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Fe) bereft le travail, Pautoriteé ...
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eee Conn-Bendlt, Ch i
Susan Neiman, Jacques Tai
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EDWARD SNOWDEN FACE
AUN RESPONSABLE DES SERVICES §=—_ 4 06296. 284-F:7,90€-F0
SECRETS AMERICAINSEDITORIAL
PENSER
SANS FILET
« otre héritage n'est précédé d’aucun testament. » Cette citation
de René Char revient souvent dans les livres et es entretiens
de Hannah Arendt. Pourquoi cette insistance? Parce que cet
ge, ditelle, est un trésor perdu, Ia liberté, que
dans ces années de lutte: «Celui qui a épousé la Résistance,
hérita
le poéte a retrouvé
a découvert sa vérité.» Parce quelle voit dans le capitaine Alexandre,
nom de guerre de Char, la vivante illustration de ce quelle n’a cessé
avoir la nécessité d'allier la pensée et Paction (raison
© derevendiquer,
pour laquelle elle admire Camus et se méfie de Sartre).
Parce que, enfin, la citation de Char est porteuse d'un constat
qu‘elle fait sien, & savoir que le monde dans lequel ils ont 66
précipités, aucun «testament» ne les a préparés ay entrer et
que, si cest un danger, cest aussi une chance: celle de «regarder
le passé d'un ceil nouveau dégagé de la contrainte et du poids
de la tradition». Tout ce quelle aime en somme: penser sans filet!
Nide gauche ni de droite, radicale mais pas dogmatique, Arendt,
une Visionnaire: elle ne lit pas dans le futur
Tinclassable, est au
mais dans le présent ~ ce n'est pas si courant — et, par la méme,
nous parle du nétre. De la «perspective duune société de travailleurs
sans travail» — cest-a-dire, «privés de la seule activité qui leur reste» —
SVEN ORTOLI
REDACTEUR EN CHE
4 Ja question toujours briilante des réfugiés et apatrides — «nous n’avons pris
droits que lorsque des millions
conscience de Vexistence dun droit avoir des
ius sans espoir de retour» —, en passant par son. on analyse
arene
du ferment toualitaire dans le colonialisme. Au risque de Fexcés, lorsquielle
voit en Adolf Eichmann un homme ordinaire ~ «ni démoniaque ni
monstrueux» — témoignant de la banalité du mal: expression dont Yhistorien
de la Shoah Christopher Browning dira quelle recouvre un concept crucial,
en s/appuyant sur tin mauvais exemple. Mais si le «manque de pensée»
fait le lit du mal, qu’est-ce que penser? «La manifestation du vent de la pensée,
it pas le savoir, c¢ est Fapritude dt dstinguer
conclut-elle peu avant sa mort, m
le bien du mal, le beau du laid. > Beat codi0 0
he vente ie evo te vaptace
(es cnyens tac au ttalitacre
wore dy ge he
tale Ses sthérences 3 la musique
la peinture eta inérature dans,
Foeurre arendtenne
‘ ti
ENZO TRAVERSO
(03) Heston
fa
West ae, en 2013, de On sot
passhs les intellectoels? Vertue
‘Ge La Fin del mode one
(La Déceavet) Mdbcrypie
'* concept de totattarisine
op. W427
SUSAN MEIMAN
(04) Escapste et
fie analyse
(coment Foe ol haat dh a
2 renowned a pulsagtie morale
JOHANN CHAPOUTOT
05)
aj? PUP, 2014)
Je portrait que Hannah
Arendt a 0x86 dEicimann
IGABELLE DELPLA
(063?
rst oan oul
ol, lle bli La Mal en
sce. Eichmann ees thd
2011),
Pour elle, Hannah Arendt wa pas su
endee compte de ta responsabiith
des phnocidaires as
oderns Her
ROMY BRAUMAN
{07 Es ptsient de Médecins sans
fants ot proesyeur de veltions
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ations)
Un suo (ans un ebat
se able Data defend
a these fa banalité du mal
forebe par Keer
MASI LGHO'
(08) Rédactow en cht
Pantogio, wae den
Mictol Gores (Ue Pomnmie, 20)
retrace la riche vio
(ie Hannah Arendt travers
on «amour ds homes
ot du monde
JACQUES TAMINIAUX
(09) Cote on cite en philovaphe
a 3 vom
canthopetage pola Herman
20\A) el La Fille de Thence et
Ponseun pudessionnel, Aran
HV analyse Févolution des positions
‘intelloctuelios de Aven gard
de Hoidowper
06-90
CHRISTOPHE DEJOURS,
(10) Psychiat et psychanalyso
rofessour au Cham, i inérusye
‘ave pathologies ides au aval
‘a nokamment Gent ravai vivant
(Petia Biienhagve Paget, 2013),
1 colata la maniére dont is concirh
ie ta activa 9 noun sa véfeon.
0. 08
EX ANDRE LACROM
nner, dnsstour
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(11D Faye, 10
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st Go ows ie, Jaquet)
Antenne china ns vie Pay
faitions, janvier 7016), oberve
Fo naesance dome dos ha
106-108
DANIEL. COHN-BENDIT
{12} Homme politique, militant
vader ds
ovement dy Ma-64, W 6voqUe
‘e souvenir do colle qul fut une amie
ess parents tla fagon dant a
gu ta thts ita hanalité du ma
pp M417
MICHEL ELTCHANINOFP
113} Doctour wn phitosophie i eat
ridclou en cit de Philosophie
‘magazi.\ Nat paratve on
‘mars 2016 Les Nouveau Dissidents
(Stuck), aborde ta manidey
Clot Arendt a ponsé le progrds
Scientifique a Fare spatiato,
bo. 126-120
PAULINE BRENDERS
(14) Tiulaive d'un master en histoire
«oa philosophio, lle a collabo’
‘ensemble de oe muna,Un mouvement de masse visant
la domination du monde
Trois régimes oppression
‘MODE D'EMPLOT
pp. 28-29
Un risque majeur de la modernité
Antonia Grunenberg
ENTRETIEN|
pp. 30-31
Franz K, ou Je monde aux rayons X
Bérénice Levet
pp. 3435
Secrets et mensonges
pp. 3637
Un concept fécond
‘pour les temps présents
Enzo Traverso
ENTRETIEN
pp. 38-42
Vie d'une réfiactaite
CHRONOLOGIE
pp. 8-15
Savoir quel est le visage du monde
Hannah Arendt et Giinter Gaus
ENTRETIEN
pp. 16-24
LE MAL
Qurest-ce que fe mal?
pp. 44-45
Stanley Milgram,
ou le mal en laboratoire
‘MODE D'EMPLOL
pp. 46-47
La théodieée Ia plus
radicale du XX* siécle
‘Susan Neiman
ENTRETIEN
pp. 48-52
«Une pure absence de penséer
p.53
Eichmann, pantin ou comédien?
Johann Chapoutot
ENTRETIEN
pp. 54-57
Peuton faire le mal
sans y penser?
pp. 60-61
Rendez-vous avec soi-méme
Bérénice Levet
pp. 62-63
La banalité du mal, une idée
qui préte toujours a polémique
Isabelle Delpla
face 4 Rony Brauman
DEBAT
Pp. 64-68
La véritable histoire
de Heidegger le Renz
pp. 70-7
amour des hommes
et du monde
Martin Legros
pp. 7281
La naissance,
une idée philosophique
Bérénice Levet
pp. 82+
Bienvenue aux nouveat
pp. 84-85
Comment Arendt
a déconstruit Heidegger
Jacques Taminiaux
ENTRETIEN
pp. 86-90» Arend gére les contributions dix
‘ceuvres de charité juives de la baronne
Germaine de Rothschild,
Elle écudie Vhébreu, déclarant son
professeur particulier: «Je veux
‘conneitre mon propre peuple.»
> Aassemblée générale du Consistoice,
Robert de Rothschild présente Tafflux
d’immmigrants comme risquant de
renforcer Pantisémitisme et la xéno-
phobie a Végard des Juifs de France
211 avril» Heidegger démissionne de
son poste de tecteur de Puniversité
de Fribourg,
6 juin > Fritz Lang, fuyant YAllemagne
nazie, émigre aux Etats-Unis.
30 juin » Nuit des Longs Gouteaux. Sur
ordre d’Hitler, les SS assassinent les
dirigeants SA et d'autres opposants.
1935
5 Arendt est secrétaire @ VAliyali des
{jeunes de Paris, association permet-
tant aux enfants juifs de gagner la
Palestine.
25 aoat > Dans une lettre a
‘Scholem, Walter Benjamin rapporte
quill a rencontré «Hannah Stern
[uJ Bille a été une brillante éléve de
Heidegger». Benjamin rédige
PQGuvre Cart a Pépoque de sa repro-
ductibilité technique.
25 septembre » Pacte germano:
soviétique.
» Blias Canetti, Auto-da-fé
1936
} Atendt rencontre Heinrich
Bliicher, communiste spartakiste
ayant fui Berlin. Il lui fait découvtir
Marx, Lénine, Trotski et la «praxis
révolutionnaire>.
HANNAH ARENDT
>A Rome, Heidegger exprime & Karl
with sa confiance en Hitler.
1 mars> Violant le traité de Locarno,
les troupes allerandes oceupent la
Rhénanie.
+ Hlusserl est raidié du corps professoral.
1* aotit » Procés de Moscou.
1937
) Divorce dé Hannab Arendt et
Giinther Anders.
» Marié a une femme juive, Jaspers
est démis de ses fonctions 4 Puni-
versité de Heidelberg.
1938
y Arendt est embauchée & PAgence
juive de Paris, qui apporte de Vide
aux réfugiés
42 mars » Anschluss.
1s de Borin dans fAlemaunt
faze. Le portur du ambead alma
ase dans encente du Lustgarten,
27 avril> Mort ¢Edmund Husserl.
29-30 septembre » Accords de
Munich.
9-10 novembre Nuit de Cristal. SAet
$5 brillent les synagogues, saccagent
Jes commerces juifs et proctclent 4 des
millers @arrestations.
+ Von Horvath, Jeunesse sans dieu.
» Brecht, Grand-peur et misére du
IIFReic
1939
1" septembre > Invasion de 1a
Pologne :la France et le Royaume-Uni‘Une famille juve & Amsterdam, en jilet
1942, 'achemine vers un camp de transi,
ape inlermédlaite avant le camp de
‘coneentration,
Oven
MBBS déclarent la guerre au itl Reich,
>a République frangaise institue des
camps d’internement pour les
Républicains espagnols puis, dés 1940,
pour les réfugigs allemands ou autri-
chiens de sexe masculin,
> Heinrich Bliicher est interné a
Villemalard (Loir-et-Cher) avec
Peter Huber et Erich Cohn-Bendit,
1940
16 janvier > Mariage de Hannah
Atendt ét Heinrich Bliicher & Paris,
5 mai> A Paris, hommes et femmes
Agés de 17455 ans, originaires d’Alle-
magne doivent se faire connattre des
autorités pour étre envoyés dans des
camps.
14-15 mai > Les hommes sont ras-
semblés au stade Buffalo et les
=
femmes au Vélodrome d'Hiver.
15 mai» Arendt est enfermée une
semaine au Vélodrome d’Hiver, puis
déplacée au camp de Gurs, qu'elle
uitte & Pété pour rejoindre Bliicher &
Montauban, oi elle retrouve aussi
Erich et Herta Cohn-Bendit.
22 juin » Armistice franco-allemand et
partition du territoire francais selon
la ligne de démareation.
10 juillet » Pétain recoit les pleins pou-
voirs. Début de la «collaboration»
26 septembre Refoulé a la frontiare
franco-espagnole, Walter Benjamin
se suicide & Port-Bou.
3 octobre » Promulgation d'une lot
«portant statut des Juifs» et les
excluant de la fonction publique
francaise et des métiers de la presse.
» Chaplin, Le Dictateur.
1941
Janvier > Arendt et Bliicher pren:
nent le train pour Lisbonne et ral-
lient New York, Martha Arendt les
rejoint.
> Arendt enseigne aui Brooklyn College
de Tuniversité de Columbia,
1" septembre > En application d'un
décret signé Heydrich, les Juifs de
plus de six ans doivent porter Pétoile
jaune en public,
3 septembre » Premiers gazages expé.
rimentaux & Auschwitz,
14 novembre » Arendt est engagée
comme éditorialiste par le journal
de langue allemande Aufbau. Son
premier article traite de la création
une «armée juive»,
» Bertolt Brecht, La Résistible
Ascension dArturo Ui.
