Document Unique Devaluation Des Risques
Document Unique Devaluation Des Risques
Aux termes de ses obligations légales, « l'employeur, compte tenu de la nature des activités de l'établissement,
évalue les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs, y compris dans le choix des procédés de fabrication,
des équipements de travail, des substances ou préparations chimiques, dans l'aménagement ou le réaménagement des
lieux de travail ou des installations et dans la définition des postes de travail » (CT, art. L. 4121-3).
Faisant application de cette obligation, l’article R. 4121-1 du Code du travail dispose que
« l’employeur transcrit et met à jour dans un document unique les résultats de l'évaluation des risques pour la santé
et la sécurité des travailleurs […]. Cette évaluation comporte un inventaire des risques identifiés dans chaque unité
de travail de l'entreprise ou de l'établissement, y compris ceux liés aux ambiances thermiques ».
Des risques tels que les manutentions manuelles de charges, les vibrations ou le bruit sont depuis
lors identifiés comme risques professionnels à inclure au sein du document unique d’évaluation
des risques professionnels (DUER).
La loi du 10 novembre 2010 portant réforme des retraites a introduit l’obligation d’évaluer et de
prévenir la pénibilité au travail. Si celle-ci n’est pas en tant que tel un facteur de risque, elle en
introduit pourtant de nouveaux qui n’étaient, jusqu’alors, pas pris en compte au sein du DUER.
A ce titre, il convient en effet désormais d’assurer la prévention de facteurs de risque tels que le
travail de nuit ou le travail en cycle.
Si la position de la DGT a été ainsi clairement affirmée en ce que pénibilité et prévention générale
des risques sont deux concepts distincts « intrinsèquement liés mais non superposables »1, le dispositif
relatif à la pénibilité a donc un impact certain sur le DUER.
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Quelle coordination établir entre le DUER et la pénibilité ?
Le DUER doit dorénavant indiquer les mesures spécifiques de prévention mises en œuvre dans
les entreprises soumises à un ou plusieurs facteurs de pénibilité.
Il faut également y faire figurer le pourcentage de salariés soumis à la pénibilité, quand bien même
le seuil de 50% ne serait pas atteint2.
- « de cohérence, en regroupant, sur un seul support, les données issues de l'analyse des
risques professionnels auxquels sont exposés les travailleurs » ;
- « de commodité, afin de réunir sur un même document les résultats des différentes
analyses des risques réalisées sous la responsabilité de l'employeur, facilitant ainsi le suivi
de la démarche de prévention des risques en entreprise »;
- « de traçabilité : un report systématique des résultats de l'évaluation des risques doit être
effectué, afin que l'ensemble des éléments analysés figure sur un support.
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L’article R. 138-32 du code de la sécurité sociale dispose en effet dorénavant que « l’employeur détermine la proportion de
salariés exposés aux facteurs de pénibilité définis en application de l'article L. 4121-3-1 du Code du travail. Il la consigne en annexe du
document unique d'évaluation des risques mentionné à l'article R. 4121-1 du même code. Cette proportion est actualisée chaque fois que
nécessaire, et notamment lors de la mise à jour du document unique d'évaluation des risques ».
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1. IDENTIFIER LES RISQUES
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Risques liés Les poussières d’origine minérale (silice, amiante, fer, zinc,
aux cobalt, étain…), végétale (bagasse, coton, céréales, farine…) ou
poussières même animale (déjections des poules, pigeons, perruches…) :
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2. IDENTIFIER LES FACTEURS DE PENIBILITE
- procédés de fabrication
- équipements de travail
- substances ou préparations chimiques
- aménagement ou du réaménagement des lieux de travail ou des installations et de la
définition des postes de travail.
Cependant l’article L. 4612-2 du Code du travail précise désormais que le CHSCT « procède à
l'analyse de l'exposition des salariés à des facteurs de pénibilité ».
Une concertation obligatoire avec le CHSCT doit ainsi être obligatoirement établie.
Une circulaire du 28 octobre 2011, précise même qu’il convient à ce titre de consulter le CHSCT3.
- l’encadrement
- les salariés expérimentés
- le médecin du travail qui est associé à l’analyse en tant que conseiller du chef
d’entreprise et des salariés. Dans le cadre de sa mission, le médecin du travail a
l’obligation de rédiger une « fiche d’entreprise » synthétisant l’analyse des risques
et le nombre de salariés concernés (CT, art D.4624-37).
