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PCa Cm cele eu Fe) bereft le travail, Pautoriteé ... fp eee Conn-Bendlt, Ch i Susan Neiman, Jacques Tai yoy DOCUMENT EDWARD SNOWDEN FACE AUN RESPONSABLE DES SERVICES §=—_ 4 06296. 284-F:7,90€-F0 SECRETS AMERICAINS EDITORIAL PENSER SANS FILET « otre héritage n'est précédé d’aucun testament. » Cette citation de René Char revient souvent dans les livres et es entretiens de Hannah Arendt. Pourquoi cette insistance? Parce que cet ge, ditelle, est un trésor perdu, Ia liberté, que dans ces années de lutte: «Celui qui a épousé la Résistance, hérita le poéte a retrouvé a découvert sa vérité.» Parce quelle voit dans le capitaine Alexandre, nom de guerre de Char, la vivante illustration de ce quelle n’a cessé avoir la nécessité d'allier la pensée et Paction (raison © derevendiquer, pour laquelle elle admire Camus et se méfie de Sartre). Parce que, enfin, la citation de Char est porteuse d'un constat qu‘elle fait sien, & savoir que le monde dans lequel ils ont 66 précipités, aucun «testament» ne les a préparés ay entrer et que, si cest un danger, cest aussi une chance: celle de «regarder le passé d'un ceil nouveau dégagé de la contrainte et du poids de la tradition». Tout ce quelle aime en somme: penser sans filet! Nide gauche ni de droite, radicale mais pas dogmatique, Arendt, une Visionnaire: elle ne lit pas dans le futur Tinclassable, est au mais dans le présent ~ ce n'est pas si courant — et, par la méme, nous parle du nétre. De la «perspective duune société de travailleurs sans travail» — cest-a-dire, «privés de la seule activité qui leur reste» — SVEN ORTOLI REDACTEUR EN CHE 4 Ja question toujours briilante des réfugiés et apatrides — «nous n’avons pris droits que lorsque des millions conscience de Vexistence dun droit avoir des ius sans espoir de retour» —, en passant par son. on analyse arene du ferment toualitaire dans le colonialisme. Au risque de Fexcés, lorsquielle voit en Adolf Eichmann un homme ordinaire ~ «ni démoniaque ni monstrueux» — témoignant de la banalité du mal: expression dont Yhistorien de la Shoah Christopher Browning dira quelle recouvre un concept crucial, en s/appuyant sur tin mauvais exemple. Mais si le «manque de pensée» fait le lit du mal, qu’est-ce que penser? «La manifestation du vent de la pensée, it pas le savoir, c¢ est Fapritude dt dstinguer conclut-elle peu avant sa mort, m le bien du mal, le beau du laid. > Beat codi 0 0 he vente ie evo te vaptace (es cnyens tac au ttalitacre wore dy ge he tale Ses sthérences 3 la musique la peinture eta inérature dans, Foeurre arendtenne ‘ ti ENZO TRAVERSO (03) Heston fa West ae, en 2013, de On sot passhs les intellectoels? Vertue ‘Ge La Fin del mode one (La Déceavet) Mdbcrypie '* concept de totattarisine op. W427 SUSAN MEIMAN (04) Escapste et fie analyse (coment Foe ol haat dh a 2 renowned a pulsagtie morale JOHANN CHAPOUTOT 05) aj? PUP, 2014) Je portrait que Hannah Arendt a 0x86 dEicimann IGABELLE DELPLA (063? rst oan oul ol, lle bli La Mal en sce. Eichmann ees thd 2011), Pour elle, Hannah Arendt wa pas su endee compte de ta responsabiith des phnocidaires as oderns Her ROMY BRAUMAN {07 Es ptsient de Médecins sans fants ot proesyeur de veltions Seinen Po Par ih eotalise un documenta sur ations) Un suo (ans un ebat se able Data defend a these fa banalité du mal forebe par Keer MASI LGHO' (08) Rédactow en cht Pantogio, wae den Mictol Gores (Ue Pomnmie, 20) retrace la riche vio (ie Hannah Arendt travers on «amour ds homes ot du monde JACQUES TAMINIAUX (09) Cote on cite en philovaphe a 3 vom canthopetage pola Herman 20\A) el La Fille de Thence et Ponseun pudessionnel, Aran HV analyse Févolution des positions ‘intelloctuelios de Aven gard de Hoidowper 06-90 CHRISTOPHE DEJOURS, (10) Psychiat et psychanalyso rofessour au Cham, i inérusye ‘ave pathologies ides au aval ‘a nokamment Gent ravai vivant (Petia Biienhagve Paget, 2013), 1 colata la maniére dont is concirh ie ta activa 9 noun sa véfeon. 0. 08 EX ANDRE LACROM nner, dnsstour AL (11D Faye, 10 ri reaction de Pilot smn, 0m orange ph bat st Go ows ie, Jaquet) Antenne china ns vie Pay faitions, janvier 7016), oberve Fo naesance dome dos ha 106-108 DANIEL. COHN-BENDIT {12} Homme politique, militant vader ds ovement dy Ma-64, W 6voqUe ‘e souvenir do colle qul fut une amie ess parents tla fagon dant a gu ta thts ita hanalité du ma pp M417 MICHEL ELTCHANINOFP 113} Doctour wn phitosophie i eat ridclou en cit de Philosophie ‘magazi.\ Nat paratve on ‘mars 2016 Les Nouveau Dissidents (Stuck), aborde ta manidey Clot Arendt a ponsé le progrds Scientifique a Fare spatiato, bo. 126-120 PAULINE BRENDERS (14) Tiulaive d'un master en histoire «oa philosophio, lle a collabo’ ‘ensemble de oe muna, Un mouvement de masse visant la domination du monde Trois régimes oppression ‘MODE D'EMPLOT pp. 28-29 Un risque majeur de la modernité Antonia Grunenberg ENTRETIEN| pp. 30-31 Franz K, ou Je monde aux rayons X Bérénice Levet pp. 3435 Secrets et mensonges pp. 3637 Un concept fécond ‘pour les temps présents Enzo Traverso ENTRETIEN pp. 38-42 Vie d'une réfiactaite CHRONOLOGIE pp. 8-15 Savoir quel est le visage du monde Hannah Arendt et Giinter Gaus ENTRETIEN pp. 16-24 LE MAL Qurest-ce que fe mal? pp. 44-45 Stanley Milgram, ou le mal en laboratoire ‘MODE D'EMPLOL pp. 46-47 La théodieée Ia plus radicale du XX* siécle ‘Susan Neiman ENTRETIEN pp. 48-52 «Une pure absence de penséer p.53 Eichmann, pantin ou comédien? Johann Chapoutot ENTRETIEN pp. 54-57 Peuton faire le mal sans y penser? pp. 60-61 Rendez-vous avec soi-méme Bérénice Levet pp. 62-63 La banalité du mal, une idée qui préte toujours a polémique Isabelle Delpla face 4 Rony Brauman DEBAT Pp. 64-68 La véritable histoire de Heidegger le Renz pp. 70-7 amour des hommes et du monde Martin Legros pp. 7281 La naissance, une idée philosophique Bérénice Levet pp. 82+ Bienvenue aux nouveat pp. 84-85 Comment Arendt a déconstruit Heidegger Jacques Taminiaux ENTRETIEN pp. 86-90 » Arend gére les contributions dix ‘ceuvres de charité juives de la baronne Germaine de Rothschild, Elle écudie Vhébreu, déclarant son professeur particulier: «Je veux ‘conneitre mon propre peuple.» > Aassemblée générale du Consistoice, Robert de Rothschild présente Tafflux d’immmigrants comme risquant de renforcer Pantisémitisme et la xéno- phobie a Végard des Juifs de France 211 avril» Heidegger démissionne de son poste de tecteur de Puniversité de Fribourg, 6 juin > Fritz Lang, fuyant YAllemagne nazie, émigre aux Etats-Unis. 30 juin » Nuit des Longs Gouteaux. Sur ordre d’Hitler, les SS assassinent les dirigeants SA et d'autres opposants. 1935 5 Arendt est secrétaire @ VAliyali des {jeunes de Paris, association permet- tant aux enfants juifs de gagner la Palestine. 25 aoat > Dans une lettre a ‘Scholem, Walter Benjamin rapporte quill a rencontré «Hannah Stern [uJ Bille a été une brillante éléve de Heidegger». Benjamin rédige PQGuvre Cart a Pépoque de sa repro- ductibilité technique. 25 septembre » Pacte germano: soviétique. » Blias Canetti, Auto-da-fé 1936 } Atendt rencontre Heinrich Bliicher, communiste spartakiste ayant fui Berlin. Il lui fait découvtir Marx, Lénine, Trotski et la «praxis révolutionnaire>. HANNAH ARENDT >A Rome, Heidegger exprime & Karl with sa confiance en Hitler. 1 mars> Violant le traité de Locarno, les troupes allerandes oceupent la Rhénanie. + Hlusserl est raidié du corps professoral. 1* aotit » Procés de Moscou. 1937 ) Divorce dé Hannab Arendt et Giinther Anders. » Marié a une femme juive, Jaspers est démis de ses fonctions 4 Puni- versité de Heidelberg. 1938 y Arendt est embauchée & PAgence juive de Paris, qui apporte de Vide aux réfugiés 42 mars » Anschluss. 1s de Borin dans fAlemaunt faze. Le portur du ambead alma ase dans encente du Lustgarten, 27 avril> Mort ¢Edmund Husserl. 29-30 septembre » Accords de Munich. 9-10 novembre Nuit de Cristal. SAet $5 brillent les synagogues, saccagent Jes commerces juifs et proctclent 4 des millers @arrestations. + Von Horvath, Jeunesse sans dieu. » Brecht, Grand-peur et misére du IIFReic 1939 1" septembre > Invasion de 1a Pologne :la France et le Royaume-Uni ‘Une famille juve & Amsterdam, en jilet 1942, 'achemine vers un camp de transi, ape inlermédlaite avant le camp de ‘coneentration, Oven MBBS déclarent la guerre au itl Reich, >a République frangaise institue des camps d’internement pour les Républicains espagnols puis, dés 1940, pour les réfugigs allemands ou autri- chiens de sexe masculin, > Heinrich Bliicher est interné a Villemalard (Loir-et-Cher) avec Peter Huber et Erich Cohn-Bendit, 1940 16 janvier > Mariage de Hannah Atendt ét Heinrich Bliicher & Paris, 5 mai> A Paris, hommes et femmes Agés de 17455 ans, originaires d’Alle- magne doivent se faire connattre des autorités pour étre envoyés dans des camps. 14-15 mai > Les hommes sont ras- semblés au stade Buffalo et les = femmes au Vélodrome d'Hiver. 15 mai» Arendt est enfermée une semaine au Vélodrome d’Hiver, puis déplacée au camp de Gurs, qu'elle uitte & Pété pour rejoindre Bliicher & Montauban, oi elle retrouve aussi Erich et Herta Cohn-Bendit. 22 juin » Armistice franco-allemand et partition du territoire francais selon la ligne de démareation. 10 juillet » Pétain recoit les pleins pou- voirs. Début de la «collaboration» 26 septembre Refoulé a la frontiare franco-espagnole, Walter Benjamin se suicide & Port-Bou. 3 octobre » Promulgation d'une lot «portant statut des Juifs» et les excluant de la fonction publique francaise et des métiers de la presse. » Chaplin, Le Dictateur. 1941 Janvier > Arendt et Bliicher pren: nent le train pour Lisbonne et ral- lient New York, Martha Arendt les rejoint. > Arendt enseigne aui Brooklyn College de Tuniversité de Columbia, 1" septembre > En application d'un décret signé Heydrich, les Juifs de plus de six ans doivent porter Pétoile jaune en public, 3 septembre » Premiers gazages expé. rimentaux & Auschwitz, 14 novembre » Arendt est engagée comme éditorialiste par le journal de langue allemande Aufbau. Son premier article traite de la création une «armée juive», » Bertolt Brecht, La Résistible Ascension dArturo Ui. > Fritz Lang, Chasse d Uhomme (Man Hunt). 1942 20 janvier > Conférence « autour de la «solution final: 22 féveier Réfugié au Brési, Zweig se suicide en compagn. femme. 2 juillet » S'appuyant sur d gnages de résistants polon York Times dévoile les opérat mise a mort du camp dexter de Cheimno. Décembre > De retour de Marsei) ila secouru des milliers de réfi, Jeu procurant des visas, le jours, Varian Fry publie aux Etats-Un, article intitulé «Le massacte des en Europe». » Ernst Lubitsch, To be or nor 1943 15 avril» Sortie sur les écr ticains de Les bourreaux m aussi, de Fritz Lang, sur Va du chef nazi Heydrich a p 1942, Seénario de Lang coéeri Brecht. 