre défunt il y avait
quelque chose qui paraissait plus épais que le reste, et ayant
décousu cet endroit pour voir ce que c’était, il y trouva un petit
parchemin plié et écrit de la main de Pascal, et dans ce
parchemin, un papier écrit de la même main: l’un était une
copie fidèle de l’autre. Ces deux pièces furent aussitôt mises
entre les mains de Mme Périer qui les fit voir à plusieurs de
ses amis particuliers. Tous convinrent qu’on ne pouvait douter
que ce parchemin, écrit avec tant de soin et avec des caractères
si remarquables, ne fût une espèce de mémorial qu’il gardait
très soigneusement pour conserver le souvenir d’une chose
qu’il voulait avoir toujours présente à ses yeux et à son esprit,
puisque depuis huit ans, il prenait soin de le coudre et
découdre à mesure qu’il changeait d’habits». Le parchemin
est perdu ; mais au commencement du manuscrit de la
bibliothèque nationale se trouve le papier qui le reproduisait,
écrit de la main de Pascal, et dont l’authenticité est attestée
par un billet signé de l’abbé Périer, neveu de Pascal. En tête,
une croix entourée de rayons :
« L’an de grâce 1654, (à 31 ans). Lundi, 23 novembre,
jour de saint Clément, pape et martyr et autres au martyrologe,
Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres. Depuis environ
10 heures et demie du soir jusques environ minuit et demi,
Feu. «Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob» non des
philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment.
35
Joie. Paix. Dieu de Jésus-Christ. Mon Dieu et votre Dieu,
«Ton Dieu sera mon Dieu». Oubli du monde et de tout, hormis
Dieu. Il ne se trouve que parmi les voies enseignées dans
l’Évangile. Grandeur de l’âme humaine. «Père juste, le monde
ne t’a point connu, mais je t’ai connu». Joie, joie, joie, pleurs
de joie. Je m’en suis séparé : Ils m’ont abandonné, moi, la
source d’eau vive «Mon Dieu me quitterez-vous?» Que je
n’en sois pas séparé éternellement. Cette est la vie éternelle,
qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé,
Jésus-Christ». Jésus-Christ. Jésus-Christ. Je m’en suis
séparé ; je l’ai fui, renoncé, crucifié. Que je n’en sois jamais
séparé. Il ne se conserve que par les voies enseignées dans
l’Évangile : Renonciation totale et douce. Soumission totale à
Jésus-Christ et à mon directeur. Éternellement en joie pour un
jour d’exercice sur la terre. Non obliviscar sermones tuos
(Que je n’oublie pas tes paroles), Amen ». Blaise Pascal.
36
III- LA GNOSE « CHRETIENNE »
1. Un problème grave
37
n’est plus un obstacle pour l’Eglise? L’essai d’interprétation
du christianisme par des philosophes comme Hegel était bien
une façon de vider la foi chrétienne de sa substance, en
interprétant le dépouillement du Fils de Dieu comme la perte
de l’identité de Dieu, et l’annulation de l’abîme entre Dieu et
sa créature. Aujourd’hui aussi, il existe, de façon diffuse, chez
certains chrétiens, la tentation de faire une lecture de la Bible
commandée par des présupposés étrangers à la foi, de plier la
foi, à un système construit en dehors d’elle, tout en conservant
les formules familières de la Bible ou de la doctrine chrétienne
à l’appui de ces courants d’idées hétérogènes. Le devoir du
théologien est d’éviter ce genre de substitution ruineuse, de
veiller à l’authenticité… »9.
38
6. C’est une réalité parachrétienne disait saint Jean
Paul II, c’est-à-dire qu’elle a besoin de la foi pour vivre en
même temps qu’elle essaye de la détruire. C’est un parasite.
Voilà pourquoi elle se présente comme compatible avec la foi
et comme l’unique possibilité pour sauver la foi dans le
monde actuel.
7. Elle opère une confusion entre changement et
fracture : pré-concile et post-concile. Pluralisme et ouverture
sont ses armoiries.
8. Elle est intolérante. Son ennemi déclaré est le
Magistère de l’Eglise qui l’empêche de s’infiltrer dans la foi.
Pour cela elle se présente comme promotrice de la liberté.
Ainsi elle déclare sa volonté de s’harmoniser avec la
modernité et en même temps elle propose l’ouverture sans
savoir s’il s’agit de faire un peu d’air ou bien provoquer une
hémorragie.
9. Finalement la gnose occupe tout le terrain possible.
Elle a ses propres dogmes et ne supporte pas qu’ils soient
remis en question. Elle applique à ceux qui ne pensent pas
comme elle la barrière du silence.
11
Nous suivons librement et avec adaptation Eric Kayayan, Le retour du
gnosticisme, in [Link]
[Link]/written/le_retour_du_gnosticisme.htm#_ftn50. Voir également
avec beaucoup de profit le document des conseils pontificaux de la culture
et du dialogue interreligieux, Jésus-Christ porteur d’eau vive, une
réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age » (2003).
39
- Tous deux sont des courants très larges, des
nébuleuses de mouvements comprenant de grandes variations
entre eux, mais centrés sur quelques idées, les principales
étant sans doute celles-ci : la connaissance de Dieu est la
connaissance de soi-même, celle-ci menant à la prise de
conscience de la divinité du soi-même. Cette prise de
conscience est en fait le dévoilement d’une condition
originelle oubliée, oubli provoqué d’une manière ou d’une
autre par la matérialité du monde, dont il convient de se
dégager.
- Tous deux sont marqués par un fort syncrétisme,
recherchant l’union d’éléments religieux orientaux et
occidentaux, pour aboutir à une religion culturellement
globalisée.
- La spiritualisation et l’allégorisation des récits
bibliques empruntés par la cause gnostique vont de pair avec
une tendance très poussée à déhistoriser, à désincarner. C’est
le grand problème des exégètes rationalistes. Christ et Jésus
sont deux entités différentes, la première (qui prime sur la
seconde) d’ordre spirituel, la seconde purement contingente.
Elle recherche la divinisation de l’homme en lui proposant de
vivre ici-même de manière intemporelle, en dehors de
l’histoire, du temps et de ses vicissitudes.
- L’irréalité des souffrances de Jésus-Christ selon les
courants gnostiques antiques a pour parallèle l’irréalité de la
souffrance dans nombre de mouvements chrétiens modernes.
Dans les deux cas il ne s’agit pas de porter sa croix, selon
l’exemple du Christ, mais d’affirmer que la souffrance n’est
qu’une illusion passagère dont il faut se libérer le plus vite
possible.
- La notion de péché et la nécessité d’un sacrifice
expiatoire sont niées. La messe par exemple n’est plus
considérée comme sacrifice eucharistique. Toute notion de
culpabilité personnelle fait partie du domaine du mal. Éthique
et responsabilité personnelle sont avant tout tournées vers soi-
même. Il s’agit en effet de découvrir Dieu en soi-même, et
non en dehors de soi. Cela aboutit souvent à un égoïsme
40
magique ; un narcissisme magique qui cherche à transformer
le monde.
- L’anthropologie des gnostiques peut être aussi mise
en rapport avec l’activisme (lobby) homosexualiste
contemporain. Dans les deux cas, la différenciation et la
complémentarité sexuelle est combattue, considérée comme
un obstacle sur la voie de l’union et de l’unité. Pensons
aujourd’hui au combat livré à l’intérieur de l’Église sur le
mariage naturel et la famille. L’influence des conceptions de
l’Antiquité grecque sur la sexualité, celles de Socrate
notamment (pour qui homosexualité et plus particulièrement
pédophilie représentaient la forme supérieure de la sexualité)
permet d’établir un lien entre les versions antique et moderne
de la pensée gnostique.
Saint Jean-Paul II nous met en garde : « Il est
impossible de se laisser bercer par l’illusion que ce retour de
la gnose préluderait à un renouveau de la religion. Il s’agit
tout simplement de la version moderne d’une attitude
spirituelle qui, au nom d’une prétendue connaissance
supérieure de Dieu, finit par rejeter définitivement sa Parole
en la remplaçant par des paroles toutes humaines. La gnose
n’a jamais disparu du champ du christianisme. Elle a toujours
cohabité avec lui, parfois en tant que courant philosophique,
plus souvent sous des formes religieuses ou parareligieuses,
en opposition nette, même si elle n’est pas explicite, avec
l’essentiel du christianisme»12.
12
Saint Jean Paul II, Entrez dans l’espérance, Paris, 1994, p. 147.
41
eu un tel succès à une époque marquée par l’exaltation quasi
universelle de la diversité. La culture occidentale est allée trop
loin dans la tolérance, au sens d’une acceptation passive ou
résignée des idiosyncrasies des individus ou des groupes
minoritaires (comme par exemple l’islam), ce qui a entraîné
une érosion du respect pour la normalité, considérée comme
un concept chargé d’une valence morale et nécessairement lié
à des normes absolues. Pour un nombre croissant de
personnes, y compris malheureusement les chrétiens, les
croyances et les normes absolues (un magistère, les
commandements, la loi morale naturelle et divine) trahissent
l’incapacité d’accepter le point de vue et les convictions
d’autrui (le cheval de Troie du relativisme). Dans une telle
atmosphère, les styles de vie et les systèmes alternatifs
proposés par la gnose ont connu un véritable boom : il est
désormais non seulement admis, mais recommandé d’être
différent et donc de penser différemment13.
13
Nous adaptons une idée de Jésus-Christ porteur d’eau vive, une
réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age ».
42
a aussi l’immense héritage des chemins de sainteté des vies
de chrétiens et de chrétiennes d’hier et d’aujourd’hui. Là où
le riche symbolisme chrétien et ses traditions artistiques,
esthétiques et musicales sont encore méconnus ou ont été
oubliés, il y a beaucoup à faire pour les chrétiens et tous ceux
qui veulent faire l’expérience d’une conscience accrue de la
présence de Dieu… Si notre tâche est de connaître, aimer et
servir Jésus-Christ, nous devons commencer par avoir une
bonne connaissance des Écritures. Mais par-dessus tout, le
moyen le plus sûr pour donner un sens à l’ensemble du
message chrétien est de rencontrer le Seigneur Jésus dans la
prière et les sacrements, qui sont précisément les moments où
notre vie ordinaire est sanctifiée ».
43
44
IV- FRANC-MAÇON ET CATHOLIQUE
EST-IL POSSIBLE ?14
14
Nous suivons des extrais du livre J’ai frappé à la porte du
Temple...Parcours d’un franc-maçon en crise spirituelle (éd. Téqui, Paris,
2014) de Serge Abad-Gallardo, architecte français, ancien franc-maçon. Il
a passé 24 ans au sein d’une des obédiences les plus importantes de
France, celle du Droit Humain (une émanation du Grand Orient de
France). Il donne de nombreuses conférences. En 2016, il revient avec un
nouveau livre : Je servais Lucifer sans le savoir (éd. Tequi, 2016). Dans
ce livre il affirme que la maçonnerie est, in fine, un culte à Lucifer.
« Absolument, dit-il, et je cite environ 200 documents maçonniques.
Comme l’expliquait un auteur Espagnol, éminent spécialiste du sujet
(Ricardo de la Cierva : Masoneria, Satanismo y Exorcismo) : « Satan n’a
pas besoin qu’on lui rende un culte afin de parvenir à ses fins. Tout ce
qu’il doit faire est d’éviter que l’Homme suive Jésus ». L’influence
Luciférienne est subtile : il ne s’agit pas d’un « culte » direct à Lucifer. La
franc-maçonnerie n’est pas une « Église satanique ». Je cite cependant
nombre de « planches » maçonniques louant explicitement Lucifer !
Enfin, il existe, dans certains Hauts Grades, des signes Lucifériens que je
décris. De même, l’ésotérisme, l’hermétisme, l’occultisme, qui fondent les
rituels maçonniques, sont des pratiques proprement sataniques. Nombre
d’écrits que je cite glorifient explicitement le Serpent de la Genèse, en tant
que libérateur de l’Humanité. On ne peut donc être plus clair : la franc-
maçonnerie, toutes obédiences et rites confondus, est bien luciférienne ».
45
La franc-maçonnerie est donc née en 1717, à Londres.
