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Ce document présente une habilitation à diriger des recherches portant sur la dynamique des dépressions des latitudes tempérées et leur rôle dans la circulation générale de l'atmosphère. Le document est long et contient de nombreuses informations sur ce sujet.

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Habilitation à diriger des recherches

Spécialité : Sciences de l’univers, de l’environnement et de l’espace

présentée par

Gwendal Rivière

UNIVERSITE Toulouse III - Paul Sabatier

Dynamique des dépressions des


latitudes tempérées et leur rôle dans la
circulation générale de l’atmosphère

Jury :

M. Nick Hall Président du jury


M. Heini Wernli Rapporteur
M. Robert Vautard Rapporteur
M. Bernard Legras Rapporteur
M. Laurent Terray Examinateur
? Examinateur
M. Alain Joly Directeur de recherches
2
Table des matières
Curriculum Vitae 5

Production scientifique 9

Introduction 11

1 Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 13


1.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.1.1 Description phénoménologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.1.2 Bref historique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.2 Les schémas conceptuels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.2.1 Les cycles de vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.2.2 Effets internes à la dépression et structures à méso-échelle . . . . . 18
1.3 Les classifications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.3.1 Les types A, B et C . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.3.2 Autres classifications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.4 Théories et concepts de la cyclogenèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.4.1 Théories de la phase d’initiation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.4.2 Instabilité barocline . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.4.3 Prise en compte des effets humides . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
1.4.4 Développement en aval . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
1.4.5 Modulation par les effets barotropes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
1.5 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35

2 Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 37


2.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
2.2 Observations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.2.1 Régions barotropes critiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.2.2 Régions baroclines critiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
2.2.3 Validité statistique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.3 Effets agissant sur la forme et la trajectoire des dépressions . . . . . . . . . 46
2.3.1 Cadre barotrope . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
2.3.2 Cadre barocline . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2.4 Effets agissant sur l’intensité des dépressions matures . . . . . . . . . . . . 56
2.4.1 Effets de l’environnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.4.2 Le creusement des dépressions à la traversée du courant-jet . . . . . 59
2.4.3 Effets diabatiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2.4.4 Redistribution de l’énergie au sein des dépressions . . . . . . . . . . 61
2.5 Prévisibilité liée aux conditions initiales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
2.5.1 Sensibilité aux structures d’altitude . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
2.5.2 Sensibilité à la forme et à la position des anomalies de surface . . . 64
3
4

2.6 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65

3 Rétroaction du rail des dépressions sur la circulation générale atmosphé-


rique : théories et concepts 69
3.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
3.2 Théories et concepts de la rétroaction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
3.2.1 Flux d’Eliassen-Palm et ses dérivés . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
3.2.2 Nouvelle perspective à partir du déferlement d’onde . . . . . . . . . 74
3.3 Facteurs influençant le déferlement des ondes . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.3.1 Effets liés aux types de modèles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.3.2 Effets liés à l’environnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.3.3 Effets liés aux propriétés des ondes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
3.3.4 Effets diabatiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
3.3.5 Tableau récapitulatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
3.4 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96

4 Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 97
4.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
4.2 Rôle dans la variabilité basse fréquence de l’atmosphère dans le climat présent 98
4.2.1 Téléconnexions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
4.2.2 Régimes de temps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
4.2.3 Discussion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
4.3 Le dernier maximum glaciaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
4.3.1 Evolution des connaissances jusqu’à aujourd’hui . . . . . . . . . . . 111
4.3.2 Les climatologies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.3.3 La variabilité basse fréquence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
4.4 Les scénarios du climat futur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
4.4.1 Les changements dans la circulation générale atmosphérique dans
les modèles de climat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
4.4.2 Interprétations des changements d’échelle spatiale . . . . . . . . . . 118
4.4.3 Interprétations du déplacement vers les pôles des jets . . . . . . . . 123
4.5 Synthèse et perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126

Conclusions et perspectives 129

Liste des acronymes 133

Liste des notations 135

Liste des modèles et données météorologiques utilisées 137

Références 138
Curriculum Vitae
Gwendal Rivière, né le 19 juillet 1974 à Brest. Marié.
Chargé de Recherche au CNRS

CNRM-GAME/GMAP/RECYF, CNRS and Météo-France,


42 Av G. Coriolis, 31057 Toulouse Cedex 1.
[email protected]
Page web : http ://www.cnrm.meteo.fr/recyf/spip.php ?rubrique36&lang=fr

Parcours universitaire

1999 - 2002 Thèse de doctorat en océanologie, météorologie et environne-


ment de l’Université Paris 6 effectuée au Laboratoire de Météorologie
Dynamique (ENS, Paris).
Titre : Dynamique locale de la croissance des perturbations dans les
écoulements quasigéostrophiques et prévisibilité.
Directeurs de thèse : Mme Bach Lien Hua et M. Patrice Klein.
Thèse récompensée par le Prix Prud’homme 2004 décernée par la
Société Météorologique de France.

1998 - 1999 Diplôme d’Etudes Approfondies d’océanologie, météorologie et


environnement de l’Université Paris 6.

1995 - 1998 Ingénieur diplômé de l’Ecole Polytechnique (promotion 95).


Majeures suivies : Mécanique des fluides et Planète Terre.

Parcours professionnel après le doctorat

janv. 2006 - Chargé de Recherche au CNRS (CNRM/GAME, URA1357). 2ème


classe de 2006 à 2009 et 1ère classe depuis 2010.

2004 - 2005 Postdoctorant à l’université de Princeton (GFDL, Etats-Unis).


Responsable : M. Isidoro Orlanski.

2002 - 2003 Postdoctorant au CNRM/GAME. Financement de l’Ecole Docto-


rale de l’Ecole Polytechnique. Responsable : M. Alain Joly.

Activités d’enseignement

2009 - 2011 Chargé du cours d’option de Météorologie Dynamique au


M2OASC de l’Université Paul Sabatier et de l’Ecole Nationale de la
Météorologie (14 h par an).

5
6

2010 Chargé du suivi de travaux bibliographiques effectués par des


élèves de 3ème année à l’Ecole Nationale de la Météorologique (thème :
l’Oscillation de Madden-Julian).

2000 - 2002 Vacataire responsable de travaux dirigés en Dynamique des


Fluides Géophysiques au DEA Océanologie, Météorologie et Envi-
ronnement de l’Université Paris 6 (6 h par an).

Activités de recherche

Nombre de publications

• 17 publications internationales parues dans des revues de rang A dont 13 en


tant que premier auteur.
• 1 publication nationale de vulgarisation.

Les cinq publications les plus significatives

• Michel, C. et Rivière, G. 2011 : The link between Rossby wave breakings and weather
regimes transitions. J. Atmos. Sci., 68, 1730-1748.
• Rivière, G. 2011 : A dynamical interpretation of the poleward shift of the jet streams
in global warming scenarios. J. Atmos. Sci., 68, 1253-1272.
• Gilet, J-B., Plu M. et Rivière, G., 2009 : Nonlinear baroclinic dynamics of surface
cyclones crossing a zonal jet. J. Atmos. Sci., 66, 3021-3041.
• Rivière, G. et I. Orlanski, 2007 : Characteristics of the Atlantic storm-track eddy
activity and its relation with the North Atlantic Oscillation. J. Atmos. Sci., 64, 241-
266.
• Rivière, G. et A. Joly, 2006 : Role of the low-frequency deformation field on the
explosive growth of extratropical cyclones at the jet exit. Part I : barotropic critical
region. J. Atmos. Sci., 63, 1965-1981.

Nombre de conférences, séminaires etc ...

• 30 exposés dans des conférences internationales dont un en tant qu’invité.


• 15 séminaires et 1 colloquium.

Activités d’encadrement

Alexandre Laîné Postdoctorant recruté dans le cadre d’une ANR-jeunes chercheurs pen-
(2008-2009) dant 18 mois et co-encadré avec G. Lapeyre (LMD). Rôle de l’humidité
sur les rails de dépressions.
7

Marie Drouard Doctorante au CNRM/GAME, université Paul Sabatier. Encadrement


(2011 - ...) à 50 %. Interaction entre les rails des dépressions Pacifique et Atlantique
Nord et ses implications pour l’Oscillation Nord Atlantique. Directeurs
de thèse : P. Arbogast et G. Rivière.
Clio Michel Doctorante au CNRM/GAME, université Paul Sabatier. Encadrement
(2009 - ...) à 80 %. Rôle du déferlement des ondes de Rossby dans la variabilité
climatique aux latitudes tempérées. Directeurs de thèse : G. Rivière et L.
Terray.
Ludivine Oruba Doctorante au LMD1 , université Paris 6. Co-encadrement à 30%. Effets
(2009 - ...) combinés de la déformation et des nonlinéarités sur les dépressions de
surface. Directeurs de thèse : G. Lapeyre et G. Rivière.
Jean-Baptiste Gilet Doctorant au CNRM/GAME, université Paul Sabatier. Co-
(2006 - 2009) encadrement à 30% sur la partie théorique de la thèse qui a abouti
à un article paru. Interactions non-linéaires de structures cohérentes
tourbillonnaires d’échelle synoptique. Directeurs de thèse : P. Arbogast,
A. Joly et V. Ducrocq.
Stéphane Beck Stagiaire master 2, université Paul Sabatier co-encadré avec P. Ar-
(2011, 5 mois) bogast. Encadrement à 70 %. Etude de transition rapide vers les deux
phases de l’oscillation Nord Atlantique.
Clio Michel Stagiaire master 2, université Paul Sabatier. Encadrement à 100 %.
(2009, 5 mois) Lien entre le déferlement des ondes synoptiques dans la haute troposphère
et les transitions entre régimes de temps.
Ludivine Oruba Stagiaire master 2, université Paul Sabatier. Encadrement à 100 %.
(2009, 5 mois) Rôle des effets combinés de la déformation et des nonlinéarités lors de la
traversée d’un courant-jet par une dépression de surface.
Maiwenn Perrin Stagiaire master 2, université Paul Sabatier co-encadré avec M. Plu.
(2008, 5 mois) Encadrement à 50 %. Elaboration d’un modèle semi-géostrophique à tour-
billon potentiel uniforme.
Lorraine Manlay Stagiaire master 2, université Paul Sabatier. Encadrement à 100 %.
(2007, 5 mois) Dynamique de formation des anomalies de grande échelle favorisant l’oc-
currence d’épisodes pluvieux intenses en France : la goutte froide.
Jean-Baptiste Gilet Stagiaire ENM / master 2, université Paul Sabatier co-encadré avec
(2006, 5 mois) M. Plu et A. Joly. Encadrement à 30 %. Structures cohérentes dans un
modèle atmosphérique simplifié.
Gaelle Ouzeau Stagiaire master 1, université Paul Sabatier. Encadrement à 100 %.
(2008, 8 semaines) Etude de la dynamique de traversée du courant-jet par les dépressions
atlantiques.
8

Katy Pol et Stagiaires master 1, université Paul Sabatier. Encadrement à


Lorraine Manlay 100 %. Sous-structures du régime de temps zonal et leur impact sur
(2006, 8 semaines) le développement des dépressions atmosphériques aux moyennes latitudes.

Projets de recherche

2010 - 2013 Responsable principal du projet LEFE/IDAO de l’INSU intitulé


EPIGONE “Excitation, Propagation et Impact au sein du Guide d’ONdes
de l’atlantiquE nord”.
2006 - 2008 Co-responsable d’un projet LEFE/IDAO de l’INSU avec G. La-
peyre du LMD sur les dépressions humides et leur prévisibilité.
2006 - 2009 Co-responsable d’un projet ANR jeunes chercheurs avec G. La-
peyre. Rôle de l’environnement (humidité, déformation) sur le cycle de
vie et la variabilité des tempêtes.

Autres activités

• Rapporteur pour Atmospheric Research, Climate Dynamics, Dynamics of Atmos-


pheres and Oceans, European Journal of Mechanics, Geophysical Research Letters,
International Journal of Climatology, Journal of Atmospheric Sciences, Nature Geos-
cience, Quarterly Journal of the Royal Meteorological Society, Tellus A.
• Chairman dans la session “Dynamical Meteorology” de l’assemblée générale de
l’EGU depuis 2008 et dans la session “Theoretical Advances in Dynamics” au congrès
MOCA-09 (Montréal, Canada).
• Co-organisateur de la session “Dynamical Meteorology” de l’assemblée générale
de l’EGU 2009.
• Responsable de la session “Dynamical Meteorology” de l’assemblée générale de
l’EGU depuis 2010.
• Membre suppléant du conseil de Laboratoire depuis 2010.
Production scientifique
Publications dans des revues de rang A

1. Michel, C. et G. Rivière, 2011 : The link between Rossby wave breakings and weather
regimes transitions. J. Atmos. Sci., 68, 1730-1748.
2. Laîné, A., G. Lapeyre et G. Rivière, 2011 : A quasi-geostrophic model for moist
storm-tracks.. J. Atmos. Sci., 68, 1306-1322.
3. Rivière, G., 2011 : A dynamical interpretation of the poleward shift of the jet
streams in global warming scenarios. J. Atmos. Sci., 68, 1253-1272.
4. Rivière, G., 2010 : The role of Rossby wave-breaking in the West Pacific telecon-
nection. Geo. Res. lett., 37, L11802.
5. Rivière, G., A. Laîné, G. Lapeyre, D. Salas-Mélia et M. Kageyama, 2010 : Rossby
wave breaking and the North Atlantic Oscillation in PMIP2 simulations of the Last
Glacial Maximum and pre-industrial climates and in ERA40 reanalysis. J. of Cli-
mate, 23, 2987-3008.
6. Rivière, G., P. Arbogast, K. Maynard et A. Joly, 2010 : The essential ingredients
leading to the explosive growth stage of the European wind storm “Lothar” of Christ-
mas 1999. Q. J. R. Meteorol. Soc., 136, 638-652.
7. Gilet, J-B., Plu M., Rivière, G., 2009 : Nonlinear baroclinic dynamics of surface
cyclones crossing a zonal jet. J. Atmos. Sci., 66, 3021-3041.
8. Rivière, G., 2009 : Effect of latitudinal variations in low-level baroclinicity on eddy
life cycles and upper-tropospheric wave-breaking processes. J. Atmos. Sci., 66, 1569-
1592.
9. Lainé, A., M. Kageyama, D. Salas-Mélia, A. Voldoire, G. Rivière, G. Ramstein, S.
Planton, S. Tyteca et J. Y. Peterschmitt, 2009 : Northern hemisphere storm-tracks
during the Last Glacial Maximum in the PMIP2 Ocean-Atmosphere coupled models :
energetic study, seasonal cycle, precipitation. Clim. Dyn., 32, 593-614.
10. Rivière, G., 2008 : Barotropic regeneration of upper-level synoptic disturbances in
different configurations of the zonal weather regime. J. Atmos. Sci., 65, 3159-3178.
11. Rivière, G. et I. Orlanski, 2007 : Characteristics of the Atlantic storm-track eddy
activity and its relation with the North Atlantic Oscillation. J. Atmos. Sci., 64, 241-
266.
12. Rivière, G. et A. Joly, 2006b : Role of the low-frequency deformation field on the
explosive growth of extratropical cyclones at the jet exit. Part II : baroclinic critical
region. J. Atmos. Sci., 63, 1982-1995.
13. Rivière, G. et A. Joly, 2006a : Role of the low-frequency deformation field on the
explosive growth of extratropical cyclones at the jet exit. Part I : barotropic critical
region. J. Atmos. Sci., 63, 1965-1981.
9
10

14. Rivière, G. et B. L. Hua, 2004 : Predicting areas of sustainable error growth in


quasigeostrophic flows using perturbation alignment properties. Tellus, 56A, 441-455.
15. Rivière, G., B. L. Hua, et P. Klein, 2004 : Perturbation growth in terms of baroclinic
alignment properties. Q. J. R. Meteorol. Soc., 130, 1655-1673.
16. Rivière, G., B. L. Hua, et P. Klein, 2003 : Perturbation growth in terms of barotropic
alignment properties. Q. J. R. Meteorol. Soc., 129, 2613-2635.
17. Rivière, G., B. L. Hua, et P. Klein, 2001 : Influence of the β-effect on nonmodal
baroclinic instability. Q. J. R. Meteorol. Soc., 127, 1375-1388.

Autres publications

1. Rivière, G., 2002. Dynamique locale de la croissance des perturbations dans les
écoulements quasigéostrophiques et prévisibilité. Thèse de doctorat. Laboratoire de
Météorologie Dynamique, Ecole Normale Supérieure, Paris (201 pages).
2. Rivière, G., 2005 : Prévisibilité des écoulements atmosphériques et océaniques aux
latitudes tempérées. La Météorologie, 8ème série, 51, 23-36.
Introduction
Mon activité de recherche porte sur la dynamique des perturbations atmosphériques à
l’échelle synoptique (périodes de 1 à 8 jours et échelles spatiales de 1000 à 4000 kms) aux
latitudes tempérées. Ces perturbations sont non seulement responsables de la formation
de phénomènes météorologiques extrêmes, comme les tempêtes de vent ou les événements
fortement précipitants qui peuvent être dévastateurs à nos latitudes, mais jouent égale-
ment un rôle déterminant dans la circulation générale de l’atmosphère et la dynamique du
climat. Les perturbations atmosphériques synoptiques ont été étudiées de manière inten-
sive depuis des décennies, surtout après la seconde guerre mondiale, mais leur dynamique
fait encore l’objet d’un débat intense, notamment dans le cadre du changement clima-
tique. Dans ce contexte, j’ai suivi deux axes majeurs de recherche ces dernières années.
Le premier consiste à identifier les ingrédients clés amenant à la formation et à l’intensifi-
cation des tempêtes hivernales. Quant au second, il s’agit de mieux cerner le rôle joué par
le passage des transitoires synoptiques (dit rail des dépressions ou encore guide d’ondes
baroclines) dans la circulation générale de l’atmosphère et donc dans l’évolution du climat.
L’objectif de ma recherche est plus précisément de concevoir de nouveaux mécanismes
destinés à éclairer des aspects restés obscurs de la dynamique d’interaction entre les ondes
baroclines d’altitude, les dépressions de surface et la circulation atmosphérique de grande
échelle en développant éventuellement de nouveaux outils numérico-théoriques. Afin de
valider ces nouveaux mécanismes, différents modèles numériques ont été utilisés allant du
plus simple (modèle quasi-géostrophique barotrope) au plus élaboré (modèle opérationnel
de Météo-France ARPEGE), diverses données de champs météorologiques réanalysés ont
été exploitées notamment celles développées par le Centre Européen de Prévision Météo-
rologique à Moyens Termes (CEPMMT) mais également des sorties de modèles couplées
de climat. Pour résumer, il semble nécessaire de mener en parallèle ces différentes ap-
proches complémentaires et de confronter les résultats numérico-théoriques obtenus dans
un contexte fortement idéalisé aux observations ainsi qu’aux simulations de modèles so-
phistiqués. Par le passé, ces diverses approches ont été trop souvent abordées séparément
ce qui a abouti dans certains cas à un manque de réalisme et dans d’autres à une difficulté
d’interprétation.
Les deux premiers chapitres sont dédiés à la compréhension du cycle de vie des dé-
pressions atmosphériques des latitudes tempérées. Le premier chapitre est une revue de la
littérature sur nos connaissances actuelles de ce cycle de vie, allant de la phase de cyclo-
genèse proprement dite jusqu’à la phase de déclin, la cyclolyse. Après un bref historique
de l’évolution des idées du début du 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui, le chapitre décrit
les modèles conceptuels de cyclogenèses et les différentes classifications de dépressions
obtenues à partir des différentes campagnes de mesure et des réanalyses. Ce chapitre pré-
sente succinctement les diverses théories existantes sur la cyclogenèse atmosphérique des
moyennes latitudes et montre en quoi elles sont capables ou non d’expliquer le comporte-
ment réel des dépressions. Le deuxième chapitre se consacre aux résultats que j’ai obtenus
11
12 Introduction

depuis mon premier postdoc au GAME en 2003 jusqu’à maintenant sur les phases matures
des dépressions en collaborant avec l’équipe RECYF du GAME et plusieurs doctorants.
On montre comment la localisation des phases de croissance explosive des dépressions dé-
pend de manière cruciale des inhomogénéités spatiales de l’écoulement de grande échelle
basse fréquence. Le chapitre 2 explore en particulier la phase de traversée du courant-jet
par une dépression qui aboutit quasi-systématiquement à un creusement rapide.
Quant aux chapitres 3 et 4, ils se consacrent à la rétroaction des perturbations synop-
tiques sur l’écoulement atmosphérique de grande échelle et sa variabilité basse fréquence.
Après une introduction des concepts classiques associés à cette rétroaction comme les flux
d’Eliassen-Palm, le chapitre 3 montre comment la notion de déferlement d’onde a permis
récemment de mieux comprendre la variabilité basse fréquence de l’atmosphère caractéri-
sée par les téléconnexions et les régimes de temps. Le chapitre 3 détaille également tous
les facteurs connus dans la littérature qui influencent la nature du déferlement des ondes
tout en mettant l’accent sur ceux que j’ai mis en évidence dans plusieurs articles. Enfin,
le chapitre 4 décrit les positions et fluctuations des courants-jets dans les simulations de
différents climats (climat actuel, climat passé du dernier maximum glaciaire et enfin cli-
mat futur avec ses scénarios de la fin du 21ème siècle) tout en proposant des mécanismes
pour expliquer leur comportement à partir des études théoriques du troisième chapitre.
Chapitre 1

Dépressions des latitudes tempérées : des-


cription, modèles et théories
After a brief historical review, the present chapter presents the classical conceptual
models, schematics and classifications of midlatitude cyclogenesis and describes their use-
fulness and limitations. The rest of the chapter is dedicated to cyclogenesis theories and
their relevance to explain real events. The different views on baroclinic instability or ba-
roclinic interaction in terms of vertical velocity, potential vorticity and energy budget are
described as well as the different effects that can modulate it such as diabatic processes,
downstream development and barotropic processes. An original insight on the role played
by the large-scale horizontal deformation tensor on synoptic eddies is brought out by in-
troducing a new quantity called effective deformation (Rivière et al. 2003, Rivière et Joly
2006a).

1.1 Introduction
1.1.1 Description phénoménologique
Le cycle de vie des dépressions des latitudes tempérées est généralement décomposée
en plusieurs étapes qui sont illustrées sur la figure 1.1. Celle-ci présente le cas de la
tempête Klaus qui a frappé le sud-ouest de la France et le nord de l’Espagne le 24 janvier
2009 en créant des rafales de vent dépassant les 200 km/h. La phase d’initiation qui est
celle qui aboutit à l’apparition d’un nouveau noyau de tourbillon dans les basses couches
de la troposphère (figure 1.1a) s’opère généralement dans une zone de forts contrastes
thermiques (plages colorées) dite zone de forte baroclinie. Au dessus de l’océan Atlantique,
ces contrastes thermiques sont étroitement liés à la position du Gulf Stream. Ensuite, vient
la phase dite de maturation durant laquelle il y a intensification du tourbillon des basses
couches qui s’opère en même temps qu’un abaissement de la tropopause (nappe mauve) en
amont de l’anomalie de surface (figure 1.1b) qui correspond également à une intensification
d’une anomalie tourbillonnaire d’altitude. Cette phase se termine lorsque l’anomalie de
surface atteint son maximum de tourbillon (figure 1.1c) et se caractérise généralement par
une structure barotrope, c’est-à-dire lorsque l’anomalie d’altitude se trouve en aplomb de
celle des basses couches. Enfin, la phase de décroissance s’ensuit, la plupart du temps par
effets dissipatifs lorsque le système dépressionnaire atteint les terres.
13
14 Chapitre 1

Fig. 1.1 – Evolution temporelle de la tempête Klaus (22-24 janvier 2009) caractérisée
par l’interaction entre une anomalie d’altitude (région de basse tropopause repérée par
l’isosurface 2PVU en mauve) et une anomalie de basses couches (repérée par l’isosurface
de tourbillon relatif 1.5 × 10−4 s−1 en rouge) dans un environnement barocline représenté
par les gradients de la température à 1000 hPa (plages colorées, intervalle : 5◦ C). Les
vignettes (a),(b),(c) représentent des instants séparés de 12h. Données ERAinterim.

Les trajectoires des dépressions des moyennes latitudes commencent à être bien docu-
mentées vers le milieu du 19ème siècle comme le montre la première figure de la revue de
Chang et al. (2002a) sur les rails des dépressions. En revanche, à cette époque, on est loin
de faire la distinction entre la dynamique des cyclones tropicaux et celle des dépressions
extratropicales et on est loin de se douter du rôle important joué par l’altitude dans le
creusement de ces dernières. La section suivante a pour but de résumer l’avancement des
idées du milieu du 19ème siècle jusqu’à aujourd’hui.

1.1.2 Bref historique


A partir du 19ème siècle, les scientifiques sont de plus en plus nombreux à s’intéres-
ser aux systèmes dépressionnaires des latitudes tempérées et quelques théories essayant
d’expliquer leur formation émergent petit à petit comme le résument Palmén et Newton
(1969). Citons par exemple Espy (1841) qui interprète les dépressions comme des machines
thermiques dont l’air ascendant se réchauffe par libération de chaleur latente, s’évacue en
altitude et s’accompagne d’une baisse de la pression en surface. D’autres comme Helmholtz
(1888), élaborent des théories mettant en avant le rôle joué par les contrastes thermiques
en lien avec les courants cisaillés dans la formation des systèmes dépresssionnaires qui
préfigurent ainsi la théorie du front polaire. Notons enfin l’apport des travaux théoriques
de Margules (1903) sur les transferts énergétiques.
Les travaux théoriques de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, mais aussi
et surtout le développement des observations et la multiplication des cartes synoptiques
journalières, permettent l’apparition du modèle du front polaire après la première guerre
mondiale par l’Ecole de Bergen (Bjerknes et Solberg 1922). Ce schéma conceptuel de
la formation d’une dépression le long d’une zone frontale (figure 1.2a) a eu un fort im-
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 15

pact. Elle a non seulement su synthétiser un certain nombre d’observations météorolo-


giques sur le moment mais elle a eu également un poids important bien plus tard dans
l’émergence des théories de l’instabilité des ondes frontales (Orlanski 1968). Cependant,
ce schéma conceptuel ne prend pas en compte l’effet de la haute troposphère et il faudra
attendre une meilleure observation de celle-ci, notamment par le développement des ra-
diosondages, pour que les scientifiques ajustent leurs modèles. Ainsi Bjerknes et Palmén
(1937) observent-t-ils l’existence d’un tourbillon d’altitude en amont de celui de surface,
c’est-à-dire d’une pente verticale orientée vers l’ouest des structures cycloniques, ce que
Bjerknes (1937) tente d’expliquer à partir de l’équation de tendance de la pression. Ce sont
en particulier les travaux de Sutcliffe (1939) et Sutcliffe (1947) qui permettent de manière
plus adéquate de raccorder la dynamique d’altitude à celle de surface. Sutcliffe montre
en effet pour la première fois le lien entre les ascendances et le cisaillement vertical de
vent dans le développement des dépressions de surface tout en mettant en avant l’intérêt
de l’approximation géostrophique. Notons enfin à la même époque les travaux de Rossby
(1939) sur les ondes d’altitude qui participent à étendre les idées sur le rôle important que
joue l’altitude.

Fig. 1.2 – Deux schémas conceptuels classiques de l’évolution d’une dépression extra-
tropicale représentant sur les vignettes du haut le géopotentiel de la basse troposphère
(typiquement 850 hPa) ainsi que les fronts et sur les vignettes du bas la température
potentielle de la basse troposphère. (a) le modèle norvégien de dépression : (I) dépres-
sion naissante, (II) et (III) rétrécissement du secteur chaud, (IV) occlusion ; (b) le modèle
de dépression de Shapiro-Keyser : (I) dépression naissante, (II) cassure du front, (III)
structure frontal en forme de T dit “T-bone” et front courbé en arrière “bent-back front”,
(IV) structure frontale en forme de T et séclusion de la partie chaude. Les étapes sont
séparées par un délai approximatif entre 6h et 24h. Au stade (IV), la distance séparant
le minimum de géopotentiel au dernier contour de géopotentiel est environ de 1000 kms.
Tiré de Schultz et al. (1998).
16 Chapitre 1

Quelques années plus tard, Petterssen (1956) montre comment une anomalie d’altitude
passant au dessus d’un front de surface peut être à l’origine même du noyau de tourbillon
de surface. Ainsi, l’altitude peut être un précurseur de la cyclogenèse et ne joue pas seule-
ment un effet d’intensification. La diversité des interprétations ou cas de cyclogenèses
amène Petterssen à classer les cyclogenèses en deux grandes classes ou types (Petters-
sen et Smebye 1971), le type A et le type B. L’intérêt de cette classification a perduré
jusqu’à aujourd’hui et on en verra dans la suite du chapitre quelques ramifications. L’in-
terprétation de la cyclogenèse comme résultant d’interactions entre anomalies d’amplitude
finie préexistantes est également développée par l’allemand Kleinschmidt dans les années
50 (Eliassen et Kleinschmidt 1957). En s’appuyant sur les idées de vorticité potentielle
développées par Rossby (1939) et Ertel (1942), celui-ci se rend compte de l’importance
de ce champ dans la détermination des autres variables de l’écoulement qui sera appelé
plus tard principe d’inversibilité (Hoskins et al. 1985). En associant les systèmes perturbés
d’altitude à des anomalies de PV, Kleinschmidt montre le rôle déterminant qu’elles jouent
dans la cyclogenèse.

Comme le souligne Joly et al. (2002), les travaux de Sutcliffe, Petterssen, Kleinsch-
midt ont été fortement occultés en raison de l’émergence de l’instabilité barocline (Charney
1947, Eady 1949). Dans cette théorie, la cyclogenèse n’est plus vue comme l’interaction
entre des anomalies d’amplitude finie préexistantes mais comme le résultat de la crois-
sance exponentielle de perturbations initialement infinitésimales et ne changeant pas de
structures spatiales (modes dits normaux). L’élégance mathématique de ces modèles dé-
veloppés dans le cadre de l’approximation quasi-géostrophique a fasciné nombre de scien-
tifiques dans la seconde moitié du 20ème siècle en dépit d’une faible similarité avec le
comportement des cyclogenèses réelles. Même si les échelles typiques de la cyclogenèse
(environ 2000-4000 kms) sont proches de celles des modes normaux les plus instables,
des taux de croissance supérieurs à ces modes normaux sont observés dans des cas réels
ainsi que la non-stationarité de la pente verticale vers l’ouest des structures cycloniques
(comme on peut le voir sur les figures 1.1b-c). Ainsi, tout en gardant le contexte linéaire,
quasi-géostrophique et des écoulements de base très simples, Farrell (1982) et Farrell
(1984) montrent qu’on peut obtenir des taux de croissance bien plus élevés avec des
perturbations initiales suffisamment bien choisies dites non modales. D’autres améliora-
tions tangibles vers plus de réalisme ont été obtenues en introduisant des approximations
moins exigeantes que l’approximation quasi-géostrophique comme l’approximation semi-
géostrophique (Hoskins 1976), en étudiant l’évolution non-linéaire des modes normaux
(Simmons et Hoskins 1978), ou encore en considérant des modes normaux évoluant dans
des jets localisés latitudinalement (Hoskins et West 1979). Toujours dans un souci de se
rapprocher du monde réel tout en gardant une modélisation relativement simple, certains
auteurs ont étudié l’évolution linéaire de perturbations évoluant dans des courants-jets
zonalement inhomogènes dans des modèles QG (Whitaker et Barcilon 1992, Cai et Mak
1990) ; d’autres encore se sont plus concentrés sur les effets diabatiques dans des modèles
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 17

semi-géostrophiques (Emanuel et al. 1987). On s’aperçoit ainsi que les études de stabilité
linéaire ont la vie dure car elles permettent de trouver des solutions facilement interpré-
tables. Il semble à l’heure actuelle encore utile d’aborder certains nouveaux problèmes
sous cet angle comme vont le montrer les chapitres 3 et 4, même si cette approche doit
souvent être complétée par d’autres qui incorporent toutes les nonlinéarités.
Loin d’être exhaustif, ce petit rappel historique a pour objectif de mettre en pers-
pective l’état actuel de nos connaissances sur la cyclogenèse tel qu’il est décrit dans la
suite du présent chapitre. La section 1.2 présente les différents schémas conceptuels de
la cyclogenèse, celui de l’Ecole de Bergen et d’autres qui ont suivi portant sur le cycle
de vie des dépressions ainsi que sur la formation de certaines structures sous-synoptiques
comme les bandes transporteuses. Ces schémas conceptuels, bien que restant descriptifs,
ont l’avantage de synthétiser un certain nombre d’études de cas. On s’intéressera ensuite
dans la section 1.3 aux différentes classifications de cyclogenèses en partant de celle issue
des études de Petterssen jusqu’aux plus nouvelles issues des campagnes de mesure comme
Fastex (Joly et al. 1999) ou encore des réanalyses de la seconde moitié du 20ème siècle. La
section 1.4 est dédiée aux théories de la cyclogenèse en faisant la part belle aux instabilités
linéaires qui, comme nous l’avons dit précédemment, ont continué jusqu’à aujourd’hui à se
développer en incorporant des éléments de plus en plus complexes dans l’environnement
de grande échelle, ou encore, en prenant en compte les effets de l’humidité.

1.2 Les schémas conceptuels


1.2.1 Les cycles de vie
Dans le schéma norvégien (figure 1.2a), la phase d’initiation du tourbillon se produit
le long du front (I), le front froid s’allonge tandis que le front chaud reste plus court (II),
les deux fronts se rapprochent ensuite rétrécissant ainsi le secteur chaud (III) puis au
moment de l’occlusion (IV), les deux fronts fusionnent avec un front froid qui s’intensifie
tandis que le front chaud diminue. Comme rappelé précédemment, la plus grande limite
de ce modèle est de ne pas prendre en compte l’effet de l’altitude dans le schéma mais
il s’avère également qu’il est loin de représenter certaines caractéristiques observées sur
d’autres dépressions et notamment la fracture frontale qui se produit pour certaines dé-
pressions. C’est pour cette raison que Shapiro et Keyser (1990) ont présenté un nouveau
schéma conceptuel de cycle de vie en s’appuyant sur des observations et des simulations
(figure 1.2b). Celui-ci considère également quatre étapes ; la phase d’initiation décrit une
cyclogenèse apparaissant le long d’un front (I) et ne se distingue donc pas du schéma nor-
végien, mais une fracture frontale se produit ensuite au niveau du minimum de pression
avec un front chaud qui s’étend et un front froid qui se déplace perpendiculairement à
l’orientation du front chaud (II) ; Cela aboutit à une structure frontale en forme de T et
un front chaud qui commence à s’enrouler à l’arrière du front froid (III), aboutissant ainsi
18 Chapitre 1

à l’isolement de la masse d’air chaud appelé séclusion (IV).


En s’appuyant sur des simulations de perturbations cycloniques dans différents envi-
ronnements de grande échelle, Schultz et al. (1998) ont montré que le modèle norvégien et
le modèle de Shapiro-Keyser correspondaient respectivement plus à des cas de dépressions
évoluant dans un écoulement diffluent et confluent. Suivant une approche similaire, Wernli
et al. (1998) ont mis en évidence la formation d’une région frontale en forme de T comme
dans le modèle de Shapiro-Keyser dans le cas d’un environnemment faiblement cisaillé
horizontalement tandis que le modèle norvégien correspond plus au cas d’une dépression
évoluant dans un cisaillement horizontal à dominante cyclonique. Notons enfin qu’il n’est
pas étonnant de voir le modèle norvégien mieux correspondre aux cas de dépressions évo-
luant dans un écoulement diffluent et plutôt cyclonique puisque la Norvège se trouve au
nord du jet climatologique et dans sa zone de diffluence.

1.2.2 Effets internes à la dépression et structures à méso-échelle


Les bandes transporteuses

Fig. 1.3 – Schéma des différentes masses d’air observées à l’intérieur d’une onde barocline.
Les flèches représentent l’écoulement sur des surface isentropes ou iso-θw0 . Tiré de Thorn-
croft et al. (1993) mais s’inspirant de travaux antérieurs des années 1960 sur l’analyse de
cartes météorologiques sur des isentropes.

Le vocabulaire de ”bandes transporteuses” ou ”conveyor-belts” a été introduit par Har-


rold (1973). Ces bandes représentent l’évolution quasi-Lagrangienne de masses d’air ayant
différentes provenances et dont l’épaisseur est d’environ 1 km et la largeur d’une centaine
de kilomètres. Il en existe essentiellement trois types au sein des dépressions ; l’intrusion
sèche qui est une masse d’air provenant de la haute troposphère ou de la basse stratosphère
descendant vers la basse troposphère derrière le front froid (cf. la flèche descendante sur
la figure 1.3) ; la bande transporteuse d’air froid ou “cold conveyor belt“ dont une partie
peut monter de manière anticyclonique vers l’altitude et une autre reste dans la basse tro-
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 19

posphère (cf. le sigle CJ sur la figure 1.4a) (Schultz 2001) ; et enfin, la bande transporteuse
d’air chaud ou “warm conveyor belt“ qui est la plus étudiée des trois pour l’importance
de ses propriétés dynamique dans l’évolution de la dépression, elle correspond aux masses
d’air chaudes, humides et ascendantes qui prennent leur origine dans le secteur chaud
de la dépression et atteignent la haute troposphère (cf. la flèche ascendante sur la figure
1.3 ou le sigle WJ sur la figure 1.4a) et ce sont les masses d’air présentant les plus forts
déplacements verticaux.
Même si le concept de bandes transporteuses est loin d’être nouveau, il a commencé
à être étudié de manière conséquente à partir des années 1990 (Browning 1990, Wernli
1997) et on ne commence que depuis peu à obtenir des caractéristiques climatologiques
(Eckhardt et al. 2004). La bande d’air chaud est particulièrement importante pour deux
raisons principales. C’est au niveau de cette bande que se produit le principal dégagement
de chaleur latente par condensation de la dépression qui amène à la production d’anomalies
positive de PV en basses couches qui tendent à renforcer la vorticité de la dépression. Mais
ce même dégagement de chaleur latente en moyenne troposphère peut avoir des effets non
locaux. Il a tendance à créer des anomalies négatives de PV en haute troposphère au
dessus de la dépression de surface qui peut amener à une modification de l’onde d’altitude
plus en aval de l’écoulement. Ainsi une mauvaise représentation des processus au sein
d’une bande transporteuse dans une cyclogenèse peut induire des erreurs de prévisions
au niveau de la propagation de l’onde de Rossby en aval. Ceci entraîne une détérioration
de la prévision de cyclogénèses se formant plus en aval (Massacand et al. 2001). Notons
qu’un effort important de la communauté internationale regroupée autour du programme
THORPEX consiste à mieux documenter ces masses d’air qui sont relativement étroites
et donc difficiles à observer et qui pourtant semblent être cruciales pour la prévision de
la cyclogenèse et même au-delà. C’est dans cet esprit que la communauté européenne
tente d’organiser dans les années à venir une future campagne de mesure sur l’Atlantique
intitulée T-NAWDEX.

