0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
140 vues20 pages

Gamelin

Le document décrit la vie et la carrière de l'artiste peintre Jacques Gamelin, notamment sa réalisation d'un livre d'anatomie en 1779 à Toulouse. Il passe 10 ans en Italie où il rencontre le succès, avant de revenir à Toulouse et de se consacrer à l'anatomie artistique à travers ce livre, qui est son chef-d'œuvre.

Transféré par

francesco fogliotti
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
140 vues20 pages

Gamelin

Le document décrit la vie et la carrière de l'artiste peintre Jacques Gamelin, notamment sa réalisation d'un livre d'anatomie en 1779 à Toulouse. Il passe 10 ans en Italie où il rencontre le succès, avant de revenir à Toulouse et de se consacrer à l'anatomie artistique à travers ce livre, qui est son chef-d'œuvre.

Transféré par

francesco fogliotti
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Tome

IV : Jacques GAMELIN
Artiste peintre (1738-1803).
La réalisation majeure de Gamelin en dehors de la
peinture est un livre d’ostéologie & de myologie pour les
Sciences & les Arts. Ce livre est un chef d’œuvre artistique mis
en souscription puis édité en 1779, période pré révolutionnaire.
Le livre ne trouve pas son public. L’anatomie Artistique est une
branche importante de l’anatomie pour les artistes : peintres,
sculpteurs, graveurs. Ces artistes veulent exprimer le
mouvement d’une manière exacte & surtout en gardant les
proportions du sujet.
De nombreux anatomistes ont travaillé avec des artistes pour la
réalisation de leur livre, mais également de nombreux artistes ont disséqué des sujets
pour leur connaissance personnelle de l’être humain. Nous avons vu qu’à Toulouse
Charpy Adrien édite avec Jammes Léon un petit livre « Guide anatomique aux Musées de
Sculpture ». Charpy a réalisé de nombreux travaux sur la morphologie externe & sur les
plis cutanés. Son agrégé Soulié A est aussi professeur aux Beaux-Arts de Toulouse.
L’histoire de l’anatomie artistique et celle de l’anatomie « normale » sont liées
avec un développement parallèle. Léonard de Vinci est le précurseur de l’anatomie
artistique à la Renaissance. Il porte son intérêt sur les muscles & la charpente osseuse
étudiant les proportions en fonction de l’âge, du sexe, ou de « la race ». Il s’intéresse aux
articulations humaines qu’il compare aux articulations mécaniques. L’artiste cherche à
résoudre 4 particularités au travers de la dissection : les proportions, les formes, les
attitudes & les mouvements, les émotions & les expressions de passion. Le médecin ou
le chirurgien veut tout connaître du corps pour expliquer sa physiologie, son
fonctionnement & a recours au crayon des dessinateurs pour visualiser sa conception
anatomique.
L’artiste se rattache au goût de son temps : il regarde & mesure pour dessiner. Le
médecin palpe, tâte l’enveloppe & devine la maladie interne. Le chirurgien ouvre, écarte,
remplace, répare et referme, et tout cela avec l’aide de l’anatomie.

