Je suis homo ! Puis-je devenir (être, rester) adventiste ?
Luca Marulli, Faculté adventiste de théologie, Collonges-sous-Salève (France)
Novembre 2015
La réponse à cette question est un incontestable, catégorique et ferme : OUI.
Le mot « homosexuel » fut utilisé pour la première fois vers la fin du XIXe siècle par le
journaliste et défenseur des droits de l’homme Karl-Maria Benkert, et repris au début du XXe
siècle par le médecin d’origine juive Magnus Hirshfield, qui fut le premier à étudier
l’homosexualité d’un point de vue scientifique. Or, contrairement à la croyance généralisée de
leur époque (et parfois même de la nôtre, hélas), où la plupart des médecins expliquaient
l’homosexualité exclusivement comme une dégénérescence sociale acquise depuis l’enfance
et/ou un choix que l’on pourrait inverser, Benkert et surtout Hirshfield entament en pionniers
des travaux qui commencent à montrer que bien souvent l’homosexualité n’est ni un excès de
perversion ni un libre choix. L’homosexualité dont il est question ici est, bien sûr, l’attirance
sexuelle pour les personnes de son propre sexe (gay, lesbienne) ou des deux sexes (bisexuel).
Ce terme décrit aussi ceux qui vivent le drame d’un décalage entre leur identité sexuelle au
niveau psychologique et leur anatomie, c’est-à-dire le sexe de naissance (transgenre).
Toute déclaration demeure contextuelle et sujette à révision, mais il est important de
prendre conscience du fait que l’Église adventiste s’est officiellement prononcée sur la question
de l’homosexualité. Une première déclaration fut votée le 3 octobre 1999 par le conseil annuel
du comité exécutif de la Conférence générale, à Silver Spring (Maryland). Elle affirme à la fois
la vocation du chrétien adventiste à aimer toute personne, qu’elle soit hétérosexuelle ou
homosexuelle, mais aussi à ne pas cautionner les pratiques et les relations homosexuelles1. Un
deuxième document, réaffirmant les mêmes principes que le premier, fut approuvé en 2012 par
le comité exécutif de la Conférence générale2.
À la lumière de ces déclarations, être homosexuel n’est pas considéré par l’Église
adventiste comme un péché ni comme un critère d’exclusion. Toute personne, indépendamment
de son orientation sexuelle, peut devenir et rester un chrétien adventiste. Pour aller jusqu’au
bout de ces déclarations, l’Église adventiste pourrait très bien bénéficier du service de pasteurs
célibataires homosexuels (pourvu que les membres de l’Église locale soient d’accord…).
Revenant à la question initiale, « Je suis homo ! Puis-je devenir (être, rester)
adventiste », la réponse est donc : OUI.
Le sujet se complique, toutefois, lorsqu’on aborde la question des relations amoureuses.
On sait qu’une personne qui est née hétérosexuelle ou homosexuelle l’est indépendamment de
la relation amoureuse et sexuelle qu’elle pourrait entretenir à l’âge adulte : l’orientation sexuelle
(l’homosexualité comme l’hétérosexualité) n’est pas déterminée par des comportements
addictifs ni par la dépendance d’une substance, comme c’est par contre le cas pour ceux qui
pratiquent compulsivement le jeu de hasard, ou encore l’alcoolisme et la dépendance de la
cocaïne ou du cannabis. Mais qu’en dit la Bible ?
1
http ://[Link]/en/information/official-statements/statements/article/go/0/homosexuality/. Document
révisé le 17 octobre 2012 :
https ://[Link]/en/information/official-statements/statements/article/go/0/homosexuality/
2
http ://[Link]/en/information/official-statements/statements/article/go/0/same-sex-unions/. Une
déclaration, en français, et d’orientation plutôt pastorale, a été rédigée par la Commission d’éthique de l’Union
franco-belge et de la Fédération de la Suisse romande et du Tessin, et ensuite votée par le comité de l’Union franco-
belge le lundi 11 mars 2013 : http ://[Link]/[Link]/538. J’en recommande vivement la lecture.
