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Manuel 4

Ce document décrit l'histoire du peuple juif, de ses origines dans l'ancien royaume d'Israël jusqu'à aujourd'hui, en passant par les persécutions religieuses, la Shoah et la création de l'État d'Israël. Il aborde également les notions de judaïsme, sionisme, antisémitisme et les menaces actuelles.

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Manuel 4

Ce document décrit l'histoire du peuple juif, de ses origines dans l'ancien royaume d'Israël jusqu'à aujourd'hui, en passant par les persécutions religieuses, la Shoah et la création de l'État d'Israël. Il aborde également les notions de judaïsme, sionisme, antisémitisme et les menaces actuelles.

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Raphael Jerusalmy

Manuel bleu
contre l’antisémitisme
et la désinformation
Sommaire

Préface ....................................................................................9
I. Les notions essentielles.....................................................11
Le Peuple Juif ..................................................................... 11
Le Judaïsme ........................................................................ 15
Le sionisme......................................................................... 19
Israël ................................................................................... 24
Jérusalem ............................................................................ 29
L’antisémitisme .................................................................. 33
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) ............37
Les transmutations .............................................................. 37
Les recours ......................................................................... 42
La liberté d’expression ....................................................... 47
Les réseaux sociaux ............................................................ 50
La liberté de culte et le droit d’être juif .............................. 55
III. La désinformation (et autres mensonges) ......................61
De la désinformation .......................................................... 61
Le boycott ........................................................................... 67
Les mystifications............................................................... 72
Sécurité d’Israël, l’équation stratégique ............................. 77
Arabes, Islam, Palestine ..................................................... 79
Quelques vérités ................................................................. 82
Épilogue ...............................................................................85
Adresses utiles......................................................................87
Préface

Il y a urgence.
Faire face à la désinformation et aux attaques constantes
dont le peuple juif est la cible est aujourd’hui indispensable à
la défense de la démocratie dans laquelle nous vivons.
Afin de lutter contre la haine et la discrimination, il
suffit de connaître quelques bonnes vérités que nous vous
offrons ici. Des vérités destinées à édifier ceux qui
aimeraient savoir et comprendre. Et aussi mieux répondre.
En sus de ces données qui vous aideront à combattre le
mensonge et les préjugés, il existe une panoplie de moyens
d’action faciles à mener par tout un chacun, d’initiatives
citoyennes permises par la loi, de structures juridiques,
d’associations et institutions officielles à votre entière
disposition. Vous en découvrirez ici les principaux ainsi que
des conseils quant à la façon d’en faire bon usage.
Mieux savoir, mieux comprendre, pour mieux défendre
la justice et la vérité. Tel est le principe de cette brochure.

Raphaël Jerusalmy
I. Les notions essentielles

Ce qu’il est coutume d’appeler « la question juive » se


présente le plus souvent comme un sujet à propos duquel il
est loisible de délibérer, statuer, émettre une opinion. Alors
qu’il recouvre une réalité bien précise fréquemment occultée,
déformée, ou même rejetée.
Dont voici les composantes.

LE PEUPLE JUIF

Si le peuple juif occupe une place à part dans l’histoire,


ce n’est pas du fait des persécutions qu’il a subies. Ni des
tentatives de l’annihiler. Bien d’autres peuples ont affronté
un sort tout aussi peu enviable. Mais aucun d’eux n’a eu le
triste privilège d’être considéré comme le responsable de
tous les maux qui frappent la terre. Ce qui a valu aux Juifs
une telle « distinction » ne résulte toutefois ni du hasard, ni
de la malchance. Mais d’un calcul stratégique.

1. À l’époque du roi Saül selon la Bible, ou vers -1 500


selon les archéologues, les Israélites, un peuple de nomades
réparti en douze tribus, se sédentarise en terre de Canaan, sur
la côte est de la Méditerranée. Et y fonde le « royaume unifié
d’Israël et de Judée », avec Jérusalem pour capitale. Durant
le millénaire de souveraineté et de stabilité relative qui
12 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

s’ensuit, rien ne permet de prévoir que la peuplade de cette


petite contrée semi-désertique va connaître l’un des destins
les plus tragiques de l’histoire.
2. À Jérusalem, le roi Salomon fera bâtir un Temple
pour y abriter l’Arche d’Alliance contenant, toujours selon la
Bible, les Tables de la Loi données à Moïse au mont Sinaï.
Ce temple sera rasé une première fois par Nabuchodonosor
II en -587 et les Israélites seront exilés à Babylone où ils
consolideront leur foi en ce que l’on nommera plus tard
le judaïsme. Reconstruit par la suite, le Temple de Jérusalem
sera à nouveau détruit par l’empereur romain Titus, en l’an
70 de l’ère chrétienne. Et les Israélites exilés de leur terre.
Jusqu’ici, leur sort, aussi amer soit-il, est celui de toute na-
tion vaincue par Rome.
3. Tout change lorsque, au IVe siècle, l’empereur
Constantin se convertit au christianisme. Les Juifs se
voient alors affublés d’une appellation qui sera lourde de
conséquences : celle de « peuple déicide ». Sous-entendue
dans certains passages du Nouveau Testament, cette accusa-
tion ne prend de poids qu’avec l’institutionnalisation de
l’ecclésia, ou Église. Dans son Adversus Judaeos, Jean
Chrysostome, archevêque de Constantinople à la fin du IVe
siècle, décrète que les Juifs portent la culpabilité de leurs
pères et sont donc collectivement responsables de la mort du
Christ, fils de Dieu. C’est cette accusation de déicide qui
va distinguer à jamais le peuple juif de tous les autres.
Ainsi diabolisé, il va devenir la proie d’une incessante persé-
cution religieuse qui atteindra son apogée dix siècles plus
tard, avec l’Inquisition espagnole.
4. Il est à noter que, durant cette même période,
d’importantes communautés juives fleurissent à travers
le monde arabe, dans l’empire ottoman, en Perse et
jusqu’aux fins fonds de l’Asie et de l’Afrique. Elles ne
I. Les notions essentielles 13

subissent pas l’oppression systématique que connaissent


leurs frères vivant au sein du monde catholique.
5. Bien que souvent brimés, les Juifs contribuent à
l’avancement des pays où ils résident dans des domaines
aussi divers que l’art, la médecine, le commerce.
Respectueux des us et coutumes locaux, ils ne représen-
tent aucune menace. Fort de cette constatation, un pays
chrétien va faire exception et offrir dès le Xe siècle un refuge
aux Juifs d’Europe : la Pologne.
6. Pendant de longs siècles, les Juifs seront martyrisés
afin de « venger la mort du Christ ». Et ce, pour la simple
raison que cette diabolisation du Juif représente un pré-
cieux outil politique. Elle canalise la rancœur des classes
opprimées et permet aux seigneurs et prêtres catholiques
d’affermir leur pouvoir. Tant et si bien que la hantise des
Juifs va dépasser le domaine religieux et qu’ils seront tenus
pour responsables de la famine, la peste, et même des fluc-
tuations de l’économie.
7. Certains souverains éclairés permettront à des com-
munautés juives de s’épanouir et de connaître de relatives
accalmies. Mais il faudra attendre les Lumières et la
Révolution de 1789 pour que soit entamé le processus
d’émancipation des Juifs. Lequel va donner naissance à la
Haskala, un mouvement juif prônant l’ouverture à la moder-
nité et au progrès social. Petit à petit, les Juifs auront accès à
des professions qui leur étaient auparavant interdites. Et ac-
céderont aux droits civiques, dont celui de voter. Mais
l’affaire Dreyfus, amorcée en 1894, menace soudain tous ces
acquis. À cette même époque, une vague de pogroms san-
glants déferle sur les Juifs de Russie et d’Europe de l’Est.
Cette recrudescence soudaine de l’antisémitisme va don-
ner naissance à l’idée de sionisme, c’est-à-dire de la
14 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

création d’un foyer national juif ou État. Le premier con-


grès sioniste aura lieu à Bâle, en 1897.
8. Contre toute attente, le XXe siècle, inauguré en 1900
par l’Exposition universelle de Paris sous le signe du pro-
grès, sera le plus violent et cruel que l’humanité ait connu.
Des dizaines de millions de victimes périront lors de deux
guerres mondiales, mais aussi dans toutes sortes de soulève-
ments et conflits régionaux. C’est cependant le peuple juif
qui paiera le prix le plus élevé de cette tourmente. En deux
temps. De 1940 à 1945, le régime nazi commet le génocide
le plus meurtrier de l’Histoire. Celui qui restera gravé dans la
mémoire des hommes sous le nom de Shoah. Et au cours
duquel périront plus de six millions de personnes, hommes,
femmes, enfants, de par le seul fait d’être Juifs. Au lende-
main de la création de l’État d’Israël (1948) et durant les
années cinquante, un ultime fléau s’abat sur les Juifs. Sous
l’égide du panarabisme, près d’un million d’entre eux
seront expulsés des pays du Moyen-Orient et d’Afrique
du nord dans lesquels ils vivaient depuis des siècles.
9. Actuellement, plusieurs courants prennent la re-
lève des inquisiteurs et des croisés, des cosaques et des anti-
dreyfusards. Et donnent tout lieu de s’inquiéter : la montée
de l’intégrisme islamiste, le renouveau des partis d’extrême-
droite, l’émergence d’un antisionisme bon ton, et un certain
malaise de l’Europe.
10. En dépit de l’arrachement à sa terre, de la dispersion
de ses membres, des incessantes persécutions qu’il a endu-
rées, le peuple juif a tenu bon. De nos jours, le nombre de
Juifs dans le monde est sur le point de revenir à celui d’avant
la Shoah, soit 16 millions. Du point de vue historique, le
caractère le plus frappant de ce peuple est donc sa résilience.

Mais à quoi doit-il cette étonnante capacité de survie ?


I. Les notions essentielles 15

LE JUDAÏSME

Le judaïsme est plus qu’une religion. C’est une façon


d’être et de penser qui influe sur tous les aspects de la vie, tel
un faisceau lumineux irradiant dans plusieurs directions.
Quel éclairage apporte-t-il ? Et quelle en est la portée ?

1. Qu’il soit le fait d’Abraham brisant les idoles ou celui


des métaphysiciens juifs qui en posèrent plus tard les fonde-
ments, historiens et théologiens s’accordent à attribuer la pa-
ternité du monothéisme au peuple d’Israël. Lequel, en
instituant le principe d’un Dieu unique, va révolutionner à ja-
mais la vision que l’homme a du monde et de lui-même. La
première implication du monothéisme étant que, si tous les
hommes ont été créés par un seul et même Dieu, ils sont
donc frères.
2. Mais alors, pourquoi y a-t-il un « peuple élu » ? C’est
parce qu’elle est mal comprise que cette expression évoque
une notion de supériorité. Que le peuple d’Israël soit « dési-
gné » pour une tâche précise, ne lui confère aucun ascendant
sur les autres peuples. Nulle marque de soumission, ni de
vénération n’est d’ailleurs escomptée de leur part. D’autant
plus que le Judaïsme n’est pas une religion missionnaire.
Et encore moins conquérante. Elle s’en tient à un espace
géographique délimité : la Terre promise.
3. Cet attachement du Judaïsme à Israël, c’est-à-dire
d’un système philosophique à une terre, s’avère capital
pour la pensée humaine car il fait se rejoindre le spirituel
et le matériel, l’abstrait et le concret. C’est ce qu’exemplifie
le dialogue constant que Dieu tient avec Ses créatures, dans
les récits de la Bible. Mais la Bible n’est pas une simple trans-
cription de ce dialogue. Elle est la ligne de communication
16 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

entre le céleste et le terrestre. C’est la raison pour laquelle le


peuple d’Israël est aussi nommé « peuple du Livre ».
4. Selon la tradition juive, ce « livre » aurait été dicté à
Moïse par Dieu même, sur le Mont Sinaï. Il est appelé To-
rah, ce qui signifie « enseignement ». C’est autour de cet
enseignement que s’articule le judaïsme, tant comme pensée
que mode de vie. Et c’est de lui que vont s’inspirer deux reli-
gions adeptes du monothéisme : le christianisme et l’islam.
Mais aussi d’autres branches ou prolongements émanant
d’une dynamique interne au Judaïsme lui-même. Lequel n’est
en aucun cas un dogme figé. Mais une quête constante, une
interrogation à l’infini. Qui en est l’essence même.
5. L’exil et la dispersion, au lieu d’entraîner un dé-
périssement de la foi juive, vont lui donner une surpre-
nante pulsion vitale. Craignant que leurs déboires et
pérégrinations les mènent à la perte graduelle de leur identi-
té, les Juifs vont entreprendre une immense opération de
sauvetage. Ils vont coucher par écrit tous les enseignements
de leur tradition orale, c’est-à-dire tous les commentaires et
interprétations, tous les édits et préceptes inspirés de la Loi
écrite ou Torah. Entamée au lendemain de la destruction du
Second Temple, cette opération se poursuivra pendant plus
de quatre siècles, enfantant une œuvre gigantesque, généra-
lement connue sous le nom de Talmud. Le Talmud est une
compilation de discussions rabbiniques qui ont pour but de
traduire l’enseignement contenu dans la Torah en des règle-
ments et codes de conduite touchant aussi bien au droit civil
qu’à l’éthique, à l’hygiène qu’à la pédagogie ou à l’étude.
Mais, prenons garde, ce qui compte dans le débat talmu-
dique, c’est la question avant tout. Et non pas la réponse
qu’on donne. Paradoxalement, c’est cet esprit de contro-
verse qui va maintenir la cohésion du peuple juif.
I. Les notions essentielles 17

6. Cette cohésion est également due au fait que les dé-


bats rabbiniques et leur étude, à Safed, à Babylone, à Rome,
à Cracovie, seront toujours menés dans un seul et même
idiome judéo-araméen, l’hébreu. Le peuple juif lui doit sa
survie. Il en soude les membres en dépit de leur dispersion.
Une terre peut être conquise et incendiée, les livres confis-
qués et brûlés. Mais comment détruit-on une langue ?
Des siècles durant, grâce à l’apprentissage et à la récitation
ininterrompus du Talmud, mais aussi à la polémique inces-
sante qu’engageront entre elles les différentes écoles et mou-
vances du Judaïsme, l’hébreu demeurera une langue
vivante.
7. Et le Judaïsme, une pensée vivante. Mais de quoi dé-
battent donc les tenants de cette pensée ? À un inconnu venu
lui demander de lui exposer l’essence de la foi juive pendant
qu’il se tiendrait debout sur une seule jambe, Rabbi Hillel
répondit : « Ce qui est détestable à tes yeux, ne le fais pas à
autrui. C’est là toute la Torah, le reste n’est que commen-
taire. Maintenant, va et étudie. » Ce concept de réciprocité
qu’exprime Hillel est le fondement de ce qui est aujourd’hui
connu sous l’expression de « droits de l’homme ». Et que
l’hébreu désigne par le mot Tsédek, soit « équité ». Pour le
Maïmonide médiéval comme pour le Moïse Mendelssohn
des Lumières, pour le Rabbi Akiva de la Yavné antique
comme pour Martin Buber et Emmanuel Levinas, c’est cette
aspiration à l’équité qui est la préoccupation majeure. Loin
de demeurer interne, cette thématique donne lieu à une ou-
verture sur le monde. Maïmonide en disputera avec les dis-
ciples d’Avicenne. Mendelssohn se concertera à son propos
avec ceux de Rousseau, et ainsi de suite. Faisant du ju-
daïsme un interlocuteur incontournable pour quiconque
veut traiter de la condition humaine.
18 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

8. Au cours des siècles, le judaïsme va explorer de


nouvelles directions et prendre différentes formes. Nous
ne mentionnerons ici que deux d’entre elles qui, étant à la fois
les plus marquantes et les plus opposées, illustrent tant la
diversité de la pensée juive que l’étendue de sa réflexion. La
première est la Kabbale, qui se consacre à déceler le sens
caché de chaque passage, de chaque mot, de chaque lettre de
la Bible. Mystérieuse et secrète, elle est réservée à une poi-
gnée de savants. La seconde est le Hassidisme. Ouvert à tous,
même les plus humbles et les moins érudits. Et qui prône une
communion joyeuse avec Dieu. Tant par l’étude que par
l’extase, tant par la prière que par la danse. Cette multiplicité,
ces mille et une façons de vivre sa judéité, se retrouvent de
nos jours dans l’éventail qui va du judaïsme ultra-orthodoxe
au judaïsme progressiste, en passant par les degrés intermé-
diaires des mouvements libéraux, réformés, conservateurs.
Au point que l’on en vient à se demander si toutes ces ten-
dances sont bien l’expression d’une même philosophie. Et le
fait d’un même peuple. C’est aussi cela, la singularité du ju-
daïsme. Cet aspect pluriel. Pleinement assumé.
9. Tout aussi diversifié que le judaïsme puisse pa-
raître, il abrite une communauté d’esprit, une sensibilité
particulière. Une affectivité spécifique dont la manifestation
la plus évidente nous est offerte par la production artistique
qui s’en inspire. Lorsque l’on parle d’artistes juifs, on ne
parle ni de leur état civil ni de leur confession religieuse.
Mais bien de cette sensibilité ou « judéité » qui émane d’une
tradition et d’une culture définies. On la découvre aussi bien
chez Modigliani que chez Chagall. Chez Mahler que chez
Leonard Cohen. Chez Kafka que chez Saul Bellow. Chez
Claude Lelouch que chez Steven Spielberg.
10. Cette particularité se révèle aussi dans d’autres do-
maines. Appliqués aux sciences, l’approche critique et les mé-
I. Les notions essentielles 19

canismes réflexifs issus de la réflexion talmudique vont fournir


à bien des chercheurs et théoriciens juifs, des orientations de
travail, des façons de voir, qui les mèneront à de mémorables
découvertes. À cela s’ajoutent les liens étroits entre la kabbale
et les mathématiques pures, les prescriptions d’hygiène de la
cacherout et la médecine. La théorie de la relativité illustre
cette parenté entre l’activité scientifique et le judaïsme
dans la mesure où tous deux ont pour dessein de réduire
l’écart qui sépare l’intelligible de l’inintelligible. D’où la
dimension métaphysique des travaux d’Einstein.

