WFP 0000006492
WFP 0000006492
Avril 2012
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Côte d’Ivoire – Evaluation de la sécurité alimentaire en situation d’urgence
Rapport préparé par Touré Moustapha (sous la coordination), Sylla Moyabi, Affeli Wilfried,
Anon Bertin, Tapé Christian, Yapo Assi, Tanontchi Abou, Amani Michel, Samassi Daouda
Avril 2012
1
Côte d’Ivoire – Evaluation de la sécurité alimentaire en situation d’urgence
2
Table des matières
LISTE DES TABLEAUX ....................................................................................................................... 4
LISTE DES GRAPHIQUES .................................................................................................................. 4
LISTE DES ANNEXES ......................................................................................................................... 4
Résumé exécutif .................................................................................................................................... 6
1. Justification et objectifs de l’évaluation ................................................................................... 12
1.1 Une économie fragilisée par plusieurs années d’instabilité sociopolitique ............... 12
1.2 Des élections sources de tensions ..................................................................................... 13
1.3 De la crise politique à la crise humanitaire ..................................................................... 13
1.4 Objectifs de l’évaluation .................................................................................................... 15
2. Méthodologie de l’évaluation ................................................................................................... 16
2.1 Cadre institutionnel de l’évaluation ................................................................................ 16
2.2 Cadre conceptuel de l’analyse de la sécurité alimentaire ............................................. 16
2.3 Echantillonnage .................................................................................................................. 17
2.4 Outils de collecte des données .......................................................................................... 19
2.5 Limites de l’étude ............................................................................................................... 20
3. Démographie, mouvements de population et accès aux services sociaux de base ........... 21
3.1 Caractéristiques démographiques des ménages ............................................................ 21
3.2 Mouvements de populations et présence de déplacés .................................................. 21
3.3 Accès aux services sociaux de base .................................................................................. 22
4. Assistance humanitaire : sécurité alimentaire et moyens d’existence ................................ 23
4.1 Distributions alimentaires ................................................................................................. 23
4.2 Transferts monétaires et coupons .................................................................................... 24
4.3 Appuis agricoles ................................................................................................................. 25
5. Analyse de la sécurité alimentaire ........................................................................................... 26
5.1 Marchés, évolution des prix et des termes de l’échange.............................................. 26
5.2 Analyse des disponibilités alimentaires .......................................................................... 28
5.3 Situation nutritionnelle ...................................................................................................... 31
5.4 Analyse de la sécurité alimentaire des ménages ............................................................ 32
5.5 Causes de l’insécurité alimentaire.................................................................................... 34
5.6 Profil des ménages en insécurité alimentaire ................................................................. 36
6. Analyse prévisionnelle, scénario le plus probable et chiffres de populations ................... 43
6.1 Analyse prévisionnelle ...................................................................................................... 43
6.2 Scénario le plus probable................................................................................................... 45
6.3 Estimation du nombre de personnes exposées au scénario le plus probable ............ 48
6 Conclusion et recommandations .............................................................................................. 51
Annexes................................................................................................................................................ 52
3
LISTE DES TABLEAUX
4
SIGLES ET ABREVIATIONS
AGR : Activités génératrices de revenus
APO : Accord Politique de Ouagadougou
AUPC Aide d’Urgence Post-Conflit
BAD Banque Africaine de Développement
BCEAO: Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest
CAP : Consolidated Appeal Process (en français Processus d’Appel Consolidé)
CEDEAO : Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
CEI : Commission Electorale Indépendante
CICR Comité International de la Croix Rouge
CILSS : Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel
DSRP : Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté
ENV : Enquête sur le Niveau de Vie des Ménages
ESASU : Evaluation de la Sécurité Alimentaire en Situation d’Urgence
FAFN : Forces Armées des Forces Nouvelles
FANTA : Food And Nutrition Technical Assistance
FAO : Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation
FDS : Forces de Défense et de Sécurité
FMI : Fonds Monétaire International
FN : Forces Nouvelles
FRCI : Forces Républicaines de Côte d’Ivoire
FRPC : Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance
FSMS : Food Security Monitoring System (Système de suivi de la sécurité alimentaire)
IAM : Insécurité alimentaire modérée
IAS : Insécurité alimentaire sévère
IHPC : Indice Harmonisé des Prix à la Consommation
INS : Institut National de la Statistique
MICS : Multiple Indicators Cluster Survey (Enquête par grappes à Indicateurs Multiples)
OMS : Organisation Mondiale de la Santé
ONG : Organisation non-gouvernementale
ONU : Organisation des Nations Unies
PAM Programme Alimentaire Mondial
PDA Personnal Digital Assistant
PIB : Produit Intérieur Brut
PND Plan National de Développement
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PPTE : Pays Pauvre Très Endetté
RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitation
SA : Sécurité alimentaire
SAP : Système d’Alertes Précoces
SCA : Score de consommation alimentaire (Food consumption score)
SMART : Standardized Monitoring Assessment of Relief and Transitions
UA : Union Africaine
UEMOA : Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine
UNICEF : Fonds des Nations Unies pour l’Enfance
VCF : Vivres contre formation
VCT : Vivres contre travail
5
Résumé exécutif
Entre décembre 2010 et avril 2011, le conflit armé né de la crise postélectorale a entraîné de
nombreuses pertes en vies humaines et des déplacements massifs de populations, tant à
l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les estimations1 en date du 20 février 2012 faisaient état de
95 414 ivoiriens qui seraient encore réfugiés dans les pays de la sous-région, principalement au
Libéria (73%) et au Ghana (10%). Selon les mêmes sources, le pays compterait 98 502 déplacés
internes hébergés dans des familles hôtes (86%) ou installés sur des camps (14%).
Bien que la situation sécuritaire et sociopolitique se soit nettement améliorée depuis le deuxième
semestre 2011, plusieurs poches de vulnérabilité continuent d’exister, notamment à l’Ouest du
pays.
C’est dans ce contexte qu’intervient la présente étude dont l’objectif est de faire une évaluation de
la sécurité alimentaire des ménages affectés par la crise postélectorale en intégrant dans l’analyse
tous les facteurs et risques de vulnérabilité alimentaire découlant de la crise.
L’étude a été financée par le PAM et la FAO et a été réalisée en étroite collaboration avec le
Ministère de l’Agriculture et l’Institut national de la statistique (INS).
Comment l’évaluation a-elle été réalisée ?
Les données ont été collectées auprès de 1 764 ménages repartis dans 133 villages et deux camps
de déplacés, dans les régions de l’Ouest, du Sud-ouest et du Centre-ouest.
Deux sources de données ont été combinées pour rendre compte des trois piliers de la sécurité
alimentaire : les indicateurs d’accès ont été renseignés à partir des données collectées auprès des
ménages, des informateurs-clés et des groupes de concertation (données primaires), tandis que
l’analyse des disponibilités alimentaires et de l’utilisation des aliments s’est appuyée sur la revue
des données secondaires.
6
plus fortes prévalences sont observées à Toulepleu (41,8%), sur les sites de déplacés de Duékoué
(35%) et à Bin Houyé et Zouan Hounien (32,8%).
Les strates peuvent être classées en trois catégories : la première catégorie est composée des
strates qui ont un niveau de prévalence global (insécurité alimentaire sévère et modérée) faible
(1,3% et 9,8%) ; la deuxième catégorie concerne les strates avec une prévalence globale moyenne
(19,8%) ; la troisième catégorie est composée des strates qui affichent un niveau de prévalence
globale élevée (entre 32,8 et 41,8%).
Les strates à faible prévalence sont le Haut Sassandra (1,3%), Bangolo (8,2%) et le Bas Sassandra
(9,8%). Avec 19,8%, Bloléquin peut être considéré comme une zone à prévalence moyenne. Les
plus fortes prévalences sont observées à Toulepleu (41,8%), sur les sites de déplacés de Duékoué
(35%) et à Bin Houyé et Zouan Hounien (32,8%).
7
La prévalence de la forme la plus sévère de l’insécurité alimentaire est observés dans les zones
de Bin Houyé et Zouan Hounien (10,6%), à Toulepleu (18,3%) et sur les sites de déplacés de
Duékoué (19,1%).
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
IAS IAM SA
Les groupes de populations les plus affectées par l’insécurité alimentaire sont les déplacés sur
site, les retournés tardifs (après juin 2011) et les ménages hébergeant des déplacés.
Au sein de ces catégories de populations, l’insécurité alimentaire est plus accentuée chez les
ménages qui ont des sources de revenus précaires, à savoir ceux qui dépendent des transferts
d’argent, les travailleurs journaliers et ceux qui dépendent de la cueillette. Ces derniers survivent
grâce à l’appui des autres membres de la communauté. En cas de choc, ils sont les premiers à
basculer dans l’insécurité alimentaire.
Les résultats indiquent également que les ménages agricoles retournés après les semis de 2011
(après juin 2011) affichent des taux d’insécurité alimentaire plus élevés. Compte tenu de leur
retour tardif, ils n’ont pas été en mesure de pratiquer l’agriculture pendant la campagne agricole
2011, situation qui les rend totalement dépendants du marché pour leur approvisionnement
alimentaire.
Pourquoi ces personnes sont-elles en situation d’insécurité alimentaire et de
vulnérabilité ?
L’analyse des bilans alimentaires sur les dix dernières années montre que la Côte d’Ivoire n’est
pas confronté à un problème de disponibilités alimentaires. Le pays est autosuffisant en igname,
manioc et banane plantain. Le déficit structurel en céréales est compensé par les importations de
riz et de blé.
8
Ce constat généralement valable en situation normale mérite cependant d’être nuancé, au regard
des conséquences de la crise postélectorale. Le conflit armé consécutif à cette crise a eu un impact
sur les disponibilités alimentaires dans certaines localités du pays, notamment la région de
l’Ouest.
Dans la région de l’Ouest, l’insécurité alimentaire est à la fois due à une baisse des
disponibilités alimentaires locales et une accentuation des problèmes d’accès.
Face à l’insécurité généralisée découlant des nombreux combats survenus entre les forces
belligérantes, les populations de l’Ouest ont été contraintes de fuir leurs villages pour trouver
refuge dans d’autres localités de la Côte d’Ivoire ou au Libéria voisin. Les déplacements de
populations se sont produits à partir de décembre 2010, en pleine période de récoltes. Avant de
fuir, certains ménages n’ont eu d’autres choix que de brader leurs récoltes pour éviter que celles-
ci ne soient pillées. Les ménages qui n’étaient pas en mesure de le faire ont dû abandonner leurs
stocks alimentaires dans les greniers au village ou dans les campements.
Plusieurs facteurs ont contribué à la baisse des disponibilités alimentaires régionales :
Le retour tardif des ménages agricoles : les retours se sont étalés sur toute l’année 2011,
au fur et à mesure que la situation sécuritaire s’améliorait. En se basant sur le calendrier
agricole, pour espérer faire les mises en place au plus tard en juin 2011, les ménages
agricoles devaient être de retour avant mai 2011, pour faire les préparatifs de la
campagne agricole (défrichage, brûlis). La moitié des ménages enquêtés (51%) se trouvent
dans ce cas de figure, les autres (49%) étant retournés après cette période.
