Introduction à l'algèbre multilinéaire
Thèmes abordés
Introduction à l'algèbre multilinéaire
Thèmes abordés
Marc SAGE
3 Annexe Q Q Q 51
3.1 Le morphisme ( Mi ) ( Nj ) ! (Mi Nj ) n’est en général ni injectif ni surjectif . . . . . 51
3.2 Le morphisme de Kronecker n’est en général ni injectif ni surjectif . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
3.3 Représentation d’un foncteur, problème universel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
1
Sur les notations des classes d’équivalences.
Sans contexte, une classe d’équivalence sera noté avec un symbole chapeautant, par exemple x, e a ou b.
L’isomorphisme chinois sera par exemple noté b e
a; b 7! ab ou plus simplement a; b 7! ab s’il n’est pas besoin
de distinguer toutes les classes.
On se place dans le cadre d’un A-module où A est un anneau commutatif unitaire. Pour les principales
applications, on ne considérera que des espaces vectoriels.
1.1 Introduction
Soit M; N; R des A-modules. On regarde les applications A-bilinéaires ' de M N vers R, i. e. qui véri…ent
8
< ' (am; n) = ' (m; an) = a' (m; n)
' (m + m0 ; n) = ' (m; n) + ' (m0 ; n) .
:
' (n; n + n0 ) = ' (m; n) + ' (m; n0 )
On note BilA (M; N ; R) ou Bil (M; N ; R) l’ensemble des applications A-bilinéaires de M N dans R, et
L (M; N ) les homomorphismes de A-modules de M dans N , i. e. les applications A-linéaires de M dans N .
Plus précisément, on s’intéresse au problème suivant : étant donnnés M et N , trouver un A-module P et une
application A-bilinéaire : M N ! P telle que, pour tout A-module R et pour toute application A-bilinéaire
' : M N ! R, il existe une unique application A-linéaire ' : P ! R telle que ' = ' .
'
M N ! R
# %'
P
Le procédé ' 7! ' donnera l’application linéaire Bil (M; N ; R) ! L (P; R) cherchée.
Observons déjà que, si un tel couple (P; ) existe, alors P est unique isomorphisme près.
1P comme « produit tensoriel »
2
Soit (P 0 ; 0 ) un autre tel couple. 0 est une application bilinéaire de M N dans P 0 , donc d’après les
0 0 0
propriétés de (P; ) il existe une application linéaire : P ! P telle que = 0 . De même, est une
0 0
application bilinéaire de M N dans P , donc d’après les propriétés de (P ; ) il existe une application linéaire
: P 0 ! P telle que = 0
. Nous représentons les quatre applications , 0 , et 0 sur le diagramme
suivant :
M N
0
. &
0 .
!
P P0
Remarque. Pour les lecteurs connaisseurs des catégories, on présente en annexe une approche plus
générale du problème ci-dessus.
Sachant à présent qu’une solution (P; ) à notre problème est unique à unique isomorphisme commutant
aux morphismes près, construisons une telle solution.
1.1.2 Construction
P
Soit E le A-module libre de base M N , i. e. l’ensemble des combinaisons formelles m;n (m; n) à support
…ni.
Soit F le sous-A-module de E engendré par les
(m + m0 ; n) (m; n) (m0 ; n)
(m; n + n0 ) (m; n) (m; n0 )
(am; n) a (m; n)
(m; an) a (m; n)
E
et considérons le A-module quotient F. En notant la classe d’un élément , on a alors
et
3
est donc une application bilinéaire
Soit ensuite ' : M N ! R bilinéaire. Elle détermine une application linéaire
P E ! P R
e:
'
…nie m;n (m; n) 7 ! m;n ' (m; n)
e s’annule sur F , i. e. F
via les images de la base et, puisque ' est bilinéaire, ' e , donc '
Ker ' e passe au quotient,
d’où une application linéaire
E
F ! R
': .
(m; n) 7 ! ' e (m; n)
Par construction, on a bien ' e ((m; n)) = ' (m; n), d’où ' = '
(m; n) = ' (m; n) = ' comme voulu. De
E
plus, ' est unique car on connaît les images des (m; n) qui engendrent F.
On notera
E
F =M N ou M A N,
A
ce que l’on prononce « M tensoriel N » ou « M tenseur N » . Le A en indice est juste là pour rappeler l’anneau
de base3 , mais on l’omettra si le contexte est assez explicite. Le module M A N est ainsi une solution à notre
problème universel, et on l’appellera le produit tensoriel de M par N (au-dessus de A).
Noter que, en tant que A-module, le produit tensoriel M A N = (E) = (hM N i) = h (M N )i est
engendré par les (m; n) = (m; n). On notera désormais
(m; n) =: m A n ou m n
Compléments.
Il n’est pas bien di¢ cile d’adapter la construction ci-dessus pour construire le produit tensoriel d’un nombre
quelconque (…ni) de modules. On dé…nira M1 Mn comme le quotient du module libre hM1 Mn i
par un idéal choisi pour être annulé par toute application n-linéaire. La propriété universelle subsiste, ce qui
permet de représenter linéairement toutes les applications n-linéaires.
L’associativité du produit tensoriel démontrée plus bas assure que l’on retombe sur nos pieds, au sens où
l’on pourra identi…er a b c avec (a b) c ou bien a (b c). Le lecteur notera à ce propos l’analogie avec
les propriétés du produit cartésien.
Le lecteur est également invité à véri…er que le produit tensoriel d’un seul module est le module lui-même.
Remarque pour les tétratomistes. Montrons que le produit tensoriel vide vaut l’anneau de base (et
non le module nul).
Il s’agit de trouver une application partant d’une produit direct (vide) de modules (i. e. le module nul),
qui soit 0-linéaire (donc sans condition aucune), vers l’anneau A et qui satisfasse aux conditions de la propriété
universelle.
'
f0g ! M
# %'
A
On se donne donc une application 0-linéaire (i. e. sans condition) ' : f0g ! M vers un module M quelconque
que l’on cherche à factoriser par l’application . En prenant = 1, ' est linéaire sur une droite, donc est
entièrement déterminée par l’image de 1 = (0). Ceci montre existence et unicité du ' cherché – lequel sera
dé…ni par a 7! a' (0).
4
1.1.3 Propriétés basiques
M N ! M N
Puisque : est bilinéaire, on a immédiatement les propriétés suivantes :
(m; n) 7 ! m n
8
< (m + m0 ) n = (m n) + (m0 n)
m (n + n0 ) = (m n) + (m n0 ) .
:
(am) n = m (an) = a (m n)
On en déduit 0M n = (0A m) n = 0A (m n) = 0, i. e.
0 n=m 0 = 0.
Si l’on reprend le problème que l’on s’était posé en début de chapitre, étant donnée une application bilinéaire
M N ! R
': ,
(m; n) 7 ! ' (m; n)
M N ! R
': ,
m n 7 ! ' (m; n)
On remarquera de plus que le produit tensoriel ne dépend que de la structure des modules considérés, en
cela que :
M ' M0
=) M N = M 0 N 0 .
N ' N0
: M ! M0
En e¤et, si sont des isomorphismes, l’application
: N ! N0
M N ! M0 N0
(m; n) 7 ! (m) (n)
est bilinéaire, donc la propriété universelle nous donne une application linéaire
M N ! M0 N0
: .
m n 7 ! (m) (n)
De même, l’application
M0 N0 ! M N
(m0 ; n0 ) 7 ! 1
(m0 ) 1
(n0 )
est bilinéaire, donc la propriété universelle nous donne une application linéaire
M0 N0 ! M N
: .
m0 n0 7 ! 1
(m0 ) 1
(n0 )
5
Il est alors clair que et sont réciproques l’une de l’autre, donc sont des isomorphismes.
L (M N; R) ! Bil (M; N ; R)
7 ! (m; n) 7! (m n)
est bien dé…nie, linéaire, injective (la connaissance des images par des éléments de la base m n de M N
détermine uniquement ), et surjective (tout ' de Bil (M; N ; R) a un antécédent '), donc est un isomorphisme.
En…n, l’application
L (M; L (N; R)) ! Bil (M; N ; R)
7 ! (m; n) 7! [ (m)] (n)
est bien dé…nie, linéaire, injective, surjective (tout ' de Bil (M; N ; R) a un antécédent m 7! ' (m; )), donc est
un isomorphisme.
On en conclut que4
L (M N; R) = Bil (M; N ; R) = L (M; L (N; R)) .
Remarque. Les tenseurs purs m n engendrent le module M N , mais tous les éléments de M N
ne sont pas des tenseurs purs : ce sont une somme de tenseurs purs.
D’autre part, en général les tenseurs purs non nuls ne sont pas libres et donc ne forment pas une base.
Prendre par exemple M = N = A, auquel cas tous les tenseurs purs sont colinéaires : cd (a b) = abcd (1 1) =
ab (c d). On montre plus tard que A A ' A, donc si A est un anneau non nul, mettons A = Z, alors il y a
au moins deux tenseurs purs non nuls colinéaires, ce qui empêche la liberté de ces derniers.
M := Z aZ
Exemple. On considère les Z-modules où a et b sont des entiers.
N := Z bZ
Puisque x y = xy (1M 1N ), le produit tensoriel Z aZ Z
bZ est monogène. Il est de plus …ni car image
de l’ensemble …ni Z aZ Z
bZ par la projection canonique. Il est par conséquent cyclique, donc isomorphe à
un groupe additif Z kZ .
De plus, Bézout donne
donc k divise a ^ b.
Dans le cas particulier où a et b sont premiers entre eux, on en déduit
Z Z
aZ bZ ' f0g .
6
1. Les A-modules M N et N M sont canoniquement identi…ables7 via l’isomorphisme
M N g! N M
.
m n 7 ! n m
(M N) R g! M (N R)
.
(m n) p 7 ! m (n p)
M g! M A M g! A M
et .
m 7 ! m 1 m 7 ! 1 m
Démonstration.
1. On considère l’application bilinéaire
M N ! N M
': .
(m; n) 7 ! n m
M N ! N M
': .
m n 7 ! ' (m; n) = n m
Un tel ' est bijectif car involutif et est unique car les images des m n déterminent entièrement une
application linéaire sur M N .
2. À r …xé on considère l’application bilinéaire
M N ! M (N R)
'r : .
(m; n) 7 ! m (n r)
M N ! M (N R)
'r : .
m n 7 ! m (n r)
(M N) R ! M (N R)
:
r 7 ! 'r ( )
est également linéaire, avec ((m n) r) = m (n r). De façon analogue, en se …xant m, l’application
bilinéaire
N R ! (M N) R
m :
(n; r) 7 ! (m n) r
se factorise en
N R ! (M N) R
m : ,
n r 7 ! (m n) r
puis m 7! m est linéaire, donc
M (N R) ! (M N) R
:
m 7 ! m( )
est également linéaire, avec (m (n r)) = (m n) r. On voit alors facilement que et sont
réciproques l’une de l’autre, donc sont des isomorphismes. Concernant l’unicité, il su¢ t de dire que les
images des tenseurs purs déterminent entièrement une application linéaire.
7 mais l’on s’abstiendra de faire cette identi…cation sans raison
7
A M ! M
3. On considère d’une part l’application bilinéaire qui se factorise en
(a; m) 7 ! am
A M ! M
,
a m 7 ! am
Une façon de voir le produit tensoriel M N est de l’identi…er à N en tant que M -module : dans le A-module
N , on remplace les scalaires de A par des éléments de M . Puisque le produit tensoriel est commutatif, on peut
aussi voir M N ' N M comme le A-module M où l’on a remplacé les scalaires par des éléments de N .
Par exemple, si E est un R-espace vectoriel, on peut le voir comme un C-espace vectoriel en considérant le
produit8 C E. Ce point sera plus largement étudié au paragraphe Restriction et extension des scalaires.
Dé…nition.
f : M ! M0
Soient M; N; M 0 ; N 0 des modules, et des applications linéaires.
g : N ! N0
On appelle produit tensoriel de f et g l’unique application linéaire
M N ! M0 N0
f eg : .
m n 7 ! f (m) g (n)
M N ! M0 N0
,
m n 7 ! f (m) g (n)
est bilinéaire (il su¢ t d’utiliser les propriétés de bilinéarité de m n sur M N en évaluant f g en un m n),
donc se factorise en un morphisme
8 0 1
>
> L (M; M 0 ) M M0
>
>
< ! L@ ; A
0 0
L (N; N ) N N ,
>
>
>
>
:
f g 7 ! f eg
appelé morphisme de Kronecker. On notera alors par commodité f g au lieu de f e g ; on prendra garde à ne
pas confondre les deux notions, mais le contexte nous guidera dans la plupart des cas.
8C étant bien sûr vu comme R-espace vectoriel
8
Remarque. Le morphisme de Kronecker n’est ni injectif, ni surjectif dans le cas général9 . Cependant,
on a l’injectivité si les modules considérés sont libres sur un anneau nœthérien10 , ce qui est le cas des espaces
vectoriels.