Le lien qui unit le peuple juif à la Torah est infrangible.


Il en a, sinon assuré la survie, du moins préservé l’identité
durant des siècles.
Tout comme son attachement indéfectible à la terre
d’Israël.

LE SIONISME

Le sionisme est la traduction politique de l’attachement


du peuple juif à la terre d’Israël. Il a pour projet de bâtir un
foyer national pour ce peuple et de restituer à cette terre le
statut étatique dont les conquêtes et occupations successives
l’ont privé pendant des siècles. En tant que mouvement, le
sionisme est né d’un contexte historique bien précis qui en a
motivé la création. En tant qu’idéal, il s’inscrit dans une as-
piration doublement millénaire, datant de la première heure
de l’exil : l’aspiration au « retour ».

1. À la pérennité de cette aspiration s’ajoute la pé-


rennité d’une présence juive à Jérusalem et dans tout
Israël, même après la destruction du Temple par les
Romains. C’est dans les centres d’études florissants de
20 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

Yavné, Safed, Tibériade que sera rédigée la majeure partie


du Talmud. Des noyaux de population juive pratiquant
l’agriculture et l’artisanat continueront de résider dans les
villages de Judée ou de Galilée (dont celui de Péki’in, sou-
vent cité à titre exemplaire pour illustrer cette présence juive
ininterrompue jusqu’à nos jours). Sans compter l’afflux ré-
duit mais constant d’immigrants revenant s’établir en Terre
sainte, bien avant la naissance du projet sioniste.
2. En regard de la notion juive du « retour » se place
celle de la « restitution », prônée par de nombreux pen-
seurs non-Juifs. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute
Isaac Newton. Newton considère cette « restitution » d’un
point de vue théologique, la situant dans le plan divin
comme condition préalable à l’advenue des temps messia-
niques. Des millions de chrétiens de par le monde partagent
cette doctrine, principalement prêchée par le protestantisme
et l’évangélisme. Mais au niveau politique, cette restitution
s’avère bien moins envisageable. La possession de la terre
d’Israël est un enjeu que les nations se disputent âprement
depuis toujours. Les rois catholiques la brigueront, croisade
après croisade. Ainsi que les souverains et chefs d’état mu-
sulmans, lesquels la convoitent jusqu’à l’heure actuelle. La
domination de la Terre sainte est un atout inestimable pour
quiconque veut se déclarer champion de la Chrétienté ou
bien maître de l’Islam. Cette petite contrée sera aussi victime
de l’expansion coloniale car elle représente un avantage stra-
tégique de premier ordre, étant à la charnière de trois conti-
nents et des routes de commerce reliant l’Orient à l’Occident
ainsi que l’un des points clés duquel exercer un contrôle tac-
tique sur le bassin méditerranéen.
3. Les Juifs considèreront longtemps le « retour », ou
la « restitution », comme utopique. Privés des droits ci-
viques les plus élémentaires et de tout accès aux professions
I. Les notions essentielles 21

militaires, ils ne sont pas en position d’affronter les envahis-


seurs successifs qui s’emparent de leur terre ancestrale. Ni
d’exercer la moindre pression politique. Mais les Lumières
et la révolution industrielle vont marquer une nette améliora-
tion de leur condition et rendre aux Juifs la dignité et les li-
bertés dont ils avaient été si longtemps démunis. L’un des
indices les plus tangibles de ce retournement sera l’ouverture
des rangs de l’armée et l’apparition des premiers gradés
juifs. Dont le capitaine Dreyfus.
4. L’affaire Dreyfus est célèbre. Le procès retentissant
qui en est le centre va déclencher une polémique qui divisera
la France, puis le reste de l’Europe, et restera inscrite dans
l’histoire comme une étape cruciale de la lutte pour la
défense du droit individuel face au pouvoir. Mais, de par
son caractère antisémite, ce scandale judiciaire va faire date
dans d’autres annales. Noyé dans la foule, le correspondant à
Paris d’un journal viennois suit le procès avec intérêt. Agé
de 34 ans, auteur de plusieurs pièces de théâtre, il rêve de
gloire littéraire. Il se nomme Théodore Herzl. Et ignore en-
core que la démarche qu’il va entreprendre mènera à la créa-
tion de l’État d’Israël.
5. Depuis quelques années déjà, des initiatives de « re-
tour » ont été entreprises. Moïse Montefiore, un riche mécène
juif anglais, se rend en Israël dès 1827. Il y retournera à plu-
sieurs reprises afin d’assister les Juifs démunis qui y vivent et
d’encourager ceux qui sont persécutés en Europe à venir y
bâtir une vie meilleure. En 1855, il fait construire les premières
maisons hors de l’enceinte de la vieille ville de Jérusalem, et
un moulin de meunerie pour procurer une source d’emploi et
de revenus aux familles pionnières qui s’y installeront. Son
exemple sera suivi par le baron Edmond de Rothschild qui va
acquérir des terrains en Palestine ottomane, à partir de 1882, et
établir des communautés agricoles telle celle, viticole, de
22 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

Zichron Yaacov, sur le mont Carmel, destinée à accueillir les


Juifs de Russie chassés par les pogroms. À la même période,
les premières organisations structurées voient le jour. La plus
importante, fondée à Odessa en 1881, se nomme les Amants de
Sion. Elle créera un fonds d’achat de terres et encouragera
la jeunesse juive à se former aux métiers agricoles et de
l’industrie. Très tôt, le retour à Sion prend un caractère socia-
liste et communautaire dont l’expression la plus célèbre sera le
kibboutz (ou collectivité). À l’ombre des persécutions de plus
en plus sévères, surtout en Russie et en Europe de l’Est, des
rabbins tels que le Rav Kalisher, vont également manifester
leur soutien à l’idée du « retour ». Se faisant ainsi les précur-
seurs du « sionisme religieux ».
6. Théodore Herzl, pour sa part, n’est ni pratiquant, ni
mécène, ni membre d’un groupement militant tel qu’il en
existe en Ukraine ou en Russie. C’est pourtant lui qui va for-
muler le plus clairement l’objectif, « un abri permanent
pour le peuple juif », et la voie à suivre pour l’atteindre, dans
un ouvrage qui est le manifeste du sionisme : Der Judenstaat,
soit L’État juif (1896). Le titre choqua, bien entendu. Et une
opposition virulente à l’idée d’un tel État s’éleva aussitôt.
L’antisionisme était né, du moins sous sa forme première.
7. Herzl est bien plus que le théoricien du sionisme. C’est
lui qui met le projet sur les rails. Il va mener une campagne
internationale afin de gagner les puissants et les élites
d’Europe à sa cause. Mais aussi les Juifs eux-mêmes. Il va
briguer des soutiens politiques (il obtiendra celui de
l’empereur Guillaume II), réunir des fonds, tenir des « congrès
sionistes » annuels dont le but sera de définir les modalités et
principes de l’État à venir. L’un de ces principes énonce que
la nation juive ne peut être rebâtie sur aucune autre terre
que celle d’Israël. En 1905, le congrès sioniste déclinera
l’offre du Royaume-Uni d’ériger un État juif en Ouganda.
I. Les notions essentielles 23

8. Au cours des années qui suivirent, plusieurs vagues


d’émigration juive parvinrent en Terre promise, devenue
terre de refuge pour les Juifs d’Europe fuyant une oppression
grandissante qui atteignit son summum lors de la Shoah. Ces
mouvements de population sont désignés par le terme hébreu
Alyah (la montée). Le KKL (ou Fonds National Juif, fondé en
1901) a pour mission d’acquérir terrains et propriétés pour
accueillir ces populations. La Histadrout (ou Fédération des
travailleurs) va former et encadrer les pionniers sionistes, et
leur procurer les aides médicales, sociales et pédagogiques
de base. L’Agence Juive et l’Organisation Sioniste Mondiale
(créées en 1922) vont être chargées de regrouper et assister
tous ces réfugiés mais aussi de les représenter politiquement
sur la scène internationale et face au gouvernement britan-
nique sous la botte duquel vit la Palestine dite mandataire.
9. Au plan politique, les obstacles ne manquent pas.
Mais ils vont tomber les uns après les autres. Rédigée par les
britanniques en 1917, la déclaration Balfour est la première
reconnaissance officielle d’un « foyer national juif ». Lequel
existe de toute manière, à l’époque, pionniers et réfugiés
ayant déjà fondé et peuplé de multiples localités et kibbout-
zim. Cette légitimité diplomatique sera confirmée lors de la
conférence de San Remo (1920) puis par mandat de la
Société des Nations (1922). Ces décisions, elles aussi, ne
font que corroborer la réalité sur le terrain. Tel-Aviv, fondée
par une poignée d’immigrants en 1909, compte
150 000 habitants en 1937. La création de l’État d’Israël est
communément présentée comme étant liée à une « restitu-
tion ». Laquelle aurait été concédée des suites de la Shoah.
Lorsque, le 29 novembre 1947, les Nations Unies votent la
partition de la Palestine, elles ne font qu’entériner cent
ans d’efforts et de luttes. Et qu’apposer leur cachet sur
l’existence de fait d’une entité nationale alors forte de
24 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

650 000 âmes, et possédant sa langue, ses institutions, son


agriculture, son industrie, sa culture.
10. En tant que mouvement s’étant fixé pour but la créa-
tion d’un état juif, le sionisme prend historiquement fin le 14
mai 1948, jour de la naissance de cet état. Mais un second
ouvrage signé de la plume de Théodore Herzl confère au
sionisme une dimension supplémentaire, celle d’un idéal.
Publié en 1902, Altneuland (Nouveau pays ancien) est un
récit évoquant une contrée utopique et posant des questions
qui demeurent d’actualité. C’est en regard de cet idéal que
les Israéliens sont souvent jugés. Et surtout, qu’ils se jugent
eux-mêmes lorsqu’ils font le bilan de leur société et discu-
tent de leurs valeurs nationales. Dans ce cas, le « retour »
ne serait que la première étape du sionisme. La seconde
étant la poursuite d’un idéal de société.

Le principe de droit au « retour » dont se réclame le sio-


nisme n’est pas invoqué au nom d’une quelconque prétention
territoriale mais d’une filiation. Autrement dit, les Juifs ne pos-
sèdent pas la Terre promise. Ce sont eux qui lui appartiennent.
C’est pour cela qu’ils se prénomment « enfants d’Israël ».

ISRAËL

Dès ses premières heures, le nouvel État juif sera con-


fronté à d’innombrables dilemmes moraux, politiques, straté-
giques, religieux. Il devra faire des choix. Il continue d’en
faire aujourd’hui. Ce sont ces choix qui déterminent son iden-
tité en tant que nation. Le premier d’entre eux étant celui de
sa dénomination. Bien que bâti par les « sionistes », et défini
comme « juif », il ne s’appelle ni Sion, ni Judée. Mais Israël.
I. Les notions essentielles 25

1. Dans la Bible, Israël apparaît pour la première fois


comme le surnom que Dieu donne au patriarche Jacob,
fils d’Isaac et petit-fils d’Abraham, pour avoir lutté avec un
ange, dans un combat dont il sortit vainqueur. Israël a deux
sens possibles en hébreu, « il jouta contre Dieu » et « Dieu
triompha ». Cette ambiguïté est peut-être voulue. Jacob aura
douze fils dont descendent les douze tribus d’Israël. En ar-
chéologie, la première mention connue d’Israël se trouve gra-
vée sur la stèle funéraire de Mérenptah (datée de -1 200
environ) commémorant les victoires militaires de l’Égypte,
dont celle sur Israël (ou les « Israélites »), en Canaan.
2. Le royaume unifié d’Israël et de Judée connaîtra bien
d’autres conflits et sera investi à plusieurs reprises. Par les
Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs. Ce sont
toutefois les Romains qui lui infligeront le coup le plus déci-
sif. Non pas militairement, ni même en bannissant la plupart
de ses sujets. Mais en oblitérant les noms même de Judée
et Israël afin qu’ils soient rayés de la mémoire des
hommes et que ce pays ne soit plus jamais associé aux
Juifs (à qui les Romains en voulaient particulièrement pour
leur avoir âprement tenu tête durant la révolte que mena
Shimon Bar-Kokhba entre 132 et 135). Le pays d’Israël sera
désormais désigné sous l’appellation de Palestine (laquelle se
rapporte aux « Philistins », l’une des « peuplades de la mer »
installées le long des bandes côtières de la Méditerranée). Les
Romains finiront par céder la place à d’autres conquérants,
dont les croisés qui la baptiseront Terre sainte.
3. La « Palestine » changera maintes fois de mains. Et
les Britanniques en seront les derniers maîtres. Durant les
quelques vingt siècles d’asservissement qui séparent la
révolte de Bar-Kokhba de la lutte des pionniers sionistes
contre la domination turque puis anglaise, aucun mou-
vement de libération ne verra le jour en Palestine.
26 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

Aucune aspiration nationale, quelle qu’elle soit, ne sera ex-


primée. Aucun soulèvement, ni acte de résistance ne sera
entrepris. La population locale est divisée en plusieurs
minorités, arabe, juive, druze, bédouine, faibles et résignées.
C’est de l’Europe du XXe siècles que viendra souffler un vent
d’indépendance, avec l’arrivée de jeunes juifs émancipés,
animés de sentiments égalitaristes, et d’une flamme libéra-
trice qui réduira en cendres des siècles d’oppression et de
domination étrangère en terre d’Israël.
4. Il serait présomptueux de suggérer que les succès
remportés par cette poignée de jeunes juifs aient, sinon mon-
tré la voie, du moins donné matière à réflexion à la jeunesse
arabe de l’époque. Toujours est-il que, durant les années
d’après la Seconde Guerre mondiale, le monde arabe en-
tame un processus historique similaire, mettant fin à des
décennies de colonisation occidentale au Proche-Orient et
en Afrique du Nord. Ou bien renversant certains anciens
régimes dynastiques, telle la royauté égyptienne. Les partis
nationalistes qui mènent ce processus prônent une hégémo-
nie arabe, connue sous le nom de « panarabisme ». Dont
l’Israël naissant fera bientôt les frais.
5. C’est cependant bien avant la montée de cet ultrana-
tionalisme, et avant même l’obtention de sa propre indépen-
dance, qu’Israël se voit confronté à l’hostilité des
populations arabes. Laquelle atteint un premier sommet de
violence en 1929 avec le pogrom d’Hébron, suivi d’émeutes
antijuives sanglantes dans le reste du pays. Ce pogrom met
fin à une présence juive millénaire à Hébron et sème la pre-
mière graine d’un nationalisme arabe en Palestine. C’est
donc dans une atmosphère déjà tendue qu’est annoncé, en
1947, le plan de partage de la Palestine en deux États,
l’un juif, l’autre arabe. Bien que cette partition place la
majeure partie de la Judée sous contrôle arabe, une guerre
I. Les notions essentielles 27

civile se déclenche aussitôt contre les Juifs (alors que le


mandat britannique est encore en vigueur). Lorsque le 14
mai 1948, l’indépendance de l’État d’Israël est proclamée,
cinq nations arabes s’unissent et lancent un premier assaut,
qui échoue. Les guerres israélo-arabes successives (1956,
1967, 1973) vont entraîner, de manière imprévue, la cession
de la Judée, du Golan et du Sinaï au vainqueur sur le terrain.
6. Le Sinaï sera rendu à l’Égypte dans le cadre de la
paix qu’elle signera avec Israël, en 1979. Le plateau du
Golan sera par contre annexé, en 1981. Les accords d’Oslo
de 1993 concèderont l’administration d’une partie de la
Judée-Samarie et de la bande de Gaza aux Palestiniens. La
paix avec la Jordanie sera conclue un an plus tard (1994). De
nos jours, l’ultranationalisme a fait place à l’intégrisme reli-
gieux, et le panarabisme du temps de Nasser à un panisla-
misme dont chiites (l’Iran en tête) et sunnites (sous l’égide
de l’Arabie saoudite) se disputent la suprématie. Il en va de
même pour le terrorisme dont la prépondérance est passée
des divers « fronts de libération » à des groupes islamistes
prônant le djihad. L’Autorité palestinienne n’est pas épar-
gnée par ce phénomène comme le montrent les violentes
dissensions entre l’OLP et le Hamas. Tant et si bien que, pa-
rallèlement à des efforts de conciliation entre Israël et cer-
taines nations arabes, on constate l’inquiétante progression
de forces destructrices qui pourraient plonger la région
dans le chaos et même déstabiliser le reste de la planète.
7. L’équation stratégique actuelle ne joue pas en fa-
veur d’Israël. L’arsenal balistique de l’Iran est aujourd’hui
supérieur à celui de l’OTAN. Les déboires que connaissent des
pays tels que la Syrie, l’Irak, la Lybie permettent aux organisa-
tions terroristes de s’y déployer. Basé au Liban, le Hezbollah
possède plus de 120 000 missiles dont une partie non négli-
geable peut atteindre n’importe quelle localité d’Israël.
28 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

L’Arabie saoudite entreprend des achats de plus en plus mas-


sifs d’équipements sophistiqués. Alors qu’Israël demeure dé-
savantagé par son manque de profondeur stratégique et la
nécessité de mobiliser une importante réserve qui constitue la
force de travail indispensable au maintien de l’économie.
8. Hormis ces gageures extérieures, l’État d’Israël se
trouve confronté à de nombreux défis internes. Le fait de se
définir comme « État juif et démocratique » donne lieu à
un débat de société qui est loin d’être tranché. Tout
comme celui du pouvoir qu’exerce le corps religieux tant au
sein de la vie politique que quotidienne des israéliens.
Lesquels comprennent dans leurs rangs de nombreux ci-
toyens non-juifs dont Israël se doit de garantir les droits ci-
viques et la liberté de culte. À cette pluralité ethnique
s’ajoute la mosaïque des innombrables communautés dont
sont issues les vagues d’immigration juive. Et le problème
d’une intégration à une société qui veut les unifier en un seul
moule, tout en préservant leurs spécificités.
9. De fait, la plus grande concentration de réfugiés au
Proche Orient se trouve en Israël. Soit plus de 2 500 000
réfugiés venus de l’ex-URSS, d’Éthiopie, des pays arabes,
d’Europe. Aucun de ces réfugiés n’a bénéficié d’aide inter-
nationale. Pas plus que de celle de l’ONU ou de la Croix
Rouge. La grande majorité a été rapatriée par l’Agence Juive
avec le soutien des Juifs du monde entier. Des opérations
sont encore en cours pour porter secours aux Juifs dont la
sécurité est menacée (tels ceux d’Iran) ou qui connaissent
des difficultés économiques.
10. Israël compte actuellement plus de 9 000 000
d’habitants (2019) dont 20 % sont des Arabes de confession
musulmane ou chrétienne. Le pays est en plein essor techno-
logique et économique bien qu’il continue de devoir consacrer
environ 6 % de son PNB (15 % de son budget annuel) à la dé-
I. Les notions essentielles 29

fense. Les difficultés récentes que rencontrent les plus dému-


nis et les classes moyennes, principalement dans le domaine
du logement, ont cependant placé les questions sociales, de
santé et d’éducation en tête des préoccupations des Israéliens.
Tout en renouant avec une tradition très ancienne,
l’Israël d’aujourd’hui est en quête d’une identité. C’est en
songeant à cette identité que les fondateurs de l’État juif du-
rent débattre de l’appellation par laquelle désigner cet État.
Sion, Judée ou Israël ?
Alors que le nom de sa capitale ne fut sujet à aucune
discussion.

