Note sur les miroirs magiques
M. Bertin
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M. Bertin. Note sur les miroirs magiques. J. Phys. Theor. Appl., 1880, 9 (1), pp.401-407.
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Submitted on 1 Jan 1880
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40I
NOTE SUR LES MIROIRS MAGIQUES;
PAR M. BERTIN,
Avec la collaboration de M. DUBOSCQ.
Les peuples de l’extréine Orient, les Chinois et les Japonais, ne
connaissaient pas autrefois d’autres rniroirs que les miroirs métal-
liques, et même aujourd’hui ils n’en fabriquent pas d’autres. Cet
objet de toilette est en bronze, de formes et de grandeurs diverses,
mais toujours portatif. L’une des faces est polie et toujours un peu
convexe, de sorte que les images sont rapetissées ; l’autre face est
plane ou légèrement concave et elle est toujours ornée de figures
en relief, venues à la fonte, d’un travail
plus ou moins parfait.
Parmi ces miroirs il en est un très petit nombre qui tirent de leur
fabrication une propriété merveilleuse : lorsqu’un rayon de soleil
tombe sur la surface polie, s’il est réfléchi contre un écran blanc
il transporte sur cet écran l’image des ornemenis qui sont sur la
face postérieure. Au Japon, d’où nous viennent maintenant ces
miroirs, ni le fabricant qui les fait, ni le 111marchand qui les vend,
ne se doutent de leurs propriétés ; mais les Chinois les connaissent
depuis longtemps etles apprécient; ils les appellent d’un nom qui
signifie miroirs qui se laissent pénétrer par la lurnière. Nous, nons
les appelons lniroirs 11lagiques.
Les miroirs magiques sont extrêmen1ent rares. On n’en trouve
que quatre mentionnés dans les COJllptes rendus de notre Acadé-
mie des Sciences. Le premier a été présenté à l’Académie par
Arago en 1844 ; le deuxième et le troisième lui ont été signalés en
1847 par Stanislas Julien et par Person, et le quatrième lui a été
présenté en 1853 par Maillard, Il est vrai qu’en 1832 Brewster an,ait t
déjà donné une théorie des miroirs magiques ; mais cette théorie
avait été faite d’après la description d’un rniroir de Calcuuua, que
Brewster n’a jamais eu entre les mains. Enfin, en 1864 eu i865,
1B1. Govi (1) a présen té à l’Académie de Turin deux Notes sur de
très belles expériences qu’il avait faites à l’aide de trois miroirs
(1) Les deux Notes de M. Govi sont traduites dans les Annales de Chimie et de Phy-
siffle, cahier de mai 1880.
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magiques, ce qui porte a sept seulement le nombre de ces miroirs
vus en Europe depuis qu’on a pris l’habitude d’y noter les faits
scientifiques. Bien peu de personnes donc avaient vu des miroirs
magiques lorsque, au mois d’avril, un savant anglais, M. Ayrton,
professeur à l’Fcole Polytechnique de Yeddo, vingt nous montrer
plusieurs de ces miroirs qu’ïl avait rapportés du Japon. Il les ex-
périmenta avec un plein succès dans les ateliers de 1B1. Carpentier,
devant une assistance malheureusement peu nombreuses; puis il
reparti t pour Lon drcs e t n ous nous re trouvâmes probablement pour
longtemps privés des merveilleux miroirs (1 ).
Sur ces entrefai tes, je reçus la visite de M. Dybowski, mon an-
cien étève, agrégé des Sciences ph) siques, qui revenait du Japon.,
ou il avait é té pendant deux ans le collègue de 1B1. Avrton (2). Il
rapportait comme objets de curiosité quatre miroirs (le telllpie,
c’est-à-dire des miroirs anciens : ils sont bien supérieurs aux mi-
roirs actuels, la fabrication des miroirs du commerce, écrasée sans
doute par la concurrence que lui font les glaces d’FLirope, étant
devenue très défectueuse. Nous les essayâmes ensemble ; trois
étaient circulaires et le plus mince d’entre eux, qui est un disque
de 0m, 153 de diamètre, se trouva légèrement magique.
