Algorithmes Génétiques, Algorithmes Évolutionnaires
Algorithmes Génétiques, Algorithmes Évolutionnaires
: S7218 V2
Algorithmes génétiques,
Date de publication :
10 décembre 2020 algorithmes évolutionnaires
Mots-clés Résumé Les principes de base des algorithmes évolutionnaires (AE), dont les plus
Algorithmes évolutionnaires | connus sont les algorithmes génétiques (AG), sont directement inspirés de la théorie de
Algorithmes génétiques |
Optimisation stochastique | l’évolution selon Darwin. Ces méthodes de résolution de problèmes, d’optimisation
Darwinisme artificiel stochastique, copient de façon très simplifiée la capacité de populations d’organismes
vivants à s’adapter à leur environnement à l’aide de mécanismes de sélection et
d’héritage génétique. Cet article donne un panorama rapide du « darwinisme artificiel » et
de la variété de ses applications.
Keywords Abstract Evolutionary Algorithms (EA), including the most famous ones, Genetic
Evolutionary algorithms | Algorithms (GA), are based on Darwin’s theory. These problem-solving or stochastic
Genetic algorithms | Stochastic
optimisation | Artificial optimization methods mimic in a very simplified manner the capabilities of populations of
darwinism living organisms to adapt to their environments thanks to selection and genetic
inheritance mechanisms. This paper provides a brief panorama of artificial Darwinism and
its varied and numerous applications.
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Algorithmes génétiques,
algorithmes évolutionnaires
par Évelyne LUTTON
Directrice de recherche INRAE
UMR MIA 518, AgroParisTech/INRAE
Institut des systèmes complexes, 113 rue Nationale, 75013, Paris, France.
Cet article est la version actualisée de l’article S7218 intitulé Algorithmes génétiques
et algorithmes évolutionnaires rédigé par Évelyne LUTTON et paru en 2006
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efficace n’est pas si simple et l’expérience prouve que les grandes réussites
sont fondées sur une très bonne connaissance du problème à traiter, sur une
bonne compréhension des mécanismes évolutionnaires et sur une bonne dose
de créativité. Il est tout bonnement hasardeux de considérer ces techniques en
« boîte noire », comme un « optimiseur universel », que l’on utilise sans faire
aucun réglage.
Cela dit, les « success-stories » sont nombreuses, et les techniques évolu-
tionnaires font partie de notre quotidien ; il suffit par exemple de suivre ce qui
se fait dans les conférences internationales du domaine (EvoStar, CEC, GECCO,
PPSN, EA) pour s’en convaincre. En effet, le champ d’application des algo-
rithmes évolutionnaires est très large : il va des applications réelles complexes
comme le contrôle du flux de pipelines de gaz, le design de profils d’ailes, le
routage aérien ou la planification de trajectoires de robots, à des problèmes
plus théoriques et combinatoires, en théorie des jeux, en modélisation écono-
mique, en finance, en commande de processus et en apprentissage.
1. Algorithmes génétiques, années 1960. Ces deux approches reposent sur l’imitation du phé-
nomène d’apprentissage collectif – on dit aussi d’adaptation –
évolutionnaires, d’une population naturelle, fondée sur les observations de Darwin
et sur la théorie moderne de l’évolution. Ces deux courants ont
darwinisme artificiel évolué assez parallèlement jusqu’aux années 2000, chacun ayant
son champ d’application particulier, tous deux devenant actuelle-
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ment de plus en plus attirants aussi bien pour les chercheurs que
pour les industriels, grâce notamment à la vulgarisation des calcu-
1.1 Bref historique du domaine lateurs parallèles, à l’accroissement des puissances de calculs, et
enfin à la diffusion d’utilitaires de programmation (comme GA-Lib,
1.1.1 Darwinisme, évolutionnisme EO, EASEA, ou plus récemment des bibliothèques en langage
python comme Inspyred).
Charles Darwin a construit sa théorie de l’évolution des espèces Le courant américain, initialisé par John Holland dans les
par l’observation systématique de lignées d’espèces, en particulier années 1960, est à l’origine de ce que l’on appelle les algorithmes
au cours d’un voyage effectué de 1831 à 1836 sur le Beagle à des- génétiques (AG) [49]. Bien qu’ils aient été prévus initialement
tination des côtes sud-américaines, des mers du Sud, du Pacifique, dans le cadre d’optimisation ou d’apprentissage dans le domaine
de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Les espèces endémiques discret, les AG ont été facilement étendus à l’optimisation sur des
des îles Galapagos attirèrent son attention, lui rendant évidentes domaines continus [30].
l’extrême variabilité des espèces, accentuée par l’isolement géo-
graphique et l’impitoyable concurrence vitale due au confinement. En Allemagne, sont apparues à peu près en même temps des
Selon lui, l’évolution se fonde sur trois principes (extrait de méthodes appelées « stratégies d’évolution » (SE) [95] [97] [47].
La Grande Encyclopédie Larousse, 1973) : Ces méthodes étaient au contraire prévues initialement pour
fonctionner sur des domaines continus et ont été étendues à des
• « partout, toujours, et de mille manières, les faunes et les flores applications en optimisation discrète [97].
ont varié ;
Ces deux approches ont de nombreux points communs ; leurs
• les lignées observées individuellement, par voie d’élevage ou différences résident principalement dans leurs origines (approche
de culture, présentent d’innombrables variations de détails ; continue versus approche discrète). Le principal reproche que l’on
• la lutte pour la vie est si féroce et la sélection naturelle si a pu faire à ces méthodes, par rapport à d’autres méthodes d’opti-
rigoureuse que la moindre variation utile fait triompher la misation plus classiques, est le manque de résultats théoriques
lignée qui la possède. » généraux de convergence. En effet, la modélisation de ces proces-
De nombreux biologistes et philosophes ont suivi ce courant, sus stochastiques à base de populations est beaucoup plus ardue,
opposant la théorie de Darwin à celles de ses prédécesseurs, et il a fallu attendre assez longtemps pour voir établir des théo-
comme Linné et Lamarck, puis proposant des variations autour rèmes de convergence convaincants (section 3). Un historique
des notions de base du darwinisme. plus complet sur les AG peut se trouver dans [38] ou [25].