JÉRUSALEM

Jérusalem est la quintessence de l’identité juive. Beaucoup


ont cherché à en priver ceux qui s’en réclament, croyant que
Jérusalem pouvait être conquise. Alors qu’elle doit être méritée.

1. En dehors de la Bible, les premières mentions con-


nues de Jérusalem se trouvent dans des textes égyptiens da-
tant d’autour – 2000. Étymologiquement, ce terme provient
de deux racines chaldéennes : yeru (ville ou demeure) et
shalem (complétude), ancêtre du shalom hébreu et du salam
arabe. Il apparaît 660 fois comme tel dans le Tanach (Ancien
Testament), à quoi s’ajoutent d’autres dénominations, telles
que « cité de David » ou « fille de Sion ». On le retrouve 146
fois dans le Nouveau Testament. Et nulle part dans le Coran,
bien que la ville soit considérée comme le troisième lieu
saint de l’Islam (après La Mecque et Médine).
2. Pour les Juifs, le mont Sion sur lequel la ville sera bâ-
tie est un endroit privilégié depuis les temps bibliques, en
tant que point de rencontre entre le Ciel et la terre. Dieu y
30 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

parle aux patriarches. La ville qui s’y élèvera sera tant le


centre religieux du judaïsme que la capitale politique du
royaume hébreu. Le peuple d’Israël avait coutume de s’y
rendre en pèlerinage trois fois l’an, lors des trois grandes
fêtes de Pessah (Pâque), Souccot (Tabernacles), Chavouot
(Pentecôte). Durant leur long exil, les Juifs affirmeront et
seront persuadés que Jérusalem leur sera rendue et qu’ils y
célébreront à nouveau ces fêtes qu’ils clôturent par le célèbre
souhait de « l’an prochain à Jérusalem ». Trois fois par
jour, les Juifs pratiquants se tournent en direction de
Jérusalem pour la bénir et chanter le retour en son sein.
3. Le rapport des Chrétiens à Jérusalem est surtout
lié aux étapes de la vie de Jésus (montée au Temple,
Crucifixion, Résurrection) et des apôtres. Empereurs romains
et byzantins y érigeront de nombreux sanctuaires et lieux de
culte. Elle sera la capitale du Royaume latin de Jérusalem de
1099 à 1187. Les croisades en Terre sainte entraîneront des
milliers de pèlerins chrétiens dans leur sillage, qui continue-
ront d’affluer bien après l’ère des croisés. Et Jérusalem dé-
tiendra le statut de patriarcat au même titre que Rome,
Antioche, Alexandrie, et Constantinople.
4. C’est de Jérusalem que le prophète Mahomet, monté
sur son cheval, s’est envolé pour son périple nocturne au Ciel.
Et c’est à Jérusalem que les musulmans s’assembleront le jour
du Jugement Dernier. Au cours de son histoire, Jérusalem fut
plusieurs fois dominée par des dynasties islamiques sans
qu’aucune ne la prenne toutefois pour capitale. De même
que le Mont du Temple pour les Juifs ou le Saint-Sépulcre
pour les Chrétiens, al-Aqsa, la grande mosquée de Jérusalem,
est un haut lieu de pèlerinage pour les Musulmans.
5. En 1948, le grand Mufti de Jérusalem appelle aux
massacres des Juifs. À la fin de la guerre qui s’ensuit, la par-
tie occidentale de la ville demeure aux mains des Israéliens
I. Les notions essentielles 31

qui en font la capitale de leur État (1949), alors que la par-


tie orientale tombe sous occupation jordanienne. Durant cette
domination jordanienne, les lieux juifs seront systématique-
ment détruits, dont des dizaines de synagogues et centres
d’étude. Mais aussi des cimetières, dont les pierres tombales
seront utilisées comme matériau de construction.
6. En 1967, lors de la guerre des Six Jours, l’armée israé-
lienne s’empare de l’est de Jérusalem. Réunifiée, la ville se
retrouve entièrement sous contrôle israélien. Toutefois, la
tenue des lieux saints musulmans restera confiée au Waqf
(fondation religieuse musulmane) et placée sous l’égide de la
royauté jordanienne. Cet engagement sera renouvelé en 1994,
lors de la signature du traité de paix entre la Jordanie et Israël.
7. En 1980, un vote de la Knesset (le Parlement israé-
lien) institue Jérusalem comme capitale « permanente et
indivisible » de l’État d’Israël. Mais la communauté interna-
tionale ne reconnaît ni l’annexion ni le statut de capitale votés
par le gouvernement d’Israël. De fait, aucune ambassade étran-
gère (hormis les États-Unis, en 2018) ne s’établit à Jérusalem
dont la partie orientale est considérée comme occupée, et non
annexée. Cette attitude constitue une atteinte à la souveraineté
d’Israël et une ingérence dans sa politique interne. De son côté,
l’Autorité palestinienne vote puis ratifie une loi établissant
Jérusalem comme capitale d’un futur État palestinien (2002).
8. Les accords d’Oslo stipulent que la question du
statut et de l’éventuel partage de Jérusalem n’est à régler
qu’à la phase finale du processus de paix. Elle ne peut
donc figurer comme condition préalable à la poursuite de
négociations. Pour la simple raison qu’elle est une source de
tensions et pose un frein à toute tentative de dialogue.
Comme le montre les incidents récurrents de l’esplanade des
mosquées, édifiée sur le Mont du Temple, juste au-dessus du
Mur des Lamentations.
32 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

9. Il existe un fragile statu quo quant à la réglementa-


tion des prières et visites qui ont lieu sur cette esplanade. Le
Rabbinat d’Israël en interdit l’accès aux Juifs dans la mesure
où y marcher, c’est risquer de fouler aux pieds les restes du
sanctuaire de l’Arche d’Alliance qu’abritait le Temple.
Certains Juifs pratiquants adoptent une position inverse, prê-
chant le devoir de réaffirmer le caractère juif de l’endroit et
d’y bâtir le « troisième Temple ». Leurs visites sur
l’esplanade donnent lieu à des heurts avec les fidèles mu-
sulmans. Ces visites ne sont pas interdites d’un point de vue
légal. Mais elles peuvent faire l’objet de restrictions tant par
décret du Waqf que par décision des services de sécurité
israéliens. Bien qu’autorisée et s’étant déroulée sans inci-
dent, la visite que fera le député Ariel Sharon sur cette espla-
nade, en septembre 2000, sera suivie de violentes émeutes
qui donneront le coup d’envoi à la seconde Intifada. Depuis
quelques années, la recrudescence du djihadisme donne lieu
à l’exploitation de ces tensions dans un but d’échauffement
des esprits et d’appel à la violence émeutière, voire terro-
riste. Malgré tout cela, une constatation s’impose. Jérusalem
jouit aujourd’hui d’une liberté absolue de culte, comme
elle n’en a jamais connue au cours de son histoire.
10. Au quotidien, la grande majorité des habitants de
Jérusalem, toutes confessions confondues, vivent en paix et
se côtoient sans heurts. Tous fréquentent les mêmes com-
merces, les mêmes parcs, en une coexistence de fait. Certains
quartiers, tel Abu Tor, sont mixtes. À l’instar du reste
d’Israël, le personnel hospitalier ou bien municipal, la popu-
lation estudiantine ou enseignante des campus, sont compo-
sés de Juifs comme d’Arabes, apprenant et travaillant
ensemble. Il existe aussi aujourd’hui de multiples initiatives
de dialogue et de rapprochement, inclus entre Israéliens et
Palestiniens, et des projets conjoints tant culturels et artis-
I. Les notions essentielles 33

tiques que médicaux et éducatifs. C’est sur cette réalité de


tous les jours que se basent les espoirs de paix, bien plus que
sur les pourparlers de salon. Montrant que Jérusalem, plu-
tôt que d’en être la raison, est en fait la clef du problème.

C’est sans doute dans un même esprit de paix et de dia-


logue que, le 13 octobre 2016, l’UNESCO a adopté une résolu-
tion niant tout lien entre les Juifs et le mont du Temple de
Jérusalem…
Cette résolution est si saugrenue que l’on se demande ce
qui a bien pu la motiver.

L’ANTISÉMITISME

L’antisémitisme a longtemps été perçu comme inexpli-


cable ou aberrant. Alors que les symptômes qu’il présente
permettent d’en établir un diagnostic précis. Ou plutôt, un
bilan clinique.
Car l’antisémitisme est une maladie.

1. Freud le considère primordialement comme une


affection mentale de caractère obsessionnel. L’antisémite
opère une fixation sur le Juif, lui consacrant une attention
excessive. Dont l’une des manifestations les plus récentes est
l’intérêt disproportionné des médias pour le sujet israélo-
palestinien par rapport à d’autres crises et conflits de par le
monde, selon le fameux adage : Jews is news.
2. À ce comportement névrotique, Freud ajoute l’acte
psychique par lequel la société opère une projection de sa
propre culpabilité, et de sa libido, sur les Juifs.
Prolongement du syndrome du peuple « déicide », le trans-
fert actuel résulte d’un certain Malaise dans la civilisation. Il
34 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

émane de sentiments post-traumatiques tels ceux advenus


bien après Freud, dans l’après-coup de la Shoah et de l’ère
colonialiste, auxquels l’Europe a réagi par un processus
usuel de refoulement.
3. Dans ses Réflexions sur la question juive, Sartre re-
joint l’analyse freudienne en insistant sur le fait que, dans sa
dimension libidineuse, l’antisémitisme exprime avant tout
une haine de soi ou auto-détestation plutôt que la haine
de l’autre qui caractérise le racisme classique. Il est à no-
ter que les Juifs ne sont pas exempts de ce trouble de l’auto-
détestation qui, dans le cas du « Juif honteux »,
s’accompagne de complexes de nature œdipienne.
4. Que l’antisémitisme soit classé à part des autres
formes de racisme constitue une discrimination en soi. C’est
un journaliste allemand, Wilhelm Marr, qui inventa le
terme « antisemitismus » en 1879, lors de la fondation
d’une « ligue antisémite » annonciatrice du nazisme.
L’emploi de ce mot nouveau indique un tournant dans
l’histoire de la judéophobie (terme plus récent encore).
L’antijudaïsme traditionnel, qui était essentiellement de ca-
ractère culturel et religieux, va dès lors s’enrichir de fonde-
ments pseudo-scientifiques sous-tendant une doctrine raciale,
ainsi que de connotations socio-politiques inédites.
5. Avec la publication des Protocoles des sages de Sion
(1903), le grand classique de la littérature antisémite « divul-
guant » l’existence d’une conspiration des Juifs pour
s’emparer du globe, le Juif s’avère puissant, expansionniste,
« dominateur » (dira le général De Gaulle en 1967). Ce qui
distingue l’antisémitisme du racisme courant, c’est que le
Juif est dépeint comme « supérieur », « malin », « intelli-
gent », alors que le Noir et l’Arabe, même si considérés
comme dangereux eux aussi, se voient classés comme « infé-
rieurs » ou « primitifs ».
I. Les notions essentielles 35

6. La nouvelle terminologie qui voit le jour abandonne le


lexique religieux. Elle innove. Mais le but reste le même :
diaboliser l’autre pour s’innocenter soi-même. Se décharger
du poids du pêché. Se soulager d’une mauvaise conscience
endémique. C’est la raison pour laquelle le Juif est « mis à
toutes les sauces ». Tour à tour bolchévique, impérialiste, anar-
chiste, capitaliste, franc-maçon, il endosse la hantise du mo-
ment.
7. Les mesures prises contre les Juifs ont également
évolué avec le temps, du moins en Europe. Le ghetto, le nu-
merus clausus, les interdictions et sanctions de toutes sortes
sont tombés petit à petit en désuétude. La haine du Juif
s’est modernisée. De nos jours, elle se manifeste principa-
lement à travers les médias et les réseaux sociaux. Et, afin
d’échapper à toute pénalité judiciaire ou morale, elle porte de
nouveaux noms et prend de nouvelles formes. Plus personne,
ou presque, n’est aujourd’hui ouvertement « antisémite ».
L’antisémitisme traditionnel est démodé. Il fait ringard.
8. Mais surtout, il est puni par la loi. Les efforts juri-
diques entrepris pour en contrecarrer les méfaits et en inter-
dire toute forme d’expression se font de plus en plus sévères
et efficaces. Le racisme et l’antisémitisme n’ont jamais
été autant combattus que depuis le début du XXIe siècle.
Les pays européens, qui sont à la tête de ce combat, mènent
également des campagnes civiques et éducatives afin
d’endiguer toute recrudescence de la « bête immonde ». Qui
pointe à nouveau le nez.
9. Dans les années qui suivirent la Shoah, un silence
trompeur donna l’espoir que « cela ne se produirait plus ja-
mais ». Or depuis quelques années, la Shoah ne cesse d’être
banalisée, minimisée, voire niée. Alors que, dans le même
temps, une importation cynique et concertée du problème
israélo-palestinien, tout en propageant les tensions dont il est
36 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

porteur plutôt que de chercher à les apaiser, déverse sa bile


sur Israël et s’efforce d’en faire « le Juif des nations ». À
cela s’ajoute une conjoncture économique pour le moins
instable, dont on sait qu’elle s’accompagne infailliblement
de poussées de racisme, d’antisémitisme, et de la montée des
extrémismes. Partis ultranationalistes et mouvements
islamistes radicaux jouissent d’un soutien croissant qui
n’est pas sans inquiéter les tenants de la démocratie. Et
pour cause, l’antisémitisme est un dangereux outil politique
et de propagande qui a fait ses preuves.
10. De tous temps, il s’est trouvé des hommes et des
femmes pour prendre la défense des victimes de
l’antisémitisme, voire les protéger au péril de leur propre vie.
S’ils l’ont fait, ce n’est pas uniquement par compassion.
Mais afin de préserver leur propre dignité.

Aujourd’hui, force est de constater que la menace de-


meure. Mais aussi que nombre de pays se dotent des moyens
de l’affronter. Et offrent à leurs ressortissants une panoplie
d’outils juridiques, médiatiques, pédagogiques, techniques,
pour les aider à la combattre.
À eux d’en faire bon usage !
II. Les menaces actuelles
(et comment y faire face)

L’antisémitisme est aujourd’hui un délit punissable par


la loi. Et il est « mal vu » par la société. C’est pourquoi
l’antisémite actuel tient absolument à ne pas être désigné
comme tel. Ironiquement, il est animé du profond désir de
paraître « correct », intègre, doté d’une droiture intellectuelle
et morale irréprochable. Ce n’est pas uniquement pour éluder
la justice qu’il porte des masques, mais pour se dérober à
toute mise en doute de cette intégrité. Pour ce faire, il doit
s’adapter, changer de visage, de registre de langage, de pu-
blic à qui s’adresser.
Quelles sont les nouvelles formules et les nouveaux fo-
rums préconisés par les antisémites d’aujourd’hui ? Et
quelles sont les législations en place, les actions citoyennes
possibles, les initiatives de groupe ou individuelles, qui per-
mettent de combattre les antisémites ?

