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Réforme bancaire en Algérie (1990-2010)

Ce document est une thèse sur la réforme et la modernisation du système bancaire algérien entre 1990 et 2010. Il contient une introduction générale, quatre chapitres et des annexes.

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Réforme bancaire en Algérie (1990-2010)

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Université d’Oran 2

Faculté des Sciences Economiques, Commerciales et des Sciences de Gestion

THESE
Pour l’obtention du diplôme de doctorat
Spécialité : Sciences commerciales
Option : Finances et économie internationale

Réforme et modernisation du système bancaire


algérien durant la période1990-2010

Présentée et soutenue publiquement par Monsieur ARROUDJ Halim

Devant le jury composé de

M. Derbal Abdelkader Professeur à l’Université d’Oran Président du jury


M. Miraoui Abdelkrim Professeur à l’Université d’Oran Rapporteur
M. Benbayer Habib Professeur à l’Université d’Oran Examinateur
M. Boutaleb Kouider Professeur à l’Université de Tlemcen Examinateur
M. Salah Elyas Professeur à l’Université de Sidi Bel Abbès Examinateur
M. Samir B.Maliki Professeur à l’Université de Tlemcen Examinateur

Année universitaire : 2014/2015


1
Dédicaces

A la mémoire de mon père,


A ma mère,
A ma femme et mes enfants,
A mes frères et sœurs.

« La famille est un asile et un abri, un petit nid où l'on se sent en sécurité, protégé et aimé »

2
Remerciements

Ils s’adressent tout particulièrement à Monsieur MIRAOUI Abdelkrim, mon directeur de thèse qui m’à
énormément aidé à la réalisation de ce modeste travail. Son apport m’a été d’une très grande importance
pour l’élaboration et l’aboutissement de ce travail de recherche.

Nos remerciements vont également en direction de Messieurs DERBAL Abdelkader, BOULENOUAR


Bachir, BENBAYEUR Habib, LAHLOU Chérif, KOURBALI Baghdad, SALEM Abdelaziz,
ABDELAOUI Mohamed, REGUIG-ISSAD Dris, TRARI-MEDJAOUI Hocine, HAMDANI
Mohamed, CHERFI Souhila, TCHAM Farouk et TAHRAOUI Mohamed pour leur précieux conseil,
orientation et soutien.

Nous tenons également à remercier tous les gestionnaires des banques publiques et privées ainsi que tous
les inspecteurs de la DGIG de la Banque d’Algérie pour avoir bien voulu répondre à notre questionnaire.
Qu’ils trouvent ici notre profonde gratitude et reconnaissance pour leurs accueils, informations, conseils,
corrections et orientations.

Nos remerciements vont aussi en direction des membres du jury, pour avoir accepté de faire partie de ce
jury et pour le temps qu’ils ont consacré à la lecture et à l’évaluation de ce travail.

Nous remercions sincèrement nos chers amis AMMOUR Mahieddine et AMMOUR Mansour pour
l’aide qu’ils nous ont apportée. Qu’ils trouvent ici toute notre reconnaissance.

Pour terminer, nous tenons à remercier infiniment le CDES pour avoir acheté les ouvrages que nous lui
avons recommandés. Grâce à ces nouveaux ouvrages, nous avons pu avancer dans notre travail de
recherche. Qu’il trouve ici pleinement notre reconnaissance.

« La gratitude est la clé qui ouvre les portes du savoir »

3
Liste des abréviations

B.A : Banque d’Algérie


BCA : Banque Centrale d’Algérie
BCE : Banque Centrale Européenne
B.M : Banque Mondiale
BRI : Banque des Règlements Internationaux
C.A : Conseil d’Administration
C.B : Comité de Bâle
C.BC : Commission Bancaire
C.E : Commission Européenne
CGTN : Commission Générale de Terminologie et de Néologie
CSF : Conseil de Stabilité Financière
CMC : Conseil de la Monnaie et du Crédit
CNC : Conseil National du Crédit
DGIG : Direction Générale de l’Inspection Générale
FDR : Facilité de dépôts rémunérée
FMI : Fonds Monétaire International,
G7 : Etats-Unis, Canada, Royaume –Uni, Allemagne, France, Italie et le Japon
ITGI : The Information Technology Governance Institute.
OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique
OMC : Organisation Mondiale du Commerce
ONU : Organisation des Nations Unies
U.E : Union Européenne
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PNB : Produit Net Bancaire
PIB : Produit Intérieur Brut
PESF : Programmes d’Evaluation du Secteur Financier
PNC : Plan National du Crédit
R.O : Réserves obligatoires
RLFH : Reprise de liquidité à fréquence hebdomadaire
RLFT : Reprise de liquidité à fréquence trimestrielle

