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Types Des Betons & Applications

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PARTIE 8

APPLICATIONS

DES BÉTONS
8.1 Le béton armé

Pourquoi armer le béton ? (1848) et à Monier (1849), qui prit un brevet pour des
caisses horticoles en ciment armé.
Les premières applications du béton armé dans des
Dans la plupart des éléments d’une construction, se
constructions sont dues à Coignet, puis à Henne-
développe un ensemble de contraintes résultant des
bique, qui a réalisé le premier immeuble entièrement
diverses actions auxquelles ils sont soumis. La résis-
en béton armé en 1900.
tance à la compression du béton lui permet d’équili-
brer correctement les contraintes de compression. La quantité d’armatures et leur disposition, dictées
Par contre, du fait de la relative faiblesse de sa résis- par la répartition des contraintes, résultent de calculs
tance à la traction, il n’en est pas de même pour les qui font appel aux lois de comportement des maté-
contraintes de traction. riaux. Il faut enfin souligner que certains ouvrages en
béton ne nécessitent pas d’armatures : c’est le cas
C’est pourquoi l’on dispose dans les parties tendues des bétons de masse, ou d’une grande partie des
d’une pièce de béton, des armatures (barres ou chaussées en béton.
treillis soudés) généralement en acier, matériau qui
présente une bonne résistance à la traction.
Diverses raisons justifient l’emploi des armatures Principes de calcul du béton armé
dans le béton, notamment :
• la reprise des efforts de traction que ne peut assu- Les règlements de calcul sont conçus de façon à
mer le béton ; garantir la sécurité et la pérennité des structures.
D’une part, ils précisent le niveau maximal des
• un moyen de s’opposer à sa fissuration ; actions (voir le paragraphe « Actions et
• la liaison entre éléments ; sollicitations ») pouvant s’exercer sur un ouvrage
pendant sa durée de vie ; d’autre part, ils tentent de
• des raisons de sécurité ; prémunir le concepteur contre les insuffisances de
• plus généralement des dispositions dites « de qualité des matériaux.
bonne construction ». Le premier objectif est atteint par la prescription de
L’idée d’associer au béton des armatures d’acier dis- valeurs caractéristiques ou nominales des actions
posées dans les parties tendues revient à Lambot et, éventuellement, par l’imposition de coefficients

165
1900 : le premier immeuble en béton armé, rue Danton à Paris.

de sécurité majorateurs frappant les sollicitations Actions et sollicitations


résultant de ces actions. La probabilité d’occurrence
simultanée d’actions indépendantes peut être très
■ Les actions
variable selon leur nature. Il est donc nécessaire de
définir les combinaisons d’actions dans lesquelles, à
la valeur caractéristique d’une action dite de base, Elles sont constituées par les forces et les couples
s’ajoutent des valeurs caractéristiques minorées résultant des charges appliquées ou des déforma-
d’autres actions dites d’accompagnement. tions imposées à une construction.
Le second objectif est obtenu par l’application de On distingue :
coefficients de sécurité minorateurs aux valeurs des • Les actions permanentes dues au poids propre
résistances caractéristiques des matériaux utilisés. de la structure et au poids total des équipements
Les valeurs de ces coefficients diffèrent selon les fixes. Les poussées de terre ou la pression d’un liqui-
principes de calcul adoptés. Le calcul dit « aux de (pour les murs de soutènement, les réservoirs...)
contraintes admissibles » conduisait seulement à sont également comptées comme actions perma-
vérifier que les contraintes de service d’un élément nentes.
de structure demeuraient à l’intérieur d’un domaine • Les actions variables dues aux charges d’exploi-
défini par les valeurs bornées des contraintes ; tation, aux charges climatiques, aux charges tempo-
celles-ci étaient égales aux contraintes de rupture raires appliquées en cours d’exécution, aux défor-
des matériaux, minorées par un coefficient de sécu- mations provoquées par les variations de températu-
rité. Cette méthode ne reflétait pas toujours la sécu- re.
rité réelle offerte par les structures. En fonction de la destination des locaux ou des
C’est pourquoi la méthode de calcul « aux états- ouvrages et en l’absence de données résultant des
limites » lui a été substituée et se fonde sur une conditions réelles d’exploitation, les charges rete-
approche semi-probabiliste de la sécurité. Ce type nues pour les calculs sont fixées forfaitairement par
de calcul permet de dimensionner une structure de des normes ou des règlements (par exemple la
manière à offrir une probabilité acceptable de ne pas norme AFNOR NF P 06-001 pour les charges d’ex-
atteindre un « état-limite », qui la rendrait impropre à ploitation des bâtiments).
sa destination. Cette définition conduit à considérer Les charges dues au vent ou à la neige sont fixées
plusieurs familles d’états-limites, telles que les états- par les règles Neige et NV selon le site, l’altitude,
limites de service, les états-limites de fissuration, de l’exposition, l’inclinaison de l’ouvrage.
déformation, les états-limites ultimes de résistance, • Les actions accidentelles dues aux séismes, aux
de renversement, de flambement, les états-limites explosions, à l’incendie sont prises en compte par
de fatigue ou les états-limites de tenue au feu. des règlements spécifiques (Règles PS pour les
Les règles BAEL 91 (Béton Armé aux États-Limites) séismes).
fondées sur ces notions constituent le fascicule 62 du
CCTG applicable aux marchés publics de travaux.
■ Les sollicitations

Les sollicitations sont les efforts (effort normal, effort


tranchant), et les moments, appliqués aux éléments
de construction. Elles sont déterminées, à partir des

166
actions considérées, par des méthodes de calcul
appropriées faisant généralement appel à la résis-
tance des matériaux ou à des études de modélisation.

■ Les combinaisons d’actions

Dans les calculs justificatifs de béton armé, on consi-


dère des sollicitations dites de calcul, qui sont déter-
minées à partir de combinaisons d’actions dont on
retient les plus défavorables.

Décomposition en sollicitations
élémentaires Notations
(conformément aux règles BAEL 1991)
Pour la compréhension des calculs, il est intéressant h : hauteur totale de la section ;
de considérer successivement les différentes natu-
res de sollicitations indépendamment les unes des y : distance de la fibre neutre ;
autres, bien que, dans la réalité, on ait, la plupart du εbc : raccourcissement relatif du béton comprimé ;
temps, affaire à une combinaison de celles-ci. εst : allongement relatif de l’acier tendu ;
z : bras de levier du couple de flexion.
■ Efforts normaux L’équilibre de la résultante des forces de traction et
de celle des forces de compresion dans chaque
Compression simple section se traduit par l’égalité :
Lorsqu’un poteau n’est soumis, en plus de son poids Nbc x z = Nst x z = Mf.
propre, qu’à une charge F appliquée au centre de Nbc : résultante des efforts de compression ;
gravité de sa section, il est dit sollicité en compres-
sion simple. Il convient de remarquer que ce cas Nst : résultante des efforts de traction (repris par
théorique n’est pratiquement jamais réalisé, la force l’acier) ;
F résultante étant généralement excentrée par rap- Mf : moment fléchissant dans la section considérée.
port à l’axe du poteau ; il existe aussi des efforts hori-
zontaux qui provoquent un moment fléchissant. ■ Effort tranchant
Traction simple
L’effort dit tranchant entraîne, pour une poutre homo-
Ce cas limité (suspentes, tirants) nécessite évidem- gène, une fissuration qui se développe à environ
ment une armature longitudinale pour reprendre cet 45° par rapport à la ligne moyenne de la poutre.
effort que le béton ne serait pas à même de supporter.

■ Flexion

Lorsque l’on considère une poutre fléchie, on peut


constater que les fibres inférieures soumises à des
contraintes de traction s’allongent, alors que les
fibres supérieures en compression se raccourcis-
sent. Si l’on considère une portion de poutre dont
toutes les fibres avaient une longueur 0 avant défor-
mation, chaque fibre présentera, après déformation,
une longueur 1 = 0 + Ky, en admettant l’hypothèse
que chaque section droite reste plane après défor-
mation de la poutre. Fissuration et amorce de rupture provoquée par l’effort tranchant.

Contrainte de cisaillement horizontale :

La fibre neutre est celle dont la longueur ne varie


pas : 1 = 0.

167
■ Pièces fléchies hyperstatiques

On rencontre des poutres continues reposant sur


plus de deux appuis (poutres hyperstatiques) com-
portant des porte-à-faux, des encastrements.
Le cas schématique suivant permet de comprendre
l’inversion des moments fléchissants (pas nécessai-
rement au niveau des appuis) et montre que les par-
ties tendues peuvent se trouver dans la zone supé-
rieure de la poutre.

En reportant la valeur du moment fléchissant en


chaque point de la poutre, on obtient un diagramme Détermination
des moments fléchissants qui permet de visualiser des sollicitations de calcul
sa variation.
Pour le cas précédent, on voit qu’il est nul sur l’appui Si l’on désigne par :
A (lorsqu’il n’y a aucun encastrement), passe par
un maximum dans la travée AB, avant de changer Gmax : l’ensemble des actions permanentes défavo-
de signe et passer par un maximum au niveau de rables ;
l’appui B. Gmin : l’ensemble des actions permanentes favo-
rables ;
Q1 : une action variable dite de base ;
Qi : les autres actions d’accompagnement ;
FA : une action accidentelle,
les sollicitations de calcul résultent des combinai-
sons suivantes, selon l’état-limite considéré.
États-limites ultimes de résistance (ELU)
Combinaisons fondamentales :
1,35 Gmax + Gmin + γQ1 Q1 + Σ1,3Ψ0i Qi.
Le coefficient γQ1 vaut généralement 1,5 ; dans les
bâtiments agricoles à faible densité d’occupation
humaine, entre autres, il vaut 1,35.
Les valeurs des coefficients Ψ sont fixées par les
textes en vigueur (normes).
Combinaisons accidentelles :
Gmax + Gmin + FA + Ψ11 Q1 + Σ1,3Ψ2i Qi
États-limites de services (ELS)
Gmax + Gmin + Q1 + ΣΨ0i Qi
Coefficients de sécurité partiels
sur les matériaux
Les valeurs des résistances caractéristiques des
matériaux sont minorées par un coefficient de sécu-
rité partiel γm dont la valeur est fonction du degré de
certitude avec lequel sont réputées connues ces
résistances. A l’ELU, on prend γm = 1,50 (sauf déro-
gation) pour le béton et γm = 1,15 pour l’acier.

168
Les aciers d’armature Les spécifications concernant les barres sont
détaillées dans les normes AFNOR NF A 35-015
(barres lisses), NF A 35-016 (barres à haute adhé-
■ Diagramme déformation/contrainte rence) et NFA 35-022 (treillis soudés).
Un acier soumis à une contrainte de traction crois- Les barres à haute adhérence comportent des
sante s’allonge de façon linéaire jusqu’à un point E reliefs ou nervures qui favorisent l’ancrage de la
correspondant à sa limite élastique. barre sur le béton ; les reliefs définis par la norme
comme paramètres de forme sont répartis en trois
Au-delà, la déformation non réversible présente une classes.
courbe du type ductile (selon le traitement de l’acier).