LES TRANSMUTATIONS

Depuis le début du XXIe siècle, l’Europe a connu une


multiplication spectaculaire du nombre d’incidents et actes
d’agression à caractère antisémite. Attaques physiques de
personnes, déprédations de lieux de culte et de cimetières,
38 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

proférations d’insultes, campagnes d’incitation à la haine.


Quelle est la cause d’une telle aggravation ?
La réponse est simple : de nouvelles formes
d’antisémitisme se sont ajoutées aux formes existantes.

1. L’antisémitisme traditionnel persiste dans la plupart


des pays d’Europe. Et ce malgré la déclaration Nostra Aetate
du Concile Vatican II (1965) rejetant pour toujours la notion
d’une responsabilité collective des Juifs dans la crucifixion
de Jésus. Il n’en demeure pas moins des intégristes pour con-
tinuer d’affirmer le contraire. Dans un document de la
Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme (en
date du 10 décembre 2015), le Vatican reconnaît que
l’antisémitisme n’a pas disparu et qu’il refait même surface
dans certains contextes.
2. De nos jours, l’antisémitisme d’origine catholique se
voit concurrencé par l’émergence d’un radicalisme isla-
miste qui ne cesse de gagner du terrain. Bien que le rayon
d’action des salafistes ne se limite pas aux seules commu-
nautés juives, elles en restent l’une des cibles de prédilection
(comme l’a montré l’attaque de l’épicerie Hypercacher per-
pétrée à la même époque que celle contre le magazine
Charlie Hebdo, à Paris, en 2015).
3. À l’ombre de l’afflux des migrants, de la crise éco-
nomique et politique, de la vague des attentats, de la résur-
gence des mouvements ultranationalistes, l’antisémitisme
de droite reprend « du poil de la bête ». Mais il est concur-
rencé par un antisémitisme de gauche, moins chauvin, qui
se veut politiquement correct et de bon ton. Alors que ses
aïeuls accusaient Israël de « déicide », cet antisémitisme-ci
l’inculpe de « génocide » (le peuple palestinien jouant ici le
même rôle que Jésus), et il opère le même type de détourne-
ment, la même acrobatie intellectuelle, qu’accomplit
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 39

inévitablement toute démarche raciste. Et dont tout raciste se


sert précisément pour se défendre de l’être.
4. Nous reviendrons sur ces astuces de langage. Ne
mentionnons ici que celle d’antisionisme, étiquette induisant
un compte à régler uniquement avec les « sionistes », pas les
Juifs. Et citons le pape François : « Attaquer les Juifs ou
Israël relève de l’antisémitisme. » (allocution du 29 octobre
2015). Nous reviendrons à plusieurs reprises sur les avan-
tages que l’antisémite retire de cette dissociation des Juifs
israéliens du reste des Juifs, fondée sur l’assertion que « ce
ne sont pas les mêmes ».
5. Critiquer Israël, n’est pas obligatoirement de
l’antisémitisme. Par contre, en faire constamment la « une »
de l’actualité et lui consacrer plus d’encre ou de pellicule que
pour n’importe quel autre pays, sont bel et bien les indices
d’un « traitement spécial ». Et donc d’une discrimination.
Laquelle se fait aux dépens de crises et souffrances non moins
importantes mais ne bénéficiant pas de cette attention particu-
lière. Pour ne pas dire obsessive. Cet excès de zèle journalis-
tique est d’autant plus suspect que nombre d’organes et
d’agences de presse s’obstinent à reprendre une terminologie
scabreuse en usage chez les « antisionistes » et autres rédac-
teurs de propagande anti-israélienne plutôt que d’employer le
jargon habituel de leur profession. Il y a un langage éditorial
bien distinct pour traiter d’Israël. Tout comme l’Église
d’antan avait ses formules consacrées pour parler des Juifs.
Nous reviendrons sur ce nouveau lexique et les mécanismes
psychiques qui s’y rapportent (voir Ch. III). En attendant, ne
nous leurrons pas, la cause palestinienne doit son « vedetta-
riat » médiatique à Israël – star bien malgré elle, étoile jaune
devenue bleue, victime des mêmes procédés de démarcation,
d’isolement et de diabolisation que ceux employés au Moyen
Âge. Mais plus nocifs encore du fait de la propagation de plus
40 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

en plus rapide et extensive de l’information. Ou tout aussi


bien du mensonge qui, sous sa forme médiatique, est désigné
par le terme de « désinformation ».
6. Dans le journal Le Monde du 12 juin 2002, Françoise
Giroud, femme de lettres et politicienne française, écrit : « Je
crois que l’ensemble des peuples chrétiens n’a jamais avalé la
Shoah. » Mais avec Israël, continue-t-elle : « Enfin ! On a le
droit de dire du mal des Juifs. » Après une certaine gêne ou
pudeur de l’après-guerre, le négationnisme et la banalisa-
tion de la Shoah vont avoir libre cours, particulièrement à
l’époque de la seconde Intifada (qui va leur servir de prétexte
et de couverture). On parlera de « génocide » du peuple pa-
lestinien, de « crimes contre l’humanité » de l’armée israé-
lienne. Et on comparera plus d’un premier ministre israélien à
Hitler. Donnant ainsi naissance à un néo-négationnisme qui,
avec un rare cynisme, fait du Palestinien un martyr au même
titre que les déportés juifs de la période nazie. Privant donc
tout Juif, et pas seulement Israël, de la singularité historique
la plus marquante du destin de son peuple. Tout en transfor-
mant Israël en monstre totalitaire à mettre au ban des nations.
7. Ce qui nous amène à l’antisémitisme étatique.
Lequel est loin d’être le seul fait des gouvernements arabes
ou islamiques hostiles à Israël. Pour dénombrer les régimes
pratiquant un antisionisme évident, il suffit de se reporter
aux résolutions anti-israéliennes soumises soit au Conseil de
sécurité, soit à l’Assemblée générale de l’ONU. Et de voir
quels pays votent systématiquement en faveur de leur adop-
tion. Se préoccupant bien plus des « méfaits » reprochés à
Israël que de toutes les atrocités commises journellement
dans d’autres parties du monde (comme en Syrie et au
Yémen, par exemple). Lors de son Assemblée générale an-
nuelle du 1er décembre 2015, l’ONU a adopté 6 résolutions
sur les 20 proposées à l’encontre d’Israël contre 3 pour le
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 41

reste du monde. Le 16 décembre 2016, le Secrétaire général


sortant, Mr. Ban Ki Moon, reconnaîtra publiquement devant
le Conseil de sécurité que « des décennies de manœuvres
politiques ont donné lieu à une quantité disproportionnée de
résolutions, rapports et comités contre Israël. »
8. Ce désir de discriminer et isoler Israël prend une
forme plus terre-à-terre avec la pratique du boycottage des
produits israéliens, mais également d’artistes, d’intellectuels,
de chercheurs se voyant refuser l’accès à un festival ou un
congrès sous le seul prétexte qu’ils sont les ressortissants
d’un pays « honni pour ses crimes ».
9. Les manifestations de haine qui visent Israël attei-
gnent directement ou indirectement les Juifs de la Diaspora.
Sur les campus universitaires, les étudiants juifs sont sans
cesse pris à parti. Qu’ils répondent des « exactions de l’État
sioniste » ou qu’ils les condamnent, on attend d’eux qu’ils
prennent position. Ils se voient donc obligatoirement concer-
nés, qu’ils le veuillent ou non. La preuve qu’un tel amal-
game constitue une généralisation de type raciste et
discriminatoire est que ceux qui interpellent la communauté
juive à propos d’Israël mettent en garde contre ce même
genre d’amalgame lorsqu’il s’agit de la communauté mu-
sulmane.
10. Certains Juifs rejoignent les détracteurs d’Israël,
animés d’une conviction que nul ne met en doute, pas plus
que leur droit à l’exprimer librement. Il est cependant regret-
table qu’ils ne prennent aucunement en considération les
neuf points mentionnés ci-dessus. Ni le fait que leurs décla-
rations sont continuellement exploitées par les antisémites.
Ni encore que leur droit à la parole s’exerce au détriment de
celui des autres membres de leur communauté. Ne voient-ils
vraiment rien de suspect dans le fait que la presse leur
42 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

accorde ce droit bien plus souvent qu’aux autres Juifs, alors


qu’ils en constituent un sous-groupe minoritaire ?
Sommes-nous réellement en présence d’une recrudes-
cence de l’antisémitisme ? Ou se peut-il que l’antisémitisme
se soit juste diversifié et modernisé, bénéficiant de complici-
tés politiques, médiatiques et de la légitimité que fournit le
« droit de critiquer » Israël ?
Cette persistance de l’antisémitisme au sein de nos socié-
tés pourrait être l’indice d’une stagnation morale, si n’étaient
trois facteurs récents qui marquent un progrès manifeste dans
le traitement de ce fléau et indiquent une progression des
mentalités dont les Européens ne peuvent que se féliciter :
– l’admission et la dénonciation de cette persistance de
l’antisémitisme ;
– les mesures prises par nos sociétés pour en combattre
les méfaits ;
– les moyens de réagir dont disposent aujourd’hui ceux
qui en sont la cible.

LES RECOURS
La plupart des formes d’antisémitisme que nous venons
de mentionner constituent aujourd’hui des délits passibles de
sanctions pénales. Il est du devoir de chacun de les signaler à
la justice et, le cas échéant, de les poursuivre jusque devant
les tribunaux.
La législation en vigueur n’est cependant pas le seul
moyen de défense. Il existe des modes d’action citoyenne,
tant collective qu’individuelle, offrant des voies alternatives
pour dénoncer et combattre les antisémites. Comme pour
s’en protéger.
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 43

1. Bien que chaque pays ait ses propres instances judi-


ciaires, un ensemble de directives applicables à toute
l’Europe a été institué afin de lutter contre le racisme et la
xénophobie en général (dès 2003), et l’antisémitisme en par-
ticulier. En 2007, l’Assemblée parlementaire du Conseil de
l’Europe a adopté la résolution 1563, intitulée « Combattre
l’antisémitisme en Europe », qui demande aux États
membres de mettre en œuvre une législation criminalisant les
diverses manifestations et expressions d’antisémitisme ainsi
que les discours de négation de l’Holocauste.
2. Le premier délit à considérer est d’ordre général et
concerne les comportements et discours racistes. C’est-à-
dire toute discrimination d’une personne ou d’un groupe de
personnes en raison de l’appartenance ethnique, de la couleur,
de l’ascendance, de la confession religieuse. Généralement, le
délit doit avoir été commis en public pour être punissable
d’incitation à la haine. Toute victime supposée est en droit de
déposer une plainte auprès d’un tribunal judiciaire qui décide-
ra s’il y a eu infraction. Si oui, la victime peut alors se consti-
tuer partie civile. Comme la procédure est souvent complexe,
il est recommandé de ne pas l’entamer seul mais de s’adresser
à une association antiraciste ou de défense des droits de
l’Homme, à titre de consultation et, le cas échéant,
d’obtention d’un éventuel soutien juridique.
3. Le caractère antisémite du négationnisme et de la
banalisation de la Shoah est agréé par de nombreux cas
ayant fait jurisprudence. Ce délit concerne l’apologie du na-
zisme, la négation soit en bloc soit de certains aspects du
processus d’extermination des Juifs (comme nier l’emploi
des chambres à gaz), la minimisation, l’approbation ou la
justification du génocide. Toutes passibles de sanctions pé-
nales. La grande majorité des thèses négationnistes étant
44 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

véhiculées par voie de publication, elles peuvent aussi cons-


tituer un délit de presse.
4. L’antisémite jouit de moins en moins de la faculté de
s’abriter derrière le principe de la liberté d’opinion et
d’expression. Et les organes de presse se voient de plus en
plus tenus responsables des contenus qu’ils publient et diffu-
sent. Autrement dit, dans bien des cas, l’auteur de propos
antisémites n’est plus le seul incriminé pour délit de presse.
L’éditeur, le diffuseur, le rédacteur en chef, le producteur
d’une émission de radio ou de télévision, peuvent tout aussi
bien faire l’objet de poursuites.
5. Il en va de même pour l’Internet et les réseaux so-
ciaux. Les hébergeurs et fournisseurs d’accès Internet ont
l’obligation de contribuer à la lutte contre la diffusion de
propos négationnistes ou racistes. Suite à un protocole, émis
en 2003 par le Conseil de l’Europe, qui demande aux États
membres de criminaliser la diffusion de contenus racistes sur
n’importe quel support informatique, il existe actuellement
des polices de la cybercriminalité dans la plupart des con-
trées européennes, ainsi que des organes de déontologie du
web. Twitter et Facebook sont aujourd’hui tenus de vérifier
les dérapages qui leur sont signalés. Enfin, certains huissiers
établissent désormais des prises d’écran incriminantes et des
constats d’incidents ayant lieu sur la Toile.
6. Face à ces délits de presse médiatiques ou informa-
tiques, le public dispose d’un droit de réponse. Bien qu’il
soit fortement recommandé de faire valoir ce droit le plus
souvent possible, la prudence s’impose. Les organes de
presse usent de diverses astuces dont la principale est
d’ouvrir leurs colonnes à des intervenants « choqués » par
vos propos et qui vous contrediront afin de faire de vous
l’arroseur arrosé. Ces intervenants disposeront le plus sou-
vent du double de temps ou d’espace que celui alloué à votre
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 45

réponse. Le but étant de vous décourager, il est impératif de


ne le pas l’être et de faire usage de votre droit malgré tout.
L’un des moyens de consolider votre intervention est
d’inviter d’autres personnes ou organisations à la cosigner ou
de la faire circuler sous forme de pétition avant de la com-
muniquer à la rédaction. Un tuyau : les médias s’intéressant
tout particulièrement aux dysfonctionnements et aux scan-
dales financiers, parler de « qui paye » et de « combien ça
coûte au contribuable » augmentera infailliblement vos
chances d’être cité. Tous ces conseils s’appliquent de même
à la lettre ouverte, à la carte blanche, au courrier des lec-
teurs. Il est à noter que l’on peut toucher un très large public
à travers la presse féminine, professionnelle ou les maga-
zines (très lus) de programmes TV et de loisirs, plutôt que de
s’adresser à un grand quotidien. Des journaux et revues tels
que Pèlerin, Elle ou Télérama, touchent un public bien plus
large et varié que Libération ou Le Monde, lesquels ciblent
une audience précise et donc restreinte. Soyez le plus factuel
et le plus concis possible. N’affirmez jamais rien dont vous
ne soyez certain ou dont vous n’ayez vérifié la source.
Surtout, posez des questions, interpellez.
7. Le principe de la lettre ouverte médiatique ou de
toute alerte postée sur les sites et forums informatiques per-
met d’inverser la « vapeur » et de placer la victime en posi-
tion d’attaquant. Plus l’incident antisémite que vous signalez
sera rendu public et plus le fautif sera sur la défensive et
susceptible d’avoir à rendre compte de sa conduite. Il crain-
dra de vous poursuivre pour calomnie ou diffamation car une
poursuite judiciaire publicisera encore plus l’incident ou les
propos qui lui sont reprochés. Cette tactique est particuliè-
rement recommandée pour les situations où l’antisémite s’est
assuré qu’il n’y a pas de témoins à l’injure qu’il a proférée
46 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

ou au méfait qu’il a perpétré. Le « ni vu ni connu » étant le


meilleur allié du raciste, il faut l’en priver coûte que coûte.
8. Il est important de descendre dans la rue.
Manifestations et rassemblements doivent recevoir
l’autorisation préalable de la localité où ils auront lieu ainsi
que des services de sécurité. Un « organisateur responsable »
doit être désigné (de préférence une association ou un groupe
constitué, les autorités accordant rarement de permis de mani-
fester à un simple individu). Manifester sans autorisation est
illégal. Mais un attroupement « fortuit » autour d’un évène-
ment en cours, telle que l’ouverture d’un procès ou le dérou-
lement d’une cérémonie, l’est moins. Si un rassemblement
« spontané » ne trouble pas l’ordre public, une convocation au
poste de police et une amende sont le risque maximal encouru.
Les dangers des rassemblements viennent surtout des élé-
ments dits incontrôlés. D’où la nécessité d’un service d’ordre.
Lequel ne doit intervenir en aucun cas (surtout en présence de
contre-manifestants) mais alerter les services compétents.
9. Racisme et antisémitisme sont à traiter sous le régime
de la tolérance zéro. Or la société et l’État sont encore loin de
pouvoir résorber toutes les injustices. Il faut donc montrer
l’exemple, offrir des alternatives, créer des précédents qui
feront ensuite jurisprudence, éduquer les jeunes, informer
le public, chercher à apaiser plutôt qu’attiser. Un problème
moral se pose néanmoins. Comment juger soi-même si un acte
ou un propos est de nature antisémite ? En son âme et cons-
cience. Les lois, après tout, émanent elles aussi de la cons-
cience des hommes. La légalité n’étant nullement exempte
d’erreur, elle ne saurait prévaloir sur l’humanité.
10. Ce bref inventaire ne serait pas complet sans que
mention soit faite du recours au rire. L’humour est l’un des
meilleurs instruments duquel jouer pour convaincre et rallier
autrui à sa cause. Il sert à dédramatiser une situation, à
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 47

franchir les barrières et réduire les tensions, à tourner en dé-


rision les ennemis les plus sordides.

Les droits que nous venons de faire valoir et les lois qui
tentent de les garantir émanent d’un système de valeurs au-
jourd’hui menacé tout autant que les minorités qu’il protège.
Le détournement de ces valeurs au profit de démarches qui en
sont la négation même est l’un des principaux dangers aux-
quels les sociétés libérales et démocratiques doivent faire face.
Les racistes font preuve d’un sens de l’humour bien à
eux lorsqu’ils s’abritent derrière ces valeurs.