L’évolutionnisme s’est aussi développé en sociologie et en ethno- Parallèlement à des recherches théoriques dont les bases les plus
logie dans le but, parfois controversé, de trouver des modèles de solides (les modèles markoviens) n’ont été posées que relativement
développement des sociétés (du plus simple au plus complexe, récemment, on s’est intéressé assez vite à d’autres adaptations des
notamment). On n’entrera pas ici dans les querelles de l’évolution- paradigmes naturels. Cela a donné naissance à de nouveaux
nisme, de l’inné et de l’acquis, il suffit de savoir que les trois prin- modèles d’algorithmes évolutionnaires : implantation de phéno-
cipes darwiniens constituent un modèle d’évolution qu’il est mènes biologiques plus évolués comme le partage des ressources
intéressant d’étudier d’un point de vue informatique. et les niches écologiques (section 4.1), la coévolution de différentes
espèces (notions de prédateurs et de proies) [2] [14] [46] [52] [55]
[56] [57] [101] ou la dominance et la diploïdie [103] [43].
1.1.2 Versions artificielles du darwinisme
Nota : pour les AG diploïdes, les représentations chromosomiques (les codes)
L’idée d’utiliser les principes des processus d’évolution orga- contiennent l’information en double (représentation diploïde). Cette particularité permet
semble-t-il de rendre les algorithmes plus robustes, particulièrement en environnement
nique en tant que technique d’optimisation globale a émergé indé- dynamique, grâce à cette redondance d’information qui joue un rôle de « mémoire » à
pendamment des deux côtés de l’océan Atlantique à partir des long terme.
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D’autres approches, comme les algorithmes à estimation de distri- algorithmique du terme par une maximisation de la fonction
bution, correspondent à une interprétation plus statistique et plus d’évaluation sur les individus de la population.
globale des opérateurs génétiques [90] [65] ainsi que le célèbre algo-
rithme « covariance matrix adaptation evolution strategy » (CMA-ES),
qui représente localement la fonction à optimiser sous la forme À retenir
d’une matrice de covariance.
• Un algorithme évolutionnaire (AE) est un algorithme d’optimi-
Enfin, en s’éloignant quelque peu des préoccupations d’optimisa- sation stochastique inspiré des trois principes de l’évolution
tion numérique pure, de nouveaux thèmes de recherche se sont darwinienne : variations aléatoires, transmissions des caractères
ouverts progressivement : programmation génétique, vie artificielle, et sélection.
optimisation multiobjectif, contrôle et suivi de données dyna- • Les AE regroupent un ensemble de techniques telles que
miques, classification, apprentissage, applications interactives. les algorithmes génétiques (AG), les stratégies d’évolution
(SE), la programmation génétique (PG).
• Il n’est pas nécessaire que la fonction optimisée (fitness)
1.2 Notions et vocabulaire de base soit dérivable ni même continue.
Les représentations ou codages (discrets ou continus) des solu- nique » peuvent être décrits simplement ; cependant, ce qui est pré-
tions sont appelés chromosomes, et dans le cas de l’AG cano- senté ci-après doit être compris comme une « recette de cuisine ». Les
nique, ils sont discrets, binaires et de longueur fixe. On emploie applications efficaces à base d’algorithmes évolutionnaires sont sou-
aussi le terme de génotype en ce qui concerne les chromosomes, vent plus complexes, le problème essentiel étant d’adapter, de créer
tandis que les solutions (les vecteurs de l’espace de recherche) même, ses propres opérateurs pour les faire correspondre aux spécifi-
constituent le phénotype. L’algorithme travaille ainsi au niveau du cités du problème.
génotype : à l’aide des opérateurs génétiques, il induit une topolo- La base d’un algorithme évolutionnaire classique est une boucle
gie de recherche dans l’espace phénotypique, ce qui conditionne générationnelle de populations d’individus correspondant chacun
l’efficacité de la recherche. à une solution au problème considéré [26] [38] [84]. Les individus
sont représentés, sous forme discrète ou continue par exemple, à
L’algorithme évolutionnaire fait évoluer sa population de façon l’aide de chromosomes ou de gènes. Le schéma de la figure 1
à adapter les individus à l’environnement ; cela se traduit au sens donne une vision synthétique simplifiée de la boucle évolution-
naire dont les principales étapes sont les suivantes.
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Chaque individu de la population est représenté par une chaîne [Link] Croisement discret
de longueur fixe, dont les éléments (gènes) sont choisis dans un
alphabet fini. Cela concerne des problèmes combinatoires dis- L’opérateur de croisement est une composante importante du
crets, mais aussi des problèmes continus que l’on s’autorise à mécanisme de convergence de l’AG ; intuitivement, il permet une
discrétiser. Dans ce dernier cas, la longueur du chromosome est concentration de la population autour des « bons » individus. Le
un paramètre important qui contrôle la précision de l’échantillon- choix de la probabilité de croisement pc (qui décide si les informa-
nage de l’espace, et par voie de conséquence, la précision limite tions génétiques de deux individus sont mélangées ou transmises
du résultat [112] [67]. sans modification aux descendants) correspond à un compromis
subtil entre composantes d’exploration et d’exploitation de l’algo-
Les implantations sur code binaire, c’est-à-dire où l’alphabet est rithme. La plupart du temps, le choix de cette probabilité est fait
(0,1), sont les plus courantes encore actuellement. John Holland a par tâtonnement expérimental.
argumenté l’optimalité, selon la théorie des schémas, de l’alphabet Il existe un grand nombre d’opérateurs de croisement ; les plus clas-
binaire (c’est l’alphabet le plus petit possible), ce qui a poussé de siques dans le cadre de l’optimisation stochastique sont (figure 2) :
nombreux programmeurs à adopter ce codage quasi systémati-
quement [50]. Cette stratégie a depuis été de nombreuses fois • le croisement à un point, où un site de croisement est choisi
remise en question. David Goldberg, par exemple, introduit la aléatoirement sur le chromosome, puis les chaînes de code
notion de complexité d’un code, et explique que, d’un point de sont échangées autour de ce site ;
vue pratique, le choix d’un code est un compromis entre taille • le croisement à deux points : deux sites de croisement sont
de l’alphabet et complexité du codage [39]. Cette notion de choisis, et les portions de code sont échangées par alternance ;
complexité pour un code correspond au fait que de petites varia- • le croisement uniforme, où chaque gène d’un descendant est
tions du code peuvent ou non induire de grandes modifications choisi aléatoirement parmi les gènes des parents ayant la
sur les solutions associées. En d’autres termes, cela traduit la même position dans le chromosome. Assez souvent, le second
corrélation des tailles des voisinages au niveau du génotype et au descendant est construit en prenant les choix complémentaires
niveau du phénotype. du premier, comme sur la figure 2.
