Chapitre I
Définitions et notions de base sur les déchets
I. INTRODUCTION
La gestion des déchets solide est un problème local ayant des répercussions à l’échelle
mondiale. À mesure que la population mondiale continue de croître, la quantité de déchets
produits augmente elle aussi. En 2015, le monde a généré 2 milliards de tonnes métriques de
déchets solides. Ce chiffre devrait atteindre 3,4 milliards de tonnes métriques d’ici 2050. Dans
les pays à faibles revenus, la quantité de déchets devrait plus que tripler d’ici 2050 (Kaza et al.
En 2018). À mesure que la génération de déchets augmente, l’importance de la mise en place
d’un système efficace de gestion des déchets solides s’accroît. Cependant, les villes et les
gouvernements locaux sont confrontés à de nombreuses difficultés en ce qui concerne la gestion
appropriée de leurs déchets solides. En conséquence, selon les estimations, au moins 2 milliards
de personnes vivent dans des zones où la collecte des déchets est inexistante et dépendent de
décharges non contrôlées (PNUE and ISWA 2015). Les systèmes de gestion des déchets solides
inadéquats présentent des risques graves pour la santé humaine, l’environnement et les moyens
de subsistance de nombreuses villes.
II. ÉTYMOLOGIE DU CONCEPT DECHET
Le terme déchet vient du verbe « déchoir » qui traduit la diminution de la valeur d’un bien,
d’une matière ou d’un objet jusqu’au point où il devient inutilisable en un lieu et en moment
donné.
a) Synonymes
Rognure, copeau, chute, scorie, le reste, loupé de fabrication, rejet, résidu, effluent, détritus,
immondices, sous-produit, co-produit, produit annexe, produit hors-usage, matière première
secondaire, etc.
Figure 1. Copeaux d’acier dans un atelier de maintenance mécanique.
b) Exemples de sous-produits :
1. Fabrication industrielle de l’acide phosphorique par attaque acide des apatites (phosphates
de calcium) conduit à un sous-produit qui est le phosphogypse (CaSO4 2H2O) :
2. La fabrication de la fonte donne comme sous-produit ou co-produit le laitier ou scorie
(Silico-aluminate) de haut-fourneau.
III. DEFINITIONS DU CONCEPT DECHET
a. Concept littéraire (selon le dictionnaire le petit Robert)
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➢ Perte, diminution qu’un chose subit dans l'emploi qui en est fait.
➢ Ce qui reste d'une matière qu'on a travaillée.
➢ Résidu impropre à la consommation, inutilisable (et en général sale ou encombrant).
b. Concept environnemental
Du point de vue de l’environnement, un déchet constitue une menace à partir du moment où
l’on envisage un contact avec l’environnement. Ce contact peut être direct ou le résultat d'un
traitement.
c. Concept économique
Sur le plan économique, un déchet est une matière ou un objet dont la valeur économique est
nulle ou négative pour son détenteur à un moment et dans un lieu donné. Cette définition exclut
une bonne part des déchets recyclables, qui possèdent une valeur économique, même faible.
d. Concept juridique
L’article 3 de la loi 01/19 du 12 décembre 2001 relative à la gestion, au contrôle et à
L’élimination des déchets définit le déchet comme suit :
‘’tout résidu d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance,
matériau, produit ou, plus généralement, tout objet, bien meuble dont le détenteur se défait,
projette de se défaire, ou dont il a l’obligation de se défaire ou de l’éliminer’’.
La figure 2 ci-après illustre le concept déchet ; ses sources habituelles de production et son
statut (nuisance ou gisement de matière première).
(a)
2
(b)
Figure 2 : Schématisation du concept déchet : (a) Sources habituelles de production du
déchet ou sous-produit, (b) Statut du déchet : nuisance ou gisement de matière première.
IV. RUDOLOGIE OU SCIENCE DES DECHETS
Selon le petit Robert :
Rudologie (du latin rudus, ruderis : décombres ; terme introduit en 1985) : La rudologie est une
science qui étudie les déchets, leur gestion et leur élimination. La rudologie ou science des
résidus est née en 1884 lorsque Eugène-René POUBELLE décréta que les Parisiens ne
jetteraient plus leurs ordures par les fenêtres.
Un peu d’histoire…
1884 : invention de la poubelle
Eugène POUBELLE (1831-1907)
Préfet de la Seine (Paris) qui, par arrêté du 16 janvier 1884, impose aux Parisiens,
l’usage de la boîte à ordures. Cette boîte à ordures en tôle galvanisée a pris le nom de
poubelle et l’a conservé lorsque le plastique a remplacé la tôle.