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La Bible ne parle jamais de l’homosexualité dans le sens d’orientation sexuelle.
Cependant elle se prononce sur la pratique homo-érotique, à savoir la relation sexuelle entre
deux personnes du même sexe, sans faire un lien explicite entre la relation sexuelle et
l’orientation sexuelle de ceux qui s’y engagent. Par conséquent, il n’est pas question
d’homosexualité dans la Bible, mais seulement de pratiques homo-érotiques.
Voici la liste des passages bibliques qui sont souvent évoqués :
Genèse 19.1-29 (Sodome) – Ce texte condamne la tentative de démasculiniser l’étranger
(par un acte sexuel imposé) afin de jouir de l’étranger au niveau physique et
psychologique par sa subjugation et son humiliation. D’après ce récit biblique, le
problème à Sodome n’est pas l’homosexualité en tant qu’identité sexuelle. On ne trouve
pas non plus dans ce texte une évaluation d’une relation entre deux personnes
homosexuelles consentantes. Ce passage biblique parle d’un acte homo-érotique qui
aurait dû être perpétré par « les gens de la ville, les hommes de Sodome… depuis les
jeunes gens jusqu’aux vieillards, tout le peuple, sans exception » (Gn 19.4). Il s’agit
donc d’un groupe hétérogène de personnes (qu’on suppose en majorité hétérosexuelles).
Gn 19.8 montre que ce qui est en vue ici est la violence, pas l’homosexualité : « J’ai
deux filles qui n’ont jamais eu de relations avec un homme ; je vais les faire sortir vers
vous, et vous leur ferez ce qu’il vous plaira. Seulement, ne faites rien à ces hommes,
puisqu’ils sont venus à l’ombre de mon toit. » Le « Sodomite », dans le sens de
« habitant de Sodome », n’est pas critiqué sur la base de ses orientations sexuelles, mais
à cause de la violence, de l’orgueil et de la méchanceté qui le caractérise et qui, bien
sûr, affectera aussi sa manière de vivre sa sexualité en fonction et au service de ses
propos condamnables (voir Ez 16.49,50 ; Jr 23.14).
Juges 19 – La brutalité dans la gestion des relations avec les étrangers n’est pas une
prérogative des populations païennes. Voici l’histoire d’un Lévite (un Hébreu) et de sa
concubine qui, ne trouvant pas d’hospitalité à Guibéa, village israélite appartenant à la
tribu de Benjamin, sont enfin accueillis par un vieillard (un immigré). Le texte dit que
« des hommes de la ville, des hommes sans morale, entourèrent la maison et se mirent
à tambouriner à la porte en disant au vieillard, le maître de la maison : Fais sortir
l’homme qui est entré chez toi, pour que nous ayons des relations avec lui ! Le maître
de la maison sortit vers eux et leur dit : Non, mes frères, n’agissez pas mal, je vous en
prie ; puisque cet homme est entré chez moi, ne commettez pas une telle folie ! Voici
ma fille, qui est vierge, ainsi que la concubine de cet homme. Laissez-moi les faire sortir,
je vous prie, abusez d’elles et faites-leur ce qui vous plaira. Mais ne vous livrez pas à
une telle folie sur cet homme ! Ils ne voulurent pas l’écouter. Alors l’homme saisit sa
concubine et la leur amena dehors. Ils eurent des relations avec elle et la brutalisèrent
toute la nuit, jusqu’au matin ; puis ils la renvoyèrent au lever de l’aurore » (Jg 19.22-
25). Dans cette sombre histoire, il s’agit encore de rapports homo-érotiques dans le but
de jouir par l’humiliation de l’étranger. Ceci est confirmé par le fait que ces « hommes
sans morale », ne pouvant pas violer le Lévite, se « contentent » de violer sa concubine
(étrangère elle aussi), mais pas la fille du vieillard qui habite dans leur village. L’infamie
est bien l’humiliation de l’étranger par la subjugation sexuelle : dans Jg 20.5,6, en effet,
le Lévite lui-même dénonce que « les notables de Guibéa se sont dressés contre moi et
ont entouré pendant la nuit la maison où j’étais. C’est moi qu’ils avaient l’intention de
tuer, mais c’est de ma concubine qu’ils ont abusé, et elle en est morte… Je l’ai découpée
en morceaux et je l’ai envoyée ainsi dans tout le territoire qui constitue le patrimoine
d’Israël ; car ils avaient commis une infamie et une folie en Israël. » Là aussi il s’agit
d’un texte qui n’est pas utilisable dans une discussion sur l’homosexualité en tant
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qu’identité psychologique, ni pour évaluer une relation amoureuse entre deux individus
consentants du même sexe.