Les difficultés d’accès aux semences : les récoltes de 2010 ont été pillées pendant les
combats. Vu que les semences sont traditionnellement prélevées sur les récoltes, rares
sont les ménages qui avaient des semences à leur disposition. Sur les rares marchés qui
étaient encore fonctionnels pendant le premier semestre 2011, les semences et outils
agricoles étaient sinon absents des étals des commerçants, du moins vendus à des prix
prohibitifs.
Les difficultés d’accès à la terre : la situation sécuritaire encore fragile à l’Ouest (présence
d’hommes en armes, problème de cohésion sociale) constitue un véritable facteur limitant
la reprise normale des activités agricoles dans certaines localités de l’Ouest. Le sentiment
d’insécurité lié à la présence d’hommes en arme dans certaines localités a régulièrement
entravé l’accès de certains ménages à leurs champs. Ces derniers n’ont pas été en mesure
d’entretenir leurs champs, ce qui a entraîné une baisse de la production agricole.
Ces facteurs directement liés aux conséquences de la crise postélectorale ont entraîné une
réduction des superficies mises en valeur par les agriculteurs de l’Ouest et, par conséquent, une
baisse des productions vivrières en 2011. Les résultats de l’enquête indiquent que 71% des
ménages ayant pratiqué l’agriculture vivrière estiment que les récoltes de 2011 sont en baisse par
rapport à une année normale de récolte.
Le choc pluviométrique survenu pendant la saison agricole 2011 a également contribué à la
baisse de la production agricole dans l’Ouest du pays. Ce choc s’est traduit par un arrêt brutal
des pluies à des périodes cruciales du développement des productions végétales, entraînant ainsi
un rabougrissement des plants. Le choc pluviométrique de 2011 s’est également traduit par un
déficit hydrique.
A cette situation conjoncturelle s’ajoute les problèmes d’accessibilité alimentaire :
Hausse des prix des denrées alimentaires : le marché constitue à 46% le principal mode
d’accès à la nourriture des ménages enquêtés. L’achat représente le mode d’accès
prédominant pour les aliments de base que sont le riz (73%), la banane plantain (52%) et
le manioc (48%). Les acheteurs nets d’aliments éprouvent des difficultés pour accéder à la
nourriture, compte tenu de la hausse des prix des denrées alimentaires de base. Sur la
quasi-totalité des marchés ruraux, la tendance était en effet à la hausse des prix des
produits alimentaires en 2012 par rapport à ceux de 2011. La plus forte hausse a été
observée sur le prix du manioc (74%). Une tendance similaire a également été observée
9
sur le prix de l’huile de palme artisanale (37%), le poisson congelé (33%), l’huile raffinée
(27%), la viande de bœuf (23%), le riz local (22%) et le riz importé (14%).
Baisse du pouvoir d’achat des ménages : nombreux sont les producteurs de rente qui
n’ont pas pu vendre de cacao entre octobre et décembre 2011. Ceux qui ont pu le faire se
sont contentés des prix souvent insignifiants qui leur étaient proposés par les pisteurs. En
décembre 2011, l’écart entre le prix officiel (1 000 FCFA) et le prix bord-champ variait
entre 388 et 513 FCFA dans certains villages de l’Ouest, ce qui représente un manque à
gagner important.
La situation devrait-elle évoluer au cours des prochains mois ?
La situation décrite est celle qui prévalait au moment de l’enquête (janvier et février 2012). La
seconde étape a consisté à faire une analyse prévisionnelle tenant compte de tous les facteurs
susceptibles d’influencer positivement ou négativement la sécurité alimentaire des ménages.
Plusieurs chocs pourraient affecter les moyens d’existence des ménages au cours des prochains
mois : hausse des prix des denrées alimentaires, insécurité physique, déplacement forcé des
populations, retard ou arrêt brutal des pluies, etc.
Au regard de l’évolution de la situation sociopolitique, la probabilité qu’un choc directement lié
à une crise politique majeure se produise est faible, ce qui nous amène à isoler cette piste dans
l’analyse des chocs les plus probables. Quant aux chocs pluviométriques, en l’état actuel des
connaissances, aucun indicateur ne permet de les évaluer avec précision. De plus, si un choc de
cette nature se produisait, l’impact réel ne pourra être évalué qu’à partir des prochaines récoltes,
c’est-à-dire en octobre 2012.
Ces deux grandes pistes ayant été provisoirement écartées, la flambée des prix apparaît comme le
choc le plus approprié à intégrer dans l’analyse de l’évolution de la sécurité alimentaire des
ménages.
Dans un contexte marqué par la hausse généralisée des prix des denrées alimentaires et la baisse
du pouvoir d’achat, les acheteurs nets d’aliments se trouveront dans l’incapacité d’accéder de
manière durable à une nourriture suffisante et adéquate.
D’une manière générale, à l’exception des salariés et des commerçants, la sécurité alimentaire des
autres groupes de moyens d’existence continuera de se dégrader, au moins jusqu’au mois
d’octobre 2012, c’est-à-dire après les premières récoltes des productions alimentaires et à la veille
de la campagne de commercialisation du cacao.
En effet, si aucun incident majeur ne se produit, la prochaine campagne de commercialisation du
cacao pourrait être le point de départ d’une véritable relance des activités dans l’Ouest du pays.
Vu que le cacao représente le "poumon" économique de l’Ouest, la prochaine campagne de
commercialisation pourrait avoir un effet d’entrainement sur les autres secteurs d’activité et les
autres groupes de moyens d’existence. En attendant cette échéance cruciale, de nombreuses
personnes ne seront pas en mesure de satisfaire leurs besoins alimentaires de base sans appui
extérieur.
Combien de personnes pourraient être affectées ?
Bien que la prévalence de l’insécurité alimentaire y soit faible (8,2%), la zone de Bangolo a été
prise en compte dans l’estimation du nombre de personnes affectées. L’analyse prévisionnelle
indique en effet que la situation pourrait rapidement se détériorer dans cette zone, où 41% des
ménages se sont déplacés pendant la crise postélectorale et où 25% des ménages résidents
continuent toujours d’héberger des déplacés.
Les risques de détérioration de la situation alimentaire dans ces zones ont été pris en compte
pour estimer le nombre de personnes affectées et qui, par conséquent, se trouveront dans le
besoin. Le calendrier agricole de ces zones montre que les prochaines grandes récoltes
interviendront dans le courant du mois d’octobre 2012.
10
La prévalence de l’insécurité alimentaire globale observée au moment de l’enquête va par
conséquent augmenter, notamment pendant la période de soudure dont le caractère précoce2 en
2012 traduit la sévérité du choc. Cette prévalence pourrait se situer entre 30 et 65%, en fonction
des localités et selon l’impact de la crise postélectorale. Sur la base de cette hypothèse de travail,
on estime à environ 260 000 le nombre de personnes qui ne seront pas en mesure de satisfaire leurs
besoins alimentaires de base dans les localités de l’Ouest affectées par la crise postélectorale.
Recommandations
Malgré les nombreuses avancées enregistrées sur le plan politique et sécuritaire, l’Ouest de la
Côte d’Ivoire est toujours confronté à une situation humanitaire préoccupante. La situation
pourrait davantage se dégrader au cours des prochains mois. Des interventions visant à
améliorer l’accès alimentaire et à protéger les moyens de subsistance des personnes les plus
vulnérables devraient être initiées et renforcées au cours des prochains mois.
Constats Recommandations
2
En situation normale, la période de soudure dure trois mois (juillet à septembre). En 2012, elle a commencé
en mars dans certaines localités, soit quatre mois plus tôt que d’habitude.
11
1. Justification et objectifs de l’évaluation
3
Les données de cette section proviennent de deux documents : (1) FMI, 2009 – Côte d’Ivoire : Initiative en faveur
des pays pauvres très endettés (PPTE) renforcée – Document du point de décision ; (2) République de Côte
d’Ivoire, 2012 – Plan National de Développement 2012-2015
12
entravé les perspectives de production conduisant à une baisse de 5,8% de la croissance de
l’économie.
Grâce à la normalisation de la situation sociopolitique et la reprise des activités économiques, le
taux de croissance projeté devrait atteindre 8,5% en 2012, 6% en 2013 et en 2014. Le point
d’achèvement de l’initiative PPTE, largement conditionné par la mise en œuvre de plusieurs
réformes, devrait être atteint vers la fin du premier semestre 2012. Le pays pourra alors bénéficier
d’un allègement substantiel de sa dette extérieure dont le montant est estimé à environ 6 500
milliards de FCFA.
Les autorités ivoiriennes ambitionnent de faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon
2020. Pour atteindre cet objectif, plusieurs réformes devraient être mises en place et/ou
renforcées notamment : l’assainissement du cadre macroéconomique, la réforme du secteur de la
sécurité et de la défense, la réussite du processus de réconciliation nationale, la réduction des
disparités régionales et des inégalités sociales, la consolidation de la démocratie et de l’Etat de
droit.
13
Quant aux personnes retournées, leur nombre était estimé à 616 253 dont 79% de retournés
internes et 21% de rapatriés. Les populations retournées sont localisées dans la région de l’Ouest
(53%) et du Sud (47%).
Dès le déclenchement de la crise postélectorale, les acteurs humanitaires se sont organisés pour
répondre aux besoins les plus urgents (alimentation, nutrition, santé, abris). Depuis l’arrestation
de l’ancien président en avril 2011, la situation sécuritaire s’est nettement améliorée. En décembre
20115, les élections législatives ont pu être organisées, confirmant ainsi la normalisation de la
situation sociopolitique et sécuritaire, même si certains incidents sécuritaires localisés continuent
toujours d’opposer des éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI)6 aux
populations civiles
La normalisation de la situation sociopolitique ne doit cependant pas faire oublier qu’il existe
encore d’importantes poches de vulnérabilité. Pour répondre aux besoins humanitaires dans les
localités les plus affectées, le Gouvernement et la communauté humanitaire ont proposé une
stratégie d’intervention basée sur deux axes prioritaires7 :
Le soutien au retour volontaire et digne des personnes déplacées internes et les réfugiés
dans un contexte sécurisé
L’assistance aux personnes vulnérables dans les zones prioritaires
Les plans de réponse sectorielle élaborés s’articulent autour des orientations stratégiques
suivantes :
Protection et sécurité dans les zones de retour et les zones à risque
Accès aux services sociaux de base
Assistance en vivres et non-vivres des personnes affectées par la crise
Relèvement précoce (moyens de subsistance, gouvernance locale, cohésion sociale,
prévention des conflits)
Renforcement de la cohésion sociale et de la réconciliation
Réhabilitation des outils de production et des services d’appui au développement
agricole
Les zones d’intervention prioritaire ont été définies en combinant plusieurs paramètres : zones de
retour (actuelles et potentielles), zones de tensions communautaires, zones d’insécurité
alimentaire, de malnutrition et d’insuffisance des services sociaux de base, zones de forte
destruction des structures sociales de base et des moyens de subsistance et zones de faible
protection et à risque sécuritaire. Trois catégories de zones ont donc été définies sur la base de ces
critères : (1) zones prioritaires multisectorielles, (2) zones prioritaires sectorielles et, (3) zones à
risque.
