Le combat contre nous-mêmes
Le combat contre soi-même ou effort spirituel, appelé Jihad An Nafs a un mérite très particulier en
Islam.
Allâh dit à ce sujet : «Quiconque lutte pour la Cause de Allâh ne lutte en réalité que pour lui-même »
et «Ceux qui combattent pour Notre Cause, Nous les guiderons assurément sur Nos sentiers, car
Allâh est avec ceux qui s’appliquent à accomplir des œuvres salutaires».
Le Messager de Allâh sala l-Lâhou 'alayhi wa salam a dit à ce sujet : «Le mujahhid est celui qui mène
le Jihad contre son égo dans la recherche de l’obéissance à Allâh» et aussi «Même si quelqu’un
frappe les mécréants et les idolâtres avec son épée jusqu’à ce qu’elle casse, et qu’il est entièrement
teint de leur sang, les gardiens du souvenir d’Allâh sont un degré au-dessus de lui» et il a aussi dit
sala l-Lâhou 'alayhi wa salam "le fort n'est pas celui qui maîtrise l'autre mais c'est celui qui maîtrise sa
colère".
Ce jihad an nafs n’est pas un choix mais une obligation pour tout musulman, car sans lui, nous
sommes suivons notre ego qui se manifeste à travers les mauvais caractères, les mauvais
comportements envers Allâh, Son Messager ou la création, et nous suivons le shaytan. Tous deux
ennemis d’Allâh ta’âlâ. Par conséquent il est d’une importance capitale de prendre en main nos
cœurs.
Le mérite de ce combat est immense, car par lui, nous nous rapprochons d'Allâh, nous imitons Son
Messager. Par lui, nous devenons les Amis d'Allâh et quelle grâce immense que celle-ci ! Par ce
combat nous gagnons par la Grâce d’Allâh ta’âlâ le Bonheur, la tranquillité, la paix, l’équilibre,
l’Amour et la Lumière. Mais quel est ce combat si noble et mystérieux ? Et bien il s'opère sur
plusieurs plans, du plus profond au plus apparent :
1- le travail du for intérieur. C'est le travail de l'intention même qui est ce qui définit l'être humain.
Nous ne parlons pas d'intention du cœur, mais d'une intention venue du for intérieur, venant de
l'essence même de l'homme, de son âme. Si ton intention la plus profonde est de cheminer vers
Allâh alors tu peux t'assurer que tout le reste suivra, sinon, prend garde et travaille ce for intérieur en
ayant comme intention la plus profonde le cheminement vers Allâh.
2- le travail de la purification du cœur. Comme l'a dit le noble Messager de Allâh sala l-Lâhou 'alayhi
wa salam : "il y a un organe dans le corps qui, s'il est pur, tout le reste du corps est pur, mais s'il est
impur, tout le reste du corps est impur". Ainsi, travailler sur ses défauts intérieurs est une des étapes
les plus importantes dans la purification de soi. Se purifier de l'ostentation, de la jalousie, de l'envie,
de la haine, de l'insincérité, de l'orgueil, de la suffisance, de l'insouciance et ainsi de suite, afin que
tous nos actes soient lumineux et orientés vers la lumière seulement.
3- le travail de la purification des organes externes. Sachons que le cœur et les organes externes sont
interconnectés : le cœur purifie les actions externes ou inversement, mais le contraire est aussi vrai,
les actions externes purifie le cœur ou inversement. Ainsi, il convient au cheminant ayant emprunté
la voie du combat intérieur de prendre garde à ses œuvres ! Se garder des péchés et accomplir ses
obligations est ainsi une chose importante.
Mais comment procéder ? Quelles sont les méthodes et les remèdes de tous ces maux ?
Ce travail a lieu en plusieurs étapes mais sachez que la Lumière vient d'Allâh, ainsi vous aurez beau
vous démenez pour vous purifier, si Allâh ne l'a pas voulu, vous n'arriverez à rien. Ainsi, la sincérité
dans la voie et la confiance entière en Lui doivent être le commencement de votre commencement.
Vient ensuite l'engagement ferme dans la voie. C'est là l'intention profonde dont je parlais, à savoir
vouloir au plus profond de soi même, comme souhait unique et immuable, la voie menant à Allâh
'azza wa jall. Par cette engagement ferme que nous prenons intérieurement, le combat commence,
nous devenons alors des guerriers novices. Nous avons trouvé la montagne que nous voulons monter
et nous nous apprêtons à la grimper, bien que nous sachons indéniablement qu'il y aura chutes et
coups durant tout le chemin : mais sans tout cela, serait-ce vraiment un combat ?