1944 Dansilé Menorah Journal, Ar. propose un «réexamen du sion dénoneant tant Nextrémisme du ; Révisionnisme mouvance nations dure du sionisme] que Vabsenc Politique du socialisme des kibbou Avril PReSiES'A Heidelberg, Jasy- et sa femme apprennent quills vo tre déportés. Us sont sauvés ; Tarrivée des GI, 30 avril » Suicide de Hitler 8 mai» Capitulation de fAllemagne. ee» Arendt se lie avec la romaneiére et journaliste Mary McCarthy, Juillet » La commission ¢¥puration rend un verdict elément & Végard de Heidegger, lui permertant de conser ver son poste de professeur. Le sénat de l'Université conteste la décision, 6 et 9 aoiit » Bombardements ato- miques dHireshima et Nagasaki 1946 » Dans une lettre & Jaspers, Arendt parle de Heidegger comme d'un ‘assassin potentiel» et un «enters. » Jaspers publie La Question de la culpabilité, affirmant quifl est néces- saire Allemagne post-nazie d'a fronter son histoire sans se dérober. > Sartre, Réflexions sur la question juive 1948 Hannah Arendt devient directrice de POrganisation pour la reconstruction de Ja culture juive en Europe. Elle ccupera cette fonction jusqu’en 1952 14 mai > Le Royaume-Uni met fin 2 son mandat en Palestine. Début de Ja guerre d'indépendance opposant Israél et les Etats arabes voisins » Rossellini, Allemagne année 2éro. 1949 25 janvier > Election de la premiére Knesset. Ben Gourion Premier ministre. 24 février » Armistice entre Israél et Egypte. 4 avril > Signature 4 Washington du Pacte atlantique. Institutionnalisation de la guerre froide. 1 octobre » Mao Zedong proclame Ja République populaire de Chine. > George Orwell, 1984. 1950 » Vite chez Heidegger 8 ribourg. » Alasuite de leur entrevue, Heidegger se sa femme que Hannah Arendt a été la «passion de sa view et Yinspi- ratrice de son ceuve. 1951 » Arendt obtient la nationalité ameé- ricaine. » Publication aux Hiats-Unis des Origines du totalitarisme. » Vinterdiction denseigner qui frap- paitHeldegger estlevée, 1952 » Arendt entame une série de confé- ences & Tuniversité de Princeton 1953 ‘Arendt refuse dé eorinenter Ia polt- tigue de représailles dllsraél pour la Jewish Newsletter: «La plus courte déclaration qu’on puisse faire serait = Tu ne tueras pas, pas méme les femmes arabes et leurs enfants. Et ela est certainement un pett trop bref. Vaffaire entiére est absolument éewutrante. Sai décidé que je ne vou lais plus avoir affaire avec ta vie poli- tique 5 mars » Mort de Joseph Staline. > Début du macearthysme et de la chasse aux communistes aux Etats- Unis. > Lors d'une session & huis clos du XX*Congrés du Parti, Khrouchtchey dresse V'acte d'accusation de Staline Besin Est pl | succombatants de TAmée ue tombés rant ia beta de Ben au-ai 195) 13 Philosophie magazine _hors-série mm 1956 » Pour Arendt, Vinsurrection de Budapest parait raviver la tradition révolutionnaire européenne, le «soule- vement soudain d’un peuple oppressé ‘pour taliberté, et pour elle seulement 1957 > En Arkansas, le lycée central de Little Rock est le thédtre de violents affrontements raciaux, obligeant la garde nationale et les troupes de parachutistes a intervenir. + Dans ses Réflexions sur Litéle Rock (publiées en 1959), Arendt dénonce Pintégration scolaire foreée qui place 4 septembre 1957, une étudiante noite est insult par une ferime blanche en tentant adder au ose central de Lite Rock (Aransas), dont acces est interat aux Nis 4 Finstigation du gowvereur Saginapshisten be RANNAN ARENDT g les enfants au centre d'un conflit entre école et la maison, & contre- ‘courant de la gauche américaine. 1958 » Arendt achéve la Condition de Thome moderne, réflexion sur les activités humaines, le travail Voeuvre et Paction. » Jaspers publie La Bombe atomique et Vavenir de Vhomme. » Arendt est nommée professeur & Vuniversité de Princeton, » Adolf Eichmann est arrété par les services secrets israéliens en Argentine. > Blias Canetti, Masse et Puissance. 1961 yAsademande, Arendt est o,, par le New Yorker a Jérusalc couvrir le procés d’Eichmann, pé pour avoir mis en place | tique de la Solution finale 4. A1945. » Premiere édition de Berw and Future (titre original de 1 dé la Culture). 1962 31 mai» Condamné a mor est pendu a la prison Israél. 14-28 octobre » de Cuba, point d’orgu froide. 1963 » Début du proces de second procés d’Au 22 officiers SS et kapos » Le New Yorker pi dArendt sur le procés Eichmar texte ouvre une longue contr: » Siegfried Moses — ami d'enf Arendt et porte-parole du Consc Juifs d’Allemagne — la somme rompre la publication en Eichmann & Jérusalem. Elle ve » Liaffaire Senvenime publique tel point que Mary McCarth: amie @Arendt, parle de «pos 22 novembre » Ass dent John jie cing 1965 7 février » Premiers bo sur le Nord-Viémnam Mars > Impulsées par Martin Jes trois marches de Montgomery Selma militent pour V'égalité des ts des citoyens noirs. 6 aoa» Johnson signe le «Voting Rights Act» («loi sur les droits de ) supprimant les demiéres restric: tions au vote de la population noite. 1966 > La publication chez Gallimard de Fichmann é Jérusalem suseite de vives réactions. Le Nouvel Obser- vateur publie deux pages de lettres sotis le titre «Hannah Arendt est-lle une nazie?» 1967 | Visite de Arendt chez les Heidegger a Fribourg, 5-10 juin » Guerre des Six-Jours opposant Israél a PEgypte, la Jordanie et la Syrie. La vieille ville de Jérusalem est annexée. Hté » Les émeutes de Newark pétroit — pour I’égalité des droits entre Noirs et Blancs opposent la population noire aux autorités et de 1968 4 avril > Le pasteur Martin Luther. fing, prix Nobel de la paix 1964, est assassine par balles a Memphis, “Hai > Emeutes au Quartier latin. Gréve générale en France. + Le 21, le leader du mouvement de contestation Daniel Cohn-Bendit, fils dich et de Herta Cohn-Bendit, est frappé d'un arréré d’expulsion du territoire. 11 quitte la France pour I’Allemagne. A propos des émeutes de Mai-68, ‘Arendt éerits «Nous venons de voir comment une simple révolte écudiante relativement inoffensive et essentielle= iment non violente a pu révéler la vul- nérabilité de tout le systéme politique [frangais]>» 1969 4 mars > Déeds de Karl Jaspers. 20 juillet >» L’astronaute Neil Armstrong est le premier homme & mettre pied sur la Lune. 26 septembre > Arendt prononce un discours, «Martin Heidegger a 80 ans », pour Vanniversaire de celui-ci. 1970 J Hannah Arendt publie un Essai sur {a violence examinant la relation entre guerre, politique, violence et pouvoir. 31 octobre» Heinrich Blicher meurt rune attaque cardiaque. hac Noon fate sine alata st ta passer det heicptre al Same ‘a Pemmener apes se démizsion 18 fresdenco des Eats Un, sue a stamfale du Watergats, lo att 1974 1973 6-24 octobre » Guerre du Kippot 1974 anit» Démission de Richard Nixon apres les révélations du Watergate 1975 4 décembre > Arendt meurt d'une attaque cardiaque & New York. Elle venait de commencer & taper le manuserit de Juger. 1976 > Mort de Martin Heidegger: Savoir quel est le visage du monde IN, Son lien ir dolitique dans la soci lation: « savoir quel est fe visage du monde nim ne lecon d’articulation entre penser, juger et agir. Extraits. tl Ginter Gaus théori, Faction etle comportement politiques. Compte ten de cela, {ai relevé dans votre correspondance avec le professeur israélien Scholem un point qui me paraft partcullérementintéressant. ous ll éciviez..Jque “dans {votre jeunesse [vous ne vous] intéressfez}nidlapotique pia thistore’ Madame Arendt vous avez quitté Allemagne 1933 car vous étie jive: vous aviez alors vingtsix ans. Yartilun lien de causeaeffetentre ces événements.et votre preoccupation pour la politique et Mistore? Hannah Arendt > Oui, bien éviclemment, En 1933, on ne powvait plus sen désintéressc it plus possible. / je me Votre travail est actuellement centré sur la +. Iy avait méme déja lon J Je me suis forgé temps que ce n¥é lire attentivement les journaux une epinion. Toutefois, je ne me suis engagée dans aucun part, nen ressentant pas méme le besoin. Depuis 1931 que les Nazis allaient jétais intimement convaincue prendre le pouvoir et je mvétais fermement expliquée sur en dy sur a sean chone te sion ouesttenani, 8 etre 164 pra go a premre fis a5 | 1 Irate la fague mater Seat des rebato dela verse ES ug, Clnantléa, 122 Philosophie m Thee Ginter Gas: Zar Perso, Potts in etre Gestur Solem 24 jut 183, Fi Paareen ces problames avec autres personnes. Mais ce nfestqwiats moment de I'émigration que je ni pée de rout cola de fagon systématique [-] Partant de ta conviction [..J selon laquelle les Nazis prendraient le pouvoir, vous n’avez pas pour autant tenté de les en empacher de facon active, en adhérant par ‘exemple & un parti: peut-@tre estimiez-vous que cela r’avait plus aucun sens? ‘sonnellement, je ne trouvais pas du tout cela dénue 1s: si tel avait éu ncore que ce soit ies diffi tre fait quelque chose jle-A dire aprés coup, Faurais pe Pouvez-vous dater votre engagement politique 3 partir un évenement détermin€? Je pourrais parler du 27 f6vrier 1933, jour de incendie du Reichstag, et des arres ales qui sensuivirent ons illé Fd sve «Zr Persons Le ext dot oni, at ie ast Frac and ator, Fede Vara, Mach 196, toutes ls ates etna Bernard tape, Ess 4 ds catepor 0. Marae ait 7 agarine _hors-série je répondis «Bien stir!» Sétais ts come MBBS 2u cours de la méme nuit. On parlait de «détentions pré. charger?» etje ee Re Grcien Tet vous saves que le gens ciousent on rsiné cela mfvat tout abord semble’ une exe dans les caves dela Gestapo ou dans les camps de concen- par la suite favais méme tration. Ge qui commenca alors est monstrueux et se maniére dagit. souvent aceulté de nos jours par des choses plus 2 . Bee Prin asn ak varie Ve eee ee Ri de ce moment qu ee sus serie responsible Cla Ou Ces alors ue us ante, Mais en signifie que fai pris conscience du fait que Yon ne pouvait de chance: je men suis tiée s plus se contenterd'tre spectateur. Jai cherché & agir dans plusieurs domaines. (...] avais de toutes fagons Vintention d’émigrer. Je fus tout i ieee deste dais que es Js ne pout pa emer ie_ Hake on ds a sien Bele ia: vals pas Tintention de circuler en Allemagne en qua- Sen oe sea | rms ‘té, pour ainsi dite, de citoyen de seconde zone, ou de ¢Dhabirude, il me sufit debian observer ame uclque autre maniére que ce ft, En outre, je pensals en face de mot pour savoir aussit6t de quoi il retour. que les choses ne pouvaient qu'empiter. Pourtant, je ne avec vous, que faire?» suis finalement pas partie d'une manire aussi pacifique. Er je dois dire que jen ai ressenti une certaine satisfae- B e ; tion, Jeme disas: au moins, fai fac quelque chose! Au Oui, & Berlin, Jai di, hélas, mentir & cet homm ‘moins, je ne suis pas tout a fait innocente: personne nlavais pas le droit fexposer Torganisation. Je raconté des bobards insensés et il me répétait: «Ces maura le droit de me le reprocher! fat Ce fut YOrganisation sioniste qui me fournit alors une Gui vous @i fale enter ic. Je ‘Yous en ferai sortir. Ne pr occasion. ‘étais tes étroitement lie damitié avee pas @avocat! Les Jus n'ont plus dargent, Sconomise: uelques-unes des personnalits 2 la téte du mouvement argent.» Entre-temps, TOrganisation miavait procu Magn uout avec le président de lépoque, Kurt Blumenfeld. “avOGHE Naturellement, elle Yavait choisi parm Mais Je mais pas sioniste et on navait dailleurs pas membres mais je le renvoyai parce que cet hom: cherché & m'enrdler. Toujours est-il que favais en un cer- avait arrétée avait un visage si ouvert, si honn: tain sens subi linfluence du sionisme: notamment dans la comptais sur lui et je pensais que Cétait une bien meill critique oy plus exactement Fautocrtique que ls sionstes chance que mfimporte quel avocat d'embiée épouva infnea, loppée au sein du peuple jul. Jen ai été [...JJemfensus sortie mais ai dd quitter le ays de f influenoge et méme impressionnée, mais, politiquement, ilégale et clandestine parce que, naturellement, aii Je lavas rien a voir avec eux. Or, en 1983, Blumenfeld et suivait son cours [..] quelqu'un dautre que