LA LIBERTÉ D’EXPRESSION

La Cour européenne des droits de l’Homme stipule que


la liberté d’expression est un droit fondamental s’étendant
aux discours qui « heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou
une fraction quelconque de la population. » Il existe néan-
moins des restrictions destinées à éviter l’empiètement de ce
droit sur d’autres droits non moins fondamentaux. Il y aurait
donc une ligne rouge à ne pas franchir. Mais laquelle ? Et
comment en décider sans porter atteinte à la liberté ?

1. La comparaison de deux cas de figure illustre ce di-


lemme : les propos tenus sur scène par le comédien français
Dieudonné (de 2012 à 2016) et les caricatures du prophète
Mahomet publiées dans un journal danois (le Jyllands-
Posten du 30 septembre 2005). Les premiers ont été con-
damnés par les tribunaux tant pour incitation à la haine ra-
ciale que négation de la Shoah alors que les secondes ont fait
l’objet d’un acquittement. Pour la raison qu’elles ne nourris-
saient pas une détestation de l’autre, ni ne constituaient,
48 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

comme dans l’affaire Dieudonné, une attaque « spécifique,


gratuite et répétitive » invitant à la haine.
2. Lorsqu’en 2005, Dieudonné se produit à la télévision
déguisé en juif ultrareligieux dans un sketch à connotation
antisémite, les tribunaux le relaxent estimant que sa presta-
tion est du registre de la moquerie et de la satyre. La plupart
des pays européens, étant laïcs, n’envisagent pas le « blas-
phème » comme un délit d’ordre juridique. Par contre, ils
pénalisent la discrimination visant les personnes du fait de
leur foi religieuse.
3. Les instances judiciaires sont cependant loin d’être co-
hérentes dans leurs décisions. Elles tolèrent bien souvent la
tenue de rassemblements d’extrême-droite lors desquels sont
lancés de clairs appels à la haine et à la violence. Ces rassem-
blements sont autorisés au nom de la démocratie qu’ils répu-
dient. Le tribunal constitutionnel de Karlsruhe a rejeté (en
janvier 2017) une demande d’interdire le Parti national démo-
crate allemand (NPD), ouvertement pronazi. Thomas de
Maizière, le ministre fédéral de l’Intérieur, a réagi à ce verdict
en déplorant que la prohibition ou non du NPD n’empêche pas
le fait que « l’extrême droite progresse dans les esprits ».
4. C’est là une remarque cruciale. L’antisémitisme de
type Dieudonné n’advient pas dans le vide, ni de manière
spontanée. Il est l’émanation d’une atmosphère ambiante
qui le rend possible. Ou même à la mode. Dieudonné n’a pas
inventé la banalisation de la Shoah. Il l’a lue dans le journal,
dans maints articles utilisant le terme de « génocide » à tort
et à travers. Dieudonné n’a pas non plus inventé la compa-
raison du sionisme au nazisme. Elle était pratiquée bien
avant lui dans certains cercles intellectuels et politiques
arabes comme européens.
5. Lesquels, en sus de la banalisation de la Shoah, prati-
quent ouvertement l’apologie du terrorisme également
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 49

interdite par la loi. C’est ainsi que Riyad Mansour, représen-


tant l’Autorité palestinienne à l’ONU, fait d’une pierre deux
coups en déclarant que l’utilisation du terme « terroriste » par
Israël évoque l’emploi de ce même terme par les nazis pour
déprécier les résistants du ghetto de Varsovie (27 avril 2016).
M. Mansour opère là une diabolisation d’Israël doublée d’une
apologie du terrorisme, tout en piétinant la mémoire des vic-
times du régime nazi. Dans la thèse de doctorat qu’il a soute-
nue en 1982, Mahmoud Abbas, devenu par la suite président
de l’Autorité palestinienne, affirme que les « sionistes » ont
exagéré le nombre de victimes de la Shoah (qui serait infé-
rieur à un million, nous dit-il) et il accuse les dirigeants sio-
nistes de complicité avec le régime nazi. La liberté
d’expression est ici outrepassée par la liberté de mentir.
6. Dieudonné n’hésite pas à amalgamer Israël et le reste
des Juifs dans un même pot-pourri. Alors que, par ailleurs,
une sorte d’aveuglement (voulu ou inconscient ?) persiste à
ne pas vouloir reconnaître le caractère antisémite de bien des
discours anti-israéliens. Que l’incitation à la haine d’Israël
émane de l’antisémitisme ou non, elle constitue à tous
égards une forme de racisme et de discrimination envers
un groupe, ici perçu comme national plutôt qu’ethnique ou
confessionnel. Mais le principe demeure le même.
7. Faire abstraction de la « judaïcité » des Israéliens
constitue une dénégation flagrante de leur identité et un moyen
bien commode de se garantir contre toute accusation
d’antisémitisme. C’est aussi une négation de la parenté des
Juifs de Diaspora avec Israël alors qu’une grande partie d’entre
eux assument entièrement cette parenté, ce qui ne les empêche
pas d’avoir leur avis et d’exprimer leur désaccord ou non quant
aux décisions prises par les différents gouvernements israéliens.
8. La répétitivité même des accusations prononcées à
l’égard des Israéliens, comme des Juifs, est l’une des raisons
50 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

principales de la condamnation de Dieudonné. L’incitation est


généralement menée sous forme de campagne. Elle fonctionne
« à la longue » ou « à force », selon le principe bien connu
qu’un mensonge mille fois réitéré finit par faire figure de vérité.
9. Il est à noter que l’État d’Israël est un sanctuaire de la
liberté d’expression. Divers députés et organes de presse
arabes ou d’extrême gauche donnent libre cours à un antago-
nisme d’une virulence parfois extrême, sans qu’il en résulte
pour eux aucune sanction. Même si leurs propos sont bien sou-
vent identiques à ceux tenus par l’« humoriste » Dieudonné.
10. La liberté d’expression qu’il faut défendre et proté-
ger avant tout, c’est cependant la nôtre. Celle de la personne
en tant que personne, par-delà celle des « célébrités » et des
faiseurs d’opinion. C’est pour protéger ce droit à la parole
qu’il est du devoir de chacun de dénoncer tout propos raciste,
antisémite ou négationniste, surtout s’il est clamé du haut
d’une scène ou imprimé dans un journal. Afin que la parole
demeure faculté de communiquer, et non de diviser.
C’est bien souvent malgré elle que la liberté d’expression
abrite la liberté de haïr. Il est toutefois hors de question de
laisser les tenants de la haine s’en réclamer pour répandre leur
venin. Surtout à une époque où les moyens techniques et in-
formatiques leur permettent si aisément de le faire.
Mais aussi où, en utilisant ces mêmes moyens, nous
pouvons les en empêcher.

LES RÉSEAUX SOCIAUX


Les réseaux sociaux sont destinés à unir et rapprocher
les hommes. Or ces réseaux souffrent actuellement d’une
infection de cyber-antisémitisme, dont le danger qu’elle
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 51

représente n’est malheureusement plus à établir, suite aux


actes de violence anti-juifs, allant jusqu’au meurtre.
Les grandes sociétés informatiques font-elles tout le né-
cessaire pour endiguer cette marée de haine ? Et les gouver-
nements ? Et nous ? Voici les éléments permettant de
comprendre l’ampleur et la complexité du phénomène. Ainsi
que quelques recommandations aux internautes désireux
d’agir.

1. Le cyber-antisémitisme sévit sur diverses plate-


formes informatiques dont la plus patente est celle des sites
web officiels, islamistes pour la plupart (bien qu’il existe
aussi des sites de type néo-nazis). Toute organisation terro-
riste qui se respecte en anime un ou plusieurs. Elle y présente
sa doctrine, les objectifs qu’elle désire atteindre (dont la des-
truction de l’État juif), et invite les internautes à se rallier à
sa cause. Les sites d’appels à la violence les plus notoires
appartiennent aux mouvements djihadistes.
2. Le second mode opérationnel pratiqué par le cyber-
antisémitisme est l’intrusion. Ses « militants » et adeptes
s’immiscent dans le plus de forums et espaces de discussion
possibles. Ce mode d’action est particulièrement préconisé
par les membres du mouvement BDS appelant au boycott
d’Israël (voir Chapitre III).
3. Le troisième champ est de loin le plus dangereux. Et
le moins contrôlable. C’est celui du web profond (ou dark
web) qui, bien que clandestin et illégal, représente l’immense
majorité des contenus publiés sur la toile. On y trouvera des
armes et des explosifs à acquérir ou fabriquer soi-même, des
pages de pédophilie, des appels concrets à la perpétration
d’attentats et de meurtres. Leurs adresses cryptées et modi-
fiées à de très courts intervalles rendent la plupart de ces
sites quasiment indécelables. En tout cas, les autorités
52 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

compétentes n’ont pas suffisamment de personnel et de


moyens pour les traquer et neutraliser toutes.
4. C’est la combinaison fatidique de ces trois modes
d’action qui a donné naissance au phénomène des « loups
solitaires », recrutés et manipulés à distance grâce aux
graines de la haine semées dans leurs esprits. Et dont les Juifs
sont l’une des cibles principales du fait qu’ils appartiennent à
diverses catégories selon qu’ils sont associés au sionisme, au
capitalisme occidental, à l’impérialisme américain, au patro-
nat, mais aussi au progressisme et donc à l’incroyance.
5. Pour réfléchir à la façon de parer à ces menaces, une
conférence internationale consacrée au cyber-antisémitisme a
été organisée à Jérusalem, en avril 2016. En dehors de la
nécessité de faire pression tant sur les gouvernements que
sur les grandes compagnies de l’Internet, et d’arriver à une
législation adéquate, les participants à cette conférence ont
considéré comme primordiale l’action à mener par tout un
chacun. Comme le montrent les exemples et recommanda-
tions qui suivent.
6. Une fois encore, il est essentiel de créer des précé-
dents qui fassent jurisprudence. L’un des dossiers pionniers
dans ce domaine est le procès qu’intentèrent la Ligue inter-
nationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) et
l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) à Yahoo, en l’an
2000. Les plaignants découvrirent un site de vente aux en-
chères d’objets nazis publié par Yahoo, alors que le code
pénal français interdit la vente publique de tels objets. La
justice française, en donnant raison aux plaignants, établit
alors que la loi d’un pays donné s’applique à tout site
Internet même si la société qui l’a mis en ligne a son siège à
l’étranger. Yahoo, faisant appel au premier amendement de
la Constitution des États-Unis (relatif à la liberté
d’expression), demande un jugement américain et a gain de
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 53

cause. Mais la LICRA et l’UEJF font appel de cette décision.


En août 2004, la Cour américaine statue que Yahoo doit se
soumettre à la législation des pays dans lesquels elle choisit
de développer ses activités. Depuis lors, hébergeurs et
fournisseurs Internet sont dans l’obligation de se con-
former aux lois de chaque pays, et des mesures qu’il
adopte pour lutter contre la cybercriminalité et les contenus
racistes publiés sur la toile.
7. Malgré cette obligation, la façon dont les compagnies
telle que Yahoo gèrent les mécanismes de contrôle et de mo-
dération destinés à empêcher la diffusion de messages illi-
cites laisse grandement à désirer. Des militants de l’UEJF, de
SOS Racisme et de SOS homophobie ont réalisé en France, du
31 mars au 10 mai 2016, le premier testing de masse des
réseaux sociaux en signalant tous les contenus racistes, anti-
sémites, négationnistes, homophobes, ou d’apologie du ter-
rorisme et des crimes contre l’humanité diffusés sur Yahoo
durant cette période. Des 586 contenus signalés, 4 % ont été
supprimés par Twitter, 7 % par YouTube et 34 % par
Facebook. En pratique, les grandes sociétés du web ne sont
condamnées que si elles ne suppriment pas un contenu illi-
cite dans un « délai raisonnable ». D’où l’importance d’une
vigilance constante de notre part afin de signaler tout
dérapage dans les plus courts délais.
8. De manière générale, une même législation s’applique à
ce qui est diffusé sur le web et à ce qui est écrit et imprimé.
Autrement dit, quiconque poste des propos antisémites sur sa
page Facebook peut encourir les mêmes poursuites que l’auteur
d’un livre contenant des propos de même nature. Mais, là en-
core, la loi n’est pas suffisamment claire. Il faut donc la conso-
lider en signalant un maximum de cas à la justice.
9. Nombre d’intervenants dans le cadre de la conférence
de Jérusalem sur le cyber-antisémitisme, mentionnée plus
54 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

haut, insistent sur le fait que la lutte antiraciste peut et doit


aussi se faire au quotidien par les internautes eux-mêmes.
Quelques clics suffisent à signaler un site ou un forum anti-
sémite aux instances compétentes de votre pays (en France,
la DILCRAH, par exemple), et aux unités de police spéciali-
sées dans la lutte contre la cybercriminalité. Vous pouvez
également utiliser les formulaires mis à votre disposition
en ligne par Facebook, Twitter, YouTube. Dans les forums,
n’hésitez pas à bloquer ou bannir les utilisateurs qui profè-
rent des injures antisémites, racistes, homophobes, ou des
provocations destinées à saboter la discussion. Prenez tou-
jours soin d’avertir les médias sociaux et les associations qui
se consacrent à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme,
l’homophobie sur la Toile et en général.
10. Et surtout, n’oubliez jamais que les outils et plate-
formes informatiques ont été créés dans le but de promou-
voir le dialogue et le rapprochement. Utilisez-les pour
dénoncer les fauteurs de haine auprès des autres internautes
et les sensibiliser au danger qui pèse sur la Toile. Mais aussi
pour recueillir des déclarations de soutien et d’amitié de la
part des amis du peuple juif et d’Israël. Soyez régulièrement
en contact avec eux afin d’affermir le web du dialogue et de
la fraternité, plutôt que celui de la discorde.

La sécurité des Juifs d’Europe est actuellement mise en


cause de façon alarmante, rappelant des époques sombres
que l’on croyait révolues. Des époques au cours desquelles
les communautés juives furent souvent privées de la liberté
d’exercer leur culte et empêchées de préserver leurs cou-
tumes et leur patrimoine culturel.
Comme c’est à nouveau le cas dans certains pays de
l’Union européenne.
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 55

LA LIBERTÉ DE CULTE ET LE DROIT D’ÊTRE JUIF

L’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde


des droits de l’Homme et des libertés fondamentales stipule le
droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Y
compris la liberté de manifester sa foi ou ses convictions, indi-
viduellement ou collectivement, en public ou en privé, par le
culte, l’enseignement et l’accomplissement des rites. Toute-
fois, certaines pratiques religieuses juives se trouvent frappées
de restrictions ou d’interdiction dans plusieurs pays d’Europe.
Les critères selon lesquels ces restrictions sont instituées
font l’objet de nombreux débats. Mais est-ce seulement le
simple exercice d’un rite qui en est l’enjeu ?