> Fritz Lang, Chasse d Uhomme (Man
Hunt).
1942
20 janvier > Conférence «
autour de la «solution final:
22 féveier Réfugié au Brési,
Zweig se suicide en compagn.
femme.
2 juillet » S'appuyant sur d
gnages de résistants polon
York Times dévoile les opérat
mise a mort du camp dexter
de Cheimno.
Décembre > De retour de Marsei)
ila secouru des milliers de réfi,
Jeu procurant des visas, le jours,
Varian Fry publie aux Etats-Un,
article intitulé «Le massacte des
en Europe».
» Ernst Lubitsch, To be or nor
1943
15 avril» Sortie sur les écr
ticains de Les bourreaux m
aussi, de Fritz Lang, sur Va
du chef nazi Heydrich a p
1942, Seénario de Lang coéeri
Brecht.
1944
Dansilé Menorah Journal, Ar.
propose un «réexamen du sion
dénoneant tant Nextrémisme du ;
Révisionnisme mouvance nations
dure du sionisme] que Vabsenc
Politique du socialisme des kibbou
Avril PReSiES'A Heidelberg, Jasy-
et sa femme apprennent quills vo
tre déportés. Us sont sauvés ;
Tarrivée des GI,
30 avril » Suicide de Hitler8 mai» Capitulation de fAllemagne.
ee» Arendt se lie avec la romaneiére
et journaliste Mary McCarthy,
Juillet » La commission ¢¥puration
rend un verdict elément & Végard de
Heidegger, lui permertant de conser
ver son poste de professeur. Le sénat
de l'Université conteste la décision,
6 et 9 aoiit » Bombardements ato-
miques dHireshima et Nagasaki
1946
» Dans une lettre & Jaspers, Arendt
parle de Heidegger comme d'un
‘assassin potentiel» et un «enters.
» Jaspers publie La Question de la
culpabilité, affirmant quifl est néces-
saire Allemagne post-nazie d'a
fronter son histoire sans se dérober.
> Sartre, Réflexions sur la question juive
1948
Hannah Arendt devient directrice de
POrganisation pour la reconstruction
de Ja culture juive en Europe. Elle
ccupera cette fonction jusqu’en 1952
14 mai > Le Royaume-Uni met fin 2
son mandat en Palestine. Début de
Ja guerre d'indépendance opposant
Israél et les Etats arabes voisins
» Rossellini, Allemagne année 2éro.
1949
25 janvier > Election de la premiére
Knesset. Ben Gourion Premier
ministre.
24 février » Armistice entre Israél
et Egypte.
4 avril > Signature 4 Washington du
Pacte atlantique. Institutionnalisation
de la guerre froide.
1 octobre » Mao Zedong proclame
Ja République populaire de Chine.
> George Orwell, 1984.
1950
» Vite chez Heidegger 8 ribourg.
» Alasuite de leur entrevue, Heidegger
se sa femme que Hannah Arendt
a été la «passion de sa view et Yinspi-
ratrice de son ceuve.
1951
» Arendt obtient la nationalité ameé-
ricaine.
» Publication aux Hiats-Unis des
Origines du totalitarisme.
» Vinterdiction denseigner qui frap-
paitHeldegger estlevée,
1952
» Arendt entame une série de confé-
ences & Tuniversité de Princeton
1953
‘Arendt refuse dé eorinenter Ia polt-
tigue de représailles dllsraél pour la
Jewish Newsletter: «La plus courte
déclaration qu’on puisse faire serait =
Tu ne tueras pas, pas méme les
femmes arabes et leurs enfants. Et
ela est certainement un pett trop
bref. Vaffaire entiére est absolument
éewutrante. Sai décidé que je ne vou
lais plus avoir affaire avec ta vie poli-
tique
5 mars » Mort de Joseph Staline.
> Début du macearthysme et de la
chasse aux communistes aux Etats-
Unis.
> Lors d'une session & huis clos du
XX*Congrés du Parti, Khrouchtchey
dresse V'acte d'accusation de Staline
Besin Est pl
| succombatants de TAmée ue tombés
rant ia beta de Ben au-ai 195)
13
Philosophie magazine _hors-sériemm 1956
» Pour Arendt, Vinsurrection de
Budapest parait raviver la tradition
révolutionnaire européenne, le «soule-
vement soudain d’un peuple oppressé
‘pour taliberté, et pour elle seulement
1957
> En Arkansas, le lycée central de
Little Rock est le thédtre de violents
affrontements raciaux, obligeant la
garde nationale et les troupes de
parachutistes a intervenir.
+ Dans ses Réflexions sur Litéle Rock
(publiées en 1959), Arendt dénonce
Pintégration scolaire foreée qui place
4 septembre 1957, une étudiante noite est
insult par une ferime blanche en tentant
adder au ose central de Lite Rock
(Aransas), dont acces est interat aux Nis
4 Finstigation du gowvereur
Saginapshisten be
RANNAN ARENDT
g
les enfants au centre d'un conflit
entre école et la maison, & contre-
‘courant de la gauche américaine.
1958
» Arendt achéve la Condition de
Thome moderne, réflexion sur les
activités humaines, le travail
Voeuvre et Paction.
» Jaspers publie La Bombe atomique
et Vavenir de Vhomme.
» Arendt est nommée professeur &
Vuniversité de Princeton,
» Adolf Eichmann est arrété
par les services secrets israéliens en
Argentine.
> Blias Canetti, Masse et Puissance.
1961
yAsademande, Arendt est o,,
par le New Yorker a Jérusalc
couvrir le procés d’Eichmann,
pé pour avoir mis en place |
tique de la Solution finale 4.
A1945.
» Premiere édition de Berw
and Future (titre original de 1
dé la Culture).
1962
31 mai» Condamné a mor
est pendu a la prison
Israél.
14-28 octobre »
de Cuba, point d’orgu
froide.
1963
» Début du proces de
second procés d’Au
22 officiers SS et kapos
» Le New Yorker pi
dArendt sur le procés Eichmar
texte ouvre une longue contr:
» Siegfried Moses — ami d'enf
Arendt et porte-parole du Consc
Juifs d’Allemagne — la somme
rompre la publication en
Eichmann & Jérusalem. Elle ve
» Liaffaire Senvenime publique
tel point que Mary McCarth:
amie @Arendt, parle de «pos
22 novembre » Ass
dent John
jie cing
1965
7 février » Premiers bo
sur le Nord-Viémnam
Mars > Impulsées par MartinJes trois marches de Montgomery
Selma militent pour V'égalité des
ts des citoyens noirs.
6 aoa» Johnson signe le «Voting
Rights Act» («loi sur les droits de
) supprimant les demiéres restric:
tions au vote de la population noite.
1966
> La publication chez Gallimard de
Fichmann é Jérusalem suseite de
vives réactions. Le Nouvel Obser-
vateur publie deux pages de lettres
sotis le titre «Hannah Arendt est-lle
une nazie?»
1967
| Visite de Arendt chez les Heidegger
a Fribourg,
5-10 juin » Guerre des Six-Jours
opposant Israél a PEgypte, la
Jordanie et la Syrie. La vieille ville
de Jérusalem est annexée.
Hté » Les émeutes de Newark
pétroit — pour I’égalité des droits
entre Noirs et Blancs opposent la
population noire aux autorités
et de
1968
4 avril > Le pasteur Martin Luther.
fing, prix Nobel de la paix 1964, est
assassine par balles a Memphis,
“Hai > Emeutes au Quartier latin.
Gréve générale en France.
+ Le 21, le leader du mouvement de
contestation Daniel Cohn-Bendit,
fils dich et de Herta Cohn-Bendit,
est frappé d'un arréré d’expulsion
du territoire. 11 quitte la France
pour I’Allemagne.
A propos des émeutes de Mai-68,
‘Arendt éerits «Nous venons de voir
comment une simple révolte écudiante
relativement inoffensive et essentielle=
iment non violente a pu révéler la vul-
nérabilité de tout le systéme politique
[frangais]>»
1969
4 mars > Déeds de Karl Jaspers.
20 juillet >» L’astronaute Neil
Armstrong est le premier homme &
mettre pied sur la Lune.
26 septembre > Arendt prononce
un discours, «Martin Heidegger a
80 ans », pour Vanniversaire de
celui-ci.
1970
J Hannah Arendt publie un Essai sur
{a violence examinant la relation
entre guerre, politique, violence et
pouvoir.
31 octobre» Heinrich Blicher meurt
rune attaque cardiaque.
hac Noon fate sine alata st
ta passer det heicptre al Same
‘a Pemmener apes se démizsion 18
fresdenco des Eats Un, sue a stamfale
du Watergats, lo att 1974
1973
6-24 octobre » Guerre du Kippot
1974
anit» Démission de Richard Nixon
apres les révélations du Watergate
1975
4 décembre > Arendt meurt d'une
attaque cardiaque & New York. Elle
venait de commencer & taper le
manuserit de Juger.
1976
> Mort de Martin
Heidegger:Savoir quel est
le visage du monde
IN, Son lien ir
dolitique dans la soci
lation: « savoir quel est fe visage du monde nim
ne lecon d’articulation entre penser, juger et agir. Extraits.tl
Ginter Gaus
théori, Faction etle comportement politiques. Compte ten
de cela, {ai relevé dans votre correspondance avec le
professeur israélien Scholem un point qui me paraft
partcullérementintéressant. ous ll éciviez..Jque “dans
{votre jeunesse [vous ne vous] intéressfez}nidlapotique
pia thistore’ Madame Arendt vous avez quitté Allemagne
1933 car vous étie jive: vous aviez alors vingtsix ans.
Yartilun lien de causeaeffetentre ces événements.et votre
preoccupation pour la politique et Mistore?
Hannah Arendt > Oui, bien éviclemment, En 1933, on ne
powvait plus sen désintéressc
it plus possible. /
je me
Votre travail est actuellement centré sur la
+. Iy avait méme déja lon
J Je me
suis forgé
temps que ce n¥é
lire attentivement les journaux une
epinion. Toutefois, je ne me suis engagée dans aucun
part, nen ressentant pas méme le besoin. Depuis 1931
que les Nazis allaient
jétais intimement convaincue
prendre le pouvoir et je mvétais fermement expliquée sur
en dy sur a sean chone te sion ouesttenani, 8 etre 164
pra go a premre fis a5 |
1
Irate la fague mater
Seat des rebato dela verse ES
ug, Clnantléa, 122
Philosophie m
Thee Ginter Gas: Zar Perso, Potts in
etre Gestur Solem 24 jut 183, Fi
Paareen
ces problames avec autres personnes. Mais ce nfestqwiats
moment de I'émigration que je ni pée de rout
cola de fagon systématique
[-] Partant de ta conviction [..J selon laquelle les Nazis
prendraient le pouvoir, vous n’avez pas pour autant tenté
de les en empacher de facon active, en adhérant par
‘exemple & un parti: peut-@tre estimiez-vous que cela r’avait
plus aucun sens?
‘sonnellement, je ne trouvais pas du tout cela dénue
1s: si tel avait éu ncore que ce soit ies diffi
tre fait quelque chose
jle-A dire aprés coup, Faurais pe
Pouvez-vous dater votre engagement politique 3 partir
un évenement détermin€?
Je pourrais parler du 27 f6vrier 1933, jour de incendie
du Reichstag, et des arres ales qui sensuivirent
ons illé
Fd sve «Zr Persons Le ext dot oni, at ie ast
Frac and ator, Fede Vara, Mach 196, toutes ls ates
etna Bernard
tape, Ess 4 ds catepor 0. Marae
ait
7
agarine _hors-sérieje répondis «Bien stir!» Sétais ts come
MBBS 2u cours de la méme nuit. On parlait de «détentions pré. charger?» etje ee Re Grcien
Tet vous saves que le gens ciousent on rsiné cela mfvat tout abord semble’ une exe
dans les caves dela Gestapo ou dans les camps de concen- par la suite favais méme
tration. Ge qui commenca alors est monstrueux et se maniére dagit.
souvent aceulté de nos jours par des choses plus 2 .
