Modèles Discrets en Finance et Assurance
Modèles Discrets en Finance et Assurance
28 mars 2010
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Table des matières
4 Espérance conditionnelle 21
4.1 Espérance conditionnelle d’une v.a. sachant un évènement . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
4.2 Espérance conditionnelle d’une v.a. par rapport à une tribu . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
4.3 L’espace euclidien L2 (Ω) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
4.4 Application au calcul de prix d’options . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
6 Options américaines 31
6.1 Calcul du prix par récurrence rétrograde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
6.2 Théorème d’arrêt optimal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
6.3 Stratégie de couverture avec consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
7 Options barrières 35
7.1 Définitions et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
7.2 Mesurabilité et temps d’arrêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
7.3 Calcul du prix d’une option DIC . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
7.4 Evaluation par le principe d’André . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3
4 TABLE DES MATIÈRES
9 Le modèle de Ho et Lee 47
9.1 Actifs à flux déterministes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
9.2 Taux aléatoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
9.2.1 Where are the risks ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
9.2.2 Courbes de taux et structure par terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
9.3 Le modèle de Ho et Lee pour les zéro-coupons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
9.3.1 Un model à trois paramètres : π, δ, et n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
9.4 Exemples de produits derivés de taux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
A Exercices 55
A.1 Les trajectoires d’un modèle à n étapes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
A.2 Les trajectoires du call d’un modèle à n étapes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
A.3 Calcul de prix par espérance conditionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
A.4 Le Delta de couverture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
A.5 Options américaines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
A.6 La formule de Black et Scholes ; convergence des prix CRR vers BS . . . . . . . . . . . . . 61
A.7 Calcul de prix d’options barrière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
A.8 Modèles de Ho et Lee, et produits de taux d’intérêts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
A.9 Incidence du paiment d’un dividende sur le prix d’une action et d’une option . . . . . . . 66
A.10 Examen 2006-2007 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
A.11 Examen 2007-2008 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
A.12 Examen 2008-2009 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
Chapitre 1
Dans cette première leçon, on explique comment on peut calculer le prix d’un contrat d’option en
évaluant celui d’un portefeuille de couverture de cette option. On se place dans un cas très simple, celui
d’une option d’achat sur un actif financier dont on a modélisé la dynamique au moyen d’un arbre binaire.
Le taux d’intérêt monétaire est supposé constant pendant la durée du contrat.
Définition : Une option d’achat (européenne), encore appelée call, est un titre donnant droit à son
détenteur d’acheter un actif financier à une date future et à un prix fixé. Il s’agit d’un droit et non
d’une obligation. Le prix fixé s’appelle le prix d’exercice de l’option et la date de fin du contrat la date
d’échéance ou date d’exercice. L’actif financier sur lequel porte le contrat s’appelle l’actif sous-jacent.
Le propre d’un contrat d’option, tient à ce qu’à la date de souscription, la valeur à l’échéance de
l’actif sous-jacent n’est pas connue mais le paiment que pourra exiger le détenteur de l’option, s’il exerce
l’option, dépend de cette valeur à l’écheance. C’est pourquoi on appelle aussi les options des contrats
contingents. On peut comprendre, dans un premier temps, un tel contrat comme un contrat d’assurance :
le vendeur de l’option est l’assureur, l’acheteur l’assuré, ce dernier cherchant à se couvrir contre une
envolée de la valeur du sous-jacent. Il s’agit alors d’un contrat de transfert de risque moyennant un prix.
Mais nous verrons plus loin qu’il y a une différence essentielle entre un contrat d’assurance classique
(assurance habitation ou automobile) et un contrat d’option.
L’exemple le plus naturel d’actif financier est sans doute celui d’une action cotée en bourse, comme
l’action Micsft ou Netscp sur le NASDAQ ou AmOnLne sur le NYSE. Mais cela peut aussi être le cours
d’une matière première comme le prix d’une tonne de zing ou celui d’un produit agricole tel le prix
de 50.000 livres de boeuf. Les premiers contrats d’option étaient des contrats sur cours agricoles déjà
courants au siècle dernier. Les contrats d’option sur actions se sont vraiment développés lorsqu’ils ont
pu faire l’objet d’une négociation en bourse, c’est-à-dire à partir des années 70 sur le CBOT, à Chicago,
puis progressivement dans la plupart des autres places financières.
5
6 CHAPITRE 1. PRIX ET COUVERTURE D’UNE OPTION D’ACHAT
180 100
120 50
Q Q
Q Q
60 0
On résout facilement ce système (système linéaire de deux équations à deux inconnues a et b) et on déduit
des valeurs de a et b obtenues la valeur du portefeuille à l’instant initial Π0 = aS0 + b . On peut alors
donner à C0 la valeur C0 = Π0 .
Exemple : Par exemple, si S0 = 120, u = 1, 5, u = 0, 5, r = 0, et K = 80, la résolution du système
(1.1) donne a = 56 , b = −50 et donc Π0 = 50. Cela signifie que, ayant touché la prime fixée à C0 = 50, le
vendeur emprunte 50 (car b = −50) et achète a = 56 de S0 (au prix 100) ; à l’échéance, son portefeuille
vaudra soit 150 = 56 180, si ST = S0 u, et il paiera alors 100 = 180−80 au détenteur du call et remboursera
les 50 empruntés (sans interêts puisqu’on a supposé r = 0), soit il vaudra 50 = 56 60, si ST = S0 d, ce qui,
compte tenu du fait que le détenteur du call ne viendra pas l’exercer, lui permet de rembourser les 50
empruntés.
Remarque : Notons que pour que le problème admette une solution, il suffit que le système (1.1)
admette une solution, ce qui est assuré dès que u 6= d, ce qui est précisément l’origine du sens du contrat :
si l’actif sous-jacent n’avait qu’un seul prix à t = T , il n’y aurait pas besoin de souscrire d’option !
S 0 u2 ϕ(S0 u2 )
0
S u ?
Q
Q
Q
Q
S0
S0 ud ? ϕ(S0 ud)
Q
Q
Q
Q
S0 d ?
Q
Q
Q
Q
S0 d2 ϕ(S0 d2 )
valeur d’un portefeuille de couverture d’une option CT = ϕ(ST ), raisonnons en partant de sa valeur ΠT
à l’échéance, qui est connue puisque, pour couvrir l’option il devra valoir ΠT = ϕ(ST ), somme due en
t = T par le vendeur à l’acheteur de l’option. Il y a trois possibilités pour cette valeur, selon les valeurs
prises par ST . En utilisant la même méthode que dans le cas d’un modèle à une étape, on peut calculer
les deux valeurs Πδt = aδt Sδt + bδt que devra prendre le portefeuille à l’instant t = δt, selon que Sδt = S0 d
ou Sδt = S0 u. Pour cela, il suffit de résoudre les deux systèmes
aS0 u2 + berδt = ϕ(S0 u2 )
(1.3)
aS0 ud + berδt = ϕ(S0 ud)
aS0 ud + berδt = ϕ(S0 ud)
(1.4)
aS0 d2 + berδt = ϕ(S0 d2 )
Désignons par Πuδt et Πdδt les deux valeurs de Πδt = aδt Sδt + bδt obtenues en remplaçant d’une part
(aδt , bδt ) par la solution du système (1.3) et Sδt par S0 u et d’autre part (aδt , bδt ) par la solution du
système (1.4) et Sδt par S0 d. Pour obtenir la valeur cherchée du portefeuille à l’instant initial, qui sera
comme précédemment la valeur initiale de l’option (ou prime), il reste alors simplement à résoudre le
système
aS0 u + berδt = Πuδt
(1.5)
aS0 d + berδt = Πdδt
Exemple : Soit un titre valant S0 = 80 et changeant deux fois de prix avant l’échéance en T = 2δt.
Observons que dans l’exemple précédent nous avions, à t = δt, Sδt = S0 (1 + 12 ) ou Sδt = S0 (1 − 12 ).
Supposons qu’ici S suive un processus analogue :
Soit une option call de date d’exercice T = 2δt et prix d’exercice K = 80 (lorsque K = S0 , on dit que
c’est une option “à la monnaie”). On suppose, pour simplifier, que le taux d’intéret monétaire r est ici
égal à 0.
Observons que si Sδt = 120 nous retrouvons l’exemple précédent et comprenons que le portefeuille de
couverture, dans ce cas (c’est-à-dire si Sδt = 120), doit valoir
Πuδt = 50.
Qu’en est-il si Sδt = 40 ? Inutile de faire des calculs : les deux seules possibilité à venir pour S2δt sont
60 ou 20. Comme ces deux valeurs sont inférieures au prix d’exercice K = 80, on aura dans les deux cas
ϕ(S2δt ) = 0, et donc aδt = bδt = Πδt = 0 puisqu’il n’y a plus rien à couvrir dans ce cas.
8 CHAPITRE 1. PRIX ET COUVERTURE D’UNE OPTION D’ACHAT
180 100
120 50
Q
Q
Q
Q
80
60 25 0
Q
Q
Q
Q
40 0
Q
Q
Q
Q
20 0
Fig. 1.3 – Deux pattes-d’oie : la première représente l’évolution sur deux étapes d’un actif à dynamique
stochastique binaire, avec S0 = 80 et St+δt = St (1 ± 0.5) ; la seconde celle du portefeuille de couverture
d’un call sur cet actif de prix d’exercice K = 80.
ϕ (S) ϕ (S)
K S K S
Fig. 1.4 – Fonction de paiement (ou pay-off) d’un call et d’un put : l’option call est l’option qui assure
à son détenteur de pouvoir acheter, à la date d’échéance T , l’actif S à un prix maximal K. Si ST ≤ K,
l’option aura donc une valeur nulle pour t = T . Si ST > K, l’option vaudra ST − K pour t = T , c’est-à-
dire la différence entre le prix maximal convenu K et le prix effectif ST de l’actif à la date T . Pour une
option call, on a donc ϕCall (s) = (s − K)+ , où x+ vaut x si x > 0 et 0 sinon. L’option put assure à son
détenteur de pouvoir vendre, à la date T , l’actif S au prix minimum K. En examinant successivement
les cas ST ≥ K et ST < K, il est facile de voir que ϕP ut (s) = (K − s)+ . Le nombre K s’appelle le prix
d’exercice (ou strike) de l’option.
Fig. 1.5 – Fonctions de paiement (ou pay-off) de quelques options standard : (a) straddel, (b) strangel,
(c) bull spread, (d) bear spread, (e) butterfly spread, (f) condor. Exercice : après avoir étudié la définition
d’un call et d’un put, indiquer comment au moyen d’achat et de vente de call et de put on peut synthétiser
les options définies par les pay-off de cette figure.
classique au contraire, l’assureur doit avoir vendu de nombreux contrats pour, en moyenne, pouvoir faire
face à ses obligations, comptant sur le fait que la probabilité pour qu’un trop grand nombre de clients
aient un sinistre simultanément est suffisamment faible : c’est une couverture du risque par diversification.
Une question naturelle que cette remarque peut susciter est la suivante : si le vendeur d’une option
peut, grace à la couverture dynamique, supprimer le risque, pourquoi l’acheteur ne couvre-t-il pas lui-
même ce risque ? Quand au vendeur, s’il ne gagne rien à le faire, pourquoi le fait-il ? La réponse est
que, dans la pratique, la couverture dynamique nécessitant un travail au jour le jour de surveillance des
cours et d’ajustement de son portefeuille, est, bien entendu, rémunérée, même si nous n’en avons pas
tenu compte dans les calculs ci-dessus ; l’acheteur, quant à lui, n’a pas nécéssairement envie d’assumer ce
travail, d’autant qu’il subsiste une part de risque pour le vendeur si le modèle mathématique utilisé pour
faire les calculs est trop grossièrement faux.
Remarque : Il est utile également d’observer ce qui se passe si le vendeur de l’option ne la couvre pas,
soit qu’il n’achète aucun portefeuille de couverture avec la prime, soit qu’il achète bien, à la date initiale,
le portefeuille (a0 , b0 ) adapté mais ne le réajuste plus avant l’échéance. Examinons la question dans le
cas de l’exemple : avec 5/8ième d’actif St et une dette de 25, le portefeuille acheté à la date initiale vaut
à la date finale, si sa composition n’a pas été modifié dans l’intervalle, respectivement :
5
– 8 180 − 25 = 87, 5, si le sous-jacent prend la valeur 180 ; or le vendeur doit dans ce cas 100 à
l’acheteur.
– 58 60 − 25 = 12, 5, si le sous-jacent prend la valeur 60 ; mais le vendeur ne doit rien à l’acheteur dans
ce cas, il n’a donc pas de problème.
– 58 20 − 25 = −12, 5, si le sous-jacent prend la valeur 20 ; ici encore le vendeur ne doit rien à l’acheteur
mais il garde une dette de 12, 5.
On voit donc sur cet exemple qu’il peut se révéler désastreux de ne pas assurer complètement la couverture
dynamique.
10 CHAPITRE 1. PRIX ET COUVERTURE D’UNE OPTION D’ACHAT
.
Chapitre 2
L’objet de cette leçon est de généraliser le calcul du prix d’une option d’un modèle à une ou deux
étapes à un modèle à n étapes, appelé modèle de Cox, Ross et Rubinstein ou modèle binomial. Cela
conduira à une formule générale de prix d’option, appelée formule fondamentale que l’on obtient grâce à
l’introduction de la probabilité risque-neutre, une probabilité permettant le calcul du prix d’un portefeuille
de couverture. Ce sera aussi l’occasion d’aborder la notion d’opportunité d’arbitrage.
{S0 uj di−j , j = 0, . . . , i}
l’indice j représentant le nombre de fois où l’actif a évolué à la hausse entre l’instant t = 0 et
l’instant t = iδt (j est nombre de “up”), l’ordre des “up” et des “down” n’important pas.
– Pour la même suite d’instants T, l’actif non risqué vaut B0 = 1 à l’instant initial, et il évolue selon la
récurrence Bt = Bt−δt erδt , soit Bt = ert , où r désigne le taux d’escompte monétaire qu’on suppose
constant, pour simplifier, sur toute la période [0, T ].
1 Ce modèle fait suite à un modèle introduit en 1971 indépendement par Black et Scholes, et Merton, fondé sur une
approche stochastique en temps continu. Le premier modèle de ce type remonte en fait à Louis Bachelier, dans sa thèse
(1900), à laquelle Black et Scholes rendent hommage. On peut penser que c’est la sociologie des mathématiques qui explique
la pause 1900-1971 de publication sur ce sujet. L’idée de l’approche discrète revient, selon les écrits de Cox et Rubinstein,
à W. Sharpe, prix Nobel d’économie et auteur du fameux Capital Asset Pricing Model (1964). Nous montrerons dans
une leçon ultérieure les liens entre les deux approches, discrete et continue. L’approche en temps continu présente des
avantages de calcul indéniables une fois que l’on maı̂trise ce calcul. Mais l’approche discrète exposée ici, au dela de ses
vertus pédagogiques, est parfois plus à même de modéliser des situations subtiles pour lesquelles l’approche continue peut
se révèler trop limitative. Remarquons que la question du calcul des prix d’options peut également être abordée au moyen
d’équations aux dérivées partielles (voir par exemple le livre de P. Wilmott, S. Howison, et J. Dewynne, The Mathematics
of Financial Derivatives, Cambridge University Press (1995)). Le lien entre les deux approches, équations aux dérivées
partielles/modèles aléatoires continus, est aujourd’hui bien compris.
11
12CHAPITRE 2. FORMULE FONDAMENTALE DANS UN MODÈLE DE COX-ROSS-RUBINSTEIN
a =: at−δt et b =: bt−δt .
δΠt = Πt − Πt−δt = (at−δt St + bt−δt Bt ) − (at−δt St−δt + bt−δt Bt−δt ) = at−δt δSt + bt−δt δBt (2.2)
où δSt et δBt sont des notations pour les différences St − St−δt et Bt − Bt−δt . On peut alors recomposer
le portefeuille, ayant prit connaissance de la valeur atteinte par St , mais par construction le portefeuille
devra être autofinancé, c’est-à-dire que le changement de composition (couverture) intervenant à la date
t devra se faire sans apport ni retrait de capitaux, c’est-à-dire en vérifiant la relation :
Nous reviendrons sur cette relation d’autofinancement. On détermine la nouvelle composition de la façon
suivante : désignons par S la valeur atteinte par l’actif sous-jacent à l’instant t, par Π (Π := Πt =
at−δt St + bt−δt Bt ) celle correspondante du portefeuille et par B celle de Bt . Deux issues sont possibles
pour la valeur du sous-jacent, le “lendemain” Su et Sd, d’où résultent deux valeurs de portefeuille, que
nous notons Πu et Πd , supposées connues par récurrence. Nous devons donc choisir la nouvelle composition
(a, b) comme solution du système d’équations suivant :
aSu + berδt B = Πu
aSd + berδt B = Πd
Πu − Πd Πd u − Πu d
a= et b = e−rδt . (2.4)
Su − Sd B(u − d)
Proposition 2.1 Dans un marché financier (St , Bt )t∈T où St suit un modèle CRR, toute option d’échéance
T et de fonction de paiement ϕ(ST ) est duplicable, c’est-à-dire qu’il existe un portefeuille autofinancé
qui la couvre.
