Critères de réussite d'une chaîne caprine
Critères de réussite d'une chaîne caprine
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Institut Supérieur d’Agroforesterie et de Gestion de l’Environnement de Kahuzi-Biega (ISAGE/K-B)
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Institut Supérieur de la Croix Rouge du Congo
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ABSTRACT
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I. INTRODUCTION
En RD Congo, malgré cette gamme de rôles joués par le caprin à travers son élevage, la
tendance générale de sa production est à la baisse de 30% au niveau national (Kiatoko, sans
date). Cette situation est surtout due à l’insécurité et aux conflits armés ayant occasionné le
pillage systématique du bétail et n’ayant pas permis une bonne stabilité de la population pour
pratiquer cet élevage, lesquels conflits ont secoué le pays pendant plusieurs décennies. Les
provinces de l’Est (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema, Grand-Katanga) du Nord-Est (Ituri) sont
les plus touchées par cette déperdition du cheptel caprin (Kiatoko, sans date).
De ce fait, au Sud-Kivu, selon Baciseze (2011), la production caprine, l’une des sources des
protéines animales les plus importantes pour la population est aussi en baisse suite aux
différentes calamités dues en grande partie aux guerres à répétition survenues dans cette
province, ce qui pourra exacerber la situation de vulnérabilité de cette population tant sur le
plan économique, sanitaire qu’alimentaire. Cette situation est presque générale dans tous les
terroirs du Sud-Kivu ayant connu ces guerres à répétition.
Malheureusement son cheptel caprin a connu une réduction sans pareil de ses effectifs aux
cours des décennies passées suite aux pillages répétés, orchestrés par les groupes armés
pendant diverses guerres vécues dans cette contrée.
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Suite à ces crises persistantes dans le groupement de Kalima et leurs corollaires, pour venir en
aide à des populations contrées à la vulnérabilité, la Banque Mondiale a mis en place de
stratégies efficaces et plus durables pour renforcer les moyens d’existence de ces populations
touchées par des conflits armés et autres calamités naturelles et humaines afin de leur
permettre de faire face aux chocs subis et aux facteurs de stress. Des telles stratégies
permettent le renforcement de la résilience des populations touchées par ces genres de
situation à travers divers projets de développement (FAO, 2016).
Pour cette raison, le Programme d’Action pour Développement des Bases Unies (PADEBU),
une Association Sans But Lucratif (ASBL) basée à Bukavu, a exécuté un sous-projet du
projet de mise en œuvre des filières agricoles pour la Stabilisation de l’Est de la R D Congo
pour la Paix (STEP) sous le financement de la Banque mondiale via le Fonds Social de la R D
Congo (FSRDC). Ce sous projet intitulé appui aux filières agricoles prioritaires comprend à la
fois l’appui à l’accroissement de la productivité et de la production pour l’amélioration des
revenus et de la sécurité alimentaire des populations touchées par les conflits armés dans le
bassin de production de Bulambika du corridor Miti-Bunyakiri-Hombo, pendant la période
allant de 2017 à 2020 dans trois sous-bassins dont Maibano, Tshigoma et Hombo dans trois
filières (Manioc, Haricot et élevage caprin).
Dans le cadre de ce travail, seule la filière élevage caprin nous intéresse dans le sous-bassin de
Hombo localisé dans le groupement de Kalima. Dans cette filière, les mécanismes de mise en
œuvre de ce sous-projet prévoyaient la structuration des ménages bénéficiaires vulnérables
(déplacés, retournés, femmes chefs de ménages, démobilisés, Peuples Autochtones Pygmées)
en Groupement de Producteurs Eleveurs (GPE) constitué chacun de 22 membres puis la
dotation de 40 chèvres à 20 membres à raison de deux chèvres chacun (femelles caprines de
race locale) et la dotation de 4 boucs de race améliorée (boers) aux 2 membres restant en vue
de l’amélioration génétique de la race localeà raison de deux boucs chacun.
Etant donné que cette dotation n’a pas atteint un grand nombre des ménages lors de la
première distribution, la stratégie pour accroitre le nombre des ménages bénéficiaires était que
chaque ménage ayant reçu deux chèvres restitue deux chevreaux issus de premières mises bas.
