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Technologies vertes pour un avenir durable

Le document discute du rôle des technologies dans le développement durable et la lutte contre la dégradation de l'environnement. Il souligne les liens entre pauvreté, environnement et technologie, et l'importance de la coopération Nord-Sud pour le transfert de technologies respectueuses de l'environnement.

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Technologies vertes pour un avenir durable

Le document discute du rôle des technologies dans le développement durable et la lutte contre la dégradation de l'environnement. Il souligne les liens entre pauvreté, environnement et technologie, et l'importance de la coopération Nord-Sud pour le transfert de technologies respectueuses de l'environnement.

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Les technologies vertes

Transferts durables et
commerce

ARCHIV
93896
Le Centre de recherches pour le developpement international
(CRDI) soutient des travaux et des activités de recherche dans les
pays en développement de manière a assurer un developpement
durable et equitable a l'échelle mondiale.
Les recherches sont menées par des scientifiques affiliés a des
institutions, a des entreprises, a des gouvernements ou a des
organismes de développement. Des partenaires canadiens y
contribuent régullérement.
Les projets soutenus financièrement ou techniquernent par le
CRDI privilegient le recours aux ressources locales et s'appuient
sur le genie, l'intelligence et le sens de l'innovation des chercheurs
des pays en développement.
Le CRDI contribue au renforcement des connaissances et des
capacités de recherche des pays en développement pour lutter con-
tre Ia pauvreté et pour améliorer les conditions de vie et
l'environnement des populations affectées.
Le CRDI est dirige par un Conseil des gouverneurs inter-
national. Ses fonds proviennent du gouvernement du Canada.

Centre de recherches pour le developpement international 1993


BP 8500, Ottawa (Ontario), Canada K1G 3H9

Rath, A.
Herbert-Copley, B.
CRDI, Ottawa, Ont. CA

Les technologies vertes : Transferts durables et commerce. Ottawa,


Ont., CRDI, 1993. 65 p. (Collection Quête d'avenir /CRDI)

/Gestion de l'environnement/, /transfert de technologie/,


/technologie appropriée/, /savoir-faire/, /développement durable!,
/coopération technique/, /relations Nord Sud/ - /degradation de
l'environnement/, /études de cas/, references.

CDU: 577.4:001.92 ISBN: 0-88936-67 1-3

Edition microfiche offerte sur demande.

This publication is also available in English.


Les technologies vertes
Transferts durables et commerce
par Brent Herbert-C opley et Amitav Rath

Som ma ire
Preface 2
L'environnement, alors et maintenant 6
Toute solution aux problèmes actuels de l'environnement nécessite
une bonne dose de cooperation entre le Nord et le Sud. Pour que le
Sud réduise sa contribution croissante a Ia pollution planétaire et a
Ia destruction du milieu, ii lout qu 'ii ait accès aux technologies et au
savoir-faire dont dispose le Nord. II lout aussi prendre des mesures
pour bâtir les capacités technologiques dans le Sud afin d'y fortifier
le reservoir des corn pétences.

A mi-chernin entre l'environnement et le développement 22


Pour transferer des technologies vers le Sud, ii ne suffit pas d'y
expédier machines et outils de pointe. La solution dolt être de type
durable et ne pas limiter l'aptitude du Sud a s'industrlaliser et a
atteindre son plein potentiel. Les sources du changement, les
transferts directs, Ia recherche et le développernent, et le cumul du
savoir doivent être habitement exploités pour répondre aux besoins
propres de chaque pays. Le processus échouera lamentablement s'f I
ne respecte pas l'originalite des pays du Sud, leurs critères et leurs
evaluations.

Les options 40
On a abuse de Ia nature partout dons le monde. L'industrialisation,
qui prend de l'ampleur au Sud, s'accompagne d'une degradation du
milieu qui témoigne de l'écart tech nologique qul subsiste entre les
deux hémisphères. Le Sud sera frappé de plein fouet si, en Iançant
de nouvelles initiatives, on n'instaure pas un ordre de priorité. Plus
précisément, il faut accroItre le financement et faciliter l'accès a
I'm formation sur les technologies approprlées. Pour résoudre les
problèmes qul entourent les transferts, Ia collaboration Nord-Sud
devra jouer a plein entre les Institutions chargees de Ia mise en
oeuvre du programme d'Action 21.

Les suites du Sommet de la Terre 58


Préface
Pauvreté, environnement et technologie
Les discussions préparatoires de la Conference des Nations Unies
sur l'environnement et le developpement (CNUED) ont permis de
rouvrir le dossier du transfert des technologies entre le Nord et le Sud.
Naguere au centre des débats sur le developpement, ce problème était
mis en velileuse dans les années 1980 a cause de l'émergence d'autres
preoccupations: Ia dette, Ia restructuration de l'êconomie, Ia libéralisa-
tion des echanges et, plus récemment, le developpement durable. Mais
a mesure qu'on a pris conscience de Ia nécessité d'une participation des
pays du tiers-monde a un programme mondial pour l'environnement, et
de l'obligation de leur fournir les ressources financières et techniques
pour atteindre les objectifs fixes, divers intervenants, du Nord comme
du Sud, ont relancé le débat sur Ia problematique des technologies.
Cette nouvelle démarche était cependant axèe sur l'offre et se
limitait au cadre étriqué des mécanismes financiers, institutionnels et
juridiques qui permettaient aux technologies du Nord d'être transférées
vers les pays en développement (PVD). Ainsi, toute une série de diff i-
cultés qui se situent sur l'axe de Ia demande étaient mises en sourdine:
les besoins technologiques du tiers-monde, les systémes de recherche,
et les critéres d'adoption d'une technologie.
Le present rapport elargit le débat en précisant Ia fonction des
technologies dans la lutte contre la degradation du milieu naturel, ainsi
que les possibilites d'une cooperation intemationale pour promouvoir
ce rOle.
Le rapport reconnalt d'abord l'existence de liens intimes entre
pauvreté, population et developpement durable. Sridath Ramphal
remarque que, dans les PVD, pauvreté, demographie galopante et
degradation du milieu ambiant forment une spirale infemale que les
sociétés prospéres ne connaissent pas:
Les gens démunis finissent souvent par saccager leur environne-
ment - non pas par ignorance, mais parce qu'ils doivent survivre.
us surexploitent des champs épuisés, font paitre leurs troupeaux
dans des savanes a l'equilibre fragile, et abattent ce qui leur reste
d'arbres pour les brOler. Dans un contexte de survie a court terme,
chaque decision est rationnelle; c'est a long terme, et dans un
contexte global, que les effets en sont désastreux. 1. .1 La pauvreté
est a Ia fois cause et consequence de Ia degradation du milieu
naturel (Ramphal, 1990).
Qu'on ne s'y trompe pas! On ne peut imputer Ia degradation de
l'environnement aux plus démunis. Les pays industrialisés sont infini-
rnent plus responsables du ma! déjà fall ainsi que des menaces que
laissent planer leurs choix malencontreux, tout comme le rythme
effréné et les modéles capricieux de consommation qui les caracté-
risent. Ni dans les principes, ni dans les faits, ne peut-on sérleusement
s'indigner de l'injustice faite aux générations futures si l'on ne se soucie
pas simultanément de l'injuste situation qui regne en notre temps.
L'effort que déploie Ia communauté mondiale pour lutter contre les
menaces actuelles doit egalement s'attaquer aux réalités présentes: la
pauvreté et l'énorme disparité des ressources et des opportunités, au
sein des nations et entre elles.
Si on adoptait une approche axée sur les pauvres, quel serait donc
le rOle d'une technologie protectrice de l'environnement? Rappelons
que Ia technologie forme un ensemble de connaissances, d'organisa-
tions, de procedures, d'équipements et de compétences humaines qui
convergent dans Ia creation de produits socialement désirables; die
n'est pas, strictement parlant, un outil d'ingénierie sociale. Or, les struc-
tures socio-économiques imposent une definition des problémes sociaux
et donc, aussi, une orientation de l'évolution technologique, laquelle a
son tour devient le creuset de nouvelles organisations sociales et produc-
trices. En ce sens, on peut douter sérleusement du rOle de la technolo-
gie pour surmonter de problèmes avant tout sociaux et politiques.
11 serait vain de presumer que des solutions technologiques, méme
é!aborées dans un cadre socio-économique précis, puissent facilement
s'appliquer a des contextes fort différents.
Tant au Nord qu'au Sud, on est de plus en plus conscient du fait
que Ia technologie n'offre pas, a elle seule, les moyens de relever le déf I
du développement. Le dogme qui associe le progrés technologique a
une augmentation de Ia productivité et a une amelioration du niveau de
vie est aujourd'hui confronté a Ia grande disparite du revenu et de Ia
richesse, a l'iso!ement d'une bonne partie de la production industrielle,
et aux problèmes de I'endettement et de Ia fuite des capitaux. Le lien
entre technologie et développement durable est méme suspect aux
yew du public qui a encore en mémoire les impacts écologiques désas-
treux du développement industriel et les repercussions aussi néfastes
qu'imprévues de certaines technologies qu'on disait inoffensives pour la
biosphere (par ex. les chlorofluorocarbures). On se rend compte qu'un
environnement sam n'est pas assure par une série d'indicateurs biophy-
siques: non seulement devra-t-on êtudier les dimensions humaines de
l'écologie, mais ii faudra s'inspirer des sciences sociales aussi bien que
naturelles.
Néanmoins, toute stratégie qui propose des modéles durables de
développement doit s'appuyer sur la technologie. On évitera ainsi que
I'industriaiisation, le progrés technique et Ia croissance saccagent le mi-
lieu. De nouvelles technologies offrent des a present un éventail étendu

4
de solutions aux problemes déjà connus et promettent, pour l'avenir,
des changements encore plus radicaux. Mais on n'est toujours pas par-
venu, au plan international, a une vision commune de la nécessité de
sauvegarder a Ia fois l'environnement mondial et le milieu local, pas
plus qu'on n'a réussi a amorcer les réformes sociales, juridiques et éco-
nomiques requises pour permettre une convergence des efforts qu'exi-
gentle developpement, l'écologie et le progrés technique.
Mais les choses commencent a changer. De nombreux PVD
reconnaissent a present l'urgence d'une action intemationale face
aux menaces qui pésent contre l'environnement mondial, bien qu'ils
s'inquietent encore d'un possible conflit entre l'environnement et le
developpement, entre l'environnement mondial et le milieu local, sans
oublier le fardeau, a partager, entre le Nord et le Sud. Entre-temps,
pour les habitants du Nord, les atteintes a l'environnement planétaire
illustrent avec force les intérêts mutuels des pays industrialisés et des
PVD, et plaident en faveur de Ia cooperation intemationale.
Les images de destruction des foréts tropicales, d'extinction des
espéces, ou de perturbations climatiques sont maintenant les symboles
du mouvement mondial pour l'environnement.
Une action internationale reste donc possible pour tenter d'appli-
quer la science et Ia technologie a Ia solution des problémes environne-
mentaux. Cet espoir nalt de l'urgence des menaces qui pésent sur nous,
de Ia soudaine prise de conscience que le Nord et le Sud trouvent là des
intéréts communs, et de la nouvelle comprehension du rOle fondamen-
tal de Ia science et de Ia technologie pour évaluer le danger et, résolu-
ment, s'y attaquer. Dans La mesure oü cet optimisme est justifiê, L'action
internationale dont il est question of fre Ia possibilité de revoir le conten-
tieux, déjà ancien, du transfert de technologies entre le Nord et le Sud.
Plus globalement, ne s'agit-il pas de Ia problematique d'un nouvel ordre
économique international?

5
L' environnement,
alors et maintenant
A l'ordre du jour
En 1968, Paul Ehrlich démontrait que la croissance démographi-
que dans certains pays outrepassait Ia capacité du milieu a nourrir les
populations; Ia famine a grande échelle était imminente. De Ia mme
facon, un influent document du Club de Rome, Halte a Ia croissance,
affirmait que Ia population de la planète, qui ne cesse de croitre,
consommait des ressources non renouvelables a un rythme alarmant;
de graves pénuries n'allaient pas tarder.
Aujourd'hui, parce que la Revolution verte a augmenté la produc-
tion alimentaire, les inquiétudes d'Ehrlich et du Club de Rome ont un
peu perdu de leur acuité. La géophysique et Ia recherche de ressources
nouvelles ont décuplé les reserves connues. Des technologies nouvelles,
une consommation plus faible et a une efficacité accrue atténuent en
partie le spectre de l'épuisement des ressources.
Durant cette période, pourtant, d'autres sonneries ont retenti. Des
1962, Rachel Carson signalait, dans Printemps silencieux, les dangers
pour la sante hurnaine et animale du DDT et d'autres substances chimi-
ques. La crise actuelle de l'environnement ne résulte pas de Ia rareté
des ressources ni d'une pénurie, mais plutOt de I'accroissement des acti-
vités de production a grande échelle.
Quatre faits donnent aujourd'hui aux problémes de l'environne-
ment une nouvelle dimension:
Une modification importante d'échelle. La quantité de pol-
luants, naguère relativement restreinte, est aujourd'hui de plus
en plus considerable. Nombre de polluants connus depuis long-
temps, et qui nous inquiétaient déjà (CO2 [bioxyde de carbonel
et methane), ont aujourd'hui des emissions qul depassent Ia
capacité des cycles naturels a les absorber. En outre, la rapide
propagation de Ia pollution et de la degradation des richesses
naturelles suscite de nouvelles inquiétudes: l'érosion des sols
agricoles, Ia perte des foréts, Ia surutilisation des reserves d'eau
potable et leur pollution, et Ia disparition des espéces.
Un accroissement presque exponentiel dans le nombre et Ia
diversité des sources de polluants. On fait aujourd'hui usage de
plus de 80 000 substances chimiques, auxquelles des dizaines
d'autres s'ajoutent tous les ans.

7
Des menaces contre l'environnement qui ne respectent pas les
frontléres nationales. C'est l'ensemble de Ia planéte qui souffre
des polluants émis par les prolifiques usines du Nord. Quant aux
pays en voie de développement (PVD), us contribuent pour une
bonne part a certains des problèmes environnementaux, contri-
bution qul s'accroit a mesure qu'augmentent leurs populations
et que progressent leur industrialisation.
Les diverses menaces contre l'environnement sont inextricable-
ment liées l'une a l'autre, tant dans leurs effets que dans leurs
causes. Par consequent, ii n'est plus question de les étudier ni
de les combattre séparément.
Le débat environnemental, autant que la crise qui le suscite, met-
tent a jour des points de vue divergents entre le Nord et le Sud, diver-
gences, notons-le, qui s'étaient regulierement manifestées ces demiêres
années. Mais 11 est bon id de scinder les questions dont on débat en
deux types, planétaires et locales .
Dans le Nord, on a eu tendance a s'intéresser aux questions
planétaires (appauvrissement de la couche d'ozone, réchauffement du a
l'effet de serre, disparition des forêts tropicales et détérioration de la bio-
diversité) parce qu'elles ont mobilisé l'opinion publique qul, du coup, est
passée a l'action politique.

La couche d'ozone
Cette question est intéressante non seulement parce qu'elle a atti-
ré l'attention au Nord, mais aussi parce qu'elie peut servir de modéle.
Les reactions rapides qul ont suivi Ia découverte de taux anormalement
élevés, dans l'atmosphère, de gaz contenant des CFC (chiorofluorocar-
bures), sont devenues une référence pour toute nouvelle negociation.
Les premiers témoignages scientifiques sur les CFC avaient poussé les
Etats-Unis a interdire l'utilisation de ce produit dans les bombes aerosol.
La mesure a été suMe de négociations intemationales qui ont débouché
sur la Convention de Vienne (1985), le Protocole de Montréal (1987)
et, plus prés de nous, a Helsinki (1989) et a Londres (1990), d'amende-
ments a ce méme Protocole. 11 aura fallu cinq ans pour que la commu-
nauté intemationale s'entende pour interdire, dans un laps de temps
donné, Ia production et l'utilisation des CFC.
L'accumuiation actuelle des CFC est teile, cependant, que des
observations récentes concluent que Ia destruction de Ia couche d'ozone
pourrait être plus grave qu'on ne l'estimait il y a peu. Une telle gravite
- et la relative simplicite des technologies de rechange - a poussé de
nombreux pays a rapprocher les délais prevus pour La suppression com-
plete des CFC. En mars 1992, par exemple, les ministres de l'Environ-
nement des gouvemements fédéral et provinciaux du Canada ont
avancé les dates limites d'élimination de ces substances destructrices. 11

8
fut décidé que Ia production et l'importation de CFC seraient progressi-
vement supprimées fin 1994, un an plus tOt que prévu, que les halons,
autres grands predateurs de Ia couche d'ozone, seraient éliminés fin
1994 plutOt qu'en l'an 2000, et que les provinces auraient un pro-
gramme obligatoire de recouvrement et de recyclage des CFC avant la
fin 1992. Ainsi, pour Ia deuxième fois en dew ans, le Canada accélêre
son calendrier d'élimination de ces produits dévastateurs.

