Technologies vertes pour un avenir durable
Technologies vertes pour un avenir durable
Transferts durables et
commerce
ARCHIV
93896
Le Centre de recherches pour le developpement international
(CRDI) soutient des travaux et des activités de recherche dans les
pays en développement de manière a assurer un developpement
durable et equitable a l'échelle mondiale.
Les recherches sont menées par des scientifiques affiliés a des
institutions, a des entreprises, a des gouvernements ou a des
organismes de développement. Des partenaires canadiens y
contribuent régullérement.
Les projets soutenus financièrement ou techniquernent par le
CRDI privilegient le recours aux ressources locales et s'appuient
sur le genie, l'intelligence et le sens de l'innovation des chercheurs
des pays en développement.
Le CRDI contribue au renforcement des connaissances et des
capacités de recherche des pays en développement pour lutter con-
tre Ia pauvreté et pour améliorer les conditions de vie et
l'environnement des populations affectées.
Le CRDI est dirige par un Conseil des gouverneurs inter-
national. Ses fonds proviennent du gouvernement du Canada.
Rath, A.
Herbert-Copley, B.
CRDI, Ottawa, Ont. CA
Som ma ire
Preface 2
L'environnement, alors et maintenant 6
Toute solution aux problèmes actuels de l'environnement nécessite
une bonne dose de cooperation entre le Nord et le Sud. Pour que le
Sud réduise sa contribution croissante a Ia pollution planétaire et a
Ia destruction du milieu, ii lout qu 'ii ait accès aux technologies et au
savoir-faire dont dispose le Nord. II lout aussi prendre des mesures
pour bâtir les capacités technologiques dans le Sud afin d'y fortifier
le reservoir des corn pétences.
Les options 40
On a abuse de Ia nature partout dons le monde. L'industrialisation,
qui prend de l'ampleur au Sud, s'accompagne d'une degradation du
milieu qui témoigne de l'écart tech nologique qul subsiste entre les
deux hémisphères. Le Sud sera frappé de plein fouet si, en Iançant
de nouvelles initiatives, on n'instaure pas un ordre de priorité. Plus
précisément, il faut accroItre le financement et faciliter l'accès a
I'm formation sur les technologies approprlées. Pour résoudre les
problèmes qul entourent les transferts, Ia collaboration Nord-Sud
devra jouer a plein entre les Institutions chargees de Ia mise en
oeuvre du programme d'Action 21.
4
de solutions aux problemes déjà connus et promettent, pour l'avenir,
des changements encore plus radicaux. Mais on n'est toujours pas par-
venu, au plan international, a une vision commune de la nécessité de
sauvegarder a Ia fois l'environnement mondial et le milieu local, pas
plus qu'on n'a réussi a amorcer les réformes sociales, juridiques et éco-
nomiques requises pour permettre une convergence des efforts qu'exi-
gentle developpement, l'écologie et le progrés technique.
Mais les choses commencent a changer. De nombreux PVD
reconnaissent a present l'urgence d'une action intemationale face
aux menaces qui pésent contre l'environnement mondial, bien qu'ils
s'inquietent encore d'un possible conflit entre l'environnement et le
developpement, entre l'environnement mondial et le milieu local, sans
oublier le fardeau, a partager, entre le Nord et le Sud. Entre-temps,
pour les habitants du Nord, les atteintes a l'environnement planétaire
illustrent avec force les intérêts mutuels des pays industrialisés et des
PVD, et plaident en faveur de Ia cooperation intemationale.
Les images de destruction des foréts tropicales, d'extinction des
espéces, ou de perturbations climatiques sont maintenant les symboles
du mouvement mondial pour l'environnement.
Une action internationale reste donc possible pour tenter d'appli-
quer la science et Ia technologie a Ia solution des problémes environne-
mentaux. Cet espoir nalt de l'urgence des menaces qui pésent sur nous,
de Ia soudaine prise de conscience que le Nord et le Sud trouvent là des
intéréts communs, et de la nouvelle comprehension du rOle fondamen-
tal de Ia science et de Ia technologie pour évaluer le danger et, résolu-
ment, s'y attaquer. Dans La mesure oü cet optimisme est justifiê, L'action
internationale dont il est question of fre Ia possibilité de revoir le conten-
tieux, déjà ancien, du transfert de technologies entre le Nord et le Sud.
Plus globalement, ne s'agit-il pas de Ia problematique d'un nouvel ordre
économique international?
5
L' environnement,
alors et maintenant
A l'ordre du jour
En 1968, Paul Ehrlich démontrait que la croissance démographi-
que dans certains pays outrepassait Ia capacité du milieu a nourrir les
populations; Ia famine a grande échelle était imminente. De Ia mme
facon, un influent document du Club de Rome, Halte a Ia croissance,
affirmait que Ia population de la planète, qui ne cesse de croitre,
consommait des ressources non renouvelables a un rythme alarmant;
de graves pénuries n'allaient pas tarder.
Aujourd'hui, parce que la Revolution verte a augmenté la produc-
tion alimentaire, les inquiétudes d'Ehrlich et du Club de Rome ont un
peu perdu de leur acuité. La géophysique et Ia recherche de ressources
nouvelles ont décuplé les reserves connues. Des technologies nouvelles,
une consommation plus faible et a une efficacité accrue atténuent en
partie le spectre de l'épuisement des ressources.
Durant cette période, pourtant, d'autres sonneries ont retenti. Des
1962, Rachel Carson signalait, dans Printemps silencieux, les dangers
pour la sante hurnaine et animale du DDT et d'autres substances chimi-
ques. La crise actuelle de l'environnement ne résulte pas de Ia rareté
des ressources ni d'une pénurie, mais plutOt de I'accroissement des acti-
vités de production a grande échelle.
Quatre faits donnent aujourd'hui aux problémes de l'environne-
ment une nouvelle dimension:
Une modification importante d'échelle. La quantité de pol-
luants, naguère relativement restreinte, est aujourd'hui de plus
en plus considerable. Nombre de polluants connus depuis long-
temps, et qui nous inquiétaient déjà (CO2 [bioxyde de carbonel
et methane), ont aujourd'hui des emissions qul depassent Ia
capacité des cycles naturels a les absorber. En outre, la rapide
propagation de Ia pollution et de la degradation des richesses
naturelles suscite de nouvelles inquiétudes: l'érosion des sols
agricoles, Ia perte des foréts, Ia surutilisation des reserves d'eau
potable et leur pollution, et Ia disparition des espéces.
Un accroissement presque exponentiel dans le nombre et Ia
diversité des sources de polluants. On fait aujourd'hui usage de
plus de 80 000 substances chimiques, auxquelles des dizaines
d'autres s'ajoutent tous les ans.
7
Des menaces contre l'environnement qui ne respectent pas les
frontléres nationales. C'est l'ensemble de Ia planéte qui souffre
des polluants émis par les prolifiques usines du Nord. Quant aux
pays en voie de développement (PVD), us contribuent pour une
bonne part a certains des problèmes environnementaux, contri-
bution qul s'accroit a mesure qu'augmentent leurs populations
et que progressent leur industrialisation.
Les diverses menaces contre l'environnement sont inextricable-
ment liées l'une a l'autre, tant dans leurs effets que dans leurs
causes. Par consequent, ii n'est plus question de les étudier ni
de les combattre séparément.
Le débat environnemental, autant que la crise qui le suscite, met-
tent a jour des points de vue divergents entre le Nord et le Sud, diver-
gences, notons-le, qui s'étaient regulierement manifestées ces demiêres
années. Mais 11 est bon id de scinder les questions dont on débat en
deux types, planétaires et locales .
Dans le Nord, on a eu tendance a s'intéresser aux questions
planétaires (appauvrissement de la couche d'ozone, réchauffement du a
l'effet de serre, disparition des forêts tropicales et détérioration de la bio-
diversité) parce qu'elles ont mobilisé l'opinion publique qul, du coup, est
passée a l'action politique.
La couche d'ozone
Cette question est intéressante non seulement parce qu'elle a atti-
ré l'attention au Nord, mais aussi parce qu'elie peut servir de modéle.
Les reactions rapides qul ont suivi Ia découverte de taux anormalement
élevés, dans l'atmosphère, de gaz contenant des CFC (chiorofluorocar-
bures), sont devenues une référence pour toute nouvelle negociation.
Les premiers témoignages scientifiques sur les CFC avaient poussé les
Etats-Unis a interdire l'utilisation de ce produit dans les bombes aerosol.
La mesure a été suMe de négociations intemationales qui ont débouché
sur la Convention de Vienne (1985), le Protocole de Montréal (1987)
et, plus prés de nous, a Helsinki (1989) et a Londres (1990), d'amende-
ments a ce méme Protocole. 11 aura fallu cinq ans pour que la commu-
nauté intemationale s'entende pour interdire, dans un laps de temps
donné, Ia production et l'utilisation des CFC.
L'accumuiation actuelle des CFC est teile, cependant, que des
observations récentes concluent que Ia destruction de Ia couche d'ozone
pourrait être plus grave qu'on ne l'estimait il y a peu. Une telle gravite
- et la relative simplicite des technologies de rechange - a poussé de
nombreux pays a rapprocher les délais prevus pour La suppression com-
plete des CFC. En mars 1992, par exemple, les ministres de l'Environ-
nement des gouvemements fédéral et provinciaux du Canada ont
avancé les dates limites d'élimination de ces substances destructrices. 11
8
fut décidé que Ia production et l'importation de CFC seraient progressi-
vement supprimées fin 1994, un an plus tOt que prévu, que les halons,
autres grands predateurs de Ia couche d'ozone, seraient éliminés fin
1994 plutOt qu'en l'an 2000, et que les provinces auraient un pro-
gramme obligatoire de recouvrement et de recyclage des CFC avant la
fin 1992. Ainsi, pour Ia deuxième fois en dew ans, le Canada accélêre
son calendrier d'élimination de ces produits dévastateurs.
L'effet de serre
Les médias se sont emparés de Ia question du changement climati-
que et de Ia presence des gaz a effet de serre dans l'atmosphere. Ainsi,
le changement climatique est dorénavant le symbole de tous les pro-
blémes d'environnement planetaire et la veritable locomotive de Ia
diplomatie intemationale des ecologistes.
Bien que de nombreuses incertitudes demeurent au sujet du chan-
gement climatique, le rapport du Groupe intergouvememental d'ex-
perts pour l'étude du changement climatique (IPCC, 1990) a établi que:
les emissions resultant d'activités humaines produisent une aug-
mentation considerable dans Ia concentration atmospherique
des gaz a effet de serre (CO2, CFC, methane et oxyde nitreux);
ces gaz amplifient I'effet de serre naturel;
l'effet de serre amplifié causera un nouveau réchauffement de Ia
surface terrestre qui, a son tour, augmentera Ia formation de
vapeurs d'eau, lesquelles accentueront encore Ia tendance au
réchauffement.
L'IPCC prédit qu'une telle tendance conduira a un réchauffement
global moyen d'environ un degre Celsius au cours des 35 prochaines
années, et de trois degrés dans les 100 prochaines années. La planete
n'a pas connu de telles fluctuations de temperature depuis au moms Ia
demière époque glaciere II y a 10 000 ans. Ainsi, le niveau de La mer
pourrait monter de 20 centimetres dans les 35 prochaines années,
mais de 65 centimetres clans les 100 ans a venir. Des territoires a faible
relief comme les Pays-Bas et le Bangladesh seraient dévastés. Qui plus
est, la montée du niveau de Ia mer a I'échelle planetaire pourrait provo-
quer la migration et, dans certains cas, I'extinction d'espèces entières,
des modifications radicales des precipitations et, enfin, des perturba-
tions massives dans les activités agricoles et forestières.
9
Les forets et le déboisement
Le problème du changement climatique est étroitement relié aux
forts du globe. Or, l'inquietude grandit au sujet des forts tropicales a
cause des emissions de CO2 produites par des techniques de déboise-
ment comme le brfilis, d'autant plus que les forêts ont aussi Ia capacité
d'agir comme des éponges qui absorbent le CO2 produit par
diverses autres activités. Faire face au changement climatique, c'est
d'abord se pencher sur te problème de l'utilisation des ressources
forestières mondiales et formuler des lignes directrices pour le boise-
ment autant que le reboisement.