La première loge maçonnique française nait en 1721 à
Dunkerque15. Le Grand Orient de France, qui compte un peu
moins de 50.000 membres répartis en 1150 loges, a été créé
en 1773, et le Droit Humain, obédience maçonnique mixte et
internationale, qui revendique 28.000 membres, le 4 avril
1893.
2. Le recrutement en franc-maçonnerie
15
Cf. Paul Naudon, Histoire générale de la franc-maçonnerie, éd. P.U.F
1981, p.66.
16
Cf. Le Figaro Magazine, 10.10.2014, p.42.
46
3. Les diverses obédiences et rituels
4. Organisation
47
de la morale rend la situation très inconfortable pour
l’individu, à qui il ne reste plus qu’une alternative : quitter la
franc-maçonnerie, ou se « fondre » dans le groupe et la pensée
« maçonniquement correcte ».
17
Cf. R.°. L.°. Perf.°. n°65 « La Pierre d’Agathe » Or.°. de Vierzon, R 06
in Paroles Plurielles, Hors-Série, Mai, 2011, p.39 :
traduction : Respectable Loge de Perfection n° 65 « La Pierre d’Agathe »
à [l’Orient de] Vierzon in Paroles Plurielles, revue de publication de
« planches maçonniques », interne à l’obédience du Droit Humain et
strictement réservée aux francs-maçons.
48
réalisé sur terre, de l’humanité, des membres, un lien régulier
entre ces membres.
7. La franc-maçonnerie : dogmatique
49
Le rapport à la vérité : Pour la franc-maçonnerie la
vérité est relative et évolutive, subjective, découverte par
l’homme seul et en aucun cas révélée. Or pour un catholique
la vérité est objective, transcendante, et révélée par Dieu en
Christ. La Vérité catholique est une rencontre intime et
personnelle avec le Christ, qui est le Chemin, la Vérité, et la
Vie (Jean 14, 6).
18
Cf. « Ecclesiam a Jesu Christo », du Pape Pie VII, le 13 septembre
1821 ; « Quo graviora » du Pape Léon XII, le 13 mars 1826 ; « Mirari
Vos » du Pape Grégoire XVI, le 15 août 1832 ; « Multiplices Inter » du
Pape Pie IX, le 25 septembre 1865 ; « Humanum Genus » du Pape Léon
XIII le 20 avril 1884 ; « Vehementer Nos » du Pape Pie X le 11 février
1906.
19
Cependant certaines obédiences, notamment celles qui ne professent pas
un anticléricalisme particulier (et il y en a !) ont imaginé que la double
50
plus tard, en 1983, le code du droit canonique de 1917 a été
modifié. Le nouveau code ne mentionne plus explicitement la
franc-maçonnerie et dispose dans son article 1374 : « Qui
s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera
puni d’une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou
qui la dirige sera puni d’interdit »20. Certains catholiques
interprétaient alors que les catholiques qui adhèrent à la franc-
maçonnerie ne sont plus automatiquement excommuniés
comme autrefois. Consulté sur cette affaire le cardinal
Ratzinger, qui au-delà d’avoir été un grand pape est un
immense théologien, écrivait en novembre 1983 :
appartenance devenait possible. Des contacts ont été alors pris au début
des années 80 par des obédiences maçonniques, notamment la GLNF
(dont certains représentants se sont rendus à Rome), s’appuyant sur cet
article et sur le contenu du Concile Vatican II. De même des Loges
allemandes ont pris contact avec l’Épiscopat de ce pays. Or après une
étude précise des rituels maçonniques ayant été remis aux autorités
ecclésiastiques, ce point a été éclairci d’abord en 1981 par le Préfet de la
Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Franjo Seper, en disant : « cette
Congrégation, sans préjuger de la future révision de ce même Droit canon,
confirme et déclare ce qui suit: 1) En ce qui concerne la question dont il
s’agit, la discipline canonique n’a nullement été changée et elle conserve
donc toute sa force ; 2) Par conséquent, ni l’excommunication ni les autres
peines prévues n’ont été abrogées ; 3) Ce qui, dans la lettre citée, concerne
l'interprétation du canon dont il s’agit doit être compris, comme cela était
dans les intentions de la Congrégation, seulement comme un rappel des
principes généraux d’interprétation des lois pénales pour la solution des
cas particuliers qui peuvent être soumis au jugement des ordinaires d’un
lieu. L’intention de la S. Congrégation n’était pas de conférer aux
Conférences épiscopales la faculté de prononcer publiquement un
jugement de caractère général sur la nature des associations maçonniques,
jugement qui impliquerait des dérogations aux normes susdites. A Rome,
au siège de la Congrégation pour la Propagation de la Foi, le 17 février
1981 ».
20
Promulgué par Jean-Paul II (Constitution apostolique Sacrae
disciplinae legis), il remplace celui de 1917. La révision, décidée par Jean
XXIII (janvier 1959), commencée en 1963, est dirigée par le cardinal
Périclès Felici ; 2 livres supplémentaires : le 2° (fidèles) et le 4°
(sacrements). Le nombre des canons passe de 2414 à 1752, les 2 derniers
livres (procès et peines) étant réduits.
51
« On a demandé si le jugement de l’Eglise sur les
associations maçonniques était changé, étant donné que dans
le nouveau Code de droit canonique il n’en est pas fait
mention expresse, comme dans le Code antérieur. Cette
Congrégation est en mesure de répondre qu’une telle
circonstance est due au critère adopté dans la rédaction, qui a
été suivi aussi pour d’autres associations également passées
sous silence parce qu’elles sont inclues dans des catégories
plus larges. Le jugement négatif de l’Eglise sur les
associations maçonniques demeure donc inchangé, parce que
leurs principes ont toujours été considérés comme
inconciliables avec la doctrine de l’Eglise, et l’inscription à
ces associations reste interdite par l’Eglise. Les fidèles qui
appartiennent aux associations maçonniques sont en état de
péché grave et ne peuvent accéder à la sainte
communion…»21.
L’Épiscopat allemand avait déjà, de son côté exprimé
cette incompatibilité22. En conclusion l’Eglise a
excommuniée, pendant une certaine période, tous les
catholiques adhérents à la franc-maçonnerie. Cependant, le
magistère récent (et le droit canonique en vigueur) ne parle
plus d’excommunication, mais de privation des sacrements
liée à un péché mortel, comme le souligne le Cardinal
Ratzinger. Donc l’interdiction est évidemment maintenue,
mais elle n’est plus doublée d’une excommunication latae
sentenciae.
21
Cf. Interventions du magistère sur la franc-maçonnerie :
[Link]
22
Cf. L’Église et franc-maçonnerie, La Documentation Catholique, n°
1807, 3.4.1981, p.444 à 448. « L’engagement au sein de la franc-
maçonnerie transforme l’acte de foi chrétien […]. Les rites initiatiques
dans le secret des loges produisent inévitablement des effets sur les
membres. La revendication […] de la doctrine relativiste qui s’impose
progressivement à l’insu même des intéressés. La franc-maçonnerie
revendiquant pour ses membres une adhésion totale, il est évident que la
double appartenance est impossible pour un chrétien».
52
Pour finir je termine avec les conseils donnés par Mgr
Henri Brincard Evêque du Puy-en-Velay : « la franc-
maçonnerie constitue un défi qu’il faut relever sereinement et
courageusement. Certes, il ne faut pas exagérer l’influence de
la franc-maçonnerie ; il ne faut pas, non plus, la sous-estimer.
L’attitude d’un catholique doit, me semble-t-il, être la
suivante : d’abord la clairvoyance. Cela signifie connaître
avec exactitude les véritables objectifs que poursuit la franc-
maçonnerie. Ensuite, le désir d’approfondir sans cesse la foi
chrétienne. L’ignorance est le grand ennemi de la foi. Enfin,
la résolution de suivre de plus en plus fidèlement Jésus Christ.
Et voici le mot de la fin : notre vraie force est de prendre appui
sur Jésus Christ. Lui seul peut changer les cœurs. C’est
pourquoi, autant il faut combattre la franc-maçonnerie en
rappelant qu’elle est une forme particulièrement nocive de
« gnose », autant il faut poser sur les francs-maçons un regard
d’espérance, regard né d’une authentique charité, car rien
n’est impossible à Dieu ! ».
53
54
V- EVANGELISATION OU PROSELYTISME
1. Introduction
55
qui avait pour but non pas de freiner des excès de prosélytisme
d’ailleurs inexistants, mais plutôt de clarifier sa vrai
signification et de revigorer l’impulsion missionnaire de
l’Église.
2. Signification « Prosélytisme »
23
Cf. Le Petit Robert, Dictionnaire de la langue française, Directeur de la
rédaction : Alain Rey).
56
que le terme «prosélytisme» est compris au sein du
mouvement œcuménique24.
Or, à laquelle de ces acceptions faisons nous référence
lorsque nous disons que les catholiques ne doivent pas faire
de prosélytisme ? Voici quelques extraits du document de la
Congrégation pour la doctrine de la Foi que je conseille
vivement de lire en entier25 :
« 3. Toutefois, on note de nos jours une confusion sans
cesse grandissante, qui induit beaucoup de personnes à ne pas
écouter et à laisser sans suite le commandement missionnaire
du Seigneur (cf. Mt 28, 19). Toute tentative de convaincre
d’autres personnes sur des questions religieuses est souvent
perçue comme une entrave à la liberté. Il serait seulement
licite d’exposer ses idées et d’inviter les personnes à agir selon
leur conscience, sans favoriser leur conversion au Christ et à
la foi catholique : on affirme qu’il suffit d’aider les hommes
à être plus hommes, ou plus fidèles à leur religion, ou encore
qu’il suffit de former des communautés capables d’œuvrer
pour la justice, la liberté, la paix, la solidarité. En outre,
certains soutiennent qu’on ne devrait pas annoncer le Christ à
celui qui ne le connaît pas, ni favoriser son adhésion à
l’Église, puisqu’il serait possible d’être sauvé même sans une
connaissance explicite du Christ et sans une incorporation
formelle à l’Église ». « Face à de telles problématiques, la
Congrégation pour la Doctrine de la Foi a jugé nécessaire de
publier la présente Note. Présupposant comme acquis
l’ensemble de la doctrine catholique sur l’évangélisation,
amplement traitée dans le Magistère du Pape Paul VI et de
Jean-Paul II, cette note a pour but de clarifier certains aspects
de la relation entre le mandat missionnaire du Seigneur et le
24
Cf. The Joint Working Group between the Catholic Church and the
World Council of Churches, «The Challenge of Proselytism and the
Calling to Common Witness» (1995).
25
Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale sur
certains aspects de l’évangélisation du 3 décembre 2007.
[Link]
on_cfaith_doc_20071203_nota-evangelizzazione_fr.html
57
respect de la conscience et de la liberté religieuse de tous. Ces
aspects ont des implications importantes, tant sur le plan
anthropologique, ecclésiologique qu’œcuménique ».
« …on se pose de plus en plus aujourd’hui des
questions sur la légitimité de proposer à d’autres ce qu’on
tient vrai pour soi, afin qu’ils puissent eux aussi y adhérer.
Une telle proposition est souvent perçue comme une atteinte
à la liberté d’autrui… « la pluralité légitime des positions a
cédé le pas à un pluralisme indifférencié, fondé sur
l’affirmation que toutes les positions se valent: c’est là un des
symptômes les plus répandus de la défiance à l’égard de la
vérité que l’on peut observer dans le contexte actuel... ».
« Quoi qu’il en soit, la vérité « ne s’impose que par la
force de la vérité elle-même ». C’est pourquoi faire appel de
manière honnête à l’intelligence et à la liberté d’une personne
pour qu’elle rencontre le Christ et son Évangile n’est pas une
ingérence indue à son égard, mais plutôt un don légitime et un
service qui peuvent rendre plus fécondes les relations entre les
hommes ».