Armatures torsadées à froid à verrous transversaux obliques en croissant.

Le diagramme théorique réglementaire est schéma-


tisé par deux segments de droite : la partie linéaire
de la courbe précédente, et un segment horizontal
au niveau de la limite d’élasticité.
Cas des aciers naturels Armatures à empreintes.
ou fortement écrouis.

Armatures à verrous transversaux obliques en croissant.


La déformation Es = 10 ‰ est la déformation retenue
comme limite ultime.

■ Les aciers utilisés comme armatures ■ Présentation commerciale des aciers

Les aciers utilisés comme armatures sont désignés Les aciers sont livrés en barres de 12 m et 15 m
par : dans les diamètres 6, 8, 10, 12, 14, 16, 20, 25, 32,
• leur limite élastique conventionnelle E en MPa ; 40 millimètres.
• leur nuance (doux, mi-dur, dur) ;
• leur forme (lisse, haute adhérence).
Exemple : un acier HA FeE 400 désigne un acier
haute adhérence de limite élastique 400 MPa.
Les nuances les plus courantes utilisées pour le
béton armé sont les suivantes :

169
Château d’eau, poutres rayonnantes :
des exemples de durée ou de beauté des formes.

La qualité de mise en œuvre des armatures


– horizontales ou verticales,
celle de la composition des bétons,
sont les garants de la pérennité
des bétons armés.

170
171
Le béton
Une protection efficace des armatures nécessite à la
fois un béton dont la porosité est aussi faible que
possible (impliquant notamment un dosage mini-
mum en ciment de 350 kg/m3) et un enrobage de
1 à 5 cm selon l’agressivité de l’environnement.
Des dispositions complémentaires sont indiquées
dans les règles BAEL 91 notamment pour les dispo-
sitions d’armatures groupées.

La liaison béton-acier
Adhérence
La résistance d’un élément en béton armé suppose
que l’acier ne puisse pas glisser à l’intérieur du
béton, c’est-à-dire qu’il y ait adhérence entre les
deux matériaux.
L’adhérence des armatures est fonction de leur
forme, de leur surface (les nervures améliorent l’ad-
hérence), de la rugosité de l’acier, de la résistance
du béton.
Pour les treillis soudés, l’ancrage est également
assuré par les barres transversales au sens de l’ef-
fort axial.
Des formules appropriées permettent le calcul
d’adhérence d’une barre en partie courante et au
niveau des différents types d’ancrage, dont le plus
habituel est obtenu par courbure de la barre (ou
crochet) (règles BAEL 91).
Diverses dispositions d’ancrage des barres Recouvrements
Pour assurer la continuité d’adhérence au niveau de
la jonction de deux barres, les prescriptions pré-
Ancrages rectilignes.
voient leur recouvrement sur une certaine longueur
et, éventuellement, l’exécution de crochets à leurs
extrémités.

Ancrages courbes.

Liaison des armatures


La continuité de la transmission des efforts par les
armatures est obtenue par recouvrements, mais
peut aussi nécessiter des jonctions par soudure ou
par manchons. Les jonctions par soudure sont inter-
Crochet normal. dites au chalumeau et ne sont autorisées qu’avec
des armatures de qualité soudable.
Crochet avec angle au centre à 120°.
Position des armatures
Les tolérances sur la position des armatures, pour
assurer leur enrobage correct ou la reprise des
efforts conforme aux calculs, imposent des précau-
tions garantissant le respect de la position durant
toute la phase de bétonnage et de serrage.
Des cales en béton ou en plastique de divers
modèles facilitent la mise en place correcte des
armatures et leur maintien, tout en présentant des
caractéristiques adaptées à celles du béton.

172
Dispositions des armatures
dans les cas usuels
■ Poteaux en compression centrée
ou faiblement excentrée

Ils doivent comporter


• Des armatures longitudinales constituées de ronds Coupe en section courante.
lisses, de barres à haute adhérence ou de treillis
soudés en acier de nuance au moins FeE400.
La section d’armature est au moins égale à 0,2 % de
la section de béton, sans pouvoir excéder 5 %.
Les armatures longitudinales sont réparties dans la
section au voisinage des parois de façon à assurer
au mieux la résistance à la flexion de la pièce dans
les directions les plus défavorables.
• Des armatures transversales disposées en plans
successifs perpendiculaires à l’axe longitudinal de la
pièce.
Ces armatures assurent un ceinturage continu sur le
contour de la pièce, entourant toutes les armatures
longitudinales.

■ Poutres en flexion simple

Les efforts de traction maximum en partie basse Le moment de flexion croissant des appuis jusqu’au
sont entièrement repris par les aciers longitudinaux milieu de la portée, on aura intérêt à prévoir plu-
qu’on aura intérêt à placer le plus bas possible, tout sieurs nappes superposées d’armatures de lon-
en gardant un enrobage suffisant pour assurer leur gueur décroissante, afin que les sollicitations soient
protection. équilibrées, quelle que soit la section considérée.

Les armatures longitudinales en partie haute – des- Indépendamment des armatures destinées à
tinées à faciliter la mise en place des armatures reprendre certains efforts particuliers et qui résultent
transversales dont la fonction est la reprise de l’effort des calculs de résistance à l’état limite ultime, un mur
tranchant – peuvent être conçues pour reprendre doit comporter des armatures minimales, dites de
une partie des efforts de compression. comportement, susceptibles de s’opposer aux sollici-
Dans le cas des poutres hyperstatiques (poutres tations d’origine hygrothermique ou aux variations
continues sur plusieurs appuis, encastrement), des dimensionnelles dues au retrait du béton.
efforts de traction se développent localement à la Pour les murs extérieurs, la norme NF P 18-210
partie supérieure de la poutre, ce qui conduit à y pré- (DTU 23.1) prévoit une épaisseur minimale de
voir des armatures longitudinales (chapeaux). 15 cm, avec une armature de peau généralement
constituée par un treillis soudé disposé côté exté-
■ Murs en béton armé rieur du mur (enrobage minimum 3 cm).
Section minimale d’acier :
Les dispositions concernant la détermination et le – pour les fils horizontaux : 1 cm2/m linéaire vertical ;
positionnement des armatures sont décrites, pour – pour les fils verticaux : 0,5 cm2/m linéaire horizontal.
les cas généraux, par la norme NF P 18-210
« Travaux de bâtiment. Murs en béton banché. Maille du treillis inférieure à 25 cm.
Cahier des clauses techniques. (ref DTU 23.1) ». Des dispositions particulières sont prévues pour la
liaison des murs superposés et pour les jonctions
avec les planchers ou les chaînages.
Pour un mur de refend soumis à une charge centrée,
les armatures sont réparties en deux nappes
proches des faces du mur.

173
Exemples de dispositions ■ Semelles de fondation
Panneau de façade d’une maison individuelle charge
< 1 MPa. Les semelles correspondent à l’élargissement à la
base de la section des murs ou des poteaux, de
façon à répartir les charges transmises au sol selon
Mur de refend, bâtiment R + 3.
sa capacité portante.
Treillis soudés 200 × 200, ∅ 6 mm.
Lorsque la semelle est filante sous un mur, des
aciers disposés dans l’axe de celui-ci assurent un
rôle de répartition (chaînage).

174
■ Murs de soutènement

Ils sont destinés à s’opposer à la poussée des terres


de talus ou remblais et à protéger un bâtiment, un
ouvrage d’art ou une route.
La forme courante adoptée pour ces murs est le
« T renversé » qui permet de transmettre les efforts
de poussée au sol par l’intermédiaire d’une semelle
correctement dimensionnée.
Cette solution est applicable, même pour des sols de
caractéristiques mécaniques courantes, aux murs
n’excédant pas 5 à 6 m de hauteur.

Mur de soutènement Chapsol à semelle en T renversé.

Le ferraillage principal de ce type d’ouvrage résulte


du calcul dans les sections critiques du voile (au tiers
et à mi-hauteur) et dans les sections d’encastrement
voile et semelle.
Le ferraillage secondaire tient compte des disposi-
tions constructives et des actions (gradient ther-
mique, vent ou tassements différentiels).

Exemple de mur de soutènement d’un terre-plein de


4,20 m de hauteur pouvant supporter une charge
d’exploitation de 0,01 MPa.
Sol pouvant supporter une contrainte admissible de
0,2 MPa.

Armatures principales : barres HA et treillis soudés TSHA.


Armatures secondaires : treillis soudés PS 106.

175
Pour consulter
le chapitre suivant,
cliquer ici.

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176
8.2 Le béton précontraint

Comme le béton armé, le béton précontraint associe


béton et armatures, mais il s’en différencie de façon
fondamentale dans son principe.
En 1935, son inventeur, Eugène Freyssinet, définis-
sait ainsi la précontrainte : « Précontraindre une
construction, c’est la soumettre avant application
des charges à des forces additionnelles déterminant
des contraintes telles que leur composition avec
celles qui proviennent des charges donne en tout
point des résultantes inférieures aux contraintes
limites que la matière peut supporter indéfiniment
sans altération. »
La précontrainte, en effet, a pour but de soumettre le
béton à des contraintes préalables de compression
telles qu’une fois en service, elles s’opposent aux
contraintes de traction créées par les charges et
maintiennent le béton en état de compression.
Le béton, matériau qui présente une faible résistan-
ce à la traction, se trouve ainsi utilisé au mieux de
ses possibilités en ne travaillant qu’en compression.
Cette technique est à l’origine de progrès considé-
rables dans l’emploi du béton, que ce soit dans les
structures et les ouvrages d’art ou dans les éléments
préfabriqués pour le bâtiment.
La précontrainte permet la réalisation d’ouvrages
soumis à des contraintes importantes (ponts ou
réservoirs de grande capacité) aussi bien que d’élé-
ments qui, tout en étant de faible épaisseur, doivent
assurer des portées relativement longues (dalles-
planchers, poutres).

Comment agit un câble


de précontrainte ?
Pour bien comprendre la décomposition de l’effort
exercé par un câble de précontrainte, il est intéres-
sant de considérer le cas simple d’une poutre flé-
chie, comprimée par une force égale et opposée à la
tension F du câble.
Au centre de gravité G d’une section quelconque AA’
de la poutre, les efforts peuvent se réduire à :
• un effort normal F x cos α g F (car l’angle α est
petit) ;
• un moment de flexion F x e ;
• un effort tranchant F x sinα.