La zone prioritaire multisectorielle comprend toute la partie Ouest du pays (régions des
Montagnes, du Moyen Cavally et du Bas-Sassandra), la région de l’Agnéby, la ville d’Abidjan et
ses environs et une partie de la région du Haut-Sassandra et du Sud-Comoé.
5
Les élections législatives ont été boycottées par une partie de l’opposition, en l’occurrence les partisans de
l’ancien Président Laurent Gbagbo. Ce dernier a été transféré à la Cour pénale internationale de la Haye le 30
novembre 2011, devant laquelle il doit comparaître pour crimes contre l’humanité.
6
Les FRCI ont été créées par une ordonnance du Président Alassane Ouattara en date du 17 mars 2011 dans le but
de fusionner les ex-forces combattantes, à savoir les FDS et les FAFN
7
Pour en savoir plus sur l’appel global du CAP 2012 pour la Côte d’Ivoire : http://www.unocha.org/cap/
14
1.4 Objectifs de l’évaluation
L’objectif global de l’étude est de faire une évaluation de la sécurité alimentaire des ménages
affectés par la crise postélectorale en intégrant dans l’analyse tous les facteurs et risques de
vulnérabilité alimentaire découlant de cette crise.
Il s’agit spécifiquement :
de déterminer la prévalence de l’insécurité alimentaire dans les localités affectées par la
crise postélectorale ;
de différencier les causes de l’insécurité alimentaire en fonction des problématiques en
présence ;
d’identifier les facteurs de risque et d’aggravation de l’insécurité alimentaire ;
de décrire le profil des ménages en insécurité alimentaire ;
de rendre compte des effets de la crise postélectorale sur les moyens d’existence ;
d’identifier les stratégies d’adaptation développées par les ménages pour faire face aux
chocs et les conséquences qui peuvent en découler ;
de proposer des stratégies d’intervention pour adresser les besoins humanitaires.
15
2. Méthodologie de l’évaluation
16
Accès à l’alimentation : capacité d’un ménage à se procurer régulièrement des aliments
en les produisant, en puisant dans ses propres stocks, en les achetant ou en ayant recours
au troc, aux dons, à l’emprunt ou à l’aide alimentaire, ou encore en combinant ces
différentes sources.
Utilisation des aliments : l’utilisation tient compte de la préparation des aliments et de
leur répartition entre les membres du ménage et de la capacité des personnes à assimiler
et métaboliser ces aliments.
La présente évaluation s’est appuyée sur le cadre conceptuel de la sécurité alimentaire et
nutritionnelle (Annexe 2). Selon ce cadre conceptuel, les disponibilités alimentaires, l’accès à
l’alimentation et l’utilisation des aliments sont considérés comme des facteurs-clés de la sécurité
alimentaire et sont associés aux avoirs des ménages, à leurs stratégies de subsistance et à
l’environnement politique, social, institutionnel et économique. Dans la pratique, ce cadre
conceptuel a été utilisé pour :
formuler des hypothèses de départ sur la situation d’urgence, ses causes et ses effets ;
identifier les liens entre les différents facteurs susceptibles d’influencer la sécurité
alimentaire et nutritionnelle afin de faciliter la collecte et l’analyse des données.
Deux sources de données ont été combinées pour mieux rendre compte des trois piliers de la
sécurité alimentaire : les indicateurs d’accès ont été renseignés à partir des données collectées
auprès des ménages, des informateurs-clés et des groupes de concertation (données primaires),
tandis que l’analyse des disponibilités alimentaires et de l’utilisation des aliments s’est appuyée
sur la revue des données secondaires.
2.3 Echantillonnage
2.3.1 Couverture géographique
Bien que la crise postélectorale ait affecté l’ensemble du pays, les acteurs intervenants dans le
domaine de la sécurité alimentaire sont unanimes sur le fait que toutes les régions du pays n’ont
pas été affectées avec la même intensité.
Pour les besoins de l’enquête, le premier niveau de stratification s’est appuyé sur les différentes
problématiques engendrées par la crise postélectorale et non sur le découpage administratif.
Plusieurs sources de données ont été croisées pour établir la stratification adoptée dans le cadre
de la présente étude.
En juin 2011, compte tenu de la situation humanitaire qui prévalait à l’Ouest, les membres du
groupe de travail IPC8 ont classé certaines localités de cette région en phase 3, laquelle
correspond à une situation de "crise alimentaire et des moyens d’existence aigus". En août 2011,
le PAM a effectué une mission d’évaluation rapide dans la région de l’Ouest pour affiner la
cartographie de la vulnérabilité alimentaire9. Cette cartographie qui a été validée par l’ensemble
des acteurs du Cluster sécurité alimentaire de Man a permis d’affiner le ciblage géographique des
interventions alimentaires et de soutien aux moyens d’existence. La troisième source de données
est le résultat d’un consensus qui a permis à la fois de définir la stratégie humanitaire et les zones
d’intervention prioritaire dans le cadre de l’élaboration du processus d’appel consolidé couvrant
la période 2012 (CAP).
8
Ministère de l’Agriculture, FAO et PAM, 2011 – Sixième cycle d’analyse IPC : période d’analyse avril à juin
2011.
9
WFP, 2011 – Rapid Food Security Assessment in the West of Côte d’Ivoire.
17
Le croisement de toutes ces informations a permis de délimiter les zones d’intérêt de la présente
évaluation. Il s’agit essentiellement de l’Ouest, du Sud-ouest et du Centre-Ouest. Sur le plan
administratif, ces localités correspondent à une partie ou la totalité des régions suivantes :
Montagnes, Moyen Cavally, Bas Sassandra et Haut Sassandra (Annexe 1).
Tableau 1 – Strates enquêtées et répartition de l’échantillon
10
On désignera chacune des strates par une ou deux localités qui la composent. Les localités qui désigneront
chaque strate ont été marquées en gras.
18
aires géographiques, il a été procédé au tirage proportionnel de 21 Districts de recensements
(DR)11 par strate. Un recensement exhaustif de l’ensemble des ménages vivant dans ces DR (y
compris les campements qui y sont rattachés) a été effectué et a permis de disposer d’une base de
sondage, dans laquelle 12 ménages ont été tirés systématiquement (tirage au second degré).
Les 252 ménages des sites de déplacés de Duékoué ont été tirés systématiquement à partir de la
liste de ménages fournie par les gestionnaires des deux plus grands sites de déplacés de cette
localité.
Cette procédure de tirage de l’échantillon a permis de calculer des pondérations, qui ont par la
suite été utilisée pour extrapoler les résultats à l’ensemble des zones étudiées.
11 Le District de recensement est la plus petite unité de recensement abritant environ 200 ménages et est
composé d’ilots contigus ou non.
12
Le questionnaire ménage a été téléchargé sur un Personal Digital Assitance (PDA).
19
(du 25 janvier au 17 février 2012). Pendant la phase de terrain, les équipes ont pu bénéficier de
l’encadrement des missions de supervision composées des techniciens du Ministère de
l’Agriculture, de l’INS et du PAM.
20
3. Démographie, mouvements de population et accès aux services
sociaux de base
3.1 Caractéristiques démographiques des ménages
3.1.1 Structure des ménages, âge et sexe des chefs de ménages
Près de 9 ménages sur 10 (89%) sont dirigés par des hommes et 11% le sont par des femmes. On
dénombre 45% de ménages autochtones13, contre 28% d’allochtones14 et 27% d’allogènes15.
Les ménages sont en moyenne composés de 6,5 personnes, avec une particularité dans la zone du
Haut Sassandra où la taille moyenne est comprise entre 6 et 7. Par ailleurs, les ménages dirigés
par les hommes ont une taille moyenne relativement plus élevée que ceux dirigés par les femmes.
L’âge moyen des chefs de ménages est de 43 ans. Les femmes chefs de ménages sont relativement
plus âgés (46 ans) que les hommes (42 ans).
13
Personne de nationalité ivoirienne originaire de la région / localité où l’enquête a lieu.
14
Personne de nationalité ivoirienne non-originaire de la région/localité où l’enquête a lieu
15
Personne n’ayant pas la nationalité ivoirienne vivant dans la région/localité où l’enquête a lieu
21
Les ménages sont revenus depuis environ sept mois. Cette moyenne varie en fonction des
zones. Elle est plus faible dans les zones de Toulepleu et de Blolequin (cinq mois), comparée aux
autres strates.
Le retour des membres du ménage n’est pas totalement effectif dans 11% des cas. Les ménages
qui sont concernés par ce cas de figure ont encore des membres qui n’ont pas regagné le village
(en moyenne 2 personnes). Les zones de Toulepleu (27%), de Blolequin (17%) et du Bas Sassandra
(16%) sont plus concernées que les autres strates. Ces personnes vivent en majorité dans les
autres régions de la Côte d’Ivoire (39%), dans les autres localités de la région (27%) ou au Libéria
(26%).
Certains membres du ménage (37%) sont restés dans le lieu de déplacement parce qu’ils y
exercent une activité économique. L’insécurité dans la localité d’origine (21%), la scolarisation
dans le lieu de déplacement (15%) et la destruction des maisons (11%) sont également les raisons
mentionnées pour justifier l’absence prolongée de membres du ménage.
Il convient de préciser que près des trois quarts (72%) des ménages enquêtés affirment que ces
personnes qui vivent en dehors du village effectuent des allers-retours. Ces allers-retours sont
effectués rarement (79%), tandis que 14% des ménages reçoivent fréquemment la visite de
personnes vivant en dehors du village (une à deux fois par semaine).
La proportion de ménages déplacés est marginale sur l’ensemble des strates (entre 1 et environ
3%), à l’exception des sites de déplacés de Duékoué où la totalité des ménages sont des déplacés.
La durée passée dans le lieu d’accueil est de huit mois. Cette moyenne varie d’une zone à une
autre (entre cinq et dix mois). Ces ménages déplacés sont originaires des autres localités de la
région (60%) et de la ville d’Abidjan (33%).
Parmi les ménages déplacés, 39% ont certains de leurs membres qui effectuent des allers-retours
entre leur lieu d’accueil et leur lieu habituel de résidence. Ces déplacements sont effectués
rarement (63%) ou souvent (25%). Les visites aux parents restés au village (47%) et l’entretien des
plantations (23%) expliquent ces allers-retours.
22
Dans la plupart des cas (89%), les centres de santé fréquentés par les populations sont
fonctionnels. L’absence du personnel médical (46%), la destruction du centre de santé lors des
combats (36%) et le pillage du matériel pendant la crise postélectorale (18%) sont les principales
raisons mentionnées dans les villages dont les centres de santé ne sont plus fonctionnels (11%)
depuis plusieurs mois (entre 9 et 20 mois).