Une autre contrainte importante pour le codage, qui intervient D’autres types de croisements existent, comme le croisement
aussi dans ce compromis et que l’on oublie parfois, est la complexité multipoint ou des croisements spécialisés, comme dans le cas du
algorithmique du processus de codage/décodage. En effet, ces opé- problème du voyageur de commerce ou des problèmes d’ordon-
rations sont effectuées un grand nombre de fois au cours de l’évolu- nancement, qui tiennent compte de la structure particulière du
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tion de l’algorithme ; elles ont donc un poids non négligeable dans le codage employé.
coût algorithmique de l’ensemble.
[Link] Mutation discrète
Pour la plupart des applications des AG binaires en optimisation
numérique, le chromosome est simplement une concaténation des De façon schématique, la mutation effectue une perturbation
codes binaires de toutes les composantes du vecteur de l’espace mineure du chromosome de l’individu ; par exemple, dans le cas
de recherche. L’espace de recherche doit donc être borné. On a d’un codage binaire, un site de mutation est choisi aléatoirement
parlé aussi beaucoup dans ce contexte des codes de Gray, qui et le bit correspondant est inversé (figure 3). La probabilité de
pourraient sembler mieux répondre à la contrainte de complexité mutation pm est souvent définie comme la probabilité de muter
que le code binaire classique. Des recherches théoriques, corrélées un bit d’un individu et non celle de muter un individu (comme
expérimentalement, ont prouvé que cela est faux [67] : il n’y a pas pour la probabilité de croisement), ce qui fait qu’un individu peut
de réponse universelle, tout dépend de la fonction optimisée voir plusieurs de ses bits inversés par l’opérateur de mutation si
(fitness) et de la forme de l’espace de recherche ! pm est suffisamment élevée.
Parents Descendants
1
Croisement à 1 point
2
Parents Descendants
1
Croisement à 2 points
2
Parents Descendants
1
Croisement uniforme
2
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donc abordés grâce à la PG. La richesse de la représentation L’évolution d’un programme au sein de la PG se fait simultané-
arborescente de taille variable (figure 4) fonde le succès de cette ment sur sa taille, sa structure et son contenu. L’ensemble des
technique dans le milieu évolutionnaire. structures possibles d’un programme est l’ensemble de toutes les
Un algorithme de PG explore un espace de programmes compositions récursivement possibles de fonctions à partir d’un
composés à partir d’éléments d’un ensemble de fonctions et ensemble de fonctions et d’un ensemble de
d’éléments d’un ensemble de terminaisons, qui sont typiquement
terminaisons .
des ensembles de symboles sélectionnés comme étant appropriés
à la solution des problèmes dans le domaine d’intérêt (variables, Les fonctions de F peuvent inclure des opérations arithmétiques
données d’entrée, constantes, etc.). Plus précisément, les indivi- (+, –, *, …), des fonctions mathématiques (sin, cos, exp, log), des
dus de la population sont des programmes (ou des formules opérations booléennes (ET, OU, NOT), des opérateurs condition-
mathématiques) qui, lorsqu’ils sont exécutés, sont eux-mêmes nels (if, then, else), des commandes d’itérations (do – until, for),
des solutions possibles au problème posé. des commandes de récursion ou des fonctions spécifiques à
Les croisements se font par échange de sous-arbres (figure 5). l’application envisagée.
Les mutations sont plus complexes ; on en distingue plusieurs, Les terminaisons sont par exemple des constantes ou des
suivant leur action sur la structure du génome : variables qui représentent une mesure, une variable d’état.
• suppression/ajout de nœud ;
Les applications de la PG sont très nombreuses et très variées
• modification de la fonction d’un nœud en conservant son (contrôle optimal, planification de trajectoires et d’actions en
arité, ou non (auquel cas, on peut générer des parties de robotique, régression symbolique) ; pour plus de précisions, le
codes non utilisées, les introns) ; lecteur peut se référer à [58] [93] [37], par exemple.
• mutation des constantes (valeurs continues), par exemple par
ajout d’un bruit gaussien ;
• mutation des variables discrètes, par permutation ou tirage 2.3 Sélection et pression sélective
aléatoire uniforme dans un ensemble de valeurs.
La sélection des individus d’une population est faite en rapport
avec leur adaptation à l’environnement (leur fitness). La fonction à
optimiser, qui est employée pour évaluer l’adaptation à l’environ-
nement, doit pouvoir être rendue positive (par une transformation
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1 2
Proportionnel
Parents à f (X1)
Nœuds 1 et 2 sélectionnés X1
Enfants X3
X2
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Il est ainsi nécessaire de construire des méthodes de sélection temps de calcul (on l’a dit, l’approche en « boîte noire » n’est pas
où l’on peut avoir un contrôle sur la pression sélective. Quelques raisonnable). La réponse à cette question n’est pas simple. Cepen-
méthodes, parmi les plus fréquemment utilisées, sont données dant, de nombreuses analyses théoriques et expérimentales four-
ci-après : nissent quelques éléments de réponse pour comprendre quand
• le scaling se fait par transformation linéaire sur le fitness l’emploi d’un AE se justifie ou peut apporter quelque chose en
pour que le maximum de sa valeur réétalonnée soit C fois la comparaison ou en collaboration avec des techniques classiques.
moyenne sur la population courante. C représente une Historiquement, la théorie des schémas représente la première
mesure de pression sélective [38]. Les coefficients de réétalo- « théorie » de convergence globale des algorithmes génétiques ;
nage sont recalculés à chaque génération, de façon à mainte- c’est en fait une modélisation extrêmement simplifiée du compor-
nir C à une valeur fixée (usuellement entre 1,2 et 2, voir tement d’un AE [49] [38], reposant sur des hypothèses valides uni-
section 3.2) ; quement dans les premiers pas de l’algorithme et dans le cas de
• la sélection par le rang affecte une probabilité de sélection populations de taille infinie. Du fait de ces approximations, cette
proportionnelle au rang de chaque individu dans la population approche a été relativement décriée ; elle reste cependant une
classée par ordre de fitness décroissant ; excellente base intuitive pour comprendre les mécanismes
• la sélection par tournoi consiste, à chaque fois qu’il faut de convergence, notamment concernant le rôle de l’opérateur de
sélectionner un individu, à tirer aléatoirement T individus croisement.
dans la population (indépendamment de leurs valeurs de Parallèlement, ont été développés des résultats de convergence
fitness), et à choisir le meilleur d’entre eux. La pression locale pour les stratégies d’évolution [4] [35] [36], puis ensuite des
sélective est directement reliée à la taille du tournoi : plus T modèles globaux plus rigoureux, comme les modélisations mar-
est grand, plus elle est importante. koviennes, à base de systèmes dynamiques [1] [27] [51] [87] [116],
ou selon des modèles de physique statistique [94] [99] [100]. Ces
approches beaucoup plus complexes donnent des résultats précis
2.4 Exploitation/exploration : sur la dynamique de populations de taille finie, mais encore sur
un dosage délicat des modèles simplifiés.