Les foréts, qul sont aussi l'habitat de Ia diversité biologique et une
source d'emplois productifs, contribuent a Ia gestion des eaux et au
contrOle de l'érosion. Le Sommet de Rio, en juin 1992, a perrnis de
faire des progrès considérables dans cette voie grace a I'adoption d'un
énoncé de principes en matière d'aménagement, de conservation et de
développement durable de tous les types de foréts.
La biodiversité
La rapide disparition d'especes vegétales et animates illustre, de
manière flagrante, les coQts de Ia degradation de l'environnement. I.e
Nord et le Sud commencent a se rendre compte qu'il importe de proté-
ger le patrimoine génétique de Ia planète; l'agriculture et La médecine
sont fortement tributaires de souches genétiques qul subsistent encore
essentiellement dans le Sud. Cette prise de conscience se fonde en par-
tie sur les doutes croissants quant a l'efficacite des banques genetiques
du Nord et sur Ia nécessité, enfin reconnue, de sauvegarder les especes
indigenes.
Les PVD insistent sur le fait que toute discussion sur La biodiversité
souléve du méme coup des problèmes économiques. Surgissent alors
deux exigences:
Une premiere demande, qui gagne de plus en plus Ia faveur
intemationale, porte sur Ia reconnaissance du droit des agri-
culteurs qui permettrait aux producteurs du tiers-monde de
recevoir une juste compensation pour les variétés qu'ils auront
eux-mémes améliorées;
Une deuxiéme exigence, beaucoup plus contestée, veut que les
PVD obtiennent un accès préférentiel garanti aux résultats des
recherches en biotechnologie du Nord, en contrepartie de L'ac-
cés qu'accorderait le Sud a ses ressources biologiques. Or, cette
demière demande est dorénavant enchàssée dans Ia Conven-
tion sur Ia diversité biologique conclue au Sommet de Rio. L'op-
position des Etats-Unis a cette disposition a d'affleurs provoqué
le différend le plus vif qu'ait connu le Sommet.
10
Les questions locales
Les questions planetaires mentionnées ci-dessus ont certes domi-
né les débats publics dans le Nord, rnais ii faut savoir qu'elles ne sont
pas les seules. Bien des questions de nature locale (désertification, pollu-
tion marine, déchets nocifs, gestion des déchets solides, environnement
urbain) ont d'importantes repercussions dans le Sud, bien qu'on n'y
préte pas suffisamment attention au niveau international.
Dans certains cas, comme celui de La pollution marine, l'impact
transfrontière est majeur. Mais, Ia plupart du temps, les consequences
sont plutOt restreintes et n'accablent massivement que les PVD. Néan-
moms, l'accumulation de ces phenomenes locaux est tout aussi néfaste
que les problèmes d'envergure planétaire. Jusqu'à present, on ne leur a
accordé qu'une attention relativement secondaire, soit parce qu'ils ne
touchent pas directement les pays avancés (par ex. Ia désertification),
soit parce que ces pays ont déjà pris des mesures, méme imparfaites,
pour y faire face (par ex. Ia gestion des déchets solides et l'environne-
ment urbain).
Or, dans Ia majorité des PVD, ces problèmes locaux comptent
parmi les plus grandes priorités environnementales. Le Sud ne nie pas
l'importance des menaces contre l'environnement planetaire, mais ii
fait remarquer, a juste titre, que ces menaces résultent essentiellement
des effets de Ia pollution et de Ia surconsommation dans le Nord, et que
c'est donc au Nord d'assumer le fardeau financier de Ia lutte. Dans cette
perspective, les débats ont eu a ce jour dew consequences plutOt
contrariantes. D'abord, on s'est davantage intéressé a l'éventuelle contri-
bution du Sud aux problèmes planetaires tels que le changement climati-
que ou Ia biodiversité, insistant sur Ia disparition des foréts tropicales ou
sur l'accroissement potentiel de Ia demande d'energie dans les PVD. La
présente contribution du Nord a ces problèmes est mise en sourdine,
tout comme la portée immediate d'une action unilatérale de sa part.
Deuxièmement, comme on I'a vu, préoccupe par les problèmes plane-
taires, on s'est désintéressé des problemes locaux, tout aussi sérleux,
qui affligent les pays du tiers-monde.
Voilà, affirme le Sud, que nous sommes au coeur de Ia problemati-
que, celle du couple indissociable environnement-developpement Le
souci que l'on se fait pour l'amélioration de l'environnement planetaire
a occulté Ia nécessité de regler les problèmes du sous-développement et
de Ia pauvreté, pourtant inscrits tout en haut de l'ordre du jour environ-
nemental au Sud. En ce sens, les problèmes de La pauvrete, de La crois-
sance démographique et de I'emploi sont au centre du débat global sur
I'environnement.
Dans le Nord, toutefois, le public ainsi que les décideurs demeu-
rent obnubilés par les problémes planetaires, et par l'environnernent,
plutOt que par le développement. Le gros des recherches scientifiques
et du financement dans le secteur des transferts de technologies est
11
consacré aux problèmes planétaires. Par consequent - nouvelle source
d'inquietude - les questions locales risquent de ne pas recevoir toute Ia
consideration scientifique, et les technologies, qu'elles méritent.
Toute tentative globale pour mobiliser les ressources scientifiques
et techriologiques intemationales devra se confronter aux problemes
locaux. 11 est capital que le Nord élargisse sa perspective pour se rendre
compte qu'il est egalement dans son intérét de promouvoir des modèles
plus durables de développement dans le monde entier. C'est ainsi que la
production agricole durable ou l'environnement urbain devraient s'inté-
grer dans une meme vision planétaire du developpernent, tout autant
que l'appauvrissement de l'ozone et les changements climatiques.
Concertation internationale
Un coup d'oeil, si rapide soit-il, a l'ordre du jour environnemental
fait ressortir la pressante nécessité d'une action intemationale concer-
tee. Au mieux, on peut tirer les conclusions que void.
Premièrement, ii convient de reconnaitre que l'étendue des
menaces actuelles contre l'environnement implique une cooperation
Nord-Sud et une stratégie commune.
Deuxièmement, méme les incertitudes qui subsistent quant a Ia
nature de ces menaces ne suffisent pas a justifier les retards. S'il est vrai
que les connaissances scientifiques actuelles sont encore déficientes
dans plusieurs domaines importants, l'inaction ne régle den, car le
temps n'attend pas. Et, faute d'efforts significatifs a ce stade précoce,
tant les impacts sur la vie humaine, déjà énormes, que les exigences
d'un quelconque programme d'amélioration prendront une ampleur
nouvelle. C'est donc dans cet esprit que Ia Declaration de Rio en ap-
pelle a Ia communauté intemationale pour qu'elle applique le" principe
de la prevention là oU existe une menace de dommages sérieux ou
irréversibles, l'absence de certitude scientifique absolue ne sera pas invo-
quée pour justifier Ic report de mesures rentables perrnettant de préve-
nir La degradation de l'environnement.
Troisièmement, Il faut tenir compte d'une triple, et profonde, asy-
métrie entre le Nord et le Sud. 11 y a d'abord, manifestement, une dis-
proportion dans les responsabilités a l'égard des dangers qui guettent
actuellement La Terre. Bien que l'éventuelle contribution des PVD au
réchauffement de Ia planête et a d'autres problèmes environnementaux
soit source d'inquietude, un fait demeure, ineluctable: Ia responsabilite
historique de l'agression qu'a subie notre environnement incombe aux
pays industrialisés et doit lui étre imputée. De méme, nul ne peut flier le
désequilibre des ressources entre le Nord et le Sud sur les plans techni-
que, financier, administratif et institutionnel. Or, c'est en partie a cause
d'un tel déséquilibre que l'état de nos connaissances est asymétrique.
Que savons-nous vraiment sur Ies causes et les consequences de la
12
degradation environnementale dans les PVD? Cela dit, les pays indus-
trialisés ont pour devoir de prendre les devants et de s'attaquer aux
menaces actuelles en nettoyant leur propre arrière-cour tout en aidant
les PVD.
13
Enf in, toute strategie credible pour affronter le problème environ-
nemental dolt prendre en compte et Ia science et Ia technologie. Si
cette demière n'est certes pas une panacee pour stopper Ia degradation
du milieu, les capacités scientifiques et techniques sont essentielles pour
diagnostiquer, puis concevoir, des strategies de lutte. Or, c'est précisé-
ment en ce domaine que Ia disparité entre le Nord et le Sud est la plus
troublante. Et c'est a cause de cet écart que des efforts doivent être
consentis pour transférer des technologies pertinentes des pays indus-
trialisés vers les PVD, d'une part, et pour renforcer les capacités de ces
demiers a choisir, adapter et créer les technologies qui seront aptes a
remplir les tâches qui incombent.
14
que Ia capacité des PVD a honorer leurs engagements dépendra de
l'application des dispositions relatives a Ia cooperation financière et aux
transferts de technologies.
Le Protocole de Montréal constitue une toile de fond pour les
futures discussions sur l'environnement, par exemple en ce qui a trait
au changement climatique. Les ententes conclues sur Ia protection de
la couche d'ozone, qu'il s'agisse du transfert des technologies ou de Ia
cooperation financière, servent désormais d'étalon aux PVD pour juger
du bien-fondé des futures conventions auxquelles us participeront.
L'expérience du Protocole de Montréal démontre Ia validité d'une négo-
ciation caractérisée par Ia souplesse et l'étapisme, car si l'accord initial
fut rapidement conclu selon les exigences du droit international, 11 a èté
concu de facon telle qu'il sera rouvert et réajusté, le cas échéant, en
fonction d'un calendrier d'évaluations scientifiques, économiques, envi-
ronnementales et technologiques. La signature de Ia convention-cadre
de Rio suggere que les négociations sur le changement climatique pour-
ralent bien adopter le même modèle.
Plusieurs facteurs lirnitent cependant l'utilité du modéle de
Montréal pour de futures discussions. Rappelons d'abord que le succès
montréalais tient en grande mesure au degré du consensus scientifique
sur les causes et les effets probables de l'épuisement de l'ozone strato-
sphérique. L'absence d'un tel consensus sur d'autres problèmes,
comme celui du changement climatique, a bloqué les chances d'une
entente rapide entre le Nord et le Sud.
Un deuxième facteur, et non le moindre, restreint l'influence du
modèle de Montréal: le succès de ce protocole tient fortement a Ia
nature bien démarquée du problème et au choix limité de technologies
de rechange pour remplacer les CFC, D'oü Ia plus grande facilité de
prédire et de circonscrire les obligations financières découlant du traité.
Dans le cas du changement climatique et d'autres questions environne-
mentales, l'ampleur des problèmes et l'incertitude face au prix a payer
entravent les efforts pour parvenir a des accords, a Ia fois contraignants
et globaux, de cooperation financière et technologique.
L'expérience de Montréal, enfin, montre qu'il faut beaucoup de
temps pour promouvoir le transfert international de technologies:
méme dans les circonstances les plus favorables, les accords internatio-
naux sont le fruit de processus longs et fastidieux, et il en va de méme
de leur mise en application. C'est a Montréal que le besoin d'une action
rapide s'est le mieux manifesté, bien que Ia misc en oeuvre n'ait démar-
ré que lentement. Le fonds multilateral que prévoyait le Protocole est
aujourd'hui sous Ia direction conjointe du Programme des Nations
Unies pour le developpement (PNUD), du Programme des Nations
Unies pour I'environnement (PNUE) et de Ia Banque mondiale. Les
parrains du projet tardent pourtant a payer leurs contributions, sans
parler du processus trés terre a terre de Ia designation des personnels,
de l'organisation quotidienne et de Ia formulation des critéres de
15
selection. Tout cela fait que l'attribution des subventions prévues se fait
plus lentement.
16
éventuelles de l'environnement (par ex. Ia montée du niveau de Ia mer
consecutive a un changement climatique) auront des repercussions plus
graves sur les PVD que sur les pays industrialisés. Cette nouvelle ouver-
ture, au Sud, indique que les PVD se rendent compte que le poids politi-
que croissant du mouvement écologiste, au Nord, leur donne un atout
qu'ils devront jouer habilement s'ils espèrent arrimer les preoccupations
ecologistes du Nord a leurs propres priorités de developpement.