C’est le principe même de la chaine de la solidarité : « qui reçoit…donne… ») qui se traduit
en terme de remboursement des chevreaux afin de les redistribuer aux ménages n’ayant pas
été servis au cours de la première donation. Cette approche est communément connue sous le
vocable de crédit rotatif ou don rotatif en animaux (ici c’est le caprin). Plusieurs auteurs ont
rapporté l’échec de la chaine de solidarité dans le domaine agricole en général et dans
l’élevage en particulier dans plusieurs pays dans lesquels les populations ont connu des
projets d’aide au développement d’élevage.
Dans le cadre de ce travail nous voulons savoir dans quelles conditions la réussite d’une
chaine de solidarité serait possible en nous servant des bénéficiaires des chèvres dans le cadre
projet STEP.
Le questionnement ci-après sous-tend notre étude : i) pourquoi une chaine de solidarité
caprine connait-elle d’échec dans beaucoup de projets d’élevage d’aide au développement ?
ii) comment une chaine de solidarité caprine peut-elle réussir lorsqu’il s’agit d’un projet
d’élevage d’aide au développement?
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iii) y a-t-il des avantages liés à la réussite d’une chaine de solidarité caprine pour les
bénéficiaire des projets d’élevage d’aide au développement en général et la communauté
locale en particulier?
Mener une telle étude permet de rendre compte des causes contribuant à l’échec d’une chaine
de solidarité caprine, de dégager les critères permettant sa réussite et de présenter enfin les
éléments justifiant les avantages de sa réussite pour les bénéficiaires de beaucoup de projets
d’aide au développement en particulier et de la communauté locale en générale.
Aucune étude de ce genre n’a été menée dans notre milieu d’étude.
Présentation du milieu d’étude: L’espace dans lequel s’est déroulée cette étude est le
Groupement de Kalima localisé dans Chefferie de Buhavu, Territoire de Kalehe, Province du
Sud Kivu en R D Congo. Ce groupement a une superficie de 1168 Km². Il s’étend de la rivière
Miowe au Sud qui le sépare du groupement de Bitale en chefferie de Buloho jusqu’à la rivière
Hombo au Nord qui le sépare du territoire de Walikale dans la province du Nord-Kivu et les
rivières Luoo et Chinganda à l’Est qui le séparent du groupement de Mubugu et de la
chefferie de Buloho jusqu’à la rivière Luka (Luuwa) à l’ouest qui le sépare du territoire de
Shabunda. Il est constitué de 9 localités ou villages dont Mafuo, Irangi, Mingazi, Chinene,
Lukando, Chabunda, Byolwa, KashewE et Makwe. Sa population est estimée à 115 982
habitants (Etat-civil, Décembre 2019). Il est majoritairement habité par les Batembo, bien
qu’on y trouve d’autres ethnies comme les Bahavu, les Balega, les Pygmées et les Bashi
(APED, 2009).
souffrant de malnutrition chronique est de 53%, la malnutrition aigüe sévère touche 3,2% des
jeunes enfants). Cela est dû à la monotonie alimentaire caractérisée par la consommation
régulière de la pâte et des feuilles de manioc, à l’accès difficile au gibier (viande sauvage) et à
d’autres denrées alimentaires riches en protéines (poissons, œufs, …) ainsi qu’à la
dégradation des infrastructures routières provoquant l’enclavement de la zone. Ce qui
démontre que les projets de l’aide au développement dans divers secteurs vitaux demeurent
d’une grande importance dans cette contrée de la province du Sud-Kivu.
Échantillonnage et collecte des données : Dans le cadre du projet STEP, dans sa filière
élevage caprin, 550 ménages ont été servi dans le bassin de production de Bulambika réparti
dans 3 sous-bassins (Tableau 1). Chaque ménage a reçu 2 caprins (mâle ou femelle), ce qui
correspond à un nombre de 1100 têtes caprines distribuées dans ce projet.
Parmi ces 3 sous-bassins, seul celui de Hombo se trouvant dans le groupement de Kalima est
concerné par cette étude. C’est pourquoi, pour collecter les données relatives à cette étude,
nous nous sommes servis de 110 ménages bénéficiers des chèvres dans le cadre du projet
STEP. Ce sous-bassin a été choisi parmi les 3 suite à son accessibilité (GPE localisés sur la
RN3 sur l’axe routier Bulambika-Hombo) ainsi qu’à la situation sécuritaire qui y relativement
calme. Ces ménages bénéficiaires des chèvres du sous-bassin de Hombo étaient réunis au sein
de 5 GPE à raison de 22 ménages bénéficiaires par GPE (Tableau 2).
