En quoi une posture professionnelle éthique et responsable, d'une part, et le développement social et moral de l'enfant,
d'autre part, sont liés ? Qu'est-ce-qui leur est spécifique à l'école maternelle ? Essayez d'en donner l’illustration à
partir de votre expérience en stage.
Pour commencer et essayer de répondre à cette question nous allons dans un premier temps
voir les spécificités de l’école maternelle avec ensuite comme exemple le jeu, qui agit sur le
développement de l’enfant et qui est mis en place par l’enseignant. Dans un deuxième temps nous
analyserons ce que fait l’école maternelle sur l’enfant, pour son bon développement (moral et
social). Enfin nous finirons sur le rôle de l’enseignant, qui doit avoir une posture éthique et
responsable. Mes propos seront illustrés à partir de mon expérience professionnelle.
La spécificité de l’école maternelle :
La spécificité de l’école mais surtout de l’école maternelle c’est de ramener des outils de
savoirs intellectuels aux enfants. On va leur apprendre à utiliser ces savoirs de manière méthodique,
en position d’expertise (car on connaît les programmes et on sait les transmettre). De manière
générale, on apprend en récitant les maîtres (ex : enfants de chœur qui écoutent le chant des maîtres
Grégoriens). Nous avons affaire à des sujets apprenant et la transmission de connaissances est
méthodique. Voici une citation de l’un de mes anciens professeurs qui résume assez bien les
choses :“Le savoir est comme un trésor qu’il faut découvrir, certains ont été initié, d’autres pas”.
Cela va être le rôle de l’école maternelle et de l’école en générale d’initier les élèves et de leur
apprendre de nouvelles choses (ou approfondir leur connaissance). L’école maternelle, dans les
instructions officielles est “une école qui organise des modalités spécifiques d’apprentissage”. Il
faut pour cela au sein de l’école travailler en équipe, pour avoir la même progression sur les
enseignements du cycle, avoir un parcours/répertoire commun. L’enseignant va mettre en jeu des
situations d’apprentissage variées: jeux, résolutions de problèmes, entraînements… en rapport au
besoin du groupe classe et de ceux de chaque enfant. Dans tous les cas, il donne une place
importante pour l’observation et l’imitation des enfants vers d’autres enfants et vers les adultes.
L’une des fonctions importantes de l’école maternelle est de « Co-éduquer ». C’est-à-dire que
l’éducation va se faire à l’école grâce à l’enseignant mais elle se fera aussi lorsque l’enfant rentre
chez lui avec ses parents. Le but dans tout ça, est la construction identitaire, car l’enfant va devenir
quelqu’un. C’est pour cela que la co-éducation est importante. L’enfant va se construire à partir de
chez lui, au sein de son foyer familial, et au sein de l’école, pour se forger une identité : son identité.
Par exemple, « Dans les familles populaires, la communication verbale ne vise pas à apprendre des
mots et des choses, mais à maintenir les réseaux de sociabilité » (Bernardin, 2013, p. 87), ce qui
reste important malgré tout pour le développement personnel de l’enfant. Mais aussi, il va falloir,
comme le dit Bautier faire “éclairer les pratiques ordinaires”, c'est-à-dire faire comprendre aux
enfants et aux parents que même en faisant des choses ordinaires/du quotidien les enfants
apprennent. C’est le cas du jeu, présent dans et hors de l’école maternelle.