vous ne connaissez pas vinrent me de a Ee ditent: nous voulons constituer un recuell > Lorsque vous avez quitté Allemagne en 1933, vous Ge tous les témoignages antisémites de bas étage en venue & Patls, ad vous avez travaillé au sein du vigueur dans toutes les associations, dans toutes les or- organisation qui Soccupait du transfert en Palestine de potations et cans toutes les revues professionnelles pos- jeunes enfants jf, Pouvez-vous m‘en dire quelques mots? sibles, bref rout ce qui est inconnu a Vétranger. Organiser Cette Organisation acheminait de jeunes enfants j Fz "cue tombait alors sous le coup de ee que Yon appe- ainsi que des Adolescents de 13 & 17 ans dAllemagne <- pn: do pe ee pablo aeta cesies pace i Poshions de Vadversaire laquelle je connais elativement bien ces établissemenis. Jusqu’a la diffamation. Aucun membre de YOrganisation Soniste ne pouvait bien évidemment sen charger car, si > Et ce, des leur début? les choses tournaient mal, il entrainait sa suite Yoreemi. i sation a sa perce Ils me demandérent done: eee a ae eean lt Nowa alos un profond cp tw # leur égard. Les enfants y recevaient une former > Cela se passait a Berlin? professionnelle assortie d'une réadaptation scolaire. Sai méme réussi a introduire en fraude, & une ou deux ‘reprises, des enfants polonats, Telle était la régle de mon al: était un travail social, ducati. On avait installé de grands campements a travers le pays, ott on prépa: rait les enfants et oi ils recevaient également des cours, oit ils apprenaient & travailler la terre et oi ils devaient, avant toutes choses, grandir. I fllait les véti de pied en cap, leur faire la cuisine, leur procurer des papiers, négo- sier avec leurs parents ~ et surtout, trouver de Targent Cette tache mincomba en grande partie. J'ai travaillé en collaboration avee des Francaises. ..] Voyex-vous, je sortais dune activité purement universitaire, et, 8 cet gard, l'année 1933 me fit tne impression durable: posi tivement d'abord, négativement ensuite ~ mais, peut- étre devrais-je dire premiérement négativement et dew xitmemient positivement. De nos jours, on ereit volon- tiers que le choc ressenti par les Juifs allemands en 1933 sexplique par la prise du pouvoir par Hitler. Or, en ce quii me concerne, ainsi que les gens de ma génération, je puis affirmer qu'il s'agit la d'une étrange méprise. Cétait aturellement tres inquigiant. Mais i s'agissait d'une affaire politique et non pas personnelle, Grands dieux, nous nlavons pas eu besoin que Hitler prenne le pouvoir pour savoir que les Nazis étaient nos ennemis! Cétait dune évidence absolue, depuis au moins quatre ans, pour n'importe quel individu sain esprit. Nous savions également quune grande partie du peuple allemand marchait derriére eux. C'est pourquoi nous ne pouvions pas étre & proprement parler surpris comme sous Veffet dun choc en 1933, > Vous voulez dire que le choc de 1933 consistait en ceci que les événements essentiellement politiques avaient pris une tournure personnelle? ‘Non, pas seulement. Ou plutdt: oui, en un sens. Tout dabord, ce qui était en général de Vordre du politique est evenu un destin personnel dans la mesure od: fon quit- tait le pays. Mais en second lieu, vous savez ce que cest guvune mise au pas. Bt cela signifiait que les amis aussi Salignaient! Le probleme, le probléme personnel n't done pas tant ce que faisaient nos ennemis que ce que faisaient nos amis, Ce qui se produisit & Yépoque dans cette vague d'uniformisation, qui était dailleurs assez spontanée et qui en tout cas ne résultait pas de la terreur, était ‘ofc 0¢078200 qulun vide sttait en quelque sorte formé autour ce nous. Je vivais dans un milieu dintellectuels, mais je connais- sais également dautres personnes et je pouvais constater que suivre le mouvement était pour ainsi dire la regle parmi les intellectuels, alors que ce n’était pas lecas dans les autres milieux. Et je n’ai jamais pu oublier cela. Je quittai YAllemagne sous Pempire de cette idée, naturel- lement quelque peu exagérée: plus jamais! Jamais plus aucune histoire dintellectuels ne me touchera: je ne veux plus avoir affaire & cette société, Je pensais bien sir que si les Juifs allemands et les intellectuels juifs alle: mands étaient trouvés dans une autre situation que celle dans laquelle ils se trouvaient effectivement, ils se seraient comportés de manigre essentiellement diff rente, Telle n’était ailleurs pas exactement mon opi- nion; mon opinion érait que cela faisait partie intégrante le ce métier, de Vintellectualité, Je parle au passé - mais, aujourd/hui je suis bien plus édifiée... is Est-ce toujours votre opinion? as avec la méme force, mais je maintiens quil est dans Ja nature cles choses de se faite une opinion et @avoir des ides Bpropos de Toul, Vayer-vols, on Wajanaisrepreché — ‘un homme de suivre le mouvement parce qu'il avait une femme et des enfants & charge. Ce qui fut bien pite, Cest que certains y ont vraiment cru! Pour peu de temps, la plupart pour trés peu de temps, Ce qui signifie encore: les intellectuels allemands ont également eu leurs théories sur Hitler, Et des théories prodigieusement intéressantes! Des théories fantastiques, passionnantes, sophistiquées et planant ts haut, au-dessus du niveau des divagations HE habituelles! J'ai trouvé cela grotesque. Les intel sont laissé prendre au pidge de leurs p or = ce qui se passait en fait et que je n’avais pas Hons: vi bien saisi A Pépoque.f...) ~ Faimerais vous demander sit'allemagne pré-hitlérienne telle qu’elle n’existera plus jamais, vous manque. Lorsque vous venez en Europe, avez-vous conscience de ce qui demeure et, corrélativement de ce qui est irrémédia- blement perdu? LEurope pré-hitlérienne? Je ne peux pas dire que je n’en ai aucune nostalgie. Ce qui en est resté? Il en est resté la langue. ~ Et cela a beaucoup d'importance pour vous? Enormément. J'ai toujours refusé, consciemment, de perdre ma langué materelle maintenu ane ceraine distance tant visa-vis du frangais que je parlais trés bien autrefois, que vis-A-vis de Fanglais que jécris maintenant. [...] Sécris en anglais, mais je garde toujours une certaine distance, ily a une différence incroyable entre la langue maternetfe et toute autre langue, Pour molycer-écart-se résume d'une facon ties simple: je connais par cocur en allemand un bon nombre de po&mes allemands; ils sont présents, d'une certaine maniére, au plus profond de ma mémoire, derriére ma téte, in the back of my mind’, et il est bien stir impossible de pouvoir jamais reproduire cela! En allemand, je me permets des choses que je ne me serais jamais permises en anglais. Je veux dire que je me les permets parfois aussi en anglais, parce que jai acquis un certain aplomb, mais, d'une maniére générale, fai conservé cette distance, La langue allemar, ‘en tout cas Fessentiel de ce qui est demeuré er q conservé de facon consciente. 5 Méme aux temps les plus amers? . ‘Toujours. Je me disais: que faire? Ce rest 1 méme pas la langue allemande qui est devenue fo en second lieu: rien ne peut remplacer Ja langue fe. On peut cliblier sa langue maternelle, ces nell “Fen al des exemples autour de moi, et ces pers: parlent dailicurs bien mieux que moi les langues eres, Je parle toujours avee un accent tres promo, il marrive souvent de ne pas m’exprimer de facor matique. Blles en sont capables en revanche, ma alors affaire a une langue dans laquelle un clich autre parce que la produetivité dont on fait prewy sa propre langue a été coupée net au fur et & mesur ir cette langue. Fon out + Ces cas doubli dela langue maternelle étaient-ils 2 vous la conséquence dun refoulement? Oui, tés souvent. Jen ai fait Pexpérience auprés d taines personnes de facon tout a fait bouleversante. \ vous, ce quia été décisif, ce n'est pas Yannée 1933, ¢ cas pas pour moi, Ce qui a été décisif, cest le jour ot avons entendu parler d’Auschwitz. > Quand était-ce? Cétait en 1943. Et tout d’abord nous n’y avon: cru, bien qu’ vrai dire mon mari et moi-méme estin 4. En anglais dans le tente, . «Auschwitz n’aurait pas dai se produire, II s'est passé la quelque chose que nous nN arrivons toujours pas a maitriser» ces assassins capables de tout. Mais cela, nous n'y avons pas cru, en partie aussi parce que cela allait & Pencontre de toute nécessité, de tout besoin militaire. Mon mari, quia été autrefois historien militaire et qui sy connait un peu en la matiére, m’a dit: ne préte pas tars, ils ne peuvent pas aller jusque-la nous avons bien di y croire six mois plus tard, lorsque ‘Rous en avons eu la preuve. Ge fut Ile vrai bouleverse- tment. Auparavant;on se: diealt: Ghiblen, ane foLugie avons des ennemis. Cest dans Tordre des choses. Pourguot ui peuple n’auraiti pas dennemis? Mais ilen a Gé tout aultrement, Cétait vraiment comme si 'abime Souvrait devant nous, paree qu’on avait imaginé que tout le reste aurait pu d'une certaine manitre sarranger, comme cela peuit toujours se produire en politique. Mais cette fois, non. Cela n'aurait jamais di arriver. Bt par Id, je ne parle pas du nombre de victimes. Je parle de la fabrication systématique des eadavres, ete., je wat pas besoin de miétendre davantage sur ce sujet. Auschwitz n/aurait pas dd se produire. Il sest passé la quelque chose que nous n’arrivons toujours pas & mattriser. Ces mis & part, je dois dire que la vie était parfois un peu difficile: nous étions trés pauvres, traqués; nous devions fuir et vivre dexpédients, ete. Voil® ce quil en était. Mais nous étions jeunes et fai méme réussi a y trouver un certain plaisir: je ne peux pas dire autrement, Mais Auschwitz. Cétait rout autre chose, De tout le reste on pouvait aussi personnellement venir & bout. > [uo] En quel sens votre jugement sur I’Allemagne de apres-guerre, ol vous vous étes rendue a plusieurs reprises ‘et ols vos ceuvres les plus importantes ont été publiées,a-til évolué depuis 1945? “Je suis revenue pour la premiere fois en Allemagne en 1949. Jétais & 'époque chargée de mission d'une organi- sation juive pour la sauvegarde du patrimoine cultureljuif, composé pour essentiel de livres. Je suis venue de mon plein gré, Depuis 1945, favais adopté la position suivante: ‘ce qui sest passé en 1933 ~comparativement & ce qui sest ppassé par la suite ~ n’a aucune importance. Sans doute Tinfidélité des amis, pour user dun euphémisme... = Dont vous avez eu personnellement a pat ‘Bien stir, Mais voyez-vous, lorsque l'un d'entre eux devint effectivement & Tépoque un nazi, et quil écrivit par la suite a a a a a ae ‘un article Ae sujet, pet importa qu'il me fOr personnelie= ‘ment infidéle, De toutes fagons, je ne lu ai plus acressé ta parole. Celuila niavait plus besoin de se présenter cher ‘moi: la porte Tul était ores et déja condamnée, Cest bien ‘lair. Mais il ne sagissait pourtant pas de meurtres. II ne Sagissait que de gens qui, comme je le dirais maintenant, fuirent pris leurs propres pibges. Ce qui se produst parla suite, ewe non plus ne T'avaient pas voulu. Par conséquent ii mest appara quil devait bien y avoir un fond dans cet abime. Bt ce fur également le eas en de nombreuses choses personnelles. Je me suis expliquée avec des gens et je ne suis pas tres amicale ni tres polie: je dis ce que je pense. Mais, dune certaine manitre, les chases se sont arrangées avec une foule de gens. Ge ne sont jamais, encore tne fois, que des gens qui ont fait occasionnellement quelque chose pendant quelques