Le rudologue, spécialiste de la gestion des déchets industriels ou ménagers et de la prévention
des pollutions de l’environnement, travaille généralement pour les organismes publics et
parapublics. Il analyse la production des déchets et les nuisances qu’ils génèrent, pour proposer
des solutions de traitement des déchets.
V. ORIGINE DE LA PRODUCTION DES DECHETS
La production des déchets est inéluctable pour les raisons suivantes :
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a. Biologique : Les déchets d’origine biologique sont définis par le fait que tout cycle de vie
Produit des métabolites (matière fécale, cadavre…).
b. Chimique : Toute réaction chimique est régie par les principes de la conservation de la
Matière et dès lors si l’on veut obtenir un produit C à partir des produits A et B par la réaction
A + B → C + D ; D sera un sous-produit qu’il faut gérer si on n’en a pas l’usage évident.
c. Technologique : Quelles que soient la fiabilité et la qualité des outils et procédés de
Production, il y a inévitablement des rejets qu’il faut prendre en compte tels que chutes,
Copeaux, solvants usés, emballage, etc.
d. Économique : La durabilité des produits, des objets et des machines a forcément une limite
qui les conduits, un jour ou l’autre à leur élimination ou leur remplacement.
e. Écologique : Les activités de dépollution (eau, air, déchets) génèrent inévitablement
d’autres déchets qui nécessiteront eux aussi une gestion spécifique, … et ainsi de suite.
f. Accidentelle : Les inévitables dysfonctionnements des systèmes de production et de
consommation sont à l’origine des déchets.
VI. CYCLE DE VIE D’UN DECHET
Selon Debray (1997), le cycle de vie d’un déchet peut être présenté comme suit (Figure 3) :
Figure 3 : Cycle de vie d’un déchet (d’après Debray, 1997).
Qu’est-ce qu’un déchet ultime ?
Est ultime un déchet, résultant ou non du traitement d’un déchet, qui n’est plus susceptible
d’être traité dans les conditions techniques et économiques du moment, notamment par
extraction de la part valorisable ou par réduction de son caractère polluant ou dangereux.
Procédé d’inertage d’un déchet ultime (Encadré 1)
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1. Solidification
Transformer le déchet en une forme stable et durable possédant certaines propriétés physiques,
qui permettent de le stocker, de le mettre en décharge ou de l’utiliser.
2. Stabilisation
Fixer chimiquement ou physiquement les contaminants du déchet en diminuant leur mobilité
(tend vers 0) pour éviter leur dispersion et donc le risque qu’ils contaminent l’environnement
par de nombreux mécanismes :
❑ Absorption ou adsorption physique.
❑ Précipitation.
❑ Hydratation.
❑ Hydrolyse alcaline.
❑ Échange ionique.
❑ Encapsulage.
Encadré 1 : Principe du procédé d’inertage d’un déchet ultime.
VII. CLASSIFICATION DES DECHETS SOLIDES
Les déchets sont classifiés en 3 catégories (Article 05 de la loi n° 01-19 du 12/12/2001 JO) :
Les déchets spéciaux, y compris les déchets spéciaux dangereux ;
Les déchets ménagers et assimilés ;
Les déchets inertes.
Les déchets peuvent être aussi classés en 2 grandes catégories :
1. selon l'origine du déchet ;
2. selon la nature du danger.
a) Classification en fonction de l'origine du déchet
❖ Déchets ménagers et assimilés (DMA).
❖ Déchets industriels banals (DIB) et spéciaux (DIS).
❖ Déchets de l’agriculture.
❖ Déchets de la construction et de la démolition (déchets inertes).
❖ Déchets d’activité de soins (DAS) ou déchets infectieux (DASRI).
❖ Déchets des équipements électriques et électroniques (DEEE).
❖ Déchets de l’automobile.
b) Classification en fonction de la nature du danger
❖ Déchets radioactifs.
❖ Déchets dangereux.
❖ Déchets inertes.
❖ Déchets ultimes.
❖ Déchets non dangereux.
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VIII. CARACTERISTIQUES ANALYTIQUES DES DECHETS
Le choix d’une filière de traitement d’un déchet ou d’un sous-produit nécessite la bonne
connaissance de ses caractéristiques analytiques.
À l'origine, la notion de filière désigne un enchaînement d'opérations. Dans le domaine du
traitement des déchets, il s'agit de l'ensemble des opérations à mettre en œuvre pour aboutir
aux résultats souhaités :
❖ valorisation du déchet ;
❖ et/ou rejet éco-compatible d'effluents dépollués ;
❖ et/ou stockage d'un déchet ultime.