177
Pour une poutre isostatique de hauteur constante et Principes de calcul
dont la ligne moyenne est rectiligne, un câble de du béton précontraint
courbure constante exerce des efforts verticaux
uniformément répartis le long de la poutre p = F qui De même que pour le béton armé, les règlements de
r
calcul du béton précontraint sont conçus de façon à
s’opposent aux charges supportées par la poutre et garantir la sécurité et la pérennité des structures.
à son poids propre. L’équilibre se traduit par la D’une part, ils précisent le niveau maximal des
relation : actions (voir le paragraphe « Actions et
Σ r(x)
F
= 2F × sin α sollicitations ») pouvant s’exercer sur un ouvrage
pendant sa durée de vie ; d’autre part, ils tentent de
prémunir le concepteur contre les insuffisances de
qualité des matériaux.
Le premier objectif est atteint par la prescription de
valeurs caractéristiques ou nominales des actions
et, éventuellement, par l’imposition des coefficients
de sécurité majorateurs frappant les sollicitations
résultant de ces actions. La probabilité d’occurrence
simultanée d’actions indépendantes peut être très
variable selon leur nature. Il est donc nécessaire de
définir les combinaisons d’actions dans lesquelles, à
la valeur caractéristique d’une action dite de base,
s’ajoutent des valeurs caractéristiques minorées
En fait, l’assimilation de l’action de la précontrainte à d’autres actions dites d’accompagnement.
une charge répartie est rarement utilisée dans les
calculs, du fait de la complexité à laquelle conduit Le second est obtenu par l’application de coeffi-
cette analyse. On préfère considérer la précontrain- cients de sécurité minorateurs aux valeurs des résis-
te comme un effort extérieur sollicitant la section de tances caractéristiques des matériaux utilisés. Les
l’élément considéré en flexion composée, et se valeurs de ces coefficients diffèrent selon les prin-
réduisant aux efforts ramenés au centre de gravité : cipes de calcul adoptés.
effort normal, effort tranchant, moment de flexion. La méthode de calcul « aux états-limites » se fonde
En présence de forces extérieures développant des sur une approche semi-probabiliste de la sécurité.
efforts tranchants, l’effort tranchant résultant est la Ce type de calcul permet de dimensionner une
somme algébrique de ces efforts et de ceux engen- structure de manière à offrir une probabilité accep-
drés par la précontrainte. Dans une section quel- table de ne pas atteindre un « état-limite », qui la
conque d’un élément où l’effet de la précontrainte rendrait impropre à sa destination. Cette définition
F x sin α ( s’oppose à celui des forces extérieures V, conduit à considérer plusieurs familles d’états-
l’effort tranchant réduit Vr, est égal à : limites, telles que les états-limites de service, les
états-limites de fissuration, de déformation, les états-
Vr = V – F x sin α limites ultimes de résistance, de renversement, de
Dans la pratique, la tension d’un câble de précon- flambement, les états-limites de fatigue ou les états-
trainte est calculée pour appliquer au béton un effort limites de tenue au feu.
tranchant permettant de compenser les forces exté- Les règles BPEL 91 (Béton Précontraint aux États-
rieures et le poids propre de l’élément, ce qui Limites) sont fondées, comme leur nom l’indique, sur
empêche généralement l’apparition des fissures ces notions.
d’effort tranchant que l’on observe dans certaines
conditions en béton armé (inclinées à 45° sur l’axe
d’une poutre exagérément sollicitée, par exemple).

178
Actions et sollicitations Le coefficient γQ1 vaut généralement 1,5 ; dans les
bâtiments agricoles à faible densité d’occupation
humaine, entre autres, il vaut 1,35.
■ Les actions
Les valeurs des coefficients Ψ sont fixées par les
Elles sont constituées par les forces et les couples textes en vigueur (norme).
résultant des charges appliquées ou des déforma- γp est égal à 1 dans la plupart des cas ; il est pris égal
tions imposées à une construction, ainsi que celles à 1,35 lorsque la précontrainte est à considérer
résultant de la précontrainte. comme une action extérieure. Les combinaisons
On distingue : accidentelles ou celles définissant les sollicitations
de calcul vis-à-vis des états-limites de service sont
• Les actions permanentes dues au poids propre de précisées par le BPEL 91.
la structure et au poids total des équipements fixes.
Les poussées de terre ou la pression d’un liquide Coefficients de sécurité partiels sur les matériaux
(pour les murs de soutènement, les réservoirs, etc.)
sont également comptées comme actions perma- Les valeurs des résistances caractéristiques des
nentes. matériaux sont minorées par un coefficient de sécu-
rité partiel (γm dont la valeur est fonction du degré de
• Les actions de la précontrainte.
certitude avec lequel sont réputées connues ces
• Les actions variables dues aux charges d’exploita- résistances. A l’ELU, on prend γm = 1,50 (sauf déro-
tion, aux charges climatiques, aux charges tempo- gation sur justification) pour le béton et γm = 1,15
raires appliquées en cours d’exécution, aux déforma- pour l’acier.
tions provoquées par les variations de température.
En fonction de la destination des locaux ou des
ouvrages et en l’absence de données résultant des
conditions réelles d’exploitation, les charges rete-
nues pour les calculs sont fixées forfaitairement par
des normes ou des règlements (par exemple, la
norme AFNOR NF P 06-001 pour les charges d’ex-
ploitation des bâtiments).
Les charges dues au vent ou à la neige sont fixées
par les règles Neige et NV selon le site, l’altitude,
l’exposition, l’inclinaison de l’ouvrage.
• Les actions accidentelles dues aux séismes, aux
explosions, à l’incendie sont prises en compte par
des règlements spécifiques (Règles PS pour les
séismes).

■ Les sollicitations

Les sollicitations sont les efforts (effort normal, effort


tranchant) et les moments, appliqués aux éléments
de construction. Elles sont déterminées, à partir des
actions considérées, par des méthodes de calcul
appropriées faisant généralement appel à la résis-
tance des matériaux ou à des études de modélisa-
tion.

■ Les combinaisons d’actions

Dans les calculs justificatifs de béton armé, on consi-


dère des sollicitations dites de calcul qui sont déter-
minées à partir de combinaisons d’actions dont on
retient les plus défavorables.

Détermination des sollicitations


de calcul
Si l’on désigne par :
Gmax : l’ensemble des actions permanentes défavo-
rables ;
Gmin : l’ensemble des actions permanentes favo-
rables ;
Q1k : une action variable dite de base ;
Qik : les autres actions d’accompagnement ;
Pm : la valeur probable d’action de la précontrainte.
Pour les états-limites ultimes de résistance (ELU), les
sollicitations de calcul résultent de la combinaison
suivante :
S{γpPm + 1,35 Gmax + Gmin + γQ1Q1k + Σ 1,3 ψ0i Qik }
i>1

179
Béton précontraint
pour tous les ouvrages d’art
(viaducs, ponts)
ou pour des bâtiments
circulaires, avec
précontrainte annulaire.

180
Mise en œuvre de la précontrainte
La précontrainte peut être appliquée au béton soit
par pré-tension, soit par post-tension des armatures,
selon que celles-ci sont mises en tension avant le
coulage du béton ou après son durcissement.

■ La post-tension

Principe
La précontrainte est réalisée par des armatures
(généralement des câbles ou des torons) mises en
tension lorsque le béton a acquis une résistance suf-
fisante lui permettant de supporter les efforts de
compression auxquels il est alors soumis.
Les armatures, qui doivent pouvoir coulisser libre-
ment dans le béton, sont disposées dans des
conduits et s’appuient sur les extrémités de la pièce
à précontraindre par l’intermédiaire de systèmes
d’ancrage.
Une technique dite de précontrainte extérieure s’est
développée depuis quelques années. Elle consiste à
faire passer les câbles de précontrainte à l’extérieur
de la section de béton. Cette solution présente de
nombreux avantages, notamment l’allégement des
structures par réduction des sections, la facilité de
mise en œuvre et surtout les possibilités de rempla-
cement des câbles endommagés ou de renforce-
ment de structures soumises à des charges accrues.
La mise en tension des câbles est effectuée à l’aide
de vérins, généralement de façon échelonnée dans
le temps (entre 2 et 28 jours) de manière à respec-
ter l’évolution du durcissement du béton et l’applica-
tion des charges.
Le contrôle de la tension est effectué soit par mano-
mètre, soit de manière plus précise par mesure de
l’allongement des câbles. Le calcul de l’allongement
du câble doit tenir compte des différentes causes de
pertes de tension, par frottement, par déformations
instantanée ou différée du béton ou par rentrée des
ancrages. Les règles BPEL 91 fournissent les diffé-
rents coefficients liés à ces pertes de tension. La limite d’élasticité des armatures a une valeur
Après mise en tension des armatures, les conduits conventionnelle définie par la valeur de l’effort
sont remplis avec des coulis de ciment qui doivent FTgpour les torons, et par celle de la contrainte Tg
occuper aussi parfaitement que possible les espa- pour les fils, correspondant au point d’intersection de
ces entre câbles et conduits. La qualité de l’injection la loi de comportement de l’acier avec une droite
est une opération très importante, qui conditionne passant par le point (0,1 %, 0) et ayant une pente de
la protection des armatures, donc leur durabilité. 200 000 MPa.
La valeur de FTg est comprise entre 137 et 155 kN
Les armatures de précontrainte pour les T 13, et entre 196 et 225 kN pour les T 15.
Elles sont composées de torons ou de fils en acier à L’allongement à rupture est d’au moins 3 %.
haute limite élastique (HLE), plus rarement de • Les câbles de précontrainte sont composés de plu-
barres. sieurs torons ou fils. Les câbles les plus couramment
• Les torons comportent en général sept fils de petit utilisés sont les 12 T 13, 12 T 15, 19 T 15 (compor-
diamètre dont six sont disposés en hélice autour tant respectivement 12 et 19 torons). Lorsque de
d’un fil central de diamètre légèrement plus grand. grandes puissances sont nécessaires, on utilise des
Les torons les plus courants ont un diamètre d’envi- câbles 37 T 15 (37 torons).
ron 13 mm et 15 mm. Par abréviation, on les dénom- Les conduits dans lesquels sont disposées les arma-
me torons T 13 et T 15. La réglementation définit les tures sont soit métalliques (à profil ondulé en
résistances garanties à la rupture des fils d’arma- feuillard d’épaisseur comprise entre 0,3 et 0,6 mm
tures d’une part – contrainte de rupture RG compri- ou en tube d’acier laminé soudé de 1,5 à 2 mm
se entre 1 400 et 1 800 MPa –, des torons d’autre d’épaisseur, notamment pour des câbles extérieurs),
part, pour lesquels on considère l’effort de rupture soit en matière plastique (polychlorure de vinyle
exprimé en kilonewtons (kN). PVC ou polyéthylène, de 5 à 6 mm d’épaisseur pour
L’effort garanti de rupture (FRG) d’un toron T 13, de les gros diamètres). Afin de permettre un bon rem-
93 mm 2 de section nominale, varie, selon la classe plissage des conduits, leur section intérieure doit
de l’acier, de 160 à 180 kN ; celui d’un toron T 15, de être 2 à 2,5 fois plus grande que la section des arma-
139 mm2 de section nominale, de 220 à 260 kN. tures qu’il contient.

181
Précontrainte pour des voiles
de longue portée, des paraboloïdes,
des dalles de grande surface,
des poutres et des caissons –
ou des tours de bureaux.

182
Les ancrages de précontrainte
Ils constituent un organe essentiel puisqu’ils permet-
tent d’assurer le maintien de l’effort de précontrainte
dans les armatures après la mise en tension.
Dans la plupart des systèmes de précontrainte, le
blocage des armatures par rapport à l’ancrage est
obtenu par frottement (clavetage dans une pièce
conique).
Les ciments utilisables dans le béton précontraint
par post-tension font l’objet de la norme NF P 15-318
« Ciments à teneur en sulfures limitée pour béton
précontraint ». La norme précise les spécifications
relatives à ces ciments ; le critère de sélection est
essentiellement une teneur en sulfures et en chlo-
rures limitée.
Les ciments retenus sont des CEM I, CEM II, CEM
III/A et B ou CEM V de classe au moins 32,5.