Propriétés.
0 1 0 1 0 1 0 1 0 1
f IdM f IdM 0 f
@ A @ A = @ A=@ A @ A,
IdN 0 g0 g g IdN
0 1 0 1 0 1
f f0 f f0
@ A = @ A @ A.
g g0 g g0
Démonstration.
On véri…e les égalités sur les tenseurs purs.
Remarque. Nous avons utilisé les deux dimensions de la feuille pour distinguer deux opérations : le
produit tensoriel (vertical) et la composition (horizontale). Le lecteur notera l’avantage commun avec l’écriture
des lois d’un produit cartésien sous la forme
a + a0 a a0
= + .
b + b0 b b0
Q
M := Q i2I Mi
Soient (Mi )i2I et (Nj )j2J deux familles de A-modules. On pose . On peut former le
N := j2J Nj
Q
produit cartésien i;j (Mi Nj ). On dispose via la propriété universelle d’une application A-linéaire
Q
M N ! i;j Mi Nj
: .
(xi ) (yj ) 7 ! (xi yj )
Remarque. n’est en général ni injectif, ni surjectif. La non-surjectivité est montrée via un argument
de dualité et la non-injectivité à l’aide de calculs de produits tensoriels de quotients. Pour les détails, voir
l’annexe.
n’est donc sûrement pas bijectif, ce qui s’écrit aussi
Y Y Y
Mi Nj (Mi Nj ) .
En revanche,
Q Lsi l’on ne regarde dans les produits cartésiens que les familles à support …ni, i. e. si l’on remplace
les par des , on va obtenir un isomorphisme
M M M
Mi Nj = (Mi Nj ) .
9
Il y a un isomorphisme canonique de A-modules
L L L
i2IMi Nj g! (Mi Nj )
P P j2J Pi;j
( xi ) ( yj ) 7 ! i;j (xi yj )
Démonstration.L
M 0 := L i2I Mi
Notons les sous-modules de M et N des familles à support …ni.
N 0 := j2J Nj
On dispose d’une injection canonique (linéaire)
M0 N0 ,! M N
,
(xi ) (yj ) 7 ! (xi ) (yj )
Mi Nj ! M0 N0
i;j : .
x y 7 ! x y
Remarque. Une récurrence immédiate couplée à l’associativité du produit tensoriel permet de généra-
liser la distributivité à un nombre quelconque (…ni) de sommes directes. On pourra donc calculer comme dans
les anneaux, en regroupant les termes comme souhaité.
Corollaire.
Soient M et N deux A-modules.
1. Si N est libre de base (fj )j2J , alors tout élément de M N s’écrit de façon unique
…nie
X
mj fj .
j2J
10
2. Si de plus M est libre de base (ei ), alors M N est libre de base (ei fj ), et
rg (M N ) = rg (M ) rg (N ) .
Démonstration.
L
1. Puisque N = Afj , on peut calculer M N grâce à la proposition précédente :
M M
M N =M Afj = (M Afj ) .
Par ailleurs, un tenseur pur dans M Afj s’écrit m afj = am fj , donc les élémentsL de M Afj
sont tous (par sommation de tenseurs purs) de la forme
P m j f j . A fortiori, les éléments de
P (M Afj )
s’écrivent tous sous la forme d’une somme …nie j mj fj , image de la somme …nie Pj mj fj de
M
L N par l’isomorphisme ci-dessus. Ainsi, tout élément P 2 M N est envoyé sur un j mj fj de
(M Afj ), donc s’écrit (dans M N ) sous la forme = j mj fj .
P
PConcernant l’unicité, si mj fj = 0 dans M N , on observe que l’isomorphisme ci-dessus transforme
le en une somme directe, d’où la nullité de toutes les composantes mj fj .
L
M = L i Aei
2. On applique la proposition précédente à , ce qui donne
N = j Afj
! 0 1
M M M M
Aei @ Afj A = (Aei Afj ) = A (ei fj ) ,
i j i;j i;j
Application11 .
Le morphisme de Kronecker n’est en général pas injectif.
Intéressons-nous maintenant à l’e¤et du produit tensoriel sur les matrices. Cela suppose de considérer des
modules libres de type …ni.
Proposition.
M := Ae1 Aem f 2 L (M )
Soient deux modules libres de type …ni, deux endomorphismes et
N := Af1 Afn g 2 L (N )
X := Mat (ei ) f =: (ai;j )
.
Y := Mat (fj ) g =: (bi;j )
1. Si on ordonne lexicographiquement la base canonique de M N en
e1 f1 ; e1 f2 ; :::; e1 fn ;
e2 f1 ; e2 f2 ; :::; e2 fn ;
em f1 ; em f2 ; :::; em fn ,
on a alors, dans cette base :
0 1
a1;1 Y a1;m Y
B .. .. .. C
Mat (f g) = @ . . . A
am;1 Y am;m Y
(on part de la matrice X, et on multiplie chacun de ses coe¢ cients par Y ).
1 1 cf. annexe
11
2. Si on ordonne anti-lexicographiquement12 la base canonique de M N en
e1 f1 ; e2 f1 ; :::; em f1 ;
e1 f2 ; e2 f2 ; :::; em f2 ;
e1 fn ; e2 fn ; :::; em fn ,
(on part de la matrice Y , et on multiplie chacun de ses coe¢ cients par X).
Démonstration.
1. Notons Z la matrice de f g dans la base considérée (ordre lexicographique) et …xons un couple
d’indices (i0 ; j0 ). Si l’on regarde la matrice n n extraite de Z correspondant aux lignes (ei0 fk )k=1;:::;n
et aux colonnes (ej0 fl )l=1;:::;n , que nous noterons Z i0 ;j0 , on a
Z i0 ;j0 k;l
= coef en (ei0 fk ) dans [f g] (ej0 fl )
= coef en (ei0 fk ) dans f (ej0 ) g (fl )
Xm X n
= coef en (ei0 fk ) dans ap;j0 ep bq;l fq
p=1 q=1
X
= coef en (ei0 fk ) dans ap;j0 bq;l (ep fq )
p;q
= ai0 ;j0 bk;l ,
Z k0 ;l0 i;j
= coef en (ei fk0 ) dans [f g] (ej fl0 )
= coef en (ei fk0 ) dans f (ej ) g (fl0 )
Xm X n
= coef en (ei fk0 ) dans ap;j ep bq;l0 fq
p=1 q=1
X
= coef en (ei fk0 ) dans ap;j bq;l0 (ep fq )
p;q
= ai;j bk0 ;l0 ,
Corollaire13 .
tr (f g) = tr (f ) tr (g) ,
rg N rg M
det (f g) = det (f ) det (g) .
1 2 Il
ne s’agit pas de l’ordre opposé à l’ordre lexicographique !
1 3 Pour le déterminant, on prendra garre à ce que les modules en exposant ne sont pas ceux associés à l’application linéaire
en-dessous ; la correspondance s’e¤ectue en croix :
N M
.
f g
12
Démonstration.
On évalue la trace dans une des deux bases précédemment considérées :
0 1
a1;1 B a1;m B
B .. .. .. C
tr (f g) = tr (A B) = tr @ . . . A
am;1 B am;m B
Xm Xm
= tr (ai;i B) = ai;i tr (B) = tr A tr B,
i=1 i=1
det (f g) = det (f
Id Id g) = det (f Id) det (Id g)
0 1 0 1
[In ]1;1 A [In ]1;n A [Im ]1;1 B [Im ]1;m B
B .. .. .. C B .. .. .. C
= det @ . . . A det @ . . . A
[In ]n;1 A [In ]n;n A [Im ]m;1 B [Im ]m;m B
0 1 0 1
A 0 0 B 0 0
B C B C
= det @ 0 . . . 0 A det @ 0 . . . 0 A = (det A) (det B) .
n m
0 0 A 0 0 B
Compléments.
Des calculs précédents ressort un produit matriciel dé…ni14 par
0 1
a1;1 Y a1;m Y
B .. .. .. C
X Y := @ . . . A où (ai;j ) := X.
am;1 Y am;m Y
Il s’agit du produit de Kronecker, dont les premières propriétés découlent de celles du produit tensoriel. Par
ailleurs, on montre aisément t (X Y ) = t X t
Y , puis que pour deux matrices X et Y de même taille les
matrices X Y et Y X sont conjuguées par une matrice de permutation (on a vu que ces dernières représentent
un même endomorphisme dans une même base dont on a réordonné les vecteurs).
Soit M un A-module ; on regarde son dual M := L (M; A). On rappelle que si M est libre de type …ni,
mettons de base (ei ), alors M est aussi libre de type …ni, de base (ei ) dé…nie par ei (ej ) = ji ; (ei ) est appelée
base duale de (ei ).
Soit M et N deux modules. On a (toujours et encore par la propriété universelle) une application linéaire15
M M N ! L (M; N )
N : .
l n 7 ! l( )n
Proposition (bijectivité de ).
1 4 A…n de laisser X et Y dans le même ordre que celui des coe¢ cients de X Y , on ne considérera pas le produit associé à l’ordre
anti-lexicographique.
1 5 Il s’agit en fait d’un cas particulier du morphisme de Kronecker où un module source et l’autre module but sont égaux à A.
0 1
L (M; A) M A
On obtient un morphisme de =M N vers L @ ; A = L (M; N ). Le lecteur est encouragé à tout expliciter
L (A; N ) A N
pour retrouver le morphisme .
13
Si M ou N est libre de type …ni, alors est un isomorphisme.
Démonstration. P
L’idée est d’exprimer toute application linéaire u : M ! N de façon unique sous la forme u = l i ( ) ni .
Si l’on y parvient, il su¢ ra de considérer l’application
L (M; N )
P ! M
P N
l i ( ) ni 7 ! li ni
Cas particuliers.
1. Pour des espaces vectoriels de dimension …nie :
E F = L (E; F ) .
Cela se comprend bien : une application linéaire est une combinaison linéaire d’applications linéaires l ( ) x
de rang 1 (on peut le voir de façon matricielle) auxquelles correspondent dans E F les l x. Si de plus
F = E de base (ei ), alors ei ej vu dans L (E) est ei ( ) ej et donc a pour matrice Ej;i .
Le lecteur montrera aisément que le nombre minimal de tenseurs purs nécessairement pour écrire un
2E F est le rang
Q de ( Q ). Cet argument
Q permet d’exhiber un contre-exemple16 à la surjectivité de
la ‡èche naturelle ( Mi ) ( Nj ) ! (Mi Nj ).
2. Si on prend M = N dont on …xe une base (e1 ; :::; en ), on a une correspondance17
L (M ) ! M M,
n
X
Id ! ei ei ,
i=1
Xn
f ! ei f (ei ) .
i=1
M M ! A
M : .
l x 7 ! l (x)
14
Lorsque M est libre de type …ni, le calcul ci-dessus montre que la trace de f est la somme des coe¢ cients
diagonaux de n’importe quelle matrice représentant f .
Dans le cas général, on retrouve la formule classique tr (f g) = tr (g f ). Pour que l’égalité précédente fasse
Im MM L (M ) Ker MM Ker M
sens, il faut déjà que les traces sur N soient bien dé…nies, ce qui impose .
Im N L (N ) Ker NN Ker N
g f 2 Im M M
Ensuite, il faut que , ce qui sera le cas dès que l’un des morphismes f ou g est dans l’image
f g 2 Im N N P
du correspondant. En e¤et, si par exemple f s’écrit i ( ) ni avec ( i ; ni ) 2 M N , les composées f g et
g f vaudront respectivement
X X
f g = i (g ( )) ni = ( i g) ni
X X
et g g = i ( ) g (ni ) = i g (ni ) ,
P
et l’on voit alors que leur trace commune vaut i (g (ni )).
On montrera l’invariance de la trace par extension des scalaires au paragraphe correspond.
Que se passe-t-il lorsqu’on tensorise une application A-linéaire u : M ! N par un troisième A-module R ?
Il s’agit d’étudier
M R ! N R
u Id : .
R m r 7 ! u (m) r
Remarque. u peut très bien être injective sans que u IdR le soit. En e¤et, le fait de tensoriser ne
consiste pas seulement à raisonner composante par composante (il y a un produit direct pour ça) puisque les
scalaires de l’anneau considéré peuvent se balader par linéarité d’une composante à l’autre et ainsi tuer des gens
qui étaient non nuls aux départ.
M := Z
Par exemple, considérons les Z-modules , R := Z nZ , et prenons pour u : M ! N la
N := nZ
multiplication par n. Alors
h i
u Id (k; m) = nk m = k nm = k mn = k 0 = 0,
R
qui est non réduit à f0g pour n 2, u IdR est bien non injective.