Bien que la plupart des centres de santé soient fonctionnels, l’accès aux soins de santé demeure
précaire dans l’ensemble de la zone enquêtée. En effet, 61% des villages enquêtés jugent que
leur accès aux soins de santé s’est détérioré depuis la crise postélectorale. Cette détérioration
est due au manque de médicaments (54%), au manque de moyens pour accéder aux soins de
santé (28%) et, à un degré moindre, au manque de personnel de santé (18%).
23
installés sur des camps (12%) ; les autres catégories étant les bénéficiaires des programmes
nutritionnels (8%) et les patients des hôpitaux (3%). Les bénéficiaires étaient localisés dans les
régions suivantes : Moyen Cavally (38%), Montagnes (24%), Haut Sassandra (12%), Worodougou
(7%) et Lagunes (7%).
De Janvier à décembre 2011, le CICR a assisté 256 158 bénéficiaires avec 2 654 tonnes de vivres.
Les bénéficiaires assistés par le CICR étaient principalement localisés dans les régions suivantes :
Montagnes (46%), Moyen Cavally (29%), Lagunes (17%), Bas Sassandra (8%).
Sur les 133 villages enquêtés entre janvier et février 2012, 82 ont bénéficié de l’aide alimentaire
depuis la crise postélectorale, soit 61%. Les zones qui ont le plus bénéficié de cette aide
alimentaire sont celles de Toulepleu (100%), de Zouan Hounien et Bin Houyé (92%), Bloléquin
(90%), Bangolo (68%) et, à un degré moindre, le Haut Sassandra (18%). Aucun village de la zone
du Bas Sassandra n’a été assisté.
Au moment de l’enquête, 46 des 82 villages continuaient de bénéficier de l’aide alimentaire,
soit 56%. Cette aide était essentiellement concentrée dans les zones de Toulepleu (100%), de
Blolequin (79%), de Bangolo (67%). Seulement 13% des villages de la zone de Zouan Hounien et
Bin Houyé continuaient de recevoir cette assistance alimentaire.
D’une manière générale, la coordination mise en place dans le cadre du cluster sécurité
alimentaire a permis d’éviter les chevauchements entre les distributions du PAM et celles du
CICR. La coordination mise en place par les acteurs intervenants dans le cadre des programmes
C&V16 a également permis d’éviter les duplications.
16
Abréviation du terme anglais « Cash & Voucher » qui signifie en français « transfert monétaire/bon »
17
Action Contre la Faim (ACF), ACTED, PAM, Première Urgence – Aide Médicale d’Urgence (PU-AMI), Save the
Children et Solidarités Internationale
24
nettoyée, une rémunération de 22 000 FCFA était versée aux travailleurs (entre 10 à 20
travailleurs).
Depuis le début de la crise postélectorale, seulement 10% des villages enquêtés avaient bénéficié
d’une assistance dans le domaine des transferts monétaires. Rares étaient en revanche les villages
dont les habitants avaient reçu des coupons alimentaires (6%). Au moment de l’enquête, 10% des
villages bénéficiaient encore d’un programme de transfert monétaire. Quant aux coupons
alimentaires, les habitants de certains villages continuaient d’en recevoir au moment de l’enquête
(10%).
25
5. Analyse de la sécurité alimentaire
18
PAM, 2011 – Marchés et Réponses Humanitaires en Côte d’Ivoire
19
WFP, 2011 – Rapid Food Security Assessment in the West of Côte d’Ivoire.
20
Banque Mondiale, 2008 – Etude du racket sur les routes en Côte d’Ivoire.
26
Le racket a un impact négatif sur les coûts de transport et les prix des produits de première
nécessité. Les opérateurs économiques attribuent les hausses de prix au racket. En effet, le racket
et les faux frais (convoyage, escorte) représentent 10 à 13% de l’augmentation du prix de la
viande. Concernant le riz, le racket représente 15 à 25% de l’augmentation du prix contre 3 à 5%
pour la farine de blé.
Pour limiter l’impact de ce fléau, le Gouvernement a pris, au mois de juin 2011, une décision
fixant le nombre de barrages à 33 sur l’ensemble du territoire. Pour veiller à l’application de cette
décision, une unité de lutte contre le racket a été mise en place. Toutes ces actions ont permis, en
un laps de temps, d’améliorer significativement la fluidité routière sur l’ensemble du territoire. A
terme, elles devraient permettre d’atténuer les tensions sur les prix des produits de première
nécessité.
De 1% en 2009, le taux d’inflation est passé à 1,8% en 2010 pour finalement atteindre 4,9% en
2011. En 2011, l’inflation était donc supérieure au taux de 3% d’inflation maximum admis dans
les huit pays de la zone UEMOA (critère de convergence). En avril 2011, en pleine crise
postélectorale, l’indice alimentaire atteint son niveau le plus élevé (138). Après le mois d’avril
2011, au fur et à mesure que la situation sociopolitique s’améliore, l’indice alimentaire va
progressivement baisser pour se stabiliser autour de 116 à partir du mois de novembre 2011.
Les prix collectés sur les marchés régionaux ont également suivis cette tendance haussière. A
Man (Ouest), en 2011, le prix du riz importé a augmenté de 29% par rapport à la moyenne 2006-
2010. Il en est de même pour le riz local (25%), le maïs (49%), l’huile raffinée (17%), l’huile de
palme artisanale (16%), le poisson frais (61%) et la viande (28%). A Daloa (Centre-ouest), sur la
même période de référence, la tendance était également à la hausse des prix du maïs (23%), du riz
local (18%) et du riz importé (19%).
Graphique 1 – Evolution de l'Indice Harmonisé des Prix à la Consommation
140
130
120
Base 100 = 2008
110
100
IHPC
90
80
70
janv.-05
avr.-05
oct.-05
janv.-06
avr.-06
oct.-06
janv.-07
avr.-07
oct.-07
janv.-08
avr.-08
oct.-08
janv.-09
avr.-09
oct.-09
janv.-10
avr.-10
oct.-10
janv.-11
avr.-11
oct.-11
juil.-05
juil.-06
juil.-07
juil.-08
juil.-09
juil.-10
juil.-11
D’une manière générale, la tendance était à la hausse des prix des produits alimentaires en
2012 sur la quasi-totalité des marchés ruraux. La plus forte hausse a été observée sur le prix du
manioc (74%). Une tendance similaire a également été observée sur le prix de l’huile de palme
artisanale (37%), le poisson congelé (33%), l’huile raffinée (27%), la viande de bœuf (23%), le riz
local (22%) et le riz importé (14%).
27
Graphique 2 - Evolution du prix des denrées de base sur les marchés ruraux
(janvier - février 2011par rapport à janvier-février 2012)
80%
74%
70%
60%
Evolution (%)
50%
40% 37%
33%
30% 27%
23% 22%
20%
14%
10%
0%
Manioc Huile rouge Poisson Huile Viande de Riz local Riz importé
congélé rafinnée bœuf
Cette augmentation des prix sur les marchés ruraux s’explique par les problèmes
d’approvisionnement. Dans 76% des villages enquêtés, les populations estiment que le niveau
d’approvisionnement actuel de leur marché est inférieur à celui d’avant crise. Ce sont surtout les
produits vivriers locaux (riz local, manioc), les légumes et condiments, les semences agricoles et
les protéines animales (poisson et viande) dont les niveaux d’approvisionnement sont inférieurs à
ceux d’avant crise. Les problèmes d’approvisionnement des marchés ruraux sont plus accentués
dans les zones où des combats ont eu lieu (Toulepleu, Bangolo et Blolequin).
21
Ministère de l’Agriculture, Ministère des Ressources Animales et Halieutiques, PAM et FA0, 2012 – Mission
de suivi de la saison agricole et de la sécurité alimentaire.
28
Cette situation est aggravée par les sorties de production non contrôlées en direction des pays
frontaliers.
Ces sorties ont été accentuées par la situation de sécheresse que les pays du Sahel ont connue en
2011. En effet, une étude réalisée par le CILSS, le gouvernement Burkinabé et ses partenaires en
janvier 2012 indique que les flux commerciaux céréaliers de la Côte d’Ivoire vers le Burkina Faso,
notamment le maïs, ont augmenté de 113%22.
Tableau 2 –Productions (en tonnes) des cultures céréalières23
Cultures 2010 2011 %
Riz paddy 722 609 702 434 -2,79
Mais 641 610 621 790 -3
Mil 48 826 48 828 0
Sorgho 44 072 46 460 5,42
Fonio 17 480 17 320 - 0,1%
Total 1 474 597 1 436 832 -2 ,56
Les récoltes du premier cycle de culture ont été relativement bonnes mais les mouvements de
populations enregistrés durant la crise postélectorale, surtout en zone d’accueil, ont provoqué
une forte pression sur les réserves alimentaires des ménages.
Tableau 3 –Productions (en tonnes) des racines, tubercules et banane plantain
Cultures 2010 2011 %
Igname 5 392 370 5 531 865 2,59
Manioc 2 306 839 2 359 015 2,26
Taro 70 559 69 682 -1,24
Patate 47 039 45 164 -3,99
Plantain 1 541 573 1 559 207 1,14
Total 9 358 380 9 564 933 2,20
En plus de ces raisons sus mentionnées, il existe d’autres facteurs liés à la crise post électorale qui
ont eu un impact négatif sur les récoltes. En effet, les estimations qualitatives faites par les
populations lors des entretiens communautaires font état d’une baisse généralisée des
productions agricoles dans 96% des villages enquêtés. Plusieurs raisons expliquent cette
situation : le retour tardif des populations (38%)24, le manque de main d’œuvre (19%), le manque
d’intrants sur les marchés (17%), la mauvaise pluviométrie (15%), l’occupation de certaines
plantations (7%) et la baisse de superficies cultivées (5%).
22
Mission conjointe d’évaluation des marchés, et de la sécurité alimentaire dans les pays du sahel Burkina
Faso: Rapport de mission du 10 au 20 janvier 2012 (CILSS/FAO/FEWS NET/PAM/CRS/ACF/
DGPER/SONAGESS/DGPSE)
23
Ministère de l’Agriculture, 2012 – Concertation régionale sur la situation alimentaire et nutritionnelle au
Sahel et en Afrique de l’Ouest.
24
Le retour tardif des populations a surtout été mentionné par les zones de Toulepleu (56% des villages) et de
Blolequin (83% des villages).
29
5.2.3 Aide alimentaire
En 2011, le volume total d’aide alimentaire était estimé à 24 160 tonnes dont 38 tonnes de biscuits
vitaminés. Cette aide a été fournie par deux organisations, à savoir le PAM et le CICR. Le PAM a
distribué 89% de cette aide alimentaire, soit 21 506 tonnes. Le riz représente 72% des vivres
distribués en 2011 par le PAM. Viennent ensuite la farine enrichie de maïs et de soja (10%), les
légumineuses (9%), l’huile (5%) et à un degré moindre la farine de maïs (2%), la part des autres
denrées (2%) étant négligeable.
