Monotonicité des préférences du consommateur
Monotonicité des préférences du consommateur
pierre granier
Décembre 2009
Ces notes de cours sont destinées à vous aider dans vos
révisions.
Elles ne peuvent remplacer le cours. Les graphiques n’ont pas
été reproduits, la rédaction est très approximative, la
ponctuation pour ainsi dire inexistante. La dernière sous
section sur le surplus du consommateur est absente. De très
nombreuses fautes et coquilles subsistent ce dont vous voudrez
bien me pardonner. En dépit de ces lacunes, j’espère que ces
notes vous seront utiles.
1
1 Les préférences du consommateur
La base de la théorie du consommateur se situe dans l’expression de ses
préférences sous la forme d’une simple classi…cation. L’application du principe
de rationalité revient à admettre que le consommateur est capable d’envisager
toutes les alternatives qui s’o¤rent à lui, de les comparer 2 à 2, de faire état
d’une préférence faible pour l’une d’entre elles et de choisir, parmi l’ensemble
des alternatives accessibles compte tenu des di¤érentes contraintes, celle qu’il
préfère au total.
Les alternatives en question peuvent être de natures très diverses. Il
est commode et usuel de considérer qu’il s’agit de paniers de consommation
comprenant une certaine quantité de di¤érents biens.
Une alternative A (le panier de consommation A) est donc formellement
décrit par un vecteur A(xa1 ; xa2 ; :::::; xan )
où xai est la quantité de bien i que comprend le panier a
Le consommateur est supposé capable de classer tous les paniers de con-
sommation 2 à 2 à partir d’une relation binaire exprimant une préférence
faible et notée < Si A < B cela signi…e qu’entre le panier A et le panierB, le
consommateur est indi¤érent ou préfère le panier A
Les préférences du consommateur sont supposées véri…er certaines hy-
pothèses fondamentales quali…ées parfois d’axiomes de la théorie du consom-
mateur
2
Le dernier axiome impose la transitivité des préférences. Il s’agit cer-
tainement de l’axiome le plus fragile des trois. Cet axiome stipule donc que
si un consommateur préfère faiblement une alternative à une autre et qu’il
préfère également faiblement cette autre alternative à une troisième, alors il
préfère faiblement la première à la dernière.
Cette hypothèse est loin d’être incontournable du point de vue de la
logique pure. Elle est toutefois indispensable pour que le consommateur soit
apte à opérer des choix rationnels dès lors qu’il est confronté à plus de 2
alternatives car aucune ne serait alors préférée faiblement aux autres.
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1.2.1 Monotonicité et convexité des préférences : les preférences
normales
Il semble raisonnable de supposer que si un panier de consommation com-
prend, par rapport à un autre, une quantité plus importante d’au moins un
bien et pas moins d’un autre bien, ce panier est strictement préféré à l’autre.
Autrement dit, tout les biens sont désirables et un consommateur préfère tou-
jours consommer davantage.d’un même bien à consommation non inférieure
des autres biens Cette hypothèse usuelle est connue sous le nom d’hypothèse
de monotonicité des préférences ou encore hypothèse de non saturation des
besoins. Formellement cette hypothèse s’écrit: Soit A(xa1 ; xa2 ) et B(xb1 ; xb2 )
deux paniers de consommation. Si xa1 > xb1 et xa2 xb2 ou si xa1 xb1 et
xa2 > xb2 alors A B qui se lit : le panier A est strictement préféré au panier
B.
Cette hypothèse a d’importantes conséquences sur la forme des courbes
d’indi¤érence et sur les relations liant deux paniers de consomation situés sur
des courbes d’indi¤érence distinctes. Cette hypothèse implique tout d’abord
que si A B et si xa1 > xb1 alors xb2 > xa2 Autrement dit, si deux paniers sont
situés sur une même courbe d’indi¤érence et qu’un panier comporte davan-
tage d’un bien alors la quantité de l’autre bien est plus importante dans le
second panier. Il en résulte que les courbes d’indi¤érence sont décroissantes.
Cette hypothèse implique également qu’un panier de consommation situé
sur une courbe d’indi¤érence plus élevée qu’un autre panier est strictement
préféré à ce dernier.
L’hypothèse de non saturation des besoins assure donc que l’ensemble
des paniers de consommation faiblement préférés à un panier donné com-
prend tous les paniers situés sur la même courbe d’indi¤érence et ceux situés
au dessus de cette courbe. De ce point de vue une courbe d’indi¤érence
représente la frontière de l’ensemble des paniers faiblement préférés à un
panier donné.
4
Deux formes de convexité doivent être distinguées : la convexité et la
stricte convexité.
Des préférences sont dites convexes si 8A; B véri…ant A < B et 8 2 [0; 1]
A + (1 )B < B
Autrement dit des préférences sont convexes si toute combinaison convexe
de deux paniers de consommation est faiblement préférée au moins désirable
des deux paniers.
(Rappel: une combinaison convexe est une combinaison linéaire à coe¢ -
cient positif ou nul dont la somme des coe¢ cients est égale à 1)
Il est facile de voir que l’hypothèse de convexité des préférences implique
que l’ensemble des paniers faiblement préférés à un panier donné est un
ensemble convexe.
(Rappel : un ensemble est un ensemble convexe si toute combinaison
convexe de deux éléments de l’ensemble appartient à l’ensemble)
Soit J(B) l’ensemble des paniers faiblement préférés à B. Soit A et C
deux paniers appartenant à cet ensemble et véri…ant donc : A < B et C < B
La convexité des préférences implique A + (1 )C < A ou C et donc
A + (1 )C < B:
Toute combinaison convexe de deux éléments de l’ensemble J(B) appar-
tient donc à cet ensemble.