Lévitique 18.22 et 20.13 – Ces textes condamnent l’acte homo-érotique pratiqué par
les hommes (pas question de femmes ici !). Pourquoi ? La raison n’est pas donnée, mais
elle se comprend en tenant compte du contexte littéraire : ces deux textes se trouvent
dans le « Code de sainteté » (Lv 17–26), un ensemble d’interdictions qui ne sont pas
forcément (ou seulement) justifiées d’un point de vue moral, mais qui veulent préserver
la sainteté des Israélites par l’interdiction des pratiques suivantes : inceste, bestialité,
polygamie, sacrifice d’enfant, contact avec une femme pendant ses règles,
consommation de viande impure, manières de cuisiner impropres, mélange des fibres
pour la confection de vêtements, semer ensemble certaines graines dans le même jardin,
etc. Toutes ces « abominations » sont des tabous, c’est-à-dire des éléments répugnants
à éviter pour se distinguer des autres peuples et pour être rituellement apte à se présenter
devant Dieu. Concernant l’homo-érotisme masculin, l’idée qu’un homme se laisse
pénétrer comme une femme porte atteinte à la dignité et à l’autorité de l’homme en
question et, par extension, de tout autre homme. Dans une société patriarcale, cela est
inconcevable. Il est remarquable de constater que l’Ancien Testament n’interdit pas
l’acte homo-érotique entre femmes. Autre observation importante, il manque dans Lv
20.13 une réflexion de nature éthique : les deux hommes engagés dans un rapport de
nature sexuelle sont tous les deux jugés coupables, sans forcément décliner des
exceptions, par exemple, dans le cas d’un abus ou d’un viol. Une application à la lettre
de ce texte produirait une condamnation sommaire, dans le cas d’un viol, de la victime
avec son bourreau.
Deutéronome 23.18,19 – La prostitution cultuelle3 était répandue en Israël après la
division des deux royaumes. Il est communément admis qu’une des fonctions
principales de ce texte est de mettre en garde et de purifier le culte israélite des
infiltrations liées au culte de la fertilité des populations cananéennes. Ici l’enjeu n’est
pas le phénomène homosexuel, mais tout d’abord l’infiltration de pratiques païennes
dans le culte israélite. Certes, ces pratiques païennes se concrétisent, entre autres, par la
prostitution sacrée (des hommes comme des femmes), qui est considérée comme une
aberration. Cependant ce texte, tout en montrant une aversion envers la prostitution (en
l’occurrence, sacrée) et, par extension, envers les relations homo-érotiques, ne se
prononce pas sur l’orientation sexuelle en tant que telle.
