Fêtes juives d’automne: les voeux du pape
François
Rosh haShana, Yom Kippour et Soukkot
SEPTEMBRE 05, 2021 14:25ANITA BOURDINANGÉLUS, JUDAÏSME, PAPE FRANÇOIS
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Le pape François a exprimé ses voeux aux communautés juives qui fêtent
le Nouvel An juif et le Grand Pardon, et ensuite la fête des Tentes, Soukkot.
Après l’angélus de ce dimanche 5 septembre 2021, le pape a adressé ses
voeux, en disant en italien: « Dans les prochains jours, c’est le Nouvel An
juif, Rosh haShana. Et puis les deux fêtes de Yom Kippour et de Soukkot.
J’adresse mes vœux les plus sincères à tous les frères et sœurs de la
religion juive : que la nouvelle année soit riche en fruits de paix et de bien
pour tous ceux qui marchent fidèlement dans la Loi du Seigneur. »
Rosh hashana, c’est le commencement de l’année juive, le Yom kippour,
jour des Expiations, et Soukkot, rappelait le regretté p. Michel Remaud
(1940-2021) dans Zenit, en 2007. Voici sa présentation.
Le mois de tishri, considéré aujourd’hui comme le premier de l’année juive,
est aussi celui qui est le plus riche en fêtes liturgiques ; richesse qu’il est très
difficile de faire sentir en quelques lignes.
Rosh ha-shana, le commencement de l’année
Le premier jour du mois est désigné par l’expression Rosh ha-shana, c’est-à-
dire le commencement (la « tête ») de l’année. La tradition juive accorde à
cette fête une signification multiple. C’est d’abord le jour où Dieu juge le
monde et où tous les mortels défilent un à un devant lui, selon l’expression
du Talmud. Au terme de ce jugement, le sort de chacun est fixé pour l’année
qui commence. En réalité, le jugement n’est prononcé ce jour-là que pour
les justes parfaits, qui sont innocents, et pour les méchants endurcis, qui se
ferment au repentir. Pour les « intermédiaires » — et tout croyant doit
présumer qu’il se range dans cette catégorie — , Rosh-hashana ouvre une
période de sursis de dix jours, dont il sera question plus loin, que chacun
doit mettre à profit pour se repentir. C’est aussi le 1er tishri, que fut créé
l’homme ; ce jour marque donc l’achèvement de la création. Depuis
l’époque talmudique, c’est le jour où l’on commémore le sacrifice, ou plutôt
la « ligature » d’Isaac, dont les sources disent qu’il s’est offert librement. La
corne de bélier, le shofar, dont la sonnerie marque la liturgie de ce jour, doit
rappeler à Dieu le bélier qui, selon le livre de la Genèse, fut offert à Dieu à la
place d’Isaac. Pour toutes ces raisons, Rosh ha-shana est aussi appelé
dans les sources « le jour du souvenir » : mémorial de la création ; souvenir
du jour où l’homme, à peine créé, fut jugé et gracié ; jour où Dieu fait
mémoire des œuvres de chacun ; mémorial du sacrifice volontaire d’Isaac,
dont l’offrande spontanée doit plaider auprès du Créateur en faveur de ses
descendants.
Les « jours redoutables »
Rosh ha-shana inaugure une période de dix jours, dits « jours redoutables »,
marqués essentiellement par la nécessité du repentir. Le prières de
repentance occupent une place particulière dans la prière liturgique de cette
période. Pendant ces dix jours, chacun est invité à se mettre en paix avec
son prochain. Dieu ne peut pardonner que les fautes commises envers lui.
Les offenses commises contre le prochain ne peuvent être pardonnées que
par l’offensé, et nul ne peut prétendre au pardon divin s’il n’est en paix avec
ses frères. Cette exigence du pardon mutuel est généralement prise très au
sérieux et la période des « jours redoutables » est souvent l’occasion de
véritables réconciliations.
Le « Kippour »
Le dix du mois est célébré le Jour des expiations, Yom hakkipourim ou, plus
simplement, Yom kippour ou Kippour, journée de jeûne intégral et de
pénitence. Jusqu’à la destruction du Temple, la liturgie de ce jour, assez
complexe, occupait toute la journée et son poids reposait essentiellement
sur le grand prêtre. Elle était marquée notamment par les sacrifices du
bouc et du taureau (cf. Lv 16), auxquels fait allusion l’épître aux Hébreux, et
par l’expulsion vers le désert du bouc émissaire, chargé des péchés du
peuple. Aujourd’hui, la prière synagogale supplée à la liturgie du Temple, et
les longues litanies pénitentielles, très répétitives, ainsi que les chants
liturgiques propres à ce jours, remplissent presque sans interruption une
journée dont le croyant passe la plus grande partie à la synagogue. Au
terme de la journée, lorsque retentit la sonnerie du shofar, il est d’usage de
s’adresser mutuellement le vœu de « hatima tova », par lequel on souhaite
que le sort de chacun soit scellé pour le meilleur dans l’année qui
commence.