La vie de Gamelin peut être divisée en quatre périodes.
1) les échecs, 2) Le séjour en Italie, 3) la réalisation du recueil à Toulouse & 4)
après la réalisation du recueil.
Gamelin J naît le 30 octobre 1738 à Carcassonne dans une maison modeste, il est
baptisé 48 H après sa naissance. Son père, originaire de la périphérie de Blois, dirige une
draperie, sa mère est Tourangelle. La fabrique fonctionne bien, Jacques est toutefois mis
en nourrice pendant 7 ans ; il garde un attachement à sa nourrisse & réalisera plus tard
son portrait. Il entre chez les jésuites pour poursuivre son éducation. Il se passionne très
jeune pour les Arts (musique & dessin), également pour les récits de l’Iliade et de
L’Odyssée. Son père voit en lui sa suite à la draperie & pour supprimer ce penchant vers
les Arts il l’envoie en apprentissage à Toulouse chez le Baron de Puymaurin Nicolas
Joseph de Marcassus (1710-1791) négociant, possédant deux manufactures Royale de
drap établie en 1700 par son père & pour laquelle son père fut nommé Baron en 1726
par Louis XV. Les livres de comptes lui sont confiés. Il y appose de nombreux dessins
pour les illustrer. Le chef comptable rapporte les faits au Baron. Le Baron de Puymaurin
est un mécène des Arts, membre de l’Académie des Sciences, inscription & Belles-Lettres
de Toulouse & de l’Académie de peinture de Toulouse. Il a aidé plusieurs artistes dont :
Baorans, Raymond (architecte). De Puymaurin va voir le père de J Gamelin afin qu’il
réalise son rêve : une carrière dans les Arts. Cette évolution n’est pas envisageable pour
son père, la rupture est complète entre le père & le fils.
1) Les échecs : Le baron devient son mécène puis son ami. Il le fait entrer à
l’Académie Royale de Toulouse avec Rivalz (élève de Poussin) comme professeur. Au
travers de Rivalz il va subir l’empreinte de Poussin. Il reste 4 ans à Toulouse (de 18 à 23
ans). Ses peintures présentées au concours annuel sont jugées trop académiques &
rejetées. De Puymaurin l’envoie à Paris 4 ans chez Deshays J B, 1764 (élève & gendre de
Bouchet) où il poursuit sa formation. Il échoue au concours du prix de Rome en 1763 &
1764. En 1764, il réalise un court séjour à Toulouse, de Puymaurin lui offre le voyage à
Rome. Il y reste 10 ans environ de 1765 à 1774.
Ses débuts à Paris & Toulouse furent marqués par des échecs aux différents
concours.

2) Le séjour en Italie : A Rome, Gamelin est dans son éléments : l’antique. « Il
dessine & copie ses maîtres Raphaël, Michel Ange qui l’inspire par sa science de l’anatomie,
le Caravage par son clair obscur l’impressionne ». Il entre comme élève à l’Académie de
Saint Luc. Il vole alors de succès en succès, il remporte d’emblée le premier prix du
modèle vivant (Cardinal Albbani) & le second prix du drapé. Le 3 février 1771, il est
nommé professeur à l’Académie de Saint Luc en qualité de peintre de Bataille. A 32 ans il
devient peintre du Pape Clément XIV. Il se marie avec une belle italienne Julia Tridix,
que l’on retrouvera dans quelques unes de ses peintures, ils auront cinq enfants. De
Puymaurin visite Gamelin à Rome, à son retour, il informe son père de ses succès. En
1774, le Pape meurt. Son père malade demande le retour de son fils pour une
réconciliation. Gamelin rentre seul, sa femme et ses enfants le rejoignent
secondairement sa fille étant malade.

3) La réalisation du recueil d’anatomie : Le retour d’Italie est terni par le
décès de son père. Dans son bureau Gamelin trouve un secrétaire rempli de pièces d’or,
& lors de la découverte de ce trésor, il présente un malaise. Son premier geste fut de
rembourser de Puymaurin des sommes qu’il avait dépensées pour lui, & ce contre la
volonté du mécène. Il les lui restitua. Gamelin se trouve à la tête d’une fortune. Deux
possibilités se posent à Gamelin : aller à Paris, David lui demande de travailler avec lui,
ou développer la science anatomique, projet qu’il porte en lui de longue date. Il choisit
l’anatomie. Il s’installe à Toulouse, où en 1775 on lui afflige une nouvelle déconvenue au
concours de l’Académie de Toulouse, les critiques trouvent son œuvre « moins
académique », ce qui le déçoit énormément. Cela le confirme dans ses idées : changer
ses activités. Son gout pour le dessin le pousse à réaliser son rêve influencé par les
génies de la Renaissance cotoyés lors de son séjour à Rome : éditer un recueil
d’ostéologie & de myologie d’après nature pour l’utilité des sciences et des arts.
Il s’entoure de « dissecteurs » sous la direction de B Bécane chirurgien au Collège
Royal de Chirurgie dont son fils & de graveurs Martin & Lavalée. La réalisation du livre
d’anatomie va durer 2 ans. Il engage toute sa fortune dans cette entreprise qui lui tient à
cœur. Il achète un atelier pour le dessin & la gravure. Pour certain il dissèque également
dans ce lieu ? Pour réaliser le recueil d’après nature il doit obtenir des cadavres. Les
sujets de dissections sont rares à Toulouse, ils sont délivrés par les Capitouls (en général
9 par ans pour la faculté de médecine & pour le collège Royal de chirurgie). Durant cette
période 4 sujets sont pendus donc utiles pour la dissection 3 hommes & une femme. Le
professeur Bécane prend une part importante dans l’affectation des cadavres, & a
probablement volé un cadavre à la « salade ». (Lieu à une entrée de Toulouse où sont
exposés les pendus, d’où le nom actuel du quartier de la Salade-Ponsan).