Si le Code du travail établit une liste de dix facteurs de pénibilité il ne fournit qu’une information
parcellaire concernant les valeurs d’exposition (intensité ou durée) constitutives de « seuils de
pénibilité » à retenir
La réglementation ne permet en effet pas d’établir les seuils pour des facteurs tels que les
températures extrêmes, le travail en équipes successives alternantes, ou le travail répétitif.
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Circulaire DGT n° 8 du 28 octobre 2011, relative aux accords et plans d’action en faveur de la prévention de la pénibilité prévus
à l’article L. 138-29 du code de la sécurité sociale, 1.2.
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Pour ces derniers deux méthodes peuvent être suivies :
Il convient donc de retenir des « critères quantitatifs ». Par exemple est considérée comme
pénible la soumission à une température située au-delà du seuil de 30°C.
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3. IDENTIFIER LES SEUILS DES FACTEURS DE PENIBILITE
Catégorie de Facteur de
Définition Seuils
pénibilité pénibilité
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de ses propriétés physico-
chimiques, chimiques ou
toxicologiques et des modalités de
sa présence sur le lieu de travail ou
de son utilisation ou les agents
chimiques cancérogènes,
mutagènes ou toxiques pour la
reproduction (CT, art. R.4412-3 et
R.4412-60) y compris les
poussières et les fumées
activités Pression Pression supérieure à
exercées en 100 hectopascals
milieu
hyperbare (CT, art. R. 4461-1)
Catégorie
Facteur de
de Définition Seuils
pénibilité
pénibilité
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4. « COTER » LES RISQUES
L’enjeu attaché à la prévention de chacun des risques identifiés est révélé par sa cotation.
Cette estimation permet ainsi de pondérer le risque identifié et d’introduire un facteur de décote.
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Le niveau de risque initial peut être évalué en multipliant la gravité du risque par sa fréquence
d’exposition.
RI = G x P
G P
1 2 3 5
1 1 2 3 5
10 10 20 30 50
20 20 40 60 100
50 50 100 150 250
Propriété n° 3 Risque ≤ 25
Chacun des risques identifiés doit alors être analysé à la lumière de la maîtrise détenue sur lui.
Une cote peut être attribuée à cette maîtrise. En cas d’incertitude sur la cotation, il convient de
retenir la situation la plus défavorable.
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Décote pour maîtrise technique du risque :
Moyenne : cote
Forte : cote = 0,2 Nulle : cote = 1
= 0,5
Travail Rotation de poste organisée vers des Rotation de poste Pas de rotation de
postes n’ayant pas les mêmes laissée au bon poste
sollicitations vouloir des
opérateurs
Contrôle Maintenance préventive (contrôle Contrôle technique Pas de mesure
périodique, affutage des outils), ou encadrement à la
respect des consignes de sécurité par demande,
l’encadrement, procédures écrites instructions au
avec enregistrement… poste formalisées
Rangement Poste de travail organisé, chaque Poste rangé Organisation du
chose à sa place poste perfectible
Moyenne : cote
Forte : cote = 0,3 Nulle : cote = 1
= 0,6
Formation Formation de 100% du personnel au Formation de 100% Pas de formation
poste (habilitation à jour) avec du personnel au
enregistrement poste
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Après analyse de la cote de maîtrise de chacun des risques identifiés, il est alors possible de
calculer le taux de décote dudit risque.
M = MT x (MO+MH) / 2
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5. EVALUER LES RISQUES RESIDUELS
La cotation des risques identifiés permet d’obtenir une perception éclairée de la réalité du risque
encouru au sein de l’organisation.
Ce risque résiduel (RR) correspond à la pondération du risque initial par la maîtrise de ce dernier
vécue ou développée au sein de l’organisation.
RR = RI x M
L’importance du risque résiduel doit engendrer la mise en place d’actions prioritaires en matière
de prévention.
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6. FORMALISER L’EVALUATION DES RISQUES ET DE LA PENIBILITE
EN VUE D’ETABLIR LE DUER ET LA PREVENTION
A la suite l’évaluation des risques, « l'employeur met en œuvre les actions de prévention ainsi que les méthodes
de travail et de production garantissant un meilleur niveau de protection de la santé et de la sécurité des
travailleurs. Il intègre ces actions et ces méthodes dans l'ensemble des activités de l'établissement et à tous les
niveaux de l'encadrement » (CT, art. L. 4121-3).
Pour sa réalisation, il n’est pas exigé de codécision entre l’employeur et les institutions
représentatives du personnel.