Les différentes données suivantes sont nécessaires à la bonne connaissance d’un déchet ou d’un
sous-produit :
(a) Composition (pour tout déchet) :
Composition chimique élémentaire (Métaux, C, H, N, P, S, Cl…) et moléculaire
(Benzène, phénols, protéines, sucres… ; sels minéraux, oxydes, polymères…).
Composition minéralogique (nature des minéraux constitutifs) dans le cas des déchets
solides.
Nature des différentes phases constituant un déchet polyphasique (gaz résiduaire,
mélanges liquide-liquide, liquide-solide, solide-solide) et composition chimique de ces
phases.
(b) Propriétés physico-chimiques
➢ Pouvoir calorifique inférieur (PCI) correspondant à la chaleur dégagée par la combustion
d'une unité de masse de déchet, l’eau étant formée à l'état de vapeur.
➢ Pouvoir calorifique supérieur (PCS) : idem, mais l’eau formée à l'état liquide.
Les pouvoirs calorifiques d'un produit de composition chimique donnée sont obtenus par le
calcul à partir des enthalpies standards de formation de ce produit, de CO2 et de H2O
➢ Inflammabilité, capacité thermique, point éclair et tension de vapeur.
➢ Points de fusion et d'ébullition.
➢ Solubilité, viscosité, conductivité, propriétés rhéologiques.
➢ pH(cas des effluents ou déchets liquides).
(c) Propriétés physico-mécaniques, minéralogiques et structurales (pour tous les
déchets solides)
➢ État physique : solide, liquide, pâteux, gazeux, mélange de phases.
➢ Masse volumique.
➢ Granulométrie, finesse, porosité, surface spécifique.
➢ État structural (amorphe, vitreux, cristallisé).
➢ Indice de plasticité, qualité de compactage, teneur optimale en eau.
➢ Propriétés mécaniques (dureté, broyabilité, résistances mécaniques).
(d) Propriétés spécifiques
➢ Taux de cendres, couleur, biodégradabilité…
➢ Toxicité pour les êtres vivants (cyanures, phénols, chromates, chlore, soufre, H2S, CO, sels
de métaux lourds : Pb, Cd, Hg, Cu...) ou pour les installations (alcalins, chlore, silice, métaux
volatils).
➢ Réactivité chimique et agressivité.
➢ Comportement en lixiviation (Comment ils peuvent être emportés par le milieu environnant
les déchets une fois solidifiés ?).
➢ Pouvoir fertilisant.
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➢ Évolution dans le temps.
➢ Radioactivité
- Période (cas des déchets radioactifs) : Temps au bout duquel la moitié des atomes, contenus
dans un échantillon de substance radioactive, se sont naturellement désintégrés.
La radioactivité de la substance a donc diminué de moitié.
Exemples : Iode 131 : 8j ; Cobalt 60 : 5 ans ; Radium 226 : 1260 ans ; Plutonium 239 :
24.103 ans ; Uranium 238 : 4,5.109 ans.
- Nature du rayonnement émis (, , ).
➢ Facteur qualité (pureté du déchet) et contenu énergétique.
IX. NOMENCLATURE DES DECHETS
➢ A quoi sert la nomenclature des déchets ?
La nomenclature des déchets est une classification qui comprend les déchets spéciaux y compris
les déchets spéciaux dangereux, les déchets ménagers assimilés et les déchets inertes. Elle sert
à désigner les déchets afin que les différents partenaires concernés par l'élimination des déchets
parlent un langage commun.
La nomenclature est un code européen à 6 chiffres qui identifie les déchets (de 01 à 20 03
99). Cette codification indique quels sont les déchets classés dangereux : ceux-ci sont repérés
par un astérisque (*).
➢ A qui est destinée la nomenclature des déchets ?
La nomenclature doit être utilisée par toute personne physique ou de droit moral qui est
concernée par l'élimination des déchets, à savoir :
❖ l'administration ;
❖ les établissements publics ;
❖ les collectivités locales (wilaya, commune) ;
❖ les entreprises qui produisent, importent, exportent des installations d'incinération, de co-
incinération, de traitement physico-chimique ou biologique, collectent, transportent, se livrent
à des opérations de courtage ou de négoce de déchets.
➢ Veille réglementaire
Décret exécutif N°06-104 du 28 février 2006 fixant la nomenclature des déchets,
y compris les déchets spéciaux dangereux.
➢ Classification des déchets à l’aide de la nomenclature
a. Structure de la nomenclature
La nomenclature des déchets est structurée en forme de pyramide à 3 étages (Figure 4) :
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Figure 4 : Structure pyramidale de la nomenclature des déchets.
b. Comment trouve-t-on le code d’un déchet ?
