WASZCZUK RATSARAZAKA 2017 Bis
WASZCZUK RATSARAZAKA 2017 Bis
Niry RATSARAZAKA-RATSIMANDRESY
« Citoyenneté, violence et
changement politique en Afrique »
A Madagascar, la méfiance à l’égard des étrangers, qui date de la période coloniale, s’est
inscrite dans l’imaginaire et le ressenti des Malgaches, influant ainsi fortement sur la Constitution
de 1960. En effet, au lendemain de la décolonisation, tout ce qui a trait aux étrangers –
notamment les Français – est rejeté. Sous la période coloniale, tous les Malgaches étaient des
citoyens de nationalité française. Mais en 1960, une vague de reniement de cette nationalité
française apparait avec l’indépendance. De surcroit, a l’issue de celle-ci, un cas particulier se
distingue dans la Constitution qui est encore lourd de conséquences aujourd’hui : celui de la
transmission de la nationalité malgache. En effet, l’article 9 de l’Ordonnance n° 60 - 064 du 22
juillet 1960 portant sur le Code de la nationalité malgache fait une distinction entre les hommes
et les femmes malgaches :
« Art.9 :
Est Malgache :
1° L’enfant légitime né d’un père malgache,
2 ° L’enfant légitime né d’une mère malgache et d’un père qui n’a pas de
nationalité ou dont la nationalité est inconnue. »1
Ainsi, les femmes malgaches - si mariées à des étrangers - ne peuvent transmettre
automatiquement leur nationalité malgache à leurs enfants, alors que les hommes malgaches - si
mariés à des étrangères - le peuvent.
Aujourd’hui, plus que jamais, cette loi est source de polémiques et de mécontentements.
En effet, elle pose la question de la place des femmes dans la société malgache en tant que
citoyennes jouissant de droits et de devoirs. Si dans d’autres cas, elles jouissent des mêmes droits
que les hommes, dans ce cas précis, certains droits leurs sont refusés du fait de leur genre.
Dans une première partie, nous étudierons ce que la Constitution malgache dispose au sujet de
la transmission de la nationalité. Nous verrons également ce qu’implique la nationalité - et par
extension, la citoyenneté - à l’échelle locale, nationale à partir d’entretiens de personnes
1
Code de la nationalité malgache, Titre Premier, art. 9, Antananarivo, Madagascar, 1960, p. 4
« Art. 9 :
Est malgache :
2
Code de la nationalité malgache, Préambule, Exposé des motifs, p.1
« Art. 10 :
Est Malgache :
1° L’enfant né hors mariage lorsque la mère est malgache ;
2° L’enfant né hors mariage lorsque la mère est inconnue ou de nationalité
inconnue, mais dont le père est malgache. » 5
Un enfant né d’un père étranger et d’une mère malgache n’obtient donc pas automatiquement la
nationalité malgache à sa naissance, à l’inverse d’un enfant né d’un père malgache et d’une mère
étrangère. Il faut cependant rappeler qu’il n’est pas impossible pour un enfant « métis » issu
d’une mère malgache et d’un père étranger d’avoir la nationalité malgache. Le problème que
nous soulignons ici provient surtout du fait qu’un « métis » issu de père malgache et un enfant
métis « issu » de mère malgache n’ont pas les mêmes droits à la naissance. Les femmes n’ont de
pouvoir dans la transmission de la nationalité que si le père est inconnu, apatride ou si elles sont
3
Code de la nationalité malgache, Titre Premier, Art. 9, op.cit. p. 4. « De nationalité inconnue » ou « apatride » est,
selon la convention de New York adoptée le 28 septembre 1954 : « une personne qu'aucun Etat ne considère
comme son ressortissant par application de sa législation. »
4
Code de la nationalité malgache, Titre II, Chapitre Premier, Art.16, Antananarivo Madagascar, 1960, p. 5
5
Code de la nationalité malgache, Titre Premier, Art. 10, Antananarivo Madagascar, 1960, p. 4
« Art. 18 :
Le Gouvernement peut, par décret, s’opposer à l’acquisition de la nationalité
malgache soit pour indignité, défaut ou insuffisance d’assimilation, soit pour grave
incapacité physique ou mentale. » 6
Toute demande de nationalité se fait auprès du ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation
et est enregistrée au ministère de la Justice.7 C’est à cet effet que le gouvernement peut s’opposer
à toute demande ou acquisition de la nationalité malgache et c’est aussi lui qui statue si une
personne est apte ou non à recevoir la nationalité malgache. En ce qui concerne les contentieux
liés à la nationalité, les cas peuvent être portés devant le tribunal civil, c’est à dire devant une
autorité judiciaire. 8
« Il y a tellement de raisons pour lesquelles je trouve que cette loi est aberrante.
