These MTO
These MTO
présentée par
Gwendal Rivière
Jury :
Production scientifique 9
Introduction 11
2.6 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
4 Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 97
4.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
4.2 Rôle dans la variabilité basse fréquence de l’atmosphère dans le climat présent 98
4.2.1 Téléconnexions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
4.2.2 Régimes de temps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
4.2.3 Discussion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
4.3 Le dernier maximum glaciaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
4.3.1 Evolution des connaissances jusqu’à aujourd’hui . . . . . . . . . . . 111
4.3.2 Les climatologies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.3.3 La variabilité basse fréquence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
4.4 Les scénarios du climat futur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
4.4.1 Les changements dans la circulation générale atmosphérique dans
les modèles de climat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
4.4.2 Interprétations des changements d’échelle spatiale . . . . . . . . . . 118
4.4.3 Interprétations du déplacement vers les pôles des jets . . . . . . . . 123
4.5 Synthèse et perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
Références 138
Curriculum Vitae
Gwendal Rivière, né le 19 juillet 1974 à Brest. Marié.
Chargé de Recherche au CNRS
Parcours universitaire
Activités d’enseignement
5
6
Activités de recherche
Nombre de publications
• Michel, C. et Rivière, G. 2011 : The link between Rossby wave breakings and weather
regimes transitions. J. Atmos. Sci., 68, 1730-1748.
• Rivière, G. 2011 : A dynamical interpretation of the poleward shift of the jet streams
in global warming scenarios. J. Atmos. Sci., 68, 1253-1272.
• Gilet, J-B., Plu M. et Rivière, G., 2009 : Nonlinear baroclinic dynamics of surface
cyclones crossing a zonal jet. J. Atmos. Sci., 66, 3021-3041.
• Rivière, G. et I. Orlanski, 2007 : Characteristics of the Atlantic storm-track eddy
activity and its relation with the North Atlantic Oscillation. J. Atmos. Sci., 64, 241-
266.
• Rivière, G. et A. Joly, 2006 : Role of the low-frequency deformation field on the
explosive growth of extratropical cyclones at the jet exit. Part I : barotropic critical
region. J. Atmos. Sci., 63, 1965-1981.
Activités d’encadrement
Alexandre Laîné Postdoctorant recruté dans le cadre d’une ANR-jeunes chercheurs pen-
(2008-2009) dant 18 mois et co-encadré avec G. Lapeyre (LMD). Rôle de l’humidité
sur les rails de dépressions.
7
Projets de recherche
Autres activités
1. Michel, C. et G. Rivière, 2011 : The link between Rossby wave breakings and weather
regimes transitions. J. Atmos. Sci., 68, 1730-1748.
2. Laîné, A., G. Lapeyre et G. Rivière, 2011 : A quasi-geostrophic model for moist
storm-tracks.. J. Atmos. Sci., 68, 1306-1322.
3. Rivière, G., 2011 : A dynamical interpretation of the poleward shift of the jet
streams in global warming scenarios. J. Atmos. Sci., 68, 1253-1272.
4. Rivière, G., 2010 : The role of Rossby wave-breaking in the West Pacific telecon-
nection. Geo. Res. lett., 37, L11802.
5. Rivière, G., A. Laîné, G. Lapeyre, D. Salas-Mélia et M. Kageyama, 2010 : Rossby
wave breaking and the North Atlantic Oscillation in PMIP2 simulations of the Last
Glacial Maximum and pre-industrial climates and in ERA40 reanalysis. J. of Cli-
mate, 23, 2987-3008.
6. Rivière, G., P. Arbogast, K. Maynard et A. Joly, 2010 : The essential ingredients
leading to the explosive growth stage of the European wind storm “Lothar” of Christ-
mas 1999. Q. J. R. Meteorol. Soc., 136, 638-652.
7. Gilet, J-B., Plu M., Rivière, G., 2009 : Nonlinear baroclinic dynamics of surface
cyclones crossing a zonal jet. J. Atmos. Sci., 66, 3021-3041.
8. Rivière, G., 2009 : Effect of latitudinal variations in low-level baroclinicity on eddy
life cycles and upper-tropospheric wave-breaking processes. J. Atmos. Sci., 66, 1569-
1592.
9. Lainé, A., M. Kageyama, D. Salas-Mélia, A. Voldoire, G. Rivière, G. Ramstein, S.
Planton, S. Tyteca et J. Y. Peterschmitt, 2009 : Northern hemisphere storm-tracks
during the Last Glacial Maximum in the PMIP2 Ocean-Atmosphere coupled models :
energetic study, seasonal cycle, precipitation. Clim. Dyn., 32, 593-614.
10. Rivière, G., 2008 : Barotropic regeneration of upper-level synoptic disturbances in
different configurations of the zonal weather regime. J. Atmos. Sci., 65, 3159-3178.
11. Rivière, G. et I. Orlanski, 2007 : Characteristics of the Atlantic storm-track eddy
activity and its relation with the North Atlantic Oscillation. J. Atmos. Sci., 64, 241-
266.
12. Rivière, G. et A. Joly, 2006b : Role of the low-frequency deformation field on the
explosive growth of extratropical cyclones at the jet exit. Part II : baroclinic critical
region. J. Atmos. Sci., 63, 1982-1995.
13. Rivière, G. et A. Joly, 2006a : Role of the low-frequency deformation field on the
explosive growth of extratropical cyclones at the jet exit. Part I : barotropic critical
region. J. Atmos. Sci., 63, 1965-1981.
9
10
Autres publications
1. Rivière, G., 2002. Dynamique locale de la croissance des perturbations dans les
écoulements quasigéostrophiques et prévisibilité. Thèse de doctorat. Laboratoire de
Météorologie Dynamique, Ecole Normale Supérieure, Paris (201 pages).
2. Rivière, G., 2005 : Prévisibilité des écoulements atmosphériques et océaniques aux
latitudes tempérées. La Météorologie, 8ème série, 51, 23-36.
Introduction
Mon activité de recherche porte sur la dynamique des perturbations atmosphériques à
l’échelle synoptique (périodes de 1 à 8 jours et échelles spatiales de 1000 à 4000 kms) aux
latitudes tempérées. Ces perturbations sont non seulement responsables de la formation
de phénomènes météorologiques extrêmes, comme les tempêtes de vent ou les événements
fortement précipitants qui peuvent être dévastateurs à nos latitudes, mais jouent égale-
ment un rôle déterminant dans la circulation générale de l’atmosphère et la dynamique du
climat. Les perturbations atmosphériques synoptiques ont été étudiées de manière inten-
sive depuis des décennies, surtout après la seconde guerre mondiale, mais leur dynamique
fait encore l’objet d’un débat intense, notamment dans le cadre du changement clima-
tique. Dans ce contexte, j’ai suivi deux axes majeurs de recherche ces dernières années.
Le premier consiste à identifier les ingrédients clés amenant à la formation et à l’intensifi-
cation des tempêtes hivernales. Quant au second, il s’agit de mieux cerner le rôle joué par
le passage des transitoires synoptiques (dit rail des dépressions ou encore guide d’ondes
baroclines) dans la circulation générale de l’atmosphère et donc dans l’évolution du climat.
L’objectif de ma recherche est plus précisément de concevoir de nouveaux mécanismes
destinés à éclairer des aspects restés obscurs de la dynamique d’interaction entre les ondes
baroclines d’altitude, les dépressions de surface et la circulation atmosphérique de grande
échelle en développant éventuellement de nouveaux outils numérico-théoriques. Afin de
valider ces nouveaux mécanismes, différents modèles numériques ont été utilisés allant du
plus simple (modèle quasi-géostrophique barotrope) au plus élaboré (modèle opérationnel
de Météo-France ARPEGE), diverses données de champs météorologiques réanalysés ont
été exploitées notamment celles développées par le Centre Européen de Prévision Météo-
rologique à Moyens Termes (CEPMMT) mais également des sorties de modèles couplées
de climat. Pour résumer, il semble nécessaire de mener en parallèle ces différentes ap-
proches complémentaires et de confronter les résultats numérico-théoriques obtenus dans
un contexte fortement idéalisé aux observations ainsi qu’aux simulations de modèles so-
phistiqués. Par le passé, ces diverses approches ont été trop souvent abordées séparément
ce qui a abouti dans certains cas à un manque de réalisme et dans d’autres à une difficulté
d’interprétation.
Les deux premiers chapitres sont dédiés à la compréhension du cycle de vie des dé-
pressions atmosphériques des latitudes tempérées. Le premier chapitre est une revue de la
littérature sur nos connaissances actuelles de ce cycle de vie, allant de la phase de cyclo-
genèse proprement dite jusqu’à la phase de déclin, la cyclolyse. Après un bref historique
de l’évolution des idées du début du 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui, le chapitre décrit
les modèles conceptuels de cyclogenèses et les différentes classifications de dépressions
obtenues à partir des différentes campagnes de mesure et des réanalyses. Ce chapitre pré-
sente succinctement les diverses théories existantes sur la cyclogenèse atmosphérique des
moyennes latitudes et montre en quoi elles sont capables ou non d’expliquer le comporte-
ment réel des dépressions. Le deuxième chapitre se consacre aux résultats que j’ai obtenus
11
12 Introduction
depuis mon premier postdoc au GAME en 2003 jusqu’à maintenant sur les phases matures
des dépressions en collaborant avec l’équipe RECYF du GAME et plusieurs doctorants.
On montre comment la localisation des phases de croissance explosive des dépressions dé-
pend de manière cruciale des inhomogénéités spatiales de l’écoulement de grande échelle
basse fréquence. Le chapitre 2 explore en particulier la phase de traversée du courant-jet
par une dépression qui aboutit quasi-systématiquement à un creusement rapide.
Quant aux chapitres 3 et 4, ils se consacrent à la rétroaction des perturbations synop-
tiques sur l’écoulement atmosphérique de grande échelle et sa variabilité basse fréquence.
Après une introduction des concepts classiques associés à cette rétroaction comme les flux
d’Eliassen-Palm, le chapitre 3 montre comment la notion de déferlement d’onde a permis
récemment de mieux comprendre la variabilité basse fréquence de l’atmosphère caractéri-
sée par les téléconnexions et les régimes de temps. Le chapitre 3 détaille également tous
les facteurs connus dans la littérature qui influencent la nature du déferlement des ondes
tout en mettant l’accent sur ceux que j’ai mis en évidence dans plusieurs articles. Enfin,
le chapitre 4 décrit les positions et fluctuations des courants-jets dans les simulations de
différents climats (climat actuel, climat passé du dernier maximum glaciaire et enfin cli-
mat futur avec ses scénarios de la fin du 21ème siècle) tout en proposant des mécanismes
pour expliquer leur comportement à partir des études théoriques du troisième chapitre.
Chapitre 1
1.1 Introduction
1.1.1 Description phénoménologique
Le cycle de vie des dépressions des latitudes tempérées est généralement décomposée
en plusieurs étapes qui sont illustrées sur la figure 1.1. Celle-ci présente le cas de la
tempête Klaus qui a frappé le sud-ouest de la France et le nord de l’Espagne le 24 janvier
2009 en créant des rafales de vent dépassant les 200 km/h. La phase d’initiation qui est
celle qui aboutit à l’apparition d’un nouveau noyau de tourbillon dans les basses couches
de la troposphère (figure 1.1a) s’opère généralement dans une zone de forts contrastes
thermiques (plages colorées) dite zone de forte baroclinie. Au dessus de l’océan Atlantique,
ces contrastes thermiques sont étroitement liés à la position du Gulf Stream. Ensuite, vient
la phase dite de maturation durant laquelle il y a intensification du tourbillon des basses
couches qui s’opère en même temps qu’un abaissement de la tropopause (nappe mauve) en
amont de l’anomalie de surface (figure 1.1b) qui correspond également à une intensification
d’une anomalie tourbillonnaire d’altitude. Cette phase se termine lorsque l’anomalie de
surface atteint son maximum de tourbillon (figure 1.1c) et se caractérise généralement par
une structure barotrope, c’est-à-dire lorsque l’anomalie d’altitude se trouve en aplomb de
celle des basses couches. Enfin, la phase de décroissance s’ensuit, la plupart du temps par
effets dissipatifs lorsque le système dépressionnaire atteint les terres.
13
14 Chapitre 1
Fig. 1.1 – Evolution temporelle de la tempête Klaus (22-24 janvier 2009) caractérisée
par l’interaction entre une anomalie d’altitude (région de basse tropopause repérée par
l’isosurface 2PVU en mauve) et une anomalie de basses couches (repérée par l’isosurface
de tourbillon relatif 1.5 × 10−4 s−1 en rouge) dans un environnement barocline représenté
par les gradients de la température à 1000 hPa (plages colorées, intervalle : 5◦ C). Les
vignettes (a),(b),(c) représentent des instants séparés de 12h. Données ERAinterim.
Les trajectoires des dépressions des moyennes latitudes commencent à être bien docu-
mentées vers le milieu du 19ème siècle comme le montre la première figure de la revue de
Chang et al. (2002a) sur les rails des dépressions. En revanche, à cette époque, on est loin
de faire la distinction entre la dynamique des cyclones tropicaux et celle des dépressions
extratropicales et on est loin de se douter du rôle important joué par l’altitude dans le
creusement de ces dernières. La section suivante a pour but de résumer l’avancement des
idées du milieu du 19ème siècle jusqu’à aujourd’hui.
Fig. 1.2 – Deux schémas conceptuels classiques de l’évolution d’une dépression extra-
tropicale représentant sur les vignettes du haut le géopotentiel de la basse troposphère
(typiquement 850 hPa) ainsi que les fronts et sur les vignettes du bas la température
potentielle de la basse troposphère. (a) le modèle norvégien de dépression : (I) dépres-
sion naissante, (II) et (III) rétrécissement du secteur chaud, (IV) occlusion ; (b) le modèle
de dépression de Shapiro-Keyser : (I) dépression naissante, (II) cassure du front, (III)
structure frontal en forme de T dit “T-bone” et front courbé en arrière “bent-back front”,
(IV) structure frontale en forme de T et séclusion de la partie chaude. Les étapes sont
séparées par un délai approximatif entre 6h et 24h. Au stade (IV), la distance séparant
le minimum de géopotentiel au dernier contour de géopotentiel est environ de 1000 kms.
Tiré de Schultz et al. (1998).
16 Chapitre 1
Quelques années plus tard, Petterssen (1956) montre comment une anomalie d’altitude
passant au dessus d’un front de surface peut être à l’origine même du noyau de tourbillon
de surface. Ainsi, l’altitude peut être un précurseur de la cyclogenèse et ne joue pas seule-
ment un effet d’intensification. La diversité des interprétations ou cas de cyclogenèses
amène Petterssen à classer les cyclogenèses en deux grandes classes ou types (Petters-
sen et Smebye 1971), le type A et le type B. L’intérêt de cette classification a perduré
jusqu’à aujourd’hui et on en verra dans la suite du chapitre quelques ramifications. L’in-
terprétation de la cyclogenèse comme résultant d’interactions entre anomalies d’amplitude
finie préexistantes est également développée par l’allemand Kleinschmidt dans les années
50 (Eliassen et Kleinschmidt 1957). En s’appuyant sur les idées de vorticité potentielle
développées par Rossby (1939) et Ertel (1942), celui-ci se rend compte de l’importance
de ce champ dans la détermination des autres variables de l’écoulement qui sera appelé
plus tard principe d’inversibilité (Hoskins et al. 1985). En associant les systèmes perturbés
d’altitude à des anomalies de PV, Kleinschmidt montre le rôle déterminant qu’elles jouent
dans la cyclogenèse.
Comme le souligne Joly et al. (2002), les travaux de Sutcliffe, Petterssen, Kleinsch-
midt ont été fortement occultés en raison de l’émergence de l’instabilité barocline (Charney
1947, Eady 1949). Dans cette théorie, la cyclogenèse n’est plus vue comme l’interaction
entre des anomalies d’amplitude finie préexistantes mais comme le résultat de la crois-
sance exponentielle de perturbations initialement infinitésimales et ne changeant pas de
structures spatiales (modes dits normaux). L’élégance mathématique de ces modèles dé-
veloppés dans le cadre de l’approximation quasi-géostrophique a fasciné nombre de scien-
tifiques dans la seconde moitié du 20ème siècle en dépit d’une faible similarité avec le
comportement des cyclogenèses réelles. Même si les échelles typiques de la cyclogenèse
(environ 2000-4000 kms) sont proches de celles des modes normaux les plus instables,
des taux de croissance supérieurs à ces modes normaux sont observés dans des cas réels
ainsi que la non-stationarité de la pente verticale vers l’ouest des structures cycloniques
(comme on peut le voir sur les figures 1.1b-c). Ainsi, tout en gardant le contexte linéaire,
quasi-géostrophique et des écoulements de base très simples, Farrell (1982) et Farrell
(1984) montrent qu’on peut obtenir des taux de croissance bien plus élevés avec des
perturbations initiales suffisamment bien choisies dites non modales. D’autres améliora-
tions tangibles vers plus de réalisme ont été obtenues en introduisant des approximations
moins exigeantes que l’approximation quasi-géostrophique comme l’approximation semi-
géostrophique (Hoskins 1976), en étudiant l’évolution non-linéaire des modes normaux
(Simmons et Hoskins 1978), ou encore en considérant des modes normaux évoluant dans
des jets localisés latitudinalement (Hoskins et West 1979). Toujours dans un souci de se
rapprocher du monde réel tout en gardant une modélisation relativement simple, certains
auteurs ont étudié l’évolution linéaire de perturbations évoluant dans des courants-jets
zonalement inhomogènes dans des modèles QG (Whitaker et Barcilon 1992, Cai et Mak
1990) ; d’autres encore se sont plus concentrés sur les effets diabatiques dans des modèles
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 17
semi-géostrophiques (Emanuel et al. 1987). On s’aperçoit ainsi que les études de stabilité
linéaire ont la vie dure car elles permettent de trouver des solutions facilement interpré-
tables. Il semble à l’heure actuelle encore utile d’aborder certains nouveaux problèmes
sous cet angle comme vont le montrer les chapitres 3 et 4, même si cette approche doit
souvent être complétée par d’autres qui incorporent toutes les nonlinéarités.
Loin d’être exhaustif, ce petit rappel historique a pour objectif de mettre en pers-
pective l’état actuel de nos connaissances sur la cyclogenèse tel qu’il est décrit dans la
suite du présent chapitre. La section 1.2 présente les différents schémas conceptuels de
la cyclogenèse, celui de l’Ecole de Bergen et d’autres qui ont suivi portant sur le cycle
de vie des dépressions ainsi que sur la formation de certaines structures sous-synoptiques
comme les bandes transporteuses. Ces schémas conceptuels, bien que restant descriptifs,
ont l’avantage de synthétiser un certain nombre d’études de cas. On s’intéressera ensuite
dans la section 1.3 aux différentes classifications de cyclogenèses en partant de celle issue
des études de Petterssen jusqu’aux plus nouvelles issues des campagnes de mesure comme
Fastex (Joly et al. 1999) ou encore des réanalyses de la seconde moitié du 20ème siècle. La
section 1.4 est dédiée aux théories de la cyclogenèse en faisant la part belle aux instabilités
linéaires qui, comme nous l’avons dit précédemment, ont continué jusqu’à aujourd’hui à se
développer en incorporant des éléments de plus en plus complexes dans l’environnement
de grande échelle, ou encore, en prenant en compte les effets de l’humidité.
Fig. 1.3 – Schéma des différentes masses d’air observées à l’intérieur d’une onde barocline.
Les flèches représentent l’écoulement sur des surface isentropes ou iso-θw0 . Tiré de Thorn-
croft et al. (1993) mais s’inspirant de travaux antérieurs des années 1960 sur l’analyse de
cartes météorologiques sur des isentropes.
posphère (cf. le sigle CJ sur la figure 1.4a) (Schultz 2001) ; et enfin, la bande transporteuse
d’air chaud ou “warm conveyor belt“ qui est la plus étudiée des trois pour l’importance
de ses propriétés dynamique dans l’évolution de la dépression, elle correspond aux masses
d’air chaudes, humides et ascendantes qui prennent leur origine dans le secteur chaud
de la dépression et atteignent la haute troposphère (cf. la flèche ascendante sur la figure
1.3 ou le sigle WJ sur la figure 1.4a) et ce sont les masses d’air présentant les plus forts
déplacements verticaux.
Même si le concept de bandes transporteuses est loin d’être nouveau, il a commencé
à être étudié de manière conséquente à partir des années 1990 (Browning 1990, Wernli
1997) et on ne commence que depuis peu à obtenir des caractéristiques climatologiques
(Eckhardt et al. 2004). La bande d’air chaud est particulièrement importante pour deux
raisons principales. C’est au niveau de cette bande que se produit le principal dégagement
de chaleur latente par condensation de la dépression qui amène à la production d’anomalies
positive de PV en basses couches qui tendent à renforcer la vorticité de la dépression. Mais
ce même dégagement de chaleur latente en moyenne troposphère peut avoir des effets non
locaux. Il a tendance à créer des anomalies négatives de PV en haute troposphère au
dessus de la dépression de surface qui peut amener à une modification de l’onde d’altitude
plus en aval de l’écoulement. Ainsi une mauvaise représentation des processus au sein
d’une bande transporteuse dans une cyclogenèse peut induire des erreurs de prévisions
au niveau de la propagation de l’onde de Rossby en aval. Ceci entraîne une détérioration
de la prévision de cyclogénèses se formant plus en aval (Massacand et al. 2001). Notons
qu’un effort important de la communauté internationale regroupée autour du programme
THORPEX consiste à mieux documenter ces masses d’air qui sont relativement étroites
et donc difficiles à observer et qui pourtant semblent être cruciales pour la prévision de
la cyclogenèse et même au-delà. C’est dans cet esprit que la communauté européenne
tente d’organiser dans les années à venir une future campagne de mesure sur l’Atlantique
intitulée T-NAWDEX.
D’autres phénomènes de plus petite échelle et encore plus difficiles à observer appelés
”sting-jets“ peuvent se produire aboutissant à des vents destructeurs, comme cela a été le
cas par exemple lors de la tempête d’Octobre 1987 qui a touché le nord-ouest de la France
et la Grande Bretagne (Browning 2004). Ce concept de sting-jets est relativement récent
et ce phénomène tend à se produire au moment du retour en arrière du front chaud lors de
la phase III du modèle de Shapiro-Keyser (Clark et al. 2005), c’est-à-dire au niveau de la
tête nuageuse lorsqu’elle a fait à peu près le tour de la zone dépressionnaire (figure 1.4a).
Il correspond à de l’air sec descendant sous les bandes nuageuses (figure 1.4b), s’alourdis-
sant par effet d’évaporation et accélérant ainsi sa descente. Ce type de phénomène peut
être reproduit par les modèles non-hydrostatiques à méso-échelle (Martinez-Alvarado et
al. 2010). Cependant, les mécanismes associés commencent juste à être documentés ; ils
20 Chapitre 1
Fig. 1.4 – Modèle conceptuel du sting jet lors de la phase (III) du modèle de Shapiro-
Keyser. (a) WJ et CJ correspondent respectivement aux bandes transporteuses chaude et
froide, SJ au “sting jet“ et L au minimum de pression, (b) coupe verticale d’ouest en est
dans la région de la fracture frontale. Tiré de Clark et al. (2005).
Bien qu’utile dans un premier temps pour séparer les mécanismes de base au sein des
dépressions, cette classification a le défaut de déterminer à l’avance les différentes classes
suivant deux paramètres donnés (le ratio entre l’altitude et les basses couches et la pente
verticale) qui ne sont pas forcément les deux seuls pertinents. D’autre part, certaines
dépressions connaissent plusieurs phases distinctes de croissance comme l’a montré la
campagne FASTEX (Baehr et al. 1999) et il est donc difficile de classer chaque dépression
dans une ou l’autre des catégories. Par exemple, Deveson et al. (2002) considèrent la
première phase de croissance de la POI17 de FASTEX comme étant de type A puis la
seconde phase de type B. Et l’inverse a été trouvé pour la POI11. On verra dans le chapitre
suivant les raisons pour lesquelles deux phases de croissance ont été détectées en lien avec
la position relative de la dépression par rapport au courant-jet de grande échelle.
22 Chapitre 1
créer des anomalies positives de PV dans les basses couches juste au-dessus du front. (ii)
La bande de maximum PV peut se déstabiliser suivant le critère d’instabilité de Charney-
Stern (cf. sa description dans la section suivante) puisque le gradient de PV s’annule
dans le domaine pour créer une onde qui va décomposer la bande de PV en plusieurs
anomalies positives localisées qui correspondent à la naissance de futures dépressions.
Cette deuxième étape est favorisée lorsque l’étirement dû à la frontogenèse s’amenuise
comme l’ont montré les études théoriques de Bishop et Thorpe (1994a) et Bishop et
Thorpe (1994b). Les auteurs ont trouvé un seuil pour le taux de déformation au-delà
duquel le développement de l’onde frontale est supprimé qui est assez bien confirmé par
les observations (Renfrew et al. 1997, Chaboureau et Thorpe 1999) et des simulations
idéalisées d’un modèle non-hydrostatique (Dacre et Gray 2006).