Preuve : On raisonne par récurence sur le nombre n d’étapes du modèle. On a vu le cas d’un modèle
à une étape ; pour un modèle à n étapes, on remarque simplement que, comme St prend deux valeurs
S0 u et S0 d à l’instant δt, ces deux valeurs sont chacunes les valeurs initiales d’un modèle à n − 1 étapes
auquel on peut appliquer l’hypothèse de récurrence. D’où l’existence de deux portefeuilles de couverture
Πuδt et Πdδt avec lesquels on peut alors calculer Π0 (et donc C0 ) comme dans un modèle à une étape. 2
2.3. PROBABILITÉ RISQUE NEUTRE ET FORMULE FONDAMENTALE 13
En effet la valeur S0 uj di−j atteinte par St correspond à une trajectoire qui présente j “montées” et i − j
“descentes” dont la probabilité est pj (1 − p)i−j si l’on fait l’hypothèse que ces mouvements,
à la hausse
i
ou à la baisse, sont indépendants, et il est facile de voir qu’il y a exactement trajectoires qui
j
atteignent cette valeur. La formule (2.8) explique le nom de modèle binomial que l’on donne souvent
au modèle Cox-Ross-Rubinstein. On a la proposition suivante que l’on obtient par un raisonnement par
récurrence comme dans la preuve de la proposition précédente, en utilisant la relation de récurrence
retrograde (2.5) et (2.6), ainsi que les propriétés des coefficients du binôme :
Proposition 2.2 Dans un marché financier (St , Bt )t∈T où St suit un modèle CRR, le prix d’une option
européenne (T, ϕ(ST )) est donnée par
n
X
n
e−rT E(ϕ(ST )) = e−rT pj (1 − p)n−j ϕ(S0 uj dn−j ) (2.9)
j
j=0
c’est-à-dire que ce prix est la valeur actualisée de l’espérance, sous la probabilité de calcul, de sa fonction
de paiement ; ainsi, pour une option call, c’est-à-dire si ϕ(S) = (S − K)+ , on a
Xn
−rT n
C0 = e pj (1 − p)n−j (S0 uj dn−j − K)+
j
j=0
La formule (4.3) s’appelle la formule fondamentale pour l’évaluation du prix d’une option européenne
dans un modèle de Cox, Ross, et Rubinstein.
Exemple : Si l’on revient à l’exemple de modèle à deux étapes donné à la leçon précédente, le calcul
de la prime C0 peut se faire à présent simplement : on détermine la probabilité de calcul définie par la
relation S = pSu + (1 − p)Sd (on a supposé r = 0) ; on obtient p = 12 = 1 − p ; puis on calcule C0 comme
l’espérance C0 = 100P(ST = 180) + 0P(ST = 60) + 0P(ST = 20) = 100( 41 ) = 25.
Remarque : Notons que si la formule fondamentale donne immédiatement le prix de l’option, elle ne
donne pas directement la composition du portefeuille de couverture.
Bt
En effet comme erδt est le rendement B 0
de l’actif non risqué durant le laps de temps δt, et comme
d et u sont les deux rendements possibles SS0t de l’actif risqué sur le même laps de temps, si l’on
avait d < u < erδt par exemple, on aurait une opportunité d’arbitrage :
t t + δt
−St −St d ou −St u
α αerδt
0 St (e − d) ou St (erδt − u)
rδt
Car si α est une somme d’argent égale à St et placée au taux r, le portefeuille représenté dans ce
tableau est une opportunité d’arbitrage. On raisonnerait de façon analogue dans le cas erδt < d < u,
avec +St et −α.
Remarque : Une opportunité d’arbitrage est parfois appelée un free lunch (et l’hypothèse d’AOA,
no free lunch), ce qui résume l’idée que sous cette hypothèse il n’y a pas de possibilité de gagner
d’argent à coup sûr, c’est-à-dire sans prendre de risque.
Remarque : C’est encore un raisonnement d’AOA qui rend plausible l’unicité du prix de l’option.
En effet nous avons choisi pour prix de l’option celui d’un portefeuille de couverture. Mais pourquoi
n’y aurait-il pas une autre façon de s’y prendre qui conduirait à un prix différent, disons un prix
moindre par exemple ? En réalité ce n’est pas possible car si tel était le cas, un portefeuille com-
prenant l’option, vendue à un prix C0 strictement inférieur au prix du portefeuille de couverture
Π0 , le portefeuille de couverture lui-même en débit et une somme Π0 − C0 , serait une opportunité
d’arbitrage comme l’indique le tableau suivant :
t=0 t=T
C0 CT
−Π0 −ΠT
Π0 − C0 (Π0 − C0 )erT
0 >0
Enfin une conséquence de l’AOA, importante dans la pratique, est la relation de parité call-put :
Proposition 2.4 Considérons un call Ct et un put Pt souscrits sur le même actif sous-jacent St ,
de même date d’échéance T et même prix d’exercice K. On a la relation de parité call-put suivante :
Ct − Pt = St − Ker(T −t)
.
Chapitre 3
A coté des modèles dynamiques déterministes, c’est-à-dire pour lesquels les quantités étudiées ont
une évolution gouvernée par une équation différentielle ou une équation récurrente dont la connaissance
fournit une prédiction certaine de ses valeurs futures, il existe des modèles dynamiques aléatoires , ou
processus stochastiques, souvent plus pertinents car ils permettent de prendre en compte plusieurs avenirs
possibles ; les plus simples sont les marches aléatoires.
St = S0 uj di−j , (3.1)
où S0 est la valeur de l’action à la date présente, t = iδt et donc i = t/δt = nt/T ≤ n, puisque
t ≤ T . Notons que choisir un modèle CRR demande trois “paris”, sur n, u, et d ; nous ne voyons aucun
inconvénient à choisir d = 1/u, dès lors qu’on respecte que d < R < u, où R := erδt est la somme
dûe, “intérêt et principal” dirait la Cigale, après une période δt, pour le prêt d’un euro (ou toute unité
17
18 CHAPITRE 3. MARCHES ALÉATOIRES. FILTRATION ET INFORMATION
choisie pour exprimer St ). Nous appelons r le taux d’intérêt (ou “taux continu”) ; il est, et c’est essentiel
ici, supposé connu pour tout la période T = [0..T ]δt , et constant. Le choix de n a son importance mais
n’est pas capital, par exemple n = 50 ; l’approche classique “en temps continu” évacue cette question
en prenant la limite lorsque n tend vers l’infini. Le choix de u, en revanche, est essentiel. En pratique
ce choix s’effectue de façon à ce que le modèle soit en cohérence avec les prix
√
d’options sur le marché,
σ δt
au travers du choix de la valeur de la “volatilité” σ de l’action, avec u = e . On peut considérer que
l’introduction d’un modèle, tel qu’ici CRR, sert avant tout à préciser ce qu’on entend, en pratique, par
“cohérence”, et on choisira σ tel que le prix observé pour une option vendue sur le marché coı̈ncide avec
la valeur Π0 (u(σ)) calculée avec la méthode exposée ici. Une fois la valeur σ ainsi déterminée (on parle
de “volatilité implicite”), on l’utilise pour calculer la valeur d’autres contrats, de payoffs X ou de date
d’exercice T différents
où, pour tout i ∈ [0..n], Jn : Ω −→ [0..i] (⊆ R) est une fonction définie sur un ensemble permettant
d’indexer tous les comportements envisagés par le modèle CRR. A l’évidence, nous pouvons choisir
pour Ω un ensemble fini. Dès que i > 0, Ji peut prendre plus qu’une valeurs et est donc aléatoire1
A noter qu’il n’est pas important que nous précision notre choix de Ω : cela peut être une définition
géométriquement parlante comme toutes les trajectoires possibles dans le graphe des valeurs (t, St ) dans
le modèle CRR, ou plus proche d’un codage des mouvements tel que Ω = {0, 1}n ; dans ce dernier cas,
Pi
si ω = (ω1 , . . . , ωn ) ∈ Ω = {0, 1}n, on a la définition explicite suivante de Ji (ω) = i=1 ωi , mais ceci ne
nous sera pas utile.
A présent S := (St )t∈[0..T ]δt est lui aussi un processus, défini pour tout t ∈ T = [0..T ]δt , avec
Lorsque nous avons introduit le modèle CRR, nous avons expliqué que St+δt se déduit de St soit par
multiplication par u (mouvement vers de haut) ou par d (mouvement vers le bas). Comme Ji compte
le nombre de mouvements vers le haut, nous voyons que les éléments constitutifs de la description de la
dynamique aléatoire de S sont les
Ils permettent, par la récurrence Ji+1 = Ji + δJi+1 , de définir les Ji et, partant, les Siδt . Ils se prètent
bien à l’introduction de la probablité, conformément à l’observation faite à la section 2.3. Rappelons qu’à
la formule (2.6) nous avons introduit la valeur
R−d
p= , avec R = erδt (3.4)
u−d
comme probabilité “de calcul” affectée à un “up” de l’action, c’est-à-dire que p = P(St+δt = su) où
s = St (ω), indépendemment de cette valeur. Ceci équivaut à imposer, dans notre modèle stochastique, que
les (δJi )i=1..n soient des v.a. de Bernoulli indépendantes, de loi B(1, p), c’est-à-dire que p = P(δJi = 1) et,
P
partant, que chaque Ji = ik=1 δJk suit une loi binômiale B(i, p) et, comme, pour t = iδt, St = S0 uJi di−Ji ,
on retrouve
j i−j i
P(St = S0 u d ) = pj (1 − p)i−j . (3.5)
j
C’est en ce sens que l’on peut voir le processus δJ := (δJi )i=1..n comme la source fondamentale d’aléa
du modèle CRR.
1 Lorsque nous aurons muni Ω d’une probabilité P, J sera une variable aléatoire (v.a.). Comme nous pouvons choisir Ω
i
fini, nous pourrons aussi le choisir tel que P({ω}) 6= 0, pour tout ω ∈ Ω et que P et définie sur tout P(Ω) ; ceci nous permet
d’introduire la notion de tribu sans rencontrer les difficultés que cela implique habituellement.
3.3. CARACTÉRISER CE QUI SERA CONNU ET CE QUI RESTERA ALÉATOIRE 19
Par exemple dans le modèle CRR à n = 3 étapes, l’espace Ω comporte 8 évènements élémentaires,
ω1 = (1, 1, 1), ω2 = (1, 1, 0), ω3 = (1, 0, 1), ω4 = (1, 0, 0), ω5 = (0, 1, 1), ω6 = (0, 1, 0), ω7 = (0, 0, 1), et
ω8 = (0, 0, 0) et il y a 8 trajectoires notées respectivement γ1 ,. . .,γ8 :
γ1 = (S0 , 0) ; (δt, S0 u) ; (2δt, S0 u2 ) ; (3δt, S0 u3 )
γ2 = (S0 , 0) ; (δt, S0 u) ; (2δt, S0 u2 ) ; (3δt, S0 u2 d)
γ3 = (S0 , 0) ; (δt, S0 u) ; (2δt, S0 ud) ; (3δt, S0 u2 d)
γ4 = (S0 , 0) ; (δt, S0 u) ; (2δt, S0 ud) ; (3δt, S0 ud2 )
γ5 = (S0 , 0) ; (δt, S0 d) ; (2δt, S0 ud) ; (3δt, S0 u2 d)
γ6 = (S0 , 0) ; (δt, S0 d) ; (2δt, S0 u2 ) ; (3δt, S0 ud2 )
γ7 = (S0 , 0) ; (δt, S0 d) ; (2δt, S0 d2 ) ; (3δt, S0 ud2 )
γ8 = (S0 , 0) ; (δt, S0 d) ; (2δt, S0 d2 ) ; (3δt, S0 d3 )
Exemple : Si la marche aléatoire est le modèle CRR à 3 étapes, on peut associer à chaque partition
| t , une tribu, notée Ft :
Ω
– si t = 0, F0 = {o /, Ω}.
– si t = δt, Fδt = {o /, Ω1 , Ω2 , Ω}.
– si t = 2δt, F2δt = {o /, Ω11 , Ω12 , Ω21 , Ω22 , Ω1 , Ω2 , Ω11 ∪ Ω2 , . . . , Ω}.
– si t = 3δt, F3δt = P(Ω).
Et on a évidemment F0 ⊂ Fδt ⊂ F2δt ⊂ F3δt . Cette suite croissante de tribus est appelée une filtration.
En d’autres termes, les éléments de Ω | X sont les X −1 (x) pour x ∈ X(Ω). Cette partition, elle aussi,
engendre une algèbre appelée la tribu de X et notée σ(X) ; on a
On retrouve FtS on choisissant X = (Sδt , S2δt , . . . , St−δt , St ) qui est une variable aléatoire à valeurs dans
R = Ri , où t = iδt.
Proposition 3.1 La variable aléatoire Y est σ(X)-mesurable si et seulement si il existe une fonction g
définie sur X(Ω) telle que Y = g(X).
Preuve : Les atomes de σ(X) sont les X −1 ({x}) pour x ∈ X(Ω). Supposons que Y est σ(X)-mesurable
et notons ω l’atome de σ(X) contenant ω. Soit x ∈ X(Ω) quelconque ; donc x = X(ωx ) pour un ωx ∈ Ω
au moins ; Y est constante sur ω x , donc Y (ω x ) = {yx } ; il suffit de poser g(x) := yx .
Réciproquement, supposons que Y = g(X) ; soit ω ∈ Ω quelconque et xω := X(ω). Par définition
de ω, X est constante sur cet atome de σ(X), donc ∀ω 0 ∈ ω, X(ω 0 ) = X(ω) = xω , et donc Y (ω 0 ) =
g(X(ω 0 )) = g(xω ) = g(X(ω)) = Y (ω) ; donc Y est bien constante sur ω ce qui, par définition, montre que
Y est σ(X)-mesurable. 2
Dans le chapitre qui suit nous allons, pour chaque t ∈ [0..T ]δt , confectionner une variable aléatoire
Πt FtS -mesurable qui se prète à un remarquable calcul : le calcul des espérances conditionnelles. Nous
verrons que cette variable aléatoire, appelée l’espérance conditionnelle du payoff ΠT de l’option, n’est
autre que la valeur, à l’instant t, du portefeuille de couverture. Ce faisant, nous rendrons applicable le
calcul des espérances conditionnelles au calcul des prix d’options.
4 Le fait que Ω soit fini permet cette définition simplifiée ; la définition dans le cas générale n’est guère plus compliquée
(mais impose de savoir ce qu’est un borélien de R ; toutes fois les preuves que nous utiliseront sont alors beaucoup plus
subtile, même si elle n’apprennent rien sur la Finance !)
Chapitre 4
Espérance conditionnelle
Dans les leçons précédentes nous avons appris à calculer le prix de diverses options à l’instant t = 0. Les
options étant des actifs financiers négociables, qu’on veut pouvoir acheter et vendre aussi à des instants
ultérieurs, on voudrait également savoir décrire et calculer leur prix à des instants t > 0. C’est ce que
nous allons faire dans cette leçon grâce à la notion d’espérance conditionnelle par rapport à une tribu. On
découvrira au passage que cette espérance conditionnelle, qui généralise l’espérance conditionnelle usuelle
d’une variable aléatoire par rapport à un évènement, est en fait un extraordinaire outil de calcul, un de
ceux qui font que la théorie des probabilités s’appelle souvent le calcul des probabilités.
∀ω ∈ Ω, P(ω) 6= 0.
P
Soit X une variable aléatoire sur Ω. L’espérance de X est le nombre E (X) = ω∈Ω X(ω)P(ω). Notons
que, pour tout évènement A ⊆ Ω appartenant P à la tribu T , on peut exprimer la probabilité de A comme
l’espérance d’une v.a., en posant P(A) = α∈A P(α) = E IA , où IA désigne la v.a. indicatrice de A, égale
à 1 sur A et 0 sinon.
Plus généralement, on appelle “espérance de X sachant A” ou “espérance de X conditionnellement à
A”, le nombre, notée E(X/A), donné par
1 X E (XIA )
E(X/A) = X(α)P(α) = .
P(A) E IA
α∈A
En d’autres termes E(X/A) est la moyenne des éléments de A, pondérée par leur probabilité rapportée à
la probabilité de A.
Nous insistons sur le fait que l’espérance conditionnelle d’une v.a. sachant un évènement est un
nombre. L’espérance conditionnelle par rapport à une tribu, que nous allons introduire à présent, n’est
pas un nombre, mais “un nombre qui dépend de l’état du monde”, c’est-à-dire une variable aléatoire.
21
22 CHAPITRE 4. ESPÉRANCE CONDITIONNELLE
On voit donc que par définition l’espérance conditionnelle par rapport à une tribu F est une v.a.
constante sur les atomes Ωi de la partition Ω
| associée à F. On a plus précisément :
Proposition 4.1 La v.a. E(X|F) est mesurable par rapport à la tribu F et de plus si Y = E(X|F)
désigne cette v.a., alors Y peut être définie comme l’unique v.a. F-mesurable telle que
Preuve : Le fait que E(X|F) soit mesurable par rapport à la tribu F est clair par définition puisqu’elle
est constante sur les atomes de la partition Ω | associée à F.