Les “sting jets”

D’autres phénomènes de plus petite échelle et encore plus difficiles à observer appelés
”sting-jets“ peuvent se produire aboutissant à des vents destructeurs, comme cela a été le
cas par exemple lors de la tempête d’Octobre 1987 qui a touché le nord-ouest de la France
et la Grande Bretagne (Browning 2004). Ce concept de sting-jets est relativement récent
et ce phénomène tend à se produire au moment du retour en arrière du front chaud lors de
la phase III du modèle de Shapiro-Keyser (Clark et al. 2005), c’est-à-dire au niveau de la
tête nuageuse lorsqu’elle a fait à peu près le tour de la zone dépressionnaire (figure 1.4a).
Il correspond à de l’air sec descendant sous les bandes nuageuses (figure 1.4b), s’alourdis-
sant par effet d’évaporation et accélérant ainsi sa descente. Ce type de phénomène peut
être reproduit par les modèles non-hydrostatiques à méso-échelle (Martinez-Alvarado et
al. 2010). Cependant, les mécanismes associés commencent juste à être documentés ; ils
20 Chapitre 1

Fig. 1.4 – Modèle conceptuel du sting jet lors de la phase (III) du modèle de Shapiro-
Keyser. (a) WJ et CJ correspondent respectivement aux bandes transporteuses chaude et
froide, SJ au “sting jet“ et L au minimum de pression, (b) coupe verticale d’ouest en est
dans la région de la fracture frontale. Tiré de Clark et al. (2005).

pourraient être associés non seulement au phénomène de refroidissement par évaporation


mais également à la présence de conditions favorables à l’instabilité symétrique. Notons
enfin que ces vents forts ne sont pas forcément localisés dans une même zone pour une
dépression donnée. Ils prennent généralement la forme de plusieurs zones alternées d’air
sec descendant et d’air humide ascendant. Ainsi, les images satellite de la tempête Klaus
ont révélé l’existence de multiples zones sèches très étroites à l’intérieur de la tête nua-
geuse au sud du minimum de pression qui ne sont pas sans rappeler la structure du
modèle conceptuel de sting-jets proposé par Browning (2004) (A. Joly, communication
personnelle).
On peut se rendre compte que les schémas conceptuels reposant sur l’observation
intensive des dépressions ne cessent d’augmenter depuis l’apparition du modèle norvégien.
Non seulement un autre cycle de vie de dépressions a pu être mis en évidence, celui de
Shapiro-Keyser (il est d’ailleurs étonnant de ne disposer que de deux modèles conceptuels
à l’heure actuelle), mais également des schémas plus subtils de phénomènes internes à la
dépression et de méso-échelle se sont développées avec l’intensification et l’amélioration des
observations. Bien qu’étant descriptifs et ne proposant pas véritablement de mécanismes,
ces schémas sont utiles notamment lorsqu’ils sont confrontés aux théories de la cyclogenèse.

1.3 Les classifications


1.3.1 Les types A, B et C
Se rendant petit à petit compte de la diversité des dépressions rencontrées ainsi que de
celle des mécanismes possibles de cyclogenèse, Petterssen et Smebye (1971) ont proposé
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 21

une première classification décomposée en deux types A et B. Le type A correspond plutôt


à un mélange des idées d’onde frontale de l’Ecole norvégienne et de l’instabilité barocline
développée par Charney et Eady ; le développement initial du tourbillon de surface se
produit au niveau de la zone frontale de surface sans ondulation initiale du courant-jet
en altitude et ce n’est qu’au cours de la phase de maturation que le thalweg d’altitude en
amont se forme. Dans ce cas, la distance entre le thalweg d’altitude et celui des basses
couches restent plus ou moins constants au cours du creusement. A l’inverse, la dépression
de type B naît de la préexistence d’une anomalie d’altitude sans qu’il y ait nécessairement
un front en surface. Pour le type B, la distance de séparation entre les anomalies positives
de tourbillon d’altitude et de basses couches diminue au cours du temps jusqu’à devenir
très faible au moment du maximum d’intensité. Le type B n’est pas sans rappeler les
caractéristiques de la tempête Klaus (figure 1.1).

La classification de Petterssen et Smebye reste encore d’actualité même si le type A


au sens strict a été très rarement observé depuis leur article de 1971 (Deveson et al.
2002). On parle désormais de type A lorsque les ascendances sont principalement dues
aux structures de basses couches et de type B lorsqu’elles sont forcées par l’altitude.
Cependant, un nouveau type, dit type C, a été introduit par Deveson et al. (2002) dans
leur classification des dépressions issues de la campagne de mesure FASTEX (Joly et al.
1999). Le type C est dominé par l’altitude similairement au type B mais à l’inverse de ce
dernier, l’anomalie d’altitude ne se place pas petit à petit à l’aplomb de l’anomalie des
basses couches. La pente verticale vers l’ouest reste donc relativement constante au cours
du temps. Pour le type C, le dégagement de chaleur latente est un élément essentiel du
creusement de la dépression (Deveson et al. 2002, Gray et Dacre 2006). Une climatologie
plus extensive des dépressions a été développée par Gray et Dacre (2006) à partir de 700
dépressions. Cette climatologie montre que le type A domine au dessus des Rocheuses et
du Gulf Stream tandis que le type B au-delà de la côte est des USA et le type C au dessus
des océans dans des régions de faible baroclinie.

Bien qu’utile dans un premier temps pour séparer les mécanismes de base au sein des
dépressions, cette classification a le défaut de déterminer à l’avance les différentes classes
suivant deux paramètres donnés (le ratio entre l’altitude et les basses couches et la pente
verticale) qui ne sont pas forcément les deux seuls pertinents. D’autre part, certaines
dépressions connaissent plusieurs phases distinctes de croissance comme l’a montré la
campagne FASTEX (Baehr et al. 1999) et il est donc difficile de classer chaque dépression
dans une ou l’autre des catégories. Par exemple, Deveson et al. (2002) considèrent la
première phase de croissance de la POI17 de FASTEX comme étant de type A puis la
seconde phase de type B. Et l’inverse a été trouvé pour la POI11. On verra dans le chapitre
suivant les raisons pour lesquelles deux phases de croissance ont été détectées en lien avec
la position relative de la dépression par rapport au courant-jet de grande échelle.
22 Chapitre 1

1.3.2 Autres classifications


Afin d’obtenir une classification des différents types de dépressions, il est nécessaire
d’obtenir un suivi temporel de celles-ci. Un certain nombre de suivis automatiques de
trajectoires de dépressions ont été développés depuis la moitié des années 1990 (Sinclair
1994, Hodges 1994, Ayrault 1998, Wernli et Schwierz 2006). Ces suivis de trajectoires qui
reposent sur la détection automatique du maximum de tourbillon relatif ou le minimum
de pression à la surface de la mer sont devenus l’une des méthodes privilégiées d’étude des
dépressions extratropicales, qu’ils soient appliqués à des réanalyses ou à des simulations
climatiques.
Une nouvelle classification des dépressions a émergé du suivi automatique de Ayrault
(1998). Des composites de dépressions ont été obtenus à partir d’une classification hié-
rarchique ascendante sans connaissance apriori des différentes classes ou sans définition
apriori des ingrédients qui discrimineront les différentes classes. Seuls quelques champs
pertinents autour du système dépressionnaire sont gardés pour la classification comme les
champs de température ou de vorticité relative à différents niveaux. La phase d’initia-
tion de plusieurs milliers de cas comprend 12 classes (Ayrault et Joly 2000a) ; certaines
sont similaires au type B de Petterssen et Smebye (1971), d’autres resssemblent plus aux
cas des ondes frontales et d’autres encore, tout aussi nombreuses, n’ont pas d’équivalent
conceptuel. La phase de maturation reposant sur 1648 cas comprend 7 classes (Ayrault et
Joly 2000b) dont les cas de forte amplification s’expliquent uniquement par l’interaction
barocline. L’interaction barocline domine lors de la phase de maturation tandis qu’elle ne
représente que 20% des cas lors de la phase d’initiation.
La section suivante est dédiée aux théories de la cyclogenèse avec un développement
plus prononcée sur la phase de maturation car correspond plus au cadre de mon activité de
recherche que j’ai menée ces dernières années. Bien que cette phase soit dominée par l’in-
teraction barocline, celle-ci peut être modulée par différents effets, notamment diabatiques
et barotropes.

1.4 Théories et concepts de la cyclogenèse


1.4.1 Théories de la phase d’initiation
Les théories se concentrant sur la phase d’initiation ont été en grande partie dominées
par celles de l’instabilité frontale. S’inspirant du schéma norvégien, ces théories ont été
remises au goût du jour par Orlanski (1968) puis au début des années 1990 par l’Ecole de
Reading (Joly et Thorpe 1990, Bishop et Thorpe 1994b) et l’Ecole Suisse (Schär et Davies
1990) entre autres. La situation invoquée dans ces précédents articles est la suivante qui
se produit essentiellement en deux étapes ; (i) la frontogénèse qui tend à renforcer le front
permet de créer des ascendances du côté chaud du front ; ces masses d’air ascendantes vont
se refroidir induisant ainsi du dégagement de chaleur latente par condensation ce qui va
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 23

créer des anomalies positives de PV dans les basses couches juste au-dessus du front. (ii)
La bande de maximum PV peut se déstabiliser suivant le critère d’instabilité de Charney-
Stern (cf. sa description dans la section suivante) puisque le gradient de PV s’annule
dans le domaine pour créer une onde qui va décomposer la bande de PV en plusieurs
anomalies positives localisées qui correspondent à la naissance de futures dépressions.
Cette deuxième étape est favorisée lorsque l’étirement dû à la frontogenèse s’amenuise
comme l’ont montré les études théoriques de Bishop et Thorpe (1994a) et Bishop et
Thorpe (1994b). Les auteurs ont trouvé un seuil pour le taux de déformation au-delà
duquel le développement de l’onde frontale est supprimé qui est assez bien confirmé par
les observations (Renfrew et al. 1997, Chaboureau et Thorpe 1999) et des simulations
idéalisées d’un modèle non-hydrostatique (Dacre et Gray 2006).
Cependant, quand on compare à toutes les phases d’initiation, celles proches de la
configuration de l’instabilité frontale ne représentent que 25% des cas (Ayrault et Joly
2000a). D’autres mécanismes de la phase d’initiation restent en grande partie à explorer.
Arbogast (2004) a récemment montré sur une étude de cas que l’interaction barotrope
dans la basse troposphère entre une dépression et un front, c’est-à-dire entre structures
d’amplitude finie, pouvait donner naissance à un nouvelle dépression au sein du front.
Cependant, nous ne connaissons par encore à l’heure actuelle la représentativité d’un tel
mécanisme.

1.4.2 Instabilité barocline


Deux modèles simples d’instabilité barocline ont été developpés juste après la seconde
guerre mondiale (Charney 1947, Eady 1949) en se reposant sur l’approximation QG. Dans
le modèle de Eady (1949), le PV est uniforme et il y a deux équations de conservation de la
température potentielle sur deux surfaces horizontales rigides correspondant au haut et au
bas de la troposphère. Après linéarisation des deux équations autour d’un environnement
défini par un profil vertical linéaire du vent zonal et la recherche de solutions sous forme
exponentielle (les modes normaux), on trouve les solutions les plus instables pour les
longueurs d’onde 3 à 4 fois supérieures au rayon de déformation Rd = N H/f . N , H et
f sont respectivement la fréquence de Brunt-Vaisala, la hauteur de la tropopause et le
paramètre de Coriolis. Les longueurs d’onde les plus instables sont donc assez proches
de la taille typique des ondes baroclines observées dans l’atmosphère. Dans le modèle
de Charney (1947), il n’y a pas de limite au toit rigide au niveau de la tropopause et
l’instabilité provient d’un gradient positif de PV au milieu de la troposphère accompagné
d’un cisaillement vertical linéaire du vent au niveau de la surface. L’avantage du modèle de
Charney est qu’il peut prendre en compte l’effet des variations du paramètre de Coriolis,
l’effet beta (β = ∂y f ), tandis que le modèle d’Eady aboutit à des solutions facilement
abordables analytiquement.
Un autre modèle QG similaire aux deux autres est apparu ensuite, c’est le modèle à
deux couches de Phillips (1951). Il est régi par deux équations de conservation du PV
24 Chapitre 1

(une dans chaque couche) et l’instabilité provient de gradients de PV de l’environnement


de signes opposés dans les deux couches. Il est très similaire au modèle d’Eady car comme
l’a montré Bretherton (1966b), la température potentielle sur une surface au toit rigide
en haut de la troposphère est proportionnelle au PV mais avec le signe opposé tandis que
celle du bas de la troposphère est proportionnelle au PV avec le même signe. Toujours
est-il que les instabilités des trois modèles peuvent être vues comme des cas particuliers
du critère d’instabilité de Charney et Stern (1962) qui est une généralisation de celui de
Rayleigh (1880) dans le cadre mixte barotrope-barocline.
Dans le chapitre 2, un ensemble de résultats nouveaux sont obtenus dans le cadre du
modèle à deux couches dont les équations de conservation du PV dans les couches du haut
(dénotée 1) et du bas (dénotée 2) sont les suivantes :

∂qk
+ uk .∇qk = 0, k ∈ [1, 2] , (1.1)
∂t
avec
qk = f + ∆ψk + Rd−2 (−1)k (ψ1 − ψ2 ), (1.2)

où qk désigne le PV dans la couche k et Rd le rayon de déformation. Il a l’avantage sur


le modèle de Eady d’inclure facilement l’effet β et de faire facilement le pont avec le
cas barotrope puisque pour Rd tendant vers l’infini, les deux couches sont découplées et
chacune est régie par l’équation du modèle barotrope non divergent. Même si ce modèle
a été intensivement utilisé, il s’avère que certaines propriétés des dépressions qui n’ont
pas été jusqu’alors étudiées peuvent être facilement simulées dans ce modèle simple. Ces
propriétés font intervenir des courants-jets spatialement complexes ainsi que des effets
nonlinéaires comme le détaille le chapitre 2.

Description qualitative en termes de vitesse verticale

Le schéma de la figure 1.5 est une synthèse de l’instabilité ou interaction barocline


telle qu’elle est comprise aujourd’hui. Elle permet de comprendre qualitativement tout
autant l’interaction entre perturbations infinitésimales que l’interaction entre anomalies
d’amplitude finie dans un environnement barocline. Elle est donc en quelque sorte le
résultat de l’influence des travaux de Charney, Eady d’un côté et de ceux de Sutcliffe,
Petterssen de l’autre mais digérés par toute une génération de scientifiques depuis.
La figure 1.5 considère un écoulement de base zonal cisaillé verticalement (noté avec
des barres ug = U (p)i) et des anomalies positives de vorticité localisées en haut et en bas
(notées avec des primes) formant une pente verticale vers l’ouest. Le cisaillement vertical
de vent est associé à un gradient méridien de température négatif ainsi qu’à des gradients
méridiens de PV, positif dans la haute troposphère et négatif dans la basse troposphère.
La première interprétation repose sur l’équation de la vitesse verticale, l’équation dite
omega, dont la formulation la plus simple est celle faisant intervenir le vecteur Q (Hoskins
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 25

Fig. 1.5 – Schéma classique de l’interaction barocline entre deux anomalies positives de
tourbillon situées en haut et en bas de la troposphère et correspondant respectivement à
des anomalies froide (contour bleu) et chaude (contour rouge). L’environnement barocline
est caractérisé par un cisaillement vertical de vent u = U (z)i, un gradient de PV q y
positif en altitude et négatif dans la basse troposphère correspondant à un gradient de
température potentielle négatif. Deux raisonnements simples (cf. texte) permettent de
se rendre compte que les deux anomalies se renforcent l’une l’autre lorsque l’anomalie
d’altitude est en amont de l’anomalie des basses couches comme c’est le cas sur le schéma.

et al. 1978) :
2
2∂ ω
2
s ∇ ω+ 2
f0 2 = −2∇.Q, (1.3)
∂p
où le paramètre s2 = −h ∂θ R
∂p
est un paramètre de stratification. h = R/p(p/ps )R/Cp dépend
de la pression p, de R la constante spécifique de l’air sec, de Cp la chaleur spécifique de
l’air sec à pression constante et ps la pression de surface. θR est la température potentielle
de référence et le vecteur Q est défini ainsi
 
R ∂ug R ∂ug
Q ≡ (Qx , Qy ) = − .∇T, − .∇T , (1.4)
p ∂x p ∂y
où ug désigne le vent géostrophique. Ceci permet d’obtenir pour y=0 (c’est-à-dire au
niveau du centre des anomalies là où la vitesse zonale perturbée est nulle u0g = 0), Qx =
∂v 0 ∂v 0 ∂v 0
− Rp ∂xg ∂T
∂y
= −f0 ∂U g
∂p ∂x
. Puisque ∂xg est positif et maximum au niveau du centre de chaque
anomalie de vorticité positive et ∂U/∂p est négatif, Qx atteint un maximum positif au
centre des anomalies également. ∂Q ∂x
x
et donc ω (cf. équation (1.3)) est négatif à l’est de
ces anomalies et positif à l’ouest. L’anomalie d’altitude crée donc une forte ascendance
juste au-dessus de l’anomalie de la basse troposphère (voir flèche bleue vers le haut sur
la figure 1.5) qui augmente la vorticité relative de la basse troposphère et la renforce
ainsi (cf. l’équation d’évolution de la vorticité absolue en QG : DtD
(ζ + f ) = f0 ∂ω
∂p
). Des
raisonnements similaires dans les différentes régions montrent que les deux anomalies se
renforcent ainsi mutuellement.
26 Chapitre 1

Description qualitative en termes de PV

L’interprétation qualitative de l’interaction barocline en termes de PV est la plus


succincte d’entre toutes ; elle a été initialement proposée par Bretherton (1966a), puis
reprise abondamment par Hoskins et al. (1985). L’anomalie positive de PV de basses
couches induit une vitesse méridienne négative au centre de l’anomalie d’altitude (cf. la
flèche rouge en traits tiretés sur la figure 1.5), qui advecte du fort PV de l’environnement
se situant plus au nord et renforçant ainsi l’anomalie positive de PV en altitude. De
même, la vitesse induite par l’anomalie d’altitude en basses couches advecte du fort PV
de l’environnement du sud vers le nord qui renforce l’anomalie positive de PV en surface ou
de manière équivalente advecte de la température chaude au niveau de l’anomalie chaude
de surface. Là encore, on se rend compte qu’il y a renforcement mutuelle des anomalies
lorsque l’anomalie d’altitude se trouve à l’ouest de celle de surface.

Description qualitative en termes d’énergie

Dans le cadre QG, l’équation du mouvement et l’équation thermodynamique per-


mettent d’aboutir respectivement à l’équation d’évolution de l’énergie cinétique K 0 ≡ 12 u0 2
 0 2
et de l’énergie potentielle P 0 ≡ 2s12 ∂Φ
∂p
de la perturbation. En supposant que l’écou-
lement de base satisfasse les équations ou qu’il y ait un forçage qui le maintienne sta-
tionnaire, les équations d’évolution des énergies cinétique et potentielle des perturbations
s’écrivent ainsi en coordonnées isobares :
Dg 0 ∂
K = E.D − ∇(u0g p0a + Φ0 ∇χ0 ) − (ω 0 Φ0 ) − hω 0 θ0 , (1.5)
Dt ∂p
2
Dg 0 h
P = − 2 v 0 θ0 ∂y θ + u0 θ0 ∂x θ + hω 0 θ0 , (1.6)

Dt s
où Dg /Dt = ∂/∂t + (ug + u0g ).∇ est la dérivée Lagrangienne géostrophique. De plus,

1
E ≡ ( (vg02 − u02 0 0
g ), −ug vg ), (1.7)
2
∂ug ∂v g ∂v g ∂ug
D≡( − , + ). (1.8)
∂x ∂y ∂x ∂y
Le premier terme du membre de droite de l’équation (1.5), i.e. E.D, est le terme de
conversion barotrope dont la formulation sous forme de produit scalaire a été introduite
par Mak et Cai (1989). Le second et troisième terme représentent respectivement les termes
de redistribution horizontale et verticale de l’énergie cinétique. Le quatrième et dernier
terme correspond au transfert de l’énergie potentielle de la perturbation vers l’énergie
cinétique de la perturbation, et est appelé conversion barocline interne. Le premier terme
dans le membre de droite de l’équation (1.6) est le terme de conversion barocline de
l’énergie potentielle de l’environnement vers l’énergie potentielle de la perturbation.
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 27

D’après la figure 1.5, les zones d’ascendance (de subsidence) sont corrélées avec des
anomalies chaudes (froides), donc le terme −hω 0 θ0 est positif, c’est-à-dire qu’il y a trans-
fert d’énergie potentielle de la perturbation vers son énergie cinétique. De plus, l’énergie
potentielle de la perturbation provient de l’énergie potentielle de l’écoulement de base
puisque la conversion barocline est positive dans le cas du schéma de la même figure. En
2
effet, celle-ci est proportionnelle à − hs2 v 0 θ0 ∂y θ et est donc du même signe que v 0 θ0 qui est
lui même du même signe que ∂x Φ0 ∂z Φ0 qui est positif quand l’anomalie de surface devance
l’anomalie d’altitude.

Instabilité barocline généralisée

Dans les années 1980, on s’est rendu compte que la croissance explosive de certaines
cyclogenèses ne pouvait pas être représentée par les modes normaux dont les taux de
croissance étaient plus faibles que ceux observés. C’est dans cet esprit que Farrell (1984)
a montré qu’en choisissant des conditions initiales suffisamment adéquates, on pouvait
obtenir, même dans les modèles simples linéarisés comme celui d’Eady, des taux de crois-
sance plus élevés que les modes normaux ; c’est ce qu’on appelle l’instabilité non modale.
Dans ce cas d’instabilité, la structure de la perturbation change au cours du temps ; ainsi
peut-on dire que le type A de la classification de Petterssen-Smebye est modal tandis que
le type B est non modale. Ce type d’approche a été généralisé par la suite (Lacarra et
Talagrand 1988, Farrell et Ioannou 1996a, Farrell et Ioannou 1996b) et a donné lieu au
développement de la méthode des vecteurs singuliers qui sont les vecteurs propres d’une
matrice faisant intervenir l’opérateur tangent linéaire et son adjoint. Les vecteurs singu-
liers sont les modes qui optimisent la croissance de perturbations dans le cadre linéaire
pour une norme donnée et un intervalle de temps donné. Ils ont été utilisés abondam-
ment depuis dans certains centres opérationnels de prévision du temps pour les études de
prévisibilité et l’implémentation des prévisions d’ensemble (Buizza et Palmer 1995).
Malgré ce raffinement dans les résultats théoriques, les tentatives pour comparer le dé-
veloppement d’une dépression à un mode singulier ont été très maigres. Cela est en partie
dû à la difficulté rencontrée pour définir ce qu’est l’environnement, étape nécessaire pour
linéariser et calculer les vecteurs singuliers. Cette comparaison a pourtant été effectuée
sur le cas de la tempête Lothar de la fin décembre 1999 par Descamps et al. (2007). En
enlevant la tempête grâce à un algorithme d’inversion du PV, les auteurs ont pu calcu-
ler les vecteurs singuliers mais ont trouvé très peu de points communs avec la structure
naissante de la tempête. Le lien entre l’instabilité barocline généralisée et une cyclogenèse
réelle semble donc pour l’instant faire défaut. A noter cependant les améliorations récentes
de la méthode qui n’ont pas été prises en compte dans l’étude précédente, notamment en
incorporant les effets humides dans le calcul des vecteurs singuliers (Hoskins et Coutinho
2005) ou en prenant en compte les effets nonlinéaires (Rivière et al. 2008).
28 Chapitre 1

Instabilité localisée

Etant donné la localisation zonale des zones de forte baroclinie, un autre axe de re-
cherche des années 1980 et 1990 a consisté à adapter la théorie initiale de l’instabilité
barocline modale des écoulements zonalement uniformes au cas des écoulements de base
variant zonalement. Un certain nombre d’articles de Frederiksen et notamment Frederik-
sen (1983) ont montré que les structures des modes normaux les plus instables calculés
pour des écoulements climatologiques observés de l’Hémisphère Nord ressemblaient assez
bien aux rails des dépressions observés. Cependant, cela ne signifie pas que les proces-
sus de croissance soient les mêmes pour les dépressions réelles et les modes normaux. Il
s’avère également que les modes normaux dans des écoulements de base variant zonale-
ment peuvent faire intervenir des processus de croissance assez différents qui font appels
aux notions d’instabilité locale et globale (Pierrehumbert 1984). Reprenant les notions
d’instabilité absolue et convective de Merkine (1977), Pierrehumbert montre dans le mo-
dèle à deux couches barocline qu’un mode normal dans un écoulement variant zonalement
peut soit croître localement, c’est-à-dire que la perturbation croit exponentiellement à une
longitude donnée en raison des propriétés locales de la baroclinie soit croître globalement,
c’est-à-dire qu’elle ne croitra à une longitude donnée que si le domaine est cyclique. Le
lien entre la croissance modale globale et les dépressions réelles est fort peu probable puis-
qu’un mode global nécessite un temps très long pour croître à une longitude donnée. Le
lien avec la croissance modale locale est potentiellement plus intéressante mais il s’avère
que celle-ci dépend en grande partie de la moyenne verticale du vent zonale. Il est très
peu probable que l’instabilité locale modale soit présente dans l’atmosphère réelle comme
l’ont montré Lin et Pierrehumbert (1993) car elle nécessite la plupart du temps des vents
de surface orientés d’est en ouest ce qui n’est pas réaliste pour les moyennes latitudes.
En d’autres termes, il semble que l’instabilité modale dans des écoulements zonale-
ment inhomogènes représente correctement les rails des dépressions observés mais pour de
mauvaises raisons. L’évolution linéaire mais non modale d’une anomalie d’altitude entrant
dans une zone de forte baroclinie est beaucoup plus réaliste (Whitaker et Barcilon 1992).
Il est désormais bien établi que ce sont des perturbations préexistantes d’amplitude finie
modulées par les variations longitudinales de la baroclinie, de la dissipation mais aussi
de la déformation horizontale comme on va le voir plus loin qui rendent compte de la
localisation des rails des dépressions observés (Chang et al. 2002a).

1.4.3 Prise en compte des effets humides


L’intensification des dépressions due au dégagement de chaleur latente par condensa-
tion dans les ascendances est connue depuis un certain temps déjà (Danard 1964) tout
autant que la possibilité de former des anomalies de PV par ce même dégagement de cha-
leur latente (Eliassen et Kleinschmidt 1957). En paramétrisant le dégagement de chaleur
latente et en linéarisant les équations semi-géostrophiques obtenues, Emanuel et al. (1987)
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 29

ont montré que les taux de croissance des modes normaux humides étaient au moins deux
fois supérieurs à ceux des modes normaux secs. Malgré cette différence de taille, ce type
d’étude n’entrevoit les effets humides qu’à partir de concepts existants dans le cas sec.
D’autres études plus récentes ont introduit la notion de “diabatic Rossby waves” (Par-
ker et Thorpe 1995) ou “diabatic Rossby vortex” (Moore et Montgomery 2005). Prenant
son origine dans le vocabulaire de l’onde de Rossby classique, le principe de l’onde de
Rossby diabatique est le suivant : l’anomalie positive de vitesse méridienne vg0 à l’est de
l’anomalie positive de PV crée des ascendances juste au dessus (cf. flèche rouge ascendante
∂v 0
sur la figure 1.5) en raison du terme − Rp ∂xg ∂T
∂y
. L’air ascendant va se refroidir, condenser
et favoriser le dégagement de chaleur latente qui va produire une tendance positive de PV
en dessous et une tendance négative de PV au dessus (la tendance Lagrangienne de PV
est proportionnelle à la dérivée verticale du chauffage diabatique). Ainsi cela va-t-il favo-
riser le déplacement de l’anomalie positive de PV vers l’est et ainsi se propager. Bien que
cette propagation dépende d’un environnement barocline important, une onde de Rossby
diabatique n’a pas besoin d’une interaction avec l’altitude comme dans le cas classique de
l’instabilité barocline pour se maintenir, voire se renforcer (Moore et Montgomery 2005).
Il est important de noter que des effets nonlinéaires importants existent dus aux effets
de seuil de la condensation et devraient être davantage pris en compte à l’avenir dans
les études idéalisées de cycle de vie de dépressions (Lapeyre et Held 2004). Rappelons
également que dans le type C de la classification de Deveson et al. (2002) qui est celui qui
dépend le plus des effets diabatiques, c’est précisément cette production de PV négatif au
dessus du pic des ascendances qui maintient la pente verticale vers l’ouest des anomalies
positives de PV.
Les études portant sur les effets diabatiques au sein des dépressions extratropicales
sont devenues de plus en plus nombreuses, notamment dans le contexte du changement
climatique. Elles semblent avoir pris complètement le dessus sur les études faisant interve-
nir uniquement la dynamique sèche au point d’occulter l’importance de cette dernière sur
des cas réels. Ceci est dommage car certaines de leurs propriétés, pas encore totalement
expliquées, sont dépendantes de processus nonlinéaires secs comme le montre le chapire
2.

1.4.4 Développement en aval


Même si l’interaction barocline est le mécanisme principal impliqué dans les phases
de maturation, d’autres processus peuvent être mis en jeu comme le développement en
aval (Chang 1993, Orlanski et Sheldon 1995). Ce phénomène correspond au transfert
d’énergie cinétique au sein d’un même train d’onde de perturbations pleinement formées
vers d’autres perturbations situées plus en aval. C’est ce transfert d’énergie qui permet à
ces dernières de se développer et se matérialise concrètement par le deuxième terme du
membre de droite de l’équation (1.5). Ce terme correspond aux flux horizontaux agéo-
strophiques de géopotentiel, ou dit autrement, à la dispersion en aval de l’énergie des
30 Chapitre 1

ondes baroclines par la vitesse de groupe. Ce processus, qui se passe essentiellement en


altitude là où l’écoulement est essentiellement ondulatoire, peut cependant être à l’origine
du développement de nouvelles dépressions à la surface assez loin en aval du maximum
de baroclinie (Orlanski et Chang 1993). Orlanski et Sheldon (1995) ont montré sur des
études de cas réels qu’une dépression pouvait naître en grande partie par ce mécanisme,
c’est-à-dire par transfert d’énergie d’un système synoptique situé plus en amont qui lui se
serait principalement développé par interaction barocline.
Le chapitre 2 montrera que ce processus n’est pas l’unique mécanisme qui peut ex-
pliquer une croissance explosive d’une dépression en aval d’un maximum de baroclinie
et que le maximum de conversion barocline atteint par une dépression ne se déroule pas
forcément au moment où elle passe dans la zone du maximum de baroclinie.

1.4.5 Modulation par les effets barotropes


Puits barotrope

Les cartes climatologiques de la conversion barotrope E.D obtenues en filtrant l’écoule-


ment atmosphérique en deux composantes, une partie haute fréquence (périodes inférieures
environ à une semaine) et une partie basse fréquence (périodes supérieures à une semaine),
révèlent que celle-ci est principalement négative au dessus des rails des dépressions (Lee
2000, Black et Dole 2000). Les perturbations baroclines perdent leur énergie par conver-
sion barotrope et cela a été bien reproduit dans les cycles de vie non linéaires des modes
normaux comme ceux de Simmons et Hoskins (1978). Après une phase de croissance mar-
quée par l’interaction constructive barocline, les perturbations perdent principalement
leur énergie de manière barotrope. Cette conversion énergétique barotrope négative se
traduit par des flux de quantité de mouvement orientés dans le sens du gradient du vent
zonal. Des études théoriques ont montré que c’était le cas pour les courants-jets dont les
échelles de variations méridiennes étaient supérieures au rayon de déformation (Held et
Andrews 1983).
En d’autres termes, l’instabilité barotrope de type modal n’existe pas aux moyennes
latitudes. En revanche, les cartes climatologiques de Lee (2000) et Black et Dole (2000)
montrent dans l’hémisphère nord l’existence de pics positifs de conversion barotrope en
aval des grandes chaînes de montagne (Himalaya, Rocheuses) dans des zones où l’écou-
lement climatologique est confluent. Cette caractéristique peut être reproduite dans des
simulations linéaires d’un modèle barotrope non divergent où on peut voir des ondes de
Rossby être étirées dans les zones de diffluence (et perdant ainsi de l’énergie) et contrac-
tées dans les zones de confluence (et gagnant ainsi de l’énergie). Ce passage de l’un à
l’autre est dû à un changement brutal de l’orientation des axes de dilatation (orientés
nord-sud dans une zone de diffluence et ouest-est dans une zone de confluence) ou de
manière équivalente de l’orientation du vecteur D qui change de manière brutale le signe
de E.D au passage de la diffluence à la confluence.
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 31

Fig. 1.6 – Evolution temporelle d’une perturbation dans un champ de déformation pur
qui à l’instant initial (vignette a) est orientée perpendiculairement à l’axe de dilatation
(flèche à double sens). Il y a ensuite (b) contraction puis (c) dilatation de la perturbation
selon l’axe de dilatation. Tiré de Farrell (1989b).

Ce renforcement barotrope en zone de confluence avait déjà été anticipé par l’étude
climatologique de Sanders (1988) qui avait remarqué que les thalwegs d’altitude étaient
formés à l’est des chaînes montagneuses et se désagrégeaient essentiellement au-dessus
des océans. En abordant des études de cas au dessus de l’Amérique du Nord, Lackmann
et al. (1997) et Schultz et Sanders (2002) ont montré que le creusement de ces thalwegs
se produisaient bien par contraction horizontale dans la zone de confluence en amont
du jet atlantique. Ceci est particulièrement important car cela signifie que les anomalies
d’altitude atteignent leur maximum d’amplitude à l’entrée des zones de forts contrastes
thermiques ce qui est une situation d’autant plus favorable pour déclencher la cyclogenèse
des basses couches par interaction barocline.
Le mécanisme précédent qui est purement transitoire et donc non modal a d’ailleurs
été montré dans un contexte barotrope idéalisé par Farrell (1989) s’inspirant des travaux
de Orr (1907). Une onde monochromatique de fonction de courant ψ 0 = Aei(k(t)x+l(t)y)
évoluant dans un champ de déformation pur ψ = αxy satisfait les solutions suivantes
k = k0 eαt et l = l0 e−αt . L’énergie cinétique est proportionnelle à 1/(k(t)2 + l(t)2 ) =
1/(k02 e2αt + l02 e−2αt ) qui pour l0 > k0 connait une croissance transitoire avant de décroître
définitivement. La figure 1.6 montre en effet qu’une perturbation isolée et intialement
étirée le long de l’axe des x, c’est-à-dire perpendiculairement à l’axe de dilatation (vignette
a), va se contracter d’abord et gagner en énergie (vignette b), puis se dilater à nouveau
selon l’axe de dilatation (vignette c) où elle perd de l’énergie.

Le régulateur barotrope

Une autre étude théorique importante sur l’effet des cisaillements horizontaux est due
à James (1987) dans le cadre du modèle QG à deux couches. L’inclusion d’une composante
barotrope de cisaillements horizontaux aboutit à un changement de structures des modes
normaux, et plus précisément à un confinement latitudinal des modes normaux diminuant
32 Chapitre 1

ainsi leur capacité à extraire l’énergie potentielle de l’écoulement de base. L’instabilité


barocline est ainsi réduite. L’étude montre également que les taux de croissance des modes
normaux diminuent par une perte d’énergie cinétique de la perturbation via le terme de
conversion barotrope. Cet effet stabilisateur de la composante barotrope des jets est appelé
régulateur barotrope ou “barotropic governor”. Il est important de noter que ce résultat est
valide dans le cadre linéaire et qu’un tout autre effet sera étudié dans le cadre nonlinéaire
qui tend à contrecarrer cet effet stabilisateur.

Notion de déformation effective


Mon travail de thèse sur la croissance des perturbations dans les écoulements QG
m’a conduit à identifier les structures préférentielles que prennent les perturbations évo-
luant dans un environnement spatialement complexe. La connaissance de ces structures
est cruciale pour estimer les termes de conversion barotrope et barocline. Pour le terme
de conversion barocline, c’est notamment l’orientation de la pente verticale des perturba-
tions par rapport à l’orientation du gradient de température de l’environnement qui est
déterminante. Pour le terme de conversion barotrope, c’est l’orientation horizontale des
perturbations par rapport aux axes de dilatation qui compte, ou dit autrement l’orienta-
tion de E par rapport à D, comme on vient de le voir. Un résultat de ma thèse est associé
à l’estimation du terme de conversion barotrope qui peut s’écrire ainsi

E.D = −K 0 σ sin ξ 0 , (1.9)

où σ = |D| est le module du vecteur D et ξ 0 est l’angle tel que (D, dE) ≡ π/2 + ξ 0 . Le signe
de E.D dépend directement de l’angle ξ 0 dont l’équation d’évolution peut être obtenue à
partir de la linéarisation des équations du mouvement en suivant l’approximation WKB
(cf. équation (27) de Rivière et al. (2003)). Les points fixes de l’équation pour ξ 0 , i.e les
angles pour lesquels la tendance Lagrangienne en suivant le vent géostrophique est nulle
0
( DDt

= 0), sont analysés dans la précédente étude. L’objectif est d’identifier des structures
en équilibre pour les perturbations. Deux points fixes existent en chaque point de l’espace
et sont déterminés par
ξ 0 = ξ±
r
≡ ± arccos(−r), (1.10)
où r est le paramètre qui a été introduit par Lapeyre et al. (1999) dans le contexte de la
turbulence 2D et s’exprime ainsi :

ζ + 2Dg φ/Dt
r≡ . (1.11)
σ

ζ est la vorticité relative de l’écoulement de base, −2 DDt



est le taux de rotation du vecteur
D le long d’une trajectoire Lagrangienne. Les points fixes existent uniquement dans le cas
|r| < 1, c’est-à-dire lorsque la rotation de l’environnement est plus faible que le taux de
déformation. En d’autres termes, la perturbation ne peut s’étirer de manière conséquente
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 33

Fig. 1.7 – Schéma décrivant la configuration de l’écoulement de grande échelle aboutissant


à la formation d’une région barotrope critique (BtCR) et l’évolution d’une perturbation
à travers cette région. Les lignes doubles représentent l’axe du jet, les flèches doubles sont
les axes de dilatation et les plages colorées indiquent les zones où la déformation effective
est positive (∆m > 0). Les contours noirs en traits pleins correspondent au géopotentiel
d’une perturbation haute fréquence dont la trajectoire est représentée par la flèche en
traits tiretés. Tiré de Rivière et Joly (2006a).

que dans le cas où |r| < 1. Si ξ 0 est égal à un de ces points fixes, le taux de croissance de
la conversion barotrope peut s’écrire ainsi :
s
 2
E.D 0 Dφ
r 2
(ξ = ξ± ) = ± σ − ζ + 2 , (1.12)
K0 Dt

qui ne dépend que de l’écoulement de base.


Il s’avère que le point fixe ξ−
r
est stable mais fait décroître la perturbation tandis que
le point fixe ξ+ est instable et fait croître la perturbation. Il est logique que le point fixe
r

stable soit celui qui fasse perdre de l’énergie à la perturbation car comme on l’a vu dans le
cas de Farrell (1989), une perturbation évoluant pendant suffisamment de temps dans un
même environnement finit par s’étirer selon les axes de dilatation et perdre de l’énergie.
Cependant, le cas de Farrell (1989) représente le cas particulier où la rotation de
l’environnement est nulle (ζ + 2Dg φ/Dt = 0). Dans le cas où la rotation est forte |r| > 1,
il n’y a pas de points fixes, la perturbation ne s’étirera jamais selon les axes de dilatation
car la rotation est si forte qu’elle fait tourner l’axe de la perturbation.
Le calcul théorique précédent a été appliqué à l’étude des perturbations synoptiques
atmosphériques et aux dépressions des moyennes latitudes dans mon premier postdoc au
GAME à Toulouse dont les principaux résultats sont résumés au chapitre 2. Une nou-
velle mesure a été introduite dans Rivière et Joly (2006a), appelée déformation effective,
qui s’exprime en fonction des propriétés de l’environnement de grande échelle dans lequel
évolue les perturbations synoptiques. Comme dans de nombreuses études sur les perturba-
34 Chapitre 1

tions synotiques, la séparation entre perturbations et environnement se fait à l’aide d’un


filtre temporel avec une fréquence de coupure de l’ordre de la semaine où la perturbation
correspond à la partie haute fréquence (notée avec des indices H) et l’environnement à la
partie basse fréquence (notée avec des indices m). La déformation effective, notée ∆m est
une estimation dans le cadre sphérique de la quantité sous la racine du membre de droite
de l’équation (1.12) appliquée au champ basse fréquence
2
∆m ≡ σm 2
− ζm . (1.13)

σm = |Dm | est le module du vecteur déformation qui s’exprime ainsi en coordonnées


sphériques
∂um ∂vm ∂vm ∂um
Dm ≡ ( − − vm tan ϕ/a, + + um tan ϕ/a), (1.14)
∂x ∂y ∂x ∂y
et
∂vm ∂um
ζm ≡ − − um tan ϕ/a, (1.15)
∂x ∂y
est la rotation due à l’environnement où a est la rayon de la terre et ϕ la latitude. A
noter que dans la définition de ∆m , le terme dû à la rotation des axes de déformation a
été éliminé. Ceci est dû à une simplification car ce terme est faible pour l’environnement
considéré dans le cadre atmosphérique qui est composé de jets globalement zonaux ayant
des courbures modérées. En d’autres termes, la quantité introduite est directement reliée
au critère dit d’Okubo-Weiss (Okubo 1970, Weiss 1991) appliqué au champ basse fré-

quence. La conversion barotrope EH .Dm est donc approximativement égale à ±KH ∆m
pour les deux points fixes où EH et KH désignent respectivement le vecteur E et l’énergie
cinétique K 0 calculés pour la composante haute fréquence de l’écoulement.
L’avantage du critère précédent est qu’il peut s’appliquer à n’importe quel courant-jet
atmosphérique et permet de déterminer les régions où les perturbations synoptiques vont
fortement s’étirer ∆m > 0 et les régions où elles vont plutôt rester isotropes ∆m < 0.
Le mécanisme de réintensification barotrope transitoire sous la forme d’une séquence
dilatation-contraction-dilatation peut donc s’opérer si une perturbation synoptique tra-
verse le courant-jet du sud vers le nord tout en restant dans des zones de forte déformation
effective (figure 1.7). En effet, dans l’étape 1, la perturbation, qui évolue du côté anticy-
clonique du jet dans une zone où ∆m > 0, s’étire dans le sens des axes de dilatation
SO-NE (l’orientation du point fixe stable est essentiellement l’axe de dilatation) ; dans
l’étape 2, elle traverse le jet, se retrouve dans une zone où les axes de dilatation ont bru-
talement changé de sens, la perturbation est ainsi contractée et gagne en énergie ; enfin,
durant l’étape 3, la perturbation s’étire à nouveau et perd de l’énergie. Ce mécanisme
est donc très proche du mécanisme proposé par Farrell (1989) pour le passage d’une zone
de confluence à une zone de diffluence. L’étape de contraction se produit également par
changement brutal de l’orientation des axes de dilatation mais ici ce changement se pro-
duit quand on passe du côté anticyclonique au côté cyclonique d’un jet. Ce mécanisme
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 35

est sous-jacent à un certain nombre de cycle de vie de perturbations synoptiques comme


cela est montré dans le chapitre suivant.