Intuitivement, la sélection agit comme un opérateur de « pilotage », La modélisation des AE est un sujet théorique très complexe
de concentration, tandis que croisement et mutation ont plutôt une et très actif. Les enjeux théoriques et pratiques sont importants et
action d’éparpillement, d’exploration non dirigée. Ensemble, sélec- les thèmes majeurs sont :
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tion et opérateurs génétiques (croisement/mutation) doivent donc • la convergence des AG et l’estimation d’une vitesse de conver-
garantir que la population se concentre dans des régions intéres- gence ;
santes de l’espace de recherche, où la fonction d’évaluation a des
valeurs élevées. Il existe néanmoins un risque de convergence pré- • la facilité ou difficulté des paysages de fitness pour un AE
maturée pour cause de perte de diversité génétique ou par dérive (étude des fonctions déceptives, des paysages de fitness,
génétique. NK-landscapes, analyse d’épistasie) ;
La mutation, plus encore que le croisement, joue un rôle de • le réglage des divers paramètres d’un AG ;
« dispersion » : il est démontré théoriquement que la mutation
permet de maintenir la diversité génétique de la population, et • le choix d’une bonne représentation.
ainsi de limiter l’effet de dérive génétique [87]. L’efficacité d’un AE
est donc liée au dosage subtil de ces composantes d’exploitation/ Trois grands courants de ce thème de recherche sont rapide-
concentration et d’exploration/dispersion, afin de converger le ment présentés ci-après.
plus rapidement possible vers l’optimum global de la fonction à
optimiser.
3.1 Approche intuitive : schémas,
À retenir théorème des schémas
• La base d’un AE classique d’optimisation est une boucle Bien qu’un AG manipule directement une population de codes
générationnelle faisant évoluer des populations d’individus au cours de son évolution, on peut comprendre globalement son
correspondant chacun à une solution. fonctionnement en considérant qu’il recherche et manipule impli-
• Cette boucle est composée de plusieurs étapes : sélection, citement des similarités entre codes (tout comme lorsque l’on
reproduction (croisement et mutation), évaluation et rempla- joue au jeu du « Master mind »). La formalisation de cette
cement. recherche de similarités entre codes est fondée sur la notion de
• Les individus peuvent être, par exemple, représentés sous schéma [50].
forme discrète (AE), continue (SE) ou fonctionnelle (PG).
En effet, l’évaluation individuelle d’un code donné contribue
• Chaque opérateur de la boucle contribue au délicat dosage
assez peu à comprendre dans quelle direction rechercher un meil-
entre exploitation et exploration.
leur code, même si celui-ci est bon : cette évaluation n’indique en
rien si une partie ou une caractéristique de ce code a contribué à
lui faire obtenir une bonne évaluation. La seule chose que l’on
peut en déduire est que des composantes bénéfiques sont pré-
3. Aperçu théorique : sentes dans ce code. On voit donc l’intérêt de traiter simultané-
ment une population de codes pour acquérir une information
pourquoi et comment ça générique par analyse de similarités.
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Longueur
de définition = 7
L’analyse de la variation du nombre de représentants de cer- Cette interprétation fournit des outils d’évaluation des représen-
tains schémas au sein d’une population au cours de l’évolution tations grâce à l’analyse de la nature des building blocks (notam-
donne des clés de compréhension sur les mécanismes de conver- ment en utilisant les fonctions de Walsh [40] [41] et permet
gence et sur les rôles des opérateurs génétiques [25] [38]. Il faut d’approcher la notion d’épistasie [25]. Cela permet en outre de
cependant comprendre que les schémas servent uniquement en construire des fonctions « difficiles » pour un AG : les fonctions
tant qu’outils pour expliquer la structure des codes et pour décrire « AG-déceptives ». Par exemple, les fonctions dont les optima
de façon compacte les similarités entre codes. sont isolés sont difficiles : les meilleurs points sont entourés par
les pires dans la topologie induite par le code.
Si l’on suppose qu’un schéma H apparaît avec une certaine fré-
quence m (H, t) dans la population à la génération t, le théorème
des schémas donne une borne sur l’espérance du nombre de
représentants d’un schéma H à la génération n + 1 pour le modèle 3.2 Analyse markovienne
de l’AG canonique (sélection proportionnelle, sans réétalonage,
croisement à un point et mutation binaire) et pour une population L’une des limitations des analyses fondées sur la théorie des
de taille infinie : schémas est l’hypothèse de population de taille infinie ; il est assez
vite devenu nécessaire d’avoir des modèles plus rigoureux et plus
précis. Si l’on considère la séquence des populations produites par
(1) un AE comme la réalisation d’un processus stochastique dans un
espace d’états fini, la façon dont est construit l’algorithme permet de
Les termes de cette inégalité traduisent les actions des diffé- dire que ce processus est markovien (une réalisation de ce proces-
rents opérateurs. sus ne dépend que de son état précédent) [27].