L’évangélisation : «7…elle répond aussi à une autre
réalité anthropologique importante : le désir propre à
l’homme de faire participer les autres à ses biens. L’accueil
de la Bonne Nouvelle dans la foi pousse en soi à une telle
communication. La Vérité qui sauve la vie enflamme le cœur
de celui qui la reçoit par l’amour pour le prochain, qui pousse
la liberté à redonner ce que l’on a reçu gratuitement… Même
si les non-chrétiens peuvent se sauver au moyen de la grâce
que Dieu donne « par des voies connues de lui », l’Église ne
peut pas ne pas tenir compte du fait qu’en ce monde, il leur
manque un très grand bien : connaître le vrai visage de Dieu
et l’amitié avec Jésus Christ, Dieu avec nous. En effet, « il n’y
a rien de plus beau que d’être rejoints, surpris par l’Évangile,
par le Christ. Il n’y a rien de plus beau que de Le connaître et
de communiquer aux autres l’amitié avec lui ». Pour tout
homme, la révélation des vérités fondamentales sur Dieu, sur
soi-même et sur le monde est un grand bien; par contre, vivre
dans l’obscurité, sans la vérité sur les questions ultimes, est
58
un mal, souvent à l’origine de souffrances et d’esclavages
parfois dramatiques ».
« 8. Comme dans tous les domaines de l’activité
humaine, le péché peut aussi s’immiscer dans le dialogue en
matière religieuse. Parfois, il arrive que ce dialogue ne soit
pas guidé par son but naturel, mais qu’il cède plutôt au
mensonge, aux intérêts égoïstes ou à l’arrogance, manquant
ainsi de respect à la dignité et à la liberté religieuse des
interlocuteurs. C’est pourquoi « l’Église interdit sévèrement
de forcer qui que ce soit à embrasser la foi, ou de l’y amener
ou attirer par des pratiques indiscrètes, tout comme elle
revendique avec force le droit pour qui que ce soit de n’être
pas détourné de la foi par des vexations injustes ».
« 9… En effet, l’incorporation de nouveaux membres
à l’Église n’est pas l’extension d’un groupe de puissance,
mais l’entrée dans le réseau d’amitié avec le Christ... C’est
l’entrée dans le don de la communion avec le Christ, qui est
une « vie nouvelle » animée par la charité et par l’engagement
pour la justice ». « …Le Règne de Dieu n’est pas – comme
certains le soutiennent de nos jours – une réalité générique qui
domine toutes les expériences ou les traditions religieuses, et
à laquelle ces dernières devraient tendre comme à une
communion universelle et indistincte entre tous ceux qui
cherchent Dieu ; c’est avant tout une personne, qui a le visage
et le nom de Jésus de Nazareth, image du Dieu invisible.
Chaque mouvement libre du cœur humain vers Dieu et vers
son Règne ne peut donc que conduire, par nature, au Christ et
qu’être orienté vers l’entrée dans son Église, signe efficace de
ce Règne… L’extension de l’Église dans l’histoire, qui
constitue la finalité de la mission, est un service rendu à la
présence de Dieu au moyen de son Règne : on ne peut en effet
«disjoindre le Royaume et l’Église ».
« 10…Depuis longtemps, on en est venu à créer une
situation dans laquelle, pour beaucoup de fidèles, la raison
d’être même de l’évangélisation n’apparaît plus évidente. On
affirme même que la prétention d’avoir reçu en don la
plénitude de la Révélation de Dieu cache une attitude
59
d’intolérance et un danger pour la paix. Celui qui raisonne
ainsi ignore que la plénitude du don de la vérité que Dieu fait
en se révélant à l’homme respecte la liberté qu’il a lui-même
créée, comme trait indélébile de la nature humaine : cette
liberté n’est pas indifférence, mais tension vers le bien. Un tel
respect est une exigence de la foi catholique elle-même et de
la charité du Christ ; il est constitutif de l’évangélisation ».
« L’évangélisation ne se réalise pas seulement à
travers la prédication publique de l’Évangile, ni uniquement à
travers des œuvres de quelque importance publique, mais
aussi au moyen du témoignage personnel, qui demeure une
voie de grande efficacité pour l’évangélisation. En effet, « à
côté de cette proclamation de l’Évangile sous forme générale,
l’autre forme de sa transmission, de personne à personne,
reste valide et importante. […] Il ne faudrait pas que l’urgence
d’annoncer la Bonne Nouvelle aux masses d’hommes fasse
oublier cette forme d’annonce par laquelle la conscience
personnelle d’un homme est atteinte, touchée par une parole
tout à fait extraordinaire qu’il reçoit d’un autre ». « En tout
cas, on doit rappeler que, dans la transmission de l’Évangile,
la parole et le témoignage de vie vont de pair ».
Finalement le document en question termine avec
quelques implications œcuméniques mai qui pourraient
parfaitement s’appliquer aux non – chrétiens c’est-à-dire dans
le domaine du dialogue interreligieux. En effet, le document
affirme que « si un chrétien non catholique, pour des raisons
de conscience et dans la conviction de la vérité catholique,
demande à entrer dans la pleine communion de l’Église
catholique, il faudra respecter sa requête comme œuvre de
l’Esprit Saint et comme expression de la liberté de conscience
et de religion. Dans ce cas, il ne s’agit pas de prosélytisme,
dans le sens négatif attribué à ce terme » (voir définition ci-
dessus).
Ainsi, il faut que les laïcs, le religieux et les
missionnaires soient tous conscients de toute la vérité de cette
affirmation et non pas seulement d’une partie : l’œcuménisme
et le dialogue interreligieux ne privent donc pas du droit, ni
60
ne dispense de la responsabilité d’annoncer en plénitude la foi
catholique à ceux qui librement veulent l’écouter et acceptent
de l’accueillir. Cette perspective, bien évidemment, exige
d’éviter toute pression inconvenante. En fait, le document cité
conclu en disant : « Dans la propagation de la foi et
l’introduction des pratiques religieuses, on doit toujours
s’abstenir de toute forme d’agissements ayant un relent de
coercition, de persuasion malhonnête, ou simplement peu
loyaux, surtout s’il s’agit des gens sans culture ou sans
ressources. Le témoignage rendu à la vérité n’entend rien
imposer par la force, ni par une action coercitive, ni avec des
artifices contraires à l’Évangile ».
Cela dit, il y a donc aujourd’hui un énorme abus du
mot prosélytisme en son sens négatif utilisé pour beaucoup de
chrétiens et de missionnaires pour annuler complètement le
droit que nous avons du « bon prosélytisme », c’est-à-dire la
simplicité de l’annonce évangélique.
Saint Jean Paul II, avait déjà dénoncé cette erreur en
1990 grâce à l’encyclique « Redemptoris missio ». Une
encyclique dans laquelle on peut notamment lire, au n. 46 :
« Aujourd’hui, l’appel à la conversion que les missionnaires
adressent aux non-chrétiens est mis en question ou passé sous
silence. On y voit un acte de ‘prosélytisme’ ; on dit qu’il suffit
d’aider les hommes à être davantage hommes ou plus fidèles
à leur religion, qu’il suffit d’édifier des communautés
capables d’œuvrer pour la justice, la liberté, la paix, la
solidarité. Mais on oublie que toute personne a le droit
d’entendre la Bonne Nouvelle de Dieu, qui se fait connaître et
qui se donne dans le Christ, afin de réaliser pleinement sa
vocation ».
3. Conclusion
61
au synode consacré à la nouvelle évangélisation. Et pourtant
beaucoup de chrétiens continuent à attaquer ce qui en est le
contraire, c’est-à-dire qu’ils se battent contre l’expansion
présumée de prosélytisme, bien qu’aucune enquête
sociologique n’ait relevé de traces de celle-ci. Et afin de faire
échec au « poison » qu’est ce péché, ils insistent pour que
l’annonce, l’évangélisation, la mission, soient réduites à un
témoignage muet, parce que, au fond, disent-ils nous sommes
tous enfants de Dieu, que nous soyons catholiques,
musulmans, bouddhistes, hindouistes, agnostiques, ou athées.
Et cela ne me semble pas honnête. Nous sommes tous
créatures de Dieu, mais la filiation ne vient que par la grâce.
En rigueur de vérité une question doit être répondue : est-ce
que tous les missionnaires ou chrétiens qui veulent annoncer
l’évangile de Jésus-Christ aux non chrétiens (musulmans,
bouddhistes, hindouistes, agnostiques, athées, etc.) le font
avec coercition, persuasion malhonnête, ou simplement peu
loyale ? Je ne pense pas. Donc là où il y a des abus, certes
qu’il faut corriger, mais là où il y a rectitude d’intention et
respect de la liberté autrui, il faut encourager. C’est ça la
bonne attitude et non pas celle de se remplir la bouche du mot
prosélytisme sans aucune distinction possible.
62
VI. LA MORALE DE L’EGLISE
(VERITATIS SPLENDOR)
63
comprendre et presque impossible à mettre en pratique. C’est
faux, car, pour l’exprimer avec la simplicité du langage
évangélique, elle consiste à suivre le Christ, à s’abandonner à
lui, à se laisser transformer et renouveler par sa Miséricorde
qui nous rejoint dans la vie de communion de son Eglise ».
On remarque qu’il y a trois parties dans cette
encyclique.
1. La première partie est une méditation biblique
sur le dialogue de Jésus avec le jeune homme riche
(Matthieu 19, 16-22), qui permet de mettre en lumière les
éléments essentiels de la morale chrétienne. La question du
jeune homme riche est la suivante : « Maître que dois-je faire
de bon pour obtenir la Vie Eternelle ? ». Dieu seul peut
répondre à la question sur le bien, parce qu’il est le bien (V.S
9) ; Il convient que l’homme d’aujourd’hui se tourne vers le
Christ pour recevoir de lui la réponse sur ce qui est bien et sur
ce qui est mal (V.S 8). Et pour la vie éternelle, Jésus dit : « Si
tu veux entrer dans la vie, observe les commandements » (V.S
9).
La vie morale se présente comme la réponse due aux
initiatives gratuites que l’amour de Dieu multiplie dans ses
relations avec l’homme. L’être humain répond à l’amour de
Dieu en obéissant à Dieu et en cherchant à lui plaire ; Il
pratique donc les commandements de Dieu comme sa réponse
d’amour à Dieu. Ce sont les commandements de Dieu qui
indiquent à l’homme le chemin de la vie et qui conduisent vers
elle (V.S 12).
2. La seconde partie est le chapitre central. Le Pape
désire énoncer les principes nécessaires pour le discernement
de ce qui est contraire à la saine doctrine, et rappeler les
éléments de l’enseignement moral de l’Eglise qui semblent
aujourd’hui particulièrement exposés à l’erreur, à l’ambiguïté
ou à l’oubli (V.S 30). Cette deuxième partie de l’encyclique
se divise en quatre sous parties.
64
a. La première sous partie concerne la liberté
65
Qu’est-ce que la conscience ? Quant à elle fait partie
de l’âme et se divise en deux parties :
a) La conscience psychologique : c’est la connaissance
qu’un homme a de sa propre activité psychique et, à travers
elle, de lui-même comme sujet humain ;
b) La conscience morale : c’est la faculté ou le fait de
porter des jugements de valeur morale sur ses actes. La
conscience morale apparaît au moment où l’être humain prend
conscience de sa responsabilité, de sa capacité d’être un sujet
responsable de sa propre conduite. Former sa conscience
morale, c’est apprendre à faire ses propres choix en tenant
compte de la loi naturelle et, si l’on est chrétien, en tenant
compte de l’appel de Dieu et de la vocation commune à la
sainteté. Aussi bien, la réflexion personnelle, le conseil de
personnes expérimentées (dont la direction spirituelle), la
confrontation avec les autres, la prise en compte de la loi
humaine ou ecclésiale, l’écoute de la Parole de Dieu, etc.,
peuvent faciliter la recta maturation de la conscience morale.
On remarque que la conscience présente un paradoxe qui en
fait la richesse ; elle est tout à la fois
a) autonomie et liberté : je suis responsable de mes
actes bons et mauvais ;
b) dépendance et obéissance : je dois faire mes choix
en tenant compte de la loi de Dieu.
Principe moral : le lien qui existe entre l’homme et la
loi de Dieu se noue dans sa conscience morale (V.S 54). Cette
loi est inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est
de lui obéir, et c’est elle qui le jugera (Romains 2, 14-16, V.S
54).
Comme la loi naturelle elle-même et comme toute
connaissance pratique, le jugement de la conscience a un
caractère impératif : l’homme doit agir en s’y conformant. Si
l’homme agit contre sa conscience ou si, par défaut de
certitude sur la justesse ou la bonté d’un acte déterminé, il
l’accomplit, il est condamné par sa conscience elle-même,
norme immédiate de la moralité personnelle (V.S 60).