1.5 Synthèse
Les théories de la cyclogenèse développées dans la seconde moitié du 20ème siècle, et
notamment celles de l’instabilité barocline, ont permis dans un premier temps d’expliquer
un certain nombre de caractéristiques des dépressions des moyennes latitudes, comme par
exemple les ordres de grandeur de leur échelle spatiale ou leur taux de croissance. Cepen-
dant, les résultats numérico-théoriques de ces 15 dernières années étayés par les résultats
des campagnes d’observation comme FASTEX ont mis en évidence la complexité et la
richesse des mécanismes mis en jeu dans l’évolution des dépressions des latitudes tempé-
rées. Comme l’a montré le travail statistique de Ayrault et Joly (2000b) sur ERA15, de
nombreux comportements de dépressions au cours des différentes étapes du cycle de vie
(initiation ou maturation) n’ont pas d’équivalent théorique. On aboutit donc à l’heure
actuelle à une impasse théorique lorsqu’il s’agit d’expliquer leurs cycles d’évolution com-
plets.
Même si l’interaction barocline est le mécanisme principal de croissance, d’amplifi-
cation des dépressions, elle n’intervient pas de manière homogène et n’explique pas né-
cessairement toutes les étapes que traverse la dépression au cours de son évolution. Les
effets diabatiques, barotropes ou encore celui du développement en aval modulent les am-
plifications dues à l’interaction barocline. Dans de nombreux cas, la dépression connaît
plusieurs phases de croissance comme c’était le cas durant la campagne FASTEX (Baehr
et al. 1999) et a donc un comportement très éloigné du développement modal tel que le
décrivent les théories linéaires avec une unique phase de croissance. Toutes ces théories,
bien que séduisantes par leur aspect analytique, sont non seulement limitées par l’hypo-
thèse linéaire mais aussi très souvent par les nombreuses hypothèses faites sur la forme
spatiale du courant-jet dans lesquels évoluent les perturbations. Celui-ci possède une zone
de confluence, une zone de diffluence, des asymétries méridiennes et enfin une courbure.
Bien entendu, certaines de ces inhomogénéités ont été étudiées d’un point de vue théorique
mais généralement de manière séparée. Or, ce sont précisément toutes ces inhomogénéités
spatiales prises ensemble qui devraient permettre d’expliquer l’existence de zones de forte
croissance des dépressions ainsi que celles de forte dissipation pour un environnement de
grande échelle donné. L’un des principaux enjeux de ma recherche de ces cinq dernières
années a donc été d’interpréter la complexité du cycle d’évolution des dépressions à partir
de la complexité spatiale de l’environnement dans lequel elles évoluent. Ceci a été rendu
possible par l’introduction de la déformation effective présentée précédemment et a abouti
aux résultats présentés dans le chapitre suivant.
36 Chapitre 1
Chapitre 2

Dynamique des dépressions matures des


latitudes tempérées
This chapter investigates the mature stage of extratropical cyclones and in particular
the rapid-deepening phase they often undergo when they cross the upper-level jet axis from
its warm to its cold-air side. The analysis of well-known damaging European storms shows
that the location of the jet-crossing phase is in large part determined by the constraints
exerted by the large-scale low-frequency flow (Rivière et Joly 2006a, Rivière et Joly 2006b).
Critical regions defined by the effective-deformation field are shown to be preferential re-
gions for the jet-crossing phase of synoptic eddies. Barotropic models experiments repro-
duce quite well the behavior of observed upper-tropospheric disturbances around these cri-
tical regions (Rivière 2008). In a baroclinic context, mechanisms leading a synoptic surface
cyclone to cross an upper-level zonal jet and its subsequent deepening are investigated by
Gilet et al. (2009) using a two-layer model on a β plane. The motion of a surface cyclone
perpendicular to the upper jet is shown to depend strongly on the background potential
vorticity gradient and the related mechanism is a baroclinic generalization of the so-called
beta drift. The combined effects of the effective deformation and nonlinearities provide an
explanation for the existence of preferential zones for the jet-crossing phase. Finally, some
predictability issues related to the jet-crossing phase of the first december 1999 storm are
analyzed in Rivière et al. (2010b).

2.1 Introduction
L’une des observations majeures de la campagne FASTEX est la quasi-systématique
simultanéité entre une croissance rapide de la vorticité, une décroissance de la pression
et la traversée du courant-jet de son côté chaud à son côté froid par les dépressions de
surface (Baehr et al. 1999), séquence qui semble être privilégiée dans la zone de diffluence
du courant-jet. Comme l’indiquent les auteurs du précédent papier, cela définit un cadre
nouveau pour de nouvelles recherches sur la dynamique des cyclogenèses et pose la ques-
tion des conditions qui permettent l’occurrence de cette traversée du courant-jet par les
dépressions.
Malgré cette remarque et l’observation de la même caractéristique sur de nombreuses
tempêtes européennes depuis (e.g., Lothar et Martin à Noël 1999 et Klaus en janvier 2009),
37
38 Chapitre 2

Fig. 2.1 – Schéma de la vitesse agéostrophique transverse (flèches) et des zones de diver-
gence (DIV) et convergence (CONV) associées à l’entrée et à la sortie d’un rapide de jet
d’altitude. Tiré de Uccellini (1990).

il existe un robuste consensus dans la communauté scientifique (Ulbrich et al. 2001, Wernli
et al. 2002, Pinto et al. 2009) qui attribue cette traversée du courant-jet dans sa zone de
diffluence au mécanisme proposé par Uccelini (1990) pour le cas des rapides de jet. Même
si le mécanisme n’est pas systématiquement mentionné, la plupart des articles remarquent
que la croissance a lieu dans la bien connue sortie gauche du courant-jet (“the so called
left jet-exit region”) qui est une analogie directe à la sortie gauche d’un rapide de jet (
“left-exit region of a jet streak”) de Uccelini (1990). Les accélérations et décélérations à
l’entrée et à la sortie d’un rapide de jet créent une circulation agéostrophique qui amène de
la divergence en altitude à l’entrée droite et à la sortie gauche du jet (cf. les zones appelées
“DIV“ sur la figure 2.1). Qui dit une divergence d’altitude dit des ascendances au même
endroit qui creusent ainsi les dépressions de surface dans ces zones. Cette situation semble
avoir été constatée sur de nombreux cas de croissance explosive de dépressions à l’est de
l’Amérique du Nord et la tentation est donc d’interpréter le cas de traversée du courant-
jet par les tempêtes européennes de la même façon. Cependant, les tempêtes européennes
se creusent par traversée d’un courant-jet de grande échelle et pas forcément en présence
d’un rapide de jet (Baehr et al. 1999). C’est une nuance de taille puisque un courant-jet de
grande échelle se projette sur la composante basse fréquence de l’écoulement qui n’est pas
de nature synoptique tandis qu’un rapide de jet se projette sur la partie haute fréquence
de l’écoulement qui, elle, est de nature synoptique. Il n’est pas du tout évident que des
ascendances de type basse fréquence favorisent des ascendances de type haute fréquence.
Et si on est tenté de croire que c’est la vitesse verticale totale qui compte et non pas
seulement sa partie haute fréquence, on peut montrer (cf. la suite du chapitre) que les
vitesses verticales liées à la basse fréquence sont d’un ordre de grandeur très inférieur
à celles de la haute fréquence et ne peuvent en aucun cas expliquer les variations de la
vitesse verticale totale que rencontre la dépression à la sortie gauche du jet de grande
échelle.
Le présent chapitre montre comment j’ai revisité le problème de la traversée du courant-
jet par les dépressions depuis mon postdoc au GAME en 2003 jusqu’à aujourd’hui grâce à
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 39

ma collaboration avec l’équipe RECYF du GAME et les travaux de thèse de Jean-Baptiste


Gilet et Ludivine Oruba. Les conclusions s’appuient sur un ensemble d’expériences nu-
mériques utilisant toute une hiérarchie de modèles, du modèle le plus simple (modèle
QG à deux couches) au plus complexe (modèle opérationnel global ARPEGE), et des
comparaisons directes à des cas réels.

2.2 Observations
Les résultats de cette section reposent essentiellement sur les articles de Rivière et Joly
(2006a), Rivière et Joly (2006b) et Rivière (2008)

L’objectif de mon premier postdoc au GAME a été d’appliquer les quelques outils
diagnostiques développés durant ma thèse à l’étude de la cyclogenèse. En introduisant la
notion de déformation effective, on a pu vite se rendre compte sur quelques études de cas
de la grande diversité de configurations que pouvait prendre ce champ issu de la structure
grande échelle de l’écoulement. En d’autres termes, deux courants-jets de grande échelle
zonaux apriori identiques possèdent des structures fines, notamment des nuances dans
leur courbure, qui changent de manière drastique le champ de déformation effective. Ces
études de cas ont permis de définir deux types de régions critiques le long de l’axe des
courants-jets qui peuvent induire une forte croissance des dépressions dans ces zones et
qu’on appelle régions barotropes critiques et régions baroclines critiques (Rivière et Joly
2006a, Rivière et Joly 2006b).

2.2.1 Régions barotropes critiques


Le schéma de la figure 1.7 montre une séquence d’évolution en trois étapes pour une
perturbation synoptique évoluant dans des zones de forte déformation effective ; (i) dilata-
tion du côté anticyclonique du jet, (ii) contraction lors de la traversée du courant-jet puis
(iii) dilatation du côté cyclonique du jet. La traversée du courant-jet par la perturbation
se produit au niveau du point selle de la déformation effective, qu’on appelle par la suite
région barotrope critique. Ce type de séquence peut se produire pour une anomalie d’al-
titude évoluant sans cyclogenèse en surface, comme cela a été le cas pour le précurseur
d’altitude de la tempête Martin du 27-28 décembre 1999 bien avant qu’il interagisse avec
celle-ci (Rivière et Joly 2006a). Cela peut aussi se produire pour un système synoptique
composé d’une anomalie d’altitude interagissant avec une anomalie de surface comme le
montre la dernière phase de croissance de la POI17 de FASTEX (figure 2.2 issue de la
réanalyse FASTEX de Desroziers et al. (2003)). Le 19 février à 00h, la perturbation de
surface est fortement étirée et a perdu beaucoup d’énergie par conversion barotrope mais
commence déjà à traverser le courant-jet. Le 19 février à 12h, elle connait une phase de
contraction qui arrête le puit barotrope d’énergie et en même temps remodifie en grande
partie sa position relative par rapport à l’anomalie d’altitude. Ceci engendre une nouvelle
40 Chapitre 2

(a) le 19 février 1997 à 00H (b) le 19 février 1997 à 12H (c) le 20 février 1997 à 00H

60°N 60°N 60°N

BtCR BtCR BtCR


40°N 40°N 40°N

40°W 20°W 40°W 20°W 40°W 20°W

Fig. 2.2 – Phase finale d’évolution de la dépression associée à la POI17 de FASTEX


au niveau d’une région barotrope critique (notée BtCR). Celle-ci est caractérisée par un
changement brutal de l’orientation des axes de dilatation (cf. flèches à double sens) au
niveau du point selle du champ de déformation effective (régions en rouge, intervalle :
5 × 10−10 s−2 ). Ce dernier champ contraint la forme des perturbations se déplaçant en
son sein. De ces contraintes naissent des interactions constructives, d’abord barotrope
dans les basses couches (panel a) lorsque la dépression traverse le courant-jet du côté
chaud au côté froid puis barocline entre basse et haute troposphère (panel b). Les autres
champs représentés sont le module du vent basse fréquence à 350 hPa (plages transparentes
bleues, intervalle : 10 m.s−1 pour des valeurs supérieures à 30 m.s−1 ), les anomalies haute
fréquence du géopotentiel à 350 hPa (contours noirs pleins, intervalle : 500 m2 .s−2 ) et 900
hPa (contours noirs tiretés, intervalle : 250 m2 .s−2 ). Données issues de la réanalyse Fastex
(Desroziers et al., 2003). Tiré de Rivière et Joly (2006a).

phase de croissance barocline due non seulement à la conversion barocline interne qui
connait un léger pic mais aussi et surtout aux variations des flux agéostrophiques verti-
caux de géopotentiel (cf. équation (1.5)). L’arrêt du puits barotrope et cette relance de
l’interaction barocline explique le creusement de la seconde phase de croissance de la dé-
pression. Celle-ci se termine vers le 20 février à 00h lorsque les deux anomalies s’étirent le
long des nouveaux axes de dilatation du côté cyclonique du jet. Notons enfin le caractère
purement non modal de la séquence avec une augmentation de la distance entre les deux
anomalies lors de la traversée (entre les vignettes a et b) et une nouvelle diminution de
cette distance par la suite (entre les vignettes b et c).
Au cours du mois de février 1997, lorsque le régime zonal était bien établi, plusieurs
phénomènes tempétueux ont connu des aspects assez similaires à la POI17 et notamment
un certain nombre de trajectoires ont traversé le jet autour de cette région barotrope
critique qui s’est maintenue dans la zone de diffluence du jet aussi longtemps que le
régime lui-même. Bien que le scénario de la conversion barotrope suive bien les contraintes
imposées par le champ de déformation effective, cette étude de cas a soulevé de nombreuses
questions :
– Les régions barotropes critiques sont-elles des régions préférentielles de traversée du
courant-jet ?
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 41

(a) Fin décembre 1999, environnement de grande échelle (b) Fin décembre 1999, densités anomalies haute-fréquence

BcCR

40°N

Fig. 2.3 – Circulation de grande échelle et localisation des perturbations synoptiques à


la fin de Décembre 1999. (a) Déformation effective à 350 hPa (plages colorées rouges,
intervalle : 5 × 10−10 s−2 ) et 850 hPa (plages colorées jaunes, intervalle : 10−10 s−2 ),
module du vent basse fréquence à 350 hPa (contours bleus en traits pleins 50 et 60 m.s−1 )
et 850 hPa (contours bleus en traits tiretés 18 et 19 m.s−1 ), (b) Densités de la vorticité
haute fréquence à 350 hPa (contours noirs hachurés) et à 850 hPa (contours gris hachurés)
pour la période du 24 au 28 décembre 1999. Données issues de l’analyse opérationnelle du
modèle ARPEGE de Météo-France. Tiré de Rivière et Joly (2006b).

– Quel est le mécanisme qui pousse les dépressions à traverser le jet en général et plus
particulièrement au niveau des régions barotropes critiques ?
– Y-a-t-il généralement réintensification de la dépression lors de la traversée du courant-
jet ?
– Si il y a réintensification, quelle est la conversion énergétique (conversion barotrope,
conversion interne ou encore celle liée aux flux verticaux agéostrophiques de géopo-
tentiel) la plus déterminante ?
Tous ces aspects sont traités dans la suite du chapitre.

2.2.2 Régions baroclines critiques


Le scénario des tempêtes de décembre 1999 est-il proche de celui des cas de février
1997 ? A la fin de décembre 1999, un régime zonal est également bien établi mais le
courant-jet ainsi que les cisaillements de vent associés sont bien plus forts que durant
février 1997 et les zones de fort cisaillement sont bien plus étroites (figure 2.3a). Quant au
champ de déformation effective à 300 hPa (plages rouges sur la figure 2.3a), il possède une
région barotrope critique près de Terre-Neuve mais aucune plus en aval, notamment dans
la région où les deux tempêtes ont fortement crû. On est donc dans un environnement
bien différent à celui de la POI17. De plus, à la différence de février 1997, le courant-jet
et le champ de déformation effective associé n’ont pas une structure barotrope. En effet,
un courant-jet basse fréquence dans les basses couches est présent bien plus au sud que
celui d’altitude (la séparation entre les deux jets étant d’environ 10◦ à la longitude 40◦ W)
au milieu de l’Atlantique, puis les deux jets se rapprochent de plus en plus quand on se
dirige vers l’est au point d’être l’un à la verticale de l’autre vers 10◦ W. Cette structure
42 Chapitre 2

tridimensionnelle particulière est également visible sur les deux champs de déformation
effective calculés à 350 et 850 hPa (plages rouges et jaunes respectivement) qui, éloignés
l’un de l’autre au milieu de l’Atlantique, tendent à se superposer au large de la France.
C’est cette zone de superposition des deux champs de déformation effective qui définit
une région barocline critique. La figure 2.3b montre que les perturbations haute fréquence
à 350 et 850 hPa qui ont évolué dans cet environnement sont colocalisés avec les zones
de forte déformation effective à leur niveau respectif, et convergent à la sortie des jets.
C’est précisément dans cette zone critique que les deux dépressions de surface qui ont
traversé l’Atlantique avec des amplitudes modérées, voire faibles, se sont creusées de ma-
nière explosive et sont devenues les tempêtes Lothar et Martin. Le mécanisme proposé
est le suivant ; tant que le courant-jet (ou la déformation effective) des basses couches est
éloigné de son équivalent en altitude, l’anomalie de PV de surface qui est advectée le long
de ce jet aura une vitesse induite faible en altitude au niveau des régions de fort gradient
de PV, et l’interaction constructive barocline décrite sur le schéma de la figure 1.5 n’aura
pas lieu. Vu autrement, l’interaction barocline ne peut être intense que si l’axe formé par
les anomalies d’altitude et de surface est parallèle aux isothermes de l’environnement (ce
qui peut se déduire facilement en analysant la conversion barocline écrite dans l’équation
(1.6)). Cet alignement ne peut se produire qu’en bout de jet en raisons des contraintes de
localisation des anomalies imposées par des champs de déformation particulièrement forts
dans des zones étroites. D’un point de vue énergétique, on peut montrer que la croissance
explosive de l’énergie cinétique est due essentiellement à un pic de la conversion barocline
interne ce qui contraste également avec le cas de la POI17. A noter qu’une configuration
de grande échelle similaire a été observée pour le cas de la tempête de décembre 2004 qui
a frappé le nord de la France (Rivière et Joly 2006b).
Pour conclure, les deux études de cas effectués lors de mon postdoc au GAME ont
permis de définir deux types de régions critiques le long de l’axe d’un jet qui peuvent
faire croître fortement une dépression. La région barotrope critique est une région liée à
un changement de courbure du jet (passage d’une courbure cyclonique à une courbure
anticyclonique) qui est une zone assez récurente dans la zone de diffluence mais qui peut
également se former dans une zone de confluence. Une telle région apparaît régulièrement
mais sa position varie d’un jet à un autre. A l’inverse, une région barocline critique est
un cas rare car nécessite un courant-jet très fort pour former le décalage entre le jet
d’altitude et le jet des basses couches (on peut en effet montrer que le décalage latitudinal
est proportionnel à la force du vent dans le cadre de l’équilibre semi-géostrophique). La
région barocline critique est liée à une convergence des deux jets lorsque le vent décroît
en aval et est donc intrinsèquement liée à une zone de diffluence.
Ces résultats obtenus sur quelques cas particuliers montrent que la simple identification
de la circulation atmosphérique de grande échelle à partir de champs classiques comme
le géopotentiel, même filtré basse fréquence, n’est pas suffisante pour rendre compte de
tous les mécanismes mis en jeu. En d’autres termes, le développement et les trajectoires
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 43

de dépressions évoluant dans deux régimes à première vue semblables peuvent fortement
différer. Cette différence de comportement semble être due à des sous-structures fines
associées au courant-jet dépendant notamment de son champ de déformation. Ces travaux
suggèrent enfin que l’écoulement de grande échelle possèdent des régions remarquables
fortement localisées, où les dépressions peuvent changer brutalement de dynamique et
peuvent connaître une forte phase de croissance. Etant donné que ces résultats reposent
sur des études de cas, il a semblé nécessaire de les valider sur un plus grand échantillon
de données ce qui permettrait notamment de déterminer l’importance relative de ces
régions critiques. Cette validation statistique est un premier axe de recherche que j’ai
suivi depuis mon affectation définitive en tant que chercheur CNRS au GAME. D’autre
part, afin d’être sûr que les paramètres mis en évidence dans ces cas réels soient essentiels
pour reconstuire le cycle d’évolution de ces dépressions et afin d’affiner certaines parties
des mécanismes restés obscures, il m’a semblé nécessaire désormais de reconstruire ces
régions critiques dans des simulations numériques idéalisées. Ces deux axes de recherche,
la validation statistique d’un côté et les simulations idéalisées de l’autre ont été amorcés
ces cinq dernières années et font l’objet de plusieurs articles publiés dont les principaux
résultats sont décrits ci-après.

2.2.3 Validité statistique


La première validation statistique obtenue concerne la séquence dilatation-contraction-
dilatation autour des régions barotropes critiques (Rivière 2008). Nous nous sommes res-
treints aux cas des régimes zonaux (c’est-à-dire des jets essentiellement zonaux) car ce
sont les régimes amenant le plus souvent des tempêtes sur l’Europe occidentale. A l’aide
de l’étude des réanalyses ERA40 du CEPMMT, nous avons classé les régimes zonaux en
différentes configurations et étudié leur impact sur les perturbations synoptiques. Les ré-
gimes zonaux hivernaux de ces 40 dernières années ont été classés à l’aide d’un algorithme
de décomposition en nuées dynamiques (Michelangeli et al. 1995) en fonction des carac-
téristiques du champ de déformation effective. 6 classes ont été obtenues. Pour chaque
classe, nous pouvons identifier des régions barotropes critiques, où les perturbations sy-
noptiques peuvent potentiellement se régénérer par conversion barotrope. Des composites
effectués pour chacune des classes montrent que les régions barotropes critiques sont bel
et bien des régions préférentielles de régénération des anomalies d’altitude.
Un des composites est montré sur la figure 2.4 pour la classe présentant une région
barotrope critique à l’entrée du jet similairement au cas de décembre 1999 (figure 2.4a).
Il y a trois zones distinctes pour la conversion barotrope (figure 2.4b) ; une zone négative
en amont de la région critique du côté sud du jet, une zone positive légèrement en aval
de celle-ci du coté nord du jet et enfin une zone négative bien plus en aval sur l’Europe
de l’ouest ce qui confirme la séquence barotrope en 3 étapes décrite précédemment.
L’un des désavantages de l’approche statistique précédente est qu’elle ne comporte pas
de suivi temporel de structures et la séquence en 3 étapes d’une même structure n’est
44 Chapitre 2

a. b.

BtCR BtCR

Fig. 2.4 – Classe de jets zonaux présentant une région barotrope critique dans la région
de confluence. Cette classe correspond à 15% des régimes zonaux d’hiver sur l’Atlantique
à partir des données ERA40 (c’est-à-dire 386 jours). (a) Déformation effective (plages
colorées pour les valeurs positives, intervalle : 5 × 10−10 s−2 ), module du vent basse
fréquence (contours bleus, intervalle : 10 m.s−1 ) et axes de dilatation (flèches noires) à 300
hPa. (b) Moyenne du terme de conversion barotrope EH .Dm à 300 hPa (contours bleus
et rouges pour les valeurs négatives et positives respectivement, int : 10−2 m2 .s−3 ) pour
cette classe de jet. Tiré de Rivière (2008).

Fig. 2.5 – Régions de traversée du courant-jet de grande échelle par les dépressions re-
présentées par leur densité d’occurrence au premier instant de localisation au nord du jet
(zones grisées, intervalle : 0.1 trajectoires par mois pour les valeurs supérieures à 0.2). Le
module du vent basse fréquence (périodes plus grandes que 10 jours) barotrope (contours
bleus, intervalle 5 m.s−1 ) et déformation effective associée (plages rouges transparentes,
int : 10−10 s−2 ). Le nombre de trajectoires traversant le jet est 3199 sur la période hivernale
(16 octobre - 15 avril) allant de 1957 à 2002 (données ERA40) sur le domaine atlantique
(100◦ W- 40◦ E, 30◦ N-85◦ N).
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 45

validée que partiellement. Le résultat d’une autre étude statistique, portant cette fois-ci
sur les dépressions de surface et comportant cette notion de suivi de structures est mon-
tré sur la figure 2.5. Ce résultat préliminaire (non encore publié) confirme qu’une région
barotrope critique est une région préférentielle de traversée du courant-jet. En appliquant
l’algorithme de Ayrault (1998) aux données ERA40, nous avons obtenu le suivi temporel
de maxima de tourbillon relatif à 850 hPa par intervalle de 6h. Ceci a permis de définir
une phase de traversée du courant-jet de la manière suivante. Une trajectoire traverse le
jet si il existe deux instants consécutifs pour lesquels le maximum de tourbillon se trouve
au sud du maximum de vent basse fréquence à 300 hPa suivis de deux instants consécutifs
pour lesquels il est au nord. 3199 trajectoires ont été obtenues satisfaisant cette condition
sur 65573 trajectoires traversant le domaine atlantique. Ce petit pourcentage ne doit ce-
pendant pas occulter l’importance de cette traversée. En effet, ce pourcentage de traversée
du courant-jet est très faible par rapport au nombre total des trajectoires détectées par
l’algorithme car celui-ci prend en compte toutes les dépressions, même les plus faibles. Si
seulement les dépressions les plus creuses sont prises en compte, ce pourcentage augmente
considérablement. Par exemple, si on considère les trajectoires dépassant 3 × 10−4 s−1 de
vorticité maximale et traversant le domaine atlantique, on en trouve 164, soit environ une
tous les deux mois. Parmi elles 83 traversent le courant-jet, donc environ la moitié. Les
plages grisées de la figure 2.5 représentent les zones de traversée du jet. On s’aperçoit qu’il
existe deux zones privilégiées ; une dans la zone de maximum du vent barotrope au large
de la côte est des Etats-Unis et une autre au niveau de la zone de diffluence précisément
au niveau d’une région barotrope critique. Les études idéalisées présentées dans la suite
du chapitre proposent une explication pour l’existence de ces deux zones.
Les dépressions connaissent-elles des taux de croissance plus élevés lors de cette phase
particulière de traversée du courant-jet ? Lorsque toutes les trajectoires sont prises en
compte, il est difficile de conclure positivement (résultat non montré) mais lorsqu’on
considère celles qui atteignent les plus fortes amplitudes, la réponse est oui (figure 2.6). La
vorticité maximale connait une phase de croissance plus élevée au moment de la traversée
(entre 6h avant et 12h après) qu’avant la traversée du courant-jet (entre 24h et 6h avant la
traversée) (figure 2.6a). Ces plus fortes pentes au moment de la traversée sont également
visibles sur le minimum de la partie haute fréquence de la fonction de courant (figure
2.6b) et le minimum de la divergence du vecteur Q (courbe noire sur la figure 2.6c). Cette
plus forte croissance ne peut en aucun cas être expliquée par la divergence du vecteur Q
calculé à partir de la composante basse fréquence de l’écoulement (courbe rouge sur la
figure 2.6c). Celle-ci est légèrement plus négative lorsque les dépressions ont déjà croisé
l’axe du jet car les dépressions se trouvent principalement du côté gauche de la zone de
diffluence du jet de grande échelle mais ne peut en aucun cas expliquer les variations de
la divergence du vecteur Q total. Ce résultat permet définitivement d’écarter le rôle joué
par les ascendances formées dans la sortie gauche du courant-jet de grande échelle.
L’étude statistique précédente confirme que : (i) une région barotrope critique est
46 Chapitre 2

Fig. 2.6 – Evolution temporelle de l’amplitude des dépressions au cours de la traversée du


courant-jet pour les cas extrêmes (celles ayant dépassé un seuil de vorticité maximale de
2.5 × 10−4 s−1 au cours de leur vie ce qui représente environ 335 trajectoires, soit environ
une par mois). (a) vorticité relative maximale à 850 hPa, (b) minimum de la fonction de
courant haute fréquence à 850 hPa et (c) minima de la divergence du vecteur Q (courbe
noire) et de celle du vecteur Q calculé à partir de l’écoulement basse fréquence (courbe
rouge). L’instant 0 correspond au premier instant de localisation au nord du jet.

une zone privilégiée de traversée du courant-jet par les dépressions, (ii) les dépressions
connaissent une phase de réintensification lors de cette traversée, (iii) environ la moitié
des tempêtes les plus fortes connaissent cette phase de forte croissance et (iv) le mécanisme
associé ne peut pas être attribué à la circulation agéostrophique induite par le courant-jet
de grande échelle. Bien que cette étude statistique ne soit pas encore publiée, elle est
incluse dans le présent chapitre car permet de former un tout cohérent avec les autres
résultats du chapitre déjà publiés.

2.3 Effets agissant sur la forme et la trajectoire des


dépressions
Les résultats de cette section reposent essentiellement sur les articles de Rivière (2008),
Gilet et al. (2009) et Oruba et al. (2011)

2.3.1 Cadre barotrope


Effets nonlinéaires agissant sur la forme des perturbations

Les effets linéaires d’étirement que subit une perturbation dans un champ de déforma-
tion ne sont pas les seuls effets qui puissent étirer celle-ci puisque des effets nonlinéaires
peuvent être déterminants. En effet, si on compare l’évolution d’une perturbation cy-
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 47

Fig. 2.7 – Termes de tendance de la vorticité relative dans le cadre de simulations baro-
tropes sur plan f d’une perturbation initialement isotrope évoluant dans un cisaillement
uniforme (colonne de gauche) anticyclonique et (colonne de droite) cyclonique à T=12h.
(a),(b) advection linéaire, (c),(d) advection nonlinéaire et (e),(f) tendance totale (traits
pleins et tiretés pour les valeurs positives et négatives respectivement, intervalle : 2 ×
10−10 s−2 ). Les plages grisées représentent la vorticité de la perturbation (intervalle : 2 ×
10−5 s−1 ). Tiré de Gilet et al. (2009).
48 Chapitre 2

clonique et initialement isotrope dans des cisaillements cyclonique et anticyclonique, on


s’aperçoit très vite que dans un cisaillement anticyclonique, la perturbation va constam-
ment s’étirer selon l’orientation SO-NE (sud-ouest nord-est) tandis que dans un cisaille-
ment cyclonique, elle va dans un premier temps s’étirer un peu selon l’axe SE-NO (sud-
est nord-ouest) mais ensuite son axe principal va tourner de manière cyclonique et elle
ne s’étirera plus. Après 12h de simulations (cf. figure 2.7), dans le cas anticyclonique, la
perturbation est orientée selon la première bissectrice tandis que dans le cas cyclonique
elle est déjà plus allongée zonalement. Cette différence d’évolution s’interprète aisément
en développant l’équation de conservation de la vorticité relative dans le cadre barotrope
non-divergent sur plan f et en décomposant l’écoulement en la somme d’une perturbation
(primes) et d’un écoulement de base (barres) pour lequel le vent zonal u est une fonction
linéaire de y :

∂ζ 0
= −u.∇ζ 0 − u0 .∇ζ 0 . (2.1)
∂t

Le premier terme de l’équation (2.1) est l’advection linéaire et le second terme l’advec-
tion nonlinéaire. Pour une perturbation cyclonique elliptique, le terme nonlinéaire fait
tourner l’axe de l’ellipse de manière cyclonique (cf. les contours des figures 2.7c-d). Dans
le cas anticyclonique, cet effet de rotation (figure 2.7c) s’annihile avec celui de rotation
anticyclonique dû à l’environnement (figure 2.7a) et la somme des deux tendances tend à
étirer la perturbation selon la première bissectrice (figure 2.7e). Dans le cas cyclonique,
ces deux effets sont similaires et tendent à faire tourner l’axe principal de la perturbation.
Ces simulations sont en accord avec les résultats analytiques de Kida (1981) qui montre
que le taux de rotation de l’axe d’un tourbillon elliptique dépend de la somme de la ro-
tation de l’environnement et de la vorticité moyenne de la perturbation. Vu autrement,
ce critère peut être considéré comme une nouvelle définition du paramètre r de l’équation
(1.11) auquel il faudrait rajouter au numérateur une partie rotative due à la vorticité de
la perturbation dans le cadre nonlinéaire.
Bien que l’étirement d’un tourbillon évoluant dans un cisaillement de signe opposé à
sa vorticité soit bien connu dans le contexte de la dynamique des fluides géophysiques
(Legras et Dritschel 1993), cela ne semble pas être vraiment le cas en météorologie des
moyennes latitudes. Il est bon de rappeler que ce résultat permet de comprendre facilement
certaines propriétés des ondes baroclines. Par exemple, les deux cycles de vie LC1 et LC2
de Thorncroft et al. (1993), qu’on étudiera plus en détails dans le chapitre 3, se distinguent
au niveau des thalwegs des ondes. Dans le cas LC2, les thalwegs restent logiquement
isotropes puisque ce cycle de vie se termine du côté cyclonique du jet tandis que dans le
cas LC1, ils sont fortement étirées car l’onde tend à se déplacer du côté anticyclonique
du jet. Enfin, cette différence d’étirement des perturbations entre LC1 et LC2 pourrait
expliquer le fait que l’énergie cinétique décroît plus vite dans LC1 que dans LC2 puisqu’une
structure plus étirée induit une conversion barotrope plus fortement négative.
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 49

Effets nonlinéaires agissant sur la trajectoire des perturbations

Le déplacement méridien des dépressions de surface n’a jamais fait l’objet d’étude sys-
tématique en météorologie synoptique bien qu’il soit bien connu que celles-ci se déplacent
vers les pôles dans les simulations nonlinéaires aux équations primitives (Simmons et Hos-
kins 1978). En revanche, une multitude d’études de nature analytique ou numérique ont
porté sur l’analyse des trajectoires de tourbillons de toutes sortes dans différents environ-
nements en ayant comme perspective d’application soit les cyclones tropicaux (Holland
1983, Wang et al. 1997), soit les tourbillons océaniques (McWilliams et Flierl 1979, Morel
et McWilliams 1997). Toutes ces études reposent sur la notion de ”beta drift” initialement
introduite par Rossby (1948) et Adem (1956) en étudiant l’équation de vorticité dans un
modèle barotrope non divergent. La tendance de vorticité due au paramètre β est −βv qui
crée pour un tourbillon donné une structure dipolaire appelé ”beta gyres“. Celles-ci sont
responsables d’un déplacement vers l’ouest des tourbillons. Au second ordre en temps, ces
beta gyres advectent le tourbillon initial vers le pôle si c’est un cyclone et vers l’équateur
si c’est un anticyclone. A ma connaissance, la notion de beta drift appliquée à l’étude des
déplacements des tourbillons atmosphériques des moyennes latitudes n’a été introduite
que dans l’article de Gilet et al. (2009) issu de la thèse de Jean-Baptiste Gilet que j’ai co-
encadrée. Ce manque d’intérêt pour ce mécanisme aux moyennes latitudes est sans doute
liée à l’emprise des modes normaux linéaires dans ce domaine de la météorologie dyna-
mique et du très faible nombre d’études considérant une dépression de surface comme un
tourbillon isolée. C’est cette dernière approche qui a pourtant été suivie dans le cadre des
thèses de Jean-Baptiste Gilet et Ludivine Oruba pour mettre en évidence le rôle du beta
drift dans le contexte synoptique des moyennes latitudes et notamment dans la traversée
du courant-jet par les dépressions.
La figure 2.8 représente les résultats de deux simulations barotropes très simples sur
plan β où l’écoulement de base est au repos et qui diffèrent par la structure initiale du
tourbillon cyclonique isolé. En haut, la structure est initialement isotrope tandis qu’en
bas, elle est fortement étirée selon un axe SO-NE. Comme on s’y attend, les deux per-
turbations cycloniques se déplacent vers le nord en raison du ”beta drift”. Celui-ci peut
être appréhendé en analysant les anticyclones qui se sont formés dans chaque simulation à
l’est du cyclone en raison de la dispersion d’énergie vers l’est (la vitesse de groupe est diri-
gée vers l’est pour les ondes de Rossby). Un dipole cyclone-anticyclone selon l’orientation
ouest-est se déplace mutuellement vers le nord car l’anticyclone formé advecte le cyclone
vers le nord et le cyclone advecte l’anticyclone vers le nord également. Plus la dispersion
d’énergie est rapide, plus l’anticyclone sera vite formé et plus rapidement se fera le dépla-
cement vers le nord. On constate effectivement un déplacement plus rapide vers le nord
pour le cas étiré qui possède l’anticyclone le plus fort (comparer les amplitudes des anti-
cyclones sur les figures 2.8b et e). On peut montrer que la structure optimale instantanée
pour disperser l’énergie le plus rapidement possible est la structure étirée latitudinalement.
Mais une perturbation initiale étirée selon l’axe SO-NE voit son axe principal pivoter cy-
50 Chapitre 2

Fig. 2.8 – Comparaison entre les simulations barotropes sans écoulement de base sur
plan β de (a),(b),(c) une perturbation initialement isotrope et (d),(e),(f) une perturbation
initialement étirée. (a),(d) t=0 ; (b),(e) t=15h ; (c),(f) t=30h. Les contours en traits pleins
et traits tiretés représentent respectivement les valeurs positives et négatives de la vorticité
relative. Le trait épais noir représente la trajectoire du cyclone. Tiré de Oruba et al. (2011).

cloniquement par effets nonlinéaires et est donc étirée selon l’axe sud-nord pendant un
certain temps (figure 2.8e) ce qui privilégie la formation de l’anticyclone. Ces simulations
très simples ont donc permis de montrer le lien étroit entre l’anisotropie d’une structure
et son déplacement via sa capacité à disperser l’énergie vers l’est rapidement et à créer
l’anticyclone.