Seuls sont autorisés les torons lisses ou crantés et


les fils autres que les fils ronds et lisses. Pour les élé-
ments préfabriqués les plus usuels en béton précon-
traint par fils adhérents, qui sont les poutrelles pour
planchers, on utilise surtout des fils de diamètre 4 à
7 mm ou des torons T 5,2 ou T 6,8. Pour les dalles,
on utilise des torons de plus forte section : T 9,3 ou
T 12,5.
Les ciments utilisables pour la précontrainte par pré-
tension font l’objet de la norme NF P 15-318, déjà
citée précédemment. Ce sont de préférence des
CEM I.

■ La précontrainte par vérins

Les deux techniques précédentes utilisent des


torons ou des fils d’acier à haute limite élastique. Il
est possible, lorsque l’on peut disposer de culées
suffisamment résistantes, d’effectuer directement la
mise en compression d’une structure en béton au
moyen de vérins prenant appui sur ces culées.
C’est encore Freyssinet qui, le premier, a mis en
œuvre ce mode de précontrainte au moyen de vérins
plats, outils extrêmement puissants, d’un faible coût.
■ La pré-tension Ce procédé, par la nécessité des culées qu’il impo-
se, n’a que des applications limitées. Il a cependant
Les fils ou les torons sont tendus avant le bétonna- été utilisé pour la construction de pistes d’aviation ou
ge. Le béton est ensuite mis en place au contact de de routes. Il a, en particulier, permis la réalisation de
ces câbles « pré-tendus » auxquels il va se trouver la chaussée du tunnel sous le Mont Blanc. La pré-
lié. Lorsque le béton est suffisamment durci (résis- contrainte par vérins plats est aussi utilisée dans les
tance à la compression d’au moins 25 MPa), on libè- barrages.
re la tension des câbles qui se transmet au béton par
adhérence en engendrant, par réaction, sa mise en
compression ; cette forme de précontrainte est dite
« par fils adhérents ». Banc de précontrainte.
Les armatures de précontrainte sont tendues en pre-
nant appui sur des culées fixes (bancs de précon-
trainte), spécialement construites à cet effet.
Après coulage et durcissement du béton, les torons
ou les fils sont libérés des culées.
Les fils et les torons utilisés pour la précontrainte par
pré-tension sont en acier à haute limite élastique. Ils
doivent satisfaire (de même que les armatures pour
la post-tension) aux prescriptions du titre II
(Armatures en acier haute résistance pour construc-
tion en béton précontraint) du fascicule 4 du Cahier
des Clauses Techniques Générales (CCTG).

183
Les domaines d’emploi
de la précontrainte
■ La post-tension

Les premières applications, qui se sont multipliées


par la suite, sont les ponts à moyenne et grande por-
tée : le pont haubanné de Barrios de Luna atteint
une portée de 440 mètres. Plus couramment, l’allé-
gement des âmes béton et l’emploi de la précon-
trainte extérieure permettent des portées variant
entre 50 et 250 mètres.
La précontrainte permet aussi la réalisation de
réservoirs. Certains réservoirs à hydrocarbure attei-
L’un des cas les plus courants d’utilisation des poutres précontraintes : gnent 100 000 m3 ; des réservoirs d’eau et des silos,
les parkings. de volume plus modeste, font aussi largement appel
à la précontrainte. Il faut encore citer les plates-
formes off-shore et les enceintes de réacteurs
nucléaires, ainsi que l’emploi de la précontrainte
extérieure dans la réparation de ponts ou de bar-
Poutrelles standard précontraintes par pré-tension.
rages.
Dans le domaine du bâtiment, la précontrainte par
post-tension, bien que moins courante, est utilisée
pour des poutres de grande portée ou pour des
dalles de planchers de section relativement mince
par rapport à leur portée : parkings, bâtiments indus-
triels ou commerciaux.

■ La pré-tension

Cette technique est essentiellement utilisée pour les


éléments préfabriqués standardisés, où elle se justi-
fie par la notion de séries.
Le bâtiment constitue le domaine d’emploi le plus
courant pour ces éléments : poutres, poutrelles de
planchers, prédalles, dalles alvéolées de planchers
ou panneaux de bardage de grandes dimensions
(10 à 15 m de longueur), pour bâtiments industriels,
commerciaux ou agricoles.
La pré-tension est également utilisée pour les pot-
eaux de tous types (télégraphiques ou électriques,
clôtures, etc.) ou les traverses de chemin de fer.

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le chapitre suivant,
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RETOUR AU SOMMAIRE

184
8.4 Les produits en béton
fabriqués en usine

La fabrication en usine de produits en béton permet La liberté du choix de l’implantation des poteaux, de
de rationaliser la production, d’apporter la qualité la portée des poutres, des décrochements de
d’une fabrication industrielle et de réaliser une façades séduit les concepteurs de bâtiments indus-
importante économie de main-d’œuvre sur le chan- triels, commerciaux ou scolaires.
tier. La gamme des éléments élaborés en usine est
très diverse, depuis l’élément standardisé comme le
bloc jusqu’à l’élément de structure ou le panneau de
façade multifonctions.
Ces produits présentent plusieurs avantages, dont la
disponibilité sur catalogue et leurs possibilités d’as-
semblage.

Les éléments de structure


Cette famille est essentiellement constituée par les
poteaux et les poutres destinés aux bâtiments du
secteur tertiaire ou les bureaux, ainsi que par les
ossatures industrielles.
Par extension, on peut considérer comme apparte-
nant à cette famille les éléments de ponts et les
poutres de génie civil.

■ Les procédés poteaux-poutres

L’ossature est constituée de poteaux et de poutres


en béton armé ou précontraint, dans lesquels s’insè-
rent des voiles et des façades pour lesquels un choix
total est laissé au concepteur.
Les planchers sont généralement constitués d’élé-
ments allégés à nervures ou à caissons.
Structure poteaux, poutres,
dalle-plancher, panneaux de façade.

Les éléments pour bâtiments industriels


La charpente en béton la plus utilisée pour les bâti-
ments industriels est constituée de poteaux et de
poutres. Les portées, qui peuvent atteindre 25 à
35 mètres, sont obtenues avec des poutres en béton
précontraint par fils adhérents, à section constante
ou variable, selon les taux de charge et la portée.
La charpente béton laisse une grande liberté pour le
choix de la couverture et des façades béton : pan-
neaux en béton plein, sandwiches ; béton cellulaire,
blocs béton, fibres-ciment. Les avantages de la char-
pente béton sont la rapidité de montage, l'absence
d'entretien, la résistance au feu, à la corrosion et aux
agressions chimiques ou phytosanitaires. La
conception est facilitée par les possibilités variées de
trames, de hauteurs et d'extensions possibles.

193
Une autre technique, employée pour les bâtiments précontraint qui permettent de créer des toitures en
industriels et agricoles, consiste en une structure pente. Les portées entre poteaux peuvent atteindre
constituée de portiques ou de fermes en béton 10 à 35 mètres.

Les éléments de façade grandes dimensions du type plaque pleine ou nervu-


rée en béton ordinaire. » (mémento pour la concep-
tion des ouvrages) fournit les règles de mise en
Cette famille concerne essentiellement les pan-
œuvre et les critères que doivent satisfaire ces élé-
neaux destinés à l’enveloppe (panneaux de façades,
ments pour permettre aux murs d’assurer les fonc-
panneaux décoratifs), ainsi que des systèmes de
tions essentielles : stabilité mécanique, étanchéité à
construction pouvant associer des voiles verticaux et
l’air et à la pluie, isolation thermique et acoustique,
des planchers.
aspect des parements.
Les grands panneaux des années 1960-1970 ont été
Parmi les principales familles, on peut citer :
supplantés par les panneaux à voiles extérieurs
librement dilatables ou par les panneaux nervurés, • les panneaux en plaque pleine ou nervurée à iso-
qui répondent mieux aux exigences d’isolation ther- lation rapportée (extérieure ou intérieure) ;
mique. Les modes de liaison évoluent vers des • les panneaux sandwiches à voile extérieur libre-
assemblages mécaniques ou soudés. ment dilatable ;
La fonction esthétique peut être apportée par un • les panneaux sandwiches liés par nervures ou
parement en béton architectonique (sablé, lavé, poli) plots ;
difficilement envisageable au niveau d’une réalisa- • les panneaux sandwiches à voile intérieur mince ;
tion in situ.
• les panneaux en béton léger ou à corps creux
Les procédés de cette famille font l’objet d’avis tech- incorporés ;
niques.
• les petites plaques, porteuses ou non.
La norme NF P 10-210 « DTU 22.1. Travaux de bâti-
ment. Murs extérieurs en panneaux préfabriqués de

Panneaux sandwiches
à voile extérieur librement dilatable.
L’isolation est incorporée.

194
Une autre variété de cette famille est constituée par tant une résistance mécanique suffisante pour leur
les panneaux de type coque en fibres-ciment ou en conférer un caractère porteur.
béton de fibres de verre utilisés en habillage décora- • Les blocs à isolation intégrée : le caractère isolant
tif. Ces panneaux, légers et de formes variées, sont est apporté par un isolant rigide (polystyrène expan-
très utilisés en neuf ou en réhabilitation. sé, mousse de polyuréthane) qui relie deux blocs
Le parement constitue pour l’ensemble des pan- dont l’un assure la fonction porteuse.
neaux de façade un élément important où le béton
peut exprimer ses possibilités architecturales. Les blocs à bancher
La teinte et l’aspect, mis en valeur par les traite- Ils comportent un ou deux alvéoles verticaux de
ments de surface et le choix des granulats, offrent de grandes dimensions, destinés à être emplis de béton
vastes possibilités au concepteur. La recherche après le montage de la maçonnerie sur une hauteur
décorative et esthétique est parfois la seule fonction correspondant à un étage.
de ce type de panneaux, dits architectoniques, qui Le coffrage est, en quelque sorte, assuré par les
constituent, à l’heure actuelle, un secteur important parois des blocs. Des armatures peuvent être dispo-
de la préfabrication de façades. sées dans les alvéoles pour augmenter la résistan-
Les traitements de surface variés (sablé, désactivé, ce, permettant ainsi la réalisation de plusieurs
acidé, poli…) sont beaucoup plus simples à réaliser niveaux porteurs en murs extérieurs ou en refends.
en usine que sur chantier. Il faut enfin souligner que L’emploi d’un béton allégé ou d’un isolant permet
certains types de panneaux peuvent être démontés d’assurer partiellement ou en totalité l’isolation ther-
pour réemploi. mique du mur.