Pour essayer un pareil miroir, il suffit de le présenter au soleil
et de recevoir le faisceau réfléchi sur un carton hlanc, à une petite
distance, 1m par exemple. Mais, pour obtenir le maximum d’effet,
il faut éclairer le miroir par de la lumière divergente ; le faisceau
réfléchi est alors dilaté, puisque le miroir est convexe ; il peut être
reçu à une plus grande distance et l’on aperçoit alors snr l’écran
une image agrandie des ornements qui sont sur le revers du miroir.
Les reliefs du dessin apparaissen t en blanc sur un fond sombre.
(:ette image est ici confuse, parce que le miroir est mauvais ; elle
serait très nette si le miroir était parfait, mais je ne connaissais
aucun
moyen de l’améliorer.
(1) Le Mémoire de M. Avrton est traduit dans le même numéro des Annales.
Les Japonais ont voulu d’abord avoir des institutions scientifiques à l’instar do
celles del’Europe; malheureusement ils veulent désormais voler de leurs propres ailes
et employer comme professeurs les élèves que nous avons formés. La section fran-
çaise de l’École Polytechnique d’Yeddo, cù nous avons envoyée trois élèves de l’École
Normale, doit être fermée le Wr juillet; la section allemande l’est déjà; la section
anglo-américaine subsistera seule encore pour quelque temps.
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Ce moyen a été indiqué pour la première fois par AI. Govi dans
Ja seconde des deux Notes que j’ai citées plus haut ; il est une con-
séquence de la vraie théorie des miroirs magiques. Cette théorie
n’a pas été établie tout d’abord.
Stanislas Julien a trouvé dans un auteur chinois du XIIe siècle
de notre ère une explication des effets merveilleux de ces miroirs.
L’auteur suppose que le dessin en relief qui est sur le revers est
reproduit en creux sur la face polie ; on a ensuite coulé dans les
tailles de la gravure un bronze plus fin que celui de la masse et on
a
poli la surface. C’est l’inégalité du pouvoir réfléchissant des deux
bronzes qui produit l’effet magique.
La théorie de Brewster n’est pas notablement différente de cette
explication chi noise ; le coulage du bronze fin est seuilemenu sup-
primé. C’est le polissage qui, en effaçant la gravure, la rend invi-
sible à la lumière ordinaire, tout en laissant au métal des varia-
tions de densité ou de pouvoir réflecteur qui rendent l’image visible
aux
rayons du soleil. Mais Brewster ne savait pas que la surface
était amalgamée.
Cette théorie, fort heureusement, n’était pas connue en France
lorsqu’on a commencé à parler des miroirs magiques, sans quoi le
grand nom de Brewster aurait peut-être égaré l’opinion. Le pre-
lnier physicien français qui eut entre les mains un miroir magique,
Person, en donna immédiatement la véritable explication. Il s’as-
sura
par une expérience directe que la surface polie du miroir
n’était pas régulièrement convexe, qu’elle l’était seulement dans
les parties correspondant aux creux de la figure du revers, lnais
qu’elle était plane dans les parties correspondant aux reliefs. « Les
ravons réfléchis sur les parties convexes divergent et ne donnen t
qu’une image affaiblie ; au contraire, les rayons réfléchis sur les
parties planes gardent leur parallélisme et donnent une image dont
l’intensité tranche sur le reste (1). »
Cette irrégularité de la surface tient à la maniére dont les miroirs
sont fabriqués et que nous a apprise 1B1. Ayrton. Sorti de la fonte .
sous la forme d’un
disque plan, le miroir, avant d’être poli, est
d’abord ravé dans tous les sens avec un outil pointu, et naturelle-
ment il lui offre plus de résistance dans les parties épaisses que
(t) Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, 21juin 1847.