Montrons qu’elle vérifie l’équation (4.1) : Soit ω est un élément quelconque de l’atome Ωi , et donc
ω = Ωi ; comme Y est constante sur les atomes on a Y (ω) = Y (α) pour tout α ∈ Ωi . Par définition de
Y = E(X|F), on a
1 X 1 X P(Ωi )
E(Y /Ωi ) = Y (α)P(α) = Y (ω) P(α) = E(X|F)(ω) = E[X/ω] = E(X/Ωi ).
P(Ωi ) P(Ωi ) P(Ωi )
α∈Ωi α∈Ωi
Proposition 4.2 Soient X et Y des v.a. sur (Ω, T , P), F et G des sous-tribus de T, et x0 , a et b des
nombres réels. On a :
1. E(X|T ) = X, et E(X|{∅, Ω}) = E(X).
2. E(aX + bY |F) = aE(X|F) + bE(Y |F).
3. Si X ≥ 0, on a E(X|F) ≥ 0, avec égalité si et seulement si X = 0.
4. E(x0 |F) = x0 .
5. Si Y est F-mesurable, on a E(XY |F) = Y E(X|F)
6. Si G ⊆ F, on a E( E(X|F) | G) = E(X|G). En particulier E(E(X|F)) = E(X).
Cette sixième propriété s’appelle la transitivité des espérances conditionnelles. Elle est d’un usage
fréquent en Finance.
On peut vérifier facilement que si F est une tribu alors l’ensemble des v.a. de L2 (Ω) F-mesurables
forment un sous espace vectoriel. En effet, si X et Y sont deux v.a. F-mesurables, donc constantes sur
les atomes de la partition associée à la tribu F, toute combinaison linéaires λX + µY , pour λ et µ réels
quelconques, est encore F-mesurable.
Proposition 4.3 Soient X une v.a. et F une tribu. L’espérance conditionnelle de X par rapport à la
tribu F est la projection orthogonale de X sur le sous espace G des v.a. F-mesurables.
/, Ω} = F0X ⊂ Fδt
{o X
⊂ . . . ⊂ FTX ⊆ P(Ω)
définie de la façon suivante : pour chaque t ∈ T,les atomes de la tribu FtX sont les classes d’équivalence
pour la relation :
t
ω 0 ∼ ω 00 si et seulement si Xs (ω 0 ) = Xs (ω 00 ) pour tout s ∈ [0..t].
L’exemple de filtration importante pour nous et la filtration associée à la marche CRR est détaillé au
chapitre 3.
On a vu ci-dessus comment associer à une v.a. X son espérance conditionnellement à une tribu,
E(X|F) =: Y . Si l’on dispose non plus d’une seule tribu mais de toute une filtration (Ft )t∈T , on peut
associer alors, à toute v.a. X, une famille, indéxée par t ∈ T, de variables aléatoires Yt := E(X|Ft ),
c’est-à-dire une nouvelle marche aléatoire (Yt )t∈T .
Prenons l’exemple d’une option enropéenne standard (T, ϕ(ST )) souscrite sur une actif (St )t∈T . La
fonction de paiement X := ϕ(ST ) est une v.a. sur l’ensemble des états du monde Ω sur lesquel est définie
la m.a. (St ). On peut donc associer à l’option une nouvelle m.a. donnée par Yt := E(ϕ(ST )|Ft ). Que
représente Yt par rapport à X := ϕ(ST ) ? Pour chaque état du monde ω ∈ Ω, Yt (ω) est l’espérance
conditionnelle de X sachant ω, où ω désigne l’atome de la tribu Ft , c’est-à-dire l’ensemble des états du
monde correspondant à des trajectoires de la marche (St ) qui coı̈ncident jusqu’à l’instant t. En d’autres
termes, Yt (ω) est la moyenne des paiements attendus sur toutes les trajectoires qui coı̈ncident avec ω
jusqu’à l’instant t, ou la moyenne des paiements futurs sachant la trajectoire Ss jusqu’à l’instant t,
c’est-à-dire connaissant l’information jusqu’à t. Notons que l’on a E(ϕ(ST )|FTS ) = ϕ(ST ) (car ϕ(ST ) est
FTS -mesurable) et E(ϕ(ST )|F0S ) = E(ϕ(ST )) (car F0S = {∅, Ω}).
En fait, par le choix de p = R−d S
u−d et des lois des δJ = (δJi )i=1..n , le nombre E(ϕ(ST )|Ft )(ω) est
précisément le prix du portefeuille de couverture à l’instant t, lorsque l’action vaut St (ω). En d’autres
termes, en utilisant la notion d’espérance conditionnelle par rapport aux tribus de la filtration des prix
du sous-jacent, il est possible de calculer le prix d’une option, non seulement à l’instant t = 0 mais à tout
instant t ∈ T : c’est la formule fondamentale qui généralise celle donnée au chapitre 2 pour t = 0. La
seule hypothèse que nous faisons sur l’option est qu’elle soit européenne d’échéance T , c’est à dire qu’elle
paye sa valeur ΠT à la date T et que cette valeur ne dépendent que des valeurs de S jusqu’à cette date,
c’est-à-dire qu’elle soit FTS -mesurable ; par exemple ΠT = ϕ(ST ) pour une option vanille de fonction de
paiement ϕ.
24 CHAPITRE 4. ESPÉRANCE CONDITIONNELLE
Théorème 4.4 Considérons un marché financier (St , Bt )t∈T où l’actif risqué S suit un modèle CRR et
l’actif sans risque est donné par Bt := ert . Considérons une option européenne d’échéance T et de valeur
ΠT qui est FTS -mesurable. Pour tout t ∈ T = [0..T ] la valeur Πt du portefeuille de couverture est donnée
par
Πt = e−r(T −t) E(ΠT |FtS ) (4.3)
où (FtS )t∈T est la filtration associée à la m.a. S = (St )t∈T et où l’espérance conditionnelle est calculée
erδt −d
sous la probabilité de calcul définie par p = u−d . En particulier, la prime de l’option est egale à
Π0 = e−rT E(ΠT ).
Rappelons que le calcul du prix Πt (ω) du portefeuille de couverture s’effectue par récurrence rétrograde
à partir de sa valeur finale ΠT , supposée FTS -mesurable, c’est à dire que ΠT (ω) est fonction des valeur
sδt , s2δt , . . ., sT des St (ω) pour t ∈ T. De fait, plus généralement, Πt est FtS -mesurable, c’est à dire une
fonction (dépendant de t) des sδt , . . ., st ; en effet supposons que ce soit le cas pour t + δt :
et plaçons-nous à la date t, lorsque nous savons que St (ω) = sδt , . . ., St (ω) = st . Dans ce cas St+δt (ω) =
sδt u ou St+δt (ω) = sδt d et le calcul élémentaire vu au chapitre 2 nous montre que la valeur du portefeuille
de couverture à la date t se déduit des deux valeurs correspondantes π(t, sδt , . . . st , st u) et π(t, sδt , . . . st , st d)
à t + δt par la formule
1
Πt (ω) = (pπ(t + δt, sδt , . . . st , st u) + (1 − p)π(t + δt, sδt , . . . st , st d)) =: π(t, sδt , . . . st ) (4.4)
R
avec R := erδt et p := R−d u−d , et qui est bien une fonction des seules valeurs de Ss (ω) pour s ≤ t.
Reformulons ce résultat en termes d’espérance conditionelle :
Lemme 4.5
1
Πt = E(Πt+δt | FtS ). (4.5)
R
Preuve : Pour tout ω ∈ Ω, soient siδt := Siδt (ω), i = 1..n. Rappelons que ω t est l’atome de ω dans la
tribuFtS ,
ω t = {ω 0 ∈ Ω | Sδt (ω 0 ) = sδt , . . . , St (ω 0 ) = st }.
Par définition de l’espérance conditionnelle nous avons
2
La preuve du théorème s’en déduit facilement par transitivité de l’espérance conditionelle : posons
t = iδt ; par n − i applications du lemme on obtient
1 1 1 1
Πt = E E . . . E(ΠT | FTS−δt ) . . . | Ft+δt
S
| FtS = n−i E(ΠT |FtS ) = e−r(T −t) E(ΠT |FtS ).
R R R R
Chapitre 5
La notion de martingale joue aujourd’hui un rôle central en finance mathématique1 ; elle était déja
présente dans la thèse de Louis Bachelier en 1900 mais elle n’a commencé à être étudiée systématiquement
par les mathématiciens que vers 1940, notamment par P. Levy et J.L. Doob, et plus tard par l’école de
probabilités de Strasbourg, notamment P.A. Meyer. Ce n’est qu’à la fin des années 70 et au début des
années 80 (dans un séries d’articles de M. J. Harrison, D. M. Kreps et S. R. Pliska) que l’on a commencer
à comprendre les liens entre les notions économiques ou financières d’absence d’oportunité d’arbitrage et
de complétude du marché et la notion mathématique de martingale. Ce sont ces liens que nous étudions
ici à travers notamment deux résultats importants parfois appelés les deux théorèmes fondamentaux de
la finance mathématique.
5.1 Martingales
Intuitivement, une martingale est une marche aléatoire n’ayant ni tendance haussière ni tendance
baissière, sa valeur à chaque instant étant égale à l’espérance de ses valeurs futures. On utilise des
marches aléatoires ayant cette propriété pour modéliser le prix des actifs financiers car un prix de marché
est un nombre sur lequel deux parties, celle qui achète et celle qui vend, tombent d’accord ; si le prix
avait une tendance à la hausse, le vendeur n’aurait pas accepté la transaction et inversement s’il avait
une tendance à la baisse c’est l’acheteur qui l’aurait refusé. Donc il est naturel de supposer qu’un fair-
price a la propriété de martingale. Cela n’entraine nullement que le prix ne varie pas car, selon l’état
du monde qui se réalise, il augmente effectivement ou bien diminue. Mais lorsque l’on prend en compte
l’ensemble des états du monde possibles, il est raisonnable de supposer que sa variation espérée est nulle.
Bien sûr, les véritables variations du prix qui interviendront dans la réalité, et qui dépendent de l’état du
monde, seront certainement non nulles. D’ailleurs, c’est parce que les deux parties n’ont pas les mêmes
anticipations sur l’état du monde qui va se réaliser que la transaction a lieu.
Définition : Soit (Ω, T , P ) un espace probabilisé fini et soit F := (Ft )t∈T une filtration de Ω. On dit
qu’une marche aléatoire M := (Mt )t∈[0..T ]δt est une F-martingale (mtg) si et seulement si
Observons qu’il résulte de la définition de l’espérance conditionnelle qu’une F-martingale est toujours
une marche aléatoire F-adaptée, c’est-à-dire que, pour tout t, la v.a. Mt est Ft -mesurable.
La proposition suivante donne trois autres caractérisations de la propriété de martingale, souvent
utiles, qui découlent également des propriétés de l’espérance conditionnelle. On utilise la notation Es X :=
E(X|Fs ).
1 Voir le livre de Nicolas Bouleau, Martingales et marchés financiers, Editions Odile Jacob, 1998
25
26 CHAPITRE 5. MARTINGALES, ARBITRAGE ET COMPLÉTUDE
D’où la propriété 4. On vérifie enfin que la propriété 4 implique à son tour la propriété 1 car, comme Ms
est Fs -mesurable Ms = Es (Ms ), et donc Ms − Es (Mt ) = Es (Ms − Mt ) = 0. 2
Exemples :
1. Le premier exemple est celui de la p-marche de Wiener (Wt )t∈T pour laquelle on a par définition :
√ √ √
E(δWt ) = p δt + (1 − p)(− δt) = (2p − 1) δt.
Donc c’est une martingale (par rapport à la filtration qui lui est associée) si et seulement si p = 12 .
2. Le second exemple est celui de la marche aléatoire de Cox, Ross et Rubinstein (St )t∈T qui modélise
le prix d’un actif financier à l’instant t. Pour trouver une probabilité p = P (St+δt /St = u) telle
que sa valeur actualisée soit une martingale, on procède de la façon suivante : si r désigne le taux
d’escompte monétaire, supposé constant, et S̃t le prix actualisé, S̃t := e−rt St , on a les relations
suivantes que doit satisfaire p :
Et (S̃t+δt ) = e−r(t+δt) E(St+δt ) = e−r(t+δt) (pSt u + (1 − p)St d) = e−rδt (pu + (1 − p)d)S̃t .
Donc S̃t est une F-martingale pourvu que pu + (1 − p)d = erδt . On retrouve la probabilité risque
neutre introduite pour évaluer le prix d’options :
erδt − d
p= .
u−d
Dans le modèle CRR, la probabilité risque neutre est donc l’unique probabilité pour laquelle la
valeur actualisée de l’actif sous-jacent est une martingale.
3. Le troisième exemple est celui d’une martingale fermée par une v.a. : si Φ est une v.a. sur un
espace probabilisé muni d’une filtration F = (Ft )t∈T , la marche aléatoire (Xt )t∈T définie par
Xt := E(Φ/Ft ) est, par construction, une martingale. De façon générale, on dit qu’une F-martingale
Mt est une martingale fermée par la v.a. Φ si elle s’écrit Mt := E(Φ/Ft ) pour une certaine v.a. Φ.
C’est une façon naturelle de construire une martingale et c’est ce que nous avons fait à travers la
fomule fondamentale pour la marche C̃t . Nous avons vu en effet que
Ct = er(T −t) E(ϕ(ST )/Ft )
ce qui s’écrit encore ert Ct = E(erT ϕ(ST )/Ft ). Ainsi la formule fondamentale indique qu’à tout
instant t, le prix actualisé C̃t d’une option européenne (T, ϕ(ST )) est la martingale fermée par la
˜ T ).
v.a. ϕ(S
Proposition 5.2 Si (Mt )t∈T est une martingale, alors t 7→ E(Mt ) est constant et pour tout t ∈ T on
a E(Mt ) = E(M0 ). En particulier si M0 est une v.a. constante, égale au nombre M0 , on a pour tout t,
E(Mt ) = M0 .
De cette proposition appliquée à la martingale (C̃t )t∈T , on déduit immédiatement que la valeur de la
prime C0 est l’espérance du payoff C̃T = ϕ(S̃T ).
Pour finir ce paragraphe, indiquons la definition de sur- et sous-martingale, utile notamment pour
l’etude des options américaines.
Définition : On dit qu’une m.a. (Xt )t∈T est une F-sous2 -martingale si et seulement si X est F-adaptée
et
pour tous s ≤ t, Xs ≤ E(Xt | Fs ). (5.2)
On définit de façon analogue les F-surmartingales. Evidemment une m.a. qui est à la fois une sur- et
une sous-martingale est une martingale.
2 retenir que toute valeur Xs de la marche est “sous” (≤) l’espérance (conditionnelle) de toute valeur future (E(Xt |Fs )).
5.2. MARCHÉ ET “PERTES ET PROFITS” D’UN PORTEFEUILLE 27
Il est utile d’introduire, à coté des prix des actifs ou des portefeuilles leurs prix actualisés, de façon
St Vπ
à pouvoir comparer leurs valeurs à des instants t différents. On désigne par S̃t := B t
et Ṽtπ := Btt ces
valeurs actualisées. On a alors
Ṽtπ = αt · S̃t + βt .
Remplacer dans les calculs les prix des actifs Sti par leurs valeurs actualisées S̃ti correspond à ce que
l’on appelle parfois “travailler en Euros constants” c’est-à-dire choisir comme numéraire le prix de l’actif
non risqué Bt et donc exprimer les autres prix en fonction de celui-ci. On supposera aussi désormais que
B0 = 1.
Une propriété importante des portefeuilles que nous considérons, que possèdent notamment les porte-
feuilles destinés à couvrir une option, est d’être autofinancés, c’est-à-dire que, lors de la recomposition à
chaque instant t ∈ T, les modifications se font sans apport ni retrait de fonds. Cette propriété s’exprime
par l’identité suivante :
Définition : Un portefeuille Πt = (αt ; βt ) est dit autofinancé ssi pour tout t = 0, . . . , T − δt, on a :
αt+δt · St + βt+δt Bt = αt · St + βt Bt . (5.3)
Une autre façon d’évaluer la valeur d’un portefeuille autofiancé est d’étudier ses “pertes et profits”,
c’est-à-dire la somme accumulée des gains et pertes réalisés, en raison des variations de la valeur des actifs
qui le composent.
Définition : On appelle pertes et profits, noté P &Pt , d’un portefeuille Πt = (αt ; βt ) la quantité
t
X
P &Pt (α) := αs (δ S̃s ) où δ S̃s = S̃s − S̃s−δt .
s=δt
28 CHAPITRE 5. MARTINGALES, ARBITRAGE ET COMPLÉTUDE
π
Preuve : Par (5.3) pour t = s − δt, on a Vs−δt = αs · Ss−δt + βs Bs−δt , et donc
X
t t π
X π
V0π Vs Vs−δt
Ṽtπ = δ Ṽsπ + Ṽ0π = + −
B0 Bs Bs−δt
s=δt s=δt
t
X 1 1
= V0π + (αs · Ss + βs Bs ) − (αs · Ss−δt + βs Bs−δt )
Bs Bs−δt
s=δt
X t t
X
= V0π + (αs · S̃s + βs ) − (αs · S̃s−δt + βs ) = V0π + αs · δ S̃s = V0π + P &Pt .
s=δt s=δt
2
Pt
Si l’on suppose que S̃t est une martingale, la somme s=δt αs (δ S̃s ) s’appelle la transformée de la
martingale S̃t par la marche aléatoire prévisible αt . Cette somme est une version discrète de l’intégrale
stochastique de la marche αt contre les variations de la martingale S̃t . Cette somme est elle-même une
martingale comme nous allons le voir maintenant.