Mais la première qui me vient en tête, c’est l’héritage que je laisse à mes enfants.
J’ai des terrains à Madagascar, mais dans la loi malgache, un étranger ne peut pas
être en possession de terres malgaches. Si je meurs demain, qui va hériter de mes
terrains puisque mes enfants ne sont pas considérés comme des Malgaches ? Mes
enfants qui ont du sang malgache sont ici des non-ayant-droits ! »
6
Code de la nationalité malgache, Titre II, Chapitre Premier, Art.18, Antananarivo Madagascar, 1960, p. 5
7
Loi n°61.052, du 13.12.61, « Toute déclaration de nationalité doit être, à peine de nullité, enregistrée au Ministère
de la Justice. » Code de la nationalité malgache, Titre IV, Chapitre II, Art.58, Antananarivo Madagascar, 1960, p.
10
8
« Tout individu peut intenter devant le tribunal civil une action dont l’objet principal et direct est de faire juger
qu’il a ou n’a pas la nationalité malgache. » Code de la nationalité malgache, Titre V, Chapitre II, Art.71,
Antananarivo Madagascar, 1960, p. 12
« Art. 10
Lorsque la demande (de reconnaissance de droit de propriété privée) émane d’un
individu, celui-ci doit avoir la capacité juridique, être de nationalité malagasy et
être détenteur du terrain dans des conditions fixées par l’article 33 de la Loi
n°2005-019. » 9
Être privé de nationalité malgache implique donc d’être privé des droits afférents, notamment
ici, le fait d’être propriétaire de terres à Madagascar.
L’histoire, le respect des ancêtres et de ce qui a trait à la culture malgache nourrissent une
méfiance à l’égard des étrangers que l’on retrouve dans les lois qui régissent l’accès au foncier.
Cette méfiance est ancrée dans l’histoire coloniale et l’accaparement passé des biens malgaches.
Certaines sociétés ou personnes étrangères ont donc parfois recours à des prête-noms pour
pratiquer une activité sur des terrains malgaches. Ainsi, à travers l’histoire de Marie-Claude et à
partir de l’article 10 de l’ordonnance n° 60 - 064 du 22 juillet 1960 portant sur le Code de la
nationalité malgache, on saisit bien comment un « métis » malgache n’ayant pas la nationalité
malgache ne peut ni acheter de terres malgaches ni même hériter de celles qui, de droit (à travers
le testament familial), lui reviennent. La problématique de la nationalité malgache ne s’arrête
donc pas uniquement aux papiers tels que la carte d’identité ou le passeport, mais affecte aussi
les titres de propriété. Les lois de nationalité touchent donc des aspects tant politiques que
sociaux-économiques.
9
Loi n° 2005-019 du 17 octobre 2005, Chapitre 2, Section 1, Paragraphe 2, 2005, p. 6
« Quel sentiment étrange ce doit être pour une mère, de devoir entreprendre des
démarches afin que sa progéniture, née sur le même territoire qu'elle, puisse être
reconnue comme étant de la même patrie que soi. Certes, il ne faut pas « confondre
un cheval et une vache » mais il ne faut pas non plus demander à une jument de
prouver que son poulain n'est pas un veau ! J'aurais pu avoir à cœur de m'investir
dans la vie sociale et politique de mon pays, sans en avoir le droit, tout simplement
car un de mes parents n'est pas originaire de Madagascar. Même si l'instinct maternel
a une puissance infinie comparée à « des papiers », la citoyenneté est une marque
importante de reconnaissance d'une appartenance à une nation. »
La question du droit du sol a longtemps été un sujet bouillant dans plusieurs sociétés et a
souvent fait débat en ce qui concerne la citoyenneté. La question du droit du sang, quant à elle,
semble toujours avoir fait consensus : quelqu’un qui a du sang d’un certain pays doit pouvoir
revendiquer ses droits en tant que citoyen de ce même pays. Comme toute demande de
nationalité, il faut satisfaire à certaines requêtes, telles que parler la langue officielle du pays ou
partager les valeurs du pays. En ce qui concerne Madagascar, certains individus ne sont pas sujets
« Je trouve que c'est assez sexiste et étonnant pour un pays qui a pourtant beaucoup
été sous direction matriarcale. Et puis je trouve que c'est un peu frustrant de devoir
trouver des « failles » ou astuces dans le système pour avoir la nationalité, c'est
comme si je ne la méritais pas vraiment et que j'y prétendais illégitimement. »
Si cette loi est restée inchangée pendant 57 ans, elle est aujourd’hui le berceau de
contestations et de polémiques, naissant de revendications égalitaires et humanistes. De
nombreuses associations existent aujourd’hui et d’autres ont été créées ces dernières années pour
dénoncer la discrimination et l’injustice qu’engendre ce Code de la nationalité, et défendent
Les articles publiés sur le blog du Mouvement Citoyen Malagasy de Paris sont adressés
à toute la population malgache de Madagascar mais également la diaspora. Ce sont des articles
de tous ordres, des articles sur l’actualité malgache aux articles sur l’histoire de Madagascar.