Tableau 2. Répartition des enquêtés de notre étude selon les GPE et les villages cibles
L’enquête s’est déroulée dans 4 villages sur les 9 que compte le groupement de Kalima étant
donné que seuls ces 4 villages ont été ciblés par le projet STEP. Cette enquêté a été menée
auprès de ces 110 ménages bénéficiaires des chèvres dans le cadre de ce projet grâce à un
questionnaire d’enquête.
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Chaque président du GPE nous a servi comme guide pour atteindre les autres membres soit
pendant la journée l’enquête se déroulait au lieu de travail de chaque enquêté ou pendant la
soirée à son domicile. La personne avec laquelle nous nous sommes entretenue dans le
ménage était celle ayant été identifiée par le projet et qui a reçu les 2 chèvres (mâles ou
femelles). L’enquête s’est réalisée dans une langue de choix que métrise l’enquêté. Cette
enquête s’était déroulée pendant une période de 20 jours soit du 01/05 au 20/11/2020 et a été
complétée par des observations réalisées sur le terrain et d’une analyse documentaire.
Analyse des données : Les données collectées sur le terrain ont été saisies et encodées dans le
tableur Excel pour constituer une base des données et ont ensuite été traitées au moyen du
logiciel SPSS. Grâce à ce logiciel nous avons déterminé les opinions de nos enquêtés sous
forme des effectifs et des pourcentages par rapport à chacune de nos questions posées dans
des tableaux statistiques ayant constitué les différents résultats de notre étude. La tendance
selon l’effectif et le pourcentage obtenus pour chaque paramètre étudié dans une question a
fait l’objet d’une interprétation ou d’une analyse et par la suite, nous a permis d’aboutir à une
conclusion pour chacun des faits étudiées.
III. RESULTATS
De ce tableau il se dégage que 57,2% des enquêtes sont du sexe masculin et 42,7% sont du
sexe féminin.
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De même les résultats observés dans ce tableau attestent que 58.1% des enquêtés ont l’âge
variant entre 31 et 50 ans, 22,7% ont l’âge se situant entre 51 ans et plus et enfin 19% des
enquêtés ont l’âge compris entre 25 ans et 30 ans. Aussi, au regard de ce tableau, 76,3% de
nos enquêtés sont des mariés, 13,6% de ces enquêtés sont des divorcés et 10% se repartissent
entre veufs ou veuves. Concernant la taille de ménage, 48,1% des enquêtés ont la taille de
ménage compris entre 6 et 10 membres, 32,7% des enquêtés ont la taille de ménage se
trouvant entre 2 et 5 membres, et enfin 19% des enquêtés ont la taille de ménage se situant
entre 11 ans et plus.
De ce tableau, il ressort que 70,9% des enquêtés considérèrent l’élevage caprin comme une
activité secondaire et 29,1% des enquêtés considère cet élevage comme activité primaire.
D. Don d’autant de chèvres qui doivent être remises après donation pour couvrir
la dot chez une belle famille.
Ce tableau donne 4 types de façon de fonctionnement de la chaine de solidarité caprine selon
la compréhension de chacun des enquêtés dont (A) pour 87,3% des enquêtés, (B) pour 6,4%
des enquêtés, (C) pour 4,5% des enquêtés et enfin (D) pour 1,8% de nos enquêtés. Ainsi, nous
remarquons que le gros de nos enquêtés comprennent que la chaine de solidarité caprine
fonctionne comme étant un don d’autant de chèvres dont un bénéficiaire remet autant à un
autre bénéficiaire après la reproduction. Ce qui est vrai étant donné que le fonctionnement de
la chaine de solidarité passe par son principe qui stipule que « qui reçoit autant donne
autant ».
Causes de l’échec d’une chaine de solidarité caprine : Tableau 6. Répartition des enquêtés
selon les différentes causes de l’échec d’une chaine de solidarité caprine
Légende :
A. L’Organisation des bénéficiaires directs en GEC/GPE, les impliquer ensemble avec les
bénéficiaires indirects dans la gestion de la chaine sous la supervision du donateur ;
B. L’Organisation des bénéficiaires directs en GEC/GPE, les impliquer ensemble avec les
bénéficiaires indirects dans la gestion de la chaine de solidarité et les laisser faire eux-
mêmes ;
C. La gestion de la chaine de solidarité et la supervision des activités sont faites par le
donateur lui-même sans implication des bénéficiaires ;
D. La gestion de la chaine de solidarité par les bénéficiaires directs et indirects et la
supervision des activités par l’autorité locale ;
E. La gestion de la chaine de solidarité par l’autorité locale et la supervision des activités par
le donateur.