5
érons deux paniers A et C situés sur la même courbe d’indi¤érence que B.
Graphiquement toutes les combinaisons convexes de A et C sont situées sur
le segment de droite [A; C]:La convexité des préférences implique qu’aucun
point de ce segment ne se trouve sous la courbe d’indi¤érence. Cette dernière
peut donc être une droite. La stricte convexité des préférences implique que
tout le segment de droite se situe au dessus de la courbe d’indi¤érence passant
par A et C. Les courbes d’indi¤érence sont alors nécessairement convexes
par rapport à l’origine.
Lorsque les préférences sont convexes mais non strictement convexes, les
courbes d’indi¤érences comportent une partie droite.
Lorsque les préférences véri…ent l’hypothèse de monotonicité et de stricte
convexité elles sont quali…ées de préférences normales. Des préférences nor-
males peuvent donc être représentées par des courbes d’indi¤érence décrois-
santes et convexes.
2 L’utilité
La notion d’utilité est très fréquemment utilisée en économie bien qu’il ne
s’agisse pour l’essentiel que d’une manière pratique de représenter les préférences.
Son principal intérêt est de permettre l’usage d’outils mathématiques simples.
Deux signi…cations très distinctes peuvent être attribuées à l’utilité. Selon
une première conception "minimaliste", l’utilité ne sert qu’à représenter l’ordre
dans lequel le consommateur classe les di¤érentes alternatives en fonction de
ses préférences. L’utilité asociée à l’ensemble des alternatives ne doit donc
permettre que de dé…nir leur classement dans l’ordre des préférences. Le
niveau d’utilité n’a en soit aucune signi…cation. On parle alors et pour cette
raison d’utilité ordinale.
Selon la seconde conception, l’utilité doit permettre de dire si une alter-
native est préférée à une autre et combien de fois elle est préférée. Le niveau
d’utilité a donc une signi…cation précise et on parle alors d’utilité cardinale.
Cette conception assez discutable de l’utilité n’est pas utile tant que l’on
s’intéresse au comportement d’un consommateur évoluant dans un univers
certain et nous nous en tiendrons donc à une conceprion ordinale de l’utilité.
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2.1 La fonction d’utilité
La fonction d’utilité associe à chaque panier de biens une valeur réelle de
sorte que si un panier est préféré à un autre, l’utilité associée au premier est
supérieure à celle associée au second.
Suivant la conception ordinale de l’utilité, seul importe que le rapport
des utilités soit supérieur ou inférieur à 1. Il en résulte qu’une in…nité de
fonctions d’utilité peuvent représenter les mêmes préférences.
Soit U (x1 ; x2 ) la fonction d’utilité. A(xa1 ; xa2 ) B(xb1 ; xb2 ) , U (xa1 ; xa2 )
U (xb1 ; xb2 ):
Comme toute transformation monotone croissante de la fonction d’utilité
modi…e les niveaux d’utilité sans modi…er le signe de la di¤érence de ces
niveaux, toute modi…cation monotone croissante d’une fonction d’utilité représente
exactement les mêmes préférences.
Par exemple, la fonction d’utilité V HU (x1 ; x2 ) + c avec H > 0
représente les mêmes préférences que la fonction U (x1 ; x2 ):
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Par ailleurs, L’utilité associée à une combinaison convexe de ces deux
paniers est : xa1 + (1 )xb1 + xa2 + (1 )xb2 = (xa1 + xa2 ) + (1 )(xb1 + xb2 ):
Si les deux paniers considérés sont indi¤érents (xa1 + xa2 ) = (xb1 + xb2 ) d’où
il résulte : (xa1 + xa2 ) + (1 )(xb1 + xb2 ) = (xa1 + xa2 ) = (xb1 + xb2 )
Une combinaison convexe de 2 paniers n’est donc pas strictement préférée
au moins désirable d’entre eux ce qui signi…e que les préférences représentées
par cette fonction d’utilité ne sont pas strictement convexes. Elles sont par
contre simplement convexes.
Cette propriété des courbes d’indi¤érence est bien entendu véri…ée pour
des fonctions d’utilité plus générales de la forme U (x1 ; x2 ) = ax1 + bx2 avec
a; b > 0: L’équation d’une courbe d’indi¤érence devient U (x1 ; x2 ) = ax1 +
bx2 = k Soit : x2 = kb axb 1
Les courbes d’indi¤érence sont donc des droites de coe¢ cient directeur
égal à ab
Lorsque les courbes d’indi¤érence représentatives des préférences sont des
droites, les biens sont dits substituts parfaits. Il est important de noter que
cela ne relève pas d’une caractéristique des biens mais des préférences. Deux
biens peuvent être substituts parfaits pour un consommateur mais pas pour
un autre.
Pour bien comprendre le sens de cette notion de parfaite subtituabil-
ité, il est utile de s’attarder sur la signi…cation économique du coe¢ cient
directeur (en valeur absolue) des "droites" d’indi¤érence. Ce coe¢ cient di-
recteur représente le taux d’échange entre les deux biens qui laisse le consom-
mateur indi¤érent. En d’autres termes, il représente la quantité maximale
de bien 2 que le consommateur est prêt à échanger contre une unité de bien
1. Ce taux d’échange est appelé taux marginal de subsitution.
Lorsque des biens sont des substituts parfaits, le taux marginal de substi-
tution est donc constant. Il ne dépend pas des quantités consommées. Que le
consommateur dispose d’une grande quantité de bien 2 et d’une petite quan-
tité de bien 1 ou inversement d’une grande quantité de bien 1 et d’une petite
8
de bien 2, il sera toujours prêt à échanger au maximum la même quantité de
bien 2 contre une unité de bien 1.