A titre de comparaison, entre janvier et décembre 2010, le PAM a distribué 4 600 tonnes de vivres
en Côte d’Ivoire. En 2011, le volume d’aide alimentaire a plus que quadruplé, hausse qui
s’explique par la crise humanitaire que le pays a connue.
L’aide alimentaire fournie par le CICR représente 11% du volume total d’aide alimentaire, soit
2 654 tonnes de vivres dont 24 tonnes de biscuits vitaminés. Cette aide est essentiellement
composée de riz (75%), de haricot (15%) et d’huile (8%). L’huile distribuée par le CICR (8%) a été
achetée localement.
30
de cette stratégie ambitieuse, les importations en direction des pays asiatiques constituent
l’unique levier que le pays peut actionner pour compenser son déficit en riz.
25
Les données sur la situation nutritionnelle proviennent de plusieurs sources : EDS (1999), MICS (2006), SMART
(2008,2009, 2010 et 2011).
26
Selon la classification de l’OMS
31
Toutefois, la situation de l’insuffisance pondérale pour la majorité des régions du nord reste au-
dessus du seuil classifié de sérieux.
Selon la classification de l’OMS, les résultats de l’enquête SMART 2011 ont montré une
prévalence de l’insuffisance pondérale jugée sérieuse (comprise entre 20% et 29%) pour les pôles
Nord-Est (23%), Nord-Ouest (23,8%) et Nord (26,5%). La prévalence de l’insuffisance pondérale
est considérée comme précaire pour les pôles Centre, Centre-Nord, Ouest, Centre-Ouest, Sud-
Ouest, Centre-Est et Sud. Seul Abidjan présente une prévalence acceptable.
Etant donné que la mauvaise qualité de l’eau peut entraîner la diarrhée, une des causes de la
malnutrition des enfants de moins de cinq ans, l’évaluation a collecté des informations sur l’accès
à l’eau et aux services sociaux de base. De 14% avant la crise, la proportion de village sans point
d’eau fonctionnel est passée à 25%. Les habitants de près de six villages sur dix (58%) estiment
que leur accès à l’eau s’est détériorée depuis le début de la crise postélectorale. Ce constant a
surtout été fait dans le Haut Sassandra (55%), dans les zones Bangolo (55%), de Bin Houyé et
Zouan Hounien (76%) et surtout Toulepleu (91%).
Cette détérioration des conditions d’accès à l’eau potable serait due à la réduction des quantités
d’eau disponibles (66%), au manque d’accès à l’eau (22%) et à la mauvaise qualité de l’eau (12%).
32
Protéines animales et huile : les protéines animales ont été en moyenne consommées entre
quatre à six jour sur la période de référence. La viande consommée est principalement achetée
sur le marché (84%) ou provient de la chasse (12%). Quant au poisson, il est principalement
acheté sur le marché (96%). L’huile a été en moyenne consommée pendant cinq jours. Dans
l’ensemble, l’huile est achetée sur le marché (88%). Sur les sites de déplacés, l’aide alimentaire
représente le principale mode d’accès à l’huile (47%).
Un Score Diversité Alimentaire (SDA) a été calculé. Il permet d’évaluer si le ménage a une
alimentation équilibrée. Si le SDA est élevé, cela signifie que le régime alimentaire du ménage est
diversifié et qu’il a plus de chance d’atteindre son équilibre nutritionnel. Le score de diversité
varie entre 40 et 60. La comparaison du score de diversité alimentaire montre des écarts assez
importants entre les strates.
Les valeurs les plus élevées sont observées dans le Haut Sassandra (60), à Bangolo (56) et dans le
Bas Sassandra (54). Les valeurs les plus faibles sont observées à Toulepleu (40), sur les sites de
déplacés (43) et, à un degré moindre, Zouan Hounien et Bin Houyé (45) et à Blolequin (48).
27
WFP, 2008 – Food Consumption Analysis: Calculation and use of the food consumption score in food security
analysis. Technical Guidance Sheet
33
Les strates à faibles prévalences sont le Haut Sassandra (1,3%), Bangolo (8,2%) et le Bas Sassandra
(9,8%). Avec 19,8%, Bloléquin peut être considéré comme une zone à prévalence moyenne. Les
plus fortes prévalences sont observées à Toulepleu (41,8%), sur les sites de déplacés de Duékoué
(35%) et à Bin Houyé et Zouan Hounien (32,8%). La carte en Annexe 6 présente la distribution
géographique de l’insécurité alimentaire par strate.
La prévalence de l’insécurité alimentaire sévère est élevée dans les zones de Bin Houyé et Zouan
Hounien (10,6%), à Toulepleu (18,3%) et sur les sites de déplacés de Duékoué (19,1%).
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
IAS IAM SA
La proportion des ménages en insécurité alimentaire modérée demeure relativement importante
à Toulepleu (23,5%), sur les sites de déplacés (15,9%), à Bin Houyé et Zouan Hounien (22,2%) et à
Blolequin (13,8%).Ces ménages qui ont une consommation alimentaire précaire pourraient
rapidement basculer dans une situation d’insécurité alimentaire sévère au cas où ils étaient
confrontés à un choc. Les nombreuses contraintes inhérentes à la crise postélectorale ont fragilisé
les moyens de subsistance de ces ménages, ce qui réduit considérablement leur capacité à faire
face à des chocs.
34
Dans la région de l’Ouest, l’insécurité alimentaire est à la fois due à une baisse des
disponibilités alimentaires locales et une accentuation des problèmes d’accès.
Face à l’insécurité généralisée découlant des nombreux combats survenus entre les forces
belligérantes, les populations de l’Ouest ont été contraintes de fuir leurs villages pour trouver
refuge dans d’autres localités de la Côte d’Ivoire ou au Libéria voisin. Les déplacements de
populations se sont produits à partir de décembre 2010, en pleine période de récoltes. Avant de
fuir, certains ménages n’ont eu d’autres choix que de brader leurs récoltes pour éviter que celles-
ci ne soient pillées. Les ménages qui n’étaient pas en mesure de le faire ont dû abandonner leurs
stocks alimentaires dans les greniers au village ou dans les campements.
Plusieurs facteurs ont contribué à la baisse des disponibilités alimentaires régionales :
Le retour tardif des ménages agricoles : les retours se sont étalés sur toute l’année 2011,
au fur et à mesure que la situation sécuritaire s’améliorait. En se basant sur le calendrier
agricole, pour espérer faire les mises en place au plus tard en juin 2011, les ménages
agricoles devaient être de retour avant mai 2011, pour faire les préparatifs de la
campagne agricole (défrichage, brûlis). La moitié des ménages enquêtés (51%) se trouvent
dans ce cas de figure, les autres (49%) étant retournés après cette période.
Les difficultés d’accès aux semences : les récoltes de 2010 ont été pillées pendant les
combats. Vu que les semences sont traditionnellement prélevées sur les récoltes, rares
sont les ménages qui avaient des semences à leur disposition. Sur les rares marchés qui
étaient encore fonctionnels pendant le premier semestre 2011, les semences et outils
agricoles étaient sinon absents des étals des commerçants, du moins vendus à des prix
prohibitifs.
Les difficultés d’accès à la terre : la situation sécuritaire encore fragile à l’Ouest (présence
d’hommes en armes, problème de cohésion sociale) constitue un véritable facteur limitant
la reprise normale des activités agricoles dans certaines localités de l’Ouest. Le sentiment
d’insécurité lié à la présence d’hommes en arme dans certaines localités a régulièrement
entravé l’accès de certains ménages à leurs champs. Ces derniers n’ont pas été en mesure
d’entretenir leurs champs, ce qui a entraîné une baisse de la production agricole.
Ces facteurs directement liés aux conséquences de la crise postélectorale ont entraîné une
réduction des superficies mises en valeur par les agriculteurs de l’Ouest et, par conséquent, une
baisse des productions vivrières en 2011. Les résultats de l’enquête indiquent que 71% des
ménages ayant pratiqué l’agriculture vivrière estiment que les récoltes de 2011 sont en baisse par
rapport à une année normale de récolte.
Le choc pluviométrique survenu pendant la saison agricole 2011 a également contribué à la
baisse de la production agricole dans l’Ouest du pays. Ce choc s’est traduit par un arrêt brutal
des pluies à des périodes cruciales du développement des productions végétales, entraînant ainsi
un rabougrissement des plants. Le choc pluviométrique de 2011 s’est également traduit par un
déficit hydrique.
A cette situation conjoncturelle s’ajoute les problèmes d’accessibilité alimentaire :
Hausse des prix des denrées alimentaires : le marché constitue à 46% le principal mode
d’accès à la nourriture des ménages enquêtés. L’achat représente le mode d’accès
prédominant pour les aliments de base que sont le riz (73%), la banane plantain (52%) et
le manioc (48%). Les acheteurs nets d’aliments éprouvent des difficultés pour accéder à la
nourriture, compte tenu de la hausse des prix des denrées alimentaires de base. Sur la
quasi-totalité des marchés ruraux, la tendance était en effet à la hausse des prix des
produits alimentaires en 2012 par rapport à ceux de 2011. La plus forte hausse a été
observée sur le prix du manioc (74%). Une tendance similaire a également été observée
sur le prix de l’huile de palme artisanale (37%), le poisson congelé (33%), l’huile raffinée
(27%), la viande de bœuf (23%), le riz local (22%) et le riz importé (14%).
Baisse du pouvoir d’achat des ménages : nombreux sont les producteurs de rente qui
n’ont pas pu vendre de cacao entre octobre et décembre 2011. Ceux qui ont pu le faire se
35
sont contentés des prix souvent insignifiants qui leur étaient proposés par les pisteurs. En
décembre 2011, l’écart entre le prix officiel (1 000 FCFA) et le prix bord-champ variait
entre 388 et 513 FCFA dans certains villages de l’Ouest, ce qui représente un manque à
gagner important.
36
et/ou économiques, soit parce qu’ils n’avaient pas accès aux semences ou parce qu’ils avaient
perdu leur capital économique.
37
généralement à survivre grâce à l’appui des autres ménages. Lorsqu’un choc covariant28 se
produit et qu’il affecte tous les ménages, ceux qui dépendant de l’appui des autres ont tendance à
basculer rapidement dans une situation d’insécurité alimentaire.
Graphique 4 – Groupes de moyens de subsistance et niveau d’insécurité alimentaire
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
La faible proportion de ménages agricole en insécurité alimentaire (entre 8 et 9,3%) est due à des
facteurs saisonniers. Au fur et à mesure que l’on approchera de la période de soudure, la
prévalence de l’insécurité alimentaire chez les ménages agricoles va augmenter.
28
Deux types de chocs sont généralement distingués dans la littérature : les chocs covariants et les chocs
idiosyncratiques. Les chocs covariants affectent tous les ménages d’une zone ou d’un groupe donné (par
exemple une sécheresse, une inondation, des mouvements de personnes, etc.). Les chocs idiosyncratiques
concernent uniquement certains ménages et possèdent, de ce fait, un niveau de variabilité plus élevé : par
exemple une maladie, une perte d’emploi ou encore le décès d’un membre du ménage.