mois, voire, dans les pires des ‘cas, pendant quelques années: ils nvont ni tué ni dénon- cé, Ge sont done des gens qui, comme je Tai dit, avaient échafaudé «des théories sur Miter & un certain moment. Mais limpression ensemble la plus forte lorsquvon reve nait en Allemagne ~ abstraction faite de la «teconnais- sance» qui consttue toujours dans la tragédie greaque le point culminant de Vaction ~ éétait un profond bouleverse- ‘ment. A quoi venait sajouter le fait d’entendre parler alle ‘mand dans les rues: cela ma incroyablement réjouie. [-..] > Votre livre sur le procés d’ichmann a Jérusalem a paru, ce printemps, en Allemagne. Ce travail, depuis sa parution ‘en Amérique, a fait fobjet de violentes discussions. Du: cote juif en particulier, on a soulevé des objections contre votre livre, dont vous dites quelles sont mettre au compte, d'une part, de méprises, et, d'autre part, d'une campagne politique orchestrée. Ce qui a surtout fait scandale, c'est la question que vous soulevez, de savoir dans quelle mesure les Juifs devaient endurer de facon passive l'assassinat collectif allemand ou, en tout cas, dans quelle mesure la collaboration de certains Conseils juifs - le Conseil des Anciens - est presque devenue une sorte de complicité. []I me semble que ce livre sur Eichmann pose plusieurs questions. je commencerais par celle-i:le reproche formulé set a selon lequel votre livre serait dénué de tout amour pour fe peuple juif vous blesse-til? Je vous ferai d'abord remarquer, en toure amitié, que vous étes vous-méme victime ici de cette cat Li aucun endroit dans ce livre je n'ai reproché au a MBS ull son absence de résistance, Gest un autre homme ~ quite fait, Monsieur Haussnet, procureur israélien, au ‘cours du procs contre Eichmann. J'ai qualifié les ques Hons quia posées en ce sens aux témoins de Jerusalem diinsensées et de cruelles, Ta — > Oui, j'ai lu votre livre, Je sais tout cela. Seulement, uelques-uns des reproches que l'on vous a adressés se fondent sure «ton» avec lequel sont rédigés de nombreux Passages. G Cest trés différent! Et 1a, je ne puis ni ne veux répliquer quoi que ce soit. Si Yon pense que l'on ne peut écrire sur ce sujet que de facon pathétique... Voyez- ‘vous, il ya des gens qui prennent en mauyaise parte fait que maintenant encore je puisse rire, et, dans une cer- taine mesure, je les comprends. Jétais pour ma part effectivement convaincue qu’Fichmann était un clown jai lu son interrogatoire ce police, soit 3600 pages, ot de , et je ne saurais dire combien de fois jai ri, ri aux éclats! Ce sont ces réactions que les gens ont mal interprétées. Ft Ia, je n'y peux rien. Mais je sais une ‘hose: jfaurais probablement encore "ri trois minutes Je suis juve, c’est avant tout cet amour des Juifs qui Vapporaitrait suspect. » Puis-je vous poser Taquestion| Suivante: homme, en tant qui estun étre ayant une action politique, n‘a-til pas besoin d'un lien quite rattache a un groupe, et d'un lien qui soit tel quil puisse étre appelé, jusqu’a un certain point, amour? Ne craignez-vous pas que votre attitude puisse étre politiquement stérile? Non. Je dirais méme que cest Yautre attitude qui est politiquement stérile. L'appartenance & un groupe est demblée une donnée de fait naturelle: vous appartenez toujours @ un groupe quelconque par votre naissance. Mais, appartenir 4 un groupe au second sens oii vous Ten- tendez, & savoir: s'organiser — cest tout autre chose. Cette organisation s'accomplit toujours au sein d'un rapport au monde, Cest-dire que ce qui est commun & ceux qui Storganisent ainsi, cest ce qu'on appelle d’ordinaire des intéréts. Le rapport direct et personnel oti Yon peut parler amour existe naturellement de la maniére la plus intense, dans famour effectif et, également en un certain sens, dans Pamitié, La, la personne est abordée directe ment et indépendamment du rapport au monde. Cest ainsi que des individus appartenant aux organisations les Avant ma propre mort. Ft Cest en cela que réside selon plus différentes peuvent toujours entretenir des liens per Vous le ton. Le ton est bien sar largement ironique, Cest parfaitement exact. Le ton, en ce cas, ear effactivement indissociable de la personne, Quant au reproche que lon miadresse, d'avoir accusé le peuple juif, je réportrats— quill Sagit Ia dune propagande-mensongere et rien de plus. Mais pour ce qui est dir ton, Cest-une-objection- “cone ma personne et la, je n'y peux rien. Vous étes donc préte a 'assumer? Oh, bien volonticrs. Que peut-on y faire de toutes facons? Je ne peux tout de méme pas dire aux gens: vous ne mlavez pas comprise, voici la vérité sur mes états d’ime! Ge serait ridicule, > Je voudrais, toujours & ce propos, revenir une fois de plus sur un témoignage que vous avez donné de vous-méme, Vous avez dit: «Je Nai jamais aimé, de toute ma vie, le peuple ou collectivité que ce soit, quill s‘agisse des Aller ss Francois ou des voireméme Ta classe ouvriére ou quelque autre que ce soit. En fait, je sonnels d'amitié. Mais si fon confond ces choses, autre- ment dit ci 'on met !amour sur le tapis, pour mexprime: ici grossierement, je considére que cest désastreux. ~ Vous pensez que cest apolitique? Je considére que cest apolitique et acosmique [Weltlos] et je pense en fait que cest 1A un grand malheur. Je concade néanmoins que le peuple juif est un exemple de formation populaire acosmique se maintenant depuis des millénaires. > «Cosmos», «monde, dans votre terminologic, signifient espace de la politique... Effectivement, > et par conséquent, le peuple apolitique? Je mirais pas jusqu’a dire cela car les communautés Staient également politiques jusqu’a un certain point. La religion juive est une religion nationale. Mais le concep juif était un peuple ‘Waime que mes amis et je suls absolument icapable’de” du Politique ne valait cependant quavec de grandes Joute autre forme damour. Hal, compte tenu du fait que restrictions. Cette perte dui monde que le peuple juif 2 0 ee eae aaa celal iia) Philosophie magazine _hors-série «Je ne crois pas qu'il puisse y avoir quelque processus de pensée que ce soit sans expérience personnelle» subie dans ta dispersion, et qui, conime chez tous les de_pensée que ce soft sans expérlence personnelle peuples parias, a engendré une chaleur tés particuliére Toute pensée ést repenséet aile-pense-A-ta-suite dela — parmi tous ses membres, Cest tout cela qui a été modifié chose. Nrestce pas? Je vis dans le monde moderne et ~ ‘aut moment de la fondation de TEtat d"israél. ‘bien @videmment, c'est dans le monde moderne que je fais mes expériences, Cela a diailleurs dja été constaté «Estee que quelque chose a été perdu parla dont vous par bien d'autres. Voyez-vous, Yatitude qui consists & déplorez la perte? se borner A travailler et & consommer est tres impor la liberté se pai cher. Lhumanitéjuive spéelfque, ante parce quelle dessine jes comtoute dun nouvel sous le signe de la perte dt mionde, était quelque chose de acosmisme: savoir quel est le visage du monde niim- tres beau. Vous étes trop jeune pour avoir connu cela, porte plus & qui que ce soft ‘Ceétait quelque chose de trés beau que de pouvoir se-ten Ta = en-dehors-de faisonsociale, de mbme que sie > «Monde», toujours compris comme espace oll prend absence totale de préjugé dont je fis l'expérience de fagon naissance fe politique? trl intense, précisément quprésde ma mere quilaprat- _ «Monde» doit maintenant tre compris de facon encore Guait également vis-8-vis de Ta société juive. Cest tout ‘cela plus vaste que Vespace dans lequel les choses deviennent qui @ naturellement subi des préjudices extrémement publiques: comme espace que jhabite et qui doit présen- graves. On paie pour la libération. f...] ter un visage décent. Espace au sein duquel l'art fait natu: tellement, lui aussi, son apparition, espace dans lequel + Vous ne souhaiteriez pas revenir en arriére? tout ce qui est possible apparait. Vous vous souveneZ que Won, Je sais bien que Yon doit payer un prix pout la, Kennedy a cherehé largir de fagon tout a fait décisive a5 | “pon Tespace du domaine public lorsquil a invité & la Maison Blanche les poétes et autres «vauriens». Ainsi done, tout cela pouvait faite partie de cet espace. Pourtant, dans le «+ Dans vita activa’, vous enarrivez.laconclusionf.Jselon travail et la consommation, Thomme est effectivement laquelle 'époque moderne a fetronéle sens publi, est _complétement renvoyé 4 Tutméme, dire le sens du primat du politique. Vous décrivez comme des phénomenes sociaux modernes le déracinement et > Ason aspect biologique? abandon propres aux masses ete triomphe dun type Au biologique && ’& lubméme. Et Cest 1A que Ton hhumain qui trouve simplement asatisfaction dansleproces | «lécouvre le lien avec Yabandon. Dans le processus de de travailet de consommation. [..JDans quellemesureune travail prend naissance un abandon particulier. Je ne peux connaissance philosophique de ce niveau est-elle tributaire pas métendte la-dessus pour le moment car cela nous diexpériences personnelles susceptibles de mettre en entrainerait trop loin, Disons toutefois que cet abandon est liberté, mais je ne peux pas dire qué je Te paie de ceuvre le processus de pensée? Eee Je ne crois pas qu'il puisse y avoir quelque processus, 4 Twe slam Cuno de Morne meee Tere Coe). ee ee 23, Philosophie magazine _hors-série WE cevenu ce renvoi A soi-méme dans lequel la consomma- _facon trés claire, Nimporte quel intérét public concerne tion a pris dans tne certaine mesure la place de toutes maintenant un groupe déterminé d'individus, qu'il les activités particulidrement importantes, Sagisse dle relations simplement domestiques a échelle du quartier, voire de la ville, ou bien encore de quelque ~ Vous en arrivez, dans la Vita activaala conclusion que autre groupe, quelle que soit sa constitution. Puis, ces les «véritables expériences axées sur le monde » personnes se rencontrent et elles sont tout fait 4 méme ; autrement dit les jugements et les expériences du plus de s‘occuper publiquement de leurs affaires, car elles en haut niveau politique - «se soustraient de plus en plus@ ont une vue d’ensemble. Cela signifie que, quel que soit "horizon dexpérience de existence humaine mayenne», le point que touiche votre question, elle n'a de valeur Vous dites qu'aujourdhui action est limitée & quelques- quren ce qui concerne les décisions les plus importantes uns. Qu’est-ce que cela signifie dans la pratique politique? prises au plus haut niveau. Et 1a, croyez-moi, la diffé-_ Dans quelle mesure une forme étatique qui dépend, au rence entre Thomme d'Etat et Yhomme de la fue rest ‘moins théoriquement, du partage de la responsabilité de pas, en son principe, si grande... Tw tous les citoyens, ne sera-t-elle pas, dans ces conditions, “= une pure fiction? > Dans un discours d'hommage a Jaspers, vous avez dit: C...] Vayez-vous, tout d’abord cette incapacité 4 sorien- _«L'humanité n’est jamais acquise dans Ia solitude; elle ne ‘er effectivement de fagon adéquate n'est pas exclusive résulte jamais non plus d'une ceuvre livrée au public. Seul ment le propre de la grande masse, mais cest le lot de peut yatteindre celui qui expose sa vie et sa personne aux {Outes les autres couches sociales, y compris de homme “risques de la vie publique”. Ce crisque de fa vie publique> Etat Jui-méme! homme d'Etat est en effet entouré, -void encore une référence a Jaspers® -, en quai