9
le taux marginal de subsitution n’est pas "précisemment "dé…ni.
Considérons le cas le plus simple U (x1 ; x2 ) = M in fx1 ; x2 g
Admettons que x2 = x1 + c avec c > 0 on a alors M in fx1 ; x2 g = x1 =
M in fx1 ; x2 cg
Il en résulte que le consommateur sera indi¤érent s’il échange n’importe
quelle quantité inférieure ou égale à c + 1 de bien 2 contre une unité de bien
1 Il existe donc une multitude de taux d’échange qui laisse le consommateur
indi¤érent. Dit autrement, la quantité maximale de bien 2 que le consomma-
teur est disposé à échanger contre une unité de bien 1 est égale à la di¤érence
x2 (x1 +1) si cette di¤érence est positive, tout taux d’échange inférieur laisse
le consommateur indi¤érent.
10
d’importantes conséquences sur les choix du consommateur. Il est donc im-
portant d’examiner quelles propriétés doit satisfaire une fonction d’utilité
représentative de préférences normales.
Comme des préférences normales véri…ent l’hypothèse de monotonicité,
l’utilité doit augmenter si la quantité d’un bien augmente, celle de l’autre
demeurant inchangée. En d’autres termes la fonction d’utilité doit être crois-
sante par rapport à chacun de ses arguments ce qui signi…e que ses dérivées
partielles premières doivent être positives. Soit :Ux0 i (x1 ; x2 ) > 08i = (1; 2)
Ces dérivées partielles ont un sens économique. Elles correspondent à
l’utilité marginale du bien considéré qui correspond au supplément d’utilité
procuré par la consommation d’une unité supplémentaire de ce bien. La
valeur de l’utilité marginale n’a par contre aucun sens économique car elle
dépend de la mesure arbitraire de l’utilité. Il faut en e¤et se souvenir que
toute transformation monotone croissante d’une fonction d’utilité, qui mod-
i…era donc les utilités marginales, est représentative des mêmes préférences.
Si la valeur de l’utilité marginale n’a pas de sens économique, ce n’est pas
le cas du rapport des utilités marginales. Ce rapport correspond en e¤et au
coe¢ cient directeur de la tangente en un point d’une courbe d’indi¤érence et
donc au taux marginal de substitution en ce point. Rappelons nous en e¤et
que l’équation d’une courbe d’indi¤érence est U (x1 ; x2 ) = k En di¤érenciant
dx2 Ux0 1 (x1 ;x2 )
on obtient: Ux0 1 (x1 ; x2 )dx1 + Ux0 2 (x1 ; x2 )dx2 = 0 ) dx 1
= Ux0 2 (x1 ;x2 )
Le
rapport des utilités marginales est donc égal au taux d’échange qui laisse le
consommateur indi¤érent c’est à dire au taux marginal de substitution. Si
l’utilité marginale du bien 1 est trois fois supérieure à celle du bien 2 alors
le consommateur est indi¤érent s’il échange trois unités de bien 2 contre
une unité de bien 1. Son niveau d’utilité est en e¤et inchangé. Comme le
rapport des utilités marginales dépend, sauf cas particulier, des quantités de
chaque bien, le taux marginal de substitution varie à priori en fonction des
quantités de chaque bien. Dans le cas particulier d’une fonction d’utilité
U 0 (x1 ;x2 )
U (x1 ; x2 ) = ax1 + bx2 on a : Ux0 1 (x1 ;x2 ) = ab . On retrouve bien le taux marginal
x2
de subsitution que l’on a calculé et qui ne dépend pas des quantités de chaque
bien. Les préférences représentées par cette fonction d’utilité ne sont toutefois
pas strictement convexes et donc ne sont pas normales.
Pour être représentative de préférences normales donc strictement con-
vexes, la fonction d’utilité doit véri…er certaines propriétés de concavité. Plus
précisement la fonction d’utilité doit être au moins strictement quasi concave.
L’encadré suivant précise ce point. (Ce point sera abordé dans le cours de
11
mathématique de manière plus approfondie et peut donc être laissé de côté).
Il est également facile de voir que toute fonction strictement concave est
également stictement quasi concave. En e¤et, 8 2 ]0; 1[ U (A) + (1
12
)U (B) > M in fU (A); U (B)g :Il en résulte :U ( A + (1 )B) > U (A) +
(1 )U (B) ) U ( A + (1 )B) > M in fU (A); U (B)g Si une fonction est
strictement concave, elle est aussi strictement quasi concave. L’inverse n’est
bien entendu pas vrai.
Le coe¢ cient directeur de la droite de budget est - PP12 et est donc égal, en
valeur absolue, au prix relatif du bien 1, c’est à dire au prix du bien 1 en
unité de bien 2. Ce prix relatif correspond au taux auquel le consommateur
peut échanger du bien 2 contre du bien 1.
Une augmentation du revenu se traduit graphiquement par un déplace-
ment parallèle vers le haut et la droite de la droite de budget.
13
Une augmentation du prix du bien 1 se traduit par un pivotement de la
droite vers le bas à partir du point x1 = 0; x2 = pR2 , et une augmentation du
prix du bien 2 par un pivotement vers le bas de cette droite mais à partir
cette fois du point x2 = 0; x1 = pR1
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préfère toujours consommer davantage, il n’a jamais intérêt à ne pas consacrer
la totalité de son revenu à l’achat de biens de consommation.