38
Avant la crise postélectorale, 73% des ménages enquêtés avaient la possibilité d’emprunter.
Après la crise, seulement 56,6% d’entre eux pouvaient se voir offrir cette possibilité. Cette baisse
s’expliquent par le fait que ceux qui faisaient crédit à l’époque (parents ou amis nantis,
commerçants) ont eux-mêmes été affectés par la crise. Il convient cependant de préciser au la
crise n’a pas fondamentalement affecté ou modifié les sources d’emprunt, vu que les ménages
désireux d’obtenir un prêt continuent toujours de s’adresser à leurs parents ou amis (53,5%) et
aux commerçants (24,6%).
Tableau 7 – Possibilité d’emprunt
Avant la crise Actuellement
Pas de possibilité d'emprunter (%) 27,0 43,4
Possibilité d’emprunter (%) 73,0 56,6
Total 100 100
Sources d’emprunt(%)
Parents / amis 58,2 53,5
Bienfaisance / ONG 0,3 1,0
Prêteur local 7,6 6,9
Banque 5,7 5,4
Coopératives 4,6 8,0
Commerçant 22,5 24,6
Autre 1,1 0,6
Total 100 100
Un ménage sur quatre (24,9%) a eu à s’endetter entre octobre et décembre 2011, c’est-à-dire au
cours des trois derniers mois. Les sommes empruntées ont été utilisées pour faire face à certaines
dépenses vitales : nourriture (28,7%), frais de santé (19,5%), frais de scolarité (13%). L’argent
emprunté a également été utilisé pour acheter des biens domestiques (9,8%) et, à un degré
moindre, pour faire face à certaines dépenses sociales telle que les funérailles (6,2%), pour créer
des activités génératrices de revenu (5,8%), pour construire ou acheter une maison (3,5%), pour
acquérir des intrants et outils agricoles (3,3%).
Plus du tiers des ménages en insécurité alimentaire (36,2%) ont utilisé les sommes empruntées
pour satisfaire les besoins alimentaires contre 27,9% pour les ménages en sécurité alimentaire
(Annexe 19 et Annexe 20). Les ménages en insécurité alimentaire consacrent 36,2% des sommes
empruntées à l’achat de nourriture contre 22,9% pour la santé, 9,5% pour l’éducation, 7,9% pour
l’achat de biens domestiques, 5,8% pour la création d’activités génératrices de revenu et 5,3%
pour l’achat d’intrants et d’outils agricoles.
Les ménages en insécurité alimentaire utilisent plus de la moitié des sommes empruntées pour
faire face à des besoins immédiats (nourriture et santé). La part des sommes empruntées investies
dans la création de richesse est faible. Vu que les prix des denrées alimentaires sont en hausse, on
devrait s’attendre à une augmentation de la part des sommes empruntées consacrées à
l’alimentation. Si tel est le cas, ces ménages devront faire un arbitrage entre les dépenses. Cela
pourrait les contraindre à réduire davantage la part des sommes allouées aux activités de création
de richesse et, le cas échéant, les dépenses de santé et d’éducation.
39
multidimensionnelle des avoirs et dans certains cas des indicateurs d’accès des ménages pour
finalement classer les ménages suivant leur statut économique : pauvre, moyen ou nantis. Ces
résultats sont obtenus en ordonnant l’indicateur composite obtenu à la suite de l’analyse
multidimensionnelle en tercile.
Il existe une corrélation entre l’indice de richesse et le niveau de sécurité alimentaire du ménage.
En effet, la prévalence de l’insécurité alimentaire est plus élevée chez les ménages pauvres
(13,6%), tandis qu’elle est de 7,2% chez les ménages de la catégorie intermédiaire et de seulement
3,1% chez les ménages nantis.
Graphique 5 – Distribution de l’insécurité alimentaire selon l’indice de richesse
100%
90%
80%
70%
60%
86,4%
92,8% 96,9%
50%
40%
30%
20%
10%
13,6%
7,2% 3,1%
0%
Ce constat confirme que l’accès économique est la principale cause de l’insécurité alimentaire
dans le contexte ivoirien. Les ménages les plus pauvres sont ceux qui basculent le plus
rapidement dans une situation d’insécurité alimentaire lorsqu’un choc affectant les moyens
d’existence survient. Etablir un lien étroit entre pauvreté et insécurité alimentaire, c’est apporter
un début de réponse à la question relative aux critères de ciblage des ménages vulnérables.
Tableau 8 – Dépenses alimentaire et non-alimentaires
Dépenses totales Dépenses alimentaires Part des dépenses
Niveau d’insécurité
moyennes moyennes alimentaires dans les
alimentaire
(FCFA) (FCFA) dépenses totales (%)
En insécurité alimentaire 76 046 37 433 50,58
En sécurité alimentaire 130 468 57 227 48,23
Total 125 488 55 416 48,44
Les dépenses mensuelles des ménages en sécurité alimentaire (130 468 FCFA) représentent le
double de celles des ménages en insécurité alimentaire (76 046 FCFA). Dans l’ensemble, les
dépenses alimentaires représentent 48% des dépenses totales. Chez les ménages en insécurité
alimentaire, les dépenses alimentaires absorbent un peu plus de la moitié des dépenses
alimentaires mensuelles.
40
5.6.6 Cultures vivrières, stocks alimentaires et insécurité alimentaire
Dans l’ensemble, 68,2% des ménages ont déclaré avoir pratiqué l’agriculture pendant la
campagne agricole 2011-2012. Parmi ces ménages agricoles, 97,6% ont cultivé des cultures
vivrières. Les principales cultures vivrières répertoriées sont le manioc, le riz de bas-fonds, le
maïs, l’igname, le riz pluvial et la banane plantain.
Tableau 9 – Pratique de l’agriculture vivrière et insécurité alimentaire
Ménage ayant pratiqué la Ménage n’ayant pas pratiqué
culture vivrière la culture vivrière
Sévère 1,4 14,9
Modéré 6,3 2,7
Sévère et modéré 7,7 17,6
En sécurité alimentaire 92,3 82,4
Total 100 100
La prévalence de l’insécurité alimentaire est plus élevée chez les ménages qui n’ont pas pratiqué
l’agriculture vivrière (17,6%) comparés à ceux qui ont pu cultiver des vivriers pendant la
campagne agricole 2011-2012. Ce constat est plus prononcé lorsqu’on s’intéresse à l’insécurité
alimentaire sévère. Tandis que seulement 1,4% des ménages ayant pratiqué des cultures vivrières
sont en insécurité alimentaire sévère, cette proportion atteint 14,9% chez les ménages qui
n’étaient pas en mesure de le faire.
Le fait d’avoir pratiqué ou non des cultures de rente n’exerce aucune influence directe sur le
niveau de sécurité alimentaire du ménage. En d’autres termes, on constate que la prévalence de
l’insécurité alimentaire est quasiment identique selon que le ménage ait pratiqué ou non
l’agriculture de rente. Pour preuve, la prévalence de l’insécurité alimentaire est 8,9% chez les
ménages qui ont pratiqué l’agriculture de rente et de 7,5% chez ceux qui n’en ont pas pratiqué.
Le café et le cacao sont les deux principales cultures de rente de la zone Ouest. En janvier 2012, le
prix de vente bord-champs se négociait entre 375 et 575 FCFA en janvier 2012, ce qui représentait
un manque à gagner pour les cacaoculteurs de l’Ouest (entre entre 425 et 625 FCFA) par rapport
au prix officiel (1 000 FCFA). Les producteurs de rente qui sont retournés après juillet et août
2011 n’ont pas pu nettoyer leurs parcelles de cacao. Ils n’ont donc pas été en mesure de vendre du
cacao pendant la grande traite (octobre et décembre 2011).
Tableau 10 – Durée des stocks alimentaires insécurité alimentaire
Durée des stocks
Niveau d’insécurité alimentaire
Pas de stock 1 à 5 mois Plus de 5 mois
Sévère 9 4,4 2
Modéré 8,2 10,4 6,5
Sévère et modéré 17,2 14,8 8,5
En sécurité alimentaire 82,8 85,2 91,5
Total 100 100 100
La durée des stocks alimentaires influence positivement le niveau de sécurité alimentaire du
ménage. Cette corrélation entre le niveau d’insécurité alimentaire et la durée des stocks confirme
la vulnérabilité des acheteurs nets de nourriture. La prévalence de l’insécurité alimentaire
augmente en effet lorsque la durée des stocks alimentaire du ménage diminue.
41
et à la perception de la dangerosité de ces stratégies. Plus le score est élevé, plus le niveau de
d’insécurité alimentaire est élevé.
Pour faire face aux difficultés alimentaires auxquelles ils sont confrontés, les ménages ont utilisé
plusieurs stratégies au cours de sept derniers jours précédant l’enquête (substitution, diminution
de la quantité de nourriture et du nombre de repas quotidiens, réduction des parts consommées
par les adultes au profit des enfants). Le recours fréquent à ces stratégies indique clairement que
les difficultés d’accès à la nourriture sont accentuées.
La proportion des ménages qui ont dû diminuer la quantité de nourriture lors des repas est de
52,3% chez les ménages en insécurité alimentaire et de seulement 27,3% chez les ménages en
sécurité alimentaire (Annexe 16). Le même constat peut être fait pour les ménages en insécurité
alimentaire qui ont opté pour la substitution (consommer des aliments moins préférés) ou qui ont
été contraints de réduire le nombre de repas quotidiens. Les autres stratégies (dépendre de l’aide
des parents ou amis, acheter des aliments à crédit, consommer des aliments sauvages,
consommer les semences) semblent moins utilisées, mais la proportion des ménages en insécurité
alimentaire qui y ont recours est toujours supérieure à celles des ménages en sécurité alimentaire.
Le niveau de sécurité alimentaire détermine la fréquence d’utilisation de ces stratégies de survie.
On constate en effet que le recours à ces stratégies est plus accentué chez les ménages en
insécurité alimentaire. L’indice de stratégies de survie des ménages en insécurité alimentaire
(13,6) est quasiment le double de celui des ménages en sécurité alimentaire (7,2), ce qui revient à
dire que les ménages en insécurité alimentaire utilisent plus fréquemment des stratégies de
survie pour surmonter les difficultés d’accès à la nourriture auxquelles ils sont confrontés.
Graphique 6 – Indice des stratégies de survie par strate (moyenne)
Bangolo 9,2
Blolequin 14,7
Toulepleu 20,5
0 5 10 15 20 25
L’indice moyen des stratégies de survie pour l’ensemble de la zone étudiée est de 7,7. Il existe
cependant des disparités d’une zone à une autre. Cet indice atteint un niveau particulièrement
élevé sur les sites de déplacés de Duékoué (21,7), les zones de Toulepleu (20,5) et de Bin Houyé et
42
Zouan Hounien (14,8). L’indice est moins élevé dans la zone de Bangolo (9,2), du Bas Sassandra
(7,8) et surtout du Haut Sassandra (4,7).