consiste-t-il encerclé par une armée d’experts. Et il serait particuliére- pour Hannah Arendt? ment A propos de se demander ici Qui, de Thomme d'ftat' Le risque de la vie publique me semble étre clair. On ou des experts, gouverne? C'est pourtant bien homme s'expose dans la lumiere de la vie publique et ce, & vrai Etat qu'll revient en definitive de prendre ta décision, dire, en tant que personne. Méme si j'estime que l'on ne Or illne peut guere la prendre de facon adéquate: il ne doit pas apparaitre et agir en public en sen rapportant ettt pas tout savoir. I doit la prendre en fonction de soi-méme, je sais pourtant que dans toute action (ou Tavis des experts et, a vrai dire, en fonction d'experts qu’ dans le discours ~ qui est une forme de Yaction), on doivent toujours, par principe, se contredire. Nest-ce Sexprime d'une maniére qui n’existe dans aucune autre pas? Tout_homme @Ftatraisonnable_prend_conseil_ aétivité. Voila donc Te premfer risque. Le second ext le auprés dlexperts opposés, car il doit voir la question sous suivant: roug Commencons quelque eifose, nous jetons ‘ous ses aspects. Au milieu de tout cela, il doit arriver 4 nos filets dans un Hsu de Telations et nous ne savons Se faire une opinion, et cette opinion est un phénoméne__jaimais ce qui en résuliéra. Nous en sommes réduits & Rautement mystérieux. En elle Sexprime Tesprit public. dive: Seigneur, pardoame-leur car ils ne savent ce quils » Maintenant, ence qui conceme Ja masse des gens, je font! Cela vaut pour toute action tout simplement cx ‘irais que partout ou des gens sont ensemble, quel que_trés concrétement elle échappe aux prévisions. C’est un SoitTeur rang, des intéréts publics se forment. risque. Et fajouterai maintenant que ce risque n'est pos- eS SS omens sible que si l'on fait confiance aux hommes, cest-a-dire ~ Etce, depuis toujours. si Yon accorde sa confiance ~ est cela qui est précisé- Et le domaine public se forme, En Amérique, oit ces ment difficile a saisir, mais qui est fondamen- rassemblements spontanés ~ ces associations dont Toc- tal—A ce quil ya de plus humain en Thomme. queville a déja parlé — existent toujours — et se défont Autrement, ce ne serait pas possible. » tout aussi rapidement, @ailleurs -, on constate cela de — ———— _Extraits d'un entretien publié en frangais en juin 1980 dans la ' far Saspers,Eoge» (1858), tadut de allemand par). Gontemps et. Lévy in Wes ‘T€Vue Esprit n° 6, issus de la réédition dans le n° 42 d’Esprit de juin olga, Calimard, 1874, op. 5-86, 1985, traduit de Vallemand par Sylvie Courtine-Denamy, pp. 20-28 a Oe yeM ees oor olen vocebul ee nee alee kd Reconstr SMa as Recoil eee iFférences économiques, sociales et culturelles, MeCN ac eer Nea Mea aaa una ae Reet et rel aus una Poteet cus qui ont scruté grace a lui les forelels| Pe eee et ope pt de totalitarisme s'est ose ee at de tat au XX* siecle: «les liens de fer de la terr (is con) Ei Pita co ena e Doreen conto imrelel ele orto (como yer TbieTe (OAKS CRUE d'individus atomisés et isolés» annah Aton, Les Origine de ttaarizme, dua, Gallimard 634, Un mouvement m visamt la domination du monde Phenomeéne historique sans précédent, le totaltarisme est pour Arendt «intemational dans son organisation, universel dans sa visée icéologique, planétaire dans ses aspirations politiques », ef vise la domination tolale. Trois données le caractérisent: la grandeur numérique, un ensemble de gens sans éducation politique, hors des partis et des syndicats, et une solidarité négative de foules «ll n'y a jamais eu de gouvernement qui soit exclusivement fondé sur l’emploi des moyens de la violence. Méme le chef d’ur régime totalitaire, dont la torture est le premier instrument de gouvernement, a besoin, pour son pouvoir, d'une base: la police secréte et son réseau dindicateurs, Seule la constitution d'une armée de robots, qui éliminerait complétement, comme nous I'avons indiqué, le facteur humain, et permettrait a un homme de détruire quiconque, en pressant simplement sur un bouton, pourrait permettre de modifier cette prééminence fondamentale du pouvoir sur la violence, » Hannah Arendt, Ju mensonge df vilonce. Esai de pottique contemporain, In Humaine Condtion, Quarto, Galimar, 2002 , 847, ssemparées, faites d’hommes isolés. «La domination totale ne tolére la libre initiative dans aucun domair de l'existence; elle ne tolére aucune activité qui ne soit pas entiérement prévisible. Le totalitarisme, une fois au pouvoir, remplace invariablement tous les vrais talents, quelles que sic leurs sympathies, par ces illuminés et ces imbéciles dont le Manque intelligence et de créativité reste la meilleure garantie de leur loyauté.» Hannah Arend, es Orgies du totatersme, ‘wart, Galiard, pp. 654-655. «ll importe aux sciences politiques et | «Le régime totalitaire transforme sociales de savoir qu’il est dans fp ‘Wu's classes en masses, lanature méme du gouvernement totalitaire, et peut-étre méme est-ce la nature de toute bureaucratie, de transformer les hommes en fonctionnaires, en simples rouages de la machine administrative fant rt es riges titre et, ainsi, de les déshumaniser. » [sista catmaré 313. aumah Arendt, mena 4 éuslom, Reppert srl barat oma arte Golmr,202, 9.1837, «Un fonctionnaire, lorsqu’il n’est rien d’autre qu’un fonctionnaire, est vraiment un homme trés dangereux» Hannah Arendt-Joachin Fest, «Eichmann était 'une itis révaltante» Entretiens o Lets entretion raiophonique du 8 novembre 1864, aya, 23. «Les mouvements totalitaires sont possibles partout o@ dans tous les pays, et constituent la majorité de ces yastes. se trouvent des masses qui, pour une éo TURES Cf pOlitiquement indifférents se sont découvert un appétit d’organisation politique vadhrent jamais un parti et votent rarement. ‘Les masses ne sont pas unies par la conscience d'un intérét Ce qui caracterisa lessor duu mouvement nazi en Allemagne commun, elles n'ont pas cette logique spécifique cet des mouvements communistes en Europe, apres 1930, des classes qui s'exprime par la poursuile d’objeotifs précis, c'est quils teerutérent leurs adhérents dans cette masse de limités ct aecessibles. Le terme de masses s‘applique gens apparemment indifférents auxquels tous les autres seulement & des gens qui, soit du fait de leurseul nombre, partis avaient renoneé, les jugeant trop apathiques ou trop soit par indifference, soit pour ces deux raisons, ne stupides pour mériter leur attention. Le nésula peuvent sfintégrer dans aucune organisation fondée sur ln maorité dle leurs arent Vintérét commun, qu'il s‘agisse de partis politiques, ison ou une autre, jamais paru sur la scéne politique auparavyant.» 7 de conseils municipaux, ’organisations professionelles| jaoah red Ls Ons totam, Das, ‘ou de syndicats. Les masses existent en puissance ISTE 3 REGIMES D’'OPPRESSION Forme politique inédite, le totalitarisme «différe par essence des autres formes doppression politique que nous connaissons, comme le despotisme, a tyrannie et la dictature' » Ceux-ci prétendaient capter le pouvoir; le mouvement totalitaire, lui, s’empare de toutes les sphéres de existence - depuis la politique jusqu’a la famille en passant par le travail Oula culture ~ pour faire advenir les «lois de Histoire». Un pouvoir total sur la société pour la rendre adéquate a lidéologie, tel est le programme des systémes totalitaires. Par Pauline Brenders * SOURCE DE L'AUTORITE Société hiérarchisée REGIME AUTORITAIRE (despotisme, monarchie absolue, oligarchie) Pyramidale et inégalitaire, Au sommet de la société, un homme (chef ou roi) ou un petit nombre Ie pouvoir au nom d'une autorité personnelle, ISOURCE DE LEGITIMIT! La loi, divine ou naturelle, tombe d’en haut. Elle transcende la société tout cn servant de fondement la hiérarchie & tous les échelons: pere de famille, prétre, roi... oars OMEN Autoritaire et personnel. «La caractéristique essentielle (de Pautorité] est que ceux dont Vobéissance > SELON ARENDT est requise la reconnaissent «La forme autoritaire. inconditionnellement; de gouvernement avec infest en cecas mul besoin sa structure hiérarchisée de contrainte ou est la moins égalitaire de persuasion. »* de toutes; elle érige : Vinégalité et la Exemple: Sénatromain, _ifférenee en principes Bglise catholique, roide — Graniprésents + France au Moyen Age, | Hannah Arend, Les Orignes du totatarisme, Quarto, Gallimard, p. 813. 2. Du mansonge ala violence, Calmann-Léy, 1872. 145.3. Hannah Arendh, 4a Gris dela cftre,«Qes-ce que Vawerite?», Folio Essls, Galimard,p. 131. 28 ‘ * far ‘LETYRAN ee ute ins false amy este “getment deur de poser» REGIME TYRANNIQUE 3 Eclatée. Une base, un sommet avec des «baionnettes» entre les deux. Eventuellement, s tun parti unique. REGIME TOTALITAIRE La contrainte de la force ou eroyance en la lutie > SELON ARENDT et de la violence, au nom A des classes comme moteur «la différence de Tordre. Enoignon. Le chefest de Thistoire chez les fond: ‘au cenire. Ine gouverne _bolcheviks; lorsqu‘il met domination totalitaire._ pas de lextérieur mais enceuvre lexterminetion —_fondée sur la violence, de Vintérieur et se confond des races ou des classes. et des dictatures et_ Le tyran gouverne avec les organes dirigeants, _inutiles, le pouvoir des tyrannies établies. «conformément d sa puis avec la société ne faitque se soumetre par Ja violence, est que vyolonté eta son intérét». dans son ensemble. Alautorité de THistcire, il Jp premidre sattaque CChacun dispose de son nen est que Vinstrument. seuienente domaine privé, lui seul = Beak dispose du domaine public. Lidéologie ou «la eS ee aap _ logique d'une idée. me ae = Exemples: les Trente a ‘Le gouvernement Ta terreur, Porté par un Sar renee Athénes en 404 av. J.-C., totalitaire brave toutes chef lui-méme au service vm * ean ‘Mussolini en Italie, les lois positives — jusqu’ _de T'déologie, le régime celui que peuvent. Franco en Espagne. celles qu'il a lui-méme tomlnirevartiemanue, | soo ses alice promulguées — mais il partine «terreur totale» LA terreuratteint son. > SELON ARENDT prétend obéir aux «lois ——_permettant «la réalisation Toutes les théories de la Nature et de I7stoire de Ie to du mouvement» politiques qui traitent dont toues les ois positives en éliminant tous les ‘ont toujours été censées _opposants.. sortir.»* Loi naturelle de la «race» pour les nazis Exemples: Staline, Hitler, Kim Tsung. ——_— “Toma wo a ri car, Ces rt», Fla si rrp. 12. 