Remarque. Les A-modules M tels que u IdR est injective pour tout A-module R dès que u est injective
sont appelés modules plats 19 .
u Id v Id
M0 R !M R M 00 R !0
1 9 Comme vu dans l’exemple ci-dessus, la platitude est empêchée par des phénomènes de torsion. Plus généralement, si A est
un anneau principal, alors un module de type …ni sur A est plat ssi il est sans torsion. Ceci justi…e la terminologie de platitude
introduite par Serre.
15
est encore exacte, i. e. Ker (v Id) = Im (u Id) et v Id surjective.
est exacte, est de dire que Im u Ker v, puis que l’application linéaire
M
Im u ! M 00
v:
m 7 ! v (m)
est un isomorphisme.
En e¤et, on a alors M 00 = Im v = Im v, i. e. v surjective, et
Démonstration.
La composée (v Id) (u Id) = (v u) Id = 0 Id = 0, donc on a déjà l’inclusion Im (u Id)
Ker (v Id).
Considérons ensuite l’application
M R
Im(u Id) ! M 00 R
f:
m r 7 ! [v Id] (m r)
L’application
M R
Im v R ! Im(u Id)
':
(v (m) ; r) 7 ! m r
est donc bien dé…nie, bilinéaire, d’où (propriété universelle, et car Im v = M 00 ) une application linéaire
M 00 R ! M R
Im(u Id)
': .
m00 r 7 ! ' (m00 ; r)
On a bien
et
' f (m r) = ' (v (m) r) = ' (v (m) ; r) = m r,
16
Démonstration.
D’après la proposition précédente, v IdN 0 et IdM t sont surjectives, donc leur composée v t l’est aussi.
[v IdN 0 ] [IdM t] Ker (v IdN ) Ker (v t)
On peut toujours écrire v t = , d’où les inclusions ,
[IdM 00 t] [v IdN ] Ker (IdM t) Ker (v t)
donc la somme Ker (v IdN ) + Ker (IdM t) est bien incluse dans Ker (v t).
Réciproquement, soit z 2 Ker (v t) dans M N . On a
h i h i
0 = [v t] (z) = v Id00 Id t (z) ,
N M
d’où h i
Id t (z) 2 Ker v Id = Im u Id
M N 00 N 00
pour un y dans M 0 N 00 . Or, toujours d’après la proposition précédente, IdM 0 t est surjective de M 0 N sur
M 0 N 00 , donc y est atteint par un x 2 M 0 N , mettons
h i
y = Id0 t (x) .
M
On a donc
h i h i h i h i h i h i
Id t (z) = u Id00 (y) = u Id00 Id0 t (x) = [u t] (x) = Id t u Id (x) ,
M N N M M N
d’où
i hh i
Id t z u Id (x) = 0,
M N
h i
z u Id (x) 2 Ker Id t = Im Id s ,
N M M
h i
z 2 u Id (x) + Im Id s Im u Id + Im Id s ,
N M N M
Ker (v t) Im u Id + Im Id s .
N M
Pour conclure, on utilise les égalités entre images et noyaux fournies par la proposition précédente :
Démonstration.
Les suites ( i
M0 ,! M M
M0 ! 0
0 j N
N ,! N N0 ! 0
17
sont exactes, où i et j sont les injections canoniques et et les projections canoniques, donc peut appliquer
la proposition qui précède :
M N M N M N M N
M0 N0 = Im ( )= Ker( ) = Im(i IdN )+Im(IdM j) = M 0 N +M N0 .
M
L’action de l’isomorphisme vient de la factorisation Im ' = Ker ' où ' : P ! R est un morphisme linéaire,
laquelle envoie ' (x) sur la classe de x modulo Ker '.
Corollaire 1.
Soient I, J des idéaux de A. Alors il y a un isomorphisme canonique
A A A
I J g! I+J
.
x y 7 ! xy
Démonstration.
M 0 := I ,! A =: M A A ! A
On applique la formule précédente à , en utilisant l’isomorphisme ' : :
N 0 := J ,! A =: N a a0 7 ! aa0
A A A A '(A A) A A
I J = I A+A J = '(I A+A J) = IA+AJ = I+J .
Un tenseur x y est envoyé sur x y par le premier isomorphisme, puis x y est envoyé par ' sur ' (x y) = xy.
Démonstration.
M 0 = f0g ,! M M A ! M
On applique la formule précédente à à l’aide de l’isomorphisme ' : :
N0 = I ,! A = N m a 7 ! am
A M A M A M A '(M A) M
M I = f0g I = f0g A+M I = M I = '(M I) = IM .
f = (a^
bm ^
+ i) m = am f
+ im = am.
Les lois usuelles d’un module se véri…ent aisément en passant tout sous le signe ~ ; par exemple :
f0 = a m^
e +m
a m ^
+ m0 = a (m + m0 ) = am^
+ am0 = am g0 = am
f + am f0 .
e + am
18
Application20 .
La ‡èche n’est en général pas injective.
Remarque. Lorque l’idéal I est inclus dans l’annulateur du A-module, dé…ni par
Ann M := fa 2 A ; aM = f0gg ,
A
M devient naturellement un I -module pour la loi scalaire
a m = am
bm = (a + i) m = am + |{z}
im = am.
=0
A
Si N est un autre A-module, le produit tensoriel M N peut alors être vu comme un I -module.
Proposition.
Soient M , N deux A-modules et I un idéal de A inclus dans Ann M . Il y a un isomorphisme canonique de
A
I -modules :
( N
M N g ! M IN
A A
I .
m n 7 ! m n
Démonstration.
A
Puisque I annule A, les modules M et M A N peuvent être vus comme un I -modules. On considère
ensuite l’application A I -linéaire
( N
M IN ! M N
: A A .
I
m n 7 ! m n
est bien dé…nie, car pour deux éléments n et n0 de même classe n = n0 , i. e. di¤érant d’un élément i de IN ,
on a
m A n0 = m (n + i ) = m n + m i = m n + |{z} im = m A n.
=0
A
On considère ensuite l’application I -linéaire
( N
M N ! M IN
: A A
I ,
m n 7 ! m n
2 0 cf. annexe
19
1.5.1 Restriction des scalaires
a m = (a) m
(les véri…cations sont immédiates en passant tout dans le , par exemple a (a0 m) = (a) (a0 ) m = (aa0 ) m =
aa0 m).
Dans l’exemple où : A ,! B est injectif, par exemple une extension de corps, le A-module ainsi obtenu est
« moins riche » que celui de départ, c’est pourquoi on parle plus généralement de restriction. Par exemple, on
peut considérer Mn (C) comme un Z-module (on « perd » la structure de C-espace vectoriel).
En particulier, B peut être considéré comme A-module, autrement dit comme algèbre sur A.
B M ! B M
b0 :
b m 7 ! bb0 m
et on pose
b0 = b0 ( ) ;
les véri…cations d’usage sont immédiates.
Par exemple, si V est un R-espace vectoriel, on peut « étendre » ses scalaires dans C en considérant V R C.
A
Une autre possibilité est de prendre : A I la projection canonique modulo un idéal I. On retrouve
A
le fait bien connu que I est un A-module pour la loi scalaire
Proposition.
B
1. Si M est A-libre de base (ei ), alors M est B-libre de base (1 ei ).
2. Si M est en outre de type …ni, étant donné un endomorphisme u 2 L (M ), on peut écrire
B
Mat u = Mat u .
(1 ei ) (ei )
Démonstration.
21 comme « multiplication »
20
L
1. L’hypothèse permet d’écrire M = Aei . Puisque B A Aei = B (1 ei ), on a un isomorphisme
canonique M M M
B
M =B Aei = (B A Aei ) = B (1 ei )
P P
mettant en correspondance b ai ei et directe (ai b) (1 ei ). La proposition découle de cette corres-
pondance.
2. Notons (ai;j ) := Mat(ei ) u. Alors le coe¢ cient (p; q) de Mat(1 ei ) B u se lit en récupérant la coor-
donnée en (1 ep ) de
X X X
B
u (1 eq ) = 1 u (eq ) = 1 ai;q ei = (1 ai;q ei ) = (ai;q ei ) .
i i i
Par exemple, un endomorphisme d’un espace vectoriel réel ne verra pas sa matrice changer si l’on étend les
scalaires aux complexes. En particulier, sa trace sera inchangée. On montre à la …n de cette section que cela
tient encore dans le cas général.
Il est légitime de se demander si, en étendant puis en restreignant les scalaires, on retombe sur nos pieds.
En termes formels, la loi scalaire induite sur B M par restriction des scalaires est-elle la loi scalaire usuelle sur
le A-module B A M ?
La réponse est oui. Pour montrer cela, notons systématiquement les lois usuelles et les lois induites par
restriction des scalaires. En souvenant que B est un A-module pour la loi a b = a b, on a alors
a (b m) = (a) (b m) = ( (a) b) m = (a b) m = (a b) m = a (b m) .
Il n’y aura donc aucune ambiguïté à parler de l’application A-linéaire
B
M ! M
M : .
m 7 ! 1B m
Observer que, pour parler de B M = B A M , il faut parler du A-module B, ce qui se fait par le biais de ,
d’où une dépendance de M en . Plus précisément, M est -linéaire, au sens où
Démonstration.
1. Soit b 2 B que l’on écrit b = (a) par surjectivité de . Pour un m 2 M , on a
b m = (a) m = (a 1B ) m = a (1B m) = 1 am = M (am) .
21
Remarque. Si est injective, sans l’hypothèse « M libre » , M n’est pas injective en général. Considérer
par exemple le Z-module M := Z nZ où l’on étend les scalaires par Z ,! Q :
Q Z
M =Q nZ = f0g .
B
En d’autres termes : même si l’on étend l’anneau des scalaires, il se peut très bien que M n’étende pas M
à proprement parler.
Par exemple, pour les modules libres de type …ni sur un anneau principal, tensoriser par Q tue les composantes
en Z aZ et récupère la partie Zn .
Bien qu’étendre les scalaires puisse modi…er de manière notoire la structure d’un A-module M , lorsque l’on
regarde les applications A-linéaires de M dans un B-module N quelconque, i. e. les f : M ! N telles que
Proposition (comportement des applications linéaires par extension des scalaires à la source).
1. Soit N un B-module quelconque. Il y a un isomorphisme canoniques de B-modules
8
< LA (M; N ) g ! LB B M; N
f 7 ! b m 7! bf (m) .
:
g (1 ) g
L
M = L Aei
2. On suppose que sont libres et de type …ni. Pour tout u $ v élément de LA (M; N ) =
N= Bfj
B
LB M; N , on a l’égalité matricielle
Mat v= Mat u .
(1 ei );(fj ) (ei );(fj )
Démonstration.
1. On véri…e que les applications B-linéaires données
LA (M; N ) ! LB B M; N
:
f 7 ! [b m 7! bf (m)]
B
LB M; N ! LA (M; N )
:
g 7 ! g (1 )
d’autre part, on a
22
2. Le coe¢ cient d’indice (p; q) dans Mat(1 ei );(fj ) v est la coordonnée en fp de v (1 eq ) = (u (eq )),
i. e. le coe¢ cient d’indice (p; q) dans Mat(ei );(fj ) u , CQFD.
Complément.
Montrons que la trace est invariante par extension des scalaires. Pour alléger les notations, les Kronecker et
contractions seront notés 8
< ( ; ) := M M; M
B .
: B ;B := B MM ; BM
Démonstration.
B B
Pour montrer que f est bien dans l’image de , il su¢ t de montrer que le diagramme suivant est com-
mutatif :
M M ! L (M )
# #
B
B B
M M ! L MB
où les ‡èches verticales sont induites par M = 1. On regarde ce qui se passe sur un tenseur pur ( ) m,
en représentant les éléments de L M B et B M par les images des 1 (ils sont B-linéaires donc entièrement
déterminés par ces derniers) :
() m 7 ! ( )m
# # , CQFD.
[ ( )] [m 1] 7 ! [ ( )] (m 1)
P
Calculons ensuite les traces. Si f est l’image par de
P i() mi , l’endomorphisme B f est image par B
Soit A un anneau commutatif unitaire. Tous les modules, algèbres et applications multilinéaires considérés
seront pris sur l’anneau A.
Notre but est de prolonger la structure d’un module en une algèbre. La loi de multiplication sera naturelle-
ment donnée par le produit tensoriel.
Selon les propriétés que l’on souhaite imposer à l’algèbre d’arrivée, on sera amené à construire l’algèbre tenso-
rielle d’un module –pas de propriétés spéci…ques –, son algèbre symétrique –si l’on souhaite la commutativité –
et son algèbre extérieure –en vue de l’alternance et de ses nombreux aspects (dont le déterminant).
Nous aurons besoin avant tout d’introduire deux structures d’algèbres que l’on peut mettre sur le module
formé d’un produit tensoriel d’algèbres. La seconde vient tordre la première très naturelle (qui raisonne coor-
donnée par coordonnée) à l’aide de considérations de signes en étroit lien avec l’alternance.