Cadre réaliste

Le résultat précédent suggère un lien étroit entre la déformation d’un tourbillon et sa


trajectoire méridienne et on envisage dès lors la possibilité qu’une zone de forte déforma-
tion effective soit plus à même de créer un déplacement méridien plus fort qu’une zone
de faible déformation effective puisqu’elle va déformer plus le tourbillon. Cette hypothèse
est confirmée par les deux simulations de la figure 2.9 effectuées en utilisant un modèle
barotrope sur la sphère (en fait la version barotrope du modèle de Marshall et Molteni
(1993)). Dans chaque simulation, la perturbation introduite initialement est un cyclone
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 51

1
1
1
1
Fig. 2.9 – Evolution temporelle d’une perturbation initialement isotrope le long d’un jet
présentant une région barotrope critique (marquée par un triangle vert) à (colonne de
gauche) l’est et (colonne de droite) l’ouest de l’Atlantique. Sont représentés la vorticité
relative perturbée (contours noirs, intervalle : 2.5 × 10−5 s−1 ), la conversion barotrope
(plages colorées, unités : m2 .s−3 ), le module du vent (contours bleus, unités : m.s−1 ), et
les axes de dilatation associées uniquement dans les régions de forte déformation effective.
(a),(b) t=12h, (c),(d) t=24h, (e),(f) t=36h et (g),(h) t=48h. Tiré de Rivière (2008).

isotrope sous forme gaussienne placée à l’entrée d’un courant-jet plutôt zonal, mais spa-
tialement complexe, et maintenu stationnaire par un forçage adéquat tout au long de la
simulation. Les deux simulations diffèrent uniquement par la structure des écoulements
de base qui possèdent des régions barotropes critiques localisés à des endroits différents.
Il s’agit de deux classes de régimes zonaux obtenus à partir de l’algorithme de partition
décrit précédemment et appliqué aux données ERA40. Le cas de droite présente une ré-
gion barotrope critique à l’entrée du courant-jet tandis que le cas de gauche à la sortie du
courant-jet (voir la position des deux triangles verts). Après un jour de simulation (figures
2.9c-d), le cas de droite qui a évolué dans une zone de forte déformation effective présente
une plus forte élongation méridienne que le cas de gauche qui a évolué dans une zone
plutôt neutre en termes de déformation effective. De plus, l’anticyclone du cas de droite
a une amplitude plus importante que celui de gauche ce qui rend le déplacement perpen-
52 Chapitre 2

diculairement au jet plus important dans le cas de droite. Ainsi peut-on voir qu’après
un jour et demi de simulations (figures 2.9e-f), le dipôle a déjà traversé le courant-jet à
droite alors que ce n’est pas le cas encore à gauche ; pour le second, cette traversée a lieu
au niveau de la région barotrope critique entre 36 heures et 48 heures après le début de
la simulation (figures 2.9e et g). On remarque également la régénération barotrope dans
chaque simulation en aval des régions barotropes critiques (plages colorées rouges).
Pour conclure sur le cas barotrope, il y a bien un déplacement perpendiculaire au jet
plus rapide en amont de la région barotrope critique là où la déformation effective est
forte car le tourbillon cyclonique qui est plus étiré latitudinalement disperse plus vite
de l’énergie en aval pour produire plus vite un anticyclone qui l’advecte par la suite de
manière plus efficace perpendiculairement au jet.

2.3.2 Cadre barocline


Simulations idéalisées

Le modèle le plus simple possible pour analyser le beta drift dans un cadre barocline est
le modèle à deux couches (cf. équations (1.1) et (1.2)). La figure 2.10 montre qu’en présence
d’un cisaillement vertical de vent constant (u1 et u2 sont constants tels que u1 > u2 ), la
perturbation du bas ne change pas de latitude pour β = 0 tandis qu’elle se déplace vers le
nord pour β = 3β0 . Pour β = 0, les deux gradients de PV en haut et en bas ont exactement
la même amplitude mais sont de signe opposé (∂q k /∂y = Rd−2 (−1)k−1 (u1 − u2 )) alors que
pour β = 3β0 , la moyenne verticale du gradient de PV est non nul et vaut précisément β.
C’est donc la présence d’une composante barotrope dans le gradient de PV qui permet le
déplacement méridien des perturbations.
L’interprétation est la suivante. La configuration initiale des simulations est similaire
au schéma de la figure 1.5 avec deux anomalies cycloniques placées en quadrature de phase.
Dans le cas β = 0, les gradients de PV étant de même amplitude mais de signe opposé,
l’anomalie du haut disperse de l’énergie en aval avec la même efficacité que l’anomalie
du bas qui elle disperse de l’énergie en amont en raison d’un gradient de PV négatif. Il
y a création d’un anticyclone à l’est de l’anomalie cyclonique d’altitude et à l’ouest de
l’anomalie cyclonique de la couche du bas. Le dipôle d’altitude se déplace vers le nord
et advecte également l’anomalie cyclonique du bas vers le nord. A l’inverse, le dipôle
de la couche du bas a tendance à s’autodéplacer vers le sud et à advecter l’anomalie
cyclonique du haut vers le sud également. Tout étant parfaitement symétrique, il n’y a
pas de déplacement net du système synoptique composé des deux anomalies cycloniques.
On peut éventuellement observer une tendance à tourner de manière cyclonique l’une
autour de l’autre dû au fait que les anomalies cycloniques sont très fortes par rapport aux
anomalies anticycloniques. En revanche, pour β = 3β0 , l’amplitude du gradient de PV du
haut devient plus fort que celui du bas et l’anticyclone du haut se forme ainsi beaucoup
plus vite. Comme le dipôle du haut est plus fort, c’est le déplacement qu’il induit sur
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 53

Fig. 2.10 – Vorticité relative de la perturbation dans la couche du bas du modèle à deux
couches (en rouge) et la trajectoire associée (trait noir) après une simulation de 60 heures
dans un environnement barocliniquement instable (cisaillement vertical constant) pour (a)
β = 0 et (b) β = 3β0 . La perturbation initiale est constituée de deux anomalies isotropes
localisées dans les deux couches et favorablement configurées pour interagir de manière
barocline. Tiré de Gilet et al. (2009).

lui-même et sur l’anomalie cyclonique du bas qui l’emporte par rapport au déplacement
induit par le dipôle du bas. La tendance nette est donc un déplacement vers le nord pour
les anomalies cycloniques du bas et du haut.
Les simulations très simples de la figure 2.10 montrent que le paramètre clé pour le
déplacement d’une dépression de surface vers le nord est le gradient barotrope de PV.
Ceci est confirmé par les simulations de la figure 2.11 ; bien que ces simulations soient
effectuées sur plan f , il existe un gradient barotrope de PV en raison du gradient de
vorticité relative lié à la présence d’un jet localisé (−∂ 2 u1 /∂y 2 et −∂ 2 u2 /∂y 2 sont tous
les deux positifs dans les deux simulations de la figure 2.11) ; c’est ce qu’on appelle le
beta effectif. La différence entre les deux simulations réside dans l’intensité de la partie
barotrope du jet, c’est-à-dire du beta effectif. Le but des deux simulations est d’estimer
l’impact de ce jet barotrope dans le déplacement méridien d’un système synoptique se
trouvant initialement au sud du courant-jet. Dans ces deux simulations nonlinéaires du
modèle, les dépressions de surface se déplacent vers le nord alors que dans des simulations
linéaires avec les mêmes conditions initiales, il y a maintien des structures plus ou moins
à la même latitude. Ceci confirme une fois de plus le rôle clé joué par les nonlinéarités.
De plus, dans le cas du jet barotrope plus fort (figures 2.11a-d), le déplacement vers le
nord est beaucoup plus important que dans le cas du jet barotrope plus faible (figures
2.11e-h). Il y a même une traversée nette du courant-jet par la dépression de surface dans
le premier cas au bout de 36h alors que dans le second cas, la traversée n’a pas lieu.
L’interprétation en termes de dispersion d’énergie en aval dans la couche du haut est
confortée par ces simulations. Dans la couche du haut, l’anticyclone qui se forme en aval du
cyclone a une plus forte amplitude dans le cas du jet barotrope plus fort que dans l’autre
cas (non montré ici). C’est donc bien la présence du dipôle d’altitude qui, en fonction de
54 Chapitre 2

Fig. 2.11 – Simulations nonlinéaires du modèle QG à deux couches d’une perturbation


synoptique évoluant dans un courant-jet zonal dont le vent a un profil gaussien et dont
les maxima dans les couches du haut et du bas sont respectivement (en haut ; vignette
d) 50 m.s−1 et 25 m.s−1 et (en bas ; vignette h) 30 m.s−1 et 5 m.s−1 . La ligne horizontale
en traits épais représente la ligne de maximum de vent de l’écoulement de base et donc
l’axe du courant-jet allant d’ouest en est. La condition initiale consiste à positionner une
perturbation dans la couche du bas au sud de ce courant-jet (sur la ligne horizontale en
traits fins) et une anomalie d’altitude en amont de celle-ci et d’étudier la traversée du
courant-jet. L’évolution temporelle de la vorticité relative (intervalle : 2.5 × 10−5 s−1 )
de la gauche vers la droite correspond aux instants 12h, 36h et 60h. Tiré de Gilet et al.
(2009).

son amplitude, advecte plus ou moins rapidement l’anomalie de surface vers le nord.

Simulations dans un cadre réaliste

Les conclusions des simulations idéalisées ont été confirmées dans le cadre de simula-
tions de la tempête Xinthia (26-28 février 2010) à partir du modèle opérationnel ARPEGE
de Météo-France. Dans un premier temps, il a fallu reproduire le scénario de la tempête
elle-même ; sa trajectoire ainsi que son creusement lors de la traversée du courant-jet sont
assez bien reproduits par le modèle ARPEGE quand il est initialisé avec l’analyse opéra-
tionnelle du 26 février à 6h (courbes noires sur les figures 2.12). Dans le but de supprimer
ou d’ajouter une composante barotrope au courant-jet de grande échelle le long duquel
a évolué la tempête, l’algorithme d’inversion de PV développé initialement par Arbogast
(1998) dans sa thèse et qui a connu un certain nombre d’améliorations depuis (Arbogast
et al. 2008) a été utilisé. Après calcul du PV basse fréquence, deux tests de sensibilité
ont été effectués en ajoutant et supprimant 25% du PV basse fréquence calculé à 300
hPa sur tous les niveaux de la troposphère. Cela équivaut à intensifier et à réduire le jet
barotrope respectivement. Plus le jet barotrope est renforcé, plus vite se fait l’advection
le long de l’écoulement basse fréquence. Ce résultat logique est montré sur la figure 2.12c.
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 55

Fig. 2.12 – Simulations de la tempête Xinthia à partir du modèle ARPEGE en prenant


comme condition initiale l’analyse opérationnelle du 26 février 2010 à 06h UTC (en noir),
en réduisant l’intensité jet barotrope basse fréquence (en rouge) et en renforçant ce même
jet barotrope (en bleu turquoise). (a) trajectoires des trois maxima de vorticité et mo-
dule du vent basse fréquence (plages colorées, unité : m.s−1 ). Evolution temporelle du (b)
minimum de pression au niveau de la mer, (c) du déplacement (en degrés) le long de l’écou-
lement basse fréquence et (d) du déplacement (en degrés) perpendiculaire à l’écoulement
basse fréquence. Article en préparation.

En revanche, ce qui est beaucoup moins trivial et fait appel au mécanisme précédent du
beta drift généralisé dans le cadre barocline, c’est que le déplacement perpendiculairement
au jet est plus rapide dans le cas d’un jet barotrope plus fort (figure 2.12d). Ainsi, la dé-
pression de surface croise le jet plus rapidement dans un jet barotrope renforcé et connait
une phase de renforcement plus rapidement (figure 2.12b). Il s’avère également que l’an-
ticyclone d’altitude se situant juste en aval de Xinthia a une amplitude plus importante
dans le cas du jet barotrope renforcé.
Pour conclure, le moteur de la traversée du courant-jet par une dépression est l’am-
plitude de la composante barotrope du jet et le mécanisme associé fait appel à la généra-
lisation du beta drift dans le cas barocline. Il est donc logique de voir un premier pic de
densité de traversée dans la zone où le jet barotrope atteint son maximum (figure 2.5). Et
ce sont les effets combinés de la déformation effective et du beta drift qui expliquent les
zones préférentielles de traversée du courant-jet par les dépressions de surface au niveau
des régions barotropes critiques (second pic de la figure 2.5) car ce sont les perturbations
cycloniques les plus étirées latitudinalement qui dispersent le plus efficacement l’énergie en
56 Chapitre 2

aval et créent l’anticyclone d’altitude qui va permettre de se déplacer perpendiculairement


au courant-jet.

2.4 Effets agissant sur l’intensité des dépressions ma-


tures
Les résultats de cette section reposent essentiellement sur les articles de Gilet et al.
(2009) et Rivière et al. (2010b)

2.4.1 Effets de l’environnement


Un autre objectif de l’article de Gilet et al. (2009) a été de déterminer quelle est la rai-
son d’un plus fort creusement des dépressions légèrement après la traversée du courant-jet.
L’approche la plus simple est de comparer l’évolution d’une même perturbation initiale
dans des environnements barocliniquement instables pour lesquels les cisaillements ho-
rizontaux sont anticycloniques et cycloniques. En d’autres termes, quel est le côté du
courant-jet le plus cyclogénétique ? Une approche numérique assez similaire a été sui-
vie par Davies et al. (1991) dans le cadre semi-géostrophique mais les auteurs du papier
avaient plus à l’esprit d’estimer l’impact des différents cisaillements sur les fronts et les
processus d’occlusion et de séclusion que de déterminer l’intensité de la croissance. Leurs
simulations montrent des dépressions plus creuses dans un cisaillement cyclonique que
dans un cisaillement anticyclonique mais c’est en grande partie lié au fait que c’est le
champ total de la pression qui est pris en compte et non pas seulement celui de la pertur-
bation. Il n’est donc pas du tout clair que la perturbation cyclonique se creuse plus dans
un environnement cyclonique que dans un environnement anticyclonique.
La figure 2.13 montre des bilans énergétiques dans le couche du bas dans le cadre de
simulations du modèle à 2 couches avec cisaillements verticaux et horizontaux uniformes

u1 = −αy + αRd , (2.2)


u2 = −0.5αy, (2.3)

avec α = 2.5 × 10−5 s−1 . Les cisaillements horizontaux sont deux fois plus faibles dans
la couches du bas que dans celle du haut pour se rapprocher d’une configuration réelle.
De plus, dans la couche du haut, le taux de déformation horizontale σ est choisi de même
amplitude que la baroclinie Nf ∂u
∂z
. La perturbation initiale est ici encore composée de deux
anomalies tourbillonnaires cycloniques formant une pente verticale vers l’ouest.
Considérons le cas β = 0 et d’un cisaillement anticyclonique (figure 2.13a) ; la conver-
sion barocline interne (courbe rouge) reste importante au cours du temps et fluctue peu
car le déphasage entre l’anomalie d’altitude et celle de basses couches se maintient avec le
temps. En revanche, la conversion barotrope (courbe bleue) décroît avec le temps car il y a
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 57

Fig. 2.13 – Taux de conversion de l’énergie cinétique de la perturbation moyennée dans la


couche du bas (unités : s−1 ) dans le cadre de simulations du modèle à 2 couches pour (a)
β = 0, un cisaillement anticyclonique, (b) β = 0, un cisaillement cyclonique, (c) β = 2β0 ,
un cisaillement anticyclonique et (d) β = 2β0 , un cisaillement cyclonique. Sont représentés
la conversion barocline interne (en rouge), la conversion barotrope (en bleu), le terme de
redistribution verticale (en vert) et la somme des trois qui représente le taux de croissance
de l’énergie cinétique (en noir). Tiré de Gilet et al. (2009).

étirement de l’anomalie cyclonique dans un environnement anticyclonique comme dans le


cadre barotrope. Le terme lié aux flux verticaux de géopotentiel (courbe verte) est relati-
vement faible tandis que celui des flux horizontaux est parfaitement nul car la moyenne est
faite sur toute la couche. Le cas cyclonique (figure 2.13b) montre une croissance assez forte
de la conversion interne puis une décroissance atteignant un minimum positif vers 30h.
Ceci est dû au fait que les anomalies du bas et du haut tournent l’une autour de l’autre
de manière cyclonique et perdent leur déphasage favorable pour l’interaction barocline.
En fait, le cisaillement cyclonique accentue un phénomène nonlinéaire qui existe déjà sans
cisaillement horizontal. La conversion barotrope connait une phase de décroissance puis
de croissance ce qui est logique car son axe tourne de manière cyclonique, d’abord il est
orienté selon les axes de dilatation (SO-NE) puis s’oriente perpendiculairement à ceux-ci
(NO-SE) comme dans le cas barotrope.
58 Chapitre 2

Considérons les deux cas où β = 2β0 (figures 2.13c-d). La différence majeure pro-
vient du transfert verticale d’énergie par les flux verticaux de géopotentiel dont la ten-
dance (courbe verte) est fortement négative. Ceci peut facilement s’interpréter en écrivant
l’équation omega (1.3) dans le modèle à deux couches en présence de β :

Rd−1
2
(∇ − 2Rd−2 )(Rd−1 sω1−2 ) = −2 ∇.Q − Rd−2 β(v1 − v2 ), (2.4)
s


 
1 ∂u1 + u2 1 ∂u1 + u2
Q = (Qx , Qy ) = −Rd−1 s .∇(ψ1 − ψ2 ), .∇(ψ1 − ψ2 ) , (2.5)
2 ∂x 2 ∂y

et ω1−2 désigne la vitesse omega à l’interface entre les deux couches. Juste au dessus de la
dépression de surface v10 − v20 > 0, donc le second terme du membre de droite de l’équation
(2.4) est négatif, ce qui signifie qu’il réduit l’ascendance au dessus de la dépression de
surface et donc atténue l’amplification de la dépression de surface. A l’inverse, ce même
terme étant négatif au dessous du thalweg d’altitude, il tend à renforcer celui-ci. Il est
donc logique que le terme de redistribution verticale d’énergie soit négatif dans la couche
du bas et positif dans la couche du haut. Il est bien connu de manière générale que β a
un effet stabilisateur dans l’instabilité modale (Vallis, ed 2006) et non modale (Rivière
et al. 2001). En revanche, l’asymétrie entre les couches du haut et du bas ne semble pas
avoir été décrite dans la littérature. Celle-ci peut être interprétée qualitativement de la
manière suivante. En présence de β, l’asymétrie entre les gradients de PV en haut et
en bas apparaît ce qui pousse à disperser de l’énergie horizontalement plus vite en haut
qu’en bas. Par compensation, la couche du bas a tendance à redistribuer de l’énergie vers
la couche du haut. Lorsqu’on compare les cas cyclonique et anticyclonique en présence
de β, on s’aperçoit que ce terme de redistribution verticale est un puits plus important
d’énergie pour le cas anticyclonique. Ceci est logique car la perturbation étant plus étirée,
les vitesses méridiennes y sont plus fortes que dans le cas cyclonique et le second terme
du membre de droite de l’équation (2.4) est plus fort ce qui crée des ascendances moins
fortes au dessus du tourbillon de surface. Dans les premières 24 heures de simulation,
le taux de croissance de l’énergie cinétique du cas cyclonique est au moins deux fois
supérieur au cas anticyclonique (courbes noires sur les figures 2.13c-d) en raison de ce
terme de redistribution verticale et légèrement à cause de la conversion barocline interne.
Au delà de 30 heures, la situation change beaucoup mais on n’est plus sûr de traiter
l’énergie cinétique de la même anomalie cyclonique car il y a eu dispersion d’énergie avec
la formation de nouveaux thalwegs. Si en revanche, on revient au cas β = 0, la différence de
développement entre les deux types de cisaillement est beaucoup moins nette. Même si il
manque encore une validité sur toute une gamme de paramètres, le cisaillement cyclonique
semble donc être beaucoup plus cyclogénétique que le cisaillement anticyclonique.
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 59

Fig. 2.14 – Taux de conversion de l’énergie cinétique de la perturbation moyennée dans


la couche du bas (unités : s−1 ) dans le cadre de simulations du modèle à 2 couches où la
perturbation traverse le courant jet du côté chaud au côté froid (même simulation que celle
du haut de la figure 2.11). Sont représentés la conversion barocline interne (en rouge), la
conversion barotrope (en bleu), le terme de redistribution verticale (en vert) et la somme
des trois qui représente le taux de croissance de l’énergie cinétique (en noir). Tiré de Gilet
et al. (2009).

2.4.2 Le creusement des dépressions à la traversée du courant-jet

Le même bilan énergétique a été effectué dans la couche du bas pour la simulation qui
présente une traversée de courant-jet (cas des figures 2.11a-c) et est montré sur la figure
2.14. On remarque deux pics dans le taux de croissance de l’énergie cinétique, un avant la
traversée du jet et un autre après la traversée. On peut montrer en termes de fonction de
courant de la perturbation que son creusement est même beaucoup plus rapide lors de la
seconde phase que lors de la première. Le second pic est dû essentiellement à un rapide arrêt
de la perte d’énergie due à la redistribution verticale et est en quelque sorte un scénario
proche du cas du cisaillement cyclonique de la figure 2.13d vers 15h. Cette remontée
du terme de redistribution verticale est similaire à celui diagnostiqué pour la POI17 de
FASTEX. En revanche, la conversion barotrope joue un rôle mineur dans la phase de
réintensification du cas idéalisé alors qu’elle jouait un rôle important pour le cas réel
même si le caractère négatif, neutre puis négatif (courbe bleue) est similaire à la séquence
en trois étapes dilatation-contraction-dilatation. Peut-être est-ce dû au fait que dans le
cas présent, la déformation effective est nulle, ce qui limite l’impact des effets barotropes.
En d’autres termes, on est capable de reproduire en grande partie le scénario énergétique
de la POI17 de FASTEX dans ce cas idéalisé à part peut-être au niveau des conversions
barotropes qui sont ici négligeables. Le travail de thèse de Ludivine Oruba consiste à
introduire des courants-jets avec des méandres qui présentent des champs de déformation
effective non triviaux et accordent un rôle plus important aux effets barotropes.
60 Chapitre 2

Deux conclusions dès lors s’imposent pour mettre en perspective les résultats précé-
dents par rapport à la littérature :
– Il est possible de reproduire une traversée de courant-jet par une dépression de
surface dans un cadre très idéalisé de jet purement zonal, c’est-à-dire sans circula-
tion agéostrophique transverse. L’analogie avec le mécanisme des rapides de jet de
Uccelini (1990) est donc forcément excluse.
– Même si une composante barotrope de jet tend à stabiliser la croissance linéaire
des perturbations baroclines (James 1987), dans le cas nonlinéaire, il est le moteur
d’une future réintensification de la dépression quand elle sera du côté cyclonique du
jet. Ainsi tant les simulations idéalisées que les simulations de Xinthia ont montré
qu’un renforcement du jet barotrope ne faisait pas décroître l’intensité de la phase
de forte croissance des dépressions, loin s’en faut.

2.4.3 Effets diabatiques

x 1e−4
10

9
RELATIVE VORTICITY (1/s)

2
25 06H 12H 18H 26 00H 06H 12H 18H 27 00H
TIME EVOLUTION (day + hours)

Fig. 2.15 – Evolution temporelle du maximum de vorticité relative à 850 hPa pour la
simulation de contrôle de la tempête Lothar du 26 décembre 1999 (courbe avec le signe
◦), la simulation adiabatique, c’est-à-dire sans processus humides et sans effets dissipatifs
(courbe avec le signe •) et la simulation sans processus humides (courbe avec le signe ⊕).
Tiré de Rivière et al. (2010b).

Les sections précédentes ont montré que l’environnement de grande échelle avec toutes
ses inhomogénéités spatiales modulait les différentes conversions d’énergie et permettait
d’expliquer le cycle de vie parfois complexe de certaines dépressions. Même si les effets
diabatiques jouent un rôle amplificateur des phases de forte croissance, peuvent-ils avoir
un rôle dans la localisation de ces phases ou dit autrement un rôle déclencheur ? Afin
d’aborder cette question, trois simulations ont été effectuées pour le cas de la première
tempête de décembre 1999 appelée Lothar, une avec toute la physique du modèle (le run
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 61

de contrôle), une où les processsus humides et notamment les effets de condensation ont
été supprimés, et l’autre purement adiabatique où à la fois les processus humides et les
processus disssipatifs liés à la friction ont été supprimés. L’évolution du maximum de
vorticité à 850 hPa pour ces trois simulations est montrée sur la figure 2.15. Dans le
cas de contrôle, du 25/12 à 06h au 26/12 à 00h, la vorticité reste constante puis croît
de manière abrupte au moment où elle se trouve au large de la France. Comme cela
a été suggéré au début du chapitre, cette explosivité est liée à l’apparition d’une zone
beaucoup plus favorable pour la croissance de la dépression (cf. figure 2.3). Le cas sans
processus humides ne présente aucune phase de croissance montrant ainsi le rôle crucial
des processus humides comme l’avaient déjà décrit Wernli et al. (2002). Cependant, le
cas adiabatique présente un scénario très proche du cas de contrôle ce qui montre que les
processus humides ne font que compenser les effets dissipatifs et ne sont pas à l’origine
d’un scénario bien différent au niveau de la phase de forte croissance (Rivière et al. 2010b).
Dit autrement, les processus humides sont essentiels pour compenser la dissipation mais la
phase de croissance explosive peut simplement s’interpréter sans les processus diabatiques
par interaction barocline entre le courant-jet d’altitude et la dépression de surface. Cela
conforte l’idée selon laquelle on peut continuer à exploiter les modèles simples à dynamique
sèche pour comprendre certaines phases des tempêtes réelles.

2.4.4 Redistribution de l’énergie au sein des dépressions


Un autre aspect des tempêtes qui peut être étudié simplement notamment à l’aide
du modèle à 2 couches est celui de la redistribution d’énergie cinétique. Si on considère
l’évolution de la répartition de l’énergie cinétique au sein des tempêtes Klaus et Xinthia,
on s’aperçoit vite que l’énergie du système n’est pas uniformément répartie autour de
son centre et qu’il existe des caractéristiques communes aux deux tempêtes. Le système
associé à Klaus (colonne de gauche de la figure 2.16) présente des zones de forte éner-
gie cinétique haute fréquence essentiellement à l’ouest et à l’est du minimum de pression
lorsque la dépression traverse le jet des basses couches (figure 2.16a), puis au nord-ouest
dans les heures qui suivent (figures 2.16c,e) et enfin au sud-ouest lorque la tempête atteint
les terres (figures 2.16g). Cette redistribution d’énergie cinétique est bien représentée par
une simulation du modèle à deux couches similaire à celle discutée dans les sections précé-
dentes. Lors de la traversée du courant-jet (figure 2.16b), il y a effectivement accumulation
d’énergie à l’ouest et à l’est du système comme dans le cas de Klaus (figure 2.16a) puis
une redistribution d’énergie cinétique de manière cyclonique. Il y a en fin de compte une
certaine quantité d’énergie perturbée qui s’accumule au sud du système lorsqu’il est du
côté nord du jet ce qui aboutit à un vent total (la somme de celui de l’environnement et
de celui de la perturbation) très fort au sud du minimum de pression. Il n’est donc pas
étonnant que la plupart des rafales de vent se soient produites au sud du minimum de
pression pour la tempête Klaus. Toutes ces caractéristiques sont facilement interprétables
grâce à l’équation de l’énergie cinétique de la perturbation (1.5) et la position du système
62 Chapitre 2

Fig. 2.16 – Comparaison entre l’évolution de l’énergie cinétique perturbée (en bleu) pour
(colonne de gauche) le cas de la tempête Klaus et (colonne de droite) le cas d’une per-
turbation issue d’une simulation idéalisée du modèle QG à deux couches. La simulation
idéalisée est similaire au cas des figures 2.11 et 2.14 et consiste à initialiser une pertur-
bation cyclonique isotrope au sud du courant-jet. (a),(c),(e),(g) position du maximum
de vorticité relative associée à Klaus (diamant noir), module du vent haute fréquence
(contours bleus, intervalle : 5 m.s−1 ) et module du vent basse fréquence (plages colorées).
(b),(d),(f),(h) module du vent de la perturbation (contours bleus, intervalle : 5 m.s−1 )
et module du vent de l’écoulement de base (plages colorées, même intervalle que sur la
colonne de gauche).
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 63

par rapport à l’environnement de grande échelle. Ces résultats préliminaires sur les effets
internes à la dépression mais liés à la dynamique sèche QG feront l’objet de publications
à venir.
Avant d’approfondir à l’avenir certains aspects de méso-échelle qui aboutissent à la
formation de forts vents comme les sting jets par exemple, il est important d’avoir une
connaissance complète des effets purement quasi-géostrophiques qui asymétrise la réparti-
tion de l’énergie cinétique au sein des tempêtes. Les mécanismes mis en jeu dans ce cadre
simple me semblent être une étape nécessaire avant d’approcher des phénomènes de plus
petite échelle.

2.5 Prévisibilité liée aux conditions initiales


Même si l’environnement de grande échelle qui évolue lentement permet de détermi-
ner à l’avance les zones sensibles où des dépressions peuvent potentiellement fortement
croître, il n’en reste pas moins vrai que pour une dépression en train de se former, la
seule connaissance de cet environnement de grande échelle ne permet pas d’affirmer si oui
ou non la dépression va devenir une tempête. Même si le lieu de la phase de croissance
peut être connue à l’avance, il n’en est pas de même de son occurrence bien entendu. Il
existe une forte sensibilité aux conditions initiales même pour le cas de jet très bien formé
comme durant la période de fin décembre 1999. Cette sensibilité aux conditions initiales
a été étudiée pour le cas de Lothar dans Rivière et al. (2010b) et dont deux résultats
principaux sont résumés dans cette section.

2.5.1 Sensibilité aux structures d’altitude


Si on s’intéresse de près à l’évolution des deux tempêtes de décembre 1999 qui se sont
suivies à un jour d’intervalle, Lothar et Martin, on s’aperçoit vite que leur scénario dif-
fère fortement malgré un point commun fort, celui d’avoir crû fortement dans la même
zone comme cela a déjà été dit. Pour Martin, on peut aisément identifier un précurseur
d’altitude ce qui n’est pas le cas pour Lothar (Wernli et al. 2002, Hello et Arbogast
2004). Il existe pourtant pour cette dernière des anomalies de PV le long du jet d’altitude
préexistentes à la phase de forte croissance comme le montre la figure 2.17a issue de l’ana-
lyse opérationnelle (cf. les contours rouges). Une anomalie dipolaire d’altitude se trouvant
10◦ au nord de la dépression de surface suggère une interaction barocline avec celle-ci. Une
expérience de sensibilité effectuée à l’aide d’ARPEGE et de son outil d’inversion de PV
a permis d’estimer l’impact de cette anomalie dipolaire dans l’évolution de la dépression.
Le cas de la colonne de gauche représente le run de contrôle de la tempête qui représente
bien l’analyse. Le cas de la colonne de droite représente le run pour lequel on a enlevé le
dipôle. Celui-ci se reforme assez vite ensuite dans la zone de forts gradients de PV (figure
2.17d) et le scénario de la phase de forte croissance n’est pratiquement pas modifié, ni
64 Chapitre 2

a. b.

CTRL, t=0 No dipole, t=0

c. d.

-5
-0.2000 10
-5
-0.2000 10

CTRL, t=12H No dipole, t=12H

-5

e.
10

f.
-0.2000

-5
-5 -5
0
10 10 01
00
0 000 00
-0.2 -0.2 -0.2
-5

-0.2000 10
-5
-5
00 10
-0.20 10
000
-5
-0.2
10
-0.2000

CTRL, t=24H No dipole, t=24H

Fig. 2.17 – Evolution temporelle (t=0, 12, 24h) des anomalies haute fréquence de PV
(la partie basse fréquence du PV de l’analyse opérationnelle a été soustraite) à 300 hPa
(contours rouges, traits pleins et tiretés pour les valeurs positives et négatives respective-
ment ; intervalle : 1PVU), de la vorticité relative à 850 hPa (contours bleus ; intervalle : 8
× 10−5 s−1 ) pour (colonne de gauche) la simulation de contrôle de la tempête Lothar et
(colonne de droite) la simulation dans laquelle l’anomalie dipolaire d’altitude a été sous-
traite à l’instant initial grâce à l’outil d’inversion de PV. La partie basse fréquence du PV
à 300hPa est représentée par les contours noirs fins (intervalle : 1PVU). Tiré de Rivière
et al. (2010b).

en intensité ni en localisation. C’est finalement le passage sous la zone de forts gradients


de PV qui permet la formation très rapide de l’anomalie d’altitude. Il y a donc peu de
sensibilité aux conditions initiales d’altitude pour cette tempête là en particulier quand
elle se trouve au milieu de l’Atlantique.

2.5.2 Sensibilité à la forme et à la position des anomalies de sur-


face
De plus fortes sensibilités aux conditions initiales existent dans les basses couches
comme le montre la figure 2.18 où plusieurs expériences numériques ont été effectuées
en remplaçant le système dépressionnaire des basses couches par différentes anomalies de
surface idéalisées plus ou moins étirées et plus ou moins proches du courant-jet. L’anomalie
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 65

a. weakly stretched perturbation b. strongly stretched perturbation


0.0009 0.0009
RELATIVE VORTICITY (units: 1/s)

RELATIVE VORTICITY (units: 1/s)


0.0008 0.0008

0.0007 0.0007

0.0006 0.0006

0.0005 0.0005

0.0004 0.0004

0.0003 0.0003

0.0002 0.0002
25 06H 12H 18H 26 00H 06H 12H 18H 27 00H 06H 25 06H 12H 18H 26 00H 06H 12H 18H 27 00H 06H
TIME EVOLUTION (day + hours) TIME EVOLUTION (day + hours)

Fig. 2.18 – Etude de sensibilité à la structure et à la position initiale de la dépression


de surface dans le cadre des tempêtes de fin décembre 1999 à l’aide de l’outil d’inversion
de PV et du modèle opérationnel ARPEGE. Les courbes colorées représentent l’évolution
temporelle du maximum de vorticité relative à 850 hPa pour des simulations où l’anomalie
de la tempête Lothar a été remplacée par une anomalie de surface idéalisée le 25 Décembre
1999 à 06h, c’est-à-dire environ 12 heures avant la croissance explosive de la tempête. (a)
Evolution du maximum de la vorticité relative à 850 hPa pour une anomalie légèrement
étirée située à 46.5◦ N (en bleu), 45◦ N (en rouge), et 43.5◦ N (en vert). (b) similaire à
(a) mais pour une anomalie fortement étirée. La courbe noire correspond au cas d’une
simulation avec la première tempête. Tiré de Rivière et al. (2010b).

qui a le plus de chances de devenir une tempête est celle qui est moins étirée et plus proche
du courant-jet. Ces résultats sont cohérents avec la différence entre Martin et Lothar.
Martin est un système plus faible, plus étiré au milieu de l’Atlantique et son devenir en
tempête n’est pas possible sans anomalie d’altitude (Hello et Arbogast 2004), tandis que
Lothar qui est beaucoup plus cohérent et développé au milieu de l’Atlantique n’a pas
besoin d’anomalie d’altitude préexistente pour devenir une tempête.
Enfin, il est curieux de noter comment un changement de latitude d’un degré et demi
seulement peut changer du tout au tout l’évolution de la dépression. Cette plus forte
sensibilité aux basses couches pose un problème de prévision important car les observations
de ces systèmes des basses couches sont peu nombreuses au milieu de l’océan. Ces systèmes
sont également souvent sous les nuages et donc difficilement représentés par les données
satellitaires.

2.6 Synthèse
Bien que les phases matures des dépressions soient dominées par l’interaction baro-
cline, celle-ci ne se produit pas forcément dans la zone de plus forte baroclinie, notamment
en ce qui concerne les tempêtes européennes. D’autres inhomogénéités spatiales de l’écou-
66 Chapitre 2

lement de grande échelle doivent être prises en compte pour identifier les phases de forte
croissance. La déformation effective, qui est une quantité qui reflète les structures fines de
l’écoulement de grande échelle invisibles par des champs classiques comme le géopotentiel
et le vent, a permis d’identifier les zones privilégiées de la traversée de l’axe du courant-jet
par les dépressions. Cette phase correspond dans de nombreux cas à une seconde phase de
croissance pour les dépressions, elle est souvent explosive, et aboutit au caractère tempé-
tueux de la dépression. Elle se produit pour environ la moitié des plus fortes dépressions de
l’Atlantique Nord. Les résultats obtenus à partir d’une hiérarchie de modèles et d’études
de cas sont les suivants :
– Les régions barotropes critiques sont des régions préférentielles de traversée du
courant-jet par les dépressions.
– Le mécanisme de traversée est liée à une généralisation du beta drift dans le cas
barocline et dont le moteur est le gradient de PV moyenné sur toute la troposphère.
Plus ce gradient est fort, plus le développement en aval est important, et plus vite se
forme le dipôle d’altitude cyclone-anticyclone au dessus de la dépression de surface
qui l’advecte ensuite perpendiculairement au jet. Cet effet est d’autant plus impor-
tant que les structures sont étirées latitudinalement ce qui rend le mécanisme plus
efficace aux abords d’une région barotrope critique et explique que celle-ci soit une
zone privilégiée de traversée.
– Les dépressions connaissent une réintensification importante légèrement après la
traversée de l’axe du jet.
– Le côté cyclonique du jet est plus cyclogénétique que le côté anticyclonique et expli-
querait en grande partie cette réintensification. D’un point de vue énergétique, ceci
provient de la somme de la conversion interne et du terme de redistribution verticale
d’énergie qui est également le produit entre la fonction de courant perturbée et la
divergence du vent perturbée. Une interprétation qualitative de la bonne corrélation
entre ces deux termes du côté cyclonique du jet reste à trouver.
– La conversion barotrope peut dans certains cas participer à la réintensification au
moment de la contraction de la structure lorsqu’elle traverse le jet mais semble ne
pas être le terme prépondérant en général.
Les simulations idéalisées décrites précédemment ont considéré un cadre QG où il
n’y a pas de décalage latitudinal entre le jet des basses couches et celui d’altitude. En
aucun cas, nous nous sommes donc placés dans le cadre particulier de l’environnement de
grande échelle de décembre 1999 ou décembre 2004, et nous n’avons pas reproduit jusqu’à
présent une région barocline critique dans un cadre idéalisé. En revanche, il est possible
d’approcher le problème dans le cadre de l’approximation semi-géostrophique (Hoskins
1975) pour laquelle les équilibres associés produisent naturellement un tel décalage. Un
modèle semi-géostrophique à tourbillon uniforme a été codé lors du stage de master de
Maiwenn Perrin en 2008 et sera utilisé pour de futures recherches. Comme l’a montré
la simulation adiabatique d’ARPEGE dans le cadre de la tempête Lothar, il n’est pas
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 67

nécessaire de disposer d’une dynamique humide pour comprendre sa phase de croissance


explosive et le modèle semi-géostrophique devrait être capable de reproduire simplement
cette phase particulière des tempêtes.
Pour conclure, il semble particulièrement opportun de mener en parallèle des approches
numérico-théoriques, des approches plus réalistes et des études de cas réels pour pouvoir
décortiquer les différentes ingrédients rendant compte du cycle de vie complexe des dé-
pressions. C’est cette position de chercheur CNRS que j’occupe au GAME-CNRM depuis
2006, dans un environnement proche des prévisions opérationnelles, qui a rendu possible
cette approche multiple.
68 Chapitre 2
Chapitre 3

Rétroaction du rail des dépressions sur


la circulation générale atmosphérique :
théories et concepts
The present chapter is dedicated to the theories of the nonlinear synoptic eddy feedback
onto the large-scale atmospheric circulation and its low-frequency variability. After a brief
introduction of the so-called Eliassen-Palm fluxes, their potentials and limitations, recent
results on Rossby wave-breaking events and their impact onto the large-scale jet fluctua-
tions are presented. A review of all the factors influencing the two kinds of wave breaking
(cyclonic and anticyclonic) is performed. The effects of the models properties (geometries
and approximations), the role played by the different components of the large-scale flow
(horizontal deformation, baroclinicity) and finally the effects related to the wave properties
themselves are discussed. Some of these effects have been analyzed in Rivière and Orlanski
(2007) and Rivière (2009) and tend to provide a new picture on the positive eddy feedback
often discussed in the litterature.