Dans le Nord, entre temps, un certain nombre de facteurs rnilitent
en faveur d'une action résolue: ii y aurait complémentarite plutOt que
contradiction, dit-on, entre les objectifs de protection de l'environne-
ment et ceux d'une concurrence accrue; puis, aux yew de l'opinion
publique, les mouvements ecologistes nationaux ont évolué vers Ic
centre de l'echiquier politique; enf in, on accepte géneralement que,
compte tenu de la nature planétaire des menaces faites a l'environne-
ment, ii faut bannir Ic réflexe égdiste qul affirmait jusqu'à present:
Surtout pas dans ma cour!
La controverse sur les transferts de technologies est restée vive
durant les travaux préparatoires de la CNUED. Bien que le Nord
reconnaisse autant que le Sud qu'iI faut faciliter le transfert des tech-
nologies vertes, un large fossé sépare toujours les positions.
Les pays industrialisés ont insisté sur les quatre points suivants:
La nécessité, pour les inventeurs, d'une juste compensation
financière, les PVD acceptant le bien-fondé des droits de
propriété intellectuelle.
La conviction que, dans Ia mesure du possible, Ia technologie
doit être foumie a des conditions commerciales, en se gardant
bien de ne jamais promettre une garantie d'accès aux
technologies.
Le désir de limiter Ia gamme des technologies a l'ordre du jour,
par exemple en dissociant Ia convention sur le changement
climatique des autres questions inscrites a l'ordre du jour du
Sommet.
Une volonté marquee de confier aux institutions déjà existantes
l'acheminement des fonds prévus pour les transferts de techno-
logies, en particulier le Fonds pour l'environnement mondial
(FEM).
Ceci dit, méme dans le camp ' des pays du Nord, les diver-
gences d'opinion ne manquent pas. Les Etats-Unis ont toujours eu
tendance a adopter Ia ligne dure en ce qui conceme les droits de pro-
priete intellectuelle et l'accês commercial. D'autres pays comme le
Japon et l'Allemagne pratiquent Ia souplesse: ne sont-ils pas des foumis-
seurs de produits propres ? Mais, plus encore, ii ne s'agit pas tant,
pour eux, de protéger les redevances sur les brevets que de se livrer a
une promotion musclée des nouvelles industries environnementales.
17
La position du Sud
A l'inverse du Nord, Le Sud a plutOt insisté sur Les points suivants:
La nécessité de garantir l'accès aux meilleures technologies
connues, y compris celles qui sont protegees par des brevets,
sans imposer au Sud Ia réforme des legislations sur les brevets.
L'importance des transferts non commerciaux, étant entendu
que Le Nord assume le I ardeau éconornique.
La nécessité de prendre en consideration la gamme complete
des technologies vertes, sans se limiter a celles qui pourraient
freiner le réchauffement de Ia planéte.
L'importance d'acheminer les fonds par l'intermédiaire de
nouvelles institutions dont Ia nature même et le fonctionnement
assureraient aux PVD une possibilité adequate de faire entendre
leurs voix.
Le Sud insiste encore sur Ia nécessité de négocier les termes d'un
èchange: le Nord aurait accés aux souches végétales du Sud, et le Sud,
aux résultats des recherches en biotechnologie du Nord.
Dans une grande mesure, les discussions Nord-Sud sur le transfert
de technologies vertes sont a l'image des débats antérleurs, tant par le
fossé qui continue de se creuser que par La nature des problèmes soule-
yes. Comme l'a fait remarquer Martin Bell a propos des négociations
sur le changement climatique, l'essentiel des débats a porte sur les dispo-
sitions globales, a la fois juridiques, iristitutionneLles et financières, gui
gouvement l'accès des PVD aux technologies développees (Bell, 1990).
Par consequent, toute une série de questions sur les besoins tech-
nologiques des PVD (la conception de technologies plus appropriées,
l'expertise qui pourra en assurer le transfert, et les facteurs propres a
l'adoption, l'assimilation et l'adaptation des techniques importées) ont
été soit minimisées, soit ignorées.
Mais, en méme temps, et pour Ia premiere lois, les signes avant-
coureurs Iaissaient espérer un nouveau depart; on a méme constaté un
consensus partiel entre le Nord et le Sud qui reconnaissent de plus en
plus, de part et d'autre, que toute stratégie digne de ce nom peut
prendre en charge le transfert des technologies du Nord vers le Sud,
et renforcer les capacités technologiques locales par des mesures de
formation et de perlectionnement techniques. Hélas! certains PVD
redoutent encore que Ia cooperation technologique avec les pays indus-
trialisés ne serve qu'à détoumer l'attention par rapport aux problémes
de fond que sont le financement et les transferts privilégiés.
En definitive, 1 transfert technoLogique et Le développement res-
tent a l'ordre du jour. La Declaration de Rio sur l'environnement et le
18
développement insiste sur Ia nécessité de" renforcer les mesures pour
bâtir des capacités endogènes en matière de développement
durable, par l'amélioration des connaissances scientifiques, au
moyen d'échanges de savoir et de techniques, et par une meilleure
performance en termes de developpement, d'adaptation, de diffusion
et de transfert des technologies, y compris les techniques nouvelles et
innovatrices '.
U
Le document intitulé Action 21, sur lequel on s'est entendu a Rio,
contient un chapitre sur le transfert de technologies propres, la coopé-
ration et le développement des capacités '. D'autres aspects pertinents
du transfert sont également abordés dans les chapitres sur" la science
et le développement durable "et sur une gestion de Ia biotechnologie
qui soit respectueuse de l'environnement ". Le chapitre sur les transferts
de technologies présente cinq objectifs généraux pour La période
d'après-Rio:
Contribuer a garantir l'accès des PVD a l'information scientifi-
que et technologique, y compris les technologies de pointe.
Promouvoir l'accès a des technologies propres ainsi que leur
transfert.
Faciliter le maintien et Ia promotion des technologies locales
propres.
Appuyer les mesures pour bàtir les capacités endogenes, plus
particulièrement dans les PVD, af in qu'ils aient Ia possibilite
d'évaluer, d'adopter, de gérer et de mettre en application les
technologies vertes.
Promouvoir un partenariat technologique a long terme entre les
détenteurs des technologies vertes et leurs utilisateurs potentiels.
Action 21 epingle donc un certain nombre de démarches précises
qu'il faudra entreprendre pour atteindre ces objectifs, allant des sys-
témes d'information améliorés a l'achat de brevets transférables aux
PVD. L'évaluation des coUts annuels moyens de ces projets d'ici l'an
2000 oscille entre 450 et 600 millions de dollars, sans tenir compte
des transferts privilégiés.
Par rapport aux versions précédentes, le document représente un
progrès majeur et illustre l'évolution des mentalités face aux transferts
technologiques. On y declare sans ambages que les efforts pour faciliter
les flux de technologies du Nord au Sud devront se doubler d'un souci
particulier pour le développement des ressources humaines et le perfec-
tionnement des capacités locales. On souligne egalement l'importance
19
du savoir indigéne, ainsi que Ia nécessité d'une cooperation a long
terme entre foumisseurs et destinataires.
On discerne cependant, entre les lignes, les limites de l'action
proposée. Ainsi, le document encourage les Etats a promouvoir, facili-
ter et financer le transfert de technologies vertes et le savoir-faire
connexe, toujours selon des conditions favorables, des concessions et
des traitements preferentiels H Cependant, et ii fallait s'y attendre, nul
mécanisme institutionnel ou financier particulier n'est propose pour
soutenir un tel objectif, pas plus qu'on ne fixe un quelconque calendrier.
De la méme facon, nulle indication n'est donnée quant a la manière de
mobiliser ou de distribuer les ressources financières jugées nécessaires.
Certes, Action 21 énonce des principes sur les transferts technolo-
giques, mais on est décu de ne pas y trouver un plan d'action H pour
les années a venir. La tâche Ia plus ingrate reste donc encore a faire:
trancher sur les priorités qul se bousculent, concevoir des programmes
précis, et mettre en mouvement les machines institutionnelles qui en
assureront Ia gestion.
Les conventions
Ce que nous avons dit des progres et des limites du Sommet de
Rio sur les transferts technologiques s'applique tout aussi bien aux
conventions sur le changement climatique, Ia biodiversité et les foréts.
Dans chaque cas, on a accordé une certaine attention aux trans-
ferts des technologies. Méme l'énoncé de principes sur les foréts fait
echo au document Action 21 en soulignant l'importance des efforts
entrepris pour promouvoir et financer l'accès a des transferts technolo-
giques propres a des conditions favorables H
La convention-cadre sur le changement climatique engage expres-
sément les parties a coopérer en vue de promouvoir le developpe-
ment, Ia mise en application et Ia diffusion (par ex. les transferts) de
technologies, de méthodes et de procédés pour contrOler, réduire ou
prévenir les emissions de gaz a effet de serre H (article 4). Dans une
large mesure, Ia Convention adopte le modéle du Protocole de
Montréal. On y precise que Ia capacité des PVD a appliquer les
dispositions de Ia Convention dépendra de l'engagement des pays
avancés signataires a off ru des ressources financiêres et des transferts
de technologies. Le texte engage également les pays avancés a foumir
les fonds pour couvrir intégralement les coOts différentiels que devront
assumer les PVD pour appliquer cette Convention.
Par contre, le document ne va pas aussi loin que le Protocole de
Montréal dans au moms un domaine: il ne fait aucune mention des
conditions de transfert ailleurs que dans le préambule, oQ il est énoncé
que les nouvelles technologies devraient être transférées a des
20
conditions qui feront en sorte que leur application sera benefique sur les
plans économique et social
La Convention sur Ia diversité biologique est plus explicite a cet
égard, car elle precise que les techniques pertinentes a Ia conservation
et a l'exploitation durable des ressources genétiques" seront foumies ou
facilitées a des conditions equitables et des plus favorables, selon des
terrnes préférentiels, lorsque cela aura été mutuellement convenu .
Néanmoins, on y precise que le transfert de techniques brevetées sera
compatible avec une protection adequate et effective des droits de
proprléte intellectuelle .
Cependant, l'aspect 1 plus problématique de ce demier document
conceme le partage des résultats de Ia recherche en biotechnologie. La
Convention engage chaque pays industrialisé signataire a foumir a tout
PVD qui est partie a I'entente l'accês aux techniques génétiques. Cela
s'appliquerait même aux cas oQ les technologies recherchées sont
protegees par des brevets et autres droits de propriété intellectuelle.
De la mêrne facon, Ia Convention demande aux pays industrialisés
d'accorder des possibilités de participation concrete aux recherches
en biotechnologie aux PVD qui foumissent les ressources génétiques
nécessaires a ces mémes recherches. Ce sont précisément ces disposi-
tions qui ont poussé les Arnéricains a ne pas signer la Convention de
Rio.
L 'après-Rio
On aura compris que ces accords conclus au Sommet de Ia Terre
représentent Ia premiere étape d'un itinéraire qui promet d'être long et
ardu.
Dans le domaine des transferts de technologies, ii sera nécessaire
de passer du stade des grands principes et des voeux pieux, a celui des
projets concrets et des strategies. Néanmoins, ii est essentiel que toute
action se fonde sur une méticuleuse evaluation des problématiques.
C'est exactement ce que tentera de faire Ia prochaine section du
present rapport. On y fait un tour d'horizon des concepts qui sont lies
au transfert et au développement des technologies vertes, ainsi que des
lecons a tirer des recherches antérieures sur les transferts de technolo-
gies du Nord au Sud. Dans Ia troisième section, on reviendra aux straté-
gies d'action de l'aprês-Rio.
21
A mi-chemin
entre l'environnemei
et le développement
Technologies vertes
Pour discuter des applications de Ia technologie a Ia solution des
problèmes de l'environnement planétaire, on doit d'abord examiner Ia
nature des besoins technologiques. L'ensemble des techniques néces-
saires pour modifier, ou améliorer, les produits ou les processus qui ont
un effet dommageable sur l'environnement, forment ce que certains
appellent les technologies vertes , ou" propres . Cette definition est
celle retenue par Ic Protocole de Montréal au sujet des substances qui
attaquent Ia couche d'ozone. Bien des observateurs, surtout dans le
Sud, préfereraient qu'on elargisse Ia definition pour qu'elle recouvre le
transfert de toutes les technologies vertes. Bref, beaucoup de confusion
demeure sur Ic sens reel de cette expression.