LE LIVRE : de format in folio,
Format difficile à caser dans une bibliothèque classique : 57cm X 43cm.
Le titre rappelle sa belle époque italienne avec le titre de Professeur à l’Académie
de St Luc.
« NOUVEAU RECUEIL D’OSTEOLOGIE ET DE MYOLOGIE,
DESSINÉ D’APRES NATURE PAR
Jacques GAMELIN de Carcassonne, Professeur de Peinture,
de l’Académie de Saint Luc de Rome.
POUR L’UTILITÉ DES SCIENCES ET DES ARTS, DIVISÉ EN DEUX PARTIES,
DÉDIÉ A M le Baron de PUYMAURIN, des Académie Royales des Sciences,
Inscription & Belles-Lettres de Toulouse & de Nimes, & de la Sociétée des Arts
de Montpellier.
A TOULOUSE, De l’imprimerie de J.F.DESCLASSAN, Maître-es-Arts, près
de la Place Royale. M. DCC. LXXIX. Avec PERMISSION.


Sous ce titre est dessinée une bataille particulière ? La mort monte un cheval ailé
une faux menaçante à la main. Elle vient chercher les mourants sur le champ de bataille,
au son d’un escadron de trompette. La composition est typique d’un choc de cavalerie
mise en scène par Gamelin. (Mouvement tournant autour d’un triangle central).
Le livre est agrémenté de deux
frontispices dans le style de Rambrandt pour
le premier. Un frontispice pour chaque thème
de l’ouvrage, l’ostéologie & la myologie.
- Pour l’ostéologie, la scène est presque
classique dans un amphithéâtre très réduit
(qui pourrait être celui de la tour dite
« d’anatomie ». Salle de dissection du Collège
Royal de Chirurgie hébergée dans une
ancienne tour de la muraille de Toulouse). Le
professeur & ses élèves sont enrubannés &
habillés à l’orientale. Sur la table de dissection
un crâne, un tibia, une fibula & un compas, ces
éléments représentent le premier thème
abordé, l’ostéologie. Etrangement, le sujet de la
dissection future pour l’étude de la myologie
est à même le sol, mort mais dans une position de souffrance. Souffrance pour Gamelin
qui n’a pas toujours apprécié les dissections & qui parle d’un travail repoussant. Le coin
inférieur gauche est occupé par un des fils de Gamelin également vêtu à l’orientale se
chauffant les mains à un brasero signant la réalité des dissections possibles seulement
en hiver. Le haut de l’amphithéâtre est rempli d’os utilisés pour leurs études en cours on
y voit aussi des livres. On note la présence d’un probable écorché, moulage de plâtre ?
Les étudiants au nombre de 13 participent de façon active à la discussion.
- La myologie est annoncée par le deuxième frontispice qui rappelle le martyre de Saint
Barthélémy. Il est attaché à un poteau la main gauche tenue dans le dos. A l’avant bras
droit débute la mise à nu. Il va être écorché vif, son bourreau se prépare, la foule & les
chiens attendent le spectacle. Le Saint cherche un réconfort élevant les yeux au ciel vers
les anges qui portent la couronne et la palme.
- Le troisième folio, représente le portrait en buste,
de trois quart à gauche, de son mécène a qui le
recueil est dédié. : le baron de Puymaurin, âgé de
61 ans. La dédicace pour son bienfaiteur est très
explicite : « Monsieur, si j’ai quelques talents, je
vous le dois. Cet ouvrage en est le fruit. Puisse-t-il
mériter assez par lui même pour consacrer à
jamais vos Bienfaits et ma reconnaissance. Je
suis, avec l’attachement le plus respectueux,
monsieur, votre très-humble & très-obéissant
serviteur »
J Camelin
A) L’Ostéologie :
La construction de la partie Ostéologie est pratique, fonctionnelle et se répète
tout le long du recueil. 57 planches d’anatomie & de texte. On trouve le dessin artistique
d’un élément osseux « planche poussée au noir » puis le même élément est représenté
aux traits fins « schématique » avec des lettres de rappel sur les différentes structures