4
Sommaire

Dédicaces
Remerciements
Sommaire
Liste des abréviations
Introduction générale

Chapitre 1 : Libéralisation financière et transformation des systèmes financiers


Section 1 : Importance de la dynamique des systèmes financiers dans les économies contemporaines
Section 2 : La transition financière : de la répression financière à la libéralisation financière
Section 3 : La libéralisation financière dans les pays en développement : un état des lieux
Chapitre 2 : Instabilité financière et dynamique des crises bancaires : l’apport de la gouvernance
externe des banques
Section 1 : Instabilité financière et crises bancaires
Section 2 : La gouvernance bancaire : un préalable à la stabilité financière
Section 3 : La régulation prudentielle comme dispositif externe de prévention des crises bancaires

Chapitre 3 : Réforme et libéralisation de l’activité bancaire


Section 1 : Evolution du système bancaire algérien
Section 2 : La politique de libéralisation des taux d’intérêts
Chapitre 4 : La modernisation de la réglementation bancaire
Section 1 : La modernisation du cadre organisationnel et institutionnel
Section 2 : La réforme bancaire en Algérie : un état des lieux
Conclusion générale
Bibliographie
Liste des tableaux
Liste des figures
Liste des graphiques
Annexes
Table des matières

5
Introduction générale
Dés les années 1980, de nombreux pays en développement1 ont appliqué des réformes
économiques2 appuyées sur des programmes de libéralisation de leur économie nationale dans un
contexte de mondialisation (ou de globalisation), caractérisé par :
1. La libéralisation des échanges,
2. La libéralisation des systèmes financiers,
3. La libéralisation du compte capital,
Dans ce contexte, de nombreux gouvernements ont accepté d’appliquer des programmes d’ajustements
structurels (PAS)3 dont l’objectif est d’instaurer les mécanismes du marché d’un côté et stimuler la
croissance de l’autre.
La plupart de ces gouvernants se sont inspirés du « Consensus de Washington »4 véhiculé par le
Gouvernement américain et les institutions financières internationales5 (le Fonds Monétaire
International « FMI » et la Banque Mondiale « BM ») pour gérer la crise de leur dette durant les années
1980.
Face à ces transformations économiques, la finance a été un vecteur décisif de ces transformations
depuis l’effondrement du système de Bretton – Woods6 et la grande inflation des années 19707.
Globalement, toutes les transitions financières d’un régime financièrement réprimé à un régime
financièrement libéral se sont inspirées de la doctrine de la libéralisation financière considérée
comme le noyau du développement financier et le berceau de la globalisation financière.
La libéralisation financière (ou la libéralisation des systèmes financiers) est vite devenu un phénomène à
la mode, un processus d’actualité inspirée à la fois par les pays développés (le cas de la France en 1984,

1
Les pays de l’Amérique latine ont été les premiers à accueillir les programmes de réformes économiques inspirées par le
Consensus de Washington.
2
Les réformes économiques entreprises par les pays de l’Amérique latine reposaient sur des changements structurels marqués
par la promulgation des dispositions législatives, fiscales, de dévaluation de la monnaie et de libéralisation des taux d’intérêts.
3
Un programme d’ajustement structurel (ou réforme structurelle) désigne une mesure de politique économique dont le but est
d’améliorer de manière durable le fonctionnement d’un secteur de l’économie ou l’économie globale d’un pays.
4
Le « Consensus de Washington » est un programme de réforme économique destiné initialement aux pays de l’Amérique
latine pour faire face à la crise de leur dette. Le lien entre ce programme et le nom de Washington, capitale des Etats-Unis est
que c’est à Washington que sont situés les sièges du FMI, de la Banque Mondiale, du gouvernement américain.
5
Le FMI et la Banque Mondiale ont fait du Consensus de Washington une condition irrévocable vis-à-vis de tous les pays
souhaitant obtenir leur aide financière.
6
La suspension des accords de Bretton-Woods marquait l’abandon du système de la parité fixe et le passage à un système de
change flottant comme il a été convenu durant les accords de la Jamaïque en 1976. A partir de cette date, l’or n’est plus
considéré comme une liquidité internationale.
7
Depuis les années 1970, les politiques économiques ont fait de la lutte contre l’inflation leur priorité. A cette époque, la
hausse du prix du pétrole avait causé une hausse des prix, qui avait entraîné une hausse des salaires, causant une nouvelle
hausse des prix. Les pays essentiellement touchés par l’inflation durant cette période sont le Chili, avec un taux d’inflation
d’atteignant 225 % en 1973, la Bolivie, avec un taux de 47 % en 1980, le Brésil, avec un taux de 138 % de 1984 à 1986, le
Pérou, avec un taux de 120 % en 1987 et l’Argentine avec un taux de 500 % en 1975.