Bee Prin asn ak varie Ve eee ee Ri
de ce moment qu ee sus serie responsible Cla Ou Ces alors ue us ante, Mais en
signifie que fai pris conscience du fait que Yon ne pouvait de chance: je men suis tiée s
plus se contenterd'tre spectateur. Jai cherché & agir dans
plusieurs domaines. (...]
avais de toutes fagons Vintention d’émigrer. Je fus tout i ieee
deste dais que es Js ne pout pa emer ie_ Hake on ds a sien Bele ia:
vals pas Tintention de circuler en Allemagne en qua- Sen oe sea | rms
‘té, pour ainsi dite, de citoyen de seconde zone, ou de ¢Dhabirude, il me sufit debian observer ame
uclque autre maniére que ce ft, En outre, je pensals en face de mot pour savoir aussit6t de quoi il retour.
que les choses ne pouvaient qu'empiter. Pourtant, je ne avec vous, que faire?»
suis finalement pas partie d'une manire aussi pacifique.
Er je dois dire que jen ai ressenti une certaine satisfae- B e ;
tion, Jeme disas: au moins, fai fac quelque chose! Au Oui, & Berlin, Jai di, hélas, mentir & cet homm
‘moins, je ne suis pas tout a fait innocente: personne nlavais pas le droit fexposer Torganisation. Je
raconté des bobards insensés et il me répétait: «Ces
maura le droit de me le reprocher! fat
Ce fut YOrganisation sioniste qui me fournit alors une Gui vous @i fale enter ic. Je ‘Yous en ferai sortir. Ne pr
occasion. ‘étais tes étroitement lie damitié avee pas @avocat! Les Jus n'ont plus dargent, Sconomise:
uelques-unes des personnalits 2 la téte du mouvement argent.» Entre-temps, TOrganisation miavait procu
Magn uout avec le président de lépoque, Kurt Blumenfeld. “avOGHE Naturellement, elle Yavait choisi parm
Mais Je mais pas sioniste et on navait dailleurs pas membres mais je le renvoyai parce que cet hom:
cherché & m'enrdler. Toujours est-il que favais en un cer- avait arrétée avait un visage si ouvert, si honn:
tain sens subi linfluence du sionisme: notamment dans la comptais sur lui et je pensais que Cétait une bien meill
critique oy plus exactement Fautocrtique que ls sionstes chance que mfimporte quel avocat d'embiée épouva
infnea, loppée au sein du peuple jul. Jen ai été [...JJemfensus sortie mais ai dd quitter le ays de f
influenoge et méme impressionnée, mais, politiquement, ilégale et clandestine parce que, naturellement, aii
Je lavas rien a voir avec eux. Or, en 1983, Blumenfeld et suivait son cours [..]
quelqu'un dautre que vous ne connaissez pas vinrent me
de a Ee ditent: nous voulons constituer un recuell > Lorsque vous avez quitté Allemagne en 1933, vous
Ge tous les témoignages antisémites de bas étage en venue & Patls, ad vous avez travaillé au sein du
vigueur dans toutes les associations, dans toutes les or- organisation qui Soccupait du transfert en Palestine de
potations et cans toutes les revues professionnelles pos- jeunes enfants jf, Pouvez-vous m‘en dire quelques mots?
sibles, bref rout ce qui est inconnu a Vétranger. Organiser Cette Organisation acheminait de jeunes enfants j
Fz "cue tombait alors sous le coup de ee que Yon appe- ainsi que des Adolescents de 13 & 17 ans dAllemagne <-
pn: do pe ee pablo aeta cesies
pace i Poshions de Vadversaire laquelle je connais elativement bien ces établissemenis.
Jusqu’a la diffamation. Aucun membre de YOrganisation
Soniste ne pouvait bien évidemment sen charger car, si > Et ce, des leur début?
les choses tournaient mal, il entrainait sa suite Yoreemi. i
sation a sa perce Ils me demandérent done: eee a ae eean lt Nowa alos un profond cp
tw # leur égard. Les enfants y recevaient une former
> Cela se passait a Berlin?professionnelle assortie d'une réadaptation scolaire. Sai
méme réussi a introduire en fraude, & une ou deux
‘reprises, des enfants polonats, Telle était la régle de mon
al: était un travail social, ducati. On avait installé
de grands campements a travers le pays, ott on prépa:
rait les enfants et oi ils recevaient également des cours,
oit ils apprenaient & travailler la terre et oi ils devaient,
avant toutes choses, grandir. I fllait les véti de pied en
cap, leur faire la cuisine, leur procurer des papiers, négo-
sier avec leurs parents ~ et surtout, trouver de Targent
Cette tache mincomba en grande partie. J'ai travaillé en
collaboration avee des Francaises. ..] Voyex-vous, je
sortais dune activité purement universitaire, et, 8 cet
gard, l'année 1933 me fit tne impression durable: posi
tivement d'abord, négativement ensuite ~ mais, peut-
étre devrais-je dire premiérement négativement et dew
xitmemient positivement. De nos jours, on ereit volon-
tiers que le choc ressenti par les Juifs allemands en 1933
sexplique par la prise du pouvoir par Hitler. Or, en ce
quii me concerne, ainsi que les gens de ma génération, je
puis affirmer qu'il s'agit la d'une étrange méprise. Cétait
aturellement tres inquigiant. Mais i s'agissait d'une
affaire politique et non pas personnelle, Grands dieux,
nous nlavons pas eu besoin que Hitler prenne le pouvoir
pour savoir que les Nazis étaient nos ennemis! Cétait
dune évidence absolue, depuis au moins quatre ans,
pour n'importe quel individu sain esprit. Nous savions
également quune grande partie du peuple allemand
marchait derriére eux. C'est pourquoi nous ne pouvions
pas étre & proprement parler surpris comme sous Veffet
dun choc en 1933,
> Vous voulez dire que le choc de 1933 consistait en ceci
que les événements essentiellement politiques avaient pris
une tournure personnelle?
‘Non, pas seulement. Ou plutdt: oui, en un sens. Tout
dabord, ce qui était en général de Vordre du politique est
evenu un destin personnel dans la mesure od: fon quit-
tait le pays. Mais en second lieu, vous savez ce que cest
guvune mise au pas. Bt cela signifiait que les amis aussi
Salignaient! Le probleme, le probléme personnel n't
done pas tant ce que faisaient nos ennemis que ce que
faisaient nos amis, Ce qui se produisit & Yépoque dans cette
vague d'uniformisation, qui était dailleurs assez spontanée
et qui en tout cas ne résultait pas de la terreur, était
‘ofc 0¢078200
qulun vide sttait en quelque sorte formé autour ce nous.
Je vivais dans un milieu dintellectuels, mais je connais-
sais également dautres personnes et je pouvais constater
que suivre le mouvement était pour ainsi dire la regle
parmi les intellectuels, alors que ce n’était pas lecas dans
les autres milieux. Et je n’ai jamais pu oublier cela. Je
quittai YAllemagne sous Pempire de cette idée, naturel-
lement quelque peu exagérée: plus jamais! Jamais plus
aucune histoire dintellectuels ne me touchera: je ne
veux plus avoir affaire & cette société, Je pensais bien sir
que si les Juifs allemands et les intellectuels juifs alle:
mands étaient trouvés dans une autre situation que
celle dans laquelle ils se trouvaient effectivement, ils se
seraient comportés de manigre essentiellement diff
rente, Telle n’était ailleurs pas exactement mon opi-
nion; mon opinion érait que cela faisait partie intégrante
le ce métier, de Vintellectualité, Je parle au passé - mais,
aujourd/hui je suis bien plus édifiée...
is
Est-ce toujours votre opinion?
as avec la méme force, mais je maintiens quil est dans
Ja nature cles choses de se faite une opinion et @avoir des
ides Bpropos de Toul, Vayer-vols, on Wajanaisrepreché —
‘un homme de suivre le mouvement parce qu'il avait une
femme et des enfants & charge. Ce qui fut bien pite, Cest
que certains y ont vraiment cru! Pour peu de temps, la
plupart pour trés peu de temps, Ce qui signifie encore: les
intellectuels allemands ont également eu leurs théories
sur Hitler, Et des théories prodigieusement intéressantes!
Des théories fantastiques, passionnantes, sophistiquées et
planant ts haut, au-dessus du niveau des divagationsHE habituelles! J'ai trouvé cela grotesque. Les intel
sont laissé prendre au pidge de leurs p or =
ce qui se passait en fait et que je n’avais pas
Hons: vi
bien saisi A Pépoque.f...)
~ Faimerais vous demander sit'allemagne pré-hitlérienne
telle qu’elle n’existera plus jamais, vous manque. Lorsque
vous venez en Europe, avez-vous conscience de ce qui
demeure et, corrélativement de ce qui est irrémédia-
blement perdu?
LEurope pré-hitlérienne? Je ne peux pas dire que je
n’en ai aucune nostalgie. Ce qui en est resté? Il en est
resté la langue.
~ Et cela a beaucoup d'importance pour vous?
Enormément. J'ai toujours refusé, consciemment, de
perdre ma langué materelle maintenu ane
ceraine distance tant visa-vis du frangais que je parlais
trés bien autrefois, que vis-A-vis de Fanglais que jécris
maintenant. [...]
Sécris en anglais, mais je garde toujours une certaine
distance, ily a une différence incroyable entre la langue
maternetfe et toute autre langue, Pour molycer-écart-se
résume d'une facon ties simple: je connais par cocur en
allemand un bon nombre de po&mes allemands; ils sont
présents, d'une certaine maniére, au plus profond de ma
mémoire, derriére ma téte, in the back of my mind’, et il
est bien stir impossible de pouvoir jamais reproduire
cela! En allemand, je me permets des choses que je ne
me serais jamais permises en anglais. Je veux dire que je
me les permets parfois aussi en anglais, parce que jai
acquis un certain aplomb, mais, d'une maniére générale,
fai conservé cette distance, La langue allemar,
‘en tout cas Fessentiel de ce qui est demeuré er q
conservé de facon consciente.
5 Méme aux temps les plus amers? .
‘Toujours. Je me disais: que faire? Ce rest 1
méme pas la langue allemande qui est devenue fo
en second lieu: rien ne peut remplacer Ja langue
fe. On peut cliblier sa langue maternelle, ces
nell
“Fen al des exemples autour de moi, et ces pers:
parlent dailicurs bien mieux que moi les langues
eres, Je parle toujours avee un accent tres promo,
il marrive souvent de ne pas m’exprimer de facor
matique. Blles en sont capables en revanche, ma
alors affaire a une langue dans laquelle un clich
autre parce que la produetivité dont on fait prewy
sa propre langue a été coupée net au fur et & mesur
ir cette langue.
Fon out
+ Ces cas doubli dela langue maternelle étaient-ils 2
vous la conséquence dun refoulement?
Oui, tés souvent. Jen ai fait Pexpérience auprés d
taines personnes de facon tout a fait bouleversante. \
vous, ce quia été décisif, ce n'est pas Yannée 1933, ¢
cas pas pour moi, Ce qui a été décisif, cest le jour ot
avons entendu parler d’Auschwitz.
> Quand était-ce?
Cétait en 1943. Et tout d’abord nous n’y avon:
cru, bien qu’ vrai dire mon mari et moi-méme estin
4. En anglais dans le tente, .
«Auschwitz n’aurait pas dai se produire,
II s'est passé la quelque chose que
nous nN arrivons toujours pas a maitriser»ces assassins capables de tout. Mais cela, nous n'y avons
pas cru, en partie aussi parce que cela allait & Pencontre
de toute nécessité, de tout besoin militaire. Mon mari,
quia été autrefois historien militaire et qui sy connait un
peu en la matiére, m’a dit: ne préte pas
tars, ils ne peuvent pas aller jusque-la
nous avons bien di y croire six mois plus tard, lorsque
‘Rous en avons eu la preuve. Ge fut Ile vrai bouleverse-
tment. Auparavant;on se: diealt: Ghiblen, ane foLugie
avons des ennemis. Cest dans Tordre des choses.