43
6. Analyse prévisionnelle, scénario le plus probable et chiffres de
populations
Cette section a pour objectif de prévoir la nature des opportunités et des chocs à venir ainsi que
l’évolution probable de la situation. Il s’agira : (1) d’identifier les opportunités et les chocs qui
pourraient se produire dans l’ensemble de la zone étudiée, (2) de faire une analyse combinée de
ces opportunités et chocs, en vue d’élaborer le scénario le plus probable et (3) de déterminer les
groupes dont la situation alimentaire pourrait se détériorer.
44
ménages dont certains membres se trouvaient encore dans un autre pays (réfugiés) ou dans une
autre localité (déplacés internes) au moment de l’enquête.
Au moment de l’enquête, certains ménages qui avaient été contraints de se déplacer pendant la
crise postélectorale avaient au moins un de leurs membres qui n’avait pas encore regagné le
ménage (10,5%). Ce cas de figure était marginal dans le Haut Sassandra (4,2%), Zouan Hounien et
Bin Houyé (6%) et Bangolo (7,6%). Dans les zones de Toulepleu (27,4%), Blolequin (16,9%) et le
Bas Sassandra (15,7%), la proportion de ménages dont au moins un membre n’était pas encore
retourné était plus élevée. Deux personnes en moyenne par ménage ne sont par encore
retournées.
Dans 38,4% des cas, ces personnes exercent une activité économique dans le lieu de déplacement.
Les études (18,2%), le sentiment d’insécurité dans la localité d’origine (13%) et les habitations
détruites (9,8%) font également partie des raisons qui expliquent que certaines personnes n’aient
pas encore regagné leur lieu de résidence d’avant crise.
Deux ménages sur dix (24,3%) ont déclaré que leurs proches pourraient regagner définitivement
leur lieu de résidence dans environ deux mois, c’est-à-dire entre mars et avril 2012. Ces intentions
de retour sont plus élevées dans les zones de Zouan Hounien et Bin Houyé (57,2%) et de
Toulepleu (51,1%).
Pour 19,5% des ménages enquêtés, le retour des proches ou parents encore déplacés ne semble
pas être à l’ordre du jour, soit parce que ces personnes ont décidé de s’installer définitivement
dans le lieu d’accueil (61%), ont des problèmes de santé (19%) ou ne se sentent pas en sécurité
(16%).
Plus de la moitié des ménages enquêtés (56%) n’étaient pas en mesure de fournir des
informations précises sur les intentions de retour de leurs proches. En fait, cette incertitude est
due au fait que les intentions de retour dépendent de plusieurs facteurs sur lesquelles ces
personnes n’ont aucun contrôle. Les intentions de retour doivent donc être interprétées avec
beaucoup de prudence.
Au moment de l’enquête, a l’exception des sites de déplacés du Duékoué, la proportion de
ménages déplacés étaient marginale dans les autres zones (ente 1 et 2,8%). L’analyse des
intentions de retour se focalisera donc sur les sites de déplacés de Duékoué. Seulement 12,7% des
déplacés sur site envisagent de retourner dans leur lieu de résidence d’avant crise. Les périodes
de retour s’étalent sur les 12 prochains mois et 56% des retours pourraient intervenir durant les
quatre prochains mois, c’est-à-dire entre février et mai 2012.
Près de neuf déplacés sur dix (87,2%) installés sur les camps de déplacés de Duékoué
n’envisagent pas pour le moment de retourner dans leur lieu de résidence d’avant crise.
L’insécurité (47%) et la destruction des habitations (46%) dans le lieu de résidence sont les deux
principaux facteurs qui semblent retarder le retour des déplacés.
45
Pendant la saison agricole 2011-2012, on note que 34,3% des ménages qui n’ont pas pratiqué
l’agriculture sont des ménages non agricoles. Les problèmes d’accès à la terre (53,3%), le retour
tardif du ménage (18,3%), le manque de main d’œuvre agricole (10,1%), les problèmes de santé
(9,8%), le manque d’outils agricoles (4,5%) et le manque de semences (4%) sont les raisons pour
lesquelles ces ménages agricoles n’ont pas pu pratiquer l’agriculture pendant la campagne
agricole 2011-2012.
Pour la prochaine campagne agricole (2012-2013), la proportion de ménages qui ne seront pas en
mesure de pratiquer l’agriculture est la suivante : déplacés sur sites (95,26%), zone de Bangolo
(32,31%), Bas Sassandra (29,96%), zone de Zouan Hounien et Bin Houyé (26,03%) et zone de
Blolequin (21,88%).
Dans 33,9% des cas, ces ménages ne pourront pas pratiquer l’agriculture pour des raisons d’accès
à la terre (manque d’accès à la terre et insécurité). Les problèmes de santé (26,9%), le manque de
main d’œuvre agricole (20,2%), le manque de semences (11,4%) et d’outils agricoles (7,6%) sont
les autres raisons pour lesquelles certains ménages ne pourront pas pratiquer l’agriculture
pendant la saison agricole 2012-2013.
Les difficultés d’accès à la terre sont essentiellement liées à des problèmes sécuritaires. S’ils
demeurent en l’état, ces problèmes sécuritaires peuvent accentuer la vulnérabilité des
populations, en particulier, celles vivant de l’agriculture.
46
alimentaire actuelle, (2) les hypothèses formulées sur les opportunités et les chocs futurs et (3) la
résilience et la vulnérabilité des personnes.
29
Tout au plus, un choc de cette nature pourrait être considéré comme le scénario le pire et pris en compte
dans l’actualisation du plan de contingence.
47
cette nature se produisait, l’impact réel ne pourra être évalué qu’à partir des prochaines récoltes,
c’est-à-dire en octobre 2012.
Ces deux grandes pistes ayant été provisoirement écartées, la flambée des prix apparaît comme le
choc le plus approprié à intégrer dans l’analyse de l’évolution à court et moyen terme de la
sécurité alimentaire des ménages.
D’une manière générale, les productions alimentaires sont en baisse dans les localités enquêtées.
La période de soudure est passée en moyenne de 3 à 7 mois. Pendant toute la durée de cette
période de soudure, les ménages seront dépendants du marché pour leur approvisionnement
alimentaire. Vu que les prix continueront d’augmenter, l’accès des ménages à la nourriture sera
de plus en plus réduit, ce qui pourrait inéluctablement entrainer une détérioration de leur
situation alimentaire.
48
des parents ou des proches installés au village (54,4%), des parents ou des proches installés en
ville (24,3%) et, à un degré moindre, des voisins (18,3%).
De l’avis des communautés les groupes qui pourraient être affectées par ces difficultés
alimentaires sont les ménages dirigés par des femmes et des personnes âgées (38%), les ménages
hébergeant des personnes handicapées et/ou des orphelins (23%), les ménages retournés après
les semis et les récoltes (14%), les ménages sans bras valides (11%), les ménages qui ne pratiquent
pas les cultures de rente (9%) et les ménages dont les terres sont occupées (5%).
6.2.4 Opportunités
Après les chocs survenus à la suite de la crise postélectorale (déplacements forcés de populations,
violences physiques, pillage des récoltes et perte d’actifs productifs), la normalisation de la
situation sécuritaire constitue la principale opportunité, qui a progressivement permis de créer
les conditions de la relance durable des activités économiques et commerciales dans la zone
étudiée.
Au plan commercial, même s’il existe encore des barrages sur les axes secondaires, on assiste à
une reprise des activités sur les marchés. Les commerçants approvisionnent régulièrement les
marchés et aucun obstacle majeur n’empêche les ménages d’accéder aux marchés ruraux et
urbains. Ces derniers ont donc la possibilité d’écouler leurs productions agricoles, ce qui leur
permet de se procurer des revenus, lesquels sont par la suite utilisés pour acheter des produits de
première nécessité.
Au plan économique, il existe de nombreuses opportunités d’emploi pour la main-d’œuvre
agricole et certains corps de métiers comme les maçons, les charpentiers et les menuisiers. Le
manque d’entretien des parcelles de cultures de rentes (café et cacao) crée des opportunités
d’emploi pour les travailleurs agricoles, tandis que de nouvelles opportunités seront offertes aux
maçons, charpentiers et menuisiers dans le cadre de la réhabilitation et la reconstruction des
habitations détruites pendant le conflit.
Il convient toutefois de préciser que l’impact économique et financier de ces opportunités sera
encore limité, vu que le pouvoir d’achat des ménages est en baisse. Tout au plus, il s’agira de
prestations de services à crédit et dont la rémunération ne pourrait intervenir qu’autour du mois
d’octobre 2012.
Les opportunités liées aux activités agricoles interviendront en octobre 2012, avec les premières
récoltes de riz et pendant la campagne de commercialisation du cacao. Ces opportunités
permettront de relancer l’activité économique et commerciale dans la zone étudiée et pourra
profiter, en plus des ménages agricoles, aux autres groupes de moyens d’existence.
49
Au sein de la population des agriculteurs, les ménages retournés après les périodes de semis,
c’est-à-dire après le mois de juin 2011 auront un degré de vulnérabilité plus accentué que ceux
qui ont pu pratiquer l’agriculture pendant la campagne agricole 2011-2012.
D’une manière générale, à l’exception des salariés et des commerçants, la sécurité alimentaire des
autres groupes de moyens d’existence continuera de se dégrader, au moins jusqu’au mois
d’octobre 2012, c’est-à-dire après les premières récoltes des cultures vivrières et à la veille de la
campagne de la commercialisation du cacao.
En effet, si aucun incident majeur ne se produit, la prochaine campagne de commercialisation du
cacao pourrait être le point de départ d’une véritable relance des activités dans ces zones qui ont
particulièrement été affectées par la crise postélectorale.
Vu que le cacao constitue le poumon économique de l’Ouest de la Côte d’Ivoire, le démarrage de
la campagne de commercialisation pourrait avoir un effet d’entrainement sur les autres secteurs
d’activité et les autres groupes de moyens d’existence. En attendant cette échéance cruciale, de
nombreuses personnes ne seront pas en mesure de satisfaire leurs besoins alimentaires de base,
sans appui extérieur.
50
Tableau 11 – Estimation du nombre de personnes affectées
Insécurité
alimentaire sévère Insécurité alimentaire Insécurité alimentaire
Population
(IAS) modérée (IAM) (IAS+IAM)
totale en
2012 % Population % Population % Population
Zone de
déplacements suite
60 911 30 18 273 30 18 273 60 36 547
à des combats
(Toulepleu)
Sites de déplacés
8 263 30 2 479 35 2 892 65 5 371
de Duékoué
Zones de
déplacements
préventifs (Bin 176 265 25 44 066 25 44 066 50 88 133
Houyé & Zouan
Hounien)
Zone de
déplacements suite
à des combats avec
149 888 20 29 978 25 37 472 45 67 450
problèmes fonciers
(Blolequin)
Zone de
déplacements suite
à des combats avec
220 683 7 15 448 23 50 757 30 66 205
problèmes fonciers
(Bangolo)
51
6 Conclusion et recommandations
Malgré les nombreuses avancées enregistrées sur le plan politique et sécuritaire, l’Ouest de la
Côte d’Ivoire est toujours confronté à une situation humanitaire préoccupante. La situation
pourrait davantage se dégrader au cours des prochains mois. Des interventions visant à
améliorer l’accès alimentaire et à protéger les moyens de subsistance des personnes les plus
vulnérables devraient être initiées et renforcées au cours des prochains mois.