Pour évaluer ce type de technologies, on tiendra compte de trois
facteurs importants. Tout d'abord, Ia meilleure technologie serait celle
qui surpasserait toutes les autres, tant du point de vue ecologique
qu'économique. Or, en pratique, peu de technologies satisfont a un
grand nombre d'exigences simultanément; beaucoup méme résolvent
des problemes en méme temps qu'elles en créent d'autres.
Deuxiêmement, le concept de technologie verte est relatif puis-
que, méme verte aujourd'hui, die peut tre remplacee demain par une
nouvelle technologie encore meilleure. D'autre part, une technologie
considérée a l'origine comme propre peut s'avérer un jour carrément
néfaste (c'est le cas des CFC), pour Ia simple raison qu'on en a fait un
usage plus intensif que prévu, ou qu'on ignorait ses effets a long terme.
En troisième lieu, l'appréciation d'une technologie dépendra bien
souvent du lieu de son application, de critéres écologiques et économi-
ques a satisfaire, et des conditions d'application.
23
dans Ia mesure oCi Ia degradation du milieu est une consequence de Ia
pauvreté, les technologies vertes doiverit favoriser Ia creation de Ia
richesse et de l'emploi dans le Sud.
D'une facon générale, les technologies requises pour conduire au
developpement durable devront satisfaire les objectifs suivants:
Stimuler la croissance économique et multiplier les possibilités
d'emploi dans les PVD, en tenant compte principalement des
ressources dont sont dotes ces pays.
Obtenir un meilleur rendement énergétique grace a des
méthodes plus efficaces pour exploiter les matiêres premieres.
Supprimer ou réduire les stocks de déchets nocifs des usines de
production et, là oCi us sont inévitables, s'assurer que les risques
pour Ia sante humaine sont minimes.
Promouvoir la réutilisation ou le recyclage des intrants et du
produit fini.
11 est cependant impossible de repondre a Ia demande des pays du
Nord qui voudraient circonscrire un ensemble de technologies vertes
uthes pour jauger les projets de développement. Le Nord n'accorderait
de préts qu'aux pays du Sud qui feraient usage de technologies vertes.
Comme on ne connalt aucun fondement rationnel qui permettrait de
définir un tel ensemble, celui-ci ne pourra voir le jour qu'avec le temps,
lorsqu'on aura appliqué et évalué les technologies concemées. Cette
evaluation prendra en compte Ia possibilité, pour chaque technologie,
de ne pas engendrer de problémes environnementaux.
11 est evident que l'êventail des technologies vertes est extreme-
ment étendu. Ainsi, pour contenir les changements climatiques, les
méthodes propres se regrouperaient ainsi:
Limiter l'usage des CFC. Le Protocole de Montréal est clair
au sujet des technologies a privilégier: y figurent en bonne place
Ia fabrication de substituts des CFC tels que les hydrochlorofluo-
rocarbures (HCFC) et les hydrofluorocarbures (HFC); de nou-
veaux procédés pour remplacer les CFC; des technologies pour
créer des produits de substitution (par ex. des ref rigérateurs
sans CFC), ainsi que les technologies de transformation requises
pour utiliser les nouveaux produits; enf in des technologies pour
recycler les CFC des climatiseurs et des ref rigérateurs.
Réduire la quantité d'énergie requise pour une
utilisation donnée. Environ un tiers du CO2 produit dans les
pays industrialisés, et encore plus dans les PVD, provient des
usines d'électricité. Une meilleure performance des appareils
électroménagers, des systémes de chauffage résidentiels et
commerciaux et des moteurs industriels permettrait de réduire
Ia demande d'énergie.
24
Améliorer le rendement de Ia production énergétique.
A mesure que les PVD ajoutent a leurs capacités de production
d'énergie, dont une bonne partie continue a être dérivée de La
houille, us exigent des technologies plus performantes: turbines
a combustion et systèmes mixtes, sans compter Ia cogénération
qui risque d'augmenter le rendement du carburant de plus de
25 %. Mais le passage de Ia houille au pétrole et au gaz nature!
permettrait des reductions du CO2. A court terme, les technolo-
gies petrolieres ou gaziêres doivent être considérées comme
vertes dans les pays qul, autrement, utiliseralent de Ia houille.
Miser sur des sources d'énergie sans carbone.
L'hydroélectricité foumit des quantites considérables d'energie
sans CO2 et les energies éolienne, thermique-solaire ou
photovoltaIque-solaire commencent a étre viables. Elles
deviennent plus concurrentielles a mesure que les innovations
techniques et les economies d'échelle en réduisent les coüts. II
n'en est pas de méme de l'énergie nucléaire que bien des gens
qualifient d'écologique; mais les problémes de déchets radio-
actifs, de mise hors service et de coQts élevés militent contre
elle, que ce soit en termes économiques ou environnementaux.
De nombreux ecologistes éprouvent des reserves analogues a
l'égard des mégaprojets hydroé!ectriques.
Repenser les applications agricoles et forestières. 11
s'agit-la d'un énorrne champ d'action. Pour réduire Les émis-
sions de CO2 il faut songer a un rendement energétique
amélioré, direct ou indirect, en agriculture, que ce soit par Ia
diminution d'engrais, de pesticides ou d'autres produits chimi-
ques. Pour atténuer les emissions de methane, il faut de nou-
velles variétés de riz, ainsi que des techniques améliorées pour
gerer l'irrigation et nourrir le bétail. Pour ralentir le rythme du
déboisement et augmenter les forets éponges qui absorbent
le CO2, on dolt rechercher de meilleures méthodes de gestion
forestière, des mesures de boisement et de developpement des
méthodes agroforestieres, de même que des rendements agri-
coles accrus sur les lopins en exploitation.
Cette liste illustre bien la gamme étendue des technologies en
cause, les interrelations entre les diverses solutions techniques, et La
difficulté qu'il y a a tracer une demarcation nette entre les technologies
susceptibles d'améliorer l'environnement et celles jugées importantes
pour le développement. Toute decision sur le caractêre écologique
d'une technologie doit prendre en compte les normes qu'imposent tant
l'environnement que le développement. Quand une technologie verte
permet de réduire les prix de revient ou de créer des emplois, eLle dolt
figurer parmi les technologies a developper et a transférer vers les pays
du tiers-monde.
25
Des réponses tech nologiques
Pour atténuer Ia degradation de l'environnement, on devra
s'appuyer sur des technologies dures (machines, outils, equipements)
autant que sur des technologies" douces (méthodes de gestion, savoir-
faire). Toutefois, II convient de réaliser que, pour l'essentiel, les possibili-
tés offertes par les technologies existantes sont faibles, et que, sans
l'amélioration des rendements et sans le developpement de nouvelles
technologies et de méthodes adaptees aux conditions locales, ii n'y aura
pas de progres.
Ces observations nous invitent a étendre Ia portée de notre
réflexion au-delà des technologies vertes, a tenir compte des obstacles
juridiques, financiers et institutionnels qui entravent leur utilisation. Le
débat dolt englober non seulement le transfert de technologies propres,
mats dolt aussi s'arrêter sur les moyens de repenser les mutations te-
chnologiques, au Nord comme au Sud. Etant donné Ia mince distinction
entre les technologies de l'environnement et celles du developpement,
Ia quête de technologies vertes dolt passer par un effort accru pour
améliorer les capacités technologiques endogenes des PVD.
26
Un savoir tech nologique
L'histoire nous montre que ce sont les individus, tandis qu'ils
vaquaient a leurs activités économiques normales, qui ont engendré le
savoir humain. Tel agriculteur notait les caractéristiques particulières de
certaines semences, déterminait un modèle de rotation de ses cultures,
puis enregistrait les bienfaits de l'interculture sur ses rendements. Les
approches plus systématiques pour accélérer Ia connaissance et accumu-
ler un savoir sont récentes; le système d'enseignement, et les universités
en particulier, en sont Ia chasse gardée. On a aussi créé, ces demières
décennies, des laboratoires de recherche, publics et privés, qui s'effor-
cent d'acquérir des connaissances fondamentales ou appliquées. C'est
cette demière catégorie qui fait normalement l'objet des statistiques
nationales sur Ia recherche-développement.
Le savoir scientifique ne se traduit pas toujours par des innova-
lions technologiques. On volt aussi, souvent, les politiciens des PVD ou
les responsables de Ia cooperation intemationale afficher un parti pris
en faveur des sciences fondamentales. Cependant, si on desire exploiter
davantage les technologies vertes, ii faudra accrottre les compétences
scientifiques et techniques et les capacités de recherche des PVD. Trois
raisons militent en faveur de cette croissance:
II devient de plus en plus evident que les capacités scientifiques
et technologiques locales sont le motif determinant du succès,
ou de l'échec, des transferts de technologies.
L'accroissement de ces capacités permettra aux PVD de partici-
per et de contribuer dans une plus grande mesure aux débats et
aux changements mondiaux.
Cette croissance permettra aux PVD de choisir les solutions les
plus appropriées et même de les adapter.
Pour que le savoir soit synonyme de succès, 11 faudra également se
pencher sur Ia question de son efficacité dans le Sud. Tout comme c'est
le cas en matière économique, Ia competence et l'efficacité des person-
nels scientifiques des PVD laissent a desirer. De nombreux facteurs sont
en cause: installations inadequates, salaires faibles et manque d'incitatifs
pour faire des recherches appliquées qui répondent aux problèmes du
milieu; absence de contacts avec les utilisateurs comme avec les autres
scientifiques du monde; accès réduit a l'information; manque d'expé-
rience pour définir et gerer les problémes. Pour résoudre ces difficultés,
11 faudra, on le voit, davantage de cooperation scientifique Nord-Sud et
Sud-Sud.
Un lien capital dolt étre maintenu, celul qui relie les créateurs du
savoir scientifique et technique aux utilisateurs. A Ia fin des années
1970, une étude sur les politiques scientifiques et technologiques faisait
mention d'un lien étroit entre les activités de production, les decisions
27
financières et économiques connexes, et la variable technologique".
La creation d'une technologie doit etre, thèoriquement, jumelee a sa
production, de sorte que les problêmes que rencontre l'utilisateur orien-
tent les efforts de recherche-développement. A mesure que les solutions
sont proposées, elles sont testées et adaptées, offrant du même coup
de nouveaux problemes a régler et, par consequent, de nouvelles orien-
tations de recherche. Les résultats de l'étude ont malheureusement dé-
montré que de tels liens sont souvent faibles, ou même qu'ils n'existent
pas. Des analyses récentes des liens université-industrie, qui parviennent
aux mémes conclusions, proposent d'innover et de créer des liens entre
les Institutions de recherche du secteur public et les utilisateurs du sec-
teur privé.
Les strategies destinées a renforcer les capacités de creation du
savoir dans les PVD doivent également tenir compte du caractère
nouveau de la percée technologique, notamment sa nature résolument
pluridisciplinaire, de l'importance de Ia réflexion philosophique sur les
mutations technologiques, du mouvement vers La privatisation de la
recherche et, enf in, de l'intemationalisation croissante des activités de
recherche et de developpement.
IL est certain que les coCits et Les risques de La recherche fondamen-
tale augmenteront dans les PVD, que La collaboration entre institutions,
nationales ou intemationales, s'affermira et que l'interaction entre pro-
ducteurs et utilisateurs des technologies s'ajustera en consequence.
De plus, rien n'empéche les créateurs du savoir de reprendre a
leur compte les connaissances traditionnelles, par exemple dans les
domaines oCt l'incidence écoLogique est majeure comme l'agriculture a
faibLes intrants gui présente des déf is intéressants pour le Sud.
28
parfait substitut aux transferts qui peuvent mme, a certaines condi-
lions, stimuler ces mmes capacités locales.
Les efforts en vue d'accélérer le flux de technologies dans le sens
Nord-Sud devront augmenter si l'on souhaite un jour inverser les ten-
dances actuelles. Durant les années 80, l'Afrique et I'Amerique latine
ont assisté, impuissants, au tarissement des principales sources de
technologies et de savoir-faire, notamment les importations d'équipe-
ments, les investissements directs de l'étranger, la formation et l'assi-
stance techniques. On retrouve, a Ia source de ce tarissement, de faibles
taux de croissance et un endettement élevé. C'est pourquoi bien des
PVD espérent que les négociations actuelles ne se contenteront pas
d'aborder Ia problématique environnementale, mais qu'elles s'intéresse-
ront également au ralentissement du flux des technologies et des capi-
taux venus du Nord.