Les éléments pour maçonnerie Les blocs de parement


La qualité du parement de ces blocs permet de
■ Les blocs conserver la face extérieure apparente, sans utiliser
de revêtement ou d’enduit.
Les blocs courants De nombreuses possibilités esthétiques existent :
Ces blocs, aux dimensions et aux caractéristiques béton coloré, granulats apparents, cannelures.
normalisées, se sont imposés dans la construction Ces blocs sont souvent porteurs et peuvent parfois
des murs des maisons individuelles et le quart de être organisés en blocs à bancher (cas fréquent aux
ceux des logements collectifs. USA).
Les raisons de ce développement sont l’assurance La précision dimensionnelle du bloc a une très gran-
d’une qualité, tant au niveau des produits (conformi- de importance dans l’impression d’ensemble. Par
té aux normes NF et aux normes européennes) qu’à définition sans enduit extérieur, le bloc doit assurer
la mise en œuvre dont les règles font l’objet de la l’étanchéité à l’eau et à l’air. Le montage doit être
norme NF P 10-203 « DTU 20.12. Maçonnerie des très soigné car les joints laissés apparents assurent
toitures et d’étanchéité. Gros œuvre en maçonnerie non seulement l’esthétique, mais aussi l’étanchéité.
des toitures destinées à recevoir un revêtement Certains blocs, qui requièrent alors une grande pré-
d’étanchéité. Référence commerciale des parties 1/2 ». cision dimensionnelle, sont conçus pour être montés
Les principales caractéristiques de ces blocs sont : sans joint, uniquement par emboîtements méca-
• leur type : blocs pleins ou blocs creux comportant niques (montage dit « à sec »).
des alvéoles verticaux ;
• des dimensions constantes pour la hauteur (20 ou Les éléments pour planchers
25 cm) et la longueur (40 ou 50 cm), mais avec une
large plage d’épaisseurs allant de 5 à 32,5 cm ; ■ Les poutrelles et les entrevous
• des granulats courants ou légers (laitier, argile pour planchers
expansée) ;
• des classes de résistance garantie en compression Les poutrelles sont des composants en béton armé
définies par la contrainte de rupture du bloc rappor- ou précontraint, de faible section, qui constituent la
tée à sa section brute : structure du plancher.
B40 – B60 – B80 (résistance en bars = 0,1 MPa) Entre les poutrelles, et s’appuyant sur elles, sont dis-
pour les blocs creux en béton lourd, posés des éléments intercalaires, les entrevous
B80 – B120 – B160 pour les blocs pleins en béton (encore appelés corps creux, hourdis ou voûtains)
lourd,
L25 – L40 pour les blocs creux en béton léger,
L45 – L70 pour les blocs pleins en béton léger.
Les blocs isolants
La recherche de l’isolation thermique a conduit à
développer deux familles de produits.
• Les blocs constitués d’un béton à conductivité ther-
mique plus faible que le béton usuel ; pour parvenir
à ce résultat, on utilise soit des bétons de granulats
légers, soit des bétons cellulaires autoclavés.
Ces blocs présentent l’avantage d’atteindre les
niveaux requis par la réglementation thermique pour
des épaisseurs de l’ordre de 30 cm, tout en présen-

195
Les dalles alvéolées
Bien que connues depuis plus de vingt-cinq ans, les
dalles alvéolées ne se développent en France que
depuis peu de temps.
Les principaux avantages de ce procédé sont la rapi-
dité de mise en œuvre (suppression d’étaiement), la
possibilité d’utilisation immédiate du plancher et le
gain de poids (la dalle de 32 cm d’épaisseur pèse
360 à 400 kg/m 2 selon les modèles et permet une
portée de 15 à 17 mètres).
Les dalles en béton précontraint par fils adhérents
présentent des alvéoles longitudinaux de nombre et
de section déterminés par le choix de la filière d’ex-
trusion. Les dalles actuellement fabriquées ont une
largeur de 1,20 m, une épaisseur de 16 à 40 cm, et
une longueur pouvant atteindre 15 mètres.
Les dalles alvéolées sont utilisables pour tous types
de bâtiments, et plus spécialement pour la réalisa-
tion de planchers de longues portées, permettant
d’obtenir des plateaux libres de grande surface : bâti-
ments industriels, locaux scolaires, bureaux, locaux
commerciaux, parkings, bâtiments sportifs. Les
dalles alvéolées sont également très utilisées pour
Mise en place de dalles alvéolées. les planchers dont l’étaiement est difficilement réali-
sable.

qui remplissent une ou plusieurs fonctions : porteurs,


isolants, éléments de coffrage pour la dalle de com-
Les éléments de couverture
pression coulée en partie supérieure.
Ce type de plancher est bien adapté à la maison ■ Couvertures réalisées
individuelle, du fait du faible poids de ses compo- avec des composants en béton
sants aisés à manipuler. Les poutrelles sont utili-
sables pour des configurations variées et des por- Les couvertures peuvent être réalisées à partir de
tées moyennes de 6 mètres. Associées à des entre- composants autoporteurs en béton armé ou précon-
vous isolants, elles permettent de réaliser des plan- traint dont les performances mécaniques permettent
chers isolants sur sous-sol, sur vide sanitaire ou de s'affranchir du réseau de pannes. Ces compo-
sous comble. sants peuvent être soit des éléments courants de
plancher tels que des dalles alvéolées, des éléments
■ Les autres éléments pour planchers nervurés, soit des éléments spécifiques permettant
une conception architecturale originale de la toiture.
Les éléments de planchers de grandes dimensions C'est le cas, par exemple, des composants nervurés
sous forme de dalles pleines, très répandus au début de hauteur variable, des coques, des éléments ché-
de l’industrialisation du bâtiment, se sont trouvés neaux, des sheds… Ces divers éléments peuvent en
rapidement concurrencés par les procédés faisant outre comporter l'isolation et l'étanchéité intégrées.
appel à un bétonnage sur le chantier (tables cof- Les tuiles en béton
frantes, banches et tables, ou coffrages tunnels), ou
par des éléments moins encombrants (poutrelles et Leurs principaux avantages résident dans :
hourdis). A côté des dalles pleines et des dalles • l'esthétique,
sandwiches, deux procédés prévalent : les prédalles • la facilité de la pose,
et les dalles alvéolées.
• la durabilité et la robustesse,
Les prédalles • l'aspect économique.
Elles sont conçues pour servir de coffrage à la dalle Couvertures en béton cellulaire
de béton coulée en œuvre par-dessus.
Cette conception permet de ne transporter qu'une Elles sont réalisées à partir de panneaux en béton
dalle d'épaisseur restreinte (de 5 à 12 cm). cellulaire armé de largeur courante égale à 0,60 m.
Ces panneaux reposent sur les éléments porteurs
Les prédalles sont livrées en 2,40 ou 2,50 m de (pannes ou poutres) sur lesquels ils sont clavetés.
largeur, dans des longueurs pouvant atteindre 8 à 10
mètres. Elles sont soit en béton armé avec ou sans
raidisseurs, soit en béton précontraint.Les prescrip-
tions de fabrication et de mise en œuvre des diffé-
rents types de prédalles font l'objet du cahier des
prescriptions techniques : CPT Planchers –Titre II
« Dalles pleines confectionnées à partir de prédalles
préfabriquées et de béton coulé en œuvre ».
Les prédalles trouvent un vaste domaine d'utilisation
dans les bâtiments résidentiels, non résidentiels et
parkings.

196
Les produits en béton fabriqués en usine, bien que standardisés,
se prêtent également aux formes compliquées.

197
Autres éléments
■ Les éléments de voirie et de mobilier
urbain

De nombreux éléments en béton se sont développés


dans ce secteur où ils apportent une double répon-
se fonctionnelle (robustesse, résistance aux dégra-
dations) et esthétique. La variété des formes, des
textures et des couleurs des éléments béton facilite
l’intégration aux sites les plus exigeants. Parmi les
multiples produits utilisés, il faut citer les pavés, les
dalles, les bordures, les caniveaux, les éléments de
signalisation, le mobilier urbain (bancs, vasques,
etc.).
Tuyaux d’assainissement et boîtes de dérivation.

■ Les tuyaux et les accessoires


pour réseaux d’assainissement

Les canalisations d’assainissement constituent un


marché dans lequel les exigences de qualité rigou-
reuses, qui conditionnent le bon fonctionnement des
réseaux, ont favorisé le développement des tuyaux
en béton.
Les résistances mécaniques, la tenue aux agents
agressifs, l’étanchéité et la durabilité sont contrôlées
de manière rigoureuse, ces produits faisant l’objet de
certification.
■ Les éléments de fibres-ciment La forme des tuyaux (circulaire ou ovoïde), les
caractéristiques du béton, les diamètres pouvant
Les nouvelles générations de fibres-ciment se prê- atteindre 3,50 m, les accessoires très complexes
tent à la réalisation de plaques de faible épaisseur, (regards, branchements, dérivations, buses) permet-
de formes variées et pouvant être teintées : plaques tent de réaliser tous les types de réseaux d’assainis-
planes ou ondulées, pour bardages et couvertures, sement.
ardoises de grandes dimensions, plaques supports
de tuiles.
Elles apportent leur résistance mécanique, notam- Pour consulter
ment à la flexion, une faible conductivité thermique, le chapitre suivant,
la résistance au gel, et aux agents chimiques.
cliquer ici.
Faciles à poser et économiques, les couvertures en
éléments de fibres-ciment trouvent des utilisations
nombreuses en bâtiments industriels, agricoles, RETOUR AU SOMMAIRE
sportifs.

198
8.7 Le béton
dans les routes

L’intérêt du béton dans les routes des colorants et des traitements de surface qui
offrent de nombreuses possibilités décoratives ;
Un intérêt croissant pour les routes en béton se • le béton est un matériau simple à réaliser et à
développe dans le monde entier, tant pour la réali- mettre en œuvre.
sation des grands axes routiers et autoroutiers que
pour les voiries urbaines ou pour des applications Définitions
plus modestes, mais très nombreuses, telles que les
routes secondaires et la voirie rurale, forestière ou
de lotissement. ■ Le trafic
Les raisons principales de ce développement sont
dues à la satisfaction qu’elles apportent aux usagers Il est déterminé en fonction du nombre de poids
comme aux responsables des réseaux : lourds par jour :
• la chaussée en béton apporte à l’usager un niveau
de service élevé, associé à un niveau de sécurité
remarquable : adhérence par tous temps, absence
d’orniérage, visibilité due à une bonne réflexion de la
lumière ;
• le bilan économique à long terme est très favorable
du fait de la longévité de la chaussée béton et de son
entretien réduit ;
• le béton apporte aux chaussées ses perfor-
mances, notamment sa durabilité (résistance à la
chaleur, au froid et au gel), et sa solidité (résistance
aux charges, à l’érosion et aux agressions chi- Le dimensionnement d’une chaussée tient compte
miques) ; de la classe de trafic initiale et de la durée de servi-
• le béton permet de réaliser des chaussées inté- ce prévue, conduisant à considérer le trafic cumulé
grées à l’environnement en employant des granulats, sur cette période.