66
Mais la conscience n’est pas une source autonome et
exclusive pour décider ce qui est bon et ce qui est mauvais ;
au contraire, en elle est profondément inscrit un principe
d’obéissance à l’égard de la norme objective qui fonde et
conditionne la conformité de ses décisions aux
commandements et aux interdits qui sont à la base du
comportement humain (V.S 60).
Pour avoir une bonne conscience nous devons donc
former la conscience. Saint Thomas d’Aquin dit que pour
former sa conscience, la connaissance de la Loi de Dieu est,
certes, généralement nécessaire mais elle n’est pas suffisante
; il est indispensable qu’il existe une sorte de connaturalité
entre l’homme et le bien véritable (V.S 64). Une telle
connaturalité s’enracine et se développe dans les dispositions
vertueuses de l’homme lui-même : la prudence et les autres
vertus cardinales (la tempérance, la justice et la force), et
d’abord les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité
(V.S 64). Pour former leur conscience, les chrétiens sont
grandement aidés par l’Eglise et par son Magistère (V.S 64).
Ainsi la mission de l’Eglise est de se mettre toujours et
uniquement au service de la conscience, en l’aidant à ne pas
être ballottée à tout vent de doctrine au gré de l’imposture des
hommes (Ephésiens 4, 14), à ne pas dévier de la vérité sur le
bien de l’homme, mais, surtout dans les questions les plus
difficiles, à atteindre sûrement la vérité et à demeurer en elle.
c. La troisième sous partie concerne le choix fondamental
et le péché véniel et mortel
67
commis en pleine conscience et de consentement délibérée
(V.S 70) : « Avec toute la tradition de l’Eglise, nous appelons
péché mortel l’acte par lequel un homme, librement et
consciemment, refuse Dieu, sa loi, l’alliance d’amour que
Dieu lui propose, préférant se tourner vers lui-même, vers
quelque réalité créée et finie, vers quelque chose de contraire
à la volonté de Dieu. Cela peut se produire d’une manière
directe et formelle, comme dans les péchés d’idolâtrie,
d’apostasie, d’athéisme ; ou, d’une manière qui revient au
même, comme dans toutes les désobéissances aux
commandements de Dieu en matière grave » (V.S 70).
68
comportement serait juste dans la mesure où il entraînerait le
maximum de biens et le minimum de maux.
Les théories éthiques téléologiques
(proportionnalisme, conséquentialisme), tout en
reconnaissant que les valeurs morales sont indiquées par la
raison et par la Révélation, considèrent qu’on ne peut jamais
formuler une interdiction absolue de comportements
déterminés qui seraient en opposition avec ces valeurs, en
toute circonstance et dans toutes les cultures. Voir aujourd’hui
l’exemple de la communion aux divorcés remariés.
De semblables théories ne sont pas fidèles à la doctrine
de l’Eglise, puisqu’elles croient pouvoir justifier, comme
moralement bons, des choix délibérés de comportements
contraires aux commandements de la Loi divine et de la loi
naturelle (V.S 76). Le Catéchisme de l’Eglise Catholique, à la
suite de Saint Thomas d’Aquin affirme qu’il y a des
comportements concrets qu’il est toujours erroné de choisir
parce que leur choix comporte un désordre de la volonté, c’est
à dire un mal moral (V.S 78).
L’Eglise enseigne qu’il y a des actes qui, par eux-
mêmes et en eux-mêmes, indépendamment des circonstances
et de l’intention, sont toujours gravement illicites, en raison
de leur objet. Dans le cadre dû à la personne humaine, le
concile Vatican II lui-même donne un ample développement
au sujet des actes : « Tout ce qui s’oppose à la vie elle-même,
comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement,
l’euthanasie et même le suicide délibéré ; tout ce qui constitue
une violation de l’intégrité de la personne humaine, comme
les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes
psychologiques. Tout ce qui offense à la dignité de l’homme,
comme des conditions de vie sous-humaines, les
emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la
prostitution, le commerce des femmes et des jeunes ; ou
encore des conditions de travail dégradantes qui réduisent les
travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard
pour leur personnalité libre et responsable : toutes ces
69
pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes.
[Constitution pastorale Gaudium et Spes n°27] (V.S 80) ».
70
VII- LA CONSCIENCE ET SON EDUCATION
71
1. Une bataille contre la conscience26
26
Cf. P. Fuentes Miguel sur la professionnalité et la conscience en
[Link] ; Le verità rubate, Rome, 2012,
p. 227-245 ; Royo, Marin Antonio, Teologia moral para seglares I,
Madrid, 1986 ; Guézénec Albane, Eduquer la conscience : comment la
famille peut éduquer au Vrai et au Bien dans la société contemporaine,
Tunis, 2016.
72
a. Changer l’idée de conscience
73
nous instruit et nous gouverne. La conscience est le premier
de tous les vicaires du Christ » (Lettre au duc de Norfolk).
27
Saint Bonaventure, cité par saint Jean Paul II, Veritatis Splendor, n. 58.
28
Saint Jean Paul II, Audience générale du 17 aout 1983.
74
2. La conscience n’est pas infaillible, mais faillible. Il
se peut que notre conscience, à cause d’une mauvaise
formation, n’arrive pas à bien connaitre cette vérité morale.
En effet la conscience est un acte de notre intelligence qui est
créée, faillible, blessée et influençable. « Mais il arrive que la
conscience morale soit dans l’ignorance et porte des
jugements erronés sur des actes à poser ou déjà commis »
(CEC n.1790).
Cela arrive parce que les jugements de notre
conscience compromettent et engagent toute notre personne.
Connaitre par exemple qu’une certaine conduite dans mes
actions, dans ma vie privée, dans mon travail ou dans mon
couple est en contradiction avec la loi naturelle et
objectivement grave, ne peut pas me laisser indifférent. Bien
au contraire cela exige que je prenne une ferme décision de
changer ce qui ne va pas dans ma vie. De la même façon,
quand je reconnais que j’ai une obligation morale, je dois
l’accomplir quoi qu’il en coute. Pour cela donc nos jugements
(qui proviennent de la conscience) peuvent être bloqués par
nos défauts, par notre commodité, par notre paresse, par nos
passions, par notre orgueil, etc.
Certes, nous avons l’obligation de suivre notre
conscience, mais personne ne peut s’excuser de son erreur ou
de son péché en disant : « je ne savais pas, j’ai suivi ma
conscience ». Cette ignorance peut souvent être imputée à la
responsabilité personnelle. Il en va ainsi, « lorsque l’homme
se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et lorsque
l’habitude du péché rend peu à peu la conscience presque
aveugle » (GS 16). En ces cas, la personne est coupable du
mal qu’elle commet29.
29
L’ignorance du Christ et de son Évangile, les mauvais exemples donnés
par autrui, la servitude des passions, la prétention à une autonomie mal
entendue de la conscience, le refus de l’autorité de l’Église et de son
enseignement, le manque de conversion et de charité peuvent être à
l’origine des déviations du jugement dans la conduite morale (CEC n.
1792).
75
« Si – au contraire – enseigne le catéchisme de l’Eglise
Catholique, l’ignorance est invincible, ou le jugement erroné
sans responsabilité du sujet moral, le mal commis par la
personne ne peut lui être imputé. Il n’en demeure pas moins
un mal, une privation, un désordre. Il faut donc travailler à
corriger la conscience morale de ses erreurs » (CEC n. 1793).
Saint Jean Paul II affirme : « Il ne suffit donc pas de dire à
l’homme : obéis toujours à ta conscience. Il est nécessaire
d’ajouter immédiatement : demande-toi si ta conscience dit le
vrai ou le faux, et cherche, sans te laisser, à connaitre la
vérité »30.
Donc soutenir que la conscience est ce qui décide de
ce qui est bon ou mauvais (cela se voit très fréquemment y
compris dans le langage quotidien : à mon avis, je pense que,
je ne suis pas d’accord…) est très dangereux. Au fond nous
affirmons et nous croyons que la conscience est infaillible.
Mais cela n’est pas vrai. En effet, elle va nous illuminer
correctement « seulement » lorsqu’elle cherchera
humblement de se conformer à la loi de Dieu.
b. La séduction de la conscience
c. La peur et la menace
30
Saint Jean-Paul II, Audience générale, 17 aout 1983.
76
apostolique a toujours enseigné aux chrétiens à obéir aux
pouvoirs publics légitimement constitués, mais elle a donné
en même temps le ferme avertissement qu’ « il faut obéir à
Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29). Cela est important
surtout pour les questions qui touchent la vie humaine. En
effet, l’Église rappelle la valeur incomparable de la personne
humaine (voir l’instruction Dignitas Personae). Il est ainsi
des pratiques, comme l’avortement, l’euthanasie, l’anti-
conception, etc., que l’Église considère comme des crimes
qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer : « Des lois
de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation
pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave
et précise de s’y opposer par l’objection de conscience »31.
Ainsi par exemple, l’Académie pontificale pour la vie appelle
en 2000 dans un communiqué à faire acte d’objection de
conscience morale contre la pilule du lendemain, considérée
comme une forme d’agression à l’égard de l’embryon
humain.
L’Église appelle également à refuser de participer à la
perpétration d’injustices, parce qu’il s’agit non seulement
d’un devoir moral, mais aussi d’un droit humain élémentaire :
« Ceux qui recourent à l’objection de conscience doivent être
exempts non seulement de sanctions pénales, mais encore de
quelque dommage que ce soit sur le plan légal, disciplinaire,
économique ou professionnel »32.
Lorsque des lois civiles et humaines en viennent à
violer l’ordre moral, l’objection de conscience peut aller
jusqu’au martyre. Dans l’encyclique Veritatis Splendor
(1993), Saint Jean-Paul II évoquait le martyre « vécu comme
l’affirmation de l’inviolabilité de l’ordre moral » (n° 92). « Si
le martyre représente le sommet du témoignage rendu à la
vertu morale, auquel relativement peu de personnes sont
appelées, il n’en existe pas moins un témoignage cohérent que
31
Saint Jean Paul II, Evangelium Vitae, n.73.
32
Ibidem, n.74.
77
tous les chrétiens doivent être prêts à rendre chaque jour,
même au prix de souffrances et de durs sacrifices » (n° 93).
33
Saint Jean Paul II, Message pour la journée de la Paix, 1 janvier 1991.
78
confirmer, en vertu de son autorité, les principes de l’ordre
moral découlant de la nature même de l'homme». L’autorité
de l’Eglise, qui se prononce sur les questions morales, ne
blesse donc en rien la liberté de conscience des chrétiens :
d’une part, la liberté de conscience n’est jamais une liberté
affranchie «de» la vérité, mais elle est toujours et seulement «
dans » la vérité ; et, d’autre part, le Magistère ne fournit pas à
la conscience chrétienne des vérités qui lui seraient
étrangères, mais il montre au contraire les vérités qu’elle
devrait déjà posséder... L’Eglise se met toujours et
uniquement au service de la conscience, en l’aidant à ne pas
être ballottée à tout vent de doctrine au gré de l’imposture des
hommes (cf. Ep 4, 14), à ne pas dévier de la vérité sur le bien
de l’homme, mais, surtout dans les questions les plus
difficiles, à atteindre sûrement la vérité et à demeurer en
elle »34.
*Avoir des critères de discernement : grâce à la vertu
de prudence, aux conseils de personnes avisées et à l’aide de
l’Esprit Saint et de ses dons. Trois critères peuvent donc nous
aider :
– Il n’est jamais permis de faire le mal pour qu’il en
résulte un bien. La fin ne justifie pas les moyens.
– La « règle d’or » : Tout ce que vous désirez que les
autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux (Mt
7, 12 ; cf. Lc 6, 31 ; Tb 4, 15).
– La charité passe toujours par le respect du prochain
et de sa conscience : En parlant contre les frères et en blessant
leur conscience ..., c’est contre le Christ que vous péchez (1
Co 8, 12). « Ce qui est bien, c’est de s’abstenir... de tout ce
qui fait buter ou tomber ou faiblir ton frère » (Rm 14, 21).