5 Hanae Arendt Les rine do ttetarsme, Quarta, Galinar, 813.6. Ou “ila vleaes, Canary, 172, 0.19% 29. Philosophie magazine _hors-série PICNICS Un risque majeur de la modernite let alitarisme selon Arendt, explique la phil sophe politique Antonia Grunenberg, surgit dans les temps modernes olla philosophie a déserté le champ de action publique Publique peut écarter cette menace toujours pr Propos recueillis pai Traduit de Valleman ES Peace sa ase) EES ee al Antonia Grunenberg / Cela y a peut-étre contribué. Mais Je crois quill y 2 eu d'autres facteurs tout aussi importants. Etre une femme n'est pas vraiment un atout pour obtenir la canonisation philosophique: & cela s‘ajoute stirement le fait qu’Arendt était juive et combative. Dans PAllemagne de TOuest post-totalitaire, on ne tenait pas beaucoup & redon- ner aux savants juifs chassés du pays la notoriété quiils avaient eue jadis. En outre, Arendt travaillait par principe sur le mode transdisciplinaire. Les Origines du totalitarisme, par exemple, est un mélange de récit historique, de réflexion philosophique et analyse historiographique. plus OES EI en ee eS Tily a, dans ce refus systématique de la méthodologie scientifique une critique méthodologique radicale des sciences classiques et de la philosophie, Arendt n’a jamais cessé d’insister la-dessus. Elle ne voulait pas se qualifier de philosophe, mais disait pratiquer la «théorie politique» etle justifiait ainsi: pour elle, la philosophie était devenue une scierice «sans monde» dont elle ne youlait pas relever. ‘Hannah Arendt a pris résolument ses distances avec cette BS resHieni ss stance sant libre cours au régne de la terreur er st de lidéologie, Seule une puissante opi \u'au coeur des sociétés démocrati ésente iques. Catherine Newmark id par Olivier Mannoni ma re que lon avait, en philosophie, de se détourner du monde et de sé réfugier dans la métaphysique. Son refus de la philosophie serait donc une réaction au (ERE SE eS EIesese ee ete EYSEnTS Inazie, quand ils ne s étaient pas mis a son service? 1Cela commence bien avant. On peut faire remonter jusqu‘aux alentours de 1900 la désagrégation de Tintelli gentsia européenne. Arendt a vécu cela, jeune érudiante ety a diagnostiqué une hybris' abyssale: des philosophes qui prétendent trouver une solution globale pour Thuma nité, Heidegger, avec qui elle était étroitement liée, est dune certaine maniére exemplaire de ce type de pratiqu Dhilosophique, Cette maniére de se détourner du politique tout en pratiquant, par gotit du pouvoir, Fopportunisme ® Tégard des systémes de domination fasciste ou totalitaire: voili ce que diagnostique Arendt, qui y voit une tendanc: fatale non seulement dans la philosophie, mais au sein dc toute Tintelligentsia européenne. La philosophic n’avait pas le souci de disposer d’un espace politique, d'une vi Publique dans laquelle on aurait débattu, d'un «nous Politique qui aurait agi. Cette attitude a favorisé la nais sance du totalitarisme. Depuis Les Origines du totalita risme, Arendt n'a jamais cessé de dénoncer ce phénomén 30 Philosophie macazine hnreetein Ss qui_pouraient ‘Arend analyse mimi EES politiques et de Fre ee n> me européen Feared er» la eohésion sociale a Tere de Tantisémit modeme et de limpérialisme. De son point de vue, les aso Tunas arene» sociétés bourgeoises de cette époque se démontalent tle ig cas Hench vat. Aiea de Homah it et arn ies clles-mémes de Tintéricur. Les parts et les organisations : 3 : ‘Pun aneurPette : Saffaiblissaient mutuellement, et il ne restait que les = buvaien & tout moment éire mobiisées par a Fidéologie pour former Ia xplébes. Ce Gul constitu Ia domination totale, au bout du compte-ce les organisations démocratiques. Selon elle, <2 § qui, du point de vue de Arendt, distingue le totalitarisme de neutraliser la faculté de jugement des citoy« des dictatures et autres régimes autoritaires -, Cest la SS position centrale de la terreur et de Vidéologie dans MER ENTEEMCRTE Tensemble du systéme de domination. Le point décisif, _/ Selon ‘Arendt — je crois quelle a toujours raison sur ce ‘est que Ia terreur te pas arbitraire, mais point -,Tunique possbiité que Ton puisse sasir, face @ ees clairement' marquée par 'idéologie. — tendances, est de régénérer tne opinion publique puissam- ‘ment politisée. Et cette mission conceme chaque individu. CREE CEES Pee SEER ee 7 Oui, mais pour elle, la rupture de tradition nlest pas la EXERT TETS AeSS conséquence, cesta condition des systémes de domination UEEASSERENETEMTSI= totale; elle considére que cette rupture avec la tradition _/ On peut transposer certains éléments de son approche prend son origine dans la perte du monde @ laquelle sest politique — par exemple, la subordination torale de Ja réa- Tuissée aller la philosophic modeme depuis Descartes. lité & Yidéologi, le caractére central de la terreur, Mais Je apparition de pratiques cTextermination de masse sous pense quelle se serait plusdt emandé comment les démo: Timpérialisme, dansles guerresmondiale, souslenational- craties orcentales se défendent contre ce danger siclles socialisme et sous la domination stalinienme n'est pas une courbent Téchine ou si elles vivent et défendent ouverte: ‘manifestation, mais une conséquence de cette rupture de ment la pluralité de leur vie publique. civilisation. Dés Jors, pour Arendt le national-socialisme est Je phénoméne second. II nait des rejets de Ja moclemité, il test pas original. Dans une certaine mesure, elle est proche de Heidegger dans cette critique radicale de la modernité, snais arrive a des résultats diamézralement opposés: BEEUEMCO ESE (EUAN Meee cee (eee eek enna La pluralité, Cest la diversit la diftérence eta dispute. Les démocraties sociales ont besoin dune robuste culture de la dispute. Arendt présente un argument tiré du contexte grec: la pensée débute seulement avec la dispute, avcommencer par le dialogue que chacun mene 7 Dans ses oeuvres ultérieures, Arendt na cessé de se avec so-méme. Pour elle, cétait en quelque demander comment des éléments toalitives.se-forment sorte la forme fondamentale de ta pensée. * aussi en démocratie. Par exempl é Tique, qui est apparenté a Tidéologie totalitaie. On ne le trouve pas seulement dans le totalitarisme, mais aussi dans Ole 27 cAy 7 ris ene ni, se on seinen vl desu se perl EEE FRANZ K. OU LE MONDE AUX RAYONS X Déterminés a suivre les régles du jeu, joseph K, condamneé a mort sans motif, et larpenteur K privé de droits, meurent de n‘avoir pas compris que les d écrit Arendt, la « structure cachée » du réel, dont il es: rendt stexaspére du portrait de Franz Kafka en visionnaire, prophéte des totalitarismes qui devaient décimer PEurope. A ceux qui croient ainsi rendre hommage au roman- ier, elle rappelle que est toujours un «douteux privilége que détre compté au nombre des prophetes», a fortiori de malheur. Kafka n'annonce rien, ditelle, mais pénétre comme personne Je monde dont il est contemporain. Ses Felis possédent «le pouvoir des rayons X de mettre é mu la structure interne» des sociétés européennes au début du s Staient pipés. Kafka met ainsi au jour SquISSE les plans dans ses romans. . Bt si lien avec les totalitarismes ily a, est dar se au jour @’éléments qui contribueront a Pavéneme de ces régimes. Plutét que de lire Kafka & la lumiére des totalitarism Arendt propose un autre éclairage historique. Celu TAufkldrung. Elle inscrit Kafka dans Vhéritage ¢ XVIII sidele et invite & le lire comme le romancier qui pris au sérieux la promesse d’émancipation des Lumits: et la met & Yépreuve dans ses romans, spécialemen Procés et Le Chateau. © UN APPEL A TEMOINS > Joseph K. est une «sonde existential», selon l'expression de Milan Kundera, grace 2 laquelle la vérite du monde modeme se dévelle. Un matin, cet employe a’une grande banque qui menait une vie ordinaire se trouve inculpé, sans motif apparent. Dans un premier temps, il résiste, entend faire velolt son innocence. Uavocat, puis le prétre qu'il consulte, cherchent a fe convainere de se soumettre. Pour l'un, le monde est sans doute injuste, mais il est ainsi fet, i) serait déraisonnable de s'y opposer; pour autre, la justice, la vérité sont de vains mots, la nécessité cst seule admirable, De guerte lasse, Joseph K. finit par se soumettre. Aucun homme ne pouvant prétendre a innocence absolue le sentiment de culpabilite fall son cauvre et le conduit S abdiquer, lI se lalssera exécuter sans résistance, «comme uo chien!s, dira-til lu-méme au Vroment de mourir Univers effrayant qui se clot, dit Arendt, par une lueur d'espoir: Dans Le Chateau, V'arpenteur K. arrive dans un village inconnu; i entend faire valoir es droits ©. =Ig tout homme peut prétendre: «fender un foyer, avo > travel! tune familie et jouir de la citoyennets». Or dune vie authentiquement humaine, le Chatec bien {es {ui accorder au titre de graces, mais p Mettre jes hommes & l'abri de l'arbitraire est 12 2 ccongudte du monde moderne, aussi K. pr tun paria plutot que de jouir de privileges. Lincompréhension que Sa résistance inspire aux habit est révélatrice. Comme si aspirer a vivre dans un mon Féal6 per la loi relevalt d'un idéalisene naif. Uarpenteu' Meurt d'épuisement, sans avoir obtenu ce pour quo! il aura lutté toute sa vie, mais il meu compromis. Sa vaillance, son opiniétreté lui vaudront de gagner une forme dimmortalité en demeurant dans Ja mémoire des villazeois. Arendt commente ce texte en 1944: |e sort réservé aux apatrides fait apparaitre que «le monde ne vott rien de sacré dans la nudité abstraite d'un étre humaine, que "homme n'a de droits qu’en tant que citoyen, en sorte que 'appartenance 2 une cammuriauté politique constitue le premier des droits de l'homme, préalable 2 tous les autres, « «Le héros de Kafka n’est nullement ma par des convictions révolutionnaires, il représente seulement a lui tout seul la bonne yolonté qui, presque sans le savoir ni le youloir, met 4 nu les structures cachées de ce monde» DES HEROS ABSTRAITS, DONC UNIVERSELS > Si les héros des romans de Kafka sont souvent désignés par une simple initiale, dépourvus de qualités psychologiques ou autres, ce n'est pas, soutient Arendt, pour les réduire au statut de représentants dune idée ou de défenseurs d'une these, mais parce que, absorbés par la situation dans laquelle ils sont pris, tout entiers requis par la tache qui leur échoit, ils n'ont guare le temps ni la possibilité d'acquérir quelques traits distinctifs, et de ce fait, «cet homme de bonne volonté peut étre n’importe qui et tout un chacun, peut-8tre méme toi et moi. » © 35 Philosophie magazine _hors-série Secrets et mensonges A partir de la divulgation en juin 1971 d'un rapport confidentiel sur la guerre du Vietnam — les «Pentagon Papers» — mietiant au jour les mensonges de administration Johnson, Arendt réfléchit sur le fenctionnement et usage du mensonge, possible cheval de Trole du totaltarisme dans la démocratie. Le secret - ce qu’on appelle diplo- matiquement la “diserétion”, ou encore arcana imperii, les mystéres du_pou- voit -, Ta tromperie, la falsification délibérée et Te_mensonge pur ‘et simple employés comme moyens légitimes de parvenir a la Halisat jectifs politiques, font partie de Thistoire aussi loin quon remonte dans le passé. La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques, et le mensonge a tou jours été considéré comme un moyen parfai- “tement justifié dans les affaires politiques. Qui ‘prend Ta péine de réfléchir & ce propos ne Pourra qu’étre frappé de voir quel point notre pensée politique et philosophique tradi- tionnelle a négligé de préter attention, d'une part a la nature de action et, de Pautre, & notre aptitude A déformer, par la pensée et par la ‘parole, tout ce qui se présente claire- ment comme un fait réel, Cette sorte de capa- cité active, voire agressive, est bien différente de notre tendance passive a erreur, a Iillu- sion, aux distorsions de la mémoire, et a tout ce qui peut étre imputé aux insuffisances des mécanismes de la pensée et de la sensibilité, Un des traits marquants de Faction humaine est qu'elle entreprend toujours du nouveau, ce environnement et d’imaginer que les choses pourraient étre différentes de ce qu’elles sont enréalité. Autrement dit, la négation délibérée de la réalité - Ja capacité de mentir -, et la possibilité de modifier les faits — celle sont intimement li¢es; elles procédent Pune et Fautre de la méme source: Yimagination. Car