211
■ La portance du sol Le rôle d’une chaussée est de reporter sur le sol
support, en les répartissant convenablement, les
Les sols sont classés en cinq classes de p0 à p5, efforts dus au trafic. La chaussée doit avoir une
caractérisant la capacité du sol à résister aux épaisseur telle que la pression verticale transmise
charges appliquées (voir le chapitre 8.8). au sol soit suffisamment faible, afin que celui-ci puis-
se la supporter sans dégradation.
Comme la pression décroît régulièrement en profon-
deur, on peut constituer une chaussée par la super-
position de couches de caractéristiques mécaniques
croissantes à partir du sol. En général, on rencontre
successivement.
La couche de fondation
La construction de cette couche ne pose pas de pro-
blème particulier ; la plupart des matériaux convien-
nent.
La couche de base
La construction de cette couche doit faire l’objet
d’une attention toute spéciale : le matériau utilisé doit
pouvoir résister aux contraintes résultant du
trafic.

■ Les caractéristiques du béton

Selon les applications et le trafic, le béton doit pré-


senter des caractéristiques définies par la norme
NF P 98 -170 « Chaussées en béton – Exécution,
Suivi, Contrôle des spécifications »).
Les différentes couches qui constituent la structure de la chaussée.

Le rôle et la structure
de la chaussée béton
La couche de surface (ou de roulement)
Le poids du véhicule est transmis au sol, sous forme Elle doit notamment résister aux efforts tangentiels
de pressions, par l’intermédiaire des pneumatiques. des pneumatiques et s’opposer à la pénétration de
Ces pressions, voisines de la pression de gonflage l’eau.
des pneumatiques, sont relativement importantes : L’ensemble de ces trois couches constitue l’assise
6 à 7 kg/cm 2. de la chaussée.
D’une manière générale, les sols ne peuvent sup- L’avantage apporté par la chaussée béton est le
porter sans dommage de telles pressions ; il se remplacement des couches de base, de surface et,
forme alors des ornières. éventuellement, de fondation, par une dalle monoli-
thique qui remplit leurs fonctions ; c’est le principe de
la chaussée rigide.

Les bétons routiers


A partir des différentes catégories de ciments, il est
possible d’obtenir une grande variété de bétons aux
caractéristiques appropriées. En fonction de la natu-
re des granulats, des adjuvants, des colorants, le
béton s’adapte aux exigences de chaque réalisation,
par ses performances comme par son esthétique.
Selon sa destination, on choisira la formulation et la
mise en œuvre du béton la mieux adaptée.

Le trafic est déterminé en fonction du nombre de poids lourds par jour.

212
■ Le béton pervibré
C’est un béton réalisé avec du ciment et des granu-
lats usuels, dosé de 300 à 350 kg de ciment par m3
de béton. La mise en œuvre se fait avec vibration
soit à l’aiguille vibrante soit avec des machines plus
élaborées allant de la poutre vibrante au finisseur ou
encore des machines à coffrage glissant.

■ Le béton fluide
Le béton fluide est un béton routier de composition
classique auquel est incorporé un fluidifiant qui faci-
lite sa mise en œuvre sans réduire sa résistance. La
fluidification du béton augmente considérablement
sa maniabilité, mesurée par l’affaissement au cône
qui passe par exemple de 5 cm à 20 cm.

■ Le béton compacté
C’est un mélange de grave, de sable, de liant, d’eau
et éventuellement d’adjuvants, ayant des caractéris-
tiques bien définies et dans des proportions don-
nées. La granulométrie est particulièrement étudiée Chaussée épaisse en dalles courtes non armées.
pour assurer une stabilité naturelle et permettre une
ouverture à la circulation quasi immédiate, après
compactage et couche de protection.
Parmi les nombreux types de béton utilisés dans les
techniques routières, on peut citer outre les bétons
usuels mentionnées ci-dessus.

■ Le béton poreux
Le béton poreux est un béton hydraulique qui se
caractérise par une porosité ouverte très importante
avec des canaux de forte section. Cette porosité se
situe entre 15 et 30 %. Elle est obtenue en suppri-
mant les gravillons intermédiaires et/ou en diminuant
la quantité de sable. Ces bétons sont intéressants
pour leurs qualités drainantes, d’adhérence, et l’af-
faiblissement du bruit de roulement.

■ Le béton de sable
C’est un matériau fabriqué en centrale et destiné à
être utilisé en assises de chaussées. Il est constitué
d’un mélange de sable, de ciment, d’eau, d’adju-
vants et éventuellement d’un correcteur granulomé-
trique.

■ Le béton de fibres Béton armé continu : armatures en fer rond ou en ruban cranté.

La présence des fibres dans le béton apporte une


amélioration de certaines caractéristiques du béton,
en particulier, en matière de résistance au cisaille-
ment, à la fatigue ou aux chocs. Les fibres sont le
plus souvent métalliques, en fonte ou en polypropy-
lène.

213
La voirie à faible trafic ■ L’assainissement

Une voie est dite « à faible trafic » lorsque le nombre Le projet d’une route à faible trafic en béton doit être
de véhicules qui y circulent est inférieur à l’équiva- conçu en fonction de la spécificité du matériau qui
lent de 150 poids lourds (essieux-types de 13 t) par est le béton de ciment.
jour, soit environ 1 500 véhicules par jour, tous En effet, par sa forte résistance aux diverses sollici-
modèles confondus. tations extérieures, en particulier à l’érosion, il per-
La route à faible trafic en béton est constituée soit met une grande variété de profils (en travers et en
d’un revêtement en béton de ciment (pervibré ou flui- long) car la chaussée elle-même peut être utilisée
de), qui sert de couche de roulement, soit d’une pour assurer le ruissellement des eaux (profil à
couche de base en béton sec compacté revêtue d’un écoulement central ou latéral, profil en toit).
enduit superficiel.
Les caractéristiques mécaniques du béton de ciment EXEMPLES DE PROFILS EN TRAVERS
(grande rigidité, forte résistance vis-à-vis de diverses
sollicitations, etc.) permettent d’apporter des simpli-
fications substantielles au niveau de la conception
de la structure, du profil en travers et du profil en
long – et, par suite, des économies notables sur l’in-
vestissement.
D’une manière générale, la réalisation d’une route
dans de bonnes conditions et son bon fonctionne-
ment dans le temps nécessitent de respecter, dans
sa conception, certaines règles fondamentales tou-
chant à l’infrastructure, à l’assainissement, au drai-
nage, aux joints et aux matériaux constituant la
chaussée.

■ L’infrastructure

La rigidité de la dalle béton permet, la plupart du


temps, son exécution directement sur un sol com-
pacté et nivelé lorsqu’il est homogène.
En cas de sol hétérogène ou de faible portance, une
couche de forme ou un traitement du sol à la chaux
et/ou au ciment peut s’avérer nécessaire.

EXEMPLES D’EMPRISES

CHAUSSÉE CLASSIQUE

CHAUSSÉE EN BÉTON DE CIMENT

214
■ Le drainage ■ La réalisation de la chaussée

Le plus souvent, la chaussée en béton ne nécessite Les différentes phases de réalisation de la chaussée
pas de dispositif de drainage particulier. sont les suivantes :
Cependant, pour les sols à teneur en eau élevée ou • les travaux préparatoires ;
susceptibles de présenter des accumulations d’eau, • les terrassements incluant notamment les traite-
il y a lieu de prévoir un drainage efficace, facteur ments de sols au ciment ou à la chaux ;
essentiel de durabilité de la chaussée, notamment
en matière de résistance aux cycles gel-dégel. • la mise en œuvre du béton, effectuée selon l’une
des trois techniques :
– le béton est pervibré soit à l’aiguille vibrante, soit
■ Les joints avec du matériel permettant l’exécution de l’en-
semble des opérations de mise en place du béton,
La réalisation correcte de joints destinés à localiser de vibration et de lissage (vibro-finisseur, machine à
la fissuration est une condition essentielle de la coffrage glissant) ;
durabilité de la chaussée. On distingue les joints
transversaux et les joints longitudinaux. – le béton fluide, comportant un superplastifiant, se
met en place de lui-même, sans vibration ni com-
Les joints transversaux sont destinés à réduire les pactage, entre coffrages réglés ;
sollicitations dues au retrait ou au gradient ther-
mique (joints de retrait), à compenser les variations – le béton est compacté avec un compacteur vibrant
dimensionnelles d’origine thermique (joints de dilata- en une ou deux couches selon l’épaisseur à réaliser.
tion) ou à marquer un arrêt de bétonnage (joints de
construction).
Les joints longitudinaux, servent à compenser
essentiellement les contraintes dues au gradient
thermique, sont donc des joints de retrait.

Joint de retrait (scié ou moulé) Serrage à la règle vibrante...

■ Les critères de dimensionnement

Les critères de dimensionnement, retenus pour les


voiries à faible trafic, sont :
Le trafic
Il correspond aux classes t6 à t3+, soit 0 à 150 poids
lourds par jour.
La portance du sol
Pour les voiries à faible trafic, il suffit que le sol pré-
sente une portance au moins égale à p 2 ; en des-
sous, la réalisation d’une couche de forme s’avère
souvent nécessaire pour permettre une assise suffi-
... ou au vibro-finisseur.
sante de la dalle béton.
Les caractéristiques du béton
Le seuil minimal de résistance à la traction par
flexion, paramètre essentiel en matière de dimen-
sionnement, est fixé à 4,5 MPa.
Selon l’évolution prévisible du trafic et la période de
service retenue (généralement 20 à 40 ans pour les
chaussées béton), les critères adoptés pour le
dimensionnement conduisent à une épaisseur opti-
male de béton comprise entre 15 et 22 cm.
Des catalogues détaillés de structure établis par le
SETRA fournissent les valeurs de dimensionnement
en chaussée neuve et en renforcement de chaus-
sées anciennes.

215
Les finitions ■ Le béton désactivé
Les joints sont exécutés, soit aussitôt après mise en
œuvre du béton par incorporation dans le béton frais Cette technique consiste à éliminer le mortier super-
d’un profilé en plastique, soit dans le béton durci par ficiel du revêtement en béton de façon à faire appa-
sciage avec une machine à disque diamanté. raître les granulats et à conférer à la surface des
caractéristiques particulières d’adhérence et/ou
Les traitements de surface du béton permettent de d’aspect.
créer une texture donnant une bonne adhérence sur
revêtement sec ou mouillé, et un aspect esthétique
qui peut être agrémenté par des colorations variées. ■ Le béton bouchardé
Les traitements usuels sont le brossage, le striage,
La surface du béton durci est attaquée avec un mar-
ainsi que le dénudage des granulats mécanique-
teau spécial « boucharde ».
ment ou par voie chimique.
La cure du béton frais permet d’éviter la dessiccation
du béton sous l’effet du vent ou de la chaleur. ■ Le béton imprimé
Elle est généralement réalisée par pulvérisation d’un Des matrices ou des moules spéciaux sont utilisés
produit de cure ou, plus simplement, par protection pour créer des dessins ou motifs à la surface d’un
par un film de polyéthylène ou par arrosage. béton frais.

Les routes à moyen et fort trafic


Il s’agit des routes qui supportent un passage de
poids lourds supérieur à 100 par jour (classement
T0 à t3). C’est un domaine dans lequel le béton a
démontré ses avantages depuis de nombreuses
années, notamment dans le secteur autoroutier.
Parmi les techniques en présence celles utilisant les
dalles courtes non armées et le béton armé continu
se développent tout particulièrement.