Actes 15.19-21,28,29 – L’inconduite sexuelle ou fornication (en grec : porneia) est une
expression qui, dans la bouche d’un Juif du premier siècle, fait référence aux
nombreuses lois de pureté sexuelle exprimées en Lv 17 et 18, et qui s’appliquent aussi
aux étrangers qui vivent en Israël (Lv 17.8-16 ; 18.26). Il s’agit de rendre les Juifs et le
non-Juifs chrétiens « compatibles » et non pas d’une discussion limitée aux relations
homo-érotiques, encore moins d’une réflexion sur l’homosexualité en tant qu’identité
sexuelle.
Romains 1.26,27 – Ce passage est le seul du Nouveau Testament qui explique la
condamnation de la pratique homo-érotique d’un point de vue théologique. Dans Rm
3
Probablement d’origine mésopotamienne, les relations sexuelles sacrées étaient des rites de fécondité garantissant
le renouvellement des énergies dans la nature, l’ordre du monde et une bénédiction particulière par l’union avec
la divinité.
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1.26, Paul mentionne la « nature ». Il s’agit d’un concept qui à l’époque décrit la
pratique « normale » opposée à celle « contre-nature ». Pour les Juifs, le « naturel »
correspond au projet original de Dieu exprimé dans Gn 1 et 2, et aux principes énoncés
dans les lois de Moïse. Paul donc reste ancré dans la pensée morale juive et
philosophique de son époque. Il ne discute pas dans Romains l’identité sexuelle, mais il
présente la pratique homo-érotique comme un symptôme et une preuve du pouvoir du
péché sur les êtres humains. Cela dit, il faut aussi remarquer que la pratique homo-
érotique (pour la première fois on évoque aussi les relations entre femmes) est
considérée comme un péché parmi d’autres, pas pire que les autres (1.29-31). De plus,
puisque toute déviation ou tout éloignement de la « nature », que ce soit d’ordre sexuel
ou pas, concerne « tous, Juifs et Grecs » (Rm 3.9), il va de soi que personne ne doit se
sentir meilleur que l’autre simplement parce que son péché est différent. Personne n’est
à l’abri de la colère de Dieu, c’est pour cela que Dieu a prévu un moyen de salut pour
tous les hommes (Rm 3.21-26). Paul évoque d’un côté l’idéal édénique, l’union entre
un homme et une femme, et de l’autre le concept de « nature » (selon sa compréhension
culturellement déterminée, cf. 1Co 11.14 : « La nature elle-même ne vous enseigne-t-
elle pas qu’il est déshonorant pour l’homme de porter des cheveux longs…? »). Mais
comment s’y prendre lorsque l’on comprend que la « nature » a pu faire, dans certains
cas, les choses différemment et qu’il ne s’agit plus d’un choix mais d’une orientation
innée4 ?
1 Corinthiens 6.9 et 1 Timothée 1.10 – les deux termes grecs que l’on retrouve dans
1Co 6.9 (malakoi et arsenokoitai) et dans 1Tm 1.10 (arsenokoitai) sont traduits de
manière incohérente. La Bible en français courant : « pédérastes » (pour les deux
mots) ; Parole de Vie : « les hommes qui couchent avec des jeunes gens » (idem) ;
Nouvelle Bible Segond : « les hommes qui couchent avec des hommes » (idem) ;
Colombe : « les dépravés (malakoi)… les homosexuels (arsenokoitai) » ; TOB : « les
efféminés (malakoi)… les pédérastes (arsenokoitai) ». L’analyse de l’emploi de ces
mots dans leur contexte historique permet d’affirmer que Paul critique à la fois les abus
perpétrés par certains maîtres à l’égard de leurs esclaves, parfois contraints à un
processus de féminisation (épilation, maquillage, vêtements féminins, prestations
sexuelles), et aussi les relations homo-érotiques en général, toujours au nom de la
dignité humaine, de l’idéal édénique et de la « loi de nature ».