Les premiers travaux selon cette approche concernaient des
■ La sélection dépend de l’évaluation d’un schéma, mesurée par la modèles extrêmement simples, mais ils ont très vite permis de
valeur moyenne des évaluations de ses représentants dans la modéliser des comportements inaccessibles aux modèles à popu-
population courante, respectivement à la valeur moyenne de lation de taille infinie. Par exemple, Goldberg et Segrest [44] ont
proposé une modélisation d’un AG de population de taille finie,
fitness sur l’ensemble de cette population. Il faut préciser que
avec des chromosomes de longueur 1 ; ils ont abouti à une ana-
l’évaluation moyenne d’un schéma est une valeur artificielle qui
lyse de la dérive génétique. Le phénomène de dérive génétique,
indique grossièrement dans quelle direction continuer la recherche
connu et étudié depuis longtemps par les biologistes, a été mis en
au sein de l’espace de recherche (autrement dit, le sous-espace le
parallèle avec le comportement d’un AG sur une population de
plus intéressant à explorer). Le terme dit que plus un taille finie sans pression sélective. Cette compréhension du phé-
nomène de dérive n’est pas possible par la théorie des schémas,
schéma a une valeur moyenne élevée, plus il sera reproduit dans puisque ce phénomène est une conséquence directe de la mani-
la génération n + 1. pulation de populations de taille finie. Goldberg et Segrest ont
examiné en détail l’évolution de la dérive génétique en fonction
■ Dans cette approche, on ne sait modéliser les opérateurs géné- de la pression sélective, ce qui a permis de comprendre certains
tiques que par leur action destructrice (d’où le signe ≥ de l’équa- phénomènes de convergence prématurée, ainsi que le rôle fonda-
tion (1)). Un schéma de longueur l est détruit par le croisement à mental de l’opérateur de mutation pour limiter la dérive géné-
un point avec une probabilité , où δ(H) est la distance entre tique. En outre, leur étude de l’influence de la pression sélective
sur la probabilité de converger vers le bon optimum a permis de
le premier et le dernier bit fixé du schéma ; c’est la longueur de proposer des bornes pour la valeur de pression sélective – c’est
définition du schéma (figure 7). Plus la longueur de définition de là que vient la recommandation de fixer la pression sélective
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entre 1,2 et 2 lorsque l’on fait un réétalonnage de la fonction • le débruitage multifractal de signaux et d’images [69] [75] ;
d’évaluation (section 2.3). • l’optimisation d’antennes fractales [22].
Les travaux de Davis et Principe [27] sur des chromosomes de
Ce succès est naturellement lié au fait que lorsque que l’on fait
longueur supérieure à 1 sont fondés sur un modèle simple à trois
une analyse d’un signal irrégulier, on est souvent confronté à des
opérateurs (sélection, croisement, mutation) avec une taille de
problèmes d’optimisation complexes, où les fonctions à optimiser
population finie, constante tout au long de l’évolution de l’AG. Ils
sont elles-mêmes très irrégulières, possèdent de très nombreux
considèrent cependant que les probabilités de mutation et de
maxima locaux et ne sont parfois ni dérivables, ni même conti-
croisement peuvent varier, ce qui leur a permis de dériver la
nues. Les méthodes stochastiques, et tout particulièrement les
contrainte sur la probabilité de mutation décrite en section 2.1.2
algorithmes évolutionnaires, sont bien adaptés à ces problèmes
et d’assurer la convergence en un temps infini si cette contrainte
d’optimisation.
est respectée.
Une approche similaire, mais moins directement utilisable, pro- D’un point de vue théorique, le fait de se placer dans un cadre
posée par Nix et Vose [87] a permis d’obtenir des résultats de fractal, c’est-à-dire de supposer que les signaux considérés pos-
convergence, mais en examinant le cas où la taille de la population sèdent certaines propriétés de régularité locale, permet d’analy-
varie au fur et à mesure de l’évolution de l’AG, les probabilités de ser plus précisément le comportement d’un modèle d’AE. Par
mutation et de croisement restant constantes. exemple, dans [67] [81] [77], l’étude concerne l’influence de
quelques paramètres d’AG canonique sur une mesure de décep-
Enfin, les travaux de Cerf [16] [17] proposent un cadre mathé- tivité, et fournit des indications sur la façon d’ajuster ces para-
matique plus général qui recoupe à la fois les résultats de mètres. Cela débouche sur un outil d’analyse de l’influence du
Davis et Principe et ceux de Nix et Vose. Cette approche permet codage des chromosomes dans un AG. Enfin, les travaux de
en plus de dériver une décroissance de la probabilité de muta- Landrin-Schweitzer et Lutton [63], fondés sur un modèle marko-
tion en fonction de la taille de la population, et ouvre la voie vien et une analyse multifractale, ouvrent la voie à une analyse
vers l’analyse de la vitesse de convergence d’un AG simple en des temps de convergence.
fonction de la complexité de la fonction à optimiser et de la
taille de population choisie.
À retenir
3.3 Analyse fractale, irrégularité • Les AE ont un fonctionnement complexe ; ils sont délicats
du fitness
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On note aussi l’existence de techniques qui créent explicitement figure 9a. En faisant agir un AG classique sur cette population de seg-
des sous-populations, comme [23], sur des processeurs séparés et ments (l’évaluation de l’adaptation à l’environnement d’un segment
échangent des individus entre ces sous-populations lorsque l’on est faite par comptage de points de contours de l’image en coïnci-
estime que ces sous-populations sont stabilisées (punctuated dence avec ce segment), on obtient une concentration de la popula-
equilibria), en créant ainsi une sorte de « catastrophe ». tion de segments comme celle de la figure 9b. Si l’on emploie une
technique de sharing, on obtient une convergence comme celle de la
Ces méthodes reposent toutes sur la définition d’une distance figure 9c. L’intérêt du sharing dans ce cas est évident puisqu’il
sur l’espace de recherche, calculée soit entre les chromosomes permet, par simple clusterisation de la population finale, de dégager
(distance génotypique), soit sur l’espace de recherche lui-même plusieurs segments en une fois sur l’image.
(distance phénotypique), et qui sert à définir le voisinage d’un
point de l’espace de recherche (où intervient le paramètre de taille
de voisinage σshare) (figure 8). Le partage peut être implanté en 4.2 Coopération/coévolution
divisant la fonction d’évaluation F par une mesure du nombre
d’individus dans la niche (ou le voisinage) mi de rayon L’idée de faire « plus que de l’optimisation » avec les AE est née
très tôt. Il a été vu précédemment qu’il est possible d’aborder des
σshare : . problèmes d’optimisation multimodale. On peut aller plus loin et
formuler les problèmes comme des tâches d’apprentissage collec-
tif de façon à ce que la solution recherchée soit construite à partir
L’effet du partage est de séparer la population en sous-populations
de l’ensemble d’une population évoluée et non plus à partir du
de tailles proportionnelles à la hauteur des pics. Goldberg et
seul meilleur individu de la population finale.