23
2.1 Produit tensoriel d’algèbres
Soient B et C des algèbres (pas forcément commutatives). On dispose donc de morphismes d’algèbres
A ! B A ! C
B : et C : .
a 7 ! a 1B a 7 ! a 1C
Attention, contrairement aux algèbres sur des corps, il n’y a pas forcément injectivité en général (considérer la
Z-algèbre Z 2Z ).
Proposition.
Il existe une unique structure d’algèbre sur B C prolongeant les lois du module B C et telle que
0 1 0 0 1 0 1
b b b b0
@ A @ A=@ A.
0 0
c c c c
B ! B C C ! B C
et ,
b 7 ! b 1C c 7 ! 1B c
(b 1) (1 c) = b c = (1 c) (b 1) .
Démonstration.
On considère l’application bilinéaire
8
>
> B C ! 0B C1
<
b0 b
'(b0 ;c0 ) : @ A
>
> (b; c) 7 !
:
c0 c
B C ! L (B C)
:
(b; c) 7 ! '(b;c)
B C ! L (B C)
: .
b c 7 ! '(b;c)
:= ( ) ( )
24
(en particulier, 0 1 0 1
b b0
@ A @ A= (b c) (b0 c0 ) = '(b;c) (b0 c0 ) = bb0 cc0
0
c c
comme voulu).
La distributivité à gauche de vient de la linéarité de , la distributivité à droite de la linéarité de ' .
Quand à l’associativité, puisque
( ) = ( ) ( )= ( ) ( ) ( ) = ( ) ( ) ( )
et ( ) = ( ) ( )= ( ) ( ) ( ),
(b c) (b0 c0 ) = (b c) (b0 c0 ) ,
(b c) ( )= (b c) ( ) ,
donc (par linéarité de )
( ) ( )= ( ) ( ) ,
comme souhaité.
En…n, la linéarité de et de ( ) donne la dernière propriété :
(a ) ( ) = (a )
a ( )=a ( ) ( )= ,
( ) (a ) = (a )
Ainsi B C est bien une algèbre pour les lois +, , . Son unicité vis-à-vis de la propriété
0 1 0 0 1 0 1
b b b b0
@ A @ A=@ A
c c0 c c0
vient de ce que la loi est (par distributivité) entièrement déterminée par ses valeurs sur les tenseurs purs.
Les autres propriétés de la proposition sont alors immédiates.
Remarque. En d’autres termes, il y a une unique structure d’algèbre sur B C telle que la projection
canonique (b; c) 7! b c soit multiplicative.
On observera à ce propos que la donnée d’une application bilinéaire multiplicative sur l’algèbre produit
B C est la même chose que la donnée de deux morphismes d’algèbres, l’un sur B l’autre sur C, qui commutent
à l’arrivée. Le lecteur véri…era en e¤et que l’application suivante est bijective :
8
>
> f 2 Bil (B C; D) ( ; ) 2 Hom (B; D) Hom (C; D) ;
< g!
multiplicative 8 (b; c) 2 B C; (b) (c) = (c) (b)
.
>
> f 7 ! (f ( ; 1) ; f (1; ))
:
(b; c) 7! (b) (c) ( ; )
Lorsque l’on cherche à factoriser les applications bilinéaires multiplicatives sur B C vues à travers la
bijection ci-dessus, on tombe sur la propriété universelle suivante.
25
Alors il existe un unique morphisme d’algèbres ' : B C ! D prolongeant 'B et 'C , au sens où
et ce morphisme agit sur les tenseurs purs par multiplication des composantes tensorielles après action de 'B
et 'C :
' (b c) = 'B (b) 'C (c) .
Démonstration.
Concernant l’unicité, si ' est un morphisme prolongeant 'B et 'C , on doit avoir
' (b c) = ' ((b 1) (1 c)) = ' (b 1) ' (1 c) = 'B (b) 'C (c) ,
d’où l’action nécessaire de ' sur les tenseurs purs – action qui est clairement su¢ sante pour prolonger 'B et
'C .
B C ! D
On considère l’application bilinéaire que l’on factorise en une application
(b; c) 7 ! 'B (b) 'C (c)
linéaire
B C ! D
': .
b c 7 ! 'B (b) 'C (c)
On déjà trivialement que ' (b c) = 'B (b) 'C (c). De plus, on a23
' ((b c) (b0 c0 )) = ' (bb0 cc0 ) = 'B (bb0 ) 'C (cc0 ) = 'B (b) 'B (b0 ) 'C (c)'C (c0 )
= 'B (b) 'C (c) 'B (b0 )'C (c0 ) = ' ((b c)) ' ((b0 c0 )) ,
et, comme ' est déjà linéaire, ' est un morphisme d’algèbres.
L’unicité découle de celle dans la propriété universelle du produit tensoriel de modules.
On se souvient que tensoriser un module par une algèbre B permet d’étendre les scalaires du module. Ce
principe reste valable pour étendre les scalaires d’une algèbre, en particulier des algèbres polynomiales.
Démonstration.
On dispose d’une injection canonique B ,! B [X]. Par ailleurs, la ‡èche A ! B dé…nissant l’algèbre B
donne lieu à une ‡èche naturelle A [X] ! B [X]. Les deux ‡èches qui précèdent sont des morphismes d’algèbres
qui commutent à l’arrivée, donc la propriété universelle du produit tensoriel d’algèbres s’applique. Il est immédiat
de véri…er que la réciproque proposée en est bien une.
2 3 les quantités soulignées sont égales d’après l’hypothèse de commutativité sur B et C
26
Corollaire (produit tensoriel d’algèbres de polynômes).
On a un isomorphisme canonique d’algèbres
A [X] A [Y ] g ! A [X; Y ]
.
Xp Yq 7 ! X pY q
Démonstration.
On applique ce qui précède à B := A [Y ]. Le tenseur Y p X q sera alors transformé en Y p X q , ce qui conclut
en échangeant les lettres X et Y .
Compléments.
On peut sans aucune di¢ culté étendre ce qui précède au cas d’un nombre quelconque (…ni) d’algèbres
B1 ; :::; Bn . Le produit sur B1 N Bn agira sur les tenseurs purs composante par composante et les Bi
commuteront deux à deux dans Bi .
L’associativité de et la distributivité de sur s’écriront exactement de la même manière que pour
les modules24 , sauf que l’on aura des isomorphismes (canonique) d’algèbres et non juste de modules25 . Par
exemple, la dernière propriété se généralise aisément par récurrence en invoquant l’associativité :
8
< A [X] A [X] A [X] g ! A [X1 ; :::; Xn ]
| {z }
n fois .
:
X1i1 Xnin 7 ! X1i1 Xnin
Concernant la propriété universelle, des morphismes N d’algèbres – un sur chaque Bi – commutant deux à
deux à l’arrivée26 se prolongeront de façon unique sur Bi en agissant sur un tenseur pur par multiplication
des composantes tensorielles après action de chacun des morphismes.
Dé…nition.
Une algèbre graduée B est une algèbre B munie d’une suite de sous-modules (Bn )n2N telle que
M
B= Bn et Bn Bm Bn+m
n2N
deg b := @ (b) := @b := n
et véri…e la propriété
@ (bb0 ) = @ (b) + @ (b0 ) .
Par exemple, pour B = A [Xi ] , la n-ième composante homogène Bn est formée des polynômes homogènes
de degré exactement n.
2 4 cf. première section
2 5 Par exemple, pour véri…er que l’isomorphismes de modules
M M M
Bi Cj = (Bi Cj )
respecte les produits des algèbres mises en jeu, il su¢ t (par linéairité) de le faire sur les éléments de la forme bi cj , mais c’est
alors immédiat.
2 6 donc de même algèbre but
27
Proposition.
L L
Soient B = Bn et C = Cn des algèbres graduées. Alors B C est graduée de composante homogènes
de degré n M
[B C]n = Bp Cq ,
p+q=n
@ (b c) = @b + @c.
Démonstration.
On a M M M M M
B C= Bn Cm = Bn Cm = Bp Cq ,
n;m n 0 p+q=n
Remarque.L Nous laissons au lecteur le soin de montrer qu’un produit tensoriel de plusieurs algèbres
graduées B i = Bni est gradué par
M
B1 Bp n = Bn1 1 Bnp p
n1 + +np =n
Nous allons maitenant tordre la loi de l’algèbre produit tensoriel, qui est graduée par ce qui précède, à
l’aide des degré des éléments multipliés, ce a…n de la rendre anticommutative.
Proposition –Dé…nition.
Il existe sur B C une unique structure d’algèbre prolongeant les lois du module B C et telle que, pour
des éléments homogènes b, b0 , c, c0 , on ait
0 10 0 1 0 0 1
b b 0
bb
@ A@ A = ( 1)@c@b @ A.
0 0
c c cc
Démonstration.
2 7 Les anglicistes parleront de super-produit.
28
On dé…nit la loi (presque) comme la loi multiplicative d’une algèbre tensorielle. Le seul point non trivial à
véri…er sera son associativité.
A b0 , c0 homogènes …xés, on considère l’application bilinéaire
(
B C ! B C
'(b0 ;c0 ) : P…nie P…nie @b @c
i bi ; c 7 ! i ( 1) i 0 (bi b0 cc0 )
B C ! L (B C)
:
(b; c) 7 ! '(b;c)
B C ! L (B C)
: .
b c 7 ! '(b;c)
:= ( ) ( )
(en particulier,
0 1 0 1
b b0
@ A @ A= @c@b0
(b c) (b0 c0 ) = '(b;c) (b0 c0 ) = ( 1) (bb0 cc0 )
0
c c
comme voulu).
La distributivité à gauche de vient de la linéarité de , la distributivité à droite de la linéarité de ' .
Quand à l’associativité, comme pour la loi multiplicative d’une algèbre tensorielle, il revient à montrer
l’identité
( ) ( )= ( ) ( ) .
Or, est associative sur les éléments homogènes de base : en e¤et, on a
@c@b0
((b c) (b0 c0 )) (b00 c00 ) = ( 1) (bb0
cc0 ) (b00 c00 )
@c@b0 @ cc0 @b00
= ( 1) ( 1) ( ) (bb0 b00 cc0 c00 )
@c@b0 +@c@b00 +@c0 @b00
= ( 1) (bb0 b00 cc0 c00 )
et
@c0 @b00
(b c) ((b0 c0 ) (b00 c00 )) = (b c) ( 1) (b0 b00 c0 c00 )
0 00
@c@ b0 b00
( 1) ( ) (bb0 b00 cc0 c00 )
@c @b
= ( 1)
@c0 @b00 +@c@b0 +@c@b00
= ( 1) (bb0 b00 cc0 c00 ) ,
@c@b0 + @c@b00 + @c 0
| {z @b00} = @c 0
| {z @b00} +@c@b0 + @c@b00 .
On en déduit alors
( ) ( )= ( ) ( )
comme pour la loi multiplicative d’une algèbre tensorielle, d’où l’associativité de .
En…n, la linéarité de et de ( ) donne la dernière propriété :
(a ) ( ) = (a )
a ( )=a ( ) ( )= .
( ) (a ) = (a )
29
Ainsi B C est bien une algèbre pour les lois +, , . Son unicité vis-à-vis de la propriété
0 10 0 1 0 0 1
b b 0
bb
@ A@ A = ( 1)@c@b @ A.
c c0 cc0
vient de ce que la loi est (par distributivité) entièrement déterminée par ses valeurs sur les tenseurs purs.
Propriété.
Si B et C sont des algèbres graduées, alors B g C est anticommutative sur les plongés de B et C, dans le
sens où
@b@c
c b = ( 1) b c.
Démonstration.
@b@c @b@c
c b = (1 c) (b 1) = ( 1) (b 1) (1 c) = ( 1) b c.
Remarque. Une application f bilinéaire sur B C véri…ant pour tous éléments homogènes b; b0 ; c; c0
b b0 @c@b0 b b0
f = ( 1) f f
c c0 c c0
g
sera dite antimultiplicative. La structure de l’algèbre B C est ainsi la seule qui rende la projection canonique
(b; c) 7! b c antimultiplicative.
Comme pour le produit tensoriel d’algèbres B C, on observera que les applications bilinéaires antimulti-
plicatives sur l’algèbre produit B C sont en bijection avec les couples de morphismes d’algèbres, l’un sur B
l’autre sur C, qui anticommutent à l’arrivée : considérer la bijection28
8 8 9
>
> < ( ; ) 2 Hom (B; D) Hom (C; D) ; =
>
> f 2 Bil (B C; D)
< g
! 8p; q; 8 (b; c) 2 Bp Cq ;
antimultiplicative : pq ;
(b) (c) = ( 1) (c) (b) .
>
>
>
> f 7 ! (f ( ; 1) ; f (1; ))
:
(b; c) 7! (b) (c) ( ; )
Chercher à factoriser les applications bilinéaires antimultiplicatives sur B C mène à la propriété universelle
suivante.
et ce morphisme agit sur les tenseurs purs par multiplication des composantes tensorielles après action de 'B
et 'C :
' (b c) = 'B (b) 'C (c) .