L’égalité du taux marginal de substitution et du rapport des prix s’explique
également aisément. Le TMS représente le taux d’échange qui laisse le con-
sommateur indi¤érent. C’est donc aussi la quantité maximale de bien 2 que
le consommateur est prêt à échanger contre une unité de bien 1. Le rap-
port des prix est le taux auquel le consommateur peut echanger du bien 2
contre du bien [Link] le TMS est supérieur au rapport des prix cela implique
donc que le consommateur est disposé à échanger plus de bien 2 contre une
unité de bien 1 que ce qu’il doit e¤ectivement échanger. Il a donc intérêt
à procéder à l’échange. Inversement si le TMS est inférieur au rapport des
prix, le consommateur est disposer à échanger plus de bien 1 contre une unité
de bien 2 que ce qu’il doit échanger. Il a là encore intérêt à échanger du bien
1 contre du bien 2. Le consommateur n’a donc aucun intérêt à procéder à
un échange et donc à modi…er son panier de consommation que si le TMS
est égal au rapport des prix. Si cette condition n’est pas satisfaite, le panier
de consommation ne peut correspondre au choix optimal du consommateur
car on vient de voir qu’il aurait alors intérêt à procéder à un échange.
15
de l’un des biens. La contrainte de non négativité des consommations devient
donc e¤ective et le choix optimal consiste alors pour l’individu à consacrer
l’intégralité de son revenu à la consommation d’un seul bien. Ce choix cor-
respond pour cette raison à une "solution contrainte"
Ux0 1 (0; PR ) P1
L’intuition économique est particulièrement simple : si 2
Ux0 2 (0; PR )
< P2
cela
2
signi…e que lorsque le consommateur ne consomme que du bien 2, la quantité
de bien 1 qu’il est prêt à échanger pour une unité de bien 2 est supérieure à
la quantité qu’il doit e¤ectivement échanger étant donné le rapport des prix.
Le consommateur souhaiterait donc échanger du bien 1 contre du bien 2 mais
il n’a pas de bien 1 à échanger.
Ux0 1 ( PR ;0) P1
Inversement, si 1
Ux0 2 ( PR ;0)
> P2
; le consommateur qui ne consomme que du
1
bien 1 serait disposé à échanger contre une unité de bien 1 davantage de bien
2 que ce qu’impose le rapport d’échange. Il souhaiterait donc échanger du
bien 2 contre du bien 1 mais ne peut le faire.
16
par son niveau de consommation minimal de bien 1
Si les biens sont des compléments parfaits, le choix optimal est obtenu au
point d’intersection des deux demi-droites formant une courbe d’indi¤érence
et de la droite de budget. Ce point correspond bien à celui de l’ensemble
budgetaire situé sur la courbe d’indi¤érence la plus élevée.
Si les préférences sont strictement concaves et représentées par des courbes
d’indi¤érence concaves, il est clair que le point de tangence entre une courbe
d’indi¤érence et la droite de budget ne correspond pas à l’élément de l’ensemble
budgétaire situé sur la courbe d’indi¤érence la plus élevée. Le choix optimal
correspond de nouveau à l’une des deux solutions de coin.
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Le choix optimal est donc solution du problème d’optimisation suivant:
M axU (x1 ; x2 )
x1 ;x2
Sc : P1 x 1 + P2 x 2 R
x1 0; x2 0
Le Lagrangien s’écrit:
L(x1 ; x2 ; R; P1 ; P2 ; ; 1; 2 ) = U (x1 ; x2 ) + [R P1 x 1 P2 x 2 ] + 1 x1 + 2 x2
@L()
= Ux0 1 (x1 ; x2 ) P1 + 1 =0
@x1
@L()
= Ux0 2 (x1 ; x2 ) P2 + 2 =0
@x2
[R P1 x 1 P2 x2 ] = 0; 1 x1 = 0; 2 x2 =0
Ux0 1 (x1 ; x2 ) P1
= (1)
Ux0 2 (x1 ; x2 ) P2
R = P1 x 1 + P2 x 2 (2)
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taux marginal de substitution est égal au rapport des prix et la seconde que
l’intégralité du revenu est dépensé.
On retrouve bien les résultats mis en évidence graphiquement : la seconde
équation indique que le choix optimal se situe sur la droite de budget et la
première que le coe¢ cient directeur de la tangente à la courbe d’indi¤érence
passant en ce point est égal au coe¢ cient directeur de la droite de budget.
La conterpartie graphique de ces deux équations est donc bien que le choix
optimal se situe au point de tangence entre la droite de budget et une courbe
d’indi¤érence.
Ces deux équations ne dé…nissent le choix optimal que pour une solution
intérieure. Il n’est pas du tout évident que ces deux équations admettent une
solution satisfaisant les contraintes de non négativité.
Pour s’en convaincre, admettons que les biens soient des substituts par-
faits. On sait que dans ce cas, le rapport des productivités marginales est
U 0 (x ;x )
constant soit : Ux0 1 (x1 ;x2 ) = v Il est clair que si v 6= PP12 l’équation (1) n’admet
x2 1 2
aucune solution Pour déterminer le choix optimal dans ce cas, il est utile de
poser Ux0 1 (x1 ; x2 ) = vUx0 2 (x1 ; x2 ):
Les deux premières conditions deviennent :
vUx0 2 (x1 ; x2 ) = P1 1
Ux0 2 (x1 ; x2 ) = P2 2
Soit encore :
P1 1
v=
P2 2
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certains niveaux de revenu et à une soultion intérieure pour d’autres niveaux.