Lorsque l'engagement est pris, que l'être est au pied de la montagne, fixant le sommet brumeux qu'il
souhaite atteindre, il doit alors pratiquer l'introspection. S'isoler du monde extérieur durant certaines
périodes de la journée ou de la semaine afin de remettre en question toutes ses actions pour
observer ses défauts intérieur. Des questions comme : pourquoi ai-je agis ainsi ici et là ? Que voulais-
je vraiment ? Qu'est-ce qui a véritablement motivé mon action ? N'étais pas orgueilleux ?
N'éprouvais-je pas tel et tel maladie du cœur ? Accepter les ténèbres qui nous animent sera
sûrement difficile, mais il s'agit là d'une étape nécessaire afin de connaître nos maux pour mieux les
combattre. Vous aurez comme substance de réflexion pour cette étape toute type de relation avec
autrui et les épreuves envoyés par Allâh 'azza wa jall Lui Même. Ce travail durera certainement des
années, se connaître n'est pas chose aisée. Mais cela vous dotera de vertus, de profondeur, de
connaissance, de sagesse et de pureté d'une manière qui parait inimaginable pour celui qui n'en a
rien expérimenté. C'est là la vigilance du cœur et l'examen de conscience dont parle l'Imam Al
Ghazali radia l-Lâhou 'anhou dans un de ses épitres composant ihya 'ulum ad din. Étape décisive
donc.
Lorsque cette vigilance et cet examen de conscience sont constantes chez le combattant. Il peut
passer à l'étape suivante. L'étape de la réception de la Lumière dans son cœur. Cela se fera pas à pas
et c'est certainement l'étape la plus connue (mais loin d'être la dernière) chez les soufis qu'Allâh les
agrée et leur fasse miséricorde. En effet, après avoir passé l'étape de l'introspection, le combattant
est maintenant clairvoyant sur ses propres ténèbres, il y fait attention, prend garde aux pièges, et
évite la plupart d'entre eux. Ainsi, il est devenu un dépôt parfait pour la Lumière prophétique
puisque son cœur est en majeur partie purifié maintenant, bien qu'il garde toujours de nombreux
maux.
Dans cette étape, le croyant ressent la présence du Messager de Allâh sala l-Lâhou 'alayhi wa salam
qui l'épaule, l'aide et le guide vers Allâh par Sa Permission. Le combattant doit alors saisir
intérieurement l'anse du Messager de Allâh sala l-Lâhou 'alayhi wa salam, s'abandonner à lui. La
Lumière du Messager de Allâh sala l-Lâhou 'alayhi wa salam s'implantera alors de plus en plus dans le
cœur du croyant, qui doit maintenant effectuer beaucoup le duo du dhikr tahlil/salat 'ala nabi. La soif
qu'éprouve le combattant pour Allâh devient tel, qu'il commence à être conscient de la réalité qu'il
n'est rien alors qu'Allâh 'azza wa jall est Tout. Certains Noms du Seigneur des Mondes sont compris
par le cheminant, la Lumière du Bien Aimé sala l-Lâhou ‘alayhi wa salam est imprégné dans tout le
cœur. Le cœur devient sensible aux réalités cachés et le cheminant souhaite alors totalement
s'effacer en Allâh 'azza wa jall car il ne voit que Lui. Il aime Allâh, Son Messager et toute Sa création
car il ne voit plus la création du Tout Puissant en tant que création, mais en tant que réalité sous-
jacente à Allâh (que ceux qui n'ont pas connu cet état ne parlent pas et ne réfléchissent pas dessus :
qu'ils sachent seulement que ce n'est pas du panthéisme). Cette étape continue jusqu'à ce que le
combattant s'efface totalement en Lui. Là il devient un saint, un Ami d'Allâh, et aperçoit devant lui un
océan sans fin de stations, d'Amour et de Connaissance des Noms d'Allâh. Il se rend compte que le
sommet de la montagne n'était en fait que le pied d'une montagne immensément plus grande ...
Voilà pour le travail effectué en intérieur. Concernant le travail des organes externes maintenant, qui
sera un travail en parallèle au travail interne précédemment cité, il obéit lui aussi à plusieurs étapes.
