POLITIQUE AGRICOLE AU
TCHAD
INTRODUCTION
La politique agricole est une partie intégrante de la politique publique de l’Etat, « qui est le
processus par lequel sont élaborés et mis en place des programmes d’action publique c’est-
à-dire des dispositifs politico-administratifs coordonnés en principe autour d’objectifs
explicites dont la finalité est de promouvoir le développement intégral des secteurs
prioritaires » Dans le domaine agricole, cette politique concerne « le processus de
l’exploitation et l’utilisation optimale du sol en corrélation avec les besoins humains ». Elle
se charge de la transformation des richesses du sol en produits primaires. Ainsi, le
développement agricole est donc très important dans les pays en développement comme le
Tchad, où la population ne survit que de l’agriculture.
Au Tchad, les Ministères en charge de l'agriculture, de l'élevage, de l'environnement et de la
pêche sont les trois principales entités gouvernementales intervenant dans le secteur rural.
Dans le Programme politique du Gouvernement, de même que dans le cadre de la Stratégie
nationale de réduction de la pauvreté, le développement rural a été reconnu comme secteur
prioritaire. Le secteur agricole en particulier, devrait assurer le développement économique et la
sécurité alimentaire au pays.
La finalité de la politique agricole du Tchad, telle qu'elle se dégage des nombreux rapports et
plans successifs de relance du secteur, est de produire plus et mieux en vue de relever le niveau
de vie de la population et combattre la pauvreté. Les actions annoncées visent à moderniser la
production agricole (y compris animale), promouvoir des unités de transformation agro-
alimentaires, maîtriser l'eau pour limiter les effets des aléas climatiques, et lutter contre les
ennemis des cultures.
De ce fait, des institutions et programmes nationaux sont mis en place (en collaboration avec les
partenaires internationaux) pour soutenir la politique agricole du Gouvernement tchadien
depuis l’accession à l’indépendance du pays. Il s’agit de :
L'Office national du développement rural (ONDR) est l'organisme parapublic
d'exécution des programmes de développement agricole. Il est principalement chargé de
l'encadrement et de la vulgarisation agricole.
La Société de développement du lac Tchad (SODELAC) est une société d'État, qui
intervient dans le processus de production. La SODELAC gère des projets de
développement agricole du lac Tchad.
le Comité d'action pour la sécurité alimentaire et la gestion des crises (CASAGC),
sous l'égide du Ministère de l'agriculture, effectue des prévisions de prix et de récoltes
céréalières, de concert avec les organismes d'aide alimentaire (par exemple, FAO, CILSS,
FEWS), et estime les besoins d'importation dans le cadre des systèmes d'alerte précoce.
L'Office national de sécurité alimentaire (ONASA) est né en 2001 de la fusion du
Fonds d'intervention rural (FIR) avec l'Office national des céréales (ONC), afin
d'améliorer la sécurité alimentaire. L'ONASA a pour mandat de maintenir un stock de
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sécurité alimentaire de 35 000 tonnes pour intervenir en cas de pénurie et assurer la
stabilité des prix. Pour ce faire, l'ONASA vend et achète des produits alimentaires sur les
marchés locaux, mais procède également à des importations en cas de besoin. Il est
dirigé par un comité paritaire de suivi composé, entre autres, des ministères en charge
de l'agriculture et des finances auxquels s'ajoutent cinq représentants des pays et
organismes donateurs impliqués dans la constitution de stocks de sécurité alimentaire.
I. ORIENTATIONS DE LA POLITIQUE DE DEVELOPPEMENT LOCAL
Au regard des tendances, et pour atteindre l’objectif volontariste de l’Etat Tchadien d’assurer
la souveraineté alimentaire sur toute l’étendue du territoire national, la mise en œuvre d’un
vaste Programme de Développement Rural Intégré (PDRI) basé sur la promotion d’une
agriculture performante et durable adaptée aux réalités locales est nécessaire.
Comprendre la politique agricole d’un pays, c’est d’abord connaître les plans et stratégies de
développement local propre à chaque région.
Le Schéma Régional d’Aménagement du Territoire (SRAT), outil d’aide à la décision, à la
coordination de l’action publique et de mise en cohérence des actions sur le territoire
régional doit contribuer à promouvoir le développement économique de la région,
notamment à travers les secteurs prioritaires par des mesures et actions appropriées
inscrites dans les politiques sectorielles de développement local.