ou os. Sur la page


intermédiaire on retrouve les lettres de rappels avec le nom de l’os ou de la structure en
latin & en français. Les textes sont en Français & latin pour espérer une vente à
l’étranger. Les dessins des structures osseuses sont justes avec un brin de fantaisie, par
exemple lors de la représentation des dents celles-ci semblent danser ou défiler. Un
crâne rit à gorge déployée. On peut trouver ainsi mélangés du macabre & de l’humour.
La disposition des planches dans les différents livres est variable. Un schéma n’occupant
pas toujours la même place. Certains auteurs ont établi des planches de
correspondances afin de savoir si les livres étés complets.
Le livre est parsemé de fleurons et de vignettes représentant
des batailles, ou des scènes qui évoquent les fantaisies de
Goya. (Gamelin & Goya étant à la même période en Italie, se
sont t’ils rencontrés ?). Gamelin place ces scènes afin d’éviter
que le livre « soit sec et monotone » & « pour ne pas
décourager l’étudiant ». Certains dessins sont antérieurs à la
date de réalisation du Recueil. Après 5 squelettes tous
différents, 14 compositions se succèdent. Les pages du livre
ne sont pas numérotées :
< Un choc de cavalerie.
< Un enlèvement de femmes (des Sabines ?) dans un
cimetière : cimetière du sud, sur un fond de cyprès & de pins
parasols, les morts y sont les maîtres. A droite deux hommes
sont jetés dans une fosse. En arrière plan, lutte entre les
squelettes & les vivants. Au centre, un squelette enlève une
femme révulsée, au premier plan, une femme évanouie. Soit
une scène d’horreur dans un cimetière.
< Un orchestre macabre met en scène 4 squelettes, un chanteur la partition à la
main droite est assis, le suivant joue du violon, le 3ème est pensif, les jambes croisées une
flûte à sa main droite, le dernier joue du violoncelle.
< Une nouvelle bataille.
< Une apparition macabre au cabaret : il existe là un côté moralisateur &
également punitif ? (Gamelin est catholique comme nous l’avons déjà dit et bien qu’il
adhèrera aux idées révolutionnaires il restera catholique). L’arrivée de deux squelettes
dans un cabaret sombre sème la panique & la terreur chez les buveurs et les joueurs.




< Un groupe comprenant des élégantes portant des coiffures très hauts perchées à la
Marie Antoinette doivent partir & abandonner le plaisir sur terre devant l’irruption de
squelettes agressifs sortant d’un tombeau ouvert. Un squelette accroche la robe d’une
élégante, les squelettes sont sous la menace de l’épée d’un jeune homme mais celà
n’interrompt pas leur marche décidée.


< Une nouvelle bataille de cavalier.
< Une étude avec un modèle vivant posant au centre d’une table (fleuron du titre
de la myologie), la pièce est éclairée d’une vive lumière réalisant un important contraste.
Des professeurs en robes et des capitouls sont présents.
< Le thème des philosophes semble égaré ici, rapport avec la mort, toujours
présent chez Gamelin. Quatre hommes sont regroupés, l’un éclaire la scène tenant une
petite lampe, le philosophe lit un gros livre ouvert posé sur ses genoux tout en prenant
des notes, les deux autres suivent attentivement la lecture.
< Deux jeunes étudiants vont disséquer les muscles de l’avant-bras d’un écorché
qui repose sur une table ovale en marbre de dissection. Sur la table on note la présence
d’instruments pour la dissection : scalpel, bistouri & ciseaux et d’un billot. L’un deux est
Gamelin avec son chapeau.
< Un intérieur familial heureux. Au centre, femmes & hommes sont regroupés
autour d’une jeune femme qui tien un bébé dans ses bras. Un prêtre est à l’arrière plan.
Un enfant joue avec un petit chien.
< Le portrait d’un inconnu barbu, âgé et vénérable ?