6
le cas de l’Allemagne en 1982,...), émergents (le cas de l’Argentine, du Mexique, du Brésil, de
l’Uruguay, de la Thaïlande, de la Malaisie, du Singapour durant les années 80 et le début des années 90)
et en développement ( le cas de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie au début des années 90).
Pour les précurseurs de ce courant (courant néolibéral)8, les bienfaits de cette montée en puissance de la
finance internationale dans un contexte de globalisation sont traduits par l’accélération du rythme de
circulation des biens, des services et des capitaux entre les marchés financiers ainsi qu’une forte
concurrence entre les institutions financières.
Pour Mc-Kinnon (1973) et Shaw (1973), ces objectifs (de développement financier, de croissance et
développement économique) ne peuvent être atteints sans la déréglementation des quantités (volume
d’épargne), des prix (taux d’intérêt et taux de change) et la suppression des frontières entre activités et
entre actifs.
Ainsi, réforme, transition et déréglementation sont les termes définissant les politiques économiques et
financière avancées par les organisations internationales. Dans cette conception, le développement du
secteur financier est l’objectif ultime, la libéralisation financière est le principal moyen pour
atteindre cet objectif. Cette conception de la dérégulation financière, au niveau interne, s’inscrit dans
la libéralisation du secteur bancaire domestique et la libéralisation des marchés financiers, au
niveau externe, elle s’inscrit dans la libéralisation du compte capital.
I)-Intérêt du sujet
Compte tenu de l’importance accordée à l’étude des questions monétaires, bancaires et financières
en Algérie9 d’un côté et des enjeux de la réforme financière en Algérie10et ses effets sur le
développement de l’activité économique de l’autre, il nous semble important, comme le souligne à juste
titre , J. Denizet « ...........parmi les problèmes qui posent aux hommes de ce temps, il est permis de
dire que les problèmes monétaires sont à la fois les plus graves....... »11de se consacrer aux
transformations monétaires, bancaires que connaît notre pays et faisant l’objet de notre travail de
recherche portant sur le sujet de la réforme bancaire en Algérie durant la période 1990-2010 dans le
souci d’apporter une petite contribution à un domaine en mutation permanente.
Bien que notre étude soit consacrée à la période 1990-2010, il nous est apparu très important de
donner quelques illustrations en ce qui concerne la période 2011-201512, compte tenu de l’ampleur

8
Mc-Kinnon (1973) et Shaw (1973).
9
Constaté surtout depuis la mise en place d’un programme de mise à niveau du système bancaire algérien.
10
Qui englobe à la fois la réforme bancaire, la réforme assurantielle et la réforme du secteur boursier.
11
Ammour Benhalima. Le système bancaire algérien : Textes et réalité. Editions Dahlab. Année 1994. P 3.
12
Deux principales raisons peuvent être évoquées pour expliquer notre recours à la période 2011-2015. D’abord, c’est par
rapport à la consolidation du dispositif prudentiel et la modernisation de la fonction de supervision bancaire. Ensuite, c’est
pour connaître les effets de la règle 51- 49 % sur le développement du secteur bancaire algérien.

7
des changements apportés à cette période par les pouvoirs publics algériens dans le cadre de la
modernisation de la réglementation bancaire.
Ces changements sont destinés à mettre à niveau l’activité bancaire aux normes et pratiques
internationales recommandées par le Comité de Bâle (CB). Ces transformations peuvent se résumer
comme suit :
1. La promulgation d’un règlement imposant l’instauration du ratio de liquidité13,
2. La promulgation d’un règlement imposant la surveillance des risques interbancaire14,
3. La promulgation d’un règlement annonçant la mise en place d’une centrale des risques ménages15,
4. La promulgation d’un règlement imposant le plafonnement des commissions relatives aux
opérations d’imports et de transferts de revenus16,
5. La promulgation d’un règlement imposant la révision du ratio de solvabilité17,
6. La promulgation d’un règlement imposant l’instauration des règles en matière de division des
risques et de prise de participations18,
7. La promulgation d’un règlement fixant les règles de classement et de provisionnement des
créances et des engagements par signature19.
Par ailleurs, vu l’ampleur de la crise des subprimes20 de 2007-08 et de l’envolée de la crise de la dette
de certains pays de la zone d’Euro dès le début de 201021, d’importants pays craignent des effets de
contagion qui peuvent conduire aux crises systémiques. Dans cette incertitude et instabilité financière
internationale, les autorités monétaires et financières algériennes doivent définir d’une manière prudente
« les stratégies relatives à la conduite de la réforme bancaire»22.
Entre libéralisation ou régulation du système bancaire algérien d’un côté et entre développement et
dynamisme ou solidité et stabilité du système bancaire algérien de l’autre, les opérateurs économiques