L'effet de serre
Les médias se sont emparés de Ia question du changement climati-
que et de Ia presence des gaz a effet de serre dans l'atmosphere. Ainsi,
le changement climatique est dorénavant le symbole de tous les pro-
blémes d'environnement planetaire et la veritable locomotive de Ia
diplomatie intemationale des ecologistes.
Bien que de nombreuses incertitudes demeurent au sujet du chan-
gement climatique, le rapport du Groupe intergouvememental d'ex-
perts pour l'étude du changement climatique (IPCC, 1990) a établi que:
les emissions resultant d'activités humaines produisent une aug-
mentation considerable dans Ia concentration atmospherique
des gaz a effet de serre (CO2, CFC, methane et oxyde nitreux);
ces gaz amplifient I'effet de serre naturel;
l'effet de serre amplifié causera un nouveau réchauffement de Ia
surface terrestre qui, a son tour, augmentera Ia formation de
vapeurs d'eau, lesquelles accentueront encore Ia tendance au
réchauffement.
L'IPCC prédit qu'une telle tendance conduira a un réchauffement
global moyen d'environ un degre Celsius au cours des 35 prochaines
années, et de trois degrés dans les 100 prochaines années. La planete
n'a pas connu de telles fluctuations de temperature depuis au moms Ia
demière époque glaciere II y a 10 000 ans. Ainsi, le niveau de La mer
pourrait monter de 20 centimetres dans les 35 prochaines années,
mais de 65 centimetres clans les 100 ans a venir. Des territoires a faible
relief comme les Pays-Bas et le Bangladesh seraient dévastés. Qui plus
est, la montée du niveau de Ia mer a I'échelle planetaire pourrait provo-
quer la migration et, dans certains cas, I'extinction d'espèces entières,
des modifications radicales des precipitations et, enfin, des perturba-
tions massives dans les activités agricoles et forestières.

9
Les forets et le déboisement
Le problème du changement climatique est étroitement relié aux
forts du globe. Or, l'inquietude grandit au sujet des forts tropicales a
cause des emissions de CO2 produites par des techniques de déboise-
ment comme le brfilis, d'autant plus que les forêts ont aussi Ia capacité
d'agir comme des éponges qui absorbent le CO2 produit par
diverses autres activités. Faire face au changement climatique, c'est
d'abord se pencher sur te problème de l'utilisation des ressources
forestières mondiales et formuler des lignes directrices pour le boise-
ment autant que le reboisement.
Les foréts, qul sont aussi l'habitat de Ia diversité biologique et une
source d'emplois productifs, contribuent a Ia gestion des eaux et au
contrOle de l'érosion. Le Sommet de Rio, en juin 1992, a perrnis de
faire des progrès considérables dans cette voie grace a I'adoption d'un
énoncé de principes en matière d'aménagement, de conservation et de
développement durable de tous les types de foréts.

La biodiversité
La rapide disparition d'especes vegétales et animates illustre, de
manière flagrante, les coQts de Ia degradation de l'environnement. I.e
Nord et le Sud commencent a se rendre compte qu'il importe de proté-
ger le patrimoine génétique de Ia planète; l'agriculture et La médecine
sont fortement tributaires de souches genétiques qul subsistent encore
essentiellement dans le Sud. Cette prise de conscience se fonde en par-
tie sur les doutes croissants quant a l'efficacite des banques genetiques
du Nord et sur Ia nécessité, enfin reconnue, de sauvegarder les especes
indigenes.
Les PVD insistent sur le fait que toute discussion sur La biodiversité
souléve du méme coup des problèmes économiques. Surgissent alors
deux exigences:
Une premiere demande, qui gagne de plus en plus Ia faveur
intemationale, porte sur Ia reconnaissance du droit des agri-
culteurs qui permettrait aux producteurs du tiers-monde de
recevoir une juste compensation pour les variétés qu'ils auront
eux-mémes améliorées;
Une deuxiéme exigence, beaucoup plus contestée, veut que les
PVD obtiennent un accès préférentiel garanti aux résultats des
recherches en biotechnologie du Nord, en contrepartie de L'ac-
cés qu'accorderait le Sud a ses ressources biologiques. Or, cette
demière demande est dorénavant enchàssée dans Ia Conven-
tion sur Ia diversité biologique conclue au Sommet de Rio. L'op-
position des Etats-Unis a cette disposition a d'affleurs provoqué
le différend le plus vif qu'ait connu le Sommet.

10
Les questions locales
Les questions planetaires mentionnées ci-dessus ont certes domi-
né les débats publics dans le Nord, rnais ii faut savoir qu'elles ne sont
pas les seules. Bien des questions de nature locale (désertification, pollu-
tion marine, déchets nocifs, gestion des déchets solides, environnement
urbain) ont d'importantes repercussions dans le Sud, bien qu'on n'y
préte pas suffisamment attention au niveau international.
Dans certains cas, comme celui de La pollution marine, l'impact
transfrontière est majeur. Mais, Ia plupart du temps, les consequences
sont plutOt restreintes et n'accablent massivement que les PVD. Néan-
moms, l'accumulation de ces phenomenes locaux est tout aussi néfaste
que les problèmes d'envergure planétaire. Jusqu'à present, on ne leur a
accordé qu'une attention relativement secondaire, soit parce qu'ils ne
touchent pas directement les pays avancés (par ex. Ia désertification),
soit parce que ces pays ont déjà pris des mesures, méme imparfaites,
pour y faire face (par ex. Ia gestion des déchets solides et l'environne-
ment urbain).
Or, dans Ia majorité des PVD, ces problèmes locaux comptent
parmi les plus grandes priorités environnementales. Le Sud ne nie pas
l'importance des menaces contre l'environnement planetaire, mais ii
fait remarquer, a juste titre, que ces menaces résultent essentiellement
des effets de Ia pollution et de Ia surconsommation dans le Nord, et que
c'est donc au Nord d'assumer le fardeau financier de Ia lutte. Dans cette
perspective, les débats ont eu a ce jour dew consequences plutOt
contrariantes. D'abord, on s'est davantage intéressé a l'éventuelle contri-
bution du Sud aux problèmes planetaires tels que le changement climati-
que ou Ia biodiversité, insistant sur Ia disparition des foréts tropicales ou
sur l'accroissement potentiel de Ia demande d'energie dans les PVD. La
présente contribution du Nord a ces problèmes est mise en sourdine,
tout comme la portée immediate d'une action unilatérale de sa part.
Deuxièmement, comme on I'a vu, préoccupe par les problèmes plane-
taires, on s'est désintéressé des problemes locaux, tout aussi sérleux,
qui affligent les pays du tiers-monde.
Voilà, affirme le Sud, que nous sommes au coeur de Ia problemati-
que, celle du couple indissociable environnement-developpement Le
souci que l'on se fait pour l'amélioration de l'environnement planetaire
a occulté Ia nécessité de regler les problèmes du sous-développement et
de Ia pauvreté, pourtant inscrits tout en haut de l'ordre du jour environ-
nemental au Sud. En ce sens, les problèmes de La pauvrete, de La crois-
sance démographique et de I'emploi sont au centre du débat global sur
I'environnement.
Dans le Nord, toutefois, le public ainsi que les décideurs demeu-
rent obnubilés par les problémes planetaires, et par l'environnernent,
plutOt que par le développement. Le gros des recherches scientifiques
et du financement dans le secteur des transferts de technologies est

11
consacré aux problèmes planétaires. Par consequent - nouvelle source
d'inquietude - les questions locales risquent de ne pas recevoir toute Ia
consideration scientifique, et les technologies, qu'elles méritent.
Toute tentative globale pour mobiliser les ressources scientifiques
et techriologiques intemationales devra se confronter aux problemes
locaux. 11 est capital que le Nord élargisse sa perspective pour se rendre
compte qu'il est egalement dans son intérét de promouvoir des modèles
plus durables de développement dans le monde entier. C'est ainsi que la
production agricole durable ou l'environnement urbain devraient s'inté-
grer dans une meme vision planétaire du developpernent, tout autant
que l'appauvrissement de l'ozone et les changements climatiques.

Concertation internationale
Un coup d'oeil, si rapide soit-il, a l'ordre du jour environnemental
fait ressortir la pressante nécessité d'une action intemationale concer-
tee. Au mieux, on peut tirer les conclusions que void.
Premièrement, ii convient de reconnaitre que l'étendue des
menaces actuelles contre l'environnement implique une cooperation
Nord-Sud et une stratégie commune.
Deuxièmement, méme les incertitudes qui subsistent quant a Ia
nature de ces menaces ne suffisent pas a justifier les retards. S'il est vrai
que les connaissances scientifiques actuelles sont encore déficientes
dans plusieurs domaines importants, l'inaction ne régle den, car le
temps n'attend pas. Et, faute d'efforts significatifs a ce stade précoce,
tant les impacts sur la vie humaine, déjà énormes, que les exigences
d'un quelconque programme d'amélioration prendront une ampleur
nouvelle. C'est donc dans cet esprit que Ia Declaration de Rio en ap-
pelle a Ia communauté intemationale pour qu'elle applique le" principe
de la prevention là oU existe une menace de dommages sérieux ou
irréversibles, l'absence de certitude scientifique absolue ne sera pas invo-
quée pour justifier Ic report de mesures rentables perrnettant de préve-
nir La degradation de l'environnement.
Troisièmement, Il faut tenir compte d'une triple, et profonde, asy-
métrie entre le Nord et le Sud. 11 y a d'abord, manifestement, une dis-
proportion dans les responsabilités a l'égard des dangers qui guettent
actuellement La Terre. Bien que l'éventuelle contribution des PVD au
réchauffement de Ia planête et a d'autres problèmes environnementaux
soit source d'inquietude, un fait demeure, ineluctable: Ia responsabilite
historique de l'agression qu'a subie notre environnement incombe aux
pays industrialisés et doit lui étre imputée. De méme, nul ne peut flier le
désequilibre des ressources entre le Nord et le Sud sur les plans techni-
que, financier, administratif et institutionnel. Or, c'est en partie a cause
d'un tel déséquilibre que l'état de nos connaissances est asymétrique.
Que savons-nous vraiment sur Ies causes et les consequences de la

12
degradation environnementale dans les PVD? Cela dit, les pays indus-
trialisés ont pour devoir de prendre les devants et de s'attaquer aux
menaces actuelles en nettoyant leur propre arrière-cour tout en aidant
les PVD.

Un débat sur le methane


Les mesures prises a ce jour pour lutter contre le change-
ment climatique insistent beaucoup sur La nécessité de réduire les
emissions de methane. Comn-ie dans le cas du bioxyde de carbone
(CO2), Ia concentration de methane dans l'atmosphere augmente
rapidement, soit près de 1 % par an. Mais contrairement au CO2,
L'impact du methane est relativement de courte durée puisque son
activité atmospherique n'est que d'environ 10 ans, comparée a
100 ans ou plus pour les autres gaz responsables de l'effet de
serre. La brièvete de l'impact atmospherique du methane fait donc
que ce gaz est plus facile a contrôler, et que La reduction des émis-
sions est plus rentable.
Une grande incertitude persiste, cependant, sur linfluence
reelle du methane sur le rechauffement de Ia planète, de même que
sur Ia facon dont les données sur le methane sont utilisées et trans-
rnises. 11 existe trois principales sources d'émissions: les gaz issus
de l'estomac des bestiaux; La fermentation dans les rizières irri-
guées; les emanations qui accompagnent l'exploitation des mines
de charbon ainsi que I' exploration et le transport du petrole et du
gaz, I'enfouissement des decharges urbaines ou l'epuration en
usine. Bien que Ia recherche se soit surtout intéressée jusqu'ici aux
bestiaux et aux rizières, oQ les PVD sont principalement en cause,
le troisiéme type d'émission compte pour quelque 40 % du total.
Mais, comme le font remarquer Agarwal et Narain (1991), les esti-
mations sur le methane tirées de l'elevage et de Ia riziculture, qui se
fondent sur des données extrémement fragmentaires, se prêtent a
plusieurs erreurs d'interprétation. Si l'on introduit dans le calcul le
role joué par les éponges atmospheriques, qui absorbent une
certaine quantité de methane, La somme des emanations en excés
pourra s'avérer fort restreinte.
Cela invite a beaucoup de circonspection en ce qui conceme
Ia contribution du methane au changement climatique. Par contre,
pour ceux et celles qui veulent mieux comprendre les facteurs qui
contribuent aux changements du climat, ces chiffres mettent en évI
dence l'extrême asymétrie entre le Nord et le Sud. Alors que nos
connaissances sur La production des CFC et du CO2 dans le Nord
sont avancees, ii n'en est pas de même des emanations de gaz
dans le Sud, le methane en particulier. C'est pourquoi on veut
renforcer les capacites scientifiques des PVD pour qu'ils puissent
participer de plain-pied aux debats sur Ia degradation de l'environ-
nement mondial.

13
Enf in, toute strategie credible pour affronter le problème environ-
nemental dolt prendre en compte et Ia science et Ia technologie. Si
cette demière n'est certes pas une panacee pour stopper Ia degradation
du milieu, les capacités scientifiques et techniques sont essentielles pour
diagnostiquer, puis concevoir, des strategies de lutte. Or, c'est précisé-
ment en ce domaine que Ia disparité entre le Nord et le Sud est la plus
troublante. Et c'est a cause de cet écart que des efforts doivent être
consentis pour transférer des technologies pertinentes des pays indus-
trialisés vers les PVD, d'une part, et pour renforcer les capacités de ces
demiers a choisir, adapter et créer les technologies qui seront aptes a
remplir les tâches qui incombent.

Des négociations qui préparent I'avenir


Bien des négociations intemationales ont tenté, dans le passé, et
avec un succès variable, d'aborder l'epineuse question des transferts
technologiques dans le sens Nord-Sud. Les négociations actuelles pour
fixer un code international de conduite qui regirait de tels transferts se
poursuivent depuis 1972 sous tes auspices de Ia Conference des
Nations Unies sur l'environnement et le developpement (CNUED). La
Convention sur le droit de La mer (1982) contient également plusieurs
dispositions sur les transferts de technologies vers les PVD. Plus précisé-
ment, dans le domaine des technologies vertes , ou propres , qui
respectent l'environnement, trois accords internationaux s'avèrent
pertinents: Ia Convention sur Ia pollution atmospherique transfrontière
a tongue distance (1979), qui conceme les précipitations acides en
Europe, le Protocole de Montréal relatif aux substances qui appauvris-
sent la couche d'ozone (1987), et Ia Convention de Bale sur le contrOle
des mouvements transfrontières de déchets dangereux et leur élimina-
tion (1989).
Ces négociations intemationales ne foumissent, tout au plus,
qu'un modèle approximatif des débats sur les transferts de technologies
qui ont eu lieu a La reunion de Rio organisée par Ia CNUED en juin
1992, et mieux connue sous le nom de Sommet de la Terre, et des
activités qui seront mises en oeuvre dans les années qui viennent. Mais
ii y a des lecons a tirer de Ia rencontre de Montréal.
Le Protocole qu'on y a signé est, en effet, le meilleur modèle qui
soit pour La diplomatie intemationale sur l'environnement (Benedick,
1989) puisqu'on y introduit - et plus particulièrement dans les amende-
ments adoptés a Londres en 1990 - des notions nouvelles sur les
transferts de technologies. Tout d'abord, it énonce en termes clairs que
les signataires doivent prendre toutes les mesures en leur pouvoir pour
transférer les meilleures technologies existantes a des conditions équi-
tables et favorables aux PVD. Deuxièmement, ii prévoit Ia creation d'un
Fonds multilateral pour finaricer les coüts marginaux qu'assumeront les
PVD pour se conformer a La Convention. Enfin, it affirme nettement

14
que Ia capacité des PVD a honorer leurs engagements dépendra de
l'application des dispositions relatives a Ia cooperation financière et aux
transferts de technologies.
Le Protocole de Montréal constitue une toile de fond pour les
futures discussions sur l'environnement, par exemple en ce qui a trait
au changement climatique. Les ententes conclues sur Ia protection de
la couche d'ozone, qu'il s'agisse du transfert des technologies ou de Ia
cooperation financière, servent désormais d'étalon aux PVD pour juger
du bien-fondé des futures conventions auxquelles us participeront.
L'expérience du Protocole de Montréal démontre Ia validité d'une négo-
ciation caractérisée par Ia souplesse et l'étapisme, car si l'accord initial
fut rapidement conclu selon les exigences du droit international, 11 a èté
concu de facon telle qu'il sera rouvert et réajusté, le cas échéant, en
fonction d'un calendrier d'évaluations scientifiques, économiques, envi-
ronnementales et technologiques. La signature de Ia convention-cadre
de Rio suggere que les négociations sur le changement climatique pour-
ralent bien adopter le même modèle.
Plusieurs facteurs lirnitent cependant l'utilité du modéle de
Montréal pour de futures discussions. Rappelons d'abord que le succès
montréalais tient en grande mesure au degré du consensus scientifique
sur les causes et les effets probables de l'épuisement de l'ozone strato-
sphérique. L'absence d'un tel consensus sur d'autres problèmes,
comme celui du changement climatique, a bloqué les chances d'une
entente rapide entre le Nord et le Sud.
Un deuxième facteur, et non le moindre, restreint l'influence du
modèle de Montréal: le succès de ce protocole tient fortement a Ia
nature bien démarquée du problème et au choix limité de technologies
de rechange pour remplacer les CFC, D'oü Ia plus grande facilité de
prédire et de circonscrire les obligations financières découlant du traité.
Dans le cas du changement climatique et d'autres questions environne-
mentales, l'ampleur des problèmes et l'incertitude face au prix a payer
entravent les efforts pour parvenir a des accords, a Ia fois contraignants
et globaux, de cooperation financière et technologique.
L'expérience de Montréal, enfin, montre qu'il faut beaucoup de
temps pour promouvoir le transfert international de technologies:
méme dans les circonstances les plus favorables, les accords internatio-
naux sont le fruit de processus longs et fastidieux, et il en va de méme
de leur mise en application. C'est a Montréal que le besoin d'une action
rapide s'est le mieux manifesté, bien que Ia misc en oeuvre n'ait démar-
ré que lentement. Le fonds multilateral que prévoyait le Protocole est
aujourd'hui sous Ia direction conjointe du Programme des Nations
Unies pour le developpement (PNUD), du Programme des Nations
Unies pour I'environnement (PNUE) et de Ia Banque mondiale. Les
parrains du projet tardent pourtant a payer leurs contributions, sans
parler du processus trés terre a terre de Ia designation des personnels,
de l'organisation quotidienne et de Ia formulation des critéres de

15
selection. Tout cela fait que l'attribution des subventions prévues se fait
plus lentement.