Admettons que les préférences soient représentées par la fonction d’utilité
suivante :U (x1 ; x2 ) = (x1 + a) x2 avec ; < 1
Les conditions de premier ordre deviennent :
(x1 + a) 1 x2 = P1 1
1
(x1 + a) x2 = P2 2
[R P1 x1 P2 x2 ] = 0; 1 x1 = 0; 2 x2 =0
De nouveau la contrainte de budget est toujours e¤ective et une solution
intérieure véri…e :
x2 P1
= , P2 x 2 = P1 (x1 + a)
x1 + a P2
R = P1 x 1 + P2 x 2
En remplacant P2 x2 par sa valeur dans la seconde équation il vient :
P1 x 1 =R P1 a
+
Il en résulte : x1 > 0 , R > P1 a Si cette solution n’est pas satisfaite, la
solution du système d’équation précédent viole la contrainte de non négativité
des consommations de sorte que cette contrainte devient e¤ective. Le choix
optimal est alors: x1 = 0 x2 = PR2
Au total, l’égalité du taux marginal de substitution et du rapport des
prix ne caractérise le choix optimal du consommateur que lorsque ce choix
correspond à une solution intérieure.
Même si il existe une solution aux système d’équation (1) et (2) véri…ant
les contraintes de non négativité, il n’est pas acquis que cette solution cor-
responde au choix optimal du consommateur. Il faut en e¤et s’assurer que
cette solution corresponde à un maximum et non à un minimum de l’utilité.
Pour cela il faut étudier la condition de second ordre. Nous allons sur ce
point nous contenter de ce qui a été vu graphiquement. Pour qu’une solution
dé…nie par le point de tangence entre une courbe d’indi¤érence et la droite
de budget corresponde au choix optimal, il faut que les courbes d’indi¤érence
soient convexes et donc que la fonction d’utilité soit strictement quasi con-
cave. Une condition su¢ sante pour qu’une solution satisfaisant les conditions
de premier ordre corresponde bien à un maximum est donc que la fonction
d’utilité soit strictement quasi concave.
20
4 Les fonctions de demande
Dans la section précédente, nous avons étudié le choix optimal du consom-
mateur. Ce choix optimal correspond à une quantité désirée pour chacun
des biens disponibles en fonction des contraintes qui s’imposent à l’individu.
Ces quantités forment les demandes du consommateur. Comme le panier
de consommation optimal dépend des prix et du revenu du consommateur,
les demandes du consommateur en dépendent également. Les relations fonc-
tionnelles qui lient la quantité désirée d’un bien au revenu et aux prix des
di¤érents biens sont appelées les fonctions de demande du consommateur.
Cette section a pour objet l’étude des principales propriétés de ces fonctions
de demande qui s’écrivent : x1 = x1 (R; P1 ; P2 ) ; x2 = x2 (R; P1 ; P2 )
21
qu’un bien inférieur àa nécessairement été normal pour de plus faibles niveau
de revenu. Il est également utile de noter que les deux biens ne peuvent être
inférieurs. La raison est évidente : comme le consommateur a toujours intérêt
à dépenser l’intégralité de son revenu, si ce dernier augmente, la demande
d’au moins un bien doit également augmenter.
Les courbes d’Engel représentent graphiquement la relation qui existe
entre la demande d’un bien et le revenu. Si le bien considéré est un bien
normal la courbe d’engel est croissante. Si le bien est un bien inférieur, passé
un certain niveau de revenu, la courbe d’Engel est d’abord croissante puis
décroissante. Lorsque les contraintes de non négativité des consommations
ne sont jamais e¤ectives, les courbes partent de l’origine. Si ces contraintes
peuvent être e¤ectives, il est possible que l’une des courbes "démarre" à
droite de l’origine. Cela signi…e qu’en decà d’un niveau de revenu strictement
positif, le consommateur souhaiterai consommer un quantité négative de ce
bien mais ne peut le faire. Autrement dit, le choix optimal correspond à une
solution de coin que nous avons étudié plus haut.
22
L’homothétie des préférences a donc des implications importantes. Comme
les préférences sont le plus souvent représentées par une fonction d’utilité
il n’est pas inutile de s’interroger sur les propriétés des fonctions d’utilité
représentatives de préférences homothétiques. Il est en fait facile de montrer
qu’une fonction d’utilité homogène est repésentative de préférence homothé-
tiques.
Par dé…nition, la fonction U (x1 ; x2 ) est homogène de degré si :U (kx1 ; kx2 ) =
k U (x1 ; x2 ):Posons k = x11 il en résulte :
U (kx1 ; kx2 ) = U (1; xx21 ) = x1 U (x1 ; x2 ) , U (x1 ; x2 ) = x1 U (1; xx21 )
0 0
On en déduit : Ux1 (x1 ; x2 ) = x1 1 U (1; xx12 ) x1 Ux2 (1; xx21 ) xx22 = x1 1 [ U (1; xx12 )
1
0 0 0 0
Ux2 (1; xx21 ) xx21 ] et Ux2 (x1 ; x2 ) = x1 Ux2 (1; xx21 ) x11 = x1 1 Ux2 (1; xx21 )
0
U (x1 ;x2 )
Le taux marginal de substitution a donc pour expression : Ux0 1 (x =
x2 1 ;x2 )
x 0 x x
U (1; x2 ) Ux2 (1; x2 ) x2
1
x
Ux0 2 (1; x2 )
1 1
. Il ne dépend que du rapport des quantités consommées.