Sur la base des enjeux identifiés et des objectifs proposés, les propositions d'orientation de
la politique de développement agricole sont articulées sur les points suivants :
Améliorer la productivité
Les paquets d’amélioration techniques à suivre sont :
o la fertilisation des sols par la pratique de la technique de Zaï , l’usage des
engrais minéraux et organiques….. ;
o la maîtrise des opérations culturales (préparation du champ, respect des
densités, labours, sarclage, démariage, repiquage...) ;
o l’utilisation d’équipements agricoles adaptés aux sols de la région ;
o l’introduction de nouvelles filières et un meilleur accompagnement des
producteurs par l’appui-conseil ;
o la disponibilité, l’accessibilité et l’utilisation des semences améliorées.
l’intégration agriculture-élevage à grande dimension pour améliorer la fertilité des
sols (parcage, compostage…) ;
la promotion des techniques d’agroforesterie ;
la maîtrise des pertes post-récoltes (battage, construction de banques de céréales
pour la conservation des céréales afin d’assurer la sécurité alimentaire des
producteurs pendant les périodes de soudure et les protéger contre les usuriers) ;
La mise en place de dispositifs de microcrédit aux groupements féminins afin
d’améliorer significativement le statut économique de la femme rurale ;
la recherche et la vulgarisation de nouvelles semences de berbéré résistantes aux
ennemis des cultures (dans la bande sahélienne) ainsi que la riziculture (zones de
marnage des eaux) et la culture de manioc (dans la zone soudanienne).
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II. ACTEURS, PRINCIPES ET OUTILS DE DEVELOPPEMENT LOCAL
1. Acteurs
Le développement local comporte un contenu qui est politique, économique, social et
environnemental. Il concerne plusieurs acteurs :
Les acteurs institutionnels
l’Etat ;
les collectivités locales (élus locaux, population locale).
Les acteurs non étatiques
organisations indépendantes de la société civile ;
les Organisations Non Gouvernementales (ONG) ;
les associations ;
les partenaires sociaux (syndicats, associations d’entrepreneurs…) ;
les associations du secteur privé ;
les universités ;
les partenaires techniques et financiers, etc.
2. Principes directeurs
Le développement local se fonde sur des principes tels que :
la contractualisation ;
le partenariat ;
le cofinancement ;
la participation ;
la gouvernance locale ;
la maîtrise d’ouvrage locale.
2.1. La notion de participation
La participation est la capacité d’une personne à prendre part à une décision, à son exécution
et à la jouissance de ses résultats. La participation fait donc partie des mécanismes de
partage du pouvoir, compris comme la capacité de divers intérêts à atteindre le but commun.
Elle est l’intervention du citoyen dans la prise des décisions communales et aussi son apport
au processus de développement de sa commune. La participation peut connaître plusieurs
degrés :
La transparence : les instances qui détiennent le pouvoir se limitent à informer et
rendre compte fidèlement des décisions prises, de leur processus et de leurs
résultats. C’est le degré le plus faible de la participation.
La consultation : L’instance de pouvoir demande l’avis des personnes concernées et
tient compte de leur réaction. La participation reste faible surtout pour ce qui est de
l’exécution et des résultats.
concertation : diverses instances de pouvoir échangent leurs avis. La participation
est plus importante, mais ne dépasse pas le domaine de la prise de décision.
L’implication : instauration d’une dynamique participative généralisée, au
quotidien, pilotée par la collectivité locale.
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La collaboration : En plus de la concertation au niveau de la décision, les instances
se partagent également le travail. C’est un niveau de participation plus élevé.
Le soutien : l’intervention ne se fait plus que sous la forme d’un appui
(contributions, conseils, aides, etc.) à une initiative qui appartient à d’autres. La
participation des personnes concernées est maximale.
2.2. La gouvernance locale
Selon le PNUD (2004), la gouvernance locale consiste en un ensemble d’institutions, de
mécanismes et de processus qui permettent aux citoyens et groupes de citoyens d’exprimer
leurs intérêts et leurs besoins, de régler leurs différends et d’exercer leurs droits et leurs
obligations au niveau local. Une bonne gouvernance locale est fondée sur plusieurs piliers :
o la participation citoyenne ;
o des partenariats entre des acteurs clés à l’échelon local ;
o la compétence transdisciplinaire des acteurs locaux ;
o des sources d’information multiples ;
o une orientation en priorité en faveur des pauvres.