*Eduquer au réel35 : dans ce sens, le virtuel est
particulièrement dangereux pour les jeunes et pour leur
conscience. Le monde virtuel risque de déformer la
34
Saint Jean Paul II, Veritatis Splendeur, n. 64.
35
Cf. Guézénec Albane, Eduquer la conscience ; comment la famille peut
éduquer au Vrai et au Bien dans la société contemporaine, Tunis, 2016,
p. 93-95.
79
conscience personnelle. Dans un monde irréel, l’intelligence
des personnes ne peut pas se construire, elle ne parvient
jamais à atteindre le vrai qui est pourtant son but et stérilise
ainsi l’intelligence et toute la vie intérieure. Dans l’irréel,
aucun contrôle de l’erreur n’est possible, rien ne peut y unir
la pensée, et la volonté n’y a aucune part, le virtuel conduit à
l’éclatement de la personne. Bien au contraire c’est la parole
qui construit, qui permet la connaissance, qui éduque. C’est
donc dans une relation concrète, riche et constante que l’on
pourra éduquer car c’est la relation qui permet l’échange, la
discussion, l’écoute de la parole de l’autre. Pour former la
conscience donc il ne suffit pas de connaitre de bonnes
méthodes, il faut avant tout être, ce qui est beaucoup plus
difficile et exigeant.
*Eduquer aux vertus : « En effet, pour pouvoir
discerner la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît,
ce qui est parfait (Rm 12, 2), la connaissance de la Loi de
Dieu est certes généralement nécessaire, mais elle n’est pas
suffisante : il est indispensable qu’il existe une sorte de
«connaturalité » entre l’homme et le bien véritable. Une telle
connaturalité s’enracine et se développe dans les dispositions
vertueuses de l’homme lui-même : la prudence et les autres
vertus cardinales, et d’abord les vertus théologales de foi,
d’espérance et de charité... » (VS n.64).
L’éducation de la conscience ne peut se faire donc
sans l’apprentissage de la pratique des vertus théologales :
foi, espérance et charité ; cardinales : prudence, justice, force
et tempérance. Il ne faut pas oublier qu’en matière
d’éducation la vertu d’obéissance a aussi une place
particulière. Qui n’apprend pas à obéir, ne peut pas obéir à sa
conscience.
Seule la vertu peut nous garantir que notre conscience
ne justifiera pas certains péchés ou certains comportements
malhonnêtes. La vertu est fondamentale afin que les passions
et les vices n’altèrent pas l’objectivité de nos jugements de
conscience.
80
*Eduquer à la vie intérieure avec Dieu : on l’a vu, la
conscience est la loi de Dieu en nous. C’est donc le lieu de
l’amitié avec Dieu. L’éducation de la conscience morale ne
pourra être complète sans une éducation à la prière, qui doit
passer aussi, entre autres choses, par une éducation au silence
intérieur et extérieur. C’est ce silence-là qui permet
d’entendre la voix de sa conscience mais aussi de rentrer dans
la prière.
Après le silence des oreilles, nous pouvons évoquer
également la nécessité du silence des yeux : veillons à purifier
notre regard et notre mémoire pour ne pas conserver d’images
indignes ou même inutiles.
*Développer la vie de la grâce : finalement éduquer
la conscience morale des jeunes ne peut se faire sans rendre
le jeune attentif à l’action de la grâce en lui, à rendre le jeune
disposé à recevoir cette grâce et ouvert à l’action de Dieu en
lui. Car Dieu ne nous a pas abandonnés à notre liberté, il nous
offre sa grâce, à travers les sacrements (eucharistie et
réconciliation), quotidiennement pour pallier les déficiences
de notre nature blessée car sans Lui nous ne pouvons rien faire
(Jn 15,5).
81
– « Combien d’années, ma chère Alice, croyez-vous que je
puisse encore jouir ici-bas de ces plaisirs terrestres que vous
me peignez avec une éloquence si persuasive? – Vingt ans, au
moins, s’il plaît à Dieu. – Ma très chère femme, vous n’êtes
pas une habile marchande : qu’est-ce qu’une vingtaine
d’années comparées à une éternité bienheureuse?».
Saint-Jean Paul II écrivait : « La véritable force de
l’homme se révèle dans la fidélité avec laquelle il est capable
de rendre témoignage de la vérité, en résistant aux flatteries et
aux menaces, aux incompréhensions et aux chantages, et
même à la persécution dure et impitoyable. Voilà la route sur
laquelle notre Rédempteur nous appelle à le suivre »36.
Préférons donc toujours dire la vérité aux autres, aussi
dure et réaliste soit-elle, que de les aduler ou les flatter afin
d’être considéré ou d’obtenir un service. Préférons aussi
défendre et faire respecter notre bonne conscience que de
nous faire aduler ou flatter par les autres au prix de notre
conscience.
36
Saint Jean Paul II, Homélie du Dimanche de Rameux, 24-03-2002.
82
VIII- LA LOI NATURELLE ET LA MATURITE HUMAINE
37
Cf. Fuentes Miguel, Las Verdades Robadas, San Rafael, 2005, p. 175-
204. Voir aussi Catéchisme de l’Eglise Catholique.
83
humaine. On assiste donc, d’une part, parmi les chrétiens, à la
diffusion d’une morale à caractère fidéiste et, de l’autre, à
l’absence de référence objective pour les législations, qui se
basent souvent uniquement sur le consensus social, de telle
sorte qu’elles rendent toujours plus difficile de parvenir à un
fondement éthique commun à toute l’humanité »38.
38
Saint Jean-Paul II, discours aux participants à l'assemblée plénière de
la congrégation pour la doctrine de la foi, vendredi, 6 février 2004.
84
Cette loi est présente dans tous les êtres vivants. Dans
les créatures irrationnelles (les plantes, les animaux) d’une
façon instinctive et irréfléchi (par exemple ils vivent
ensembles, mais ils ne savent pas ce que signifie l’amitié). Par
contre, pour les créatures rationnelles (les hommes) c’est tout-
à-fait différent : ils ont dans leur nature la même loi, mais en
plus Dieu leur donne la lumière de la raison, afin de pouvoir
découvrir et lire cette loi, et la liberté pour la réaliser. C’est ce
qu’indique le Concile Vatican II : « Au fond de sa conscience,
l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas
donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette
voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien
et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité
de son cœur : « Fais ceci, évite cela ». Car c’est une loi inscrite
par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et
c’est elle qui le jugera (cf. Rm 2, 14-16) »39.
Donc cette loi est une loi « divine » parce que
promulguée par Dieu lui-même. Mais pourquoi est-elle
« naturelle » ? Parce qu’elle :
-impose ce qui est accessible à la nature humaine
raisonnable : elle commande de faire des choses bonnes en
elles-mêmes et interdit de faire de choses mauvaises en elles-
mêmes.
-est connue par la lumière intérieure de la raison, au-
delà de toute révélation ou science particulière. Donc tous les
hommes peuvent la connaitre par le fait d’avoir la même
nature humaine.
En conclusion : la loi « divine et naturelle » (GS 89, §
1) montre à l’homme la voie à suivre pour pratiquer le bien et
atteindre sa fin. Cette loi est dite naturelle non pas en
référence à la nature des êtres irrationnels, mais parce que la
raison qui l’édicte appartient en propre à la nature humaine.
39
Cf. Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n. 16.
85
b. Contenu de la loi naturelle
40
Cf. Somme Théologique, I-II, 94, 2-3.
86
en ce sens que toute substance recherche la conservation de
son être, selon sa nature propre. Selon cette inclination, ce qui
assure « la conservation humaine » et tout ce qui empêche
le contraire, relèvent de la loi naturelle. Concrètement :
a. Droit à la légitime défense.
b. Prohibition de la mort de l’innocent (avortement,
euthanasie, etc.)
c. Amour naturel et spontané de nous-mêmes.
d. Amour des biens naturels comme la vie et la santé.
e. Recherche des moyens de subsistance : vêtement,
nourriture, maison, travail, etc.
f. Inclination à l’action et au repos nécessaire.
87
désir proprement humain et est la base de toute la science.
Concrètement :
a. Droit à une bonne éducation.
b. Droit de chercher la vérité sur Dieu et la religion :
« En vertu de leur dignité, tous les hommes, parce qu’ils sont
des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté
libre… sont pressés, par leur nature même, et tenus, par
obligation morale, à chercher la vérité, celle tout d’abord qui
concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité
dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les
exigences de cette vérité »41.
c. Droit social à l’amitié et au besoin de l’autre.
d. Interdiction du mensonge, du vol, de l’injustice, etc.
41
Dignitatis Humanae, n. 2.
42
« On ne peut nier que l’homme se situe toujours dans une culture
particulière, mais on ne peut nier non plus que l’homme ne se définit pas
tout entier par cette culture. Du reste, le progrès même des cultures montre
qu’il existe en l’homme quelque chose qui transcende les cultures. Ce «
quelque chose » est précisément la nature de l’homme : cette nature est la
mesure de la culture et la condition pour que l’homme ne soit prisonnier
d’aucune de ses cultures, mais pour qu’il affirme sa dignité personnelle
dans une vie conforme à la vérité profonde de son être. Si l’on remettait
en question les éléments structurels permanents de l’homme, qui sont
également liés à sa dimension corporelle même, non seulement on irait
contre l’expérience commune, mais on rendrait incompréhensible la
référence que Jésus a faite à « l’origine », justement lorsque le contexte
social et culturel du temps avait altéré le sens originel et le rôle de certaines
normes morales (cf. Mt 19, 1-9) » (VS, n. 53).
88
-La loi naturelle est immuable et permanente à travers
les variations de l’histoire ; elle subsiste sous le flux des idées
et des mœurs et en soutient le progrès. Les règles qui
l’expriment demeurent substantiellement valables. Même si
on renie jusqu’à ses principes, on ne peut pas la détruire ni
l’enlever du cœur de l’homme43.
Par rapport à sa fonction, la loi naturelle fournit :
-les fondements solides sur lesquels l’homme peut
construire l’édifice des règles morales qui guideront ses
choix.
-Elle pose aussi la base morale indispensable pour
l’édification de la communauté des hommes.
-Elle procure enfin la base nécessaire à la loi civile
qui se rattache à elle, soit par une réflexion qui tire les
conclusions de ses principes, soit par des additions de nature
positive et juridique.
43
Cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, n. 1958.
89
considéraient pas la criminalité comme un péché, ni même les
vices contre nature, comme le dit encore S. Paul (Rm 1,24)»44.
Cette difficulté postule justement le besoin moral de la
grâce de Dieu et de la révélation divine, afin que toutes les
vérités religieuses et morales puissent être découvertes par
tous et sans difficulté, avec une ferme certitude et sans
mélange d’erreur45.
e. Les commandements
44
Somme Théologique, I-II, 94, 6.
45
Pie XII, Humani generis, DS 3876 ; Catéchisme de l’Eglise Catholique,
n. 1960.
90
la voix de la conscience morale. Mais, une question vient à
notre esprit : est-ce que nous connaissons vraiment les dix
commandements ? Ou plutôt quelle idée avons-nous de la loi
naturelle et des commandements de Dieu ?
Malheureusement pour beaucoup l’idée qu’ils s’en
font est celle du fil de fer barbelé… la limite de notre agir.
C’est la vision réductrice des chrétiens qui n’ont rien compris
aux commandements de Dieu. Les dix commandements ne
seront jamais un fil de fer barbelé parce que leur regard est
tout-à-fait positif : ils nous montrent les « biens » qui vont
perfectionner notre nature humaine et le mal qui peut la
détruire. Nous le redisons encore une fois ils sont une
manifestation positive et privilégiée de la loi naturelle. Un
rappel de cette loi. Donc un acte miséricordieux de Dieu qui
n’abandonne jamais l’œuvre de ses mains.
Comment les connaitre ? Premièrement il faut les
savoir. Deuxièmement il faut les intérioriser et troisièmement
il faut comprendre leur intime et indissoluble connexion.
-Il faut les savoir : c’est peut-être le plus facile, même
si parfois nous rencontrons des catholiques qui ne connaissent
pas par cœur les commandements. Mais pour les savoir il faut
aussi les méditer dans notre cœur.
1er Commandement Vertu de la Foi,
Esperance, Charité et la
vertu de la religion.
2ème Commandement Vertu de louange et du
sacrée.