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dans les parties minces. Cette opération le rend d’abord légèrement
concave et c’est par la réaction élastique du Inétal qu’il devient
convexe; la convexité est plus sensible dans les parties minces
que dans celles qui correspondent aux reliefs du dessin. Cette ir-
régularité de la surface n’est pas sensible à la lumière diffuse, tan-
dis qu’elle peut, dans les miroirs minces, produire l’effet magique
par la réflexion d’une lumière très vive, comme celle du soleil ou
de la lampe oxyhydrique. Il en est de même de tous les miroirs
mal travaillés. Une lame de plaqué d’argent donne d’excellentes
images, tandis que, si on lui fait réfléchir le soleil, on aperçoit
dans la section du faisceau réfléchi tous les coups de marteau quelle
a reçus
quand on l’a planée. C’est un vrai miroir magique, seule-
ment l’image réfléchie est irrégulière, tandis que celle du miroir ja-
ponais est régulière comme le dessin du revers.
C’est pour renverser définitivement la théorie de Brewster et ap-
puyer par cela même celle de Person que M. Govi a fait ses expé-
riences. Malgré l’intérêt qu’elles présentent, je ne veux pas les
rapporter ici, puisqu’on peut les lire dans les Jjnllales; je rappel-
lerai seulement la dernière et la plus curieuse, celle qui consiste à
chauffer le miroir par derrière. Les parties minces doivent s’échauf-
fer plus rapidement que celles qui sont en relief; elles deviendront
plus convexes, Les irrégularités de la surface seront plus accentuées
et l’effet magique sera augmenté ; il pourra même se produire dans
les miroirs qui étaient d’abord inertes.
Lorsque j’eus pris connaissance des deux Notes de 81. Govi, je
proposai à M. Duboscq de s’associer à moi pour répéter d’abord
les expériences du savant italien et pour étudier en général la
question si intéressante des miroirs magiques, avec l’espoir de pou-
voir les reproduire dans ses ateliers. Tel a été, en effet, le résultat
définitif de notre collaboration.
Nous n’avions d’abord à notre disposition que le miroir rap-
porté du Japon par M. Dybowski et qui donnait, par la réflexion
des rayons solaires, des images confuses. Ces images deviennent
très nettes quand on chauffe le miroir par derrière avec un bec de
gaz, et le miroir devient tout à fait magique.
Nous l’avons ensui te fait mouler et reproduire, non pas en
bronze japonais, mais en bronze ordinaire. Un premier exemplaire
a été travaillé brutalement sur le tour, à la manière japonaise, pour
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le rendre magique ; mais il s’est cassé. Un second a été travaillé
doucement dans un bassin, puis la surface polie a été nickelée ;
mais il n’était pas magique. Seulement il a pris cette propriété à
un très haut degré quand on l’a chauffé, et même il en a gardé des
traces depuis qu’il a été chauffé plusieurs fois. Plusieurs miroirs
japonais, que nous avons pu nous procurer, nous ont donné des
résultats analogues.
On a gravé des lettres derrière de petits miroirs japonais de forme
rectangulaire; quand le miroir était chauffé, ces lettres apparais-
saient noires dans l’image. Quand on faisaitun trait autour des orne-
ments du revers, le miroir chauffé devenait tout à fait magique,
parce que le dessin ressortai t encadré par le trait noir qui limitait
les contours des figures.
Ainsi, l’application de la chaleur est certainement très efficace
pour rendre les miroirs magiques; mais elle n’est pas sans incon-
vénients. D’abord elle détériore les miroirs, qui perdent leur poli,
surtout lorsqu’ils sont amalgamés. Ensuite on n’arrive pas toujours
à chauffer le miroir partout également et les images sont déformées.
Nous avons pensé que le changement de courbure qu’il s’agit de
produire s’obtiendrait bien plus uniformément par la pression.