Importance du jeu, qui est une spécificité de l’école maternelle et importante dans le
développement moral et social de l'enfant. Il est organisé, dirigé et mis en place par
l’enseignant. :
En 1858, on commence à parler de jeu mais seulement dehors, sous le préau. Autour de
1900, les pédagogues de l’éducation nouvelle cherchent à introduire systématiquement le jeu à
l’école : DEWEY, DECROLY, MONTESSORI, AUDEMARS et PIAGET. C’est d’ailleurs Pauline
Kergomard, qui va faire changer les salles d’asiles (une sorte de garderie) en école maternelle et
donc introduire le jeu. Le jeu n’avait pas sa place dans les salles d’asile, le seul jeu était celui
apporté par l’enfant de la maison pour le consoler (objet transitionnel). Il ne faut pas prendre le jeu
que l’on propose aux enfants comme occupation pour être tranquille. En réalité le jeu à une fonction
bien plus grande, qui est tout aussi importante que celle de l’enseignant dans le développement de
l’enfant. L’enseignant est le maître d’orchestre, l’arbitre, celui qui met en place et définit les règles
du jeu. Le jeu a un rôle dans la construction de la personnalité, est facteur de socialisation, participe
à la construction du savoir, est source de motivation, propose des ruptures avec le réel et explore
l’imaginaire, permet de développer les compétences langagières, mais surtout il reste un besoin de
l’enfant. Pour cela, J. Piaget a mis au point une classification des jeux selon le stade de
développement de l’enfant. Par exemple au stade sensori-moteur on peut proposer des jeux
d’exercice, au stade préopératoire ou intuitif: le jeu symbolique, au stade des opérations concrètes:
jeux de construction… Alors que pour A-M. Gioux, le plus important est que : “Quel que soit le
type de jeu, il faut penser le jeu de façon professionnelle”. Par exemple, on propose aux enfants le
jeu symbolique pour leur faire travailler l’imitation, l’imagination, le “faire-semblant” ; les jeux de
manipulations pour travailler sur la construction, l’assemblage, l’expérimentation… Le jeu pour
moi à une fonction formatrice de l’enfant comme individu mais aussi dans la formation de l’esprit.
Il est donc indispensable en maternelle. De plus il est, à mon avis, associé à la Bildung, c’est-à-dire
qu’il a un caractère formateur (de l’esprit) sans qu’il soit reconnu comme tel, détourné de sa
première ou véritable fonction. Le jeu est source de distraction et non d’apprentissage à première
vue, or à l’école maternelle, il permet de faire apprendre des choses (que l’enseignant a décidé au
préalable) aux enfants de manière inconsciente ou de leur faire travailler une notion/une
compétence en particulier. Les enfants vont apprendre à partir du jeu. Par exemple, le jeu
d’imitation / de rôle va renvoyer l’enfant vers l’imaginaire. Le rôle de l’enseignant sera de diriger et
d’ajouter des éléments pour les connaissances des enfants.
Ce que fait l’école maternelle sur l’enfant (développement) :
L’être ne devient homme qu’en apprenant. "Il n'est originellement rien” comme le disait
Rousseau. Il devient homme (humain) que par l’apprentissage. Dès l’instant où on est bébé et que
l’on entend notre prénom, on commence déjà à apprendre. Nous allons voir ce que fait l’école
maternelle sur l’enfant, pour son développement. Lorsque l’enfant arrive à l’école maternelle, il sort
de son environnement familial, qui est le seul environnement qu’il connaît, dans lequel il évoluait
jusqu’alors et qui lui appartenait entre-autre, pour se plonger dans un environnement nouveau, qui
ne lui appartient pas et qu’il devra partager. En plus de cela, ce qui va changer en plus de son
environnement, c’est les personnes avec qui il va évoluer, communiquer. Il va passer d’un
environnement restreint socialement à un environnement socialement très grand, où il n’y aura plus
papa et maman, mais un maître ou une maîtresse et des camarades de classe. L’école maternelle va
jouer le rôle d’intermédiaire entre la famille et le monde. Tout cela pour dire que l’enfant va passer
une étape importante dès son entrée en maternelle qui est d’entrer dans une sorte de deuxième
enfance, celle qui va lui permettre de s’ouvrir vers le monde et vers les autres, mais surtout lui
permettre de se construit un « moi ». Cette transition se fait ressentir par un changement de
comportement chez l’enfant, par un passage du stade sensori-moteur au stade pré-opératoire
(Piaget) ou encore du stade projectif au stade du personnalisme (Wallon). Plus spécifiquement il va
passer par plusieurs stade : du miroir, transitivisme, la « crise des trois ans » (Wallon) ou crise de
personnalité, lorsque l’enfant va chercher à s’affirmer, s’opposer, devenir jaloux et s’approprier les
choses. L’école maternelle va, en plus d’aider au devenir citoyen / trouver son « soi », mettre en
place quelque chose de primordial pour le développement de l’enfant, c’est ce que l’on appelle
l’apprentissage social. Il faut savoir que, des théories de l’apprentissage social, il y a en a eu
plusieurs, mais la plus connue d’entre elles est sans doute celle d’Albert Bandura. Dans cette
théorie, Bandura décrit comment l’enfant peut apprendre de nouveaux comportements en observant
d’autres personnes: il imite les modèles de comportement qui font l’objet de récompenses et non de
punitions. C’est d’ailleurs le cas dans l’expérience qu’à mis en œuvre Bandura avec « La poupée
Bobo » : C’est une expérience créait par ce psychologue en 1961, pour tester sa théorie de
l’apprentissage social dans l’agressivité. L’expérience consistait à exposer des enfants à des scènes
dans lesquelles des adultes se comportaient de manière agressive envers une poupée puis au fur et à
mesure les enfants se sont mis à imiter/reproduire ce comportement en présence de la poupée.