Entre-temps, l'accroissement de Ia concurrence, La rapidité des
mutations technologiques, et l'augmentation des coQts et des risques
relies aux innovations, ont oblige de nombreuses transnationales a
intensifier leur collaboration dans les domaines du développement des
technologies et de leurs production: echanges de brevets, activité
conjointe en recherche-developpement, nouvelles formes de partenariat
pour le développement de produits et de procédés. L'accroissement de
Ia concurrence technologique et l'augmentation du nombre des foumis-
seurs devraient permettre au Sud de disposer d'un meilleur choix et de
bonnes conditions. Mais, chose deplorable, une collaboration plus
étroite entre les transnationales risque de garder les PVD a l'écart de
nombreuses innovations.
29
manière statique les choix économiques qui s'offraient au Sud. On a
pourtant opté aujourd'hui pour une perception foncièrement dynami-
que de Ia technologie oü les choix technologiques ne sont plus poses
une fois pour toutes mais s'intègrent dans un processus permanent
d'amélioration continue.
Des etudes conclualent aussi que l'integration quotidienne
d'innovations au processus de production peut avoir un résultat
stupefiant et, parfois, dépasser de beaucoup l'effet de plus récentes
innovations. Mais, dans Ia réalité, l'accumulation du savoir n'est pas le
propre de toutes les entreprises et depend le plus souvent d'une déci-
sion consciente de leurs directeurs d'investir dans Ia formation, les
changements organisationnels et l'assistance technique. Dans les pays
du Sud, ces conditions sont rarement présentes, ce qui limite l'étendue
des gains.
L'évolution technique au quotidien marque des points surtout
dans les secteurs de Ia conservation ênergétique et des autres ressources
naturelles. Un chercheur, qui s'est intéressé a trois décennies d'activités
des raffineries de pétrole américaines (Enos, 1962), a constaté que de
petites innovations techniques régulières avaient non seulement aug-
menté Ia productivité de Ia main-d'oeuvre et de I'equipement, mais éga-
lement réduit la consommation d'energie et des autres intrants de plus
de 50 % dans chaque unite de production. Plus près de nous, de Larde-
ret (CNUSTD, 1991) cite une enquete sur les entreprises néeriandaises
qui démontre que jusqu'à 30 % des suggestions en we de rendre la pro-
duction "plus propre'> ne sont en fait que des mesures de gestion relati-
vement simples: réparer les fuites, séparer les flux de déchets pour
permettre La recuperation, etc. De telles ameliorations relativement peu
coQteuses ont une portée non négligeable sur l'environnement.
Des scenarios analogues existent dans les PVD. Scion M. Bell,
spécialiste des transferts de technologies, la plus importante source
d'amélioration de La productivité dans les PVD demeure l'évolution
cumulative au sein d'instaLlations de production existantes, plutOt que
l'apport de technologies de toute demiêre génération. IL affirme que, s'iL
n'est pas accompagné d'efforts soutenus, le transfert des technologies
innovatrices risque fort de n'aboutir qu'a des ameliorations a court
terme. L'amélioration dans l'utilisation des ressources, ajoute-t-il, est
étroitement liée a un accroissement de La productivite de l'équipement
et de Ia main-d'oeuvre. Par consequent, ii est possible de conjuguer une
reduction des niveaux d'émission de CO2 et d'autres polluants avec une
meilLeure rentabilisation des activités de production.
30
Un supermarché de la tech nologie
Dans les débats des années 1950 et 1960 sur Ia science, Ia tech-
nologie et le développement, les ' modemes estimaient que science et
technologie relevalent du domaine public. On avait donc tendance a
considérer le vaste corpus des connaissances humaines mondiales
comme des marchandises sur les étageres d'un supermarché. Le Sud
n'avait donc qu'à faire ses emplettes pour satisfaire ses besoins. Cette
situation devait avantager les PVD et leur permettre de combler le fossé
qui les séparait du Nord industrialisé.
De maniêre analogue, bien des gens pensent aujourd'hui que les
transferts offriront un raccourci qui permettra aux pays du tiers-monde
d'êviter La période d'inefficacité énergétique, vorace en matières pre-
mières et génératrice d'une intense pollution. Mais queues sont les
caractéristiques du marché des PVD? Quels sont les coüts et avantages
de tels transferts pour les foumisseurs?
Vers le milieu des années 1960, les PVD se sont plaints de ce
que Ia technologie mise a leur disposition était insuffisante. De plus,
us faisaient remarquer que les transnationales exerçaient un contrOle
presque total sur les fournitures technologiques. La métaphore du
supermarche était de plus en plus remise en question. BientOt, des
chercheurs comme C. Vaitsos se sont mis a décortiquer le processus
de commercialisation de La technologie pour mieux comprendre Ia
nature du marché des transferts technologiques vers les PVD.
us en ont conclu que les transferts sont regis par une relation de
pouvoir entre foumisseurs et acheteurs. Pour comprendre le handicap
dont souff rent les acheteurs dans ce type de marché, on cite deux
causes:
y a d'abord La nature de Ia technologie de pointe elle-méme,
pratiquement indéchiffrabLe. Elle ne peut donc être convenable-
ment évaluée par les acheteurs avant qu'ait lieu La transaction.
Comme I'énoncait K. Arrow en 1962, toute transaction corn-
merciale impliquant du savoir ou de l'information se caractérise
par une asymétrie inhérente: le vendeur connalt son produit,
mais l'acheteur, dans une certalne mesure, ignore La nature
exacte du produit qu'il va acheter. Le probleme est exacerbé
quand ii s'agit d'entreprises du tiers-monde qui ont ordinaire-
ment moms d'envergure et moms d'expérience qu'au Nord,
en plus d'étre, d'un point de vue technologique, en situation
d'infériorité face a leurs foumisseurs. De plus, ii n'existe pas de
moyens faciles pour comparer les prix, ce qui handicape davan-
tage l'acheteur éventuel.
31
11 y a ensuite La nature oligopolistique, ou même carrément
monopolistique, du marché international de La technologie. Des
etudes récentes affirment que Ia conduite commerciale des
transnationales s'inspire de leur maltrise de Ia technologie et
de Ia maximisation du profit qu'elles en tirent. Les foumisseurs
disposent ainsi de tous les atouts (possession de Ia technologie,
domination du marché, ressources financières et personnel corn-
pétent) pour dicter aux entreprises et aux gouvemements des
PVD des conditions contractuelles qui se traduisent par des
coUts élevés.
32
La bonne affa ire !
D'autres recherches plus récentes ont conduit a un reamenage-
ment du marché dans les années 1970. 11 y a d'abord eu augmentation
du nombre de foumisseurs dont certains sont maintenant établis dans
les PVD mêmes. L'escalade des coQts de Ia recherche-développement,
et Ia nécessité de s'assurer de vastes marches pour recouvrer ces coflts,
ont incite les grosses entreprises a s'intéresser davantage aux transferts
de technologies. D'autres analyses ont egalement démontré que des
entreprises des PVD pouvalent initier elles-mêmes les transactions en
faisant Ic tour des foumisseurs pour leur arracher la meilleure
aubaine (Bell et Scott-Kemmis, 1988).
Les PME sont aussi devenues d'importants foumisseurs. Comme
cues partagent avec Ic Sud certaines contraintes (faible financement,
manque d'information ou de ressources humaines qualifiees), leur
puissance de negociation est évidemment moms grande que celle des
transnationales. Bien sUr, les PME ne disposent pas des ressources
nécessaires pour réaliser de grands projets d'investissement et ne peu-
vent donc pas jouer carrément Ic rOle des transnationales. Dans nom-
bre de secteurs environnementaux (traitement des déchets, gestion et
systèmes de conservation de l'energie, secteurs de La biotechnologie),
les PME peuvent cependant devenir d'importants fournisseurs.
L'asymétrie, surtout en cc qui concerne Ic pouvoir d'mnformation,
privilégie les foumisseurs. Aussi, les PVD eprouvent-ils quelque difficulté
a ajuster leurs besoins aux solutions technologiques que Le Nord leur pro-
pose, et même a faire des emplettes H en toute connaissance auprès
des foumisseurs. Ces contraintes sont encore plus visibles dans les do-
maines de pointe oct les tendances du développement technologique
sont incertaines, oct le secret d'entreprise reste de misc, et oct les
sources d'approvisionnement couvrent plusieurs secteurs industriels.
33
décrivent dew types de coQts d'option: ceux qui sont lies au manque a
gagner (le potentiel des marches perdus et l'éventuelle concurrence en-
tre les destinataires eux-mémes), et les coQts d'effectifs, souvent plus
onéreux pour les petits foumisseurs, et qui touchent aux compétences
nécessaires au transfert (par ex. le personnel aurait pu être affecté de
façon plus profitable a d'autres activités).
I_es cocits sont au plus bas lorsque des concepts, des plans et des
specifications existantes sont tout bonnement reproduits et expediés au
destinataire. Les coflts augmentent a mesure qu'il faut transférer davan-
tage de connaissances et de compétences humaines, c'est-à-dire le
savoir-faire des spécialistes. Les coflts augmentent encore quand ii faut
dispenser Ia formation dans les entreprises des destinataires. Ils sont
encore plus élevés s'il faut modifier les technologies pour les adapter a
un pays acquéreur dote d'un petit marché, ou dont les modéles de
consommation et de dotation en ressources sont différents. Les cotts
d'option croltront également si l'on dolt avoir recours a des compé-
tences (coQts d'effectifs) ou lorsque le transfert risque d'avoir des effets
negatifs sur les marches d'exportation existants ou potentiels (coQts du
manque a gagner).
En dépit de tout cela, les foumisseurs peuvent quand méme retirer
des profits a long terme, distincts des paiements directs pour le trans-
fert, et qul se présentent sous diverses formes. Dans bien des cas,
l'entreprise en question n'est pas Ia seule a en bénéficier, le pays four-
nisseur lui-même y trouvant son compte. En voici quelques exemples:
L'expanslon des possibilités d'exportatlon pour les
pièces détachées, équipements auxillaires et produits
ou technologies connexes. Dans les domaines de pointe,
une pénétration précoce du marché améliore Ia position du four-
nisseur par rapport a ses concurrents, non seulement a cause
de la nécessité, pour l'acquéreur, de normaliser ses approvision-
nements, mais aussi parce qu'il n'existe pas d'information corn-
plete sur les autres sources d'approvisionnernent.
Le rodage du transfert, élément de Ia rentabilisation.
Les transferts de technologie intemationaux représentent une
experience non negligeable pour l'entreprise exportatrice a
mesure qu'elle maitrise les difficultés juridiques, administratives
et techniques.
La position concurrentielle des entreprises exporta-
trices confortée par rapport aux concurrents
internationaux. Lorsque le marché national est restreint ou
que les coUts en amont du developpement de Ia technologie
sont élevés, les transferts intemationaux peuvent permettre de
faire des economies d'échelle et de réduire les coüts unitaires de
production.
34
L'amélioration de Ia productivité des fournisseurs
d'intrants et de composantes, qu'il s'agisse d'entre-
prises affihiées ou d'entrepreneurs indépendants. Dans
l'industrie d'assemblage de produits electroniques ou automo-
biles, Ia rentabilité de I'entreprise depend énormément de l'effi-
cacité des fournisseurs. Les industries ont d'ailleurs tendance a
êvoluer vers des relations" a distance , plus autonomes et plus
souples, afin d'avoir les coudées franches pour s'ajuster plus
rapidement aux caprices de Ia demande et aux preferences des
consommateurs.
La circulation a deux sens du savoir. 11 est toujours possi-
ble pour le foumisseur de bénéficier d'adaptations du procédé
ou du produit effectuées par l'entreprise destinataire. De tels
transferts a rebours sont davantage le fruit de transactions impli-
quant des contacts actifs et continus entre les parties, plutOt que
de Ia vente relativement passive d'equipements ou de Ia cession
d'une simple licence de conception. Ce type de cooperation
technologique entre des firmes de pays industrialisés et du tiers-
monde n'est pas trés commun, mais il est porteur de promesse
pour l'avenir.