13
Règlement N° 11-04 du 24 mai 2011 portant identification, mesure, gestion et contrôle du risque de liquidité.
14
Règlement N° 11-03 du 24 mai 2011 relatif à la surveillance des risques interbancaires.
15
Règlement N° 12-01 du 20 février 2012 portant organisation et fonctionnement de la centrale des risques entreprises et
ménages.
16
Règlement N° 13-01 du 8 avril 2013 fixant les règles générales en matière de conditions de banque.
17
Règlement N° 14-01 du 16 février 2014 portant coefficient de solvabilité applicable aux banques et aux établissements
financiers.
18
Règlement N° 14-002 du 16 février 2014 relatif aux grands risques et aux participations.
19
Règlement N°14-03 du 16 février 2014 relatif aux classements et au provisionnement des créances et des engagements par
signature des banques et établissements financiers et leurs modalités de comptabilisation.
20
Le système financier mondial a traversé en 2008-09 une crise financière d’une ampleur sans précédent, évaluée à 422
milliards de dollars équivalant à 268 milliards d’euros.
21
La Grèce, l’Irlande et l’Espagne sont les premiers pays touchés par la crise de la dette.
22
Beaucoup de cadres bancaires et financiers algériens estiment que la réforme bancaire en Algérie doit être à la fois
institutionnelle et réglementaire.

8
nationaux et étrangers attendent de la réforme bancaire en Algérie, l’émergence d’un secteur bancaire
dynamique, efficace et moderne.
En effet, le chantier de la réforme financière en Algérie engagé dés le début des années 1990 doit être
en adéquation avec les objectifs globaux de la réforme économique en tant que cadre général de toute
réforme sectorielle, afin de parvenir à la mise en place des mécanismes de marché. Le passage d’une
économie planifiée à une économie de marché repose entre autre sur une réforme bancaire à la fois
structurelle (ou institutionnelle) et réglementaire (ou managériale).
De plus, l’accord d’Association avec l’Union Européenne (U.E) entré en vigueur en 2005, le projet
d’adhésion de l’Algérie à l’OMC et la question de la promotion de la zone de l’UMA sont aussi des
engagements que les dirigeants algériens doivent traduire en politique économique23.
De part « l’ouverture de l’économie algérienne sur l’extérieur »24 marquée par un rythme élevé des
échanges commerciaux, les autorités publiques algériennes sont tenues également de moderniser le
marché bancaire algérien à travers une politique de rapprochement réglementaire par rapport aux
standards internationaux.
A l’appui de ces arguments, des approches théoriques et empiriques liées à la doctrine de la
libéralisation financière viennent en plus mettre en avant les bienfaits de la libéralisation des systèmes
financiers sur l’efficacité des intermédiaires financiers et par conséquent sur le développement
financier qui induit la croissance économique25.
En effet, la libéralisation des systèmes financiers a pour fondement théorique les apports de Mc-Kinnon
(1973) et Shaw (1973) : la libéralisation financière devrait permettre une augmentation de
l’épargne, une meilleure efficacité dans l’allocation du crédit et une baisse des contraintes
financières.
Pour ces deux auteurs, « le développement financier ne peut se réaliser que par l’abandon définitif
des mesures protectionnistes des systèmes financiers et de donner une liberté totale aux marchés
pour assurer la bonne allocation des ressources financières26 ».
La méfiance de ces mêmes auteurs vis-à-vis d’un système financier réprimé réside dans le fait que ce
dernier entrave d’une manière directe le développement du secteur financier et par conséquence la
croissance économique. Pour eux, la « libéralisation financière » est le moyen le plus efficace pour

23
La politique économique algérienne se distingue par un vaste chantier de réforme fiscale, douanière, budgétaire, bancaire
etc.…..
24
Les objectifs de l’ouverture de l’économie algérienne sur l’extérieur sont double, augmenter le volume des échanges
commerciaux et attirer plus d’investisseurs étrangers.
25
D’après Mc-Kinnon et Shaw, la libéralisation des marchés financiers est un moyen simple et efficace pour accélérer la
croissance économique des pays en développement.
26
BENKAMLA Mohamed Abdelaziz. Le développement financier : instruments et politiques. Thèse de Doctorat en sciences
économiques, soutenu le 14 février 2015 à l’Université d’Oran. P 18.