Malgré quelques critiques, cette théorie reste une référence majeure en psychologie ainsi que pour
les sciences humaines et sociales en général.
Nous retrouvons ici le triangle : P =personne, C= comportement, E = environnement
P
C E
Tout cela pour dire que, ce qui se reflète dans la classe va servir à l’enfant : la personne est
l’élève/l’apprenant, le comportement c’est celui de l’adulte/l’enseignant et l’environnement la
classe (ou l’école de façon générale). L’élève va imiter le comportement de l’enseignant au sein de
la classe. Dans la vie de la classe, le fait que la parole circule entre élèves/prof, élèves entre eux, est
très important pour la circulation du savoir. Il en est de même dans l’imitation des autres enfants.
Par exemple : lorsqu’un élève ne comprend pas l’activité, il va imiter le travail d’un autre. Les
enfants procèdent par imitation. La phase d’imitation commence vers les 2-3 ans, juste avant ou à
partir de l’école maternelle et ne se termine presque jamais, car l’imitation perdure également à
l’âge adulte pour bien des raisons.
Rôle de l’enseignant, de l’adulte à la posture éthique et responsable :
De façon général, dans la classe, le rôle de l’enseignant va être de penser les aménagements
et les faire évoluer, de laisser jouer les élèves, de jouer avec eux, de les observer, proposer des
variantes, impulser des scénario, initier des jeux “ à consignes”, et concevoir des séances
d’apprentissages.
Lors de l’entrée de l’enfant à l’école maternelle, notre rôle en tant que PE va être de faire la
liaison entre sa famille et le monde. Pour l’enfant, nous sommes celui qui détient les règles qui ont
valeurs de lois. Car c’est aussi ce qu’il trouve chez lui, des règles, qui lui sont soumises par ses
parents (les adultes). En réalité, nous sommes soumis à des lois et tendons également vers la famille
de l’enfant. Ce qui n’est pas mince affaire. De plus, si l’enseignant aborde une posture dans laquelle
il veut imposer sa loi, il n’arrivera pas à enlever la position infantile des élèves car il garde lui-
même sa position infantile en ayant un rapport de force. Nous ne devons pas en tant qu’enseignant
dans une posture éthique avoir ou mettre en place un rapport de force envers nos élèves. Même si
les élèves doivent bien comprendre qu’il y a des règles dans la classe et qu’elles s’appliquent à tout
le monde. Pour que celles-ci ne soient pas frontales, les règles de la classe vont être créées
ensemble au coin regroupement et mise en place à partir d’affichages qui seront accrochées dans la
classe pour les rappeler si besoin.