1
23
0
chaque argument Ux0 1 x1 (x1 ; x2 ) est négatif. Il en résulte qu’une condition
su¢ sante mais non nécessaire pour que le bien 2 soit un bien normal est
0
Ux0 1 x2 (x1 ; x2 ) > 0
Autrement dit, si la dérivée seconde croisée de la fonction d’utilité est
positive, les biens sont des biens normaux.
24
l’emporte, la demande de bien 2 augmente tandis que la demande de bien
1 diminue et les deux biens sont dits substitus bruts. Comme en raison de
la contrainte budgétaire les demandes des deux biens ne peuvent être des
fonctions croissantes du prix d’un bien, deux biens sont compléments bruts
si les demandes de chacun des deux biens sont des fonctions décroissantes
du prix d’un bien et ils sont subsituts bruts si la demande d’un bien est une
fonction croissante de ce prix, la demande de l’autre étant nécessairement
décroissante dans une économie à deux biens.
Les termes de complémentarité ou de subsituabilité brute renvoient claire-
ment aux préférences du consommateur. De fait, si les biens sont plutôt
complémentaires pour le consommateur, cela signi…e que ce dernier souhaite
les consommer ensemble. Dans ce cas, lorque le prix d’un bien augmente, le
consommateur préfère réduire sa demande pour chacun des deux biens. Si
Alexandre aime manger du fromage en buvant du vin mais qu’il n’aime pas
le fromage seul ni le vin seul, il n’a clairement pas intérêt à augmenter sa
consommation de vin si le prix du fromage augmente car il devrait diminuer
fortement sa consommation de fromage. Si à l’inverse Alexandre aime à la
fois le vin et le fromage mais pas nécessairement ensemble, ce qui signi…e
que ces biens sont plutôt subsituts pour lui, il peut avoir intérêt a augmenter
sa consommation de vin si le prix du fromage augmente car il peut aug-
menter sensiblement sa consommation de vin en réduisant sa consommation
de fromage.
25
4.2.1 Analyse graphique
Graphiquement, l’évolution du prix d’un bien se traduit par un pivotement
de la droite de budget. Si par exemple le prix du bien 1 augmente, la doite
pivote vers le bas à parir de son point sur l’axe des ordonnées. Il est clair dans
ce cas que le panier de consommation optimal initial ne fait plus partie de
l’ensemble budgétaire du consommateur. L’objet de l’analyse graphique con-
siste en particulier à isoler l’e¤et revenu et l’e¤et de substitution. La méthode
pour opérer cette décomposition consiste à considérer des variations compen-
satrices de revenu. Deux formes alternatives de variation compensatrices de
revenu sont usuellement retenues. Dans le premier cas, cette variation com-
pensatrice est supposée permettre l’acquisition du panier de consommation
initial. On parle alors de compensation au sens de Slutsky. Dans le second
cas cette variation est supposée permettre au consommateur l’obtention du
même niveau de satisfaction qu’antérieurement. On parle alors de compen-
sation au sens de Hicks.
26
déplacement vers le bas du point B au point C l’emporte sur le déplacement
vers le haut du point A au point B, c’est à dire si l’e¤et revenu l’emporte sur
l’e¤et de subsitution, les biens 1 et 2 sont des compléments bruts. Ils sont
substituts bruts dans le cas contraire.
Si le bien 2 est un bien inférieur, le point C se situe au dessus et à gauche
du point B. Les deux déplacements s’opèrent donc vers le haut et on retrouve
la seconde loi de la demande selon laquelle la demande d’un bien inférieur
est une fonction croissante du prix de l’autre bien.
En…n, si c’est le bien 1 qui est un bien inférieur, le point C se situe en
dessous et à droite du point B. Le passage du point A au point B et celui du
point B au point C correspondent donc à des déplacements de sens opposés de
sorte qu’aucune loi de la demande ne s’applique. L’évolution de la demande
de bien 1 comme celle du bien 2 sont ambigues. Si le second déplacement vers
la droite l’emporte sur le premier déplacement vers la gauche, le déplacement
vers le bas l’emporte également sur le déplacement vers le haut. Cela signi…e
que le bien 1 est un bien Gi¤en et dans ce cas la demande de bien 2 est une
fonction clairement décroissante du prix du bien 1.
27
0 0 P1 0 0
Ux0 1 x1 (x1 ; x2 )dx1 +Ux0 1 x2 (x1 ; x2 )dx2 = P2
Ux0 1 x2 (x1 ; x2 )dx1 + Ux0 2 x2 (x1 ; x2 )dx2 +
x
1
U 0 (x1 ; x2 )dP1
P2 x2
et dx1 = PP21 dx2 P11 dP1
En subsituant dx1 dans la première équation et en remplaçant PP12 par sa
valeur tirée
h U 0de(x la condition de premier ordre, il vient …nalement : i h
1 ;x2 ) 00 00 Ux0 1 (x1 ;x2 ) 00 dP1
dx2 x2
U
Ux0 1 (x1 ;x2 ) x1 x1
(x 1 ; x 2 ) + 2Ux1 x2 (x 1 ; x 2 ) U
Ux0 2 (x1 ;x2 ) x2 x2
(x 1 ; x 2 ) = P2
Ux0 2 (x1 ; x2 ) x1 PP21
La quasi concavité de la fonction d’utilité implique que le terme entre
dx
crochet du membre de gauche est positif. Il en résulte que dP21 est du signe
du membre de droite. On observe que le second terme du membre de droite
est négatif si le bien 2 est un bien normal et positif si c’est un bien inférieur.
Comme le premier terme est positif, on retrouve la seconde loi de la demande
selon laquelle la demande d’un bien inféreiur est une fonction croissante du
prix de l’autre bien.