Sur la base des résultats de l’enquête et d’une analyse des forces, faiblesses, opportunités et
menaces, une matrice provisoire des interventions30 a été élaborée. Ces interventions devront être
menées au moins jusqu’aux prochaines récoltes, c’est-à-dire en octobre 2012.
30
Un atelier réunissant tous les acteurs du cluster sécurité alimentaire sera organisé dans le courant du mois
d’avril 2012 pour affiner les interventions dans le domaine de la sécurité alimentaire et des moyens
d’existence.
52
Annexes
53
Annexe 2 – Cadre conceptuelle de la sécurité alimentaire et nutritionnelle
Etat nutritionnel
Mortalité
EXPOSITION AUX RISQUES ET AUX CHOCS
Utilisation
Consommation des aliments
Etat de santé,
alimentaire
maladies
individuelle Causes immédiates
Disponibilité en
aliments
(production,
importations, Accès des Conditions Résultats lié
liés au
fonctionnement Pratiques mode de vie
ménages aux d’hygiène
des marchés) de soin
aliments et de santé
Causes
Accès aux services
et infrastructures
sous-jacentes
de base
Environnement
Revenus et production agricole des Straté
Stratégies lié
liées
politique,
économique, ménages, dons, échanges, prêts, au mode de vie
institutionnel, épargne, transferts
sécuritaire,
socioculturel,
genre
Conditions
agro-écologiques
Capital
naturel, physique, Ressources lié
liées
humain, social, au mode de vie
Causes de base financier
54
Annexe 3 – Méthode de calcul du score de consommation alimentaire
Le score de consommation alimentaire (SCA) des ménages est calculé en utilisant la formule
suivante :
Avec
ai = Poids attribué au groupe d’aliments
xi = Nombre de jours de consommation relatif à chaque groupe d’aliments (≤ 7 jours)
(*) Les condiments ne sont pas considérés comme un groupe d’aliments du fait de leur poids nul.
Les seuils définis pour la Côte d’Ivoire sont les suivants : score ≤ 21, consommation alimentaire
pauvre ; 21,5 à 35 consommation alimentaire limite et score ≥ 35,5 consommation alimentaire
acceptable
55
Annexe 5 – Matrice de validation du score de consommation alimentaire
Classe de Indice réduit des Indice des Durée des
consommation Score de diversité stratégies de survie stratégies de Indice de Part des dépenses Dépenses stock (en
alimentaire alimentaire (moy) survie (moy) richesse alimentaires mensuelles totale mois)
Classe de consommation Corrélation de 1 ,582** -,198** -,267** ,120** -,020** ,163** ,154**
alimentaire Pearson
Sig. (bilatérale) ,000 ,000 ,000 ,000 ,000 ,000 ,000
56
Annexe 6 – Prévalence de l’insécurité alimentaire par strate
57
Annexe 7 – Groupes de moyens d’existence (ensemble des ménages)
50 40 30 20 10 0 10 20 30 40 50
50 40 30 20 10 0 10 20 30 40 50
58
Annexe 9 – Groupes de moyens d’existence et endettement des ménages
Proportion de ménages
Proportion de ménages
Groupes de moyens d’existence endettés pour des raisons
endettés
alimentaires
Agriculture de rente 41,0 24,6
Agriculture vivrière 31,8 23,7
Travail journalier 5,1 41,2
Petits métiers 2,7 26,3
Salariés 4,8 32,3
Petits commerce 8,5 33,2
Commerce 2,5 20,4
Eleveurs 0,1 100
Pêche/chasse 0,7 34,0
Transfert d’argent 0,2 35,7
Aide extérieur 1,8 23,2
Crédit/emprunt 0,2 46,1
Total 24,9 28,7
59
Annexe 12 – Mouvement de populations et lieu du déplacement
Lieu d’accueil des résidents habituels qui se sont
Statut de résidence (%) Temps
Résidents habituels déplacés lors de la crise postélectorale (%)
moyen
déplacés pendant
Autre région depuis
Déplacé suite la crise Autre
Résident de le retour
à la crise postélectorale(%) Libéria localité Abidjan
habituel la Côte (en mois)
postélectorale de la région
d'Ivoire
BIN HOUYE & ZOUAN
97,5 2,5 100,0 67,3 31,6 0,8 0,3 6,9
HOUNIEN
TOULEPLEU 100,0 - 97,3 56,3 39,2 3,3 0,5 5,4
BAS SASSANDRA 99,2 0,8 20,5 5,9 78,2 12,4 3,6 8,4
BLOLEQUIN 16,9 2
BANGOLO 7,6 4
BAS SASSANDRA 15,7 3
HAUT SASSANDRA 4,2 2
ENSEMBLE 10,5 2
60
Annexe 15 – Stratégies de survie développées par les ménages
SASSANDRA
SASSANDRA
TOULEPLEU
BLOLEQUIN
ENSEMBLE
DEPLACES
BANGOLO
HOUNIEN
SITES DE
ZOUAN
HAUT
BAS
Consommer des aliments moins préférés car moins
65,4 49,8 47,0 44,9 41,4 31,7 70,6 40,0
chers
Dépendre des aides des parents ou amis 43,9 55,1 30,7 21,0 9,1 17,1 44,4 16,4
Acheter des aliments à crédit 52,8 18,8 17,9 13,7 9,4 12,8 21,0 13,7
Consommer des aliments sauvages 25,9 25,4 26,8 11,2 3,9 2,6 7,5 6,5
Diminuer la quantité de nourriture lors des repas 83,6 83,5 70,1 49,5 23,0 17,9 75,4 29,6
Consommer les semences 16,7 3,1 1,4 2,1 4,4 3,5 0,0 4,4
Passer des jours sans manger 23,7 21,4 4,1 10,8 2,9 3,9 28,6 5,3
Consommer des récoltes précoces 13,8 11,6 0,9 1,6 0,0 1,8 0,0 1,7
Travailler contre la nourriture 28,5 10,1 9,4 3,5 2,6 2,4 5,2 4,4
Dépendre de l’aide alimentaire 7,1 54,9 37,0 15,0 1,0 3,8 73,4 6,0
Faire travailler les enfants 9,7 1,4 5,7 0,0 0,5 0,3 2,4 1,1
Moyenne indice réduit des stratégies de survie 14,8 20,5 14,7 9,2 7,8 4,7 21,7 7,7
Moyenne indice des stratégies de survie 25,6 27,2 19,9 12,2 9,0 6,4 28,4 10,1
61
Annexe 16 – Stratégies de survie et niveau de sécurité alimentaire
En Insécurité En sécurité
Stratégies
alimentaire alimentaire
Consommer des aliments moins préférés 51,6% 38,9%
Dépendre de l’aide des parents ou amis 35,5% 14,5%
Acheter des aliments à crédit 25,2% 12,6%
Consommer des aliments sauvages 22,3% 4,9%
Diminuer la quantité de nourriture lors des repas 52,3% 27,3%
Consommer les semences 14,7% 3,4%
Mendier de la nourriture ou de l’argent pour acheter de
8,7% 1,5%
la nourriture
Envoyer des membres du ménage pour manger ailleurs
10,4% 2,8%
ou pour vivre avec des parents ou amis
Réduire les quantités consommées par les
35,3% 23,4%
adultes/mères au profit des jeunes enfants
Réduire le nombre de repas quotidiens 43,4% 21,1%
Passer des jours sans manger 16,6% 4,2%
Indice réduit de stratégie de survie (moyenne) 13,6 7,2
Indice de stratégie de survie (moyenne) 21,1 8,9
Moy = Nombre moyen de jours pendants lesquels le ménage a consommé le groupe d’aliment pendant les 7 derniers jours précédant l’enquête ;
% qui a consommé = Pourcentage de ménage qui ont consommé le groupe d’aliments durant les 7 derniers jours précédant l’enquête.
62
Annexe 18 – Groupes d’aliments consommés par strate
Zouan
Bas Haut Sites de
Hounien Toulepleu Blolequin Bangolo Ensemble
Sassandra Sassandra déplacés
& Bin Houyé
consommé
consommé
Moyenne
Moyenne
Moyenne
Moyenne
Moyenne
Moyenne
Moyenne
Moyenne
consommé
consommé
consommé
consommé
consommé
consommé
% ayant
% ayant
% ayant
% ayant
% ayant
% ayant
% ayant
% ayant
Céréales 4,7 98,0 5,2 97,7 6,4 99,6 5,8 98,6 6,5 99,2 6,2 98,7 5,7 97,6 6,2 98,9
Tubercules 4,6 99,1 3,7 89,7 3,2 85,8 5,1 92,3 4,6 86,7 5,3 95,4 3,5 83,3 4,8 90,7
Céréales et
6,8 100,0 6,8 100,0 6,9 100,0 6,9 100,0 7,0 100,0 7,0 100,0 6,6 99,6 7,0 100,0
tubercules
Légumineuses 2,2 73,1 1,0 35,8 1,5 55,1 2,6 75,6 1,8 56,7 2,8 80,5 1,6 57,9 2,2 66,5
Feuilles et
2,6 80,5 3,2 76,7 2,6 81,9 2,2 62,5 2,7 65,5 2,6 77,0 3,1 71,0 2,6 71,1
légumes
Fruit 0,6 21,1 0,5 21,2 0,4 14,1 0,1 3,7 0,4 22,9 0,6 22,3 0,6 19,4 0,5 21,0
Protéines
4,4 83,1 4,1 82,9 5,1 87,5 6,2 97,0 5,9 92,8 6,7 99,6 4,3 75,0 6,1 94,4
animales
Lait et produits
0,5 11,1 0,2 5,3 0,5 12,8 0,9 20,5 0,9 20,6 0,9 24,5 0,3 10,7 0,8 20,7
laitiers
Sucre 1,3 38,4 1,4 33,7 2,6 58,9 2,0 46,7 2,7 62,2 3,2 69,0 1,4 34,1 2,7 61,6
Huile 2,9 81,1 3,3 78,6 5,1 92,0 4,6 90,4 5,2 93,6 5,2 95,4 4,2 82,9 5,0 93,0
Moy = Nombre moyen de jours pendants lesquels le ménage a consommé le groupe d’aliment pendant les 7 derniers jours précédant l’enquête ;
% qui a consommé = Pourcentage de ménage qui ont consommé le groupe d’aliments durant les 7 derniers jours précédant l’enquête.
Annexe 19 – Utilisation des sommes empruntées par les ménages en insécurité alimentaire
Funérailles 0,5%
Création de plantations 3%
Autre 4,9%
0 5 10 15 20 25 30 35 40
63
Annexe 20 – Utilisation des sommes empruntées par les ménages en sécurité alimentaire
Mariage/autres cérémonies 3%
Autre 3,4%
Funérailles 6,8%
0 5 10 15 20 25 30
64