Ce tableau présente 5 critères pouvant permettre la réussite de la chaine de solidarité caprine
qui ont été reconnus par les enquêtés. Ces critères se présentent de la manière ci-après dans
leur ordre d’importance : Modalité (A) (83,6% des enquêtés), modalité (B) (7,3% des
enquêtés), modalité (D) (4,5% des enquêtés), modalités (E) (2,7% des enquêtés) et enfin
modalité (C) (1,8% des enquêtés).
Légende :
A. Réduction de la dépendance en caprin en provenance d’autres milieux par l’augmentation
du chef caprin dans lemilieu ;
B. Acquisition de l’expérience en techniques d’élevage caprin et en chaine de solidarité
caprine par les éleveurs du milieu ;
C. Développement d’un esprit de collaboration et d’entraide mutuelle entre les bénéficiaires à
différents niveaux et avec la communauté ;
D. Organisation des bénéficiaires en Groupement d’Eleveurs Caprins bien Structuré ;
E. Développement du milieu par l’approche de l’auto-prise en charge à travers l’élevage
caprin.
Ce tableau présente 5 avantages pouvant découler de la réussite de la chaine de solidarité
caprine dans la contrée qui ont été reconnus par les enquêtés. Ces avantages se présentent de
la manière ci-après dans leur ordre d’importance : Modalité (E) (37,3% des enquêtés),
modalité (A) (31,8% des enquêtés), modalité (C) (19,1% des enquêtés), modalités (B) (8,2%
des enquêtés) et enfin modalité (D) (3,6 % des enquêtés).
Les caractéristiques des enquêtés : Les résultats obtenus en rapport avec les caractéristiques
des enquêtés nous renseignent que 57,2% des enquêtes sont du sexe masculin et 42,7% sont
du sexe féminin. Les hommes ont été plus représentatifs dans notre échantillon. Cela se
justifie du fait que lors de la sélection des bénéficiaires à part les critères de vulnérabilités, la
condition de l’ancienneté dans la pratique de l’élevage caprin était aussi prise en
considération, les hommes ayant la plus grande ancienneté dans l’élevage caprin que les
femmes.
De même les résultats obtenus attestent que 58.1% des enquêtés ont l’âge variant entre 31 et
50 ans, 22,7% ont l’âge se situant entre 51 ans et plus et enfin 19% des enquêtés ont l’âge
compris entre 25 ans et 30 ans. Ces résultats montrent que le gros des enquêtés ont l’âge
compris entre 31 et 50 ans, c’est qui est vrai car dans la plupart de cas en milieu rural ce sont
les personnes plus âgées qui s’occupent beaucoup de l’élevage.
Aussi, au regard des résultats obtenus, 76,3% des enquêtés sont des mariés, 13,6% de ces
enquêtés sont des divorcés et 10% se répartissent entre veufs ou veuves. Concernant la taille
de ménage, 48,1% des enquêtés ont la taille de ménage compris entre 6 et 10 membres,
32,7% des enquêtés ont la taille de ménage se trouvant entre 2 et 5 membres, et enfin 19% des
enquêtés ont la taille de ménage se situant entre 11 ans et plus. Ainsi, il se remarque que les
tailles de ménage des enquêtés sont surtout comprises entre 2 et 10 membres de famille, soit
une moyenne de 6 membres de famille. Ces observations furent aussi signalées par Wasso et
al (2018) qui ont trouvé que la majorité des éleveurs des chèvres dans les groupements
d’Irongo, Luciga et Lurhala sont des hommes et par Guingouain (2017) qui, dans son étude
portant sur l’élevage des petits ruminants en milieu paysan dans les régions de la Kara et des
savanes au Togo, a indiqué que les parmi les enquêtés 82,27% étaient de sexe masculin, de
même que les résultats obtenus par Guermah et al (sans date) dans leur étude menée en
Région de M’sila en Algérie sur la caractérisation de l’élevage caprin ont montré que
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l'élevage caprin est une activité exclusivement masculine. L’âge avancé des enquêtés de notre
étude coïncide avec le résultat de Tchouamo et al (2005) qui ont montré que dans la province
de l’Ouest du Cameroun l’élevage des petits ruminants est non seulement une activité
essentiellement masculine, mais aussi une activité exercée par des hommes âgés et mariés à
plus d’une femme. Selon les résultats de notre étude, la plupart des éleveurs sont des mariés,
résultats confirmés aussi par Tchouamo et al (2005), d’après leurs recherches ayant porté sur
les caractéristiques socio-économiques et techniques de l’élevage caprin dans la région du
Sud Cameroun. Nos observations sur l’âge, l’état civil et la taille des ménages des éleveurs
caprins ont été corroborées aussi par Wasso et al (2018) dans leur étude portant sur l’analyse
de la situation actuelle, défis et impact socioéconomique de l’élevage caprin la vie sur de la
population du territoire de Walungu.