il ne va pas de soi que nous soyons capables de dire: “le soleil brille”, & linstant méme oit il pleut (certaines Iésions cérébrales entrainent Ja perte de cette faculté) ; ce fait indique plutét que, tout en étant parfaitement aptes @ appré- hender le monde par les sens et le raisonne- ‘ment, nous ne sommes pas insérés, rattachés & lui, de la fagon dont une partie est inséparable du tout. Nous sommes libres de changer le monde et d’y introduire de la nouveauté. Sans cette liberté mentale de reconnaitre ou de nier. Texistence, de dire “oui” ou “non” — en expri- mant notre approbation ou notre désaccord non seulement en face dune proposition ou dune déclaration, mais aux réalités telles qu’elles nous sont données, sans contestation possible, par nos organes de perception et de connaissance — il n'y aurait aucune possibilité daction; et Yaction est évidemment la sub- stance méme dont est ue. ‘agir — quine signifie pas quelle puisse alors partir de “ITTaUE ainsi nous souvenir, quand nous par- sien, eréer & partir du néant. On ne peut faire place a une action nouvelle qu’a partir du déplacement ou de la destruction de ce qui préexistait et de la modification de l'état de choses existant. Ces transformations ne sont possibles que du fait que nous possédons la faculté de nous écarter par la pensée de notre lons de mensonge, et particuligrement du mensonge chez les hommes d'action, que celui-ci ne s'est pas introduit dans la politique ala suite de quelque accident di A Vhumanité pécheresse. De ce fait, Yindignation morale est pas susceptible de le faire disparaitre. La falsification délibérée porte sur une téalité a 4 ¥ “UQ. a \t- r % ? yX 6 @ ~Y Le TOTAUITARISME ea SEAMS. + contingente, Cest-d-dire sur ine matitre qui nest pas porteuse d'une vérité intrinséque et intangible, qui pourrait éue autre quelle mest. L’historien sait & quel point est vulné- rable la-trame_des Eat parm Tesquelis ‘nous vivons notre existence quotidienne; ele Deut sans cesse été déchitée par Tetfet de mensonges isolés, mise en pices par les pro- pagandes organisées et mensongeres de groupes, de nations, de classes, ou rejetée et déformée, souvent soigneusement dissimulée sous dépaisses couches de ficions, ou simple , aux fins d’tre ainsi rejetée dans: Soient assurés de de Ia vie publique, il leur faut le témoignage dn souvenir et Ia justification de témoins dignes de foi. 1 en résulte quaucune déclara- tion portant sur des faits ne peut étre entiére- ‘ment ATabridudowte(.T a AS parviendira jamais, méme avec le concours des ordinateurs, & recouvrr Ia texture entibre du éel, Le menteur, qui pourra peut-étre faire illusion, quel que soit le nombre de ses men- songes isolés, ne pourra le faite en ce qui concerne le principe méme du mensonge. est Ia une des legons que Ton pourrait tirer des expériences totalitaives, et de cette cffrayante confiance des dirigeants totaitares dans le pouvoir duu mensonge — dans leur apti- tude, par exemple, & réécrire sans cesse This: twire, & adapter Tinterprétation duu passé aux nécessités de la “ligne politique” du présent, ou 2 Siminer toutes les données. qui ne cadreot — avec leur idéologie. Ainsi, ils prouveront que, dans un systime d'€conomie socialiste, 4 « il existe pas de chémage en refusant de |S" reconnaitre son existence; dés lors, un chd-, meur rest plus qu'une entité non existante. 12. Les résultats de telles expériences, effectuées q\\Q, ste «Le menteur posséde le grand avantage em de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre» 4 Cest cette fragil fe un certain point, int de ‘romper. La _tomperie rfentre jamais en ‘conti avec a raison, car les choses auraient pu se passer effectivement de la fagon dont je menteur le prétend, Le mensonge est ‘Souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que Ja réalité, car le menteur pos- séde le grand avantage de savoir Vavanc e le grand avantage de savoir Tavance — Ge que le public souhaite entendre ou s'at- fend a entendre. Sa version a été préparée 4 intention du public, en s‘attachant tout particulierement a la crédibilité, tandis que Ja réalité a cette habitude déconcertante de nous mettre en présence de Vinattendu, auquel nous 1’étions nullement préparés. En temps normal, la réalité, qui rva pas déqu- valent, vient confondre le menteur. Quelle que soit lampleur de la trame mensongére que peur présenter le menteur expérimenté elle ne AXE gelel Pana \. par des hommes disposant des moyens dela violence, sont assez effrayants, mais ils ne disposent pas da powoir abuser indéfini- ‘ment. Poussé au-dela d'une certaine limite, le ‘mensonge produit des résultats contraires au but recherché; cette limire est atteinte quand le public auquel le mensonge est destiné est Contraint, afin de pouvoir Survive, d'ignorer Ta frontiére qui_sépare a vente du ‘mensonge.— Quand nous sommes convaincus qué certaines actions sont pour nous d'une nécessité vitale, il mimporee plus que cette croyance se fonde sur Je mensong? ou sur la vérité; la vérité en laquelle on pevt se fier disparait entiéement de la vie publique, et avec elle dispatait le principal facteur de stabilié dans le perpétuel. ‘mouvement des affaires humaines.» * Hannab Areralt, Du mensonge & ta violence, in Lttumaine Condition, Quarto, Gallimard, pp. 846-848. D TRAVERS! Entretien Un concept fécond pour les temps présents Fascisme, nazisme, ila fallu forger un mat nouveau, talinisme: pour affronter les trois monstr totalitarisme. L’hist retrace |e parcours, mais aussi les usages et les malentendus de lu XX® siecle, Enzo Traverso e «concept de combat» toujours pertinent aujourd'hui, de Daech aux parias Propos recueillis par Catherine Portevin et Pauline Brenders (ESR CETTE ESOS EN EU TS CEA Enzo Traverso / Lidée émerge en Italie en 1923, exprimée d'abord avec l'adjectif «totalitaire», chez des intellectuels antifascistes qui désignent ainsi une ver- sion moderne de Pabsolutisme. Mais le fascisme luk ‘méme se Fapproprie au moment oi il est en train de basculer du mouvement politique au régime. Deux ans plus tard, Mussolini revendique la apply ap mome yeurnor “TSGT Wo Aust Sans san Sueunod 1g aypne’ ep esos > x10/ Sun alutiios ondied sa ayle “SuIsAMuIEDOeET Np anbNLD -DI/NI0 np saunB}1O $97 NUAADP I82. inb azag aj anod “el Feed afb SOA MANE [pnajjerut 16 peoruTE haypus “ox uos “mew auismupst, ap 211 369 BAIA uonsenb Fos RA Ya Stuq-siag xe owshyeseU wid eT ‘pTUUISse smd ay PUeWH jpnf np ynpord and 09 SOUS snow “TS6T ua ‘otal UOS ered fanboy sue un. ys9 aya ~ SuRAUEpY 1 osMaTE|jOd NI SOM “ojjo anod SIxaIuOD af ins ye ‘SuEDTAWE aM ey sep BdndI0 aiib Taam woRsonb py zed anbyTOd ef planos9p ayenb wonsod ey ans and -suorp/aypnes augur pus adearp ao asnjar sinofhian e nb axydosopyd aun,p sodoud [te red qnad wondo anao anb sjeuuosai ary sed WOU ‘Smeisth inb- { a] ans auay] pues ap vaae “UOpsUeL eur nad un uaporsy uN nuaAap you anod ayuessaz t nq sisgesreatun ta ‘ajeqeuonea 39 ypua: ne aged [03 uyoy sueEy waHOISTH SHOR Mon e TUSUTTE ae =pquTogti nD 121 p ao suep sostnny e 1 —yeior snydase,u anbnpiv0s woman, HOTS 19 SEES P soousT soy amb snd ast iP sujour drosneaq, “TpéT U9 STEW ‘SUN 19 auseut fed 95 ap len ua 1s9 inb a9 sowuiou e -ofoppF SuUE oan “raISuRE jquias 1 9810] sgus WoIsTyEP aun sireai|e301 HOU v] “THOT Ha.nbsne “6 ‘nMuOD e jUNb sUos|q “epioy xin Mapud af anb up e tio ~saxcloxd sina sautwo8 ap ands auop ‘ousrieis ‘oussizeu it TPOFON 29 2p a ‘9p AN) aun as9,5 “ywqiioD 9p dS5TON unr ETP mbuu0} quautonbpnid ep 9% 1uo9 np anousty,{ J9IPM9, S90 Jo1ueut SWSINVLIWLOL 37 est cette BUN, “aNoisty, ap anied 28 38Ae uasgid y sieW “alydexZouorstys nod 21qus 1 19 alquumarsoout slo} BB adsou09 UN 159 / ap anbunw 9 aunuopy| 29919 “HUA 102 $97] “sommaleur se fon ap steyy “oMBTDAY Wi amos e10 spsaste ens anbayod aus 3p SHES uN -Syeig me aug aysenu | @nossayn Loe UMS aWsIdVLNVLOL 37 pd aun sittanas suep piluispout vj ap ano a] 19 sargFuMT xne aysoddo ywawi9| =goper aSo[oppr aun ana opexopesed uo|sry e[ sa ao! Searostigo wopmfoasy 7 “seice mnoums ye ‘axon epueiD bj oUIgUE juRAR ‘OPeIS .XX Np Inqap ne suBewoTTY wa agsuiogip a1 v af sEdoTdde snye Heras sOrTTeAIOSTOD Uonmjoasy ap agpky onb ojquios our yy ‘anosmyy suep p Jop oun soyprey> aney 01 SIE SO| DAV JJOA Y UAE BA YOR anb ‘aroaua reurnou a] sJoanod sues “uarq yoa unDeyD amequios 3] ap Iu auauroupyd neaanou 99 axpuasd -t199 ap 1eUIpoI0] sed quaNeULed au mb aproy axtand nu my aNuOD pe ereel ae jar sure aayyenb oT “Pyro ef 30 a8 no siewref e.u alfa aUur09 = qpuary yeuuey a1 PB] P UuaN Ua UOT IS py sasuiad Jura) ouput ug “suas Log Np 2! few one [qax! Zesse So oreaijeio) sHenbNS, eyjonbe] inod suosrex DOP Wl ap ashi auRp IyeU jaiod Sap wajeaar SET jd sxoou guy: | ‘ap asoup anbanb toa ep auetpedura “2101 Suto oUIQUE-oTTS ONLIDOWIDD Y ne no — “o¥p ‘aisKypia Azores ‘says fon tia a1teniu09 ey dung], pjewoq 1d snow au mb qUIO) SIEIBAM s9p aTOx ‘erp wt : ‘Qrpgny, ¢ sK%h, * Zu ee Vee 2 Tg a ace, envayée ese Cotas tani ue) ccuarenee forsale SRC McNeal ra Mie Neneh) EIR sed ic ia |'émergence dun nouveal (alee du New Yorker, ast présente au Folsaimelt false} envi ote mul ein ate Prices iia Peri et ncesiiniet ON acest de pen: fal m ela rr Philosophie magazine _hors-série «00 Yhumanité dans de “sombres temps» Iv Ves pftignes, Tl, Galmard 1974, 9.13, Quest-ce le mal? A fa faveur du proces a'Adolf Eichmann, Hannah Arendt a théorisé ce qu'elle nomme «banalité du mal». Cette expression, qui a suscité la polémique, siinscrivait dans u reflexion déja engagée 4 propos du totalitarisme, oli elle exposait que le mal extreme n ‘ni démoniaque ni radical, et que seul le bien est profond. «Tout a commencé quand j'ai assisté au procés Eichmann a Jérusalem. Dans mon rapport, je parle de la “banalité du mal”. Cette expression ne recouvre ni thése ni doctrine, bien que j’aie confusément senti qu’elle prenait 4 rebours la pensée traditionnelle — littéraire, théologique, philosophique — sur le phénoméne du mal. » Hannah Arendt La Ve de Fesprit. 1. La pensée, Introduction, PUR, 1986, . 