3.1 Introduction
La rétroaction des ondes de Rossby sur l’écoulement atmosphérique de grande échelle,
et notamment sur l’accélération du vent zonal, a fait l’objet d’innombrables publications
depuis les travaux pionniers de Eliassen et Palm (1961) et Charney et Drazin (1961).
Qu’il s’agisse d’étudier la rétroaction des ondes planétaires dans la stratosphère ou des
ondes synoptiques dans la troposphère, la méthodologie employée repose essentiellement
sur les flux d’Eliassen-Palm, ou d’autres flux non linéaires liés au transport de différentes
quantités par les ondes. Malgré un effort de recherche important sur cette thématique
depuis un demi siècle, de nombreuses questions se posent encore concernant la rétroaction
des ondes baroclines sur la circulation générale de l’atmosphère et en particulier sur sa
variabilité basse fréquence. Dans les années 80-90, de nombreuses études ont montré que
les transitoires synoptiques s’organisaient en fonction de la structure de l’écoulement de
grande échelle de façon à augmenter la persistence des anomalies de grande échelle et
donc formaient une rétroaction positive. Cela a été démontré dans des modèles simples
quasi-géostrophiques barotrope (Shutts 1983), barocline (Vautard et Legras 1988), dans
69
70 Chapitre 3

des simulations de GCMs (Branstator 1992, Branstator 1995), sur des études de cas réels
notamment de blocage (Illari et Marshall 1983, Shutts 1986), ou encore sur des compo-
sites de diverses anomalies basse fréquence (Lau 1988). Parallèlement, des études un peu
moins nombreuses ont montré que la formation de dépressions de fortes amplitudes pou-
vait être à l’origine d’un changement de régimes. Sanders et Gyakum (1980) et Colucci
(1985) montrent des cas de blocages initiés par des cyclogenèses explosives qui en aval ont
tendance à former de fortes dorsales et ainsi favoriser le blocage. Ce constat sur quelques
cas particuliers est conforté théoriquement et numériquement par les travaux de Reinhold
et Pierrehumbert (1982) et Reinhold et Yang (1993) qui montrent que tant que les ondes
synoptiques ont des amplitudes modérées, celles-ci maintiennent le régime en place tandis
que si elles sont explosives elles peuvent permettre la transition vers un autre régime.
Cependant, cette idée ne semble pas avoir été prouvée d’un point de vue statistique sur
les observations. Plus récemment, les études sur la rétroaction des rails des dépressions
se sont focalisées sur la notion de déferlement d’onde et sur deux cycles de vie opposés
d’ondes baroclines, notés LC1 et LC2 (Thorncroft et al. 1993), qui se terminent par un
déferlement anticyclonique et un déplacement du jet vers les pôles dans le premier cas et
un déferlement cyclonique et un déplacement du jet vers l’équateur dans le second cas.
Même si ces deux déferlements sont intrinsèquement liés à des orientations différentes des
flux d’Eliassen-Palm, cette vision plus phénoménologique et moins mathématique que les
flux d’Eliassen-Palm a permis de faire avancer notre connaissance des fluctuations basse
fréquence de l’atmosphère comme cela est rappelé dans le chapitre 4. Après une revue des
différentes visions de la rétroaction synoptique sur la grande échelle, le présent chapitre
est dédié aux facteurs qui influencent les deux types de déferlement ce qui nous permettra
de revisiter sous un nouvel angle la rétroaction positive du rail des dépressions évoquée
précédemment ainsi que la possibilité pour certaines ondes de déclencher une transition.

3.2 Théories et concepts de la rétroaction


3.2.1 Flux d’Eliassen-Palm et ses dérivés
Les flux d’Eliassen-Palm se définissent ainsi dans le contexte QG sur plan β
f0 h ∗ ∗
F = (−[u∗ v ∗ ], − [v θ ]), (3.1)
s2
où les crochets et les étoiles désignent respectivement la moyenne zonale et l’anomalie par
rapport à cette moyenne zonale. Les paramètres s2 = −h ∂θ R
∂p
et h = R/p(p/ps )R/Cp ont déjà
été introduits au chapitre un. Les flux d’Eliassen-Palm possèdent plusieurs caractéristiques
remarquables : (i) Leur divergence intervient comme une force zonale pouvant accélérer
ou décélérer le vent zonal moyen, (ii) leur divergence est également égale dans le cadre
quasigéostrophique au flux méridien de PV (iii) sous l’hypothèse linéaire, ils interviennent
dans une relation de conservation du flux d’activité de l’onde, et (iv) sous l’hypothèse
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 71

linéaire et WKBJ, ces flux sont colinéaires à la vitesse de groupe. Bien que l’impact des flux
d’Eliassen-Palm sur le vent zonal moyen ait été évoqué déjà par Charney et Drazin (1961),
les équations transformées développées par Andrews et McIntyre (1976) permettent de le
voir plus facilement. Les équations QG sur plan β en coordonnées isobares et en moyenne
zonale peuvent s’écrire ainsi
∂[u]
= f0 [v] − [u0 v 0 ]y + [F],
∂t
f0 [u]p = h[θ]y ,
[v]y + [ω]p = 0,
∂[θ] s2
= [ω] − [v 0 θ0 ]y + [L], (3.2)
∂t h
où [F] et [L] représentent respectivement les effets diabatiques dans les équations du
mouvement zonal et thermodynamique. A partir de (3.2), on obtient aisément les équations
transformées
∂[u]
= f0 [v]r + ∇.F + [F],
∂t
f0 [u]p = h[θ]y ,
[v]ry + [ω]rp = 0,
∂[θ] s2
= [ω]r + [L], (3.3)
∂t h
en définissant les vitesses résiduelles ainsi
h ∗ ∗
[v]r = [v] + [ v θ ]p , (3.4)
s2
h
[ω]r = [ω] − [ 2 v ∗ θ∗ ]y . (3.5)
s
Dans les équations dites transformées, le forçage produit par les ondes sur l’écoulement
moyen se réduit à un unique terme, celui de la divergence des flux d’Eliassen-Palm. Les
vitesses [v]r et [ω]r sont appelées résiduelles car elles sont la somme de termes de signes
opposées. En revanche, cela ne veut pas nécessairement dire qu’elles sont de plus petite
amplitude que les vitesses [v] et [ω] respectivement. On peut facilement montrer (point
(ii)) que
[v ∗ q ∗ ] = ∇.F, (3.6)
où q ∗ = vx∗ − u∗y − ∂p ( fs02h θ∗ ) est le PV perturbé. En linéarisant l’équation de PV, on obtient
l’expression décrivant le point (iii) :

∂t A + ∇.F = [S ∗ q ∗ ]/[q]y − [D∗ q ∗ ]/[q]y , (3.7)

où A ≡ [q ∗2 ]/(2[q]y ) désigne l’activité de l’onde, S les termes sources diabatiques et D


les termes de dissipation. Dans le cas où les effets diabatiques sont absents, l’équation
72 Chapitre 3

a.

b.

c.

Fig. 3.1 – (a) tendance climatologique du vent zonal liée aux ondes (résolution de l’équa-
tion (3.9) en sphériques, intervalle : 0.5 × 10−5 m s−2 ), (b) convergence des flux de quantité
de mouvement (intervalle : 0.5 × 10−5 m s−2 ) et (c) divergence des flux d’Eliassen-Palm
(intervalle : 2 × 10−5 m s−2 ). Tiré de Pfeffer (1987).

(3.7) représente une équation de conservation pour la quantité A. En considérant l’ap-


proximation WKBJ, on peut facilement montrer que F = Cg A où Cg est la vitesse de
groupe (point (iv)). On peut également écrire l’équation de conservation du PV moyenné
zonalement ainsi
∂[q]
= −(∇.F)y + [S] − [D]. (3.8)
∂t
Deux théorèmes importants peuvent être déduits de ces équations comme le rappellent
Edmon et al. (1980). Si la divergence des flux d’Eliassen-Palm est nulle et qu’on ne consi-
dère pas les effets diabatiques alors il existe une solution stationnaire pour laquelle [u]t ,
[θ]t , [v]r et [ω]r sont tous nuls (théorème dit de non accélération de Charney et Drazin).
A l’inverse, si l’écoulement de base est stationnaire et qu’on ne considère pas les effets
diabatiques, alors le terme (∇.F)y est nul (cf. équation (3.8)) et donc ∇.F l’est aussi dans
le cas où on suppose que v ∗ s’annule aux pôles ou plutôt aux frontières du canal puisqu’ici
les équations sont écrites sur le plan β (théorème dit d’Eliassen-Palm).
Bien que pertinents, ces deux théorèmes ont pu porter à confusion certains scientifiques
sur le lien existant entre l’accélération du vent zonal et la divergence de F. Il n’y a pas de
corrélation entre le signe de la divergence des flux d’Eliassen-Palm et celui de la tendance
en vent zonal comme le montre clairement Pfeffer (1987) et Pfeffer (1992). En effet, si on
dérive l’équation (3.8) selon y, on obtient
  2 
f0 ∂[u]
2
∂y + ∂p ∂p = (∇.F)yy − [S]y + [D]y . (3.9)
s2 ∂t
L’opérateur elliptique dans le membre de gauche de (3.9) est suffisamment complexe pour
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 73

que le lien entre ∇.F et [u]t soit largement non trivial et la correspondance de signe soit
largement non vérifiée, notamment dans la troposphère. Pfeffer montre l’importance des
non homogénéités spatiales de cet opérateur en raison du paramètre de stratification s et
du paramètre de Coriolis qui, tous les deux dans le cadre général, varient dans l’espace. Il
montre en particulier que bien que ∂Fp /∂p (i.e. la composante verticale de la divergence)
soit bien plus forte que ∂Fy /∂y (i.e. la composante horizontale de la divergence), elle n’a
qu’un effet mineur sur l’accélération du vent zonal. En effet, ce terme qui est lié aux flux
méridiens de chaleur sont élevés près de la surface dans une zone où s est faible alors que
les flux de quantité de mouvement sont eux maximum en haut de la troposphère là où
s est fort. En inversant l’opérateur elliptique du membre de gauche de (3.9), l’effet des
flux de chaleur devient ainsi petit par rapport à celui des flux de quantité de mouvement.
La divergence des flux de quantité de mouvement (figure 3.1b) s’avère d’ailleurs un bon
indicateur du forçage imposé au vent zonal moyen par les ondes dans la troposphère (figure
3.1a) alors que la divergence des flux d’Eliassen-Palm ne l’est pas (figure 3.1c). Cela a
été démontré sur les tendances climatologiques (Pfeffer 1987) ainsi que sur des périodes
courtes dans le temps (Pfeffer 1992).
Malgré cette non corrélation entre la divergence des flux d’Eliassen-Palm et l’accélé-
ration du vent zonal, il n’en reste pas moins vrai que cette divergence reste pertinente car
elle rassemble le forçage des ondes en un terme unique qui, via l’inversion de l’opérateur
elliptique de l’équation (3.9), influence le vent zonal. D’autre part, les flux d’Eliassen-Palm
donnent une bonne indication de la direction de propagation des ondes, avec essentielle-
ment deux caractéristiques principales pour les ondes synoptiques ; F est orienté de bas
en haut dans la basse et moyenne troposphère en raison de l’orientation vers les pôles
des flux de chaleur. Une fois que l’énergie parvient en haut de la troposphère, celle-ci se
propage essentiellement vers l’équateur où les ondes tendent à déferler avant d’atteindre
la latitude critique pour laquelle la vitesse de phase est égale au vent zonal (Randel et
Held 1991).
L’une des limitations des flux d’Eliassen-Palm est qu’ils reposent sur des moyennes
zonales circumpolaires et ne permettent pas d’analyser la propagation des ondes le long
d’écoulements de base variant zonalement. Différents vecteurs ont été introduits par diffé-
rents auteurs dans les années 80 (Hoskins et al. 1983, Plumb 1986, Trenberth 1986) pour
représenter cette fluctuation le long de la direction zonale, qu’on appellera de manière gé-
nérale les flux d’Eliassen-Palm locaux, et qui reposent sur une définition de l’écoulement
de base en moyenne temporelle et non plus en moyenne zonale. En fonction des différentes
approximations ou équations adoptées et des différents objectifs poursuivis (certains au-
teurs se focalisent plus sur la rétroaction sur l’écoulement moyen tandis que d’autres sur
la recherche d’une équation de conservation de l’activité de l’onde), différents vecteurs
peuvent être ainsi obtenus. A noter enfin le travail relativement récent de Takaya et Na-
kamura (2001) qui définissent une activité de l’onde et un flux associé qui ne dépendent
pas de la phase de l’onde contrairement aux autres quantités et qui peut être intéressant
74 Chapitre 3

pour étudier la propagation d’ondes évoluant rapidement, donc des ondes synoptiques en
particulier.

3.2.2 Nouvelle perspective à partir du déferlement d’onde


La notion de déferlement n’a été véritablement introduite dans le cadre des ondes sy-
noptiques de la haute troposphère qu’à l’issue du travail de Thorncroft et al. (1993). Les
auteurs introduisent ce vocabulaire par analogie avec le déferlement des ondes planétaires
de la moyenne stratosphère qui avait été étudié auparavant par McIntyre et Palmer (1983)
et McIntyre et Palmer (1984). Thorncroft et al. (1993) mettent en évidence deux cycles de
vie opposés pour les ondes baroclines dans des simulations aux équations primitives sur la
sphère. Au cours du cycle de vie noté LC1, les ondes prennent petit à petit une orientation
anticyclonique (c’est-à-dire SO-NE dans l’hémisphère nord) tandis qu’au cours du cycle de
vie noté LC2, celles-ci maintiennent l’inclinaison opposée, c’est-à-dire cyclonique (NO-SE
dans l’hémisphère nord). LC1 et LC2 diffèrent également d’un point de vue énergétique
puisque le premier connaît une phase de décroissance de l’énergie cinétique beaucoup plus
importante et rapide que le second. Cette différence énergétique peut s’interpréter à partir
des structures des ondes elles-mêmes puisque pour LC1, la perturbation cyclonique est
fortement étirée alors que pour LC2, que ce soit la perturbation cyclonique ou anticyclo-
nique, elles gardent une forme horizontale beaucoup plus isotrope. A noter que LC1 est
le cas le plus courant dans l’atmosphère car, comme on l’a rappelé précédemment, la pro-
pagation des ondes est essentiellement dirigée vers l’équateur ou de manière équivalente
les ondes s’orientent de manière dominante selon l’axe SO-NE.
Depuis quelques années, plusieurs auteurs (Wernli et Sprengler 2007, Strong et Ma-
gnusdottir 2008, Rivière 2009) ont procédé à des détections automatiques des déferlements
d’onde pour documenter leur climatologie et leur lien avec la circulation de grande échelle.
De manière générale, on dit qu’il y a déferlement d’onde lorsque le gradient de PV sur une
isentrope se retourne localement et prend une orientation opposée à sa valeur climatolo-
gique. Ainsi les algorithmes de détection reposent-ils sur une recherche automatique d’un
renversement local du gradient de PV ou une détection de langues de PV ("PV strea-
mers"). Suivant l’orientation prise par cette langue de PV, on détermine si elle appartient
aux catégories LC1 ou LC2 (orientation SO-NE pour LC1 et NO-SE pour LC2). A noter
qu’il existe également des raffinements en 4 types de déferlements tels que l’ont proposé
Peters et Waugh (2003).
La figure 3.2 illustre l’algorithme proposé par Rivière (2009) qui peut s’appliquer
autant à des champs de PV sur des isentropes qu’à des champs de vorticité absolue sur
des isobares ce qui dans le dernier cas est facilement utilisable pour interpréter les sorties
des modèles de climat. Même si quantitativement ces deux types de champs ne donnent
pas les mêmes résultats, ils aboutissent à des résultats qualitatifs similaires. Le principe
de l’algorithme repose sur une détection automatique des contours circumpolaires d’un
de ces champs. Chaque contour est orienté d’ouest en est et chaque segment le long de ce
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 75

Fig. 3.2 – Illustration de la méthode de détection automatique du déferlement d’ondes.


Trois contours de vorticité absolue (4, 10 and 14 × 10−5 s−1 ) sont représentés. Chaque
segment le long d’un contour circumpolaire qui correspond à un changement local de
direction du contour est considéré comme une zone de déferlement. Tous les points le long
de ces segments sont montrés par des cercles de couleurs (en bleu pour le déferlement
cyclonique et en rouge pour le déferlement anticyclonique). Tiré de Rivière (2009).

Fig. 3.3 – Fréquences d’occurrence des déferlements cyclonique (bleu : int : 0.05 day−1
pour des valeurs supérieures à 0.1 day−1 ) et anticyclonique (rouge : int : 0.05 day−1 pour
des valeurs supérieures à 0.1 day−1 ) et vent zonal (plages grisées ; int : 10 m s−1 pour
des valeurs supérieures à 20 m s−1 ) moyennés sur les isentropes 300K, 315K, 330K et
350K. Période Décembre-Janvier-Février (DJF) de 1957 à 2002 (Données ERA40). Tiré
de Michel et Rivière (2011).

contour qui a l’orientation inverse est considéré comme une zone de déferlement. Si sur
les premiers points de ce segment, l’orientation est SE-NO, la zone est considérée comme
un déferlement cyclonique (points bleus sur la figure 3.2) et si celle-ci est NE-SO alors
c’est un déferlement anticyclonique (points rouges sur la figure 3.2). Ainsi l’algorithme
repose-t-il sur des considérations géométriques sans aucune considération sur les échelles
spatiales et temporelles. Pour tracer des fréquences de déferlement en chaque point de
l’espace, on définit d’abord deux fonctions βa et βc dépendant de l’espace et du temps.
Celles-ci valent respectivement 1 en chaque point de l’espace se trouvant au voisinage d’un
segment anticyclonique et cyclonique et 0 dans le cas contraire. Les moyennes temporelles
de βa et βc constituent les fréquences de déferlement cyclonique et anticyclonique.
La figure 3.3 représente la climatologie hivernale dans l’hémisphère nord des déferle-
ments cyclonique et anticyclonique obtenue à partir des données ERA40. On s’aperçoit
que dans l’Atlantique, le déferlement anticyclonique domine alors que dans le Pacifique
c’est le cas contraire. Ces statistiques décrites dans Michel et Rivière (2011) sont très
similaires à celles obtenues par Strong et Magnusdottir (2008).
76 Chapitre 3

a. T=-2 days b. T=-2 days

0.00012

2
001
0.0

0.00008
0.00008

c. T=-1 days d. T=-1 days


0.000
12

12
00
0.0

0.00008 0.00008
8
0.0000

e. T=0 days f. T=0 days

0.0001 0.00012
2

0.00008 0.00008

g. T=+1 days h. T=+1 days

0.00012
0.00012

0.00008 0.00008

i. T=+2 days j. T=+2 days

0.00012
0.00012

0.00008 0.00008

Fig. 3.4 – Composites des déferlements cyclonique (colonne de gauche) et anticyclonique


(colonne de droite) sur le domaine atlantique. Chaque événement est détecté par un ren-
versement du gradient de PV sur l’isentrope 330 K. Sont représentés sur la figure le vent
zonal (plages colorées, int :10 m s−1 ) et la vorticité absolue à 300 hPa (contours noirs, int :
2 10−5 s−1 ). Le triangle vert correspond au barycentre des événements (3503 pour le cy-
clonique et 6676 pour l’anticyclonique) détectés sur la période Décembre-Janvier-Février
(DJF) de 1957 à 2002 (Données ERA40).
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 77

Dans le but de documenter les caractéristiques des deux types de déferlements, des
composites sur les déferlements se produisant dans l’Atlantique sont représentés sur la
figure 3.4. Comme les déferlements se sont produits à différents endroits, une translation
systématique sur les champs a été effectuée pour qu’ils soient centrés et moyennés sur la
zone de déferlement. Enfin, le composite représenté sur la figure est lui-même centré sur
le barycentre de tous les déferlements détectés. Le composite du déferlement cyclonique
est précédé d’un courant-jet atlantique principal plus au sud que d’habitude (figure 3.4a),
celui-ci est accéléré et maintenu au sud à l’issue du déferlement (figure 3.4i) tandis qu’au
niveau de la zone de déferlement les vents d’ouest sont fortement décélérés. A l’inverse,
avant le déferlement anticyclonique, le jet atlantique possède une orientation SO-NE (fi-
gure 3.4b) qui est accentuée après le déferlement (figure 3.4j). On remarque également
une intensification du jet subtropical africain pendant le déferlement anticyclonique.

a. b.

c. d.

0.00008

e. f.

Fig. 3.5 – Tendances du vent zonal à l’instant du déferlement (T=0 days) pour les deux
composites de la figure 3.4 (plages colorées ; int : 2 10−5 m s−2 ; bleu et rouge pour les
valeurs négative et positive respectivement). (a) vecteur E cos ϕ (flèches turquoises) et sa
divergence cos1 ϕ ∇.(E cos ϕ), (b) composante latitudinale de la divergence cos1 ϕ ∇.(E cos ϕ)
(i.e. la convergence des flux de quantité de mouvement cos12 ϕ ∂y (u0 v 0 cos2 ϕ)), (c) conver-
gence des flux de quantité de mouvement de la composante haute fréquence de l’écoule-
ment cos12 ϕ ∂y (uH vH cos2 ϕ). L’intervalle des contours noirs est 4 10−5 m s−2 .

Sur les figures 3.5a-b, est représenté le vecteur E ≡ 12 (v 02 − u02 ), −u0 v 0 de Trenberth


(1986) qui est proportionel à la vitesse de groupe relative Cg −u. L’orientation des vecteurs
E indique qu’il y a propagation des ondes vers les pôles pour le déferlement cyclonique
78 Chapitre 3

et vers l’équateur pour le déferlement anticyclonique. La divergence et la convergence du


vecteur E indiquent relativement bien les zones d’accélération et de décélération du vent
zonal dans les deux cas de déferlement, c’est-à-dire accélération et décélération respecti-
vement côté nord et sud du déferlement anticyclonique et l’inverse pour le déferlement
cyclonique. Mais on peut voir que la divergence et convergence des flux de quantité de
mouvement représentent aussi bien les accélérations et décélérations du vent zonal. Il n’y a
donc pas d’amélioration visible lorsqu’on prend également en compte la composante zonale
de la divergence de E. Notons que similairement à Pfeffer (1992), la prise en compte de la
composante verticale détériore de manière drastique la correspondance avec les tendances
du vent zonal. Pour résumer, que ce soit dans le cadre zonalement homogène (celui des
articles de Pfeffer) ou dans le cas présent qui est zonalement non homogène, le meilleur
diagnostic des tendances du vent zonal s’avère être le plus simple, à savoir la divergence
des flux de quantité de mouvement.
Un autre aspect quantitatif à considérer est le poids relatif des ondes haute et basse
fréquence dans l’accélération du vent zonal lors du déferlement. Depuis les travaux de
Blackmon (1976) et Blackmon et al. (1977), il est classique d’étudier les caractéristiques
du rail des dépressions à partir de la composante haute fréquence de l’écoulement et de
considérer sa rétroaction à partir des flux nonlinéaires haute fréquence (Lau 1988). Les
figures 3.5e-f montrent que les flux de quantité de mouvement haute fréquence participent
aux accélérations et décélérations du vent zonal mais leur impact est faible relativement
aux flux de quantité de mouvement total (figures 3.5c-d). Cela suggère en particulier que
la prise en compte unique des flux haute fréquence pour représenter la rétroaction des
ondes synoptiques lors du déferlement ne permet pas de prendre en compte l’impact réel
de ces ondes sur le vent moyen. En raison d’un transfert d’énergie de la haute vers la basse
fréquence lors du déferlement, il faut prendre en compte les deux types de signaux (haute
fréquence et basse fréquence) pour prendre en compte l’effet du déferlement sur le vent
zonal.
Enfin, peut-on considérer la détection des déferlements comme un outil utile pour
mieux comprendre la rétroaction des ondes synoptiques sur la circulation générale de l’at-
mosphère ? Il s’avère que cette vision plus phénoménologique possède certains avantages
par rapport aux flux d’Eliassen-Palm et autres dérivés :
– Elle permet d’anticiper le processus de rétroaction assez facilement à partir des
cartes journalières de PV ou de tourbillon absolue ce qui est un avantage visuel
certain.
– Une même onde créant un même vecteur E n’aura pas le même impact si elle évo-
lue dans des écoulements de base d’intensité différente. En revanche, le déferlement
est relié systématiquement à une modification de l’écoulement moyen puisqu’il y
a retournement du gradient de PV. Ainsi, le déferlement permet de détecter des
phénomènes de fortes amplitudes ayant un impact non négligeable sur l’écoulement
moyen et donne une indication du rapport d’intensité entre perturbation et écoule-
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 79

ment moyen.
– Le déferlement crée des anomalies tripolaires (accélération - décélération - accéléra-
tion) au niveau des tendances du vent (cf. figure 3.5) dont certaines caractéristiques
ne sont pas capturées par les flux de quantité de mouvement. Par exemple, la zone
d’accélération du jet subtropical africain pour le déferlement anticyclonique n’est
pas liée à une divergence des flux de quantité de mouvement.
En revanche, d’un point de vue quantitatif, le calcul de la divergence des flux nonlinéaires
de différentes quantités ondulatoires reste nécessaire. En d’autres termes, ce diagnostique
de déferlement est complémentaire des flux d’Eliassen-Palm et autres dérivés mais ne le
remplace pas.

3.3 Facteurs influençant le déferlement des ondes


Les résultats de cette section reposent essentiellement sur les articles de Rivière et
Orlanski (2007) et Rivière (2009)

Pour mieux comprendre l’interaction entre les rails des dépressions et la circulation
générale de l’atmosphère aux latitudes tempérées, il s’avère dès lors nécessaire d’identifier
les facteurs qui influencent les deux types d’inclinaison des ondes (i.e., cyclonique et anti-
cyclonique) et qui amènent aux deux types de déferlement lorsque les ondes atteignent de
larges amplitudes. Depuis la fin des années 1970 (Gall 1976, Simmons et Hoskins 1978),
l’étude du cycle de vie des modes normaux instables a connu un grand succès et a per-
mis de détailler les différentes asymétries favorisant l’une ou l’autre inclinaison des ondes
et amenant à différentes orientations des flux de quantité de mouvement. La procédure
consiste à analyser d’abord la structure des modes normaux instables puis à étudier leur
évolution nonlinéaire en fonction de différents paramètres. Ainsi, la plupart des résultats
qui suivent reposent sur ces études en cycles de vie mais sont complétés par un certain
nombre d’études statistiques utilisant des simulations longues de GCM ainsi que diverses
réanalyses. La présente section s’attache à répertorier l’ensemble des facteurs connus qui
créent ces asymétries, à en présenter les différents mécanismes et à replacer mes résultats
récents (Rivière et Orlanski 2007, Rivière 2009) dans un contexte plus général.

3.3.1 Effets liés aux types de modèles


Un premier type de paramètres qui déterminent l’asymétrie méridienne des ondes et
leur inclinaison concerne la structure des modèles eux-mêmes, notamment la métrique
utilisée ou encore les différentes approximations adoptées (QG, SG, ou PE).
Dans les années 70, l’observation des rails de dépressions en termes de fluctuations
haute fréquence (dans la gamme de périodes de 2.5 à 6 jours) révèle une domination des
flux de quantité de mouvement dirigés vers les pôles par rapport à ceux orientés vers
l’équateur (Blackmon et al. 1977). Comme on l’a évoqué plus haut, c’est le cas pour
80 Chapitre 3

toutes les ondes synoptiques et planétaires. Dans les mêmes années, on s’aperçoit assez
vite que cette asymétrie est bien reproduite dans les modèles sur la sphère mais pas dans
ceux sur le plan β (Hollingsworth 1975, Moura et Stone 1976, Simmons et Hoskins 1976).
Cependant, l’identification des termes responsables de cette asymétrie n’est pas une mince
affaire puisque se mêlent dans les équations primitives des termes purement métriques
avec ceux faisant intervenir les variations latitudinales du paramètre de Coriolis. De plus,
l’approximation quasi-géostrophique sur la sphère ne simplifie pas forcément l’analyse
car les corrections liées à la sphère sont du même ordre que les termes agéostrophiques
purement cartésiens. Ainsi, en fonction des modèles QG développés sur la sphère, ceux-
ci simplifient ou non certains termes sphériques comme par exemple le modèle QG de
Marshall et Molteni (1993) qui ne retient les variations latitudinales du paramètre de
Coriolis que dans la partie associée à la vorticité absolue. Dans ce qui suit, les asymétries
apparaissant dans les différents types de modèles sont exposées.

Effets métriques

Dans le but d’étudier l’effet des termes métriques uniquement, Whitaker et Snyder
(1993) ont comparé deux modèles, l’un en géométrie sphérique et l’autre en géométrie
cartésienne, qui contiennent tous les deux les variations complètes du paramètre de Co-
riolis. Les auteurs montrent que dans le cas sphérique, les anticyclones sont relativement
plus intenses que les cyclones et que l’inclinaison SO-NE des ondes est favorisée par rap-
port au cas cartésien. Pour une distribution de PV équivalente et un nombre d’onde fixe,
les anticyclones qui migrent vers l’équateur vont atteindre une échelle spatiale plus grande
que les cyclones qui se déplacent vers les pôles en raison de l’augmentation de la distance
entre méridiens plus on se rapproche de l’équateur. Ceci a pour effet d’augmenter l’ampli-
tude de ψ pour les anticyclones et de diminuer celle pour les cyclones. Balasubramanian
et Garner (1997b) ont effectué une étude similaire mais ont montré que cette différence
d’inclinaison existait déjà sur les structures des modes normaux et qu’un argument linéaire
suffisait pour expliquer la différence entre les deux métriques.

Effets non quasigéostrophiques en géométrie cartésienne

Dans le cadre cartésien, il existe une inclinaison préférentielle en PE qui n’apparait


pas en QG comme le montrent Gall (1977) puis Nakamura (1993). Les modes normaux
linéaires dans les équations primitives sur plan f ont un biais vers la pente cyclonique
alors que les modes normaux en QG sont symétriques. Notons que les modèles SG sont
finalement plus proches de la symétrie QG que de l’asymétrie PE comme l’ont montré
Snyder et al. (1991).
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 81

Effets des variations latitudinales du paramètre de Coriolis


Bien que les termes métriques liés à la sphère créent un biais anticyclonique, il n’en reste
pas moins vrai que l’asymétrie anticyclonique la plus importante qui explique l’inclinaison
préférentielle des ondes synoptiques et planétaires telle qu’elle est observée dans la nature
est communément attribuée aux variations de β avec la latitude (Hoskins et al. 1977,
Nakamura 1993, Orlanski 2003, Rivière 2009). Cela peut se voir facilement à partir de
l’équation de vorticité linéarisée comme le montrent Hoskins et al. (1977) ou à partir de
l’indice de réfraction comme on va le voir ci-après.
Cependant, les variations du paramètre de Coriolis interviennent aussi dans d’autres
termes que la vorticité absolue comme par exemple le terme d’étirement. Dans le cadre
QG classique, f est considéré comme une constante dans ce terme d’étirement et ne crée
donc pas d’asymétrie. Cependant, on peut anticiper l’effet des variations de f dans ce
terme d’étirement en développant l’équation de vorticité et l’équation thermodynamique
selon l’approximation quasi-géostrophique mais en gardant tous les termes liés à la sphère.
En linéarisant ces équations autour d’un écoulement de base zonal mais dépendant de la
latitude et de la verticale (Matsuno 1970, Palmer 1982), on peut obtenir l’expression
suivante  2 2
1 ∂ 2Ψ 2Ω ∂ Ψ
2
+ + n2 Ψ = 0, (3.10)
cos ϕ ∂Y N ∂z 2
où Ψ est relié au géopotentiel Φ = ez/2H Re(Ψei(ωt−mλ) ), dY = µdy = µadϕ avec µ =
sin2 ϕ/ cos ϕ, ϕ la latitude et z est la coordonnée log-pression. n est l’indice de réfraction
qui s’exprime ainsi :

f2 m2

qy

2
n = − − / sin2 ϕ, (3.11)
ū − ca cos ϕ 4H 2 N 2 a2 cos2 ϕ

où ū and q̄ sont respectivement le vent zonal et le PV de l’écoulement de base, c est la


vitesse de phase angulaire de la perturbation, a le rayon de la terre, N la fréquence de
Brunt Väisälä, H l’échelle de hauteur et m le nombre d’onde zonal. Le gradient de PV
s’écrit de la manière suivante :
f2  ρ 
q y = f y + ζ y − ∂z ∂ z u (3.12)
ρ N2

où ζ̄ est la vorticité relative de l’écoulement de base et ρ la densité.


L’équation (3.10) permet d’en déduire que les ondes peuvent se propager dans un
environnement où l’indice de réfraction n2 est positif et que dans le cas inverse elles sont
évanescentes. L’approximation WKBJ qui consiste à supposer que les variations spatiales
de l’environnement sont faibles devant celles de la perturbation permet de montrer que
les ondes se propageant dans le milieu n2 > 0 auront tendance à orienter petit à petit
leur propagation selon le gradient de l’indice de réfraction. Dit autrement, la courbure
des rayons d’énergie est selon le gradient de n2 (Palmer 1982). La composante méridienne
82 Chapitre 3

de la vitesse de groupe des ondes de Rossby étant du signe opposé aux flux de quantité
de mouvement, les ondes se propageant vers l’équateur ont une inclinaison anticyclonique
tandis que celles se propageant vers les pôles ont une inclinaison cyclonique. Ainsi, le
gradient méridien de n2 détermine en grande partie l’inclinaison horizontale des ondes.
L’expression de l’indice de réfraction permet de retrouver aisément certains facteurs
influençant l’inclinaison des ondes décrits précédemment. Raisonnons en nous plaçant en
haut de la troposphère où le gradient de PV et ū − ca cos ϕ sont positifs. Pour un même
gradient de PV q̄y , le premier terme dans l’expression (3.11) est décroissant avec la latitude
en raison du dénominateur ū − ca cos ϕ, ce qui pourrait être lié aux arguments fournis
par Balasubramanian et Garner (1997b) sur l’influence des variations de la vitesse de
phase dans l’inclinaison des ondes. Un autre terme métrique apparaît dans le troisième
terme qui est également décroissant avec la latitude. Ainsi, on s’aperçoit aisément que
les termes métriques sont responsables d’un biais vers l’inclinaison anticyclonique. Quant
au paramètre de Coriolis, il apparaît dans le second terme qui est décroissant avec la
latitude et donc favorise la pente anticyclonique mais également dans le gradient de PV.
Au sein du gradient de PV, il y a deux effets qui tendent à s’opposer. Le gradient de
vorticité absolue β est décroissant avec la latitude, il a donc tendance à favoriser la pente
anticyclonique ce qui est connu depuis longtemps (Hoskins et al. 1977). En revanche, le
terme d’étirement étant positif dans la haute troposphère, l’augmentation de f avec la
latitude tend à augmenter le terme d’étirement vers les pôles et donc à avoir l’effet opposé
à celui du gradient de vorticité absolue. Il existe donc une compétition entre les termes
de vorticité absolue et d’étirement.
Dans le but d’analyser les asymétries au sein du gradient de PV uniquement, un
calcul intermédiaire de l’indice de réfraction est d’abord considéré sur la figure 3.6 en
traits rouges. Dans ce calcul intermédiaire, les variations de ϕ sont uniquement prises en
compte dans le premier terme de l’équation (3.11) tandis que ϕ est considéré comme une
constante ϕ0 dans les autres termes. Comme le montre la figure 3.6, la prise en compte des
variations de f dans l’étirement permet de rehausser les valeurs de l’indice de réfraction
côté nord du courant-jet. Par exemple, l’indice de réfraction intermédiaire à 200hPa (traits
rouges pleins) est plus fort côté sud du courant-jet sur la figure 3.6a tandis qu’il est plus
élevé côté nord sur la figure 3.6c. L’indice de réfraction total garde cette différence même
si il est systématiquement biaisé vers de plus fortes valeurs côté sud (traits noirs pleins) en
raison des deuxième et troisième termes de (3.11). Sur la figure 3.6a, il atteint des valeurs
négatives côté nord tandis que sur la figure 3.6c, celles-ci ne descendent pas en dessous
de +3. En haut de la troposphère, l’effet de f dans le terme d’étirement est donc bien de
favoriser l’inclinaison cyclonique.
En bas de la troposphère (traits tiretés sur la figure 3.6), les valeurs atteignent un
maximum près du coeur du courant-jet comme le montrent également Lee et Feldstein
(1996). Elles ne tendent pas vers l’infini car à ce niveau il n’y a pas de latitude critique.
Sans l’effet des variations de f dans l’étirement (figure 3.6a), les valeurs sont relativement
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 83

Fig. 3.6 – Indice de réfraction a|n|sign(n2 ) (valeurs adimensionnelles) à 200 hPa (en traits
pleins) et 800 hPa (en traits tiretés) en considérant f comme une constante (vignettes du
haut) et en incorporant ses variations avec la latitude dans le terme d’étirement, c’est-
à-dire dans le rayon de déformation Ri (vignettes du bas). Les colonnes de gauche et de
droite correspondent respectivement à des courants-jets centrés à ϕ0 =35◦ N et ϕ0 =45◦ N.
Les traits rouges correspondent à l’indice de réfraction en remplaçant ϕ par ϕ0 dans tous
les termes de l’équation (3.11) à part le premier terme où apparaît le gradient de PV et
où on a gardé les variations complètes de ϕ. L’indice est calculé sur la base du modèle à 3
couches de Marshall et Molteni (1993) et pour les paramètres suivants : m=7, c=3 × 10−6
s−1 , H=8000 m, N = 0.01 s−1 , R01 = 700 km et R02 = 450 km. Tiré de Rivière (2009).

symétriques de part et d’autre de l’axe du courant-jet tandis que lorsque ces variations
sont prises en compte (figure 3.6c), l’indice devient plus fortement positif du côté nord du
courant-jet. Cela montre à nouveau un effet favorisant la pente cyclonique même dans le
bas de la troposphère. On remarque également que le bas de la troposphère est différent
du haut puisque les valeurs de l’indice sont plus fortes côté nord en général.
L’effet des variations de f dans le terme d’étirement peut également être anticipé en
écrivant la relation du vent thermique :
∂u R ∂T
p = , (3.13)
∂p f ∂y
où T désigne la température. Le facteur f −1 (i.e. sin−1 ϕ) dans le second membre de
l’équation (3.13) fait que la latitude du maximum du cisaillement vertical du vent zonal
est située plus vers l’équateur que la région de maximum de gradient de température. Le
maximum de vent zonal est donc localisé au sud de la baroclinie. Les ondes baroclines
se formant dans la région de forte baroclinie vont croître du côté cyclonique du jet et
84 Chapitre 3

vont donc avoir tendance à pencher de manière cyclonique. Cette asymétrie du terme
d’étirement a été mis en évidence dans Rivière (2009).

3.3.2 Effets liés à l’environnement


Cisaillement horizontal de l’environnement
Le cisaillement horizontal du courant-jet est peut-être le facteur le plus connu agissant
sur la nature du déferlement. C’est celui qui a été mis en évidence en premier (Thorncroft
et al. 1993) et c’est également le plus intuitif à la compréhension. Plus le cisaillement a
une composante cyclonique (anticyclonique) forte, plus l’inclinaison cyclonique (anticy-
clonique) est favorisée. Dans leur étude des cycles de vie des perturbations baroclines,
Thorncroft et al. (1993) montrent que le déferlement anticyclonique ou LC1 peut être
facilement obtenu à partir d’un courant-jet proche des observations (en tout cas pour le
nombre d’onde 6) tandis que LC2 ne peut être obtenu qu’en rajoutant une composante
cyclonique importante à l’écoulement de base. Suivant la même stratégie, Hartmann et
Zuercher (1998) ont essayé de voir à quel moment se produisait ce changement de cycle
de vie en ajoutant petit à petit une composante cyclonique à l’écoulement de contrôle.
La figure 3.7 montre que ce changement est abrupte puisqu’il y a une différence nette de
cycle de vie de l’énergie quand on passe de la valeur 7.5 m.s−1 à la valeur 7.75 m.s−1 du
paramètre u0 qui régit l’intensité de la composante cyclonique qu’on ajoute. En dessous
de la valeur 7.5, l’énergie cinétique de la perturbation décroît rapidement après la phase
de croissance barocline alors qu’au-delà de 7.75, elle décroît beaucoup plus lentement.
Hartmann (2000) a montré plus tard que c’était le cisaillement horizontal proche de la
surface qui determinait plus l’évolution future des ondes et leur phase de décroissance que
le cisaillement proche de la tropopause. La raison invoquée est que les ondes baroclines se
développant dans leur phase de croissance linéaire proche du niveau critique situé environ
à 700 hPa, leur structure est plus sensible au cisaillement horizontal de l’environnement à
ces niveaux verticaux. Notons enfin l’étude de Nakamura et Plumb (1994) qui a également
montré dans le cadre QG barotrope l’importance de l’asymétrie méridienne du courant-jet
dans l’orientation du déferlement.