3ème Commandement Vertu de la recréation, du
repos et de la sobriété.
ème
4 Commandement Vertus familiales – Eglise
domestique.
ème
5 Commandement Respect et amour de la vie
humaine en toutes ses
dimensions.
6ème Commandement Vertu de la chasteté, de la
tempérance et affectivité
ordonnée.
91
7ème Commandement Vertu de la justice et de la
générosité.
8ème Commandement Vertu de la véracité et de
l’amitié.
9ème Commandement Vertu de la chasteté dans
la pensée et les désirs.
10ème Commandement Vertu de la pauvreté et de
l’humilité.
92
En dehors de cette perspective, le commandement finit par
devenir une simple obligation extrinsèque, dont on voudra
voir bien vite les limites et à laquelle on cherchera des
atténuations ou des exceptions »46.
46
Saint Jean Paul II, Evangelium Vitae, 48.
47
Saint Jean Paul II, XVIIème journée mondiale de la Jeunesse, Toronto,
25-07-2002.
93
par la crainte ; une loi de grâce, parce qu’elle confère la force
de la grâce pour agir par le moyen de la foi et des sacrements ;
une loi de liberté parce qu’elle nous fait enfin passer de la
condition du serviteur qui ignore ce que fait son Maître à celle
d’ami du Christ.
Au fond nous devons comprendre et faire comprendre
une grande vérité cachée dans les paroles de notre Seigneur :
Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui
qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père et je
l’aimerai et je me manifesterai à lui (Jn 14, 21-24). Vérité
cachée parce que beaucoup comprennent cette phrase de
façon incomplète. Notre Seigneur nous dit que le même
amour que nous avons pour lui nous poussera à aimer
également ses paroles et commandements. Il est toujours
question d’amour. Pour celui qui aime vraiment, les
commandements ne sont pas des obligations à accomplir, ou
des conditions, mais de vrais chemins d’amour et de bonheur.
Pour cela l’éducation aux dix commandements consiste aussi
dans le fait de savoir « tomber amoureux » des vertus qu’ils
nous proposent.
94
IX- LA LIBERTE VERITABLE
48
Jerzy Popieluszko, Il cammino della mia croce, p. 82-84.
95
mais il peut aussi suivre toute autre direction, et, en
poursuivant des fantômes de biens trompeurs, renverser
l’ordre légitime et courir à une perte volontaire »49.
49
Léon XIII, Libertas, 20 juin 1888.
96
concernant nos possibilités physiques ; notre mauvaise santé ;
etc. Pour trouver notre liberté il faudrait, donc, éliminer ces
contraintes et limitations. Cette façon de voir les choses
comporte certainement une part de vérité. Il y a parfois
certaines limites auxquelles il faut remédier, ou de contraintes
à franchir pour conquérir la liberté. Mais il y a aussi une
grande part d’illusion qu’il est nécessaire de démasquer, sous
peine de ne jamais goûter la liberté véritable. Même si venait
à disparaître tout ce que nous considérons dans notre vie
comme empêchement à notre liberté, cela ne nous garantit en
rien de trouver la pleine liberté à laquelle nous aspirons… Il
y a là une évidence toute simple que nous mettons bien du
temps à comprendre : tant que notre sentiment de plus ou
moins grande liberté dépend des circonstances extérieures,
c’est bien le signe que nous ne sommes pas encore vraiment
libres !
Le désir de liberté qui habite le cœur de l’homme
contemporain se traduit souvent par une autre illusion : la
tentative désespérée pour franchir les limites dans lesquelles
il se considère comme enfermé. On veut aller toujours plus
loin, plus vite, avoir une plus grande puissance de transformer
la réalité… Non content de faire de l’alpinisme «normal», on
se lance dans l’alpinisme «extrême», jusqu’au jour où l’on va
un peu trop loin, et l’exaltante aventure se conclut par une
chute mortelle. Ce côté suicidaire d’une certaine recherche
de liberté est malheureusement déjà présent depuis
l’adolescence. Combien de jeunes tués par des excès de
vitesse ou des overdoses d’héroïne, à cause d’une aspiration à
la liberté qui n’a pas su trouver les chemins authentiques pour
se réaliser ! »50.
2. Juste conception de liberté
La liberté est donc la capacité de la créature rationnelle
d’aller par soi-même vers sa fin ultime : Dieu. Cette liberté
implique aussi la capacité de choisir les moyens qui nous
50
Jacques Philippe, La liberté intérieure, EDB, 2002.
97
conduisent le mieux vers la fin. Cette liberté est l’union de
l’intelligence et de la volonté, pour cela elle a été aussi définie
comme « volonté raisonnée » ou « raison volontaire ».
Saint Thomas explique : « Pour établir la preuve de la
liberté, considérons d’abord que certains êtres agissent sans
aucun jugement, comme la pierre qui tombe vers le bas, et tous
les êtres qui n’ont pas la connaissance. - D’autres êtres agissent
d’après un certain jugement, mais qui n’est pas libre. Ainsi les
animaux, telle la brebis qui, voyant le loup, juge qu’il faut le
fuir ; c’est un jugement naturel, non pas libre, car elle ne juge
pas en rassemblant des données, mais par un instinct naturel.
Et il en va de même pour tous les jugements des animaux. -
Mais l’homme agit d’après un jugement ; car, par sa faculté de
connaissance, il juge qu’il faut fuir quelque chose ou le
poursuivre. Cependant ce jugement n’est pas l’effet d’un
instinct naturel s’appliquant à une action particulière, mais d’un
rapprochement de données opéré par la raison ; c’est pourquoi
l’homme agit selon un jugement libre, car il a la faculté de se
porter à divers objets… Or, les actions particulières sont
contingentes ; par suite le jugement rationnel qui porte sur elles
peut aller dans un sens ou dans un autre, et n’est pas déterminé
à une seule chose. En conséquence, il est nécessaire que
l’homme ait le libre arbitre, par le fait même qu’il est doué de
raison »51.
Donc notre liberté est ordonnée à un but déjà
déterminé par Dieu lui-même : la félicité éternelle. Pour cela
il faut dire que la définition de la liberté en tant que capacité
de faire ce que l’on veut, d’agir comme on veut et de choisir
entre les multiples possibilités présentes dans nos vies sans
aucun but à poursuivre, est une falsification de la liberté.
Or, la vraie liberté est la capacité que nous avons
d’utiliser notre intelligence et notre volonté et autant que
possible aussi nos affections et nos passions afin de rejoindre
le but qui perfectionne notre nature humaine. Pour cela la
51
Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, q. 83, a. 1.
98
vraie liberté ne peut pas signifier choisir positivement entre le
bien et le mal, puisque le mal ne peut pas perfectionner notre
nature humaine. Matériellement nous pouvons choisir le mal,
seulement quand on y voit une apparente raison de bien (telle
la personne qui au désert boit de l’eau pourrie afin de calmer
sa soif), mais cela est toujours un défaut et un danger de notre
liberté. Léon XIII nous dit encore : « Néanmoins, chacune de
ces deux facultés (intelligence et volonté) ne possédant point
la perfection absolue, il peut arriver et il arrive souvent que
l’intelligence propose à la volonté un objet qui, au lieu d’une
bonté réelle, n’en a que l’apparence, une ombre de bien, et
que la volonté pourtant s’y applique ».
Qu’un avion puisse tomber ne veut pas dire que dans
sa nature même soit compris le fait de tomber, autrement
personne ne prendrait l’avion. De même, la liberté a été faite
pour choisir le bien qui nous perfectionne, même si parfois
elle fait défaut et tombe dans le mal (le péché). Saint Thomas
d’Aquin s’est occupé souvent et longuement de cette
question ; et de sa doctrine il résulte que la faculté de pécher
n’est pas une liberté, mais une servitude. Très subtile est son
argumentation sur ces mots du Sauveur Jésus : Celui qui
commet le péché est l’esclave du péché (Jn 8, 34)52.
3. Menaces à la liberté
52
« Tout être est ce qui lui convient d’être selon sa nature. Donc, quand il
se meut par un agent extérieur, il n’agit point par lui-même, mais par
l’impulsion d’autrui, ce qui est d’un esclave. Or, selon sa nature, l’homme
est raisonnable. Donc, quand il se meut selon la raison, c’est par un
mouvement qui lui est propre qu’il se meut, et il agit par lui-même, ce qui
est le fait de la liberté ; mais, quand il pèche, il agit contre la raison, et
alors c’est comme s’il était mis en mouvement par un autre et qu’il fût
retenu sous une domination étrangère : c’est pour cela que celui qui
commet le péché est esclave du péché » ([Link].).
99
-A cause de l’intelligence. Comme nous l’avons déjà
dit la liberté est la volonté illuminée par l’intelligence. Or, si
notre intelligence n’illumine pas bien, mauvais sera l’usage
de notre liberté. Cela arrive lorsque notre intelligence est
envahie par l’ignorance : l’ignorance de la loi naturelle,
résumée dans les dix commandements, l’ignorance des
obligations de notre devoir d’état, l’ignorance des
commandements de l’Eglise et de son enseignement, etc.
Mais attention, il y a quelques-uns qui sont ignorants par
paresse et négligence et d’autres, pire encore, qui veulent
volontairement rester dans l’ignorance afin de vivre la vie
plus tranquillement.
-A cause de la volonté elle-même (elle est le siège
principal de la liberté). Cela arrive lorsque nous sommes
touchés par de mauvaises habitudes qui nous conduisent au
péché. Il faut savoir que les « vices » maintiennent inclinée la
volonté à agir mal. Certainement les vices nous rendent
esclaves, ils nous enchainent à une mauvaise façon d’agir.
-A cause de nos passions et de nos affections
désordonnées. Principalement deux : la peur et la
concupiscence.
La peur emprisonne la personne. Elle en est paralysée
et en conséquence ne peut pas agir (celui par exemple qui, par
peur de perdre son travail, ne dit jamais la vérité). « Le
problème essentiel pour la libération de l’homme et de la
Nation, prêchait le Père Popieluszko, est de surmonter la peur.
Car la peur naît de la menace. Nous surmontons la peur,
lorsque nous acceptons la souffrance ou la perte de quelque
chose au nom de valeurs supérieures. Si la vérité devient pour
nous une valeur pour laquelle nous acceptons de souffrir, de
prendre des risques, alors nous surmontons la peur qui est la
cause directe de notre esclavage ».
La concupiscence, par contre, est une forte inclinaison
à un bien matériel ou sensible : le plaisir sexuel, la nourriture,
la boisson, la drogue, l’argent ou le pouvoir. Impossible de
tenir des propos de vie chrétienne pour celui qui vit attaché
aux inclinaisons de la concupiscence.
100
-Finalement notre liberté peut être limitée par la
violence, mais seulement dans l’action externe et jamais dans
le consentement interne. On peut nous enfermer dans une
prison parce que nous sommes chrétiens, mais on ne pourra
jamais nous faire tomber dans l’apostasie de la foi. Ils peuvent
abuser physiquement une fille, mais ne pourront jamais
obtenir son consentement pour la faire pêcher contre la
chasteté. Donc notre liberté intérieure reste toujours
inviolable. Seul Dieu peut y accéder. Le Bienheureux
Popieluszko écrivait encore : « L’homme qui témoigne de la
vérité est un homme libre même dans des conditions
extérieures d’esclavage, même dans un camp, dans une
prison ».
4. Comment faire pour vivre la vraie liberté ?
101
Léon XIII affirme : « La condition de la liberté humaine étant
telle, il lui fallait une protection, il lui fallait des aides et des
secours capables de diriger tous ses mouvements vers le bien
et de les détourner du mal : sans cela, la liberté eût été pour
l’homme une chose très nuisible. Et d’abord une Loi, c’est-à-
dire une règle de ce qu’il faut faire ou ne pas faire, lui était
nécessaire… Mais les êtres qui jouissent de la liberté ont par
eux-mêmes le pouvoir d’agir, d’agir de telle façon ou de telle
autre, attendu que l’objet de leur volonté, ils ne le choisissent
que lorsqu’est intervenu ce jugement de la raison dont Nous
avons parlé. Ce jugement nous dit, non seulement ce qui est
bien en soi ou ce qui est mal, mais aussi ce qui est bon et, par
conséquent, à réaliser, ou ce qui est mal et, par conséquent, à
éviter. C’est, en effet, la raison qui prescrit à la volonté ce
qu’elle doit chercher ou ce qu’elle doit fuir, pour que l’homme
puisse un jour atteindre cette fin suprême en vue de laquelle
il doit accomplir tous ses actes. Or, cette ordination de la
raison, voilà ce qu’on appelle la loi » (Libertas).