18, «A propos du mal: a) il n'est pas démoniaque — le mal ne erée pas le bien; b) il n'est pas le résultat de la mauvaise volonté parce qu'il n'y a probablement pas de mauvais: volonté radicale, qui veuille le mal pour le mal — mais uniquement la volonté égoiste; c) le malheur vient de la platitude — il appartien au malheur d’étre organisé, ce qui signifie que le grand nomb est impliqué. » Journal de pensée, 2, euil, 2005, p. 817. «On croit toujours que si quelque chose est bien ou mal on peut choisir de le faire; volontiers ou non. On croit que le mal est toujours une tentation qui surgit, tandis que le bien est en fait ce que personne ne désire jamais de soi-méme, C'est mon sens completement stupide. /.,./ Eichmann et beaucoup d'autres Gtaient trés souvent tentés de faire ce que nous appelons le bis lls y ont résisté précisément parce que ¢était une tentation.» Nanas rd basi Fest caren ak Gurion ‘evita. Eten ratioponqe 8 nove 184 / Fay 203 Hansa Arend, «isvisonelevige ave Roger Evra» in rua nde ltrventins 1977-1975 Sel, 08,6 13. SEER eeneeeneneeeneneeeeememmmmal «Jusqu’a présent, la eroyance totalitaire que tout cst possible semble n'avoir prouvé qu'une seule chose, A savoir: que tout peut etre détruit. Néanmoins, ‘en s’cfforeant de prouver que tout est possible, Jes régimes totalitaires ont découvert sans le savoir existence de crimes que les hommes ne peuvent, ni punir ni-pardonner. Fn devenant possible, ‘impossible devint le mal absolu, impunissable autant qufimpardonnable, celui que ne pouvaient plus expliquer les viles motivations de {'intérét personnel, do Ta culpabilité, dela convoitse, du ressentiment, de lappétit de puissance et de la couardise; celui, par ‘onséquent, que la colére ne pouvait venger, que amour ne pouvait endure, ni 'amitié pardonner. ‘De méme que les victimes, dans les usines de la mort ‘ow dans les oubliettes, ne sont plus “humaines” ‘aux yeux de leurs bourreaux, de meme, cette espoce entigrement nouvelle de criminels est au-dela des limites oi la solidarité humaine peut s‘exercer dans le crime. ‘C'est un trait inhérent 4 toute notre tradition philosophique glue nous ne pouvons pas concevoir ‘un “mal radical”: cela est vrai aussi bien pour la théologie chrétienne qui attribuait au diable lui-méme tune origine oéleste, que pour Kant, le seul philosophe qui, dans expression quill forgea A.cet effet, ddut avoir au moins soupgonné existence d'un tel mal, quand bien méme il s'empressa de le rationaliser pat le concept d'une “volomté perverse”. explicable & partir de mobiles intelligibles. Ainsi, ‘nous avons, en fit, rien a quoi nous ve pour comprendre un phénomene qui ne cesse de nous confronter dune réalité aecablante, cel qui brise toutes les normes connues de nous.» Nannah edt, 2 tetaarisme a poet, ‘Les Origins du totaltarisme, Xi, Qari, Gallimard, 2002, p11. EEE LE MAL EN LABORATOIRE x Des gens ordinaires peuvent- A cette question, Stanley Milgram propose, en 1963, une re Vobéissance a lautorité nul ne doute que Mil transformer est la clef de cette mét oilé un phénom Par Sven Ortoli L’EXPERIENCE & rété 1961, Stanley Mil- gram, frais émoulu de Har- yard et, depuis quelques mois, assistant 4 'université de Yale, passe une annonce dans le New Haven Register. Le jeune chercheur ila 28 ans— indique avoir besoin de 500 personnes et propose «4 dollars pour une heure de votre temps dans le cadre d'une expérience scientifique su Ja mémoire et lapprentissage>. Chaque participant est censément susceptible d’y tenir le poste de professeur ou éléve selon le résultat d'un tirage au sort (en réalité, le tirage» est truqué, il ne désigne que des professeurs) Ensuite, sous Pautorité d'un «scien tifique» en blouse blanche (en fait, un comparse de Milgram), il est invité a prendre place face un tableau de bord équipé d’un bouton gradué et dun voltmetre. Le scientifique lui demande alors de lire dans un interphone une série de bourreaux? jenue canonig ie mots intention @un autre volontai (comparse, lui aussi, de Milgran installé, hors de vue, dans une pic adjacente. Celui-ci doit répéter la sé sans se tromper, faute de quoi son «pi fesseur> Ini administre une déchary. Alcetrique, de 15 Vala premiére erreu puis de 30 V @ la deuxitme, ¢ jusqu'au maximum de 450 V. A part de 150 V, le sujet peut entendre plaintes, puis les coups frappés sur dloison, de celui a quiil est censé inf les décharges, jusqu’au silence défi tif... Vexpérience terminée, chac participant était informé de la ten: réelle de celle-ci, et du fait que es rience était simulée, « ‘LE MAL EST-IL BANAL? LINTERPRETATION inavril 1962, quelques jours avant la pendaison dEich- ‘mann, Milgram conclut son expérience et entreprend ¢icrire un article intitulé «Bitude comportemen- tale de lobéissance» dans un journal de psychologic sociale. Il y indique qu'il avait préalablement sondé 40 collegues psychiatres, lesquels avaient prédit que 3,73 96 des sujets «Verreur r $e es travaux de Milgram ont ———— CRITIQUES été violemment critiqués: L dabord sur le plan éthique cause de la violence psychologique infligée aux Sujets; ensuite sur Un ‘plarsciemifiqueer raison de divers piais, par exemple la rémunération des participants qui pouvaient_ craindre de ne pas Give payes airéiaient Fexpérience, ou le fait quiune moitié entre eux auraient_ compris quill s'agissait dun coup monté. pareiloai=s a a refait Texpérience de Milgram en 2006 note infligeraient des décharges supé- Heures & 300 V. Or au terme des premiéres expériences, les résultats indiquent que 65 % des sujets ont infligé le choc maximum. ‘Milgram en conclut que la plupare des gens en situation etre soumis & Yaui= {Brit ie, celle de Ta setenice= Ob Sent aux Thsiructions du supérieur gut nearne, Conformiisme, pression dit mane -réside dans Véquation entre consentem et obéissance. Un adulte consent I e b sion dit qu’un adulte obéit, en réalité, Vautorité ou la loi a laquelle il prétend “obéir” » ah Arent, Resposoiié logement également quil sagissait plus dune série de démonstrations que dune expé rience». Quant 4 Vexplication de la ‘Shoah par ce mécanisme, elle est remise en cause dabord parce que Vapolitisme de la figure scientifique en blouse blanche n'a pas grand-chose & voir avec la figure noire du SS — figure qui n'a rien de Texécutant écervelé st Yon en eroit Daniel Goldhagen avi, dans Les Bourreaux volontaires de Hit- ler. Les Allemands ordinaires ¢t UTol0- causte (Seuil, 1997), entend démon- trerque les nazis mais aussi une foule @’Allemands ordinaires ont volontai- rement participé 4 extermination, En revanche, Uhistorien Christopher Browning y a vu explication du com- portement de ces 500 «Allemands 4 ot un enfant obéit | soutient organisation, groupe, jlyala,explique-til, une lef du comportement humain ~ valable sous toutes les latitudes et pertinente en démocratie comme en dietature, LI propose de baptiser cette situa tion «état agentique», dans lequel individu se considére comme Vagent d'une volonté extérieure. Cela, éerit-il en substance, illustre Ja thése arendtienne de la banalité du mal, Bil conclut: «S'ily aune morale @ tirer de cotte experience aur Tobéissance, Cest que chaque homme doit étre responsable de sés propres -actes. > - ordinaires» du 101° bataillon de réserve qui ont abatttt par balles {83000 Juifs durant les seize mois de leur séjour en Pologne. En 2013, quatre psychologues anglo- avons ont remarqué A ce propos que Te plus frappant, aprés avoir serupw- Jeusement analysé les archives de [gram conservées A Yale, ce nest pastant absence smpathie de cer- tains participants que leur joie &Tidée de contribuer au progrés des sciences. Cela tendrait & montrer, concluent= jls, que le danger ne viendrait pas tant de fhe pas savoir distinguer le bien du mal que de Vengagement — Yolontaire au service d'une cause 5 pene Us Toes SeaTen ices ‘que les zombies... —— —x— auige-siog” auyzeReu amydlosont ob BS _un gubreur e ynb axay um suwp spuuen ef tpouueas wu “sq suuauosTy Io TYdOsOTTAT ef on stews onyeuwoo sed —yuxniod ou auigai-oype ypuary anb sitoumoop sop 2 20p8 pos rary onb Siusumoop Sop 2 20H Sany.pano;he sep san niaasp 39D ‘ouuosiod and ue sap auepuad ‘xnaqur ‘slow sop wo suonsanb $20 ess ATID UD oo say abtuopnp SOP ‘sed qos 25 att dno ‘gyjautronoury oB1eu> >I sd purewayTe,| ap UNPEAL 19 aud sqfansax sodoig «QOS =X X Np sfeorpes snd ej dd91pogy} e |» REIS YP tournant, Eichmann avant Jérusalem. La vie tranquille d'un sénocidaire”. Contrairement au tableau quien @ brose Arends, Richman n'était pas seulement un bureaucrate irréfléchi qui se moquait des conséquences de ses actes Ce quil a fait, i Ta-au contraire accompli en toute conscience: Son_antisémitisme est pai Tout comme le fait qu’il a fait avancer Fextermination des Juifs d'Europe de maniére tout & fait intentionnelle, avec une veritable fidvre de possédé, et quill a regreité ultérieu- rement de ne pas avoir «terminé sa mission», comme il 'a dit, Les enquétes qu’a menées Stangneth montrent en outre trés clairement qu’Arendt avait tort quand elle pen- sait qu'il ne pensait pas, qu'il ne voulait pas penser, qu’ Vavait pas de philosophié personnelle ow didéologie, Fichmann était au contraire-un- adept de cette funes «philosophie» nationale-socialiste qui s'est dressée contre Pouvez-vous nous explig Ja pensée «juive> universaliste et lui a opposé une pensée _/ Il est trés clair qu'on se trompe en affirmant que Arendt «allemande» concréte, enracinée dans le sang, le sol, la défend les bourreaux et met les victimes en accusation nation. Mais 4 l'époque, Arendt ne pouvait pas du tout Mais il est manifeste que Fichmann 4 Jérusalem nvest pas connaitre les éléments qui en attestent, tout ce matériau un simple reportage. On y défend déji quelque chose. La n’était pas encore connu. question est de savoir quoi. Et cest ici qu'intervient la théodicée, que je considére dune maniére générale Sa SS Ie ede la philosophie modeme. Cequetéfen SEM ENUE SCR CIEE neIn ene lia “Arendt dans ce texte, Cest le monde dans lequel il a pu / Quand on constate que cette interprétation historique exister quelqu'un comme Eichmann. Ou encore, ep sur laquelle se fonde le livre d’Arendt est erronée, on est. d'autres termes: un monde dans lequel il existe cette bien entendu foreé de se-demancier-ce qu'il reste de sa forme du mal que nous avons vue au temps de la Shoah thése centrale. Je continue @ considérer qu'll reste untrés._ Nous ne pouvons plus tout a fait nous le représenter, nous grand nombre de choses. Arendt elle-méme a, pendant un _ y sommes déja beaucoup trop habitués, mais pour les gens certain temps, été tellement blessée par cette controverse, qui ont vécu cette époque, la Shoah a été un choe qui quia aussi mis fin a certaines amitiés personnelles, quelle _posé avec un monstrueux degré d'urgence la question tou st réfugiée derritre une affirmation censée la protéger: A fait classique de la théodicée: comment un Dieu bien lea dit que ce n’était pas du tout un ouvrage théorique, veillant a-til pu tolérer une chose paréitle?-Ou-encore mais un simple reportage de journaliste. Seulement, ce formulé en termes modernes, moins théologiques: rest pas vrai, Ce livre est hautement phillosophique. Jele tion de savoir comment on peut encore approuver considére commie Tun des plus importants ouvrages de monde dans lequel survient quelque chase de ce type. Ov philosophe morale du XX siécle, maisaussicommela plus bien sil n'existe pas plutét quelque chose de profondémen ‘grande esquisse philosophique d'une théodicée modeme. irrationnel et inexplicable au coeur du monde — quel D'une certaine maniére, la controverse quill a déclen- chose qui est le mal et qui échappe & Yemprise humaine chée montre, elle aussi, quill a touché un point sensible: cio os onalyeant eal comme quelque hase [a these de Ia banalité du mal continue & briilerTes de dangereux, certes, mais justement pas profond: comm aoigts. Le fait quielle n’ait pas bien évalué Kichmann en quelque chose de superficiel et de banal, Elle Va expri=: tis précisément dans une lettre tés Fameuse & Gers! Scholem, en juillet 1963 : «Jestime effectivement aujourd’ | Taduetin rangle pr 0. Manes, pare en 2016 aut ans alann-Léy, : ae eee einer fe Fonrage de ating Stangneth pre 2011 en Alamagre ABR que lemal est toujours extréme et jamais radical, quit n' » men eee Prilosophe amércalfeltitate prix international Spinoza en 2014, els dirge depuis 2000 le Forum Einstein ‘Poise @Tel-Auv- Elle est auteure de plusews ‘ovurages, ron traduits 8 ce jour (Siow Fre: Jewish Notes from Berlin, 1992; Evi in Modem Thought: Alteraative History of Philosophy, 2002; Why Grow Up? Subversive Thoughts far an Infantile Ag, 2015). ccarsaso fant que personne n'y change rien. Philosophie magazine _hors-série

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