9
développer l’intermédiation financière, la capitalisation boursière, relancer l’accumulation du
capital et promouvoir la croissance économique. La figure suivante illustre les bienfaits de la
libéralisation des systèmes financiers.
C’est dans cette perspective que notre travail de recherche tend à mettre en lumière « les relations entre
la libéralisation financière en Algérie et les stratégies de la réforme bancaire définie et mise en
œuvre par les pouvoir publics ».
Depuis l’ouverture du secteur bancaire algérien aux capitaux privés, plusieurs experts27 dans les domaines
bancaires et financiers trouvent que le marché bancaire algérien pas n’a encore atteint sa maturité. Dans
cette direction, il nous semble capital d’évaluer « les avancées et obstacles liés à la réforme et la
modernisation du secteur bancaire algérien durant la période 1990-2010 ». Après plus de vingt (20)
ans de réforme, il est temps de faire un bilan sur la situation actuelle du secteur bancaire algérien.
II)- Problématique à développer
Notre travail de recherche s’inspire des approches théoriques et empiriques qui consistent à
étudier les effets de la libéralisation financière sur le développement des systèmes financiers des
pays en développement. Partant de ce principe, nous souhaitons étudier les enjeux de la libéralisation
financière en Algérie et ses effets sur l’organisation et le fonctionnement de l’activité bancaire en
Algérie.
Ainsi, compte tenu des relations de causalité entre la libéralisation financière et le développement
financier, il est important de se poser une question centrale qui fait l’objet de notre problématique
formulée comme suit : « La libéralisation financière conduit-elle au développement du système
bancaire algérien » ?
A travers cette question principale, on peut constater que l’enjeu de la réforme financière entreprise par
le pays est de taille, d’où il est fondamental de se poser d’autres questions supplémentaires citées par
la suite.
La volonté de réformer le système bancaire par le gouvernement est destinée à lever les obstacles
entravant l’efficacité de ce dernier et lesquels pèsent sur la croissance économique hors hydrocarbures.
Dans ce contexte, la détermination de moderniser le système bancaire programmé par les autorités
monétaires constitue une priorité pour améliorer l’allocation du crédit à l’économie et favoriser le
développement de l’investissement national.

27
Selon les experts des banques étrangères installes en Algérie, le marché bancaire algérien est loin d’être saturé ; il recèle un
potentiel important et les opportunités de développement sont considérables. Des marges de développement existent tant du
point de vue des réseaux d’agences (faible taux de bancarisation), pour être le plus prés possible de la clientèle, que des
produits.

10
D’un autre côté, depuis la fin de l’année 2007 jusqu'à nos jours ( mars 2015), la politique de l’Etat
algérien se heurte dans la conduite de sa réforme financière à un problème lié à l’instabilité
financière internationale que suscite la déréglementation financière et risque d’influencer son
programme de réforme bancaire que ce soit par rapport au choix entre déréglementation (pour
accroître son dynamisme et efficacité) ou régulation (pour accroître sa solidité et stabilité) du secteur
bancaire ou que ce soit par rapport au temps nécessaire pour améliorer le secteur des services financiers.
Dans ce cadre, les autorités publiques algériennes vont-elles poursuivre le processus de
déréglementation financière ou bien introduire de nouvelles normes de régulation assurant une
meilleure gouvernance bancaire et financière ?
De plus, comme le constatent beaucoup de spécialistes dans le domaine bancaire et financier33, le volet
réforme bancaire en Algérie a pris du retard dans sa mise en place alors que la pression monte pour
transformer le secteur bancaire, une autre question mérite d’être posée pourquoi le dossier de la
réforme bancaire n’a-t-il pas avancé ?
Néanmoins, pour simplifier notre sujet, il est conseillé d’opérer la distinction entre la notion de réforme
bancaire et la notion de modernisation bancaire.
Par réforme bancaire, il faut entendre la modification de l’ensemble des dispositions prévues par les
lois, règlements et instructions bancaires relatives à la monnaie et au crédit. Cette réforme prévoit des
amendements multiples relatifs à la législation, la réglementation bancaire et aux organes institutionnels.
Quant à la modernisation bancaire, elle prévoit l‘actualisation des systèmes (système comptable,
système d’informations, système des paiements,....), des procédures (procédures d’octroi de crédits,
procédures de provisionnement des créances,.....), des politiques de développement de l’action
commerciale et marketing (communication, publicité, lancement d’un nouveau produit ou service
bancaire,....), des pratiques managériales (augmentation de délégation de pouvoir aux gestionnaires des
agences bancaires, pouvoir de négociation avec la clientèle,....) et diversification des instruments de
financement (recours au leasing, au factoring,.........).
La modernisation bancaire peut soit être un projet lancé individuellement par l’initiative d’une banque
(le cas de la BADR28) ou soit être un projet lancé dans le cadre de la réforme bancaire (qui englobe et
concerne tous les acteurs bancaires et financiers) tel est le cas de la modernisation du système des
paiements.
III)- Enoncé des hypothèses
Face aux mutations bancaires et financières entrant dans le cadre de la réforme financière
engagée par le pays, l’arrivée des entreprises, des banques et des sociétés d’assurances multinationales