Un projet pour le XXIe siècle


Les négociations iriternationales les plus récentes de la
CNUED, en Juin 1992, prouvent, une fois de plus, que Ic monde
entier prend conscience des nombreux liens entre l'environnement
et Ic déveioppement.
Nul n'est surpris par les reactions partagées quant a l'avenir des
discussions de Rio. D'une part, notons les progrès considérables de La
Declaration sur l'environnement et le developpement et La Convention
sur Ia diversité biologique. De Ia tribune du Sommet, certains ont
annoncé des initiatives nationales et régionales. Le Canada, par exem-
pie, affirrnait que le mandat du CRDI serait elargi de telle manière que
Ic Centre puisse soutenir le developpement durable en devenant l'un
des organisrnes responsables de Ia misc en oeuvre du programme
Action 21, adopté au Sommet de Ia Terre, et qui vise a résoudre les
problémes environnementaux de Ia planète dans l'attente du XXle siècle.
D'autre part, les progrès constatés n'ont pas satisfait, loin de là,
les plus optimistes des participants. Les négociations sur le changement
climatique et sur les foréts n'ont abouti a aucune veritable entente, alors
que les discussions sur Ia biodiversité ont essuyé le ref us américain. Bien
que certains membres du Sommet, dont les Japonais, aient promis de
faire une importante contribution financière, ces engagements ne corre-
spondalent méme pas aux estimations les plus réservées sur les sommes
nécessaires pour mettre en marche Action 21.
A long terme, on pourra apprécier Ic succès du Sommet de Ia
Terre dans La mesure oU il aura servi de tremplin a des initiatives natio-
nales et internationales. Ainsi, Ic Sommet n'est qu'une étape pour
atteindre les buts souhaités plutot qu'une ultime rencontre. S'il a donné
d'incontestables résultats, il n'a cependant reglé aucun, ou 51 peu, des
problèmes soulevés. Cela est vrai, entre autres, des transferts de techno-
logies oCt les accords conclus exigent encore Ia misc au point de projets
de Ia part de divers intervenants.
La reaction du Sud face aux demières négociations de Ia CNUED
a été très receptive, et cela malgré les craintes que suscitent Ic protec-
tionnisme. A Ia Conference de Stockholm de 1972, Ic Sud s'était cabré
quand on lui avait demandé de passer a l'action en matière d'environne-
rnent. Le tiers-monde entrevoyait les obstacles supplémentaires que
dressait contre lui un Nord industrialisé qui, aprés s'être enrichi tout en
gaspillant les richesses naturelles, préchait dorénavant Ia vertu et deman-
dait au Sud de sacrifier son développement dans l'intérêt de la planète.
A I'origine du changement d'attitude au Sud, ii y a un certain
nombre d'indices qul laissent croire que certaines modifications

16
éventuelles de l'environnement (par ex. Ia montée du niveau de Ia mer
consecutive a un changement climatique) auront des repercussions plus
graves sur les PVD que sur les pays industrialisés. Cette nouvelle ouver-
ture, au Sud, indique que les PVD se rendent compte que le poids politi-
que croissant du mouvement écologiste, au Nord, leur donne un atout
qu'ils devront jouer habilement s'ils espèrent arrimer les preoccupations
ecologistes du Nord a leurs propres priorités de developpement.
Dans le Nord, entre temps, un certain nombre de facteurs rnilitent
en faveur d'une action résolue: ii y aurait complémentarite plutOt que
contradiction, dit-on, entre les objectifs de protection de l'environne-
ment et ceux d'une concurrence accrue; puis, aux yew de l'opinion
publique, les mouvements ecologistes nationaux ont évolué vers Ic
centre de l'echiquier politique; enf in, on accepte géneralement que,
compte tenu de la nature planétaire des menaces faites a l'environne-
ment, ii faut bannir Ic réflexe égdiste qul affirmait jusqu'à present:
Surtout pas dans ma cour!
La controverse sur les transferts de technologies est restée vive
durant les travaux préparatoires de la CNUED. Bien que le Nord
reconnaisse autant que le Sud qu'iI faut faciliter le transfert des tech-
nologies vertes, un large fossé sépare toujours les positions.
Les pays industrialisés ont insisté sur les quatre points suivants:
La nécessité, pour les inventeurs, d'une juste compensation
financière, les PVD acceptant le bien-fondé des droits de
propriété intellectuelle.
La conviction que, dans Ia mesure du possible, Ia technologie
doit être foumie a des conditions commerciales, en se gardant
bien de ne jamais promettre une garantie d'accès aux
technologies.
Le désir de limiter Ia gamme des technologies a l'ordre du jour,
par exemple en dissociant Ia convention sur le changement
climatique des autres questions inscrites a l'ordre du jour du
Sommet.
Une volonté marquee de confier aux institutions déjà existantes
l'acheminement des fonds prévus pour les transferts de techno-
logies, en particulier le Fonds pour l'environnement mondial
(FEM).
Ceci dit, méme dans le camp ' des pays du Nord, les diver-
gences d'opinion ne manquent pas. Les Etats-Unis ont toujours eu
tendance a adopter Ia ligne dure en ce qui conceme les droits de pro-
priete intellectuelle et l'accês commercial. D'autres pays comme le
Japon et l'Allemagne pratiquent Ia souplesse: ne sont-ils pas des foumis-
seurs de produits propres ? Mais, plus encore, ii ne s'agit pas tant,
pour eux, de protéger les redevances sur les brevets que de se livrer a
une promotion musclée des nouvelles industries environnementales.

17
La position du Sud
A l'inverse du Nord, Le Sud a plutOt insisté sur Les points suivants:
La nécessité de garantir l'accès aux meilleures technologies
connues, y compris celles qui sont protegees par des brevets,
sans imposer au Sud Ia réforme des legislations sur les brevets.
L'importance des transferts non commerciaux, étant entendu
que Le Nord assume le I ardeau éconornique.
La nécessité de prendre en consideration la gamme complete
des technologies vertes, sans se limiter a celles qui pourraient
freiner le réchauffement de Ia planéte.
L'importance d'acheminer les fonds par l'intermédiaire de
nouvelles institutions dont Ia nature même et le fonctionnement
assureraient aux PVD une possibilité adequate de faire entendre
leurs voix.
Le Sud insiste encore sur Ia nécessité de négocier les termes d'un
èchange: le Nord aurait accés aux souches végétales du Sud, et le Sud,
aux résultats des recherches en biotechnologie du Nord.
Dans une grande mesure, les discussions Nord-Sud sur le transfert
de technologies vertes sont a l'image des débats antérleurs, tant par le
fossé qui continue de se creuser que par La nature des problèmes soule-
yes. Comme l'a fait remarquer Martin Bell a propos des négociations
sur le changement climatique, l'essentiel des débats a porte sur les dispo-
sitions globales, a la fois juridiques, iristitutionneLles et financières, gui
gouvement l'accès des PVD aux technologies développees (Bell, 1990).
Par consequent, toute une série de questions sur les besoins tech-
nologiques des PVD (la conception de technologies plus appropriées,
l'expertise qui pourra en assurer le transfert, et les facteurs propres a
l'adoption, l'assimilation et l'adaptation des techniques importées) ont
été soit minimisées, soit ignorées.
Mais, en méme temps, et pour Ia premiere lois, les signes avant-
coureurs Iaissaient espérer un nouveau depart; on a méme constaté un
consensus partiel entre le Nord et le Sud qui reconnaissent de plus en
plus, de part et d'autre, que toute stratégie digne de ce nom peut
prendre en charge le transfert des technologies du Nord vers le Sud,
et renforcer les capacités technologiques locales par des mesures de
formation et de perlectionnement techniques. Hélas! certains PVD
redoutent encore que Ia cooperation technologique avec les pays indus-
trialisés ne serve qu'à détoumer l'attention par rapport aux problémes
de fond que sont le financement et les transferts privilégiés.
En definitive, 1 transfert technoLogique et Le développement res-
tent a l'ordre du jour. La Declaration de Rio sur l'environnement et le

18
développement insiste sur Ia nécessité de" renforcer les mesures pour
bâtir des capacités endogènes en matière de développement
durable, par l'amélioration des connaissances scientifiques, au
moyen d'échanges de savoir et de techniques, et par une meilleure
performance en termes de developpement, d'adaptation, de diffusion
et de transfert des technologies, y compris les techniques nouvelles et
innovatrices '.

Le programme technologique d'Action 21

U
Le document intitulé Action 21, sur lequel on s'est entendu a Rio,
contient un chapitre sur le transfert de technologies propres, la coopé-
ration et le développement des capacités '. D'autres aspects pertinents
du transfert sont également abordés dans les chapitres sur" la science
et le développement durable "et sur une gestion de Ia biotechnologie
qui soit respectueuse de l'environnement ". Le chapitre sur les transferts
de technologies présente cinq objectifs généraux pour La période
d'après-Rio:
Contribuer a garantir l'accès des PVD a l'information scientifi-
que et technologique, y compris les technologies de pointe.
Promouvoir l'accès a des technologies propres ainsi que leur
transfert.
Faciliter le maintien et Ia promotion des technologies locales
propres.
Appuyer les mesures pour bàtir les capacités endogenes, plus
particulièrement dans les PVD, af in qu'ils aient Ia possibilite
d'évaluer, d'adopter, de gérer et de mettre en application les
technologies vertes.
Promouvoir un partenariat technologique a long terme entre les
détenteurs des technologies vertes et leurs utilisateurs potentiels.
Action 21 epingle donc un certain nombre de démarches précises
qu'il faudra entreprendre pour atteindre ces objectifs, allant des sys-
témes d'information améliorés a l'achat de brevets transférables aux
PVD. L'évaluation des coUts annuels moyens de ces projets d'ici l'an
2000 oscille entre 450 et 600 millions de dollars, sans tenir compte
des transferts privilégiés.
Par rapport aux versions précédentes, le document représente un
progrès majeur et illustre l'évolution des mentalités face aux transferts
technologiques. On y declare sans ambages que les efforts pour faciliter
les flux de technologies du Nord au Sud devront se doubler d'un souci
particulier pour le développement des ressources humaines et le perfec-
tionnement des capacités locales. On souligne egalement l'importance

19
du savoir indigéne, ainsi que Ia nécessité d'une cooperation a long
terme entre foumisseurs et destinataires.
On discerne cependant, entre les lignes, les limites de l'action
proposée. Ainsi, le document encourage les Etats a promouvoir, facili-
ter et financer le transfert de technologies vertes et le savoir-faire
connexe, toujours selon des conditions favorables, des concessions et
des traitements preferentiels H Cependant, et ii fallait s'y attendre, nul
mécanisme institutionnel ou financier particulier n'est propose pour
soutenir un tel objectif, pas plus qu'on ne fixe un quelconque calendrier.
De la méme facon, nulle indication n'est donnée quant a la manière de
mobiliser ou de distribuer les ressources financières jugées nécessaires.
Certes, Action 21 énonce des principes sur les transferts technolo-
giques, mais on est décu de ne pas y trouver un plan d'action H pour
les années a venir. La tâche Ia plus ingrate reste donc encore a faire:
trancher sur les priorités qul se bousculent, concevoir des programmes
précis, et mettre en mouvement les machines institutionnelles qui en
assureront Ia gestion.

Les conventions
Ce que nous avons dit des progres et des limites du Sommet de
Rio sur les transferts technologiques s'applique tout aussi bien aux
conventions sur le changement climatique, Ia biodiversité et les foréts.
Dans chaque cas, on a accordé une certaine attention aux trans-
ferts des technologies. Méme l'énoncé de principes sur les foréts fait
echo au document Action 21 en soulignant l'importance des efforts
entrepris pour promouvoir et financer l'accès a des transferts technolo-
giques propres a des conditions favorables H
La convention-cadre sur le changement climatique engage expres-
sément les parties a coopérer en vue de promouvoir le developpe-
ment, Ia mise en application et Ia diffusion (par ex. les transferts) de
technologies, de méthodes et de procédés pour contrOler, réduire ou
prévenir les emissions de gaz a effet de serre H (article 4). Dans une
large mesure, Ia Convention adopte le modéle du Protocole de
Montréal. On y precise que Ia capacité des PVD a appliquer les
dispositions de Ia Convention dépendra de l'engagement des pays
avancés signataires a off ru des ressources financiêres et des transferts
de technologies. Le texte engage également les pays avancés a foumir
les fonds pour couvrir intégralement les coOts différentiels que devront
assumer les PVD pour appliquer cette Convention.
Par contre, le document ne va pas aussi loin que le Protocole de
Montréal dans au moms un domaine: il ne fait aucune mention des
conditions de transfert ailleurs que dans le préambule, oQ il est énoncé
que les nouvelles technologies devraient être transférées a des

20
conditions qui feront en sorte que leur application sera benefique sur les
plans économique et social
La Convention sur Ia diversité biologique est plus explicite a cet
égard, car elle precise que les techniques pertinentes a Ia conservation
et a l'exploitation durable des ressources genétiques" seront foumies ou
facilitées a des conditions equitables et des plus favorables, selon des
terrnes préférentiels, lorsque cela aura été mutuellement convenu .
Néanmoins, on y precise que le transfert de techniques brevetées sera
compatible avec une protection adequate et effective des droits de
proprléte intellectuelle .
Cependant, l'aspect 1 plus problématique de ce demier document
conceme le partage des résultats de Ia recherche en biotechnologie. La
Convention engage chaque pays industrialisé signataire a foumir a tout
PVD qui est partie a I'entente l'accês aux techniques génétiques. Cela
s'appliquerait même aux cas oQ les technologies recherchées sont
protegees par des brevets et autres droits de propriété intellectuelle.
De la mêrne facon, Ia Convention demande aux pays industrialisés
d'accorder des possibilités de participation concrete aux recherches
en biotechnologie aux PVD qui foumissent les ressources génétiques
nécessaires a ces mémes recherches. Ce sont précisément ces disposi-
tions qui ont poussé les Arnéricains a ne pas signer la Convention de
Rio.

L 'après-Rio
On aura compris que ces accords conclus au Sommet de Ia Terre
représentent Ia premiere étape d'un itinéraire qui promet d'être long et
ardu.
Dans le domaine des transferts de technologies, ii sera nécessaire
de passer du stade des grands principes et des voeux pieux, a celui des
projets concrets et des strategies. Néanmoins, ii est essentiel que toute
action se fonde sur une méticuleuse evaluation des problématiques.
C'est exactement ce que tentera de faire Ia prochaine section du
present rapport. On y fait un tour d'horizon des concepts qui sont lies
au transfert et au développement des technologies vertes, ainsi que des
lecons a tirer des recherches antérieures sur les transferts de technolo-
gies du Nord au Sud. Dans Ia troisième section, on reviendra aux straté-
gies d'action de l'aprês-Rio.

21
A mi-chemin
entre l'environnemei
et le développement
Technologies vertes
Pour discuter des applications de Ia technologie a Ia solution des
problèmes de l'environnement planétaire, on doit d'abord examiner Ia
nature des besoins technologiques. L'ensemble des techniques néces-
saires pour modifier, ou améliorer, les produits ou les processus qui ont
un effet dommageable sur l'environnement, forment ce que certains
appellent les technologies vertes , ou" propres . Cette definition est
celle retenue par Ic Protocole de Montréal au sujet des substances qui
attaquent Ia couche d'ozone. Bien des observateurs, surtout dans le
Sud, préfereraient qu'on elargisse Ia definition pour qu'elle recouvre le
transfert de toutes les technologies vertes. Bref, beaucoup de confusion
demeure sur Ic sens reel de cette expression.
Pour évaluer ce type de technologies, on tiendra compte de trois
facteurs importants. Tout d'abord, Ia meilleure technologie serait celle
qui surpasserait toutes les autres, tant du point de vue ecologique
qu'économique. Or, en pratique, peu de technologies satisfont a un
grand nombre d'exigences simultanément; beaucoup méme résolvent
des problemes en méme temps qu'elles en créent d'autres.
Deuxiêmement, le concept de technologie verte est relatif puis-
que, méme verte aujourd'hui, die peut tre remplacee demain par une
nouvelle technologie encore meilleure. D'autre part, une technologie
considérée a l'origine comme propre peut s'avérer un jour carrément
néfaste (c'est le cas des CFC), pour Ia simple raison qu'on en a fait un
usage plus intensif que prévu, ou qu'on ignorait ses effets a long terme.
En troisième lieu, l'appréciation d'une technologie dépendra bien
souvent du lieu de son application, de critéres écologiques et économi-
ques a satisfaire, et des conditions d'application.