1. La shehita (ou abattage rituel) est souvent présentée


comme une pratique plus cruelle que l’abattage ordinaire,
alors que les études et expériences se rapportant à la compa-
raison des deux méthodes ne sont pas concluantes et que les
avis des experts demeurent partagés. Nous ne trancherons
pas ici la question de l’opinion à adopter du point de vue
scientifique, bien que certains pays se soient empressés de le
faire. La shehita est interdite en Norvège depuis 1930. Il est
pour le moins étrange, si le bien-être des animaux leur tient
tant à cœur, que la plupart des pays qui refusent d’autoriser
l’exercice de la shehita sur leur sol, permettent l’importation
de toute viande abattue à l’étranger selon ce même rite.
2. S’il est vrai que le mode d’abattage de la shehita dé-
roge aux normes adoptées récemment par le Conseil de
l’Europe (exigeant l’étourdissement préalable de l’animal), il
fait l’objet d’une dérogation officielle en vertu de la liberté
de culte. De nos jours, la shehita est effectuée dans des abat-
toirs commerciaux soumis aux mêmes contrôles que ceux
effectués auprès des abattoirs non-religieux. L’exemple des
56 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

pays autorisant l’abattage rituel (telle la France) montre


qu’une procédure conciliant traditions et nouvelles règle-
mentations est tout à fait possible.
3. Les ordonnances relatives à la shehita prescrivent
d’éviter un affolement et une souffrance qui, en sus de consi-
dérations compassionnelles, en compromettent la bonne exé-
cution. Il est ironique d’accuser de barbarie les tenants d’une
méthode qui fut l’une des premières de l’histoire humaine à
réglementer l’abattage et à prendre en compte le comporte-
ment de l’animal. Les communautés juives se sont appliquées
durant des siècles à harmoniser leur mode de vie avec celui
des sociétés dans lesquelles elles vivaient. Historiquement, en
revanche, bon nombre de pays, à un moment ou un autre de
leur histoire, ont férocement molesté cette minorité placée
sous leur coupe, en cherchant à la priver de son identité par
l’interdiction de ses pratiques rituelles.
4. La shehita est une composante des lois alimentaires
dont l’ensemble constitue la cacherout, laquelle ne peut être
observée si la shehita n’est pas effectuée selon les règles.
Une importante partie des Juifs d’aujourd’hui pratique la
cacherout par respect des traditions plus que par dévotion
religieuse. Autrement dit, shehita et cacherout sont les élé-
ments d’un patrimoine ethnique et d’une tradition similaires
aux coutumes folkloriques et usages populaires que nos so-
ciétés s’évertuent à préserver. Elles jouent de surcroît un rôle
dédié à perpétuer la mémoire de tous ceux à qui cette ob-
servation rituelle fut interdite au cours de l’Histoire. Et qui
en payèrent parfois la sauvegarde de leur vie. L’interdiction
de la shehita constitue donc bien plus qu’une atteinte à la
liberté de culte. Elle implique une déprédation de l’intégrité
historique et culturelle du peuple juif.
5. La controverse concernant la brith milah (ou cérémo-
nie de circoncision ayant lieu le huitième jour après la
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 57

naissance) illustre mieux encore cette problématique. Sur le


plan médical, la circoncision des enfants mâles, si effectuée
dans les conditions d’hygiène requises, est recommandée par
la plupart des organismes de santé, dont l’OMS (Organisation
Mondiale de la Santé). Sur le plan civique cependant, la cir-
concision juive se pratiquant sur des nouveau-nés, et donc des
mineurs, certains y voient une atteinte au droit de l’enfant. Ils
contestent la légitimité des parents de décider d’une modifi-
cation corporelle irréversible dont ils mettent en doute la né-
cessité médicale. C’est tout de même ignorer le fait que
l’interdiction de la brith milah porte directement atteinte à
l’identité de n’importe quel Juif se considérant ou
s’identifiant comme tel. Nous voilà de nouveau confrontés à
une échelle de valeurs ambivalente. Réclamer l’abolition de
la circoncision va à l’encontre du devoir de respect de l’autre.
6. L’ablation du prépuce, en sus de son caractère pré-
ventif comparable à l’ablation des amygdales, ne constitue
pas une mutilation du même type que l’excision infligée aux
jeunes filles de certaines contrées. Elle est l’attribution
d’une marque d’appartenance ethnique et l’affirmation
d’une identité culturelle. Vouloir la supprimer revient à
oblitérer ce signe d’appartenance et dissiper cette identité.
Comme la cacherout, la brith milah assure la pérennité d’une
culture et préserve l’existence culturelle de ceux qui la prati-
quent. Le philosophe Spinoza a écrit : « Le signe de la cir-
concision me paraît d’une telle conséquence que je le crois
capable d’être à lui tout seul le principe de la conservation
du peuple juif. » (Traité théologico-politique, 1670).
7. Dans le cas du port de la kippa (ou calotte), cette
confusion atteint son comble. La kippa désigne celui qui la
porte comme membre d’une communauté et pratiquant d’une
croyance. Mais elle n’est ni l’emblème de cette croyance, ni
un insigne dont cette foi impose le port. Elle n’est
58 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

mentionnée ni dans la Bible ni dans le Talmud. Et le débat


rabbinique sur l’obligation ou non de se couvrir la tête est
loin d’être clos. Certains ne la portent qu’au moment de la
prière, d’autres en permanence. Elle n’est en aucun cas le
signe ostentatoire d’une religion mais un minhag, c’est-à-
dire une coutume. C’est un couvre-chef traditionnel au
même titre qu’un turban ou un fez. C’est donc à tort que son
port est perçu comme identique à celui du tchador ou d’une
croix. Mais à quoi une telle confusion juridique est-elle due ?
8. Diderot, le grand philosophe des Lumières, imputait
les préjugés à l’ignorance. Or les préjugés n’ont pas disparu
avec la propagation de l’information et du savoir. Avant de
statuer sur le port ou non de la kippa, législateurs et magistrats
ont consulté des autorités rabbiniques et des experts. C’est
donc en connaissance de cause qu’ils ont choisi malgré tout de
classer cet élément vestimentaire tenant de la tradition et du
folklore comme « insigne religieux ostentatoire ».
9. Bien que cette décision soit mal fondée, il ne faut y
voir aucune malveillance. Elle a été prise dans le souci de ne
pas exempter la communauté juive des sanctions infligées à
d’autres au nom de la laïcité. C’est « par extension » que la
kippa est tombée sous le coup de la loi. Bien que ce raisonne-
ment soit moins sujet à suspicion que celui tenu par les détrac-
teurs de la brith mila et de la shehita, il mène la réflexion
actuelle sur une voie dont elle devrait s’interdire l’accès. Car
si les restrictions concernant le port de la kippa ne sont pas
« graves », la façon dont elles ont été instituées donne lieu de
s’inquiéter, du fait même de cette « extension raisonnée » de
la loi. Quel est le prochain objet ou symbole du folklore juif,
après la kippa, auquel s’appliquera cette « extension » ?
10. Dans le cas de la kippa, la réponse de la communauté
juive a été celle de la conciliation. La nécessité de se couvrir
la tête n’implique nullement l’obligation de porter une ca-
II. Les menaces actuelles (et comment y faire face) 59

lotte. Un chapeau ou une casquette fera aussi bien l’affaire.


Ceci étant, le malentendu dont la kippa fait l’objet, joint aux
démarches visant à priver la communauté juive de certains
aspects de sa tradition et de son mode de vie, appelle à la
vigilance. Car, ils émanent de mécanismes et d’idées précon-
çues, dont on sait à quels résultats ils ont mené par le passé.

De même que le principe de laïcité implique une sépara-


tion du domaine civique d’avec le religieux, et non un bannis-
sement de ce dernier, la lutte contre le racisme et
l’antisémitisme n’a pas pour but d’éradiquer les différences
mais de les assumer. Dans un cas comme dans l’autre, la prio-
rité est donnée à la préservation de la pluralité qui fait la ri-
chesse de nos sociétés et constitue le patrimoine de l’humanité.
Dans ce cadre, le peuple juif fait figure de modèle. Il a
maintenu son individualité contre vents et marées, tout en
s’adaptant aux sociétés les plus diverses, s’imprégnant de leurs
cultures et y contribuant. C’est ce mélange de singularité et
d’universalité qui le caractérise sans doute le mieux. Et qui, au
fil du temps, a fécondé l’identité qu’on lui connaît aujourd’hui.
Et que certains cherchent à lui dénigrer.
III. La désinformation
(et autres mensonges)

L’israélisation de la question juive a permis à


l’antisémite de faire peau neuve. Cette mue lui a été indis-
pensable pour se garantir de toute accusation de racisme et
de discrimination, surtout après la Shoah.
Si ces efforts de camouflage ont pu duper certains par le
passé, ils sont aujourd’hui dérisoires. L’antisémite a acquis
une telle assurance qu’il ne prend plus le soin de la dissimula-
tion, ni même d’un semblant de bienséance intellectuelle ou
morale, comme le montrent les cas de figure analysés ci-après.
Ce phénomène ne mériterait pas que l’on s’y attarde
outre mesure si n’était la responsabilité qui lui incombe
quant aux innombrables manifestations de violence et de
haine, allant jusqu’au meurtre, qu’il entraîne dans son sil-
lage. Et qu’il légitime selon une rhétorique et des procédés
qui n’ont malheureusement rien de nouveau.

DE LA DÉSINFORMATION

Opérant sur le même mode que leur sœur aînée, la propa-


gande, les mécanismes de désinformation peuvent être très
facilement démontés. De nombreuses études et poursuites ju-
diciaires les ont mis à nu. Ils sont le fait d’une presse et de mé-
dias qui, plutôt que d’informer le public, ambitionnent de
62 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

« fabriquer » l’opinion. Aspiration qui n’a rien d’illégitime en


soi, à condition de soumettre des données véridiques à ce pu-
blic.

1. La désinformation la plus élémentaire consiste à dé-


naturer l’information initiale. En n’en révélant qu’une
partie : « l’armée israélienne a abattu un Palestinien… » et
en changeant l’ordre des événements « … après qu’il a atta-
qué un soldat ». L’agresseur devient victime par simple in-
version grammaticale de la phrase. Mais aussi par l’usage du
terme « armée israélienne » qui, par effet de grossissement,
minimise la menace que représentait l’individu isolé tué par
« un soldat » ou « une patrouille ».
2. Le choix des vocables utilisés change à gré la nature du
sujet traité. Tel le terme de « militant », plutôt que « terroriste ».
Celui de « tuer », plutôt que « neutraliser ». Celui de « mur de
séparation » pour parler du « mur de sécurité ». Ou celui, sans
cesse répété, de l’appellation « esplanade des mosquées » alors
que celle de « mont du temple » est systématiquement évitée.
3. Il existe ainsi tout un registre dans lequel puiser pour
parler des « sionistes », registre principalement établi par les
propagandistes de pays ouvertement antisémites et hostiles à
Israël. N’est-il pas étrange que la propagande de bas étage,
telle celle pratiquée au Proche-Orient, fasse ailleurs figure de
professionnalisme journalistique ? L’expression de « terro-
risme d’État israélien » couramment employée par la presse
arabe nationaliste acquiert légitimité et crédibilité lorsque
reprise sous la plume d’un éminent confrère de la presse eu-
ropéenne. Utilisant pourtant la même terminologie. Et la
même rhétorique dont les accents démagogiques ne sont pas
sans rappeler ceux de l’école goebbelsienne.
4. Et pour cause, c’est sans aucun scrupule qu’une cer-
taine presse réveille les vieux démons de la période
III. La désinformation (et autres mensonges) 63

hitlérienne et compare les camps de réfugiés palestiniens


(mais pas les camps de réfugiés soudanais ou syriens) aux
camps de concentration nazis. Ou recourt au terme de géno-
cide en évoquant la politique sécuritaire israélienne et le
maintien de l’ordre face aux émeutes et attentats palesti-
niens. Il s’agit là d’une banalisation de la Shoah, bien sûr.
Mais aussi des atrocités commises contre les Arméniens, les
Tutsi, les Tibétains. Il en va de même pour l’emploi captieux
du mot apartheid qui introduit la phase suivante.
5. Le mensonge pur et simple et la propagation de ru-
meurs invérifiées. Dont les exemples les plus notoires sont
les prétendus viols de femmes palestiniennes par des soldats
israéliens (Nouvel Observateur du 8 novembre 2001) et
l’affaire Mohammed Al-Dura dans laquelle un journaliste
tronque un reportage filmé pour faire croire à un tir de
l’armée israélienne sur un enfant. Bien que ces deux cas se
soient vus sanctionnés par la justice, force est d’admettre
qu’ils évoquent les accusations de meurtre rituel prononcées
contre les Juifs, au Moyen Âge. Si ce n’est qu’ici, les propa-
gateurs du mensonge ne sont pas de sombres inquisiteurs,
mais des membres respectés de la presse. L’ardeur obsessive
qui les anime est, en tout cas, la même que celle de leurs
aïeux médiévaux. Comme le montre la couverture média-
tique excessive du problème israélo-palestinien, alors qu’il
existe de par le monde des conflits bien plus meurtriers. Et
tout aussi urgents à résoudre.
6. Asymétrie qui se retrouve dans les choix éditoriaux
et l’attention accordée à un point de vue plutôt qu’à un autre.
Combien d’images avez-vous vues de mères palestiniennes
en pleurs à la « une » de vos journaux en regard de celles de
mères israéliennes, ou même irakiennes ? Alors que meurent
tous les mois en Iraq, dix fois plus de victimes civiles que
dans le reste du Proche-Orient. À cela s’ajoute une
64 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

répartition déséquilibrée des temps d’antenne ou de parole


alloués à chaque camp. Cette répartition est d’autant plus
inéquitable que les avis les plus sollicités de la part
d’Israéliens ou de Juifs de la Diaspora sont ceux de la frange
idéologique correspondant à l’orientation politique de la
presse hostile à Israël. Laquelle justifie ce procédé en se ré-
clamant d’un « souci d’objectivité » par rapport à la version
israélienne des faits dont on prend bien soin de préciser
qu’elle est « officielle ». Or toute asymétrie a deux faces.
Les Palestiniens sont montrés comme une minuscule popula-
tion abandonnée à la merci de la « grande puissance israé-
lienne », alors qu’ils sont abondamment armés et soutenus
par le Goliath du monde islamique face auquel Israël est le
nain véritable. Pour 2016, la population palestinienne (esti-
mée à 4,8 millions par les autorités palestiniennes) repré-
sente la moitié de la population israélienne (soit 8,7
millions). Alors que celle d’Israël est de 50 fois inférieure à
celle du monde arabe et de l’Iran réunis (soit 448 millions).
Sans oublier que, dans la guerre médiatique l’opposant
aux pays arabes et à l’Iran, Israël ne dispose pas des
budgets énormes de ses rivaux, lesquels sont de surcroît
des régimes pratiquant la censure et le contrôle des médias.
7. Contrôle politique de la presse dont l’Europe est
loin d’être exempte. En France, par exemple, la plupart des
grands médias bénéficient de subventions de l’État et leur
source presque exclusive d’information est l’agence de presse
gouvernementale (AFP). Il y a une mainmise non moins poli-
tique sur les médias du fait que les professions qui s’y ratta-
chent sont exercées en majorité par les disciples d’écoles
journalistiques préconisant une presse du « message », et
donc porteuse d’opinion et de thèmes idéologiques, plutôt
qu’un journalisme voué à la transmission fidèle de
l’information et au respect du principe d’objectivité.
III. La désinformation (et autres mensonges) 65

8. Mais alors où et comment obtenir une information


fiable ? D’abord en s’assurant que l’organe médiatique ou
informatique qui la diffuse n’est ni politiquement affilié ni
financièrement dépendant d’intérêts susceptibles d’en cor-
rompre l’intégrité professionnelle. Puis en vérifiant que ses
sources soient dument authentifiées, ou corroborées et re-
coupées par d’autres. Il existe aujourd’hui des associations et
sites Internet de surveillance de la probité des médias (ou
watchdogs) auxquels se référer.
9. La désinformation n’est pas uniquement le fait des
médias. Mais aussi de certains partis politiques et donc de
gouvernements lorsque ces partis arrivent au pouvoir. Il ne
faut pas oublier que, dans la majeure partie des pays de
l’Europe, les communautés musulmanes représentent un
nombre beaucoup plus important d’électeurs que les com-
munautés juives. La stratégie qui consiste à tirer parti d’une
importation du conflit israélo-arabe pour briguer les voix de
ces communautés musulmanes est clairement discriminatoire
(« tous pareils » ou dans le « même bateau ») et une insulte à
leur intelligence. Quand elle ne sert pas de subterfuge pour
canaliser des frustrations, surtout au sein de la jeunesse,
qui ne proviennent pas de ce conflit mais d’une réalité bien
plus proche, au quotidien.
10. Le troisième vecteur de la désinformation, après les
médias et les institutions politiques, est celui de certaines
ONG (organisations non-gouvernementales). Il existe trois
types d’ONG hostiles à Israël. Celles qui le sont ouvertement,
affichant leur soutien soit à la mouvance djihadiste soit à la
cause palestinienne. Celles qui, agissant sous le couvert d’un
activisme civique et pacificateur, accusent systématiquement
Israël d’infractions envers les droits de l’homme. Parmi elles,
on compte des ONG israéliennes (dont B’Tselem) recevant des
subsides de pays arabes, mais aussi de l’UE et de plusieurs de
66 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

ses États membres, bien que ces fonds soient utilisés pour
nourrir plus souvent les tensions (financement de la publica-
tion des « manuels scolaires de la haine » rédigés en 2002 par
le Hamas) que les initiatives de conciliation et de dialogue.
Quand ils ne sont pas tout simplement détournés au profit
d’activités terroristes (comme l’indiquent plusieurs rapports
de la Cour des comptes européenne sur ce point, dont ceux de
2007 et de 2014). Il y a enfin des ONG qui, bien que n’ayant
aucun lien avec la politique en général ni le conflit israélo-
palestinien en particulier, discriminent Israël, le tiennent à
l’écart de leurs activités, l’attaquent verbalement ou appellent
à des boycotts (tel Oxfam qui, en 2013, est allé jusqu’à accu-
ser Israël d’empoisonner l’eau de Gaza). Quels que soient
leur mode opératoire et leurs motifs, toutes ces ONG ont un
but commun : isoler Israël et le mettre au ban des nations.
Le flot constant de mensonge déversé sur Israël par-
vient-il à noyer la vérité dans ses eaux troubles et berner
l’opinion publique ? Ou n’abreuve-t-il qu’une hantise exis-
tante, latente, enracinée dans le subconscient collectif de la
gent antisémite ? Autrement dit, auprès de qui le matraquage
anti-israélien fonctionne-t-il avant tout, si ce ne sont les es-
prits prédisposés à l’approuver et s’en réjouir ? Ceux-là for-
ment une ligue à attaquer de front.
Mais parallèlement à la nécessité de lutter contre la dé-
sinformation, il est capital de pallier la pénurie dont est vic-
time un public plus ouvert et désireux de se forger sa
propre opinion. Car en dépit des millions de pétrodollars
dilapidés pour la propagande anti-israélienne et de l’assaut
massif des médias politisés, l’opinion générale a tenu bon. À
nous de lui montrer notre confiance dans sa capacité à juger
en toute équité et de lui procurer les éléments et connais-
sances pour le faire.
III. La désinformation (et autres mensonges) 67

La récente vague d’attentats qui a déferlé sur l’Europe


montre quelles conséquences entraînent les campagnes de
désinformation, les discours irresponsables, et toutes les
formes d’incitation à la détestation de l’autre. On aurait tort
d’oublier que l’hitlérisme doit beaucoup de son impact sur
les esprits à la rhétorique de Goebbels et aux procédés de
matraquage verbal et de désinformation concertée
qu’utilisent encore aujourd’hui les détracteurs d’Israël.
De dérives en dérapages, ces sabotages verbaux, ces at-
tentats intellectuels ont enfanté la vague de violence qui met
aujourd’hui nos vies en danger. La vie de chacun d’entre
nous. À force et à la longue, les actes d’agression terroristes
se sont propagés des soldats aux civils israéliens, puis aux
Juifs vivant en dehors d’Israël, pour atteindre les non-Juifs
de même, à travers l’Europe tout entière.
À force. Et à la longue.