28
Le projet de la banque assise.

11
sur le marché algérien, a participé et a servi d’appui à poursuivre la promotion de la transformation et la
modernisation du secteur bancaire dans l’ambition d’assurer son développement et d’accroître sa
contribution dans le financement de l’économie nationale.
Face à ce défi, notre travail de recherche est centré sur les hypothèses suivantes :
Hypothèse N° 1
Dans le cadre de la mondialisation de l’économie, la libéralisation des services financiers préconisée à la
fois par les auteurs de la libéralisation financière, la communauté internationale (le FMI, la BM, la BRI et
le CB) et l’OMC, impose aux pays en phase de transition, un programme de mise à niveau de leur
législation et leur réglementation bancaire et financière aux standards et pratiques internationaux. Cette
modernisation du contexte législatif, réglementaire et institutionnel encadre et organise l’ouverture du
marché bancaire aux capitaux privés et renforce sa transition vers l’économie de marché.
En Algérie, l’ouverture du marché bancaire aux capitaux privés nationaux et étrangers a été autorisée en
199029. Cette ouverture est considérée comme un premier pas qui conduit vers le développement du
système bancaire algérien. A ce titre, l’hypothèse sous-jacente de notre recherche est que « plus le cadre
législatif et réglementaire relatif à l’activité bancaire est assoupli ou déréglementé, plus le secteur
bancaire est dynamique ».
Hypothèse N° 2
Pour ce qui est du financement de la croissance, les banques publiques algériennes affichent depuis
2002 une situation de surliquidité tandis que les entreprises algériennes souffrent de la difficulté
d’accéder aux financements bancaires pour financer leur investissement et exploitation. Cette
situation n’est-elle pas la conséquence d’un manque d’inefficacité au niveau du processus de
l’intermédiation financière ?». A cet effet, notre hypothèse est que « plus les conditions de banque
sont déréglementées (tarifs applicables aux opérations de banques), plus les banques publiques
améliorent l’allocation de leurs ressources monétaires ».
Hypothèse N° 3
D’un autre côté, la montée en puissance du rôle des Banques centrales s’inscrit également dans le cadre
de la globalisation financière. En effet, parallèlement à l’avènement de ce phénomène nous avons assisté
à l’émergence du concept de « stabilité financière »30. Cette considération a conduit les Banques
centrales à prendre en compte cet objet avec autant d’importance que celui de la stabilité des prix.
En effet, face aux risques de crise bancaire et financière pouvant par effet de contagion devenir

29
Loi bancaire N° 90-10 du 14 avril 1990 relative à la monnaie et au crédit.
30
Introduit par l’ordonnance bancaire N° 10-04 du 26 août 2010 modifiant et complétant l’ordonnance bancaire N° 03-11 du
26 août 2003 relatif à la monnaie et au crédit.