Technologies plus propres


Les menaces actuelles qui pésent sur l'environnement semblent
découler des limites qu'imposent Ic volume des déchets et Ia surcharge
de produits et de sous-produits toxiques dans l'environnement. II est
possible cependant de définir certaines des caractéristiques générales
d'une technologie plus propre, mais a condition qu'on s'entende sur les
principales menaces qu'eIle laisse planer sur l'environnement. En outre,

23
dans Ia mesure oCi Ia degradation du milieu est une consequence de Ia
pauvreté, les technologies vertes doiverit favoriser Ia creation de Ia
richesse et de l'emploi dans le Sud.
D'une facon générale, les technologies requises pour conduire au
developpement durable devront satisfaire les objectifs suivants:
Stimuler la croissance économique et multiplier les possibilités
d'emploi dans les PVD, en tenant compte principalement des
ressources dont sont dotes ces pays.
Obtenir un meilleur rendement énergétique grace a des
méthodes plus efficaces pour exploiter les matiêres premieres.
Supprimer ou réduire les stocks de déchets nocifs des usines de
production et, là oCi us sont inévitables, s'assurer que les risques
pour Ia sante humaine sont minimes.
Promouvoir la réutilisation ou le recyclage des intrants et du
produit fini.
11 est cependant impossible de repondre a Ia demande des pays du
Nord qui voudraient circonscrire un ensemble de technologies vertes
uthes pour jauger les projets de développement. Le Nord n'accorderait
de préts qu'aux pays du Sud qui feraient usage de technologies vertes.
Comme on ne connalt aucun fondement rationnel qui permettrait de
définir un tel ensemble, celui-ci ne pourra voir le jour qu'avec le temps,
lorsqu'on aura appliqué et évalué les technologies concemées. Cette
evaluation prendra en compte Ia possibilité, pour chaque technologie,
de ne pas engendrer de problémes environnementaux.
11 est evident que l'êventail des technologies vertes est extreme-
ment étendu. Ainsi, pour contenir les changements climatiques, les
méthodes propres se regrouperaient ainsi:
Limiter l'usage des CFC. Le Protocole de Montréal est clair
au sujet des technologies a privilégier: y figurent en bonne place
Ia fabrication de substituts des CFC tels que les hydrochlorofluo-
rocarbures (HCFC) et les hydrofluorocarbures (HFC); de nou-
veaux procédés pour remplacer les CFC; des technologies pour
créer des produits de substitution (par ex. des ref rigérateurs
sans CFC), ainsi que les technologies de transformation requises
pour utiliser les nouveaux produits; enf in des technologies pour
recycler les CFC des climatiseurs et des ref rigérateurs.
Réduire la quantité d'énergie requise pour une
utilisation donnée. Environ un tiers du CO2 produit dans les
pays industrialisés, et encore plus dans les PVD, provient des
usines d'électricité. Une meilleure performance des appareils
électroménagers, des systémes de chauffage résidentiels et
commerciaux et des moteurs industriels permettrait de réduire
Ia demande d'énergie.

24
Améliorer le rendement de Ia production énergétique.
A mesure que les PVD ajoutent a leurs capacités de production
d'énergie, dont une bonne partie continue a être dérivée de La
houille, us exigent des technologies plus performantes: turbines
a combustion et systèmes mixtes, sans compter Ia cogénération
qui risque d'augmenter le rendement du carburant de plus de
25 %. Mais le passage de Ia houille au pétrole et au gaz nature!
permettrait des reductions du CO2. A court terme, les technolo-
gies petrolieres ou gaziêres doivent être considérées comme
vertes dans les pays qul, autrement, utiliseralent de Ia houille.
Miser sur des sources d'énergie sans carbone.
L'hydroélectricité foumit des quantites considérables d'energie
sans CO2 et les energies éolienne, thermique-solaire ou
photovoltaIque-solaire commencent a étre viables. Elles
deviennent plus concurrentielles a mesure que les innovations
techniques et les economies d'échelle en réduisent les coüts. II
n'en est pas de méme de l'énergie nucléaire que bien des gens
qualifient d'écologique; mais les problémes de déchets radio-
actifs, de mise hors service et de coQts élevés militent contre
elle, que ce soit en termes économiques ou environnementaux.
De nombreux ecologistes éprouvent des reserves analogues a
l'égard des mégaprojets hydroé!ectriques.
Repenser les applications agricoles et forestières. 11
s'agit-la d'un énorrne champ d'action. Pour réduire Les émis-
sions de CO2 il faut songer a un rendement energétique
amélioré, direct ou indirect, en agriculture, que ce soit par Ia
diminution d'engrais, de pesticides ou d'autres produits chimi-
ques. Pour atténuer les emissions de methane, il faut de nou-
velles variétés de riz, ainsi que des techniques améliorées pour
gerer l'irrigation et nourrir le bétail. Pour ralentir le rythme du
déboisement et augmenter les forets éponges qui absorbent
le CO2, on dolt rechercher de meilleures méthodes de gestion
forestière, des mesures de boisement et de developpement des
méthodes agroforestieres, de même que des rendements agri-
coles accrus sur les lopins en exploitation.
Cette liste illustre bien la gamme étendue des technologies en
cause, les interrelations entre les diverses solutions techniques, et La
difficulté qu'il y a a tracer une demarcation nette entre les technologies
susceptibles d'améliorer l'environnement et celles jugées importantes
pour le développement. Toute decision sur le caractêre écologique
d'une technologie doit prendre en compte les normes qu'imposent tant
l'environnement que le développement. Quand une technologie verte
permet de réduire les prix de revient ou de créer des emplois, eLle dolt
figurer parmi les technologies a developper et a transférer vers les pays
du tiers-monde.

25
Des réponses tech nologiques
Pour atténuer Ia degradation de l'environnement, on devra
s'appuyer sur des technologies dures (machines, outils, equipements)
autant que sur des technologies" douces (méthodes de gestion, savoir-
faire). Toutefois, II convient de réaliser que, pour l'essentiel, les possibili-
tés offertes par les technologies existantes sont faibles, et que, sans
l'amélioration des rendements et sans le developpement de nouvelles
technologies et de méthodes adaptees aux conditions locales, ii n'y aura
pas de progres.
Ces observations nous invitent a étendre Ia portée de notre
réflexion au-delà des technologies vertes, a tenir compte des obstacles
juridiques, financiers et institutionnels qui entravent leur utilisation. Le
débat dolt englober non seulement le transfert de technologies propres,
mats dolt aussi s'arrêter sur les moyens de repenser les mutations te-
chnologiques, au Nord comme au Sud. Etant donné Ia mince distinction
entre les technologies de l'environnement et celles du developpement,
Ia quête de technologies vertes dolt passer par un effort accru pour
améliorer les capacités technologiques endogenes des PVD.

Un développement tech nologique


Les commentaires ci-dessus laisserit entendre que les actions
requises doivent avoir une plus grande portée qu'on ne le laisse enten-
______ dre jusqu'à present. L'urgence des dangers que court aujourd'hui l'envi-
ronnement, et Ia reconnaissance croissante, par le Nord et le Sud, de
leurs intéréts réciproques, donnent un eclairage nouveau aux view
débats sur les relations entre science, technologie et développement.
Quelles leçons peut-on tirer des recherches passées sur les problemes
de transfert technologique? Sont-elles pertinentes face a l'actuelle pro-
blematique de l'environnement.
On admet generalement que les technologies, de méme que Ia
capacité d'un pays a les exploiter pour atteindre ses objectifs de develop-
pement, déterminent pour une bonne part le succès de sa croissance et
de son developpement. Or, les mutations technologiques peuvent être
provoquées par l'acquisition d'un nouveau savoir issu de recherches fon-
damentales ou appliquées; par Ia diffusion ou le transfert de nouvelles
technologies, a l'échelle natiortale ou iritemationale; enf in, par ('améllo-
ration constante des processus et des systemes de production.
Ces trois conditions, il faut le souligner, ne sont pas cloisonnées.
Pour permettre a Ia science et a Ia technologie de contribuer au develop-
pement, plusieurs activités doivent s'exercer simultanément.

26
Un savoir tech nologique
L'histoire nous montre que ce sont les individus, tandis qu'ils
vaquaient a leurs activités économiques normales, qui ont engendré le
savoir humain. Tel agriculteur notait les caractéristiques particulières de
certaines semences, déterminait un modèle de rotation de ses cultures,
puis enregistrait les bienfaits de l'interculture sur ses rendements. Les
approches plus systématiques pour accélérer Ia connaissance et accumu-
ler un savoir sont récentes; le système d'enseignement, et les universités
en particulier, en sont Ia chasse gardée. On a aussi créé, ces demières
décennies, des laboratoires de recherche, publics et privés, qui s'effor-
cent d'acquérir des connaissances fondamentales ou appliquées. C'est
cette demière catégorie qui fait normalement l'objet des statistiques
nationales sur Ia recherche-développement.
Le savoir scientifique ne se traduit pas toujours par des innova-
lions technologiques. On volt aussi, souvent, les politiciens des PVD ou
les responsables de Ia cooperation intemationale afficher un parti pris
en faveur des sciences fondamentales. Cependant, si on desire exploiter
davantage les technologies vertes, ii faudra accrottre les compétences
scientifiques et techniques et les capacités de recherche des PVD. Trois
raisons militent en faveur de cette croissance:
II devient de plus en plus evident que les capacités scientifiques
et technologiques locales sont le motif determinant du succès,
ou de l'échec, des transferts de technologies.
L'accroissement de ces capacités permettra aux PVD de partici-
per et de contribuer dans une plus grande mesure aux débats et
aux changements mondiaux.
Cette croissance permettra aux PVD de choisir les solutions les
plus appropriées et même de les adapter.
Pour que le savoir soit synonyme de succès, 11 faudra également se
pencher sur Ia question de son efficacité dans le Sud. Tout comme c'est
le cas en matière économique, Ia competence et l'efficacité des person-
nels scientifiques des PVD laissent a desirer. De nombreux facteurs sont
en cause: installations inadequates, salaires faibles et manque d'incitatifs
pour faire des recherches appliquées qui répondent aux problèmes du
milieu; absence de contacts avec les utilisateurs comme avec les autres
scientifiques du monde; accès réduit a l'information; manque d'expé-
rience pour définir et gerer les problémes. Pour résoudre ces difficultés,
11 faudra, on le voit, davantage de cooperation scientifique Nord-Sud et
Sud-Sud.
Un lien capital dolt étre maintenu, celul qui relie les créateurs du
savoir scientifique et technique aux utilisateurs. A Ia fin des années
1970, une étude sur les politiques scientifiques et technologiques faisait
mention d'un lien étroit entre les activités de production, les decisions

27
financières et économiques connexes, et la variable technologique".
La creation d'une technologie doit etre, thèoriquement, jumelee a sa
production, de sorte que les problêmes que rencontre l'utilisateur orien-
tent les efforts de recherche-développement. A mesure que les solutions
sont proposées, elles sont testées et adaptées, offrant du même coup
de nouveaux problemes a régler et, par consequent, de nouvelles orien-
tations de recherche. Les résultats de l'étude ont malheureusement dé-
montré que de tels liens sont souvent faibles, ou même qu'ils n'existent
pas. Des analyses récentes des liens université-industrie, qui parviennent
aux mémes conclusions, proposent d'innover et de créer des liens entre
les Institutions de recherche du secteur public et les utilisateurs du sec-
teur privé.
Les strategies destinées a renforcer les capacités de creation du
savoir dans les PVD doivent également tenir compte du caractère
nouveau de la percée technologique, notamment sa nature résolument
pluridisciplinaire, de l'importance de Ia réflexion philosophique sur les
mutations technologiques, du mouvement vers La privatisation de la
recherche et, enf in, de l'intemationalisation croissante des activités de
recherche et de developpement.
IL est certain que les coCits et Les risques de La recherche fondamen-
tale augmenteront dans les PVD, que La collaboration entre institutions,
nationales ou intemationales, s'affermira et que l'interaction entre pro-
ducteurs et utilisateurs des technologies s'ajustera en consequence.
De plus, rien n'empéche les créateurs du savoir de reprendre a
leur compte les connaissances traditionnelles, par exemple dans les
domaines oCt l'incidence écoLogique est majeure comme l'agriculture a
faibLes intrants gui présente des déf is intéressants pour le Sud.

Le transfert des technologies


Un transfert ne se resume pas au seul déplacement d'une techni-
que existante d'un lieu a un autre. Ce mouvement peut se faire d'un
laboratoire de recherche a un lieu de production, ou d'un lieu de produc-
tion a un autre; ou encore a l'intérieur d'une méme entreprise, d'un
mme pays, quand ce n'est pas d'un pays vers un autre. Quelle que soit
l'ampLeur du mouvement, les transferts demeurent un élément détermi-
nant pour venir au secours d'un environnement menace.
La disparité des ressources scientifiques et technologiques est parti-
culièrement aiguë entre pays du Sud et du Nord. Peu importe les efforts
consentis pour bâtir les capacités de recherche au Sud, les transferts de
technologies demeureront nécessaires a moyen terrne. Transferts de
technologies et innovations locales ne sont pas diamétralement oppo-
sés. Les efforts pour renforcer les capacités locales ne seront jamais un

28
parfait substitut aux transferts qui peuvent mme, a certaines condi-
lions, stimuler ces mmes capacités locales.
Les efforts en vue d'accélérer le flux de technologies dans le sens
Nord-Sud devront augmenter si l'on souhaite un jour inverser les ten-
dances actuelles. Durant les années 80, l'Afrique et I'Amerique latine
ont assisté, impuissants, au tarissement des principales sources de
technologies et de savoir-faire, notamment les importations d'équipe-
ments, les investissements directs de l'étranger, la formation et l'assi-
stance techniques. On retrouve, a Ia source de ce tarissement, de faibles
taux de croissance et un endettement élevé. C'est pourquoi bien des
PVD espérent que les négociations actuelles ne se contenteront pas
d'aborder Ia problématique environnementale, mais qu'elles s'intéresse-
ront également au ralentissement du flux des technologies et des capi-
taux venus du Nord.
Entre-temps, l'accroissement de Ia concurrence, La rapidité des
mutations technologiques, et l'augmentation des coQts et des risques
relies aux innovations, ont oblige de nombreuses transnationales a
intensifier leur collaboration dans les domaines du développement des
technologies et de leurs production: echanges de brevets, activité
conjointe en recherche-developpement, nouvelles formes de partenariat
pour le développement de produits et de procédés. L'accroissement de
Ia concurrence technologique et l'augmentation du nombre des foumis-
seurs devraient permettre au Sud de disposer d'un meilleur choix et de
bonnes conditions. Mais, chose deplorable, une collaboration plus
étroite entre les transnationales risque de garder les PVD a l'écart de
nombreuses innovations.