Malheureusement beaucoup de ceux qui ont voulu se
moquer de la loi morale de l’esprit et en vivre dehors, ont finit
tragiquement leur vie : dépression, suicide, folie, frustration,
addiction, etc.
b. Vivre dans la vérité de l’instant présent. Suivant
une idée de Jacques Philippe dans sa « liberté intérieure »,
une des conditions les plus nécessaires pour faire bon usage
de la liberté intérieure est la capacité de vivre l’instant présent.
Nous n’avons aucune prise sur notre passé, nous ne
pouvons pas changer un iota, tous les scénarios imaginables
par lesquels nous essayons parfois de revivre un événement
passé que nous regrettons (j’aurais dû faire ceci, j’aurais dire
cela …) ne sont que du vent : il n’est pas possible remonter le
cours du temps. Le seul acte de liberté que nous puissions
poser à l’égard de notre passé est de l’accepter tel qu’il a été,
et de le remettre à Dieu avec confiance. Et nous avons très
peu de prise sur l’avenir. Nous savons très bien que, quelles
que soient nous prévoyances, nos planifications et nos
assurances, il suffit de peu de choses pour que rien n’aille
102
comme prévu. L’unique chose qui nous appartient, en fin de
compte, est le moment présent. Il est le seul lieu où nous
pouvons vraiment poser des actes libres, car il n’y a que dans
l’instant présent que nous sommes en contact avec le réel.
C’est vrai que l’on peut vivre de manière tragique le
caractère fugace de l’instant présent, et le fait que ni le passé
ni le futur ne nous appartiennent pas vraiment (c’est le cas de
l’existentialisme athée). Mais si l’on se situe dans une
perspective de foi et d’espérance chrétienne, l’instant présent
se révèle à nous comme riche d’une grâce et d’un réconfort
immense. Pourquoi ?
L’instant présent est d’abord celui de la présence de
Dieu : Dieu est l’éternel présent. Notre sentiment de vide, de
frustration, l’impression de manquer de telle ou telle chose
vient souvent simplement du fait que nous vivons dans le
passé (par des regrets, des déceptions), ou dans l’avenir (par
des peurs ou des attentes vaines) au lieu d’habiter chaque
seconde en l’accueillant telle qu’elle est, riche d’une présence
de Dieu qui, si nous y adhérons avec foi, nous fortifie et nous
nourrit.
Dans l’instant présent, à cause de cet amour infiniment
miséricordieux dont le Père m’aime, j’ai toujours la
possibilité de repartir à zéro… mon passé est dans les mains
de la Miséricorde divine, qui peut tirer profit de tout, du bien
comme du mal ; et mon avenir entre les mains de la divine
Providence, qui n’oubliera point. Vivre l’instant présent dilate
le cœur et nous rend vraiment libre. C’est une attitude
fondamentale dans la vie spirituelle.
Le grand converti G.K. Chesterton, dans l’Eglise
Catholique et la conversion, écrivait : « Nous n’avons pas
besoin d’une religion qui ait raison là où nous avons déjà
raison. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une religion qui ait
raison lorsque nous avons tort. Pour ce qui est des modes
contemporains, il ne s’agit pas d’avoir une religion qui nous
accorde la liberté, mais (dans le meilleur des cas) de
bénéficier d’une liberté qui nous permette d’avoir une
religion».
103
Questions complémentaires
104
pensées et des opinions. Je le cite : « La libre communication
des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux
de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer
librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les
cas déterminés par la loi».
L’article 14 nous permet de discerner les abus de cette
liberté : « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit
pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque
homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres
membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces
limites ne peuvent être déterminées que par la loi».
Ces principes, conduisent à un équilibre délicat qui
engage la responsabilité de chacun. Ainsi particulièrement
pour les journalistes, l’exercice de cette liberté engage leur
responsabilité vis-à-vis du public. Cette responsabilité
comporte des droits comme des devoirs. En effet, dans le
préambule de la Déclaration des droits et des devoirs des
journalistes, l’on trouve ceci : « La mission d’information
comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-
mêmes s’imposent spontanément ».
On peut donc citer quelques règles de limites
d’ordre général53 :
Limite 1 – Ne pas porter atteinte à la vie privée et au
droit à l’image d’autrui (voir les règles sur Vie privée et
internet et Image et vidéo).
Limite 2 – Ne pas tenir certains propos interdits par la
loi : l’incitation à la haine raciale, ethnique ou religieuse,
l’apologie de crimes de guerre, les propos discriminatoires,
l’incitation à l’usage de produits stupéfiants, le
négationnisme.
Limite 3 – Il existe également des limites spécifiques
telles que le secret professionnel, le secret des affaires et le
secret de défense.
53
Cf. Eduscol, Portail national des professionnels de
l’éducation, [Link]
105
Limite 4 – Certaines personnes, en raison de la
fonction qu’elles occupent, sont tenues à un « devoir de
réserve ». C’est le cas des fonctionnaires qui doivent exprimer
leurs opinions de façon prudente et mesurée, de manière à ce
que l’extériorisation de leurs opinions, notamment politiques,
soit conforme aux intérêts du service public et à la dignité des
fonctions occupées. Plus le niveau hiérarchique du
fonctionnaire est élevé, plus son obligation de réserve est
sévère.
Mes ces premières règles générales sont incomplètes
sans celles qui proviennent de la loi naturelle et de la dignité
de tout être humain. Nous suivons de façon résumée
l’enseignement du catéchisme de l’Eglise catholique.
Le respect de l’âme d’autrui : le scandale (CIC, 2284-87)
Le scandale est l’attitude ou le comportement qui
portent autrui à faire le mal. Celui qui scandalise se fait le
tentateur de son prochain. Il porte atteinte à la vertu et à la
droiture. Le scandale constitue une faute grave si par action
ou omission il entraîne délibérément autrui à une faute grave.
Le scandale revêt une gravité particulière en vertu de
l’autorité de ceux qui le causent ou de la faiblesse de ceux qui
le subissent. Le scandale est grave lorsqu’il est porté par ceux
qui, par nature ou par fonction, sont tenus d’enseigner et
d’éduquer les autres.
Le scandale peut être provoqué par la loi ou par les
institutions, par la mode ou par l’opinion. Ainsi se rendent
coupables de scandale ceux qui instituent des lois ou des
structures sociales menant à la dégradation des mœurs et à la
corruption de la vie religieuse, ou à des « conditions sociales
qui, volontairement ou non, rendent ardue et pratiquement
impossible une conduite chrétienne conforme aux
commandements » (Pie XII, discours 1er juin 1941). Il en va
de même pour ceux qui, manipulant l’opinion publique, la
détournent des valeurs morales.
106
Le respect de la réputation d’autrui (CIC, 2475-2487)
Le respect de la réputation des personnes interdit
toute attitude et toute parole susceptibles de leur causer un
injuste dommage. Se rend coupable
– de médisance celui qui, sans raison objectivement
valable, dévoile à des personnes qui l’ignorent les défauts et
les fautes d’autrui.
– de calomnie celui qui, par des propos contraires à la
vérité, nuit à la réputation des autres et donne occasion à de
faux jugements à leur égard.
Médisance et calomnie détruisent la réputation et
l’honneur du prochain. Or, l’honneur est le témoignage social
rendu à la dignité humaine, et chacun jouit d’un droit naturel
à l’honneur de son nom, à sa réputation et au respect. Ainsi,
la médisance et la calomnie lèsent-elles les vertus de justice
et de charité.
Est à proscrire toute parole ou attitude qui,
par flatterie, adulation ou complaisance, encourage et
confirme autrui dans la malice de ses actes et la perversité de
sa conduite.
Constitue également une faute contre la vérité
l’ironie qui vise à mépriser ou discréditer quelqu’un en
caricaturant, de manière malveillante, tel ou tel aspect de son
comportement.
Finalement le mensonge est l’offense la plus directe à
la vérité. Mentir, c’est parler ou agir contre la vérité pour
induire en erreur. En blessant la relation de l’homme à la
vérité et au prochain, le mensonge offense la relation
fondatrice de l’homme et de sa parole au Seigneur. La gravité
du mensonge se mesure selon la nature de la vérité qu’il
déforme, selon les circonstances, les intentions de celui qui le
commet, les préjudices subis par ceux qui en sont victimes.
Concrètement…
Donc, celui qui parle, écrit ou transmet, exerce une
responsabilité qui ne peut que susciter une interrogation
107
préalable : Quelle est mon intention ? Quelles seront les
conséquences de mon engagement ? Quel peut être l’effet
produit et induit ? La réponse à cette interrogation ne peut être
que probable. En effet, la parole, comme le texte produit
cessent en grande partie d’être maîtrisés dès qu’ils sont passés
dans l’espace public. Ils peuvent être reçus dans leur
intégralité, dans la compréhension de leur logique interne,
mais ils peuvent aussi voir leur argumentation simplifiée ou
déformée, par l’amplification d’une incise ou d’un élément
particulier.
Pour cela à la demande « La liberté d’expression a-t-
elle des limites ? » Il faut répondre : certainement. En effet,
en chacun et en chacune d’entre nous, il est une part intime
qui constitue tout à la fois la grandeur et la fragilité des
hommes et des femmes. Qui parmi nous, ne connaît pas
l’intime de l’être aimé, cet intime qui, lorsqu’il est moqué ou
détruit, souffre d’une douleur qui s’apparente à celle d’un
viol, qui peut bouleverser et entraîner durablement
l’effondrement de la personne ?
Pouvons-nous critiquer la pensée religieuse?
108
Existe la liberté d’expression et donc de la
critique…oui. Mais ils ne sont pas des droits absolus. Tout
droit humain a deux limitations : la loi naturelle (la dignité de
la personne humaine) et la divinité. Dans la loi naturelle, il
existe le respect de l’intimité d’une personne (droit naturel).
Or la religiosité touche l’intime d’une personne.
Ici il faut faire une petite différence : les principes
fondateurs donnés par Jésus-Christ et les apôtres sous son
autorité qui permettent le développement de la pensée
chrétienne (la foi et la morale) et la pratique religieuse (qui
parfois ne s’accordent pas avec les principes de la foi
chrétienne). Les premiers, les dogmes de la foi, nous les
acceptons avec une soumission amoureuse et obéissance
filiale. Ils ne sont pas critiquables. En revanche la pratique
religieuse peut surtout lorsque des déviations se produisent
être critiquée, examinée et corrigée.
Donc en générale on peut dire que : on peut et on doit
dénoncer l’erreur et le mensonge. On peut ne pas être
d’accord sur certains aspects d’une religion déterminée, on
peut critiquer peut-être les attitudes des personnes qui vivent
mal leur religiosité. Mais une critique est faite pour être
constructive. En effet on définit la critique comme
« l’exercice de l’intelligence à démêler le vrai du faux, le bon
du mauvais, le juste de l'injuste en vue d'estimer la valeur
de l'être ou de la chose qu'on soumet à cet examen ». Si par
contre, la critique, insulte et blasphème, elle se moque du
sacré, elle est superficielle et parfois infondée, elle n’est plus
constructive, mais destructive. Elle ne vient pas de Dieu. Ce
n’est plus une critique dans la fraternité. Mais attention, Jésus-
Christ nous met en garde, « Qu’as-tu à regarder la paille dans
l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à
toi, tu ne la remarques pas ? Comment peux-tu dire à ton
frère : “Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton
œil”, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le
tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors
tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton
frère ». La bonne critique commence par soi-même. Qui n’a
109
pas le courage de s’autocritiquer profondément, avec quel
droit critique-t-il les autres ?
Certes, les réactions sont différentes devant une
critique constructive de quelqu’un qui veut un bien pour nous,
à une soit disant « critique » qui objectivement parlant
dénigre, se moque et insulte notre religiosité. Cependant face
à cette attitude, la réponse ne peut jamais être violente ou
assassine. Le Christ nous apprend la juste réponse: «… Vous
avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu
haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis,
bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui
vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui
vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est
dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et
sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les
injustes.… » (Mt 5, 43-45).