Cependant, quand on compare à toutes les phases d’initiation, celles proches de la
configuration de l’instabilité frontale ne représentent que 25% des cas (Ayrault et Joly
2000a). D’autres mécanismes de la phase d’initiation restent en grande partie à explorer.
Arbogast (2004) a récemment montré sur une étude de cas que l’interaction barotrope
dans la basse troposphère entre une dépression et un front, c’est-à-dire entre structures
d’amplitude finie, pouvait donner naissance à un nouvelle dépression au sein du front.
Cependant, nous ne connaissons par encore à l’heure actuelle la représentativité d’un tel
mécanisme.
∂qk
+ uk .∇qk = 0, k ∈ [1, 2] , (1.1)
∂t
avec
qk = f + ∆ψk + Rd−2 (−1)k (ψ1 − ψ2 ), (1.2)
Fig. 1.5 – Schéma classique de l’interaction barocline entre deux anomalies positives de
tourbillon situées en haut et en bas de la troposphère et correspondant respectivement à
des anomalies froide (contour bleu) et chaude (contour rouge). L’environnement barocline
est caractérisé par un cisaillement vertical de vent u = U (z)i, un gradient de PV q y
positif en altitude et négatif dans la basse troposphère correspondant à un gradient de
température potentielle négatif. Deux raisonnements simples (cf. texte) permettent de
se rendre compte que les deux anomalies se renforcent l’une l’autre lorsque l’anomalie
d’altitude est en amont de l’anomalie des basses couches comme c’est le cas sur le schéma.
et al. 1978) :
2
2∂ ω
2
s ∇ ω+ 2
f0 2 = −2∇.Q, (1.3)
∂p
où le paramètre s2 = −h ∂θ R
∂p
est un paramètre de stratification. h = R/p(p/ps )R/Cp dépend
de la pression p, de R la constante spécifique de l’air sec, de Cp la chaleur spécifique de
l’air sec à pression constante et ps la pression de surface. θR est la température potentielle
de référence et le vecteur Q est défini ainsi
R ∂ug R ∂ug
Q ≡ (Qx , Qy ) = − .∇T, − .∇T , (1.4)
p ∂x p ∂y
où ug désigne le vent géostrophique. Ceci permet d’obtenir pour y=0 (c’est-à-dire au
niveau du centre des anomalies là où la vitesse zonale perturbée est nulle u0g = 0), Qx =
∂v 0 ∂v 0 ∂v 0
− Rp ∂xg ∂T
∂y
= −f0 ∂U g
∂p ∂x
. Puisque ∂xg est positif et maximum au niveau du centre de chaque
anomalie de vorticité positive et ∂U/∂p est négatif, Qx atteint un maximum positif au
centre des anomalies également. ∂Q ∂x
x
et donc ω (cf. équation (1.3)) est négatif à l’est de
ces anomalies et positif à l’ouest. L’anomalie d’altitude crée donc une forte ascendance
juste au-dessus de l’anomalie de la basse troposphère (voir flèche bleue vers le haut sur
la figure 1.5) qui augmente la vorticité relative de la basse troposphère et la renforce
ainsi (cf. l’équation d’évolution de la vorticité absolue en QG : DtD
(ζ + f ) = f0 ∂ω
∂p
). Des
raisonnements similaires dans les différentes régions montrent que les deux anomalies se
renforcent ainsi mutuellement.
26 Chapitre 1
1
E ≡ ( (vg02 − u02 0 0
g ), −ug vg ), (1.7)
2
∂ug ∂v g ∂v g ∂ug
D≡( − , + ). (1.8)
∂x ∂y ∂x ∂y
Le premier terme du membre de droite de l’équation (1.5), i.e. E.D, est le terme de
conversion barotrope dont la formulation sous forme de produit scalaire a été introduite
par Mak et Cai (1989). Le second et troisième terme représentent respectivement les termes
de redistribution horizontale et verticale de l’énergie cinétique. Le quatrième et dernier
terme correspond au transfert de l’énergie potentielle de la perturbation vers l’énergie
cinétique de la perturbation, et est appelé conversion barocline interne. Le premier terme
dans le membre de droite de l’équation (1.6) est le terme de conversion barocline de
l’énergie potentielle de l’environnement vers l’énergie potentielle de la perturbation.
Dépressions des latitudes tempérées : description, modèles et théories 27
D’après la figure 1.5, les zones d’ascendance (de subsidence) sont corrélées avec des
anomalies chaudes (froides), donc le terme −hω 0 θ0 est positif, c’est-à-dire qu’il y a trans-
fert d’énergie potentielle de la perturbation vers son énergie cinétique. De plus, l’énergie
potentielle de la perturbation provient de l’énergie potentielle de l’écoulement de base
puisque la conversion barocline est positive dans le cas du schéma de la même figure. En
2
effet, celle-ci est proportionnelle à − hs2 v 0 θ0 ∂y θ et est donc du même signe que v 0 θ0 qui est
lui même du même signe que ∂x Φ0 ∂z Φ0 qui est positif quand l’anomalie de surface devance
l’anomalie d’altitude.
Dans les années 1980, on s’est rendu compte que la croissance explosive de certaines
cyclogenèses ne pouvait pas être représentée par les modes normaux dont les taux de
croissance étaient plus faibles que ceux observés. C’est dans cet esprit que Farrell (1984)
a montré qu’en choisissant des conditions initiales suffisamment adéquates, on pouvait
obtenir, même dans les modèles simples linéarisés comme celui d’Eady, des taux de crois-
sance plus élevés que les modes normaux ; c’est ce qu’on appelle l’instabilité non modale.
Dans ce cas d’instabilité, la structure de la perturbation change au cours du temps ; ainsi
peut-on dire que le type A de la classification de Petterssen-Smebye est modal tandis que
le type B est non modale. Ce type d’approche a été généralisé par la suite (Lacarra et
Talagrand 1988, Farrell et Ioannou 1996a, Farrell et Ioannou 1996b) et a donné lieu au
développement de la méthode des vecteurs singuliers qui sont les vecteurs propres d’une
matrice faisant intervenir l’opérateur tangent linéaire et son adjoint. Les vecteurs singu-
liers sont les modes qui optimisent la croissance de perturbations dans le cadre linéaire
pour une norme donnée et un intervalle de temps donné. Ils ont été utilisés abondam-
ment depuis dans certains centres opérationnels de prévision du temps pour les études de
prévisibilité et l’implémentation des prévisions d’ensemble (Buizza et Palmer 1995).
Malgré ce raffinement dans les résultats théoriques, les tentatives pour comparer le dé-
veloppement d’une dépression à un mode singulier ont été très maigres. Cela est en partie
dû à la difficulté rencontrée pour définir ce qu’est l’environnement, étape nécessaire pour
linéariser et calculer les vecteurs singuliers. Cette comparaison a pourtant été effectuée
sur le cas de la tempête Lothar de la fin décembre 1999 par Descamps et al. (2007). En
enlevant la tempête grâce à un algorithme d’inversion du PV, les auteurs ont pu calcu-
ler les vecteurs singuliers mais ont trouvé très peu de points communs avec la structure
naissante de la tempête. Le lien entre l’instabilité barocline généralisée et une cyclogenèse
réelle semble donc pour l’instant faire défaut. A noter cependant les améliorations récentes
de la méthode qui n’ont pas été prises en compte dans l’étude précédente, notamment en
incorporant les effets humides dans le calcul des vecteurs singuliers (Hoskins et Coutinho
2005) ou en prenant en compte les effets nonlinéaires (Rivière et al. 2008).
28 Chapitre 1
Instabilité localisée
Etant donné la localisation zonale des zones de forte baroclinie, un autre axe de re-
cherche des années 1980 et 1990 a consisté à adapter la théorie initiale de l’instabilité
barocline modale des écoulements zonalement uniformes au cas des écoulements de base
variant zonalement. Un certain nombre d’articles de Frederiksen et notamment Frederik-
sen (1983) ont montré que les structures des modes normaux les plus instables calculés
pour des écoulements climatologiques observés de l’Hémisphère Nord ressemblaient assez
bien aux rails des dépressions observés. Cependant, cela ne signifie pas que les proces-
sus de croissance soient les mêmes pour les dépressions réelles et les modes normaux. Il
s’avère également que les modes normaux dans des écoulements de base variant zonale-
ment peuvent faire intervenir des processus de croissance assez différents qui font appels
aux notions d’instabilité locale et globale (Pierrehumbert 1984). Reprenant les notions
d’instabilité absolue et convective de Merkine (1977), Pierrehumbert montre dans le mo-
dèle à deux couches barocline qu’un mode normal dans un écoulement variant zonalement
peut soit croître localement, c’est-à-dire que la perturbation croit exponentiellement à une
longitude donnée en raison des propriétés locales de la baroclinie soit croître globalement,
c’est-à-dire qu’elle ne croitra à une longitude donnée que si le domaine est cyclique. Le
lien entre la croissance modale globale et les dépressions réelles est fort peu probable puis-
qu’un mode global nécessite un temps très long pour croître à une longitude donnée. Le
lien avec la croissance modale locale est potentiellement plus intéressante mais il s’avère
que celle-ci dépend en grande partie de la moyenne verticale du vent zonale. Il est très
peu probable que l’instabilité locale modale soit présente dans l’atmosphère réelle comme
l’ont montré Lin et Pierrehumbert (1993) car elle nécessite la plupart du temps des vents
de surface orientés d’est en ouest ce qui n’est pas réaliste pour les moyennes latitudes.
En d’autres termes, il semble que l’instabilité modale dans des écoulements zonale-
ment inhomogènes représente correctement les rails des dépressions observés mais pour de
mauvaises raisons. L’évolution linéaire mais non modale d’une anomalie d’altitude entrant
dans une zone de forte baroclinie est beaucoup plus réaliste (Whitaker et Barcilon 1992).
Il est désormais bien établi que ce sont des perturbations préexistantes d’amplitude finie
modulées par les variations longitudinales de la baroclinie, de la dissipation mais aussi
de la déformation horizontale comme on va le voir plus loin qui rendent compte de la
localisation des rails des dépressions observés (Chang et al. 2002a).
ont montré que les taux de croissance des modes normaux humides étaient au moins deux
fois supérieurs à ceux des modes normaux secs. Malgré cette différence de taille, ce type
d’étude n’entrevoit les effets humides qu’à partir de concepts existants dans le cas sec.
D’autres études plus récentes ont introduit la notion de “diabatic Rossby waves” (Par-
ker et Thorpe 1995) ou “diabatic Rossby vortex” (Moore et Montgomery 2005). Prenant
son origine dans le vocabulaire de l’onde de Rossby classique, le principe de l’onde de
Rossby diabatique est le suivant : l’anomalie positive de vitesse méridienne vg0 à l’est de
l’anomalie positive de PV crée des ascendances juste au dessus (cf. flèche rouge ascendante
∂v 0
sur la figure 1.5) en raison du terme − Rp ∂xg ∂T
∂y
. L’air ascendant va se refroidir, condenser
et favoriser le dégagement de chaleur latente qui va produire une tendance positive de PV
en dessous et une tendance négative de PV au dessus (la tendance Lagrangienne de PV
est proportionnelle à la dérivée verticale du chauffage diabatique). Ainsi cela va-t-il favo-
riser le déplacement de l’anomalie positive de PV vers l’est et ainsi se propager. Bien que
cette propagation dépende d’un environnement barocline important, une onde de Rossby
diabatique n’a pas besoin d’une interaction avec l’altitude comme dans le cas classique de
l’instabilité barocline pour se maintenir, voire se renforcer (Moore et Montgomery 2005).
Il est important de noter que des effets nonlinéaires importants existent dus aux effets
de seuil de la condensation et devraient être davantage pris en compte à l’avenir dans
les études idéalisées de cycle de vie de dépressions (Lapeyre et Held 2004). Rappelons
également que dans le type C de la classification de Deveson et al. (2002) qui est celui qui
dépend le plus des effets diabatiques, c’est précisément cette production de PV négatif au
dessus du pic des ascendances qui maintient la pente verticale vers l’ouest des anomalies
positives de PV.
Les études portant sur les effets diabatiques au sein des dépressions extratropicales
sont devenues de plus en plus nombreuses, notamment dans le contexte du changement
climatique. Elles semblent avoir pris complètement le dessus sur les études faisant interve-
nir uniquement la dynamique sèche au point d’occulter l’importance de cette dernière sur
des cas réels. Ceci est dommage car certaines de leurs propriétés, pas encore totalement
expliquées, sont dépendantes de processus nonlinéaires secs comme le montre le chapire
2.
Fig. 1.6 – Evolution temporelle d’une perturbation dans un champ de déformation pur
qui à l’instant initial (vignette a) est orientée perpendiculairement à l’axe de dilatation
(flèche à double sens). Il y a ensuite (b) contraction puis (c) dilatation de la perturbation
selon l’axe de dilatation. Tiré de Farrell (1989b).
Ce renforcement barotrope en zone de confluence avait déjà été anticipé par l’étude
climatologique de Sanders (1988) qui avait remarqué que les thalwegs d’altitude étaient
formés à l’est des chaînes montagneuses et se désagrégeaient essentiellement au-dessus
des océans. En abordant des études de cas au dessus de l’Amérique du Nord, Lackmann
et al. (1997) et Schultz et Sanders (2002) ont montré que le creusement de ces thalwegs
se produisaient bien par contraction horizontale dans la zone de confluence en amont
du jet atlantique. Ceci est particulièrement important car cela signifie que les anomalies
d’altitude atteignent leur maximum d’amplitude à l’entrée des zones de forts contrastes
thermiques ce qui est une situation d’autant plus favorable pour déclencher la cyclogenèse
des basses couches par interaction barocline.
Le mécanisme précédent qui est purement transitoire et donc non modal a d’ailleurs
été montré dans un contexte barotrope idéalisé par Farrell (1989) s’inspirant des travaux
de Orr (1907). Une onde monochromatique de fonction de courant ψ 0 = Aei(k(t)x+l(t)y)
évoluant dans un champ de déformation pur ψ = αxy satisfait les solutions suivantes
k = k0 eαt et l = l0 e−αt . L’énergie cinétique est proportionnelle à 1/(k(t)2 + l(t)2 ) =
1/(k02 e2αt + l02 e−2αt ) qui pour l0 > k0 connait une croissance transitoire avant de décroître
définitivement. La figure 1.6 montre en effet qu’une perturbation isolée et intialement
étirée le long de l’axe des x, c’est-à-dire perpendiculairement à l’axe de dilatation (vignette
a), va se contracter d’abord et gagner en énergie (vignette b), puis se dilater à nouveau
selon l’axe de dilatation (vignette c) où elle perd de l’énergie.
Le régulateur barotrope
Une autre étude théorique importante sur l’effet des cisaillements horizontaux est due
à James (1987) dans le cadre du modèle QG à deux couches. L’inclusion d’une composante
barotrope de cisaillements horizontaux aboutit à un changement de structures des modes
normaux, et plus précisément à un confinement latitudinal des modes normaux diminuant
32 Chapitre 1
où σ = |D| est le module du vecteur D et ξ 0 est l’angle tel que (D, dE) ≡ π/2 + ξ 0 . Le signe
de E.D dépend directement de l’angle ξ 0 dont l’équation d’évolution peut être obtenue à
partir de la linéarisation des équations du mouvement en suivant l’approximation WKB
(cf. équation (27) de Rivière et al. (2003)). Les points fixes de l’équation pour ξ 0 , i.e les
angles pour lesquels la tendance Lagrangienne en suivant le vent géostrophique est nulle
0
( DDt
gξ
= 0), sont analysés dans la précédente étude. L’objectif est d’identifier des structures
en équilibre pour les perturbations. Deux points fixes existent en chaque point de l’espace
et sont déterminés par
ξ 0 = ξ±
r
≡ ± arccos(−r), (1.10)
où r est le paramètre qui a été introduit par Lapeyre et al. (1999) dans le contexte de la
turbulence 2D et s’exprime ainsi :
ζ + 2Dg φ/Dt
r≡ . (1.11)
σ
que dans le cas où |r| < 1. Si ξ 0 est égal à un de ces points fixes, le taux de croissance de
la conversion barotrope peut s’écrire ainsi :
s
2
E.D 0 Dφ
r 2
(ξ = ξ± ) = ± σ − ζ + 2 , (1.12)
K0 Dt
stable soit celui qui fasse perdre de l’énergie à la perturbation car comme on l’a vu dans le
cas de Farrell (1989), une perturbation évoluant pendant suffisamment de temps dans un
même environnement finit par s’étirer selon les axes de dilatation et perdre de l’énergie.
Cependant, le cas de Farrell (1989) représente le cas particulier où la rotation de
l’environnement est nulle (ζ + 2Dg φ/Dt = 0). Dans le cas où la rotation est forte |r| > 1,
il n’y a pas de points fixes, la perturbation ne s’étirera jamais selon les axes de dilatation
car la rotation est si forte qu’elle fait tourner l’axe de la perturbation.
Le calcul théorique précédent a été appliqué à l’étude des perturbations synoptiques
atmosphériques et aux dépressions des moyennes latitudes dans mon premier postdoc au
GAME à Toulouse dont les principaux résultats sont résumés au chapitre 2. Une nou-
velle mesure a été introduite dans Rivière et Joly (2006a), appelée déformation effective,
qui s’exprime en fonction des propriétés de l’environnement de grande échelle dans lequel
évolue les perturbations synoptiques. Comme dans de nombreuses études sur les perturba-
34 Chapitre 1
1.5 Synthèse
Les théories de la cyclogenèse développées dans la seconde moitié du 20ème siècle, et
notamment celles de l’instabilité barocline, ont permis dans un premier temps d’expliquer
un certain nombre de caractéristiques des dépressions des moyennes latitudes, comme par
exemple les ordres de grandeur de leur échelle spatiale ou leur taux de croissance. Cepen-
dant, les résultats numérico-théoriques de ces 15 dernières années étayés par les résultats
des campagnes d’observation comme FASTEX ont mis en évidence la complexité et la
richesse des mécanismes mis en jeu dans l’évolution des dépressions des latitudes tempé-
rées. Comme l’a montré le travail statistique de Ayrault et Joly (2000b) sur ERA15, de
nombreux comportements de dépressions au cours des différentes étapes du cycle de vie
(initiation ou maturation) n’ont pas d’équivalent théorique. On aboutit donc à l’heure
actuelle à une impasse théorique lorsqu’il s’agit d’expliquer leurs cycles d’évolution com-
plets.
Même si l’interaction barocline est le mécanisme principal de croissance, d’amplifi-
cation des dépressions, elle n’intervient pas de manière homogène et n’explique pas né-
cessairement toutes les étapes que traverse la dépression au cours de son évolution. Les
effets diabatiques, barotropes ou encore celui du développement en aval modulent les am-
plifications dues à l’interaction barocline. Dans de nombreux cas, la dépression connaît
plusieurs phases de croissance comme c’était le cas durant la campagne FASTEX (Baehr
et al. 1999) et a donc un comportement très éloigné du développement modal tel que le
décrivent les théories linéaires avec une unique phase de croissance. Toutes ces théories,
bien que séduisantes par leur aspect analytique, sont non seulement limitées par l’hypo-
thèse linéaire mais aussi très souvent par les nombreuses hypothèses faites sur la forme
spatiale du courant-jet dans lesquels évoluent les perturbations. Celui-ci possède une zone
de confluence, une zone de diffluence, des asymétries méridiennes et enfin une courbure.
Bien entendu, certaines de ces inhomogénéités ont été étudiées d’un point de vue théorique
mais généralement de manière séparée. Or, ce sont précisément toutes ces inhomogénéités
spatiales prises ensemble qui devraient permettre d’expliquer l’existence de zones de forte
croissance des dépressions ainsi que celles de forte dissipation pour un environnement de
grande échelle donné. L’un des principaux enjeux de ma recherche de ces cinq dernières
années a donc été d’interpréter la complexité du cycle d’évolution des dépressions à partir
de la complexité spatiale de l’environnement dans lequel elles évoluent. Ceci a été rendu
possible par l’introduction de la déformation effective présentée précédemment et a abouti
aux résultats présentés dans le chapitre suivant.
36 Chapitre 1
Chapitre 2
2.1 Introduction
L’une des observations majeures de la campagne FASTEX est la quasi-systématique
simultanéité entre une croissance rapide de la vorticité, une décroissance de la pression
et la traversée du courant-jet de son côté chaud à son côté froid par les dépressions de
surface (Baehr et al. 1999), séquence qui semble être privilégiée dans la zone de diffluence
du courant-jet. Comme l’indiquent les auteurs du précédent papier, cela définit un cadre
nouveau pour de nouvelles recherches sur la dynamique des cyclogenèses et pose la ques-
tion des conditions qui permettent l’occurrence de cette traversée du courant-jet par les
dépressions.
Malgré cette remarque et l’observation de la même caractéristique sur de nombreuses
tempêtes européennes depuis (e.g., Lothar et Martin à Noël 1999 et Klaus en janvier 2009),
37
38 Chapitre 2
Fig. 2.1 – Schéma de la vitesse agéostrophique transverse (flèches) et des zones de diver-
gence (DIV) et convergence (CONV) associées à l’entrée et à la sortie d’un rapide de jet
d’altitude. Tiré de Uccellini (1990).
il existe un robuste consensus dans la communauté scientifique (Ulbrich et al. 2001, Wernli
et al. 2002, Pinto et al. 2009) qui attribue cette traversée du courant-jet dans sa zone de
diffluence au mécanisme proposé par Uccelini (1990) pour le cas des rapides de jet. Même
si le mécanisme n’est pas systématiquement mentionné, la plupart des articles remarquent
que la croissance a lieu dans la bien connue sortie gauche du courant-jet (“the so called
left jet-exit region”) qui est une analogie directe à la sortie gauche d’un rapide de jet (
“left-exit region of a jet streak”) de Uccelini (1990). Les accélérations et décélérations à
l’entrée et à la sortie d’un rapide de jet créent une circulation agéostrophique qui amène de
la divergence en altitude à l’entrée droite et à la sortie gauche du jet (cf. les zones appelées
“DIV“ sur la figure 2.1). Qui dit une divergence d’altitude dit des ascendances au même
endroit qui creusent ainsi les dépressions de surface dans ces zones. Cette situation semble
avoir été constatée sur de nombreux cas de croissance explosive de dépressions à l’est de
l’Amérique du Nord et la tentation est donc d’interpréter le cas de traversée du courant-
jet par les tempêtes européennes de la même façon. Cependant, les tempêtes européennes
se creusent par traversée d’un courant-jet de grande échelle et pas forcément en présence
d’un rapide de jet (Baehr et al. 1999). C’est une nuance de taille puisque un courant-jet de
grande échelle se projette sur la composante basse fréquence de l’écoulement qui n’est pas
de nature synoptique tandis qu’un rapide de jet se projette sur la partie haute fréquence
de l’écoulement qui, elle, est de nature synoptique. Il n’est pas du tout évident que des
ascendances de type basse fréquence favorisent des ascendances de type haute fréquence.
Et si on est tenté de croire que c’est la vitesse verticale totale qui compte et non pas
seulement sa partie haute fréquence, on peut montrer (cf. la suite du chapitre) que les
vitesses verticales liées à la basse fréquence sont d’un ordre de grandeur très inférieur
à celles de la haute fréquence et ne peuvent en aucun cas expliquer les variations de la
vitesse verticale totale que rencontre la dépression à la sortie gauche du jet de grande
échelle.
Le présent chapitre montre comment j’ai revisité le problème de la traversée du courant-
jet par les dépressions depuis mon postdoc au GAME en 2003 jusqu’à aujourd’hui grâce à
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 39
2.2 Observations
Les résultats de cette section reposent essentiellement sur les articles de Rivière et Joly
(2006a), Rivière et Joly (2006b) et Rivière (2008)
L’objectif de mon premier postdoc au GAME a été d’appliquer les quelques outils
diagnostiques développés durant ma thèse à l’étude de la cyclogenèse. En introduisant la
notion de déformation effective, on a pu vite se rendre compte sur quelques études de cas
de la grande diversité de configurations que pouvait prendre ce champ issu de la structure
grande échelle de l’écoulement. En d’autres termes, deux courants-jets de grande échelle
zonaux apriori identiques possèdent des structures fines, notamment des nuances dans
leur courbure, qui changent de manière drastique le champ de déformation effective. Ces
études de cas ont permis de définir deux types de régions critiques le long de l’axe des
courants-jets qui peuvent induire une forte croissance des dépressions dans ces zones et
qu’on appelle régions barotropes critiques et régions baroclines critiques (Rivière et Joly
2006a, Rivière et Joly 2006b).
(a) le 19 février 1997 à 00H (b) le 19 février 1997 à 12H (c) le 20 février 1997 à 00H
phase de croissance barocline due non seulement à la conversion barocline interne qui
connait un léger pic mais aussi et surtout aux variations des flux agéostrophiques verti-
caux de géopotentiel (cf. équation (1.5)). L’arrêt du puits barotrope et cette relance de
l’interaction barocline explique le creusement de la seconde phase de croissance de la dé-
pression. Celle-ci se termine vers le 20 février à 00h lorsque les deux anomalies s’étirent le
long des nouveaux axes de dilatation du côté cyclonique du jet. Notons enfin le caractère
purement non modal de la séquence avec une augmentation de la distance entre les deux
anomalies lors de la traversée (entre les vignettes a et b) et une nouvelle diminution de
cette distance par la suite (entre les vignettes b et c).