Pourguot ui peuple n’auraiti pas dennemis? Mais ilen
a Gé tout aultrement, Cétait vraiment comme si 'abime
Souvrait devant nous, paree qu’on avait imaginé que
tout le reste aurait pu d'une certaine manitre sarranger,
comme cela peuit toujours se produire en politique. Mais
cette fois, non. Cela n'aurait jamais di arriver. Bt par Id,
je ne parle pas du nombre de victimes. Je parle de la
fabrication systématique des eadavres, ete., je wat pas
besoin de miétendre davantage sur ce sujet. Auschwitz
n/aurait pas dd se produire. Il sest passé la quelque
chose que nous n’arrivons toujours pas & mattriser. Ces
mis & part, je dois dire que la vie était parfois un peu
difficile: nous étions trés pauvres, traqués; nous devions
fuir et vivre dexpédients, ete. Voil® ce quil en était. Mais
nous étions jeunes et fai méme réussi a y trouver un
certain plaisir: je ne peux pas dire autrement,
Mais Auschwitz. Cétait rout autre chose, De tout le reste
on pouvait aussi personnellement venir & bout.
> [uo] En quel sens votre jugement sur I’Allemagne de
apres-guerre, ol vous vous étes rendue a plusieurs reprises
‘et ols vos ceuvres les plus importantes ont été publiées,a-til
évolué depuis 1945?
“Je suis revenue pour la premiere fois en Allemagne en
1949. Jétais & 'époque chargée de mission d'une organi-
sation juive pour la sauvegarde du patrimoine cultureljuif,
composé pour essentiel de livres. Je suis venue de mon
plein gré, Depuis 1945, favais adopté la position suivante:
‘ce qui sest passé en 1933 ~comparativement & ce qui sest
ppassé par la suite ~ n’a aucune importance. Sans doute
Tinfidélité des amis, pour user dun euphémisme...
= Dont vous avez eu personnellement a pat
‘Bien stir, Mais voyez-vous, lorsque l'un d'entre eux devint
effectivement & Tépoque un nazi, et quil écrivit par la suite
a
a a a a ae
‘un article Ae sujet, pet importa qu'il me fOr personnelie=
‘ment infidéle, De toutes fagons, je ne lu ai plus acressé ta
parole. Celuila niavait plus besoin de se présenter cher
‘moi: la porte Tul était ores et déja condamnée, Cest bien
‘lair. Mais il ne sagissait pourtant pas de meurtres. II ne
Sagissait que de gens qui, comme je le dirais maintenant,
fuirent pris leurs propres pibges. Ce qui se produst parla
suite, ewe non plus ne T'avaient pas voulu. Par conséquent
ii mest appara quil devait bien y avoir un fond dans cet
abime. Bt ce fur également le eas en de nombreuses choses
personnelles. Je me suis expliquée avec des gens et je ne
suis pas tres amicale ni tres polie: je dis ce que je pense.
Mais, dune certaine manitre, les chases se sont arrangées
avec une foule de gens. Ge ne sont jamais, encore tne fois,
que des gens qui ont fait occasionnellement quelque
chose pendant quelques mois, voire, dans les pires des
‘cas, pendant quelques années: ils nvont ni tué ni dénon-
cé, Ge sont done des gens qui, comme je Tai dit, avaient
échafaudé «des théories sur Miter & un certain moment.
Mais limpression ensemble la plus forte lorsquvon reve
nait en Allemagne ~ abstraction faite de la «teconnais-
sance» qui consttue toujours dans la tragédie greaque le
point culminant de Vaction ~ éétait un profond bouleverse-
‘ment. A quoi venait sajouter le fait d’entendre parler alle
‘mand dans les rues: cela ma incroyablement réjouie. [-..]
> Votre livre sur le procés d’ichmann a Jérusalem a paru,
ce printemps, en Allemagne. Ce travail, depuis sa parution
‘en Amérique, a fait fobjet de violentes discussions. Du: cote
juif en particulier, on a soulevé des objections contre votre
livre, dont vous dites quelles sont mettre au compte, d'une
part, de méprises, et, d'autre part, d'une campagne politique
orchestrée. Ce qui a surtout fait scandale, c'est la question
que vous soulevez, de savoir dans quelle mesure les Juifs
devaient endurer de facon passive l'assassinat collectif
allemand ou, en tout cas, dans quelle mesure la collaboration
de certains Conseils juifs - le Conseil des Anciens - est
presque devenue une sorte de complicité.
[]I me semble que ce livre sur Eichmann pose plusieurs
questions. je commencerais par celle-i:le reproche formulé
set a selon lequel votre livre serait dénué de tout amour
pour fe peuple juif vous blesse-til?
Je vous ferai d'abord remarquer, en toure amitié, que
vous étes vous-méme victime ici de cette cat Li
aucun endroit dans ce livre je n'ai reproché au
aMBS ull son absence de résistance, Gest un autre homme
~ quite fait, Monsieur Haussnet, procureur israélien, au
‘cours du procs contre Eichmann. J'ai qualifié les ques
Hons quia posées en ce sens aux témoins de Jerusalem
diinsensées et de cruelles, Ta —
> Oui, j'ai lu votre livre, Je sais tout cela. Seulement,
uelques-uns des reproches que l'on vous a adressés se
fondent sure «ton» avec lequel sont rédigés de nombreux
Passages.
G Cest trés différent! Et 1a, je ne puis ni ne veux
répliquer quoi que ce soit. Si Yon pense que l'on ne peut
écrire sur ce sujet que de facon pathétique... Voyez-
‘vous, il ya des gens qui prennent en mauyaise parte fait
que maintenant encore je puisse rire, et, dans une cer-
taine mesure, je les comprends. Jétais pour ma part
effectivement convaincue qu’Fichmann était un clown
jai lu son interrogatoire ce police, soit 3600 pages, ot de
, et je ne saurais dire combien de fois jai ri, ri
aux éclats! Ce sont ces réactions que les gens ont mal
interprétées. Ft Ia, je n'y peux rien. Mais je sais une
‘hose: jfaurais probablement encore "ri trois minutes
Je suis juve, c’est avant tout cet amour des Juifs qui
Vapporaitrait suspect. » Puis-je vous poser Taquestion|
Suivante: homme, en tant qui estun étre ayant une action
politique, n‘a-til pas besoin d'un lien quite rattache a un
groupe, et d'un lien qui soit tel quil puisse étre appelé,
jusqu’a un certain point, amour? Ne craignez-vous pas que
votre attitude puisse étre politiquement stérile?
Non. Je dirais méme que cest Yautre attitude qui est
politiquement stérile. L'appartenance & un groupe est
demblée une donnée de fait naturelle: vous appartenez
toujours @ un groupe quelconque par votre naissance.
Mais, appartenir 4 un groupe au second sens oii vous Ten-
tendez, & savoir: s'organiser — cest tout autre chose. Cette
organisation s'accomplit toujours au sein d'un rapport au
monde, Cest-dire que ce qui est commun & ceux qui
Storganisent ainsi, cest ce qu'on appelle d’ordinaire des
intéréts. Le rapport direct et personnel oti Yon peut parler
amour existe naturellement de la maniére la plus
intense, dans famour effectif et, également en un certain
sens, dans Pamitié, La, la personne est abordée directe
ment et indépendamment du rapport au monde. Cest
ainsi que des individus appartenant aux organisations les
Avant ma propre mort. Ft Cest en cela que réside selon plus différentes peuvent toujours entretenir des liens per
Vous le ton. Le ton est bien sar largement ironique, Cest
parfaitement exact. Le ton, en ce cas, ear effactivement
indissociable de la personne, Quant au reproche que lon
miadresse, d'avoir accusé le peuple juif, je réportrats—
quill Sagit Ia dune propagande-mensongere et rien de
plus. Mais pour ce qui est dir ton, Cest-une-objection-
“cone ma personne et la, je n'y peux rien.
Vous étes donc préte a 'assumer?
Oh, bien volonticrs. Que peut-on y faire de toutes
facons? Je ne peux tout de méme pas dire aux gens:
vous ne mlavez pas comprise, voici la vérité sur mes états
d’ime! Ge serait ridicule,
> Je voudrais, toujours & ce propos, revenir une fois de plus
sur un témoignage que vous avez donné de vous-méme,
Vous avez dit: «Je Nai jamais aimé, de toute ma vie, le
peuple ou collectivité que ce soit, quill s‘agisse des
Aller ss Francois ou des voireméme
Ta classe ouvriére ou quelque autre que ce soit. En fait, je
sonnels d'amitié. Mais si fon confond ces choses, autre-
ment dit ci 'on met !amour sur le tapis, pour mexprime:
ici grossierement, je considére que cest désastreux.
~ Vous pensez que cest apolitique?
Je considére que cest apolitique et acosmique [Weltlos]
et je pense en fait que cest 1A un grand malheur. Je
concade néanmoins que le peuple juif est un exemple
de formation populaire acosmique se maintenant
depuis des millénaires.
> «Cosmos», «monde, dans votre terminologic,
signifient espace de la politique...
Effectivement,
> et par conséquent, le peuple
apolitique?
Je mirais pas jusqu’a dire cela car les communautés
Staient également politiques jusqu’a un certain point. La
religion juive est une religion nationale. Mais le concep
juif était un peuple
‘Waime que mes amis et je suls absolument icapable’de” du Politique ne valait cependant quavec de grandes
Joute autre forme damour. Hal, compte tenu du fait que restrictions. Cette perte dui monde que le peuple juif 2
0 ee eae aaa celal iia)
Philosophie magazine _hors-série«Je ne crois pas qu'il puisse y avoir
quelque processus de pensée que ce
soit sans expérience personnelle»
subie dans ta dispersion, et qui, conime chez tous les de_pensée que ce soft sans expérlence personnelle
peuples parias, a engendré une chaleur tés particuliére Toute pensée ést repenséet aile-pense-A-ta-suite dela —
parmi tous ses membres, Cest tout cela qui a été modifié chose. Nrestce pas? Je vis dans le monde moderne et ~
‘aut moment de la fondation de TEtat d"israél. ‘bien @videmment, c'est dans le monde moderne que je
fais mes expériences, Cela a diailleurs dja été constaté
«Estee que quelque chose a été perdu parla dont vous par bien d'autres. Voyez-vous, Yatitude qui consists &
déplorez la perte? se borner A travailler et & consommer est tres impor
la liberté se pai cher. Lhumanitéjuive spéelfque, ante parce quelle dessine jes comtoute dun nouvel
sous le signe de la perte dt mionde, était quelque chose de acosmisme: savoir quel est le visage du monde niim-
tres beau. Vous étes trop jeune pour avoir connu cela, porte plus & qui que ce soft
‘Ceétait quelque chose de trés beau que de pouvoir se-ten Ta =
en-dehors-de faisonsociale, de mbme que sie > «Monde», toujours compris comme espace oll prend
absence totale de préjugé dont je fis l'expérience de fagon naissance fe politique?
trl intense, précisément quprésde ma mere quilaprat- _ «Monde» doit maintenant tre compris de facon encore
Guait également vis-8-vis de Ta société juive. Cest tout ‘cela plus vaste que Vespace dans lequel les choses deviennent
qui @ naturellement subi des préjudices extrémement publiques: comme espace que jhabite et qui doit présen-
graves. On paie pour la libération. f...] ter un visage décent. Espace au sein duquel l'art fait natu:
tellement, lui aussi, son apparition, espace dans lequel
+ Vous ne souhaiteriez pas revenir en arriére? tout ce qui est possible apparait. Vous vous souveneZ que
Won, Je sais bien que Yon doit payer un prix pout la, Kennedy a cherehé largir de fagon tout a fait décisive
a5 | “pon Tespace du domaine public lorsquil a invité & la Maison
Blanche les poétes et autres «vauriens». Ainsi done, tout
cela pouvait faite partie de cet espace. Pourtant, dans le
«+ Dans vita activa’, vous enarrivez.laconclusionf.Jselon travail et la consommation, Thomme est effectivement
laquelle 'époque moderne a fetronéle sens publi, est _complétement renvoyé 4 Tutméme,
dire le sens du primat du politique. Vous décrivez comme
des phénomenes sociaux modernes le déracinement et > Ason aspect biologique?
