LA DYSPNEE
1/- Définition
La dyspnée ou essoufflement peut être définie comme la perception subjective désagréable de
sa propre respiration. Il s’agit d’une difficulté à respirer s’accompagnant d’une sensation de
gêne ou d’oppression. C’est un symptômefréquent des maladies cardiaques ou respiratoires
mais qui peut aussi être du à des troubles d’autres systèmes. La dyspnée est un symptôme à ne
pas banaliser car elle correspond presquet oujours à une atteinte fonctionnelle sévère.
2/-Bases physiologiques : 2 grands mécanismes mais souvent multifactorielle.
- Augmentation de la fréquence ventilatoire (FV) : effort, fièvre.
Elle est normalement de 12 au repos chez l’adulte.
- Diminution de la capacité ventilatoire :
Trouble ventilatoire obstructif (TVO): BPCO, asthme, oedème laryngé
Trouble ventilatoire restrictif (TVR) : obésité, déformation thoracique
3/- Connaissances pour le pharmacien
Ce que le pharmacien doit savoir et demander.
Tout patient se plaignant de dyspnée que ce soit d’effort ou de repos, qu’elle soit récente ou
d’installation progressive nécessite un avis médical. En pratique, les patients se présentent soit
comme une urgence avec un essoufflement aigu récent (avec des symptômes majeurs même
au repos), soit comme une dyspnée d’effort progressive évoluant depuis longtemps.
En raison des multiples causes d’essoufflement la recherche du diagnostic nécessite
un entretien précis et rigoureux.
4/- Analyse sémiologique :
4/1/- Moment de survenu : Depuis quand ?
Il est important de différencier une dyspnée aigue, survenue il y a moins de quelques jours,
brutalement, d’une dyspnée survenue progressivement en quelques jours ou semaines ou
même présente de manière chronique depuis des mois, voire des années.
4/2/- Mode de survenu :Dans quel contexte ?
- un traumatisme orientera vers un Pneumothorax (PNO), fractures de côtes,contusion
pulmonaire.
- la notion de chirurgie récente orientera vers une embolie pulmonaire (EP).
- des antécédents (atcd) d’insuffisance cardiaque (IC) ou d’asthme orienteront vers la même
pathologie a priori.
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Des atcd de maladie coronarienne et des facteurs de risque cardiovasculaires (fdrcv) feront
évoquer une affection cardiaque grave (infarctus du myocarde (IDM) ou oedème aigu du
poumon (OAP).
- un patient tabagique, plus de 20 paquets année sera suspect de Bronchopathie Chronique
obstructive (BPCO)
- des atcd de cancer : une EP si la dyspnée est aigue, ou une localisation secondaire de ce
cancer surtout s’il est digestif, mammaire, rénal ou ovarien, en cas de dyspnée chronique.
- Un patient VIH positif : une dyspnée chez ce type de patient reste une pneumonie à
pneumocystis carinii jusqu’à preuve du contraire.
- L’âge : une dyspnée chez un nourrisson est probablement une bronchiolite.
Chez le jeune enfant et adolescent, penser en premier lieu à une crise d’asthme mais aussi au
corps étranger (CE) inhalé.
- Des atcd de diabète doivent faire évoquer l’acidose lactique, particulièrement chez les
patients traités par biguanides et/ou insuffisant rénaux.
4/3/- Symptomatologie : Quels sont les signes associés ?
- Fièvre : en faveur d’une infection pleuro-pulmonaire (pneumonie -pneumopathie)
- Signes de gravité : La dyspnée aigue sévère est l’une des urgences médicales
les plus fréquentes
Douleur thoracique : c’est un signe de gravité et selon le contexte, on pensera à une EP, une
maladie coronarienne, un PNO.
Sueurs, nausées, palpitations, modifications de la voix
Cyanose, stridor, hémoptysie
Difficulté à parler, signes de choc anaphylactique (OEdème du visage, urticaire, hypotension),
altération de la conscience dans les détresses respiratoires
- Pâleur évocatrice d’anémie
- Tachycardie (= accélération de la fréquence cardiaque) en cas d’intoxication au CO
- Amaigrissement, altération de l’état général (AEG)
4/4/- Examens medicaux :
1. Examen clinique cardio respiratoire et général
2. La mesure du Débit Expiratoire :
3. Examens paracliniques
- Radiographie pulmonaire (RP)
- EFR – ECG - Scanner thoracique
- Endoscopie : laryngoscopie et bronchoscopie.
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- Gaz du sang artériel - Test d’effort
5/-Étiologies
Dyspnée aigue, brutale, de repos
Fréquent Rare
Crise d’asthme CE (enfant)
Bronchiolite Oedème laryngé
OAP
Traumatisme thoracique. Pneumothorax
EP
Epiglottite (enfant)
Surinfection de BPCO
Dyspnée psychogène : angoisse Acidose métabolique (diabète)
Pneumopathie
Dyspnée chronique et/ou dyspnée d’effort
Fréquent Rare
BPCO Anémie sévère
Asthme chronique Maladies pulmonaires interstitielles
Insuffisance Ventricilaire gauche (IVG) et (sarcoïdose.)
cardiopathies Maladies de la paroi thoracique ou des
Obésité muscles respiratoires (myopathies)
Cancer bronchique et cancer secondaire
Inadaptation CV à l’effort
5/1/- L’embolie pulmonaire
Définition
Oblitération soudaine, partielle ou totale, d’une artère pulmonaire ou de l’une de ses branches
par un caillot sanguin. L’infarctus du poumon est la nécrose du territoire ischémié par
l’embolie.