12
planétaires, la stabilité et la solidité des systèmes financiers37peuvent être considérées comme un bien
public mondial.
Ainsi, dans ce contexte d’incertitude et d’instabilité financière internationale, l’hypothèse sous-jacente de
notre travail est que « plus les mécanismes externes de la gouvernance bancaire31sont renforcés ou
modernisés, plus la stabilité du secteur bancaire est moins compromise ou menacée ».
IV)- Méthodologie de la recherche
Notre travail de recherche consiste à dresser un état des lieux sur la réforme du système bancaire
algérien durant la période 1990-2010. L’Algérie, comme c’est le cas de la plupart des pays en
développement et émergents (les pays d’Amérique latine, du Sud-est asiatique ou du Maghreb), avait
procédé en 1990 à la libéralisation des services financiers monopolisés par l’Etat depuis la nationalisation
de son secteur bancaire (1963-1966).
Dans ce sens, la doctrine de la libéralisation financière véhiculée par les organisations financières
internationales (FMI, BM, BRI,..) est considérée comme étant le modèle ou le prototype permettant
aux pays financièrement réprimés d’assurer leur transition vers un système financier libéral.
Les réformes bancaires et financières engagées durant les années 80 et 90 se sont largement inspirés du
courant néolibéral32. Partant de ce principe, l’Algérie avait été également inspirée par cette doctrine
libérale. Ainsi, dés 1990, le pays engage d’importants changements législatifs, réglementaires et
institutionnels relative à l’activité bancaire. L’autonomie de la BA, l’ouverture du secteur bancaire aux
capitaux privés nationaux et étrangers, la déréglementation des conditions de banque, la mise en
application de la réglementation prudentielle, ...sont autant de mesures caractérisant la mutation du
secteur bancaire algérien.
Dans cette perspective, afin de pouvoir étudier notre problématique centrale et valider nos trois
hypothèses, nous avons articulé notre travail de recherche en quatre (4) chapitres. Le premier chapitre
s’intéresse aux aspects théoriques de la libéralisation financière. Il illustre à la fois l’importance des
systèmes financiers dans les économies contemporaines, la transition vers un système financier libéral et
les expériences vécus par un ensemble de pays. Le second chapitre illustre à la fois les dangers que peut
engendrer le processus de la libéralisation financier mal maitrisé, les conséquences de l’instabilité
financière qui conduisent souvent à des crises bancaires systémiques. Il illustre également l’apport de la
gouvernance externe des banques comme étant un mécanisme externe pouvant prévenir et minimiser
l’impact des chocs systémiques externes.

31
Instruments ou outils de la supervision bancaire.
32
Les défendeurs ou teneurs des hypothèses de la libéralisation financière.

13
Le troisième chapitre retrace les principaux aspects ayant marqué l’évolution du système bancaire
algérien depuis l’indépendance du pays jusqu'à la promulgation de la dernière ordonnance bancaire33.
Notre attention s’est particulièrement centrée sur deux instruments ayant fait l’objet d’un monopole de la
part des pouvoirs publics algériens, les taux d’intérêt et la politique de distribution des crédits bancaires34.
Pour constater et mesurer les effets de la libéralisation financière sur le développement du système
bancaire algérien, on’a préféré réserver ou consacrer une partie du quatrième chapitre35à une enquête
sur le terrain. L’objectif de cette enquête est de pouvoir dresser un état des lieux sinon un bilan sur la
réforme bancaire en Algérie. Dans ce sens, il nous paraît important d élaborer un questionnaire36qui a été
adressé à un échantillon37composé essentiellement d’acteurs professionnels dans le domaine bancaire. Le
tableau suivant illustre les banques ayant composé notre échantillon.

Tableau N° 1 : Illustration de la qualité de notre échantillon ayant fait objet de notre enquête38.

Nombre de banques Nombre de personnes39


Banques d’Algérie Deux succursales40 11
Banques publiques Six banques publiques41 32

Banques privées Quatre banques privées42 30

Total / 73

Source : Travaux personnels du doctorant.

A travers cette enquête, notre objectif est de constater comment les professionnels et praticiens de la
banque jugent la réforme et la modernisation du système bancaire algérien engagée depuis 1990.
33
Ordonnance bancaire N° 10-04 du 26 août 2010 modifiant et complétant l’ordonnance bancaire N° 03-11 du 26 août 2003
relative à la monnaie et au crédit.
34
Le dirigisme de l’Etat sur les services financiers s’est essentiellement marquée par la fixation au niveau central des taux
d’intérêt et la mise en place d’un système de planification de la distribution des crédits bancaires.
35
La troisième section.
36
Notre questionnaire avait fait l’objet d’une double correction ou aménagement. Le premier, par la DGIG de la BA, le
second, par les responsables des banques privées, notamment ceux de la Natixis et de la Société Générale. Se référer aux
annexes.
37
Réparti entre les villes suivantes : Oran, Blida et Alger.
38
Pour plus de détails concernant les fonctions ou les postes occupés par notre échantillon, se référer à la troisième section de
notre quatrième chapitre.
39
Interrogées et ayant répondu à notre questionnaire.
40
D’Oran et celle d’Alger.
41
La BNA, le CPA, la BEA, la BADR, la BDL et la CNEP.
42
La Natixis, la Société Générale, la BNP-Paribas et l’ABC-Bank.