Théorème 5.4 Un marché financier (St1 , . . . , Std ; Bt ) est sans arbitrage si et seulement s’il existe une
probabilité P∗ , avec P∗ ({ω}) > 0 pour tout ω ∈ Ω, telle que tous les actifs actualisés (S̃t1 , . . . , S̃td ; B̃t )
soient des martingales sous cette probabilité. Cette probabilité P ∗ s’appelle probabilité de martingale ou
probabilité risque neutre.
Avant de démontrer ce théorème, étudions un exemple que l’on peut trouver dans le livre de Pliska :
Exemple : C’est un exemple à une étape (c’est-à-dire un pas de temps unique δt = T ) et pour lequel
on n’a qu’un seul actif risqué St défini par S0 = 5 et Sδt ∈ {3, 4, 6}. Comme habituellement on suppose
F0 = {∅, Ω} et on désigne par p = P∗ {Sδt = 3}, q = P∗ {Sδt = 4}, and 1 − p − q = P∗ {Sδt = 6}. Dans
ce cas, il est facile de voir que pour que S = (St )t∈{0,T } soit une martingale il faut que (on rappelle que
r = 0) :
5 = S0 = E∗ (Sδt | F0 ) = E∗ (Sδt ) = p3 + q4 + (1 − p − q)6 = 6 − 3p − 2q,
5.4. MARCHÉS COMPLETS ET NON COMPLETS 29
ou, ce qui revient au même, que q = 12 − 32 p (et 1 − p − q = 12 − 12 p). Finalement S est une martingale
si 3p + 2q = 1 et P∗ {Sδt = 3} = p ∈ (0, 13 ). Les valeurs possibles pour les deux autres probabilités
en découlent : q = P∗ {Sδt = 4} ∈ (0, 12 ) et 1 − p − q = P∗ {Sδt = 6} ∈ ( 12 , 23 ). Donc, le théorème
5.4affirme que ce modèle est sans arbitrage si et seulement si p ∈ (0, 13 ) =: (p∗− , p∗+ ). En d’autres
termes, il y a un ensemble des probabilités de martingale pour ce modèle qui forment un segment du type
( 1+λ 1−3λ 1
2 , 2 , λ), λ ∈ [0, 3 ].
On retiendra qu’en dehors de ces probabilités de martingale (qui donneront chacune un prix d’op-
tion différent) aucune probabilité n’est acceptable car toute autre probabilité conduirait à un modèle
présentant des opportunités d’arbitrage. Nous reviendons sur la question de la non unicité au prochain
paragraphe.
Preuve : Première partie : Pour montrer que l’existence d’une probabilité de martingale entraine
l’absence d’opportunité d’arbitrage (qui est la partie facile de la preuve), nous utiliserons le résultat
suivant :
Proposition 5.5 Si P∗ est une probabilité de martingale et α une stratégie autofinancée alors le processus
de pertes et profits associé à cette stratégie, P &P (α), est aussi une P∗ -martingale.
Preuve : On fait la preuve dans le cas d’un seul actif risqué (St ) pour simplifier. Pour montrer que
P &P (α) est une martingale on utilise la troisième propriété de la proposition 5.1. On a :
X X
δ(P &P (α))t+δt = αs δSs − αs δSs = αt+δt St+δt .
s∈(0..t+δt]δt s∈(0..t]δt
Preuve : deuxième partie : Pour montrer l’existence d’une probabilité de martingale lorsque le marché
est sans arbitrage, nous renvoyons le lecteur au livre de Lamberton et Lapeyre. 2
Définition : Soit (Ft ) la filtration représentant l’information disponible du marché que l’on suppose
sans arbitrage. Un nombre x ∈ R est appelé un prix de surcouverture pour une v.a. Φ FT -mesurable (telle
que le pay off d’une option) s’il existe une stratégie α telle que
De même x est un prix de souscouverture pour Φ s’il existe une stratégie α telle que
Proposition 5.6 Soit un modèle sans arbitrage, soit P∗ une probabilité pour laquelle tous les actifs sont
des martingales et soit Φ un pay off FT -mesurable. Alors pour tout prix de surcouverture x+ et tout prix
de souscouverture x− on a :
x− ≤ E∗ (Φ) ≤ x+ .
Preuve : Soit une stratégie de surcouverture α telle que x+ + P &PTS (α) ≥ Φ. Comme P∗ est une
probabilité de martingale, E∗ (P &PT (α)) = 0. Donc
On montrerait que x− ≤ E∗ (Φ) de la même façon en utilisant cette fois une stratégie de sousconverture.
2
Ce résultat montre que tout prix de non arbitrage x∗ := E∗ (Φ) obtenu comme espérance du pay off
pour une probabilité de martingale est borné supérieurement par n’importe quel prix de surcouverture
et aussi borné inférieurement par n’importe quel prix de souscouverture. Posons :
x+
X := Min {x ∈ R, tel que x est un prix de surcouverture pour Φ}
x−
X := Max {x ∈ R, tel que x est un prix de souscouverture pour Φ}.
Théorème 5.7 Un marché sans arbitrage est complet si et seulement s’il n’existe qu’une seule probabilité
de martingale (et donc un seul prix).
Remarque : Vendre une option à n’importe quel prix x > x+ permet de faire un arbitrage. En effet
il suffit de garder la prime x et d’appliquer une stratégie α+ . A l’instant final T on a P &LST (α+ )(ω) ≥
Φ(ω) − x+ , pour l’état du monde ω qui s’est réalisé. On paie alors Φ(ω) et on garde x, et on a donc
x + P &LST (α+ )(ω) − Φ(ω) ≥ x − x+ . Il reste au moins la quantité strictement positive x − x+ > 0 pour
un “free-lunch”.
On peut montrer comment obtenir de même un “free-lunch” en achetant une option de pay off Φ à
un prix x < x− .
Chapitre 6
Options américaines
Alors qu’une option européenne ne donne à son détenteur le droit d’exercer (et d’obtenir le pay-off)
qu’à un instant fixé T , l’option américaine correspondante lui donne ce droit à tout instant t ∈ [0..T ]δt :=
{0, δt, 2δt, . . . , T = nδt} compris entre 0 et T . Par exemple un call européen sur l’actif St rapportera
(ST − K)+ à la date T et le call américain sur le même actif sous-jacent rapportera, s’il est exercé à la
date t, le pay-off ϕ(St ) = (St − K)+ . Nous allons dans cette leçon apprendre à calculer le prix d’une
option américaine et au passage nous decouvrirons quelques beaux outils du calcul stochastique comme
le théorème d’arrêt optimal ou la décomposition de Doob-Meyer des surmartingales.
UT −δt = Max {ϕ(ST −δt ), e−rδt E(ϕ(ST )/FT −δt )} = Max {ϕ(ST −δt ), e−rδt E(UT /FT −δt )}
Mais on peut reproduire ce raisonnement pour l’instant t = T − 2δt, et ainsi de suite. On obtient ainsi la
relation de récurrence retrograde suivante :
Ut = Max ϕ(St ), e−rδt E(Ut+δt /Ft )
(6.1)
UT = PT
Dans le cas d’une option européenne, par exemple un Call, on déduit facilement de la relation de récurrence
Ct = e−rδt E(Ct+δt /Ft ) la formule fondamentale Ct = e−r(T −t) E(CT /Ft ) indiquant que la valeur de
l’option à l’instant t est l’espérance actualisée de son pay-off. Dans le cas d’une option américaine, on
ne déduit pas facilement de cette relation (A.2) la valeur de Ut directement comme une fonction de t et
du pay-off final ϕ(ST ) mais nous verrons qu’il existe néanmoins une formule fermée de ce type, quoique
moins explicite. Par contre, il est facile de programmer cette récurrence pour calculer la prime Ut à tout
instant t.
On ne sera pas surpris que l’option américaine soit plus chère, ou au moins aussi chère, que l’option
européenne correpondante puisqu’elle donne plus de droits. La différence entre les deux s’appelle la prime
d’exercice anticipé (early exercice premium). Dans quels cas a-t-on intérêt à exercer de façon anticipée
c’est-à-dire dans quels cas cette prime est-elle strictement positive ? Nous allons voir que ce n’est jamais
le cas pour un Call, sauf si l’actif sous-jacent distribue des dividendes et que par contre c’est généralement
le cas pour un Put, à moins de pouvoir supposer nul le taux d’intérêt r (ce qui ne serait pas très réaliste).
31
32 CHAPITRE 6. OPTIONS AMÉRICAINES
Proposition 6.1 En supposant que l’actif sous-jacent St ne distribue pas de dividende, le prix d’un Call
américain sur St est égal au prix du Call européen de même date et même prix d’exercice. Autrement
dit, la prime d’exercice anticipée est nulle.
Preuve : On déduit de (A.2) que pour tout t, Ut+δt ≥ ϕ(St+δt ). L’espérance conditionnelle et l’actual-
isation conservant cette inégalité, il en résulte que
Comme ϕ(St ) = (St − K)+ est une fonction convexe de St , l’inégalité de Jensen1 implique que
+
e−rδt E(Ut+δt /Ft ) ≥ e−rδt E(St+δt /Ft ) − e−rδt K .
Mais comme la valeur actualisée de St est une martingale, e−rδt E(St+δt /Ft ) = St , et donc
+
e−rδt E(Ut+δt /Ft ) ≥ St − e−rδt K ≥ (St − K)+ = ϕ(St ),
la dernière inégalité résultant simplement du fait que −e−rδt ≥ −1. Des deux termes du maximum de
(A.2), le second reste, pourtout t, supérieur ou égal au premier. Il n’y a donc pas d’intérêt à exercer
l’option avant la date finale T . 2
On notera que si l’on remplace dans ce calcul le pay-off du Call (St − K)+ par celui du Put (K − St )+ ,
la dernière inégalité cesse d’être satisfaite dès que r > 0. Et, de fait, si l’exercice anticipé n’est jamais
intéressant dans le cas du Call, il l’est souvent dans celui du Put (sauf si r = 0), comme nous allons le
voir maintenant.
Notons qu’en particulier, si on applique ce théorème au cas où t = 0, la prime d’une option américaine
U0 est égale à U0 = e−rT E(ϕ(Sτ0 ), où τ0 est le premier instant où le prix de l’option est égal au pay-off,
c’est-à-dire le premier instant où le maximum de la formule (A.2) est égal au premier des deux termes.
Plus précisément, tant que ce maximum est égal au second terme (espérance des valeurs futures), il n’est
pas intéressant d’exercer, mais au premier instant où le pay-off dépasse la valeur de la couverture, il
convient d’exercer.
Preuve : Pour simplifier, voici la preuve dans le cas particulier où t = 0 le cas général étant très
semblable.
On introduit la valeur actualisée de l’option américaine Ũt définie par Ũt = e−rt Ut et on considère
Ũt∧τ0 (ω) qui est égale à Ũt (ω) aussi lontemps que t < τ0 (ω) et à une constante Ũτ0 (ω) (ω) pour tout
1 pourϕ convexe, E(ϕ(X)) ≥ ϕ(E(X)), puisque l’hypergraphe de ϕ est convexe - observer comment sont localisés
E(X, ϕ(X)) et (E(X), ϕ(E(X)) ; dans notre contexte finitaire, E(Y |Ft )(ω) = E(Y |ω t ), où ω t désigne l’atome de ω dans
l’algèbre Ft .
6.3. STRATÉGIE DE COUVERTURE AVEC CONSOMMATION 33
140
135
130
125
120
115
110
105
100
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900
Fig. 6.1 – Tracé de la frontière d’exercice du put américain à la monnaie dans un modèle de Cox, Ross
et Rubinstein avec σ = 0.4, r = 0.05, T = 1, et n = 900.
t ≥ τ0 (ω). Cette marche est appelée la marche Ũ arrêtée au temps τ0 . Nous allons vérifier que cette
marche est une Ft -martingale : par définition de τ0 , comme 1 = It<τ0 + It≥τ0 et ces deux indicatrices
étant Ft mesurable, puisque τ0 est un F-temps d’arrêt, on a
E(Ũ(t−δt)∧τ0 − Ũt∧τ0 /Ft ) = It<τ0 E(Ũ(t−δt)∧τ0 − Ũt∧τ0 /Ft ) + It≥τ0 E(Ũ(t−δt)∧τ0 − Ũt∧τ0 /Ft )
= E(It<τ0 (Ũ(t−δt)∧τ0 − Ũt∧τ0 )/Ft ) + E(It≥τ0 (Ũ(t−δt)∧τ0 − Ũt∧τ0 )/Ft )
= E(It<τ0 (Ũt−δt − Ũt )/Ft ) + E(It≥τ0 (Ũτ0 − Ũτ0 )/Ft ).
Or sur {t < τ0 }, Ũt−δt = E(Ũt /Ft−δt ) d’après (A.2) et donc le premier terme est nul. C’est évidemment
le cas aussi du second donc Ũt∧τ0 est bien une martingale.
Il en résulte que Ũ0∧τ0 = E(ŨT ∧τ0 ) et donc que l’on a bien U0 = E(ϕ(Sτ0 )).
Il reste a vérifier que pour tout temps d’arrêt τ ∈ T (t, T ), E(ϕ(Sτ0 )) ≥ E(ϕ(Sτ )). On a bien en effet
la première inégalité résultant du fait qu’une surmartingale arrêtée (ici il s’agit de Ũt∧τ ) est encore une
surmartingale (exercice) et la seconde du fait que pour tout t on a Ut ≥ ϕ(St ) d’après (A.2). 2
^
Remarque : Si l’on désigne comme nous l’avons fait pour Ut , par ϕ(S t ) le pay-off actualisé, la formule
(A.2) peut s’écrire plus simplement
^
Ũt = max{ϕ(S t ), E(Ũt+δt /Ft )}.
On peut alors vérifier que Ũt est une surmartingale, et plus précisément que cette formule la définit comme
^
la plus petite surmartingale qui majore le pay-off actualisé ϕ(S t ). C’est ce que l’on appelle l’enveloppe de
^
Snell de ce pay-off actualisé ϕ(St ).
Le théorème précédent est en fait un théorème général qui permet d’exprimer toute enveloppe de
Snell comme une martingale obtenue en arrêtant de façon appropriée la surmartingale constituée par
cette enveloppe de Snell.
aussi longtemps que le prix de l’action restera inférieur à la “frontière d’exercice” et que le détenteur de
l’option n’exerce pas son droit, rapportant une richesse strictement positive que l’on désigne sous le nom
de consommation et qui restera acquise au vendeur de l’option.
La couverture d’une option américaine est donc une surconverture qui peut soit être une simple
couverture (exacte) soit générer une consommation, selon les cas.
Il y a une façon simple et élégante de formaliser cette situation au moyen d’un résultat connu sous le
nom de Décomposition de Doob-Meyer.
Théorème 6.3 Soit Ũt une Ft -surmartingale. Il existe une marche aléatoire At croissante et prévisible
(c’est-à-dire telle que pour tout t At soit Ft−δt -mesurable) telle que
Ũt = Mt − At
où Mt est une Ft -martingale. Cette décomposition de Ũt s’appelle sa décomposition de Doob-Meyer.
Preuve : La démonstration de ce théorème est particulièrement simple dans le cas discret où nous nous
plaçons ici. On définit les deux marches At et Mt de la façon suivante :
et
Comme Ũt = Max {Zt , E(Ũt+δt /Ft )}, ceci entraine que Ũt = Zt . Donc, par définition de τ0 , τA ≥ τ0 .
– Soit s ∈ [0..T ]δt . Sur {τ0 = s + δt}, Ũs+δt = Zs+δt et Ũs > Zs . Donc, comme At est prévisible,
Options barrières
Dans cette leçon, on va étudier l’exemple le plus simple d’option exotique, c’est-à-dire d’option dont la
valeur n’est pas seulement fonction des valeurs atteintes par l’actif sous-jacent à l’échéance mais aussi de
toutes les valeurs qu’il prend pendant la durée du contrat. De telles options s’appellent aussi des options
dépendant du chemin. L’étude des options barrières sera aussi l’occasion de rencontrer la notion de temps
d’arret et surtout le joli principe de réflexion d’André.
35
36 CHAPITRE 7. OPTIONS BARRIÈRES
donné durant ces 6 mois, le cours ne descend en dessous de L. Mais ce cas correspond à une situation où
la dépréciation redoutée est restée très limitée et le risque résiduel peut donc être jugé sans gravité.
Ce sont des situations de ce type qui conduisent au développement du marché des options barrières ;
celles-ci constituent plus de 10% de l’activité sur le marché des changes par exemple.
Proposition 7.1 Lorsque (Ω, P, F) est un espace probabilisé fini et T une sous tribu de F, une v.a. est
T -mesurable si et seulement si elle est constante sur les atomes de la tribu T .
Il est aussi utile de connaı̂tre la notion de tribu engendrée par une v.a. dont nous rappelons la
définition :
Définition : Si X : Ω → R est une v.a. sur (Ω, P, F), on appelle tribu engendrée par X, notée σ(X), la
plus petite sous tribu de F par rapport à laquelle X est mesurable. Plus généralement si X1 , X2 , . . ., Xm
est une suite de v.a. sur (Ω, P, F), la tribu engendrée par cette suite de v.a., notée σ(X1 , X2 , . . . , Xm ) est
la plus petite sous tribu de F par rapport à laquelle toutes les v.a. Xi , i = 1, . . . , m, sont mesurables.