Richardson ont montré qu’un AG avec partage se stabilise lorsque
Les thèmes les plus marquants de cette tendance sont les
( , k avec h et k des optima locaux différents) (figure 8). systèmes de classeurs (qui sont aussi une des bases historiques des
AG), l’approche parisienne, les techniques de coévolution proie/pré-
L’efficacité d’un partage dépend essentiellement du réglage du dateurs, et les techniques à base de colonies d’insectes sociaux,
paramètre de diamètre du voisinage σshare, qui règle la séparation dont les plus connus sont les ACO, algorithmes à colonies de four-
minimale entre deux pics détectés. Des méthodes d’estimation du mis [32] [33].
paramètre σshare ont d’ailleurs été proposées [29].
4.2.1 Systèmes de classeurs
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Exemple
Pour illustrer cela, la figure 9 montre l’effet d’un sharing sur la
convergence d’une population (exemple tiré de [78]). L’application
consiste à détecter des segments sur des images de contours (les
contours sont dessinés en gris). On commence par initialiser aléatoi-
rement une population d’individus, des segments représentés sur la
x
2σshare Individu
Figure 8 – Répartition de la population dans un schéma de nichage Figure 9 – Effet du sharing sur la convergence d’une population
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dans un environnement arbitraire [8] [38]. Un tel système manipule 4.2.2 Vie artificielle
des règles (ou classeurs) de la forme : SI < condition > ALORS
< action >. Différentes applications des SC comme les animats ouvrent la
voie à la simulation de comportements « intelligents » collectifs
Il est composé : ou individuels et à ce que l’on nomme la « vie artificielle ». Ce
• d’un système de règle et de messages ; domaine peut être actuellement considéré comme un domaine de
recherche à part entière, où les méthodes évolutionnaires jouent
• d’un système d’attribution de crédits ;
un rôle important.
• et d’un algorithme génétique (figure 10).
Les informations venant de l’environnement sont codées via
Animats
des détecteurs sous forme d’un ou de plusieurs messages de
taille finie. Ces messages provenant de l’environnement sont Les animats (pour « animaux artificiels ») sont des sys-
stockés dans la liste de messages et peuvent alors activer les tèmes qui doivent résoudre des problèmes simples, comme
règles ou classeurs. Lorsqu’il est activé, un classeur renvoie un trouver de la nourriture et éviter les obstacles, en construi-
message à la liste de messages. Ces messages peuvent alors à sant des modèles comportementaux fondés sur un ensemble
leur tour activer d’autres classeurs, ou bien déclencher une action de règles.
transmise à l’environnement par l’intermédiaire de déclencheurs.
De cette façon, le système combine des interactions avec l’exté-
rieur et des actions de « réflexion » internes, pour déterminer Nous n’entrerons pas dans la polémique de la définition de ce
quelle sera la prochaine action. En un sens, il coordonne les flux qu’est la vie artificielle, on se rapportera à une formulation [64] [13]
d’informations venant de l’extérieur (détecteurs) et les traitements due à Langton : « La vie artificielle est le champ d’études dédié à la
internes (liste de messages et population de classeurs) pour compréhension de la vie, qui essaie de trouver une abstraction des
effectuer des actions (déclencheurs). principes dynamiques fondamentaux mis en jeu dans les phéno-
mènes biologiques, en recréant cette dynamique dans d’autres
Un message dans un SC est simplement une chaîne de bits. Un milieux physiques (comme un ordinateur) les rendant ainsi acces-
classeur est une règle de production : < condition > : < action >, il sibles à un nouveau genre de manipulations expérimentales. » Plus
joue un rôle fondamental dans les échanges de messages. précisément, on peut dire que la vie artificielle regroupe les pro-
La condition est un système de reconnaissance des formes où grammes de recherche qui concernent les systèmes autonomes,
le caractère # a été ajouté à l’alphabet binaire (comme pour les leurs caractérisations et leurs modes spécifiques de survie.
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schémas décrits en section 3.1, # correspond soit à un 0, soit à Dans ce cadre, les AE sont l’une des techniques employées pour
un 1). Une fois que la condition du classeur est remplie, ce clas- modéliser l’évolution des systèmes artificiels. Ainsi, les AE trouvent
seur devient candidat à poster son message dans la liste des leur utilité aussi bien en tant qu’outils pour résoudre des problèmes
messages à la prochaine étape. Le fait que le classeur délivre pratiques (d’optimisation, par exemple) qu’en tant que modèles de
effectivement son message est conditionné par le résultat d’une processus d’évolution [85].
sorte de tirage aléatoire fondé sur l’évaluation de la valeur (ou
poids) du classeur.
4.2.3 Approche parisienne
L’évaluation de la valeur d’un classeur est faite par le système
d’attribution des crédits tout au long de l’évolution du SC. Ce système Cette idée de coévolution peut aussi s’exploiter dans le cadre de
est un algorithme relativement complexe, appelé « bucket-brigade ». l’optimisation pure. Ce que l’on appelle actuellement l’approche
Schématiquement, pour toute action, il distribue la récompense ren- parisienne est une utilisation de ce concept [24] ; elle repose sur la
voyée par l’environnement aux classeurs qui ont été activés pour capacité des EA à attirer l’ensemble d’une population dans des
générer cette action [8]. zones quasi-optimales de l’espace de recherche. L’idée est donc
de fabriquer un paysage de fitness et un processus d’évolution où
l’ensemble de la population (ou du moins une grande partie)
représente la solution recherchée. Les individus ne représentent
plus une solution potentielle complète au problème posé, mais
une partie seulement de cette solution. La solution au problème
ENVIRONNEMENT est construite à partir de plusieurs individus de la population qui
« collaborent » pour produire la solution.
C’est donc bien une approche à relier aux autres techniques de
Système
coévolution : une population est une société qui construit en
de classeurs
commun la solution recherchée. Cependant, contrairement aux
approches de coévolution classiques, les espèces ne sont pas clai-
Algorithme rement identifiées ; on ne fonctionne pas sur un modèle proie/pré-
génétique dateur, par exemple.
Population Bien entendu, la spécification et le calibrage de tels algorithmes
de classeurs deviennent notablement plus complexes que dans le cas des
Information 10# : 111 approches évolutionnaires classiques, et la diversité des popula-
Détecteurs 00# : 000 Déclencheurs tions devient un facteur crucial pour le succès des méthodes
Action
101 #1# : 010 111 d’évolution parisienne. En outre, le fractionnement d’un problème
Récompense
Attribution en sous-problèmes interconnectés qui se prête à une approche
des crédits parisienne n’est pas toujours possible.