Le calcul des coUts et des profits des firmes est également tribu-
taire de deux autres facteurs. Premiérement, nombre des profits" dyna-
miques indiques ci-dessus ne se concrétiseront que sur une certaine
période de temps. Les petites entreprises dont l'expérience intematio-
nale est limitée ne peuvent pas toujours amortir les cocits immédiats
d'un transfert, ce qui permettrait aux profits a long terme de se "cristal-
user". Un financement d'appoint pourrait s'avérer nécessaire pour en-
courager les petites entreprises a se lancer dans des operations de
transfert, surtout si on les presse a s'engager dans une interaction
soutenue et a long terme avec les destinataires.
Deuxiémement, la firme exportatrice ne peut ordinairement profi-
ter que d'une portion des avantages d'un transfert de technologie. Là
encore, les petites entreprises trés spécialisées peuvent avoir de Ia
difficulté a tirer avantage du transfert et a matérialiser de nouveaux
marches.
35
Une deuxième série de critiques avait porte sur les technologies
mal adaptées aux besoins des PVD, sur le volume de capitaux et sur les
competences nécessaires, sur Ia dépendance a l'égard de foumitures
importées plutOt que produites localement, et sur le type de technolo-
gies axées sur Ia satisfaction des besoins de l'élite des PVD. Le recours
a ces technologies mal adaptées tend a réduire les emplois, a aggraver
les problèmes de devises et a limiter les retombées dans l'économie lo-
cale. En outre, 11 y a le risque de créer une économie a deux vitesses
oii un secteur modeme cOtoie Ia pauvreté et le chOmage.
Ces objections ne peuvent être écartées du revers de Ia main; il
est impossible de dissocier le débat sur les technologies vertes des in-
quiétudes concemant les impacts économiques, sociaux et culturels des
technologies importées.
L'urgence de mettre fin a Ia degradation de l'environnement ne
peut nous empécher de considérer le prix impose pour les transferts
technologiques.
De plus en plus, l'attention se dirige moms vers les coQts et les
types de technologies importées que vers les moyens de créer et de
maintenir les capacités technologiques des PVD. En effet, ce n'est
qu'en soutenant les efforts de ces pays pour qu'ils choisissent, adaptent
et développent des technologies appropriées que l'on pourra apporter
des correctifs au faible pouvoir de négociation des entreprises du Sud,
au choix de technologies inopportunes et aux faibles retombées des
transferts sur l'économie locale.
Si on en est arrivé Ia, c'est a la suite d'une réévaluation des liens
entre les importations de technologies et les capacités technologiques.
La plupart des textes sur Ia dépendance technologique font valoir que
les transferts ont des effets néfastes a long terme sur Ia capacité techno-
logique des nations concemées. Néanmoins, des etudes de cas récentes
et l'expérience de Ia Corée du Sud et de Taiwan suggèrent que les trans-
ferts peuvent être une puissante locomotive pour le developpement.
Certes, un soin particulier doit étre apporté aux choix des technologies
afin qu'elles contribuent vraiment a l'édification de capacités endogenes.
Pour l'essentiel, Ia capacité technologique s'intéresse aux compé-
tences, aux aptitudes et a l'expérience qui sont nécessaires pour choisir,
utiliser, adapter et créer des technologies. Les indicateurs d'une capaci-
te technologique devraient notamment couvrir l'aptitude de l'entreprise
importatrice a défmnir ses besoins de technologie et a négocier avec les
foumisseurs; a exploiter Ia technologie importée de facon rentable; a
assurer les operations ordinaires de maintenance; a analyser le fonction-
nement des installations de production et a entreprendre les modifica-
tions et les ajouts en matière d'equipement, de facon a accroitre la
capacité de production et a réduire les coüts; a planifier, concevoir et
effectuer une expansion des capacités et, enf in, a engendrer une série
d'innovations technologiques aim d'améliorer Ia production.
36
Les engrais industriels au
Bangladesh
Une étude d'A. Quazi sur cette industrie du Bangladesh
donne un aperçu du faible rendement énergétique dans Les PVD.
L'auteur fournit quelques explications a une si piètre performance.
Le rendement observe dans deux usines d'engrais était infé-
rieur aux previsions du plan initial. De plus, ce rendement contras-
tait beaucoup avec celui des usines des pays industrialisés. Plus
encore, les taux d'amélioration du rendement énergétique sont
restés negligeables pendant toute Ia durée de cette étude qui
s'étendait sur huit ans, puisqu'aucune adaptation majeure n'a été
apportée aux installations. Mais il faut dire que l'amélioration et Ia
modemisation des équipements, comme la gestion et Ia technolo-
gie, étaient, pour une grande part, tributaires d'une expertise de
l'exterieur. Loin d'amener une evolution continue de Ia technologie,
cette situation a donné lieu a une valse-hésitation : chaque fois que
des ingénieurs et des gestionnaires étrangers intervenaient, L'effica-
cite, y compris le rendement énergétique, augmentaient, pour aussi-
tot chuter aprés Leur depart.
37
gestion, et a des concepts de produits. D'autres fois, cela inclut des corn-
pétences et un savoir-faire supplémentaires pour le fonctionnement et
la maintenance de l'équipement technologique importé. Dans les deux
cas mentionnés, seule la capacité de production est transférée au desti-
nataire. Ce n'est que lorsqu'il y a un transfert integral des connais-
sances, de l'expertise et de l'expérience nécessaires pour générer et
gérer des changements techniques, insiste Bell, que l'on peut parler
d'accumulation de capacité technologique pour le destinataire.
Facteurs de succès
Tous les indices suggèrent qu'il y a deux facteurs prirnordiaux
pour que le transfert contribue a bàtir des capacités technologiques
endogènes.
Le premier facteur concerne l'intensité du contact entre foumis-
seurs et destinataires. II doit étre constant et soutenu pour assurer un
transfert effectif des compétences et du savoir. Cela ne signifie pas pour
autant que le foumisseur doive investir directement dans l'entreprise des-
tinataire. La forme contractuelle du transfert est bien moms importante
que la portée des connaissances acquises et, a cet égard, Ia formation
est un élément capital. Bien trop souvent, hélas, les entreprises et les
gouvernements destinataires ont insuffisamment insisté sur Ia question
de Ia formation; ils l'ont méme quelquefois negligé. Par exemple, dans
le cas d'une analyse portant sur plus de 600 contrats d'exploration
petrolière, T. Turner a constaté que dans 14 % des cas seulement se
retrouvaient des dispositions relatives a Ia formation, a l'embauche de
citoyens du pays et au recours a des services techniques locaux. II en
conclut que les contrats traduisent un piètre souci pour l'acquisition des
compétences.
Dans une étude sur l'industrie minière, le spécialiste A. Warhurst a
confirmé l'importance de maintenir des liens dans un but de formation.
II fait valoir que les compagnies minléres du Nord commencent a intro-
duire leurs technologies les plus récentes et les plus propres dans les
PVD dans le but d'amortir les coQts élevés d'implantation, d'améliorer
leur image de marque et d'éviter de futurs obstacles en matière de regle-
mentation. La capacité d'un PVD a bénéf icier d'une telle approche
dependra de Ia facon dont seront conclus les accords, et de leur apti-
tude a intégrer Ia formation aux ententes de partenariat ou de cession
de licence.
Le deuxième facteur conceme les compétences et I'orientation
stratégique de l'entreprise destinataire. Dans une étude effectuée en
Inde, N. Nath conclut que les activités de suivi assurées par l'entreprise
du pays hOte sont essentielles au succès d'un transfert. De solides
connaissances sont donc nécessaires avant le transfert; de méme, La
participation a toutes les étapes de Ia planificatlon et de Ia mise en
38
oeuvre du projet sont capitales. J. Enos et W. Park confirment que
c'est en Corée que les efforts locaux ont Joué le plus grand rOle.
A Ia suite des travaux d'A. Desai et de P. Mihyo, on peut conclure
que, si les capacités locales de recherche, de selection et de négociation
en matiêre de technologic font défaut, une reglementation gouveme-
mentale n'est jamais d'un grand secours.
39
Les options
Les fondements de l'action
Les tentatives de transferts de technologies du Nord vers le Sud
ont souvent échoué. Aussi importe-t-il maintenant de concevoir des
plans d'action elf icaces, de choisir les bonnes cibles, de préciser les
types d'initiatives, et de définir des exigences financléres, techniques et
institutionnelles de tels transferts. Quels sont donc les principes de base
a retenir?
Toute action efficace dans le domaine des transferts et de la
cooperation technologiques nécessite Ia participation d'un certain
nombre d'intervenants: gouvernements nationaux, entreprises privées,
institutions intemationales et organisations non gouvemementales.
Si les coOts d'un tel consensus sont, sans doute, prohibitifs, on ne
peut pourtant ignorer les interventions d'individus ou de groupes qui
décident de passer a l'action. Le débat sur l'environnement mondial
reste toujours marque par l'incertitude: que sait-on au juste de la gravité
des menaces? Sur queues mesures faut-il s'arréter? Cette incertitude se
complique parce que, dans plusleurs domaines connexes du savoir
technique, les changements s'opèrent rapidement. Qul plus est, Ia
justesse d'une solution technologique donnée doit être mise a l'épreuve
sur le terrain pour prouver son efficacité réelle.
Dans un tel contexte de précarité, Ia prudence s'impose. Pour
être efficace, II est recommandé d'envisager une vaste gamme d'initia-
tives. Le nombre des actions requises est si élevé que nul intervenant,
nul groupe méme, ne pourra les prendre toutes en charge. Une multi-
plicité d'actions mobilisera tout un éventail d'interventions en plus de
permettre a des groupes particuliers de mettre a contribution leurs
connaissances spécialisées.
41
11 y a lieu de penser, aujourd'hui, que l'apparente contradiction
entre Ia nécessité de protéger l'environnement, d'une part, et les exi-
gences de Ia croissance et du developpement économiques, d'autre
part, n'est pas aussi rigide qu'on l'a souvent cru. L'application de tech-
nologies vertes, ou propres, pourrait en effet stimuler Ia croissance. Un
rapport recent du World Resources Institute démontre que les percées
dans les domaines de Ia biotechnologie, des systèmes d'information et
des matériaux de pointe contiennent La promesse d'une "avancée
technologique qui réduira la pollution et Ia surconsommation de maté-
riaux, et assurera un meilleur rendement économique.
En théorie, on pourrait formuler des programmes capables de
satisfaire les impératifs en environnement au Sud, sans sacrifier les
objectifs en developpement, et sans que les foumisseurs de technologies
soient privés de leurs profits commerciaux. II subsiste pourtant
d'énorrnes obstacles a la réalisation de tels objectifs.
Les contraintes économiques demeurent importantes puisqu'il faut
financer l'amortissement des coQts a court terme. En outre, le fait que
plusieurs des technologies environnementales soient d'" intért public"
empéche les entreprises de récolter tous les bénéf ices qui découlent de
leur application. En de telles circonstances, les stimulations fiscales et
les subventions a l'exportation sont bienvenues.
Parce que Ia plupart des technologies vertes du Sud ne sont pas a
la fine pointe, le paiement des droits d'exploitation, le plus souvent, ne
fait pas de difficulté. Méme lorsqu'il s'agit de technologies plus nou-
velles, l'expansion rapide des frontières technologiques et la concur-
rence achamée entre les foumisseurs rendent plus accessibles les
transferts de haute technologie.
II y a egalement d'importants obstacles a franchir sur le plan de
l'information. Comme nous l'avons deja fait remarquer, les acheteurs
de technologies sont souvent très desavantages par rapport a leurs four-
nisseurs. Mais les foumisseurs aussi souffrent d'un manque d'informa-
tion. Les jeunes entreprises et les firmes qui oeuvrent dans des secteurs
de pointe éprouvent de Ia difficulté a estimer les marches. En outre, les
fournisseurs pourraient vite constater que les acheteurs sont peu nom-
breux, quand ils existent, soit parce qu'il s'agit de nouvelles technologies
ou qu'elles sont d'" intért public, soit encore a cause du manque d'ex-
périence de Ia firme sur les marches étrangers.
Enf in, ii faut prendre en consideration toute une série de con-
traintes institutionnelles, notamment les diverses facons dont les politi-
ques nationales, et dans le pays destinataire et dans Le pays fournisseur,
militent contre le succès d'un transfert de technologie: il peut s'agir de
facteurs tels que le droit de propriete intellectuelle, le prix de revient et
les mesures fiscales. II serait nécessaire de reformer les institutions et les
politiques de recherche ia oü elles existent deja, et d'en créer dans les
42
pays oCt ii n'en existe pas, de facon a renforcer les capacités locales
d'importer les technologies appropriées.