La gouvernance locale renvoie à la « décentralisation » qui est le processus par lequel l’Etat
transfère certains de ses pouvoirs et de ses compétences à des collectivités territoriales
autonomes. Elle permet le transfert de pouvoirs, de compétences, de biens et de ressources
du niveau central aux niveaux régional et local. Avec la gouvernance locale, les populations
se voient placées au cœur de l’élaboration des politiques. La gouvernance locale apparaît
donc comme un sous produit de la gouvernance politique et de la gouvernance
administrative au niveau national. Elle implique la participation des populations, des ONG et
des organisations de base au processus de prise de décisions. Elle doit contribuer de façon
significative à la décentralisation démocratique, à la réduction de la pauvreté et à la gestion
durable des ressources naturelles locales.
La bonne gouvernance locale est l’ensemble des bonnes pratiques de gestion des affaires
publiques locales s’inscrivant dans le strict respect des règles et procédures en vigueur et
dans l’intérêt supérieur des usagers des services publics locaux. Elle implique l’adoption et la
mise en œuvre de règles, de procédures, d’institutions et de mécanismes permettant aux
citoyens d’exprimer leurs intérêts, d’exercer leurs droits et de participer au développement
de leur localité. Ainsi, la gouvernance locale est un outil de gestion et en même temps une
approche permettant de connaître les maux dont souffre la population au niveau local.
La gouvernance locale est caractérisée par :
o un processus de formulation de politiques organisé, ouvert et éclairé ;
o une administration imprégnée d’éthique professionnelle agissant pour le
bien public ;
o la règle du droit ;
o des processus transparents ;
o une Société Civile participant efficacement aux affaires publiques.
Il y a plusieurs types de gouvernance au niveau local : la gouvernance politique, la gouvernance
administrative, la gouvernance économique, la gouvernance budgétaire et financière.
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On parlera de bonne gouvernance, de mal ou mauvaise gouvernance selon que l’institution
concernée est gérée suivant les règles de l’art ou non. Certains indicateurs permettent
d’évaluer la gouvernance locale :
o la participation des populations dans le processus décisionnel local (cela
inclut le partenariat avec tous les acteurs locaux) ;
o la transparence ou le partage de l’information ;
o l’efficacité des autorités locales dans la réalisation des objectifs de
développement en faveur des populations ou la gestion des ressources
publiques ;
o l’équité ou le traitement égal et impartial de cas similaires de la part des
autorités locales (tous égaux devant la loi) ;
o la sensibilité à la dimension « genre » dans la gouvernance : accroître la
participation des femmes en politique et favoriser la prise de conscience de
l’importance du droit des femmes.
Une « mauvaise gouvernance » est caractérisée par des décisions arbitraires, des
administrations qui ne répondent de rien, un système judiciaire inexistant ou injuste, l’abus
du pouvoir exécutif, une Société Civile désengagée de la vie publique et une corruption
généralisée.
La bonne gouvernance est la condition sine qua non à un développement économique
durable, caractérisé par l’équité et la justice sociale. Atteindre les objectifs de la bonne
gouvernance requiert la participation active et l’engagement de toutes les sphères de la
société, un plus grand partage de l’information, la responsabilisation des personnes, la
transparence, l’égalité, l’intégrité et l’état de droit.
2.3. La démocratie participative
C’est un mode de gestion basé sur l’engagement, du conseil communale et du maire, à
associer les citoyens à la gestion de la commune. Cette participation ne doit pas se limiter à
faire assister les citoyens comme observateurs aux débats du conseil communal. Elle se
concrétise par des consultations effectives de la population sur les grands choix touchant ses
conditions de vie.
Une gestion locale qui se serait privée de tout contrôle citoyen, comporte des risques
certains qui peuvent déboucher sur une crise de confiance entre les élus et leurs électeurs,
un discrédit sur les conseillers communaux, qui deviennent alors impopulaires,
l’accumulation continue de fautes de gestion et des sentiments de déception envers la
décentralisation.
3. Les instruments de développement local
Il se met en œuvre à travers des instruments tels que :
o le plan communal de développement ;
o le plan régional de développement ;
o le plan de développement cantonal ;
o les schémas et fonds d’aménagement, etc.
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4. Approche réseau
Au sein d'un territoire, l'approche en réseau se caractérise par le renforcement mutuel des
stratégies d'acteurs sous la forme de partenariats locaux. Trois types de partenariats locaux
peuvent exister :
o un partenariat créé à l'initiative des personnes, individuellement.