Au cours du mois de février 1997, lorsque le régime zonal était bien établi, plusieurs
phénomènes tempétueux ont connu des aspects assez similaires à la POI17 et notamment
un certain nombre de trajectoires ont traversé le jet autour de cette région barotrope
critique qui s’est maintenue dans la zone de diffluence du jet aussi longtemps que le
régime lui-même. Bien que le scénario de la conversion barotrope suive bien les contraintes
imposées par le champ de déformation effective, cette étude de cas a soulevé de nombreuses
questions :
– Les régions barotropes critiques sont-elles des régions préférentielles de traversée du
courant-jet ?
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 41
(a) Fin décembre 1999, environnement de grande échelle (b) Fin décembre 1999, densités anomalies haute-fréquence
BcCR
40°N
– Quel est le mécanisme qui pousse les dépressions à traverser le jet en général et plus
particulièrement au niveau des régions barotropes critiques ?
– Y-a-t-il généralement réintensification de la dépression lors de la traversée du courant-
jet ?
– Si il y a réintensification, quelle est la conversion énergétique (conversion barotrope,
conversion interne ou encore celle liée aux flux verticaux agéostrophiques de géopo-
tentiel) la plus déterminante ?
Tous ces aspects sont traités dans la suite du chapitre.
tridimensionnelle particulière est également visible sur les deux champs de déformation
effective calculés à 350 et 850 hPa (plages rouges et jaunes respectivement) qui, éloignés
l’un de l’autre au milieu de l’Atlantique, tendent à se superposer au large de la France.
C’est cette zone de superposition des deux champs de déformation effective qui définit
une région barocline critique. La figure 2.3b montre que les perturbations haute fréquence
à 350 et 850 hPa qui ont évolué dans cet environnement sont colocalisés avec les zones
de forte déformation effective à leur niveau respectif, et convergent à la sortie des jets.
C’est précisément dans cette zone critique que les deux dépressions de surface qui ont
traversé l’Atlantique avec des amplitudes modérées, voire faibles, se sont creusées de ma-
nière explosive et sont devenues les tempêtes Lothar et Martin. Le mécanisme proposé
est le suivant ; tant que le courant-jet (ou la déformation effective) des basses couches est
éloigné de son équivalent en altitude, l’anomalie de PV de surface qui est advectée le long
de ce jet aura une vitesse induite faible en altitude au niveau des régions de fort gradient
de PV, et l’interaction constructive barocline décrite sur le schéma de la figure 1.5 n’aura
pas lieu. Vu autrement, l’interaction barocline ne peut être intense que si l’axe formé par
les anomalies d’altitude et de surface est parallèle aux isothermes de l’environnement (ce
qui peut se déduire facilement en analysant la conversion barocline écrite dans l’équation
(1.6)). Cet alignement ne peut se produire qu’en bout de jet en raisons des contraintes de
localisation des anomalies imposées par des champs de déformation particulièrement forts
dans des zones étroites. D’un point de vue énergétique, on peut montrer que la croissance
explosive de l’énergie cinétique est due essentiellement à un pic de la conversion barocline
interne ce qui contraste également avec le cas de la POI17. A noter qu’une configuration
de grande échelle similaire a été observée pour le cas de la tempête de décembre 2004 qui
a frappé le nord de la France (Rivière et Joly 2006b).
Pour conclure, les deux études de cas effectués lors de mon postdoc au GAME ont
permis de définir deux types de régions critiques le long de l’axe d’un jet qui peuvent
faire croître fortement une dépression. La région barotrope critique est une région liée à
un changement de courbure du jet (passage d’une courbure cyclonique à une courbure
anticyclonique) qui est une zone assez récurente dans la zone de diffluence mais qui peut
également se former dans une zone de confluence. Une telle région apparaît régulièrement
mais sa position varie d’un jet à un autre. A l’inverse, une région barocline critique est
un cas rare car nécessite un courant-jet très fort pour former le décalage entre le jet
d’altitude et le jet des basses couches (on peut en effet montrer que le décalage latitudinal
est proportionnel à la force du vent dans le cadre de l’équilibre semi-géostrophique). La
région barocline critique est liée à une convergence des deux jets lorsque le vent décroît
en aval et est donc intrinsèquement liée à une zone de diffluence.
Ces résultats obtenus sur quelques cas particuliers montrent que la simple identification
de la circulation atmosphérique de grande échelle à partir de champs classiques comme
le géopotentiel, même filtré basse fréquence, n’est pas suffisante pour rendre compte de
tous les mécanismes mis en jeu. En d’autres termes, le développement et les trajectoires
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 43
de dépressions évoluant dans deux régimes à première vue semblables peuvent fortement
différer. Cette différence de comportement semble être due à des sous-structures fines
associées au courant-jet dépendant notamment de son champ de déformation. Ces travaux
suggèrent enfin que l’écoulement de grande échelle possèdent des régions remarquables
fortement localisées, où les dépressions peuvent changer brutalement de dynamique et
peuvent connaître une forte phase de croissance. Etant donné que ces résultats reposent
sur des études de cas, il a semblé nécessaire de les valider sur un plus grand échantillon
de données ce qui permettrait notamment de déterminer l’importance relative de ces
régions critiques. Cette validation statistique est un premier axe de recherche que j’ai
suivi depuis mon affectation définitive en tant que chercheur CNRS au GAME. D’autre
part, afin d’être sûr que les paramètres mis en évidence dans ces cas réels soient essentiels
pour reconstuire le cycle d’évolution de ces dépressions et afin d’affiner certaines parties
des mécanismes restés obscures, il m’a semblé nécessaire désormais de reconstruire ces
régions critiques dans des simulations numériques idéalisées. Ces deux axes de recherche,
la validation statistique d’un côté et les simulations idéalisées de l’autre ont été amorcés
ces cinq dernières années et font l’objet de plusieurs articles publiés dont les principaux
résultats sont décrits ci-après.
a. b.
BtCR BtCR
Fig. 2.4 – Classe de jets zonaux présentant une région barotrope critique dans la région
de confluence. Cette classe correspond à 15% des régimes zonaux d’hiver sur l’Atlantique
à partir des données ERA40 (c’est-à-dire 386 jours). (a) Déformation effective (plages
colorées pour les valeurs positives, intervalle : 5 × 10−10 s−2 ), module du vent basse
fréquence (contours bleus, intervalle : 10 m.s−1 ) et axes de dilatation (flèches noires) à 300
hPa. (b) Moyenne du terme de conversion barotrope EH .Dm à 300 hPa (contours bleus
et rouges pour les valeurs négatives et positives respectivement, int : 10−2 m2 .s−3 ) pour
cette classe de jet. Tiré de Rivière (2008).
Fig. 2.5 – Régions de traversée du courant-jet de grande échelle par les dépressions re-
présentées par leur densité d’occurrence au premier instant de localisation au nord du jet
(zones grisées, intervalle : 0.1 trajectoires par mois pour les valeurs supérieures à 0.2). Le
module du vent basse fréquence (périodes plus grandes que 10 jours) barotrope (contours
bleus, intervalle 5 m.s−1 ) et déformation effective associée (plages rouges transparentes,
int : 10−10 s−2 ). Le nombre de trajectoires traversant le jet est 3199 sur la période hivernale
(16 octobre - 15 avril) allant de 1957 à 2002 (données ERA40) sur le domaine atlantique
(100◦ W- 40◦ E, 30◦ N-85◦ N).
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 45
validée que partiellement. Le résultat d’une autre étude statistique, portant cette fois-ci
sur les dépressions de surface et comportant cette notion de suivi de structures est mon-
tré sur la figure 2.5. Ce résultat préliminaire (non encore publié) confirme qu’une région
barotrope critique est une région préférentielle de traversée du courant-jet. En appliquant
l’algorithme de Ayrault (1998) aux données ERA40, nous avons obtenu le suivi temporel
de maxima de tourbillon relatif à 850 hPa par intervalle de 6h. Ceci a permis de définir
une phase de traversée du courant-jet de la manière suivante. Une trajectoire traverse le
jet si il existe deux instants consécutifs pour lesquels le maximum de tourbillon se trouve
au sud du maximum de vent basse fréquence à 300 hPa suivis de deux instants consécutifs
pour lesquels il est au nord. 3199 trajectoires ont été obtenues satisfaisant cette condition
sur 65573 trajectoires traversant le domaine atlantique. Ce petit pourcentage ne doit ce-
pendant pas occulter l’importance de cette traversée. En effet, ce pourcentage de traversée
du courant-jet est très faible par rapport au nombre total des trajectoires détectées par
l’algorithme car celui-ci prend en compte toutes les dépressions, même les plus faibles. Si
seulement les dépressions les plus creuses sont prises en compte, ce pourcentage augmente
considérablement. Par exemple, si on considère les trajectoires dépassant 3 × 10−4 s−1 de
vorticité maximale et traversant le domaine atlantique, on en trouve 164, soit environ une
tous les deux mois. Parmi elles 83 traversent le courant-jet, donc environ la moitié. Les
plages grisées de la figure 2.5 représentent les zones de traversée du jet. On s’aperçoit qu’il
existe deux zones privilégiées ; une dans la zone de maximum du vent barotrope au large
de la côte est des Etats-Unis et une autre au niveau de la zone de diffluence précisément
au niveau d’une région barotrope critique. Les études idéalisées présentées dans la suite
du chapitre proposent une explication pour l’existence de ces deux zones.
Les dépressions connaissent-elles des taux de croissance plus élevés lors de cette phase
particulière de traversée du courant-jet ? Lorsque toutes les trajectoires sont prises en
compte, il est difficile de conclure positivement (résultat non montré) mais lorsqu’on
considère celles qui atteignent les plus fortes amplitudes, la réponse est oui (figure 2.6). La
vorticité maximale connait une phase de croissance plus élevée au moment de la traversée
(entre 6h avant et 12h après) qu’avant la traversée du courant-jet (entre 24h et 6h avant la
traversée) (figure 2.6a). Ces plus fortes pentes au moment de la traversée sont également
visibles sur le minimum de la partie haute fréquence de la fonction de courant (figure
2.6b) et le minimum de la divergence du vecteur Q (courbe noire sur la figure 2.6c). Cette
plus forte croissance ne peut en aucun cas être expliquée par la divergence du vecteur Q
calculé à partir de la composante basse fréquence de l’écoulement (courbe rouge sur la
figure 2.6c). Celle-ci est légèrement plus négative lorsque les dépressions ont déjà croisé
l’axe du jet car les dépressions se trouvent principalement du côté gauche de la zone de
diffluence du jet de grande échelle mais ne peut en aucun cas expliquer les variations de
la divergence du vecteur Q total. Ce résultat permet définitivement d’écarter le rôle joué
par les ascendances formées dans la sortie gauche du courant-jet de grande échelle.
L’étude statistique précédente confirme que : (i) une région barotrope critique est
46 Chapitre 2
une zone privilégiée de traversée du courant-jet par les dépressions, (ii) les dépressions
connaissent une phase de réintensification lors de cette traversée, (iii) environ la moitié
des tempêtes les plus fortes connaissent cette phase de forte croissance et (iv) le mécanisme
associé ne peut pas être attribué à la circulation agéostrophique induite par le courant-jet
de grande échelle. Bien que cette étude statistique ne soit pas encore publiée, elle est
incluse dans le présent chapitre car permet de former un tout cohérent avec les autres
résultats du chapitre déjà publiés.
Les effets linéaires d’étirement que subit une perturbation dans un champ de déforma-
tion ne sont pas les seuls effets qui puissent étirer celle-ci puisque des effets nonlinéaires
peuvent être déterminants. En effet, si on compare l’évolution d’une perturbation cy-
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 47
Fig. 2.7 – Termes de tendance de la vorticité relative dans le cadre de simulations baro-
tropes sur plan f d’une perturbation initialement isotrope évoluant dans un cisaillement
uniforme (colonne de gauche) anticyclonique et (colonne de droite) cyclonique à T=12h.
(a),(b) advection linéaire, (c),(d) advection nonlinéaire et (e),(f) tendance totale (traits
pleins et tiretés pour les valeurs positives et négatives respectivement, intervalle : 2 ×
10−10 s−2 ). Les plages grisées représentent la vorticité de la perturbation (intervalle : 2 ×
10−5 s−1 ). Tiré de Gilet et al. (2009).
48 Chapitre 2
∂ζ 0
= −u.∇ζ 0 − u0 .∇ζ 0 . (2.1)
∂t
Le premier terme de l’équation (2.1) est l’advection linéaire et le second terme l’advec-
tion nonlinéaire. Pour une perturbation cyclonique elliptique, le terme nonlinéaire fait
tourner l’axe de l’ellipse de manière cyclonique (cf. les contours des figures 2.7c-d). Dans
le cas anticyclonique, cet effet de rotation (figure 2.7c) s’annihile avec celui de rotation
anticyclonique dû à l’environnement (figure 2.7a) et la somme des deux tendances tend à
étirer la perturbation selon la première bissectrice (figure 2.7e). Dans le cas cyclonique,
ces deux effets sont similaires et tendent à faire tourner l’axe principal de la perturbation.
Ces simulations sont en accord avec les résultats analytiques de Kida (1981) qui montre
que le taux de rotation de l’axe d’un tourbillon elliptique dépend de la somme de la ro-
tation de l’environnement et de la vorticité moyenne de la perturbation. Vu autrement,
ce critère peut être considéré comme une nouvelle définition du paramètre r de l’équation
(1.11) auquel il faudrait rajouter au numérateur une partie rotative due à la vorticité de
la perturbation dans le cadre nonlinéaire.
Bien que l’étirement d’un tourbillon évoluant dans un cisaillement de signe opposé à
sa vorticité soit bien connu dans le contexte de la dynamique des fluides géophysiques
(Legras et Dritschel 1993), cela ne semble pas être vraiment le cas en météorologie des
moyennes latitudes. Il est bon de rappeler que ce résultat permet de comprendre facilement
certaines propriétés des ondes baroclines. Par exemple, les deux cycles de vie LC1 et LC2
de Thorncroft et al. (1993), qu’on étudiera plus en détails dans le chapitre 3, se distinguent
au niveau des thalwegs des ondes. Dans le cas LC2, les thalwegs restent logiquement
isotropes puisque ce cycle de vie se termine du côté cyclonique du jet tandis que dans le
cas LC1, ils sont fortement étirées car l’onde tend à se déplacer du côté anticyclonique
du jet. Enfin, cette différence d’étirement des perturbations entre LC1 et LC2 pourrait
expliquer le fait que l’énergie cinétique décroît plus vite dans LC1 que dans LC2 puisqu’une
structure plus étirée induit une conversion barotrope plus fortement négative.
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 49
Le déplacement méridien des dépressions de surface n’a jamais fait l’objet d’étude sys-
tématique en météorologie synoptique bien qu’il soit bien connu que celles-ci se déplacent
vers les pôles dans les simulations nonlinéaires aux équations primitives (Simmons et Hos-
kins 1978). En revanche, une multitude d’études de nature analytique ou numérique ont
porté sur l’analyse des trajectoires de tourbillons de toutes sortes dans différents environ-
nements en ayant comme perspective d’application soit les cyclones tropicaux (Holland
1983, Wang et al. 1997), soit les tourbillons océaniques (McWilliams et Flierl 1979, Morel
et McWilliams 1997). Toutes ces études reposent sur la notion de ”beta drift” initialement
introduite par Rossby (1948) et Adem (1956) en étudiant l’équation de vorticité dans un
modèle barotrope non divergent. La tendance de vorticité due au paramètre β est −βv qui
crée pour un tourbillon donné une structure dipolaire appelé ”beta gyres“. Celles-ci sont
responsables d’un déplacement vers l’ouest des tourbillons. Au second ordre en temps, ces
beta gyres advectent le tourbillon initial vers le pôle si c’est un cyclone et vers l’équateur
si c’est un anticyclone. A ma connaissance, la notion de beta drift appliquée à l’étude des
déplacements des tourbillons atmosphériques des moyennes latitudes n’a été introduite
que dans l’article de Gilet et al. (2009) issu de la thèse de Jean-Baptiste Gilet que j’ai co-
encadrée. Ce manque d’intérêt pour ce mécanisme aux moyennes latitudes est sans doute
liée à l’emprise des modes normaux linéaires dans ce domaine de la météorologie dyna-
mique et du très faible nombre d’études considérant une dépression de surface comme un
tourbillon isolée. C’est cette dernière approche qui a pourtant été suivie dans le cadre des
thèses de Jean-Baptiste Gilet et Ludivine Oruba pour mettre en évidence le rôle du beta
drift dans le contexte synoptique des moyennes latitudes et notamment dans la traversée
du courant-jet par les dépressions.
La figure 2.8 représente les résultats de deux simulations barotropes très simples sur
plan β où l’écoulement de base est au repos et qui diffèrent par la structure initiale du
tourbillon cyclonique isolé. En haut, la structure est initialement isotrope tandis qu’en
bas, elle est fortement étirée selon un axe SO-NE. Comme on s’y attend, les deux per-
turbations cycloniques se déplacent vers le nord en raison du ”beta drift”. Celui-ci peut
être appréhendé en analysant les anticyclones qui se sont formés dans chaque simulation à
l’est du cyclone en raison de la dispersion d’énergie vers l’est (la vitesse de groupe est diri-
gée vers l’est pour les ondes de Rossby). Un dipole cyclone-anticyclone selon l’orientation
ouest-est se déplace mutuellement vers le nord car l’anticyclone formé advecte le cyclone
vers le nord et le cyclone advecte l’anticyclone vers le nord également. Plus la dispersion
d’énergie est rapide, plus l’anticyclone sera vite formé et plus rapidement se fera le dépla-
cement vers le nord. On constate effectivement un déplacement plus rapide vers le nord
pour le cas étiré qui possède l’anticyclone le plus fort (comparer les amplitudes des anti-
cyclones sur les figures 2.8b et e). On peut montrer que la structure optimale instantanée
pour disperser l’énergie le plus rapidement possible est la structure étirée latitudinalement.
Mais une perturbation initiale étirée selon l’axe SO-NE voit son axe principal pivoter cy-
50 Chapitre 2
Fig. 2.8 – Comparaison entre les simulations barotropes sans écoulement de base sur
plan β de (a),(b),(c) une perturbation initialement isotrope et (d),(e),(f) une perturbation
initialement étirée. (a),(d) t=0 ; (b),(e) t=15h ; (c),(f) t=30h. Les contours en traits pleins
et traits tiretés représentent respectivement les valeurs positives et négatives de la vorticité
relative. Le trait épais noir représente la trajectoire du cyclone. Tiré de Oruba et al. (2011).
cloniquement par effets nonlinéaires et est donc étirée selon l’axe sud-nord pendant un
certain temps (figure 2.8e) ce qui privilégie la formation de l’anticyclone. Ces simulations
très simples ont donc permis de montrer le lien étroit entre l’anisotropie d’une structure
et son déplacement via sa capacité à disperser l’énergie vers l’est rapidement et à créer
l’anticyclone.
Cadre réaliste
1
1
1
1
Fig. 2.9 – Evolution temporelle d’une perturbation initialement isotrope le long d’un jet
présentant une région barotrope critique (marquée par un triangle vert) à (colonne de
gauche) l’est et (colonne de droite) l’ouest de l’Atlantique. Sont représentés la vorticité
relative perturbée (contours noirs, intervalle : 2.5 × 10−5 s−1 ), la conversion barotrope
(plages colorées, unités : m2 .s−3 ), le module du vent (contours bleus, unités : m.s−1 ), et
les axes de dilatation associées uniquement dans les régions de forte déformation effective.
(a),(b) t=12h, (c),(d) t=24h, (e),(f) t=36h et (g),(h) t=48h. Tiré de Rivière (2008).
isotrope sous forme gaussienne placée à l’entrée d’un courant-jet plutôt zonal, mais spa-
tialement complexe, et maintenu stationnaire par un forçage adéquat tout au long de la
simulation. Les deux simulations diffèrent uniquement par la structure des écoulements
de base qui possèdent des régions barotropes critiques localisés à des endroits différents.
Il s’agit de deux classes de régimes zonaux obtenus à partir de l’algorithme de partition
décrit précédemment et appliqué aux données ERA40. Le cas de droite présente une ré-
gion barotrope critique à l’entrée du courant-jet tandis que le cas de gauche à la sortie du
courant-jet (voir la position des deux triangles verts). Après un jour de simulation (figures
2.9c-d), le cas de droite qui a évolué dans une zone de forte déformation effective présente
une plus forte élongation méridienne que le cas de gauche qui a évolué dans une zone
plutôt neutre en termes de déformation effective. De plus, l’anticyclone du cas de droite
a une amplitude plus importante que celui de gauche ce qui rend le déplacement perpen-
52 Chapitre 2
diculairement au jet plus important dans le cas de droite. Ainsi peut-on voir qu’après
un jour et demi de simulations (figures 2.9e-f), le dipôle a déjà traversé le courant-jet à
droite alors que ce n’est pas le cas encore à gauche ; pour le second, cette traversée a lieu
au niveau de la région barotrope critique entre 36 heures et 48 heures après le début de
la simulation (figures 2.9e et g). On remarque également la régénération barotrope dans
chaque simulation en aval des régions barotropes critiques (plages colorées rouges).
Pour conclure sur le cas barotrope, il y a bien un déplacement perpendiculaire au jet
plus rapide en amont de la région barotrope critique là où la déformation effective est
forte car le tourbillon cyclonique qui est plus étiré latitudinalement disperse plus vite
de l’énergie en aval pour produire plus vite un anticyclone qui l’advecte par la suite de
manière plus efficace perpendiculairement au jet.
Le modèle le plus simple possible pour analyser le beta drift dans un cadre barocline est
le modèle à deux couches (cf. équations (1.1) et (1.2)). La figure 2.10 montre qu’en présence
d’un cisaillement vertical de vent constant (u1 et u2 sont constants tels que u1 > u2 ), la
perturbation du bas ne change pas de latitude pour β = 0 tandis qu’elle se déplace vers le
nord pour β = 3β0 . Pour β = 0, les deux gradients de PV en haut et en bas ont exactement
la même amplitude mais sont de signe opposé (∂q k /∂y = Rd−2 (−1)k−1 (u1 − u2 )) alors que
pour β = 3β0 , la moyenne verticale du gradient de PV est non nul et vaut précisément β.
C’est donc la présence d’une composante barotrope dans le gradient de PV qui permet le
déplacement méridien des perturbations.
L’interprétation est la suivante. La configuration initiale des simulations est similaire
au schéma de la figure 1.5 avec deux anomalies cycloniques placées en quadrature de phase.
Dans le cas β = 0, les gradients de PV étant de même amplitude mais de signe opposé,
l’anomalie du haut disperse de l’énergie en aval avec la même efficacité que l’anomalie
du bas qui elle disperse de l’énergie en amont en raison d’un gradient de PV négatif. Il
y a création d’un anticyclone à l’est de l’anomalie cyclonique d’altitude et à l’ouest de
l’anomalie cyclonique de la couche du bas. Le dipôle d’altitude se déplace vers le nord
et advecte également l’anomalie cyclonique du bas vers le nord. A l’inverse, le dipôle
de la couche du bas a tendance à s’autodéplacer vers le sud et à advecter l’anomalie
cyclonique du haut vers le sud également. Tout étant parfaitement symétrique, il n’y a
pas de déplacement net du système synoptique composé des deux anomalies cycloniques.
On peut éventuellement observer une tendance à tourner de manière cyclonique l’une
autour de l’autre dû au fait que les anomalies cycloniques sont très fortes par rapport aux
anomalies anticycloniques. En revanche, pour β = 3β0 , l’amplitude du gradient de PV du
haut devient plus fort que celui du bas et l’anticyclone du haut se forme ainsi beaucoup
plus vite. Comme le dipôle du haut est plus fort, c’est le déplacement qu’il induit sur
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 53
Fig. 2.10 – Vorticité relative de la perturbation dans la couche du bas du modèle à deux
couches (en rouge) et la trajectoire associée (trait noir) après une simulation de 60 heures
dans un environnement barocliniquement instable (cisaillement vertical constant) pour (a)
β = 0 et (b) β = 3β0 . La perturbation initiale est constituée de deux anomalies isotropes
localisées dans les deux couches et favorablement configurées pour interagir de manière
barocline. Tiré de Gilet et al. (2009).
lui-même et sur l’anomalie cyclonique du bas qui l’emporte par rapport au déplacement
induit par le dipôle du bas. La tendance nette est donc un déplacement vers le nord pour
les anomalies cycloniques du bas et du haut.
Les simulations très simples de la figure 2.10 montrent que le paramètre clé pour le
déplacement d’une dépression de surface vers le nord est le gradient barotrope de PV.