Certains articles sont destinés au gouvernement malgache. L’un d’entre eux porte sur la
nationalité malgache11 et cible Béatrice Attalah, la ministre des Affaires Etrangères à
Madagascar. Certains internautes évoquent a son propos une hypothétique ascendance paternelle
libanaise. Elle aurait donc pu être concernée par le Code de la nationalité malgache, mais elle ne
parle pas ouvertement de la discrimination qu’il engendre.
10
Mouvement des Citoyens Malagasy de Paris [url : https://mcmparis.wordpress.com/ ]
11
Mouvement des Citoyens Malagasy de Paris [url : https://mcmparis.wordpress.com/2016/05/31/nationalite-
malgache-et-reforme-de-la-nationalite-mme-attalah-beatrice/]
Après presque 60 ans, la société civile et les associations de défense des droits de la
Femme ont réussi à faire pression sur le ministère de la Population, de la Protection Sociale et
de la Promotion de la Femme (MPPSPF) afin de voter un nouveau projet de loi (Fahran Arison,
2016). En effet, en Juin 2016, l’Ordonnance n°60-064 du 22 juillet 1960 portant Code de la
nationalité malgache a été modifiée et votée en Conseil des ministres, ouvrant la voie à une loi
plus égalitaire en faveur des femmes. Cette réforme permettrait aux femmes de transmettre leur
nationalité malgache au même titre que les hommes, sans distinction et sans conditions.
Néanmoins, il reste toujours beaucoup à faire pour atteindre l’égalité citoyenne, qui reste
plus un privilège qu’un droit inséparable. En effet, cette réforme est-elle vraiment égalitaire ? A
aucun moment, une réforme portant sur les immigrés, les apatrides ou les handicapés n’a été
mentionnée. De même, alors que les hommes malgaches peuvent transmettre leur nationalité à
leur femme étrangère, les femmes malgaches, elles, ne le peuvent toujours pas en faveur de leur
mari étranger.
« Art. 22 :
La femme étrangère qui épouse un Malgache n’acquiert la nationalité de
Malgache que sur sa demande expresse ou si, en conformité des dispositions de
sa loi nationale, elle perd nécessairement sa nationalité. La femme apatride qui
épouse un Malgache acquiert la nationalité malgache (mais pas l’homme). » 13
« Article 11 :
Est Malgache l’enfant né à Madagascar de parents inconnus dont on peut
présumer que l’un au moins est Malgache. Pourront notamment être pris en
considération : le nom de l’enfant, ses caractères physiques. » 14
Nous avons étudié les témoignages d’un homme et d’une femme qui sont nés et ont
vécu toute leur vie à Madagascar à travers un documentaire réalisé par le Haut Commissariat
12
Présidence de la République de Madagascar, « Discours de Monsieur le Président de la République de Madagascar
: Ouverture du Sommet Humanitaire Mondial », Istanbul, Turquie, 2016
13
Code de la nationalité malgache, Titre II, Chapitre II, Art.22, Antananarivo Madagascar, 1960, p. 5
14
Code de la nationalité malgache, Titre Premier, Art.11, Antananarivo Madagascar, 1960, p. 4
La première histoire est celle d’un homme surnommé Assan (pour des raisons
personnelles, il a préféré garder l’anonymat). Assan est marié à une Malgache et ils ont quatre
enfants. Il parle couramment malgache, connaît la culture malgache et a grandi à Madagascar.