Exemple : On a vu qu’on peut associer à toute marche aléatoire (Xt )t∈T une filtration (Ft )t∈T telle
que, pour un t ∈ T donné, les atomes de Ft sont formés des états du monde ω ∈ Ω dont les trajectoires
X(ω) coı̈ncident jusqu’à l’instant t. On se convainc facilement que les v.a. Xt sont Ft -mesurables et aussi
Fs -mesurable pour tout s ≥ t mais Xt n’est généralement pas Fs -mesurable pour s < t. Intuitivement
la propriété d’être Ft -mesurable pour une v.a. sur Ω signifie simplement, Ft représentant l’information
dont on dispose à l’instant t, que cette v.a. ne dépend que de l’information dont on dispose à cet instant
ou plus simplement qu’elle est connue à l’instant t, mais qu’elle ne peut pas prévoir l’avenir, c’est-à-dire
distinguer (en leur donnant des valeurs différentes) deux trajectoires qui coı̈ncident jusqu’à l’instant t
mais ne coı̈ncideraient plus au dela.
En particulier il est facile de voir que si (Ft )t∈T est la filtration associée à une m.a. (St )t∈R de Cox-
Ross-Rubinstein, ST est une v.a. FT -mesurable de même que toute v.a. de la forme ϕ(ST ) où ϕ est une
fonction (déterministe) de R dans R.
Remarque : Il y a un point un peu subtile qu’il est important de noter ici : pour une marche aléatoire
(Xt )t∈T , les deux tribus Ft et σ(Xt ) ne sont pas égales. La première représente l’information dont on
dispose jusqu’à l’instant t et la seconde l’information dont on dispose à l’instant t. En réalité on a
Ft = σ(X0 , Xδt , . . . , Xt−δt , Xt ) et donc σ(Xt ) ⊂ Ft mais cette inclusion est stricte. Une v.a. qui est Ft -
mesurable, donne donc nécessairement la même valeur à deux états du monde pour lesquels Xt coı̈ncide
jusqu’à l’instant t et donc, en particulier la même valeur pour deux états du monde pour lesquels Xt
coı̈ncide à l’instant t, alors qu’une v.a. σ(Xt )-mesurable donne la même valeur à deux états du monde
pour lesquels Xt coı̈ncide à l’instant t, mais pas nécessairement la même valeur à deux états du monde
pour lesquels Xt coı̈ncide à l’instant t mais pas à un instant antérieur.
La notion de temps d’arrêt formalise l’idée d’un instant où quelque chose se produit, par exemple le
passage d’une barrière, sans que cela ait lieu nécessairement au même instant sur toutes les trajectoires :
en ce sens c’est une temps aléatoire puisque sa valeur dépend de l’état du monde.
Définition : Si (Ω, P, F) est un espace probabilisé et (Ft )t∈T une filtration, une v.a. τ : Ω → T est un
temps d’arrêt si et seulement si pour tout t ∈ T, {τ = t} ∈ Ft .
On peut vérifier que la condition “pour tout t ∈ T, {τ ≤ t} ∈ Ft ” est équivalente à la précédente.
L’exemple suivant est l’un des exemples de temps d’arrêt les plus utilisés :
Exemple : Soit (Xt )t∈T une m.a. sur (Ω, P, F), (Ft )t∈T sa filtration associée et A ⊆ R un sous
ensemble quelconque. La v.a. suivante qui représente le premier instant d’entrée d’une trajectoire dans le
sous ensemble A est un temps d’arrêt :
Min {t ∈ T, Xt (ω) ∈ A} si {t ∈ T, Xt (ω) ∈ A} = 6 o
/
τ (ω) :=
T +1 sinon
7.3. CALCUL DU PRIX D’UNE OPTION DIC 37
Par contre on voit facilement que la v.a. suivante n’est pas un temps d’arrêt :
Max {t ∈ T, Xt (ω) ∈ A} si {t ∈ T, Xt (ω) ∈ A} =
6 o
/
θ(ω) :=
T +1 sinon
Proposition 7.2 Si (Xt )t∈T est une m.a. sur (Ω, P, F), et (Ft )t∈T la filtration associée, une v.a. τ est
un temps d’arrêt si et seulement si
t
[τ (ω) = t et ω 0 ∼ ω] ⇒ τ (ω 0 ) = t
En utilisant cette caractérisation, on montre par exemple que si τ et τ 0 sont deux temps d’arrêt alors
τ ∧ τ 0 := Min (τ, τ 0 ) est encore un temps d’arrêt, de même que τ + c, où c est une constante.
Définition : Soit (St )t∈T une m.a. CRR sur (Ω, P, F) et soit L > 0. La v.a. suivante est un temps d’arrêt
pour la filtration (Ft ) associée :
Min {t ∈ T, St (ω) ≤ L} si {t ∈ T, St (ω) ≤ L} =
6 o
/
τL (ω) :=
T +1 sinon
Si St (ω) est la trajectoire correspondant à l’état du monde ω, τL (ω) désigne donc le premier instant qui
suit le franchissement de la barrière L si cet instant précède T et il vaut T si la trajectoire ne franchit pas
la barrière avant T . On vérifie facilement qu’il s’agit bien d’un temps d’arrêt en utilisant la caractérisation
donnée par la proposition 7.2.
Ce temps d’arrêt permet d’exprimer par une formule la valeur à l’échéance ou payoff d’une option
DIC :
Définition : Une down and in call (DIC) de prix d’exercice K, d’échéance T et de barrière L souscrite
sur un actif modélisé par une m.a. CRR (St ) a pour valeur à l’échéance :
On a vu lors des leçons précédentes comment calculer le prix d’une option (T, ϕ(ST )) sur un sous-
jacent (St )t∈T de type CRR : c’est la formule fondamentale (proposition 4.3). Dans ce cas le payoff ϕ(ST )
est une v.a. ST -mesurable c’est-à-dire que ϕ(ST ) est connu dès qu’on connaı̂t la valeur atteinte par (St )
en t = T . Dans le cas d’une option barrière, la valeur atteinte par (St ) en t = T ne suffit pas pour
calculer le payoff, il faut en plus connaı̂tre la trajectoire suivie par St entre t = 0 et t = T puisqu’il faut
savoir si celle-ci a franchi la barrière ou non. Cela sigifie que la valeur de l’option à l’échéance n’est plus
σ(ST )-mesurable mais bien FT -mesurable. Rappelons la formule fondamentale :
Proposition 7.3 Dans un marché financier (St , Bt )t∈T où St suit un modèle CRR, en supposant le taux
d’escompte nul, le prix à l’instant t = 0 d’une option (T, ψT ), où ψT est FT -mesurable, est donnée par
ψ0 = E(ψT ), c’est-à-dire qu’il est égal à l’espérance, sous la probabilité risque neutre, de sa fonction de
paiement. En particulier, le prix d’une DIC est E((ST − K)+ IτL ≤T )
J-point
k-point
So
L
line of L-points end point
Fig. 7.1 – La ligne des L-points est la ligne de noeuds de l’arbre située sur ou immédiatement en-dessous
de la barrière d’ordonnée L. Elle a pour ordonnée S0 uJ−n où le nombre J défini par 7.1 a un sens
intéressant : c’est le nombre maximal de up que peut présenter à l’instant final une trajectoire qui a
franchi la barrière. Parmi ces trajectoires, celle qui aboutit (pour i = n) au point le plus élevé, noté
J-point sur la figure, commence par n − J down, pour atteindre la ligne de L-points, puis ne présente
plus que des up.
où [z] désigne la partie entière de z, c’est-à-dire le plus grand entier relatif inférieur au nombre z. En fait,
il y a deux cas de figure : soit le point le plus à droite de cette ligne de noeuds, notée end point sur la
figure, est un point d’abscisse T = nδt et son ordonnée s’écrit S0 ul dn−l = S0 uJ−n , pour un J = 2l pair,
soit son extrémité est un point d’abscisse T −δt = (n−1)δt et son ordonnée s’écrit S0 ul d(n−1)−l = S0 uJ−n
pour un J = 2l + 1 impair. A noter que dans les deux cas, l’entier l (qui vaut J/2 ou (J − 1)/2 selon la
parité de J) est défini par " #
n ln SL0
l := + . (7.2)
2 2 ln u
Le principe de symétrie d’André, illustré par la figure 7.2 (dans le cas où la ligne de noeuds située
immédiatement sous la barrière a pour extrémité un point d’abscisse T = nδt (cas où J est pair)) consiste
en la remarque suivante : le nombre de trajectoires issues de O qui atteignent le niveau j en t = T , en
ayant franchi la barrière, est égal au nombre de trajectoires issues du point O0 , symétrique de O par
7.4. EVALUATION PAR LE PRINCIPE D’ANDRÉ 39
2 2
2
2
2
2
2
2 !
2
2
O 2
2
2 2
2 2
2 2
2 2
2
2 2 2
2
2
2 2
2
S0 uj dn j
2
2
2
2
2
2 2 2
2
2 2
2
2 2
2 L
S0 ul dn l
2
2
2
2
2
2 2
2
2
O 05
2
!
5
5 0
5
5
5
5
5
5
5
_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _
0 Æt 2Æt nÆt
Fig. 7.2 – Illustration du principe de symétrie d’André dans le cas où J = 2l est pair.
rapport à la ligne de noeuds située immédiatement sous la barrière, et qui atteignent ce même niveau.
Comme j représente le nombre de up d’une trajectoire issue de O (et n − j le nombre de down), on vérifie
sans mal que si une trajectoire notée ω a j up, sa symétrique notée ω 0 en aura j 0 avec j 0 = j +n−J. Donc,
si J/2 ≤ j ≤ J, le nombre de trajectoires cherché est (nj+n−J ), ce qui s’écrit encore (nJ−j ). Par ailleurs on
voit immédiatement que si le niveau terminal j est tel que 0 ≤ j ≤ J/2, toute trajectoire issue de O doit
franchir la barrière pour atteindre ce niveau (donc le nombre de trajectoires cherché est simplement (nj )),
et enfin si j > J aucune trajectoire issue de O0 ne peut atteindre ce niveau.
D’où le lemme 7.4 suivant dans le cas où J est pair. Dans le cas où J = 2l + 1 est impair (cas non
représenté sur la figure), on retrouve les mêmes formules. En effet le nombre de trajectoires issues de O
qui atteignent le niveau j à l’instant final t = nδt, en ayant franchi la barrière, est égal à la somme du
nombre de trajectoires ayant atteint le niveau j − 1 à l’instant précédent t = (n − 1)δt (en ayant franchi la
barrière) et de trajectoires ayant atteint le niveau j à l’instant précédent t = (n − 1)δt (en ayant franchi
la barrière). Donc ce nombre est la somme (n−1 n−1 n
j+n−1−J ) + (j+n−J ), soit encore (J−j ) :
La preuve de ce lemme combinatoire est laissée en exercice. On en déduit le théorème suivant qui
donne le prix d’une option DIC à l’instant initial comme une somme finie. On verra que cette somme n’a
pas la même forme selon que L ≤ K ou que K ≤ L. Par ailleurs, comme le prix de l’option dépend du
niveau de son prix d’exercice K, il convient aussi de repérer K, tout comme L, par rapport aux noeuds
de l’arbre. Pour cela on introduit l’entier k qui correspond à la ligne de noeuds de l’arbre, ayant une
extrémité d’abscisse nδt, située immédiatement au dessus du prix d’exercice K :
# "
n ln SK0
k= + + 1. (7.3)
2 2 ln u
40 CHAPITRE 7. OPTIONS BARRIÈRES
Théorème 7.5 Une down and in call (DIC) de prix d’exercice K, d’échéance T et de barrière L souscrite
sur un actif modélisé par une m.a. (St ) a pour valeur initiale :
· dans le cas où L ≤ K :
J
X
−rT n
DIC0 = e pj (1 − p)n−j (S0 u2j−n − K). (7.4)
J −j
j=k
Mais toutes les trajectoires aboutissant au niveau j ont la même probabilité pj (1−p)n−j , et le nombre
d’entre elles qui atteignent les noeuds en question est égal à A(j, J), comme cela a été établi au lemme
7.4. Donc
Remarque : Notons qu’on peut bien entendu établir, toujours à l’aide du même lemme, des formules
analogues à celles du théorème 7.5 pour chacune des autres options barrière (voir l’article par F. Diener
et E. Bagge intitulé Calcul des asymptotiques des options barrières à
http ://[Link]/Bibliotheque/[Link]).
Chapitre 8
Si l’on se pose la question de savoir si l’on a déjà vu une formule de mathématique publiée dans un
journal grand public, on réalise que la réponse est très probablement “non” (on pense éventuellement à
E = mc2 mais c’est une formule de physique). Pourtant en 1997, lorsque Black, Scholes et Merton reçurent
le prix Nobel d’économie, la formule, connue aujourd’hui sous le nom de formule de Black-Scholes, fit la
une du New York Times, signe de l’importance qu’elle avait (et a encore) pour le monde de la finance.
A partir de ces deux expressions de prix de Call et de Put, on peut vérifier là encore la relation de parité
Call-Put en utilisant les propriétés de symétrie de la loi normale, plus précisément en utilisant que l’on
a N (x) + N (−x) = 1 pour tout x.
où ϕ désigne ce payoff qui, dans le cas du Put, vaut ϕ(S) = (K − S)+ . Cette formule CRR permet, tout
comme la formule de Black-Scholes, de calculer la prime du Put dès que l’on s’est donné les constantes
T , K, S0 , σ et r. La principale différence est que le prix dépend cette fois, en plus de ces constantes, du
nombre n de pas de discrétisation de l’intervalle [0, T ]. D’où la notation adoptée à présent, P0 (n). L’objet
41
42 CHAPITRE 8. BLACK-SCHOLES COMME LIMITE DE CRR
de ce paragraphe est de montrer que, lorsque n tend vers l’infini, la limite de P0 (n) existe et qu’elle est
précisément égale au prix Black-Scholes (formule (8.2)), c’est-à-dire de montrer que
L’équivalent, c’est-à-dire limn→+∞ e−rT E((ST − K)+ ) = S0 N (d1 ) − Ke−rT N (d2 ) est vrai aussi dans le
cas d’un Call et découlera du cas du Put en appliquant la relation de parité Call-Put. Le choix que nous
faisons d’étudier ce passage à la limite dans le cas du Put apparaı̂tra plus loin.
Désignons par Z une v.a. prenant les deux valeurs −1 et +1 avec les probabilitéss √
1 − p et p √
respec-
tivement, où p est la probabilité risque neutre (égale à R−d
u−d , où R = erδt
, u = eσ δt
et d = e−σ δt
). A
T
noter que dans ce cas la loi de Z dépend de n puisque δt = n est fonction de n. On peut alors réécrire
dans le modèle CRR la v.a. ST , donnant le prix en t = T de l’actif sous-jacent, de la façon suivante :
étant donnée une suite de v.a. Z1 , Z2 , ...Zn indépendantes et ayant la même loi que Z, ST est égal à
√ √ √ √
ST = S0 eZ1 σ δt Z2 σ δt
e , . . . , eZ n σ δt
= S0 eσ T Z̃n
Pn √
où Z̃n la v.a. Z̃n = √1n i=1 Zn . Donc si l’on pose f (z) = (K −S0 eσ T z )+ , la limite que l’on veut calculer
limn→+∞ e−rT E((K − ST )+ ) s’écrit simplement
où f est la fonction définie précédemment qui est à la fois continue et bornée. Nous allons voir que cette
dernière propriété de f est importante et on peut noter qu’elle ne serait plus vraie pour un Call (puisque
dans ce cas le payoff n’est pas borné).
On a le résultat suivant :
Proposition 8.1 Soient T , r, σ des constantes strictement positives, δt = Tn , et R, d et u les quantités
√ √
R = erδt , d = e−σ δt et u = eσ δt . Soit Z1 , Z2 , ...Zn une suite de v.a. indépendantes prenant deux
valeurs −1 et +1 avec les probabilités 1 − p et p respectivement où p est la fonction de n donnée par
Pn √
σ2
p = R−d
u−d . Alors la suite Z̃n = √1
n i=1 Zi converge en loi vers une v.a. de la forme T
σ (r − 2 ) + Z̃, où
Z̃ suit une loi normale centrée et réduite.
Rappelons que, par définition, une suite de v.a. Z̃n converge en loi vers Z̃ si et seulement si, pour
toute fonction f continue et bornée, on a limn→+∞ E(f (Z̃n )) = E(f (Z̃)). C’est cette caractéristique qui
explique le choix du Put plutôt que celui du Call pour établir la convergence du prix CRR vers le prix
BS.
Preuve : Mais nous n’allons pas utiliser cette définition de la convergence en loi pour prouver cette
proposition. En effet, on sait aussi qu’il est équivalent de montrer que Z̃n converge en loi vers Z̃ ou que la
fonction génératrice des moments de Z̃n , MZ̃n (τ ) = E(eτ Z̃n ), converge vers celle de Z̃, MZ̃ (τ ) = E(eτ Z̃ ).