Ceci est confirmé par les simulations de la figure 2.11 ; bien que ces simulations soient
effectuées sur plan f , il existe un gradient barotrope de PV en raison du gradient de
vorticité relative lié à la présence d’un jet localisé (−∂ 2 u1 /∂y 2 et −∂ 2 u2 /∂y 2 sont tous
les deux positifs dans les deux simulations de la figure 2.11) ; c’est ce qu’on appelle le
beta effectif. La différence entre les deux simulations réside dans l’intensité de la partie
barotrope du jet, c’est-à-dire du beta effectif. Le but des deux simulations est d’estimer
l’impact de ce jet barotrope dans le déplacement méridien d’un système synoptique se
trouvant initialement au sud du courant-jet. Dans ces deux simulations nonlinéaires du
modèle, les dépressions de surface se déplacent vers le nord alors que dans des simulations
linéaires avec les mêmes conditions initiales, il y a maintien des structures plus ou moins
à la même latitude. Ceci confirme une fois de plus le rôle clé joué par les nonlinéarités.
De plus, dans le cas du jet barotrope plus fort (figures 2.11a-d), le déplacement vers le
nord est beaucoup plus important que dans le cas du jet barotrope plus faible (figures
2.11e-h). Il y a même une traversée nette du courant-jet par la dépression de surface dans
le premier cas au bout de 36h alors que dans le second cas, la traversée n’a pas lieu.
L’interprétation en termes de dispersion d’énergie en aval dans la couche du haut est
confortée par ces simulations. Dans la couche du haut, l’anticyclone qui se forme en aval du
cyclone a une plus forte amplitude dans le cas du jet barotrope plus fort que dans l’autre
cas (non montré ici). C’est donc bien la présence du dipôle d’altitude qui, en fonction de
54 Chapitre 2
son amplitude, advecte plus ou moins rapidement l’anomalie de surface vers le nord.
Les conclusions des simulations idéalisées ont été confirmées dans le cadre de simula-
tions de la tempête Xinthia (26-28 février 2010) à partir du modèle opérationnel ARPEGE
de Météo-France. Dans un premier temps, il a fallu reproduire le scénario de la tempête
elle-même ; sa trajectoire ainsi que son creusement lors de la traversée du courant-jet sont
assez bien reproduits par le modèle ARPEGE quand il est initialisé avec l’analyse opéra-
tionnelle du 26 février à 6h (courbes noires sur les figures 2.12). Dans le but de supprimer
ou d’ajouter une composante barotrope au courant-jet de grande échelle le long duquel
a évolué la tempête, l’algorithme d’inversion de PV développé initialement par Arbogast
(1998) dans sa thèse et qui a connu un certain nombre d’améliorations depuis (Arbogast
et al. 2008) a été utilisé. Après calcul du PV basse fréquence, deux tests de sensibilité
ont été effectués en ajoutant et supprimant 25% du PV basse fréquence calculé à 300
hPa sur tous les niveaux de la troposphère. Cela équivaut à intensifier et à réduire le jet
barotrope respectivement. Plus le jet barotrope est renforcé, plus vite se fait l’advection
le long de l’écoulement basse fréquence. Ce résultat logique est montré sur la figure 2.12c.
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 55
En revanche, ce qui est beaucoup moins trivial et fait appel au mécanisme précédent du
beta drift généralisé dans le cadre barocline, c’est que le déplacement perpendiculairement
au jet est plus rapide dans le cas d’un jet barotrope plus fort (figure 2.12d). Ainsi, la dé-
pression de surface croise le jet plus rapidement dans un jet barotrope renforcé et connait
une phase de renforcement plus rapidement (figure 2.12b). Il s’avère également que l’an-
ticyclone d’altitude se situant juste en aval de Xinthia a une amplitude plus importante
dans le cas du jet barotrope renforcé.
Pour conclure, le moteur de la traversée du courant-jet par une dépression est l’am-
plitude de la composante barotrope du jet et le mécanisme associé fait appel à la généra-
lisation du beta drift dans le cas barocline. Il est donc logique de voir un premier pic de
densité de traversée dans la zone où le jet barotrope atteint son maximum (figure 2.5). Et
ce sont les effets combinés de la déformation effective et du beta drift qui expliquent les
zones préférentielles de traversée du courant-jet par les dépressions de surface au niveau
des régions barotropes critiques (second pic de la figure 2.5) car ce sont les perturbations
cycloniques les plus étirées latitudinalement qui dispersent le plus efficacement l’énergie en
56 Chapitre 2
avec α = 2.5 × 10−5 s−1 . Les cisaillements horizontaux sont deux fois plus faibles dans
la couches du bas que dans celle du haut pour se rapprocher d’une configuration réelle.
De plus, dans la couche du haut, le taux de déformation horizontale σ est choisi de même
amplitude que la baroclinie Nf ∂u
∂z
. La perturbation initiale est ici encore composée de deux
anomalies tourbillonnaires cycloniques formant une pente verticale vers l’ouest.
Considérons le cas β = 0 et d’un cisaillement anticyclonique (figure 2.13a) ; la conver-
sion barocline interne (courbe rouge) reste importante au cours du temps et fluctue peu
car le déphasage entre l’anomalie d’altitude et celle de basses couches se maintient avec le
temps. En revanche, la conversion barotrope (courbe bleue) décroît avec le temps car il y a
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 57
Considérons les deux cas où β = 2β0 (figures 2.13c-d). La différence majeure pro-
vient du transfert verticale d’énergie par les flux verticaux de géopotentiel dont la ten-
dance (courbe verte) est fortement négative. Ceci peut facilement s’interpréter en écrivant
l’équation omega (1.3) dans le modèle à deux couches en présence de β :
Rd−1
2
(∇ − 2Rd−2 )(Rd−1 sω1−2 ) = −2 ∇.Q − Rd−2 β(v1 − v2 ), (2.4)
s
où
1 ∂u1 + u2 1 ∂u1 + u2
Q = (Qx , Qy ) = −Rd−1 s .∇(ψ1 − ψ2 ), .∇(ψ1 − ψ2 ) , (2.5)
2 ∂x 2 ∂y
et ω1−2 désigne la vitesse omega à l’interface entre les deux couches. Juste au dessus de la
dépression de surface v10 − v20 > 0, donc le second terme du membre de droite de l’équation
(2.4) est négatif, ce qui signifie qu’il réduit l’ascendance au dessus de la dépression de
surface et donc atténue l’amplification de la dépression de surface. A l’inverse, ce même
terme étant négatif au dessous du thalweg d’altitude, il tend à renforcer celui-ci. Il est
donc logique que le terme de redistribution verticale d’énergie soit négatif dans la couche
du bas et positif dans la couche du haut. Il est bien connu de manière générale que β a
un effet stabilisateur dans l’instabilité modale (Vallis, ed 2006) et non modale (Rivière
et al. 2001). En revanche, l’asymétrie entre les couches du haut et du bas ne semble pas
avoir été décrite dans la littérature. Celle-ci peut être interprétée qualitativement de la
manière suivante. En présence de β, l’asymétrie entre les gradients de PV en haut et
en bas apparaît ce qui pousse à disperser de l’énergie horizontalement plus vite en haut
qu’en bas. Par compensation, la couche du bas a tendance à redistribuer de l’énergie vers
la couche du haut. Lorsqu’on compare les cas cyclonique et anticyclonique en présence
de β, on s’aperçoit que ce terme de redistribution verticale est un puits plus important
d’énergie pour le cas anticyclonique. Ceci est logique car la perturbation étant plus étirée,
les vitesses méridiennes y sont plus fortes que dans le cas cyclonique et le second terme
du membre de droite de l’équation (2.4) est plus fort ce qui crée des ascendances moins
fortes au dessus du tourbillon de surface. Dans les premières 24 heures de simulation,
le taux de croissance de l’énergie cinétique du cas cyclonique est au moins deux fois
supérieur au cas anticyclonique (courbes noires sur les figures 2.13c-d) en raison de ce
terme de redistribution verticale et légèrement à cause de la conversion barocline interne.
Au delà de 30 heures, la situation change beaucoup mais on n’est plus sûr de traiter
l’énergie cinétique de la même anomalie cyclonique car il y a eu dispersion d’énergie avec
la formation de nouveaux thalwegs. Si en revanche, on revient au cas β = 0, la différence de
développement entre les deux types de cisaillement est beaucoup moins nette. Même si il
manque encore une validité sur toute une gamme de paramètres, le cisaillement cyclonique
semble donc être beaucoup plus cyclogénétique que le cisaillement anticyclonique.
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 59
Le même bilan énergétique a été effectué dans la couche du bas pour la simulation qui
présente une traversée de courant-jet (cas des figures 2.11a-c) et est montré sur la figure
2.14. On remarque deux pics dans le taux de croissance de l’énergie cinétique, un avant la
traversée du jet et un autre après la traversée. On peut montrer en termes de fonction de
courant de la perturbation que son creusement est même beaucoup plus rapide lors de la
seconde phase que lors de la première. Le second pic est dû essentiellement à un rapide arrêt
de la perte d’énergie due à la redistribution verticale et est en quelque sorte un scénario
proche du cas du cisaillement cyclonique de la figure 2.13d vers 15h. Cette remontée
du terme de redistribution verticale est similaire à celui diagnostiqué pour la POI17 de
FASTEX. En revanche, la conversion barotrope joue un rôle mineur dans la phase de
réintensification du cas idéalisé alors qu’elle jouait un rôle important pour le cas réel
même si le caractère négatif, neutre puis négatif (courbe bleue) est similaire à la séquence
en trois étapes dilatation-contraction-dilatation. Peut-être est-ce dû au fait que dans le
cas présent, la déformation effective est nulle, ce qui limite l’impact des effets barotropes.
En d’autres termes, on est capable de reproduire en grande partie le scénario énergétique
de la POI17 de FASTEX dans ce cas idéalisé à part peut-être au niveau des conversions
barotropes qui sont ici négligeables. Le travail de thèse de Ludivine Oruba consiste à
introduire des courants-jets avec des méandres qui présentent des champs de déformation
effective non triviaux et accordent un rôle plus important aux effets barotropes.
60 Chapitre 2
Deux conclusions dès lors s’imposent pour mettre en perspective les résultats précé-
dents par rapport à la littérature :
– Il est possible de reproduire une traversée de courant-jet par une dépression de
surface dans un cadre très idéalisé de jet purement zonal, c’est-à-dire sans circula-
tion agéostrophique transverse. L’analogie avec le mécanisme des rapides de jet de
Uccelini (1990) est donc forcément excluse.
– Même si une composante barotrope de jet tend à stabiliser la croissance linéaire
des perturbations baroclines (James 1987), dans le cas nonlinéaire, il est le moteur
d’une future réintensification de la dépression quand elle sera du côté cyclonique du
jet. Ainsi tant les simulations idéalisées que les simulations de Xinthia ont montré
qu’un renforcement du jet barotrope ne faisait pas décroître l’intensité de la phase
de forte croissance des dépressions, loin s’en faut.
x 1e−4
10
9
RELATIVE VORTICITY (1/s)
2
25 06H 12H 18H 26 00H 06H 12H 18H 27 00H
TIME EVOLUTION (day + hours)
Fig. 2.15 – Evolution temporelle du maximum de vorticité relative à 850 hPa pour la
simulation de contrôle de la tempête Lothar du 26 décembre 1999 (courbe avec le signe
◦), la simulation adiabatique, c’est-à-dire sans processus humides et sans effets dissipatifs
(courbe avec le signe •) et la simulation sans processus humides (courbe avec le signe ⊕).
Tiré de Rivière et al. (2010b).
Les sections précédentes ont montré que l’environnement de grande échelle avec toutes
ses inhomogénéités spatiales modulait les différentes conversions d’énergie et permettait
d’expliquer le cycle de vie parfois complexe de certaines dépressions. Même si les effets
diabatiques jouent un rôle amplificateur des phases de forte croissance, peuvent-ils avoir
un rôle dans la localisation de ces phases ou dit autrement un rôle déclencheur ? Afin
d’aborder cette question, trois simulations ont été effectuées pour le cas de la première
tempête de décembre 1999 appelée Lothar, une avec toute la physique du modèle (le run
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 61
de contrôle), une où les processsus humides et notamment les effets de condensation ont
été supprimés, et l’autre purement adiabatique où à la fois les processus humides et les
processus disssipatifs liés à la friction ont été supprimés. L’évolution du maximum de
vorticité à 850 hPa pour ces trois simulations est montrée sur la figure 2.15. Dans le
cas de contrôle, du 25/12 à 06h au 26/12 à 00h, la vorticité reste constante puis croît
de manière abrupte au moment où elle se trouve au large de la France. Comme cela
a été suggéré au début du chapitre, cette explosivité est liée à l’apparition d’une zone
beaucoup plus favorable pour la croissance de la dépression (cf. figure 2.3). Le cas sans
processus humides ne présente aucune phase de croissance montrant ainsi le rôle crucial
des processus humides comme l’avaient déjà décrit Wernli et al. (2002). Cependant, le
cas adiabatique présente un scénario très proche du cas de contrôle ce qui montre que les
processus humides ne font que compenser les effets dissipatifs et ne sont pas à l’origine
d’un scénario bien différent au niveau de la phase de forte croissance (Rivière et al. 2010b).
Dit autrement, les processus humides sont essentiels pour compenser la dissipation mais la
phase de croissance explosive peut simplement s’interpréter sans les processus diabatiques
par interaction barocline entre le courant-jet d’altitude et la dépression de surface. Cela
conforte l’idée selon laquelle on peut continuer à exploiter les modèles simples à dynamique
sèche pour comprendre certaines phases des tempêtes réelles.
Fig. 2.16 – Comparaison entre l’évolution de l’énergie cinétique perturbée (en bleu) pour
(colonne de gauche) le cas de la tempête Klaus et (colonne de droite) le cas d’une per-
turbation issue d’une simulation idéalisée du modèle QG à deux couches. La simulation
idéalisée est similaire au cas des figures 2.11 et 2.14 et consiste à initialiser une pertur-
bation cyclonique isotrope au sud du courant-jet. (a),(c),(e),(g) position du maximum
de vorticité relative associée à Klaus (diamant noir), module du vent haute fréquence
(contours bleus, intervalle : 5 m.s−1 ) et module du vent basse fréquence (plages colorées).
(b),(d),(f),(h) module du vent de la perturbation (contours bleus, intervalle : 5 m.s−1 )
et module du vent de l’écoulement de base (plages colorées, même intervalle que sur la
colonne de gauche).
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 63
par rapport à l’environnement de grande échelle. Ces résultats préliminaires sur les effets
internes à la dépression mais liés à la dynamique sèche QG feront l’objet de publications
à venir.
Avant d’approfondir à l’avenir certains aspects de méso-échelle qui aboutissent à la
formation de forts vents comme les sting jets par exemple, il est important d’avoir une
connaissance complète des effets purement quasi-géostrophiques qui asymétrise la réparti-
tion de l’énergie cinétique au sein des tempêtes. Les mécanismes mis en jeu dans ce cadre
simple me semblent être une étape nécessaire avant d’approcher des phénomènes de plus
petite échelle.
a. b.
c. d.
-5
-0.2000 10
-5
-0.2000 10
-5
e.
10
f.
-0.2000
-5
-5 -5
0
10 10 01
00
0 000 00
-0.2 -0.2 -0.2
-5
-0.2000 10
-5
-5
00 10
-0.20 10
000
-5
-0.2
10
-0.2000
Fig. 2.17 – Evolution temporelle (t=0, 12, 24h) des anomalies haute fréquence de PV
(la partie basse fréquence du PV de l’analyse opérationnelle a été soustraite) à 300 hPa
(contours rouges, traits pleins et tiretés pour les valeurs positives et négatives respective-
ment ; intervalle : 1PVU), de la vorticité relative à 850 hPa (contours bleus ; intervalle : 8
× 10−5 s−1 ) pour (colonne de gauche) la simulation de contrôle de la tempête Lothar et
(colonne de droite) la simulation dans laquelle l’anomalie dipolaire d’altitude a été sous-
traite à l’instant initial grâce à l’outil d’inversion de PV. La partie basse fréquence du PV
à 300hPa est représentée par les contours noirs fins (intervalle : 1PVU). Tiré de Rivière
et al. (2010b).
0.0007 0.0007
0.0006 0.0006
0.0005 0.0005
0.0004 0.0004
0.0003 0.0003
0.0002 0.0002
25 06H 12H 18H 26 00H 06H 12H 18H 27 00H 06H 25 06H 12H 18H 26 00H 06H 12H 18H 27 00H 06H
TIME EVOLUTION (day + hours) TIME EVOLUTION (day + hours)
qui a le plus de chances de devenir une tempête est celle qui est moins étirée et plus proche
du courant-jet. Ces résultats sont cohérents avec la différence entre Martin et Lothar.
Martin est un système plus faible, plus étiré au milieu de l’Atlantique et son devenir en
tempête n’est pas possible sans anomalie d’altitude (Hello et Arbogast 2004), tandis que
Lothar qui est beaucoup plus cohérent et développé au milieu de l’Atlantique n’a pas
besoin d’anomalie d’altitude préexistente pour devenir une tempête.
Enfin, il est curieux de noter comment un changement de latitude d’un degré et demi
seulement peut changer du tout au tout l’évolution de la dépression. Cette plus forte
sensibilité aux basses couches pose un problème de prévision important car les observations
de ces systèmes des basses couches sont peu nombreuses au milieu de l’océan. Ces systèmes
sont également souvent sous les nuages et donc difficilement représentés par les données
satellitaires.
2.6 Synthèse
Bien que les phases matures des dépressions soient dominées par l’interaction baro-
cline, celle-ci ne se produit pas forcément dans la zone de plus forte baroclinie, notamment
en ce qui concerne les tempêtes européennes. D’autres inhomogénéités spatiales de l’écou-
66 Chapitre 2
lement de grande échelle doivent être prises en compte pour identifier les phases de forte
croissance. La déformation effective, qui est une quantité qui reflète les structures fines de
l’écoulement de grande échelle invisibles par des champs classiques comme le géopotentiel
et le vent, a permis d’identifier les zones privilégiées de la traversée de l’axe du courant-jet
par les dépressions. Cette phase correspond dans de nombreux cas à une seconde phase de
croissance pour les dépressions, elle est souvent explosive, et aboutit au caractère tempé-
tueux de la dépression. Elle se produit pour environ la moitié des plus fortes dépressions de
l’Atlantique Nord. Les résultats obtenus à partir d’une hiérarchie de modèles et d’études
de cas sont les suivants :
– Les régions barotropes critiques sont des régions préférentielles de traversée du
courant-jet par les dépressions.
– Le mécanisme de traversée est liée à une généralisation du beta drift dans le cas
barocline et dont le moteur est le gradient de PV moyenné sur toute la troposphère.
Plus ce gradient est fort, plus le développement en aval est important, et plus vite se
forme le dipôle d’altitude cyclone-anticyclone au dessus de la dépression de surface
qui l’advecte ensuite perpendiculairement au jet. Cet effet est d’autant plus impor-
tant que les structures sont étirées latitudinalement ce qui rend le mécanisme plus
efficace aux abords d’une région barotrope critique et explique que celle-ci soit une
zone privilégiée de traversée.
– Les dépressions connaissent une réintensification importante légèrement après la
traversée de l’axe du jet.
– Le côté cyclonique du jet est plus cyclogénétique que le côté anticyclonique et expli-
querait en grande partie cette réintensification. D’un point de vue énergétique, ceci
provient de la somme de la conversion interne et du terme de redistribution verticale
d’énergie qui est également le produit entre la fonction de courant perturbée et la
divergence du vent perturbée. Une interprétation qualitative de la bonne corrélation
entre ces deux termes du côté cyclonique du jet reste à trouver.
– La conversion barotrope peut dans certains cas participer à la réintensification au
moment de la contraction de la structure lorsqu’elle traverse le jet mais semble ne
pas être le terme prépondérant en général.
Les simulations idéalisées décrites précédemment ont considéré un cadre QG où il
n’y a pas de décalage latitudinal entre le jet des basses couches et celui d’altitude. En
aucun cas, nous nous sommes donc placés dans le cadre particulier de l’environnement de
grande échelle de décembre 1999 ou décembre 2004, et nous n’avons pas reproduit jusqu’à
présent une région barocline critique dans un cadre idéalisé. En revanche, il est possible
d’approcher le problème dans le cadre de l’approximation semi-géostrophique (Hoskins
1975) pour laquelle les équilibres associés produisent naturellement un tel décalage. Un
modèle semi-géostrophique à tourbillon uniforme a été codé lors du stage de master de
Maiwenn Perrin en 2008 et sera utilisé pour de futures recherches. Comme l’a montré
la simulation adiabatique d’ARPEGE dans le cadre de la tempête Lothar, il n’est pas
Dynamique des dépressions matures des latitudes tempérées 67
3.1 Introduction
La rétroaction des ondes de Rossby sur l’écoulement atmosphérique de grande échelle,
et notamment sur l’accélération du vent zonal, a fait l’objet d’innombrables publications
depuis les travaux pionniers de Eliassen et Palm (1961) et Charney et Drazin (1961).
Qu’il s’agisse d’étudier la rétroaction des ondes planétaires dans la stratosphère ou des
ondes synoptiques dans la troposphère, la méthodologie employée repose essentiellement
sur les flux d’Eliassen-Palm, ou d’autres flux non linéaires liés au transport de différentes
quantités par les ondes. Malgré un effort de recherche important sur cette thématique
depuis un demi siècle, de nombreuses questions se posent encore concernant la rétroaction
des ondes baroclines sur la circulation générale de l’atmosphère et en particulier sur sa
variabilité basse fréquence. Dans les années 80-90, de nombreuses études ont montré que
les transitoires synoptiques s’organisaient en fonction de la structure de l’écoulement de
grande échelle de façon à augmenter la persistence des anomalies de grande échelle et
donc formaient une rétroaction positive. Cela a été démontré dans des modèles simples
quasi-géostrophiques barotrope (Shutts 1983), barocline (Vautard et Legras 1988), dans
69
70 Chapitre 3
des simulations de GCMs (Branstator 1992, Branstator 1995), sur des études de cas réels
notamment de blocage (Illari et Marshall 1983, Shutts 1986), ou encore sur des compo-
sites de diverses anomalies basse fréquence (Lau 1988). Parallèlement, des études un peu
moins nombreuses ont montré que la formation de dépressions de fortes amplitudes pou-
vait être à l’origine d’un changement de régimes. Sanders et Gyakum (1980) et Colucci
(1985) montrent des cas de blocages initiés par des cyclogenèses explosives qui en aval ont
tendance à former de fortes dorsales et ainsi favoriser le blocage. Ce constat sur quelques
cas particuliers est conforté théoriquement et numériquement par les travaux de Reinhold
et Pierrehumbert (1982) et Reinhold et Yang (1993) qui montrent que tant que les ondes
synoptiques ont des amplitudes modérées, celles-ci maintiennent le régime en place tandis
que si elles sont explosives elles peuvent permettre la transition vers un autre régime.
Cependant, cette idée ne semble pas avoir été prouvée d’un point de vue statistique sur
les observations. Plus récemment, les études sur la rétroaction des rails des dépressions
se sont focalisées sur la notion de déferlement d’onde et sur deux cycles de vie opposés
d’ondes baroclines, notés LC1 et LC2 (Thorncroft et al. 1993), qui se terminent par un
déferlement anticyclonique et un déplacement du jet vers les pôles dans le premier cas et
un déferlement cyclonique et un déplacement du jet vers l’équateur dans le second cas.
Même si ces deux déferlements sont intrinsèquement liés à des orientations différentes des
flux d’Eliassen-Palm, cette vision plus phénoménologique et moins mathématique que les
flux d’Eliassen-Palm a permis de faire avancer notre connaissance des fluctuations basse
fréquence de l’atmosphère comme cela est rappelé dans le chapitre 4. Après une revue des
différentes visions de la rétroaction synoptique sur la grande échelle, le présent chapitre
est dédié aux facteurs qui influencent les deux types de déferlement ce qui nous permettra
de revisiter sous un nouvel angle la rétroaction positive du rail des dépressions évoquée
précédemment ainsi que la possibilité pour certaines ondes de déclencher une transition.
linéaire et WKBJ, ces flux sont colinéaires à la vitesse de groupe. Bien que l’impact des flux
d’Eliassen-Palm sur le vent zonal moyen ait été évoqué déjà par Charney et Drazin (1961),
les équations transformées développées par Andrews et McIntyre (1976) permettent de le
voir plus facilement. Les équations QG sur plan β en coordonnées isobares et en moyenne
zonale peuvent s’écrire ainsi
∂[u]
= f0 [v] − [u0 v 0 ]y + [F],
∂t
f0 [u]p = h[θ]y ,
[v]y + [ω]p = 0,
∂[θ] s2
= [ω] − [v 0 θ0 ]y + [L], (3.2)
∂t h
où [F] et [L] représentent respectivement les effets diabatiques dans les équations du
mouvement zonal et thermodynamique. A partir de (3.2), on obtient aisément les équations
transformées
∂[u]
= f0 [v]r + ∇.F + [F],
∂t
f0 [u]p = h[θ]y ,
[v]ry + [ω]rp = 0,
∂[θ] s2
= [ω]r + [L], (3.3)
∂t h
en définissant les vitesses résiduelles ainsi
h ∗ ∗
[v]r = [v] + [ v θ ]p , (3.4)
s2
h
[ω]r = [ω] − [ 2 v ∗ θ∗ ]y . (3.5)
s
Dans les équations dites transformées, le forçage produit par les ondes sur l’écoulement
moyen se réduit à un unique terme, celui de la divergence des flux d’Eliassen-Palm. Les
vitesses [v]r et [ω]r sont appelées résiduelles car elles sont la somme de termes de signes
opposées. En revanche, cela ne veut pas nécessairement dire qu’elles sont de plus petite
amplitude que les vitesses [v] et [ω] respectivement. On peut facilement montrer (point
(ii)) que
[v ∗ q ∗ ] = ∇.F, (3.6)
où q ∗ = vx∗ − u∗y − ∂p ( fs02h θ∗ ) est le PV perturbé. En linéarisant l’équation de PV, on obtient
l’expression décrivant le point (iii) :
a.
b.
c.