2 8 Toutes les véri…cations sont bien sûr laisées au soin du lecteur.
30
Si de plus 'B et 'C sont gradués29 , alors ' est gradué.
Démonstration.
B C ! D
L’application A-bilinéaire fournit une unique application linéaire
(b; c) 7 ! 'B (b) 'C (c)
B C ! D
': .
b c 7 ! 'B (b) 'C (c)
g
On considère ensuite B C muni de sa structure d’algèbre graduée B C.
On a déjà trivialement que ' (b c) = 'B (b) 'C (c). De plus, on a30
@c@b0 @c@b0
' ((b c) (b0 c0 )) = ' ( 1) bb0 cc0 = ( 1) 'B (bb0 ) 'C (cc0 )
@c@b0
= ( 1) 'B (b) 'B (b0 ) 'C (c)'C (c0 )
@c@b0 @b0 @c
= ( 1) ( 1) 'B (b) 'C (c) 'B (b0 )'C (c0 )
= ' ((b c)) ' ((b0 c0 )) ,
donc la linéarité de ' entraine son caractère de morphisme d’algèbres. L’unicité est évidente d’après l’unicité
dans la propriété universelle du produit tensoriel de modules.
Lorsque 'B et 'C sont gradués, il est aisé de montrer que ' préserve le degré : pour b 2 B et c 2 C
homogènes, ' (b c) = 'B (b) 'C (c) est homogène de degré
Remarque. Comme pour le produit tensoriel d’algèbres usuel, on observera que la donnée de deux
B !D
morphismes d’algèbres qui anticommutent à l’arrivée revient à se donner une application bilinéaire
C !D
sur B C qui est antimultiplicative : considérer la bijection
Compléments.
Encore une fois tout se prolonge aux cas de n algèbres graduées. Le produit « tordu » sur l’algèbre graduée
B1 g g
Bn sera dé…ni composante par composante avec un signe donné à l’aide du schéma ci-dessous :
b1 b2 bn
b01 b02 b0n
b001 b002 b00n
2 9 Si B et C sont deux algèbres graduées, un morphisme d’algèbres ' : B ! C est dit gradué si ' (B ) Cn pour tout n 0.
n
Cela revient à dire que l’image de tout élément homogène est homogène et de même degré.
3 0 on permute les quantités soulignées en faisant apparaître un signe, ce qui est permi par hypothèse d’anti-commutativité sur B
et C
3 1 Il est trivial qu’une somme directe d’algèbres graduées est graduée.
31
2.1.3 Algèbres anticommutatives et alternées
On étudie ici plus précisément la notion d’anticommutativité telle qu’elle nous est apparue en étudiant une
algèbre produit tensoriel gradué.
Dé…nition.
Une algèbre graduée B est dite anticommutative si
@b@b0 0
bb0 = ( 1) bb
pour tous éléments homogènes b et b0 .
Une algèbre graduée B est dite alternée si elle est anticommutative et si de plus
b2 = 0
pour tout élément homogène b de degré impair.
Remarque. Si b ou b0 est de degré nul, c’est un scalaire, donc commute avec l’autre, d’où l’identité
0 @b@b0 0
bb = ( 1) b b puisque l’une des puissances de 1 est paire. On ne véri…era donc l’anticommutativité que
sur les éléments de degré 1.
@b@b 2
Remarque. Si B est anticommutative, pour tout b homogène de degré impair, on a b2 = ( 1) b =
2 2
b car (@b) reste impair. Ainsi, dès que 2 est simpli…able dans l’anneau de base, l’anticommutativité implique
automatiquement l’alternance.
Proposition.
1. Le produit tensoriel (usuel) d’algèbres commutatives est une algèbre commutative.
2. Le produit tensoriel (gradué) d’algèbres anticommutatives est une algèbre anticommutative.
3. Le produit tensoriel (gradué) d’algèbres alternées est une algèbre alternée.
Démonstration.
Soit B et C les algèbres dont on forme le produit tensoriel B C.
1. Supposons B et C commutatives. Alors est clairement commutative sur les tenseurs purs (donc
partout par distributivité) :
(b c) (b0
c0 ) = (bb0 cc0 ) = (b0 b c0 c) = (b0 c0 ) (b c) .
L L
2. Supposons B = n2N Bn et C = m2N Cm anticommutatives. On se place dans l’algèbre graduée
g
B C. Pour des éléments homogènes b, b0 , c, c0 , on a
@c@b0
(b c) (b0 c0 ) = ( 1) (bb0 cc0 )
0
@c@b @b@b0 0 @c@c0 0
= ( 1) ( 1) bb ( 1) cc
@c@b0 +@b@b0 +@c@c0 0
= ( 1) bb cc0
0 0 0
@c@b +@b@b +@c@c @c0 @b
= ( 1) (b0 c0 ) (b c) ( 1)
@b@b0 +@c@b0 +@c0 @b+@c@c0
= ( 1) (b0 c0 ) (b c)
0 0
(@b+@c)(@b +@c ) (b0
= ( 1) c0 ) (b c)
0 0
@(b c)@ (b c ) (b0 0
= ( 1) c ) (b c) .
32
L
On notera également que les i sont dans p+q=@ Bp Cq comme , donc ont même degré @ i =@ ;
bien sûr, on a de même @ j = @ . On a alors
…nie
! 0…nie 1
…nie …nie …nie
X X X X @
X
@ A= i@ j @ @
= i j i j = ( 1) j i = ( 1) j i
i j i;j i;j i;j
0 1 !
…nie
X …nie
X …nie
X
@ @ @ @ @ A @ @
= ( 1) j i = ( 1) j i = ( 1) , CQFD.
i;j j i
L L
3. Supposons B = n2N Bn et C = m2N Cm alternées. On se place dans l’algèbre graduée B g C.
On a déjà vu qu’elle était anticommutative. De plus, tout élément homogène de B g C de degré impair
P…nie
s’écrit i bi ci où bi et ci sont homogènes et où l’un au moins est de carré nul car de degré impair
(puisque @bi + @ci = @ (bi ci ) = @ est impair) . On a alors
…nie
!2 …nie …nie
X X X @ci @bj
2
= bi ci = (bi ci ) (bj cj ) = ( 1) (bi bj ) (ci cj )
i i;j i;j
…nie
X …nie
X
@ci @bi @ci @bj
= ( 1) (bi bi ) (ci ci ) + ( 1) (bi bj ) (ci cj )
| {z }
i i6=j
=0
…nie
X …nie
X
@ci @bj @ci @bj
= ( 1) (bi bj ) (ci cj ) + ( 1) (bi bj ) (ci cj ) .
i<j i>j
L’idée est maintenant de bidouiller le terme de droite pour intervertir les indices i et j tout en faisant
sortir une puissance impaire de 1 (i. e. un signe moins), de sorte que la somme résultante 2 vaille zéro
comme voulu. Puisqu’on veut transformer @ci @bj en @cj @bi , il est naturel de remplacer @ci par @ @bi
et @bj par @ @cj dès que possible.
Après modi…cation du tenseur
@bi @bj @ci @cj @bi @bj +@ci @cj
(bi bj ) (ci cj ) = ( 1) bj b i ( 1) ci cj = ( 1) (bj bi ) (cj ci ) ,
P…nie @ci @bj
la puissance de 1 dans le second terme i>j ( 1) (bi bj ) (ci cj ) vaut (modulo 2)
@ci @bj + @bi @bj + @ci @cj = (@ @bi ) (@ @cj ) + @bi (@ @cj ) + (@ @bi ) @cj
= (1 + @bi ) (1 + @cj ) + @bi (1 + @cj ) + (1 + @bi ) @cj
= 1 + 2@bi + 2@cj + 3@bi @cj
= 1 + @bi @cj , CQFD.
Comme annoncé, nous allons transformer un module en une algèbre en prenant pour multiplication interne
le produit tensoriel.
Cette première construction ne confère pas de propriété particulière à l’algèbre ainsi obtenue.
2.2.1 Dé…nitions
T n (M ) := M An
=M A M M
| {zA A
}
n fois
33
(on souviendra que T 0 (M ) = A et T 1 (M ) = M ) puis
M
T (M ) := T n (M ) .
n 0
Proposition –Dé…nition.
Il existe une unique structure d’algèbre unitaire sur T (M ) telle que
(x1 xp ) (y1 yq ) = x1 xp y1 yq
a (y1 yq ) = a (y1 yq ) .
(x1 xp ) a = a (x1 xp )
Démonstration.
Concernant l’unicité, connaître le produit sur des générateurs linéaires revient à le connaître partout par
distributivité. Il reste à le construire.
Fixons un p-uplet ! m 2 M p avec p 1. Les applications q-linéaires (pour q 1)
Mq ! T (M )
(x1 ; :::; xq ) 7 ! m1 mp x1 xq
q
se factorisent en des applications linéaires dé…nies sur les M = T q (M ). Pour les recoller, on n’oublie pas le
cas q = 0, pour lequel on considère
T 0 (M ) = A ! T (M )
.
a 7 ! a (m1 mp )
Mp ! L (T (M ))
Maintenant, à p 1 …xé, l’application est multilinéaire (comme on le véri…e sur les
m 7 ! m
tenseurs de bases), donc se factorise en une application linéaire sur M p , lesquels se recollent en une application
linéaire 8
< T (M ) ! L (T (M ))
: m1 mp 7 ! m .
:
a 7 ! a Id
Nous pouvons à présent dé…nir la multiplication dans T (M ) par
:= [ ( )] ( )
qui satisfait par construction les trois propriétés recherchées. La distributivité provient de la linéarité de , et
tout le reste est évident en regardant ce qui se passe sur les tenseurs purs : l’associativité, le neutre 1A , la
propriété
a (x y) = (a x) y = x (a y) ,
et la graduation
(x; y) 2 T n (M ) T m (M ) =) x y 2 T n+m (M ) .
Pour le caractère générateur, il su¢ t de noter que les éléments de T 1 (M ) = M engendrent (pour le produit)
les tenseurs purs, lesquels engendrent (linéairement) tous les T n (M ), donc T (M ).
34
2.2.2 Prolongement des applications linéaires en des morphismes d’algèbres
T (M ) ! B
f: .
m1 mi 7 ! f (m1 ) f (mi )
Démonstration.
Si f est un tel prolongement, on doit pouvoir écrire
f (a) = f (a 1) = a f (1) = a 1,
T k (M ) ! B
fk : ,
m1 mk 7 ! f (m1 ) f (mk )
L
et on pose f := k 0 f k avec f 0 : A ! B la ‡èche canonique. Les véri…cations sont immédiates.
L
Remarque. Si l’algèbre B = Bn est graduée, alors le prolongement f n’est pas nécessairement
gradué : il faut en e¤et que f (M ) = f T 1 (M ) B1 . Réciproquement, sous cette condition, on a bien pour
tout n 0 0 1
f @M
| {z M}
A f (M ) f (M ) = f (M ) f (M ) B1 B1 Bn ,
| {z } | {z }
n fois n fois n fois
n
d’où par linéarité f (M ) Bn , CQFD.
Le corollaire suivant montre que l’extension de la structure de module à celle d’algèbre passe au niveau des
morphismes.
Corollaire.
Pour toute algèbre B, l’on dispose d’un isomorphisme canonique d’algèbres
(
Hom (T (M ) ; B) ! Hom (M; B)
algèbres m odules .
f 7 ! fjM
Démonstration.
L’application ci-dessus est bien dé…nie, surjective d’après l’existence de la proposition précédente (le prolon-
gement f est envoyé sur f ), injective d’après l’unicité, et est un morphisme d’algèbres.
On généralise la propriété universelle ci-dessus en transformant le module but en son algèbre tensorielle.
Proposition (fonctorialité de T ).
Soient M; N des modules et u : M ! N linéaire. Alors il existe un unique morphisme d’algèbres
T (M ) ! T (N )
T (u) : ,
m1 mn 7 ! u (m1 ) u (mn )
35
et le diagramme suivant commute
u
M ! N
# # .
T (u)
T (M ) ! T (N )
u v
De plus, si M ! N ! P , alors32
T (v u) = T (v) T (u) .
Démonstration.
On construit T (u) sur les parties homogènes de T (M ) en posant (grâce à la propriété universelle)
T k (M ) ! T k (N )
T k (u) : ,
m1 mk 7 ! u (m1 ) u (mk )
Le corollaire suivant montre que l’extension des structures ne se voit pas au niveau des morphismes.
Corollaire.
On a un isomorphisme canonique de modules
(
Hom (M; N ) ! Hom (T (M ) ; T (N ))
m odules algèbres .
u 7 ! T (u)
Démonstration.