43
Les regles du jeu
Ii faut repenser les regles de Ia cooperation Nord-Sud en vue de
faciliter les transferts de technologie et de renforcer les capacités tech-
nologiques des PVD.
La question des droits de propriété intellectuelle est sans doute Ia
plus controversée de ces régles. Les perspectives divergent sur Ia nature
de Ia recherche scientifique et technologique et sur Ia juste distribution
des avantages qui en découlent (Belcher et Hawtin, 1991). Si I'on se fie
aux declarations publiques récentes des représentants du Nord et du
Sud, ii ne semble pas y avoir place pour le compromis. Pourtant, ii y a
des signes d'espoir, notamment les progrès obtenus ces demières an-
nées en ce qul conceme La reconnaissance du droit des agriculteurs
(Keystone Center, 1991). Cela laisse a penser que des problemes juges
insurmontables peuvent parfois étre résolus. On note aussi des change-
ments importants dans les attitudes de certains gouvemements du
tiers-monde a l'égard du droit de propriété intellectuelle (par ex. au
Mexique), ce qul peut conduire a des progrés importants dans les négo-
ciations Nord-Sud. Mais les positions sont beaucoup plus rigides au
Nord; ii suff it de rappeler les pressions arnéricaines sur les PVD pour les
amener a protéger un tel droit.
Le respect de ce droit de propriété intellectuelle joue un rOle clé
dans le développement des technologies. Néanmoins, les PVD ont inté-
ret a resister aux pressions qu'ils subissent pour étendre unilatéralement
le champ d'application des brevets, surtout en ce qui conceme le nou-
veau domaine controversé des organismes vivants. II conviendrait plutOt
de trouver un compromis entre le Nord et le Sud au moyen de discus-
sions multilatérales. D'ici là, des mesures pour proteger les brevets pour-
raient étre adoptées pour garantir le flux des technologies et bàtir un
climat de confiance.
Le défi consiste a trouver un compromis entre le Nord qul insiste
pour qu'on reconnaisse Ia nature commerciale de Ia plupart des trans-
ferts, et le Sud qui exige qu'on lui accorde un accês préferentiel. II fau-
drait aussi distinguer entre les modalités d'acquisition d'une technologie
commerciale et les conditions de financement accordées aux acheteurs
du tiers-monde. Le rOle des marches dans l'établissement du prix de
revient des technologies commerciales seralent ainsi maintenu, et les
PVD profiteraient de conditions préferentielles de financement.
Pour l'essentiel, ii s'agit de reconnaitre le principe general
enchâssé dans Ia Declaration de Rio: le Nord et le Sud ont des respon-
sabilités" communes mais différenciées a l'égard de La degradation de
l'environnement mondial. Les pays du Nord n'ont-ils pas contribué plus
massivement aux problémes actuels? Ne disposent-ils pas de ressources
beaucoup plus importantes? Aussi devraient-ils assumer une plus grande
part du fardeau en prenant des mesures immédiates pour réduire leurs
propres emissions et en aidant les PVD a faire de méme. En échange
44
d'un compromis des PVD sur Ia question des taux préférentiels et du
droit de propriété intellectuelle, les pays industrialisés s'engageraient
fermement a faire une contribution financière.
Dans le domaine des technologies, les taux du marché sont
parfois excessifs et, par consequent, les conditions de transfert peuvent
être extrêmernent restrictives. II y aurait donc lieu de reprendre les
discussions pour déboucher sur une sorte de code de conduite propre a
décourager les abus de type monopolistique.
45
Les marques déposées
Dans le cas des marques déposées, les problèmes de Ia propriétê
intellectuelle sont un obstacle majeur a surmonter. Telle société pourrait
tre disposée a transférer des technologies récemment mises au point,
mais qui ne touchent pas a ses capacités technologiques fondamentales.
La diffusion de ces technologies auprès de subsidiaires ou de foumis-
seurs non affillés améliorerait Ia rentabilité a long terme de l'entreprlse.
S'il existe, dans l'industrle électronique ou automobile, un vaste réseau
de fournisseurs d'équipements et de composants (dont beaucoup sont
autonomes), c'est que le partage' des technologies fait partie inté-
grante d'une stratégie de concurrence.
46
La cooperation technologique pourrait donc occuper une plus
grande place chez les utilisateurs qul ne sont pas en competition. C'est
le cas, par exemple, d'un réseau de sociétês oeuvrant dans le secteur
des services publics au Brésil, en Chine, en Europe, en Inde et en
Amerique du Nord, qul projette de developper des technologies reliées
au changement climatique (USAID, 1990).
Dans certains secteurs, les dispositions des textes législatifs rela-
lives a l'intért public pourraient servir de véhicule pour encourager Ia
diffusion de technologies commerciales.
On suggere enf in de créer un service de courtage qui jouerait le
rOle d'un intermédiaire entre les marques déposées et leurs utilisateurs
potentiels dans les PVD.
Le courtage en biotechnologie
Les plus récentes innovations en biotechnologie agricole auront
sans doute un role majeur a jouer pour satisfaire les besoins alimentaires
d'une population rnondiale en pleine croissance. On pense id, par exern-
pie, aux pesticides biologiques et a de nouvelles souches végetales resistant
aux parasites.
Parce que les transnationales exercent leur domination dans ce sec-
teur, les applications de pointe en biotechnologie sont, rnalheureusement,
de plus en plus souvent protegees par des brevets. Pourtant, les souches a
haut rendement de Ia Revolution verte étaient contrôlées par des instituts
de recherche du secteur public. On peut alors douter que les PVD aient
accès aux applications biotechnologiques quand les contraintes deviennent
ainsi de plus en plus insurmontables sur le plan des infrastructures et des
investissements.
C'est dans ce contexte que l'on a assisté récemment a Ia creation de
I'International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications
(ISAAA), organisme international a but non lucratif qui a pour mission de
faciliter le transfert des applications biotechnologiques. L'!SAAA offre aux
PVD des services d'évaluation, de controle, de courtage et de finance-
ment. II tente de trouver une technologie appropriée a chaque besoin, et
prodigue des conseils sur Ia biosécurité et Ia reglementation.
Parmi les premiers exemples du travail de l'ISAAA, mentionnons
d'abord une entente qui permet a Ia société Monsanto de transférer des
genes de protéine de coque a un institut de recherche mexicain qui pourra
ainsi lutter contre les virus de Ia pomme de terre. Soulignons ensuite le
transfert dune sonde froide de diagnostic de I'ADN pour Ia detection de Ia
nervation noire, développee par Ia Washington State University, a un
Centre de recherche et de developpement sur les legumes en Asie
(AVRDC) qul en fera bénéficier des pays du tiers-monde.
47
Technologies du domaine public
Dans ce type de technologies, plus faciles a obtenir, les obstacles
sont moms de nature juridique et financière que d'ordre international.
Pour accroitre leur transfert, ii faudrait organiser des missions de déve-
loppement des exportations, financées par les gouvernements dona-
teurs, qui viseraient surtout les petites entreprises specialisées. On
pourrait aussi assurer la formation des foumisseurs moms expérimen-
tés, ou bien I inancer des services de courtage.
Dans le cas des technologies expérimentales et de Ia recherche
précommerciale, il faut distinguer s'il s'agit de recherches publiques ou
privées. Dans le cas de recherches publiques, d'importants progrès peu-
vent être accomplis par les pays donateurs qui consentent a financer un
partenariat réunissant les PVD et les chercheurs du Nord, soit dans des
universités, soit dans des institutions du secteur public. Un bel exemple
est offert par le programme de subventions a Ia recherche en coopéra-
tion du CRDI, auquel participent des scientifiques du Canada et des
PVD. A une échelle plus grande, des mesures multilatérales pourraient
être prises pour financer Ia recherche precommerciale dans des do-
maines précis, comme le fait le Groupe consultatif pour La recherche
agricole internationale (GCRAI) dans le secteur de la recherche agricole.
Par contre, dans les cas oü La recherche a été partiellement ou
complètement privatisée, les obstacles aux transferts sont plus considé-
rables. Un partenariat stratégique dans le champ des semi-conducteurs
ou des télécommunications, par exemple, chevauche les frontiêres
nationales et facilite Ia circulation internationale de Ia recherche précom-
merciale. Or, les pays du Sud semblent en être exclus. La capacité scien-
tifique limitée de leurs entreprises pourrait les empecher de s'intégrer a
cc type de structures commerciales.
Technologies douces
Enfin, dans le domaine des technologies douces et du savoir-
faire, il existe toute une panoplie de mécanismes pour faciliter les trans-
ferts. Ce type de savoir-faire, qui couvre de nombreux domaines, of Ire
de grandes possibilités d'échanges Sud-Sud et de jumelages Nord-Sud. Ii
est capital, également, de freiner Ia I uite des cerveaux du Sud vers le
Nord.
48
Gérer l'environnement
Le gros des discussions sur les transferts porte sur les techno-
logies dures (machines et equipements) et, dans une bien moindre
mesure, sur les technologies douces (compétences et savoir-faire),
nécessaires a l'entretien et a l'adaptation des équipements impor-
tés. Or, on sait fort bien que ces dernières doivent être transférées
au moms a part egale. En effet, l'amélioration des compétences en
gestion de l'environnement est tout aussi importante que le choix
des technologies propres qu'on importe.
Le projet de developpement des compétences en gestion du
miiieu ambiant en Jndonésie (EMDJ) est un effort conjoint du minis-
tère d'Etat indonésien pour les populations et l'environnement
(KLE-l) et de Ia School of Resource and Environmental Studies, a
Ia Dalhousie University d'Halifax (Canada). Le projet a pour but
de raffermir les ressources institutionnelles et humaines pour
mieux gérer l'environnement indonésien. Le projet, qui est dans sa
troisiéme phase, bénéficie du soutien de l'Agence canadienne de
developpement international (ACDI), dont Ia contribution finan-
cière aura atteint 31,1 millions de dollars canadiens entre 1989 et
1984.
La cooperation et Ia formation technique couvrent les
domaines suivants:
planification des espaces et gestion de l'environnement au
niveau regional (avec application de systémes d'informa-
tion géographique);
evaluation des impacts sur l'environnement, des normes
environnementales et de Ia gestion des matiéres dange-
reuses et toxiques;
gestion de l'environnement mann et côtier;
systémes d'information sur l'environnement.
Les responsables du projet EMDI sont convaincus qu'une
variété d'institutions doivent collaborer dans la gestion de l'environ-
nement. En plus de conferer Ia direction des travaux au KLH, on a
voulu renforcer les capacités de gestion environnementale des orga-
nismes du gouvemement (a tous les niveaux, depuis Ia capitale jus-
que dans les provinces), des universités, des ONG et des instituts
prives. Quant aux echanges avec les homologues canadiens, its
visent au perfectionnement des compétences et a l'acquisition de
l"expertise pertinente,
49
L'adoption des technologies
Le problème clé de l'adoption reside, souvent, dans l'absence de
toute incitation a appliquer des techniques vertes. Des solutions exi-
stantes et facilement accessibles, importées ou developpées localement,
sombrent ainsi dans l'oubli.
Les récents débats ont examine ce problème dans l'optique des
forces du marché . On a analyse les distorsions entre les prix de
revient (surtout l'energie), les marches de capitaux et les restrictions
commerciales qui ne favorisent pas l'importation de produits et de pro-
cédés verts. Les prix de revient doivent etre restructures de facon a cor-
riger les problèmes les plus flagrants. C'est bien de cela qu'il s'agit, en
effet, lorsqu'on discute de possibles taxes du carbone sur les combus-
tibles fossiles, ou de taxes plus universelles sur l'utilisation de l'énergie:
dans les dew cas, les taxes ne feraient qu'obliger les consommateurs
d'énergie a absorber les coUts sociaux et environnementaux de leur
utilisation, au detriment d'une relative rentabilité des technologies
propres.
On adrnet de plus en plus que les réformes du marché sont insuffi-
santes, a elles seules, a modifier les tendances dominantes, et qu'une
série de mesures independantes s'impose. Considérons ces quelques
suggestions:
Une réglementation plus traditionnelle (par ex. des normes de
pollution) s'avère essentielle en certains domaines, en particulier
là oQ le mécanisme des prix ne fonctionne pas adequatement.