La fête de Soukkot
Le quinze de tishri commence la fête de Soukkot, qui dure une semaine
comme celle de la Pâque, et qui est désignée souvent dans les traductions
et le vocabulaire chrétiens par l’expression de « fêtes des Tentes », à partir
du grec, ou des Tabernacles, d’après le latin, ou Scénopégie dans les
anciennes traductions. De tout le calendrier juif, c’est la fête la plus riche en
symboles. Le nom de la fête est dû au précepte biblique d’habiter pendant
une semaine sous des huttes (Lv 23, 34-36 et parallèles). Ces huttes
(sukkot, succa au singulier) qui doivent être provisoires et non fixes (dès la
fin de la fête de kippour, on doit s’activer pour commencer à les construire
et les décorer) veulent rappeler les quarante ans au cours desquels Israël a
vécu dans le désert sous des abris précaires. On doit y prendre au moins
les repas festifs, mais certains y passent même la nuit. En même temps, le
toit à claire-voie, à travers lequel on doit apercevoir les étoiles, doit rappeler
qu’Israël n’a d’autre véritable protection que la nuée divine, qui est la
véritable succa. À partir du prophète Zacharie, cette fête, qui est à l’origine
une fête agraire marquant la rentrée des récoltes, acquiert une signification
eschatologique et annonce le rassemblement des peuples à la fin des
temps (Za 14,16-19).
À la synagogue, la liturgie est marquée par l’usage du lulav, faisceau de
branches de saule, de myrte et de palmier, porté en procession avec
l’éthrog, une variété de gros citron, selon le précepte de Lévitique 23,40. À
partir du verset biblique « Vous vous réjouirez devant le Seigneur votre Dieu
pendant sept jours » (Lv 23,40), on considère que la joie, en tant que telle,
fait l’objet d’un précepte positif, et que l’on enfreint ce précepte en étant
triste pendant cette période. Le Talmud de Jérusalem dit que la fête de
Soukkot, à l’époque du second Temple, « était une fête dont on ne pouvait
se faire aucune idée si on ne l’avait pas vue et dont rien n’approchait en fait
de réunion joyeuse. » Le dernier jour de la fête, le plus solennel (cf. Jn 7,37)
est désigné par l’expression de « Hoshana rabba », le grand hosanna. Ce
jour-là, la « procession des rameaux » fait sept fois le tour de la synagogue.
Cette journée de fête se termine par une prière pour demander la pluie, qui
n’est pas tombée, en terre d’Israël, depuis le printemps (mais on ne doit pas
la demander tant qu’on doit prendre les repas sous la succa !). On peut dire
ici un mot rapide sur le rapport entre Soukkot et l’eau. À l’époque du second
temple, on descendait solennellement à la piscine de Siloé pour y puiser de
l’eau et le cortège accompagnant le prêtre portant la cruche remontait au
son des trompettes vers le Temple, où l’eau était répandue en libation. Les
commentaires de l’époque, auxquels fait écho l’évangile de Jean (7,37-39)
voient dans l’eau le symbole de l’Esprit saint, qui est la cause de la joie
caractéristique de Soukkot : l’Esprit saint, dit le Talmud, ne peut reposer que
sur un cœur joyeux. En puisant l’eau à Siloé, on puisait l’Esprit saint. On
interprète ainsi le verset d’Isaïe « Dans la joie, vous puiserez les eaux aux
sources du salut (Is 12,3).
Le septième et dernier jour de Soukkot est suivi d’une fête supplémentaire,
« Shemini atséret » (Nb 29,35), huitième jour, en quelque sorte, d’une fête
qui en compte sept. Cette fête coïncide en Israël avec la fête, d’institution
beaucoup plus récente de « Simhat Torah », célébrée le lendemain en
diaspora. On lit ce jour-là les derniers versets du Deutéronome et les
premiers de la Génèse, pour manifester que la lecture de la Tora se fait
sans interruption.
Le Nouveau Testament contient plusieurs allusions à la fête de Soukkot : la
parole de Jésus sur l’eau et l’Esprit, déjà signalée ; les récits de la
transfiguration, où Pierre propose de dresser trois tentes (Mt 17,1-9) ;
l’entrée de Jésus à Jérusalem (Mt 21,8) ; le passage de l’Apocalypse où les
élus se tiennent avec des palmes à la main (Ap 7,9), et probablement
d’autres passages où des allusions voilées à Soukkot, et aux fêtes
d’automne en général, doivent être déchiffrées.