5 Prolongements
Cette section est consacrée à l’étude de certains prolongements concernant
la théorie du consommateur. Nous allons dans un premier temps étudier la
fonction d’utilité indirecte et la fonction de dépense. De cette étude nous
en déduirons les équations de Slutsky qui o¤rent une décomposition simple
de l’e¤et de substitution et de l’e¤et revenu. Nous nous intéressons ensuite
aux choix intertemporels du consommateur avant d’examiner la notion de
surplus du consommateur.
28
est une fonction qui associe à chaque vecteur des paramètres le maximum
de l’utilité que le consommateur peut obtenir étant données ses préférences.
Cette fonction est appellée fonction d’utilité indirecte.
Cette terminologie exprime simplement le fait que directement l’utilité
dépend des consommations des di¤érents biens mais qu’indirectement elle
dépend des paramètres car ces consommations dépendent des paramètres.
La fonction d’utilité étant la fonction objectif du consommateur ( celle
qu’il maximise ), la fonction d’utilité indirecte donne donc la valeur de
l’objectif à l’optimum en fonction des paramètres. Pour cette raison on dit
que la fonction d’utilité indirecte est une fonction valeur.
29
Ces équations sont connues sous le nom d’identités de Roy.
Sc : U (x1 ; x2 ) U
Ce programme correspond donc à la minimisation de la dépense per-
mettant l’obtention d’un niveau d’utilité au moins égal à U . La fonction
U (x1 ; x2 ) est supposée représentative de préférences normales et dans un
souci de simpli…cation nous supposons que les utilités marginales tendent
vers l’in…ni quand les quantités consommées tendent vers 0 ce qui assure que
les contraintes de non négativité des consommations ne sont jamais e¤ectives.
C’est pourquoi elles n’apparaîssent pas dans le programme.
Comme il s’agit d’un problème de minimisation, le Lagrangien s’écrit :
L(x1 ; x2 ; U ; P1 ; P2 ; ) = P1 x1 + P2 x2 U (x1 ; x2 ) U
Les conditions de premier ordre associées ont pour expression :
@L(e e2 ; U ; P1 ; P2 ; e)
x1 ; x eU 0 (e
= P1 e2 ) = 0
x1 x 1 ; x
@x1
@L(e e2 ; U ; P1 ; P2 ; e)
x1 ; x eU 0 (e
= P2 e2 ) = 0
x2 x 1 ; x
@x2
e U (e e2 ) U = 0
x1 ; x
Il est facile de voir que les deux premières équations n’admettent aucune
solution pour e = 0 Ce résultat signi…e simplement que la dépense permet-
tant l’obtention d’un niveau d’utilité au moins égal à U n’est minimisé que
si les consommations permettent l’obtention d’un niveau d’utilité juste égal
à U : Si ce n’était pas le cas le niveau d’utilité U pourrait être obtenu avec un
plus faible niveau de consommation d’au moins un bien et donc une dépense
plus faible.
La solution du problème d’optimisation est donc donnée par le système
de deux équations suivant :
P1 Ux0 1 (e e2 )
x1 ; x
=
P2 0
Ux2 (e e2 )
x1 ; x
U (e e2 ) = U
x1 ; x
30
Il en résulte : xe1 = xc1 (P1 ; P2 ; U ) et x
e2 = xc2 (P1 ; P2 ; U ). Les fonctions
xc1 (P1 ; P2 ; U ) c
et x2 (P1 ; P2 ; U ) sont appelées fonctions de demande compen-
sées ou encore fonctions de demande Hicksiennes. Les fonctions de demande
étudiées antérieurement qui résultaient de la maximisation de l’utilité sous
la contrainte de budget sont appelées fonctions de demande Marshaliennes.
Graphiquement, ces fonctions de demande Hicksiennes correspondent aux
demandes compensées que nous avons étudiées lorsque nous avaons consid-
érées les variations compensatrices de revenu qui permettent l’obtention du
même niveau d’utilité (compensation au sens de Hicks).
La fonction valeur qui détermine le minimum de la dépense en fonction
des paramètres s’écrit : Z(P1 ; P2 ; U ) P1 xc1 (P1 ; P2 ; U ) + P2 xc2 (P1 ; P2 ; U ):
Du théorème de l’enveloppe il vient : @Z(P@P 1 ;P2 ;U )
j
= xcj (P1 ; P2 ; U )
31
Il en résulte :
@xi (P1 ;P2 ;R)
@xi (P1 ; P2 ; R) @xci (P1 ; P2 ; V (P1 ; P2 ; R)) @R @V (P1 ; P2 ; R)
= + @V (P1 ;P2 ;R)
@Pj @Pj @Pj
@R
d’où on tire :
@xi (P1 ; P2 ; R) @xci (P1 ; P2 ; V (P1 ; P2 ; R)) @xi (P1 ; P2 ; R)
= xi (P1 ; P2 ; R)
@Pj @Pj @R
Cette équation est connue sous le nom d’équation de Slutsky. S’il y a
deux biens et donc deux prix, il y a 4 équations de slutsky.
Ces équations permettent de décomposer l’e¤et de substitution et l’e¤et
revenu. Le premier terme du membre de droite correspond à l’e¤et de substi-
tution puisqu’il représente l’in‡uence de la variation du prix sur la demande
compensée. Le second terme du membre de droite représente l’e¤et revenu.
32
(on peut par exemple considérer que la première période est un période de
vie active et la seconde période une période de retraite et qu’il n’existe aucun
système de retraite par répartition ou équivalent).
Le problème du consommateur consiste à déterminer l’allocation optimale
de son revenu entre consommation de première et seconde période de vie.