Il existe de nombreuses batailles tout le long du livre en hors texte et en cul de
lampe.



Plus classique des squelettes en mouvements panachent le recueil en plus de
l’orchestre que nous avons décrit :
- Un squelette ailé annonce les deux chapitres l’ostéologie puis la myologie.
- Un squelette est réveillé lors du jugement dernier par un cor. Le sablier
renversé signe l’arrêt du temps, (la mort). La bouche ouverte édentée semble
vouloir parler. La main d’appui sur la dalle présente un auriculaire surprenant
& drôlement positionné.
- Un autre squelette, également sur une dalle mortuaire rappelle à l’humilité
avec comme légende « tu es poussière et tu deviendras poussière ».
- Puis un squelette « vivant », le temps se déroule normalement, le sablier
écoule le temps. Sur la dalle l’annonce des deux tomes du recueil. Ce squelette
représenterait un autoportrait macabre de Gamelin ?




B) La Myologie présente également des surprises artistiques :

La myologie est introduite par un texte de généralités sur les
muscles dans deux pages introductives du professeur B Bécane
inspirées de ses cours. Il y a 28 planches et textes de dissections des
différents plans musculaires. Gamelin remercie les dissecteurs dont
M Bécane le fils de B Bécane. Dans l’exemplaire du musée Dupuy les
deux dernières planches de myologie sont en sanguine.
Les planches de myologie sont agrémentées d’écorchés d’une
grande facture, avec des attitudes surprenantes : pendu, crucifié,
accroupi, couché ou enlacé sur la table de dissection où à même le
sol. Des dessins Académiques sont également présents. Ce livre
souligne l’univers de Gamelin, la guerre, la maladie et la religion qui
l’obsèdent au travers de la mort. D’où la présence des philosophes ?
Ces corps disséqués font références à la souffrance, à la peur de la
mort, au supplice & au martyre comme dans le livre de Bibloo
(mains des sujets liées dans le dos), ou dans Vésale, sujet attaché à
un poteau ? Ces écorchés sont originaux & réalisés spécialement pour le recueil.
Le premier dessin de la myologie est la mise en scène d’une dissection. Gamelin
sous un ample chapeau &
assisté d’un aide ; un sujet
est sur la table dans une
attitude peu orthodoxe pour
une dissection. Le matériel
est prèt à être utilisé. Pour
approfondir son savoir
anatomique, Gamelin
conseille la lecture de
Sténon, Eustachi, Windsloo,
Lieutaut ou Sabatier.
Pour faire une réalisation
d’après nature il est
nécessaire d’avoir des sujets
dissécables : simplement
pendu. Gamelin a disposé de
4 ou 5 cadavres. Quatre
donnés par les Capitouls, plus un volé par Bécane ? Ces sujets ont pu être identifiés en
recoupant les dates des pendus toulousains retrouvés dans le livre « les heures
perdues » de Barthés : il s’agit de Pierre Cahuzac 28 ans, (pendu à tort pour avoir
commis trois meurtres. Il est réhabilité un an après par le Parlement, le vrai coupable
ayant avoué ses crimes). Le deuxième a 17 ans Vital Pages pendu pour vol. Le troisième
est une jeune femme de 25 ans Catherine Robert pendu pour crime & Jean Escoubes
pendu pour vol. Gamelin parle de ses sujets de dissection de façon moralisatrice, la
participation après la mort à son travail les rachètes un peu : « Les scélérats qui
troublaient la société et donné par ces exemples nécessaires, une nouvelle force aux mœurs
et à l’ordre public, il ne leur restoit qu’a tourner à l’avantage de l’humanité, les restes
insensibles de ces malheureux, en permettant aux arts de génie de chercher à y découvrir
ce mécanisme admirable dont dépendent la vie et la santé, et l’expression au dehors de nos
affections les plus secrètes ». On ne sait pas si Gamelin a su qu’il avait disséqué un
innocent ?