Premièrement, il convient d'apprendre. Apprendre ce qu'Allâh 'azza wa jall a interdit ce qu'Il a rendu
obligatoire, car celui qui ne connaît pas un mal risque d'y tomber. Ensuite, vient le socle de la crainte.
Craindre directement Allâh 'azza wa jall pour Qui Il est n'est pas accessible au débutant. Il devra par
conséquent passer par des manifestations d'Allâh 'azza wa jall pour craindre de pratiquer certaines
turpitudes. Il y a la crainte des punitions mondaines venant d'Allâh 'azza wa jall. Puis, il y a la crainte
de Son châtiment dans l'au-delà (l'Enfer, le châtiment de la tombe ...). Puis, il y a la Crainte d'Allâh
'azza wa jall par la connaissance de Sa Puissance. Et enfin, il y a la Crainte d'Allâh 'azza wa jall Lui-
Même en tant qu'Être Suprême. S'imprégner étape par étape de ces différentes craintes par la
méditation et le rappel permettra au croyant de ne pas outrepasser les limites de la Loi divine, de
rester pieux et endurant en toutes circonstances car lorsqu'un péché se présentera à lui, il s'en
détournera, étant trop conscient de la vérité par la crainte du châtiment d'Allâh au minimum, et
d'Allâh Lui-Même au maximum.
Concernant les chutes subis, les manques, les péchés et les erreurs sachez que ce sont des choses
tout à fait normal pour le cheminant. En fait, ce sont là des signes d'Allâh 'azza wa jall pour vous
montrer qu'une des étapes a mal été passée, afin que vous puissiez voir qu'est-ce qui a causé ce
manque ou ce péché dans le but que vous le corrigiez et d'avancer correctement ensuite. Ce ne sont
pas du tout des fatalités, ou un retour en arrière. Au contraire, toutes ces choses sont mises en place
par Allâh 'azza wa jall dans l'unique but de vous propulser en avant. Il manifeste seulement ce que
vous ne voyiez pas et qui était en vous, afin que vous puissiez être au courant de ce que vous devez
corriger.
La tristesse vient de l'insouciance qui crée une dualité de nos intentions entre le Créateur et le bas
monde : certaines fois nous agissons pour Lui et d'autres fois nous l'oublions en agissant pour toute
autre chose. Nous devons faire Un avec Allâh dans nos intentions et nos actes. Que chaque acte soit
pour Allâh et seulement pour Lui, cela est la vraie sincérité et c'est ce qui sauve l'être humain de la
tristesse, du vide et du désespoir. Plus encore, nos vies doivent être pour Lui, de sorte que nous
vivons pour Lui, que nous respirons pour Lui. Nous ne devons pas dissocier certains de nos actes ou
évènements d'Allâh, c'est une grosse erreur car cela nous éloignera de Lui, nous fera oublier Allâh,
cela nous mènera à l'insouciance et à l'insincérité qui sont parmi les grands maux du cœur, et là où il
y a des maux, la Lumière divine ne peut s'installer, alors la noirceur des ténèbres viennent au sein de
la personne, lui causant des sentiments de perdition et autres émotions négatives. Non, plutôt,
comme je l'ai dis, nos intentions, nos volontés et nos vies même doivent être pour Lui et seulement
pour Lui. S'effacer totalement en Lui pour ne laisser que le Nom divin, tel est notre but. Qu'Allâh
nous le permette amin
S'isoler des gens, pour laisser notre cœur qu'avec Allâh 'azza wa jall, en pratiquant le dhikr est donc
un excellent remède pour les âmes qui cheminent. Voyez-vous, les gens nous donnent l'illusion
d'être heureux, joyeux, ils nous font rire et par cela on se pense à l'abri du chagrin et du malheur. Un
sentiment de suffisance et de satisfaction s'installent alors en nos cœurs, ne voulant plus vraiment
atteindre l'effacement en Allâh, nous nous complaisons dans nos relations éphémères avec autrui.