Il est opportun d’y associer le CHSCT, le médecin du travail ou autre organisme extérieur
compétent en la matière.
Communication du document
- des travailleurs ;
- des membres du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail ou des instances
qui tiennent lieu ;
- des délégués du personnel ;
- du médecin du travail ;
- des agents de l'inspection du travail ;
- des agents des services de prévention des organismes de sécurité sociale ;
- des agents des organismes professionnels de santé, de sécurité et des conditions de travail
mentionnés à l'article L. 4643-1 ;
- des inspecteurs de la radioprotection et des agents en ce qui concerne les résultats des
évaluations liées à l'exposition des travailleurs aux rayonnements ionisants, pour les
installations et activités dont ils ont respectivement la charge(CT, art. R. 4121-4).
En outre un « avis indiquant les modalités d'accès des travailleurs au document unique est affiché à une place
convenable et aisément accessible dans les lieux de travail. Dans les entreprises ou établissements dotés d'un
règlement intérieur, cet avis est affiché au même emplacement que celui réservé au règlement intérieur » (CT, art. R.
4121-4).
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Actualisation du document
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FORMALISATION DE L’EVALUATION DES RISQUES
7. ANNEXE : MODELE DE DOCUMENT UNIQUE INTEGRE
(à titre d’exemple)
Tenant compte de l’ensemble des résultats obtenus, un document unique pourra être formalisé sur le modèle suivant :
Poste Opération Composante du risque Fréquence4 Durée5 Total durée Pénibilité Mesures de Risque ATMP résiduel Pénibilité Plan d’action
(tâche) d’exposition6 prévention7 résiduelle
identification Risque Situation Dommages, G P RI MT MH MO M RR
dangereuse8 conséquences
possibles9
4 En jour / semaine.
5 En exposition / jour.
6 Exposition /semaine (en heures) : fréquence x durée.
7 Mesures existantes ou à poursuivre (préciser date de mise en place).
8 ou caractéristique du facteur de pénibilité.
9 ou caractéristique du facteur de pénibilité.
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Poste : correspond à la dénomination du poste considéré.
Composante du risque :
Le risque : identification des risques (utiliser la liste de risques donnée au point« identification des risques), pour le cas des facteurs de pénibilité,
indiquer le facteur de pénibilité concerné.
Les dommages possibles : correspond aux conséquences possibles du risque : écrasements, coincements, brûlures, TMS, dorsolombalgies…
La gravité (G), la fréquence d’exposition (P) c’est-à-dire la cotation du niveau de risque initial.
Fréquence jour / semaine : nombre de jours par semaine ou la tâche est réalisée
Durée d’exposition / jour : durée en heures pendant laquelle l’opérateur est exposé à la situation dangereuse ou au facteur de pénibilité.
Total durée d’exposition hebdomadaire (heure) : produit de la fréquence jour /sem.par durée d’exposition / jour. Permet de se situer par rapport
aux seuils de pénibilité.
Pénibilité : indiquer « OUI » si les seuils de pénibilité sont atteints, « NS » si les seuils de pénibilité ne sont pas atteints.
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Mesures de prévention : correspond aux mesures de prévention déjà mises en place et devant être maintenues (indiquer la date de mise en place de la
mesure).
Maîtrise :
MT, MH, MO correspond à la cotation de la maîtrise
M correspond au niveau de maîtrise du risque en place
Cr (Criticité résiduelle) : Produit de la criticité initiale Ci par la maîtrise M. Correspond au niveau de risque résiduel
Pénibilité résiduelle : On vérifie ici l’efficacité des mesures de prévention mises en place
Dans le cas où la mesure de prévention mise en place permet de passer en dessous du seuil fixé inscrire « NS »
Dans le cas contraire inscrire « OUI »
Plan d’action
Correspond aux mesures de prévention devant être mises en place pour supprimer ou diminuer le risque ou le facteur de pénibilité et le risque
professionnel.
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8. FORMALISER LE PLAN D’ACTION DANS LE DUER
A partir du document unique formalisé, un plan d’action est élaboré pour une période d’un an et
doit être présenté au CHSCT.
- L’identification du poste au niveau duquel les mesures de prévention doivent être mises
en place
- L’identification du risque à supprimer ou diminuer
- L’action de prévention à mettre en œuvre
- Le délai de réalisation :
Court terme : délai de réalisation inférieur à 3 mois
Moyen terme : délai de réalisation compris entre 3 et 6 mois
Long terme : délai de réalisation supérieur à 6 mois
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