Facteur de risque
Antécédents de maladie thrombo embolique veineuse (TVP)
prise de contraception orale
tabagisme
immobilisation récente (maladie ou chirurgie)
post partum
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voyage récent en avion
néoplasie connue
stase veineuse (insuffisance cardiaque, phlébite)
âge avancé.
Clinique
Toutes les formes cliniques sont possible : de la forme mineure à l’EP massive.
- forme mineure : se traduisant parfois par un seul de ces symptômes : douleur thoracique très
modérée, brève, tachycardie, hypotension orthostatique, toux, fébricule, anxiété, agitation.
- forme plus évocatrice : dyspnée récente brutale, angoissante, avec douleur thoracique,
sensation de malaise, lipothymie.
- forme majeure : douleur rétro sternale profonde, cyanose, état de choc,dyspnée et tachypnée.
Conduite à tenir
Un seul des facteurs de risque associé à une dyspnée brutale et à une douleur thoracique
nécessite un avis médical urgent pour une très probable hospitalisation et mise sous
héparinothérapie.
Pronostic et traitement
Mortalité de 30 % en l’absence de traitement. 5 à 10% pour les sujets traités.
Héparinothérapie en IV puis relais par les anticoagulants per os plusieurs mois.
Traitement chirurgical dans les formes sévères.
5/2/- Le pneumothorax (PNO)
Présence d’air dans la cavité pleurale. S’il y a également du liquide il s’agit d’un
hydropneumothorax. S’il s’agit de sang : hémothorax.
Causes
Idiopathique : chez le jeune homme, parfois après un effort violent, plongée,
vol à haute altitude, ….
Secondaire à une pneumopathie
Traumatique : fracture de côtes
Symptômes
- Très variables : de la gêne minime à la douleur thoracique maximale avec dyspnée, toux
cyanose… mimant un IDM ou EP
Pronostic
- Bon pour le PNO idiopathique avec cependant un risque de récidive non négligeable.
Traitement
- Les petits PNO se résorbent en 2 à 3 semaines avec repos, antalgiques
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- Aspiration de l’air dans les PNO plus étendus.
- Chirurgie pour les PNO idiopathiques itératifs
5/3/-La dyspnée psychogène
5/3/1. L’hyperventilation ou crise de spasmophilie
Se voit le plus souvent chez la jeune femme.
S’accompagne d’une sensation de malaise avec fourmillements dans les mains, autour de la
bouche, et de crampes. Entourage affolé contrastant avec l’absence de signes cliniques de
gravité : pas de cyanose, pas de sueurs, pas de signes cardiaques ni pulmonaires.
La respiration est polypnéique, superficielle,irrégulière.
Traitement :
- paroles rassurantes délivrées dans un environnement calme,
- plus ou moins respiration de son propre air par la patiente dans un sac.
5/3/2. l’essoufflement psychogène
Est assez fréquent. Est décrit par le patient comme une incapacité à faire entrer assez d’air
dans les poumons, ce qui l’amène à faire des grandes inspirations supplémentaires.
Le patient est incapable de retenir sa respiration. Cela ne perturbe pas le sommeil mais se
produit souvent au repos.
Paradoxalement amélioré / l’effort.
C’est une manifestation de l’angoisse. Il est parfois nécessaire de faire des épreuves d’effort
pour être sûr que le patient n’a pas de dyspnée organique.
5/4/- L’inadaptation CV à l’effort
Responsable d’une dyspnée uniquement à l’effort.
Diagnostic d’exclusion après avoir demandé un avis pneumologique et cardiologique
et fait faire les tests d’effort .
Conseiller :
- efforts de type endurance (marche, vélo, natation) : le patient doit pouvoir parler durant
l’effort
- minimum 3 fois 20mn / semaine
- attendre au moins 1 mois pour voir un changement significatif
- soutenir et motiver ++
5/5/- Dyspnée d’origine cardiaque = Insuffisance cardiaque
Formes Cliniques
- Dyspnée d’effort. Classée en 4 stades selon NYHA. S’accompagne souvent de fatigue, toux.
Classification NYHA
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Classification NYHA
Classe 1 Aucune limitation des activités physiques
Ni dyspnée ni fatigue lors des activités
de la vie courante
Classe 2 Limitation modérée des activités
physiques
Gêne lors des activités physiques
importantes
Pas de gêne au repos
Classe 3 Limitation franche des activités
physiques
Gêne lors des activités, mêmes
modérées, de la vie courante
Pas de gêne au repos
Classe 4 Incapacité d'effectuer la plupart des
activités de la vie courante sans une
gêne importante
Gêne au repos
- Orthopnée : dyspnée plus intense en position couchée qu’assise : le nombre de coussins que
le malade utilise est une bonne indication de la gravité de la cardiopathie !!
- Dyspnée paroxystique nocturne : sub OAP ou OAP : de préférence en début de nuit :
dyspnée intense éveillant le malade, l’obligeant à s’asseoir.
- IDM : la dyspnée peut parfois être le seul signe d’un IDM
5/6/- Corps étranger dans les bronches
- Surtout chez l’enfant.
- Accès de suffocation, dysphonie, toux, hémoptysie.
- Le CE est rarement éliminé par les efforts violents de toux.
Il peut rester silencieux pendant des jours ou des semaines.
En cas de suffocation par suspicion d’inhalation d’un corps étranger bronchique , il est utile
de connaître les gestes de premier secours qui peuvent sauver une vie.
Donner au plus vite 5 claques dans le dos avec le plat de la main ouverte. Si les
signes de l'étouffement persistent, pratiquer la manoeuvre de Heimlich.
Chez l’adulte Chez le nourrisson (Manoeuvre de Mofenson)