LE BOYCOTT
Les campagnes actuelles de boycott anti-israélien des-
cendent en droite ligne des pratiques de mise à l’index prati-
quées du temps où, bien avant qu’Israël existe, les Juifs ne
possédaient ni terre, ni état.
N’oublions pas que, malgré les restrictions qui leur furent
imposées, les communautés juives ont contribué pendant des
siècles aux avancées de la médecine, du commerce, de la phi-
losophie et des sciences, à travers l’Europe. Et que les périodes
de libéralisation et de progrès social des sociétés occidentales
ont toujours coïncidé avec une humanisation du traitement des
Juifs, comme ce fut le cas dans la Florence de Laurent le
Magnifique et des Médicis, à l’aube de la Renaissance.
68 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

Aujourd’hui, en dépit d’incessants appels au boycott et


de mise à l’index d’Israël, le monde entier bénéficie et fait
plein usage des inventions israéliennes (telles que la clef
USB, la caméra en pilule, Waze, l’irrigation au goutte-à-
goutte) et les talents et accomplissements israéliens se voient
reconnus et primés dans d’innombrables festivals ou congrès
(dont le prix Nobel).
Ce qui excite plus encore la rage des boycotteurs.

1. Le boycottage anti-israélien, sous sa forme officielle,


voit le jour le 2 décembre 1945, date à laquelle la Ligue
arabe lance un appel formel au boycott des marchandises
« juives » et « sionistes ». Dans les années qui suivirent, ce
boycott fut étendu à toute firme étrangère commerçant avec
Israël. Certaines cédèrent (Pepsi-Cola), d’autres pas (Coca-
Cola). L’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Bahreïn et
les États du Golfe ont depuis quitté les rangs du boycott.
Mais pas le Liban, la Syrie ou l’Iran.
2. Même si elle appelle à le faire, l’Autorité palestinienne
ne pratique pas elle-même ce boycott. Ses échanges commer-
ciaux avec Israël représentent 58 % de ses importations (et
84 % de ses exportations) avec un taux de croissance écono-
mique de 3,2 % pour 2015. Les salaires des Palestiniens tra-
vaillant tant en Israël que dans les « implantations » (auxquels
les boycotteurs européens leur demandent de renoncer) consti-
tuent une source de revenus indispensable à la population et à
l’économie. Or les ouvriers et agriculteurs palestiniens sont
les premières victimes des campagnes de boycott, et les
plus touchés. Puis les commerçants. C’est d’ailleurs le but
caché de ces campagnes, comptant sur les mises au chômage
qu’elles entraînent pour attiser le mécontentement et briser
tout espoir de coopération entre les deux peuples.
III. La désinformation (et autres mensonges) 69

3. Bien que la chargée de la politique étrangère de


l’Union européenne, Mme Federica Mogherini, ait déclaré
que « l’UE rejette les tentatives de la campagne BDS d’isoler
Israël, et est opposée à tout boycott d’Israël » (15 sept. 2016),
l’UE et certains États membres pratiquent un boycott « sélec-
tif » quant aux produits israéliens provenant des zones faisant
l’objet de différends territoriaux entre Israël et l’Autorité pa-
lestinienne. Ces produits se voient étiquetés selon des critères
clairement politiques et discriminatoires dépourvus de toute
visée humanitaire. Alors que les marchandises en provenance
de nombreux pays où les droits de l’homme, de la femme et
de l’enfant sont bafoués en permanence ne tombent sous le
coup d’aucune signalisation de cet ordre.
4. Au boycott économique s’ajoutent les boycotts acadé-
mique, culturel et sportif qui constituent un empiètement de la
politique au sein de domaines qui devraient en être exempts par
nature. La preuve en est que, malgré quelques victoires ici et là,
les appels à ces boycotts sont rejetés par la majorité des institu-
tions. Et ce, non pas par sympathie pour Israël, mais pour des
raisons déontologiques évidentes et des motifs de liberté de
pensée et d’indépendance d’esprit sans lesquels ces institutions
n’ont effectivement aucune raison d’être.
5. Nombre de militants pour la paix désapprouvent
le recours au boycott. Citons, pour exemple, ces phrases
diffusées par le site web du mouvement La Paix Maintenant
et condamnant le boycott scientifique : « Nombreux parmi
nous, membres de la communauté scientifique et acadé-
mique, sommes actifs dans La Paix Maintenant et dans la
nouvelle Coalition Israélo-palestinienne pour la Paix.
D’autres ont des opinions opposées, évidemment. Quoi qu’il
en soit, nous considérerions tous un boycott académique des
académies et universités israéliennes par les Européens
comme un acte inadapté et immoral de punition collective,
70 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

indigne de nos collègues de la communauté académique en


Europe. » (15 janvier 2002). Le fait est qu’aucune avancée
vers une paix avec les Palestiniens, si minime soit-elle, n’a
jamais émané d’un boycott quel qu’il soit. Mais d’initiatives
diverses d’ouverture et de dialogue.
6. Plutôt que de s’étendre sur le bien-fondé ou non des
campagnes de boycotts menées contre Israël, il suffit de se
pencher sur la principale d’entre elles, BDS, afin d’en déceler
la motivation profonde, mais aussi le danger bien réel qu’elle
représente. Les dégâts économiques causés par ce mouve-
ment sont relativement limités. Mais BDS sème ses graines de
haine parmi les étudiants, qui sont les décideurs et les cadres
de demain. Et la jeunesse en général. Autrement dit, la me-
nace de BDS pèse plus lourd sur l’avenir que le présent. Elle
se fonde sur une stratégie à long terme.
7. BDS (Boycott Divestment Sanctions) n’est pas une le-
vée de boucliers spontanée en faveur de la cause palesti-
nienne. C’est une opération montée de toutes pièces dont le
quartier général est à Ramallah et dont le cerveau, Omar
Barghouti, est un adversaire déclaré de la solution de « deux
peuples, deux États ». Le manifeste officiel de BDS, rédigé
en juillet 2005, proclame vouloir lutter contre Israël afin de
« mettre fin à son occupation et à la colonisation de toutes
les terres arabes ». Phrase que Barghouti lui-même clarifie
en souhaitant qu’Israël « redevienne une terre pure et mu-
sulmane débarrassée de la domination sioniste. » De fait, BDS
est lourdement financé par les ennemis existentiels d’Israël,
dont le Qatar (qui a sponsorisé et tenu la grande Conférence
BDS – Qatar d’août 2016).
8. Les actions de BDS cherchent à décourager toute
tentative de conciliation, comme l’exemplifie le cas Soda
Stream, une firme dont les usines situées au cœur de la Ju-
dée-Samarie employaient Israéliens et Palestiniens de façon
III. La désinformation (et autres mensonges) 71

indiscriminée et à égalité des salaires dans le but déclaré de


contribuer au rapprochement et à la paix. Fort contrariés par
le succès de cette initiative, les gens de BDS entamèrent une
campagne acharnée contre cette firme israélienne. Malgré la
meilleure des volontés et face à une baisse des ventes dans
plusieurs pays, Soda Stream se vit dans l’obligation de relo-
caliser ses usines dans le désert du Néguev. Plus de 500 tra-
vailleurs palestiniens perdirent leur emploi. Ajoutons, pour
lui rendre hommage, que l’actrice Scarlett Johansson dut
renoncer à son rôle d’ambassadrice de l’association Oxfam
(2014) pour avoir participé à une publicité de Soda Stream.
Celle-ci, ayant fait polémique, fut de plus déprogrammée de
la finale du Superbowl. Malgré toutes ces pressions, Scarlett
Johansson n’écouta que sa conscience et continua de repré-
senter la firme et l’idéal qui gênaient tant BDS.
9. Après une inquiétante progression, BDS et d’autres
organes de boycott paraissent perdre les soutiens qu’ils
avaient acquis. Depuis 2016, on assiste à un réveil des cons-
ciences et à une nette démarcation de ces groupes. En août
2016, le concile des étudiants de l’université de Leipzig vote
une résolution condamnant BDS pour « antisémitisme ». Les
étudiants considèrent que BDS représente une menace pour
la liberté académique et que le mouvement leur rappelle
clairement le « n’achetez pas aux Juifs » de la période nazie.
Ce concile des étudiants stipule enfin que BDS a pour but
« l’abolition de l’État d’Israël ». Certains syndicats et asso-
ciations ayant soutenu BDS par le passé, se rétractent au-
jourd’hui et constatent que sa démarche est contreproductive.
La Bank of Ireland, la Commerzbank d’Allemagne, le Crédit
Mutuel français, ont clôturé les comptes bancaires de BDS
pour la même raison. Mais l’UE est loin d’avoir adopté les
résolutions qui s’imposent.
72 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

10. La perte de vitesse de BDS est due à deux facteurs sup-


plémentaires : la contre-attaque d’Israël, menée depuis 2014
dans les médias, sur le web et au niveau diplomatique, sous
l’égide du ministère israélien des Affaires étrangères. Mais
surtout l’action des dirigeants et forums communautaires juifs
qui ont alerté leurs élus nationaux et européens, et les institu-
tions de leurs pays, en leur rappelant que tout recours à l’arme
du boycott sape les fondements mêmes de la démocratie.
BDS se voit aujourd’hui accusé d’antisémitisme par
d’autres que les Juifs. À BDS de prouver le contraire.
Dans la lutte contre les racismes, il n’est pas bon d’être
uniquement sur la défensive. Il faut savoir attaquer. Être
proactif. C’est la leçon à tirer du célèbre « J’accuse »
d’Émile Zola, à l’époque de l’affaire Dreyfus. Alors, accu-
sez ! Accusez librement tous les ennemis de la paix et tous
les racistes (ce sont généralement les mêmes). Accusez-les
principalement de mentir.
Car ce qu’ils boycottent avant tout, c’est la vérité.

LES MYSTIFICATIONS
Il n’y a pas de racisme modéré.
Le racisme est excessif par nature. Il est débordement,
intempérance, brutalité physique, débauche verbale. Parmi
les « énormités » antisémites qui illustrent la nature outran-
cière du racisme, nous avons choisi celles où la démesure
atteignait son paroxysme.
Rappelons que bien des fois par le passé, ce genre
d’énormités verbales se traduisirent concrètement par des
massacres et des pogroms. Car lorsque la violence des mots
ne peut aller plus loin dans l’excès, le passage à la brutalité
physique est inévitable.
III. La désinformation (et autres mensonges) 73

1. D’après la résolution 3379 de l’Assemblée générale


des Nations unies (votée en 1975), le sionisme serait « une
forme de racisme et de discrimination raciale ». Cette résolu-
tion, aussi aberrante soit-elle, ne sera révoquée qu’en 1991,
de façon laconique. Voici le texte intégral de cette révocation
(46/86) : « L’Assemblée générale décide d’abroger la déci-
sion contenue dans sa résolution 3379 du 10 novembre
1975. » En fait, il ne s’agit ici ni d’une excuse, ni de l’aveu
d’une erreur, mais d’une manœuvre diplomatique pour
qu’Israël accepte de participer à la Conférence de Madrid. Il
faudra attendre le 21 juin 2004, à l’occasion de l’ouverture de
la première conférence des Nations unies sur l’antisémitisme,
pour entendre le Secrétaire général Kofi Annan dire : « Force
est de reconnaître que les actions de l’Organisation des
Nations unies en matière d’antisémitisme n’ont pas toujours
été à la mesure de ses idéaux. Il est déplorable que
l’Assemblée générale ait adopté en 1975 une résolution dans
laquelle elle assimilait le sionisme au racisme… » Si nous
rappelons ici cet évènement « déplorable », c’est qu’il va
réapparaître comme un diable hors de sa boîte, en 2001, à la
Conférence de Durban contre le racisme.
2. Dès son ouverture, cette Conférence se vit détournée
de ses objectifs par une poignée de pays arabes exigeant le
rétablissement de la résolution 3379 mentionnée ci-dessus.
La majorité des débats furent consacrés à ce thème, au dé-
triment de toutes les autres causes et victimes de par le
monde (à commencer par le drame tibétain). En soi, ce
« traitement de faveur » représentait déjà une forme mani-
feste de racisme et de discrimination. Tout comme le voca-
bulaire d’une virulence dont seul Israël fit les frais, alors que
des États pratiquant des ségrégations religieuses ou eth-
niques notoires, et même l’esclavage, se trouvèrent totale-
ment épargnés. La plupart de ces États étaient d’ailleurs
74 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

ceux-là mêmes qui réclamèrent et votèrent les sanctions et


les résolutions condamnant Israël. Et continuent de le faire
jusqu’à l’heure actuelle. On compte parmi eux des « mo-
dèles » incontournables du mépris des droits de l’Homme,
comme le Soudan et la Mauritanie, et surtout de la femme,
comme l’Arabie saoudite, l’Afghanistan ou le Qatar.
3. Un nouveau terme entre alors en usage dans le
lexique de la haine antisémite : apartheid. Nous voilà de
nouveau dans le registre de la banalisation des souffrances
du peuple juif, mais aussi des celles subies par les Noirs
d’Afrique du Sud et de certains états américains.
L’utilisation cynique du mot « apartheid » fait double-
emploi. Elle désolidarise la destinée d’Israël de celle du
peuple juif. Et donc s’en prendre à Israël, ou même le dé-
truire, n’a rien à voir avec le reste des Juifs. À cela, vient
s’ajouter une nouvelle instigation, franchement discriminante
puisqu’elle cible distinctement les Noirs, éveillant en eux des
sentiments d’amertume soudain reportés des Afrikaans, et
des Blancs en général, sur les Israéliens. Il s’agit bien là
d’une exhortation à la haine. En parlant de « génocide », la
propagande antisémite faisait du Palestinien le « Juif » d’une
nouvelle Shoah. Par une pirouette de génie, elle en fait aussi
le « Noir » d’un nouvel apartheid.
4. Ce dérapage embarrassant de la Conférence de 2001
se verra corroboré par le refus de nombreux pays d’assister à
celle de 2009, toujours à Durban ; d’autres pays conditionne-
ront leur participation à l’abstention de toute « stigmatisation
d’Israël » (France) et « utilisation du processus de Durban
pour banaliser ou nier l’Holocauste » (Grande-Bretagne).
Mais, de leur côté, les antisémites de tous bords ont aussi tiré
la leçon de Durban et des résolutions de l’Onu : celle de la
capacité de survie du mensonge.
III. La désinformation (et autres mensonges) 75

5. L’ultime degré de perversion antisémite est la néga-


tion de l’identité même du Juif. En l’arrachant à ses racines
en terre d’Israël, comme le firent les Romains. En le privant
de ses traditions et de ses rites comme le firent les nazis. En
tranchant tout lien de parenté des Juifs avec l’État juif, comme
le font les « antisionistes ». Mais l’UNESCO vient d’inventer
une nouvelle formule, à laquelle même Titus et Hitler
n’avaient pas songée. Titus avait emporté les objets de culte
juifs à Rome et fait brûler le Temple. Hitler avait ordonné de
détruire jusqu’au moindre vestige du judaïsme et de la culture
juive. Alors qu’il suffisait tout simplement d’en nier
l’existence. Et de mentir comme nul ne l’avait osé auparavant.
6. En octobre 2016, l’UNESCO publie le texte d’une
« décision » concernant les lieux saints situés dans les « ter-
ritoires palestiniens occupés ». De par son énoncé et le choix
des termes usités, ce texte dénie tout lien du peuple d’Israël
avec Jérusalem. Et occulte le caractère juif du Mont du
Temple. Le Mur des Lamentations (qui en est la muraille
occidentale) y est uniquement désigné sous sa dénomination
arabe. Non contente de passer sous silence toute allusion
risquant d’évoquer la judéité de ces lieux saints, ce texte
énonce une demande d’interruption des fouilles archéolo-
giques menées sous l’esplanade des mosquées et sous le Mur
que cette esplanade surplombe. Cette requête est d’autant
plus intéressante que les avocats de la cause palestinienne
rejettent toute notion d’antécédence territoriale et
d’ancienneté de présence sur la terre d’Israël comme justi-
fiant un droit quelconque sur cette terre. Alors, en quoi cette
excavation de vestiges antiques les gêne-t-elle ?
7. Et en quoi peut-elle bien gêner l’UNESCO dont la vo-
cation suprême est la préservation des patrimoines ?
L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la
science et la culture, créée le 16 novembre 1945, a pour but
76 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

de « contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en


resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collabo-
ration entre les nations… » Et d’encourager la restauration
de monuments et de vestiges, la menée de fouilles archéolo-
giques et la conservation des trésors culturels. Cela inclut la
préservation du nom que diverses cultures, disparues ou
non, donnèrent aux sites qui en étaient le berceau (comme
les noms indiens de sites américains).
8. Or non seulement l’UNESCO exige de la « puissance
occupante » qu’elle arrête les fouilles sur l’un des sites les
plus capitaux de l’histoire humaine mais elle déforme cette
histoire par omission et censure verbale, à l’encontre
même de sa mission. Bévue aggravée par le fait que
l’UNESCO n’a jamais sanctionné les dégradations commises
de 1948 à 1967, sous l’occupation jordanienne, lors de la-
quelle le Mur des Lamentations fut utilisé comme dépôt
d’ordures et urinoir public. La Jordanie est d’ailleurs « gar-
dienne des lieux saints » musulmans de Jérusalem (pardon, il
faudrait dire Al-Quds…) jusqu’à ce jour.
9. Le dilemme qui se pose à la lecture des déclarations de
Durban, de l’UNESCO ou de BDS, est celui d’ignorer l’injure ou
de la relever. À quel point est-il nécessaire de rectifier des
déclarations d’une partialité si flagrante qu’elles se trahissent
elles-mêmes ? Ou de dénoncer des mensonges auxquels seuls
les ignares et les gens de mauvaise foi peuvent prétendre
croire ? Après tout, ce recours des antisémites à la calomnie et
à l’omission sélective est un clair aveu de leur imposture.
C’est en désespoir de cause qu’ils mentent. Car si la vérité
était de leur côté ils n’auraient pas besoin de la déformer.
10. Se contenter d’une conscience propre et se retran-
cher derrière son bon droit, c’est oublier que toute cette
haine finira par nous rattraper tôt ou tard. À la pointe d’un
canon ou d’un couteau. À Tel-Aviv ou à Nice. C’est oublier
III. La désinformation (et autres mensonges) 77

que la focalisation sur Israël et les Juifs détourne l’attention


d’innombrables injustices commises à l’égard d’autres
peuples et nations qui, reportées au deuxième plan, ne béné-
ficient ni des rassemblements de solidarité, ni des comités de
soutien, ni des aides financières dont jouit amplement la
cause palestinienne. C’est oublier un devoir de mémoire en-
vers toutes les victimes de cette lignée infernale de détrac-
teurs et de menteurs, dont l’UNESCO et BDS ne sont que les
derniers rejetons. C’est enfin oublier notre devoir envers les
générations à venir.