Fig. 3.1 – (a) tendance climatologique du vent zonal liée aux ondes (résolution de l’équa-
tion (3.9) en sphériques, intervalle : 0.5 × 10−5 m s−2 ), (b) convergence des flux de quantité
de mouvement (intervalle : 0.5 × 10−5 m s−2 ) et (c) divergence des flux d’Eliassen-Palm
(intervalle : 2 × 10−5 m s−2 ). Tiré de Pfeffer (1987).
que le lien entre ∇.F et [u]t soit largement non trivial et la correspondance de signe soit
largement non vérifiée, notamment dans la troposphère. Pfeffer montre l’importance des
non homogénéités spatiales de cet opérateur en raison du paramètre de stratification s et
du paramètre de Coriolis qui, tous les deux dans le cadre général, varient dans l’espace. Il
montre en particulier que bien que ∂Fp /∂p (i.e. la composante verticale de la divergence)
soit bien plus forte que ∂Fy /∂y (i.e. la composante horizontale de la divergence), elle n’a
qu’un effet mineur sur l’accélération du vent zonal. En effet, ce terme qui est lié aux flux
méridiens de chaleur sont élevés près de la surface dans une zone où s est faible alors que
les flux de quantité de mouvement sont eux maximum en haut de la troposphère là où
s est fort. En inversant l’opérateur elliptique du membre de gauche de (3.9), l’effet des
flux de chaleur devient ainsi petit par rapport à celui des flux de quantité de mouvement.
La divergence des flux de quantité de mouvement (figure 3.1b) s’avère d’ailleurs un bon
indicateur du forçage imposé au vent zonal moyen par les ondes dans la troposphère (figure
3.1a) alors que la divergence des flux d’Eliassen-Palm ne l’est pas (figure 3.1c). Cela a
été démontré sur les tendances climatologiques (Pfeffer 1987) ainsi que sur des périodes
courtes dans le temps (Pfeffer 1992).
Malgré cette non corrélation entre la divergence des flux d’Eliassen-Palm et l’accélé-
ration du vent zonal, il n’en reste pas moins vrai que cette divergence reste pertinente car
elle rassemble le forçage des ondes en un terme unique qui, via l’inversion de l’opérateur
elliptique de l’équation (3.9), influence le vent zonal. D’autre part, les flux d’Eliassen-Palm
donnent une bonne indication de la direction de propagation des ondes, avec essentielle-
ment deux caractéristiques principales pour les ondes synoptiques ; F est orienté de bas
en haut dans la basse et moyenne troposphère en raison de l’orientation vers les pôles
des flux de chaleur. Une fois que l’énergie parvient en haut de la troposphère, celle-ci se
propage essentiellement vers l’équateur où les ondes tendent à déferler avant d’atteindre
la latitude critique pour laquelle la vitesse de phase est égale au vent zonal (Randel et
Held 1991).
L’une des limitations des flux d’Eliassen-Palm est qu’ils reposent sur des moyennes
zonales circumpolaires et ne permettent pas d’analyser la propagation des ondes le long
d’écoulements de base variant zonalement. Différents vecteurs ont été introduits par diffé-
rents auteurs dans les années 80 (Hoskins et al. 1983, Plumb 1986, Trenberth 1986) pour
représenter cette fluctuation le long de la direction zonale, qu’on appellera de manière gé-
nérale les flux d’Eliassen-Palm locaux, et qui reposent sur une définition de l’écoulement
de base en moyenne temporelle et non plus en moyenne zonale. En fonction des différentes
approximations ou équations adoptées et des différents objectifs poursuivis (certains au-
teurs se focalisent plus sur la rétroaction sur l’écoulement moyen tandis que d’autres sur
la recherche d’une équation de conservation de l’activité de l’onde), différents vecteurs
peuvent être ainsi obtenus. A noter enfin le travail relativement récent de Takaya et Na-
kamura (2001) qui définissent une activité de l’onde et un flux associé qui ne dépendent
pas de la phase de l’onde contrairement aux autres quantités et qui peut être intéressant
74 Chapitre 3
pour étudier la propagation d’ondes évoluant rapidement, donc des ondes synoptiques en
particulier.
Fig. 3.3 – Fréquences d’occurrence des déferlements cyclonique (bleu : int : 0.05 day−1
pour des valeurs supérieures à 0.1 day−1 ) et anticyclonique (rouge : int : 0.05 day−1 pour
des valeurs supérieures à 0.1 day−1 ) et vent zonal (plages grisées ; int : 10 m s−1 pour
des valeurs supérieures à 20 m s−1 ) moyennés sur les isentropes 300K, 315K, 330K et
350K. Période Décembre-Janvier-Février (DJF) de 1957 à 2002 (Données ERA40). Tiré
de Michel et Rivière (2011).
contour qui a l’orientation inverse est considéré comme une zone de déferlement. Si sur
les premiers points de ce segment, l’orientation est SE-NO, la zone est considérée comme
un déferlement cyclonique (points bleus sur la figure 3.2) et si celle-ci est NE-SO alors
c’est un déferlement anticyclonique (points rouges sur la figure 3.2). Ainsi l’algorithme
repose-t-il sur des considérations géométriques sans aucune considération sur les échelles
spatiales et temporelles. Pour tracer des fréquences de déferlement en chaque point de
l’espace, on définit d’abord deux fonctions βa et βc dépendant de l’espace et du temps.
Celles-ci valent respectivement 1 en chaque point de l’espace se trouvant au voisinage d’un
segment anticyclonique et cyclonique et 0 dans le cas contraire. Les moyennes temporelles
de βa et βc constituent les fréquences de déferlement cyclonique et anticyclonique.
La figure 3.3 représente la climatologie hivernale dans l’hémisphère nord des déferle-
ments cyclonique et anticyclonique obtenue à partir des données ERA40. On s’aperçoit
que dans l’Atlantique, le déferlement anticyclonique domine alors que dans le Pacifique
c’est le cas contraire. Ces statistiques décrites dans Michel et Rivière (2011) sont très
similaires à celles obtenues par Strong et Magnusdottir (2008).
76 Chapitre 3
0.00012
2
001
0.0
0.00008
0.00008
12
00
0.0
0.00008 0.00008
8
0.0000
0.0001 0.00012
2
0.00008 0.00008
0.00012
0.00012
0.00008 0.00008
0.00012
0.00012
0.00008 0.00008
Dans le but de documenter les caractéristiques des deux types de déferlements, des
composites sur les déferlements se produisant dans l’Atlantique sont représentés sur la
figure 3.4. Comme les déferlements se sont produits à différents endroits, une translation
systématique sur les champs a été effectuée pour qu’ils soient centrés et moyennés sur la
zone de déferlement. Enfin, le composite représenté sur la figure est lui-même centré sur
le barycentre de tous les déferlements détectés. Le composite du déferlement cyclonique
est précédé d’un courant-jet atlantique principal plus au sud que d’habitude (figure 3.4a),
celui-ci est accéléré et maintenu au sud à l’issue du déferlement (figure 3.4i) tandis qu’au
niveau de la zone de déferlement les vents d’ouest sont fortement décélérés. A l’inverse,
avant le déferlement anticyclonique, le jet atlantique possède une orientation SO-NE (fi-
gure 3.4b) qui est accentuée après le déferlement (figure 3.4j). On remarque également
une intensification du jet subtropical africain pendant le déferlement anticyclonique.
a. b.
c. d.
0.00008
e. f.
Fig. 3.5 – Tendances du vent zonal à l’instant du déferlement (T=0 days) pour les deux
composites de la figure 3.4 (plages colorées ; int : 2 10−5 m s−2 ; bleu et rouge pour les
valeurs négative et positive respectivement). (a) vecteur E cos ϕ (flèches turquoises) et sa
divergence cos1 ϕ ∇.(E cos ϕ), (b) composante latitudinale de la divergence cos1 ϕ ∇.(E cos ϕ)
(i.e. la convergence des flux de quantité de mouvement cos12 ϕ ∂y (u0 v 0 cos2 ϕ)), (c) conver-
gence des flux de quantité de mouvement de la composante haute fréquence de l’écoule-
ment cos12 ϕ ∂y (uH vH cos2 ϕ). L’intervalle des contours noirs est 4 10−5 m s−2 .
Sur les figures 3.5a-b, est représenté le vecteur E ≡ 12 (v 02 − u02 ), −u0 v 0 de Trenberth
(1986) qui est proportionel à la vitesse de groupe relative Cg −u. L’orientation des vecteurs
E indique qu’il y a propagation des ondes vers les pôles pour le déferlement cyclonique
78 Chapitre 3
ment moyen.
– Le déferlement crée des anomalies tripolaires (accélération - décélération - accéléra-
tion) au niveau des tendances du vent (cf. figure 3.5) dont certaines caractéristiques
ne sont pas capturées par les flux de quantité de mouvement. Par exemple, la zone
d’accélération du jet subtropical africain pour le déferlement anticyclonique n’est
pas liée à une divergence des flux de quantité de mouvement.
En revanche, d’un point de vue quantitatif, le calcul de la divergence des flux nonlinéaires
de différentes quantités ondulatoires reste nécessaire. En d’autres termes, ce diagnostique
de déferlement est complémentaire des flux d’Eliassen-Palm et autres dérivés mais ne le
remplace pas.
Pour mieux comprendre l’interaction entre les rails des dépressions et la circulation
générale de l’atmosphère aux latitudes tempérées, il s’avère dès lors nécessaire d’identifier
les facteurs qui influencent les deux types d’inclinaison des ondes (i.e., cyclonique et anti-
cyclonique) et qui amènent aux deux types de déferlement lorsque les ondes atteignent de
larges amplitudes. Depuis la fin des années 1970 (Gall 1976, Simmons et Hoskins 1978),
l’étude du cycle de vie des modes normaux instables a connu un grand succès et a per-
mis de détailler les différentes asymétries favorisant l’une ou l’autre inclinaison des ondes
et amenant à différentes orientations des flux de quantité de mouvement. La procédure
consiste à analyser d’abord la structure des modes normaux instables puis à étudier leur
évolution nonlinéaire en fonction de différents paramètres. Ainsi, la plupart des résultats
qui suivent reposent sur ces études en cycles de vie mais sont complétés par un certain
nombre d’études statistiques utilisant des simulations longues de GCM ainsi que diverses
réanalyses. La présente section s’attache à répertorier l’ensemble des facteurs connus qui
créent ces asymétries, à en présenter les différents mécanismes et à replacer mes résultats
récents (Rivière et Orlanski 2007, Rivière 2009) dans un contexte plus général.
toutes les ondes synoptiques et planétaires. Dans les mêmes années, on s’aperçoit assez
vite que cette asymétrie est bien reproduite dans les modèles sur la sphère mais pas dans
ceux sur le plan β (Hollingsworth 1975, Moura et Stone 1976, Simmons et Hoskins 1976).
Cependant, l’identification des termes responsables de cette asymétrie n’est pas une mince
affaire puisque se mêlent dans les équations primitives des termes purement métriques
avec ceux faisant intervenir les variations latitudinales du paramètre de Coriolis. De plus,
l’approximation quasi-géostrophique sur la sphère ne simplifie pas forcément l’analyse
car les corrections liées à la sphère sont du même ordre que les termes agéostrophiques
purement cartésiens. Ainsi, en fonction des modèles QG développés sur la sphère, ceux-
ci simplifient ou non certains termes sphériques comme par exemple le modèle QG de
Marshall et Molteni (1993) qui ne retient les variations latitudinales du paramètre de
Coriolis que dans la partie associée à la vorticité absolue. Dans ce qui suit, les asymétries
apparaissant dans les différents types de modèles sont exposées.
Effets métriques
Dans le but d’étudier l’effet des termes métriques uniquement, Whitaker et Snyder
(1993) ont comparé deux modèles, l’un en géométrie sphérique et l’autre en géométrie
cartésienne, qui contiennent tous les deux les variations complètes du paramètre de Co-
riolis. Les auteurs montrent que dans le cas sphérique, les anticyclones sont relativement
plus intenses que les cyclones et que l’inclinaison SO-NE des ondes est favorisée par rap-
port au cas cartésien. Pour une distribution de PV équivalente et un nombre d’onde fixe,
les anticyclones qui migrent vers l’équateur vont atteindre une échelle spatiale plus grande
que les cyclones qui se déplacent vers les pôles en raison de l’augmentation de la distance
entre méridiens plus on se rapproche de l’équateur. Ceci a pour effet d’augmenter l’ampli-
tude de ψ pour les anticyclones et de diminuer celle pour les cyclones. Balasubramanian
et Garner (1997b) ont effectué une étude similaire mais ont montré que cette différence
d’inclinaison existait déjà sur les structures des modes normaux et qu’un argument linéaire
suffisait pour expliquer la différence entre les deux métriques.
f2 m2
qy
2
n = − − / sin2 ϕ, (3.11)
ū − ca cos ϕ 4H 2 N 2 a2 cos2 ϕ
de la vitesse de groupe des ondes de Rossby étant du signe opposé aux flux de quantité
de mouvement, les ondes se propageant vers l’équateur ont une inclinaison anticyclonique
tandis que celles se propageant vers les pôles ont une inclinaison cyclonique. Ainsi, le
gradient méridien de n2 détermine en grande partie l’inclinaison horizontale des ondes.
L’expression de l’indice de réfraction permet de retrouver aisément certains facteurs
influençant l’inclinaison des ondes décrits précédemment. Raisonnons en nous plaçant en
haut de la troposphère où le gradient de PV et ū − ca cos ϕ sont positifs. Pour un même
gradient de PV q̄y , le premier terme dans l’expression (3.11) est décroissant avec la latitude
en raison du dénominateur ū − ca cos ϕ, ce qui pourrait être lié aux arguments fournis
par Balasubramanian et Garner (1997b) sur l’influence des variations de la vitesse de
phase dans l’inclinaison des ondes. Un autre terme métrique apparaît dans le troisième
terme qui est également décroissant avec la latitude. Ainsi, on s’aperçoit aisément que
les termes métriques sont responsables d’un biais vers l’inclinaison anticyclonique. Quant
au paramètre de Coriolis, il apparaît dans le second terme qui est décroissant avec la
latitude et donc favorise la pente anticyclonique mais également dans le gradient de PV.
Au sein du gradient de PV, il y a deux effets qui tendent à s’opposer. Le gradient de
vorticité absolue β est décroissant avec la latitude, il a donc tendance à favoriser la pente
anticyclonique ce qui est connu depuis longtemps (Hoskins et al. 1977). En revanche, le
terme d’étirement étant positif dans la haute troposphère, l’augmentation de f avec la
latitude tend à augmenter le terme d’étirement vers les pôles et donc à avoir l’effet opposé
à celui du gradient de vorticité absolue. Il existe donc une compétition entre les termes
de vorticité absolue et d’étirement.
Dans le but d’analyser les asymétries au sein du gradient de PV uniquement, un
calcul intermédiaire de l’indice de réfraction est d’abord considéré sur la figure 3.6 en
traits rouges. Dans ce calcul intermédiaire, les variations de ϕ sont uniquement prises en
compte dans le premier terme de l’équation (3.11) tandis que ϕ est considéré comme une
constante ϕ0 dans les autres termes. Comme le montre la figure 3.6, la prise en compte des
variations de f dans l’étirement permet de rehausser les valeurs de l’indice de réfraction
côté nord du courant-jet. Par exemple, l’indice de réfraction intermédiaire à 200hPa (traits
rouges pleins) est plus fort côté sud du courant-jet sur la figure 3.6a tandis qu’il est plus
élevé côté nord sur la figure 3.6c. L’indice de réfraction total garde cette différence même
si il est systématiquement biaisé vers de plus fortes valeurs côté sud (traits noirs pleins) en
raison des deuxième et troisième termes de (3.11). Sur la figure 3.6a, il atteint des valeurs
négatives côté nord tandis que sur la figure 3.6c, celles-ci ne descendent pas en dessous
de +3. En haut de la troposphère, l’effet de f dans le terme d’étirement est donc bien de
favoriser l’inclinaison cyclonique.
En bas de la troposphère (traits tiretés sur la figure 3.6), les valeurs atteignent un
maximum près du coeur du courant-jet comme le montrent également Lee et Feldstein
(1996). Elles ne tendent pas vers l’infini car à ce niveau il n’y a pas de latitude critique.
Sans l’effet des variations de f dans l’étirement (figure 3.6a), les valeurs sont relativement
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 83
Fig. 3.6 – Indice de réfraction a|n|sign(n2 ) (valeurs adimensionnelles) à 200 hPa (en traits
pleins) et 800 hPa (en traits tiretés) en considérant f comme une constante (vignettes du
haut) et en incorporant ses variations avec la latitude dans le terme d’étirement, c’est-
à-dire dans le rayon de déformation Ri (vignettes du bas). Les colonnes de gauche et de
droite correspondent respectivement à des courants-jets centrés à ϕ0 =35◦ N et ϕ0 =45◦ N.
Les traits rouges correspondent à l’indice de réfraction en remplaçant ϕ par ϕ0 dans tous
les termes de l’équation (3.11) à part le premier terme où apparaît le gradient de PV et
où on a gardé les variations complètes de ϕ. L’indice est calculé sur la base du modèle à 3
couches de Marshall et Molteni (1993) et pour les paramètres suivants : m=7, c=3 × 10−6
s−1 , H=8000 m, N = 0.01 s−1 , R01 = 700 km et R02 = 450 km. Tiré de Rivière (2009).
symétriques de part et d’autre de l’axe du courant-jet tandis que lorsque ces variations
sont prises en compte (figure 3.6c), l’indice devient plus fortement positif du côté nord du
courant-jet. Cela montre à nouveau un effet favorisant la pente cyclonique même dans le
bas de la troposphère. On remarque également que le bas de la troposphère est différent
du haut puisque les valeurs de l’indice sont plus fortes côté nord en général.
L’effet des variations de f dans le terme d’étirement peut également être anticipé en
écrivant la relation du vent thermique :
∂u R ∂T
p = , (3.13)
∂p f ∂y
où T désigne la température. Le facteur f −1 (i.e. sin−1 ϕ) dans le second membre de
l’équation (3.13) fait que la latitude du maximum du cisaillement vertical du vent zonal
est située plus vers l’équateur que la région de maximum de gradient de température. Le
maximum de vent zonal est donc localisé au sud de la baroclinie. Les ondes baroclines
se formant dans la région de forte baroclinie vont croître du côté cyclonique du jet et
84 Chapitre 3
vont donc avoir tendance à pencher de manière cyclonique. Cette asymétrie du terme
d’étirement a été mis en évidence dans Rivière (2009).
Intensité de la baroclinie
Le rôle de l’intensité de la baroclinie sur le déferlement des ondes baroclines est beau-
coup moins intuitif que l’effet du cisaillement horizontal et ne fait pas l’objet d’un large
consensus. Le premier argument qui vient à l’esprit est le suivant ; une forte baroclinie
induit de plus fortes ondes baroclines aboutissant à des déferlements plus marqués et à
une rétroaction d’autant plus forte. Les ondes ayant tendance en moyenne à déferler de
manière anticyclonique, des ondes de plus fortes amplitudes vont accentuer cette asymé-
trie et les courants-jets vont se déplacer plus vers les pôles en conséquence. Cet argument
simple est en partie corroboré par les résultats de Orlanski (2003) dans ses simulations
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 85
SW où il augmente petit à petit l’amplitude des ondes en augmentant son forçage qui
est censé paramétrer l’effet de la baroclinie. Pour une gamme de forçages modérés, l’aug-
mentation du forçage induit effectivement un plus fort déferlement anticyclonique et un
déplacement plus important du courant-jet vers le pôle. Cependant, l’auteur met en évi-
dence une bifurcation à partir d’un certain forçage où le déferlement devient de manière
abrupte cyclonique. Le mécanisme sous-jacent est interprété en termes d’interaction non
linéaire entre tourbillons d’intensité inégale. L’équation de vorticité absolue permet de
déduire facilement l’asymétrie cyclone/anticyclone :
D ∂w
(ζ + f ) = (ζ + f ) . (3.14)
Dt ∂z
le membre de droite permet de déduire que les anticyclones ne peuvent pas s’intensifier
au-delà de la valeur −f alors que les cyclones ne possèdent pas cette limite supérieure
(l’argument tient uniquement si on considère une divergence/convergence ∂w ∂z
de même
intensité pour les deux types de tourbillons). Pour un très fort forçage, les cyclones de-
viennent ainsi plus intenses que les anticyclones et créent une zone de déformation (flèches
grises sur la figure 3.8b) qui étirent les anticyclones de manière cyclonique. A l’inverse,
si la circulation des anticyclones dominent, ceux-ci étirent de manière anticyclonique les
cyclones et c’est cette situation qui arrivent généralement pour LC1 (figure 3.8a).
Le mécanisme précédent permet à Orlanski (2005) d’expliquer la plus forte occurrence
86 Chapitre 3
Fig. 3.8 – Schéma d’interaction entre tourbillons de signes opposés. (a) cas d’anticyclones
plus intenses et (b) cas de cyclones plus intenses. Les flèches noires en traits pleins cor-
respondent à la circulation dominante et les flèches grisées indiquent la direction de la
déformation liée à cette circulation. Adapté de Orlanski (2003).
des déferlements cycloniques lors des phases d’El Nino par une extension et une inten-
sification de la zone barocline vers l’est. Cependant, il est important de noter que cette
bifurcation semble être difficile à atteindre pour des valeurs raisonnables de l’amplitude
des ondes baroclines (Chen et al. 2007). Les simulations et les observations montrent géné-
ralement qu’une plus forte valeur des ondes introduit un déferlement anticyclonique plus
intense et un déplacement des courants-jets vers les pôles (Rivière 2011).
Largeur du courant-jet
Les premières analyses des modes normaux en équations primitives sur la sphère effec-
tuées par Simmons et Hoskins (1976) montrent des différences de structures en fonction de
la latitude des courants-jets. Plus les courants-jets sont vers les pôles, moins l’inclinaison
cyclonique semble possible. Ces résultats sont corroborés par les simulations longues de
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 87
a. b.
c. d.
Fig. 3.9 – Structure du mode normal le plus instable et son évolution non linéaire pour
le nombre d’onde 7 pour un courant-jet dont la baroclinie est centrée à 35◦ N (colonne de
gauche) et à 45◦ N (colonne de droite) et dans le cadre PE (modèle PUMA). (a),(b) Vent
zonal de l’écoulement de base à 200 hPa (plages colorées, unité : m.s−1 ) et vent méridien
du mode normal à 200 hPa (contours noirs) et à 800 hPa (contours verts) normalisé par
sa valeur maximale à 200 hPa (intervalle : 0.2). (c),(d) Vorticité absolue à 200 hPa au
bout de 6 jours (unité : s−1 ). Tiré de Rivière (2009).
GCM effectuées par Akahori et Yoden (1997) qui constatent une forte occurrence du défer-
lement cyclonique (anticyclonique) pour les périodes où les courants-jets sont situés vers
les basses (hautes) latitudes. L’article de Rivière (2009) offre une explication simple en
termes de fluctuations avec la latitude du paramètre de Coriolis entrant dans le gradient
de PV. Le gradient de vorticité absolue qui dépend de df /dy = β, c’est-à-dire de cos ϕ, est
d’autant plus asymétrique qu’on se trouve dans les hautes latitudes tandis que le gradient
du terme d’étirement qui dépend de f lui-même, c’est-à-dire de sin ϕ, est plus asymétrique
dans les basses latitudes. Ainsi, plus les courants-jets se déplacent de l’équateur vers les
pôles, plus l’asymétrie de la vorticité absolue augmente et plus celle de l’étirement dimi-
nue ce qui rend le déferlement anticyclonique plus probable et cyclonique moins probable.
Cette évolution est bien marquée sur l’indice de réfraction ; quand on passe du courant-jet
centré à 35◦ N (figure 3.6c) à celui centré à 45◦ N (figure 3.6d), les valeurs de n2 à 200 hPa
diminue plus vite côté nord que côté sud du courant-jet d’où une plus forte asymétrie
privilégiant l’inclinaison anticyclonique. A 800 hPa, n2 est plus fort du côté nord du jet,
mais quand on se déplace vers les pôles, celui-ci devient plus symétrique et donc atténue
la préférence cyclonique dans les basses couches.