abandon propres aux masses ete triomphe dun type Au biologique && ’& lubméme. Et Cest 1A que Ton
hhumain qui trouve simplement asatisfaction dansleproces | «lécouvre le lien avec Yabandon. Dans le processus de
de travailet de consommation. [..JDans quellemesureune travail prend naissance un abandon particulier. Je ne peux
connaissance philosophique de ce niveau est-elle tributaire pas métendte la-dessus pour le moment car cela nous
diexpériences personnelles susceptibles de mettre en entrainerait trop loin, Disons toutefois que cet abandon est
liberté, mais je ne peux pas dire qué je Te paie de
ceuvre le processus de pensée? Eee
Je ne crois pas qu'il puisse y avoir quelque processus, 4 Twe slam Cuno de Morne meee Tere Coe).
ee ee
23,
Philosophie magazine _hors-sérieWE cevenu ce renvoi A soi-méme dans lequel la consomma- _facon trés claire, Nimporte quel intérét public concerne
tion a pris dans tne certaine mesure la place de toutes maintenant un groupe déterminé d'individus, qu'il
les activités particulidrement importantes, Sagisse dle relations simplement domestiques a échelle
du quartier, voire de la ville, ou bien encore de quelque
~ Vous en arrivez, dans la Vita activaala conclusion que autre groupe, quelle que soit sa constitution. Puis, ces
les «véritables expériences axées sur le monde » personnes se rencontrent et elles sont tout fait 4 méme
; autrement dit les jugements et les expériences du plus de s‘occuper publiquement de leurs affaires, car elles en
haut niveau politique - «se soustraient de plus en plus@ ont une vue d’ensemble. Cela signifie que, quel que soit
"horizon dexpérience de existence humaine mayenne», le point que touiche votre question, elle n'a de valeur
Vous dites qu'aujourdhui action est limitée & quelques- quren ce qui concerne les décisions les plus importantes
uns. Qu’est-ce que cela signifie dans la pratique politique? prises au plus haut niveau. Et 1a, croyez-moi, la diffé-_
Dans quelle mesure une forme étatique qui dépend, au rence entre Thomme d'Etat et Yhomme de la fue rest
‘moins théoriquement, du partage de la responsabilité de pas, en son principe, si grande... Tw
tous les citoyens, ne sera-t-elle pas, dans ces conditions, “=
une pure fiction? > Dans un discours d'hommage a Jaspers, vous avez dit:
C...] Vayez-vous, tout d’abord cette incapacité 4 sorien- _«L'humanité n’est jamais acquise dans Ia solitude; elle ne
‘er effectivement de fagon adéquate n'est pas exclusive résulte jamais non plus d'une ceuvre livrée au public. Seul
ment le propre de la grande masse, mais cest le lot de peut yatteindre celui qui expose sa vie et sa personne aux
{Outes les autres couches sociales, y compris de homme “risques de la vie publique”. Ce crisque de fa vie publique>
Etat Jui-méme! homme d'Etat est en effet entouré, -void encore une référence a Jaspers® -, en quai consiste-t-il
encerclé par une armée d’experts. Et il serait particuliére- pour Hannah Arendt?
ment A propos de se demander ici Qui, de Thomme d'ftat' Le risque de la vie publique me semble étre clair. On
ou des experts, gouverne? C'est pourtant bien homme s'expose dans la lumiere de la vie publique et ce, & vrai
Etat qu'll revient en definitive de prendre ta décision, dire, en tant que personne. Méme si j'estime que l'on ne
Or illne peut guere la prendre de facon adéquate: il ne doit pas apparaitre et agir en public en sen rapportant
ettt pas tout savoir. I doit la prendre en fonction de soi-méme, je sais pourtant que dans toute action (ou
Tavis des experts et, a vrai dire, en fonction d'experts qu’ dans le discours ~ qui est une forme de Yaction), on
doivent toujours, par principe, se contredire. Nest-ce Sexprime d'une maniére qui n’existe dans aucune autre
pas? Tout_homme @Ftatraisonnable_prend_conseil_ aétivité. Voila donc Te premfer risque. Le second ext le
auprés dlexperts opposés, car il doit voir la question sous suivant: roug Commencons quelque eifose, nous jetons
‘ous ses aspects. Au milieu de tout cela, il doit arriver 4 nos filets dans un Hsu de Telations et nous ne savons
Se faire une opinion, et cette opinion est un phénoméne__jaimais ce qui en résuliéra. Nous en sommes réduits &
Rautement mystérieux. En elle Sexprime Tesprit public. dive: Seigneur, pardoame-leur car ils ne savent ce quils
» Maintenant, ence qui conceme Ja masse des gens, je font! Cela vaut pour toute action tout simplement cx
‘irais que partout ou des gens sont ensemble, quel que_trés concrétement elle échappe aux prévisions. C’est un
SoitTeur rang, des intéréts publics se forment. risque. Et fajouterai maintenant que ce risque n'est pos-
eS SS omens
sible que si l'on fait confiance aux hommes, cest-a-dire
~ Etce, depuis toujours. si Yon accorde sa confiance ~ est cela qui est précisé-
Et le domaine public se forme, En Amérique, oit ces ment difficile a saisir, mais qui est fondamen-
rassemblements spontanés ~ ces associations dont Toc- tal—A ce quil ya de plus humain en Thomme.
queville a déja parlé — existent toujours — et se défont Autrement, ce ne serait pas possible. »
tout aussi rapidement, @ailleurs -, on constate cela de
—
———— _Extraits d'un entretien publié en frangais en juin 1980 dans la
' far Saspers,Eoge» (1858), tadut de allemand par). Gontemps et. Lévy in Wes ‘T€Vue Esprit n° 6, issus de la réédition dans le n° 42 d’Esprit de juin
olga, Calimard, 1874, op. 5-86, 1985, traduit de Vallemand par Sylvie Courtine-Denamy, pp. 20-28a
Oe yeM ees oor olen vocebul
ee nee alee kd
Reconstr SMa as Recoil eee
iFférences économiques, sociales et culturelles,
MeCN ac eer Nea
Mea aaa una ae
Reet et rel aus una
Poteet cus
qui ont scruté grace a lui les forelels|
Pe eee et ope
pt de totalitarisme s'est ose ee
at de tat au XX* siecle: «les liens de fer de la terr
(is
con)
Ei
Pita co enae
Doreen conto imrelel ele
orto (como yer TbieTe (OAKS CRUE
d'individus atomisés et isolés»
annah Aton, Les Origine de ttaarizme, dua, Gallimard 634,
Un mouvement
m
visamt
la domination du monde
Phenomeéne historique sans précédent, le totaltarisme est pour Arendt «intemational dans son
organisation, universel dans sa visée icéologique, planétaire dans ses aspirations politiques »,
ef vise la domination tolale. Trois données le caractérisent: la grandeur numérique, un
ensemble de gens sans éducation politique, hors des partis et des syndicats, et une solidarité
négative de foules
«ll n'y a jamais eu de gouvernement qui soit
exclusivement fondé sur l’emploi des moyens
de la violence. Méme le chef d’ur régime
totalitaire, dont la torture est le premier instrument
de gouvernement, a besoin, pour son pouvoir,
d'une base: la police secréte et son réseau
dindicateurs, Seule la constitution d'une armée
de robots, qui éliminerait complétement,
comme nous I'avons indiqué, le facteur humain,
et permettrait a un homme de détruire quiconque,
en pressant simplement sur un bouton, pourrait
permettre de modifier cette prééminence
fondamentale du pouvoir sur la violence, »
Hannah Arendt, Ju mensonge df vilonce. Esai de pottique contemporain,
In Humaine Condtion, Quarto, Galimar, 2002 , 847,
ssemparées, faites d’hommes isolés.
«La domination totale ne tolére
la libre initiative dans aucun domair
de l'existence; elle ne tolére aucune
activité qui ne soit pas entiérement
prévisible. Le totalitarisme, une fois
au pouvoir, remplace invariablement
tous les vrais talents, quelles que sic
leurs sympathies, par ces illuminés
et ces imbéciles dont le Manque
intelligence et de créativité reste la
meilleure garantie de leur loyauté.»
Hannah Arend, es Orgies du totatersme,
‘wart, Galiard, pp. 654-655.«ll importe aux sciences politiques et | «Le régime totalitaire transforme
sociales de savoir qu’il est dans fp ‘Wu's classes en masses,
lanature méme du gouvernement
totalitaire, et peut-étre méme
est-ce la nature de toute bureaucratie,
de transformer les hommes en
fonctionnaires, en simples rouages
de la machine administrative
fant rt es riges titre
et, ainsi, de les déshumaniser. » [sista catmaré 313.
aumah Arendt, mena 4 éuslom, Reppert
srl barat oma arte Golmr,202, 9.1837,
«Un fonctionnaire, lorsqu’il n’est rien
d’autre qu’un fonctionnaire, est vraiment
un homme trés dangereux»
Hannah Arendt-Joachin Fest, «Eichmann était 'une itis révaltante»
Entretiens o Lets entretion raiophonique du 8 novembre 1864, aya, 23.
«Les mouvements totalitaires sont possibles partout o@ dans tous les pays, et constituent la majorité de ces yastes.
se trouvent des masses qui, pour une éo TURES Cf pOlitiquement indifférents
se sont découvert un appétit d’organisation politique vadhrent jamais un parti et votent rarement.
‘Les masses ne sont pas unies par la conscience d'un intérét Ce qui caracterisa lessor duu mouvement nazi en Allemagne
commun, elles n'ont pas cette logique spécifique cet des mouvements communistes en Europe, apres 1930,
des classes qui s'exprime par la poursuile d’objeotifs précis, c'est quils teerutérent leurs adhérents dans cette masse de
limités ct aecessibles. Le terme de masses s‘applique gens apparemment indifférents auxquels tous les autres
seulement & des gens qui, soit du fait de leurseul nombre, partis avaient renoneé, les jugeant trop apathiques ou trop
soit par indifference, soit pour ces deux raisons, ne stupides pour mériter leur attention. Le nésula
peuvent sfintégrer dans aucune organisation fondée sur ln maorité dle leurs arent
Vintérét commun, qu'il s‘agisse de partis politiques,
ison ou une autre,
jamais paru sur la scéne politique auparavyant.» 7
de conseils municipaux, ’organisations professionelles| jaoah red Ls Ons totam, Das,
‘ou de syndicats. Les masses existent en puissanceISTE
3 REGIMES D’'OPPRESSION
Forme politique inédite, le totalitarisme «différe par essence des autres formes doppression
politique que nous connaissons, comme le despotisme, a tyrannie et la dictature' »
Ceux-ci prétendaient capter le pouvoir; le mouvement totalitaire, lui, s’empare de toutes
les sphéres de existence - depuis la politique jusqu’a la famille en passant par le travail
Oula culture ~ pour faire advenir les «lois de Histoire». Un pouvoir total sur la société pour
la rendre adéquate a lidéologie, tel est le programme des systémes totalitaires.
Par Pauline Brenders
*
SOURCE DE L'AUTORITE Société hiérarchisée
REGIME AUTORITAIRE
(despotisme, monarchie absolue, oligarchie)
Pyramidale et inégalitaire,
Au sommet de la société,
un homme (chef ou roi)
ou un petit nombre
Ie pouvoir au nom d'une
autorité personnelle,
ISOURCE DE LEGITIMIT!
La loi, divine ou naturelle,
tombe d’en haut. Elle
transcende la société tout
cn servant de fondement
la hiérarchie & tous
les échelons: pere de
famille, prétre, roi...
oars
OMEN
Autoritaire et personnel.
«La caractéristique
essentielle (de Pautorité] est
que ceux dont Vobéissance > SELON ARENDT
est requise la reconnaissent «La forme autoritaire.
inconditionnellement; de gouvernement avec
infest en cecas mul besoin sa structure hiérarchisée
de contrainte ou est la moins égalitaire
de persuasion. »* de toutes; elle érige
: Vinégalité et la
Exemple: Sénatromain, _ifférenee en principes
Bglise catholique, roide — Graniprésents +
France au Moyen Age,
| Hannah Arend, Les Orignes du totatarisme, Quarto, Gallimard, p. 813.
2. Du mansonge ala violence, Calmann-Léy, 1872. 145.3. Hannah Arendh,
4a Gris dela cftre,«Qes-ce que Vawerite?», Folio Essls, Galimard,p. 131.