Anatomiquement je note trois erreurs, une sur l’insertion du muscle pyriforme,
erreur sur l’insertion des muscles au niveau de la
cuisse, côtes flottantes pas toujours présentes.
Ce livre fait aimer l’anatomie en montrant
son application à l’étude des formes & du
mouvement. Forme, proportion & mouvement sont
bien rendus & compris même si les articulations
n’ont pas été étudiées dans le recueil.
Le livre doit être édité en deux tomes, le
premier sur l’ostéologie, le second pour la
myologie. Ou deux tomes en un. Il ouvre une
souscription pour le deuxième tome en annonçant
des tirages en sanguine ? Une étude de « marché a
été réalisée », ainsi « qu’une publicité ». Cette
ouverture de la souscription secondairement
annonce t’elle des problèmes financiers ? Des affiches précisent les lieux de ventes : à
Paris chez Chéreau marchand d’estampes, à Marseille chez Sabe & Laporte, à Toulouse
chez M Sens, à Nimes chez M Buchet libraire, à Montpellier chez Gamelin, & chez M
Descorvais marchand d’estampes, à Narbonne chez le fils de Gamelin & chez M
Descampe imprimeur ; les ventes ne décollent pas malgré un accueil enthousiaste du
marquis de Chennevièvres « Le plus splendide, en effet, des livres qui aient été publiés à
Toulouse pour l’enseignement des arts du dessin… ». Ce livre est une œuvre artistique
« monumentale ». Il va précéder & annoncer Goya son cadet. Le contexte de la
publication est défavorable. Gamelin est plus connu à Rome qu’en France. Nous sommes
en période prè révolutionnaire, dans une période de pénurie, de pauvreté & même
d’émeutes du fait du prix de la farine qui devient exorbitant. (Le père d’Esquirol ne sait
il pas ruiné en achetant de la farine et en la distribuant). Durant les 4 années de travaux
de Gamelin à Toulouse de 1776 à 1779, Barthés résume la situation de la population
comme catastrophique « augmentation des loyers, argent est très rare, denrées chères, la
misère ne cesse de croître, grand nombres de voleurs, nombre croissant des banques routes
des escrocs, mépris grandissant de la religion, la religion est un frein destiné à retenir les
paysans & les imbéciles ».
Dans ce contexte à la veille de la révolution quel particulier, étudiant ou Faculté
aurait pu acheter cette œuvre ? Son prix est
important 60 fr. Sur le plan scientifique on
peut lui reprocher de ne pas avoir décrit les
articulations alors que l’une de ses ambitions
est de décrire le mouvement, il a gardé le
plan des études d’anatomies artistiques
antérieurement publiées sans l’étude des
articulations. (Tortobat, Monet). D’autres
livres d’anatomie sont également publiés
pour les artistes : Bouchardon Edmé en 1741
« L’anatomie nécessaire pour l’usage du
dessin ». Monet Charles en 1775, « Etudes
d’anatomie à l’usage des artistes ». Bottman
en 1778, « Cours d’anatomies à l’usages des artistes ». Des livres d’anatomie dit
« Classique » sont également édités : avec Heister en 1753, qui développe les idées de
Borrelli et expose l’anatomie fonctionnelle ; Sabatier en 1777, « traité complet
d’anatomie » ; sans oublier L’encyclopédie de D Diderot & de J le Rond d’Alembert éditée
de 1751 à 1772, l’anatomie y est traitée par Tarin qui regroupe 33 des plus beaux
dessins de Vésale, Albinus, Eustachi, Haller, Heister, Bidloo……
Environ 2000 exemplaires ne se vendent pas & sont massicotés. Environ 500
exemplaires restent en circulation. Gamelin est ruiné. En 1803 son fils vend des
exemplaires du livre.