Intensité de la baroclinie
Le rôle de l’intensité de la baroclinie sur le déferlement des ondes baroclines est beau-
coup moins intuitif que l’effet du cisaillement horizontal et ne fait pas l’objet d’un large
consensus. Le premier argument qui vient à l’esprit est le suivant ; une forte baroclinie
induit de plus fortes ondes baroclines aboutissant à des déferlements plus marqués et à
une rétroaction d’autant plus forte. Les ondes ayant tendance en moyenne à déferler de
manière anticyclonique, des ondes de plus fortes amplitudes vont accentuer cette asymé-
trie et les courants-jets vont se déplacer plus vers les pôles en conséquence. Cet argument
simple est en partie corroboré par les résultats de Orlanski (2003) dans ses simulations
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 85

Fig. 3.7 – Energie cinétique hémisphérique en fonction du temps pour différentes


valeurs du paramètre u0 entre 0 et 10 m.s−1 . Unités en Joules ×1020 . u0 est pro-
portionnel
n  au cisaillement cyclonique ajouté à l’écoulement de contrôle : ub (ϕ) =

ϕ−20 2
 o
ϕ−50 2
u0 exp − 12.5 − exp − 12.5 . Tiré de Hartmann et Zuercher (1998).

SW où il augmente petit à petit l’amplitude des ondes en augmentant son forçage qui
est censé paramétrer l’effet de la baroclinie. Pour une gamme de forçages modérés, l’aug-
mentation du forçage induit effectivement un plus fort déferlement anticyclonique et un
déplacement plus important du courant-jet vers le pôle. Cependant, l’auteur met en évi-
dence une bifurcation à partir d’un certain forçage où le déferlement devient de manière
abrupte cyclonique. Le mécanisme sous-jacent est interprété en termes d’interaction non
linéaire entre tourbillons d’intensité inégale. L’équation de vorticité absolue permet de
déduire facilement l’asymétrie cyclone/anticyclone :
D ∂w
(ζ + f ) = (ζ + f ) . (3.14)
Dt ∂z
le membre de droite permet de déduire que les anticyclones ne peuvent pas s’intensifier
au-delà de la valeur −f alors que les cyclones ne possèdent pas cette limite supérieure
(l’argument tient uniquement si on considère une divergence/convergence ∂w ∂z
de même
intensité pour les deux types de tourbillons). Pour un très fort forçage, les cyclones de-
viennent ainsi plus intenses que les anticyclones et créent une zone de déformation (flèches
grises sur la figure 3.8b) qui étirent les anticyclones de manière cyclonique. A l’inverse,
si la circulation des anticyclones dominent, ceux-ci étirent de manière anticyclonique les
cyclones et c’est cette situation qui arrivent généralement pour LC1 (figure 3.8a).
Le mécanisme précédent permet à Orlanski (2005) d’expliquer la plus forte occurrence
86 Chapitre 3

Fig. 3.8 – Schéma d’interaction entre tourbillons de signes opposés. (a) cas d’anticyclones
plus intenses et (b) cas de cyclones plus intenses. Les flèches noires en traits pleins cor-
respondent à la circulation dominante et les flèches grisées indiquent la direction de la
déformation liée à cette circulation. Adapté de Orlanski (2003).

des déferlements cycloniques lors des phases d’El Nino par une extension et une inten-
sification de la zone barocline vers l’est. Cependant, il est important de noter que cette
bifurcation semble être difficile à atteindre pour des valeurs raisonnables de l’amplitude
des ondes baroclines (Chen et al. 2007). Les simulations et les observations montrent géné-
ralement qu’une plus forte valeur des ondes introduit un déferlement anticyclonique plus
intense et un déplacement des courants-jets vers les pôles (Rivière 2011).

Largeur du courant-jet

Balasubramanian et Garner (1997a) ont montré que plus la largeur du courant-jet


augmentait, plus le déferlement anticyclonique était favorisé. L’explication fournie par les
auteurs repose sur le fait que les ondes évoluant dans un jet plus large vont plus ressentir
les effets sphériques qui ont tendance en moyenne (mis à part l’effet du paramètre de
Coriolis dans l’étirement) à favoriser le déferlement anticyclonique.

Latitude du courant-jet et de la baroclinie

Les premières analyses des modes normaux en équations primitives sur la sphère effec-
tuées par Simmons et Hoskins (1976) montrent des différences de structures en fonction de
la latitude des courants-jets. Plus les courants-jets sont vers les pôles, moins l’inclinaison
cyclonique semble possible. Ces résultats sont corroborés par les simulations longues de
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 87

a. b.

c. d.

Fig. 3.9 – Structure du mode normal le plus instable et son évolution non linéaire pour
le nombre d’onde 7 pour un courant-jet dont la baroclinie est centrée à 35◦ N (colonne de
gauche) et à 45◦ N (colonne de droite) et dans le cadre PE (modèle PUMA). (a),(b) Vent
zonal de l’écoulement de base à 200 hPa (plages colorées, unité : m.s−1 ) et vent méridien
du mode normal à 200 hPa (contours noirs) et à 800 hPa (contours verts) normalisé par
sa valeur maximale à 200 hPa (intervalle : 0.2). (c),(d) Vorticité absolue à 200 hPa au
bout de 6 jours (unité : s−1 ). Tiré de Rivière (2009).

GCM effectuées par Akahori et Yoden (1997) qui constatent une forte occurrence du défer-
lement cyclonique (anticyclonique) pour les périodes où les courants-jets sont situés vers
les basses (hautes) latitudes. L’article de Rivière (2009) offre une explication simple en
termes de fluctuations avec la latitude du paramètre de Coriolis entrant dans le gradient
de PV. Le gradient de vorticité absolue qui dépend de df /dy = β, c’est-à-dire de cos ϕ, est
d’autant plus asymétrique qu’on se trouve dans les hautes latitudes tandis que le gradient
du terme d’étirement qui dépend de f lui-même, c’est-à-dire de sin ϕ, est plus asymétrique
dans les basses latitudes. Ainsi, plus les courants-jets se déplacent de l’équateur vers les
pôles, plus l’asymétrie de la vorticité absolue augmente et plus celle de l’étirement dimi-
nue ce qui rend le déferlement anticyclonique plus probable et cyclonique moins probable.
Cette évolution est bien marquée sur l’indice de réfraction ; quand on passe du courant-jet
centré à 35◦ N (figure 3.6c) à celui centré à 45◦ N (figure 3.6d), les valeurs de n2 à 200 hPa
diminue plus vite côté nord que côté sud du courant-jet d’où une plus forte asymétrie
privilégiant l’inclinaison anticyclonique. A 800 hPa, n2 est plus fort du côté nord du jet,
mais quand on se déplace vers les pôles, celui-ci devient plus symétrique et donc atténue
la préférence cyclonique dans les basses couches.
Cette influence de la latitude du courant-jet sur la structure spatiale des modes nor-
maux est montrée sur la figure 3.9 dans le cadre du modèle PE appelé PUMA (Fraedrich
et al. 2005) et pour le nombre d’onde 7. En passant du jet des basses latitudes (figure 3.9a)
vers celui des hautes latitudes (figure 3.9b), la pente cyclonique devient moins prononcée
88 Chapitre 3

Fig. 3.10 – Moyennes zonales du vent zonal à 200 hPa après 10 jours en fonction des
différents nombres d’onde (en couleurs, unité : m.s−1 ). Le profil du vent zonal à l’instant
initial est montré par le trait tireté noir. Les colonnes de gauche et droite correspondent
respectivement aux courants-jets à 35◦ N et 45◦ N. Tiré de Rivière (2009).

dans les basses couches (contours verts) tandis que la pente anticyclonique s’accentue dans
les hautes couches (contours noirs). Durant l’évolution non linéaire, ces légères différences
s’accentuent pour aboutir essentiellement à un déferlement cyclonique dans le cas du jet
des basses latitudes (figure 3.9c) et à un déferlement anticyclonique dans celui des hautes
latitudes (figure 3.9d).
La conséquence des deux types de déferlement est la suivante pour le nombre d’onde 7 :
dans le cas du jet des hautes latitudes, le jet se déplace encore plus vers les hautes latitudes
après 10 jours tandis que dans celui des basses latitudes, l’axe du jet ne bouge pas (cf.
courbes vertes sur les figures 3.10a-b). Quand on analyse l’ensemble des nombres d’onde,
on s’aperçoit que pour le cas à 45◦ N, les nombres d’onde 6, 7 et 8 déplacent le jet plus au
nord tandis que seulement le nombre d’onde 6 déplace plus au nord le jet situé initialement
à 35◦ N. A l’inverse, les nombres d’onde 8, 9, 10 déplacent le jet vers le sud pour le cas à
35◦ N et uniquement les nombres d’onde 9 et 10 le font pour le cas à 45◦ N. Ainsi, il y a
une tendance globale à déplacer plus au nord un jet situé déjà au nord et à déplacer plus
au sud un jet déjà situé plus au sud. En revanche, certains nombres d’onde agissent de la
même façon sur le jet quelque soit sa position, les plus grands poussant systématiquement
le jet vers l’équateur, et les plus petits vers les pôles (cf. section suivante).
L’effet de la latitude de la baroclinie sur les ondes baroclines est similaire à l’effet de la
latitude du jet. Quand on force le modèle avec une relaxation en température, la position
latitudinale des gradients de température du forçage détermine en grande partie le devenir
des ondes baroclines. Sur la figure 3.11, on compare un cas de baroclinie située plus au
sud (colonne de gauche) avec un cas situé plus au nord (colonne de droite). Dans le cas de
gauche, le jet principal est zonalement orienté (figure 3.11c) et il existe un jet secondaire
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 89

a. b.

c. d.

e. f.

80
g. 80
h.
60 60

40 40

20 20

−150 −100 −50 0 50 100 150 −150 −100 −50 0 50 100 150

Fig. 3.11 – Climatologies de simulations longues de deux ans à la résolution T42 forcées
par une relaxation en température dont les gradients sont localisées et centrées à 30◦ N,
80◦ W (colonne de gauche) et 45◦ N, 80◦ W (colonne de droite). (a),(b) température de
rappel au niveau σ = 0.65 et son gradient méridien associé (unité : K). (c),(d) vent zonal
(plages colorées, unité : m.s−1 ) et énergie cinétique haute fréquence (périodes inférieures
à 10 jours, unité : m2 .s−2 ) à 200 hPa. (e),(f) vecteur EH (unité : m2 .s−2 ), sa divergence
1
cos ϕ
∇.(EH cos ϕ) (contours noirs ; intervalle : 5 × 10−6 m.s−2 ) et le vent zonal (plages
colorées) à 200 hPa. (g),(h) fréquence d’occurrence des déferlements cyclonique (en bleu)
et anticyclonique (en rouge) à 200 hPa (intervalle : 0.1 day−1 ) et vent zonal en plages
grisées (unité : m.s−1 ). Tiré de Rivière (2009).

au nord de celui-ci tandis qu’à droite il est légèrement orienté selon un axe SO-NE et un
jet secondaire est visible au sud vers 50◦ E (figure 3.11d). Dans ce dernier cas, les vecteurs
EH possèdent une orientation dominante vers l’équateur (figure 3.11f) ce qui n’est pas
le cas du premier (figure 3.11e). Tous ces éléments sont typiques d’une domination du
déferlement anticyclonique dans le cas haute latitude et du déferlement cyclonique dans
le cas basse latitude comme le montrent par ailleurs les figures 3.11g-h.
Sur le cas de la figure 3.12 où la résolution du modèle est plus basse et la tempéra-
ture d’équilibre a un profil différent, la différence entre les deux latitudes est encore plus
flagrante. Ce résultat pourrait en partie expliquer la différence entre les jets Pacifique et
Atlantique de l’hémisphère nord en hiver dont le premier possède une baroclinie plus au
sud et est zonalement orienté tandis que le second possède une baroclinie plus au nord et
est orienté SO-NE (cf. figure 3.3). Notons cependant que d’autres phénomènes peuvent
entrer en jeu dans cette différence, notamment l’interaction avec le jet subtropical asso-
cié à la cellule de Hadley (Lee et Kim 2003) mais aussi les effets dus à l’orientation des
contrastes thermiques terre-océan et de l’orographie (Brayshaw et al. 2009).
90 Chapitre 3

a. b.

c. d.

e. f.

80
g. 80
h.
Latitude

Latitude
60 60
40 40
20 20

150E 100E 50E 0W 50W 100W 150W 150E 100E 50E 0W 50W 100W 150W
Longitude Longitude

Fig. 3.12 – Comme Fig.3.11 mais pour la résolution T21 et un autre profil de température
de rappel. Tiré de Rivière (2009).

3.3.3 Effets liés aux propriétés des ondes


Echelles spatiales
Comme le montre la figure 3.10, quelque soit la position du jet initial, les nombres
d’onde élevés (e.g., m = 9 et m = 10) ont tendance à pousser le jet vers l’équateur
tandis que les nombres d’onde faibles (e.g., m = 6) vers les pôles. Cette différence est
déjà perceptible dans la structure linéaire des modes normaux comme le montre certaines
figures de Simmons et Hoskins (1978). Depuis, cet effet de l’échelle spatiale des ondes sur
la direction des flux de quantité de mouvement et du déferlement d’ondes a été maintes
fois rappelées (Balasubramanian et Garner 1997a, Hartmann et Zuercher 1998, Orlanski
2003, Wittman et al. 2007).
Cependant, il n’existe pas de consensus concernant l’interprétation dynamique de ce
résutat. Pour Balasubramanian et Garner (1997a), les plus grandes échelles zonales ont
également des longueurs méridiennes plus grandes qui font que ces ondes ressentent plus
les effets sphériques, qui comme on l’a dit plus haut, tendent en moyenne à favoriser la
direction anticyclonique. Orlanski (2003) soutient de son côté des effets non linéaires et
non quasigéostrophiques ; les plus petites échelles sont plus à même de déferler de manière
cyclonique puisque à ces échelles, les effets non QG se font de plus en plus sentir et
intensifient plus fortement les cyclones par rapport aux anticyclones (cf. le mécanisme de
la figure 3.8).
Enfin, Rivière (2009) et Rivière (2011) fournissent une interprétation en termes de
structure verticale des modes normaux qui est rappelé sur la figure 3.13. Comme l’avait
déjà noté Gall (1976), les modes normaux avec des nombres d’onde élevés ont tendance
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 91

Fig. 3.13 – Structure du mode normal le plus instable et son évolution non linéaire pour
les nombres d’onde 6 (colonne de gauche) et 9 (colonne de droite) dans le modèle PUMA.
(a),(b) Vent zonal de l’écoulement de base à 200 hPa (plages colorées, unité : m.s−1 ) et
vent méridien du mode normal à 200 hPa (contours noirs) et à 800 hPa (contours verts)
normalisé par sa valeur maximale (intervalle : 0.2). (c),(d) Vorticité absolue à 200 hPa
au bout de 6 jours (unité : s−1 ). (e),(f) Coupes verticales de la moyenne zonale du vent
zonal de l’écoulement de base à T=0 (contours noirs épais, unité : m.s−1 ) et à T=10 jours
(plages colorées, unité : m.s−1 ) et du module normalisé du vent méridien du mode normal
(contours noirs fins, intervalle : 0.2). Tiré de Rivière (2011).

à être confinés en bas de la troposphère tandis que les grandes ondes s’étendent plus
jusqu’à la tropopause (cf. figures 3.13a,b). Comme le bas de la troposphère a tendance
à favoriser la pente cyclonique et le haut de la troposphère la pente anticyclonique (cf.
section précédente), un plus grand confinement des forts nombres d’onde dans le bas de la
troposphère pourrait expliquer leur tendance à créer des flux de quantité de mouvement
vers l’équateur. Remarquons que cette interprétation en termes de structure verticale est
consistente avec le changement d’orientation des flux de quantité de mouvement au cours
du cycle de vie des ondes baroclines. Au cours de leur évolution, les ondes baroclines
qui naissent en moyenne dans le bas de la troposphère ont leur énergie qui se propagent
vers le haut en raison des flux de chaleur orientés vers les pôles et donc petit à petit
auront tendance à orienter leur flux de quantité de mouvement vers l’équateur. Ceci est
92 Chapitre 3

a. Very-high frequencies b. Intermediate frequencies

Fig. 3.14 – Flux méridiens de quantité de mouvement (plages colorées, unité : m2 .s−2 )
pour (a) les très hautes fréquences (périodes entre 2 et 5 jours) et (b) les fréquences
intermédiaires (périodes entre 5 et 12 jours). Tiré de Rivière et Orlanski (2007).

visible dans les cycles de vie des ondes baroclines (Rivière 2009) mais aussi dans les
réanalyses puisque le déferlement cyclonique se trouve essentiellement en entrée des rails
des dépressions là où les ondes ont plus d’amplitude vers le bas de la troposphère tandis
que le déferlement anticyclonique domine sur la fin des rails là où les ondes atteignent de
fortes amplitudes en altitude (cf. figure 3.3).

Echelles temporelles

Un résultat similaire au précédent est détecté dans le cadre des échelles temporelles
où les fréquences intermédiaires dans la gamme synoptique (entre 5 et 12 jours) tendent à
avoir des flux de quantité de mouvement uniquement dirigés vers les pôles (figure 3.14b)
tandis que les très hautes fréquences (entre 2 et 5 jours) donnent environ autant de flux
vers les pôles que vers l’équateur (figure 3.14a).

3.3.4 Effets diabatiques


Effets de la friction

Les paramètres de friction ont un impact important dans les GCMs sur la circulation
générale de l’atmosphère comme l’ont montré James et Gray (1986) et Stephenson (1994).
Dans le cas de James et Gray (1986), la décroissance de la friction de surface engendre
une augmentation du vent barotrope dont les cisaillements horizontaux ont tendance à
annihiler la croissance barocline des ondes. Le détail du mécanisme a été montré par
James (1987) qui est maintenant bien connu sous le nom du régulateur barotrope (“ba-
rotropic governor”) et qui a déjà été discuté au chapitre un. Cependant, dans ces deux
derniers articles, il n’est pas fait mention d’une asymétrie dans le déplacement latitudi-
nal du courant-jet ou sur l’inclinaison des ondes. En revanche, Stephenson (1994) montre
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 93

qu’en faisant décroître le coefficient de trainée des ondes de gravité orographiques, non
seulement le vent barotrope augmente mais il y a également déplacement vers les pôles
des jets. Robinson (1997) a montré que cet effet de déplacement vers les pôles pouvait
facilement se voir dans le cas plus simple d’un modèle aux équations primitives à deux
couches pour lequel on a diminué la friction de surface. Ce résultat semble donc assez
général et un mécanisme interprétant ce résultat a été récemment proposé par Chen et al.
(2007). L’augmentation des vents barotropes par la décroissance de la friction implique
une augmentation de la vitesse de phase cϕ des ondes baroclines. Au niveau des régions
subtropicales, les valeurs du vent ne connaissent pas une aussi forte croissance qu’aux
moyennes latitudes (la décroissance de la friction accélère plutôt le vent zonal aux lati-
tudes où les vents de surface sont les plus importants) et les valeurs de u − cϕ sont donc
fortement diminuées. Ceci implique un déplacement vers les pôles des latitudes critiques
(i.e. les régions où u − cϕ = 0). Comme les ondes déferlent de manière anticyclonique
proche de ces latitudes (Randel et Held 1991), celles-ci déposent donc leur quantité de
mouvement plus vers les pôles ce qui engendre un déplacement vers les pôles des vents
barotropes. Comme le rappelle le chapitre suivant, cet argument reposant sur la vitesse de
phase a été repris dans d’autres contextes et notamment pour interpréter les déplacements
latitudinaux des jets au vingtième siècle et dans le climat futur. Enfin, notons que cet ar-
gument, contrairement aux précédents, ne repose pas sur l’asymétrie entre déferlements
cyclonique et anticyclonique.

Effets des processus humides

Orlanski (2003) a le premier étudié la différence de déferlement dans des simulations


sèches et humides d’un modèle nonhydrostatique. Il a montré que les simulations humides
privilégient le déferlement cyclonique par rapport aux simulations sèches. Cette différence
est interprétée par un mécanisme purement non linéaire d’interaction entre tourbillons
qui est le même que celui déjà décrit par la figure 3.8. Il est bien connu que les cyclones se
renforcent davantage en présence d’humidité et de dégagement de chaleur latente (Danard
1964) et plus vite que les anticyclones (Lapeyre et Held 2004). Les cyclones plus intenses
tendent à étirer les anticyclones de manière cyclonique privilégiant ainsi le déferlement
cyclonique. Ces résultats ont été confirmés par une analyse des observations sur l’Atlan-
tique (Rivière et Orlanski 2007) ainsi que dans une comparaison entre simulations QG
sèche et humide (Laîné et al. 2011) effectuée durant le travail postdoctoral d’Alexandre
Laîné. Les déferlements cycloniques (contours blancs) sont plus nombreux dans la simu-
lation humide (figure 3.15b) que dans la simulation sèche (figure 3.15c) ce qui permet
d’être plus proche des fréquences observées de déferlement dans ERA40 (figure 3.15a). La
simulation sèche possède un biais fort vers les déferlements anticycloniques qui n’est pas
réaliste. Ceci est logique puisque ce modèle QG ne possède pas l’asymétrie intrinsèque vers
la pente cyclonique des modèles non QG et ne contient pas non plus les variations de f
dans le terme d’étirement qui favorise également l’inclinaison cyclonique. Finalement, les
94 Chapitre 3

processus humides tendent à contrebalancer en partie ce biais anticyclonique intrinsèque


au modèle QG sur la sphère de Marshall et Molteni (1993).

Fig. 3.15 – Vent zonal (plages grisées ; intervalle : 10 m.s−1 ) et fréquences d’occurrence
des déferlements cyclonique (en blanc, intervalle : 0.05 day−1 ) et anticyclonique (en noir,
intervalle : 0.1 day−1 ) à 200 hPa pour (a) les réanalyses ERA40 (1967-2001, Décembre-
Janvier-Février), (b) le modèle humide et (c) le modèle sec. Tiré de Laîné et al. (2011).

3.3.5 Tableau récapitulatif


Le tableau 3.1 récapitule tous les effets connus dans la littérature qui influencent les
deux types d’inclinaison (cyclonique et anticyclonique) et les deux types de déferlement
associés.
Tab. 3.1 – Tableau récapitulant les différents facteurs influençant le déferlement des ondes baroclines, les flux de quantité de
mouvement et ainsi le déplacement des courants-jets

Pente / Pente /
Types Paramètres déferlement déferlement Références / approches
anticyclonique cyclonique
Whitaker et Snyder (1993) cycle de vie non linéaire (PE)
Modèles Métrique Sphérique Cartésienne
Balasubramanian et Garner (1997b) modes normaux (PE)
Gall (1977) mode normal le plus instable sur plan f
Approximations QG PE
Nakamura (1993) mode normal le plus instable sur plan f
Hoskins et al. (1977) problèmes aux conditions initiales
Paramètre de Vorticité Balasubramanian et Garner (1997a) cycle de vie (PE)
Etirement
Coriolis absolue Orlanski (2003) cycle de vie nonlinéaire (SW)
Rivière (2009) cycles de vie et simulations longues (PE, QG)
Thorncroft et al. (1993) cycle de vie non linéaire (PE)
Cisaillement
Environnement anticyclonique cyclonique Nakamura et Plumb (1994) cycle de vie (QG barotrope)
horizontal Hartmann et Zuercher (1998) cycle de vie (PE)
Intensité de la forte (à partir
modérée Orlanski (2003) cycle de vie (SW)
baroclinie d’un seuil)
Largeur du
grande petite Balasubramanian et Garner (1997a) cycle de vie (PE)
courant-jet
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts

Simmons et Hoskins (1976) modes normaux instables (PE)


Latitude du
haute basse Akahori et Yoden (1997) statistiques dans un GCM
courant-jet Rivière (2009) cycle de vie et simulations longues (PE et QG)
Simmons et Hoskins (1978) cycle de vie non linéaire (PE)
Echelles spa- Hartmann et Zuercher (1998) cycle de vie non linéaire (PE)
Ondes grandes petites
tiales Orlanski (2003) cycle de vie non linéaire (SW)
Rivière (2009) cycle de vie et simulations longues (PE et QG)
Périodes longues courtes Rivière et Orlanski (2007) statistiques sur des réanalyses
Chen et al. (2007) simulations longues (GCM et SW)
95

Diabatisme Friction faible


Orlanski (2003) cycle de vie non linéaire (NH)
Humidité moins plus Rivière et Orlanski (2007) statistiques sur des réanalyses
Laîné et al. (2011) simulations longues dans QG sec et humide.
96 Chapitre 3

3.4 Synthèse
Dans le présent chapitre, nous avons montré qu’il existait une rétroaction positive
sur la latitude du courant-jet en raison des fluctuations du paramètre de Coriolis avec la
latitude. Plus le jet est situé dans les basses (hautes) latitudes, plus il a de chances de
créer des déferlements cycloniques (anticycloniques) et donc plus il aura tendance à se
maintenir, voire à se déplacer encore plus vers l’équateur (les pôles). Cette rétroaction
positive diffère de celles proposées par d’autres papiers (Robinson 2000, Kug et Jin 2009),
non seulement par le mécanisme proposé mais aussi par sa nature. Dans les papiers pré-
cédents, les anomalies sont maintenues ou renforcées sans aucun déplacement alors que la
rétroaction proposée ici, même si elle est qualifiée de positive, ne maintient pas forcément
les jets à la même latitude, elle a tendance à les pousser petit à petit vers des latitudes
extrêmes et donc à participer aux évolutions et déplacements des anomalies.
Bien entendu ce maintien ou ce déplacement vers les latitudes extrêmes peut-être
stoppé par différents procesus dont le premier qui vient à l’esprit est le déficit temporaire
d’ondes. Dans ce cas là, la partie du jet, dite pilotée par les dépressions ou "eddy-driven
jet", s’atténue et la structure du jet retourne petit à petit vers celle imposée par la cellule
de Hadley. D’autres phénomènes propres aux ondes peuvent également contrecarrer la
rétroaction positive, notamment leurs échelles spatiales. Un jet situé à une haute latitude
peut apriori brutalement être déplacé vers l’équateur par la présence d’une onde de petite
échelle qui va créer un déferlement cyclonique.
Ainsi existe-t-il apriori différents mécanismes montrant que les ondes participent au
maintien des anomalies basse fréquence mais il en existe aussi qui soulignent leur poten-
tialité à déclencher des transitions. Le chapitre suivant est dédié à une mise en évidence de
certains de ces mécanismes pour différents types de climat et variabilités basse fréquence
de l’atmosphère.
Chapitre 4

Rôle du rail des dépressions dans les cli-


mats passé, présent et futur
The main purpose of this chapter is to show how our knowledge of the different factors
influencing the nature of the wave breaking can be helpful to better understand the midlati-
tude atmospheric flow properties in different climates. The role played by baroclinic waves
and their breaking in triggering and maintaining the different phases of the teleconnections
and the different weather regimes is first analyzed in the present climate using reanaly-
sis data (Rivière 2010, Michel et Rivière 2011). Coupled atmosphere-ocean simulations
of the last glacial maximum are then compared with preindustrial runs. It is shown that
the variability of the midlatitude atmospheric flow in this past climate is more marked by
accelerations and decelerations of the jets rather than by their latitudinal fluctuations in
contrast with the present climate (Rivière et al. 2010a). A rationale is provided in terms
of the orography properties and the latitudinal fluctuations of the low-level baroclinicity.
Finally, the future climate projections are discussed. The role played by the increased
upper-level baroclinicity in the poleward shift of the jet streams detected in global warming
scenarios is analyzed by using CMIP3 scenarios as well as by performing simulations of a
simple dry GCM and an instability analysis in the three-level QG model (Rivière 2011).

4.1 Introduction
Le but du présent chapitre est d’interpréter la variabilité basse fréquence d’un climat
donné ainsi que les différences de climatologies entre deux types de climat à partir des
résultats du chapitre précédent sur le déferlement des ondes de Rossby. Les études se
consacrent uniquement sur la position climatologique et les fluctuations des jets dits pilotés
par les dépressions ou “eddy-driven“ jets. Différents concepts de variabilité basse fréquence
seront considérés, notamment les téléconnexions comme l’Oscillation Nord Atlantique
(NAO) et les régimes de temps comme le blocage, en se focalisant plus particulièrement
sur le domaine de l’Atlantique nord. Trois types de climats seront également analysés ;
le climat présent reposant sur les données des réanalyses NCEP-NCAR ou ERA40 ainsi
que sur des simulations préindustrielles et des simulations du 20ème siècle, le climat passé
correspondant au dernier maximum glaciaire (LGM), et le climat futur de la fin du 21ème
siècle.
97
98 Chapitre 4

4.2 Rôle dans la variabilité basse fréquence de l’atmo-


sphère dans le climat présent
Les résultats de cette section reposent sur les articles de Rivière et Orlanski (2007),
Rivière (2010) et Michel et Rivière (2011)

La variabilité basse fréquence de l’atmosphère est connue depuis le début du 20ème


siècle et les travaux pionniers de Walker et Bliss (1932). Elle a été détectée de manière
simple en calculant des corrélations entre les pressions au niveau de la mer à différents
endroits du globe. Cette approche a révélé de fortes anticorrélations entre les moyennes
latitudes et les régions polaires qui sont maintenant bien connues sous le nom d’Oscillation
Arctique (AO), d’Oscillation Nord Atlantique (NAO), d’Oscillation Nord Pacifique (NPO)
et d’Oscillation Antarctique (AAO). Cette approche en corrélations a été généralisée par
Wallace et Gutzler (1981) et a permis de mettre en évidence d’autres téléconnexions
comme la ”Pacific-North American“ (PNA) téléconnexion. La méthode la plus classique
désormais pour calculer ces différentes téléconnexions est l’analyse en composante princi-
pale appliquée à la pression à la surface de la mer ou au géopotentiel à différents niveaux
isobares (Barnston et Livezey 1987, Thompson et Wallace 1998, Feldstein 2000). Ces
téléconnexions, qui au départ ont été remarquées pour leurs fluctuations interannuelles
et interdécennales (Hurrell 1995), connaissent également de fortes variations intrasaison-
nières et ont une échelle caractéristique de décroissance exponentielle de l’ordre de 10 jours
(Feldstein 2000). Ainsi les études décrites ci-après s’intéressent-elles plus particulièrement
aux fluctuations intrasaisonnières.

4.2.1 Téléconnexions
Indice zonal

Un mode annulaire (typiquement l’AO ou l’AAO qui est défini comme étant le premier
EOF de la pression de surface de la mer dans un des hémisphères) est très proche du
premier EOF de la moyenne zonale circumpolaire de différentes variables et notamment
du vent zonal dont l’indice de variations est appelé indice zonal (Wallace 2000). Cet
indice zonal correspond à des fluctuations latitudinales des courants-jets et est caractérisé
par une rétroaction positive de la part des ondes baroclines haute fréquence (Lorenz et
Hartmann 2003). La structure de l’EOF du vent zonal moyenné zonalement possède une
structure dipolaire dominante (figure 4.1) qui est fortement corrélée avec la convergence
des flux de quantité de mouvement haute fréquence. Les deux phases opposées de la
structure dipolaire de la convergence des flux peuvent être directement associées aux deux
types de déferlement (cyclonique pour la phase négative et anticyclonique pour la phase
positive) en faisant le parallèle avec les anomalies dipolaires de la figure 3.5. On montre
ainsi à nouveau le lien entre déferlement cyclonique (anticyclonique) et un jet plus vers
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 99

Fig. 4.1 – Structure de l’EOF dominant du vent zonal moyenné zonalement et vertica-
lement dans l’hémisphère nord (cercles noirs) et regression de la convergence des flux de
quantité de mouvement haute fréquence sur la composante principale de l’EOF associé
(cercles blancs). Tiré de Lorenz and Hartmann (2003).

l’équateur (les pôles). Les variations de l’indice zonal sont donc une nouvelle illustration de
la rétroaction positive des ondes baroclines dont un mécanisme a été proposé par Rivière
(2009). Cependant, l’indice zonal de l’hémisphère nord est fortement dominé par ce qui se
passe sur l’Atlantique et la NAO. Une analyse sectorielle de l’EOF du vent zonal moyenné
sur les longitudes du Pacifique montre que le jet Pacifique connait de fortes accélérérations
/ décélérations (liées à la PNA) et des variations latitudinales plus faibles liées à la NPO.
Dans ce cas, la rétroaction positive est nettement affaiblie comme le montre Eichelberger
et Hartmann (2007).

L’Oscillation Nord Atlantique


L’indice zonal de l’hémisphère nord étant dominé par le phénomène de la NAO, la ré-
troaction positive discutée précédemment est également valide pour la NAO et l’objectif
du présent paragraphe est de donner un autre point de vue sur ce phénomène. L’étude de
Benedict et al. (2004) a été la première à montrer le lien étroit entre la phase négative
(positive) de la NAO et l’occurrence du déferlement cyclonique (anticyclonique) qui a
été rapidement suivi par d’autres études qui confirment ces résultats ou proposent des va-
riantes (Rivière et Orlanski 2007, Martius et al. 2007, Strong et Magnusdottir 2008, Wool-
lings et al. 2008, Kunz et al. 2009). La figure 4.2 est un schéma représentant une synthèse
des résultats de Benedict et al. (2004). La phase négative de la NAO est caractérisée
par un déferlement cyclonique dans l’Atlantique ouest qui advecte le bas géopotentiel ou
l’anomalie froide vers le sud et le haut géopotentiel ou l’anomalie chaude vers le nord, ce
qui permet de créer la structure dipolaire de la phase négative de la NAO. En revanche,
comme le montre le cas de la phase positive, il s’avère que deux déferlements anticy-
cloniques quasi-simultanés, l’un sur l’Amérique du Nord et l’autre sur l’Atlantique est,
semblent à première vue nécessaires pour créer la structure dipolaire de la phase positive.
Même si ces résultats restent assez descriptifs, ils permettent de décrire plus facilement
100 Chapitre 4

Fig. 4.2 – Schéma du cycle de vie de la phase positive (colonne de gauche) et de la


phase négative (colonne de droite) de l’Oscillation Nord Atlantique. Les écarts temporels
entre les différentes vignettes sont de l’ordre de 3-5 jours et la vignette (c) correspond
au pic de la phase. Les deux contours noirs représentent respectivement les températures
potentielles 305 K et 335K sur une surface 2 PVU et le contour tireté désigne l’axe des
thalwegs. Enfin, les anomalies froide et chaude sont représentées par les plages grisées
claires et sombres respectivement. Tiré de Benedict et al. (2004).

d’un point de vue synoptique le phénomène de la NAO qui restait assez vague jusqu’alors.
D’autre part, il permet d’avoir un angle d’attaque théorique assez simple ; si on connait les
facteurs influençant les deux types de déferlement, on devrait être capable de déterminer
ceux influençant les deux phases de la NAO, et ce, quelque soient les échelles temporelles.
Parmi les facteurs discutés dans le chapitre précédent, l’échelle spatiale des ondes
reste un paramètre clé. La figure 4.3 montre bien que les longueurs d’onde zonales sont
plus élevées pendant les phases positives que les phases négatives de la NAO. Cependant
ce calcul est effectué sur l’Atlantique lui-même et ne peut représenter un quelconque
précurseur. On peut montrer que de telles différences d’échelle n’interviennent pas sur le
Pacifique et ne commencent à apparaitre qu’au niveau de l’Amérique du Nord. Un axe
de recherche semble encore possible dans ce sens pourtant puisque des fluctuations basse
fréquence sur le Pacifique sont généralement détectées avant l’occurrence de la phase
positive de la NAO (Feldstein 2003) et celles-ci pourraient empêcher les petites ondes
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 101

d’échelle synoptiques de se propager davantage vers l’est.

Fig. 4.3 – Energie cinétique haute fréquence (inférieures à 12 jours, unité : m2 s−2 ) à
300 hPa des ondes de grande échelle (supérieures à 4000 kms) en fonction de l’énergie
cinétique haute fréquence des ondes de petite échelle (inférieures à 4000 kms) pour des
valeurs de l’indice NAO inférieurs à -1.5 (carrés bleus) et supérieurs à 1.5 (cercles rouges).
Chaque énergie cinétique a été moyennée sur le domaine atlantique (35◦ -55◦ N, 60◦ -0◦ W).
Source : données réanalysées NCEP-NCAR. Tiré de Rivière et Orlanski (2007).

De manière générale, il est quasi-sûr que des précurseurs aux différentes phases de la
NAO existent dans le Pacifique comme l’ont montré Rivière et Orlanski (2007) en utilisant
un modèle régional sur un domaine couvrant le Pacifique est et l’Atlantique tout entier.
En rappelant l’écoulement sur le bord ouest du domaine (ie., le Pacifique est) vers des
données réanalysées, on est capable de reproduire la dynamique de l’écoulement sur tout
le domaine et en particulier les différentes phases de la NAO. Le cas de contrôle qui est
forcé par les réanalyses de décembre 1987 (figure 4.4c) reproduit correctement la position
du jet du même mois (figure 4.4a) qui est associé à la phase négative de la NAO tandis que
le cas du run modifié pour lequel le forçage est celui du mois de janvier 1988 reproduit une
NAO positive (voir le jet atlantique plus au nord et des flux de quantité de mouvement
bien plus positifs sur la figure 4.4d) comme c’était le cas pour janvier 1988 (figure 4.4b).
Les raisons de cette différence n’ont pour l’instant pas été complètement identifiées et cet
aspect fera l’objet de futurs travaux.
On pourrait penser d’après les résultats de Benedict et al. (2004) et la figure 4.2 que
l’activité ondulatoire dans le Pacifique est plus importante avant la phase positive qu’avant
la phase négative. Mais de nombreux contre exemples existent comme décembre 1987 et
janvier 1988 et de plus subtils précurseurs restent à être identifiés. A noter également
le travail de Franzke et al. (2004) qui montrent le rôle joué par la latitude de l’activité
ondulatoire du Pacifique sur la NAO mais cela n’a pas été confirmé depuis. Ainsi, l’iden-
tification des précurseurs à la NAO au sein du Pacifique reste à l’heure actuelle un sujet
ouvert. Cela fait l’objet de la thèse de Marie Drouard que je co-encadre et qui a démarré
en octobre 2011.
102 Chapitre 4

a. Climatologie de décembre 1987 b. Climatologie de janvier 1988

c. Climatologie du run de contrôle d. Climatologie du run modifié

Fig. 4.4 – (a), (b) Moyennes du vent zonal (contours noirs, intervalle 5 m s−1 ) et des
flux de quantité de mouvement haute fréquence (périodes inférieures à 12 jours, plages
colorées, unité : m2 s−2 ) à 300 hPa pour les mois de décembre 1987 et janvier 1988 res-
pectivement (source : données réanalysées NCEP-NCAR). (c) mêmes champs qu’en (a)
et (b) mais pour les résultats de la simulation de contrôle du modèle régional nonhydro-
statique ZETAC possédant tous les forçages associées à décembre 1987 (condition sur le
bord ouest, condition initiale, et température de surface de la mer). (d) pareil qu’en (c)
mais pour la simulation modifiée où la condition limite au bord ouest du domaine a été
remplacée par les caractéristiques de janvier 1988. Tiré de Rivière et Orlanski (2007).

La téléconnexion du Pacifique Nord Américain

La PNA est caractérisée par des pulsations du jet pacifique et ses différentes phases
se distinguent moins par des changements de nature du déferlement que pour la NAO.
Il s’avère tout de même qu’une augmentation (diminution) des déferlements cycloniques
dans le Pacifique est apparait systématiquement pour la phase positive (négative) de
la PNA (Martius et al. 2007, Rivière 2010, Franzke et al. 2011). Une des explications
reposent sur le lien entre ENSO et la PNA puisqu’il s’avère qu’il y a plus de déferlement
cyclonique lors de la phase El Nino (Shapiro et al. 2001). Ainsi, Orlanski (2005) suggère
que ce sont les anomalies de SSTs dues à la phase El Nino qui augmentent la baroclinie
dans le Pacifique est et qui favorisent ainsi le déferlement cyclonique et donc la phase
positive de la PNA. Franzke et al. (2011) suggèrent de leur côté que les anomalies de
convection dans le Pacifique ouest seraient à l’origine d’un déclenchement d’une PNA
positive de faible amplitude qui renforcerait le cisaillement cyclonique du jet, favoriserait
ainsi le déferlement cyclonique et aboutirait au bout du compte à la formation complète
de la phase positive de la PNA.
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 103

La téléconnexion du Pacifique Ouest

Les anomalies de la téléconnexion du Pacifique Ouest (WP) ou du Nord Pacifique


(NPO) sont en quadrature de phase par rapport à la PNA (Linkin et Nigam 2008). Cette
téléconnexion a été moins étudiée que la PNA ou la NAO dans la littérature car correspond
seulement à la troisième ou quatrième EOF de l’hémisphère nord (Feldstein 2000). Elle
est caractérisée par des fluctuations latitudinales du jet pacifique et est en quelque sorte
l’équivalent de la NAO dans le Pacifique. Comme toute fluctuation latitudinale de jets,
elle est marquée par des variations importantes dans la nature du déferlement qui a été
détaillée dans Rivière (2010). Les résultats étant très similaires à la NAO, il n’est pas utile
d’y revenir dessus ici.