Dans l’ensemble il est clair que : a) la Bible ne parle pas d’homosexualité dans le sens
d’orientation sexuelle, mais seulement de rapports homo-érotiques ; b) la pratique homo-
érotique est associée tantôt à la prostitution sacrée, tantôt à l’abus et la violence, tantôt à la liste
de « vices » d’une société immorale qui ne se conforme pas à l’idéal divin et à la nature. Il faut
ajouter que le rapport homo-érotique n’est jamais le seul ni le pire des maux : il reste plutôt un
élément parmi les autres, sans rapport hiérarchique de supériorité (voir par exemple 1Co 6.9 et
1Tm 1.9-11).
4
Le concept de « nature » dans le Nouveau Testament est bien évidemment déterminé par la connaissance de
l’Ancien Testament (idéal édénique) mais aussi par les convictions philosophiques et les acquis expérientiels de
l’époque. Outre l’exemple déjà cité concernant la longueur appropriée (lire : naturelle) des cheveux de l’homme
et de la femme, je renvoie le lecteur au texte de 2P 2.12, où l’auteur affirme, dans un contexte polémique à l’égard
de ceux qui propagent de fausses doctrines, qui promeuvent un style de vie immoral et qui remettent en cause le
Christ lui-même (v. 1,2), que les « animaux dépourvus de raison ont été engendrés par nature pour être capturés
et tomber en pourriture ». Il va de soi qu’une telle déclaration est descriptive (observation et prise en compte d’une
loi naturelle post-Eden, celle de la prédation), plutôt que prescriptive (règle ou action à suivre afin de se conformer
à une volonté divine).
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Or, si les auteurs bibliques n’auraient probablement jamais accepté une relation homo-
érotique entre deux personnes, même consentantes et amoureuses, il faut aussi dire qu’il n’y a
jamais eu une véritable réflexion (car anachronique) sur l’homosexualité, car ils n’ont pas été
exposés aux résultats de la science médicale (biologie, génétique, endocrinologie) et de la
psychologie moderne. Les auteurs bibliques ont eu raison de condamner les relations homo-
érotiques liées aux pratiques idolâtres, à l’abus et à la violence. Mais comment faire aujourd’hui
si, grâce aux nouvelles découvertes et au mûrissement des principes de l’Évangile dans les
consciences des êtres humains, nous réalisons qu’il faut à la fois adopter les principes bibliques
et prolonger leur trajectoire selon la dynamique, si chère à notre Église, de la « vérité
présente » ?
Certes, pendant des siècles l’Église a considéré tous les rapports homo-érotiques, et
l’homosexualité tout court, comme une aberration, comme le résultat d’un choix fait par des
débauchés, des pervers, des ennemis de Dieu. Pendant des siècles, l’Église s’est aussi trompée
sur des questions astronomiques (voir 1Ch 16.30 ; Ps 104.5), sur la question de l’esclavage (voir
Lv 25.44-46 ; Ep 6.5), sur la question de la justification par la foi, sur la question des mariages
interraciaux, et sur bien d’autres encore. L’Église est un corps, un organisme, et en tant que tel
elle a la vocation de grandir, avec le temps, « jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité
de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’homme adulte, à la mesure de la
stature parfaite du Christ » (Ep 4.11). Le temps ne transforme pas une erreur en vérité5. L’Église
adventiste sait très bien qu’il faut lire la Bible dans l’optique de la volonté de Dieu (principes),
qui se révèle historiquement par des règles et des affirmations qui doivent être comprises à la
lumière d’une révélation progressive. Toute lecture littéraliste et fondamentaliste est contraire
à l’esprit de l’Écriture elle-même.
Pouvons-nous affirmer que, lorsque Jésus appelle les « collecteurs des taxes » de son
temps des pécheurs, il parle ainsi des agents des impôts d’aujourd’hui et de tous les temps
passés et à venir ? Pouvons-nous aujourd’hui considérer comme légitimes des pratiques telles
que le lévirat (prendre l’épouse d’un frère décédé sans progéniture afin de lui en donner une :
Dt 25.5,6 ; Gn 38.8), la polygamie (Ex 21.10,11 ; 2S 12.7,8), l’achat et le commerce d’êtres
humains (Ex 21.2-4), l’obligation pour une femme d’épouser celui qui l’a violée (Dt 22.28,29) ?