Or pour calculer la fonction génératrice des moments de Z̃n , comme les v.a. Z1 ,. . ., Zn sont indépendantes
de même loi que Z, on a
(Z +Z +...+Zn ) √τn Z √τ Z √τ
MZ̃n (τ ) = E(eτ Z̃n ) = E e 1 2 = E e 1 n ...e n n
τ
n
τ
Z1 √τn Zn √τn n
= E e ...E e = MZ √ = MZ √ ,
n n
il suffit de calculer celle de la v.a. Z au point √τn . Or Z ne prend que les deux valeurs −1 et +1 avec les
probabilités 1 − p et p et vaut donc simplement
τ − √τ √τ
MZ̃ √ = (1 − p)e n + pe n .
n
√ √
R−d
En se souvenant que p = u−d avec R = erδt , d = e−σ δt
et u = eσ δt
, on vérifie facilement que
2
1 r − σ2 √ √
p= + δt(1 + ε( δt))
2 2σ
2
1 r − σ2 √ √
1−p= − δt(1 + ε( δt))
2 2σ
8.3. CONVERGENCE VERS BLACK-SCHOLES 43
√
où les ε( δt) désignent des fonctions possiblement distintes qui tendent vers 0 quand δt tend vers 0 (et
donc quand n tend vers +∞). Comme on a aussi
√τ τ τ2 1 1
e n =1+ √ + + ε
n 2n n n
et
− √τn τ τ2 1 1
e =1− √ + + ε ,
n 2n n n
1
avec limn→+∞ ε n = 0, il en résulte que
2 !
τ 1 1 2 r − σ2 √ 1
MZ̃ √ =1+ τ +2 τ T +ε
n n 2 σ n
et donc que
√
τ τ 1 2 T σ2 1
MZn √ = exp n ln MZ √ = τ + r− τ +ε .
n n 2 σ 2 n
Lorsque n tend vers l’infini (et donc ε( n1 ) vers 0), on a bien à la limite la fonction génératrice des moments
√
T σ2
d’une v.a. de loi N ( σ (r − 2 ), 1). D’où la proposition. 2
Remarque : Notons que si les Zn avaient été identiquement distribués, c’est-à-dire de même loi
(indépendante de n), ce qui n’est pas le cas ici, on aurait pu utiliser le théorème de la limite central
pour trouver la loi limite de Z̃n . En effet, selon ce théorème, si µ et s2 désignent l’espérance et la variance
des Zi (des constantes si les loi des Zi sont identiques et indépendantes de n), la suite de v.a. Z̃ns√ −nµ
n
converge en loi vers une v.a. Z0 de loi N (0, 1).
Ce qui empèche l’application du théorème de la limite centrale ici est le fait que la suite de v.a. Z1 ,
Z2 , ...Zn n’est pas une suite i.i.d. mais ce que l’on appelle un vecteur triangulaire en ce sens que, pour
chaque n, la suite Z1 , Z2 , ...Zn est bien i.i.d. mais lorsque n varie, la suite change à la fois de longueur
mais aussi de loi. Mais, à défaut de pouvoir utiliser le théorème de la limite central, on reprend l’idée de
sa preuve pour en généraliser l’énoncé à le cas qui nous intéresse ici.
Remarque : Il est intéressant de noter qu’on peut réécrire la formule de prix du modèle CRR de
façon à faire apparaı̂tre, comme pour la formule de Black-Scholes deux termes, que l’on peut lire comme
la composition du portefeuille de couverture, le premier terme (en revenant au cas du Call) étant la
partie inverstie en actif sous jacent et le second celle investie en actif non risqué (ou en cash). Sous cette
forme on l’appelle la formule exacte de Cox, Ross et Rubinstein. Pour le voir, notons k l’entier défini par
k := Min { j ∈ N | S0 uj dn−j > K } et désignons par Φ la somme binomiale incomplète définie par
Pn n
Φ(k, n, p) := j=k pj (1 − p)n−j . On a
j
n
X
−rT + −rT n
C0 (n) = e E(ST − K) = e pj (1 − p)n−j (S0 uj dn−j − K)+
j
j=0
Xn
−rT n
= e pj (1 − p)n−j (S0 uj dn−j − K)
j
j=k
X n Xn
n n
= S0 e−rT (up)j (d(1 − p))n−j − Ke−rT pj (1 − p)n−j
j j
j=k j=k
n
X n n
X n
= S0 q j (1 − q)n−j − Ke−rT p∗j (1 − p∗ )n−j
j j
j=k j=k
−rT
= S0 Φ(k, n, q) − Ke Φ(k, n, p)
où l’on a défini q par q = upe−rδt . Il convient de vérifier que l’on a bien 1 − q = d(1 − p)e−rδt et aussi que
0 < q < 1. Ceci découle de la relation de martingale S = e−rδt (pSu + (1 − p)Sd), du fait que 0 < p < 1
et aussi des inégalités d’absence d’opportunité d’arbitrage 0 < d < erδt < u < 1.
En fait, il est aussi possible de montrer directement que lim Φ(k, n, q) = N (d1 ) et lim Φ(k, n, p) =
N (d2 ) et d’obtenir ainsi directement la formule de Black-Scholes comme limite de la formule exacte de
Cox, Ross et Rubinstein.
30.35
30.30
30.25
30.20
30.15
30.10
30.05
30.00
29.95
29.90
29.85
0 50 100 150 200 250
Fig. 8.1 – Tracé du prix Cox, Ross et Rubinstein C0 (n) d’un Call Européen en fonction de n et de sa
limite, le prix Black-Scholes. Valeur des paramètres : S0 = 140, σ = 0.40, r = 0.05, et K = 130
46 CHAPITRE 8. BLACK-SCHOLES COMME LIMITE DE CRR
Chapitre 9
Le modèle de Ho et Lee
Cette leçon est une modeste excursion dans un vaste et important chapitre de la finance mathématique
qui concerne les taux d’intérêts et l’évaluation des produits dérivés sur ces taux. Il est beaucoup plus
difficile de modéliser la dynamique des taux d’intérêt que de modéliser celle des actions, comme nous
allons le voir, et pourtant c’est absolument nécessaire car il n’est pas généralement pas raisonnable de
supposer, comme nous l’avons fait jusqu’ici, que le taux d’intérêt r est une constante et que sa prise
en compte dans les calculs de prix d’actifs financiers peut se réduire à la prise en compte d’un actif
déterministe Bt = B0 ert représentant la dynamique de B0 Euros placés au taux constant r.
Lorsqu’on parle d’intérêts, il s’agit le plus souvent de la rémunération, sous la forme de versements
périodiques, d’un prêt consenti par un préteur à un emprunteur. On explique que pour le préteur, l’intérêt
est le prix de la renonciation temporaire à une consommation et pour l’emprunteur c’est le coût corre-
spondant à une consommation anticipée.
Au fil du temps les intérêts, accusés d’appauvrir les uns au profit d’autres ont fait souvent l’objet
d’interdiction ou de limitations. Ils sont perçus de façon bien différente selon les cultures et selon les
religions. Ainsi la Bible (dans l’ancien testament) et le Coran contiennent des versets qui condamnent
fermement la pratique du prêt à intérêts. Les choses ont été codifiées dans la religion juive par l’interdiction
de demander des intérêts à ses coreligionnaires, mais pas à des ”étrangers”. Cette même règle a été aussi
longtemps en vigueur dans la religion catholique. Les protestants ont contribués à la levée progressive de
son interdiction dans les pays européens, restée en vigueur jusqu’en 1830. Pour l’islam, l’interdit subsiste
et le développement récent de banques islamiques fonctionnant sur des principes différents en est une
conséquence importante. Quoiqu’il en soit la question de l’intérêt reste un sujet sensible qui est encore
souvent perçu différemment selon les origines culturelles des intervenants.
Mais cette formule n’est pas adaptée, non seulement parce que le taux r ne peut pas être considéré
comme constant mais aussi parce qu’ici on fait implicitement l’hypothèse que les taux sont (quasiment)
1
proportionnels à la durée du prêt ou de l’emprunt : en effet, si par exemple t = 2t0 , comme (1+r) t =
1 1
e−t ln(1+r) ' e−tr , on a donc (1+r)t0
' (1+2r)t . Or s’il est effectivement naturel de postuler qu’il y a une
47
48 CHAPITRE 9. LE MODÈLE DE HO ET LEE
relation entre le taux pratiqué et la durée du contrat, une simple proportionnalité est cependant, dans la
réalité, une hypothèse bien trop simplificatrice.
En pratique, l’évaluation va se faire en utilisant un taux variable déterminé à partir des prix observés
à travers la notion de zéro-coupons, que nous définissons à présent.
Définition : Un zero-coupon de maturité T est un titre qui rapporte 1 Euros à une date future T fixée.
Sa valeur à tout instant t ∈ [0, T ] (la durée restante étant θ := T − t) se note Z(t, T ), ou encore ZtT et
on a donc toujours Z(T, T ) = 1.
Le zéro-coupon est un actif théorique que l’on introduit notamment comme référence pour calculer
le prix des obligations. En effet, toute obligation de principal P , d’échéance T et versant Pk−1aux dates ti
les coupons ci peut s’écrire comme une simple combinaison linéaire de zéro-coupons i=1 ci Z(t, ti ) +
P Z(t, Tmax ) (pour tout t < t1 ). En outre le zéro-coupon est aussi l’actif que nous allons modéliser dans
le modèle de Ho et Lee présenté ci-dessous.
Comme les zéro-coupons ne sont pas des actifs effectivement disponibles sur le marché, les praticiens
sont conduit à reconstituer, à chaque date t, les valeurs Z(t, T ) pour toutes les valeurs t < T < Tmax à
partir des prix observées à cette date t des obligations disponibles sur le marché. Dans un marché liquide
où l’on dispose des prix d’un nombre suffisant d’obligations dont les dates de versements sont identiques
(ou compatibles), c’est simplement un problème de résolution d’un système linéaire. S’il y a trop peu
de prix observés, on utilise ceux dont on dispose et on complète la fonction T → Z(t, T ) par diverses
méthodes d’interpolation. Notons cependant que si, à toute date t, les valeurs des zéro-coupons Z(t, T )
peuvent en principe être calculées à partir des prix observés à cette date, et donc sont considérées comme
connues à cette date, les valeurs Z(t+δt, T ) des zéro-coupons à la date suivante t+δt et de façon générale
les valeurs des zéro-coupons à une date future quelconque, sont parfaitement inconnues. Or ces valeurs
peuvent varier con sidérablement. D’où l’utilité, mais aussi la dificulté d’une modélisation stochastique.
Remarque : En général, ce ne sont pas les prix (en Euros) des obligations qui sont relevés mais leur
taux actuariel. Le taux actuariel est le taux (supposé constant) qu’il faudrait utiliser dans la formule (9.1)
pour obtenir le prix observé noté P0 . En d’autres termes, le taux actuariel d’une obligation est défini
implicitement par
k−1
X ci P
+ = P0
i=1
(1 + r)ti (1 + r)Tmax
où P0 est le prix de marché. Il est utile de remarquer, pour avoir une bonne intuition, que le taux actuariel
d’une obligation augmente lorsque son prix diminue et qu’il diminue lorsque son prix augmente. A noter
aussi que le taux actuariel est le seul moyen de comparer les prix de deux obligations qui n’ont pas
la même structure (pas les même montants de coupons et de principal et/ou pas les mêmes dates de
versements).
Remarque : On peut en fait s’interroger pour savoir pourquoi un actif (comme une obligation) dont
le flux de revenus est parfaitement connu (puisqu’on connait à l’avance le montants des coupons, du
principal et les dates de versement), est à regarder comme stochastique. En réalité il est facile de voir que
si le taux actuariel d’une obligation d’état est r0 et si l’on veut revendre cette obligation ultérieurement
à une date où le même état émet une nouvelle obligation à un taux r1 > r0 , personne n’achètera cette
obligation au taux r0 car le prix de la nouvelle obligation sera inférieur. Ceci explique que le détenteur
d’une obligation fait face à un risque dès que le taux peut varier.
exchange at an increasing price, say 975 at some t1 < T . Assume that at this date the same institution
releases bonds with same face value of 1000 and same maturity T , for 974. Immediately nobody would
buy the previous bond for 975, but only for 974. This would mean that the interests would increase from
25 for 975 to 26 for 974 (for a time-to-maturity of T − t1 ) and explains how the value of a bond faces a
risk, as the releasing institution has the full right to sell for less (or more) future money. This also shows
why an upward change of interest-rates results in an immediate downward change of bond values.
The same institution may release at time 0 a bond with face value 1000 with maturity 2T , at a price
that does not need to correspond to the same compound interest-rate, as the two bonds do not correspond
to real money at the same date (one is 1000 at T and the second is 1000 at 2T ; you would buy one or the
other according to when you need to get 1000 or on what your anticipations are on what the interest-rates
will be at time T for the maturity 2T ).
This is how interest-rates depend on time t and maturity T . If t = 0 (always considered to be the
present time) these interest-rates are known, as a function of T . As soon as t > 0, they are not, as the
souvereign releasing institution may change its interests rates in the interval, and it is common sense to
introduce stochastic process to models. Observe that for each t, one does not have just one number but
a complete function of the maturity T called term-structure at time t, for t < T .
Une dernière quantité, importante, est le taux court ou taux instantané, rt . C’est le taux que les
professionels utilisent pour les règlements de dettes ou d’avoirs entre eux d’un jour sur l’autre (taux à un
jour ou jj). Cette quantité aléatoire représente le coût de l’argent d’un jour sur l’autre. On supposera que
rt désigne le taux d’actualisation entre les dates t − δt et t, et donc rt = Z(t − δt, t) et rt ∈ Ft−δt . Si l’on
connait les prix des zéro-coupons, on peut donc en déduire les valeurs de rt . L’inverse n’est cependant
pas vrai.
Du point de vue mathématique, c’est rt que l’on utilise dans les modèles financiers où le taux d’intérêt
sont supposés stochastiques, pour calculer l’actualisation. Ainsi, si Xt est le prix en t d’un actif, et X̃t
son prix actualisé en t = 0, on aura X̃t = Xt /Bt où Bt = (1 + rδt )(1 + r2δt ) . . . (1 + rt ). L’actualisation
peut donc aussi s’écrire en fonction des zéro-coupons :
1 1 1 1
= ··· = Z(0, δt)Z(δt, 2δt) . . . Z(t − δt, t).
Bt 1 + rδt 1 + r2δt 1 + rt
On peut voir Bt comme la valeur aléatoire d’une compte d’épargne ayant un dépot initial de 1 Euros et
rapportant des intérêts sur la base du taux cours observé au jour le jour.
50 CHAPITRE 9. LE MODÈLE DE HO ET LEE
L’idée de ce modèle est de généraliser au cas stochastique la relation Z(s, t)Z(t, u) = Z(s, u) pour tout
s ≤ t ≤ u, appelée relation de rollover. Dans le cas de taux d’intérêt déterministes, il est en effet facile
de se convaincre que cette relation doit être satisfaite puisque le terme de gauche est précisément égal
à la quantité à investir à l’instant s pour avoir en t le montant précis qu’il faut investir à cet instant
pour avoir un Euros à l’instant u. Mais ceci est aussi la quantité égale au terme de droite. Lorsqu’on
réécrit cette relation sous la forme, Z(t, u) = Z(s,u)
Z(s,t) , on remarque que les valeurs de Z(s, t) et Z(s, u)
étant connues à l’instant s, la relation permet de prévoir à l’instant s la valeur de Z(t, u) qui, elle, est
inconnue à cette date. Pour leur modèle stochastique Ho et Lee ont eu l’idée de transformer cette égalité
en une récurrence stochastique
Z(s, u)
Z(t, u) = η(s, t, u). (9.2)
Z(s, t)
où η = η(s, t, u) est aléatoire. Plus précisément, on se donne une fonction déterministe (θ, x) 7→ η(θ, x)
(que l’on présisera plus loin) telle que
T ZtT T
Zt+δt = η(θt+δt , Xt+δt ), (9.3)
Ztt+δt
où θsT := T − s est le temps qui reste en t = s jusqu’à la maturité t = T . L’idée de ce modèle est illustrée
par la figure suivante tirée de l’article original de Ho et Lee.
Comme dans le modèle de Cox-Ross-Rubinstein, Ziδt prend i + 1 valeurs, selon le nombre de “up”,
j = Ji (ω), où Ji = δJ1 + . . . + δJi , (δJi )i≥1 étant des v.a. de Bernoulli indépendentes et de loi1 δJi ;
B(1−πi , 1). On définit la filtration F = (Ft )t∈T , par F0 = {∅, Ω}, et pour k ≥ 1, Fkδt = σ(δJ1 , . . . , δJk ) =
σ(Xδt , . . . , Xkδt ), avec Xiδt = δJi . Les fonctions aléatoires Zt : [t..Tmax ] → R+ , T 7→ ZtT , sont choisies
Ft -measurables, et même σ(Ji )-measurables pour t = iδt.
Nous allons montrer à présent que pour ce modèle la fonction η doit nécessairement prendre une forme
particulière assez simple et donc que ce modèle ne dépend en fait que de 3 paramètres.
1 Il est d’usage de choisir π = P({δJ = 0}) et donc 1 − π = P({δJi = 1}), sans doute car un “up” sur les taux
i i i
correspond à un “down” sur les obligations.