28‘
* far
‘LETYRAN
ee
ute ins false amy este
“getment deur de poser»
REGIME
TYRANNIQUE 3
Eclatée. Une base,
un sommet avec des
«baionnettes» entre
les deux. Eventuellement, s
tun parti unique. REGIME TOTALITAIRE
La contrainte de la force ou eroyance en la lutie > SELON ARENDT
et de la violence, au nom A des classes comme moteur «la différence
de Tordre. Enoignon. Le chefest de Thistoire chez les fond:
‘au cenire. Ine gouverne _bolcheviks; lorsqu‘il met domination totalitaire._
pas de lextérieur mais enceuvre lexterminetion —_fondée sur la violence,
de Vintérieur et se confond des races ou des classes. et des dictatures et_
Le tyran gouverne avec les organes dirigeants, _inutiles, le pouvoir des tyrannies établies.
«conformément d sa puis avec la société ne faitque se soumetre par Ja violence, est que
vyolonté eta son intérét». dans son ensemble. Alautorité de THistcire, il Jp premidre sattaque
CChacun dispose de son nen est que Vinstrument. seuienente
domaine privé, lui seul = Beak
dispose du domaine public. Lidéologie ou «la eS ee aap _
logique d'une idée. me ae =
Exemples: les Trente a ‘Le gouvernement Ta terreur, Porté par un Sar renee
Athénes en 404 av. J.-C., totalitaire brave toutes chef lui-méme au service vm * ean
‘Mussolini en Italie, les lois positives — jusqu’ _de T'déologie, le régime celui que peuvent.
Franco en Espagne. celles qu'il a lui-méme tomlnirevartiemanue, | soo ses alice
promulguées — mais il partine «terreur totale» LA terreuratteint son.
> SELON ARENDT prétend obéir aux «lois ——_permettant «la réalisation
Toutes les théories de la Nature et de I7stoire de Ie to du mouvement»
politiques qui traitent dont toues les ois positives en éliminant tous les
‘ont toujours été censées _opposants..
sortir.»* Loi naturelle
de la «race» pour les nazis Exemples: Staline, Hitler,
Kim Tsung.
——_—
“Toma wo a ri car, Ces rt», Fla si rrp. 12.
5 Hanae Arendt Les rine do ttetarsme, Quarta, Galinar, 813.6. Ou
“ila vleaes, Canary, 172, 0.19%
29.
Philosophie magazine _hors-sériePICNICS
Un risque majeur
de la modernite
let
alitarisme selon Arendt, explique la phil
sophe politique Antonia Grunenberg,
surgit dans les temps modernes olla philosophie a déserté le champ de action publique
Publique peut écarter cette menace toujours pr
Propos recueillis pai
Traduit de Valleman
ES
Peace sa ase)
EES ee al
Antonia Grunenberg / Cela y a peut-étre contribué. Mais
Je crois quill y 2 eu d'autres facteurs tout aussi importants.
Etre une femme n'est pas vraiment un atout pour obtenir
la canonisation philosophique: & cela s‘ajoute stirement le
fait qu’Arendt était juive et combative. Dans PAllemagne de
TOuest post-totalitaire, on ne tenait pas beaucoup & redon-
ner aux savants juifs chassés du pays la notoriété quiils
avaient eue jadis. En outre, Arendt travaillait par principe
sur le mode transdisciplinaire. Les Origines du totalitarisme,
par exemple, est un mélange de récit historique, de
réflexion philosophique et analyse historiographique.
plus
OES
EI en ee eS
Tily a, dans ce refus systématique de la méthodologie
scientifique une critique méthodologique radicale des
sciences classiques et de la philosophie, Arendt n’a jamais
cessé d’insister la-dessus. Elle ne voulait pas se qualifier de
philosophe, mais disait pratiquer la «théorie politique» etle
justifiait ainsi: pour elle, la philosophie était devenue une
scierice «sans monde» dont elle ne youlait pas relever.
‘Hannah Arendt a pris résolument ses distances avec cette
BS resHieni ss stance
sant libre cours au régne de la terreur er
st de lidéologie, Seule une puissante opi
\u'au coeur des sociétés démocrati
ésente iques.
Catherine Newmark
id par Olivier Mannoni
ma
re que lon avait, en philosophie, de se détourner du
monde et de sé réfugier dans la métaphysique.
Son refus de la philosophie serait donc une réaction au
(ERE SE eS
EIesese ee
ete EYSEnTS
Inazie, quand ils ne s étaient pas mis a son service?
1Cela commence bien avant. On peut faire remonter
jusqu‘aux alentours de 1900 la désagrégation de Tintelli
gentsia européenne. Arendt a vécu cela, jeune érudiante
ety a diagnostiqué une hybris' abyssale: des philosophes
qui prétendent trouver une solution globale pour Thuma
nité, Heidegger, avec qui elle était étroitement liée, est
dune certaine maniére exemplaire de ce type de pratiqu
Dhilosophique, Cette maniére de se détourner du politique
tout en pratiquant, par gotit du pouvoir, Fopportunisme ®
Tégard des systémes de domination fasciste ou totalitaire:
voili ce que diagnostique Arendt, qui y voit une tendanc:
fatale non seulement dans la philosophie, mais au sein dc
toute Tintelligentsia européenne. La philosophic n’avait
pas le souci de disposer d’un espace politique, d'une vi
Publique dans laquelle on aurait débattu, d'un «nous
Politique qui aurait agi. Cette attitude a favorisé la nais
sance du totalitarisme. Depuis Les Origines du totalita
risme, Arendt n'a jamais cessé de dénoncer ce phénomén
30
Philosophie macazine hnreeteinSs qui_pouraient
‘Arend analyse mimi EES
politiques et de Fre ee n>
me européen Feared er»
la eohésion sociale a Tere de Tantisémit
modeme et de limpérialisme. De son point de vue, les aso Tunas arene»
sociétés bourgeoises de cette époque se démontalent tle ig cas Hench vat.
Aiea de Homah it et arn ies
clles-mémes de Tintéricur. Les parts et les organisations
: 3 : ‘Pun aneurPette :
Saffaiblissaient mutuellement, et il ne restait que les =
buvaien & tout moment éire mobiisées par
a Fidéologie pour former Ia xplébes. Ce
Gul constitu Ia domination totale, au bout du compte-ce les organisations démocratiques. Selon elle, <2 §
qui, du point de vue de Arendt, distingue le totalitarisme de neutraliser la faculté de jugement des citoy«
des dictatures et autres régimes autoritaires -, Cest la SS
position centrale de la terreur et de Vidéologie dans MER ENTEEMCRTE
Tensemble du systéme de domination. Le point décisif, _/ Selon ‘Arendt — je crois quelle a toujours raison sur ce
‘est que Ia terreur te pas arbitraire, mais point -,Tunique possbiité que Ton puisse sasir, face @ ees
clairement' marquée par 'idéologie. — tendances, est de régénérer tne opinion publique puissam-
‘ment politisée. Et cette mission conceme chaque individu.
CREE
CEES Pee
SEER ee
7 Oui, mais pour elle, la rupture de tradition nlest pas la EXERT TETS AeSS
conséquence, cesta condition des systémes de domination UEEASSERENETEMTSI=
totale; elle considére que cette rupture avec la tradition _/ On peut transposer certains éléments de son approche
prend son origine dans la perte du monde @ laquelle sest politique — par exemple, la subordination torale de Ja réa-
Tuissée aller la philosophic modeme depuis Descartes. lité & Yidéologi, le caractére central de la terreur, Mais Je
apparition de pratiques cTextermination de masse sous pense quelle se serait plusdt emandé comment les démo:
Timpérialisme, dansles guerresmondiale, souslenational- craties orcentales se défendent contre ce danger siclles
socialisme et sous la domination stalinienme n'est pas une courbent Téchine ou si elles vivent et défendent ouverte:
‘manifestation, mais une conséquence de cette rupture de ment la pluralité de leur vie publique.
civilisation. Dés Jors, pour Arendt le national-socialisme est
Je phénoméne second. II nait des rejets de Ja moclemité, il
test pas original. Dans une certaine mesure, elle est proche
de Heidegger dans cette critique radicale de la modernité,
snais arrive a des résultats diamézralement opposés:
BEEUEMCO
ESE
(EUAN Meee cee
(eee eek enna
La pluralité, Cest la diversit la diftérence eta dispute.
Les démocraties sociales ont besoin dune robuste culture
de la dispute. Arendt présente un argument tiré du
contexte grec: la pensée débute seulement avec la dispute,
avcommencer par le dialogue que chacun mene
7 Dans ses oeuvres ultérieures, Arendt na cessé de se avec so-méme. Pour elle, cétait en quelque
demander comment des éléments toalitives.se-forment sorte la forme fondamentale de ta pensée. *
aussi en démocratie. Par exempl é
Tique, qui est apparenté a Tidéologie totalitaie. On ne le
trouve pas seulement dans le totalitarisme, mais aussi dans
Ole 27 cAy
7 ris ene ni, se on seinen vl desu se perlEEE
FRANZ K. OU LE MONDE
AUX RAYONS X
Déterminés a suivre les régles du jeu, joseph K, condamneé a mort sans motif, et larpenteur K
privé de droits, meurent de n‘avoir pas compris que les d
écrit Arendt, la « structure cachée » du réel, dont il es:
rendt stexaspére du portrait de Franz Kafka
en visionnaire, prophéte des totalitarismes
qui devaient décimer PEurope. A ceux qui
croient ainsi rendre hommage au roman-
ier, elle rappelle que est toujours un «douteux privilége
que détre compté au nombre des prophetes», a fortiori de
malheur. Kafka n'annonce rien, ditelle, mais pénétre
comme personne Je monde dont il est contemporain. Ses
Felis possédent «le pouvoir des rayons X de mettre é mu la
structure interne» des sociétés européennes au début du
s Staient pipés. Kafka met ainsi au jour
SquISSE les plans dans ses romans.
. Bt si lien avec les totalitarismes ily a, est dar
se au jour @’éléments qui contribueront a Pavéneme
de ces régimes.
Plutét que de lire Kafka & la lumiére des totalitarism
Arendt propose un autre éclairage historique. Celu
TAufkldrung. Elle inscrit Kafka dans Vhéritage ¢
XVIII sidele et invite & le lire comme le romancier qui
pris au sérieux la promesse d’émancipation des Lumits:
et la met & Yépreuve dans ses romans, spécialemen
Procés et Le Chateau. ©UN APPEL A TEMOINS
> Joseph K. est une «sonde existential»,
selon l'expression de Milan Kundera, grace
2 laquelle la vérite du monde modeme
se dévelle. Un matin, cet employe a’une
grande banque qui menait une vie
ordinaire se trouve inculpé, sans motif
apparent. Dans un premier temps,
il résiste, entend faire velolt son innocence.
Uavocat, puis le prétre qu'il consulte,
cherchent a fe convainere de se soumettre.
Pour l'un, le monde est sans doute injuste,
mais il est ainsi fet, i) serait déraisonnable
de s'y opposer; pour autre,
la justice, la vérité sont
de vains mots, la nécessité
cst seule admirable, De guerte
lasse, Joseph K. finit par
se soumettre. Aucun homme
ne pouvant prétendre
a innocence absolue
le sentiment de culpabilite
fall son cauvre et le conduit
S abdiquer, lI se lalssera
exécuter sans résistance, «comme
uo chien!s, dira-til lu-méme au
Vroment de mourir
Univers effrayant qui se clot, dit Arendt,
par une lueur d'espoir: Dans Le Chateau, V'arpenteur K. arrive dans un village
inconnu; i entend faire valoir es droits ©. =Ig tout
homme peut prétendre: «fender un foyer, avo > travel!
tune familie et jouir de la citoyennets». Or
dune vie authentiquement humaine, le Chatec
bien {es {ui accorder au titre de graces, mais p
Mettre jes hommes & l'abri de l'arbitraire est 12 2
ccongudte du monde moderne, aussi K. pr
tun paria plutot que de jouir de privileges.