Cette influence de la latitude du courant-jet sur la structure spatiale des modes nor-
maux est montrée sur la figure 3.9 dans le cadre du modèle PE appelé PUMA (Fraedrich
et al. 2005) et pour le nombre d’onde 7. En passant du jet des basses latitudes (figure 3.9a)
vers celui des hautes latitudes (figure 3.9b), la pente cyclonique devient moins prononcée
88 Chapitre 3
Fig. 3.10 – Moyennes zonales du vent zonal à 200 hPa après 10 jours en fonction des
différents nombres d’onde (en couleurs, unité : m.s−1 ). Le profil du vent zonal à l’instant
initial est montré par le trait tireté noir. Les colonnes de gauche et droite correspondent
respectivement aux courants-jets à 35◦ N et 45◦ N. Tiré de Rivière (2009).
dans les basses couches (contours verts) tandis que la pente anticyclonique s’accentue dans
les hautes couches (contours noirs). Durant l’évolution non linéaire, ces légères différences
s’accentuent pour aboutir essentiellement à un déferlement cyclonique dans le cas du jet
des basses latitudes (figure 3.9c) et à un déferlement anticyclonique dans celui des hautes
latitudes (figure 3.9d).
La conséquence des deux types de déferlement est la suivante pour le nombre d’onde 7 :
dans le cas du jet des hautes latitudes, le jet se déplace encore plus vers les hautes latitudes
après 10 jours tandis que dans celui des basses latitudes, l’axe du jet ne bouge pas (cf.
courbes vertes sur les figures 3.10a-b). Quand on analyse l’ensemble des nombres d’onde,
on s’aperçoit que pour le cas à 45◦ N, les nombres d’onde 6, 7 et 8 déplacent le jet plus au
nord tandis que seulement le nombre d’onde 6 déplace plus au nord le jet situé initialement
à 35◦ N. A l’inverse, les nombres d’onde 8, 9, 10 déplacent le jet vers le sud pour le cas à
35◦ N et uniquement les nombres d’onde 9 et 10 le font pour le cas à 45◦ N. Ainsi, il y a
une tendance globale à déplacer plus au nord un jet situé déjà au nord et à déplacer plus
au sud un jet déjà situé plus au sud. En revanche, certains nombres d’onde agissent de la
même façon sur le jet quelque soit sa position, les plus grands poussant systématiquement
le jet vers l’équateur, et les plus petits vers les pôles (cf. section suivante).
L’effet de la latitude de la baroclinie sur les ondes baroclines est similaire à l’effet de la
latitude du jet. Quand on force le modèle avec une relaxation en température, la position
latitudinale des gradients de température du forçage détermine en grande partie le devenir
des ondes baroclines. Sur la figure 3.11, on compare un cas de baroclinie située plus au
sud (colonne de gauche) avec un cas situé plus au nord (colonne de droite). Dans le cas de
gauche, le jet principal est zonalement orienté (figure 3.11c) et il existe un jet secondaire
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 89
a. b.
c. d.
e. f.
80
g. 80
h.
60 60
40 40
20 20
−150 −100 −50 0 50 100 150 −150 −100 −50 0 50 100 150
Fig. 3.11 – Climatologies de simulations longues de deux ans à la résolution T42 forcées
par une relaxation en température dont les gradients sont localisées et centrées à 30◦ N,
80◦ W (colonne de gauche) et 45◦ N, 80◦ W (colonne de droite). (a),(b) température de
rappel au niveau σ = 0.65 et son gradient méridien associé (unité : K). (c),(d) vent zonal
(plages colorées, unité : m.s−1 ) et énergie cinétique haute fréquence (périodes inférieures
à 10 jours, unité : m2 .s−2 ) à 200 hPa. (e),(f) vecteur EH (unité : m2 .s−2 ), sa divergence
1
cos ϕ
∇.(EH cos ϕ) (contours noirs ; intervalle : 5 × 10−6 m.s−2 ) et le vent zonal (plages
colorées) à 200 hPa. (g),(h) fréquence d’occurrence des déferlements cyclonique (en bleu)
et anticyclonique (en rouge) à 200 hPa (intervalle : 0.1 day−1 ) et vent zonal en plages
grisées (unité : m.s−1 ). Tiré de Rivière (2009).
au nord de celui-ci tandis qu’à droite il est légèrement orienté selon un axe SO-NE et un
jet secondaire est visible au sud vers 50◦ E (figure 3.11d). Dans ce dernier cas, les vecteurs
EH possèdent une orientation dominante vers l’équateur (figure 3.11f) ce qui n’est pas
le cas du premier (figure 3.11e). Tous ces éléments sont typiques d’une domination du
déferlement anticyclonique dans le cas haute latitude et du déferlement cyclonique dans
le cas basse latitude comme le montrent par ailleurs les figures 3.11g-h.
Sur le cas de la figure 3.12 où la résolution du modèle est plus basse et la tempéra-
ture d’équilibre a un profil différent, la différence entre les deux latitudes est encore plus
flagrante. Ce résultat pourrait en partie expliquer la différence entre les jets Pacifique et
Atlantique de l’hémisphère nord en hiver dont le premier possède une baroclinie plus au
sud et est zonalement orienté tandis que le second possède une baroclinie plus au nord et
est orienté SO-NE (cf. figure 3.3). Notons cependant que d’autres phénomènes peuvent
entrer en jeu dans cette différence, notamment l’interaction avec le jet subtropical asso-
cié à la cellule de Hadley (Lee et Kim 2003) mais aussi les effets dus à l’orientation des
contrastes thermiques terre-océan et de l’orographie (Brayshaw et al. 2009).
90 Chapitre 3
a. b.
c. d.
e. f.
80
g. 80
h.
Latitude
Latitude
60 60
40 40
20 20
150E 100E 50E 0W 50W 100W 150W 150E 100E 50E 0W 50W 100W 150W
Longitude Longitude
Fig. 3.12 – Comme Fig.3.11 mais pour la résolution T21 et un autre profil de température
de rappel. Tiré de Rivière (2009).
Fig. 3.13 – Structure du mode normal le plus instable et son évolution non linéaire pour
les nombres d’onde 6 (colonne de gauche) et 9 (colonne de droite) dans le modèle PUMA.
(a),(b) Vent zonal de l’écoulement de base à 200 hPa (plages colorées, unité : m.s−1 ) et
vent méridien du mode normal à 200 hPa (contours noirs) et à 800 hPa (contours verts)
normalisé par sa valeur maximale (intervalle : 0.2). (c),(d) Vorticité absolue à 200 hPa
au bout de 6 jours (unité : s−1 ). (e),(f) Coupes verticales de la moyenne zonale du vent
zonal de l’écoulement de base à T=0 (contours noirs épais, unité : m.s−1 ) et à T=10 jours
(plages colorées, unité : m.s−1 ) et du module normalisé du vent méridien du mode normal
(contours noirs fins, intervalle : 0.2). Tiré de Rivière (2011).
à être confinés en bas de la troposphère tandis que les grandes ondes s’étendent plus
jusqu’à la tropopause (cf. figures 3.13a,b). Comme le bas de la troposphère a tendance
à favoriser la pente cyclonique et le haut de la troposphère la pente anticyclonique (cf.
section précédente), un plus grand confinement des forts nombres d’onde dans le bas de la
troposphère pourrait expliquer leur tendance à créer des flux de quantité de mouvement
vers l’équateur. Remarquons que cette interprétation en termes de structure verticale est
consistente avec le changement d’orientation des flux de quantité de mouvement au cours
du cycle de vie des ondes baroclines. Au cours de leur évolution, les ondes baroclines
qui naissent en moyenne dans le bas de la troposphère ont leur énergie qui se propagent
vers le haut en raison des flux de chaleur orientés vers les pôles et donc petit à petit
auront tendance à orienter leur flux de quantité de mouvement vers l’équateur. Ceci est
92 Chapitre 3
Fig. 3.14 – Flux méridiens de quantité de mouvement (plages colorées, unité : m2 .s−2 )
pour (a) les très hautes fréquences (périodes entre 2 et 5 jours) et (b) les fréquences
intermédiaires (périodes entre 5 et 12 jours). Tiré de Rivière et Orlanski (2007).
visible dans les cycles de vie des ondes baroclines (Rivière 2009) mais aussi dans les
réanalyses puisque le déferlement cyclonique se trouve essentiellement en entrée des rails
des dépressions là où les ondes ont plus d’amplitude vers le bas de la troposphère tandis
que le déferlement anticyclonique domine sur la fin des rails là où les ondes atteignent de
fortes amplitudes en altitude (cf. figure 3.3).
Echelles temporelles
Un résultat similaire au précédent est détecté dans le cadre des échelles temporelles
où les fréquences intermédiaires dans la gamme synoptique (entre 5 et 12 jours) tendent à
avoir des flux de quantité de mouvement uniquement dirigés vers les pôles (figure 3.14b)
tandis que les très hautes fréquences (entre 2 et 5 jours) donnent environ autant de flux
vers les pôles que vers l’équateur (figure 3.14a).
Les paramètres de friction ont un impact important dans les GCMs sur la circulation
générale de l’atmosphère comme l’ont montré James et Gray (1986) et Stephenson (1994).
Dans le cas de James et Gray (1986), la décroissance de la friction de surface engendre
une augmentation du vent barotrope dont les cisaillements horizontaux ont tendance à
annihiler la croissance barocline des ondes. Le détail du mécanisme a été montré par
James (1987) qui est maintenant bien connu sous le nom du régulateur barotrope (“ba-
rotropic governor”) et qui a déjà été discuté au chapitre un. Cependant, dans ces deux
derniers articles, il n’est pas fait mention d’une asymétrie dans le déplacement latitudi-
nal du courant-jet ou sur l’inclinaison des ondes. En revanche, Stephenson (1994) montre
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts 93
qu’en faisant décroître le coefficient de trainée des ondes de gravité orographiques, non
seulement le vent barotrope augmente mais il y a également déplacement vers les pôles
des jets. Robinson (1997) a montré que cet effet de déplacement vers les pôles pouvait
facilement se voir dans le cas plus simple d’un modèle aux équations primitives à deux
couches pour lequel on a diminué la friction de surface. Ce résultat semble donc assez
général et un mécanisme interprétant ce résultat a été récemment proposé par Chen et al.
(2007). L’augmentation des vents barotropes par la décroissance de la friction implique
une augmentation de la vitesse de phase cϕ des ondes baroclines. Au niveau des régions
subtropicales, les valeurs du vent ne connaissent pas une aussi forte croissance qu’aux
moyennes latitudes (la décroissance de la friction accélère plutôt le vent zonal aux lati-
tudes où les vents de surface sont les plus importants) et les valeurs de u − cϕ sont donc
fortement diminuées. Ceci implique un déplacement vers les pôles des latitudes critiques
(i.e. les régions où u − cϕ = 0). Comme les ondes déferlent de manière anticyclonique
proche de ces latitudes (Randel et Held 1991), celles-ci déposent donc leur quantité de
mouvement plus vers les pôles ce qui engendre un déplacement vers les pôles des vents
barotropes. Comme le rappelle le chapitre suivant, cet argument reposant sur la vitesse de
phase a été repris dans d’autres contextes et notamment pour interpréter les déplacements
latitudinaux des jets au vingtième siècle et dans le climat futur. Enfin, notons que cet ar-
gument, contrairement aux précédents, ne repose pas sur l’asymétrie entre déferlements
cyclonique et anticyclonique.
Fig. 3.15 – Vent zonal (plages grisées ; intervalle : 10 m.s−1 ) et fréquences d’occurrence
des déferlements cyclonique (en blanc, intervalle : 0.05 day−1 ) et anticyclonique (en noir,
intervalle : 0.1 day−1 ) à 200 hPa pour (a) les réanalyses ERA40 (1967-2001, Décembre-
Janvier-Février), (b) le modèle humide et (c) le modèle sec. Tiré de Laîné et al. (2011).
Pente / Pente /
Types Paramètres déferlement déferlement Références / approches
anticyclonique cyclonique
Whitaker et Snyder (1993) cycle de vie non linéaire (PE)
Modèles Métrique Sphérique Cartésienne
Balasubramanian et Garner (1997b) modes normaux (PE)
Gall (1977) mode normal le plus instable sur plan f
Approximations QG PE
Nakamura (1993) mode normal le plus instable sur plan f
Hoskins et al. (1977) problèmes aux conditions initiales
Paramètre de Vorticité Balasubramanian et Garner (1997a) cycle de vie (PE)
Etirement
Coriolis absolue Orlanski (2003) cycle de vie nonlinéaire (SW)
Rivière (2009) cycles de vie et simulations longues (PE, QG)
Thorncroft et al. (1993) cycle de vie non linéaire (PE)
Cisaillement
Environnement anticyclonique cyclonique Nakamura et Plumb (1994) cycle de vie (QG barotrope)
horizontal Hartmann et Zuercher (1998) cycle de vie (PE)
Intensité de la forte (à partir
modérée Orlanski (2003) cycle de vie (SW)
baroclinie d’un seuil)
Largeur du
grande petite Balasubramanian et Garner (1997a) cycle de vie (PE)
courant-jet
Rétroaction du rail des dépressions : théories et concepts
3.4 Synthèse
Dans le présent chapitre, nous avons montré qu’il existait une rétroaction positive
sur la latitude du courant-jet en raison des fluctuations du paramètre de Coriolis avec la
latitude. Plus le jet est situé dans les basses (hautes) latitudes, plus il a de chances de
créer des déferlements cycloniques (anticycloniques) et donc plus il aura tendance à se
maintenir, voire à se déplacer encore plus vers l’équateur (les pôles). Cette rétroaction
positive diffère de celles proposées par d’autres papiers (Robinson 2000, Kug et Jin 2009),
non seulement par le mécanisme proposé mais aussi par sa nature. Dans les papiers pré-
cédents, les anomalies sont maintenues ou renforcées sans aucun déplacement alors que la
rétroaction proposée ici, même si elle est qualifiée de positive, ne maintient pas forcément
les jets à la même latitude, elle a tendance à les pousser petit à petit vers des latitudes
extrêmes et donc à participer aux évolutions et déplacements des anomalies.
Bien entendu ce maintien ou ce déplacement vers les latitudes extrêmes peut-être
stoppé par différents procesus dont le premier qui vient à l’esprit est le déficit temporaire
d’ondes. Dans ce cas là, la partie du jet, dite pilotée par les dépressions ou "eddy-driven
jet", s’atténue et la structure du jet retourne petit à petit vers celle imposée par la cellule
de Hadley. D’autres phénomènes propres aux ondes peuvent également contrecarrer la
rétroaction positive, notamment leurs échelles spatiales. Un jet situé à une haute latitude
peut apriori brutalement être déplacé vers l’équateur par la présence d’une onde de petite
échelle qui va créer un déferlement cyclonique.
Ainsi existe-t-il apriori différents mécanismes montrant que les ondes participent au
maintien des anomalies basse fréquence mais il en existe aussi qui soulignent leur poten-
tialité à déclencher des transitions. Le chapitre suivant est dédié à une mise en évidence de
certains de ces mécanismes pour différents types de climat et variabilités basse fréquence
de l’atmosphère.
Chapitre 4
4.1 Introduction
Le but du présent chapitre est d’interpréter la variabilité basse fréquence d’un climat
donné ainsi que les différences de climatologies entre deux types de climat à partir des
résultats du chapitre précédent sur le déferlement des ondes de Rossby. Les études se
consacrent uniquement sur la position climatologique et les fluctuations des jets dits pilotés
par les dépressions ou “eddy-driven“ jets. Différents concepts de variabilité basse fréquence
seront considérés, notamment les téléconnexions comme l’Oscillation Nord Atlantique
(NAO) et les régimes de temps comme le blocage, en se focalisant plus particulièrement
sur le domaine de l’Atlantique nord. Trois types de climats seront également analysés ;
le climat présent reposant sur les données des réanalyses NCEP-NCAR ou ERA40 ainsi
que sur des simulations préindustrielles et des simulations du 20ème siècle, le climat passé
correspondant au dernier maximum glaciaire (LGM), et le climat futur de la fin du 21ème
siècle.
97
98 Chapitre 4
4.2.1 Téléconnexions
Indice zonal
Un mode annulaire (typiquement l’AO ou l’AAO qui est défini comme étant le premier
EOF de la pression de surface de la mer dans un des hémisphères) est très proche du
premier EOF de la moyenne zonale circumpolaire de différentes variables et notamment
du vent zonal dont l’indice de variations est appelé indice zonal (Wallace 2000). Cet
indice zonal correspond à des fluctuations latitudinales des courants-jets et est caractérisé
par une rétroaction positive de la part des ondes baroclines haute fréquence (Lorenz et
Hartmann 2003). La structure de l’EOF du vent zonal moyenné zonalement possède une
structure dipolaire dominante (figure 4.1) qui est fortement corrélée avec la convergence
des flux de quantité de mouvement haute fréquence. Les deux phases opposées de la
structure dipolaire de la convergence des flux peuvent être directement associées aux deux
types de déferlement (cyclonique pour la phase négative et anticyclonique pour la phase
positive) en faisant le parallèle avec les anomalies dipolaires de la figure 3.5. On montre
ainsi à nouveau le lien entre déferlement cyclonique (anticyclonique) et un jet plus vers
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 99
Fig. 4.1 – Structure de l’EOF dominant du vent zonal moyenné zonalement et vertica-
lement dans l’hémisphère nord (cercles noirs) et regression de la convergence des flux de
quantité de mouvement haute fréquence sur la composante principale de l’EOF associé
(cercles blancs). Tiré de Lorenz and Hartmann (2003).
l’équateur (les pôles). Les variations de l’indice zonal sont donc une nouvelle illustration de
la rétroaction positive des ondes baroclines dont un mécanisme a été proposé par Rivière
(2009). Cependant, l’indice zonal de l’hémisphère nord est fortement dominé par ce qui se
passe sur l’Atlantique et la NAO. Une analyse sectorielle de l’EOF du vent zonal moyenné
sur les longitudes du Pacifique montre que le jet Pacifique connait de fortes accélérérations
/ décélérations (liées à la PNA) et des variations latitudinales plus faibles liées à la NPO.
Dans ce cas, la rétroaction positive est nettement affaiblie comme le montre Eichelberger
et Hartmann (2007).
d’un point de vue synoptique le phénomène de la NAO qui restait assez vague jusqu’alors.
D’autre part, il permet d’avoir un angle d’attaque théorique assez simple ; si on connait les
facteurs influençant les deux types de déferlement, on devrait être capable de déterminer
ceux influençant les deux phases de la NAO, et ce, quelque soient les échelles temporelles.
Parmi les facteurs discutés dans le chapitre précédent, l’échelle spatiale des ondes
reste un paramètre clé. La figure 4.3 montre bien que les longueurs d’onde zonales sont
plus élevées pendant les phases positives que les phases négatives de la NAO. Cependant
ce calcul est effectué sur l’Atlantique lui-même et ne peut représenter un quelconque
précurseur. On peut montrer que de telles différences d’échelle n’interviennent pas sur le
Pacifique et ne commencent à apparaitre qu’au niveau de l’Amérique du Nord. Un axe
de recherche semble encore possible dans ce sens pourtant puisque des fluctuations basse
fréquence sur le Pacifique sont généralement détectées avant l’occurrence de la phase
positive de la NAO (Feldstein 2003) et celles-ci pourraient empêcher les petites ondes
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 101
Fig. 4.3 – Energie cinétique haute fréquence (inférieures à 12 jours, unité : m2 s−2 ) à
300 hPa des ondes de grande échelle (supérieures à 4000 kms) en fonction de l’énergie
cinétique haute fréquence des ondes de petite échelle (inférieures à 4000 kms) pour des
valeurs de l’indice NAO inférieurs à -1.5 (carrés bleus) et supérieurs à 1.5 (cercles rouges).
Chaque énergie cinétique a été moyennée sur le domaine atlantique (35◦ -55◦ N, 60◦ -0◦ W).
Source : données réanalysées NCEP-NCAR. Tiré de Rivière et Orlanski (2007).
De manière générale, il est quasi-sûr que des précurseurs aux différentes phases de la
NAO existent dans le Pacifique comme l’ont montré Rivière et Orlanski (2007) en utilisant
un modèle régional sur un domaine couvrant le Pacifique est et l’Atlantique tout entier.
En rappelant l’écoulement sur le bord ouest du domaine (ie., le Pacifique est) vers des
données réanalysées, on est capable de reproduire la dynamique de l’écoulement sur tout
le domaine et en particulier les différentes phases de la NAO. Le cas de contrôle qui est
forcé par les réanalyses de décembre 1987 (figure 4.4c) reproduit correctement la position
du jet du même mois (figure 4.4a) qui est associé à la phase négative de la NAO tandis que
le cas du run modifié pour lequel le forçage est celui du mois de janvier 1988 reproduit une
NAO positive (voir le jet atlantique plus au nord et des flux de quantité de mouvement
bien plus positifs sur la figure 4.4d) comme c’était le cas pour janvier 1988 (figure 4.4b).
Les raisons de cette différence n’ont pour l’instant pas été complètement identifiées et cet
aspect fera l’objet de futurs travaux.
On pourrait penser d’après les résultats de Benedict et al. (2004) et la figure 4.2 que
l’activité ondulatoire dans le Pacifique est plus importante avant la phase positive qu’avant
la phase négative. Mais de nombreux contre exemples existent comme décembre 1987 et
janvier 1988 et de plus subtils précurseurs restent à être identifiés. A noter également
le travail de Franzke et al. (2004) qui montrent le rôle joué par la latitude de l’activité
ondulatoire du Pacifique sur la NAO mais cela n’a pas été confirmé depuis. Ainsi, l’iden-
tification des précurseurs à la NAO au sein du Pacifique reste à l’heure actuelle un sujet
ouvert. Cela fait l’objet de la thèse de Marie Drouard que je co-encadre et qui a démarré
en octobre 2011.
102 Chapitre 4
Fig. 4.4 – (a), (b) Moyennes du vent zonal (contours noirs, intervalle 5 m s−1 ) et des
flux de quantité de mouvement haute fréquence (périodes inférieures à 12 jours, plages
colorées, unité : m2 s−2 ) à 300 hPa pour les mois de décembre 1987 et janvier 1988 res-
pectivement (source : données réanalysées NCEP-NCAR). (c) mêmes champs qu’en (a)
et (b) mais pour les résultats de la simulation de contrôle du modèle régional nonhydro-
statique ZETAC possédant tous les forçages associées à décembre 1987 (condition sur le
bord ouest, condition initiale, et température de surface de la mer). (d) pareil qu’en (c)
mais pour la simulation modifiée où la condition limite au bord ouest du domaine a été
remplacée par les caractéristiques de janvier 1988. Tiré de Rivière et Orlanski (2007).
La PNA est caractérisée par des pulsations du jet pacifique et ses différentes phases
se distinguent moins par des changements de nature du déferlement que pour la NAO.
Il s’avère tout de même qu’une augmentation (diminution) des déferlements cycloniques
dans le Pacifique est apparait systématiquement pour la phase positive (négative) de
la PNA (Martius et al. 2007, Rivière 2010, Franzke et al. 2011). Une des explications
reposent sur le lien entre ENSO et la PNA puisqu’il s’avère qu’il y a plus de déferlement
cyclonique lors de la phase El Nino (Shapiro et al. 2001). Ainsi, Orlanski (2005) suggère
que ce sont les anomalies de SSTs dues à la phase El Nino qui augmentent la baroclinie
dans le Pacifique est et qui favorisent ainsi le déferlement cyclonique et donc la phase
positive de la PNA. Franzke et al. (2011) suggèrent de leur côté que les anomalies de
convection dans le Pacifique ouest seraient à l’origine d’un déclenchement d’une PNA
positive de faible amplitude qui renforcerait le cisaillement cyclonique du jet, favoriserait
ainsi le déferlement cyclonique et aboutirait au bout du compte à la formation complète
de la phase positive de la PNA.
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 103
s’intéressant plus particulièrement à la persistence des anomalies plutôt qu’à leur récur-
rence. Ils montrent en particulier l’existence de deux états persistents qui prennent la
forme du blocage et du régime zonal et qui sont maintenus par les ondes synoptiques.
Ces deux mêmes régimes apparaissent également comme les solutions stationnaires d’un
problème d’équilibre nonlinéaire où l’effet des ondes baroclines est paramétré par une
approche statistique (Vautard et Legras 1988). En appliquant la même méthode à des
données analysées de l’atmosphère réelle, Vautard (1990) met en évidence 4 régimes sur
l’Atlantique, le régime zonal, le blocage scandinave, l’anticyclone groenlandais et la dorsale
atlantique. Il montre également l’existence de transitions préférentielles comme le passage
du régime zonal au blocage et du blocage à l’anticyclone groenlandais.
Parallèlement à cette recherche d’équilibres multiples nonlinéaires, une autre méthode
pour identifier les régimes de temps et s’appuyant sur la notion de récurrence a été dé-
veloppée et qu’on appelle le regroupement en différentes classes ou ”dynamical cluster
analysis“ (Legras et al. 1987, Mo et Ghil 1988). Michelangeli et al. (1995) ont comparé
les deux méthodes sur des données réelles et ont montré que, bien qu’elles donnaient le
même nombre de régimes sur les différents secteurs Pacifique et Atlantique, les structures
associées pouvaient différer significativement. Dans la suite de cette section, les 4 régimes
de l’Atlantique nord ont été obtenus en appliquant l’algorithme de partition en nuées dy-
namiques de Michelangeli et al. (1995) aux données ERA40. A chaque jour appartenant
au grand hiver (16 octobre - 15 avril) de 1957 à 2002 correspond un unique régime. On
obtient ainsi 1908 jours de blocage, 1709 jours d’anticyclone groenlandais, 1856 jours de
dorsale atlantique, et 2364 jours de zonal.