L’application ci-dessus est bien dé…nie, linéaire, et a pour réciproque f 7! fjM puisque M engendre l’algèbre
T (M ).
Dé…nition.
Soit n 0. Un tenseur 2 T n (M ) est dit :
symétrique si 8 2 Sn , ( ) = ; on note Sn (M ) l’ensemble des tenseurs symétriques sur M n ;
antisymétrique si 8 2 Sn , ( ) = " ( ) ; on note An (M ) l’ensemble des tenseurs antisymétriques sur
M n.
m n + n m est symétrique:
Par exemple, .
m n n m est antisymétrique
36
1
est bien dé…nie et, si n! est inversible dans A, alors pn := n! Pn est un projecteur d’image les tenseurs symé-
triques.
Démonstration.
La dé…nition de Pn (avec M n comme ensemble but) découle de la propriété universelle.
Pour être sûr de tomber dans les tenseurs symétriques, on véri…e que pour 2 M n et 2 Sn on a
!
X X X
(Pn ( )) = ( ) = ( )= ( ) = Pn ( ) ,
2Sn 2Sn 2Sn
1 X 1 1 X 1 X 1
Pn = = ( )= = n! = ,
n! n! n! n! n!
2Sn 2Sn 2Sn
1
d’où Sn (M ) Im Pn et Im Pn = Sn (M ). On a montré au passage que, pour symétrique, on a Pn n! = .
Par conséquent, 0 1
1 B1 C 1
p2n ( ) = Pn @ Pn ( ) A = (Pn ( )) = pn ( ) ,
n! n! | {z } n!
2Sn (M )
1
est bien dé…nie et, si n! est inversible dans A, alors qn := n! Qn est un projecteur d’image les tenseurs antisy-
métriques.
Démonstration.
La dé…nition de Qn (arrivant dans M n ) découle de la propriété universelle.
Pour tomber dans An (M ), on véri…e que pour 2 M n et 2 Sn on a
!
X X X
1
(Qn ( )) = "( ) ( ) = "( ) ( ) = " ( )
2Sn 2Sn 2Sn
X X
= "( )"( ) ( ) = "( ) " ( ) ( ) = " ( ) Qn ( ) ,
2Sn 2Sn
d’où Im Qn An (M ).
Si n! est inversible, pour tenseur antisymétrique, on a
1 X 1 1 X 1 X 1
Qn = "( ) = "( )"( ) = = n! = ,
n! n! n! n! n!
2Sn 2Sn 2Sn
1
d’où An (M ) Im Qn et Im Qn = An (M ). On a montré au passage que, pour antisymétrique, on a Qn n! =
. Par conséquent, 0 1
1 B1 C 1
qn2 ( ) = Qn @ Qn ( ) A = (Qn ( )) = qn ( ) ,
n! n! | {z } n!
2An (M )
1
d’où n! Qn idempotent comme voulu.
37
2.3 Algèbre symétrique d’un A-module
Le problème originel du produit tensoriel était de représenter linéairement les applications multilinéaires.
Nous nous intéressons à présent à représenter linéairement les applications multilinéaires symétriques ou alter-
nées.
Dé…nition.
Soit B une algèbre graduée et I un idéal de B. On dit que I est un idéal homogène s’il est somme directe
de ses intersections avec les composantes homogènes de B, i. e. si
M
I= (I \ Bn ) .
n 0
Propriété. P
Soit I un idéal homogène d’une algèbre graduée B. Alors, si un élément bn tombe dans I, toutes ses
composantes également.
Démonstration.
P L P
L’L
élément bn se décompose dans I = I \ Bn en in où in 2 I \ Bn . Par unicité de la décomposition
dans Bn , on en déduit bn = in 2 I pour tout n.
A…n d’éclaicir la structure d’algèbre graduée de S (M ) que nous allons construire, nous aurons besoin du
lemme suivant.
Lemme. L L
Soit B = Bn une algèbre graduée et I = In un idéal homogène de B.
Alors l’algèbre B I est graduée selon les Bn I , lesquels sont chacun canoniquement isomorphe à Bn
In
via x ! x e.
Démonstration.P P Bn
PPuisque B = Bn et que la P somme passe modulo I, il est clair que B I = I . De plus, si une somme
Bn
de I est nulle, mettons b n 2 I, alors par la propriété
P Bn précédente tous les b n sont dans I, autrement
dit sont nuls modulo I, ce qui montre que la somme I est directe.
Par ailleurs, la relation Bp I Bq I Bp+q
I est immédiate vue la graduation de B et vu que le
produit de B passe modulo I.
En…n, vue l’inclusion des idéaux In I, on une projection canonique Bn In Bn
I . Si un élément bn
(pris modulo In ) est annulé par cette projection, bn est dans I, donc dans I \ Bn = In , donc était déjà nul
modulo In ; ceci montre que la projection précédente est injective, donc est un isomorphisme.
2.3.2 Dé…nitions
Dans tous ce qui suit, M désigne un module. Par commodité, on pourra laisser tomber les dépendences en
M.
38
Proposition.
I est un idéal bilatère homogène de T . Plus précisément, on a
T r Is Ir+s et I \ T n = In .
Démontration.
I est déjà stable par + et contient 0. Il su¢ t pour conclure de montrer les identités T r Is Ir+s pour
r 1 et s 2. En e¤et, pour r = 0, on veut AIs Is , ce qui est clair, et les cas s = 0; 1 sont trivialisés en
remarquant que I0 = I1 = f0g.
Soit donc r 1 et s 2. Puisque T r est engendré par les
:= m1 mr
et Is par les
:= m01 m0s m0 (1) m0 (s) (où 2 Ss ),
il su¢ t de montrer que, pour de tels et , les éléments et tombent dans Ir+s . Or, en posant
Dé…ntion.
On appelle algèbre symétrique de M l’algèbre quotient
T (M )
S (M ) := I.
Le produit dans S (M ) ne sera pas noté particulièrement, de sorte que l’on écrira volontiers
m1 mn = m1 mn = m1 mn .
Cela revient à considèrer, dans T (M ), les tenseurs purs indépendemment de l’ordre de leurs composantes.
En d’autres termes, S (M ) est une algèbre commutative34 .
Propriétés.
1. S (M ) est une algèbre commutative engendrée par M et graduée par les
T k (M ) T k (M )
S k (M ) := I = fm1 mk g!
m2M k = Ik .
2. La projection canonique
T (M ) S (M )
m1 mk 7 ! m1 mk
est un morphisme gradué qui injecte naturellement M dans S (M ) :
M ,! S (M ) .
3 4 Et il n’y a rien d’autre à comprendre : pour obtenir un élément de S (M ), juxtaposer des vecteurs de M (l’ordre n’importe pas)
39
Démonstration.
1. Il est clair que S (M ) est une algèbre commutative engendrée par les tenseurs simples m 2 M . La
graduation annoncé est donnée par le lemme de structure.
2. Par dé…nition du produit sur S (M ), la projection canonique envoie clairement T n (M ) dans S n (M ),
donc est un morphisme gradué.
S (M ) ! B
f: .
m1 mi 7 ! f (m1 ) f (mi )
Si B n’est pas commutative, la même conclusion tient si f commute à l’arrivée, i. e. si
Démonstration.
Pour k 1, on dispose de l’application k-linéaire
Mk ! B
(m1 ; :::; mk ) 7 ! f (m1 ) f (mk )
qui se factorise en une application linéaire
T k (M ) ! B
fk : .
m1 mk 7 ! f (m1 ) f (mk )
En posant f0 : A ! B la ‡èche canonique, on peut recoller les fk pour dé…nir une application
T (M ) ! B
.
m1 mk 7 ! f (m1 ) f (mk )
Cette application s’annule sur I car f commute à l’arrivée, donc passe au quotient et dé…nit une application
S (M ) ! B
f:
m1 mk 7 ! f (m1 ) f (mk )
qui véri…e ce qu’on veut. Son unicité vient de ce que S (M ) est engendrée par les m1 mk .
40
u v
De plus, si M ! N ! P , alors35
S (v u) = S (v) S (u) .
Démonstration.
On construit S (u) sur les composantes homogènes S k (M ) de S (M ). On part de l’application linéaire
T k (M ) ! S (N )
m1 mk 7 ! u (m1 ) u (mk )
S k (M ) ! S (N )
S k (u) : .
m1 mk 7 ! u (m1 ) u (mk )
On dé…nit alors S (u) sur S (M ) par les S k (u). L’unicité vient toujours du caractère générateur des m1 mk .
Pour avoir S (v u), il su¢ t d’invoquer l’unicité en remarquant que S (v) S (u) fonctionne.
Proposition.
Soient M1 ; :::; Mn des modules. On a un isomorphisme canonique d’algèbres :
8
< S (M1 Mn ) ! S (M1 ) S (Mn )
mi 7 ! 1 1 mi 1 1 .
:
m1 mn m1 mn
Démonstration.
Fixons un i. Le module Mi s’injecte naturellement dans M := M1 Mn par un 'i , d’où un morphisme
d’algèbres S ('i ) : S (Mi ) ,! S (M ). Comme S (M ) est commutative, on en déduit (par la propriété universelle
du produit tensoriel d’algèbres) un morphisme d’algèbres
S (M1 ) S (Mn ) !S (M )
: .
m1 mn 7 !
m1 mn
N
Inversement, pour construire
N un morphisme d’algèbres S (M ) ! S (Mi ), en remarquant que chaque
S (Mi ) est commutatif, S (Mi ) l’estN aussi, donc il su¢ t (par laLpropriété universelle de l’algèbre symétrique)
de construire
N un morphisme M ! S (Mi ). Comme M = Mi , il su¢ t de construire des morphismes
Mi 0 ! S (Mi ). On considère
N
Mi0 ,! S (Mi0 ) ! S (Mi )
.
m 7 ! 1 1 m 1 1
N
Véri…ons que le morphisme : S (M ) ! S (Mi ) ainsi construit est inverse de . Il s’agit de montrer
= IdN S(Mi ) et = IdS(M ) . N
Montrons que = Id sur un système de générateurs de S (Mi ), par exemple ses tenseurs purs. Comme
Mi engendre l’algèbre S (Mi ), il su¢ t de véri…er l’égalité = Id sur les tenseurs m1 mn où mi 2 Mi
pour tout i :
Y
(m1 mn ) = (m1 mn ) = (mi )
Y
= ( 1 mi 1 )
= m1 mn , CQFD.
3 5 Comme pour la correspondance M 7! T (M ), on dira que S est un foncteur covariant.
41
De même, on montre = Id sur des générateurs de S (M ). Les éléments de M sont candidats, mais sont
déjà engendrés (linéairement) par les Mi . On regarde donc
Proposition.
Si M := Ae1 Aen est libre de type …ni, alors S (M ) est libre de base
Démonstration.
M ! A [X1 ; :::; Xn ]
On dispose d’un morphisme de modules qui, par commutativité de A [X1 ; :::; Xn ],
ei 7 ! Xi
S (M ) ! A [X1 ; :::; Xn ]
se prolonge un morphisme d’algèbres . Par ailleurs, on dispose également d’un
ei 7 ! Xi
A [X1 ; :::; Xn ] ! S (M )
morphisme d’algèbres36 . Il est trivial que ces deux morphismes sont réciproques
Xi 7 ! ei
l’un de l’autre.
Remarque. On aurait pu aussi traiter le cas n = 1 comme ci-dessus puis invoquer la proposition
précédente, ce qui aurait donné
n
O n
O
S (M ) = S (Ae1 Aen ) ' S (Aei ) ' A [X] ' A [X1 ; :::; Xn ] .
i=1 i=1
Exemple important.
Lorsque M est un espace vectoriel V de dimension …nie, on dispose d’une base (ei ) de V , d’où une base duale
(ei ) de V , ce qui permet d’écrire les éléments de S (V ) comme des polynômes en les fonctions coordonnées,
i. e. comme des fonctions polynomiales en les vecteurs de V (identi…és à leurs vecteurs coordonnées dans la
base (ei )). Une fois oubliée la base de départ, on obtient une description canonique des fonctions polynomiales
sur l’espace V : l’algèbre S (V ). Nous utiliserons cette description dans des chapitres ultérieurs.
Dé…nition.
Une application ' : M n ! N multilinéaire est dite symétrique37 si
De même que les applications multilinéaires sont représentées par les applications linéaires depuis un produit
tensoriel, les applications multilinéaires symétriques sont représentées par les applications linéaires depuis une
algèbre symétrique.
3 6 Et oui, il n’y pas que les produits tensoriels qui jouissent d’une propriété universelle, les algèbres de polynômes aussi !
3 7 En particulier, une application n-linéaire pour n = 0 ou n = 1 est toujours symétrique.
42
Proposition.
On a un isomorphisme canonique de modules
8
< LS n (M; N ) ! L (S n (M ) ; N )
' 7 ! x1 xn 7! ' (x1 ; :::; xn ) .
