Applications du barycentre en géométrie
Applications du barycentre en géométrie
Barycentre. Applications
On rappelle tout d'abord quelques notions basiques.
Étant donné un espace vectoriel réel E de dimension n et un ensemble non vide E, on dit
qu'on a déni une structure d'espace ane sur E de direction E si on dispose d'une application :
+ E ×E → E
(A, v ) 7→ A + →
−
→ −
v
telle que :
A + (→−
u +−→v ) = (A + −→
u)+→ −
v pour tous vecteurs −→u ,−
→
v dans E et tout point A dans E ;
→
− −
→ −
→
pour tout A ∈ E, l'égalité A + u = A équivaut à u = 0 ;
pour tout couple (A, B) de points de E, il existe un vecteur →
−v ∈ E tel que B = A + −
→
v.
−
→
On note E = E . −→
Pour (A, B) ∈ E, le vecteur −
→v tel que B = A + −→v est unique et noté −
→
v = AB : on a donc :
−→
B = A + AB
et de la propriété du parallélogramme :
(−→ −−→) (−→ −−→)
∀ (A, B, C, D) ∈ E , AB = CD ⇔ AC = BD
4
et :
−−→ ∑ n
M = Ω + ΩM = Ω + xj →
−
ej
j=1
On dit alors que (x1 , · · · , xn ) sont les coordonnées du point M dans le repère cartésien R.
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648 Barycentre. Applications
Dénition 25.1 On dit qu'une partie non vide F de E est un sous-espace ane de E, s'il
existe un point A de F tel que l'ensemble :
{−−→ }
F = AM | M ∈ F
−
→
est un sous-espace vectoriel de E = E .
−
→
Un sous espace ane F de E est un espace ane de direction F = F et sa dimension est
celle de F.
Deux sous-espaces anes sont dit parallèles s'ils ont même direction.
∑
p
∑
p
Dans le cas où αk = 0, l'application −
→
φ est constante et dans le cas où αk ̸= 0, elle est
k=1 k=1
bijective de E sur E.
∑
p
Dans où αk = 0, on en déduit que :
k=1
∀M ∈ E, −
→
φ (M ) = −
→
φ (Ω)
Dénition 25.3 Soit ((Mk , αk ))1≤k≤p une suite de p ≥ 1 points pondérés dans E, où les αk
∑p (−
→)
sont des réels tels que αk ̸= 0. Le barycentre de cette suite est G = −
→
φ −1 0 .
k=1
On notera :
G = Bary ((Mk , αk ))1≤k≤p
Ce barycentre est donc l'unique point G de E tel que :
∑
p
−−−→ −→
αk GMk = 0
k=1
−→ 1 ∑−−→
p
∀Ω ∈ E, ΩG = ΩMk
p k=1
Exemple 25.1 Le milieu I du segment [A, B] est par dénition l'isobarycentre de (A, B) , il
−
→ 1 −→ −
→ −→
est caractérisé par AI = AB ou par AI = IB.
2
650 Barycentre. Applications
Si R = (Ω, B) est un repère cartésien de E et (xk,1 , · · · , xk,n ) les coordonnées de chaque point
Mk dans ce repère, alors celles du barycentre G sont les :
1 ∑
p
gj = p αk xk,j (1 ≤ j ≤ n)
∑
αk k=1
k=1
En eet, on a :
( ) ( p )
∑
p
−→ ∑ −−→ ∑ ∑
p p n ∑
n ∑
αk ΩG = αk ΩMk = αk xk,j −
→
ej = αk xk,j −→
ej
k=1 k=1 k=1 j=1 j=1 k=1
1∑
p
gj = xk,j (1 ≤ j ≤ n)
p k=1
(homogénéité du barycentre).
(( ))
2. Pour toute permutation σ ∈ Sp , G est aussi le barycentre de Mσ(k) , ασ(k) 1≤k≤p (com-
mutativité du barycentre).
3. Soit : r ∪
{1, · · · , p} = Ij
j=1
∑
une partition de {1, · · · , p} telle que σj = αk ̸= 0 pour tout j compris entre 1 et r
k∈Ij
(en supposant que 2 ≤ r ≤ p). En désignant, pour tout j compris entre 1 et r, par Gj le
barycentre de ((Mk , αk ))k∈Ij , on a :
(associativité du barycentre).
Démonstration.