La revolution technique au quotidien


Les percées révolutionnaires en micro-electronique, en biotechno-
logie et en certains autres domaines ont souvent pour effet d'occulter le
rOle, tout aussi significatif, de l'évolution technique" exponentielle". II
s'agit plus precisement des changements cumulatifs qui s'effectuent
quotidiennement et qui sont intégrés a l'unité de production, qu'il
s'agisse de l'exploitatioñ agricole ou de l'usine. C'est dire que les utilisa-
teurs améliorent sans cesse les innovations initiales, qu'ils developpent
de nouvelles applications, réduisent les coQts des intrants et adaptent Ia
technologie recue aux conditions locales.
Depuis La fin des arinées 1970, un certain nombre d'études sur les
entreprises dans les PVD ont mis en evidence la puissance de ces chan-
gements cumulatifs. De grandes questions economiques étaient alors
soulevées: Faut-il importer la technologie ou Ia développer localement?
Doit-on choisir des technologies consommatrices de main-d'oeuvre ou
a forte demande de capitaux? Bref, des analystes comparaient de

29
manière statique les choix économiques qui s'offraient au Sud. On a
pourtant opté aujourd'hui pour une perception foncièrement dynami-
que de Ia technologie oü les choix technologiques ne sont plus poses
une fois pour toutes mais s'intègrent dans un processus permanent
d'amélioration continue.
Des etudes conclualent aussi que l'integration quotidienne
d'innovations au processus de production peut avoir un résultat
stupefiant et, parfois, dépasser de beaucoup l'effet de plus récentes
innovations. Mais, dans Ia réalité, l'accumulation du savoir n'est pas le
propre de toutes les entreprises et depend le plus souvent d'une déci-
sion consciente de leurs directeurs d'investir dans Ia formation, les
changements organisationnels et l'assistance technique. Dans les pays
du Sud, ces conditions sont rarement présentes, ce qui limite l'étendue
des gains.
L'évolution technique au quotidien marque des points surtout
dans les secteurs de Ia conservation ênergétique et des autres ressources
naturelles. Un chercheur, qui s'est intéressé a trois décennies d'activités
des raffineries de pétrole américaines (Enos, 1962), a constaté que de
petites innovations techniques régulières avaient non seulement aug-
menté Ia productivité de Ia main-d'oeuvre et de I'equipement, mais éga-
lement réduit la consommation d'energie et des autres intrants de plus
de 50 % dans chaque unite de production. Plus près de nous, de Larde-
ret (CNUSTD, 1991) cite une enquete sur les entreprises néeriandaises
qui démontre que jusqu'à 30 % des suggestions en we de rendre la pro-
duction "plus propre'> ne sont en fait que des mesures de gestion relati-
vement simples: réparer les fuites, séparer les flux de déchets pour
permettre La recuperation, etc. De telles ameliorations relativement peu
coQteuses ont une portée non négligeable sur l'environnement.
Des scenarios analogues existent dans les PVD. Scion M. Bell,
spécialiste des transferts de technologies, la plus importante source
d'amélioration de La productivité dans les PVD demeure l'évolution
cumulative au sein d'instaLlations de production existantes, plutOt que
l'apport de technologies de toute demiêre génération. IL affirme que, s'iL
n'est pas accompagné d'efforts soutenus, le transfert des technologies
innovatrices risque fort de n'aboutir qu'a des ameliorations a court
terme. L'amélioration dans l'utilisation des ressources, ajoute-t-il, est
étroitement liée a un accroissement de La productivite de l'équipement
et de Ia main-d'oeuvre. Par consequent, ii est possible de conjuguer une
reduction des niveaux d'émission de CO2 et d'autres polluants avec une
meilLeure rentabilisation des activités de production.

30
Un supermarché de la tech nologie
Dans les débats des années 1950 et 1960 sur Ia science, Ia tech-
nologie et le développement, les ' modemes estimaient que science et
technologie relevalent du domaine public. On avait donc tendance a
considérer le vaste corpus des connaissances humaines mondiales
comme des marchandises sur les étageres d'un supermarché. Le Sud
n'avait donc qu'à faire ses emplettes pour satisfaire ses besoins. Cette
situation devait avantager les PVD et leur permettre de combler le fossé
qui les séparait du Nord industrialisé.
De maniêre analogue, bien des gens pensent aujourd'hui que les
transferts offriront un raccourci qui permettra aux pays du tiers-monde
d'êviter La période d'inefficacité énergétique, vorace en matières pre-
mières et génératrice d'une intense pollution. Mais queues sont les
caractéristiques du marché des PVD? Quels sont les coüts et avantages
de tels transferts pour les foumisseurs?
Vers le milieu des années 1960, les PVD se sont plaints de ce
que Ia technologie mise a leur disposition était insuffisante. De plus,
us faisaient remarquer que les transnationales exerçaient un contrOle
presque total sur les fournitures technologiques. La métaphore du
supermarche était de plus en plus remise en question. BientOt, des
chercheurs comme C. Vaitsos se sont mis a décortiquer le processus
de commercialisation de La technologie pour mieux comprendre Ia
nature du marché des transferts technologiques vers les PVD.
us en ont conclu que les transferts sont regis par une relation de
pouvoir entre foumisseurs et acheteurs. Pour comprendre le handicap
dont souff rent les acheteurs dans ce type de marché, on cite deux
causes:
y a d'abord La nature de Ia technologie de pointe elle-méme,
pratiquement indéchiffrabLe. Elle ne peut donc être convenable-
ment évaluée par les acheteurs avant qu'ait lieu La transaction.
Comme I'énoncait K. Arrow en 1962, toute transaction corn-
merciale impliquant du savoir ou de l'information se caractérise
par une asymétrie inhérente: le vendeur connalt son produit,
mais l'acheteur, dans une certalne mesure, ignore La nature
exacte du produit qu'il va acheter. Le probleme est exacerbé
quand ii s'agit d'entreprises du tiers-monde qui ont ordinaire-
ment moms d'envergure et moms d'expérience qu'au Nord,
en plus d'étre, d'un point de vue technologique, en situation
d'infériorité face a leurs foumisseurs. De plus, ii n'existe pas de
moyens faciles pour comparer les prix, ce qui handicape davan-
tage l'acheteur éventuel.

31
11 y a ensuite La nature oligopolistique, ou même carrément
monopolistique, du marché international de La technologie. Des
etudes récentes affirment que Ia conduite commerciale des
transnationales s'inspire de leur maltrise de Ia technologie et
de Ia maximisation du profit qu'elles en tirent. Les foumisseurs
disposent ainsi de tous les atouts (possession de Ia technologie,
domination du marché, ressources financières et personnel corn-
pétent) pour dicter aux entreprises et aux gouvemements des
PVD des conditions contractuelles qui se traduisent par des
coUts élevés.

Les PME exportatrices

Les petites et moyennes entreprises (PME) exercent un role crois-


sant comme fournisseurs de technologies aux firmes et aux administra-
tions des PVD. Ce type de marché se caractérise par sa souplesse a
plusieurs niveaux: meilleures sources d'approvisionnement, négociations
entre partenaires égaux, et possibilité de technologies plus appropriées.
Entre 1987 et 1990, des chercheurs de six PVD (Argentine,
Brésil, Corée du Sud, Inde, Mexique et Singapour) et de sept pays indus-
trialisés (Allemagne, Canada, tats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie
et Japon) ont étudié 114 cas de transferts technologiques impliquant
106 petits et moyens fournisseurs.
Les résultats sont a deux volets. D'une part, le pouvoir de négocia-
tion des entreprises importatrices s'est avéré parfois solide, parce que Ia
rnajorité des foumisseurs de l'échantillon ne disposait d'aucune expé-
rience internationale, alors que les entreprises destinataires possédaient
au moms une certaine experience des importations de technologies.
D'autre part, Ia plupart des PME étaient de petits oligopoles qui occu-
paient d'importantes niches du marché national (et parfois international),
donnant ainsi plus de poids a leur position de négociateurs. De toute
rrianière, les PME demeurent complémentaires des transnationales
comme foumisseurs (Niosi et Rivard, 1990, p. 1540-1541).
11 n'est pas étonnant de constater que Ia plupart des foumisseurs
ont de beaucoup préféré les transactions sans participation directe, sans
doute a cause des coQts plus élevés qu'impliquaient de tels investisse-
ments. Pourtant, dans un très petit nombre de cas, les PME foumisseurs
ont préferé Ia participation a 100 % du destinataire plutôt que Ia cession
d'une licence ou le partenariat. Comment expliquer pareille situation
sinon parce que les PME sont trés actives dans Ia recherche, d'oQ Ia
nécessité absolue pour elles de protéger leur principal atout: le secret
technologique, On a aussi constaté que les transferts étaient plus nom-
breux que prévus et incluaient souvent une gamme complete de produits,
de procédés et de technologies touchant a Ia gestion. Enfin, les transferts
comportaient une bien plus forte participation des PME aux activités de
formation qu'on ne l'aurait pensé.

32
La bonne affa ire !
D'autres recherches plus récentes ont conduit a un reamenage-
ment du marché dans les années 1970. 11 y a d'abord eu augmentation
du nombre de foumisseurs dont certains sont maintenant établis dans
les PVD mêmes. L'escalade des coQts de Ia recherche-développement,
et Ia nécessité de s'assurer de vastes marches pour recouvrer ces coflts,
ont incite les grosses entreprises a s'intéresser davantage aux transferts
de technologies. D'autres analyses ont egalement démontré que des
entreprises des PVD pouvalent initier elles-mêmes les transactions en
faisant Ic tour des foumisseurs pour leur arracher la meilleure
aubaine (Bell et Scott-Kemmis, 1988).
Les PME sont aussi devenues d'importants foumisseurs. Comme
cues partagent avec Ic Sud certaines contraintes (faible financement,
manque d'information ou de ressources humaines qualifiees), leur
puissance de negociation est évidemment moms grande que celle des
transnationales. Bien sUr, les PME ne disposent pas des ressources
nécessaires pour réaliser de grands projets d'investissement et ne peu-
vent donc pas jouer carrément Ic rOle des transnationales. Dans nom-
bre de secteurs environnementaux (traitement des déchets, gestion et
systèmes de conservation de l'energie, secteurs de La biotechnologie),
les PME peuvent cependant devenir d'importants fournisseurs.
L'asymétrie, surtout en cc qui concerne Ic pouvoir d'mnformation,
privilégie les foumisseurs. Aussi, les PVD eprouvent-ils quelque difficulté
a ajuster leurs besoins aux solutions technologiques que Le Nord leur pro-
pose, et même a faire des emplettes H en toute connaissance auprès
des foumisseurs. Ces contraintes sont encore plus visibles dans les do-
maines de pointe oct les tendances du développement technologique
sont incertaines, oct le secret d'entreprise reste de misc, et oct les
sources d'approvisionnement couvrent plusieurs secteurs industriels.

Des transferts qui coâtent cher


Les transferts de technologies cocttent cher et incitent souvent les
foumisseurs a se retirer de La course. Ces coQts ont des repercussions
directes sur les méthodes et sur les éléments des transferts.
Dans une étude portant sur 26 projets de transfert technologique,
D. Teece constate que les coctts augmentent en mme temps que La
complexité de Ia technologie et l'ampleur du fossé technologique qui
sépare foumisseur et destinataire. En outre, ces coQts sont considerable-
ment plus élevés dans Ic cas d'un premier transfert. F.J. Contractor en
a découvert trois types: les coUts directs du transfert (déplacements,
formation, personnel, documentation et activités connexes), les coflts
d'option, et les coctts irrecupérables de developpement. Niosi et Rivard

33
décrivent dew types de coQts d'option: ceux qui sont lies au manque a
gagner (le potentiel des marches perdus et l'éventuelle concurrence en-
tre les destinataires eux-mémes), et les coQts d'effectifs, souvent plus
onéreux pour les petits foumisseurs, et qui touchent aux compétences
nécessaires au transfert (par ex. le personnel aurait pu être affecté de
façon plus profitable a d'autres activités).
I_es cocits sont au plus bas lorsque des concepts, des plans et des
specifications existantes sont tout bonnement reproduits et expediés au
destinataire. Les coflts augmentent a mesure qu'il faut transférer davan-
tage de connaissances et de compétences humaines, c'est-à-dire le
savoir-faire des spécialistes. Les coflts augmentent encore quand ii faut
dispenser Ia formation dans les entreprises des destinataires. Ils sont
encore plus élevés s'il faut modifier les technologies pour les adapter a
un pays acquéreur dote d'un petit marché, ou dont les modéles de
consommation et de dotation en ressources sont différents. Les cotts
d'option croltront également si l'on dolt avoir recours a des compé-
tences (coQts d'effectifs) ou lorsque le transfert risque d'avoir des effets
negatifs sur les marches d'exportation existants ou potentiels (coQts du
manque a gagner).
En dépit de tout cela, les foumisseurs peuvent quand méme retirer
des profits a long terme, distincts des paiements directs pour le trans-
fert, et qul se présentent sous diverses formes. Dans bien des cas,
l'entreprise en question n'est pas Ia seule a en bénéficier, le pays four-
nisseur lui-même y trouvant son compte. En voici quelques exemples:
L'expanslon des possibilités d'exportatlon pour les
pièces détachées, équipements auxillaires et produits
ou technologies connexes. Dans les domaines de pointe,
une pénétration précoce du marché améliore Ia position du four-
nisseur par rapport a ses concurrents, non seulement a cause
de la nécessité, pour l'acquéreur, de normaliser ses approvision-
nements, mais aussi parce qu'il n'existe pas d'information corn-
plete sur les autres sources d'approvisionnernent.
Le rodage du transfert, élément de Ia rentabilisation.
Les transferts de technologie intemationaux représentent une
experience non negligeable pour l'entreprise exportatrice a
mesure qu'elle maitrise les difficultés juridiques, administratives
et techniques.
La position concurrentielle des entreprises exporta-
trices confortée par rapport aux concurrents
internationaux. Lorsque le marché national est restreint ou
que les coUts en amont du developpement de Ia technologie
sont élevés, les transferts intemationaux peuvent permettre de
faire des economies d'échelle et de réduire les coüts unitaires de
production.

34
L'amélioration de Ia productivité des fournisseurs
d'intrants et de composantes, qu'il s'agisse d'entre-
prises affihiées ou d'entrepreneurs indépendants. Dans
l'industrie d'assemblage de produits electroniques ou automo-
biles, Ia rentabilité de I'entreprise depend énormément de l'effi-
cacité des fournisseurs. Les industries ont d'ailleurs tendance a
êvoluer vers des relations" a distance , plus autonomes et plus
souples, afin d'avoir les coudées franches pour s'ajuster plus
rapidement aux caprices de Ia demande et aux preferences des
consommateurs.
La circulation a deux sens du savoir. 11 est toujours possi-
ble pour le foumisseur de bénéficier d'adaptations du procédé
ou du produit effectuées par l'entreprise destinataire. De tels
transferts a rebours sont davantage le fruit de transactions impli-
quant des contacts actifs et continus entre les parties, plutOt que
de Ia vente relativement passive d'equipements ou de Ia cession
d'une simple licence de conception. Ce type de cooperation
technologique entre des firmes de pays industrialisés et du tiers-
monde n'est pas trés commun, mais il est porteur de promesse
pour l'avenir.
Le calcul des coUts et des profits des firmes est également tribu-
taire de deux autres facteurs. Premiérement, nombre des profits" dyna-
miques indiques ci-dessus ne se concrétiseront que sur une certaine
période de temps. Les petites entreprises dont l'expérience intematio-
nale est limitée ne peuvent pas toujours amortir les cocits immédiats
d'un transfert, ce qui permettrait aux profits a long terme de se "cristal-
user". Un financement d'appoint pourrait s'avérer nécessaire pour en-
courager les petites entreprises a se lancer dans des operations de
transfert, surtout si on les presse a s'engager dans une interaction
soutenue et a long terme avec les destinataires.
Deuxiémement, la firme exportatrice ne peut ordinairement profi-
ter que d'une portion des avantages d'un transfert de technologie. Là
encore, les petites entreprises trés spécialisées peuvent avoir de Ia
difficulté a tirer avantage du transfert et a matérialiser de nouveaux
marches.

Renforcer les capacités tech nologiques


Dans leurs critiques des transferts de technologies, les PVD se
sont surtout arrétés sur les coUts excessifs "des transactions et sur les
nombreuses clauses" inéquitables et restrictives imposées par le four-
nisseur au destinataire. Tels étaient les griefs de nombreux gouveme-
ments du tiers-monde qui réclamaient Ia transmission d'informations
plus completes aux destinataires, le renforcement de la position de
négociation de leurs entreprises et l'interdiction de toute pratique jugée
contraire a l'intérêt national.

35
Une deuxième série de critiques avait porte sur les technologies
mal adaptées aux besoins des PVD, sur le volume de capitaux et sur les
competences nécessaires, sur Ia dépendance a l'égard de foumitures
importées plutOt que produites localement, et sur le type de technolo-
gies axées sur Ia satisfaction des besoins de l'élite des PVD. Le recours
a ces technologies mal adaptées tend a réduire les emplois, a aggraver
les problèmes de devises et a limiter les retombées dans l'économie lo-
cale. En outre, 11 y a le risque de créer une économie a deux vitesses
oii un secteur modeme cOtoie Ia pauvreté et le chOmage.
Ces objections ne peuvent être écartées du revers de Ia main; il
est impossible de dissocier le débat sur les technologies vertes des in-
quiétudes concemant les impacts économiques, sociaux et culturels des
technologies importées.
L'urgence de mettre fin a Ia degradation de l'environnement ne
peut nous empécher de considérer le prix impose pour les transferts
technologiques.
De plus en plus, l'attention se dirige moms vers les coQts et les
types de technologies importées que vers les moyens de créer et de
maintenir les capacités technologiques des PVD. En effet, ce n'est
qu'en soutenant les efforts de ces pays pour qu'ils choisissent, adaptent
et développent des technologies appropriées que l'on pourra apporter
des correctifs au faible pouvoir de négociation des entreprises du Sud,
au choix de technologies inopportunes et aux faibles retombées des
transferts sur l'économie locale.
Si on en est arrivé Ia, c'est a la suite d'une réévaluation des liens
entre les importations de technologies et les capacités technologiques.
La plupart des textes sur Ia dépendance technologique font valoir que
les transferts ont des effets néfastes a long terme sur Ia capacité techno-
logique des nations concemées. Néanmoins, des etudes de cas récentes
et l'expérience de Ia Corée du Sud et de Taiwan suggèrent que les trans-
ferts peuvent être une puissante locomotive pour le developpement.
Certes, un soin particulier doit étre apporté aux choix des technologies
afin qu'elles contribuent vraiment a l'édification de capacités endogenes.
Pour l'essentiel, Ia capacité technologique s'intéresse aux compé-
tences, aux aptitudes et a l'expérience qui sont nécessaires pour choisir,
utiliser, adapter et créer des technologies. Les indicateurs d'une capaci-
te technologique devraient notamment couvrir l'aptitude de l'entreprise
importatrice a défmnir ses besoins de technologie et a négocier avec les
foumisseurs; a exploiter Ia technologie importée de facon rentable; a
assurer les operations ordinaires de maintenance; a analyser le fonction-
nement des installations de production et a entreprendre les modifica-
tions et les ajouts en matière d'equipement, de facon a accroitre la
capacité de production et a réduire les coüts; a planifier, concevoir et
effectuer une expansion des capacités et, enf in, a engendrer une série
d'innovations technologiques aim d'améliorer Ia production.