9.3. LE MODÈLE DE HO ET LEE POUR LES ZÉRO-COUPONS 51
Condition binomiale
A présent, en utilisant le fait que pour t = iδt, ZtT ne dépend que de Ji , on a le résultat suivant qui
fixe la forme de la fonction η :
Proposition 9.2 Sous la condition de non arbitrage, pour tout θ ∈ [0..T − δt]δt , on a :
η(θ + δt, 1)η(θ, 0)η(δt, 0) = η(θ + δt, 0)η(θ, 1)η(δt, 1), (9.6)
et donc
1 θ η(δt, 1)
η(θ, 0) = θ , η(θ, 1) = δ δt η(θ, 0) , avec δ := > 1. (9.7)
π + (1 − π)δ δt η(δt, 0)
Preuve : Cette formule est une conséquence du fait que le modèle doit être binomial, c’est-à-dire que,
pour t = iδt, ZtT ne doit dépendre que de j = Ji (ω) et non des valeurs particulières de δJ1 (ω), . . ., δJi (w)
dont la somme vaut Ji (ω). Ceci n’est vrai que si l’arbre est recombinant, c’est-à-dire si un up suivi d’un
down donne le même résultat qu’un down suivi d’un up. En d’autres termes, pour ω 0 ∈ Ω et ω 00 ∈ Ω tels
que Ji (ω 0 ) = Ji (ω 00 ) = j et Ji+2 (ω 0 ) = Ji+2 (ω 00 ) = j + 1, mais δJi+1 (ω 0 ) = 1 et δJi+2 (ω 0 ) = 0 tandis que
δJi+1 (ω 00 ) = 0 et δJi+2 (ω 00 ) = 1, les valeurs de Ziδt T T
et de Z(i+2)δt ne doivent pas dépendre du fait que
0 00
ω = ω ou ω = ω .
T
Posons θ = θt+2δt et appliquons deux fois (9.3) :
T
T Zt+δt ZtT
Zt+2δt = t+2δt
η(θ, Xt+2δt ) = t+δt t+2δt
η(θ, Xt+δt )η(θ, Xt+2δt )
Zt+δt Zt Zt+δt
ZtT
= t+2δt
η(θ, Xt+δt )η(θ, Xt+2δt ) , toujours par (9.3)
Zt η(δt, Xt+δt )
1 1
(1 − πη(θ + δt, 0)η(θ, 0)η(δt, 0) = η(θ + δt, 0)(1 − πη(θ, 0))(1 − πη(δt, 0)). (9.8)
1−π (1 − π)2
1 1 1
Posons xn = η(θ,0) , xn+1 = η(θ+δt,0) , et donc x1 = η(δt,0) , l’égalité (9.8) devient
π 1 1 1 π π
(1 − π) 1 − = 1− 1− .
xn+1 xn x1 xn+1 xn x1
Soit, en multipliant les deux termes par x1 xn xn+1 , on obtient (1 − π)(xn+1 − π) = (xn − π)(x1 − π), ou, de
1
manière équivalente, xn+1 = π + 1−π (xn − π)(x1 − π) =: xn δ + γ, avec δ = x1−π
1 −π π
et γ = π − 1−π (x1 − π) =
1 1
π(1 − δ). Comme x1 = η(δt,0) , on obtient η(δt, 0) = π+(1−π)δ . Et comme 1 = πη(δt, 0) + (1 − π)η(δt, 1),
1 1 1 1 − πη(δt, 0) η(δt, 1)
δ= −π = = .
1−π η(δt, 0) 1 − π η(δt, 0) η(δt, 0)
1 1 1
η(θ, 0) = η(nδt, 0) = = = θ ,
xn π + (1 − π)δ n π + (1 − π)δ δt
et θ
1 π δ δt θ
η(θ, 1) = − θ = θ = δ
δt η(θ, 0).
1−π π + (1 − π)δ δt π − (1 − π)δ δt
2
Résumons en un théorème le point où nous sommes parvenus :
Théorème 9.3 Pour tout π ∈]0, 1[ et tout δ > 1 la famille de processus (ZtT )t∈[0..T ]δt définie pour T ∈
]0..Tmax ] par Z0T deterministe quelconque puis par récurrence par (9.3) et (9.7) où les v.a. (Xt )t∈]0..Tmax ]
sont des v.a. de Bernoulli B(1, 1 − π) indépendantes est un modèle sans arbitrage de marché de zéros-
coupons.
ZtT
Preuve : La proposition 5.1 montre que le calcul menant à (9.4) prouve que (Z̃tT )t∈[0..T ]δt := Bt ,
t∈[0..T ]δt
avec Bt = 1/Z(0, δt)Z(δt, 2δt) . . . Z(t − δt, t) = 1/Z0δt Zδt
2δt t
. . . Zt−δt est une martingale pour tout T . On
conclut par le théorème 5.4. 2
Remarque : Notons pour finir que le modèle de Ho et Lee, comme c’est le cas généralement des modèles
dit modèles de taux, ne prend en compte que le risque dit rique de taux correspondant aux variations du
taux dues à l’inflation et autres aléa économiques mais pas le risque dit risque de crédit ou de défaut
qui correspond au niveau plus ou moins bon de confiance du détenteur de l’obligation ou du prêt dans
la qualité de l’emprunteur quant à un possible défaut (de remboursement). C’est la raison pour laquelle
une obligation d’état (en Europe) est généralement moins chère qu’une obligation souscrite auprès d’une
entreprise de même caractéristiques. Le risque de crédit est habituellement séparé dans la modélisation
du risque de taux et il existe des produits spécifiques dit produits dérivés de crédit qui servent à couvrir
ce second risque. Le modèle de Ho et Lee ne prend pas du tout en compte le risque de crédit.
54 CHAPITRE 9. LE MODÈLE DE HO ET LEE
Annexe A
Exercices
3000
2500
2000
1500
1000
500
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Arbre de Cox-Ross-Rubinstein :
Indications :
xset("window",1) choisit (et éventuellement crée) la fenêtre 1 comme fenêtre graphique courante
(qu’on peut effacer au moyen de clf(1)).
plot2d(Abs,Ord) trace les lignes polygonales (ouvertes) dont les abscisse et les ordonnées des
sommets figurent dans les colonnes homologues des matrices notées ici Abs et Ord.
Voici un code qui utilise un algorithme parcourant tous les cotés de l’arbre une fois et une seule, en
n + 1 lignes polygonale joignant n + 1 sommets, et qui se prète donc bien à la syntaxe de plot2d.
Utilisez les commentaires du code pour comprendre l’algoritme sur le dessin, pour une petite valeur
de n, n=10 par exemple.
Abs=zeros(n+1,n+1); // le dessin comportera n+1 lignes polygonales
Ord=zeros(n+1,n+1); // ayant chacune n cotes, donc n+1 sommets
55
56 ANNEXE A. EXERCICES
300
250
200
150
100
50
0
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
0.010
0.008
0.006
0.004
0.002
0.000
0 50 100 150 200 250 300
4. Tracer l’arbre joignant les points (i∗δt, C(i, j)) à ((i+1)∗δt, C(i+1, j +δJi+1)), avec δJi+1 ∈ {0, 1} :
450
400
350
300
250
200
150
100
50
0
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
Arbre du Call :
Indications :
plot2d(Abs,Cot) trace les lignes polygonales (ouvertes) dont les abscisse et les ordonnées des
sommets figurent dans les colonnes homologues des matrices notées ici Abs et Cot. Il suffit de
remplacer la matrice Ord du TP1 qui comportait des valeurs de SS, par une matrice analogue Cot
comportant les valeurs correspondantes de CC.
xs2eps(1,’[Link]’) et xs2gif(1,[Link]) permettent de sauvegarder votre
figure dans la norme eps et gif respectivement.
5. Pour n=200 calculer puis représenter M=40 trajectoires aléatoires2 du processus de prix du Call
dans ce modèle de CRR.
6. On revient à n=15. Tracer, au moyen de la fonction param3d1, le “filet du Call”.
Indication : utiliser param3d1(Abs,Ord,Cot,alpha=50,theta=-89,flag=[2,4])) puis, en cli-
quant sur GED, selectionnez Axes, choisissez l’onglet Aspect, et cochez la case Cube Scaling On.
Pour améliorer la lisibilité du dessin, représenter, au niveau t = T (et donc i=n) le graphe de
phi(SS(n+1, :), c’est-à-dire de la fonction de payoff. Pour cela former les vecteurs (colonnes)
AbsLignePayOff, OrdLignePayOff, CotLignePayOff.
60
50
40
30
Z
20
10
180
0
0
1 120
2
3
4
5 60
6
7 Y
X 8
9 0
10
Filet du Call :
7. Recommencer le tracé avec n = 150 ; qu’observez-vous ? Savez-vous comment demander à Scilab de
ne tracer que les segments contenus dans la boite [0..T,0..3*S0,0..2*S0]?
Ct = C(t, St ) , avec C(t, s) = e−r(T −t) E∗ (ϕ(ST ) | {St = s}) = e−r(T −t) E∗ (ϕ(suL dn−i−L )), (A.1)
où L ; B(n − i, p), avec u =up ;d =down ;p = R−d u−d et R = e
rδt
.
L’objet de cet exercice est d’utiliser ce résultat pour obtenir diverses illustrations relatives aux options
vanilles.
On reprend toutes les notations du TP1 ; nous choisissons toujours, pour commencer n=16 ; T=1 ;
K = S0 =S0=140 ; r =r=0.05 ; σ =sigma=0.40 ;ϕ(S) = phi(S) =max(S-K,0)= (S − K)+ .
1. Exécutez la commande plot2d2(0 :50,binomial(0.4,50) . Devinez-vous ce que retourne la fonc-
tion Scilab binomial(p,n) ? A défaut, consultez l’aide en ligne. . .
2 Pour R−d
p := P({δJi = 1}) et donc 1 − p := P({δJi = 0}), on choisit à présent p = u−d
.
58 ANNEXE A. EXERCICES
2. Tabuler les valeurs possibles C(i, j) d’une option Call de prix d’exercice K = S0 (option “à la
monnaie”), lorsque l’action vaut S(i, j), dans une matrice CCC(1 :n+1,1 :n+1)des valeurs de :=
C(i, j) en utilisant cette fois-ci la formule A.1.
Vérifiez que vous retrouvez bien la même valeur qu’avec la méthode de la fois précédantes pour le
Call à la monnaie à la date t = 0 ?
3. Pour l=0 :n, tracez toutes les courbes joignant les (S(n−l, j), C(n−l, j)) successifs, pour j=0 :n-l
(ou plutôt j=0 :min(n-l,jmax) où jmax=10 si n=16.
4. Représenter (dans une nouvelle fenêtre) le graphe du prix du Call (à t = 0) comme une fonction de
K ∈ [ 12 S0 .. 32 S0 ]δK pour δK = S0 /10. Observez et commentez le sens de variation de cette fonction.
5. Représenter (dans une nouvelle fenêtre, par scf(2)) le graphe de la prime du Call (prix à t = 0)
comme une fonction de σ ∈ [δσ..0.5]δσ pour δσ = 0.01. Observez et commentez le sens de variation
de cette fonction.
6. Reprenez ces deux dernières questions pour un Put, de payoff ϕ(S) = (K − S)+ .
C+ − C−
a = ∆t = = ∆(i, j) = DD(i+1,j+1),
S+ − S−
1. Poser n=10, S0=140, K=S0, sigma=0.4, r=0.05, et créer par récurrence rétrograde (sur i) une
matrice CC de taille (n+1)x(n+1) telle que CC(i+1,j+1) soit égale à la valeur du Call (européen)
lorsque t = iδt et St =S(i,j) (, j≤i).
2. En utilisant la formule de récurrence rétrograde (A.2) dans le cas d’un call, créer de manière analogue
une matrice CCAmer correspondant aux valeurs d’un Call américain.
3. Comparez les valeurs à l’instant initial (=prime) d’un Call et d’un Call européen. Commentez
5. Créer de manière analogue des matrices PP(i,j) et PPAmer(i,j) correspondant aux valeurs d’un
Put et d’un Put américain.
9. On revient à r=0.05. Sur l’arbre binaire représentant les valeurs de l’actif sous-jacent, représenter les
noeuds en deux couleurs différentes selon que le Max de la formule de récurence est égal à ϕ(St ) ou à
1
R Et (Ut+δt ). On obtient ainsi deux régions séparées par la “frontière d’exercice”. On pourra prendre
N = 20, puis N = 100. On créera pour ce faire une matrice ExerPA(i,j) ayant la valeur 1 ou 0
selon que R1 Et (Ut+δt ) < ϕ(St ) ou non, où Ut =PPAmer(i+1,j+1) et donc Ut+δt =PPAmer(i+2,j+1)
ou Ut+δt =PPAmer(i+2,j+2). (La matrice ExerPA(i,j) est triangulaire puisqu’on ne considère que
les j≤i ; commencez par initialiser la matrice avec -ones(n+1,n+1) afin de distinguer les valeurs
calculées des autres) Pour rendre plus lisible cette frontière d’exercice sur le dessin, on pourra choisir
de ne pas représenter les arètes de l’arbre mais seulement les noeuds et se borner à ne tracer que
la “partie basse” de l’arbre (par exemple en se limitant aux noeuds pour lesquels S ≤ 2 ∗ S0).
Pour déterminer les syntaxes Scilab vous pouvez taper les commandes apropos plot , et apropos
LineSpec.
10. Tracer la frontière d’exercice, à la manière du la figure 6.1. Commencer par n=90, puis n=900 (ou
la valeur la plus grande de n compatible avec votre programme et votre ordinateur.)
11. Examiner comment varie la frontière d’exercice si l’on fait varier les paramètres r et σ.
13. Tracer une trajectoire aléatoire et la valeur DeltaAmer(i,j)*S(i,j) investie en action dans le
portefeuille de couverture.
60 ANNEXE A. EXERCICES
500
450
400
350
300
250
200
150
100
50
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
135
130
125
120
115
110
105
100
95
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90
140
135
130
125
120
115
110
105
100
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900
A.6. LA FORMULE DE BLACK ET SCHOLES ; CONVERGENCE DES PRIX CRR VERS BS 61
On appelle option parisienne une option Call ou Put qui prend (in) ou perd (out) sa valeur si le cours
de l’actif sous-jacent passe assez de temps sous (down) ou au-dessus (up) d’une barrière L. L’instant
présent est t = 0 ; l’échéance est T ; le cours présent du sous-jacent est S0 ; le prix d’exercice est K.
”Assez de temps” signifie une durée au-delà de la barrière égale à τ , appelée durée d’excursion. Cette
durée peut être cumulative (on compte tous les jours passés au-delà de la barrière) ou non-cumulative
(on ne compte que les jours consécutifs passés au-delà de la barrière). Nous noterons DICPc(τ ) le prix
(prime) d’une option Call parisienne cumulative qui ne prend valeur qu’après une excursion cumulée de
durée τ sous la barrière L. De façon analogue, nous noterons DOCPnc(τ ) le prix (prime) d’une option
Call parisienne non-cumulative qui perd sa valeur après toute excursion sous la barrière L de durée τ .
De façon analogue, on définirait DIPPc(τ ) ou DOPc(τ ) ou DIPPnc(τ ) ou DOPnc(τ ), et analogue on
ajoutant le suffixe Pc(τ ) ou Pnc(τ ) aux noms des options barrières usuelles
1. Que peut-on dire du signe de DIC-DICPc(τ ) ? (expliquer)
2. Que peut-on dire de DICPc(τ )+DOCPc(τ ) ? (expliquer)
3. Nous nous proposons de calculer une estimation de DICPc(τ ), en utilisant un modèle d’arbre binaire,
subdivisant [0, T ] en N intervalles égaux de longueur δt = T /N , avec
S0 = 1 √ (A.5)
St+δt = St exp(±σ δt)
dans le cas T = 1, τ = minitime = 0.30, S0 = 140, σ = 0.4, K = 140, r = 0.05, L = 126. Voici un
code calculant la valeur de l’option en chaque noeud (i, j) de l’arbre, pour n = 17 :
N=17 ;
T=1 ;minitime=0.3 ;// Barrier option corresponds to minitime=1/N ;
delta t=T/N ;
S0=140 ;K=S0 ; L=S0*0.9 ;//barrier
r=0.05 ;sigma=0.4 ;
up=exp(sigma*sqrt(delta t)) ; down=exp(-sigma*sqrt(delta t)) ;
p=(exp(r*delta t)-down)/(up-down);
function y=S(n,j) //j=nb of up
y=S0*up^j.*down^(n-j);
endfunction ;
function po=PayOffCall(S,K);
po=max(S-K,0) ;
endfunction ;
function under=underL(n,j)// equal to 1 if S(n,j) is under the barrier L
if S(n,j)<=L then under=1 ;
else under=0
end ;
endfunction ;
PCall=zeros(N+1,N+1,N+1); //PCall(n+1,j+1,k+1) ; k = number of steps ending
//under the barrier L
for j=0 :N
for k=0 :N
if k*delta t >= minitime then PCall(N+1,j+1,k+1)=PayOffCall(S(N,j),K);
else PCall(N+1,j+1,k+1)=0;
end ;
end ;
end ;
for n=N-1 :-1 :0
for k=0 :n
for j=0 :n
PCall(n+1,j+1,k+1)=exp(-r*delta t)*..