∑
p
−−−→ −
→ ∑
p
−−−→ −
→
1. La relation αk GMk = 0 est équivalente à λαk GMk = 0 pour tout λ ∈ R∗ et
k=1 k=1
∑
p
∑
p
αk ̸= 0 équivaut à λαk ̸= 0.
k=1 k=1
Propriétés du barycentre 651
−→ ∑ αk −−→
p
ΩG = ΩMk
k=1
σ
−−→ ∑ αk −−→
∀j ∈ {1, · · · , r} , ΩGj = ΩMk
k∈I
σ j
j
Il en résulte que :
∑r
σj −−→ ∑ σj ∑ αk −−→ ∑∑ αk −−→
r r
ΩGj = ΩMk = ΩMk
j=1
σ j=1
σ k∈I
σj j=1 k∈I
σ
j j
∑ αk −−→ −→
p
= ΩMk = ΩG
k=1
σ
et le résultat annoncé.
∑
p
Remarque 25.1 L'homogénéité du barycentre permet de se ramener aux cas où αk = 1, et
k=1
dans ce cas, on a :
−→ ∑ −−→
p
∀Ω ∈ E, ΩG = αk ΩMk
k=1
∑
p
ce que l'on peut noter G = αk Mk . On dit qu'on a vectorialisé E en se xant une origine
k=1
Ω.
Exemple 25.2 Si A, B sont deux points distincts de E, la droite passant par A et B est alors
l'ensemble des barycentres de ((A, 1 − β) , (B, β)) où β décrit R, ce qui signie que :
(AB) = {M ∈ E | ∃β ∈ R ; M = (1 − β) A + βB}
En eet, on a :
−−→ −−→ → −
(M = Bary ((A, 1 − β) , (B, β))) ⇔ (1 − β) M A + β M B = 0
−−→ −→
⇔ AM = β AB ⇔ M ∈ (AB)
Exemple 25.3 Le segment d'extrémités A, B est l'ensemble des barycentres de ((A, 1 − α) , (B, α))
où α décrit [0, 1] , soit :
Exemple 25.4 Si A, B, C sont trois points non alignés de E (supposé de dimension ≥ 2), le
plan (ABC) passant par A, B, C est alors l'ensemble des barycentres de ((A, 1 − (β + γ)) , (B, β) , (C, γ))
où (β, γ) décrit R2 , ce qui signie que :
{ }
(ABC) = M ∈ E | ∃ (β, γ) ∈ R2 ; M = (1 − (β + γ)) A + βB + γC
En eet, on a :
−−→ −−→ −−→ → −
(M = Bary ((A, 1 − (β + γ)) , (B, β) , (C, γ))) ⇔ (1 − (β + γ)) M A + β M B + γ M C = 0
−−→ −→ −→
⇔ AM = β AB + γ AC ⇔ M ∈ (ABC)
L'égalité G = Bary ((C ′ , 2) , (C, 1)) nous dit que G est sur la médiane (CC ′ ) . De manière
analogue, on voit que G est sur les deux autres médianes.
On peut donc déduire que le barycentre d'un triangle T est le point d'intersection des trois
médianes.
−−→ −→ − → −→ 2 −−→
De plus de G = Bary ((C ′ , 2) , (C, 1)) , on déduit que 2GC ′ + GC = 0 , soit CG = CC ′ ,
3
c'est-à-dire que G est au deux tiers de chaque médiane, en partant d'un sommet.
Si E est un espace ane de dimension 3, on rappelle qu'un tétraèdre dans E, est un en-
semble de quatre points non coplanaires {A1 , A2 , A3 , A4 } . On le note A1 A2 A3 A4 et on dit que
A1 , A2 , A3 , A4 en sont les sommets.
L'égalité G = Bary ((A1 , 1) , (G1 , 3)) nous dit que G est sur la médiane (A1 G1 ) . De manière
analogue, on voit que G est sur les trois autres médianes.
Caractérisation des sous-espaces et applications anes 653
On peut donc déduire que le barycentre d'un tétraèdre T est le point d'intersection des
quatre médianes.
En notant Ijk le milieu de [Aj , Ak ] , pour 1 ≤ i < j ≤ k, on a aussi :
G = Bary ((I12 , 2) , (I34 , 2)) = Bary ((I13 , 2) , (I24 , 2)) = Bary ((I14 , 2) , (I23 , 2))
donc G est à l'intersection des droites (I12 I34 ) , (I13 I24 ) , (I14 I23 ) .
−−−→ −
→ −−−→
nous dit que M1 G ∈ F et donc G = M1 + M1 G ∈ F.
Réciproquement, soit F une partie non vide de E stable{par barycentrisation
} .
−−→
Il s'agit de montrer que pour Ω ∈ F , l'ensemble F = ΩM | M ∈ F est un sous-espace
−
→
vectoriel de E .
→ −→
−
Le vecteur nul 0 = ΩΩ est dans F.
Pour M, N dans F et λ, µ dans R, le point P déni par :
−→ −−→ −−→
ΩP = λΩM + µΩN
points pondérés de E, le barycentre de ((φ (Mk ) , αk ))1≤k≤p est φ (G) , où G est le barycentre de
((Mk , αk ))1≤k≤p .