36
Les engrais industriels au
Bangladesh
Une étude d'A. Quazi sur cette industrie du Bangladesh
donne un aperçu du faible rendement énergétique dans Les PVD.
L'auteur fournit quelques explications a une si piètre performance.
Le rendement observe dans deux usines d'engrais était infé-
rieur aux previsions du plan initial. De plus, ce rendement contras-
tait beaucoup avec celui des usines des pays industrialisés. Plus
encore, les taux d'amélioration du rendement énergétique sont
restés negligeables pendant toute Ia durée de cette étude qui
s'étendait sur huit ans, puisqu'aucune adaptation majeure n'a été
apportée aux installations. Mais il faut dire que l'amélioration et Ia
modemisation des équipements, comme la gestion et Ia technolo-
gie, étaient, pour une grande part, tributaires d'une expertise de
l'exterieur. Loin d'amener une evolution continue de Ia technologie,
cette situation a donné lieu a une valse-hésitation : chaque fois que
des ingénieurs et des gestionnaires étrangers intervenaient, L'effica-
cite, y compris le rendement énergétique, augmentaient, pour aussi-
tot chuter aprés Leur depart.

Or, dans La plupart des cas, les transferts de technologie n'ont


pas permis aux entreprises destinataires de se bâtir de telles capacités
technologiques. Lors d'une étude sur les transferts en pétrochimie vers
Ic Moyen-Orient, 1' Office of Technology Assessment des Etats-Unis a
conclu que, en depit du fait que le volume des transactions ait augmen-
te, les cas oCi le destinataire a amélioré son aptitude a exploiter une ins-
talLation industrielle étaient Limités. En 1988, H. Hill déclarait que" Les
transferts de technoLogie en Indonésie ont rarement dépassé Le stade de
Ia production .
IL y a des cas pourtant oCt les résultats sont beaucoup plus encoura-
geants. On mentionne frequemment L'exemple de l'aciérie USIMINAS,
au Brésil, qui a réussi non seulement a assimiLer et a adapter Ia techno-
logie irnportée, mais qui L'a égaLement misc a contribution pour générer
et commercialiser de nouvelles technologies.
A l'évidence, ii n'y a donc pas de lien automatique entre les impor-
tations de technologies et Ic développement des capacités technologi-
ques. Comme Ic fait remarquer Bell, on peut classer les transferts de
technologies en termes de contenu technologique' (c.-a-d. Les connais-
sances, les compétences et les capacités transmises au destinataire).
Dans certains cas, ce contenu est relativement faible, se résumant pour
L'essentieL a des biens d'équipement, a des services d'ingénierie et de

37
gestion, et a des concepts de produits. D'autres fois, cela inclut des corn-
pétences et un savoir-faire supplémentaires pour le fonctionnement et
la maintenance de l'équipement technologique importé. Dans les deux
cas mentionnés, seule la capacité de production est transférée au desti-
nataire. Ce n'est que lorsqu'il y a un transfert integral des connais-
sances, de l'expertise et de l'expérience nécessaires pour générer et
gérer des changements techniques, insiste Bell, que l'on peut parler
d'accumulation de capacité technologique pour le destinataire.

Facteurs de succès
Tous les indices suggèrent qu'il y a deux facteurs prirnordiaux
pour que le transfert contribue a bàtir des capacités technologiques
endogènes.
Le premier facteur concerne l'intensité du contact entre foumis-
seurs et destinataires. II doit étre constant et soutenu pour assurer un
transfert effectif des compétences et du savoir. Cela ne signifie pas pour
autant que le foumisseur doive investir directement dans l'entreprise des-
tinataire. La forme contractuelle du transfert est bien moms importante
que la portée des connaissances acquises et, a cet égard, Ia formation
est un élément capital. Bien trop souvent, hélas, les entreprises et les
gouvernements destinataires ont insuffisamment insisté sur Ia question
de Ia formation; ils l'ont méme quelquefois negligé. Par exemple, dans
le cas d'une analyse portant sur plus de 600 contrats d'exploration
petrolière, T. Turner a constaté que dans 14 % des cas seulement se
retrouvaient des dispositions relatives a Ia formation, a l'embauche de
citoyens du pays et au recours a des services techniques locaux. II en
conclut que les contrats traduisent un piètre souci pour l'acquisition des
compétences.
Dans une étude sur l'industrie minière, le spécialiste A. Warhurst a
confirmé l'importance de maintenir des liens dans un but de formation.
II fait valoir que les compagnies minléres du Nord commencent a intro-
duire leurs technologies les plus récentes et les plus propres dans les
PVD dans le but d'amortir les coQts élevés d'implantation, d'améliorer
leur image de marque et d'éviter de futurs obstacles en matière de regle-
mentation. La capacité d'un PVD a bénéf icier d'une telle approche
dependra de Ia facon dont seront conclus les accords, et de leur apti-
tude a intégrer Ia formation aux ententes de partenariat ou de cession
de licence.
Le deuxième facteur conceme les compétences et I'orientation
stratégique de l'entreprise destinataire. Dans une étude effectuée en
Inde, N. Nath conclut que les activités de suivi assurées par l'entreprise
du pays hOte sont essentielles au succès d'un transfert. De solides
connaissances sont donc nécessaires avant le transfert; de méme, La
participation a toutes les étapes de Ia planificatlon et de Ia mise en

38
oeuvre du projet sont capitales. J. Enos et W. Park confirment que
c'est en Corée que les efforts locaux ont Joué le plus grand rOle.
A Ia suite des travaux d'A. Desai et de P. Mihyo, on peut conclure
que, si les capacités locales de recherche, de selection et de négociation
en matiêre de technologic font défaut, une reglementation gouveme-
mentale n'est jamais d'un grand secours.

39
Les options
Les fondements de l'action
Les tentatives de transferts de technologies du Nord vers le Sud
ont souvent échoué. Aussi importe-t-il maintenant de concevoir des
plans d'action elf icaces, de choisir les bonnes cibles, de préciser les
types d'initiatives, et de définir des exigences financléres, techniques et
institutionnelles de tels transferts. Quels sont donc les principes de base
a retenir?
Toute action efficace dans le domaine des transferts et de la
cooperation technologiques nécessite Ia participation d'un certain
nombre d'intervenants: gouvernements nationaux, entreprises privées,
institutions intemationales et organisations non gouvemementales.
Si les coOts d'un tel consensus sont, sans doute, prohibitifs, on ne
peut pourtant ignorer les interventions d'individus ou de groupes qui
décident de passer a l'action. Le débat sur l'environnement mondial
reste toujours marque par l'incertitude: que sait-on au juste de la gravité
des menaces? Sur queues mesures faut-il s'arréter? Cette incertitude se
complique parce que, dans plusleurs domaines connexes du savoir
technique, les changements s'opèrent rapidement. Qul plus est, Ia
justesse d'une solution technologique donnée doit être mise a l'épreuve
sur le terrain pour prouver son efficacité réelle.
Dans un tel contexte de précarité, Ia prudence s'impose. Pour
être efficace, II est recommandé d'envisager une vaste gamme d'initia-
tives. Le nombre des actions requises est si élevé que nul intervenant,
nul groupe méme, ne pourra les prendre toutes en charge. Une multi-
plicité d'actions mobilisera tout un éventail d'interventions en plus de
permettre a des groupes particuliers de mettre a contribution leurs
connaissances spécialisées.

Les domaines d'intérêt mutuel


Les preoccupations récentes face aux menaces qui pêsent sur l'en-
vironnement sont venues ranirner les notions d'interdépendance plane-
taire. Cette communauté d'intérêt suggére des solutions qui répondent
a trois exigences fondamentales: Ia satisfaction des besoins de develop-
pement du tiers-monde, des imperatifs commerciaux des fournisseurs
de technologie, et des exigences environnementales planétaires.

41
11 y a lieu de penser, aujourd'hui, que l'apparente contradiction
entre Ia nécessité de protéger l'environnement, d'une part, et les exi-
gences de Ia croissance et du developpement économiques, d'autre
part, n'est pas aussi rigide qu'on l'a souvent cru. L'application de tech-
nologies vertes, ou propres, pourrait en effet stimuler Ia croissance. Un
rapport recent du World Resources Institute démontre que les percées
dans les domaines de Ia biotechnologie, des systèmes d'information et
des matériaux de pointe contiennent La promesse d'une "avancée
technologique qui réduira la pollution et Ia surconsommation de maté-
riaux, et assurera un meilleur rendement économique.
En théorie, on pourrait formuler des programmes capables de
satisfaire les impératifs en environnement au Sud, sans sacrifier les
objectifs en developpement, et sans que les foumisseurs de technologies
soient privés de leurs profits commerciaux. II subsiste pourtant
d'énorrnes obstacles a la réalisation de tels objectifs.
Les contraintes économiques demeurent importantes puisqu'il faut
financer l'amortissement des coQts a court terme. En outre, le fait que
plusieurs des technologies environnementales soient d'" intért public"
empéche les entreprises de récolter tous les bénéf ices qui découlent de
leur application. En de telles circonstances, les stimulations fiscales et
les subventions a l'exportation sont bienvenues.
Parce que Ia plupart des technologies vertes du Sud ne sont pas a
la fine pointe, le paiement des droits d'exploitation, le plus souvent, ne
fait pas de difficulté. Méme lorsqu'il s'agit de technologies plus nou-
velles, l'expansion rapide des frontières technologiques et la concur-
rence achamée entre les foumisseurs rendent plus accessibles les
transferts de haute technologie.
II y a egalement d'importants obstacles a franchir sur le plan de
l'information. Comme nous l'avons deja fait remarquer, les acheteurs
de technologies sont souvent très desavantages par rapport a leurs four-
nisseurs. Mais les foumisseurs aussi souffrent d'un manque d'informa-
tion. Les jeunes entreprises et les firmes qui oeuvrent dans des secteurs
de pointe éprouvent de Ia difficulté a estimer les marches. En outre, les
fournisseurs pourraient vite constater que les acheteurs sont peu nom-
breux, quand ils existent, soit parce qu'il s'agit de nouvelles technologies
ou qu'elles sont d'" intért public, soit encore a cause du manque d'ex-
périence de Ia firme sur les marches étrangers.
Enf in, ii faut prendre en consideration toute une série de con-
traintes institutionnelles, notamment les diverses facons dont les politi-
ques nationales, et dans le pays destinataire et dans Le pays fournisseur,
militent contre le succès d'un transfert de technologie: il peut s'agir de
facteurs tels que le droit de propriete intellectuelle, le prix de revient et
les mesures fiscales. II serait nécessaire de reformer les institutions et les
politiques de recherche ia oü elles existent deja, et d'en créer dans les

42
pays oCt ii n'en existe pas, de facon a renforcer les capacités locales
d'importer les technologies appropriées.

Bâtir pour le long terme


Une mise en garde s'impose ici, comme Ic signalent Joly et
Bandelier (1988). L'adoption immediate d'une technologie retarde les
perspectives de developpement et d'application a plus long terme de
nouvelles technologies. Ainsi, le recours a des débourbeurs dans les
usines thermiques risque de ralentir l'introduction de technologies écolo-
giquement preferables, comme La combustion en lit fluidisé, étant don-
né les coQts d'investissement moms élevés. En outre, B. Arthur (1990)
mentionne que les premieres solutions technologiques peuvent, dans
bien des cas, devenir" fixes , ce qui augmente les coüts d'une misc a
niveau ultérieure, même si celles-ci offrent plus d'efficacité. Voilà pour-
quoi ii convient d'etre prudent avant d'accepter aveuglément des solu-
tions technologiques non éprouvées, surtout dans les PVD oCt la pénurie
des ressources amène encore une" fixation sur une technologie
donnée.
11 est évidemment impossible de prédire queues seront les inter-
relations entre les diverses technologies, ni de prévoir cc que seront les
technologies de demain. Mais les exemples ci-dessus illustrent bien La
nécessité de se donner des capacités. Dans le secteur des technologies
vertes, 11 ne s'agit pas d'appliquer des solutions technologiques particu-
lières, mais plutOt d'enrichir les capacités des PVD a choisir, importer,
assimiler, adapter et créer des technologies appropriées. 11 s'agit notam-
ment d'enrichir les capacités technologiques d'ensemble plutOt que de
s'engager dans des technologies environnementales particulières.
II faut réaffirmer ici que Ic transfert de technologies propres ne
représente qu'une partie de Ia solution. Le souci d'efficacité économi-
que et environnementale entourant une solution technologique donnée
n'est pas moindre que celui qu'on déploiera pour son acquisition, pour
son integration, et pour les transferts complémentaires de connais-
sances et de capacités.
Les pages qul suivent énumèrent d'autres moyens concrets pour
passer a l'action, regroupés autour de quatre grands objectifs. La priori-
té est accordée aux trois critéres énoncés précédemment: garantir une
pluralité d'actions, surmonter les obstacles aux solutions gagnantes re-
cherchêes dans les domaines du commerce, du développement et de
l'environnement, et se donner Les capacités a long terme dans chacun
des domaines énumérés.

43
Les regles du jeu
Ii faut repenser les regles de Ia cooperation Nord-Sud en vue de
faciliter les transferts de technologie et de renforcer les capacités tech-
nologiques des PVD.
La question des droits de propriété intellectuelle est sans doute Ia
plus controversée de ces régles. Les perspectives divergent sur Ia nature
de Ia recherche scientifique et technologique et sur Ia juste distribution
des avantages qui en découlent (Belcher et Hawtin, 1991). Si I'on se fie
aux declarations publiques récentes des représentants du Nord et du
Sud, ii ne semble pas y avoir place pour le compromis. Pourtant, ii y a
des signes d'espoir, notamment les progrès obtenus ces demières an-
nées en ce qul conceme La reconnaissance du droit des agriculteurs
(Keystone Center, 1991). Cela laisse a penser que des problemes juges
insurmontables peuvent parfois étre résolus. On note aussi des change-
ments importants dans les attitudes de certains gouvemements du
tiers-monde a l'égard du droit de propriété intellectuelle (par ex. au
Mexique), ce qul peut conduire a des progrés importants dans les négo-
ciations Nord-Sud. Mais les positions sont beaucoup plus rigides au
Nord; ii suff it de rappeler les pressions arnéricaines sur les PVD pour les
amener a protéger un tel droit.
Le respect de ce droit de propriété intellectuelle joue un rOle clé
dans le développement des technologies. Néanmoins, les PVD ont inté-
ret a resister aux pressions qu'ils subissent pour étendre unilatéralement
le champ d'application des brevets, surtout en ce qui conceme le nou-
veau domaine controversé des organismes vivants. II conviendrait plutOt
de trouver un compromis entre le Nord et le Sud au moyen de discus-
sions multilatérales. D'ici là, des mesures pour proteger les brevets pour-
raient étre adoptées pour garantir le flux des technologies et bàtir un
climat de confiance.
Le défi consiste a trouver un compromis entre le Nord qul insiste
pour qu'on reconnaisse Ia nature commerciale de Ia plupart des trans-
ferts, et le Sud qui exige qu'on lui accorde un accês préferentiel. II fau-
drait aussi distinguer entre les modalités d'acquisition d'une technologie
commerciale et les conditions de financement accordées aux acheteurs
du tiers-monde. Le rOle des marches dans l'établissement du prix de
revient des technologies commerciales seralent ainsi maintenu, et les
PVD profiteraient de conditions préferentielles de financement.
Pour l'essentiel, ii s'agit de reconnaitre le principe general
enchâssé dans Ia Declaration de Rio: le Nord et le Sud ont des respon-
sabilités" communes mais différenciées a l'égard de La degradation de
l'environnement mondial. Les pays du Nord n'ont-ils pas contribué plus
massivement aux problémes actuels? Ne disposent-ils pas de ressources
beaucoup plus importantes? Aussi devraient-ils assumer une plus grande
part du fardeau en prenant des mesures immédiates pour réduire leurs
propres emissions et en aidant les PVD a faire de méme. En échange

44
d'un compromis des PVD sur Ia question des taux préférentiels et du
droit de propriété intellectuelle, les pays industrialisés s'engageraient
fermement a faire une contribution financière.
Dans le domaine des technologies, les taux du marché sont
parfois excessifs et, par consequent, les conditions de transfert peuvent
être extrêmernent restrictives. II y aurait donc lieu de reprendre les
discussions pour déboucher sur une sorte de code de conduite propre a
décourager les abus de type monopolistique.