Phases matures
La figure 4.5 montre les fréquences d’occurrence des deux types de déferlement pour les
4 regimes de temps où on remarque à nouveau le lien étroit entre la nature du déferlement
et la latitude du courant-jet. A une longitude donnée, un ”eddy-driven” jet plus au nord
est associé à plus de déferlement anticyclonique que cyclonique et l’inverse pour un jet
situé plus au sud. Michel et Rivière (2011) montrent que les structures de déferlements
typiques de chaque régime sont plus fréquents pendant le renforcement du régime que
pendant son déclin ce qui suggère que les déferlements renforcent le régime. Ceci est bien
évidemment en accord avec la rétroaction positive du rail des dépressions décrite dans de
nombreux papiers. Cependant, des exceptions existent notamment pour le blocage comme
cela est montré dans la section suivante.
Transitions
Le maintien des régimes de temps a été abondamment étudié tandis que les transitions
entre régimes de temps l’ont été beaucoup moins (Michelangeli et Vautard 1998). Ainsi
l’article de Michel et Rivière (2011) est-il beaucoup plus axé sur ces transitions et en
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 105
60°N 60°N
20
0.1
40°N 40°N
20 20
0.1
20
20
40°N 40°N
20
0.1
20 20 0.1
Fig. 4.5 – Fréquences d’occurrence des déferlements cyclonique (en bleu) et anticyclonique
(en rouge) pour (a) le blocage, (b) l’anticyclone groenlandais, (c) la dorsale atlantique et
(d) le régime zonal détectés sur les isentropes 300K, 315K, 330K et 350K. Le premier
contour est 0.1 jour−1 et l’intervalle 0.05 jour−1 . Les plages grisées correspondent aux
moyennes du vent zonal sur les 4 mêmes isentropes (intervalle : 10 m s−1 ). Tiré de Michel
et Rivière (2011).
Les phases de formation des différentes téléconnexions comme la NAO ou la PNA ont
été étudiées avec succès à partir de la méthode proposée par Cai et van den Dool (1994)
qui repose sur l’équation de tendance de la fonction de courant basse fréquence (Feldstein
2000, Feldstein 2002, Feldstein 2003) et a été également utilisée dans l’article de Michel
et Rivière (2011). Cette équation peut s’écrire ainsi :
5
∂ψL X
= ξi + R, (4.1)
∂t i=1
106 Chapitre 4
où
ψL = ∇−2 ζL , (4.2)
ξ1 = −∇ −2
(v.∇ζL + vL .∇η + η∇.vL + ζL ∇.v)L , (4.3)
ξ2 = −∇−2 (vL .∇ζL + ζL ∇.vL )L , (4.4)
ξ3 = −∇−2 (vH .∇ζH + ζH ∇.vH )L , (4.5)
ξ4 = −∇ −2
(vL .∇ζH + vH .∇ζL + ζL ∇.vH + ζH ∇.vL )L , (4.6)
ξ5 = −∇ −2
(v.∇ζH + vH .∇η + η∇.vH + ζH ∇.v)L . (4.7)
R est un terme résiduel prenant en compte les effets diabatiques et η est la vorticité
absolue. Les barres correspondent aux moyennes climatologiques du grand hiver tandis
que les indices H et L sont associées aux anomalies haute et basse fréquence avec une
fréquence de coupure de l’ordre de 10 jours. Le terme ξ1 étant la somme de l’advection
de la vorticité absolue climatologique par les anomalies basse fréquence et de l’advection
de la vorticité basse fréquence par la climatologie correspond aux termes de propagation
linéaire d’anomalies basse fréquence le long de la climatologie. ξ2 et ξ3 correspondent
respectivement aux termes nonlinéaires d’interaction avec elles-mêmes des anomalies basse
et haute fréquence. ξ4 est l’interaction entre les anomalies basse et haute fréquence et est
censé être un terme faible puisque les termes croisées entre haute et basse fréquence se
projettent essentiellement sur la haute fréquence. De même ξ5 est censé être faible puisque
les termes croisés entre haute fréquence et climatologie sont essentiellement des termes
haute fréquence.
La figure 4.6 résume les termes de tendance qui sont responsables des deux transitions
étudiées en projetant chaque terme de tendance sur la structure du futur régime. On
s’aperçoit d’abord que la projection de la tendance (membre de gauche de l’équation (4.1))
a un pic positif avant le passage au futur régime marqué par la date T ce qui est logique
par construction. De plus, la projection de la tendance (traits tiretés noirs) est proche
de celle de la somme des ξi (traits pleins noirs) qui permet ainsi d’interpréter l’évolution
de la fonction de courant basse fréquence. De plus, le terme ξ4 + ξ5 (courbes vertes)
s’avère faible par rapport aux autres termes. Dans le cas du blocage vers l’anticyclone
groenlandais (figure 4.6a), la projection des termes nonlinéaires ξ2 + ξ3 (courbes bleues
turquoises) étant l’unique terme fortement positif, ils permettent à eux seuls d’expliquer la
transition. Le cas du zonal vers le blocage (figure 4.6b) est différent puisque c’est d’abord
le terme linéaire ξ1 qui favorise l’apparition du futur régime à T-6 jours puis la projection
de la somme des termes nonlinéaires devient positif et connait un pic au moment de la
transition, voire légèrement après. Ainsi dans ce second cas, il y aurait deux précurseurs
de nature différente à la transition.
La figure 4.7 permet de faire le pont entre les termes non linéaires et le phénomène de
déferlement d’ondes. Deux jours avant la transition, c’est-à-dire à T-2 jours, la densité de
déferlement cyclonique est forte au sud du Groenland (figure 4.7a) et elle est plus forte
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 107
20 20
16 16
12 12
Projection (x 5e6 s-1)
4 4
0 0
-4 -4
-8 -8
-12 -12
-16 -16
-20 -20
-24 -24
T-8 T-6 T-4 T-2 T T+2 T+4 T+6 T+8 T+10 T+12 T-8 T-6 T-4 T-2 T T+2 T+4 T+6 T+8 T+10 T+12
Days Days
Fig. 4.6 – Projections des différents termes de tendance de la fonction de courant basse
fréquence sur les anomalies de la fonction de courant basse fréquence du futur régime à 300
hPa pour (a) la transition du blocage vers l’anticyclone groenlandais et (b) la transition
du régime zonal vers le blocage. Les lignes noire tiretée, noire pleine, bleu, bleu turquoise
et verte correspondent respectivement aux projections du membre de gauche de l’équation
4.1 (∂ψ L /∂t), de la somme ( 5i=1 ξi ), du terme linéaire basse fréquence (ξ1 ), des termes
P
qu’un jour de blocage habituel (figure 4.5a). L’occurrence d’un tel déferlement crée une
décélération des vents d’ouest à l’endroit où il se produit et une accélération plus au sud.
C’est précisément ce qu’on voit sur la somme des deux termes nonlinéaires, une décélé-
ration vers 60◦ N et une forte accélération au sud vers 40◦ N (contours noirs sur la figure
4.7b). On voit même la plus faible zone d’accélération vers 80◦ N sur cette dernière figure
qui permet de reconnaître facilement la forme en S typique du déferlement cyclonique
qui est associé à des anomalies tripolaires dans l’accélération du vent zonal. La zone de
décélération permet de couper en deux les deux zones de vents d’ouest typique du ré-
gime de blocage situés au sud-ouest et au nord-est de l’Atlantique. La zone d’accélération
plus au sud qui apparait sur tout le bassin atlantique permet de créer un jet Atlantique
dit zonal sud typique du régime de l’anticyclone groenlandais. La comparaison des deux
termes nonlinéaires (figures 4.7c-d) montre que les deux participent à la formation du
futur régime avec une dominante de la part des termes nonlinéaires basse fréquence. De
manière un peu similaire à la figure 3.5, on peut en conclure que les flux haute fréquence
ne permettent pas à eux seuls de prendre en compte l’impact du déferlement d’onde sur
l’écoulement moyen.
A l’inverse de la transition précédente, celle du zonal vers le blocage (figure 4.6b)
suggère deux types de précurseurs, un lié au terme de propagation linéaire des ondes
basse fréquence qui se produit relativement en avance par rapport à la transition (environ
6 jours avant) et l’autre lié aux termes nonlinéaires et donc aux déferlements d’onde qui
se produisent pendant la transition. Michel et Rivière (2011) montrent que le terme ξ1
108 Chapitre 4
0.1
60°N 60°N
0.1
40°N 40°N
60°N 60°N
40°N 40°N
d’onde basse fréquence qui tend à propager l’énergie de la Scandinavie vers l’Asie à partir
de T-4 jours ce qui est consistent avec la projection négative de ξ1 sur le blocage à partir
de cet instant dans le cas de la transition (figure 4.6b).
160°W 140°W 120°W 100°W 80°W 60°W 40°W 20°W 0° 20°E 40°E 60°E 80°E 100°E 120°E 140°E 160°E
80°N a. Lag -8
70°N
60°N
50°N
40°N
30°N
20°N
10°N
160°W 140°W 120°W 100°W 80°W 60°W 40°W 20°W 0° 20°E 40°E 60°E 80°E 100°E 120°E 140°E 160°E
80°N b. Lag -4
70°N
60°N
50°N
40°N
30°N
20°N
10°N
160°W 140°W 120°W 100°W 80°W 60°W 40°W 20°W 0° 20°E 40°E 60°E 80°E 100°E 120°E 140°E 160°E
80°N c. Lag 0
70°N
60°N
50°N
40°N
30°N
20°N
10°N
160°W 140°W 120°W 100°W 80°W 60°W 40°W 20°W 0° 20°E 40°E 60°E 80°E 100°E 120°E 140°E 160°E
80°N d. Lag +4
70°N
60°N
50°N
40°N
30°N
20°N
10°N
Fig. 4.8 – Régression de la fonction de courant basse fréquence (contours noirs, intervalle :
2 × 106 m2 s−1 ), du flux horizontal d’activité de Takaya et Nakamura (2001) multiplié
par 10 à 200 hPa (unité : m2 s−2 ) et des OLR basse fréquence (plages colorées, unité : W
m−2 ) sur l’indice de blocage pour la période 1974-2001 pour les décalages temporels (a)
-8 jours, (b) -4 jours, (c) 0 jours et (d) +4 jours. Source : données ERA40. Tiré de Michel
et Rivière (2011).
4.2.3 Discussion
Deux types de précurseur aux transitions entre régimes de temps ont été identifiés
dans Michel et Rivière (2011) ; l’un de grande échelle lié à la propagation des anomalies
basse fréquence qui intervient environ une semaine avant la transition mais qui n’est
pas systématique et un autre lié aux déferlements d’onde qui se produit au moment de
la transition elle-même, voire un peu avant, et qui intervient systématiquement pour
chaque transition. L’existence de ces deux précurseurs a été suggérée par Cassou (2008)
110 Chapitre 4
dans son étude de l’influence de la MJO sur les régimes de temps. Mais un parallèle
plus précis peut être fait avec l’étude de Michelangeli et Vautard (1998) qui ont mis en
évidence deux types de précurseur pour la formation du blocage, un de grande échelle et
un autre d’échelle synoptique. Cependant, le précurseur de grande échelle est dans leur
cas identifié comme l’onde rétrograde de période 20-25 jours dite oscillation de Kushnir-
Branstator (Kushnir 1987, Branstator 1987) tandis que le précurseur de grande échelle
de Michel et Rivière (2011) est associé à un train d’onde démarrant dans l’Atlantique
subtropical qui est très proche de ce que trouvent Nakamura et al. (1997). Le deuxième
précurseur du blocage identifié par Michelangeli et Vautard (1998) est un train d’onde
synoptique qui se propagage du sud-ouest au nord-est et qui s’arrête net au niveau de
l’Europe du nord. Même si les auteurs ne l’associent pas à un déferlement, le fait que
l’onde s’arrête de se propager est un signe direct de déferlement. D’autres articles mettent
en avant plus précisément le rôle du déferlement dans la formation du blocage (Pondeca
et al. 1998, Altenhoff et al. 2008) avec un accent, soit mis sur le déferlement cyclonique
à l’ouest du blocage, soit sur le déferlement anticyclonique à l’est, ce qui est consistent
avec la figure 4.5a. D’autres encore ont mis en évidence le rôle des effets diabatiques
dans la formation du blocage (Croci-Maspoli et Davies 2009) car ceux-ci permettraient
de renforcer la dynamique des dépressions, soit en injectant du bas PV provenant de la
basse troposphère soit en advectant du bas PV venant du sud comme cela a été suggéré
d’ailleurs par Crum et Stevens (1988).
Il semble dès lors intéressant de mieux comprendre le lien entre cyclogenèses et le cycle
de vie du blocage. D’un côté, plusieurs études montrent le lien entre le déclenchement de
cyclogenèses explosives sur l’est de l’Amérique du nord et la formation du blocage (Sanders
et Gyakum 1980, Colucci 1985, Crum et Stevens 1988, Colucci et Alberta 1996) qu’on
peut d’ailleurs facilement relié aux déferlements cycloniques qui se produisent à l’ouest du
futur blocage. De l’autre côté, l’étude de Michel et Rivière (2011) associe la destruction
du blocage à un déferlement cyclonique important globalement dans la même zone mais
légèrement décalée au sud-est du Groenland. Ainsi plusieurs questions se posent-elles
auxquelles la thèse de Clio Michel tentent d’y répondre. Qu’est ce qui différencie une
cyclogenèse qui forme et renforce le blocage de celle qui le détruit ? Ou encore peut-on
avoir formation du blocage sans le précurseur de grande échelle avec uniquement l’effet
d’un précurseur synoptique ?
L’existence de deux précurseurs successifs de nature différente a également été mise en
évidence dans le contexte de la PNA par Franzke et al. (2011) ; des anomalies convectives
dans les tropiques seraient à l’origine d’un train d’onde basse fréquence qui modifierait
ou préconditionnerait l’écoulement de grande échelle de façon à favoriser l’occurrence du
second précurseur de type synoptique qui aboutirait in fine à la pleine formation des
différentes phases de la PNA. Ce préconditionnement semble également intervenir dans
le cadre de la formation du blocage tandis que sa destruction semble être liée à un seul
précurseur d’échelle synoptique sans avoir de préconditionnement de plus grande échelle.
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 111
Le dernier maximum glaciaire (LGM pour “Last Glacial Maximum“) qui a eu lieu il
y a environ 21000 ans est l’un des climats passés les plus simulés. Ce climat sert entre
autre de référence aux modélisateurs pour évaluer la capacité des modèles à simuler un
climat très différent du climat présent. Depuis presque vingt ans, la communauté interna-
tionale s’est organisée autour du projet PMIP (Paleoclimate Modeling Intercomparison
Project) pour pouvoir faire des simulations des différents modèles avec des forçages com-
muns caractérisant un paléoclimat donné. Une première phase PMIP1 a eu lieu dans les
années 1990 (Joussaume et Taylor 1995) où les températures de surface de l’océan (SST)
112 Chapitre 4
étaient prescrites ou fournies par une dynamique simple de couche de mélange océanique
tandis que la seconde phase PMIP2 dans les années 2000 (Braconnot et al. 2007) reposait
sur des modèles de climat couplés de circulation générale de l’océan et l’atmosphère. Les
cas forcés de PMIP1 ont révélé une extension beaucoup trop grande de la glace de mer
dans l’Atlantique nord. Une autre différence de taille concerne la topographie des calottes
glaciaires puisque PMIP1 utilisait la reconstruction de Peltier (1994) tandis que PMIP2
la reconstruction de Peltier (2004). Des différences majeures apparaissent entre les deux
reconstructions puisque la hauteur de la calotte Laurentide (celle au dessus de l’Amérique
du nord) est de l’ordre de 2.5 kms pour la première reconstruction tandis qu’elle dépasse
4 kms pour la seconde (figure 4.9). Ces différences entre PMIP1 et PMIP2 ont abouti à
des changements majeurs dans la représentation de la circulation atmosphérique et les ré-
sultats de PMIP2 reflètent mieux les reconstructions climatiques notamment sur l’Europe
occidentale et la Sibérie (Kageyama et al. 2006, Braconnot et al. 2007). Dans la suite de
cette section, la discussion portera uniquement sur la circulation des moyennes latitudes
au LGM et en particulier sur les “eddy-driven jets“ et rails des dépressions.
a. ERA40
80
Latitude
60
40
20
0
50E 100E 150E 150W 100W 50W 0W
Longitude
Latitude
60 60
40 40
20 20
50E 100E 150E 150W 100W 50W 0W 50E 100E 150E 150W 100W 50W 0W
Longitude Longitude
Latitude
60 60
40 40
20 20
50E 100E 150E 150W 100W 50W 0W 50E 100E 150E 150W 100W 50W 0W
Longitude Longitude
Fig. 4.10 – Climatologie hivernale (DJF) du vent zonal (plages grisées, int : 10 m s−1 )
et des fréquences d’occurrence des déferlements anticyclonique (contours noirs, int : 0.05
jours−1 ) et cyclonique (contours blancs, int : 0.05 jours−1 ) détectés dans les zones de
renversement du gradient de vorticité absolue à 200hPa pour (a) ERA40, (b) et (c) les
simulations préindustrielle et LGM de l’IPSL, et (d) et (e) les simulations préindustrielle
et LGM du CNRM. Tiré de Rivière et al. (2010a).
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 113
Hall et al. (1996) et Kageyama et al. (1999b) ont été parmi les premiers à s’intéresser
aux rails des dépressions au cours du LGM pour lesquels on s’attend à des changements
majeurs puisque la source d’excitation des ondes est largement modifiée. La présence des
calottes glaciaires et de l’extension de la glace de mer tend à augmenter la baroclinie et à
l’étendre plus vers l’est. Ainsi Kageyama et al. (1999b) remarquent-ils une extension vers
le nord-est des rails des dépressions et des jets ainsi qu’une augmentation des l’activité
synoptique dans la majorité des modèles. Cependant, les résultats de cette étude qui
reposent sur les simulations PMIP1 ont été récemment largement remis en question par
les simulations PMIP2 (Li et Battisti 2008, Laîné et al. 2009).
Dans les simulations PMIP2, les rails des dépressions sont déplacés vers le sud-est par
rapport au climat présent et connaissent dans de nombreux modèles une baisse significa-
tive de leurs amplitudes, notamment sur l’Atlantique alors qu’il y a une forte croissance
de la baroclinie dans cette région. Cette baisse de l’activité synoptique est similaire à ce
qui se passe pour le rail des dépressions actuel du Pacifique qui connait une suppression
ponctuelle de son activité en pleine hiver alors que la baroclinie atteint son maximum d’in-
tensité (Nakamura 1992). Cette baisse d’activité se caractérise à la fois par un manque
d’activité ondulatoire entrant dans l’Atlantique en raison de la présence de la calotte Lau-
rentide (Donohoe et Battisti 2009) et à la fois par une baisse d’efficacité dans l’extraction
de l’énergie potentielle disponible par les ondes baroclines (Laîné et al. 2009). Mais les
raisons dynamiques de cette baisse d’efficacité restent encore à être identifiées.
Du côté des jets eux-mêmes, les changements sont moins importants dans les simula-
tions PMIP2 que dans les simulations PMIP1 entre climat actuel et climat du LGM (Li
et Battisti 2008, Laîné et al. 2009, Rivière et al. 2010a). Il y a généralement une extension
vers l’est et une accélération des courants-jets au coeur de ceux-ci mais très peu de diffé-
rence en position latitudinale entre le climat actuel et le climat du LGM comme on peut le
voir sur les modèles du CNRM et de l’IPSL sur la figure 4.10. On peut cependant remar-
quer une forte diminution des vents d’ouest du côté polaire des jets qui est accompagnée
logiquement d’une augmentation des déferlements cycloniques dans ces zones (comparer
le nombre de contours blancs entre les figures 4.10b et c et entre les figures 4.10d et e) ce
qui a également été vérifié sur les modèles anglais HadCM3 et japonais MIROC3.2 (Ri-
vière et al. 2010a). En d’autres termes, la largeur des courants-jets diminuent. La figure
4.10 montre également une rétraction des zones de déferlements anticycloniques même si
localement leur fréquence peut augmenter au LGM. Ceci suggère un manque de variabilité
dans l’occurrence des déferlements qui ont tendance à se produire plus ou moins tout le
temps au même endroit et qui se traduit par un manque de variabilité dans les fluctuations
des jets eux-mêmes (voir section suivante).
fréquence. Kageyama et al. (1999a) ont montré que les régimes de temps du LGM étaient
très différents de ceux du climat présent et que leurs centroids étaient déplacés vers l’est
ce qui n’est pas étonnant puisqu’ils sont étroitement liés aux rails des dépressions qui
eux mêmes s’étendent plus vers l’est. Les études plus récentes sur la variabilité basse
fréquence ont porté sur l’AO et la NAO. Justino et Peltier (2005) montrent à l’aide d’un
modèle couplé à basse résolution que la NAO du LGM est très différente de l’actuelle et
possède quatre centres d’action tandis que Justino et Peltier (2008) mettent en évidence
une intensification de l’AO en hiver au LGM avec le même modèle et forcé par la version
ancienne de la topographie (Peltier 1994). A l’inverse, les études de Otto-Bliesner et al.
(2006) et plus récemment de Lü et al. (2010) soulignent une atténuation des centres
d’action de l’AO mais ces deux dernières études prennent en compte la topographie de
Peltier (2004) contrairement aux deux précédentes. Lü et al. (2010) suggèrent que la plus
grande propagation verticale des ondes planétaires au LGM en raison de l’enneigement
important aurait tendance à diminuer la variabilité de l’AO.
L’étude de Rivière et al. (2010a) qui présente les résultats de 4 modèles PMIP2 diffère
en termes de résultats et d’interprétations de celle de Lü et al. (2010) qui pourtant utilise
également des modèles PMIP2. Ceci est d’autant plus curieux que 3 modèles sont en
commun. Dans Rivière et al. (2010a), il n’y a pas d’atténuation systématique des centres
d’action de l’EOF dominant de l’hémisphère nord du géopotentiel à 850 hPa alors que
Lü et al. (2010) montrent que cela se produit pour l’EOF de la SLP. D’autres différences
autres que le choix des variables pourraient provenir de la période choisie au sein de
chaque simulation. Toujours est-il qu’il existe tout de même un point commun dans les
deux articles, c’est le déplacement vers l’équateur des centres d’actions positifs des EOFs
et également du noeud des anomalies en passant du climat actuel au LGM. Le noeud des
anomalies de l’EOF de géopotentiel est généralement l’endroit où ses gradients sont les
plus forts. Il y a donc un déplacement vers l’équateur des gradients méridiens de l’EOF
dominant, c’est-à-dire en direction du coeur des jets. Cela signifie qu’au lieu de créer des
fluctuations latitudinales des jets, l’EOF dominant est associé plus à des accélérations et
des décélérations des jets.
Les résultats décrits précédemment pour l’AO restent qualitativement les mêmes pour
la NAO (figure 4.11). La figure 4.11a montre bien la fluctuation latitudinale des courants-
jets associée à la NAO dans les réanalyses ERA40. On note d’abord dans le cas des
simulations préindustrielles un affaiblissement des variations latitudinales des jets par
rapport aux réanalyses (l’écart de latitude entre les jets des phases opposées de l’EOF
dominant est environ 20◦ pour ERA40, 15◦ pour l’IPSL et 10◦ pour le CNRM, voir les
figures 4.11a, b et d). Cependant, ces variations sont plus fortes que celles du LGM qui
sont pratiquement inexistantes (figures 4.11c et e). A l’inverse du climat actuel, la NAO
du LGM se caractérise par des accélérations / décélérations ou plutôt des extensions /
rétractions longitudinales du jet atlantique. Les simulations PMIP2 des modèles HadCM3
et MIROC montrent la même tendance, une diminution des fluctuations latitudinales du
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 115
a. ERA40
35
Mean
30 NAO−
NAO+
25
15
10
−5
−10
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Latitude
15 15
10 10
5 5
0 0
−5 −5
−10 −10
0 10 20 30 40 50 60 70 80 0 10 20 30 40 50 60 70 80
Latitude Latitude
20 20
15 15
10 10
5 5
0 0
−5 −5
−10 −10
0 10 20 30 40 50 60 70 80 0 10 20 30 40 50 60 70 80
Latitude Latitude
20
15
10
−5
−10
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Latitude
Fig. 4.11 – Composites du vent zonal à 500 hPa moyennné zonalement entre 80◦ W et
0◦ W pour tous les mois d’hiver (ligne pleine épaisse), pour les mois de phase positive de
la NAO (ligne avec des cercles noirs) et les mois de phase négative (ligne avec des cercles
blancs). L’indice NAO est défini comme la première composante principale du géopotentiel
à 850 hPa sur l’Atlantique. (a) ERA40 (pourcentage de variance : 37.6%), (b) run IPSL
preindustriel (29.8%), (c) run IPSL LGM (39.0%), (d) run CNRM préindustriel (31.8%),
(e) run CNRM LGM (36.8%) et (f) run CNRM avec les conditions LGM sauf pour la
topographie qui est celle du climat préindustriel. Tiré de Rivière et al. (2010a).