Théorème 25.7 Pour tout point M ∈ E, il existe un unique (n + 1)-uplet (λ0 , · · · , λn ) dans
Rn+1 tel que :
{ } ∑
n
M = Bary {(Ak , λk )}0≤k≤n et λk = 1
k=0
Dénition 25.6 Avec les hypothèses et notations du théorème précédent, on appelle coordon-
nées barycentriques de M dans le repère R, tout n-uplet (γλ1 , · · · , γλn ) , où γ est un réel non
nul.
Ensembles convexes 655
Remarque 25.3 On vérie facilement qu'une intersection de parties convexes de E est convexe.
Remarque 25.4 L'adhérence et l'intérieur d'un convexe sont convexe.
De la conservation des barycentres par les applications anes, on déduit le résultat suivant.
Théorème 25.9 Soient E ′ un espace ane de dimension nie et φ une application de E dans
E ′.
Pour tout convexe C dans E [resp. C ′ dans E ′ ] l'image directe [resp. l'image réciproque] de C
[resp. de C ′ ] par φ est un convexe de E ′ [resp. de E ].
656 Barycentre. Applications
est convexe dans E comme image réciproque du convexe {0} de R par l'application ane φ.
Les ensembles H + = φ−1 (R+ ) et H − = φ−1 (R− ) [resp. H +,∗ = φ−1 (R∗,+ ) et H −,∗ =
φ−1 (R∗,− )] sont également convexes et on dit que ce sont les demi espaces fermés [resp. ouverts]
limités par H.
Remarque 25.5 Comme on est en dimension nie, l'application ane φ est continue et les
demi-espaces H + et H − [resp. H +,∗ et H −,∗ ] sont biens bien des fermés [resp. ouverts] de E.
Dénition 25.8 On appelle polyèdre dans E, une partie bornée de E qui peut s'écrire comme
intersection d'un nombre ni de demi-espaces fermés de E.
Dans le cas où E est un plan ane, on retrouve la notion de polygone.
Un polyèdre est fermé et convexe comme intersection d'ensembles fermés et convexes. Étant
fermé et borné, il est compact dans E qui est de dimension nie.
Théorème 25.10 Si X est une partie non vide de E, alors l'enveloppe convexe de X est l'en-
semble des barycentres de points de X aectés de coecients positifs, soit :
{ }
{ } ∑
p
Cv (X) = Bary {(Ak , αk )}0≤k≤p | Ak ∈ X, αk ≥ 0, αk = 1
k=1
Théorème 25.11 (Carathéodory) Si X est une partie non vide de E (de dimension n ≥ 1),
alors tout élément de l'enveloppe convexe de X est barycentre à coecients positifs d'au plus
n + 1 points de X.
Hi+ = {M ∈ E | φi (M ) ≥ 0} (1 ≤ i ≤ p) ,
où les φi sont des formes anes non nulles sur E et les αi des réels.
Si M ∈ C est tel que φi (M ) > 0 pour tout i compris entre 1 et p, avec la continuité des
applications φi , on déduit alors qu'il existe un réel ε > 0 tel que la boule ouverte B (M, ε) de
∩
p
centre M et de rayon ε soit contenue dans C = Hi+ et en conséquence M est dans l'intérieur
i=1
de C, donc M ∈ / Fr (C) .
On a donc ainsi montré que pour tout M ∈ Fr (C) , il existe un indice i compris entre 1 et p
tel que φi (M ) = 0 et Hi est un hyperplan d'appui de C qui contient M. C'est-à-dire que tout
point de la frontière de C est contenu dans un hyperplan d'appui.
En fait ce résultat est valable pour tout convexe fermé dans E.
Lemme 25.2 Si C est un convexe fermé dans E non vide et distinct de E, alors tout point de
la frontière de C est contenu dans un hyperplan d'appui de C.
Par analogie à la notion de sommet d'un polygone dans R2 , on dénit de manière plus
générale les sommets, ou points extrémaux, d'un convexe de la manière suivante.
Dénition 25.11 Soit C un convexe non vide de E. On dit qu'un point M de C est un point
extrémal si tout segment dans C qui contient M admet ce point pour extrémité.
Dire que M dans le convexe C est extrémal équivaut à dire que si M ∈ [A, B] avec A, B
dans C, alors M = A ou M = B, encore équivalent à dire que si M = (1 − λ) A + λB avec
A, B dans C et 0 < λ < 1, alors M = A = B.
Une dénition équivalente de point extrémal d'un convexe est donnée par le résultat suivant.
658 Barycentre. Applications
Lemme 25.3 Soit C un convexe non vide de E. Un point M de C est extrémal si et seulement
si C \ {M } est convexe.