Les approvisionnemen ts étrangers


Le problème de l'application des technologies vertes dans les
PVD ne peut se limiter a l'objectif, trop étroit, qui consiste a mieux
approvisionner le Sud en technologies venues du Nord.
L'accroissement du flux de technologies peut servir a contrer
certaines des autres tendances notées sur le marché international. I_es
échanges Nord-Sud stagnent depuis une décennie pour divers motifs:
l'endettement et le déclin des investissements des pays industrialisés, la
compression des budgets d'aide intemationale, La privatisation de La
recherche, et Ia multiplication d'ententes de collaboration entre les
entreprises. En fait, on a pratiquement fermé Ia porte aux PVD.
Un flux assure et adequat de technologies dependra des efforts du
Nord et du Sud pour créer un marché des produits et services qui res-
pectent l'environnement. Toute solution a long terme devra tenir
compte des facteurs structurels qui limitent l'importation de technolo-
gies dans le Sud: l'exigifte des marches, Ia carence des devises étran-
gères et l'absence d'infrastructures. En definitive, ii faudra prendre des
mesures pour résoudre les problèmes qui limitent les investissements
etrangers aussi bien que nationaux: l'endettement, le protectionnisme,
Ia stagnation de l'aide au développement, et une macro-économie
inefficace.
Toute mesure appropriée dépendra entièrement du type de tech-
nologie sélectionnée. On considére id quatre categories de technolo-
gies: les marques déposées, les technologies du secteur public, celles
issues des recherches de pointe H et d'autres qui s'appuient sur ce
savoir-faire qu'on appele les" technologies douces

45
Les marques déposées
Dans le cas des marques déposées, les problèmes de Ia propriétê
intellectuelle sont un obstacle majeur a surmonter. Telle société pourrait
tre disposée a transférer des technologies récemment mises au point,
mais qui ne touchent pas a ses capacités technologiques fondamentales.
La diffusion de ces technologies auprès de subsidiaires ou de foumis-
seurs non affillés améliorerait Ia rentabilité a long terme de l'entreprlse.
S'il existe, dans l'industrle électronique ou automobile, un vaste réseau
de fournisseurs d'équipements et de composants (dont beaucoup sont
autonomes), c'est que le partage' des technologies fait partie inté-
grante d'une stratégie de concurrence.

Moms de CFC au Mexique


La nouvelle industrie mexicaine dassemblage de composants
electronique consomme chaque année près de 400 tonnes métriques de
solvants a base de CFC. Les tentatives pour réduire l'utilisation des CFC
ont débouché sur une forme nouvelle de partenariat entre les entreprises
électroniques elles-mémes, l'Organisation étatique pour l'environnement
(SEDIJE), I'Environmental Protection Agency des tats-Unis, et North-
ern Telecom du Canada.
Pour éliminer les CFC dans ses propres installations, le fabricant
canadien de produits électroniques a déjà mis au point une technologie de
vaporisatiori au pistolet qui élimine les CFC lors du nettoyage des résidus
dans les cartes a circuits imprimés. Cette technologie verte est aussi éco-
nomique qu'efficace.
En mars 1991, Northern Telecom, Ia SEDUE et I'EPA lançaient
une série de demonstrations, suivies de stages de formation, sur Ia conser-
vation et l'élimination des solvants a base de CFC dans l'industrie mexi-
caine de l'electronique, Non seulement Northern Telecom partage ainsi
son expertise dans Ia reduction des CFC, mais coordonne une série de
programmes de formation pour le compte d'entreprises mexicaines.
Outre que le financement multilateral joue un role majeur dans ce
projet de conversion technologique (le Fonds multilateral créé a Montréal
finance une partie des coOts d'équipement), on y fait Ia preuve que l'inté-
ret environnemental a long terme d'une grande entreprise est un puissant
facteur dans le transfert de technologies entre le Nord et le Sud. On doit
également signaler Ia collaboration effective des foumisseurs de technolo-
gies du secteur privé. Enf in, l'Industry Cooperative for Ozone Layer Pro-
tection (ICOLP), qui regroupe depuis 1989 des utilisateurs industriels des
CFC et diffuse des inforrnations sur les solutions de rechange, a participé
au projet. Parmi les activités du projet, mentionnons des demonstrations
en faveur des membres de l'ICOLP et l'utilisation de Ia base de données
de l'ICOLP, OZONET.

46
La cooperation technologique pourrait donc occuper une plus
grande place chez les utilisateurs qul ne sont pas en competition. C'est
le cas, par exemple, d'un réseau de sociétês oeuvrant dans le secteur
des services publics au Brésil, en Chine, en Europe, en Inde et en
Amerique du Nord, qul projette de developper des technologies reliées
au changement climatique (USAID, 1990).
Dans certains secteurs, les dispositions des textes législatifs rela-
lives a l'intért public pourraient servir de véhicule pour encourager Ia
diffusion de technologies commerciales.
On suggere enf in de créer un service de courtage qui jouerait le
rOle d'un intermédiaire entre les marques déposées et leurs utilisateurs
potentiels dans les PVD.

Le courtage en biotechnologie
Les plus récentes innovations en biotechnologie agricole auront
sans doute un role majeur a jouer pour satisfaire les besoins alimentaires
d'une population rnondiale en pleine croissance. On pense id, par exern-
pie, aux pesticides biologiques et a de nouvelles souches végetales resistant
aux parasites.
Parce que les transnationales exercent leur domination dans ce sec-
teur, les applications de pointe en biotechnologie sont, rnalheureusement,
de plus en plus souvent protegees par des brevets. Pourtant, les souches a
haut rendement de Ia Revolution verte étaient contrôlées par des instituts
de recherche du secteur public. On peut alors douter que les PVD aient
accès aux applications biotechnologiques quand les contraintes deviennent
ainsi de plus en plus insurmontables sur le plan des infrastructures et des
investissements.
C'est dans ce contexte que l'on a assisté récemment a Ia creation de
I'International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications
(ISAAA), organisme international a but non lucratif qui a pour mission de
faciliter le transfert des applications biotechnologiques. L'!SAAA offre aux
PVD des services d'évaluation, de controle, de courtage et de finance-
ment. II tente de trouver une technologie appropriée a chaque besoin, et
prodigue des conseils sur Ia biosécurité et Ia reglementation.
Parmi les premiers exemples du travail de l'ISAAA, mentionnons
d'abord une entente qui permet a Ia société Monsanto de transférer des
genes de protéine de coque a un institut de recherche mexicain qui pourra
ainsi lutter contre les virus de Ia pomme de terre. Soulignons ensuite le
transfert dune sonde froide de diagnostic de I'ADN pour Ia detection de Ia
nervation noire, développee par Ia Washington State University, a un
Centre de recherche et de developpement sur les legumes en Asie
(AVRDC) qul en fera bénéficier des pays du tiers-monde.

47
Technologies du domaine public
Dans ce type de technologies, plus faciles a obtenir, les obstacles
sont moms de nature juridique et financière que d'ordre international.
Pour accroitre leur transfert, ii faudrait organiser des missions de déve-
loppement des exportations, financées par les gouvernements dona-
teurs, qui viseraient surtout les petites entreprises specialisées. On
pourrait aussi assurer la formation des foumisseurs moms expérimen-
tés, ou bien I inancer des services de courtage.
Dans le cas des technologies expérimentales et de Ia recherche
précommerciale, il faut distinguer s'il s'agit de recherches publiques ou
privées. Dans le cas de recherches publiques, d'importants progrès peu-
vent être accomplis par les pays donateurs qui consentent a financer un
partenariat réunissant les PVD et les chercheurs du Nord, soit dans des
universités, soit dans des institutions du secteur public. Un bel exemple
est offert par le programme de subventions a Ia recherche en coopéra-
tion du CRDI, auquel participent des scientifiques du Canada et des
PVD. A une échelle plus grande, des mesures multilatérales pourraient
être prises pour financer Ia recherche precommerciale dans des do-
maines précis, comme le fait le Groupe consultatif pour La recherche
agricole internationale (GCRAI) dans le secteur de la recherche agricole.
Par contre, dans les cas oü La recherche a été partiellement ou
complètement privatisée, les obstacles aux transferts sont plus considé-
rables. Un partenariat stratégique dans le champ des semi-conducteurs
ou des télécommunications, par exemple, chevauche les frontiêres
nationales et facilite Ia circulation internationale de Ia recherche précom-
merciale. Or, les pays du Sud semblent en être exclus. La capacité scien-
tifique limitée de leurs entreprises pourrait les empecher de s'intégrer a
cc type de structures commerciales.

Technologies douces
Enfin, dans le domaine des technologies douces et du savoir-
faire, il existe toute une panoplie de mécanismes pour faciliter les trans-
ferts. Ce type de savoir-faire, qui couvre de nombreux domaines, of Ire
de grandes possibilités d'échanges Sud-Sud et de jumelages Nord-Sud. Ii
est capital, également, de freiner Ia I uite des cerveaux du Sud vers le
Nord.

48
Gérer l'environnement
Le gros des discussions sur les transferts porte sur les techno-
logies dures (machines et equipements) et, dans une bien moindre
mesure, sur les technologies douces (compétences et savoir-faire),
nécessaires a l'entretien et a l'adaptation des équipements impor-
tés. Or, on sait fort bien que ces dernières doivent être transférées
au moms a part egale. En effet, l'amélioration des compétences en
gestion de l'environnement est tout aussi importante que le choix
des technologies propres qu'on importe.
Le projet de developpement des compétences en gestion du
miiieu ambiant en Jndonésie (EMDJ) est un effort conjoint du minis-
tère d'Etat indonésien pour les populations et l'environnement
(KLE-l) et de Ia School of Resource and Environmental Studies, a
Ia Dalhousie University d'Halifax (Canada). Le projet a pour but
de raffermir les ressources institutionnelles et humaines pour
mieux gérer l'environnement indonésien. Le projet, qui est dans sa
troisiéme phase, bénéficie du soutien de l'Agence canadienne de
developpement international (ACDI), dont Ia contribution finan-
cière aura atteint 31,1 millions de dollars canadiens entre 1989 et
1984.
La cooperation et Ia formation technique couvrent les
domaines suivants:
planification des espaces et gestion de l'environnement au
niveau regional (avec application de systémes d'informa-
tion géographique);
evaluation des impacts sur l'environnement, des normes
environnementales et de Ia gestion des matiéres dange-
reuses et toxiques;
gestion de l'environnement mann et côtier;
systémes d'information sur l'environnement.
Les responsables du projet EMDI sont convaincus qu'une
variété d'institutions doivent collaborer dans la gestion de l'environ-
nement. En plus de conferer Ia direction des travaux au KLH, on a
voulu renforcer les capacités de gestion environnementale des orga-
nismes du gouvemement (a tous les niveaux, depuis Ia capitale jus-
que dans les provinces), des universités, des ONG et des instituts
prives. Quant aux echanges avec les homologues canadiens, its
visent au perfectionnement des compétences et a l'acquisition de
l"expertise pertinente,

49
L'adoption des technologies
Le problème clé de l'adoption reside, souvent, dans l'absence de
toute incitation a appliquer des techniques vertes. Des solutions exi-
stantes et facilement accessibles, importées ou developpées localement,
sombrent ainsi dans l'oubli.
Les récents débats ont examine ce problème dans l'optique des
forces du marché . On a analyse les distorsions entre les prix de
revient (surtout l'energie), les marches de capitaux et les restrictions
commerciales qui ne favorisent pas l'importation de produits et de pro-
cédés verts. Les prix de revient doivent etre restructures de facon a cor-
riger les problèmes les plus flagrants. C'est bien de cela qu'il s'agit, en
effet, lorsqu'on discute de possibles taxes du carbone sur les combus-
tibles fossiles, ou de taxes plus universelles sur l'utilisation de l'énergie:
dans les dew cas, les taxes ne feraient qu'obliger les consommateurs
d'énergie a absorber les coUts sociaux et environnementaux de leur
utilisation, au detriment d'une relative rentabilité des technologies
propres.
On adrnet de plus en plus que les réformes du marché sont insuffi-
santes, a elles seules, a modifier les tendances dominantes, et qu'une
série de mesures independantes s'impose. Considérons ces quelques
suggestions:
Une réglementation plus traditionnelle (par ex. des normes de
pollution) s'avère essentielle en certains domaines, en particulier
là oQ le mécanisme des prix ne fonctionne pas adequatement.
L'aide gouvemementale et l'injection de fonds publics dans Ia
recherche-developpement demeurent des solutions a considérer
pour contrer les entraves financiéres ou techniques qui ralentis-
sent Ia transition vers des technologies plus propres.
Les gouvemements des PVD peuvent également jouer un rOle
majeur par en révisant les critères en usage chez les investis-
seurs privés, et en exploitant judicieusement les normes
d'acquisition dans le secteur public.
Les pays donateurs peuvent donner un coup de pouce a cette
réforme en offrant une assistance financière et technique dans des
volets précis, comme celui des critéres pour l'investissement. 11 existe
egalement plusieurs autres domaines oQ Ia participation du donateur
peut contribuer a encourager l'adoption de technologies propres.
Le financement de projets de demonstration, qui illustrent l'effi-
cacité technique et Ia rentabilité des technologies vertes, contri-
bue a surmonter certains des obstacles non financiers a leur
adoption.

50
Une aide financière et technique pour promouvoir les accords
de partage de technologies parmi les entreprises des PVD per-
met d'éviter les coUts d'immobilisation élevés que requièrent Ia
plupart des technologies appropriées.
Des mesures d'assistance améliorent l'expertise technique des
institutions locales et regionales de credit dans les PVD. Les
banques de developpement et autres institutions analogues
Jouent un rOle de premier plan dans le financement local des
projets de transfert de technologies. Malheureusement, ii leur
manque bien souvent l'expertise nécessaire pour bien évaluer Ia
faisabilité technique des investissements.

L'assimilation des technologies


On admet presque partout que voir a l'utilisation efficace d'une
technologie est au moms aussi important que d'en prornouvoir l'adop-
tion. Les recherches ont établi que l'exploitation efficace d'une tech-
nologie donnée est loin d'être une question secondaire, ne serait-ce
qu'à cause de l'absence, presque géneralisee, de connaissances relatives
aux technologies. Par consequent, ii faut consentir des efforts considé-
rabies pour maltriser leur fonctionnement. En outre, celles qui sont
importées peuvent s'avèrer inopportunes dans tel ou tel contexte, par
manque de capitaux adequats ou de ressources requises. Résultat, des
adaptations sont surtout nécessaires pour assurer une exploitation
efficace.
L'assimilation depend en effet des conditions générales qui
règnent dans les entreprises locales, qu'il s'agisse de concurrence, de
commerce, de politiques monétaires et fiscales, et de disponibilité d'un
personnel adéquatement formé. Diverses mesures concretes, mais plus
limitées, peuvent être prises simultanément:
Le succès de l'assimilation est déterminé par les conditions qui
régissent le transfert de technologies, plus encore les services de
formation et d'assistance technique a long terme promis par le
fournisseur. On peut offrir des incitatifs destinés a promouvoir
ce type de participation; lorsqu'une collaboration a long terme
semble impossible, on exploitera d'autres sources d'assistance
technique.
L'existence d'un bassin adéquat de ressources humaines bien
formées est essentielle pour garantir l'assimilation effective
d'une nouvelle technologie et son amelioration continue. Les
mesures d'incitation devront encourager a Ia fois La formation
sur le tas et Ia preparation des ingénieurs, des scientifiques et
des techniciens.

51
Enf in, le developpement des capacités technotogiques est sou-
vent le résultat de facteurs qul relévent de la culture d'entreprise
elle-méme. Par consequent, des projets de formation peuvent
avoir un effet décisif sur les efforts techniquesfournis par l'entre-
prise.
II s'agit-la du champ d'action potentiellement le plus vaste. 11 en-
globe les efforts entrepris pour fortifier les instituts locaux de recherche
et de formation, développer un partenariat de tongue durée entre les
Institutions du Nord et du Sud, et promouvoir des decisions technologi-
ques plus performantes au sein d'entreprises productives. Les objectifs
suivants sont d'une importance particuliêre: renforcer les capacités
scientifiques pour évaluer les besoins technologiques des PVD; amélio-
rer les méthodes d'évaluation et de choix des technologies; enfin, renfor-
cer Ia capacité d'innovation des principales institutions.