Toute injonction biblique (norme ou loi) est à remettre dans son contexte social et
historique. Seulement après il sera possible, avec l’aide de l’Esprit et par la réflexion de la
communauté croyante, de comprendre la volonté de Dieu (principe) pour notre temps : « En
effet, il a paru bon à l’Esprit saint et à nous-mêmes… » (Ac 15.28). Si aujourd’hui la science
ouvre la porte à la possibilité qu’un bon nombre d’homosexuels ne le sont pas par un choix
délibéré, alors peut-on considérer leur être homosexuel comme un péché ? Bien sûr que non.
L’Église adventiste s’est déjà exprimée dans ce sens.
5
Ellen White, The Review and Herald, December 20, 1892 (repris dans Counsels to Writers and Editors, p. 35,
36) : « There is no excuse for anyone in taking the position that there is no more truth to be revealed, and that all
our expositions of Scripture are without an error. The fact that certain doctrines have been held as truth for many
years by our people, is not a proof that our ideas are infallible. Age will not make error into truth, and truth can
afford to be fair. No true doctrine will lose anything by close investigation.
We are living in perilous times, and it does not become us to accept everything claimed to be truth without
examining it thoroughly ; neither can we afford to reject anything that bears the fruits of the Spirit of God ; but we
should be teachable, meek and lowly of heart. There are those who oppose everything that is not in accordance
with their own ideas, and by so doing they endanger their eternal interest as verily as did the Jewish nation in their
rejection of Christ.
The Lord designs that our opinions shall be put to the test, that we may see the necessity of closely examining the
living oracles to see whether or not we are in the faith. Many who claim to believe the truth have settled down at
their ease, saying, “I am rich, and increased with goods, and have need of nothing.” »
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Mais la question doit être prolongée. Si quelqu’un est né homosexuel, peut-on lui
imposer de renoncer à l’amour et l’obliger à vivre une vie de célibataire ? Même Paul considère
que savoir vivre seul est un « don », tout comme savoir vivre en couple (« Je voudrais bien que
tous soient comme moi ; mais chacun tient de Dieu un don particulier de la grâce, l’un d’une
manière, l’autre d’une autre… » 1Co 7.7). Que faire si mon frère ou ma sœur n’a pas reçu le
don du célibat ?
Plusieurs thérapies de « conversion » de l’homosexualité à l’hétérosexualité ont été
mises au point. Certes, parfois cela a marché : je fais confiance aux témoignages de ceux qui
ont témoigné de leur changement6. Mais il s’agit d’un nombre bien petit par rapport à ceux qui
n’ont pas changé et qui témoignent d’une orientation sexuelle « différente » depuis leur plus
jeune âge et sans avoir été victimes d’abus. Ceux qui n’ont pas changé se retrouvent avec une
culpabilité écrasante, sombrent dans la dépression, développent des pensées suicidaires, parfois
se marient avec un partenaire du sexe opposé pour enfin « guérir »… Ce qui aboutit
systématiquement à des drames familiaux importants7.
Comment l’Église adventiste se positionne-t-elle face à cette réalité ? Certes, les récits
de Gn 1 et 2 parlent d’une création parfaite, d’un homme amoureux de sa charmante femme.
Dans le monde parfait il n’y a pas non plus de divorce, d’enfant handicapé, d’avortement, de
violence conjugale. Tout en tendant vers l’idéal divin, nous sommes confrontés à nos réalités
terrestres. C’est pour cette raison que, après avoir promu et soutenu la possibilité d’une
réconciliation soumise à la condition de cesser l’abus, l’Église adventiste accepte le divorce en
cas d’adultère, mais aussi d’abus (physique et psychologique), de perversion et d’abandon :
c’est une manière de prendre conscience qu’un mal mineur (le divorce dans ce cas spécifique)
peut en réalité mieux accomplir une volonté divine de tendresse, de protection et
d’épanouissement que la simple loi « pas de divorce sauf en cas d’adultère »8.