Surface striée au balai ou au râteau.

■ Les dalles courtes non armées

La longueur maximale des dalles varie entre 3,50 m


et 6 m.
Le principe de fonctionnement
■ Les applications
La technique est déjà ancienne, mais son mérite est
La voirie à faible trafic, à laquelle le béton apporte d’avoir su évoluer pour s’adapter aux conditions
ses avantages technico-économiques, représente actuelles de trafic, et d’éliminer les défauts qui
plusieurs centaines de milliers de kilomètres : s’étaient manifestés à l’origine. Ces défauts étaient
• les voiries de lotissement ; liés aux modifications des conditions d’appui des
dalles au droit des joints, se traduisant par un phé-
• les voies piétonnes dans les centres urbains ; nomène de « pompage », des décalages et des frac-
• les pistes cyclables ; turations de dalles.
• les voiries communales ;
• les voiries agricoles, forestières, viticoles.
La technique béton est également applicable à la
réalisation de sols industriels, aires de stockage,
quais de chargement, parkings (voir le chapitre 8.6).
Pour toutes ces voiries ou sols en béton, des traite-
ments de surface peuvent enrichir l’esthétique de
l’ouvrage et faciliter son intégration dans des envi-
ronnements variés. Ces traitements sont principale-
ment :
– le béton désactivé ;
– le béton bouchardé ;
– le béton imprimé.

216
hauteur, est réalisée par des goujons en acier d’en-
viron 60 cm de longueur, de diamètre 20 à 30 mm,
espacés d’environ 30 cm.
L’épaisseur
L’épaisseur de la dalle, variable selon le trafic et la
durée de service, est généralement comprise entre
20 et 28 cm.
Dans certains cas, la couche de roulement et la fon-
dation sont réunies en une seule couche de béton
qui constitue la « dalle épaisse ». Elle peut atteindre
30 à 40 cm.

■ Le béton armé continu (BAC)

Le Béton Armé Continu (BAC) est un revêtement de


chaussée en béton de ciment qui comporte des
armatures longitudinales, continues et disposées en
nappe, en général à mi-épaisseur de la dalle. Il est
caractérisé par l’absence de joints de retrait trans-
versaux.
L’armature longitudinale est prévue pour contrôler la
fissuration et pour conserver l’intégrité structurelle
du revêtement. La quantité d’armatures est calculée
de manière à répartir le retrait, se traduisant par
Les dispositions constructives des fissures régulièrement réparties (tous les 1 à
Elles permettent d’éliminer ces phénomènes et sont 3 mètres) non préjudiciables. Elles sont suffisam-
aujourd’hui bien maîtrisées. ment fines (0,4 à 0,5 mm au maximum) pour résister
à la pénétration de l’eau et pour garantir un bon
Le drainage transfert de charges.
L’emploi de dispositifs drainants longitudinaux en En France, la technique du BAC a évolué vers les
bord de dalle est une solution efficace et écono- pratiques suivantes.
mique. • Le pourcentage d’armatures longitudinales, pla-
cées à mi-hauteur de la dalle, est réduit au minimum.
L’utilisation de matériaux d’appui peu érodables A titre d’exemple, il est actuellement de 0,67 % pour
Le comportement du revêtement en béton est condi- les aciers Haute Adhérence type FeE 500 et de
tionné par les effets de l’eau pouvant s’accumuler 0,30 % pour les rubans crantés à haute limite élas-
entre la dalle de béton et la fondation. En cas de tique de type Fe 90.
mise sous pression dynamique sous l’action des • La recherche de l’optimisation de l’adhérence entre
charges du trafic, cette eau risque de provoquer une l’armature et le béton, conduit à augmenter la surfa-
érosion à l’interface fondation-revêtement, pouvant ce de contact acier/béton ; l’emploi d’aciers plats cor-
entraîner un battement de dalles et la formation de respond à cette évolution. Ces armatures se présen-
cavités sous le revêtement. De ce fait, la non-éroda- tent sous forme de rubans crantés d’environ 40 mm
bilité des matériaux de couche de fondation est une de largeur et 2 mm d’épaisseur et permettent une
propriété essentielle qui doit être prise en compte économie de l’ordre de 50 % d’acier par rapport aux
dans la conception. armatures traditionnelles.
Pour lutter contre l’érosion de la surface de la fonda- • La surlargeur non circulée permet une meilleure
tion, il faut procéder à un choix judicieux des maté- répartition des charges en bordure de dalle.
riaux en fonction de la catégorie du trafic. A cet
• Le drainage efficace de l’interface dalle-couche de
égard, il faut éviter la présence de fines non liées
fondation est généralement assuré par un béton por-
sous le revêtement en béton ; une couche de profi-
teur.
lage en sable est donc à proscrire dans tous les cas.
• En fondation, on utilise un matériau non érodable.
La surlargeur de la dalle béton par rapport à la • L’épaisseur actuellement couramment utilisée est
bande de circulation comprise entre 16 et 22 cm, selon le trafic et les
Elle permet d’éviter la dégradation dans la zone sen- caractéristiques de la plate-forme.
sible constituée par le bord du revêtement.
Les joints
Les joints de retrait sont réalisés par la création
d’une amorce de fissuration à une profondeur variant
entre le quart et le tiers de l’épaisseur de la dalle,
soit par moulage dans le béton frais, soit par sciage
dans le béton durci. Les joints transversaux et longi-
tudinaux sont généralement scellés au niveau de la
gorge créée à la partie supérieure du joint. Ce scel-
lement est destiné à éviter l’entrée d’eau dans la
structure.
Pour les chaussées à fort trafic, ou lorsque les condi-
tions climatiques sont rigoureuses, une liaison
entre dalles, destinée à empêcher le décalage sur la

217
• La mise en œuvre du béton peut se faire de deux ■ Le béton de ciment mince collé
façons : « BCMC »
– BAC monocouche : un béton homogène est dis-
posé sur toute l’épaisseur de la dalle avec une Le BCMC est une technique d’entretien superficiel
machine à coffrage glissant ; des structures bitumineuses. Il s’agit d’une technique
– BAC bicouche monobloc : deux couches de béton récente en France inspirée de celle développée par
sont disposées en une seule opération ; elles se dif- les Américains ces dix dernières années.
férencient essentiellement par la nature des granu- Elle consiste à fraiser ou à raboter la structure bitu-
lats : durs et de très bonne qualité en partie supé- mineuse dégradée sur une épaisseur adéquate et à
rieure pour assurer l’adhérence et le polissage, plus mettre en œuvre, après nettoyage de la surface, une
ordinaires et moins onéreux pour la couche inférieu- couche mince de béton de ciment (6 à 10 cm) qui
re (granulats généralement locaux). adhère parfaitement à la couche bitumineuse rési-
duelle sous-jacente.
■ Les applications du béton dans
les chaussées à moyen et fort trafic ■ Les équipements de la route

Le béton, aussi bien en dalles courtes qu’en BAC, De nombreux ouvrages en béton viennent compléter
est utilisé pour la construction d’autoroutes ou de une route ajoutant des éléments de sécurité, de
routes à fort trafic, ou pour le renforcement et la confort ou d’apport à l’environnement : séparateurs
réfection d’ancienne chaussées. en béton, caniveaux, dispositifs de drainage et d’as-
Le BAC se développe en particulier : sainissement des eaux polluées, passages pour ani-
maux.
• en renforcement de chaussées anciennes à deux
voies ou trois voies avec ou sans élargissement ;
Pour consulter
• en réfection de voie lente d’anciennes chaussées
avec ou sans conservation de la fondation en grave le chapitre suivant,
traitée existante. cliquer ici.

RETOUR AU SOMMAIRE

218
8.9 Les ponts en béton

Pont de l’Iroise.

C’est dans le domaine des ponts, ouvrages d’art par A ces structures fondamentales dont le principe de
excellence, que les ingénieurs et architectes ont fonctionnement est simple, il faut ajouter les struc-
appliqué leurs connaissances avec la plus grande tures mixtes ou composées :
créativité, en développant des techniques auda- – le BOW-STRING ou arc sous-tendu
cieuses, originales, qui ont permis la réalisation
d'ouvrages exceptionnels par leurs portées, leurs – le pont suspendu raidi par haubanage
hauteurs ou leurs procédés de construction. C'est – le pont à HAUBANS
aussi dans ce domaine que les architectes et les Pour un ouvrage donné, le choix d’un type de struc-
ingénieurs ont pu le mieux exprimer leurs complé- ture est lié à de nombreuses contraintes dont les
mentarités. plus évidentes sont souvent la recherche esthétique
Au fil des années, les progrès des matériaux et d'intégration dans un site et les portées possibles
notamment le béton armé et le béton précontraint, entre deux appuis.
l'évolution des exigences et des moyens de calcul, Les trois structures fondamentales Structures composées
les nouvelles méthodes de mise en œuvre ont
apporté des changements profonds auxquels les
constructeurs français ont largement contribué. poutre

bow-string
Le pont, ouvrage de franchissement
arcs
Pour un pont, il existe trois structures fondamen-
tales :
– la POUTRE, structure à réactions sur appuis ver- pont suspendu raidi par
ticales, haubanage

– l’ARC, structure à poussées dans laquelle les


mécanismes en jeu sont des compressions. structures suspendues
– la SUSPENSION, structure à poussées aux pont à haubans
appuis dans laquelle les mécanismes en jeu sont Schéma des structures.
des tractions.

223
appareil d'appui
TABLIER

remblai

dalle de transition voile

semelle appui intermédiaire ( pile )

chevêtre fondation

colonne
appui d'extrémité (pile - culée ) APPUIS
semelle

Perspective d'un pont courant.


fondation

Les éléments constitutifs du pont


Quelle que soit leur application : pont-route, pont-rail,
pont-canal, passerelle piéton, ou autre, les ponts
sont constitués de deux éléments principaux :
– le TABLIER : partie sensiblement horizontale de
l'ouvrage qui assure le franchissement,

– les APPUIS qui peuvent avoir des configurations


très variées : voiles, poteaux et chevêtres, piles,
pylônes, culées, piles-culées, piédroits…

Conception des ouvrages en béton


Dans les ouvrages bien conçus, l'harmonie résulte
d'un équilibre entre l'expression de leur fonction, la
logique de leur schéma statique, la relation avec le
paysage environnant et le soin apporté au traitement
des moindres détails.
Le béton est le matériau utilisé systématiquement
Viaduc de Rogerville.
pour la réalisation des fondations et des appuis de
tous les ponts modernes. Il est aussi très largement
appliqué pour l'exécution des tabliers, soit sous la
forme de béton armé, soit sous la forme de béton
précontraint.
Tous les types de béton peuvent être envisagés
dans le cadre de la construction d'un ouvrage d'art.
Pour les ouvrages moyens et importants, les condi-
tions de formulation, de préparation, de transport et
de mise en place du béton sont définies dans un des
fascicules du cahier des clauses techniques géné-
rales (CCTG) applicable aux marchés publics de tra-
vaux : le fascicule 65A : « exécution des ouvrages de
génie civil en béton armé et précontraint ». Pour les
ouvrages de faible importance, c'est le fascicule 65B
du CCTG qui s'applique.
Dans les deux cas, les calculs justificatifs de la
conception des structures sont effectués conformé-
ment aux règles BAEL et BPEL, complétées le cas
échéant de justifications relevant par exemple de
calculs dynamiques en relation avec des disposi-
tions antisismiques et des vérifications de la stabilité
Pont de Normandie en construction.
au vent.