L'évaluation des besoins


Les PVD doivent disposer de capacités scientifiques adéquates en
matiére d'environnement af in d'évaluer correctement leurs propres
besoins technologiques. L'acquisition d'un savoir scientifique pertinent
en environnement doit accompagner toute activité sur le front des
transferts.
Un document américain préparé a l'occasion de la rencontre de
juin 1991 de l'Intergouernmental Negotiating Committee, et consa-
cré au projet de convention sur le changement climatique, fait valoir
que les evaluations des besoins nationaux, convenablement concues,
peuvent devenir un moyen efficace pour transférer des données, de
l'expertise et des capacités analytiques aux pays hOtes . A cet égard,
poursuit le document, it y a d'importantes leçons a tirer de l'expérience
du Protocole de Montréal, oQ des pays industrialisés ont offert d'aider
les PVD a effectuer des evaluations conjointes de leurs besoins, selon
un programme mis au point lors d'un atelier regroupant les pays partici-
pants.
Pour bien des PVD, le fardeau financier, technique et logistique
d'une evaluation nationale serait sans doute insupportable. Si l'expé-
rience du Protocole de Montreal demeure intéressante, it faut cepen-
dant explorer des approches plus décentralisées, operant au niveau
regional ou local. Toute procedure d'évaluation des besoins mérite que
l'on étudie attentivement Ia méthodologie a suivre ainsi que le type de
formation a prodiguer aux personnes qui en sont responsables sur
place. Dans le domaine du changement climatique, cela se fera trés
probablement en passant par le Groupe intergouvernemental d'experts
pour l'étude du changement climatique, qui a endossé un plan de travail

52
et des lignes directrices concemant les inventaires nationaux des émis-
sions de gaz.
11 y a un demier point sur lequel ii faut insister: les evaluations des
besoins ne doivent pas être exciusivement axées sur La recherche de
solutions de nature technologique. Comme l'ont démontré des décen-
flies de soutien a La recherche pour le développement, une intervention
réussie doit commencer par une definition des besoins de La population
locale si L'on veut s'assurer que les solutions solent effectivement mises
en oeuvre. II est certes urgent de procéder a l'inventaire des technolo-
gies potentiellement utiles, mais ii est tout aussi nécessaire que l'évalua-
tion des besoins ne prenne pas pour hypothese que les solutions seront
obligatoirement d'ordre technologique.

Séchoirs solaires en Afrique


En 1987, dans son étude p. 276). Les chercheurs se sont
sur les technologies de séchage donc toumés vers les formes
solaire en Afrique, C. Wereko- d'energie renouvelable et, dans
Brobby a montré comment les Ce cas précis, les séchoirs so-
preferences des donateurs et les laires. Mais aucune démarche
partis pris des technologues en sciences sociales n'est venue
peuvent aller a l'encontre des accompagner les recherches
meilleures intentions dans le des technologues.
domaine du développement et Résultat, ces demiers ont
de Ia diffusion des technologies mis au point un certain nombre
appropriées. de séchoirs de grande qualite,
Durant les années 1970, bien sQr, mais dont l'application
alors que le monde éprouvait est restée limitée. Pourquoi ce
des difficultes d'approvisionne- demi-échec? Wereko-Brobby
ment en petrole et des prix de montre qu'on avait omis de
revient élevés, "nombre de faire le portrait exact des utilisa-
PVD, d'organismes internatio- teurs et d'évaluer leurs besoins
naux de financement et de concrets. L'auteur estime que
chercheurs pensaient que toute I'innovation technologique doit
actMté qui accroit ou diversifie n'être que le tout dernier élè-
les sources d'approvisionne- ment a considérer par les
ment en énergie est bonne, a chercheurs qui travaiLLent dans
long terme, pour le pays le secteur de I'agricuLture de
(Wereko-Brobby, 1987, subsistance.

53
Technologie appropriée ou meilleure
tech nologie existante?

Depuis le Protocole de Montréal (1987), on a consacré bien des


efforts a Ia creation et a l'adoption de substituts aux chlorofluorocarbures
(CFC). Ainsi, dans le secteur de l'electronique, des transnationales ont mis
au point de nouvelles techniques de nettoyage des composants, remplacé
les decapants par des solvants a base d'eau, et réduit l'utilisation des flux
de brasage. Les choses sont allées trés vite aussi quand on a décidé d'éli-
miner les bombes aerosol. Cette rapidite s'explique en partie parce que
les substituts ont un prix de revient bien inférieur a celui des CFC, une
fois absorbee Ia capitalisation initiale. Mais Ia modification La plus one-
reuse concerne l'éventuelle transition vers une refrigeration n'utilisant pas
de CFC. Or, dans les PVD, Ia refrigeration est de loin le procedé le plus
vorace de CFC.
A Ce jour, les laboratoires s'intéressent a deux nouvelles substances
chimiques. II y a, d'une part, les hydrochiorofluorocarbures (HCFC). II est
vrai qu'ils contiennent aussi une faible quantité de ce fameux chiore qui
mange l'ozone, mais us sont moms stables que les CFC et une grande
part d'entre eux se decomposent avant d'atteindre Ia couche fragile.
D'autre part, il y a les hydrofluorocarbures (HFC) qui, eux, ne contiennent
aucun chlore. Bien que les coOts de Ia transition vers les HCFC ou les
HFC soient élevés, leur introduction est néanmoins souhaitée tant par les
industries chimiques du Nord, qui y voient l'occasion de commercialiser
de nouvelles technologies brevetées (les CFC sont de toute façon tombés
dans le domaine public), que par les gouvernements des PVD qui, on le
comprend, hésitent a faire usage de technologies dépassées qui elargi-
raient davantage le fossé technologique Sud-Nord.
Mais ii y a peut-être d'autres options. Selon le New Scientist (30
juin 1990, p. 39-40), ii existe des substituts aux CFC qui sont non seule-
ment moms coQteux, mais qui pourraient trouver plusieurs applications. II
s'agit, par exemple, d'utiliser le propane ou l'ammoniaque comme frigori-
genes, et de developper des refrigerateurs a absorption H oO l'eau sert
de refrigerant grace a une substance chimique (par exemple Ic bromure
de lithium) utilisée comme absorbant. Dans ce cas, en plus de remplacer
les CFC, on obtiendrait en prime une amelioration technologique excep-
tionnelle.
Nul a ce jour na explore Ia faisabilité économique et technique de
tels frigorigènes. Mais leur existence même met en lumière La possible
opposition entre deux concepts, c'est-à-dire entre Ia meilleure technolo-
gie existante et la technologie appropriée , entre les orientations tech-
nologiques dictées par les réalités commerciales et les orientations de
rechange.
II faut a tout prix trouver des substituts novateurs aux CFC afin de
répondre aux besoins des PVD, mais sans oublier, entre temps, de
diffuser toute l'information disponible sur les résultats des travaux.

54
Choisir la bonne tech nologie
Un choix technologique fondé est a Ia base de toute stratégie pour
les transferts intemationaux. Les PVD doivent absolument détenir
i'information voulue pour faire des choix éciairés parmi les options qui
s'offrent a eux. Autrement, la promotion des transferts intemationaux
risque de tomber sous 1e contrOle des foumisseurs et le désir de transfé-
rer des solutions technologiques existantes aura le dessus sur la volonté
de répondre aux besoins des PVD. Car le Sud, ne l'oublions pas,
souffre d'un sérleux handicap sur le plan de l'information et des
capacités techniques quand ii s'agit d'évaluer une technologie donnée.
Les PVD doivent, pour commencer, avoir une meilleure connais-
sance de ia portée et de la performance des technologies. 11 existe
d'aiileurs un certain nombre d'inventaires, de services d'information et
de banques de données dont le but est de corriger cette situation.
Mais ii est pius que probable que l'accès a l'information sera limité
par ia capacité insuffisante des pays destinataires a utiliser l'information
déjà disponible. Ces systêmes d'information doivent étre concus et mis
en oeuvre dans le but de rejoindre La clientele visée, et de créer les outils
nécessaires a leur dissemination au sein des pays destinataires. De plus,
ii y a place pour une participation des institutions intermédiaires qui
pourraient offrir un service de courtage.
Pour ce qui est d'améliorer les capacités d'évaluation des technolo-
gies dans les pays destinataires, les besoins les plus manifestes concer-
nent le soutien a Ia formation et les échanges de personnels, aussi bien
de gouvernement a gouvemement qu'au niveau des entreprises produc-
tives. Il y aurait également lieu d'améliorer le materiel d'enseignement
de méme que les critères d'évaluation des technologies. Les PVD Se-
ralent ainsi plus a méme de resister a Ia tentation d'aller nécessairement
vers les" meilleures technologies existantes >; ils pourraient pousser leur
enquête du cOté des technologies qui conviennent davantage a leurs
conditions nationales.

Enrichir les capacités d'innovation


En definitive, toute reaction efficace aux menaces qul planent sur
l'environnement mondial doit egalement permettre aux PVD de créer
leurs propres solutions technologiques; les institutions innovatrices du
Sud doivent être soutenues. Dew types de mesures sont requis pour
que les pays se donnent une capacité.
Tout d'abord, rappelons que les dew demières décennies ont
été témoins d'un déplacement des efforts technologiques, de-
puis les instituts de recherche vers des unites de production. Par
consequent, toute stratégie en vue d'améliorer les capacités
technologiques des PVD dolt prévoir une action de ce genre,

55
tout autant qu'un soutien plus genéralisé aux instituts nationaux
et régionaux de recherche.
Deuxièmement, ii est a present admis que les innovations résul-
tent de Ia mise en réseau des institutions. II faut beaucoup insis-
ter sur les tentatives faites pour améliorer les capacités des
utilisateurs de technologies et des foumisseurs d'équipements,
que l'on reconnalt a present comme étant une source impor-
tante d'lnnovation dans les pays industrialisés. De plus, II faut
consentir des efforts soutenus pour créer des liens concrets
entre les institutions de recherche et les utilisateurs de Ia tech-
nologie dans les secteurs productifs. Les efforts des donateurs
désireux de renforcer les systèmes locaux d'lnnovation devront
viser les mémes objectifs.
Un certain nombre de mesures peuvent renforcer Ia capacité
d'innovation des PVD: jumeler certains programmes du Nord et du
Sud; offrir des bourses d'étude plus genéreuses aux étudiants des PVD;
soutenir les institutions scientifiques existantes; reformer le système des
mesures incitatives a Ia recherche pour encourager le secteur privé;
prodiguer des stages de formation en entreprise en vue d'améliorer Ia
production, Ia maintenance et le contrOle de Ia qualite.

Enrichir la collaboration Nord-Sud


Parce qu'il y a des economies d'échelle associées a la recherche
scientifique, et que les ressources dont disposent Ia plupart des PVD
sont limitées, 11 est essentiel de prévoir diverses formes de collaboration
en ce domaine.
A cet egard, dew grands champs d'action s'offrent a nous. Le pre-
mier, a I'exemple des Etats-Unis qui réclament Ia creation d'importants
instituts de recherche régionaux sur les problèmes de I'environnement
planétaire, insiste sur Ia creation de nouvelles institutions pour promou-
voir la science, Ia technologie et les politiques en environnement. Une
telle approche comporte évidemment certains avantages, dont La possi-
bilité de décloisonner les nombreuses institutions existantes af in d'atta-
quer les problèmes dans une perspective plus intégrée. Tout effort de
ce genre doit mettre a profit les forces et faiblesses des entités qui
existent deja, comme le système du GCRAI dans le domaine de Ia
recherche agricole. Plus précisément, ii s'agirait d'obtenir une plus
grande participation des scientifiques des PVD ainsi que des décideurs
et des utilisateurs des résultats des recherches effectuées dans les
institutions.
D'autre part, dans un climat de grave pénurie de ressources, une
nouvelle initiative régionale est susceptible de se faire au detriment
d'une augmentation de Ia capacité des institutions nationales existantes.
C'est pourquoi certains prOnent tout autre chose que Ia creation de

56
nouvelles institutions. Le Secretariat de la CNUED a propose le lance-
ment de programmes regionaux de promotion des capacités techniques
afin d'appuyer le developpement durable dans les pays du tiers-monde.
Cela supposerait des mécanismes de coordination et de cooperation
entre les institutions existantes. L'expérience du CRDI et d'autres dona-
teurs qui supportent activement Ia recherche en développement sera
primordiale pour toute stratégie destinée a renforcer et a améliorer les
capacites existantes.

57
Les suites du Somm
de la Terre
Depuis qu'a eu lieu Ia plus importante conference des chefs d'Etat
du monde sur l'environnement et Ic développement, on discute beau-
coup du succès, ou de l'échec, de cc Sommet de Rio de Janeiro.
Certes, on doit souligner Ia quasi unanimité qui s'est dessinée autour
d'Action 21 et Ia signature de Ia convention sur Ia biodiversité. Mais en
bien d'autres domaines, que ce soit les ressources financières, les trans-
ferts technologiques ou les institutions, les progrès accomplis restent en
deca des attentes.
En definitive, cependant, notre jugement sur le Sommet reposera
moms sur tel résultat, ou tel rate, que sur les processus qui seront mis
en place et sur leur bien-fondé. On doit dorénavant s'atteler a I'énorme
tàche qui consiste a poser des gestes concrets pour réaliser les grands
objectifs que fixe Action 21.
Le contexte est loin de favoriser une telle entreprise. Le taux de
croissance reste bas, Ic chOmage augmente, et l'instabilité des mon-
naies et des marches boursiers détoument l'attention du public et des
décideurs du Nord, loin des questions du développement durable, vers
une gestion de l'économie intérieure a court terme. Pour les mémes
motifs, des pays, parmi lesquels certains sont aussi généreux que Ia
Suede, ont sabre, quelques mois seulement après Ic Sommet de Rio,
dans les credits qu'ils destinaient au développement. Pendant ce temps,
les tensions politiques et Ic lent apprentissage qu'implique Ia misc en
place des nouveaux programmes planétaires sur l'environnement frei-
nent Ic processus d'approbation et de misc en marche de projets parti-
culiers du Global Environmental Facility (GEE) de La Banque mondiale
et du Multilateral Ozone Fund. Le démembrement de l'Union des
républiques socialistes soviétiques et de ses anciens allies de l'Europe de
l'Est lance une foule de défis a Ia comrnunauté intemationale, que cc
soit Ia violence ethnique, ou cc vaste mouvement d'indépendance natio-
nale qui se dessine au scm des confédérations, ou Ic déclin constant de
Ia production économique et de l'emploi, cc qui, tout compte fait, ris-
que d'allonger Ia liste des pays qui exigent une aide financière.
Pourtant, il y a des lueurs d'espoir. Le plus grand succès de la
CNUED n'est-il pas de faire prendre conscience aux habitants du Nord
comme du Sud que, d'unc part, des menaces pèsent actuellement
contre l'environnement et, d'autre part, bien qu'avec un moindre suc-
cès, qu'un lien intime unit l'environnement et Ic développement. Quoi
qu'iI en soit des autres problemes qui confrontent Ia communauté inter-

59
natlonale, le grand public demeure très préoccupé par les questions
environnementales.
Depuis Rio, les décideurs savent qu'il ne suffit plus de dire que
"les affaires continuent comme a l'accoutumèe ; les institutions doivent
revoir leurs objectifs afin de repondre aux nouveaux delis du developpe-
ment durable. Les résultats des elections présidentielles américaines de
1992 mettent en evidence une telle aspiration au changement et répu-
dient une opinion vieille de dix ans qui veut que seule l'économie de
marché pourra résoudre les problemes, sans aucune intervention étati-
que. On reconnait aussi que pour faire face aux nouveaux déf is, ii faut
que le grand public et les bénévoles s'impliquent, s'inspirant en cela de
certaines lecons apprises, au Canada et ailleurs, lors des consultations
préparatoires au Sommet. La communauté des affaires, qui se sent de
plus en plus responsable de Ia qualité du milieu de vie, a carrément déci-
dé d'adopter des technologies plus vertes pour combiner les avantages
de l'environnernent et de l'économie. A la fin, ce sont ces tendances a
long terme, que ce soit dans les attitudes, les usages, les institutions ou
la manière dont on utilise les ressources, qui confirmeront le succès, ou
l'échec, d'Action 21.
Cela est certainement vrai en ce qui conceme les discussions sur
les technologies vertes, ou propres, qui respectent l'environnement.
Comme le present rapport a tenté de le démontrer, il faut mettre de
cOté une interpretation statique de Ia technologie qui considérerait Ia
percée de La science soit comme source de degradation de l'environne-
ment, soit comme panacée universelle. Mieux que cela, comme le re-
connaissait il y a vingt ans deja Barry Commoner, nous devons plutet
nous intéresser au changement technologique comme a un "processus"
qui méne a un environnement et une société plus durables.
Ce faisant, 11 faudra porter une attention spéciale aux questions
sociales, politiques, structurelles, economiques et technologiques.
Cela exige un effort conscient non seulement pour appuyer I' inno-
vation technologique, mais aussi l'innovation sociale. Ce n'est que par
un rééquilibrage novateur des rOles et des responsabilités de l'Etat, du
milieu des affaires et de La socièté civile que La technologie sera au ser-
vice de l'environnement et du developpement.

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Ce livre a été préparé par le Programme d'inforrnation
publique du CRD1 a partir d'un rapport intitulé Technology
and the International Enuironmenta! Agenda: Lessons
for UNCED and Beyond et présenté a Ia Table Ronde
nationale sur l'envlronnement et l'économie.
Brent Herbert Copley, agent de programme, Politiques
économiques et technologies, Division des sciences sociales
du CRDI et Amitav Rath, consultant spécialisé en politiques
technologiques, ont signé ce document.

La collection Quete d'auenir s'adresse a un public informé


d'observateurs intéressé par les grandes questions de
développement international. Les textes tentent de susciter
Ia réflexion sur des questions touchant Ia recherche et le
développement. Quete d'auenir expose les déf is auxquel le
Sud et le Nord sont confrontés, décrit les enjeux et donne
au lecteur des éléments d'information pour mieux
comprendre le monde en développement.
Environnement
Durable
Developpement
Equitable

CRDI

CANADA

Collection Quête d'avenir 6


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