M. Duboscq a donc construit une boîte plate en laiton, fermée d’un
côté par le miroir métallique et de l’autre par un disque portant à
son centre un ajutage qu’on peut relier par un tube en caoutchouc
avec une petite pompe à main (fig. i ). Cette pompe est à la fois
aspirante et foulante. Si le caoutchouc est attaché au robinet de
compression, quelques coups de piston suffisent pour comprimer
l’air suffisamment dans la boîte ; le miroir devient de plus en plus
convexe, le cône de rayons réfléchis s’ouvre de plus en plus, et, dans
la partie où il frappe l’écran, l’image du revers apparaît de plus en
plus nette. Notre miroir japonais donne alors de très belles images ;
la copie qui en a été fai te, et qui ne donne rien à l’état ordinaire,
devient un miroir magique aussi parfait que tous ceux que M. Ayr-
ton nous a montrés. Un miroir en laiton nickelé, derrière lequel
sont gravées des figures en creux à côté d’ornements en relief for-
més par des lames de fer-blanc soudées, devient très magique par
la pression et donne en même temps l’image noire des dessins en
creux et l’image blanche des dessins en relief.
C’est là ce que j’appellerai l’image positive. On peut aussi avoir
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une image
négative ou inverse de la précédente en raréfiant l’air
dans la boîte à pression, et pour cela il suffit d’attacher le caoui-
chouc au robinet d’aspiration de la pompe. Le jeu de celle-ci ra-
réfie l’air dans la boîte, le miroir devient concave, la section du
Fig. 1
faisceau réfléchi devient plus petite, et l’in1age du revers est amoin-
dric et change de caractère ; les reliefs viennent en noir et les creux
en blanc.
Ces expériences exigent une lumière intense. Un bec de gaz est
instiffisant ; mais la lumière Drummond suint parfaitement. On
t’intercepte avec un écran percé d’un trou pour que le faisceau
divergent qui tombe sur le miroir ne soit pas trop dilaté ; le miroir,
qui est mobile sur son support, renvoie ce faisceau soit au plafond,
soit sur un écran. Les effets sont beaucoup plus brillants et plus
nets avec le soleil. Quand on présente le miroir au porte-lumière,
le faisceau lumineux ne le couvre pas tout entier; il convient de
le dilater avec une lentille qui fait converger les rayons solaires en
avant du miroir, de sorte que celui-ci reçoit toujours des rayons
divergents.
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En résumé, en copiant les llliroirs japonais, on peut faire n1ain-
tenant des miroirs dont quelques-uns sont magiques, et on peut les
rendre tous magiques par la pression. La boite à pression, avec un
miroir métallique façon japonaise, surtout s’il porte à la fois des
ornernents en relief eL des dessins en creux, constitue un appareil
des plus curieux est dont la place est marquée dans tous les cabinets
de Physique.
Nous ne nous arrêterons pas là. Un de ces j our s, pendan t que
notre miroir sera rendu magique par la pression, nous voulons
faire mouler la surface polie, et nous la ferons reproduire par la
galvanoplastie. Cette surface aura toutes les irrégularités de celle
du miroir magique et produira dans les rayons réfléchis Fimagc
d’ornements qui n’existeront plus.
SUR UNE NOUVELLE PROPRIÉTÉ ÉLECTRIQUE DU SÉLÉNIUM ET SUR L’EXIS-
TENCE DES COURANTS TRIBO-ÉLECTRIQUES PROPREMENT DITS;
PAR M. R. BLONDLOT.
J’ai observé une propriété électrique nouvelle du sélérxi um ,
laquelle est mise en évidence par l’expérience suivante. A l’un des
pôles d’un électromètre capillaire on attache au moyen d’un fil de
platine, un fragment de sélénium recuit, à l’autre pôle une lame
de platine. Si l’on amène, en le tenant par un manche isolant
le sélénium au contact avec le platine, l’électromètre reste au zéro,
comme on pouvait s’y attendre à cause de la symétrie du circuit;
mais vient-on à frotter le sélénium contre la surface du métal,
aussitôt l’électrométre est fortement dévié : on atteint facilement
tine déviation égale à celle
que produirait un élément à sulfate
de cuivre.
J’ai constaté que ni le frottement de deux métaux l’un contre
l’autre, ni celui d’un corps isolant contre un métal, ni, bien en-
tendu, celui de deux corps isolants, ne peut produire de charge
de l’électromètre capillaire.
Le courant produit par le frottement du sélénium est dirigé,
à travers l’électromètre, du selenium non frotté au sélénium frotté.