Pour pouvoir consommer en seconde période, le consommateur doit épargner
une partie de son revenu de première période. Il peut placer cette épargne
sur les marché …nancier au taux d’intérêt r. En notant P le prix du bien
supposé identique en première et seconde période, x1 et x2 respectivement les
consommations de première et seconde période, et R le revenu de première
période, la consommation de seconde période doit respecter la contrainte :
P x2 (R P x1 ) (1 + r)
R P x1 est le montant de l’épargne. Comme la consommation de seconde
période ne peut être négative, cette épargne est nécéssairement non négative.
Cela traduit simplement le fait que l’individu ne peut être emprunteur s’il
ne perçoit pas dans le futur un revenu lui permettant de rembourser son
emprunt.
La frontière de l’ensemble budgétaire est: P x2 = (R P x1 ) (1 + r) :C0 est
donc une droite de coe¢ cient directeur (1 + r)
Ce coe¢ cient (en valeur absolue) mesure le prix de la consommation
présente en terme de consommation future. (à combien d’unité de consom-
mation en seconde période doit renoncer le consommateur pour consommer
une unité de plus en première période).
Si le taux d’intérêt est nul, ce prix relatif est de 1. Cela signi…e que le
taux d’échange intertemporel imposé est de 1 pour le consommateur.
Si le taux d’intérêt est positif, le prix relatif de la consommation présente
est supérieur à 1 car en raison des intérets percus sur les sommes épargnées
la consommation d’une unité de moins dans le présent est compensée par la
consommation de plus d’une unité dans le futur.
33
Cette écriture est valable que le consommateur épargne ou emprunte en
première période. R P x1 est simplement positif dans le premier cas et
négatif dans le second.
Cette contrainte peut encore s’écrire :
P R2
x2 R1 P x1 +
1+r 1+r
R2
Cette contrainte budgétaire est exprimée en valeur présente. 1+r représente
la valeur présente (la valeur actualisée) du revenu futur, c’est à dire le revenu
présent qui, placé sur les marchés …nanciers, permettrait d’obtenir un revenu
R2 dans le futur.
P
1+r
représente la valeur présente du prix futur. C’est en e¤et ce que coûte
à la date courante au consommateur l’achat d’une unité dans le futur.
Cette opération qui consiste à rendre comparables des prix et des revenus
de périodes distinctes en les valorisant à la date courante est appelée opéra-
tion d’actualisation. De manière générale, la valeur actualisée d’un montant
futur est le montant qui lui est aujourd’hui équivalent.
L’analyse précédente peut sans di¢ culté être généralisée à t périodes.
Notons Rt le revenu de la date t.
Par dé…nition, la valeur actualisée de ce revenu est le montant qui, placé
aujourd’hui sur les marchés …nanciers, permet d’obtenir Rt à la date t Soit
Rta ce revenu actualisé. Par dé…nition on a Rta (1 + r)t = Rt soit encore Rta =
Rt (1 + r) t Le terme 1+r1
correspond au facteur d’actualisation. Ce facteur
inférieur à 1 représente ce que vaut aujourd’hui un euro reçu demain. Dans la
situation très simpli…ée étudiée ici, ce facteur d’actualisation ne dépend que
du taux d’intérêt. Plus généralement, ce facteur dépend également d’autres
paramètres comme la probabilité de décès.
34
Le programme du consommateur s’écrit:
M axU (x1 ; x2 )
x1 ;x2
P R2
SC : x2 R1 P x1 +
1+r 1+r
Le Lagrangien a pour expression:
R2 P
L(x1 ; x2 ; r; P; R1 ; R2 ; ) = U (x1 ; x2 ) + 1+r + R1 P x1 x
1+r 2
Les conditions de premier ordre s’écrivent:
Ux0 1 (x1 ; x2 ) P = 0
P
Ux0 2 (x1 ; x2 ) = 0
1+r
R2 P
+ R1 P x1 x = 0
1+r 1+r 2
Il est clair que les deux premières équations n’admettent pas de solution en
= 0 ce qui signi…e simplement que la contrainte budgétaire intertemporelle
est toujours e¤ective.
Le choix optimal est donc solution du système de deux équations suivant
:
Ux0 1 (x1 ; x2 )
= 1+r
Ux0 2 (x1 ; x2 )
R2 P
+ R1 = P x 1 + x
1+r 1+r 2
La première équation s’interprête facilement. Le membre de gauche est
le taux marginal de substitution intertemporel et celui de droite le prix re-
latif de la consommation présente. On retrouve donc l’égalité habituelle qui
caractérise les solutions intérieures et selon laquelle le taux marginal de sub-
stitution est égal au rapport des prix (au prix relatif).
De ce système on déduit :x1 = x1 (r; P; R1 ; R2 ) et x2 = x2 (r; P; R1 ; R2 )
En l’absence de revenu de seconde période, les lois de la demande s’appliquent
: L’augmentation du revenu a une in‡uence incertaine sur les consommations
(rappelons nous que le même bien consommé à des dates distinctes est équiv-
alent à deux biens distincts qui peuvent donc être normaux ou inférieurs)
Une hausse du taux d’intérêt s’interprête comme une hausse du prix de
la consommation présente. Si il s’agit d’un bien normal la consommation
35
présente diminue alors sans ambiguité. Si la consommation future est un
bien inférieur elle augmente sans ambiguité. Dans les autres cas, e¤et de
substitution et e¤et revenu jouent en sens contraire.
Comme cela s’observe facilement à partir de la seconde équation, l’existence
d’un revenu futur complique un peu les choses car la hausse du taux d’intérêt
réduit la valeur présente du revenu futur.
36