Alors que la relation éternelle et réelle est unique : celle avec le Réel, le Vrai, l'Absolu, Allâh. Lorsque
nous agissons ainsi, bien souvent, Allâh 'azza wa jall, dans Son infinie sagesse et Sa large Miséricorde,
nous envoie un rappel par une épreuve. Cette épreuve par laquelle Il nous montre la frivolité de tout
ce qui n'est pas Lui, et la perdition dans laquelle nous étions. C'est comme si ils nous disaient
"regarde, tu étais dans un état qui était si superficiel que la tristesse ne t'a manqué par une simple
épreuve. Tu m'as oublié alors que tu peux me voir à travers toute ma création. Tu as cru que le
bonheur et la paix étaient dissociés de Moi alors que J'en suis le Créateur, le garant et que toute
chose est à Moi. Tu étouffe Ma Lumière que J'ai placé en toi en tant qu'aide, mais Moi Je ne t'ai pas
oublié, voici donc Mon épreuve par laquelle je te montre l'évidence". Si nous nous isolons loin des
gens, que nous pratiquons le dhikr en étant présent, que nous saisissons la main et l'anse du noble
Messager de Allâh, notre capitaine du bâteau jusqu'à Allâh 'azza wa jall, alors là, nous serons des
gens dans la voie d'Allâh, nous avancerons chaque jour un peu plus jusqu'à Lui. Là, nous deviendrons
Ses Alliés, Ses Bien aimés, et quelle joie que celle-ci ...
Une seconde cause de la tristesse profonde qui saisit notre âme bien souvent est le manque de
confiance en Allâh 'azza wa jall. Encore une fois, la personne dissocie ses actes, sa réussite et ses buts
d'Allâh 'azza wa jall en pensant qu'Allâh est certes le Créateur de la réussite, mais que nous avons
aussi une part d'action personnel. Ainsi, on se retrouve à se déchaîner à vouloir atteindre telle ou
telle chose, vainement et totalement impuissants, se retrouvant dénué de toute l'aide divine. Nous
ne voulons pas lâcher prise dans nos actions pour laisser Allâh 'azza wa jall nous guider ou nous
donner la réussite, mais nous voulons tout contrôler, tout diriger plutôt que de laisser Allâh prendre
totalement en mains les choses. Il convient plutôt d'apprendre et de comprendre que nos actes et
nos réussites viennent purement d'Allâh, Il en est le Créateur et c'est Lui Qui met dans nos
dispositions Sa bénédiction ou non. Nous devons nous abandonner à Allâh ‘azza wa jall, Le laisser
faire, se considérer comme des morts entre les mains du Vivant n’ayant ni volonté ni puissance. Nous
ne sommes finalement que Ses vecteurs car l'acte d'Allâh, comme Son Être, est absolu. S'effacer ainsi
totalement en Allâh 'azza wa jall pour ne laisser que Lui dans nos actes et notre réussite, est une
imprégnation effaçant l'orgueil, l'auto satisfaction et l'auto glorification de la personne. Nous savons
ainsi qu'Il n'y a que Lui Qui agit et que nous sommes ceux par lesquels Il agit. Ce lâcher prise est un
haut degré dans le tawakkoul (confiance en Allâh) qui mène au bonheur de Le connaître, de récolter
Sa bénédiction et soutien en tous nos desseins et d'être parmi les héritiers du noble Messager d'Allâh
sala l-Lâhou 'alayhi wa salam. La personne n'est plus mécontente du décret divin, car tout est
parfaitement préparé par Lui. Elle se réjouit à la fois des épreuves et à la fois des bienfaits, n'en
faisant plus une dualité mais bien unité car les deux viennent du même Seigneur Suprême Parfait,
Miséricordieux, Omniscient et Sage, la personne aime recevoir d'Allâh.
Si tu recherches la joie de ce monde tu seras heureux lorsque tu seras gratifié de bienfaits mais tu
seras triste lorsque tu seras éprouvé. Mais si tu recherches Allâh, le Vivant Qui ne meurt pas, tu seras
dans la plénitude où les états changeants et relatifs ne t'atteignent plus, car tu sais que bienfait et
épreuve font partie du chemin vers Lui. Aussi ne sois jamais trompé par les états d'extase, de
bonheur et de joie que procurent le cheminement vers Allâh, car ils risquent de te faire dévier de
Celui Qui était ta quête.
De même que celui qui recherche la chaleur et le temps ensoleillé brûle de joie en été, mais s'afflige
les autres saisons. Alors que celui qui recherche la vie, tous les temps sont bons pour lui puisqu'il sait
que c'est l'ensemble des saisons qui engendre la vie