Ainsi, nous remarquons que la majorité gros des enquêtés (87,3%) comprennent que la chaine
de solidarité caprine fonctionne comme étant un dond’autant de chèvres dont un bénéficiaire
direct remet autant à un autre bénéficiaire « dit indirect » après la reproduction. Ce qui est vrai
étant donné que le fonctionnement de la chaine de solidarité passe par son principe « qui
reçoit autant donne autant ».
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Ainsi, nous pouvons dire que l’approche de chaine de solidarité dans un projet d’aide au
développement peut permettre d’atteindre un grand nombre des ménages bénéficiaires à
condition que son fonctionnement normalement ne trouve pas d’embuche dans son parcourt.
D’où la chaine de solidarité fonctionne comme un crédit rotatif que Guillaume (2008) définit
comme suit : «Le crédit rotatif, c'est lorsqu'une famille, qui reçoit par exemple deux chèvres
ou des semences de l'ONG, redistribue la même chose après la reproduction ou la récolte à
une autre famille, et ainsi de suite».
Il y en a aussi de nombreux auteurs à travers divers travaux qui ont présenté la chaine de
solidarité caprine dans le même angle d’idées que nos résultats notamment : Elevages Sans
Frontier (ESF) dans son rapport annuel de 2013, qualifie la chaine de solidarité de «
microcrédit en animaux » et précise que cette approche constitue son moyen phare ainsi que
de tous ses partenaires pour introduire de nouveaux élevages auprès des bénéficiaires de ses
nombreux projets d’élevage dans plusieurs pays tropicaux d’Afrique, d’Asie et d’Amérique
du Sud, ce qui permet ainsi aux familles bénéficiaires de devenir à leur tour des donateurs.
Pour cela, le principe est simple, toute famille recevant un animal par le biais d’un achat
réalisé par le projet ou par le remboursement d’une autre famille, est tenue de rembourser un
animal né de son élevage à une nouvelle famille de son village ou d’un village voisin
souhaitant à son tour développer cette nouvelle activité.
De même, pour Empowering Response Burundi (ERB), dans un rapport de 2018 du projet
PRO-ACT1 mené au Burundi qui a ciblé 250 ménages bénéficiaires des chèvres, stipule que
la distribution des chèvres à travers l’approche de la chaine de solidarité communautaire a
permis de servir 125 ménages vulnérables (bénéficiaires directs ou de premier rang) ayant
reçu 2 chèvres chacun, allaient restituer autant des chevreaux d’une année pour être
redistribuer aux 125 autres ménages restant (bénéficiaires indirects ou de second rang).
Quant à Laroche (sans date), en rapport avec un projet agro-pastoral, financé par la Norvège,
mené au Burundi dans le cadre des activités génératrices de revenus en milieu rural en faveur
1 100 femmes ayant reçu des chèvres, précise qu’en comptant l’effet de tâche d’huile créé par
la chaîne de solidarité communautaire depuis le début du projet, il y a cinq ans, il était
possible d’estimer sans doute que ce sont plus de 4 500 ménages qui ont bénéficié de ce
projet.
Les causes de l’échec d’une chaine de solidarité caprine : 5 causes pouvant bloquer la
réussite d’une chaine de solidarité ont été reconnues par les enquêtés. Ces causes se présentent
comme suit dans leur ordre d’importance : i) non organisation des éleveurs en Groupement
d’Eleveurs Caprins(GEC/GPE) pour 38,2% des enquêtés, ii) non-respect des orientations
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relatives au bon fonctionnement d’une chaine de solidarité caprine par les bénéficiaires
(33,6% des enquêtés), iii) détournement des chèvres par les bénéficiaires directs pour 14,5%
des enquêtés, iv) mortalité élevée des chèvres bénéficiaires pour 9,1% des enquêtés et enfin,
v) vol des chèvres bénéficiées par des personnes tierces pour 4,5% des enquêtés.