224
Une exigence constante de bétons ■ Ponts en arc en béton armé
de qualité appuyée sur un plan Les arcs sont, avec les ponts à béquilles, les struc-
d'assurance qualité tures les mieux adaptées au franchissement de val-
lées encaissées ou de gorges profondes. L’arc,
Généralement, la composition des bétons est justi- poutre courbe à réactions d’appuis obliques, à fibre
fiée par vérification de la résistance en 2 étapes : moyenne circulaire ou parabolique, ne peut être
une épreuve d'étude et une épreuve de convenance. envisagé que sur un sol de fondation de bonne résis-
Pour la formulation des bétons, outre les exigences tance (rocher sain). Il porte un tablier qui peut être
mécaniques et esthétiques, deux aspects importants placé au-dessus de l’arc (pont en arc à tablier supé-
sont pris en compte : rieur) ou au-dessous (pont en arc à tablier suspendu
ou intermédiaire).
– l'adaptation de la maniabilité du béton frais aux
conditions et moyens de mise en œuvre, L’arc proprement dit peut être :
– le respect des exigences et recommandations du – un caisson mono ou multicellulaire pour les
Laboratoire Central des Ponts et Chaussées en grandes ouvertures
matière de prévention du risque d'alcali-réaction. – des poutres pleines entretoisées pour les ouver-
Dans certains cas, la variation des conditions clima- tures moyennes.
tiques au cours des travaux peut justifier de plu- – une dalle à nervures latérales pour les faibles
sieurs formulations de béton pour un même ouvrage, ouvertures.
par exemple bétonnage par temps chaud, bétonna- Le tablier peut être une dalle armée ou précontrainte
ge par temps froid. avec ou sans nervures, une structure mixte, un tablier
à poutres précontraintes ou une poutre caisson.
Les différents types de ponts

■ Ponts cadres, portiques et ouvrages


voûtés
De forme très simple, ces ouvrages donnent la pos-
sibilité de préfabrication partielle ou totale en usine
ou sur chantier, lorsque les dimensions le permet-
tent.

■ Ponts à poutres
Les poutres en béton armé ou en béton précontraint
peuvent être préfabriquées. Elles sont rendues soli-
daires d'une dalle de béton armé qui assure la répar-
tition transversale des sollicitations.

■ Ponts dalles
Réalisés sur le chantier, les tabliers de ponts dalles
sont en béton armé ou en béton précontraint.
Généralement de faible épaisseur, les dalles don-
nent aux franchissements un aspect harmonieux
très élancé pour des portées importantes.
Viaduc du Crozet (A 51).

Pont de la Pyrénéenne (A 64).

225
■ Ponts en béton précontraint construits
en encorbellement
L’encorbellement consiste à construire le tablier de
pont par tronçons à partir des piles. Les tronçons
successifs sont exécutés symétriquement de part et
d'autres de la pile. Ils peuvent être coulés en place
dans des coffrages portés par des équipages
mobiles ou préfabriqués par voussoirs. Ils sont
assemblés par des câbles de précontrainte.
Pour des portées supérieures à 70 m, on a recours
à un tablier de hauteur variable plus délicat à
construire mais, plus économique et plus esthétique.
Il peut être encastré sur les piles (encastrement
total) ou simplement posé sur une file d’appareils
d’appui (appuis simples).
Transversalement le tablier est souvent un caisson
unicellulaire, le hourdis supérieur débordant en
console de part et d’autre peut être raidi par des ner-
vures transversales éventuellement précontraintes
ou par des bracons. Il est possible d’atteindre des
largeurs de l’ordre de 30 m.

Construction en encorbellement. ■ Ponts en béton précontraint construits


par poussage
La méthode de construction d’un pont par poussage
consiste à confectionner un tablier sur une ou sur les
deux rives de la brèche à franchir puis à le mettre en
place sur ses appuis définitifs par déplacement lon-
gitudinal. Cette technique a été utilisée pour la pre-
mière fois vers 1965, elle nécessite l’utilisation de
plaques d’appui permettant le glissement avec un
faible frottement (revêtement téflon ou similaire).
Pour cette technique le tablier doit être de hauteur
constante, il faut pouvoir disposer en arrière des
culées d’une longueur suffisante pour aménager l’ai-
re de fabrication du tablier (au moins longueur d'une
travée).
Le tablier peut être une dalle, une dalle nervurée, un
caisson.
Le poussage est facilité par des moyens techniques
appropriés tels que palées provisoires en béton
armé ou métalliques, avant-bec, mâts de haubanage
ou des dispositifs combinés.
Le poussage permet de construire des tronçons de
grande longueur (20 à 40 m) et nécessite de mettre
en œuvre un béton de bonne résistance à court
terme (25 à 30 MPa à 24h) et qui progresse assez
vite dans les premiers jours.
La force de poussage est appliquée par des sys-
Viaduc de la Barricade. tèmes brevetés ; le système Eberspächer est le plus
connu.

Viaduc des Bergères.

226
■ Ponts à haubans
Le principe de ce type d’ouvrage est ancien, mais il
a eu beaucoup de difficultés pour sortir du domaine
marginal. Albert CAQUOT en 1950 à Pierrelatte,
Jean MULLER en 1975 au pont de Brotonne ont
contribué au développement de cette technique qui
a abouti avec Michel VIRLOGEUX à la réalisation du
pont de la Normandie dont la portée entre pylônes
est de 856 m.
En quelques années, le domaine d’emploi des ponts
à haubans s’est largement étendu pour des raisons
esthétiques de bonne intégration à des sites sen-
sibles. C’est une technique qui donne une très gran-
de liberté de conception architecturale.

Pont Vasco de Gama.

Pont de Normandie.

Pont de l’Iroise.

227
■ Ponts suspendus ■ Ponts à béquilles
Cette technique a été quelque peu supplantée par Bien adaptés aux vallées encaissées et aux grandes
celle des ponts à haubans et semble limitée aux très portées, cette variante d’ouvrages en arc, permet
grandes brèches à franchir d’une seule portée. Il d’éviter les lignes verticales des pylônes de ponts à
existe toutefois en France un patrimoine de quelque câbles qui peuvent s’avérer inesthétiques dans cer-
deux cents ponts de ce type, dont la plus grande par- tains sites. Tablier et béquilles sont souvent exécutés
tie est équipée de tabliers à structures métalliques en béton précontraint.
relativement flexibles.
Pour les ouvrages importants de Tancarville et de
Bordeaux (Pont d’Aquitaine), une dalle mince en
béton armé solidaire d’une tôle en acier au moyen
de connecteurs a permis d’associer le platelage à la
structure du tablier pour en améliorer la rigidité.
Dans une conception plus récente adoptée pour le
Viaduc de Chavanon, trois raisons fondamentales
ont nécessité l’exécution d’un tablier à grande rigidi-
té propre de torsion :
– le choix pour des raisons esthétiques d’une sus-
pension axiale,
– une grande largeur de tablier : 22 m,
– absence de connexion entre les pylônes et le
tablier qui file sur 360 m entre les culées sur les-
quelles il est encastré vis à vis de la torsion. Pont sur la Truyère.
Le niveau de rigidité requis est obtenu par la solida-
risation d’une dalle-hourdis en béton B40 de 0,22 m
d’épaisseur et de 22 m de largeur précontrainte
transversalement et d’un caisson métallique central
de 9 m de largeur en fibre supérieure, complété par
des bracons supportant les très larges encorbelle-
ments du hourdis béton (encorbellement de 6,50 m).

Viaduc du Chavanon.

228
Préfabrication d’ouvrages d’art d’un hourdis en béton armé coulé en place de
25 cm d’épaisseur pour constituer le tablier. La conti-
La préfabrication est une méthode de construction nuité d’une travée à l’autre peut être assurée par une
traditionnelle des ouvrages d’art. En la matière, il y a entretoise en béton armé, ce qui permet de réduire
lieu de distinguer trois échelles très différentes de la le nombre de pièces d’appui et de concevoir des
notion de préfabrication : appuis de faible largeur.
– l'échelle de la préfabrication transportable par voie Fréquemment, la préfabrication sur le chantier de
routière qui correspond à la fabrication de pièces pièces de grandes dimensions, les voussoirs, per-
dont la masse est limitée à 25 tonnes voire 30 met de simplifier largement les conditions de mise
tonnes : préfabrication concevable en usine, en œuvre, c’est une solution applicable aux
ouvrages construits par encorbellements.
– l'échelle de la préfabrication manipulable sur
chantier au moyen d'engins spécifiques (par Dans le cas de très grands ouvrages réalisés en site
exemple fardiers) qui correspond à des éléments marin, la préfabrication sur le rivage d’éléments de
dont la masse peut atteindre 100 à 150 tonnes : pré- très grande dimension, transportables par engins flot-
fabrication foraine, tants, est possible. C’est ainsi que, pour le pont de
la Confédération reliant l’Ile du Prince Edouard au
– l'échelle du gigantisme où les éléments préfabri-
Canada, un gigantesque catamaran a été utilisé pour
qués peuvent atteindre plusieurs milliers de tonnes,
transporter et poser des fûts de piles et des fléaux :
jusqu'à 10 000 tonnes et qui ne sont transportables
énormes éléments béton de 200 m de longueur, de
que par voie maritime soit par mise en flottaison des
9000 tonnes posés à 70 mètres de hauteur.
éléments préfabriqués eux-mêmes soit au moyen
d'engins de levage et de transports exceptionnels.
Pour des portées allant jusqu’à 20 mètres entre
appuis, il est possible d’utiliser des poutres en béton
précontraint par fils adhérents préfabriquées en
usines. Sur chantier, elles sont rendues solidaires

Poutres préfabriquées précontraintes.

Viaduc des Barrails.

Pont de la Confédération.

229
Ouvrages innovants
La recherche permanente de progrès dans les maté-
riaux, dans les moyens de calcul, dans les méthodes
de mise en œuvre, dans les équipements de chan-
tier donne à chaque ouvrage significatif une origina-
lité par rapport aux précédents. La précontrainte
extérieure, les bétons de haute performance, l’appli-
cation de ciment blanc pour la réalisation des
tabliers, les bétons auto-plaçants, les adjuvants de
nouvelle génération, les possibilités de préfabrica-
tion, les modes de traitement de surface sont des
moyens à la disposition des maîtres d’ouvrage,
maîtres d’œuvre et entreprises dans lesquels il est
largement possible de trouver les sources raison-
nables d’originalité et de réussite technique.
Pont sur le Vecchio (Corse).

Viaduc de Vernègues (TGV Sud-Est Méditerrannée).

Viaduc de la Clidane (A 89).

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