Liste de messages De façon schématique, les AE parisiens ont toutes les compo-
101 santes des AE classiques plus (figure 11) :
000 • deux fonctions de fitness : une fonction globale qui est calculée
111 sur l’ensemble de la population, ou sur une grande proportion
de celle-ci (par exemple à la suite d’un processus de clusterisa-
tion, ou d’élimination des individus trop mauvais), et une
Figure 10 – Schéma d'un système de classeurs fonction locale calculée sur chaque individu, qui mesure la
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Population
des « parents »
La solution au problème d’optimisation multicritère précédent
est donc un ensemble de solutions, formant ce que l’on nomme le
Sélection front de Pareto, qui est l’ensemble des solutions non dominées
dans l’espace de recherche. L’idée d’utiliser des AE pour trouver
le front de Pareto d’un problème multicritère a paru assez natu-
Croisements relle, mais cela nécessite de modifier légèrement le schéma évolu-
Création d’une nouvelle et mutations tionnaire classique. La procédure de sélection doit notamment
population de « parents » être adaptée de façon à pousser la population vers le front de
à partir de celle Pareto, tout en maintenant une bonne diversité afin d’assurer un
des « enfants » Population bon échantillonnage de celui-ci (éviter les solutions dégénérées
des « enfants » où toutes les solutions sont concentrées en un seul point du front
de Pareto).
En 2020, les méthodes NSGA (non-dominated sorting genetic
Calcul du fitness global et répartition algorithm) en versions II et III développées par Deb et ses collabo-
sur les individus de la population rateurs [28] sont reconnues comme les plus efficaces pour de
nombreux problèmes courants, le défi actuel étant ce que l’on
appelle le « many-objective », c’est-à-dire le cas où le nombre de
NON
Génération fonctions est grand [34] [18] [21].
de la population intiale
OUI
Génération 4.4 Approches interactives
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de la population intiale
La tâche d’optimisation se complique sévèrement lorsque l’on
cherche à aborder des problèmes pratiques, et l’on est parfois
Figure 11 – Schéma d'un algorithme parisien : la sélection obligé de développer des stratégies spécifiques dans le cas où l’on
(dans l’ovale bleu clair) se fait sur un fitness
qui est la combinaison d'une contribution locale (fitness local) ne sait pas précisément définir « ce que l’on recherche. » C’est le
et d'une contribution globale (fitness global). La contribution cas, par exemple, pour les techniques d’optimisation multicritères,
globale est calculée à chaque génération (cadre orange) où une réelle optimisation multicritère s’impose lorsque l’on ne sait
sur l’ensemble de la population pas donner de poids relatifs aux différents critères en jeu (ce qui
permettrait par exemple de construire un unique fitness comme
combinaison pondérée des critères). Le problème se complique
proportion dans laquelle cet individu contribue à la solution encore lorsque l’on se trouve dans des cas où ce que l’on souhaite
globale ; optimiser n’est pas mesurable à l’aide d’une fonction mathéma-
tique (un jugement esthétique ou la simple notion de « satisfaction
• un processus de redistribution qui répartit à chaque généra- de l’utilisateur ») ; il devient nécessaire de faire intervenir un utilisa-
tion le fitness global sur les individus ayant contribué à la teur humain dans la boucle évolutionnaire. Cela a donné naissance
solution ; à un courant dit d’« algorithmes évolutionnaires interactifs » très
• un mécanisme de maintien de la diversité, afin d’éviter les attrayant, car touchant des domaines d’application très variés.
modes dégénérés où tous les individus sont concentrés sur la Les premiers travaux sur le sujet [102] [108] [2] [66] étaient
même zone de l’espace de recherche. orientés vers la création artistique et la synthèse d’images numé-
Cette approche a permis de nombreuses applications, et notam- riques. De nombreuses études touchent maintenant des domaines
ment des applications en fouille de texte [61] [62], en imagerie d’application très divers, où les quantités à optimiser sont liées à
médicale [114] [115], dans le domaine artistique [20] et en vision des jugements subjectifs (visuels ou auditifs) et sont clairement
robotique temps-réel (vision stéréo par algorithme des mouches dans la tendance actuelle qui vise à recentrer les systèmes infor-
[70] [71]), ce qui est tout à fait notable pour des algorithmes ayant matiques sur leurs utilisateurs (autrement dit à mettre réellement
une réputation d’extrême gourmandise en temps de calcul. le système artificiel au service de l’humain). Des travaux tout à fait
caractéristiques sur le sujet sont par exemple [107] pour l’adapta-
tion de prothèses auditives, [54] pour le développement de lois de
contrôle de bras de robot qui correspondent à des mouvements
4.3 Multiobjectif souples, proches de l’humain et psychologiquement bien perçus
par l’utilisateur, ou pour le design de pages Web [88]. On pourra
Se poser des questions liées à l’optimisation conduit souvent à trouver une revue de ce vaste sujet dans [104] [106].
se poser le problème de l’identification précise de ce que l’on sou-
haite optimiser. Cela est particulièrement important dans des cas La définition initiale des algorithmes évolutionnaires interactifs
complexes où il existe par exemple plusieurs critères de juge- (AEi ou iEC) en tant qu’AE dont le fitness est donné par une interac-
ment, parfois non compatibles entre eux (maximiser la résistance tion humaine a été maintenant étendue à une notion plus complète
d’une pièce mécanique, tout en minimisant son poids et son coût de l’interaction humain-machine au sein de l’AE [10]. Le fitness
de fabrication, par exemple). Ces optimisations sont d’autant plus peut n’être établi que partiellement par interaction ; des interven-
complexes à traiter que l’on ne sait pas forcément estimer les tions de l’utilisateur directement au niveau des génomes, des opé-
poids relatifs des divers critères et contraintes en jeu. On parle rateurs génétiques, des paramètres et diverses stratégies peuvent
alors non plus d’optimisation simple, mais d’optimisation multi- être envisagées.
critère : minimiser (f1(x), f2(x), …, fn(x)), sans donner de priorité Une définition des AEi pourrait être raisonnablement : « un AE
relative entre les divers critères. où le processus évolutionnaire est contraint par une interaction
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avec un utilisateur humain ». Les AE ont accès uniquement à un techniques d’apprentissage (réseaux de neurones, évolution de
espace de paramètres n’ayant pas de signification précise, excep- langages, grammaires et plus récemment, deep learning).