Nous basant sur les résultats obtenus, il se dégage que deux entre ces causes se présentent
comme les plus importantes notamment la non organisation des éleveurs en Groupement
d’Eleveurs Caprins (GEC/GPE) (38,2% des enquêtés) par les donateurs avant la distribution
des chèvres, le non-respect des orientations (par exemple ne pas vendre ou consommer les
chèvres reçues, ne pas pratiquer l’élevage en divagation de peur que les animaux reçus soient
volés, etc.) relatives au bon fonctionnement d’une chaine de solidarité caprine par les
bénéficiaires (33,6% des enquêtés).
L’ONG Réseau Burundi 2000 Plus (RBU2000+) avait déjà remarqué aussi des cas de blocage
de la chaine de solidarité caprine dans ses nombreux projets d’élevage réalisés au Burundi dus
notamment soit par la consommation ou la vente par certains bénéficiaires des chèvres reçues
ou soit par le manque d’information suffisante sur le fonctionnement de cette chaine de
solidarité.
Des résultats obtenus dans notre enquête, nous remarquons que les chèvres ne doivent pas être
distribuées à un bénéficiaire qui n’est pas membre d’un GPE/GEC de peur que ce dernier ne
puisse s’en approprier et les détourner pour d’autres fins.
Par contre lorsque les chèvres sont distribuées aux bénéficiaires appartenant à un GEC ou
GPE, elles sont considérées comme appartenant au groupe non pas à un seul individu, d’où il
se créée une crédibilité dans la gestion ; la responsabilité devient collective et l’esprit de
responsabilité s’affiche sans faille.
Pour bien appréhender la notion de fonctionnement d’une chaine de solidarité caprine, les
bénéficiaires doivent être informés et formés sur cette approche communautaire au sein de
leurs GEC ou GPE respectifs par les donateurs ou par les services étatiques qui sont des
parties prenantes au projet.
Les différents critères de réussite d’une chaine de solidarité caprine : 5 critères pouvant
permettre la réussite d’une chaine de solidarité caprine ont été reconnus par les enquêtés et se
présentent de la manière ci-après dans leur ordre d’importance : i) l’Organisation des
bénéficiaires directs en Groupement d’Eleveur Caprin (GEC)/Groupement des Producteurs
Eleveurs (GPE), les impliquer ensemble avec les bénéficiaires indirects dans la gestion de la
chaine sous la supervision du donateur pour 83,6% des enquêtés, ii) l’Organisation des
bénéficiaires directs en GEC/GPE, les impliquer ensemble avec les bénéficiaires indirects
dans la gestion de la chaine de solidarité et les laisser faire eux-mêmes pour 7,3% des
enquêtés, iii) la gestion de la chaine de solidarité par les bénéficiaires directs et indirects et la
supervision des activités par l’autorité locale pour 4,5% des enquêtés, iv) la gestion de la
chaine de solidarité par l’autorité locale et la supervision des activités par le donateur pour
2,7% des enquêtés et enfin, v) la gestion de la chaine de solidarité et la supervision des
activités sont faites par le donateur lui-même sans implication des bénéficiaires pour 1,8% des
enquêtés.
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Nos résultats ont déjà été signalés par d’autres recherches notamment par CAPAD (2015)
dans un rapport de son projet mené au Burundi, dans lequel il est indiqué que la chaîne de
solidarité est initiée au sein des groupements qui composent les coopératives membres de la
CAPAD, ce qui facilite le suivi et la bonne gestion du don rotatif, qui est assurée par les
groupements et coopératives eux-mêmes, le tout étant supervisé par la CAPAD. Dans le
même rapport CAPAD, souligne également que pour éviter le détournement des chèvres, lors
de la distribution, les bénéficiaires se sont engagés par écrit à respecter une série de
conditions, notamment de restituer la première naissance, de faire soigner la chèvre à ses
coûts avec l’aide des agents vétérinaires locaux, de construire une chèvrerie et de disposer
d’une compostière à fumier, d’atteindre un troupeau de 3 chèvres et de n’éventuellement
vendre que les chèvres additionnelles, etc.