4.2.2 Régimes de temps


La notion de régimes de temps provient essentiellement de la constation par différents
synopticiens de la moitié du 20ème siècle (Rex 1950, Namias 1964) que certains états de
l’atmosphère comme le blocage sont récurrents et persistent plus longtemps que la durée
de vie moyenne des ondes baroclines, c’est-à-dire essentiellement une semaine. Les pre-
miers à conceptualiser ces notions de récurrence, persistence et quasi-stationarité, semblent
être Charney et DeVore (1979) qui montrent dans le cadre d’un modèle barotrope avec
topographie l’existence de deux points d’équilibre stables, c’est-à-dire de deux solutions
stationnaires stables, qui s’apparentent à deux régimes observés dans l’atmosphère réelle,
à savoir le régime zonal et le régime de blocage. Au début des années 1980, la théorie
des équilibres multiples est approfondie en recherchant des solutions stationnaires mul-
tiples dans des modèles plus complexes, notamment le modèle barocline à deux couches
(Charney et Straus 1980) ou encore un modèle barotrope plus sophistiqué incluant plus de
degrés de liberté et d’effets nonlinéaires (Legras et Ghil 1985). Cependant, ces situations
d’équilibre de grande échelle ne prennent pas en compte l’effet des ondes baroclines alors
que les états quasi-stationnaires observés dans l’atmosphère se trouvent en aval des rails
des dépressions dans des régions où les ondes baroclines atteignent de larges amplitudes
(Hoskins et al. 1983), ce qui suggère le rôle crucial joué par ces dernières.
Reinhold et Pierrehumbert (1982) sont les premiers à mettre en évidence le rôle des
perturbations synoptiques dans le modèle barocline à 2 couches. Les points d’équilibre
de grande échelle s’avèrent très éloignés des états préférentiels et persistants du modèle
appelés ”régimes équilibres“ qui prennent en compte la dynamique à la fois des ondes
planétaires et des ondes synoptiques. Les auteurs montrent par ailleurs que les ondes
synoptiques, tant qu’elles restent d’amplitude modérée, tendent à renforcer le ”régime
équilibre“ mais que si elles atteignent de fortes amplitudes elles peuvent être responsables
d’une transition d’un régime à un autre.
Vautard et al. (1988) ont prolongé cette approche dans le même modèle à 2 couches
mais en incluant plus de degrés de liberté, en écartant les effets de la topographie et en
104 Chapitre 4

s’intéressant plus particulièrement à la persistence des anomalies plutôt qu’à leur récur-
rence. Ils montrent en particulier l’existence de deux états persistents qui prennent la
forme du blocage et du régime zonal et qui sont maintenus par les ondes synoptiques.
Ces deux mêmes régimes apparaissent également comme les solutions stationnaires d’un
problème d’équilibre nonlinéaire où l’effet des ondes baroclines est paramétré par une
approche statistique (Vautard et Legras 1988). En appliquant la même méthode à des
données analysées de l’atmosphère réelle, Vautard (1990) met en évidence 4 régimes sur
l’Atlantique, le régime zonal, le blocage scandinave, l’anticyclone groenlandais et la dorsale
atlantique. Il montre également l’existence de transitions préférentielles comme le passage
du régime zonal au blocage et du blocage à l’anticyclone groenlandais.
Parallèlement à cette recherche d’équilibres multiples nonlinéaires, une autre méthode
pour identifier les régimes de temps et s’appuyant sur la notion de récurrence a été dé-
veloppée et qu’on appelle le regroupement en différentes classes ou ”dynamical cluster
analysis“ (Legras et al. 1987, Mo et Ghil 1988). Michelangeli et al. (1995) ont comparé
les deux méthodes sur des données réelles et ont montré que, bien qu’elles donnaient le
même nombre de régimes sur les différents secteurs Pacifique et Atlantique, les structures
associées pouvaient différer significativement. Dans la suite de cette section, les 4 régimes
de l’Atlantique nord ont été obtenus en appliquant l’algorithme de partition en nuées dy-
namiques de Michelangeli et al. (1995) aux données ERA40. A chaque jour appartenant
au grand hiver (16 octobre - 15 avril) de 1957 à 2002 correspond un unique régime. On
obtient ainsi 1908 jours de blocage, 1709 jours d’anticyclone groenlandais, 1856 jours de
dorsale atlantique, et 2364 jours de zonal.

Phases matures

La figure 4.5 montre les fréquences d’occurrence des deux types de déferlement pour les
4 regimes de temps où on remarque à nouveau le lien étroit entre la nature du déferlement
et la latitude du courant-jet. A une longitude donnée, un ”eddy-driven” jet plus au nord
est associé à plus de déferlement anticyclonique que cyclonique et l’inverse pour un jet
situé plus au sud. Michel et Rivière (2011) montrent que les structures de déferlements
typiques de chaque régime sont plus fréquents pendant le renforcement du régime que
pendant son déclin ce qui suggère que les déferlements renforcent le régime. Ceci est bien
évidemment en accord avec la rétroaction positive du rail des dépressions décrite dans de
nombreux papiers. Cependant, des exceptions existent notamment pour le blocage comme
cela est montré dans la section suivante.

Transitions

Le maintien des régimes de temps a été abondamment étudié tandis que les transitions
entre régimes de temps l’ont été beaucoup moins (Michelangeli et Vautard 1998). Ainsi
l’article de Michel et Rivière (2011) est-il beaucoup plus axé sur ces transitions et en
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 105

80°W 40°W 0° 80°W 40°W 0°

a. Blocking 0.1 b. Greenland anticyclone


0.1

60°N 60°N
20
0.1

40°N 40°N
20 20
0.1
20
20

80°W 40°W 0° 80°W 40°W 0°

c. Atlantic ridge d. Zonal 0.1


20

60°N 0.1 0.1 60°N 20


20 0.1

40°N 40°N
20
0.1
20 20 0.1

Fig. 4.5 – Fréquences d’occurrence des déferlements cyclonique (en bleu) et anticyclonique
(en rouge) pour (a) le blocage, (b) l’anticyclone groenlandais, (c) la dorsale atlantique et
(d) le régime zonal détectés sur les isentropes 300K, 315K, 330K et 350K. Le premier
contour est 0.1 jour−1 et l’intervalle 0.05 jour−1 . Les plages grisées correspondent aux
moyennes du vent zonal sur les 4 mêmes isentropes (intervalle : 10 m s−1 ). Tiré de Michel
et Rivière (2011).

particulier sur deux transitions préférentielles, la transition du zonal vers le blocage et du


blocage vers l’anticyclone groenlandais. Le passage du régime zonal au régime de blocage
est la transition la plus fréquente qui apparait dans les données ERA40. Le passage d’un
blocage vers l’anticyclone groenlandais est particulièrement intéressante à analyser car
elle fait le pont avec des études sur la NAO qui montrent que le blocage favorise le
développement de la phase négative de la NAO (Croci-Maspoli et al. 2007) qui est incarnée
par l’anticyclone groenlandais dans le cas de la décomposition en régimes. Les transitions
sont définies ci-après comme la succession de trois jours d’un même régime suivis de trois
autres jours d’un autre régime.

Les phases de formation des différentes téléconnexions comme la NAO ou la PNA ont
été étudiées avec succès à partir de la méthode proposée par Cai et van den Dool (1994)
qui repose sur l’équation de tendance de la fonction de courant basse fréquence (Feldstein
2000, Feldstein 2002, Feldstein 2003) et a été également utilisée dans l’article de Michel
et Rivière (2011). Cette équation peut s’écrire ainsi :

5
∂ψL X
= ξi + R, (4.1)
∂t i=1
106 Chapitre 4

ψL = ∇−2 ζL , (4.2)
ξ1 = −∇ −2
(v.∇ζL + vL .∇η + η∇.vL + ζL ∇.v)L , (4.3)
ξ2 = −∇−2 (vL .∇ζL + ζL ∇.vL )L , (4.4)
ξ3 = −∇−2 (vH .∇ζH + ζH ∇.vH )L , (4.5)
ξ4 = −∇ −2
(vL .∇ζH + vH .∇ζL + ζL ∇.vH + ζH ∇.vL )L , (4.6)
ξ5 = −∇ −2
(v.∇ζH + vH .∇η + η∇.vH + ζH ∇.v)L . (4.7)

R est un terme résiduel prenant en compte les effets diabatiques et η est la vorticité
absolue. Les barres correspondent aux moyennes climatologiques du grand hiver tandis
que les indices H et L sont associées aux anomalies haute et basse fréquence avec une
fréquence de coupure de l’ordre de 10 jours. Le terme ξ1 étant la somme de l’advection
de la vorticité absolue climatologique par les anomalies basse fréquence et de l’advection
de la vorticité basse fréquence par la climatologie correspond aux termes de propagation
linéaire d’anomalies basse fréquence le long de la climatologie. ξ2 et ξ3 correspondent
respectivement aux termes nonlinéaires d’interaction avec elles-mêmes des anomalies basse
et haute fréquence. ξ4 est l’interaction entre les anomalies basse et haute fréquence et est
censé être un terme faible puisque les termes croisées entre haute et basse fréquence se
projettent essentiellement sur la haute fréquence. De même ξ5 est censé être faible puisque
les termes croisés entre haute fréquence et climatologie sont essentiellement des termes
haute fréquence.
La figure 4.6 résume les termes de tendance qui sont responsables des deux transitions
étudiées en projetant chaque terme de tendance sur la structure du futur régime. On
s’aperçoit d’abord que la projection de la tendance (membre de gauche de l’équation (4.1))
a un pic positif avant le passage au futur régime marqué par la date T ce qui est logique
par construction. De plus, la projection de la tendance (traits tiretés noirs) est proche
de celle de la somme des ξi (traits pleins noirs) qui permet ainsi d’interpréter l’évolution
de la fonction de courant basse fréquence. De plus, le terme ξ4 + ξ5 (courbes vertes)
s’avère faible par rapport aux autres termes. Dans le cas du blocage vers l’anticyclone
groenlandais (figure 4.6a), la projection des termes nonlinéaires ξ2 + ξ3 (courbes bleues
turquoises) étant l’unique terme fortement positif, ils permettent à eux seuls d’expliquer la
transition. Le cas du zonal vers le blocage (figure 4.6b) est différent puisque c’est d’abord
le terme linéaire ξ1 qui favorise l’apparition du futur régime à T-6 jours puis la projection
de la somme des termes nonlinéaires devient positif et connait un pic au moment de la
transition, voire légèrement après. Ainsi dans ce second cas, il y aurait deux précurseurs
de nature différente à la transition.
La figure 4.7 permet de faire le pont entre les termes non linéaires et le phénomène de
déferlement d’ondes. Deux jours avant la transition, c’est-à-dire à T-2 jours, la densité de
déferlement cyclonique est forte au sud du Groenland (figure 4.7a) et elle est plus forte
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 107

a. Blocage vers Anticyclone Groenlandais b. Zonal vers Blocage


24 24

20 20

16 16

12 12
Projection (x 5e6 s-1)

Projection (x 5e6 s-1)


8 8

4 4

0 0

-4 -4

-8 -8

-12 -12

-16 -16

-20 -20

-24 -24

T-8 T-6 T-4 T-2 T T+2 T+4 T+6 T+8 T+10 T+12 T-8 T-6 T-4 T-2 T T+2 T+4 T+6 T+8 T+10 T+12
Days Days

Fig. 4.6 – Projections des différents termes de tendance de la fonction de courant basse
fréquence sur les anomalies de la fonction de courant basse fréquence du futur régime à 300
hPa pour (a) la transition du blocage vers l’anticyclone groenlandais et (b) la transition
du régime zonal vers le blocage. Les lignes noire tiretée, noire pleine, bleu, bleu turquoise
et verte correspondent respectivement aux projections du membre de gauche de l’équation
4.1 (∂ψ L /∂t), de la somme ( 5i=1 ξi ), du terme linéaire basse fréquence (ξ1 ), des termes
P

nonlinéaires (ξ2 + ξ3 ), et de la somme ξ4 + ξ5 . L’instant T correspond au premier jour du


futur régime c’est-à-dire au jour de transition. Source : données ERA40. Tiré de Michel
et Rivière (2011).

qu’un jour de blocage habituel (figure 4.5a). L’occurrence d’un tel déferlement crée une
décélération des vents d’ouest à l’endroit où il se produit et une accélération plus au sud.
C’est précisément ce qu’on voit sur la somme des deux termes nonlinéaires, une décélé-
ration vers 60◦ N et une forte accélération au sud vers 40◦ N (contours noirs sur la figure
4.7b). On voit même la plus faible zone d’accélération vers 80◦ N sur cette dernière figure
qui permet de reconnaître facilement la forme en S typique du déferlement cyclonique
qui est associé à des anomalies tripolaires dans l’accélération du vent zonal. La zone de
décélération permet de couper en deux les deux zones de vents d’ouest typique du ré-
gime de blocage situés au sud-ouest et au nord-est de l’Atlantique. La zone d’accélération
plus au sud qui apparait sur tout le bassin atlantique permet de créer un jet Atlantique
dit zonal sud typique du régime de l’anticyclone groenlandais. La comparaison des deux
termes nonlinéaires (figures 4.7c-d) montre que les deux participent à la formation du
futur régime avec une dominante de la part des termes nonlinéaires basse fréquence. De
manière un peu similaire à la figure 3.5, on peut en conclure que les flux haute fréquence
ne permettent pas à eux seuls de prendre en compte l’impact du déferlement d’onde sur
l’écoulement moyen.
A l’inverse de la transition précédente, celle du zonal vers le blocage (figure 4.6b)
suggère deux types de précurseurs, un lié au terme de propagation linéaire des ondes
basse fréquence qui se produit relativement en avance par rapport à la transition (environ
6 jours avant) et l’autre lié aux termes nonlinéaires et donc aux déferlements d’onde qui
se produisent pendant la transition. Michel et Rivière (2011) montrent que le terme ξ1
108 Chapitre 4

a. 80°W 40°W 0° b. 80°W 40°W 0°

0.1
60°N 60°N

0.1
40°N 40°N

c. 80°W 40°W 0° d. 80°W 40°W 0°

60°N 60°N

40°N 40°N

Fig. 4.7 – Densités d’occurrence des déferlements et termes nonlinéaires de tendance de


la fonction de courant basse fréquence (plages colorées, intervalle : 15 m2 s−2 ) et du vent
zonal basse fréquence (contours noirs, intervalle : 2 × 10−5 m s−2 ) deux jours avant le
passage du régime de blocage au régime de l’anticyclone groenlandais. (a) fréquences de
déferlements (mêmes définitions que sur la figure 4.5), (b) ξ2 + ξ3 (somme des deux types
de termes nonlinéaires), (c) ξ2 (termes nonlinéaires basse fréquence) et (d) ξ3 (termes
nonlinéaires haute fréquence). Les contours tiretés et pleins correspondent respectivement
aux valeurs négatives et positives. Source : données ERA40. Tiré de Michel et Rivière
(2011).

est associé à un train d’onde quasi-stationnaire dont l’origine se trouve au niveau de


l’Atlantique subtropical ouest ce qui conforte l’étude de Nakamura et al. (1997). De plus,
l’analyse du terme source d’ondes de Rossby introduit par Sardeshmukh et Hoskins (1988)
ainsi que des OLRs pour la période 1974 à 2002 suggère que ce train d’onde est déclenché
par une intensification de la cellule de Hadley dans l’Atlantique.
Cette interprétation est confortée par la régression de la fonction de courant basse
fréquence et des OLRs sur l’indice de blocage (figure 4.8). 8 jours avant le pic de l’indice,
des anomalies dipolaires de fonction de courant basse fréquence sont visibles dans l’Atlan-
tique ouest dont la dorsale se trouve vers 30◦ N proche d’une zone d’OLR positive et donc
de subsidence (figure 4.8a) qui est elle-même associée à une zone de convection proche de
l’équateur. Puis, en avançant dans le temps, l’onde basse fréquence se propage avec des
flux d’activité orientés du sud-ouest vers le nord-est et crée une dorsale au dessus de la
Scandinavie qui est typique du régime de blocage. La propagation s’oriente ensuite vers
le sud-est et l’Asie. Ainsi, la formation d’un blocage semble se produire en deux temps ;
le déclenchement d’une onde basse fréquence de grande échelle qui crée une anomalie de
dorsale de faible amplitude au départ qui se renforce par la suite par l’effet du déferle-
ment d’onde. On remarquera que cette même dorsale s’atténue sous l’effet du même train
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 109

d’onde basse fréquence qui tend à propager l’énergie de la Scandinavie vers l’Asie à partir
de T-4 jours ce qui est consistent avec la projection négative de ξ1 sur le blocage à partir
de cet instant dans le cas de la transition (figure 4.6b).
160°W 140°W 120°W 100°W 80°W 60°W 40°W 20°W 0° 20°E 40°E 60°E 80°E 100°E 120°E 140°E 160°E

80°N a. Lag -8
70°N

60°N

50°N

40°N

30°N

20°N

10°N

160°W 140°W 120°W 100°W 80°W 60°W 40°W 20°W 0° 20°E 40°E 60°E 80°E 100°E 120°E 140°E 160°E

80°N b. Lag -4
70°N

60°N

50°N

40°N

30°N

20°N

10°N

160°W 140°W 120°W 100°W 80°W 60°W 40°W 20°W 0° 20°E 40°E 60°E 80°E 100°E 120°E 140°E 160°E

80°N c. Lag 0
70°N

60°N

50°N

40°N

30°N

20°N

10°N

160°W 140°W 120°W 100°W 80°W 60°W 40°W 20°W 0° 20°E 40°E 60°E 80°E 100°E 120°E 140°E 160°E

80°N d. Lag +4
70°N

60°N

50°N

40°N

30°N

20°N

10°N

Fig. 4.8 – Régression de la fonction de courant basse fréquence (contours noirs, intervalle :
2 × 106 m2 s−1 ), du flux horizontal d’activité de Takaya et Nakamura (2001) multiplié
par 10 à 200 hPa (unité : m2 s−2 ) et des OLR basse fréquence (plages colorées, unité : W
m−2 ) sur l’indice de blocage pour la période 1974-2001 pour les décalages temporels (a)
-8 jours, (b) -4 jours, (c) 0 jours et (d) +4 jours. Source : données ERA40. Tiré de Michel
et Rivière (2011).

4.2.3 Discussion
Deux types de précurseur aux transitions entre régimes de temps ont été identifiés
dans Michel et Rivière (2011) ; l’un de grande échelle lié à la propagation des anomalies
basse fréquence qui intervient environ une semaine avant la transition mais qui n’est
pas systématique et un autre lié aux déferlements d’onde qui se produit au moment de
la transition elle-même, voire un peu avant, et qui intervient systématiquement pour
chaque transition. L’existence de ces deux précurseurs a été suggérée par Cassou (2008)
110 Chapitre 4

dans son étude de l’influence de la MJO sur les régimes de temps. Mais un parallèle
plus précis peut être fait avec l’étude de Michelangeli et Vautard (1998) qui ont mis en
évidence deux types de précurseur pour la formation du blocage, un de grande échelle et
un autre d’échelle synoptique. Cependant, le précurseur de grande échelle est dans leur
cas identifié comme l’onde rétrograde de période 20-25 jours dite oscillation de Kushnir-
Branstator (Kushnir 1987, Branstator 1987) tandis que le précurseur de grande échelle
de Michel et Rivière (2011) est associé à un train d’onde démarrant dans l’Atlantique
subtropical qui est très proche de ce que trouvent Nakamura et al. (1997). Le deuxième
précurseur du blocage identifié par Michelangeli et Vautard (1998) est un train d’onde
synoptique qui se propagage du sud-ouest au nord-est et qui s’arrête net au niveau de
l’Europe du nord. Même si les auteurs ne l’associent pas à un déferlement, le fait que
l’onde s’arrête de se propager est un signe direct de déferlement. D’autres articles mettent
en avant plus précisément le rôle du déferlement dans la formation du blocage (Pondeca
et al. 1998, Altenhoff et al. 2008) avec un accent, soit mis sur le déferlement cyclonique
à l’ouest du blocage, soit sur le déferlement anticyclonique à l’est, ce qui est consistent
avec la figure 4.5a. D’autres encore ont mis en évidence le rôle des effets diabatiques
dans la formation du blocage (Croci-Maspoli et Davies 2009) car ceux-ci permettraient
de renforcer la dynamique des dépressions, soit en injectant du bas PV provenant de la
basse troposphère soit en advectant du bas PV venant du sud comme cela a été suggéré
d’ailleurs par Crum et Stevens (1988).
Il semble dès lors intéressant de mieux comprendre le lien entre cyclogenèses et le cycle
de vie du blocage. D’un côté, plusieurs études montrent le lien entre le déclenchement de
cyclogenèses explosives sur l’est de l’Amérique du nord et la formation du blocage (Sanders
et Gyakum 1980, Colucci 1985, Crum et Stevens 1988, Colucci et Alberta 1996) qu’on
peut d’ailleurs facilement relié aux déferlements cycloniques qui se produisent à l’ouest du
futur blocage. De l’autre côté, l’étude de Michel et Rivière (2011) associe la destruction
du blocage à un déferlement cyclonique important globalement dans la même zone mais
légèrement décalée au sud-est du Groenland. Ainsi plusieurs questions se posent-elles
auxquelles la thèse de Clio Michel tentent d’y répondre. Qu’est ce qui différencie une
cyclogenèse qui forme et renforce le blocage de celle qui le détruit ? Ou encore peut-on
avoir formation du blocage sans le précurseur de grande échelle avec uniquement l’effet
d’un précurseur synoptique ?
L’existence de deux précurseurs successifs de nature différente a également été mise en
évidence dans le contexte de la PNA par Franzke et al. (2011) ; des anomalies convectives
dans les tropiques seraient à l’origine d’un train d’onde basse fréquence qui modifierait
ou préconditionnerait l’écoulement de grande échelle de façon à favoriser l’occurrence du
second précurseur de type synoptique qui aboutirait in fine à la pleine formation des
différentes phases de la PNA. Ce préconditionnement semble également intervenir dans
le cadre de la formation du blocage tandis que sa destruction semble être liée à un seul
précurseur d’échelle synoptique sans avoir de préconditionnement de plus grande échelle.
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 111

Cependant, on peut penser qu’un préconditionnement existe au sein même du blocage


par sa structure même qui favorise l’émergence d’un déferlement cyclonique au sud-est
du Groenland. En effet, les vent d’ouest ou les gradients de PV connaissent une forte
déflection dans cette région pendant le blocage qui ainsi le fragilise. On imagine assez
bien la possibilité de renverser aisément le gradient de PV par déferlement cyclonique
dans cette région où les iso-contours de PV sont orientés du sud au nord. Ainsi, le passage
préférentiel de blocage vers l’anticyclone groenlandais semble latent par la structure même
du blocage.

4.3 Le dernier maximum glaciaire


Cette section repose sur les articles de Laîné et al. (2009) et Rivière et al. (2010a)

4.3.1 Evolution des connaissances jusqu’à aujourd’hui

Fig. 4.9 – Reconstruction de la topographie du LGM (unité : m) notée ICE-5G à partir


du travail de Peltier (2004) et utilisée dans les simulations PMIP2. Tiré de Braconnot et
al. (2007).

Le dernier maximum glaciaire (LGM pour “Last Glacial Maximum“) qui a eu lieu il
y a environ 21000 ans est l’un des climats passés les plus simulés. Ce climat sert entre
autre de référence aux modélisateurs pour évaluer la capacité des modèles à simuler un
climat très différent du climat présent. Depuis presque vingt ans, la communauté interna-
tionale s’est organisée autour du projet PMIP (Paleoclimate Modeling Intercomparison
Project) pour pouvoir faire des simulations des différents modèles avec des forçages com-
muns caractérisant un paléoclimat donné. Une première phase PMIP1 a eu lieu dans les
années 1990 (Joussaume et Taylor 1995) où les températures de surface de l’océan (SST)
112 Chapitre 4

étaient prescrites ou fournies par une dynamique simple de couche de mélange océanique
tandis que la seconde phase PMIP2 dans les années 2000 (Braconnot et al. 2007) reposait
sur des modèles de climat couplés de circulation générale de l’océan et l’atmosphère. Les
cas forcés de PMIP1 ont révélé une extension beaucoup trop grande de la glace de mer
dans l’Atlantique nord. Une autre différence de taille concerne la topographie des calottes
glaciaires puisque PMIP1 utilisait la reconstruction de Peltier (1994) tandis que PMIP2
la reconstruction de Peltier (2004). Des différences majeures apparaissent entre les deux
reconstructions puisque la hauteur de la calotte Laurentide (celle au dessus de l’Amérique
du nord) est de l’ordre de 2.5 kms pour la première reconstruction tandis qu’elle dépasse
4 kms pour la seconde (figure 4.9). Ces différences entre PMIP1 et PMIP2 ont abouti à
des changements majeurs dans la représentation de la circulation atmosphérique et les ré-
sultats de PMIP2 reflètent mieux les reconstructions climatiques notamment sur l’Europe
occidentale et la Sibérie (Kageyama et al. 2006, Braconnot et al. 2007). Dans la suite de
cette section, la discussion portera uniquement sur la circulation des moyennes latitudes
au LGM et en particulier sur les “eddy-driven jets“ et rails des dépressions.

4.3.2 Les climatologies

a. ERA40
80
Latitude

60
40
20
0
50E 100E 150E 150W 100W 50W 0W
Longitude

b. IPSL, Pre-ind c. IPSL, LGM


80 80
Latitude

Latitude

60 60
40 40
20 20

50E 100E 150E 150W 100W 50W 0W 50E 100E 150E 150W 100W 50W 0W
Longitude Longitude

d. CNRM, Pre-ind e. CNRM, LGM


80 80
Latitude

Latitude

60 60
40 40
20 20

50E 100E 150E 150W 100W 50W 0W 50E 100E 150E 150W 100W 50W 0W
Longitude Longitude

Fig. 4.10 – Climatologie hivernale (DJF) du vent zonal (plages grisées, int : 10 m s−1 )
et des fréquences d’occurrence des déferlements anticyclonique (contours noirs, int : 0.05
jours−1 ) et cyclonique (contours blancs, int : 0.05 jours−1 ) détectés dans les zones de
renversement du gradient de vorticité absolue à 200hPa pour (a) ERA40, (b) et (c) les
simulations préindustrielle et LGM de l’IPSL, et (d) et (e) les simulations préindustrielle
et LGM du CNRM. Tiré de Rivière et al. (2010a).
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 113

Hall et al. (1996) et Kageyama et al. (1999b) ont été parmi les premiers à s’intéresser
aux rails des dépressions au cours du LGM pour lesquels on s’attend à des changements
majeurs puisque la source d’excitation des ondes est largement modifiée. La présence des
calottes glaciaires et de l’extension de la glace de mer tend à augmenter la baroclinie et à
l’étendre plus vers l’est. Ainsi Kageyama et al. (1999b) remarquent-ils une extension vers
le nord-est des rails des dépressions et des jets ainsi qu’une augmentation des l’activité
synoptique dans la majorité des modèles. Cependant, les résultats de cette étude qui
reposent sur les simulations PMIP1 ont été récemment largement remis en question par
les simulations PMIP2 (Li et Battisti 2008, Laîné et al. 2009).
Dans les simulations PMIP2, les rails des dépressions sont déplacés vers le sud-est par
rapport au climat présent et connaissent dans de nombreux modèles une baisse significa-
tive de leurs amplitudes, notamment sur l’Atlantique alors qu’il y a une forte croissance
de la baroclinie dans cette région. Cette baisse de l’activité synoptique est similaire à ce
qui se passe pour le rail des dépressions actuel du Pacifique qui connait une suppression
ponctuelle de son activité en pleine hiver alors que la baroclinie atteint son maximum d’in-
tensité (Nakamura 1992). Cette baisse d’activité se caractérise à la fois par un manque
d’activité ondulatoire entrant dans l’Atlantique en raison de la présence de la calotte Lau-
rentide (Donohoe et Battisti 2009) et à la fois par une baisse d’efficacité dans l’extraction
de l’énergie potentielle disponible par les ondes baroclines (Laîné et al. 2009). Mais les
raisons dynamiques de cette baisse d’efficacité restent encore à être identifiées.
Du côté des jets eux-mêmes, les changements sont moins importants dans les simula-
tions PMIP2 que dans les simulations PMIP1 entre climat actuel et climat du LGM (Li
et Battisti 2008, Laîné et al. 2009, Rivière et al. 2010a). Il y a généralement une extension
vers l’est et une accélération des courants-jets au coeur de ceux-ci mais très peu de diffé-
rence en position latitudinale entre le climat actuel et le climat du LGM comme on peut le
voir sur les modèles du CNRM et de l’IPSL sur la figure 4.10. On peut cependant remar-
quer une forte diminution des vents d’ouest du côté polaire des jets qui est accompagnée
logiquement d’une augmentation des déferlements cycloniques dans ces zones (comparer
le nombre de contours blancs entre les figures 4.10b et c et entre les figures 4.10d et e) ce
qui a également été vérifié sur les modèles anglais HadCM3 et japonais MIROC3.2 (Ri-
vière et al. 2010a). En d’autres termes, la largeur des courants-jets diminuent. La figure
4.10 montre également une rétraction des zones de déferlements anticycloniques même si
localement leur fréquence peut augmenter au LGM. Ceci suggère un manque de variabilité
dans l’occurrence des déferlements qui ont tendance à se produire plus ou moins tout le
temps au même endroit et qui se traduit par un manque de variabilité dans les fluctuations
des jets eux-mêmes (voir section suivante).

4.3.3 La variabilité basse fréquence


De part l’existence de conditions de surface très différentes entre le climat actuel et
le climat du LGM, on peut s’attendre à de fortes différences dans la variabilité basse
114 Chapitre 4

fréquence. Kageyama et al. (1999a) ont montré que les régimes de temps du LGM étaient
très différents de ceux du climat présent et que leurs centroids étaient déplacés vers l’est
ce qui n’est pas étonnant puisqu’ils sont étroitement liés aux rails des dépressions qui
eux mêmes s’étendent plus vers l’est. Les études plus récentes sur la variabilité basse
fréquence ont porté sur l’AO et la NAO. Justino et Peltier (2005) montrent à l’aide d’un
modèle couplé à basse résolution que la NAO du LGM est très différente de l’actuelle et
possède quatre centres d’action tandis que Justino et Peltier (2008) mettent en évidence
une intensification de l’AO en hiver au LGM avec le même modèle et forcé par la version
ancienne de la topographie (Peltier 1994). A l’inverse, les études de Otto-Bliesner et al.
(2006) et plus récemment de Lü et al. (2010) soulignent une atténuation des centres
d’action de l’AO mais ces deux dernières études prennent en compte la topographie de
Peltier (2004) contrairement aux deux précédentes. Lü et al. (2010) suggèrent que la plus
grande propagation verticale des ondes planétaires au LGM en raison de l’enneigement
important aurait tendance à diminuer la variabilité de l’AO.
L’étude de Rivière et al. (2010a) qui présente les résultats de 4 modèles PMIP2 diffère
en termes de résultats et d’interprétations de celle de Lü et al. (2010) qui pourtant utilise
également des modèles PMIP2. Ceci est d’autant plus curieux que 3 modèles sont en
commun. Dans Rivière et al. (2010a), il n’y a pas d’atténuation systématique des centres
d’action de l’EOF dominant de l’hémisphère nord du géopotentiel à 850 hPa alors que
Lü et al. (2010) montrent que cela se produit pour l’EOF de la SLP. D’autres différences
autres que le choix des variables pourraient provenir de la période choisie au sein de
chaque simulation. Toujours est-il qu’il existe tout de même un point commun dans les
deux articles, c’est le déplacement vers l’équateur des centres d’actions positifs des EOFs
et également du noeud des anomalies en passant du climat actuel au LGM. Le noeud des
anomalies de l’EOF de géopotentiel est généralement l’endroit où ses gradients sont les
plus forts. Il y a donc un déplacement vers l’équateur des gradients méridiens de l’EOF
dominant, c’est-à-dire en direction du coeur des jets. Cela signifie qu’au lieu de créer des
fluctuations latitudinales des jets, l’EOF dominant est associé plus à des accélérations et
des décélérations des jets.
Les résultats décrits précédemment pour l’AO restent qualitativement les mêmes pour
la NAO (figure 4.11). La figure 4.11a montre bien la fluctuation latitudinale des courants-
jets associée à la NAO dans les réanalyses ERA40. On note d’abord dans le cas des
simulations préindustrielles un affaiblissement des variations latitudinales des jets par
rapport aux réanalyses (l’écart de latitude entre les jets des phases opposées de l’EOF
dominant est environ 20◦ pour ERA40, 15◦ pour l’IPSL et 10◦ pour le CNRM, voir les
figures 4.11a, b et d). Cependant, ces variations sont plus fortes que celles du LGM qui
sont pratiquement inexistantes (figures 4.11c et e). A l’inverse du climat actuel, la NAO
du LGM se caractérise par des accélérations / décélérations ou plutôt des extensions /
rétractions longitudinales du jet atlantique. Les simulations PMIP2 des modèles HadCM3
et MIROC montrent la même tendance, une diminution des fluctuations latitudinales du
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 115

a. ERA40
35
Mean
30 NAO−
NAO+
25

Wind speed (m/s)


20

15

10

−5

−10
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Latitude

b. Pre-ind, IPSL c. LGM, ISPL


35 35
Mean Mean
30 Low 30 Low
High High
25 25
Wind speed (m/s)

Wind speed (m/s)


20 20

15 15

10 10

5 5

0 0

−5 −5

−10 −10
0 10 20 30 40 50 60 70 80 0 10 20 30 40 50 60 70 80
Latitude Latitude

d. Pre-ind, CNRM e. LGM, CNRM


35 35
Mean Mean
30 Low 30 Low
High High
25 25
Wind speed (m/s)

Wind speed (m/s)

20 20

15 15

10 10

5 5

0 0

−5 −5

−10 −10
0 10 20 30 40 50 60 70 80 0 10 20 30 40 50 60 70 80
Latitude Latitude

f. Condition LGM sauf pour la topographie, CNRM


35
Mean
30 Low
High
25
Wind speed (m/s)

20

15

10

−5

−10
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Latitude

Fig. 4.11 – Composites du vent zonal à 500 hPa moyennné zonalement entre 80◦ W et
0◦ W pour tous les mois d’hiver (ligne pleine épaisse), pour les mois de phase positive de
la NAO (ligne avec des cercles noirs) et les mois de phase négative (ligne avec des cercles
blancs). L’indice NAO est défini comme la première composante principale du géopotentiel
à 850 hPa sur l’Atlantique. (a) ERA40 (pourcentage de variance : 37.6%), (b) run IPSL
preindustriel (29.8%), (c) run IPSL LGM (39.0%), (d) run CNRM préindustriel (31.8%),
(e) run CNRM LGM (36.8%) et (f) run CNRM avec les conditions LGM sauf pour la
topographie qui est celle du climat préindustriel. Tiré de Rivière et al. (2010a).
116 Chapitre 4

Fig. 4.12 – Latitude du maximum du gradient de température à 700 hPa moyenné lon-
gitudinalement à l’entrée du rail des dépressions atlantiques (80◦ -60◦ W) en fonction des
saisons hivernales pour les runs CNRM LGM (ligne tiretée), CNRM préindustriel (ligne
pleine), CNRM avec les conditions LGM et la topographie préindustrielle (ligne pleine
fine). Tiré de Rivière et al. (2010a).

jet atlantique au LGM même si celles-ci restent non négligeables (Rivière et al. 2010a).
La simulation qui consiste à utiliser la topographie du climat préindustriel et à garder
tous les autres forçages du LGM (paramètres orbitaux, concentrations des gaz à effet de
serre et albedo) montre une NAO similaire à la simulation préindustrielle (comparer les
figures 4.11d,e et f). Ainsi la topographie est l’élément clé qui change la nature de la
NAO au LGM ce qui est d’ailleurs consistent avec d’autres modifications de la circulation
atmosphérique du LGM qui sont dominées par les effets de la topographie (Kageyama et
Valdes 2000, Justino et al. 2005, Justino et al. 2006).
L’interprétation fournie par Rivière et al. (2010a) est la suivante. La topographie liée
à la calotte Laurentide est responsable d’un maintien des gradients thermiques à la même
latitude à l’entrée de l’Atlantique alors que sans cette topographie les gradients fluctuent
beaucoup plus (figure 4.12). Les fluctuations de ces gradients sont quasi-nulles pour le run
LGM (traits tiretés) tandis qu’ils sont plus importants quand on force avec la topographie
industrielle (traits pleins fins et épais). Comme l’a montré l’étude de Rivière (2009) décrite
dans le chapitre précédent, la latitude de la baroclinie détermine en grande partie la nature
du déferlement plus en aval. Ainsi une latitude plus haute favorise-t-elle l’occurrence du
déferlement anticyclonique et un jet orienté SO-NE comme dans la phase positive de la
NAO actuelle. A l’inverse une baroclinie plus basse privilégie le déferlement cyclonique
et un jet zonal comme dans la phase négative de la NAO actuelle. Sans cette variabilité
latitudinale de la baroclinie à l’entrée des rails de dépressions, les déferlements ne changent
pas beaucoup en nature et le ”eddy-driven“ jet se positionne plus ou moins à la même
latitude mais connaît des extensions / rétractions. Tout comme pour la suppression de
l’activité synoptique en plein hiver, il est intéressant de faire le parallèle entre le LGM et
le Pacifique actuel. La variabilité dominante dans le Pacifique est associée à la PNA et
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 117

non pas à la NPO, c’est-à-dire à des extensions / rétractions de son jet plutôt qu’à des
fluctuations latitudinales.

4.4 Les scénarios du climat futur


Les résultats de cette section reposent sur l’article de Rivière (2011)

4.4.1 Les changements dans la circulation générale atmosphé-


rique dans les modèles de climat

Fig. 4.13 – Moyenne d’ensemble multi-modèle comportant 15 membres de la température


pour la période 1981-2000 (contours noirs, int : 10◦ C) et de la différence de température
entre 2081-2100 et 1981-2000 (plages grisées) pour des scénarios A1B. (a) DJF et (b) JJA.
Tiré de Yin (2005).

Un certain nombre de changements dans la circulation générale se produisent dans les


simulations des modèles couplés du climat futur :
– Une augmentation de la hauteur de la tropopause (Lorenz et DeWeaver 2007).
– Une plus forte augmentation des températures dans la haute troposphère tropicale
due aux effets de condensation (figure 4.13) qui entraîne une augmentation de la
stabilité statique sèche (Frierson 2006) et une augmentation des gradients de tem-
pérature horizontaux dans la haute troposphère (Hall et al. 1994, Yin 2005).
– Une diminution des gradients de température à la surface notamment pour l’hiver
boréal en raison du réchauffement polaire à la surface (figure 4.13a).
– Un déplacement vers les pôles des jets troposphériques et des rails des dépressions qui
est plus marqué dans l’hémisphère sud (Yin 2005, Lorenz et DeWeaver 2007). Cette
caractéristique peut être directement reliée à une tendance vers la phase positive de
l’AO et AAO (Fyfe et al. 1999).
118 Chapitre 4

– Un élargissement et un affaiblissement de la cellule de Hadley liée à une plus forte


évaporation par rapport aux précipitations (Lu et al. 2008).
– Une augmentation des échelles spatiales des ondes (Kidston et al. 2010).