:
(x1 ; :::; xn ) 7! f (x1 xn ) f
Démonstration
Les applications linéaires sus-décrites sont clairement réciproques l’une de l’autre.
1
Soit n 1, et supposons n! inversible dans A. On dispose alors du projecteur « symétrisateur » pn = n! Pn
dé…ni par
T n (M ) PSn (M )
pn : 1 .
7 ! n! 2Sn ( )
Comme tout projecteur qui se respecte, pn a son image et son noyau en somme directe. On sait déjà que
Im pn = Sn (M )
On en déduit
n
M = Sn (M ) In
et donc n
M
Sn (M ) = In = S n (M ) .
Finalement, les tenseurs symétriques de « longueur » n consituent exactement la partie homogène de degré
n de l’algèbre symétrique S (M ).
2.4.1 Dé…nitions
Soit Jn le sous-module de T n (M ) engendré par les tenseurs purs x1 xn ayant au moins deux
composantes xi = xj égales. Noter au passage que J0 = J1 = f0g (pas possible d’avoir deux composantes, a
fortiori deux composantes égales).
On pose M
J := Jn .
n 0
3 8 Rappelons que In est l’idéal engendré par les ( ) pour tenseur pur de M n et permutation de n.
43
Proposition.
J est un idéal bilatère homogène de T (M ).
Démontration.
J est déjà stable par + et contient 0. D’autre part, puisque T (M ) est engendré par A et les
:= m1 mk (k 1)
et J par les
= m01 m0k (k 2, 9yi = yj ),
il su¢ t de montrer que, pour de tels et , et restent dans J. Or, c’est évident puisque les coordonnées
identiques de sont conservées par multiplication (on concatène).
Le caractère homogène de J est évident.
Dé…ntion.
On appelle algèbre extérieure de M l’algèbre quotient
T (M )
(M ) := J.
m1 mn = m1 ^ ^ mn .
Remarque. Dans l’algèbre (M ), un produit d’éléments de M s’annulera dès que l’un de ces éléments
est répété. Mais attention : on peut également multipler dans (M ) par des scalaires, lesquels échappent à
cette règle ! Le produit suivant n’a ainsi aucune raison de s’annuler :
2 ^ 3 ^ 2 ^ m = 12m.
Contrairement à l’algèbre symétrique, l’algèbre extérieure ne sera pas commutative. On montre plus bas que
changer l’ordre dans un produit ne fait que changer le signe du produit.
Propriétés.
1. (M ) est une algèbre engendrée par M et graduée par les
k T k (M ) T k (M )
(M ) := J = fm1 ^ ^ mk g!
m2M k = Jk .
2. La projection canonique
T (M ) (M )
:
m1 mn 7 ! m1 ^ ^ mn
M ,! (M ) .
Démonstration.
1. Il est clair que (M ) est une algèbre engendrée par les tenseurs simples m 2 M . La graduation
annoncé est donnée par le lemme de structure.
2. Par dé…nition du produit sur (M ), la projection canonique envoie clairement T n (M ) dans n
(M ),
donc est un morphisme gradué.
44
On peut reformuler en ces termes :
0 1
(M ) est une algèbre sur = A engendrée par = M.
Proposition.
Pour tous x et y dans M , on a
y^x= x ^ y.
Démonstration.
Il su¢ t d’écrire 0 = (x + y) ^ (x + y) = x ^ y + y ^ x.
Corollaire 1.
Soient x1 ; :::; xn dans M , dans Sn . Alors
Démonstration.
Évident car Sn est engendrée par les transpositions.
Corollaire 2.
(M ) est une algèbre alternée.
Démonstration.
:= m1 ^ ^ mr
Véri…ons déjà que (M ) est anticommutative. Soit deux tenseurs purs homogènes
0
:= m01 ^ ^ m0s
0
de (M ). Pour transformer le produit en 0 , il faut décaler s fois d’un pas vers la droite le bloc formé
de r termes. Chaque décalage correspond (au niveau des permutations) à un (r + 1)-cycle. Le signe obtenu est
r r rs
donc le produit de s signatures d’un (r + 1)-cycle, soit ( 1) ( 1) = ( 1) , CQFD.
2
L’identité = 0 est clairement véri…ée pour tenseur pur de n (M ) pour n 1 (deux composantes se
répètent). De plus, pour tous ; dans (M ), on a ^ = ^ . Ainsi,
Pn en écrivant un élément homogène
x 2 (M ) de degré 1 comme une somme de tenseurs purs, disons x = i=1 i , on aura
n
!2 n
X X X
2
x2 = i = i + i ^ j + j ^ i = 0, CQFD.
|{z} | {z }
i=1 i=1 i<j
=0 =0
(M ) ! B
f: .
m1 ^ ^ mn 7 ! f (m1 ) f (mn )
Si B n’est pas alternée, la même conclusion tient si f est de carré nul à l’arrivée, i. e. si
2
8m 2 M; f (m) = 0.
45
Démonstration.
Comme pour l’algèbre symétrique, on construit une application linéaire
T (M ) ! B
m1 mk 7 ! f (m1 ) f (mk )
Cette application s’annule sur l’idéal J grâce à la condition f 2 = 0, donc passe au quotient et dé…nit une
application
(M ) ! B
f:
m1 ^ ^ mk 7 ! f (m1 ) f (mk )
qui véri…e ce qu’on veut. Son unicité vient de ce que (M ) est engendrée par les m1 ^ ^ mk .
Proposition (fonctorialité de ).
Soient M , N des modules et u : M ! N linéaire. Alors il existe un unique morphisme d’algèbres
(M ) ! (N )
(u) : ,
m1 ^ ^ mn 7 ! u (m1 ) ^ ^ u (mn )
(v u) = (v) (u) .
Démonstration.
k
On construit (u) sur les composantes homogènes (M ) de (M ). On part de l’application linéaire
T k (M ) ! (N )
m1 mk 7 ! u (m1 ) ^ ^ u (mk )
On dé…nit alors (u) sur (M ) par les k (u). L’unicité vient toujours du caractère générateur des m1 ^ ^mk .
Pour avoir (v u), il su¢ t d’invoquer l’unicité en remarquant que (v) (u) fonctionne.
Théorème.
Soient M1 ; :::; Mn des modules. On a un isomorphisme canonique d’algèbres :
8
< (M1 Mn ) g ! (M1 ) g g
(Mn )
mi 7 ! 1 1 mi 1 1 .
:
m1 mn m1 mn
Démonstration.
Ln
Posons M := i=1 Mi . On va reprendre exactement le calcul de l’algèbre symétrique d’une somme directe.
39 est, comme T et S, un foncteur covariant.
46
Fixons un i. Le module Mi s’injecte naturellement dans M par un 'i , d’où un morphisme d’algèbres ('i ) :
(Mi ) ,! (M ). Comme (M ) est alternée, on en déduit (par la propriété universelle du produit tensoriel
d’algèbres gradué) un morphisme d’algèbres
g g
(M1 ) (Mn ) !
(M )
: .
m1 mn m1 ^ 7 ! ^ mn
Ng
Inversement, pour construireN un morphisme d’algèbres (M ) ! (Mi ), en remarquant que chaque
g
(Mi ) est alternée, le produit (Mi ) l’est aussi,
Ng donc il su¢ t (par la propriété universelle de l’algèbre
L
extérieure) de construire
Ng un morphisme M ! (M i ). Comme M = Mi , il su¢ t de construire des
morphismes Mi0 ! (Mi ). On considère
Ng
Mi0 ,! (Mi0 ) ! (Mi )
.
m 7 ! 1 1 m 1 1
Ng
Véri…ons que le morphisme : (M ) ! (Mi ) ainsi construit est inverse de . Il s’agit de montrer
= IdNg (Mi ) et = Id (M ) . Ng
Montrons que = Id sur un système de générateurs de (Mi ), par exemple ses tenseurs purs. Comme
Mi engendre l’algèbre (Mi ), il su¢ t de véri…er l’égalité = Id sur les tenseurs m1 mn où mi 2 Mi
pour tout i :
n
Y
(m1 mn ) = (m1 ^ ^ mn ) = (mi )
i=1
n
Y
= ( 1 mi 1 )
i=1
d
= ( 1) m1 mn avec d entier.
Pour
Qn conclure, il su¢ t de montrer que d est pair. Pour obtenir ce dernier, on peut expliciter le produit
i=1 (mi ) de manière verticale :
m1 1 1
Y .. 1 m2 1
( 1 mi 1 )= . .. .
.
1 1 mn
Pour calculer d, on met tous les traits obliques possibles entre deux composantes des tenseurs purs du produit
ci-dessus. On voit que tous contiennent un 1 (la seule obstruction serait un trait oblique dans le mauvais sens
reliant deux mi ), lequel est de degré nul, d’où d = 0 qui est pair, CQFD.
De même, on montre = Id sur des générateurs de (M ). Les éléments de M sont candidats, mais sont
déjà engendrés (linéairement) par les Mi . On regarde donc40
Corollaire
Soit M := Ae1 + + Aen un module libre de rang n. Alors
k
est une base de (M ) et
k n
rg (M ) = .
k
En particulier,
n k>n
rg (M ) = 1 et rg (M ) = 0.
47
Démonstration.
Pour un module libre de rang 1 on a
(Ae) = A Ae
(en e¤et, pour k 2, les tenseurs purs de k
(Ae) contiennent un e ^ e qui est nul). On en déduit41
g
O O
m o dules
(M ) = (Ae1 en ) ' (Aei ) ' (A Aei )
i=1;:::;n i=1;:::;n
n
M M
' A A Aej1 A A Aejk A A
k=0 fj1 ;:::;jk g f1;:::;ng
n
M M
' Aej1 Aejk
k=0 fj1 ;:::;jk g f1;:::;ng
n
M M
= Aej1 Aejk ,
k=0 1 j1 < <jk n
k n
donc (M ) est libre de base (ej1 ^ ^ ejk )1 j1 < <jk n , donc de rang .
k
Dé…nition.
Une application n-linéaire ' : M n ! N est dite alternée42 si
Proposition.
Si ' est n-linéaire alternée, alors
Démontration.
Il su¢ t d’écrire
Corollaire.
Si ' est n-linéaire alternée, alors
Démontration.
Déjà fait : Sn est engendré par les transpositions.
4 1 On oubliera les g en exposant car ils ne concernent pas la structure de module – celle qui nous intéresse ici.
4 2 En particulier, une application n-linéaire pour n = 0 ou n = 1 est toujours alternée.
48
On en vient à la représentation des applications multilinéaires alternées par l’algèbre extérieure.
Proposition.
On a un isomorphisme canonique de modules
8
< LAn (M; N ) ! L ( n (M ) ; N )
' 7 ! x1 ^ ^ xn 7! ' (x1 ; :::; xn ) .
:
(x1 ; :::; xn ) 7! f (x1 ^ ^ xn ) f
Démonstration
Les applications linéaires sus-décrites sont clairement réciproques l’une de l’autre.
2.4.5 Déterminant
Dé…nition.
n
On appelle déterminant d’un endomorphisme u 2 L (M ) le rapport de l’homothétie (u), noté
det u 2 A.
Proposition.
Soit u 2 L (M ) et (ai;j ) les coe¢ cients de Mat(e1 ;:::;en ) u. Alors43
X X
det u = "( )a (1);1 a (n);n = " ( ) a1; (1) an; (n) .
2Sn 2Sn
Démonstration.
n
On regarde l’image d’un vecteur de base par (u) :
n
[ (u)] (e1 ^ ^ en ) = u (e1 ) ^ ^ u (en )
Xn Xn n
X
= ai;1 ei ^ ^ ai;n ei = ai1 ;1 ain ;n (ei1 ^ ^ ein )
i=1 i=1 i1 ;:::;in =1
X X
= ai1 ;1 ain ;n (ei1 ^ ^ ein ) + ai1 ;1 ain ;n ei1 ^ ^ ein
| {z }
fi1 ;:::;in g=f1;:::;ng fi1 ;:::;in g f1;:::;ng
=0 car 9ik =il
X X
= ai1 ;1 ain ;n (ei1 ^ ^ ein ) = a (1);1 a (n);n e (1) ^ ^e (n)
i2Sn 2Sn
!
X X
= a (1);1 a (n);n (" ( ) e1 ^ ^ en ) = "( )a (1);1 a (n);n e1 ^ ^ en .
2Sn 2Sn
1
Reste à voir l’égalité des deux sommes en faisant un changement de variables 7! .
49
I f1; :::; pg
Si X = (xi;j ) est une matrice de Mp;q (A) et , on pose
J f1; :::; qg
eI := ei1 ^ ^ eik .
Proposition.
Soient x1 ; :::; xp 2 M et X 2 Mn;p (A) la matrice des xi dans la base (ei ). Alors
X
x1 ^ ^ xp = det XI;f1;:::;pg eI .
I2Pp
Démonstration.