Pour l’ONG Réseau Burundi 2000 Plus (RBU2000+) (2015) pour aboutir à l’objectif visé par
l’activité de la distribution des chèvres aux ménages vulnérables, il faut adopter une stratégie
qui décourage les bénéficiaires des chèvres à les consommer à travers le système de chaine de
solidarité communautaire. Pour cela, le premier et le deuxième ménages bénéficiaires doivent
être connus à l’avance et seront habitants d’un même village ou d’un village voisin sur la
même colline. Le second bénéficiaire étant déjà connu participe à la surveillance du premier
bénéficiaire pour éviter le détournement des animaux reçus.
l’approche de l’auto-prise en charge à travers l’élevage caprin pour 37,3% des enquêtés, ii) la
réduction de la dépendance en caprin en provenance d’autres milieux par l’augmentation du
chef caprin dans le milieu pour 31,8% des enquêtés, iii) le développement d’un esprit de
collaboration et d’entraide mutuelle entre les bénéficiaires à différents niveaux et avec la
communauté pour 19,1% des enquêtés, iv) l’acquisition de l’expérience en techniques
d’élevage caprin et en chaine de solidarité caprine par les éleveurs du milieu pour 8,2% des
enquêtés et enfin, v) l’organisation des bénéficiaires en Groupement d’Eleveurs Caprins bien
structuré pour 3,6 % des enquêtés.
Partant des résultats présentés ci-dessus, il s’avère pour les enquêtés de notre étude que le
développement du milieu par l’approche de l’auto-prise en charge à travers l’élevage caprin,
la réduction de la dépendance (approvisionnement en caprin à partir des milieux lointains) en
caprin par l’augmentation du chef caprin dans le milieu et le développement d’un esprit de
collaboration et d’entraide mutuelle entre les bénéficiaires à différents niveaux et avec la
communauté sont les avantages majeurs découlant de la réussite d’une chaine de solidarité
caprine.
Ces trois avantages se complètent et permettent ainsi à la chaine de solidarité caprine d’être
une approche qui contribue à procurer l’aliment carné (la viande) à la population pour garantir
sa sécurité alimentaire surtout nutritionnelle (disponibilité en protéines animales par sa
viande), générer le revenu au ménage (vente des caprins sur pied ou de la viande après
abattage pour couvrir différents besoins socio-économiques du ménage), acquérir les
techniques d’élevage caprin (le projet a prévu des séances de formation sur les techniques
d’élevage caprin) et le développement d’un esprit d’entraide mutuel entre les membres de la
communauté. Tout cela permet de renforcer les moyens d’existence d’une population
vulnérable ayant subi un choc et ainsi consolider sa résilience.
Signalons qu’en dehors de ces avantages mentionnés ci-dessus, l’aspect environnemental a été
aussi pris en compte car dans les mécanismes de mise en œuvre du projet STEP, il a été prévu
la mise en place d’une banque fourragère communautaire d’1/2 ha par GPE à base de trois
espèces fourragères (Tripsacum laxum, Calliandra calothurcis et Leucaena leucocephala)
puis la distribution des boutures et des plantules à chaque membre du GPE pour constituer sa
propre banque fourragère. Ce qui permet, peu soit-il de contribuer à fertiliser les sols (pour les
légumineuses), à lutter contre l’érosion des sols, à la séquestration du carbone et autres gaz à
effet de serre, etc.
Quant à CAPAD (2015) et Laroche (Sd.), considèrent que le choix de la chèvre dans une
chaine de solidarité est justifié par le fait que les chèvres sont robustes et relativement peu
exigeantes en termes de fourrage, et il est estimé que le fumier généré par 3 chèvres permet
d’assurer la fertilisation d’une exploitation familiale, à condition que les chèvres soient
gardées en stabulation semi-permanente. Par ailleurs, les chèvres additionnelles peuvent être
vendues en cas de nécessité et constituer ainsi un « crédit-bétail ».
Pour Laroche (Sans date), la place de la chaîne dans l’agriculture est d’une importance
capitale en ce sens que l’un de ses avantages majeurs est qu’elle fait la promotion de
l’amélioration des revenus agricoles en se basant sur les principes de l’agriculture biologique
et en précisant que cette initiative est tout à fait prometteuse pour l’amélioration des
conditions de vie des ménages agricoles au Burundi.
Pour Isodore (2008) dans une étude menée au Burkina-Faso à travers une enquête auprès des
éleveurs caprins montre que les avantages de l’élevage caprin se situent au niveau de
l’utilisation des recettes issue de la vente des troupeaux caprins de la manière suivante :Achat
vivre 50%, achat aliment pour bétail 24%, habillement 15%, achat d’animaux 2,5% pour
maintien d’elevage, mariage 2,5%, scolarité des enfants 2%, soin de la famille 2%, paiement
dot 1%,achat bicyclette 1%.