6
Faut-il penser que leur homosexualité plongeait ses racines dans des traumatismes qu’ils ont réussi à nommer et
à guérir ?
7
Bien triste, dans l’histoire adventiste, a été la page écrite par l’ex-pasteur adventiste Colin Cook, co-fondateur en
1980 de l’association Homosexuals Anonymous. Il démissionna en 1986 suite à des scandales. Le lecteur est invité
à se renseigner à ce sujet. Je signale aussi l’article d’Aymeric Christensen, « Les excuses du pasteur qui voulait
“guérir” l’homosexualité », publié en 2013 sur [Link], qui couvre un évènement historique : la décision de
la part de l’association Exodus International (créée en 1976) de cesser les thérapies visant à « remettre les
homosexuels dans le droit chemin ». Voici un extrait du communiqué du président Alan Chambers (pasteur
pentecôtiste) : « Sachez que je suis profondément désolé. Je suis désolé pour la douleur et la souffrance que nombre
d’entre vous ont connues. Je suis désolé que certains aient passé des années avec la honte et la culpabilité de ne
pas voir leur attirance changer. Je suis désolé que nous ayons promu les efforts pour modifier son orientation
sexuelle, ainsi que les théories de réparation qui ont stigmatisé bien des parents. Je suis désolé pour toutes les fois
où je n’ai pas tenu tête aux personnes officiellement “de mon bord” qui vous appelaient des sodomites – ou pire
encore. Je suis désolé, tout en connaissant si bien certains d’entre vous, de ne pas avoir été capable de dire
publiquement que les personnes gays et lesbiennes de ma connaissance étaient tout autant capables d’être des
parents formidables que mes amis hétéros. Je suis désolé d’avoir fêté le retour au Christ de personnes qui lui
abandonnaient leur sexualité, et dans ces moments-là d’avoir aussi violemment fêté la fin de relations qui vous
brisaient le cœur. Je suis désolé d’avoir affirmé que vous et vos familles valaient moins que moi-même et la
mienne. Et plus que tout, je suis désolé que tant de personnes aient interprété ce rejet religieux par des chrétiens
comme un rejet de la part de Dieu. » (http ://[Link]/religion/lamatinale/les-excuses-du-pasteur-qui-voulait-
guerir-l-homosexualite-24-06-2013-41782_400.php).
8
Cette dynamique est bien visible dans la Bible et dans l’histoire de l’Église : Dt 24.1-4 permet aux seuls hommes
de demander et obtenir un divorce (pour des raisons variées) ; Jésus limite la légitimité du divorce aux cas graves
(adultère : Mt 5.32), mais permet aussi aux femmes de répudier leur mari (Mc 10.12) ; Paul, en prolongeant la
trajectoire, élargit la concession au divorce aux cas d’incompatibilités dues à la foi (1Co 7.10-16). L’Église
adventiste ajoutera à cette liste (adultère et incompatibilité à cause de la foi), les abus psychologiques et physiques,
la perversion et l’abandon.
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Peut-on donc considérer que, même si ce n’est pas idéal (car, on le sait, la relation
homosexuelle, pour ne nommer qu’un facteur, ne permet pas d’engendrer la vie), l’amour entre
deux personnes consentantes et amoureuses, dans le cadre d’une relation stable, monogame,
respectueuse et exclusive, soit plus conforme à la volonté de Dieu que le sacrifice (demandé par
qui ?) de devoir renoncer systématiquement et pour toujours à l’amour, avec les conséquences
connues d’une existence dépressive et, lorsque cela devient intolérable, de l’éloignement de
l’Église ?