Les évêques de France se demandaient, après les
attentats de Nice (octobre 2020) où trois catholiques ont
perdus la vie dans une église. « Et si avant de critiquer
« …nous commencions par le respect et la fraternité? La
liberté doit être défendue, sans faiblesse. Est-ce à dire que la
liberté d’expression ne doit connaître aucune retenue vis-à-vis
d’autrui et ignorer la nécessité du débat et du dialogue ? Oui,
les croyants, comme tous les citoyens, peuvent être blessés
par des injures, des railleries et aussi par des caricatures
offensantes. Plus qu’à des lois supplémentaires, nous invitons
chacun, en conscience, au respect. Nous devons en tenir
compte dans nos comportements individuels et collectifs,
personnels et institutionnels. Nous vous partageons notre
conviction profonde : la liberté grandit quand elle va de
pair avec la fraternité. Comme le dit Saint-Paul : « ‘Tout est
permis ‘, dit-on, mais […] tout n'est pas bon’, ‘Tout est
permis, mais tout n’est pas constructif’. Que personne ne
cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui » (1 Cor 10,
23-24) ».
110
X- LE SERMON SUR LA MONTAGNE
1. Situation historique
54
Avant les découvertes de 1935 ont montré erronément aux pèlerins la
montagne des Béatitudes sur le chemin de Nazareth à Capharnaüm, là où
se dressent deux hauteurs conjuguées que les autochtones appellent les
Cornes d’Hattin : lieu tristement célèbre par le sanglant désastre du 4
juillet 1187, qui fit tomber la vraie Croix aux mains des musulmans, avec
Saladin à leur tête et mit fin au royaume des croisés de Jérusalem. Dans
l’ignorance de l’endroit du Sermon, on ne pouvait pas choisir un site plus
pittoresque que les Cornes d’Hattin. Ce lieu était très accessible aux
111
centaine de mètres du sanctuaire de Tabgha les fouilles ont
permis de retrouver en 1935 des vestiges de quelques édifices.
Ils faisaient partie d’une église et d’un monastère du IVème ou
du Vème siècles. La chapelle, de sept mètres de haut par quatre
de large, construite au-dessus d’une petite grotte, était-elle-
même une autre grotte naturelle, à laquelle on avait donné une
forme carrée grâce à la maçonnerie. De nombreuses
inscriptions couvraient le crépi des murs et le sol était pavé de
mosaïques.
Entre 1937 et 1938, en respectant cette tradition, on
construisit le sanctuaire actuel des Béatitudes mais, pour avoir
une vue panoramique sur la mer de Génésareth, on choisit un
emplacement plus élevé, à quelques deux cents mètres sur la
surface du lac et à deux kilomètres de l’ancienne localisation.
Il s’agit d’une église octogonale, couverte d’une coupole au
tambour svelte et entourée d’un vaste parvis couvert qui
atténue la lumière et la chaleur du soleil. À l’intérieur, les
lignes des éléments sont simples : au centre, l’autel, couronné
par une archivolte en albâtre ; derrière, le tabernacle est
installé sur un piédestal en porphyre, décoré aux scènes de la
Passion, en bronze dorée sur des fonds de lapis-lazuli. Sur le
tambour, il y a huit vitraux où sont inscrites les paroles des
Béatitudes. L’espace est coiffé d’une coupole toute dorée.
2. Le sermon sur la montagne
Saint Augustin écrivait dans son commentaire au
Sermon sur la montagne :
« En étudiant avec piété et avec prudence le sermon
que Notre-Seigneur Jésus-Christ a prononcé sur la montagne,
tel que nous le lisons dans l’évangile selon saint Matthieu, on
y trouvera, je pense, tout ce qui regarde les bonnes mœurs, un
parfait modèle de la vie chrétienne. Je ne m’aventure point en
disant cela, mais je me fonde sur les paroles mêmes du
Seigneur. En effet, en concluant ce discours, le Sauveur laisse
112
entendre qu’il y a renfermé tous les préceptes propres à former
notre vie, puisqu’il dit : «Donc, quiconque entend ces paroles
que je publie et les accomplit, je le comparerai à un homme
sage qui a bâti sa maison sur la pierre; la pluie est descendue,
les fleuves se sont débordés, les vents ont soufflé et sont venus
fondre sur cette maison ; et elle n’a pas été renversée, parce
qu’elle était fondée sur la pierre. Mais quiconque entend ces
paroles que je dis et ne les accomplit pas, je le comparerai à
un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable ; et la pluie
est descendue, les fleuves se sont débordés, les vents ont
soufflé, et sont venus fondre sur cette maison ; et elle s’est
écroulée, et sa ruine a été grande». …Le Seigneur a assez
indiqué, ce me semble, que les paroles qu’il a prononcées sur
la montagne peuvent imprimer à la conduite de ceux qui
veulent les mettre en pratique une perfection telle qu’on
pourra justement les comparer à un homme qui bâtit sur la
pierre. Je dis ceci pour montrer que ce discours renferme
toutes les règles de la perfection chrétienne… »55.
Le sermon de la montagne ne contient qu’un bref
résumé du discours de Jésus. Les évangélistes n’en gardé que
la substance. Jamais orateur populaire, désireux d’instruire un
énorme auditoire, n’aurait condensé tant d’idées en si peu de
phrases. Comme le dit saint Augustin, il s’agit d’une règle de
perfection proposée à tous les candidats au royaume de Dieu
et à tous ceux qui veulent en prendre l’esprit.
Le sermon de la montagne a un but, un plan, une suite.
Quelle en est l’idée maitresse ? Le thème essentiel est l’esprit
chrétien opposé à l’esprit judaïque et pharisien. Jésus le
définit par un double contraste : en l’opposant d’abord à
l’ancienne loi, que la loi de la grâce corrige, complète et
transforme ; ensuite à l’idéal de perfection chrétienne.
Assis dans l’attitude du maitre qui enseigne, il faut
noter que Jésus s’adresse à ses disciples, non pas seulement
55
Saint Augustin, Explication du Sermon de la Montagne.
[Link]
[Link]/saints/augustin/comecr2/[Link]
113
aux Douze, mais à tous ceux parmi lesquels les Douze ont été
choisis. C’est un chemin donc ouvert à tous. Les auditeurs
comprendront ce qu’ils pourront et le peu qu’ils auront
compris fera naitre en eux le désir d’en apprendre davantage.
Ayant donc levé les yeux au ciel, pour montrer que sa doctrine
lui vient d’en haut, il les abaisse ensuite sur ces disciples et
leur parle du profond de son cœur : Il leur propose les biens
qui perfectionnent la nature humaine (les vertus) et le chemin
vers le ciel. Ainsi saint Augustin confirme :
« Après avoir ainsi exhorté ses auditeurs à se préparer
à tout souffrir pour la vérité et la justice… le Seigneur
commence à les éclairer et à leur apprendre ce qu’ils doivent
enseigner ; c’est comme s’ils lui eussent demandé : Nous
sommes prêts à tout souffrir pour votre nom, à ne point cacher
votre doctrine : mais quelle est donc cette doctrine que vous
nous défendez de cacher, et pour laquelle vous nous ordonnez
de tout souffrir? Allez-vous donc contredire ce qui est écrit
dans la loi ? Non, leur répond-il : « Ne pensez pas que je dois
abolit la Loi et les prophètes ; je ne suis pas venu les abolir,
mais les accomplir ». Cette sentence renferme deux sens…
Celui qui dit : Je ne suis pas venu pour abolir la loi, mais
l’accomplir entend ou qu’il ajoutera à la Loi ce qui lui
manque, ou qu’il accomplira ce qu’elle renferme ».
Le chemin à emprunter :
- qui passe par la Porte étroite du salut
114
– qui produit forcement des bons fruits
– qui est accomplissement de la volonté de Dieu
Il s’agit donc de la nouvelle loi de Jésus-Christ :
chemin de véritable amour et de sainteté. « Je ne suis pas venu
abolir, mais accomplir la loi »
115
c - La Providence divine contre les soucis personnels
Dieu ou les richesses. Ne pas évangéliser pour vivre,
mais vivre pour évangéliser : « Cherchez premièrement le
royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront
données par surcroît». Ainsi, par exemple, nous ne devons pas
évangéliser pour manger, mais manger pour évangéliser ; car
évangéliser pour manger, ce serait mettre l’Évangile au-
dessous des aliments » (St. Augustin).
116
3ème Commandement Vertu de la recréation, du
repos et de la sobriété.
117
point le prochain, et par là même ne résiste pas : ce qui
constitue proprement la douceur.
118
3. L’amour de la loi de Jésus-Christ
56
Saint Jean Paul II, XVIIème journée mondiale de la Jeunesse, Toronto,
25-07-2002.
119
Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui
qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père et je
l’aimerai et je me manifesterai à lui (Jn 14, 21-24). Vérité
cachée parce que beaucoup comprennent cette phrase de
façon incomplète. En effet Notre Seigneur est en train de nous
dire que le même amour que nous avons pour lui nous
poussera à aimer également ses paroles et commandements. Il
est toujours question d’amour. Pour celui qui aime vraiment,
les commandements et la loi évangélique ne sont pas des
obligations à accomplir, ou des conditions imposées, mais un
véritable et unique chemin d’amour et de bonheur. Pour cela
l’éducation aux dix commandements et à la loi évangélique
consiste principalement dans le fait de savoir « tomber
amoureux » des vertus qu’ils nous proposent. C’est un chemin
de maturation et de perfection spirituelle et psychologique.
Mais ce n’est pas un chemin extraordinaire, bien au contraire
tout-à-fait ordinaire et donc accessible.
4. Conclusion
120
ténébreuses, car la pluie n’a pas d’autre signification, quand
on la prend en mauvais sens ; ni les critiques des hommes,
que l’on compare aux vents ; ni l’entraînement des
concupiscences charnelles qui inonde, pour ainsi dire, la
terre. En effet, voilà les trois genres d’adversité qui abattent
l’homme que la prospérité séduit, mais on n’a rien à en
craindre quand on a une maison, fondée sur la pierre, c’est-à-
dire, quand on ne se contente pas d’entendre les ordres du
Seigneur, mais qu’on les accomplit. Celui au contraire qui les
entend et ne les accomplit pas, est grandement exposé à tous
ces périls : car il n’a pas de fondement solide ; en entendant
et en n’accomplissant pas, il élève un édifice ruineux… ».
57
Cf. Charles-Augustin Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. III, 1888, p.
246-247.
121
comme un écho affaibli de l’admiration enthousiaste que le
sermon sur la montagne souleva chez ses premiers auditeurs.
Le vénérable Pie XII disait : « Celui qui appartient à
la milice du Christ - qu’il soit ecclésiastique ou laïque – ne
devrait-il pas se sentir stimulé et excité à une plus grande
vigilance, à une défense plus résolue, quand il voit augmenter
sans cesse les rangs des ennemis du Christ, quand il s’aperçoit
que les porte-paroles de ces tendances, reniant ou tenant en
oubli dans la pratique les vérité vivificatrices et les valeurs
contenues dans la foi en Dieu et au Christ, brisent d’une main
sacrilège les tables des commandements de Dieu pour les
remplacer par des tables et des règles d’où est bannie la
substance morale de la révélation du Sinaï, l’esprit du Sermon
sur la Montagne et de la Croix ?58.
***
Osez donc, chers jeunes, cette loi évangélique. Soyez
enthousiaste vous aussi de la vivre. C’est le chemin vers
l’éternité, le contraire c’est le chemin de la médiocrité… et
peut être aussi celui de la perdition.
58
Cf. Pie XII, Summi pontificatus.
122
CONCLUSION
123
Et aussi l’une de ses dernières recommandations :
«Notre Patrie n’est pas de ce monde ; après quelques années
passées ici-bas, nous devons abandonner cette terre pour
suivre Notre-Seigneur, si nous Lui sommes restés fidèles.
Quelle erreur, quelle folie de s’attacher aux choses d’ici-bas,
en dehors de la Volonté de Dieu, jusqu’à l’offenser,
transformant ainsi en obstacle ce qu’Il a mis à notre
disposition pour parvenir à la Vie éternelle !».
124