Lincompréhension que Sa résistance inspire aux habit
est révélatrice. Comme si aspirer a vivre dans un mon
Féal6 per la loi relevalt d'un idéalisene naif. Uarpenteu'
Meurt d'épuisement, sans avoir obtenu ce pour quo!
il aura lutté toute sa vie, mais il meu
compromis. Sa vaillance, son opiniétreté lui vaudront
de gagner une forme dimmortalité en demeurant dans
Ja mémoire des villazeois. Arendt commente ce texte
en 1944: |e sort réservé aux apatrides fait apparaitre que
«le monde ne vott rien de sacré dans la nudité abstraite
d'un étre humaine, que "homme n'a de droits qu’en tant
que citoyen, en sorte que 'appartenance 2 une
cammuriauté politique constitue le premier des droits
de l'homme, préalable 2 tous les autres, «
«Le héros de Kafka n’est nullement ma par
des convictions révolutionnaires, il représente
seulement a lui tout seul la bonne yolonté
qui, presque sans le savoir ni le youloir, met 4 nu
les structures cachées de ce monde»
DES HEROS ABSTRAITS,
DONC UNIVERSELS
> Si les héros des romans de Kafka sont souvent
désignés par une simple initiale, dépourvus de qualités
psychologiques ou autres, ce n'est pas, soutient Arendt,
pour les réduire au statut de représentants dune idée
ou de défenseurs d'une these, mais parce que, absorbés
par la situation dans laquelle ils sont pris, tout entiers
requis par la tache qui leur échoit, ils n'ont guare le temps
ni la possibilité d'acquérir quelques traits distinctifs, et de
ce fait, «cet homme de bonne volonté peut étre n’importe
qui et tout un chacun, peut-8tre méme toi et moi. » ©
35
Philosophie magazine _hors-sérieSecrets et mensonges
A partir de la divulgation en juin 1971 d'un rapport confidentiel sur la guerre du Vietnam — les
«Pentagon Papers» — mietiant au jour les mensonges de administration Johnson, Arendt réfléchit sur le
fenctionnement et usage du mensonge, possible cheval de Trole du totaltarisme dans la démocratie.
Le secret - ce qu’on appelle diplo-
matiquement la “diserétion”, ou
encore arcana imperii, les mystéres du_pou-
voit -, Ta tromperie, la falsification délibérée
et Te_mensonge pur ‘et simple employés
comme moyens légitimes de parvenir a la
Halisat jectifs politiques, font partie de
Thistoire aussi loin quon remonte dans le
passé. La véracité n’a jamais figuré au nombre
des vertus politiques, et le mensonge a tou
jours été considéré comme un moyen parfai-
“tement justifié dans les affaires politiques. Qui
‘prend Ta péine de réfléchir & ce propos ne
Pourra qu’étre frappé de voir quel point
notre pensée politique et philosophique tradi-
tionnelle a négligé de préter attention, d'une
part a la nature de action et, de Pautre, &
notre aptitude A déformer, par la pensée et
par la ‘parole, tout ce qui se présente claire-
ment comme un fait réel, Cette sorte de capa-
cité active, voire agressive, est bien différente
de notre tendance passive a erreur, a Iillu-
sion, aux distorsions de la mémoire, et a tout
ce qui peut étre imputé aux insuffisances des
mécanismes de la pensée et de la sensibilité,
Un des traits marquants de Faction humaine
est qu'elle entreprend toujours du nouveau, ce
environnement et d’imaginer que les choses
pourraient étre différentes de ce qu’elles sont
enréalité. Autrement dit, la négation délibérée
de la réalité - Ja capacité de mentir -, et la
possibilité de modifier les faits — celle
sont intimement li¢es; elles procédent Pune et
Fautre de la méme source: Yimagination. Car
il ne va pas de soi que nous soyons capables de
dire: “le soleil brille”, & linstant méme oit il
pleut (certaines Iésions cérébrales entrainent
Ja perte de cette faculté) ; ce fait indique plutét
que, tout en étant parfaitement aptes @ appré-
hender le monde par les sens et le raisonne-
‘ment, nous ne sommes pas insérés, rattachés &
lui, de la fagon dont une partie est inséparable
du tout. Nous sommes libres de changer le
monde et d’y introduire de la nouveauté. Sans
cette liberté mentale de reconnaitre ou de nier.
Texistence, de dire “oui” ou “non” — en expri-
mant notre approbation ou notre désaccord
non seulement en face dune proposition ou
dune déclaration, mais aux réalités telles
qu’elles nous sont données, sans contestation
possible, par nos organes de perception et de
connaissance — il n'y aurait aucune possibilité
daction; et Yaction est évidemment la sub-
stance méme dont est ue.
‘agir —
quine signifie pas quelle puisse alors partir de “ITTaUE ainsi nous souvenir, quand nous par-
sien, eréer & partir du néant. On ne peut faire
place a une action nouvelle qu’a partir du
déplacement ou de la destruction de ce qui
préexistait et de la modification de l'état de
choses existant. Ces transformations ne sont
possibles que du fait que nous possédons la
faculté de nous écarter par la pensée de notre
lons de mensonge, et particuligrement du
mensonge chez les hommes d'action, que
celui-ci ne s'est pas introduit dans la politique
ala suite de quelque accident di A Vhumanité
pécheresse. De ce fait, Yindignation morale
est pas susceptible de le faire disparaitre. La
falsification délibérée porte sur une téalitéa
4
¥
“UQ.
a
\t-
r
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?
yX
6
@
~Y
Le TOTAUITARISME
ea SEAMS. +
contingente, Cest-d-dire sur ine matitre qui
nest pas porteuse d'une vérité intrinséque et
intangible, qui pourrait éue autre quelle
mest. L’historien sait & quel point est vulné-
rable la-trame_des Eat parm Tesquelis
‘nous vivons notre existence quotidienne; ele
Deut sans cesse été déchitée par Tetfet de
mensonges isolés, mise en pices par les pro-
pagandes organisées et mensongeres de
groupes, de nations, de classes, ou rejetée et
déformée, souvent soigneusement dissimulée
sous dépaisses couches de ficions, ou simple
, aux fins d’tre ainsi rejetée dans:
Soient assurés de
de Ia vie publique, il leur faut le témoignage
dn souvenir et Ia justification de témoins
dignes de foi. 1 en résulte quaucune déclara-
tion portant sur des faits ne peut étre entiére-
‘ment ATabridudowte(.T
a AS
parviendira jamais, méme avec le concours des
ordinateurs, & recouvrr Ia texture entibre du
éel, Le menteur, qui pourra peut-étre faire
illusion, quel que soit le nombre de ses men-
songes isolés, ne pourra le faite en ce qui
concerne le principe méme du mensonge.
est Ia une des legons que Ton pourrait tirer
des expériences totalitaives, et de cette
cffrayante confiance des dirigeants totaitares
dans le pouvoir duu mensonge — dans leur apti-
tude, par exemple, & réécrire sans cesse This:
twire, & adapter Tinterprétation duu passé aux
nécessités de la “ligne politique” du présent, ou
2 Siminer toutes les données. qui ne cadreot —
avec leur idéologie. Ainsi, ils prouveront
que, dans un systime d'€conomie socialiste, 4 «
il existe pas de chémage en refusant de |S"
reconnaitre son existence; dés lors, un chd-,
meur rest plus qu'une entité non existante. 12.
Les résultats de telles expériences, effectuées q\\Q,
ste
«Le menteur posséde le grand avantage em
de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre»
4
Cest cette fragil fe un
certain point, int de
‘romper. La _tomperie rfentre jamais en
‘conti avec a raison, car les choses auraient
pu se passer effectivement de la fagon dont
je menteur le prétend, Le mensonge est
‘Souvent plus plausible, plus tentant pour la
raison que Ja réalité, car le menteur pos-
séde le grand avantage de savoir Vavanc
e le grand avantage de savoir Tavance —
Ge que le public souhaite entendre ou s'at-
fend a entendre. Sa version a été préparée
4 intention du public, en s‘attachant tout
particulierement a la crédibilité, tandis que
Ja réalité a cette habitude déconcertante de
nous mettre en présence de Vinattendu,
auquel nous 1’étions nullement préparés.
En temps normal, la réalité, qui rva pas déqu-
valent, vient confondre le menteur. Quelle que
soit lampleur de la trame mensongére que
peur présenter le menteur expérimenté elle ne
AXE
gelel
Pana \.
par des hommes disposant des moyens dela
violence, sont assez effrayants, mais ils ne
disposent pas da powoir abuser indéfini-
‘ment. Poussé au-dela d'une certaine limite, le
‘mensonge produit des résultats contraires au
but recherché; cette limire est atteinte quand
le public auquel le mensonge est destiné est
Contraint, afin de pouvoir Survive, d'ignorer Ta
frontiére qui_sépare a vente du ‘mensonge.—
Quand nous sommes convaincus qué certaines
actions sont pour nous d'une nécessité vitale,
il mimporee plus que cette croyance se fonde
sur Je mensong? ou sur la vérité; la vérité en
laquelle on pevt se fier disparait entiéement
de la vie publique, et avec elle dispatait le
principal facteur de stabilié dans le perpétuel.
‘mouvement des affaires humaines.» *
Hannab Areralt, Du mensonge & ta violence, in
Lttumaine Condition, Quarto, Gallimard, pp. 846-848.D TRAVERS!
Entretien
Un concept fécond
pour les temps présents
Fascisme, nazisme,
ila fallu forger un mat nouveau,
talinisme: pour affronter les trois monstr
totalitarisme. L’hist
retrace |e parcours, mais aussi les usages et les malentendus de
lu XX® siecle,
Enzo Traverso
e «concept
de combat» toujours pertinent aujourd'hui, de Daech aux parias
Propos recueillis par Catherine Portevin et Pauline Brenders
(ESR CETTE
ESOS EN EU TS CEA
Enzo Traverso / Lidée émerge en Italie en 1923,
exprimée d'abord avec l'adjectif «totalitaire», chez des
intellectuels antifascistes qui désignent ainsi une ver-
sion moderne de Pabsolutisme. Mais le fascisme luk
‘méme se Fapproprie au moment oi il est en train de
basculer du mouvement politique au régime. Deux ans
plus tard, Mussolini revendique la apply ap mome yeurnor “TSGT Wo Aust
Sans san Sueunod 1g aypne’ ep esos > x10/
Sun alutiios ondied sa ayle “SuIsAMuIEDOeET Np anbNLD -DI/NI0 np saunB}1O $97 NUAADP I82. inb azag aj anod “el
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Philosophie magazine _hors-série«00 Yhumanité dans de “sombres temps» Iv Ves pftignes, Tl, Galmard 1974, 9.13,
Quest-ce
le mal?
A fa faveur du proces a'Adolf Eichmann, Hannah Arendt a théorisé ce qu'elle nomme
«banalité du mal». Cette expression, qui a suscité la polémique, siinscrivait dans u
reflexion déja engagée 4 propos du totalitarisme, oli elle exposait que le mal extreme n
‘ni démoniaque ni radical, et que seul le bien est profond.
«Tout a commencé quand j'ai assisté
au procés Eichmann a Jérusalem.
Dans mon rapport, je parle de la “banalité
du mal”. Cette expression ne recouvre
ni thése ni doctrine, bien que j’aie confusément
senti qu’elle prenait 4 rebours la pensée
traditionnelle — littéraire, théologique,
philosophique — sur le phénoméne du mal. »
Hannah Arendt La Ve de Fesprit. 1. La pensée, Introduction, PUR, 1986, . 18,
«A propos du mal: a) il n'est pas
démoniaque — le mal ne erée pas
le bien; b) il n'est pas le résultat
de la mauvaise volonté parce qu'il
n'y a probablement pas de mauvais:
volonté radicale, qui veuille le mal
pour le mal — mais uniquement
la volonté égoiste; c) le malheur
vient de la platitude — il appartien
au malheur d’étre organisé,
ce qui signifie que le grand nomb
est impliqué. »
Journal de pensée, 2, euil, 2005, p. 817.«On croit toujours que si quelque
chose est bien ou mal on peut choisir
de le faire; volontiers ou non.
On croit que le mal est toujours une
tentation qui surgit, tandis que le
bien est en fait ce que personne ne
désire jamais de soi-méme, C'est
mon sens completement stupide.
/.,./ Eichmann et beaucoup d'autres
Gtaient trés souvent tentés de
faire ce que nous appelons le bis
lls y ont résisté précisément parce
que ¢était une tentation.»
Nanas rd basi Fest caren ak Gurion
‘evita. Eten ratioponqe 8 nove 184 /
Fay 203
Hansa Arend, «isvisonelevige ave Roger Evra» in rua nde ltrventins 1977-1975 Sel, 08,6 13.