Les changements en température et vent zonal


La plupart de ces changements ont été validés par différentes études utilisant toute
la panoplie des simulations des modèles IPCC dont les plus récentes reposent sur les
recommandations AR4 (Fourth Assessment Report), c’est-à-dire la phase 3 du projet
d’intercomparaison entre modèles couplés (CMIP3). Malgré ces tendances d’ensemble,
une grande variabilité existe au sein de ces modèles comme le montre la figure 4.14.
D’un côté, le modèle du CNRM met en évidence de faibles anomalies de température
entre les scénarios futurs et le climat présent (figure 4.14a) et un déplacement des jets
vers les pôles relativement faible (figure 4.14c). De l’autre côté, le modèle IPSL crée des
anomalies de température proches de la moyenne d’ensemble des modèles (comparer les
figures 4.14b et 4.13) avec un déplacement du jet austral vers le pôle sud bien marqué
mais aucun déplacement n’est visible pour le jet boréal (figure 4.14d). Le résultat de la
simulation IPSL présente donc une exception par rapport à la moyenne d’ensemble des
sorties CMIP3.

Intensités et échelles spatiales des ondes baroclines


Dans les moyennes d’ensemble multi-modèle, il y a une augmentation globale et un
déplacement vers les pôles et vers le haut de l’énergie cinétique haute fréquence (Yin 2005).
Cette augmentation globale et ce déplacement vers les pôles apparaît dans les simulations
CNRM et IPSL comme le montrent les graphes latitude / longueur d’onde de l’amplitude
du vent méridien haute fréquence de la figure 4.15.
Le cas de l’hémisphère nord pour l’IPSL est particulier en ce sens que l’augmentation
est surtout visible au nord de 50◦ N dans une région qui n’est pas celle du maximum
d’activité synoptique. A part pour ce cas particulier, on note en générale la présence
d’anomalies dipolaires avec des valeurs négatives pour les petites longueurs d’onde et les
basses latitudes et des valeurs positives pour les grandes longueurs et les hautes latitudes.
Ceci est consistent avec l’augmentation de l’échelle spatiale des ondes décrite par Kidston
et al. (2010) et suggère un lien potentiel avec le déplacement vers les pôles des jets puisque
ce sont pour les cas marqués par un déplacement vers les pôles que l’augmentation de
l’échelle spatiale est la plus visible. Le lien entre ces deux changements est analysé dans
la section 4.4.3.

4.4.2 Interprétations des changements d’échelle spatiale


L’augmentation des échelles spatiales peut être reliée à celle de la stabilité statique
puisqu’une augmentation de la fréquence de Brunt-Vaisala N entraîne celle du rayon de dé-
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 119

Fig. 4.14 – Moyenne zonale climatologique sur toutes les saisons pour la période 1980-
1999 (plages colorées) et la différence entre 2080-2099 et 1980-1999 (contours noirs) pour
les scénarios A1B du (a), (c) CNRM et de (b), (d) l’IPSL. (a), (b) température moyenne
(int : 10◦ C) et anomalies (int : 1◦ C) ; (c), (d) vent zonal moyen (int : 10 m s−1 ) et anomalies
(int : 1 m s−1 ). (e), (f) mêmes variables et mêmes contours que pour (a), (c) et (b), (d)
mais simulations issues du modèle PUMA. (e) la température moyenne représentée est la
température de rappel pour le run de contrôle et les anomalies correspondent à la différence
de température de rappel du run modifié pour lequel on a augmenté la température dans
la haute troposphère tropicale et le run de contrôle. (f) pareil qu’en (e) mais pour le vent
zonal moyen obtenu à partir des deux simulations précédentes. Tiré de Rivière (2011).
120 Chapitre 4

Fig. 4.15 – Amplitude du vent méridien haute fréquence moyennée entre 200 et 500 hPa
(plages colorées) en fonction de la latitude et de la longueur d’onde zonale pour (a) la
période 1980-1999 du run CNRM (int : 1 m s−1 ), (b) la période 1980-1999 du run IPSL
(int : 1 m s−1 ) et (c) le run de contrôle de PUMA (int : 2 m s−1 ). Les anomalies sont
représentées par les contours noirs pour (a) la différence entre 2080-2099 et 1980-1999
des runs CNRM (int : 0.1 m s−1 ), (b) la différence entre 2080-2099 et 1980-1999 des runs
IPSL (int : 0.1 m s−1 ) et (c) la différence entre le run modifié avec augmentation de la
température de la haute troposphère tropicale et le run de contrôle de PUMA (int : 0.5
m s−1 ). Tiré de Rivière (2011).

formation N H/f (Kidston et al. 2010) qui correspond à l’échelle caractéristique des ondes
baroclines. Pour appuyer leur argument, les auteurs de la précédente étude montrent qu’il
y a une corrélation entre le pourcentage d’augmentation des échelles spatiales et celle de
la stabilité statique dans les sorties CMIP3. A noter que l’augmentation de la hauteur
de la tropopause entraîne également une augmentation des échelles spatiales (Williams
2006), qui là encore peut s’expliquer par l’augmentation du rayon de déformation qui est
proportionnel à la hauteur de la troposphère H. Cependant, deux raisons peuvent émettre
un doute sur l’un et l’autre des arguments. D’un côté, l’augmentation du rayon de défor-
mation tend à rendre moins instables les ondes baroclines alors qu’il y a augmentation de
l’activité synoptique dans les scénarios du réchauffement climatique. De l’autre, Yin (2005)
montre que les changements dans la baroclinie sont largement dominés par l’augmentation
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 121

des gradients horizontaux de la haute troposphère et non pas par l’augmentation de N .


Le but de l’article de Rivière (2011) est précisément d’étudier le rôle joué par l’aug-
mentation de la baroclinie du haut de la troposphère sur les ondes synoptiques puisque
c’est le changement le plus important qui s’opère sur la baroclinie dans les scénarios. La
première étape de l’article consiste à montrer que l’augmentation de la baroclinie d’alti-
tude induit une déstabilisation des grandes échelles et une stabilisation des petites échelles
tout en gardant la stratification et la hauteur de la tropopause inchangées.
La manière la plus simple d’approcher le problème est d’étudier l’instabilité barocline
dans le cadre du modèle quasi-géostrophique à 3 niveaux (ou 3 couches) sur le plan f sans
topographie et sans dissipation avec condition limite au toit rigide. Trois niveaux sont
nécessaires pour séparer l’effet de la baroclinie de la haute troposphère de celle de la basse
troposphère puisque la température est définie au milieu entre deux niveaux successifs et
possède ainsi deux degrés de liberté. Les équations de conservation du PV linéarisées à
chaque niveau i autour d’un écoulement de base zonal et constant Ui s’écrivent ainsi :
 
∂ ∂ ∂φ1 ∂Q1
+ U1 (∇2 φ1 − R1−2 (φ1 − φ2 )) + = 0,
∂t ∂x ∂x ∂y
 
∂ ∂ ∂φ2 ∂Q2
+ U1 (∇2 φ2 + R1−2 (φ1 − φ2 ) − R2−2 (φ2 − φ3 )) + = 0, (4.8)
∂t ∂x ∂x ∂y
 
∂ ∂ ∂φ3 ∂Q3
+ U1 (∇2 φ3 + R2−2 (φ2 − φ3 )) + = 0,
∂t ∂x ∂x ∂y
où φi est la fonction de courant perturbée et Qi est le PV de l’écoulement de base dont le
gradient méridien peut s’exprimer sous la forme suivante :
∂Q1
= R1−2 (U1 − U2 ),
∂y
∂Q2
= −R1−2 (U1 − U2 ) + R2−2 (U2 − U3 ), (4.9)
∂y
∂Q3
= −R2−2 (U2 − U3 ).
∂y
R1 , R2 sont respectivement les rayons de déformation de Rossby pour les couches entre les
niveaux 1 et 2 et entre les niveaux 2 et 3. Ils peuvent différer dans le cas de stratifications
différentes ce qui est d’ailleurs le cas dans la réalité. La troposphère des basses couches est
moins stratifiée que celle des hautes couches ce qui a amené Marshall et Molteni (1993)
dans un souci de réalisme à prendre R1 =700 kms and R2 =450 kms où les niveaux 1, 2 et
3 correspondent à 200, 500 et 800 hPa.
Bien que l’instabilité barocline ait été déjà étudiée dans ce modèle par Davey (1977)
et Smeed (1988) pour raffiner les résultats classiques du modèle à 2 couches de Phillips
(1951), les résultats qui suivent sont originaux à ma connaissance ainsi que leur interpré-
tation en termes de PV. Dans la réalité, les cisaillements verticaux de la haute troposphère
sont similaires à ceux de la basse troposphère tandis que les rayons de déformation dif-
fèrent en raison d’une plus grande stabilité dans la haute troposphère. Cette situation qui
122 Chapitre 4

- - - - -

Fig. 4.16 – (a) taux de croissance adimensionnel kci /(U Rd−1 ) en fonction du nombre d’onde
adimensionnel kRd dans le cadre du modèle QG à 3 niveaux pour (U1 , U3 ) = (U, −U )
(ligne rouge) et (U1 , U3 ) = (1.25U, −U ) (ligne noire) avec  ≡ R22 /R12 = 0.4. (b) valeur
du gradient de PV adimensionnel ∂y Q/(U Rd−2 ) sur les trois niveaux pour les deux cas
précédents. U est l’échelle des vitesses et Rd = R2 l’échelle spatiale. U2 = 0 dans le cas
présent et le nombre d’onde méridien est considéré comme nul. Tiré de Rivière (2011).

correspond à la courbe noire sur la figure 4.16b a un gradient de PV qui change de signe
entre les deux niveaux les plus bas. Ceci est réaliste puisque le changement de signe du
gradient de PV est proche du niveau critique (le niveau vertical où le vent zonal est égal à
la vitesse de phase) qui dans les observations est généralement situé à 700 hPa. Le taux de
croissance associé (courbe noire sur la figure 4.16a) possède un nombre d’onde de coupure
au-delà duquel il n’y a pas d’instabilité. C’est le résultat bien connu des modèles d’in-
stabilité barocline classique qui peut facilement s’interpréter ; deux anomalies de petites
échelles situées de part et d’autre de la zone où le gradient de PV s’annule ayant de faibles
extensions verticales, ne peuvent pas induire dans le niveau opposé des vitesses perturbées
d’amplitude suffisamment grande pour advecter le PV de l’écoulement de base et ainsi
se renforcer mutuellement (cf. le raisonnement en PV de la section 1.4.2). En d’autres
termes, on dit que les ondes de petite échelle situées à différents niveaux verticaux ”ne se
voient pas“ (Hoskins et al. 1985).
En augmentant le vent en altitude U1 , on augmente la baroclinie d’altitude, le gradient
de PV devient plus fortement positif au niveau le plus haut tandis que celui du niveau in-
termédiaire décroît (cf. équation (4.9) ou la figure 4.16b). Les taux de croissance des deux
cas (figure 4.16a), celui de contrôle (en noir) et celui pour lequel la baroclinie d’altitude
est augmentée (en rouge) montrent que les plus grandes échelles sont plus instables et les
petites échelles moins instables quand la baroclinie d’altitude augmente. Cela peut facile-
ment s’interpréter en termes d’extension verticale. Les ondes de plus petite échelle ayant
une faible extension verticale puisent leur énergie à partir des deux niveaux adjacents qui
ont des gradients de PV de l’écoulement de base de signes opposés, c’est-à-dire 2 et 3. Elles
voient ainsi leur taux de croissance diminuer puisque le gradient du niveau 2 diminue et
celui du niveau 3 reste inchangé. En revanche, les plus grandes échelles n’étant pas limités
par leur extension verticale, elles peuvent extraire l’ensemble de l’énergie potentielle dis-
ponible dans l’écoulement qui augmente avec l’augmentation de la baroclinie d’altitude et
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 123

deviennent donc plus instables. C’est donc l’augmentation de la distance moyenne entre
des gradients de signes opposés qui stabilise les petites échelles. A l’inverse, si on aug-
mente la baroclinie des basses couches, les deux gradients adjacents et de signes opposés
augmentent et donc les petites échelles deviennent plus instables tandis que les grandes
échelles deviennent également plus instables puisque là aussi on augmente l’énergie poten-
tielle disponible. Les deux types de baroclinie jouent donc des rôles différents mais il est
bon de rappeler que les rôles pourraient s’inverser dans le cas où le niveau critique serait
situé entre les niveaux 1 et 2, ce qui bien entendu n’est pas le cas pour la troposphère
actuelle.
Pour conclure, une augmentation de l’échelle spatiale des ondes peut se produire en
raison de l’augmentation des gradients horizontaux de température dans la haute tropo-
sphère. Cette étude analytique fournit une nouvelle interprétation de l’augmentation de
l’échelle spatiale des ondes diagnostiquée dans les scénarios du changement climatique
qui diffère de l’argument reposant sur la stratification de Kidston et al. (2010) puisque
les rayons de déformation sont constants dans notre modèle. A noter qu’une étude des
modes normaux instables dans le cadre du GCM simple PUMA donne qualitativement
les mêmes évolutions des taux de croissance en fonction des longueurs d’onde que dans le
modèle QG à 3 niveaux.

4.4.3 Interprétations du déplacement vers les pôles des jets


Deux études ont interprété dynamiquement le rôle joué par les plus grandes échelles
dans le déplacement vers les pôles des jets (Kidston et al. 2011, Rivière 2011) mais les
deux mécanismes proposés diffèrent largement. Dans le premier, l’argument repose sur
l’identification des zones d’excitation effective des ondes baroclines, c’est-à-dire les zones
où l’excitation des ondes est plus importante que leur dissipation. Les zones d’excitation
effective sont les zones à partir desquelles l’énergie se propage et correspondent donc
aux régions de convergence des flux de quantité de mouvement puisque la vitesse de
groupe méridienne est du signe opposé au flux de quantité de mouvement pour les ondes
de Rossby. L’accélération zonale a donc lieu aux latitudes où il y a excitation effective.
Dans le cas du réchauffement climatique, on peut raisonnablement penser que les zones
d’excitation (les zones baroclines) ne changent pas tandis que les zones de dissipation qui
sont fortement conditionnées par la position des latitudes critiques vont s’écarter du coeur
des jets puisque de plus grandes échelles ont des vitesses de phases cϕ − u = −q y /K 2 plus
fortement négatives qui entraînent un élargissement des zones où u − cϕ > 0. Il résulte
un élargissement des zones d’excitation effective mais de manière plus importante du côté
polaire des jets car c’est là où les zones d’excitation et de dissipation sont proches l’une de
l’autre. Dit autrement, les zones de déferlement cyclonique devrait se déplacer plus vers
les pôles et accélérer les jets plus vers les pôles.
L’argument fourni par Rivière (2011) repose quant à lui sur la différence dans la
nature du déferlement en fonction des longueurs d’onde qui a été détaillée dans le chapitre
124 Chapitre 4

précédent. Avec l’accroissement de la baroclinie d’altitude, les grandes échelles deviennent


plus instables, elles déferlent de manière anticyclonique plus fortement, c’est-à-dire que
les flux de quantité de mouvement sont plus fortement positifs. A l’inverse, les plus petites
échelles devenant moins intables, elles sont moins à même de pousser le jet vers l’équateur.
Ceci a été vérifié pour l’évolution nonlinéaire des modes normaux instables du modèle
PUMA. Il est bon de se rappeler que le modèle QG à 3 niveaux sur plan f ou β ne peut
pas générer d’asymétrie dans les modes normaux et n’est donc pas utile dans l’analyse
des déplacements latitudinaux des jets.
Toujours dans le but de vérifier le rôle de la baroclinie de la haute troposphère, des
simulations longues (6 ans) de PUMA ont été effectuées et forcées par une relaxation
en température. Les résultats de deux simulations sont présentées ici, l’une forcée par la
température de rappel de Held et Suarez (1994) et dite simulation de contrôle et l’autre
pour laquelle la température de rappel est augmentée dans la haute troposphère tropicale
(figure 4.14e) et qu’on appelle la simulation modifiée. La figure 4.14f montre effectivement
un net déplacement des jets vers les pôles dans le cas modifié puisque le noeud des ano-
malies de vent se trouve au niveau du maximum du vent de la simulation de contrôle.
L’énergie des perturbations augmente globalement car les anomalies positives sur la figure
4.15c ont de plus fortes amplitudes que les anomalies négatives. Cependant, la structure
dipolaire des anomalies indique une décroissance de l’énergie des petites ondes et une forte
croissance de l’énergie des grandes ondes de manière similaire aux simulations des modèles
couplés IPSL et CNRM (figures 4.15a et b).
Pour conforter l’interprétation, les flux de quantité de mouvement haute fréquence
ont été calculés dans les régions de déferlement cyclonique et anticyclonique pondérés par
leur fréquence d’occurrence pour les simulations couplées IPSL et CNRM ainsi que pour
les deux simulations PUMA (figure 4.17). Les flux orientés vers les pôles dans les régions
anticycloniques augmentent significativement de la simulation de contrôle à la simulation
modifiée tandis que les flux vers l’équateur dans les régions cycloniques diminuent légè-
rement (figure 4.17c). Cette caractéristique est essentiellement liée à une augmentation
des flux orientés vers les pôles pour chaque déferlement anticyclonique mais aussi à une
baisse relative de fréquence d’occurrence des déferlements cycloniques par rapport aux
déferlements anticycloniques ce qui supportent l’interprétation fournie par Rivière (2011)
et moins celle proposée par Kidston et al. (2011). Dans les simulations couplées CNRM
(figure 4.17a), il n’y a aucun changement dans les flux orientés vers l’équateur tandis que
les flux vers les pôles augmentent. Dans les simulations couplées IPSL (figure 4.17b) et
l’hémisphère nord, il n’y a pas de modification des flux ce qui est logique avec le non
déplacement des jets. Dans l’hémisphère sud, il y a à la fois augmentation des flux vers les
pôles et des flux vers l’équateur mais on montre que le pourcentage de croissance des flux
vers les pôles est deux fois supérieur à celui des flux vers l’équateur. Ainsi, le biais vers le
déferlement anticyclonique est marqué dans chaque cas où le jet se déplace vers les pôles.
D’autres simulations de PUMA montrent facilement qu’une diminution de la baroclinie
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 125

PUMA

Fig. 4.17 – Flux de quantité de mouvement haute fréquence (périodes inférieures à 10


jours, unité : m2 s−2 ) moyennés dans les régions de déferlement anticyclonique (traits
pleins) et cyclonique (traits tiretés) et pondérés par leurs fréquences de déferlements res-
pectifs pour (a), (b) les périodes 1980-1999 (ligne noire) et 2080-2099 (ligne rouge) des
runs CNRM et IPSL respectivement et (c) le run de contrôle de PUMA (ligne noire) et
le run modifié de PUMA avec augmentation des températures de la haute troposphère
tropicale (ligne rouge). Tiré de Rivière (2011).

des basses couches, qui rappelons le se produit dans les scénarios de l’hiver boréal, induit
un déplacement vers l’équateur des jets et une décroissance de l’énergie cinétique sans
sélection d’échelle ce qui est consistent avec les simulations aquaplanètes de Kodama et
Iwasaki (2009). Celle-ci s’accompagne d’une diminution des flux vers les pôles ainsi que
des flux vers l’équateur mais comme les flux vers les pôles ont de plus forte amplitude
en générale, leur diminution est plus forte que les flux vers l’équateur entrainant ainsi
un déplacement vers l’équateur des jets. Pour conclure, l’étude de Rivière (2011) met
en évidence le rôle séparé que joue la baroclinie d’altitude et la baroclinie des basses
couches. L’augmentation des deux baroclinies induit chacune un déplacement vers les pôles
des jets ; la baroclinie d’altitude crée une sélection d’échelle qui favorise le déferlement
anticyclonique au détriment du déferlement cyclonique tandis que la baroclinie des basses
couches augmente l’énergie cinétique de toutes les échelles mais, comme le déferlement
anticyclonique domine en général, cela induit également un déplacement vers le pôle.
D’autres facteurs et mécanismes ont été proposés pour expliquer le déplacement des
jets vers les pôles. Lorenz et DeWeaver (2007) montrent qu’une augmentation de la hauteur
de la tropopause peut en être la cause sans pour autant proposer de mécanisme. Chen et
al. (2008) et Lu et al. (2008) suggèrent que l’intensification des vents d’altitude pourrait
engendrer une croissance des vitesses de phase et donc un déplacement vers les pôles des
126 Chapitre 4

latitudes critiques subtropicales. A noter que cette façon d’argumenter est très proche de
celle de Kidston et al. (2011) mais aboutit pourtant à une conclusion bien différente. Enfin,
l’augmentation de la stabilité statique dans les zones subtropicales pourrait diminuer
la génération des ondes baroclines du côté équatorial des jets, poussant ainsi les zones
d’excitation et les jets vers les pôles (Lu et al. 2008, Lu et al. 2010).
L’avantage de l’explication proposée par Rivière (2011) est qu’elle présente une théo-
rie unifiée car elle fournit également une explication aux déplacements des jets troposphé-
riques vers les pôles qui a eu lieu dans la seconde moitié du 20ème siècle dans l’hémisphère
sud. Comme le montrent Polvani et al. (2011), c’est la décroissance de l’ozone dans la haute
troposphère et la basse stratosphère polaire qui est le responsable principal du déplace-
ment observé des jets austraux et non pas l’augmentation des gaz à effet de serre. Le trou
d’ozone est responsable d’une décroissance de la température dans la haute troposphère
polaire qui tend à augmenter la baroclinie d’altitude tout comme le réchauffement de la
haute troposphère tropicale par les gaz à effet de serre. Ainsi l’augmentation de la barocli-
nie d’altitude pourrait-elle expliquer également le déplacement observé des jets austraux.
En revanche, cela ne peut expliquer le déplacement plus marqué dans les scénarios du cli-
mat futur dans l’hémisphère sud puisqu’on s’attend à un recouvrement du trou d’ozone.
De ce point de vue, il n’est pas sûr que la dynamique du recouvrement ait été bien simulée
dans les scénarios CMIP3 et semble important à vérifier dans les futurs scénarios.

4.5 Synthèse et perspectives


Le but du présent chapitre était de montrer qu’une meilleure connaissance des diffé-
rents facteurs influençant la nature du déferlement des ondes synoptiques permettait de
mieux comprendre la variabilité basse fréquence de l’atmosphère du climat présent mais
également les différences entre climat présent, passé et futur.
L’analyse de la dynamique des régimes de temps sur l’Atlantique nord a d’abord permis
d’illustrer la rétroaction positive mise en évidence dans le chapitre 3 puisque un régime
de temps se caractérise par un ”eddy-driven jet“ qui s’écarte de sa position climatolo-
gique à chaque longitude. Si celle-ci est plus au sud que d’habitude elle est renforcée par
le déferlement cyclonique et si elle est plus au nord par le déferlement anticyclonique.
Cette représentation est en quelque sorte la vision en termes de déferlement du maintien
bien connu par les rails des dépressions des régimes de temps mis en évidence par Lau
(1988) et Vautard et al. (1988) par exemple. En revanche, les déferlements peuvent être
également à l’origine de transition entre régimes comme c’est le cas pour le passage de
blocage en anticyclone groenlandais. L’une des raisons pour lesquelles cela n’avait pas été
mis en évidence avant est que la plupart des études des années 80 et 90 sur la rétroac-
tion des dépressions reposait sur les termes nonlinéaires produits de composante haute
fréquence avec elles-mêmes. Or, il s’avère que lors d’un déferlement, les produits croisés
basse fréquence sont même plus importants dans l’anticipation du futur régime que les
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 127

termes croisés haute fréquence. Ceci est d’autant plus déroutant qu’un déferlement est
censé d’abord représenter une anomalie qui se projette sur la haute fréquence et ensuite
sur la basse fréquence. Cet aspect reste à éclaircir dans de futures études.
Les facteurs influençant les différents types de déferlement ont été utilisés également
pour étudier les différences de climatologies et de variabilité basse fréquence entre diffé-
rents climats. L’amplification des variations latitudinales des jets dépend en grande partie
de celle de la baroclinie à l’entrée des rails des dépressions. Une baroclinie de basse latitude
favorise le déferlement cyclonique et la formation d’un jet zonal tandis qu’une baroclinie
de haute latitude favorise le déferlement anticyclonique qui crée ainsi un jet orienté sud-
ouest nord-est. En raison de la haute topographie des calottes glaciaires, les fluctuations
de la baroclinie sont fortement diminuées au LGM ce qui expliquerait les plus faibles
fluctuations latitudinales des ”eddy-driven jets” et des oscillations plus caractérisées par
des accélérations / décélérations des jets. Il sera bien évidemment important de confirmer
ces résultats avec les nouvelles simulations couplées du LGM mais également en faisant
des études systématiques idéalisées incorporant différents types de topographie. Il s’agira
en particulier d’analyser le rôle de la topographie dans la perte d’efficacité des ondes à
extraire de l’énergie potentielle disponible ainsi que dans les fluctuations basse fréquence
plus en aval. Cela aura un intérêt non seulement pour le LGM mais également pour com-
prendre la différence de comportement entre le Pacifique nord et l’Atlantique nord du
climat présent.
Les scénarios du climat futur nous ont permis d’illustrer l’importance de l’échelle spa-
tiale des ondes dans la détermination du déferlement et son action sur les “eddy-driven
jets”. Cependant, le mécanisme proposé n’est pas censé être l’unique facteur participant
au déplacement vers les pôles des jets. De plus, ce déplacement doit être pris avec pru-
dence car comme le montre la simulation IPSL dans l’hémisphère nord, bien qu’il y ait
une augmentation de la baroclinie d’altitude, elle ne se traduit pas forcément par un dé-
placement vers les pôles des jets. D’autres mécanismes pourraient être en compétition
notamment, l’effet direct de la vapeur d’eau qui rappelons le encore aurait tendance à
amplifier les cyclones au détriment des anticyclones, donc à favoriser le déferlement cy-
clonique (Orlanski 2003, Laîné et al. 2009) ce qui aboutirait à l’effet inverse sur les jets.
Enfin, la prudence doit être de mise également quant à la capacité des modèles IPCC à
représenter jusqu’à présent les effets liés à l’ozone et notamment le recouvrement du trou
d’ozone dans l’hémisphère sud qui aurait tendance à ramener les jets vers l’équateur.
128 Chapitre 4
Conclusions et perspectives
A l’heure du développement de modèles de plus en plus sophistiqués et de simulations
climatiques comprenant de plus en plus d’interactions entre les différentes composantes
du système terre, et à l’heure où la modélisation des phénomènes est devenue tristement
prioritaire devant leur compréhension, l’objectif principal du présent manuscrit a été de
montrer l’intérêt d’aborder les problèmes de processus par une hiérarchie de modèles
allant du plus simple au plus complexe. Le modèle le plus simple possible est nécessaire
pour savoir si tel paramètre est capable à lui tout seul de rendre compte du phénomène
escompté et le modèle sophistiqué permet de valider si l’effet de ce même paramètre
est bien le principal pour expliquer le phénomène en question lorsque toutes les autres
composantes du système terre sont incluses.
Les études d’instabilités, qu’elles soient modales ou non, sont caduques pour rendre
compte de la complexité du cycle de vie des dépressions réelles. Celui-ci dépend en grande
partie de l’interactions nonlinéaires entres des anomalies d’amplitude finie évoluant dans
un environnement de grande échelle spatialement complexe. Le chapitre 2 a montré que
le modèle QG à deux couches de Phillips (ou tout autre équivalent comme le modèle
d’Eady) était le modèle le plus simple pour reproduire en grande partie ces interactions
nonlinéaires et notamment la phase de traversée du courant-jet par les dépressions. Si il
est vrai que les études d’instabilité ont donc fait leur temps pour un certain nombre de
problèmes, il ne faut pas généraliser trop vite et rejeter systématiquement cette approche
par pur dogmatisme. Avec l’apparition de nouvelles problématiques, notamment celles
liées au réchauffement climatique, on s’aperçoit que certaines études simples de modes
normaux n’ont pas été abordées. L’effet de la baroclinie d’altitude étudié dans le cadre
du modèle QG à 3 couches sur plan f en est une parfaite illustration. Ou encore les
différences de structures entre modes normaux créées par des jets localisés à différentes
latitudes dans le cadre des équations primitives sont également révélatrices de certaines
asymétries fines qui existent déjà dans le cadre linéaire. Ces nuances dans les structures
des petites perturbations s’accentuent au cours de leur évolution nonlinéaire et permettent
ainsi de mieux comprendre la rétroaction des ondes baroclines sur l’écoulement de base
au cours des différentes phases des téléconnexions. Les modes normaux peuvent donc être
encore utiles pour comprendre l’influence d’un paramètre donné et sont sans aucun doute
le premier niveau de compréhension et de vérification du rôle joué par ce dit paramètre.
Suivant le même état d’esprit qui consiste à vouloir reproduire un phénomène observé
dans le cadre numérique le plus simple possible, voici les différentes perspectives ouvertes
par le présent travail :
– Reproduire dans un cadre idéalisé certaines régions de forte croissance des dépres-
sions comme les régions baroclines critiques. Le modèle le plus simple devrait être
le modèle semi-géostrophique à tourbillon potentiel uniforme en présence de régions
confluentes et diffluentes. Cette approche permettrait notamment de reproduire de
la manière la plus simple possible le scénario de la phase de croissance explosive des
129
130 Conclusions et perspectives

tempêtes de Noël 1999.


– Aborder un certain nombre de processus internes aux dépressions qui restent encore
mal connus comme la redistribution d’énergie cinétique au sein même des tempêtes.
Il s’agit d’analyser le lien qui pourrait exister entre l’accumulation d’énergie cinétique
à l’échelle synoptique décrite dans le chapitre deux et l’occurrence de rafales de vent
à méso-échelle. Quels sont les effets purement adiabatiques et ceux intrinsèquement
liés aux processus humides ? L’approche menée consistera à manipuler un modèle
numérique à échelle fine (MESO-NH ou AROME) dans des configurations idéalisées.
– En lien avec le précédent point, il s’agira également d’aborder l’impact des proces-
sus humides dans la propagation des erreurs le long des trains d’ondes de Rossby.
Ceci fait l’objet d’un axe de recherche privilégié de THORPEX et permettra une
collaboration accrue avec les équipes européennes notamment dans le cadre d’une
future campagne de mesure (T-NAWDEX).
– Etudier l’effet des forts gradients de SSTs sur le cycle de vie des dépressions. Depuis
quelques années, les interactions air-mer aux latitudes moyennes connaissent un
regain d’intérêt. Il a été récemment montré (Minobe et al. 2008) que les fronts de
SST des latitudes moyennes (comme les courants océaniques de bord Ouest) ont
une influence substantielle dans la troposphère, en localisant spatialement le rail
des dépressions. Dans le cadre de l’ANR ASIV coordonnée par Guillaume Lapeyre
et financée de 2012 à 2014, des simulations numériques couplées océan-atmosphère
à haute résolution seront effectuées dans des configurations idéalisées. Un point
particulier à analyser sera le rôle de ces fronts de SSTs dans leur capacité à stimuler
l’activité des bandes transporteuses chaudes au sein des dépressions.
– Aborder certains aspects de la variabilité basse fréquence de l’atmosphère encore
mal connus dans un cadre QG ou PE sec comme par exemple, l’impact du Pacifique
nord sur la NAO. Un facteur clé qui détermine en grande partie la façon dont vont
déferler les ondes sur l’Atlantique est lié à l’effet amont qu’exerce les ondes venant
du Pacifique comme cela a été suggéré par Rivière et Orlanski (2007). Ce sont les
propriétés des ondes venant du Pacifique et entrant dans le bassin Atlantique qui
déterminent leur déferlement et ensuite la rétroaction sur l’écoulement de grande
échelle dans ce domaine. Ce couplage entre les rails de dépressions Pacifique et
Atlantique a parallèlement été décrit par Chang et al. (2002b) ou Franzke et al.
(2004) mais sa nature exacte est encore mal connue. Le but de la thèse de Marie
Drouard, qui a commencé en octobre 2011 et encadrée par moi-même et Philippe
Arbogast de l’équipe RECYF, consiste donc à mieux comprendre cette interaction
complexe entre les deux rails de dépressions Pacifique et Atlantique.
– Mieux comprendre la différence entre l’Atlantique nord et le Pacifique nord en pé-
riode hivernale sur plusieurs aspects. Le Pacifique a une baroclinie plus forte mais
une activité synoptique finalement de même amplitude voire plus faible que l’Atlan-
tique. De plus, le Pacifique est caractérisé par des accelerations / décélérations de
Conclusions et perspectives 131

son jet, tandis que l’Atlantique par des fluctuations latitudinales. Cette différence
semble provenir en grande partie de la différence d’intensité des cellules de Hadley
dans les deux domaines océaniques comme cela a été suggéré par Eichelberger et
Hartmann (2007). Ces différents aspects sont actuellement revisités par Clio Michel
dans des simulations d’une version aquaplanète du modèle ARPEGE.
– Approfondir notre compréhension du cadre dans lequel les ondes synoptiques per-
mettent la transition d’un régime à un autre. L’article de Michel et Rivière (2011)
issu de la thèse de Clio Michel suggère qu’il existe des précurseurs de grande échelle,
comme les trains d’ondes planétaires déclenchés par la convection tropicale, qui fa-
voriseraient ensuite l’occurrence d’un certain type de déferlement pour aboutir à la
transition de régime. Mais d’autres précurseurs de grande échelle n’ont pas été abor-
dés comme celui de la stratosphère. Le stage de master de Stéphane Beck suggère que
le passage rapide en phase négative de la NAO en décembre 2009, qui a abouti à un
hiver 2009-2010 très froid en Europe, est lié à un ou deux déferlements cycloniques
qui seraient eux-même favorisés par des réchauffements stratosphériques soudains.
Ce type de scénario en deux temps, d’abord un précurseur de grande échelle qui favo-
riserait ensuite l’occurrence d’un précurseur synoptique pour terminer la transition,
devrait être abordé dans des configurations numériques simples à l’avenir.
– Enfin, étudier différents aspects du réchauffement climatique à partir d’une hiérar-
chie de modèles. L’interprétation dynamique proposée par Rivière (2011) reste à être
confirmée. Il sera important de déterminer pourquoi El Nino qui tend également à
réchauffer la haute troposphère tropicale aboutit à un déplacement vers l’équateur
des jets alors que le réchauffement de la haute troposphère tropicale dans les scé-
narios du 21ème siècle s’accompagne d’un déplacement vers les pôles. L’explication
semble résider dans la largeur du réchauffement ; pour El Nino, les gradients de tem-
pérature s’accroissent dans les régions subtropicales alors que pour le réchauffement
climatique cela se passe aux moyennes latitudes. Cette hypothèse reste en tous les
cas à confirmer. De plus, pour conforter le mécanisme proposé, il faudra vérifier un
certain nombre de corrélations dans les simulations CMIP5, notamment entre l’aug-
mentation de la baroclinie d’altitude, l’augmentation de la distance verticale entre
gradients de PV de signes opposés, l’augmentation de l’échelle spatiale des ondes
baroclines et enfin le déplacement vers les pôles des jets.
132 Conclusions et perspectives
Liste des acronymes
AAO Antarctic Oscillation
ANR Agence Nationale de la Recherche
AO Arctic Oscillation
ARPEGE Action de Recherche Petite Echelle Grande Echelle (modèle global de Météo-
France)
BcCR “Baroclinic critical region” ou Région Barocline Critique
BtCR “Barotropic critical region” ou Région Barotrope Critique
CEPMMT Centre Européen pour les Prévisions Météorologiques à Moyen Terme
CMIP3 or CMIP5 Coupled Model Intercomparison Project Phase 3 or 5
CNRM/GAME Centre National de Recherches Météorologiques / Groupe d’études de
l’Atmosphère MétéorologiquE
DJF Décembre-Janvier-Février
EGU European Geophysical Union
ENM Ecole Nationale de la Météorologie
ENSO El Nino Southern Oscillation
EOF Empirical Orthogonal Functions
FASTEX Fronts and Atlantic Storm-Track Experiment
GCM General Circulation Model
GFDL Geophysical Fluid Dynamics Laboratory
GFD Geophysical Fluid Dynamics
INSU Institut National des Sciences de l’Univers
IPCC Intergovernmental Panel on Climate Change
IPSL Institut Pierre Simon Laplace
JJA Juin-Juillet-Août
LEFE/IDAO Les Enveloppes Fluides et l’Environnement/Interactions et Dynamique de
l’Atmosphère et l’Océan
LGM Last Glacial Maximum
LMD Laboratoire de Météorologie Dynamique
M2OASC Master 2ème année Océan, Atmosphère et Surfaces Continentales
MJO Madden-Julian Oscillation
133
134 Acronyme

NAO North Atlantic Oscillation


NCAR National Center for Atmospheric Research
NCEP National Centers for Environmental Prediction
NPO North Pacific Oscillation
OLR Outgoing Long-wave Radiation.
PE “Primitive Equations” ou équations primitives.
PMIP Paleoclimate Modelling Intercomparison Project.
PNA Pacific North-American teleconnexion
POI Période d’Observation Intensive
PUMA Portable University Model of the Atmosphere
PV “Potential Vorticity” ou tourbillon potentiel.
QG Quasi-Géostrophique
SG Semi-Géostrophique
SST Sea Surface Temperature
SW “Shallow Water” ou équations de Saint Venant
THORPEX The Observing System Research and Predictability Experiment
T-NAWDEX THORPEX-North Atlantic Waveguide and Downstream impact Expe-
riment
WKBJ Wentzel, Kramers, Brillouin, Jeffreys
Liste des notations
Paramètres

a rayon de la terre
f paramètre de Coriolis
β = ∂y f paramètre beta
N fréquence de Brunt Väisälä
Rd rayon de déformation de Rossby
R constante spécifique de l’air sec
Cp chaleur spécifique de l’air sec à pression constante
θR température potentielle de référence (fonction de la pression)
ps pression de surface
h = R/p(p/ps )R/Cp paramètre variant avec la pression
q
s = −h ∂θ R
∂p
paramètre de stratification

Opérateurs

x moyenne temporelle de x ou champ x de l’écoulement de base pour les simulations.


x0 anomalie temporelle de x ou champ x de la perturbation dans les simulations
[x] moyenne zonale de x
x∗ anomalie zonale de x
xm composante basse fréquence de l’écoulement (typiquement périodes supérieures à une
semaine)
xL anomalie basse fréquence (typiquement périodes supérieures à une semaine), c’est-à-
dire la composante basse fréquence de l’écoulement moins la climatologie (xL = xm − x)
xH composante haute fréquence de l’écoulement (typiquement périodes inférieures à une
semaine), i.e xH = x − xm

Variables

ϕ latitude
λ longitude
q vorticité potentielle
ψ fonction de courant
135
136 Notations

Φ géopotentiel
θ température potentielle
T température
u vitesse zonale
v vitesse méridienne
ω vitesse oméga (coordonnées pression)
η vorticité absolue
Liste des modèles et données météorolo-
giques utilisées
Entre parenthèses, les articles utilisant le modèle ou le type de donnée en question.

Modèles

– Modèle quasi-géostrophique barotrope sur plan f ou plan β (Gilet et al. 2009, Oruba
et al. 2011).
– Modèle quasi-géostrophique barotrope sur la sphère (Rivière 2008).
– Modèle quasi-géostrophique à 2 niveaux sur plan f ou plan β (Gilet et al. 2009).
– Modèle quasi-géostrophique à 3 niveaux sur plan f ou plan β (Rivière 2011).
– Modèle quasi-géostrophique à 3 niveaux sur la sphère de Marshall et Molteni (1993)
(Rivière 2009).
– Modèle régional nonhydrostatique du GFDL (ZETAC) adapté à un domaine atlan-
tique étendu (Rivière et Orlanski 2007).
– Modèle simple aux équations primitives sur la sphère PUMA de Fraedrich et al.
(2005) (Rivière 2009, Rivière 2011).
– Sorties de modèles de climat (ARPEGE et LMDZ essentiellement) (Rivière et al.
2010a, Rivière 2011).
– Modèle global ARPEGE opérationnel (Rivière et al. 2010b).

Données météorologiques analysées ou réanalysées

– Données réanalysées de FASTEX avec le modèle ARPEGE (Rivière et Joly 2006a).


– Données issues de l’analyse ARPEGE opérationnelle (Rivière et Joly 2006b, Rivière
et al. 2010b)
– Données ERA40 (Rivière 2008, Rivière et al. 2010a, Rivière 2010, Michel et Rivière
2011).
– Données ERAinterim.
– Données NCEP-NCAR (Rivière et Orlanski 2007).

137
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