De la part d’Elevages Sans Frontier (ESF) (2013), les avantages de la chaine de solidarité
caprine se situent à quatre niveau notamment : i) au niveau alimentaire en précisant qu’elle
permet l’amélioration de l’alimentation, l’élevage caprin procure une alimentation plus riche
et saine (achat des aliments divers notamment les fruits, les légumes, les légumineuses, les
céréales pour un régime alimentaire équilibré) aux familles bénéficiaires surtout chez les
femmes et les enfants pour faire face à leurs carences alimentaires et faciliter l’accès à des
protéines animales ; ii) au niveau de l’expérience, elle permet la formation et échanges
d’expériences à travers le renforcement des capacités des populations bénéficiaires de dons
dans des domaines comme l’élevage et la santé animale caprins, la gestion d’une exploitation
agricole, la transformation et la commercialisation de produits issus de l’élevage de cet
élevage, font partie des principales actions menées auprès des bénéficiaires des projets de don
caprin à travers la chaine de solidarité ; iii) au niveau micro-économico-social, elle permet la
structuration des filières courteset à travers ses produits elle constitue une source régulière de
revenus pour les familles développant des activités d’élevage. Les chèvres constituent un
capital financier subvenant à des besoins quotidiens ou ponctuels : s’habiller, se déplacer, se
soigner, étudier ou encore constituer des réserves alimentaires, iv) au niveau environnemental,
elle permet la préservation des ressources naturelles et l’environnement à travers
l’intensification d’élevage caprin qui contribue à subvenir aux besoins des populations tout en
réduisant leur pression sur les ressources naturelles. C’est dans cette optique qu’ESF intègre
dans tous ses projets sous l’approche de la chaine de solidarité, des pratiques alternatives
visant à lutter contre le réchauffement climatique et la pollution de l’eau et de l’air : - en
favorisant l’utilisation des résidus de culture et d’alimentation pour nourrir les animaux ; - en
recyclant le fumier comme alternative écologique aux engrais chimiques (production de
l’engrais organique pour fertiliser les champs et augmenter la production agricole) ; - en
reboisant avec des espèces fruitières et/ou fourragères pouvant absorber de grandes quantités
18
V. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Le présent travail portait sur les critères de réussite d’une chaine de solidarité caprine et avait
été basé sur le cas des bénéficiaires des chèvres du projet STEP dans le bassin de production
de Bulambika, sous-bassin de Hombo dans le groupement de Kalima. L’étude a été réalisée
grâce à une enquête qui a été menée auprès de 110 membres bénéficiairesdes chèvres du
projet STEP, répartisdans 5 GPE localisés chacun dans un village de ce groupement sur l’axe
routier Bulambika-Hombo. Les résultats obtenus ont révélé que les enquêtés comprennent le
fonctionnement d’une chaine de solidarité caprine comme étant un don d’autant de chèvres
dont un bénéficiaire remet autant à un autre bénéficiaire après la reproduction, les causes
majeures pouvant bloquer le bon fonctionnement d’une chaine de solidarité sont entre autres
la non organisation des éleveurs en Groupement d’Eleveurs Caprins (GEC/GPE) par les
donateurs avant la distribution des chèvres et la non maitrise du processus de chaine de
solidarité caprine par les bénéficiaires du don, le critère (condition) le plus important pouvant
permettre la réussite d’une chaine de solidarité caprine parmi tant d’autres est l’organisation
des bénéficiaires directs en GEC/GPE, les impliquer ensemble avec les bénéficiaires indirects
dans la gestion de la chaine de solidarité sous la supervision du donateur, les avantages
pouvant découler de la réussite d’une chaine de solidarité caprine dans la contrée sont
nombreux notamment le développement du milieu par l’approche de l’auto-prise en charge à
travers l’élevage caprin, la réduction de la dépendance en caprin en provenance des milieux
lointains par l’augmentation du cheptel caprin dans le milieu et enfin le développement d’un
esprit de collaboration et d’entraide mutuelle entre les bénéficiaires à différents niveaux et
avec la communauté en général.
Eu égard des résultats obtenus dans cette étude, nous recommandons ce qui suit :
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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agriculteurs vulnérables à Karusi. Burundi, Bujumbura.
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techniques de l’élevage des petits ruminants dans la province de l’Ouest du Cameroun.
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actuelle, défis et impact socioéconomique sur la population du territoire de Walungu,
République Démocratique du Congo, Journal of Applied Biosciences 129: 13050 -13060,
ISSN 1997-5902, 12p