A.8. MODÈLES DE HO ET LEE, ET PRODUITS DE TAUX D’INTÉRÊTS 63
(p*PCall(n+1+1,j+1+1,k+underL(n+1,j+1)+1)+..
(1-p)*PCall(n+1+1,j+1,k+underL(n+1,j)+1));
end ;
end ;
end ;
disp(’minitime=’), disp(minitime)
PriceParisianCall=PCall(1,1,1);
disp(’Price Parisian Call=’), disp(PriceParisianCall)
pour une fonction η définie par le choix4 d’un δ > 1, caractérisant, avec π ∈]0, 1[, le modèle retenu,
définie par
1 T −t
η(θ, 0) := T −t et η(θ, 1) = η(θ, 0) · δ
δt (A.7)
π + (1 − π)δ δt
Les valeurs des Z0T , T ∈ T, peuvent être choisies de manière arbitraire, en pratique comme étant
les valeurs spot des zéros-coupons observées sur le marché.
Vérifier que E∗ (η(θ, Xt ) | Ft−δt ) = E∗ (η(θ, Xt )) = 1, pour tout θ et t dans T∗ , et où E∗ désigne
l’espérance pour la probabilité P∗ .
3 Attention, dans l’article de M. Leippold et Z. Wiener ( http ://[Link]/abstract=292225 ), il est fait le
choix P(Xt = 0) = (1 − π)
4 C’est le choix δ(= η(δt, 1)/η(δt, 0)) > 1 qui exprime qu’un X (ω) = 1 code un “up” et X (ω) = 0 code un “down”
t t
64 ANNEXE A. EXERCICES
on voit donc que rt+δt est Ft -mesurable (on dit que le processus (rt )t∈T∗ est F-prévisible) ; on pose
end ;
plot(n1 :N,Vecteur,"--r");
end ;
xs2gif(2,"[Link]");xs2eps(2,"[Link]");xs2fig(2,"[Link]");
(a) Comment a été choisie la fonction T 7→ Z0T constituée par les valeurs initiales de ZtT ?
(b) Exercez-vous à lire l’arbre des valeurs de Z 8 : que vaut Z88 ? Que vaut Z08 et retrouver cette
valeur sur la courbe StructureParTermesInitiale? Que vaut Z48 après deux “up” et deux
“down” ? Que vaut Z68 après rien que des “up” ? On dit dans ce dernier cas que le zéro-coupon
d’échéance T = 8 est “above par” ; pourquoi l’existence d’une telle situation paraı̂t-elle être
une critique à formuler contre ce modèle ?
5. Taux actuariels : On appelle taux actuariel d’un zéro-coupon le taux noté ATt (ou a(t, T )) tel que
T −t
ZtT (1 + ATt ) δt = 1.
Il n’est donc défini que pour t < T .
kδt
(a) Définir une fonction A(n,j,k) correspondant au zéro-coupon Znδt (ω) quand Jnδt (ω) = j, qui
est lui de valeur Z(n,j,k).
(b) Représenter l’arbre des taux actuariels joignant chaque valeur de ATt aux deux valeurs ATt+δt
pouvant lui succéder dans ce modèle.
(c) Comment se manifeste ici ce que vous avez observé pour Z68 dans la question précèdente.
6. Caplets et Caps : Lorsqu’on souscrit un prêt à taux variable on peut souhaiter souscrire un contrat
qui prendra en charge le paiement des intérêts dûs, au-delà d’un taux maximal K. Typiquement,
si l’intérêt rT payable à la date T pour l’emprunt d’un euro à la date T − δt, ce contrat payera
(rT − K)+ . Ce contrat s’appelle un caplet à l’échéance T au plafond K. Pour le prêt d’un euro
remboursable à la date Tmax et à intérêts payable à intervalle δt = un an, il convient de souscrire
un Cap, qui est la somme de tous les caplets d’échéance T ∈]0..Tmax ]δt . Comme le modèle de Ho et
Lee est un modèle binaire, un produit dérivé de taux tel qu’un caplet se couvre, à la date t − δt, par
t
un portefeuille comportant à la fois un placement (non risqué) en Zt−δt et un placement (risqué) en
t+δt
Zt−δt . Ceci se calcule de manière similaire au cas des options pour un modèle binaire d’action et,
comme les processus (Z̃tT )t∈[0..T ] sont, pour tout T ∈ T, des (F, P∗ )-martingales, on retrouve pour
la valeur du portefeuille de couverture
CapletTt−δt = E∗ (CapletTt | Ft−δt )/(1 + rt ) (A.9)
(et plus généralement, pour tous s ≤ t, CapletTs = E∗ CapletTt B s
Bt | Fs ).
De manière similaire au cas des zéro-coupons et taux actuariels, notons CapletTt (ω)=Caplet(n,j,k),
toujours avec t = nδt, Jt (ω) =j, et T = kδt.
n=k) Comment définir Caplet(k,j,k) ?
t
n=k-1) Comme 1/(1 + rt ) = Zt−δt , montrer que Caplet(k-1,j,k)=Caplet(k,j,k)*Z(k-1,j,k).
n<k-1) Exprimer Caplet(n,j,k) en fonction de Caplet(n+1,j,k) et Caplet(n+1,j+1,k) lorsque
n<k-1, en utilisant (A.9).
func) Définir une hypermatrice CCaplet(n,j,k) et une fonction Caplet(n,j,k) donnant la valeur
de Capletkδt
nδt (ω) lorsque Jnδt (ω)=j.
Application : Dans le modèle de Ho et Lee considéré (où rδt =2,5%), quel est le prix d’un contrat
de plafonnement à K =4,5% des intérêts payés annuellement sur un emprunt de 1.000.000
euros sur 15 ans. Idem pour un plafonnement à 3,5%
1.02
1.00
0.98
0.96
0.94
0.92
0.90
0.88
0.86
0.84
0.82
0.80
0 1 2 3 4 5 6 7 8
66 ANNEXE A. EXERCICES
Π0 = S0 , Πt+δt = Π± ± + −
t := Πt u avec u = up = u et u = down = d.
Par gestion en dividende réinvesti on entend qu’à la date t∗ , lorsque D est versé, la somme sert à
D
acheter une fraction c = d’action pour chaque action détenue (et donnant droit au versement de D)
S t∗
donc avant t , une action est détenue et donc Πt = St pour t < t∗ , alors qu’à t∗ et après, il y a (1 + c)
∗
1 1 1
S t∗ = Πt∗ = Πt∗ −δt u± = St∗ −δt u±
1+c 1+c 1+c
1
= St∗ −δt u±
1 + SDt∗
600 450
400
500
350
400 300
250
300
200
200 150
100
100
50
0 0
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
20
15
10
0
60 70 80 90 100 110 120 130 140
1. Montrer qu’on peut réaliser un butterfly B(T, K1, K2, K3) en prenant une combinaison simple de
Call de même date d’exercice et de valeur d’exercise (strike) respective K1, K2, et K3. Indication :
représenter le payoff relatif à la détention d’un Call de strike K1 et la vente (à découvert) de deux
Call de strike K2, ce qu’on peut noter 1 ∗ C K1 − 2 ∗ C K2 .
2. Définir le payoff, comme sur la figure ci-dessus (on supposera dorénavant que K1, K2, et K3 sont
comme sur la figure) par une fonction Scilab, puis tracer son graphe.
3. On considère un modèle de Cox-Ross-Rubinstein d’actif St défini sur [0..T ]δt . On suppose que T = 1,
δt = T /N avec N = 60, S0 = 120, σ = 0.3, le taux continu vaut r = 0.05. Pour t ∈ [0..T ]δt on note
BT Ft la valeur, dans ce modèle, à la date t, du butterfly BT F . Calculer BT F0 .
4. Pour n = 0..N , calculer les valeurs de BT Fnδt en fonction des valeurs de Snδt . Représentez ces
diverses courbes sur un même dessin.
Rappel : la commande Scilab plot2d(AA(1 :M),BB(1 :M),[xmin,ymin,xmax,ymax]) représente
la ligne polygonale joignant les M premiers points dont les abscisses et ordonnées sont les premières
composantes des vecteurs AA et BB, et qui sont dans le rectangle caractérisé par [xmin,ymin,xmax,ymax].
5. On souhaite couvrir 10.000 contrats butterfly B(1, 80, 100, 120). Combien de soujacents S0 doit-on
acquérir ?
6. On considère à présent un contrat butterfly B a (T, K1, K2, K3) de type américain (il donne droit au
payoff à un instant quelconque t ≤ T ) ; on note BT Fta son prix à chaque instant t. Calculer la prime
BT F0a du butterfly américain B a (1, 80, 100, 120). Que remarquez-vous ? Dans ce cas, combien de
soujacents S0 doit-on acquérir pour commencer à couvrir 10.000 contrat de ce butterfly américain
B a (1, 80, 100, 120) ?
7. Un investisseur place 10.000 euros au taux EURIBOR-1Y (taux à un an). On suppose que ce taux
suit un modèle de Ho et Lee (avec un pas de temps égal à un an). Pour une probabilité risque-
neutre π = 0.5 on suppose que δ = 1.01. Le taux EURIBOR actuel (moment du placement) est de
r = 0.044. On suppose que la courbe actuelle des taux sur 15 ans correspond à un taux constant,
égale au taux en vigueur.
Quels sont, dans ce modèle, les intérêts qui pourraient être versés à l’investisseur après un an et
après deux ans ?
8. L’investisseur souhaite se garantir, pendant 15 ans, un flux d’intérêts annuels au moins égaux au
taux à la souscription. Comment s’appelle le contrat garantissant cela ? Notons Fr15 son prix.
9. Quel est, dans le modèle considéré, le prix Fr15 de ce contrat ?
15
10. Représenter la courbe des prix Fr+mδr pour δr = 0.001 et m = −20.. + 20.
(et le détenteur de l’action à la date t∗ touche à cette date) le dividende D. Le modèle étudié ici consiste
à poser que c’est (Xt )t∈[0..T ]δt qui suit un modèle CRR
Xt+δt = Xt u± ±
t+δt , où ut+δt ∈ {up, down} , (A.13)
√ √
avec up= e+σ δt , et down= e−σ δt , δt =delta t= T /n, où T > t∗ est un “horizon futur”, par exemple
la date d’exercice d’une option européenne que ce modèle doit servir à valoriser (“pricer”).
Comme dans le TD, on fixe T = 1, r = 0.05, R = erδt , sigma= σ = 0.40, S0=120, D=S0*0.10,
n=N1+N2, N1= 6 =N2 (pour commencer), t∗ =N1*delta t
Trajectoires du modèle d’action distribuant un dividende étudié ici : on observera que ce modèle est
450
400
350
300
250
200
150
100
50
0
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
vous avez donc tout intérêt à déterminer vos réponses à l’aide de commandes consignées dans un fichier [Link] que
vous pourrez ensuite reexécuter pour ces autres valeurs.
A.12. EXAMEN 2008-2009 69
12. En vous inspirant de ce qui a été fait pour CC programmez les valeurs de la matrice CCA telle que
CCA(i+1,j+1) représente cette fois la valeur d’une option américaine Cta (de même date d’exercice
et de même prix d’exercice) à la date t = iδt lorsque l’action a subit j “up”. Quelle valeur de la
prime C0a obtenez-vous (pour N1=50 et N2=50) ? Que remarquez-vous ?
Exercice 1. : On considère le modèle CRR d’actif financier lorsque la valeur initiale S0 = 200, la
volatilité σ = 0.42, et le pas de temps δt = 1/120.
1. Calculer avec Scilab une matrice SS(i,j) donnant les différentes valeurs de l’actif et indiquer
ci-dessous les 4 valeurs qu’il peut prendre à l’instant t = 3δt.
2. On suppose que le taux d’escompte monétaire r est constant et vaut r = 0, 2. On considère un Put
européen Pt sur l’actif précédent de prix d’exercice K = 180 et de date d’exercice T = 1 et le Put
américian P at de même prix d’exercice et date d’exercice, sur le même actif. Expliquez comment
se calculent par récurrence rétrograde les prix de ces deux Puts.
3. Calculer avec Scilab deux matrices PP(i,j) et PPa(i,j) qui indiquent le prix de ces deux Put et
préciser ci-dessous les valeurs trouvées pour chacun d’eux à l’instant t = 0. Comment s’appelle la
différence P a0 − P0 ? Expliquer pourquoi elle est positive.
Exercice 2. : On rappelle qu’une option DIP (respectivement DOP) est une option Put qui ne prend sa
valeur à l’instant final T que si le cours de l’actif sous-jacent est passé en dessous (respectivement n’est
pas passé en dessous) d’une barrière qu’on prendra ici égale à L = 160. Définir avec Scilab une matrice
DIP(i,j,k) dont la valeur en i = j = k = 1 est la valeur initiale d’une option DIP. Faire de même pour
une option DOP.
1. Indiquer ci-dessous les valeurs de ces deux options à l’instant t = 3δt, si l’actif sous-jacent n’a cessé
de décroı̂tre entre l’instant t = 0 et l’instant t = 3δt.
2. Que peut-on dire des trois quantités Put, DIP et DOP à l’instant initial ; expliquer.
Exercice 3. :
On désigne par ZZ(i,j,k)la matrice de Scilab représentant dans un modèle de Ho et Lee la valeur
à l’instant t = iδt du zéros coupon de maturité T = kδt lorsqu’il y a eu depuis l’instant t = 0 j “up”.
Exécuter le programme Scilab permettant de calculer les différentes valeurs du Zéro coupon pour les
valeurs suivantes des paramètres du modèle
Z0kδt = \exp(−rkδt)
1. Indiquer ci-dessous les valeurs trouvées et commentez
15
– Z15 (expliquer)
– Z05 et Z015 (comparer et expliquer)
– Que vaut Z58 après trois “up” et deux “down” ?
– Que vaut Z615 après rien que des “down” ?
2. En vous inspirant des exercices du TP1, écrire un programme Scilab qui simule M trajectoires du
modèle de Ho et Lee puis, à l’aide de la commande histplot, tracer l’histogramme de la loi de cette
marche à l’instant t = 8. Reproduire votre programme ci-dessous et une esquisse de l’histogramme.
Pouvez-vous deviner la loi à l’instant t = T max ?
Exercice 4. :Micro-crédit : modèle de Tadeschi, sans exclusion, avec catégories. On considère un modèle
de Tadeschi simplifié, sans temps d’exclusion, mais avec plusieurs niveaux de bénéficiaires : lorsqu’un
bénéficiaire rembourse son prêt il passe dans un niveau supérieur (qui lui donne accès à plus de prêt
ou à un meilleur taux), jusqu’à un niveau maximal, “hors catégorie”. La seule sanction en cas de non-
remboursement du prêt et des intérêts est la perte du droit automatique à un nouveau prêt et le renvoi
dans le statut de demandeur D. Rappelons qu’un demandeur n’a qu’une probabilité γ de se voir attribuer
un prêt et il devient alors un bénéficiaire “B”. On suppose que tout bénéficiaire a une probabilité α de
ne pas rembourser son prêt : dans ce cas il redevient demandeur. Dans l’autre cas, favorable, il passe en
catégorie supérieure. On envisage quatre catégories : B1 = B, B2 = B + , B3 = B ++ , et B4 = B ∗ , la “hors
catégorie”.
70 ANNEXE A. EXERCICES
[1] Martin Baxter and Andrew Rennie. Financial calculus. Cambridge University Press, 1999.
[2] Thomas Björk. Arbitrage Theory in Continuous Time. Oxford University Press, 2004.
[3] F. Black and M. Scholes. The pricing of options and corporate liabilities. Journal of Political
Economy, 81 :637–659, 1973.
[4] Nicolas Bouleau. Martingales et marchés financiers. Editions Odile Jacob, 1998.
[5] John Cox, Stephen Ross, and Mark Rubinstein. Option pricing : A simplified approach. Journal of
Financial Economics, 7 :229–263, 1979.
[6] Rose-Anne Dana and Monique Jeanblanc-Piqué. Marchés financiers en temps continu. Economica,
1998.
[7] John Hull. Options, Futures, and other derivatives. Prentice-Hall, 1997.
[8] Jean Jacod and Philip Protter. L’essentiel en théorie des probabilités. Cassini, 2003.
[9] Ioannis Karatzas and Steven E. Shreve. Methods of mathematical finance, volume 39 of Application
of Mathematics, stochastic modelling and applied probability. Springer, 1998.
[10] Damien Lamberton and Bernard Lapeyre. Introduction au calcul stochastique appliqué à la finance,
volume 9 of Mathématiques et applications. Ellipse, 1993.
[11] Marek Musiela and Marek Rutkowski. Martingale methods in Financial modelling, volume 36 of
Applications of mathematics. Springer, 1997.
[12] Stanley R. Pliska. Introduction to mathematical finance, discrete time models. Blackwell publishers,
1997.
[13] Albert N. Shiryaev. Essentials of stochastic finance, volume 3 of Advanced series on statistical science
and applied probability. World scientific, 1999.
[14] Paul Wilmott. Derivatives. John Wiley and sons, 1998.
[15] Paul Wilmott, Sam Howison, and Jeff Dewynne. The mathematics of financial derivatives. Cam-
bridge University Press, 1995.
71