Mais l’État malgache lui refuse cette nationalité. Pourquoi ? Assan a une ascendance
comorienne. Sa famille d’origine comorienne a pourtant immigré à Madagascar il y a des
centaines d’années selon ses dires. Assan ne se revendique donc pas Comorien, mais Malgache.
Il a maintes fois tenté d’obtenir des papiers d’identité mais sans le certificat de nationalité
malgache, il ne peut rien réclamer, que ce soit carte d’identité, permis de conduire ou titres de
propriété (et donc tous les avantages découlant de ces papiers d’identité). En cause, l’article 11
du Code de la Nationalité. Assan s’exprime sur le cas de ses enfants comoriens : « lorsqu’ils
approchent l’administration pour avoir des documents d’identité on leur dit qu’ils ont besoin de
certificat de nationalité. Mais comment peuvent-ils avoir le certificat de nationalité alors qu’ils
s’appellent Ahmed ou Mohammed ? » 15
Par ailleurs, comme nous l’avons vu précédemment, une femme ne peut transmettre sa
nationalité malgache à ses enfants que dans la mesure où le père est inconnu ou apatride.16 C’est
le cas d’Assan qui n’a de papiers ni comoriens ni malgaches. De surcroit les enfants d’Assan ne
peuvent pas prétendre à la nationalité malgache : en effet, l’État malgache considère Assan
comme un Comorien, même s’il n’en a pas les papiers, en vertu d’une décision prise sur des
critères physiques et patronymiques.17 Sa femme ne peut donc transmettre sa nationalité
malgache ni à son mari18 ni à ses enfants. Assan et ses enfants se retrouvent donc sans nationalité.
Leur destin est bloqué. Leur fils aîné avait le potentiel pour faire partie de l’équipe
nationale d'athlétisme mais cela n’a pas abouti puisqu’il n’avait pas de papiers pour justifier sa
citoyenneté malgache. Assan exprime son indignation : « pourquoi certains ont les papiers
malgaches alors qu’ils ne parlent même pas malgache ? Ils ne connaissent pas la langue, ils ne
15
UNHCR, « Apatridie à Madagascar », Gasy Jiaby, https://www.youtube.com/watch?v=VeLDnYcGxKg
16
Code de la nationalité malgache, Titre Premier, art. 9, op. cit, p.4
17
La société malgache est composée de 18 groupes ethniques différents de par leur culture, leur dialecte et un
physique qui, bien qu’il soit différent d’une région à une autre, permet aux Malgaches de se reconnaître entre eux
et donc de distinguer une personne qui n’est pas Malgache (soit par une couleur de peau beaucoup plus foncée
soit par des traits faciaux plus prononcés). De plus, le vrai nom d’Assan se rapproche plus de l’arabe que du
malgache.
18
Code de la nationalité malgache, Titre II, Chapitre II, Art.22, op.cit. p.5
La deuxième histoire est celle de Mohamed Natalie Safia. Nathalie fait partie de ces
personnes qui ont eu du mal à avoir un certificat de nationalité malgache, et pour cause elle
mentionne ses trois noms qui ne sonnent « aucunement malgaches », selon ses dires, pour l’État
malgache : « Ils m’ont fait aller et venir plusieurs fois avant d’obtenir mon certificat de
nationalité. Je l’ai obtenu pour une seule raison : parce que ma mère est fonctionnaire. Et parce
qu’elle était fonctionnaire, c’est grâce à ses papiers que j’ai pu avoir le certificat de nationalité.
On m’a demandé beaucoup de papiers, notamment l’acte de naissance de ma mère qui n’a pas
de nom malgache, tel fût le cas également pour ma grand-mère qui n’a pas de nom malgache
non plus. » 19
Le témoignage de Mohamed Nathalie Safia rejoint celui de Julie, cité précédemment, qui
avancait le fait de devoir « trouver des failles dans le système » pour pouvoir jouir de la
nationalité malgache. Ici, Nathalie se sent privilégiée parce que sa mère travaille pour l’État.