Lorsque l’on est PE, il est difficile de faire la différence entre le « soi » et la fonction, de
même que la salle de classe comme lieu de travail et non pas de « chez soi ». Car la salle de classe
par exemple, lorsque l’on en a une d'attribuée, on l’organise à notre manière, comme on aime, pour
s’y sentir bien. On essaye de faire en sorte qu’elle ressemble à quelque chose qui nous correspond et
qu’elle soit accueillante pour nos élèves comme le serait notre maison pour nos amis/famille. C’est
en ça qu’il est difficile de garder une distance entre la classe/fonction et le soi/chez soi. Malgré
tout, ce qui fait que l’on notre fonction d’enseignant est fait à partir de la personne l’on est, donc
forcément nous allons sans cesse permuter entre la fonction et la personne que l’on est : soi. De la
même manière, nous allons être soumis à la transmission de l’instituteur à l’élève. Cela consiste à
répartir les transmissions entre le milieu scolaire et hors scolaire. “Toutes les connaissances sont
déjà en nous il faut juste qu’on les découvre” Platon. Pour Kant c’est une connaissance indirecte et
active car la connaissance n’est pas une vision, elle est aussi schème (la méthode). En plus de cela,
il va y avoir la transmission par les pairs (semblables) : c’est la capacité de transmission entre les
personnes du même groupe de travail, même les mimiques du langage sont transmises. C’est-à-dire
que l’enseignant va transmettre des choses à ses élèves de par son contact avec eux, les élèves vont
reproduire ses mimiques, vont savoir comment ça fonctionne avec lui sans qu’il doit le dire (par
exemple l’accueil le matin) … De plus, notre posture éthique et responsable nous oblige à nous
détacher de nos affectes, car notre rôle est de faire passer le statut des enfants comme tel à « être
élève ».
Ce qu’il faut se dire en tant que praticien, enseignant c’est qu’il n’y a pas de classe idéal, il
faut savoir faire avec les difficultés rencontrées et les élèves non coopératifs.
Ce qui va être difficile aujourd’hui en tant qu’enseignant, c’est que l’éducation nous
demande de faire de l’individualisation de masse. La notion qu’on utilise pour penser ces notions
là : c’est la notion d’égalité des chances. Elle a une dimension collective, dynamique et téléologique
(dans une visée de groupe). Il va y avoir des difficultés dedans, d’où cette tension de différencier:
pour être dans une logique d’équité il va falloir modifier ou donner plus. Mais il faut s’interdire
d’être dans une logique de discrimination. Ce qui est compliquer c’est qu’il faut donner plus pour
certain pour qu’il comprenne la même chose que les autres, mais il ne faut pas tomber dans la
discrimination (c’est-à-dire de privilégier de donner des explications à untel parce qu’on le préfère à
un autre). De cela, il va forcément en découler de la jalousie : des élèves vont se sentir exclus car ils
vont avoir l’impression que l’enseignant va passer plus de temps avec un élève plutôt qu’eux. Le
rôle de l’enseignant sera alors d’expliquer aux enfants la raison : « chacun avance à son rythme et
c’est pourquoi je dois passer plus de temps à expliquer à untel aujourd’hui » par exemple.
Bienveillance :
Bienveillance : il y a le mot bien et veiller, veillance. de veiller à faire en sorte qu’il se passe des
choses de façon positive, au mieux pour quelqu’un.
Bienveillance est inclus dans l’empathie, la civilité et l'exigence.
On peut être bienveillant, mais il y a des risques d’excès.
L’autre de la bienveillance : le paternalisme.
Penser que la seule logique qui veut ou fait du bien est la sienne.
Penser la bienveillance en trois strates :
Tout d’abord on retrouve l’aspect de « bien veiller » : qui se passe dans notre tête, auto-réflexif.
C’est un état d’esprit et une exigence de l’esprit. Ensuite on a « bien veiller sur » : dans l’action ou
réalisation de bienveillance, prendre soin de l’autre.
Et enfin le « bien veiller à » : réception particulière, donner aux personnes les outils pour mettre en
place leur autonomie. Les enfants deviennent de plus en plus autonomes. Par contre, il faut que
celui qui reçoit soit capable ou en état de recevoir. Conditions pour recevoir de la bienveillance :
extrinsèques : dépend du climat, de l’ambiance ; intrinsèques : dépend de la pédagogie, des
obstacles intérieurs à l’apprentissage (plus on apprend des choses plus on se rend compte de ce
qu’on ignore).
Lors de mon stage, il y avait une petite fille en GS qui avait des difficultés à s’exprimer et rester en
place, quand on lui demandait quelque chose elle ne voulait jamais et elle hurlait sans arrêt. Un
matin un camarade lui a demandé d’aller mettre son étiquette pour dire qu’elle était présente, elle ne
voulait pas et la maîtresse et l’avs ont commencé à s’en mêler. Comme j’avais un bon contact avec
elle, je lui ai proposé d’y aller avec elle. Elle a accepté et on a évité une crise.