tée celle qui peut être traduite en termes de fitness automatique
(que l’on passe ou non par un espace « phénotypique » intermé- ■ En informatique : où les gens s’intéressent plus particulièrement
diaire). L’évaluation subjective produite par un utilisateur humain à la parallélisation des AE, au design de langages de spécification,
peut soit remplacer ou compléter ce fitness automatique, soit à leur implantation efficace ; sont aussi traités des problèmes
intervenir dans chacune des composantes du système évolution- d’allocation de ressources ou de test de logiciel.
naire (initialisation, moteur évolutionnaire, variations de structure ■ En robotique : où l’on s’intéresse aux MOBOTS (mobile robots)
du génome, paramétrisation). et autres animats, individuellement ou en population, qui doivent
En outre, l’interaction avec l’humain pose plusieurs problèmes, pouvoir se mouvoir et agir dans des environnements inconnus,
que l’on peut lier à ce que l’on appelle le « goulot d’étranglement variables et accomplir des tâches complexes.
de l’utilisateur » [91], autrement dit, la lassitude de celui-ci. Dans de
tels systèmes d’optimisation, il faut trouver des moyens d’éviter ■ En physique et en ingénierie : source de nombreux problèmes
des interactions répétitives, ennuyeuses ou mal perçues de l’utilisa- réels complexes, par exemple pour la modélisation ou l’optimisation
teur [9]. Le travail de l’artiste Steven Rooke [119] montre bien par de structures mécaniques [45] [68] [110] de profils d’ailes d’avion, de
exemple la quantité impressionnante d’interactions nécessaires à tuyères de réacteurs, ou de processus chimiques industriels.
l’apparition d’images esthétiques lorsque l’on part d’une « soupe ■ En économie et en finance : pour la simulation d’économies arti-
primordiale » de composantes primitives. Les techniques propo- ficielles (systèmes à base d’agents), l’optimisation de portefeuilles
sées pour rendre les interactions plus efficaces sont par exemple bancaires.
[5] [91] [105] :
• de réduire la taille des populations et du nombre de généra- ■ En traitement d’images, du signal, pour détecter des formes
tions ; caractéristiques, problème que l’on peut comprendre soit comme
une optimisation, soit comme une application de règles de déci-
• de choisir des modèles spécifiques pour contraindre la sion (SC), en vision stéréo [72], en débruitage d’images [76].
recherche dans des zones a priori intéressantes de l’espace
de recherche ; ■ En biologie et en médecine, pour certaines tâches de séquence-
ment du génome, dans l’analyse du repliement de protéines, en
• de faire de l’apprentissage automatique (fondé sur un analyse de données et imagerie médicale [114].
nombre limité de quantités caractéristiques) sur la base
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des votes antérieurs de l’utilisateur afin de proposer une ■ En agronomie et en agroalimentaire [79].
prénotation automatique des individus et de ne présenter à
À titre d’exemple, deux applications en vision robotique et
l’interaction que les individus les plus intéressants de la
design graphique sont détaillées ci-après.
population [80] [15].
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Couple Stéréo
Initialisation
Reconstruction
Évaluation
Paramètres
des caméras Sélection
Paramètres
Évolution
génétiques
Figure 12 – Algorithme des mouches pour la vision stéréo : chaque individu de la population est un point 3D (x, y, z), une « mouche ».
L’évolution de cette population a pour but de positionner les mouches sur les surfaces visibles de la scène
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À retenir
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ou de « performance ». Il n’est pas nécessaire qu’elle soit continue Optimisation multiobjectif ; multi-objective optimisation (MOO)
ou dérivable.
Optimisation permettant de prendre en compte plusieurs cri-
Algorithme évolutionnaire (AE) ; evolutionary algorithm (EA) tères sans les prioriser, fondée sur la notion de dominance de
Nom générique pour les heuristiques ou les algorithmes d’opti- Pareto. Ces algorithmes font évoluer un ensemble de solutions
misation stochastique s’inspirant de la théorie de l’évolution vers le front de Pareto, c’est-à-dire l’ensemble des solutions non
darwinienne. dominées, représentant tous les compromis optimaux entre les
différents critères.
Algorithme à estimation de distribution ; estimation of distribu-
tion algorithm (EDA) Pression sélective ; selective pressure
Heuristique d’optimisation opérant sur un espace continu (réels) Paramètre essentiel de l’opérateur de sélection dans un algo-
et faisant évoluer une distribution représentant la probabilité de rithme évolutionnaire. Il a une influence sur l’équilibre explora-
trouver l’optimum dans une région donnée. Des populations succes- tion/exploitation de l’algorithme, et par ricochet sur le compromis
sives sont produites par échantillonnage de la distribution. L’algo- vitesse de convergence/précision du résultat.
rithme CMA-ES (covariance matrix adaptation evolution strategy)
fait partie de cette catégorie. Programmation génétique (PG) ; genetic programming (GP)
Algorithmes à colonies de fourmis ; ant colony optimisation Algorithme évolutionnaire fondé sur une représentation fonc-
(ACO) tionnelle (usuellement codés sous forme d’arbres de tailles
Algorithmes d’optimisation à base de populations, inspirés du variables). L’espace de recherche est alors l’espace des expres-
comportement de fourmis recherchant un chemin entre leur colonie sions que l’on peut construire à partir d’un jeu fixé d’opérateurs,
et une source de nourriture. de variables et de constantes.
Algorithme génétique (AG) ; genetic algorithm (GA) Stratégies évolutionnaires (SE) ; evolution strategies (ES)
Algorithme d’optimisation utilisant les principes darwiniens de Algorithme d’optimisation numérique opérant sur un espace de
sélection, variations par croisement/mutation, et transmission, recherche continu, utilisant lui aussi les principes darwiniens.
développé à l’origine pour des espaces de recherche discrets
(chaînes binaires, par exemple). Vie artificielle ; artificial life
Évolution interactive ; interactive evolution, interactive evolutio- « La vie artificielle est le champ d’études dédié à la compréhen-
nary computation (iEC) sion de la vie, qui essaie de trouver une abstraction des principes
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P
O
U
Algorithmes génétiques, R
algorithmes évolutionnaires
E
N
par Évelyne LUTTON
S
Directrice de recherche INRAE
UMR MIA 518, AgroParisTech/INRAE
Institut des systèmes complexes, 113 rue Nationale, 75013, Paris, France.
A
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