SEER eeneeeneneeeneneeeeememmmmal
«Jusqu’a présent, la eroyance totalitaire que tout
cst possible semble n'avoir prouvé qu'une seule chose,
A savoir: que tout peut etre détruit. Néanmoins,
‘en s’cfforeant de prouver que tout est possible,
Jes régimes totalitaires ont découvert sans le savoir
existence de crimes que les hommes ne peuvent,
ni punir ni-pardonner. Fn devenant possible,
‘impossible devint le mal absolu, impunissable autant
qufimpardonnable, celui que ne pouvaient plus
expliquer les viles motivations de {'intérét personnel,
do Ta culpabilité, dela convoitse, du ressentiment,
de lappétit de puissance et de la couardise; celui, par
‘onséquent, que la colére ne pouvait venger, que
amour ne pouvait endure, ni 'amitié pardonner.
‘De méme que les victimes, dans les usines de la mort
‘ow dans les oubliettes, ne sont plus “humaines”
‘aux yeux de leurs bourreaux, de meme, cette espoce
entigrement nouvelle de criminels est au-dela
des limites oi la solidarité humaine peut
s‘exercer dans le crime.
‘C'est un trait inhérent 4 toute notre tradition
philosophique glue nous ne pouvons pas concevoir
‘un “mal radical”: cela est vrai aussi bien pour
la théologie chrétienne qui attribuait au diable lui-méme
tune origine oéleste, que pour Kant, le seul
philosophe qui, dans expression quill forgea A.cet effet,
ddut avoir au moins soupgonné existence d'un
tel mal, quand bien méme il s'empressa de le rationaliser
pat le concept d'une “volomté perverse”.
explicable & partir de mobiles intelligibles. Ainsi,
‘nous avons, en fit, rien a quoi nous ve
pour comprendre un phénomene qui ne cesse
de nous confronter dune réalité aecablante,
cel qui brise toutes les normes connues de nous.»
Nannah edt, 2 tetaarisme a poet,
‘Les Origins du totaltarisme, Xi, Qari, Gallimard, 2002, p11.EEE
LE MAL
EN LABORATOIRE
x Des gens ordinaires peuvent-
A cette question, Stanley Milgram propose, en 1963, une re
Vobéissance a lautorité
nul ne doute que Mil
transformer
est la clef de cette mét
oilé un phénom
Par Sven Ortoli
L’EXPERIENCE
&
rété 1961, Stanley Mil-
gram, frais émoulu de Har-
yard et, depuis quelques
mois, assistant 4 'université de Yale,
passe une annonce dans le New
Haven Register. Le jeune chercheur
ila 28 ans— indique avoir besoin de
500 personnes et propose «4 dollars
pour une heure de votre temps dans le
cadre d'une expérience scientifique su
Ja mémoire et lapprentissage>. Chaque
participant est censément susceptible
d’y tenir le poste de professeur ou
éléve selon le résultat d'un tirage au
sort (en réalité, le tirage» est truqué,
il ne désigne que des professeurs)
Ensuite, sous Pautorité d'un «scien
tifique» en blouse blanche (en fait,
un comparse de Milgram), il est
invité a prendre place face un
tableau de bord équipé d’un bouton
gradué et dun voltmetre.
Le scientifique lui demande alors de
lire dans un interphone une série de
bourreaux?
jenue canonig
ie
mots intention @un autre volontai
(comparse, lui aussi, de Milgran
installé, hors de vue, dans une pic
adjacente. Celui-ci doit répéter la sé
sans se tromper, faute de quoi son «pi
fesseur> Ini administre une déchary.
Alcetrique, de 15 Vala premiére erreu
puis de 30 V @ la deuxitme, ¢
jusqu'au maximum de 450 V. A part
de 150 V, le sujet peut entendre
plaintes, puis les coups frappés sur
dloison, de celui a quiil est censé inf
les décharges, jusqu’au silence défi
tif... Vexpérience terminée, chac
participant était informé de la ten:
réelle de celle-ci, et du fait que es
rience était simulée, «‘LE MAL EST-IL BANAL?
LINTERPRETATION
inavril 1962, quelques jours
avant la pendaison dEich-
‘mann, Milgram conclut son
expérience et entreprend ¢icrire un
article intitulé «Bitude comportemen-
tale de lobéissance» dans un journal
de psychologic sociale. Il y indique
qu'il avait préalablement sondé
40 collegues psychiatres, lesquels
avaient prédit que 3,73 96 des sujets
«Verreur r
$e
es travaux de Milgram ont
————
CRITIQUES
été violemment critiqués:
L dabord sur le plan éthique
cause de la violence psychologique
infligée aux Sujets; ensuite sur Un
‘plarsciemifiqueer raison de divers
piais, par exemple la rémunération
des participants qui pouvaient_
craindre de ne pas Give payes
airéiaient Fexpérience, ou le fait
quiune moitié entre eux auraient_
compris quill s'agissait dun coup
monté. pareiloai=s a a refait
Texpérience de Milgram en 2006 note
infligeraient des décharges supé-
Heures & 300 V. Or au terme des
premiéres expériences, les résultats
indiquent que 65 % des sujets ont
infligé le choc maximum.
‘Milgram en conclut que la plupare des
gens en situation etre soumis & Yaui=
{Brit ie, celle de Ta setenice= Ob
Sent aux Thsiructions du supérieur gut
nearne, Conformiisme, pression dit
mane
-réside dans Véquation entre consentem
et obéissance. Un adulte consent I e b
sion dit qu’un adulte obéit, en réalité,
Vautorité ou la loi a laquelle il prétend “obéir” »
ah Arent, Resposoiié logement
également quil sagissait plus dune
série de démonstrations que dune expé
rience». Quant 4 Vexplication de la
‘Shoah par ce mécanisme, elle est
remise en cause dabord parce que
Vapolitisme de la figure scientifique en
blouse blanche n'a pas grand-chose &
voir avec la figure noire du SS — figure
qui n'a rien de Texécutant écervelé st
Yon en eroit Daniel Goldhagen avi,
dans Les Bourreaux volontaires de Hit-
ler. Les Allemands ordinaires ¢t UTol0-
causte (Seuil, 1997), entend démon-
trerque les nazis mais aussi une foule
@’Allemands ordinaires ont volontai-
rement participé 4 extermination,
En revanche, Uhistorien Christopher
Browning y a vu explication du com-
portement de ces 500 «Allemands
4 ot un enfant obéit
| soutient organisation,
groupe, jlyala,explique-til, une lef
du comportement humain ~ valable
sous toutes les latitudes et pertinente
en démocratie comme en dietature,
LI propose de baptiser cette situa
tion «état agentique», dans lequel
individu se considére comme
Vagent d'une volonté extérieure.
Cela, éerit-il en substance, illustre
Ja thése arendtienne de la banalité
du mal, Bil conclut: «S'ily aune
morale @ tirer de cotte experience
aur Tobéissance, Cest que chaque
homme doit étre responsable de sés
propres -actes. > -
ordinaires» du 101° bataillon de
réserve qui ont abatttt par balles
{83000 Juifs durant les seize mois de
leur séjour en Pologne.
En 2013, quatre psychologues anglo-
avons ont remarqué A ce propos que
Te plus frappant, aprés avoir serupw-
Jeusement analysé les archives de
[gram conservées A Yale, ce nest
pastant absence smpathie de cer-
tains participants que leur joie &Tidée
de contribuer au progrés des sciences.
Cela tendrait & montrer, concluent=
jls, que le danger ne viendrait pas
tant de fhe pas savoir distinguer le
bien du mal que de Vengagement —
Yolontaire au service d'une cause
5
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‘que les zombies...—— —x—
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REISYP
tournant, Eichmann avant Jérusalem. La vie tranquille d'un
sénocidaire”. Contrairement au tableau quien @ brose
Arends, Richman n'était pas seulement un bureaucrate
irréfléchi qui se moquait des conséquences de ses actes
Ce quil a fait, i Ta-au contraire accompli en toute
conscience: Son_antisémitisme est pai
Tout comme le fait qu’il a fait avancer Fextermination des
Juifs d'Europe de maniére tout & fait intentionnelle, avec
une veritable fidvre de possédé, et quill a regreité ultérieu-
rement de ne pas avoir «terminé sa mission», comme il 'a
dit, Les enquétes qu’a menées Stangneth montrent en
outre trés clairement qu’Arendt avait tort quand elle pen-
sait qu'il ne pensait pas, qu'il ne voulait pas penser, qu’
Vavait pas de philosophié personnelle ow didéologie,
Fichmann était au contraire-un- adept de cette funes
«philosophie» nationale-socialiste qui s'est dressée contre Pouvez-vous nous explig
Ja pensée «juive> universaliste et lui a opposé une pensée _/ Il est trés clair qu'on se trompe en affirmant que Arendt
«allemande» concréte, enracinée dans le sang, le sol, la défend les bourreaux et met les victimes en accusation
nation. Mais 4 l'époque, Arendt ne pouvait pas du tout Mais il est manifeste que Fichmann 4 Jérusalem nvest pas
connaitre les éléments qui en attestent, tout ce matériau un simple reportage. On y défend déji quelque chose. La
n’était pas encore connu. question est de savoir quoi. Et cest ici qu'intervient la
théodicée, que je considére dune maniére générale
Sa SS Ie ede la philosophie modeme. Cequetéfen
SEM ENUE SCR CIEE neIn ene lia “Arendt dans ce texte, Cest le monde dans lequel il a pu
/ Quand on constate que cette interprétation historique exister quelqu'un comme Eichmann. Ou encore, ep
sur laquelle se fonde le livre d’Arendt est erronée, on est. d'autres termes: un monde dans lequel il existe cette
bien entendu foreé de se-demancier-ce qu'il reste de sa forme du mal que nous avons vue au temps de la Shoah
thése centrale. Je continue @ considérer qu'll reste untrés._ Nous ne pouvons plus tout a fait nous le représenter, nous
grand nombre de choses. Arendt elle-méme a, pendant un _ y sommes déja beaucoup trop habitués, mais pour les gens
certain temps, été tellement blessée par cette controverse, qui ont vécu cette époque, la Shoah a été un choe qui
quia aussi mis fin a certaines amitiés personnelles, quelle _posé avec un monstrueux degré d'urgence la question tou
st réfugiée derritre une affirmation censée la protéger: A fait classique de la théodicée: comment un Dieu bien
lea dit que ce n’était pas du tout un ouvrage théorique, veillant a-til pu tolérer une chose paréitle?-Ou-encore
mais un simple reportage de journaliste. Seulement, ce formulé en termes modernes, moins théologiques:
rest pas vrai, Ce livre est hautement phillosophique. Jele tion de savoir comment on peut encore approuver
considére commie Tun des plus importants ouvrages de monde dans lequel survient quelque chase de ce type. Ov
philosophe morale du XX siécle, maisaussicommela plus bien sil n'existe pas plutét quelque chose de profondémen
‘grande esquisse philosophique d'une théodicée modeme. irrationnel et inexplicable au coeur du monde — quel
D'une certaine maniére, la controverse quill a déclen- chose qui est le mal et qui échappe & Yemprise humaine
chée montre, elle aussi, quill a touché un point sensible: cio os onalyeant eal comme quelque hase
[a these de Ia banalité du mal continue & briilerTes de dangereux, certes, mais justement pas profond: comm
aoigts. Le fait quielle n’ait pas bien évalué Kichmann en quelque chose de superficiel et de banal, Elle Va expri=:
tis précisément dans une lettre tés Fameuse & Gers!
Scholem, en juillet 1963 : «Jestime effectivement aujourd’
| Taduetin rangle pr 0. Manes, pare en 2016 aut ans alann-Léy, : ae eee einer
fe Fonrage de ating Stangneth pre 2011 en Alamagre ABR que lemal est toujours extréme et jamais radical, quit n' »
men
eee
Prilosophe amércalfeltitate prix international
Spinoza en 2014, els dirge depuis 2000 le Forum Einstein
‘Poise @Tel-Auv- Elle est auteure de plusews
‘ovurages, ron traduits 8 ce jour (Siow Fre: Jewish Notes
from Berlin, 1992; Evi in Modem Thought: Alteraative
History of Philosophy, 2002; Why Grow Up? Subversive
Thoughts far an Infantile Ag, 2015).
ccarsaso
fant que personne n'y change rien.
Philosophie magazine _hors-série
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