C’est la raison pour laquelle la procédure de demande de nationalité a été plus facile pour elle,
que pour les autres personnes se trouvant dans le même cas mais n’ayant pas de parents
travaillant pour l’État. Le processus est cependant resté long et difficile. Une nationalité qui
devrait donc lui revenir de droit, puisque sa mère est malgache, devient ainsi un privilège indu
puisque c’est par le biais du travail de sa mère que l’État malgache a estimé qu’elle pouvait
acquérir la nationalité.
Cette situation est d’autant plus problématique sachant que la Constitution malgache, elle-
même, dispose de l’égalité entre tous les individus Malgaches :
« Art. 6 :
Tous les individus sont égaux en droit et jouissent des mêmes libertés fondamentales
protégées par la loi, sans discrimination fondée sur le sexe, le degré d'instruction, la
fortune, l'origine, la croyance religieuse ou l'opinion. » 20
La loi discrimine également les handicapés. En effet, l’article 1821 dispose que « Le
Gouvernement peut, par décret, s’opposer à l’acquisition de la nationalité malgache soit pour
indignité, défaut ou insuffisance d’assimilation, soit pour incapacité physique ou mentale. » Les
19
UNHCR, « Apatridie à Madagascar », Gasy Jiaby, https://www.youtube.com/watch?v=d9k8c7WVpLk
20
Constitution de la IVème République, 11 Décembre 2010, Titre Premier, Article 6
21
Code de la nationalité malgache, Titre II, Chapitre Premier, Art.18, op.cit. p.5
Commentaire laissé par une internaute sur le site du journal Midi Madagasikara sous l’article
« Nationalité malgache: même droit pour le père et la mère » le 18 Juin 2016.
22
Nations Unies, Convention relative aux droits des personnes handicapées, Principes Généraux, Art. 3
23
UNHCR, « Apatridie à Madagascar », Gasy Jiaby, https://www.youtube.com/watch?v=d9k8c7WVpLk
La question des non ayant-droits est importante à Madagascar d’autant plus que les
étrangers - ou apatrides - résidant sur le sol malgache doivent, pour être en règle, avoir une carte
de résident. Pourtant, en fonction de la durée du séjour, allant de 3 mois à plus de 10 ans, les prix
varient de 300 euros à 840 euros (selon l’Economic Development Board of Madagascar)24
somme que certains individus ne peuvent pas payer. Et ces cartes doivent être renouvelées à
plusieurs reprises avant de pouvoir jouir d’une carte de résidence définitive. En effet, certaines
personnes apatrides par définition n’ont pas de nationalité et ne peuvent donc pas travailler
légalement sans présenter de papiers d’identité. Ainsi, ces personnes sont pour la plupart non
salariées et doivent subvenir aux besoins de toute une famille et payer également les sommes
requises pour pouvoir rester légalement sur le sol malgache.
Conclusion
24
Economic Development Board of Madagascar, Carte de résident, Février 2014
http://www.edbm.gov.mg/fr/Guichet-Unique/Carte-de-resident
Marie-Claude, 58 ans, Malgache épouse d’un Français, vivant en France, mère de trois
garçons, s’exprime
« MC : C’est affreux. Il y a tellement de raisons pour lesquelles je trouve que cette loi est
aberrante. Mais la première qui me vient en tête, c’est l’héritage que je laisse à mes enfants.
J’ai des terrains à Madagascar, mais dans la loi malgache, un étranger ne peut pas être en
possession de terres malgaches, considérées comme appartenant aux ancêtres et aux
malgaches. Du coup, si moi je meurs demain, qui va hériter de mes terrains puisque mes
enfants ne sont pas considérés comme des malgaches par l’État ? C’est la raison pour laquelle
je n’ai jamais rien construit sur ces terrains. Tout ce que j’aurais construit, bâti tout ce pour
quoi je me serai battu serait réduit à néant ? Il existe des procédures de prête-nom, certes, mais
qu’en est-il de la fierté de transmettre une partie de mon héritage malgache légalement à mes
enfants ? Mes enfants qui ont du sang malgache sont donc ici des non-ayant-droits.
N : Savez-vous quelles sont les procédures requises pour faire la demande de nationalité?