4) Après le recueil : Gamelin ruiné reprend son activité de peintre, sa fierté lui fait
refuser le titre de peintre de la ville de Toulouse alors libéré par Cammas, poste qu’il
brigua & qu’on lui refusât avant de partir en Italie ; il refuse toujours l’invitation de
David qui voulait travailler avec lui à Paris. L’échec le rapproche de l’église, il va orner
de nombreuses chapelles méridionales. Pour vivre il accepte de nombreuses
commandes de particuliers & de communautés religieuses qui n’honoreront pas
toujours leurs contrats.
Son mécène, le Baron de Puymaurin lui obtient la direction des écoles de dessin
de la société des Beaux-Arts de Montpellier en 1780. Il séjourne essentiellement à
Narbonne. En 1789, il épouse les idées de la révolution. Il est nommé commissaire & fait
partie de la Société Populaire & Républicaine des sans culottes de Narbonne. En 1793, il
est attaché en tant que capitaine de génie à l’état major de l’armée de Pyrénées, pour
rendre compte des faits & des exploits de cette armée contre les espagnols qui sont
arrivés aux portes de Perpignan. La boucle en quelque sorte est bouclée, il peint les
batailles en les vivant lors de la guerre du Roussillon jusqu’en 1795.
En 1796, Gamelin est nommé professeur de dessin à Carcassonne, « fin des
errances, par un retour au lieu de naissance ».
Gamelin meurt le 10 octobre 1803 dans son lit, le tableau de la bataille de
Marengo restera inachevé.
Goya/ Gamelin ont un goût du macabre fantastique & cauchemardant ? Gamelin
réalise cette série de dessins qui sont dans le même esprit que « los capriocios » 9 ans
avant Goya. Gamelin est le précurseur de Goyat
Gamelin reste profondément religieux dans ses tableaux il ne s’abandonne pas aux
badinages pour plaire au public.
« Sa vie fut un modèle de droiture, de loyauté, de conscience, de douceur et de
bonté ». (Mouton Simone) Son œuvre est empreinte des mêmes qualités. Peut être d’un
autre siècle ?
Gamelin a été en perpétuel
mouvement. Il va devoir s’adapter aux
nombreux aléas qui ont truffés & ennuyés
sa vie en France terre de ses échecs,
desquels il a toujours su rebondir avec
l’aide du baron de Puymaurin. « Pourquoi
ne suis je pas resté en Italie » devait-il se
dire ? Pour nous laisser un merveilleux
recueil d’anatomie artistique !













Pour la bibliographie voir celle de l’article : Tricoire J L, Puget J : Association
improbable d’un artiste peintre J Gamelin (1738-1803) et d’un professeur au
Collège Royal de Chirurgie de Toulouse B Bécane (1761-1793). Cahiers du Cercle
de Nicolas Andry, N° 2, 2008, p 88-99.

Quelques images d’anatomie du Recueil ->



Le Frontispice de la myologie, le martyre de Saint Barthélemy

Et les schémas anatomiques dans tout cela :
Bassin que l’on retrouve dans le livre sur la cavité cotyloïde de Dieulafé L en 1938.
Il présente une asymétrie cotyloïdienne & une asymétrie pelvienne,
probable coxalgie ?






Originalité de la présentation, sur un semis des
os du tarse : sacrum, fémurs partagés & crâne.
Le sacrum présente 5 trous sacrés
(normalement 4), ossification des ligaments
sacro-coccygiens ?





En une planche l’ostéologie de la colonne
vertébrale, résume bien les modifications des
vertèbres selon l’étage, schémas de belle
facture.






Mise en place du squelette, il manque toutefois une côte flottante. Les poignets & les
avant bras sont vus de face et de dos.























Une étape de la dissection de la surface
à la profondeur sujet de dos. Le muscle
piriforme ne semble pas rentrer dans
le bassin & se termine sur la face
postérieure du sacrum ?











Enlèvement et terreur au cimetière.





Orchestre macabre




Toujours pas de côte flottante.

Fémur, tibia, fibula & patella « au noir ».








« Aller marche devant moi »…………………………….premiers pas avec le sourire ?

Curieuse organisation & insertion des muscles


de la cuisse.





Tempête sous un crâne en plein délire devant une telle troupe pas du tout prête à partir
au combat malgré les exhortations de leur chef.


Il y a du Goya la dedans !

Vous aimerez peut-être aussi