❖ Chapitres (ou catégories) 01 à 12 ou 17 à 19 pour un déchet de type industriel.
❖ Chapitre 20 pour un déchet ménager.
➢ Exemples de lecture de la nomenclature des déchets :
Exemple 1 : Cas des déchets industriels
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Exemple 2 : Cas des déchets ménagers et assimilés
X. ACTIONS GOUVERNEMENTALES EN MATIERE DE GESTION
INTEGREE DES DECHETS
a. Adaptation du programme PROGDEM
PROGDEM : Programme National pour la Gestion Intégrée des Déchets Municipaux pour les
40 grandes villes Algériennes.
Principaux objectifs du PROGDEM
Élimination saine et écologiquement rationnelle des déchets.
Valorisation des déchets recyclables.
Mettre en place du système de reprise des déchets d’emballages « Eco-Jem ».
Création d'emplois verts.
Réduction de la production des déchets à la source.
b. Création de l’Agence Nationale des Déchets (AND)
Statut de l’agence : établissement à caractère industriel et commercial (EPIC).
Domaines d'intervention de l'agence :
Traiter les données et les informations sur les déchets.
Constituer et actualiser la banque nationale des données sur les déchets.
Vulgariser les techniques de gestion et de valorisation des déchets.
c. Système national de reprise et de valorisation des déchets d'emballages
(Eco-Jem)
Les résultats de l'enquête réalisée par les services du Ministère de l'Environnement
(MATE) font état d'un recensement préliminaire de 192 unités produisant plus de 2 millions de
tonnes d'emballage plastique dont seule 4000 tonnes sont récupérées (soit 0,0002 %).
Objectifs du système « Eco-Jem » :
✓ Promotion des activités de traitement, recyclage et de valorisation des déchets.
✓ Réduction du volume des déchets générés (soustraction à la source des déchets
d'emballages).
✓ Économie des matières premières (réutilisation des sous-produits).
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XI. LEGISLATION ALGERIENNE EN MATIERE DE GESTION
DES DECHETS
Recueil de quelques textes juridiques (journal officiel JO)
Loi N°01-19 du 12 décembre 2001 relative à la gestion, au contrôle et à l’élimination
des déchets.
Décret exécutif N°02-175 du 20 mai 2002 portant création, organisation et
fonctionnement de l’Agence Nationale des Déchets (AND).
Décret exécutif N°02-372 du 11 novembre 2002 relatif aux déchets d’emballages.
Décret exécutif N°04-409 du 14 décembre 2004 fixant les modalités de transport des
déchets spéciaux dangereux.
Décret exécutif N°4-410 du 14 décembre 2004 fixant les règles générales
d’aménagement et d’exploitation des installations de traitement des déchets et les
conditions d’admission de ces déchets au niveau de ces installations.
Décret exécutif N°05-314 du 10 septembre 2005 fixant les modalités d’agréments de
générateurs et / ou détenteurs de déchets spéciaux.
Décret exécutif N°05-315 du 10 septembre 2005 fixant les modalités de déclaration des
déchets spéciaux dangereux.
Décret exécutif N° 06-104 du 28 février 2006 fixant la nomenclature des déchets, y
compris les déchets spéciaux dangereux.
XII. IMPACTS DES DECHETS SOLIDES SUR LA SANTE ET
L’ENVIRONNEMENT
a) Impacts sur la santé humaine :
1. Pathologies liées à des conditions environnementales favorables et maladies
spécifiques de la manipulation des déchets (agents de nettoiement…)
❖ Hépatites épidémiques et sériques.
❖ Conjonctivites épidémiques.
❖ Tétanos.
❖ Intoxications aux produits dangereux.
❖ Maladies de contact de la peau et des muqueuses.
2. Impacts sanitaires des décharges non contrôlées
❖ Multiplication des maladies infectieuses et parasitaires (maladie à transmission hydrique
par altération des ressources en eau, hépatites infectieuses, maladies parasitaires de la peau et
autres).
❖ Multiplication des rongeurs qui sont à l’origine de la peste.
❖ Prolifération des chiens errants (zoonoses (la rage) et parasitoses (maladies liées à la tique
des chiens).
❖ Prolifération des vecteurs nuisibles (mouches, moustiques…).
b) Impacts sur l’environnement :
Les déchets solides ont un impact environnemental sévère qui se manifeste par une :
❖ altération de la qualité de l’air (gaz, fumées et poussières) ;
❖ altération des sols et des paysages par des polluants chimiques ;
❖ pollution des ressources en eau par les infiltrats et les eaux usées.
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Figure 5 : Types de pollution générée par les déchets solides (d’après Navarro, 1999).
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