MC : Non… Non je ne sais pas, on ne nous dit rien, nous sommes dans le noir. »
Cyril, 29 ans, Franco-Malgache (d’un père français et d’une mère malgache), vivant en
France, nous relate son expérience
« C’est triste, je trouve ça vraiment dommage. Ce n’est même pas que je renie ma nationalité
malgache, je n’y ai même pas le choix. Toute mon enfance, on me charriait parce que je ne
ressemblais pas à un Français pur. On me disait « t’es qu’un malgache ! » et pourtant l’État
malgache me dit que je ne le suis pas… Sur les papiers, je ne suis que français. J’étais bloqué:
d’un côté, on me renie parce que je suis physiquement différent et de l’autre on me renie parce
que je suis culturellement différent. Et j’ai envie de connaître ma culture malgache, d’aller
librement à Madagascar, mais je ne peux pas. Le fait d’être né en France, d’avoir grandi en
France, de vivre en France me bloque déjà, de base, dans l’attachement à la culture malgache
et le fait qu’on me renie ma nationalité est un deuxième blocage dans cet attachement. C’est
un cercle vicieux, mes conditions de vie font que je ne suis pas culturellement un malgache
mais parce que je ne suis culturellement pas malgache et bien on me renie ma nationalité.
Après, je peux comprendre que ça ne soit pas automatique… Il faut bien évidemment en
apprendre plus sur le pays, sur son histoire, sa culture, les devoirs de citoyen, les droits mais
aussi et surtout la langue, comme quand un étranger demande la nationalité française par
exemple. Mais le problème, c’est que je ne devrais pas être considéré comme un “étranger”,
ma mère est 100% malgache. C’est dommage… vraiment. »
Max, 20 ans, étudiant, métis d’un père franco-belge et d’une mère malgache, vivant à
Montréal au Canada
« Je suis né à Madagascar, fut élevé et fait toutes mes études me menant aux études supérieures
à Madagascar. Le sang malgache coule dans mes veines, de part ma mère. Mais du sang
malgache coule aussi dans mon cœur. Ce pays m'a tout donné, tout appris et je me reconnais à
travers ce pays qui m'a bercé durant 18 ans. Si je peux témoigner avec gaieté ce sentiment
patriotique, c'est car je suis désormais malgache de par le sang, le sol et la culture. Toutefois,
j'aurai pu être en train de mener un autre combat beaucoup moins féérique. Mes parents ont dû
faire des demandes officielles de nationalité pour mon frère et moi alors que nous étions âgés
de 13 et 11 ans. Quel sentiment étrange ce doit être pour une mère, de devoir entreprendre des
démarches afin que sa progéniture, née sur le même territoire qu'elle, puisse être reconnue
comme étant de la même patrie que soi. Certes, il ne faut pas "confondre un cheval et une
vache" mais il ne faut pas non plus demander à une jument de prouver que son poulain n'est
pas un veau. J'aurai pu avoir à cœur de m'investir dans la vie sociale et politique de mon pays,
sans en avoir le droit, tout simplement car un de mes parents n'est pas originaire de Madagascar.
Dans certains pays, mon père qui vit à Madagascar depuis 23 ans aurait pu lui-même obtenir
la nationalité de son pays d'adoption. Dans notre pays, j'ai du attendre 13 ans, l'intégralité de
ma vie à ce moment-là, afin d'être reconnu par l'État et la Justice comme un citoyen malgache
à part entière. Sans les démarches de mes parents, j'aurai été un citoyen inactif socialement,
aucun droit de vote, aucun droit de s'engager dans l'administration publique. Cela marque de
plus, une marque culturelle et traditionnelle très profonde malgache, car il serait très mal admis
dans d'autres pays que l'enfant soit reconnu par rapport au père et non à la mère. Je trouve cela
perturbant personnellement, pour les mères malgaches que je connais. Madagascar est et restera
à jamais mon pays. Même si tout ce que ce pays m'a apporté, malgré l'instinct maternel qui a
une puissance infinie comparée à "des papiers", la citoyenneté est une marque importante de
reconnaissance d'une appartenance à une nation. Un métis ne se définit pas en pourcentage de
ses origines comme on pourrait le croire. Il n'y a pas de "50% français / 50% malgache". Un
métisse est tout simplement 100 % métisse.»
Julie, 21 ans, étudiante, métisse franco-malgache (d’un père français et d’une mère
malgache), vivant actuellement à Madagascar, nous fait part de son indignation
« Je trouve que c'est assez sexiste et étonnant pour un pays qui a pourtant beaucoup été sous
direction matriarcale. Et puis je trouve que c'est un peu frustrant de devoir trouver des "failles"