116 Chapitre 4
Fig. 4.12 – Latitude du maximum du gradient de température à 700 hPa moyenné lon-
gitudinalement à l’entrée du rail des dépressions atlantiques (80◦ -60◦ W) en fonction des
saisons hivernales pour les runs CNRM LGM (ligne tiretée), CNRM préindustriel (ligne
pleine), CNRM avec les conditions LGM et la topographie préindustrielle (ligne pleine
fine). Tiré de Rivière et al. (2010a).
jet atlantique au LGM même si celles-ci restent non négligeables (Rivière et al. 2010a).
La simulation qui consiste à utiliser la topographie du climat préindustriel et à garder
tous les autres forçages du LGM (paramètres orbitaux, concentrations des gaz à effet de
serre et albedo) montre une NAO similaire à la simulation préindustrielle (comparer les
figures 4.11d,e et f). Ainsi la topographie est l’élément clé qui change la nature de la
NAO au LGM ce qui est d’ailleurs consistent avec d’autres modifications de la circulation
atmosphérique du LGM qui sont dominées par les effets de la topographie (Kageyama et
Valdes 2000, Justino et al. 2005, Justino et al. 2006).
L’interprétation fournie par Rivière et al. (2010a) est la suivante. La topographie liée
à la calotte Laurentide est responsable d’un maintien des gradients thermiques à la même
latitude à l’entrée de l’Atlantique alors que sans cette topographie les gradients fluctuent
beaucoup plus (figure 4.12). Les fluctuations de ces gradients sont quasi-nulles pour le run
LGM (traits tiretés) tandis qu’ils sont plus importants quand on force avec la topographie
industrielle (traits pleins fins et épais). Comme l’a montré l’étude de Rivière (2009) décrite
dans le chapitre précédent, la latitude de la baroclinie détermine en grande partie la nature
du déferlement plus en aval. Ainsi une latitude plus haute favorise-t-elle l’occurrence du
déferlement anticyclonique et un jet orienté SO-NE comme dans la phase positive de la
NAO actuelle. A l’inverse une baroclinie plus basse privilégie le déferlement cyclonique
et un jet zonal comme dans la phase négative de la NAO actuelle. Sans cette variabilité
latitudinale de la baroclinie à l’entrée des rails de dépressions, les déferlements ne changent
pas beaucoup en nature et le ”eddy-driven“ jet se positionne plus ou moins à la même
latitude mais connaît des extensions / rétractions. Tout comme pour la suppression de
l’activité synoptique en plein hiver, il est intéressant de faire le parallèle entre le LGM et
le Pacifique actuel. La variabilité dominante dans le Pacifique est associée à la PNA et
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 117
non pas à la NPO, c’est-à-dire à des extensions / rétractions de son jet plutôt qu’à des
fluctuations latitudinales.
Fig. 4.14 – Moyenne zonale climatologique sur toutes les saisons pour la période 1980-
1999 (plages colorées) et la différence entre 2080-2099 et 1980-1999 (contours noirs) pour
les scénarios A1B du (a), (c) CNRM et de (b), (d) l’IPSL. (a), (b) température moyenne
(int : 10◦ C) et anomalies (int : 1◦ C) ; (c), (d) vent zonal moyen (int : 10 m s−1 ) et anomalies
(int : 1 m s−1 ). (e), (f) mêmes variables et mêmes contours que pour (a), (c) et (b), (d)
mais simulations issues du modèle PUMA. (e) la température moyenne représentée est la
température de rappel pour le run de contrôle et les anomalies correspondent à la différence
de température de rappel du run modifié pour lequel on a augmenté la température dans
la haute troposphère tropicale et le run de contrôle. (f) pareil qu’en (e) mais pour le vent
zonal moyen obtenu à partir des deux simulations précédentes. Tiré de Rivière (2011).
120 Chapitre 4
Fig. 4.15 – Amplitude du vent méridien haute fréquence moyennée entre 200 et 500 hPa
(plages colorées) en fonction de la latitude et de la longueur d’onde zonale pour (a) la
période 1980-1999 du run CNRM (int : 1 m s−1 ), (b) la période 1980-1999 du run IPSL
(int : 1 m s−1 ) et (c) le run de contrôle de PUMA (int : 2 m s−1 ). Les anomalies sont
représentées par les contours noirs pour (a) la différence entre 2080-2099 et 1980-1999
des runs CNRM (int : 0.1 m s−1 ), (b) la différence entre 2080-2099 et 1980-1999 des runs
IPSL (int : 0.1 m s−1 ) et (c) la différence entre le run modifié avec augmentation de la
température de la haute troposphère tropicale et le run de contrôle de PUMA (int : 0.5
m s−1 ). Tiré de Rivière (2011).
formation N H/f (Kidston et al. 2010) qui correspond à l’échelle caractéristique des ondes
baroclines. Pour appuyer leur argument, les auteurs de la précédente étude montrent qu’il
y a une corrélation entre le pourcentage d’augmentation des échelles spatiales et celle de
la stabilité statique dans les sorties CMIP3. A noter que l’augmentation de la hauteur
de la tropopause entraîne également une augmentation des échelles spatiales (Williams
2006), qui là encore peut s’expliquer par l’augmentation du rayon de déformation qui est
proportionnel à la hauteur de la troposphère H. Cependant, deux raisons peuvent émettre
un doute sur l’un et l’autre des arguments. D’un côté, l’augmentation du rayon de défor-
mation tend à rendre moins instables les ondes baroclines alors qu’il y a augmentation de
l’activité synoptique dans les scénarios du réchauffement climatique. De l’autre, Yin (2005)
montre que les changements dans la baroclinie sont largement dominés par l’augmentation
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 121
- - - - -
Fig. 4.16 – (a) taux de croissance adimensionnel kci /(U Rd−1 ) en fonction du nombre d’onde
adimensionnel kRd dans le cadre du modèle QG à 3 niveaux pour (U1 , U3 ) = (U, −U )
(ligne rouge) et (U1 , U3 ) = (1.25U, −U ) (ligne noire) avec ≡ R22 /R12 = 0.4. (b) valeur
du gradient de PV adimensionnel ∂y Q/(U Rd−2 ) sur les trois niveaux pour les deux cas
précédents. U est l’échelle des vitesses et Rd = R2 l’échelle spatiale. U2 = 0 dans le cas
présent et le nombre d’onde méridien est considéré comme nul. Tiré de Rivière (2011).
correspond à la courbe noire sur la figure 4.16b a un gradient de PV qui change de signe
entre les deux niveaux les plus bas. Ceci est réaliste puisque le changement de signe du
gradient de PV est proche du niveau critique (le niveau vertical où le vent zonal est égal à
la vitesse de phase) qui dans les observations est généralement situé à 700 hPa. Le taux de
croissance associé (courbe noire sur la figure 4.16a) possède un nombre d’onde de coupure
au-delà duquel il n’y a pas d’instabilité. C’est le résultat bien connu des modèles d’in-
stabilité barocline classique qui peut facilement s’interpréter ; deux anomalies de petites
échelles situées de part et d’autre de la zone où le gradient de PV s’annule ayant de faibles
extensions verticales, ne peuvent pas induire dans le niveau opposé des vitesses perturbées
d’amplitude suffisamment grande pour advecter le PV de l’écoulement de base et ainsi
se renforcer mutuellement (cf. le raisonnement en PV de la section 1.4.2). En d’autres
termes, on dit que les ondes de petite échelle situées à différents niveaux verticaux ”ne se
voient pas“ (Hoskins et al. 1985).
En augmentant le vent en altitude U1 , on augmente la baroclinie d’altitude, le gradient
de PV devient plus fortement positif au niveau le plus haut tandis que celui du niveau in-
termédiaire décroît (cf. équation (4.9) ou la figure 4.16b). Les taux de croissance des deux
cas (figure 4.16a), celui de contrôle (en noir) et celui pour lequel la baroclinie d’altitude
est augmentée (en rouge) montrent que les plus grandes échelles sont plus instables et les
petites échelles moins instables quand la baroclinie d’altitude augmente. Cela peut facile-
ment s’interpréter en termes d’extension verticale. Les ondes de plus petite échelle ayant
une faible extension verticale puisent leur énergie à partir des deux niveaux adjacents qui
ont des gradients de PV de l’écoulement de base de signes opposés, c’est-à-dire 2 et 3. Elles
voient ainsi leur taux de croissance diminuer puisque le gradient du niveau 2 diminue et
celui du niveau 3 reste inchangé. En revanche, les plus grandes échelles n’étant pas limités
par leur extension verticale, elles peuvent extraire l’ensemble de l’énergie potentielle dis-
ponible dans l’écoulement qui augmente avec l’augmentation de la baroclinie d’altitude et
Rôle du rail des dépressions dans les climats passé, présent et futur 123
deviennent donc plus instables. C’est donc l’augmentation de la distance moyenne entre
des gradients de signes opposés qui stabilise les petites échelles. A l’inverse, si on aug-
mente la baroclinie des basses couches, les deux gradients adjacents et de signes opposés
augmentent et donc les petites échelles deviennent plus instables tandis que les grandes
échelles deviennent également plus instables puisque là aussi on augmente l’énergie poten-
tielle disponible. Les deux types de baroclinie jouent donc des rôles différents mais il est
bon de rappeler que les rôles pourraient s’inverser dans le cas où le niveau critique serait
situé entre les niveaux 1 et 2, ce qui bien entendu n’est pas le cas pour la troposphère
actuelle.
Pour conclure, une augmentation de l’échelle spatiale des ondes peut se produire en
raison de l’augmentation des gradients horizontaux de température dans la haute tropo-
sphère. Cette étude analytique fournit une nouvelle interprétation de l’augmentation de
l’échelle spatiale des ondes diagnostiquée dans les scénarios du changement climatique
qui diffère de l’argument reposant sur la stratification de Kidston et al. (2010) puisque
les rayons de déformation sont constants dans notre modèle. A noter qu’une étude des
modes normaux instables dans le cadre du GCM simple PUMA donne qualitativement
les mêmes évolutions des taux de croissance en fonction des longueurs d’onde que dans le
modèle QG à 3 niveaux.
PUMA
des basses couches, qui rappelons le se produit dans les scénarios de l’hiver boréal, induit
un déplacement vers l’équateur des jets et une décroissance de l’énergie cinétique sans
sélection d’échelle ce qui est consistent avec les simulations aquaplanètes de Kodama et
Iwasaki (2009). Celle-ci s’accompagne d’une diminution des flux vers les pôles ainsi que
des flux vers l’équateur mais comme les flux vers les pôles ont de plus forte amplitude
en générale, leur diminution est plus forte que les flux vers l’équateur entrainant ainsi
un déplacement vers l’équateur des jets. Pour conclure, l’étude de Rivière (2011) met
en évidence le rôle séparé que joue la baroclinie d’altitude et la baroclinie des basses
couches. L’augmentation des deux baroclinies induit chacune un déplacement vers les pôles
des jets ; la baroclinie d’altitude crée une sélection d’échelle qui favorise le déferlement
anticyclonique au détriment du déferlement cyclonique tandis que la baroclinie des basses
couches augmente l’énergie cinétique de toutes les échelles mais, comme le déferlement
anticyclonique domine en général, cela induit également un déplacement vers le pôle.
D’autres facteurs et mécanismes ont été proposés pour expliquer le déplacement des
jets vers les pôles. Lorenz et DeWeaver (2007) montrent qu’une augmentation de la hauteur
de la tropopause peut en être la cause sans pour autant proposer de mécanisme. Chen et
al. (2008) et Lu et al. (2008) suggèrent que l’intensification des vents d’altitude pourrait
engendrer une croissance des vitesses de phase et donc un déplacement vers les pôles des
126 Chapitre 4
latitudes critiques subtropicales. A noter que cette façon d’argumenter est très proche de
celle de Kidston et al. (2011) mais aboutit pourtant à une conclusion bien différente. Enfin,
l’augmentation de la stabilité statique dans les zones subtropicales pourrait diminuer
la génération des ondes baroclines du côté équatorial des jets, poussant ainsi les zones
d’excitation et les jets vers les pôles (Lu et al. 2008, Lu et al. 2010).
L’avantage de l’explication proposée par Rivière (2011) est qu’elle présente une théo-
rie unifiée car elle fournit également une explication aux déplacements des jets troposphé-
riques vers les pôles qui a eu lieu dans la seconde moitié du 20ème siècle dans l’hémisphère
sud. Comme le montrent Polvani et al. (2011), c’est la décroissance de l’ozone dans la haute
troposphère et la basse stratosphère polaire qui est le responsable principal du déplace-
ment observé des jets austraux et non pas l’augmentation des gaz à effet de serre. Le trou
d’ozone est responsable d’une décroissance de la température dans la haute troposphère
polaire qui tend à augmenter la baroclinie d’altitude tout comme le réchauffement de la
haute troposphère tropicale par les gaz à effet de serre. Ainsi l’augmentation de la barocli-
nie d’altitude pourrait-elle expliquer également le déplacement observé des jets austraux.
En revanche, cela ne peut expliquer le déplacement plus marqué dans les scénarios du cli-
mat futur dans l’hémisphère sud puisqu’on s’attend à un recouvrement du trou d’ozone.
De ce point de vue, il n’est pas sûr que la dynamique du recouvrement ait été bien simulée
dans les scénarios CMIP3 et semble important à vérifier dans les futurs scénarios.
termes croisés haute fréquence. Ceci est d’autant plus déroutant qu’un déferlement est
censé d’abord représenter une anomalie qui se projette sur la haute fréquence et ensuite
sur la basse fréquence. Cet aspect reste à éclaircir dans de futures études.
Les facteurs influençant les différents types de déferlement ont été utilisés également
pour étudier les différences de climatologies et de variabilité basse fréquence entre diffé-
rents climats. L’amplification des variations latitudinales des jets dépend en grande partie
de celle de la baroclinie à l’entrée des rails des dépressions. Une baroclinie de basse latitude
favorise le déferlement cyclonique et la formation d’un jet zonal tandis qu’une baroclinie
de haute latitude favorise le déferlement anticyclonique qui crée ainsi un jet orienté sud-
ouest nord-est. En raison de la haute topographie des calottes glaciaires, les fluctuations
de la baroclinie sont fortement diminuées au LGM ce qui expliquerait les plus faibles
fluctuations latitudinales des ”eddy-driven jets” et des oscillations plus caractérisées par
des accélérations / décélérations des jets. Il sera bien évidemment important de confirmer
ces résultats avec les nouvelles simulations couplées du LGM mais également en faisant
des études systématiques idéalisées incorporant différents types de topographie. Il s’agira
en particulier d’analyser le rôle de la topographie dans la perte d’efficacité des ondes à
extraire de l’énergie potentielle disponible ainsi que dans les fluctuations basse fréquence
plus en aval. Cela aura un intérêt non seulement pour le LGM mais également pour com-
prendre la différence de comportement entre le Pacifique nord et l’Atlantique nord du
climat présent.
Les scénarios du climat futur nous ont permis d’illustrer l’importance de l’échelle spa-
tiale des ondes dans la détermination du déferlement et son action sur les “eddy-driven
jets”. Cependant, le mécanisme proposé n’est pas censé être l’unique facteur participant
au déplacement vers les pôles des jets. De plus, ce déplacement doit être pris avec pru-
dence car comme le montre la simulation IPSL dans l’hémisphère nord, bien qu’il y ait
une augmentation de la baroclinie d’altitude, elle ne se traduit pas forcément par un dé-
placement vers les pôles des jets. D’autres mécanismes pourraient être en compétition
notamment, l’effet direct de la vapeur d’eau qui rappelons le encore aurait tendance à
amplifier les cyclones au détriment des anticyclones, donc à favoriser le déferlement cy-
clonique (Orlanski 2003, Laîné et al. 2009) ce qui aboutirait à l’effet inverse sur les jets.
Enfin, la prudence doit être de mise également quant à la capacité des modèles IPCC à
représenter jusqu’à présent les effets liés à l’ozone et notamment le recouvrement du trou
d’ozone dans l’hémisphère sud qui aurait tendance à ramener les jets vers l’équateur.
128 Chapitre 4
Conclusions et perspectives
A l’heure du développement de modèles de plus en plus sophistiqués et de simulations
climatiques comprenant de plus en plus d’interactions entre les différentes composantes
du système terre, et à l’heure où la modélisation des phénomènes est devenue tristement
prioritaire devant leur compréhension, l’objectif principal du présent manuscrit a été de
montrer l’intérêt d’aborder les problèmes de processus par une hiérarchie de modèles
allant du plus simple au plus complexe. Le modèle le plus simple possible est nécessaire
pour savoir si tel paramètre est capable à lui tout seul de rendre compte du phénomène
escompté et le modèle sophistiqué permet de valider si l’effet de ce même paramètre
est bien le principal pour expliquer le phénomène en question lorsque toutes les autres
composantes du système terre sont incluses.
Les études d’instabilités, qu’elles soient modales ou non, sont caduques pour rendre
compte de la complexité du cycle de vie des dépressions réelles. Celui-ci dépend en grande
partie de l’interactions nonlinéaires entres des anomalies d’amplitude finie évoluant dans
un environnement de grande échelle spatialement complexe. Le chapitre 2 a montré que
le modèle QG à deux couches de Phillips (ou tout autre équivalent comme le modèle
d’Eady) était le modèle le plus simple pour reproduire en grande partie ces interactions
nonlinéaires et notamment la phase de traversée du courant-jet par les dépressions. Si il
est vrai que les études d’instabilité ont donc fait leur temps pour un certain nombre de
problèmes, il ne faut pas généraliser trop vite et rejeter systématiquement cette approche
par pur dogmatisme. Avec l’apparition de nouvelles problématiques, notamment celles
liées au réchauffement climatique, on s’aperçoit que certaines études simples de modes
normaux n’ont pas été abordées. L’effet de la baroclinie d’altitude étudié dans le cadre
du modèle QG à 3 couches sur plan f en est une parfaite illustration. Ou encore les
différences de structures entre modes normaux créées par des jets localisés à différentes
latitudes dans le cadre des équations primitives sont également révélatrices de certaines
asymétries fines qui existent déjà dans le cadre linéaire. Ces nuances dans les structures
des petites perturbations s’accentuent au cours de leur évolution nonlinéaire et permettent
ainsi de mieux comprendre la rétroaction des ondes baroclines sur l’écoulement de base
au cours des différentes phases des téléconnexions. Les modes normaux peuvent donc être
encore utiles pour comprendre l’influence d’un paramètre donné et sont sans aucun doute
le premier niveau de compréhension et de vérification du rôle joué par ce dit paramètre.
Suivant le même état d’esprit qui consiste à vouloir reproduire un phénomène observé
dans le cadre numérique le plus simple possible, voici les différentes perspectives ouvertes
par le présent travail :
– Reproduire dans un cadre idéalisé certaines régions de forte croissance des dépres-
sions comme les régions baroclines critiques. Le modèle le plus simple devrait être
le modèle semi-géostrophique à tourbillon potentiel uniforme en présence de régions
confluentes et diffluentes. Cette approche permettrait notamment de reproduire de
la manière la plus simple possible le scénario de la phase de croissance explosive des
129
130 Conclusions et perspectives
son jet, tandis que l’Atlantique par des fluctuations latitudinales. Cette différence
semble provenir en grande partie de la différence d’intensité des cellules de Hadley
dans les deux domaines océaniques comme cela a été suggéré par Eichelberger et
Hartmann (2007). Ces différents aspects sont actuellement revisités par Clio Michel
dans des simulations d’une version aquaplanète du modèle ARPEGE.
– Approfondir notre compréhension du cadre dans lequel les ondes synoptiques per-
mettent la transition d’un régime à un autre. L’article de Michel et Rivière (2011)
issu de la thèse de Clio Michel suggère qu’il existe des précurseurs de grande échelle,
comme les trains d’ondes planétaires déclenchés par la convection tropicale, qui fa-
voriseraient ensuite l’occurrence d’un certain type de déferlement pour aboutir à la
transition de régime. Mais d’autres précurseurs de grande échelle n’ont pas été abor-
dés comme celui de la stratosphère. Le stage de master de Stéphane Beck suggère que
le passage rapide en phase négative de la NAO en décembre 2009, qui a abouti à un
hiver 2009-2010 très froid en Europe, est lié à un ou deux déferlements cycloniques
qui seraient eux-même favorisés par des réchauffements stratosphériques soudains.
Ce type de scénario en deux temps, d’abord un précurseur de grande échelle qui favo-
riserait ensuite l’occurrence d’un précurseur synoptique pour terminer la transition,
devrait être abordé dans des configurations numériques simples à l’avenir.
– Enfin, étudier différents aspects du réchauffement climatique à partir d’une hiérar-
chie de modèles. L’interprétation dynamique proposée par Rivière (2011) reste à être
confirmée. Il sera important de déterminer pourquoi El Nino qui tend également à
réchauffer la haute troposphère tropicale aboutit à un déplacement vers l’équateur
des jets alors que le réchauffement de la haute troposphère tropicale dans les scé-
narios du 21ème siècle s’accompagne d’un déplacement vers les pôles. L’explication
semble résider dans la largeur du réchauffement ; pour El Nino, les gradients de tem-
pérature s’accroissent dans les régions subtropicales alors que pour le réchauffement
climatique cela se passe aux moyennes latitudes. Cette hypothèse reste en tous les
cas à confirmer. De plus, pour conforter le mécanisme proposé, il faudra vérifier un
certain nombre de corrélations dans les simulations CMIP5, notamment entre l’aug-
mentation de la baroclinie d’altitude, l’augmentation de la distance verticale entre
gradients de PV de signes opposés, l’augmentation de l’échelle spatiale des ondes
baroclines et enfin le déplacement vers les pôles des jets.
132 Conclusions et perspectives
Liste des acronymes
AAO Antarctic Oscillation
ANR Agence Nationale de la Recherche
AO Arctic Oscillation
ARPEGE Action de Recherche Petite Echelle Grande Echelle (modèle global de Météo-
France)
BcCR “Baroclinic critical region” ou Région Barocline Critique
BtCR “Barotropic critical region” ou Région Barotrope Critique
CEPMMT Centre Européen pour les Prévisions Météorologiques à Moyen Terme
CMIP3 or CMIP5 Coupled Model Intercomparison Project Phase 3 or 5
CNRM/GAME Centre National de Recherches Météorologiques / Groupe d’études de
l’Atmosphère MétéorologiquE
DJF Décembre-Janvier-Février
EGU European Geophysical Union
ENM Ecole Nationale de la Météorologie
ENSO El Nino Southern Oscillation
EOF Empirical Orthogonal Functions
FASTEX Fronts and Atlantic Storm-Track Experiment
GCM General Circulation Model
GFDL Geophysical Fluid Dynamics Laboratory
GFD Geophysical Fluid Dynamics
INSU Institut National des Sciences de l’Univers
IPCC Intergovernmental Panel on Climate Change
IPSL Institut Pierre Simon Laplace
JJA Juin-Juillet-Août
LEFE/IDAO Les Enveloppes Fluides et l’Environnement/Interactions et Dynamique de
l’Atmosphère et l’Océan
LGM Last Glacial Maximum
LMD Laboratoire de Météorologie Dynamique
M2OASC Master 2ème année Océan, Atmosphère et Surfaces Continentales
MJO Madden-Julian Oscillation
133
134 Acronyme
a rayon de la terre
f paramètre de Coriolis
β = ∂y f paramètre beta
N fréquence de Brunt Väisälä
Rd rayon de déformation de Rossby
R constante spécifique de l’air sec
Cp chaleur spécifique de l’air sec à pression constante
θR température potentielle de référence (fonction de la pression)
ps pression de surface
h = R/p(p/ps )R/Cp paramètre variant avec la pression
q
s = −h ∂θ R
∂p
paramètre de stratification
Opérateurs
Variables
ϕ latitude
λ longitude
q vorticité potentielle
ψ fonction de courant
135
136 Notations
Φ géopotentiel
θ température potentielle
T température
u vitesse zonale
v vitesse méridienne
ω vitesse oméga (coordonnées pression)
η vorticité absolue
Liste des modèles et données météorolo-
giques utilisées
Entre parenthèses, les articles utilisant le modèle ou le type de donnée en question.
Modèles
– Modèle quasi-géostrophique barotrope sur plan f ou plan β (Gilet et al. 2009, Oruba
et al. 2011).
– Modèle quasi-géostrophique barotrope sur la sphère (Rivière 2008).
– Modèle quasi-géostrophique à 2 niveaux sur plan f ou plan β (Gilet et al. 2009).
– Modèle quasi-géostrophique à 3 niveaux sur plan f ou plan β (Rivière 2011).
– Modèle quasi-géostrophique à 3 niveaux sur la sphère de Marshall et Molteni (1993)
(Rivière 2009).
– Modèle régional nonhydrostatique du GFDL (ZETAC) adapté à un domaine atlan-
tique étendu (Rivière et Orlanski 2007).
– Modèle simple aux équations primitives sur la sphère PUMA de Fraedrich et al.
(2005) (Rivière 2009, Rivière 2011).
– Sorties de modèles de climat (ARPEGE et LMDZ essentiellement) (Rivière et al.
2010a, Rivière 2011).
– Modèle global ARPEGE opérationnel (Rivière et al. 2010b).
137
138 Bibliographie
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