Notons ai;j les coe¢ cients de X. On a alors, suivant le calcul précédent :
X
x1 ^ ^ xp = ai1 ;1 aip ;p ei1 ^ ^ eip
fi1 ;:::;ip g f1;:::;ng
#fi1 ;:::;ip g=p
X X
= a (i1 );1 a (ip );p e (i1 ) ^ ^e (ip )
i1 < <ip 2Sfi ;:::;ip g
1
X X
= a (i1 );1 a (ip );p " ( ) ei1 ^ ^ eip
i1 < <ip 2Sfi ;:::;ip g
1
0 1
X X
= @ "( )a (i1 );1 a (ip );p
A ei1 ^ ^ eip
i1 < <ip 2S(fi1 ;:::;ip g)
X
= det Xfi1 ;:::;ip g;f1;:::;pg ei1 ^ ^ eip
i1 < <ip
X
= det XI;f1;:::;pg eI .
I2Pp
Observer que la formule est aussi valable pour p > n, auquel cas il n’y a pas de I f1; :::; ng de cardinal
p > n et donc la somme de droite est nulle, toute comme x1 ^ ^ xp .
Proposition.
k
Soit u 2 L (M ) de matrice X := Mat(ei ) u. Alors la matrice de (u) dans la base (eI )I2Pk est
k
Mat (u) = (det (XI;J ))I;J2Pk .
(eI )I2P
k
Démonstration.
Soit J = fi1 < < ik g. Alors Xf1;:::;ng;J est la matrice des u (ei1 ) ; :::; u (eik ) dans la base (e1 ; :::; en ). En
appliquant la proposition précédente, on obtient
X X
k
(u) (eJ ) = u (ei1 ) ^ ^ u (eik ) = det Xf1;:::;ng;J I;J eI = det (XI;J ) eI .
I2Pk I2Pk
Proposition.
50
Pour u 2 L (M ) et ; 2 A, on a
0 1
n
X n
X X
det ( Id + u) = tr k
(u) k n k
= @ det (XI;I )A k n k
.
k=0 k=0 I2Pk
Démonstration.
n
Pour avoir le coe¢ cient d’homothétie de ( Id + u), il faut calculer
n
X
n n k k
[ ( Id + u)] (e1 ^ ^ en ) = ( e1 + u (e1 )) ^ ^ ( en + u (en )) = Ak
k=0
Application.
Calcul du polynôme caractéristique :
0 1
n
X X
k
A = det (X Id u) = ( 1) @ det (AI;I )A X n k
.
k=0 I2Pk
3 Annexe
Q Q Q
3.1 Le morphisme ( Mi ) ( Nj ) ! (Mi Nj ) n’est en général ni injectif ni
surjectif
Q Q Q
( Mi ) ( Nj ) ! i;j Mi Nj
On note la ‡èche naturelle .
(mi ) (nj ) 7 ! (mi nj )
51
En := Fn Q
Prendre par exemple n . Le produit m;n Em Fn contient des En Fn = L (Rn ), donc on peut
Fn := R
piocher dedans un élément dont la coordonnée selon En En soit de rang n exactement. Si est l’image par
d’une somme de p tenseurs purs, alors la composante selon L Rp+1 est engendrée par p termes, donc est de
rang au plus p, ce qui est absurde.
et envoie l’élément := x0 (x1 ; x2 ; :::) sur (x0 xn )n 1 = 0. On va montrer que est non nul, ce qui prouvera
la non-injectivité de .
Considérons la multiplication par x0 dans A, d’image I. Pour déterminer son noyau, on introduit l’idéal
J := (x1 ; x2 ; :::). On a clairement IJ = 0 ; l’inclusion J Ker P est donc immédiate. De plus, onPvoit aisément
que A = I +J = A Ax0 Ax20 J, donc si un élément k = an xn0 +j est dans Ker , alors an x0n+1 = 0
modulo (xp xq )p6=q , d’où (an ) = 0 (en faisant xi = 0 pour tout i 1) et k 2 J. Finalement, induit un isorphisme
I = A J . D’après les calculs de quotients, on peut en déduire
Id
AN
I AN = A
J AN = JAN .
Regardons notre au travers de ces d’isomorphismes :
Pour avoir non nul, il su¢ t donc de montrer que la suite (x1 ; x2 ; :::) n’est pas dans JAN . SupposonsPn que ce
soit le cas, disons (x1 ; x2 ; :::) = js où s 2 AN . j se décompose selon les x1 ; x2 ; :::, mettons j = p=1 ap xp . On
a donc
n
X n
X
(x1 ; x2 ; :::) = js = ap xp s = sp xp où sp = ap s.
p=1 p=1
Pn p
Mais alors xn+1 = p=1 sn+1 xp , ce qui manisfestement impossible.
Observer le mal qu’on s’est donné pour montrer qu’un tenseur pur était non nul : ce n’est vraiment pas
évident en général...
Soit I un ensemble. On rappelle que, en notant i est la famille « Dirac en i » , le dual du A-module A(I)
est explicitement AI selon l’isomorphisme canonique
8
< A(I) g! AI
f 7 ! (f ( i )) .
: !
i !
7 i
52
À l’aide de ce rappel, montrons que, pour (M; M 0 ) = (N; N 0 ) = A(N) ; A , notre s’identi…e à la ‡èche
( 2
AN AN ! AN
! ! .
7 ! p q p;q
AN AN g! M N
: ! ! .
u v 7 ! [ n 7! n] [ n 7! n]
Pour voir comment agit l’isomorphisme ci-dessus, regardons son action sur les générateurs
L p
L q . En se
rappelant que le Dirac en k n’est autre que le réel 1 plongé à l’indice k dans la somme N A ou N2 A (ce que
nous noterons 1k ), on voit que nos deux isomorphismes successifs ont pour action
( 2
On peut donc expliciter M N g! A(N ) . Lorsque l’on passe dans le dual, on obtient un isomorphisme
p q 7 ! p;q
( 2
A(N )
2
(M N) g! g! AN
: .
f 7 ! p;q 7! f ( p q) 7 ! (f ( p;q ))p;q
53
où T est un sev contenant C(N) . En prenant une base de ce dernier, la forme linéaire coordonée x dans cette
base (à laquelle on a rajouté x) convient. P
Observons à présent qu’un élément de A s’écrit 0 + …nie n xn (modulo (xi xj )) où les n sont uniques. On
peut donc parler des formes linéaires coordonnées xn sur A pour tout n 0. Montrons que ces dernières sont
A-linéaires où C est vu comme le module A J avec J l’idéal (x1 ; x2 ; :::) (on récupère simplement le « terme
constant » d’un polynôme de A). Les xn étant additives car C-linéaires, il s’agit de montrer que xn (ab) = a xn (b)
pour tous a; b 2 A. Par additivité, on se ramène au cas où a et b sont éléments de la base 1; x1 ; x2 ; ::: . Si a = 1
ou b = 1, la C-linéarité conclut. Pour (a; b) = (xp ; xq ), le produit ab est nul, tout comme le résultat a (?),
CQFD.
On dé…nit ensuite l’application diagonale A-linéaire
8 '
< AN ! CN ! C g! A J
: (a ) 7 ! (xn (an )) 7 ! ' (xn (an )) .
: n
7 ! (1; 1; :::) 7 ! 1 7 ! 1
AN AN ! A
J
A
J g! A
J+J = A
J g! C
: , CQFD.
7 ! 1 1 7 ! 1 7 ! 1
Encore une fois, ce n’a pas été une mince a¤aire de montrer que le tenseur était non nul.
On …xe pour la suite C une catégorie et F : C ! EN S un foncteur (covariant) vers la catégorie des
ensembles.
Dé…nition.
On dit que F est représentable s’il est isomorphe au foncteur HomC (R; ) induit44 par un certain objet R
de C.
On dit alors que l’objet R représente45 le foncteur F .
qui commutent aux morphismes F (') induits par les morphismes ' de C :
Par exemple, lorsque C est la catégorie des modules, nous avons rencontré plusieurs foncteurs représentables :
8
>
> Bil (M
Qn N ; )
<
Ln ( i=1 Mi ; )
F()= avec M; N; Mi des modules …xés.
>
> LS n (M ; )
:
LAn (M ; )
N
Les deux premiers sont représentés par M N et Mi , les deux derniers par S (M ) et (M ).
4 4 On aurait pris Hom ( ; R) pour représenter les foncteurs contra variants.
45 R comme « représente »
54
Proposition.
Suivant les notations ci-dessus, un tel objet R est unique à isomorphisme près.
Démonstration.
Soient R et S deux tels objets. On a donc des bijections Hom (S; O) ' F (O) ' Hom (R; O).
Prendre O = R permet d’écrire Hom (R; O) = End R, dans lequel nous avons un élément distingué –
l’identité. Notons son image dans Hom (S; R) par la bijection ci-dessus.
De même, faire O = S permet de regarder IdS comme un élément de Hom (R; S). En appliquant le foncteur
F sur : R ! S, on obtient un diagramme commutatif
Évidemment, dès que C = EN S, les automorphismes deviennent vite très nombreux, ce qui empêche de
croire une seule seconde à l’unicité de l’isomorphisme ci-dessus. On s’en sort en particularisant un élément de
F (R).
Dé…nition.
Soit r 2 F (R). On dit que le couple (R; r) représente F si
F (')
8O; 8y 2 F (O) ; 9!' : R ! O; r 7! y.
F ( ) (r)
# #
F (f ) (F ( ) (r)) , ok car F est un foncteur.
? f
= F (f ) (r)
La recherche d’un couple (R; r) représentant un foncteur F est appelée problème universel.
Si l’on dispose d’une solution (R; r) au problème universel, la donnée de la bijection ci-dessus est appelée
propriété universelle.
Avant de regarder les sept propriétés universelles que nous avons énoncées dans ce cours, nous allons montrer
l’unicité d’une solution au problème universel.
Soient (R; r) et (S; s) représentent F . Puisque (R; s) représente F , on applique la dé…nition à O := S et
F (')
y := s qui est bien dans F (O) : il y a un unique morphisme ' : R ! S tel que r 7! s. Ce dernier est en fait
un isomorphisme.
Proposition –Dé…nition.
Le morphisme ' ci-dessus est un isomorphisme, appelé morphisme canonique de R sur S.
55
' '
Si (T; t) représente F et si R ! S ! T sont les morphismes canoniques, alors R ! T est le morphisme
canonique.
Démonstration.
Le second point découle trivialement de l’unicité des morphismes.
'
On l’applique ensuite à (T; t) = (R; r) : dans le cas R ! S ! R, on obtient ' = IdS , dans le cas
'
S ! R ! S, on obtient ' = IdR , CQFD.
ce qui est manifestement juste puisqu’un tel f se factorise d’une unique manière en f .
2. Produit tensoriel d’algèbres. La catégorie C est celle des algèbres, le foncteur F est ff 2 Bil (B C; ) multiplicativ
où B et C sont des algèbres …xées, il est représenté par B C et l’on dispose d’une projection canonique
2 Bil (B C; B C) multiplicative.
Véri…ons que le couple (B C; ) est solution au problème universel en revenant à la dé…nition de
« (B C; ) représente F » :
ce qui est est vrai puisque prolonger f s’écrit f = f et que le f du cours est unique à véri…er cela.
56
5. Algèbre symétrique. La catégorie C est celle des algèbres commutatives (ou celle des algèbres dont
les morphismes sont les morphismes d’algèbres commutant à l’arrivée), le foncteur F est L (M; ) où M
est un module …xé46 , F est représenté par S (M ) et l’on a une injection canonique 2 L (M; S (M )).
Véri…er que (S (M ) ; ) est solution au problème universel se fait comme ci-desssus :
6. Algèbre extérieure. La catégorie C est celle des algèbres alternées (ou celle des algèbres dont les
morphismes sont les morphismes d’algèbres de carré nul à l’arrivée), le foncteur F est L (M; ) où M est
un module …xé47 , F est représenté par (M ) et l’on a une injection canonique 2 L (M; (M )).
On véri…e comme pour S (M ) que ( (M ) ; ) est solution au problème universel.
7. Algèbre polynomiale. On l’a brièvement évoquée, mais elle apparaît ! La catégorie est celle des
algèbres commutatives, le foncteur F est I où I est un ensemble d’indices, F est représenté par l’algèbre
A (Xi )i2I et l’on une famille canonique : I ! A (Xi )i2I qui à un i 2 I associe Xi .
Il est aisé de véri…er que A (Xi )i2I ; représente I :
Le lecteur se rendra compte que beaucoup d’autres constructions usuelles masquent autant de problèmes
universels : strucutures quotients, modules libres, algèbres d’un monoïde, complétion d’un evn...
4 6 Si l’on ne considère pas des algèbres commutatives, les applications linéaires doivent commuter à l’arrivée.
4 7 Si l’on ne considère pas des algèbres alternées, les applications linéaires doivent être de carré nul à l’arrivée.
57