Devoir d’autant plus facile à accomplir que la vérité est


plus simple à dire que tout mensonge.

SÉCURITÉ D’ISRAËL, L’ÉQUATION STRATÉGIQUE

Le Moyen-Orient est aujourd’hui divisé en deux camps


distincts, sunnite et chiite, dont l’antagonisme constitue un
risque de déstabilisation pouvant s’étendre au reste de la
planète. La menace est d’autant plus concrète que l’Axe du
Mal (Iran-Irak-Liban-Syrie), brisé lors de la chute de
Saddam Hussein, est rétabli. Simultanément, bon nombre de
nations arabes effectuent un rapprochement avec Israël, dont
l’Arabie saoudite, le sultanat d’Oman, les Émirats. Tandis
que les négociations avec l’Autorité Palestinienne sont au
point mort, surtout depuis la scission entre le Hamas (Gaza)
et l’OLP (Cisjordanie).

1. L’équation stratégique actuelle se caractérise par le


fait que l’avantage technologique d’Israël sur ses adversaires
est moindre que par le passé. L’Iran et l’Arabie saoudite dis-
posent d’un arsenal militaire hautement sophistiqué, précis
et destructeur.
78 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

2. Israël n’a aucune profondeur stratégique. Ses centres


de population et d’industrie se trouvent à moins de 60 secondes
de vol de ses frontières pour un missile ou un avion de combat.
D’où la nécessité d’actions préventives en territoire ennemi.
3. Israël n’a pas de profondeur économique. Étant
donné la nécessité de mobilisation de sa population active
pour servir dans la réserve et de par sa structure économique,
Israël ne peut soutenir un effort de guerre prolongé. Toute
guerre durant plus de quelques semaines plongerait le pays
dans la débâcle économique.
4. En Israël, la prise de décision d’entrée en conflit doit
être approuvée selon le processus démocratique, par le cabi-
net et la Knesset. Dans les nations voisines, les chefs d’État
peuvent prendre cette décision sans consulter quiconque.
5. En cas de conflit, Israël devra protéger sa population
civile (abris, masques à gaz) qui est visée en priorité par
l’ennemi. La plupart des nations arabes utilisent leurs popu-
lations civiles comme bouclier, plaçant leurs installations
militaires à proximité d’écoles et hôpitaux.
6. L’Iran constitue la menace principale pour Israël sur
le plan militaire. Mais, sur le plan du terrorisme, l’Iran est
une menace à l’échelle globale comme le montrent les atten-
tas commandités en France et au Danemark en 2018 par
Téhéran et déjoués grâce à l’aide du Mossad.
7. Au Liban, le Hezbollah, armé par Téhéran, possède un
arsenal de plus de 120 000 missiles et suffisamment de rampes
de lancement pour tirer 1 000 projectiles par jour, par salves de
plusieurs dizaines à la fois, sur Israël. Avec l’Iran, le Hezbollah
tente d’implanter encore plus de positions offensives en Syrie
et au sud de l’Irak afin d’élargir son champ de tir.
III. La désinformation (et autres mensonges) 79

8. Comme du temps de la guerre froide, les États-Unis


et la Russie se livrent actuellement un dangereux bras de fer
au Proche-Orient.
9. Au sud d’Israël, le Hamas constitue un second front,
tant terroriste que militaire avec une force de frappe estimée
à environ 7 500 missiles.
10. En 2018, Israël a déjoué un peu plus de 500 tenta-
tives d’attentats en provenance de l’Autonomie
Palestinienne, laquelle verse des « dédommagements » aux
terroristes et à leurs familles et encourage, à travers les ré-
seaux sociaux et le système scolaire, la violence et le « sui-
cide du martyr » auprès des enfants et des jeunes.
Le public ignore cependant que l’inimitié entre Israéliens
et Palestiniens est le fait d’extrémistes et qu’elle ne rend au-
cunement compte de la réalité quotidienne. Échanges com-
merciaux et culturels, initiatives pour le dialogue et la paix,
gestes de bonne volonté foisonnent. Chaque jour, des di-
zaines de milliers de travailleurs palestiniens se rendent sur
des lieux de travail et des chantiers situés au cœur d’Israël.

ARABES, ISLAM, PALESTINE

L’Occident pêche par une flagrante mécompréhension


de l’islam et la méconnaissance de certaines réalités propres
au monde arabe. Aujourd’hui, à l’ombre du terrorisme isla-
miste, cette réalité se fait plus présente, plus concrète. La
menace qui visait Israël s’étend désormais au reste de la pla-
nète. Quelle est son origine ?
1. Le devoir le plus sacré de la religion fondée en 570
par Mahomet est d’assurer la domination de la foi isla-
mique ou « charia » sur le monde. Le Djihad est un combat
spirituel, cosmique mais qui autorise l’emploi de la force
80 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

(Coran, 9:5, 4:76, 2:214, 8:39, etc.). Ceci vaut surtout pour le
wahhabisme qui est la tendance rigoriste de l’islam par op-
position au soufisme et au maraboutisme qui en sont des
formes plus souples. L’islamisme d’aujourd’hui est une poli-
tisation intégriste des lois religieuses de l’Islam.
2. Bien des dirigeants ambitionnent d’être à la tête du
monde islamique. La guerre contre Israël est l’un des ins-
truments de cette ambition. Elle sert aussi à détourner les
rancœurs des peuples envers leurs dirigeants.
3. En dehors du schisme entre sunnites et chiites,
l’histoire de l’islam est jonchée de conflits sanglants. Pour
comprendre le monde arabe, il ne faut pas tant considérer les
nations et leurs frontières que la mosaïque intriquée des
clans et des tribus se vouant des inimitiés séculaires. À cela,
on ajoutera l’oppression systématique des minorités copte
(Égypte), chrétienne (Soudan, Syrie, Palestine) ou juive ainsi
que l’oppression des femmes.
4. Il existe aujourd’hui des pays musulmans démocra-
tiques. Par contre, il n’existe aucun pays arabe démocra-
tique.
5. Jérusalem ne fut jamais la capitale d’aucun État
arabe ou musulman. En dehors de la mosquée d’Al-Aqsa,
construite en 691, aucune des dominations musulmanes ne
donna lieu à une amélioration urbaine quelconque de la ville.
Sans oublier les destructions et profanations des sites juifs
jusque sous l’occupation jordanienne (1948-1967).
6. Hormis la résistance juive, de la révolte de Bar
Kochba contre les Romains à la lutte sioniste contre le
Mandat britannique, il n’y a jamais eu aucune opposition des
autres populations aux diverses invasions de la Terre sainte.
7. Il n’y a jamais eu d’entité territoriale ou nationale
portant le nom de Palestine. L’expression « peuple
III. La désinformation (et autres mensonges) 81

palestinien » date de 1967. Elle est la dénomination d’une


entité politique définie par son opposition au projet sioniste.
8. À la veille de la guerre de 1948, Hadj Amin al-
Husseini, le dirigeant des Palestiniens, s’oppose au projet
d’invasion arabe des territoires alloués au projet sioniste. Il
propose l’établissement d’une « autonomie » sur la partie
allouée à la population arabe. La Ligue Arabe refuse et le roi
Abdallah instaure un gouvernement militaire en Cisjordanie.
Avant 1967, les « territoires » étaient donc occupés par les
Égyptiens (Gaza) et les Jordaniens (Judée-Samarie).
9. Ce n’est pas la solution du problème palestinien qui
amènera la paix. C’est la paix qui amènera une solution au
problème palestinien.
10. Israël ne met pas en cause l’existence des nations
arabes. Alors que bien des dirigeants arabes et palestiniens
mettent en cause l’existence d’Israël.
Nous avons tendance à oublier qu’il existe une preuve
au jour le jour de la possibilité de coexistence pacifique entre
Juifs et Arabes. Dans leur immense majorité, les citoyens
musulmans d’Israël sont non seulement pacifiques et respec-
tueux des lois mais dotés d’un sens patriotique incontestable.
Leurs défilés commémorant 1948 ou 1967 ne
s’accompagnent jamais de violence. Le recrutement de sala-
fistes parmi les jeunes arabes israéliens s’est soldé par un
échec. La population musulmane est présente dans tous les
domaines de la vie active et culturelle du pays. Même
l’armée lui offre graduellement la possibilité d’effectuer un
service national ou militaire.
Il suffit de se promener en Israël durant les grandes fêtes
musulmanes ou chrétiennes pour constater la liberté et le
bien-être des ressortissants arabes et l’absence de tensions
entre ceux-ci et leurs concitoyens juifs.
82 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

QUELQUES VÉRITÉS

Il est des vérités qui ne seront jamais assez dites.


Dans la mêlée des débats et analyses se rapportant à
l’antisémitisme et à l’antisionisme, on perd parfois de vue
l’énoncé de base sans la prise en compte duquel tout débat
est stérile, et toute analyse vaine.
Voici quelques éléments de cet énoncé.

1. Israël est la seule démocratie du Moyen-Orient et le


seul État à garantir liberté d’expression et liberté de culte à
tous ses ressortissants sans exception.
2. Ce n’est pas parce qu’Israël occupe des territoires
que ses ennemis lui font la guerre. C’est parce que ses enne-
mis lui font la guerre qu’Israël occupe des territoires.
3. Israël n’a ni l’intention ni les moyens d’annihiler le
monde musulman dont une partie se dote des moyens et a
l’intention déclarée d’annihiler Israël.
4. L’infime quantité d’encre dédiée aux opinions et in-
formations en faveur d’Israël équivaut à celle nécessaire
pour dessiner la carte de ce pays.
5. Aucune cause si juste soit-elle ne peut justifier le re-
cours au terrorisme ou toute incitation à la violence.
6. Enfants palestiniens jetant des pierres. La reine Silvia
de Suède, créatrice de la Fondation mondiale pour l’enfance,
et les principales organisations de protection de l’enfance,
ont formellement dénoncé l’utilisation des enfants palesti-
niens dans les émeutes.
7. Blocus de Gaza. Il y a un blocus maritime et aérien ap-
pliqué par Israël en conformité avec le droit international, de
par sa nécessité sécuritaire. Mais il n’y a pas de blocus ter-
restre. En sus de l’eau potable, de l’électricité, des réseaux et
III. La désinformation (et autres mensonges) 83

moyens de télécommunications fournis inconditionnellement


par Israël, Gaza est journellement approvisionnée par camions
en marchandises, produits alimentaires, médicaments, maté-
riaux de construction. Et ce bien que le Hamas détourne une
grande partie de ces matériaux pour la construction de tunnels
et la production d’armements destinés à attaquer Israël. Des
centaines d’enfants et patients graves de Gaza sont régulière-
ment traités dans les hôpitaux israéliens (comme l’ont été, en
novembre 2013, la petite-fille du chef du gouvernement du
Hamas, Ismaïl Haniyeh, puis sa fille en octobre 2014).
8. Implantations. Tel que stipulé dans les accords
d’Oslo, le problème des implantations est à régler lors de la
phase dite de « statut définitif ». Elles ne sont donc pas en
infraction à l’accord, ni à aucune phase de la négociation de
cet accord. Les unités additionnelles qui s’y construisent
correspondent avant tout à une croissance démographique
naturelle de ces localités.
9. Mur de sécurité. Depuis sa construction suite à la vague
d’attentats de 2002, le nombre de victimes du terrorisme a
baissé de plus de dix fois (aucun attentat sur le sol israélien en
2009 et 2010). Cette baisse contribue pour beaucoup à l’effort
d’apaisement des tensions. La partie en béton représentant
moins de 20 % et le reste étant entrecoupé de points de pas-
sage, il s’agit principalement d’une barrière et non d’un mur.
10. C’est en Israël que vit la plus grande concentration
de réfugiés du Moyen-Orient : celle des réfugiés juifs (mais
aussi non-juifs) venus du monde entier.
Ceux qui contestent ces vérités pour leur opposer les
mensonges dont nous avons parlés au cours de cette étude
sont-ils tous de mauvaise foi ? Et nécessairement antisé-
mites ? Certains ne sont-ils pas des victimes mal informées
du matraquage raciste ? Le problème est de savoir s’ils sont
encore capables d’écouter cet autre qui est tant diabolisé.
84 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

Nul ne détient le monopole de la vérité. Et il n’est pas


capital de savoir qui a tort et qui raison.
Ce qui compte vraiment c’est d’être dans le seul bon
camp qui soit : celui du dialogue.
Épilogue

Le destin de l’Europe et celui des Juifs qui y ont vécu


depuis bientôt vingt siècles, et continueront à y vivre pour de
nombreux siècles encore, sont indissolublement liés.
En Europe plus qu’ailleurs, la lutte des Juifs pour leurs
droits a servi de modèle à d’autres minorités. Ce n’est pas un
hasard si nombre de Juifs ont embrassé le socialisme et pris la
tête de divers mouvements égalitaires ou libertaires. Ce n’est
pas un hasard si d’autres furent au contraire des entrepreneurs
et des financiers qui concoururent au développement écono-
mique de l’Europe. D’autres encore participèrent tant au
rayonnement culturel et artistique qu’aux avancées scienti-
fiques et médicales. De Spinoza à Primo Lévi, des Rothschild
à Léon Blum, de Mahler à Chagall, de Hanna Arendt à
Simone Veil, en passant par Proust, Freud, Einstein, l’esprit
de l’Europe prend forme tout comme avec Descartes, De
Vinci, Jaurès, Mozart, Suzanne Valadon, Pasteur et Marie
Curie. Mais ces noms célèbres ne doivent pas nous faire ou-
blier l’autre contribution. Celle des petites mains, celle des
artisans et ouvriers juifs, tailleurs ou horlogers, colporteurs ou
boutiquiers, qui parsèment le paysage humain de l’Europe
entière et participent du folklore de ses régions et contrées.
Tous ces gestes, tous ces visages. Cet héritage. Il est du de-
voir de l’Europe de préserver ce patrimoine juif qui fait partie
intégrante de la civilisation qu’elle a bâtie et continue de bâ-
86 Manuel bleu contre l'antisémitisme et la désinformation

tir. Mais aussi d’en assurer la continuation et


l’épanouissement au sein de l’avenir qu’elle prépare.
S’il est une leçon à tirer de l’histoire des Juifs d’Europe,
c’est celle de la survie et du courage. Et d’une indéfectible
confiance en l’homme. C’est de cette confiance que s’inspirent
les croyances judéo-chrétiennes mais aussi les convictions
humanistes qui sont les piliers de la civilisation européenne.
Face à de tels accomplissements et de tels espoirs, il est
hors de question de laisser passer la moindre expression
d’antisémitisme. Surtout à une époque où celle-ci n’a plus
l’excuse de l’ignorance. Et où la société offre les moyens
juridiques, techniques et pédagogiques d’en combattre toutes
les formes.
Le combat est malheureusement loin d’être terminé,
nous l’avons vu. Ce petit précis est l’un des outils qui vous
aidera à le mener.
Adresses utiles

LICRA – Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme


www.licra.org/ Tel : 01 45 08 08 08
BNVCA – Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme
www.bnvca.org Tel : 06 63 88 30 29 et 01 44 84 90 66
DILCRHA – Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme,
l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT
https://www.gouvernement.fr/dilcrah
contact : [email protected]
Parlement Européen – Groupe de travail sur l’antisémitisme
Groupe des députés européens œuvrant au niveau des groupes
parlementaires européens et nationaux, ainsi qu’auprès de di-
verses institutions officielles et ONG européennes pour com-
battre l’antisémitisme.
www.ep-wgas.eu/
SACC – Security And Crisis Center – opérant sous l’égide de
l’European Jewish Congress
Centre d’assistance et d’intervention aux communautés juives en
danger.
[email protected] Tel : +43 1 235 05 78
www.eurojewcong.org/
OJE – signaler un incident antisémite (à des juristes bénévoles) –
01 79 75 32 34
InfoEquitable – https://infoequitable.org/
MEMRI – Site indépendant d’information www.memri.org/
Media Watch – Site de surveillance des médias www.mwio.org/

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