L’Église adventiste mondiale a, pour le moment, donnée une réponse négative.
Il existe cependant des exceptions : les « Églises-refuges ». Il s’agit d’Églises
adventistes (on en trouve aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Allemagne) qui, en acceptant le fait
que pour la plupart des homosexuels l’orientation n’est pas un choix (qui choisirait d’être traité
comme ils le sont trop souvent à partir de l’âge scolaire jusqu’à la fin de leur jours ?), en prenant
conscience que « homosexuel » ne rime pas avec « dépravé, promiscuité ou pédophilie », ont
décidé d’accueillir dans leurs rangs des frères et des sœurs homosexuels, seuls ou en couple
(ayant intégré le même code moral requis des couples hétérosexuel), qui sont aussi parfois
impliqués dans des ministères locaux (diacres, chantres, animateur de l’École du sabbat des
adultes et des enfants, etc.).
Pour les membres de ces Églises-refuges, il ne s’agit pas d’approuver tacitement le
péché (fornication, adultère, abus), ni de remettre en question l’idéal édénique. Il ne s’agit pas
non plus d’encourager un style de vie basé sur la promiscuité ou l’exhibitionnisme. Si vous
avez la chance de connaître des couples homosexuels chrétiens adventistes, vous remarquerez
que les fruits de l’Esprit (amour, joie, patience, etc.) leur ont été accordés. J’estime que la parole
de Jésus sur les bons fruits portés par des bons arbres s’applique aussi dans ces cas (Lc 6.43,44).
Il faut respecter la position de la majorité du peuple adventiste qui n’accepte pas que les
homosexuels puissent faire partie de l’Église et s’engager dans une relation amoureuse. Il faut
aussi savoir qu’une autre réalité existe, car certaines Églises adventistes et leurs pasteurs ont
franchi le pas. Si vous êtes homosexuel (que vous l’acceptiez ou que vous vous considériez,
hélas, comme une aberration), sachez que
« Le Christ n’a jamais sacrifié une seule vérité ; mais il a toujours dit la vérité avec
amour, se montrant prudent et plein d’un tact infiniment délicat dans ses rapports avec
le peuple, n’usant jamais de rudesse, de paroles inutilement sévères, et ne faisant jamais,
sans nécessité, de la peine à une âme sensible. Il ne blâmait pas la faiblesse humaine ;
s’il dénonçait, sans crainte, l’hypocrisie, l’incrédulité, l’iniquité, il avait des larmes dans
la voix en prononçant ses réprimandes les plus sévères. […] Bien que gardant toujours
une dignité divine, il s’inclinait, avec un tendre respect, devant chacun des membres de
la famille de Dieu. En chaque homme il voyait une âme déchue qu’il avait pour mission
de sauver. » Ellen White, Jésus-Christ, p. 343.
Telle est l’attitude que chaque pasteur et chaque membre d’Église se doit d’intégrer et
de reproduire.
Les « must » à lire :
Kate McLaughlin, Mon fils : cet inconnu que j’aime, Vie et Santé, 2008 (édition en
anglais : Carrol Grady, My Son, Beloved Stranger, Alamo Square Press, 2005).
David Ferguson, Fritz Guy and David Larson (éd.), Christianity And Homosexuality
Some Seventh-day Adventist Perspectives, Association of Adventist Forums, 2008.
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Le « must » à voir :
Seventh-Gay Adventists (documentaire sur les adventistes gays réalisé par Stephen Eyer
et Daneen Akers, 2012).
Sur Internet (organisations par et pour des adventistes et/ou philo-adventistes avec des points
de vue différents) :
http ://[Link]/ (le célibat et l’abstinence de relations sexuelles).
http ://[Link]/ (relation de couple acceptée si conforme à l’éthique
chrétienne du couple : fidélité, respect, etc. L’homosexualité est vue comme une
orientation qu’il faut assumer et non pas comme une maladie de laquelle on peut guérir).
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