Participation le plus souvent militante, généralement ancrée dans une
identité très forte, tissant peu à peu les bases d'une citoyenneté rénovée.
o un partenariat créé à l'initiative d'entreprises ou plus généralement
d'organismes professionnels qui revendiquent une place privilégiée dans les
décisions économiques
o un partenariat créé à l'initiative des pouvoirs publics - locaux ou non - qui
suppléent à une initiative privée rare ou défaillante.
5. Des conditions nécessaires pour le développement local
Comme toute option qui vise à transformer en profondeur l'état d'une société, le
développement local exige une volonté politique sans faille et des hommes compétents et
formés. Il appelle aussi des conditions particulières dont les Etats centraux sont les garants,
à savoir le respect du droit d'expression et du droit d'association, sans lesquels aucun débat
réel ne peut être mené, ni aucun projet d'avenir proposé, et l'assurance que les droits des
personnes essentiels à leur sécurité seront respectés (par exemple la sécurité foncière pour
les petits propriétaires ruraux, la stabilité des systèmes de transmission du patrimoine
productif pour les petits entrepreneurs...). Le développement local conduit à changer les
assises sur lesquelles fonder la dynamique de développement. Celui-ci n'est plus la
conséquence d'une coopération entre des institutions détentrices de ressources financières
et de compétences techniques avec des instances locales qui leur présentent des
programmes à soutenir, mais comme le résultat d'une coopération élargie entre groupes de
population habitant un espace donné en vue de coordonner et de rationaliser l'emploi de
leur ressources pour construire un devenir commun. A l'approche projet ou programme, le
développement local substitue une approche favorable à la mise en place de "services",
appui au bilan-diagnostic de leur situation par les populations concernées, dispositif
d'information, dispositif financier... afin de débattre et conduire leur projet d'avenir.
6. Les facteurs favorables au développement local
6.1. Les facteurs favorables au développement local
Le recours à un espace d'initiative constitue un premier facteur important. Il suppose une
législation et une réglementation souple en matière d'association, un espace d'initiative
économique que la libéralisation de l'économie favorise, la reconnaissance de la diversité
des formes d'organisation sociale et de leur contenu culturel, etc.
L'existence d'enjeux techniques et économiques importants et perçus comme tels par les
intéressés est un facteur essentiel. Ce n'est en effet qu'autour d'objectifs réellement
mobilisateurs et partagés par le grand nombre que peuvent se construire des dynamiques
nouvelles.
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La présence de leaders locaux est un autre facteur important que l'on retrouve dans les
dynamiques locales les plus prometteuses. Paysans ou intellectuels fortement enracinés
dans leur milieu ont un rôle souvent déterminant mais qui n'est durable que s'il y a volonté
et capacité des leaders à animer la dynamique amorcée, à décentraliser les responsabilités, à
favoriser le partage des tâches, etc.
L'utilisation de stimulations extérieures est enfin un facteur constant. En font partie les
appuis pour accroître l'accès à l'information des acteurs locaux et leur formation, des
propositions techniques, des soutiens matériels et financiers, etc. Encore faut-il que ces
appuis viennent renforcer les stratégies endogènes et non les infléchir à partir de modèles et
de normes extérieures.
6.2. Les obstacles externes et internes au développement local
De nombreux obstacles freinent l'émergence et le renforcement de dynamiques locales de
développement. Il s'agit d'obstacles extérieurs qui naissent d'un environnement
sociopolitique peu ouvert aux initiatives d'acteurs locaux et/ou d'un contexte économique
peu incitatif. Ils peuvent aussi être liés à la nature d'interventions censées favoriser les
dynamiques locales mais qui dans leur mise en œuvre restent peu conformes aux attentes
des acteurs locaux.
Il y a aussi des obstacles internes à la société locale dont l'organisation sociale préexistante
et la culture freinent parfois les initiatives qui sont toujours au départ portées par quelques
individus. Ces obstacles rendent difficiles l'émancipation de certains groupes sociaux.
L'accès réduit à l'information, à la formation, l'affaiblissement de références sociales et
culturelles peut aussi empêcher ou ralentir une réaction organisée des sociétés locales.
Documentation indispensable et complémentaire :
Plan quinquennal de développement de l’agriculture au
Tchad-Avril 2013-Version finale.
Schéma Directeur de l’Agriculture au Tchad.
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