L'aide gouvemementale et l'injection de fonds publics dans Ia
recherche-developpement demeurent des solutions a considérer
pour contrer les entraves financiéres ou techniques qui ralentis-
sent Ia transition vers des technologies plus propres.
Les gouvemements des PVD peuvent également jouer un rOle
majeur par en révisant les critères en usage chez les investis-
seurs privés, et en exploitant judicieusement les normes
d'acquisition dans le secteur public.
Les pays donateurs peuvent donner un coup de pouce a cette
réforme en offrant une assistance financière et technique dans des
volets précis, comme celui des critéres pour l'investissement. 11 existe
egalement plusieurs autres domaines oQ Ia participation du donateur
peut contribuer a encourager l'adoption de technologies propres.
Le financement de projets de demonstration, qui illustrent l'effi-
cacité technique et Ia rentabilité des technologies vertes, contri-
bue a surmonter certains des obstacles non financiers a leur
adoption.
50
Une aide financière et technique pour promouvoir les accords
de partage de technologies parmi les entreprises des PVD per-
met d'éviter les coUts d'immobilisation élevés que requièrent Ia
plupart des technologies appropriées.
Des mesures d'assistance améliorent l'expertise technique des
institutions locales et regionales de credit dans les PVD. Les
banques de developpement et autres institutions analogues
Jouent un rOle de premier plan dans le financement local des
projets de transfert de technologies. Malheureusement, ii leur
manque bien souvent l'expertise nécessaire pour bien évaluer Ia
faisabilité technique des investissements.
51
Enf in, le developpement des capacités technotogiques est sou-
vent le résultat de facteurs qul relévent de la culture d'entreprise
elle-méme. Par consequent, des projets de formation peuvent
avoir un effet décisif sur les efforts techniquesfournis par l'entre-
prise.
II s'agit-la du champ d'action potentiellement le plus vaste. 11 en-
globe les efforts entrepris pour fortifier les instituts locaux de recherche
et de formation, développer un partenariat de tongue durée entre les
Institutions du Nord et du Sud, et promouvoir des decisions technologi-
ques plus performantes au sein d'entreprises productives. Les objectifs
suivants sont d'une importance particuliêre: renforcer les capacités
scientifiques pour évaluer les besoins technologiques des PVD; amélio-
rer les méthodes d'évaluation et de choix des technologies; enfin, renfor-
cer Ia capacité d'innovation des principales institutions.
52
et des lignes directrices concemant les inventaires nationaux des émis-
sions de gaz.
11 y a un demier point sur lequel ii faut insister: les evaluations des
besoins ne doivent pas être exciusivement axées sur La recherche de
solutions de nature technologique. Comme l'ont démontré des décen-
flies de soutien a La recherche pour le développement, une intervention
réussie doit commencer par une definition des besoins de La population
locale si L'on veut s'assurer que les solutions solent effectivement mises
en oeuvre. II est certes urgent de procéder a l'inventaire des technolo-
gies potentiellement utiles, mais ii est tout aussi nécessaire que l'évalua-
tion des besoins ne prenne pas pour hypothese que les solutions seront
obligatoirement d'ordre technologique.
53
Technologie appropriée ou meilleure
tech nologie existante?
54
Choisir la bonne tech nologie
Un choix technologique fondé est a Ia base de toute stratégie pour
les transferts intemationaux. Les PVD doivent absolument détenir
i'information voulue pour faire des choix éciairés parmi les options qui
s'offrent a eux. Autrement, la promotion des transferts intemationaux
risque de tomber sous 1e contrOle des foumisseurs et le désir de transfé-
rer des solutions technologiques existantes aura le dessus sur la volonté
de répondre aux besoins des PVD. Car le Sud, ne l'oublions pas,
souffre d'un sérleux handicap sur le plan de l'information et des
capacités techniques quand ii s'agit d'évaluer une technologie donnée.
Les PVD doivent, pour commencer, avoir une meilleure connais-
sance de ia portée et de la performance des technologies. 11 existe
d'aiileurs un certain nombre d'inventaires, de services d'information et
de banques de données dont le but est de corriger cette situation.
Mais ii est pius que probable que l'accès a l'information sera limité
par ia capacité insuffisante des pays destinataires a utiliser l'information
déjà disponible. Ces systêmes d'information doivent étre concus et mis
en oeuvre dans le but de rejoindre La clientele visée, et de créer les outils
nécessaires a leur dissemination au sein des pays destinataires. De plus,
ii y a place pour une participation des institutions intermédiaires qui
pourraient offrir un service de courtage.
Pour ce qui est d'améliorer les capacités d'évaluation des technolo-
gies dans les pays destinataires, les besoins les plus manifestes concer-
nent le soutien a Ia formation et les échanges de personnels, aussi bien
de gouvernement a gouvemement qu'au niveau des entreprises produc-
tives. Il y aurait également lieu d'améliorer le materiel d'enseignement
de méme que les critères d'évaluation des technologies. Les PVD Se-
ralent ainsi plus a méme de resister a Ia tentation d'aller nécessairement
vers les" meilleures technologies existantes >; ils pourraient pousser leur
enquête du cOté des technologies qui conviennent davantage a leurs
conditions nationales.
55
tout autant qu'un soutien plus genéralisé aux instituts nationaux
et régionaux de recherche.
Deuxièmement, ii est a present admis que les innovations résul-
tent de Ia mise en réseau des institutions. II faut beaucoup insis-
ter sur les tentatives faites pour améliorer les capacités des
utilisateurs de technologies et des foumisseurs d'équipements,
que l'on reconnalt a present comme étant une source impor-
tante d'lnnovation dans les pays industrialisés. De plus, II faut
consentir des efforts soutenus pour créer des liens concrets
entre les institutions de recherche et les utilisateurs de Ia tech-
nologie dans les secteurs productifs. Les efforts des donateurs
désireux de renforcer les systèmes locaux d'lnnovation devront
viser les mémes objectifs.
Un certain nombre de mesures peuvent renforcer Ia capacité
d'innovation des PVD: jumeler certains programmes du Nord et du
Sud; offrir des bourses d'étude plus genéreuses aux étudiants des PVD;
soutenir les institutions scientifiques existantes; reformer le système des
mesures incitatives a Ia recherche pour encourager le secteur privé;
prodiguer des stages de formation en entreprise en vue d'améliorer Ia
production, Ia maintenance et le contrOle de Ia qualite.
56
nouvelles institutions. Le Secretariat de la CNUED a propose le lance-
ment de programmes regionaux de promotion des capacités techniques
afin d'appuyer le developpement durable dans les pays du tiers-monde.
Cela supposerait des mécanismes de coordination et de cooperation
entre les institutions existantes. L'expérience du CRDI et d'autres dona-
teurs qui supportent activement Ia recherche en développement sera
primordiale pour toute stratégie destinée a renforcer et a améliorer les
capacites existantes.
57
Les suites du Somm
de la Terre
Depuis qu'a eu lieu Ia plus importante conference des chefs d'Etat
du monde sur l'environnement et Ic développement, on discute beau-
coup du succès, ou de l'échec, de cc Sommet de Rio de Janeiro.
Certes, on doit souligner Ia quasi unanimité qui s'est dessinée autour
d'Action 21 et Ia signature de Ia convention sur Ia biodiversité. Mais en
bien d'autres domaines, que ce soit les ressources financières, les trans-
ferts technologiques ou les institutions, les progrès accomplis restent en
deca des attentes.
En definitive, cependant, notre jugement sur le Sommet reposera
moms sur tel résultat, ou tel rate, que sur les processus qui seront mis
en place et sur leur bien-fondé. On doit dorénavant s'atteler a I'énorme
tàche qui consiste a poser des gestes concrets pour réaliser les grands
objectifs que fixe Action 21.
Le contexte est loin de favoriser une telle entreprise. Le taux de
croissance reste bas, Ic chOmage augmente, et l'instabilité des mon-
naies et des marches boursiers détoument l'attention du public et des
décideurs du Nord, loin des questions du développement durable, vers
une gestion de l'économie intérieure a court terme. Pour les mémes
motifs, des pays, parmi lesquels certains sont aussi généreux que Ia
Suede, ont sabre, quelques mois seulement après Ic Sommet de Rio,
dans les credits qu'ils destinaient au développement. Pendant ce temps,
les tensions politiques et Ic lent apprentissage qu'implique Ia misc en
place des nouveaux programmes planétaires sur l'environnement frei-
nent Ic processus d'approbation et de misc en marche de projets parti-
culiers du Global Environmental Facility (GEE) de La Banque mondiale
et du Multilateral Ozone Fund. Le démembrement de l'Union des
républiques socialistes soviétiques et de ses anciens allies de l'Europe de
l'Est lance une foule de défis a Ia comrnunauté intemationale, que cc
soit Ia violence ethnique, ou cc vaste mouvement d'indépendance natio-
nale qui se dessine au scm des confédérations, ou Ic déclin constant de
Ia production économique et de l'emploi, cc qui, tout compte fait, ris-
que d'allonger Ia liste des pays qui exigent une aide financière.
Pourtant, il y a des lueurs d'espoir. Le plus grand succès de la
CNUED n'est-il pas de faire prendre conscience aux habitants du Nord
comme du Sud que, d'unc part, des menaces pèsent actuellement
contre l'environnement et, d'autre part, bien qu'avec un moindre suc-
cès, qu'un lien intime unit l'environnement et Ic développement. Quoi
qu'iI en soit des autres problemes qui confrontent Ia communauté inter-
59
natlonale, le grand public demeure très préoccupé par les questions
environnementales.
Depuis Rio, les décideurs savent qu'il ne suffit plus de dire que
"les affaires continuent comme a l'accoutumèe ; les institutions doivent
revoir leurs objectifs afin de repondre aux nouveaux delis du developpe-
ment durable. Les résultats des elections présidentielles américaines de
1992 mettent en evidence une telle aspiration au changement et répu-
dient une opinion vieille de dix ans qui veut que seule l'économie de
marché pourra résoudre les problemes, sans aucune intervention étati-
que. On reconnait aussi que pour faire face aux nouveaux déf is, ii faut
que le grand public et les bénévoles s'impliquent, s'inspirant en cela de
certaines lecons apprises, au Canada et ailleurs, lors des consultations
préparatoires au Sommet. La communauté des affaires, qui se sent de
plus en plus responsable de Ia qualité du milieu de vie, a carrément déci-
dé d'adopter des technologies plus vertes pour combiner les avantages
de l'environnernent et de l'économie. A la fin, ce sont ces tendances a
long terme, que ce soit dans les attitudes, les usages, les institutions ou
la manière dont on utilise les ressources, qui confirmeront le succès, ou
l'échec, d'Action 21.
Cela est certainement vrai en ce qui conceme les discussions sur
les technologies vertes, ou propres, qui respectent l'environnement.
Comme le present rapport a tenté de le démontrer, il faut mettre de
cOté une interpretation statique de Ia technologie qui considérerait Ia
percée de La science soit comme source de degradation de l'environne-
ment, soit comme panacée universelle. Mieux que cela, comme le re-
connaissait il y a vingt ans deja Barry Commoner, nous devons plutet
nous intéresser au changement technologique comme a un "processus"
qui méne a un environnement et une société plus durables.
Ce faisant, 11 faudra porter une attention spéciale aux questions
sociales, politiques, structurelles, economiques et technologiques.
Cela exige un effort conscient non seulement pour appuyer I' inno-
vation technologique, mais aussi l'innovation sociale. Ce n'est que par
un rééquilibrage novateur des rOles et des responsabilités de l'Etat, du
milieu des affaires et de La socièté civile que La technologie sera au ser-
vice de l'environnement et du developpement.
60
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Ce livre a été préparé par le Programme d'inforrnation
publique du CRD1 a partir d'un rapport intitulé Technology
and the International Enuironmenta! Agenda: Lessons
for UNCED and Beyond et présenté a Ia Table Ronde
nationale sur l'envlronnement et l'économie.
Brent Herbert Copley, agent de programme, Politiques
économiques et technologies, Division des sciences sociales
du CRDI et Amitav Rath, consultant spécialisé en politiques
technologiques, ont signé ce document.
CRDI
CANADA