14
V)- Justification du plan retenu
Notre travail de recherche est centré sur une problématique centrale. Pour étudier les effets de la
libéralisation financière sur le développement du système bancaire algérien, on a soulevé trois hypothèses
qui nous permettent de valider notre problématique.
A ce titre, notre travail de recherche est composé de quatre chapitres suivants :
1. Chapitre 1 : Intitulé libéralisation financière et mutations des systèmes financiers. Ce chapitre
insiste sur la transformation des systèmes financiers engagée dans le cadre de la transition
financière. Il traite à la fois, la nature, le rôle, l’efficacité, l’organisation, la restructuration et la
mutation des systèmes financiers. Ce chapitre est composé de trois sections. La première
section s’intéresse à l’importance des systèmes financiers dans les économies contemporaines.
La seconde aborde la transition financière, c’est-à-dire le passage de la répression financière à
la libéralisation financière. La troisième section se consacre à la libéralisation financière dans
les pays en développement.
2. Chapitre 2 : Intitulé instabilité des systèmes financiers et crises bancaires. Ce chapitre fait
références à la fragilité des systèmes financiers et à la multiplication des crises bancaires. Ce
chapitre est composé de trois sections. La première section aborde à la fois la nature, les
coûts et les facteurs explicatifs des crises bancaires. Elle s’intéresse également aux canaux de
contagion financière. La seconde section met en lumière les mécanismes et les enjeux de la
gouvernance externe des banques. La troisième section se concentre sur l’importance de la
gouvernance externe comme dispositif de prévention des crises bancaires.
3. Chapitre 3 : Intitulé réforme et déréglementation de l’activité bancaire en Algérie. Ce chapitre
est composé de trois sections. La première section traite l’évolution du système bancaire
algérien durant la période 1990-2010. La seconde section aborde le volet de la libéralisation des
conditions de banques. La troisième section se consacre à la politique des crédits bancaires
poursuivie par les banques publiques durant la période 1990-2010.
4. Chapitre 4 : Intitulé les grands axes de la modernisation du système bancaire algérien. Ce
chapitre est composé de trois sections. La première section s’intéresse à l’organisation de
l’activité bancaire depuis l’ouverture du secteur bancaire aux capitaux privés. La seconde
section aborde l’organisation du cadre institutionnel et son rôle dans la réglementation et la
supervision de l’activité bancaire. La troisième section est destinée à faire un bilan sur l’état
actuel du système bancaire algérien.

15
VI)- Les pistes susceptibles d’être prises par notre étude
L’Algérie connaît aujourd’hui un tournant décisif. Elle vit l’une des périodes les plus
marquantes et les plus riches en transformations qu’elle n’ait jamais connues de son histoire :
1. La renégociation des accords d’Association avec l’UE,
2. Le projet d’adhésion à l’OMC,
3. Le projet de création d’une zone de libre-échange dans la zone du Maghreb UMA,
Ces événements sont autant de changements qui auront sûrement des implications profondes sur
l’économie nationale.
En parallèle, Les autorités publiques accompagnent cette transition économique par la mise à niveau des
banques commerciales, à travers un vaste programme de réforme financière qui se concentre sur les
domaines suivants :
1. La réforme du système bancaire,
2. La réforme du secteur assurantiel,
3. La promotion et le développement du marché des capitaux.
La réforme et la modernisation du secteur bancaire soutenues par un dispositif législatif, réglementaire,
institutionnel et technique ouvrent en effet, plusieurs pistes de recherche ou de perspectives qui doivent
être mentionnées à l’issue de ce travail exploratoire à savoir :
1. La problématique du financement des PME en Algérie.
2. La problématique de la réforme du marché financier en Algérie.
3. L’avenir de la finance islamique en Algérie.
4. Les enjeux de la privatisation des banques publiques en Algérie.
5. La problématique de la libéralisation du compte capital en Algérie.
6. La problématique de la gouvernance des banques publiques algériennes.

16
Chapitre 1
Libéralisation financière et transformation des systèmes financiers

17
Plusieurs pays ont depuis le début des années 80 et le début des années 90 entrepris des
programmes de libéralisation financière pour introduire les forces du marché, réduire la domination du
secteur public sur les avoirs et les engagements bancaires, accroître la concurrence et relever l'efficacité.
Ces mesures qui ont été le plus souvent accompagnées par l’ouverture du secteur bancaire à la
concurrence, la déréglementation des conditions de banque, la privatisation des banques publiques, la
promotion du marché boursier, la libéralisation du compte de capital,.... ont nettement amélioré le
financement des économies nationales.
En effet, l’application de la politique de la libéralisation des systèmes financiers inspirée de la doctrine de
la financière à été fortement recommandée par les institutions internationales comme le FMI ou la BM en
vue d’accroitre le développement financier dans l’objectif d’augmenter l’efficacité des systèmes
financiers dans l’allocation des ressources monétaires et financières.
Dans ce sens, avant d’aborder l’application de la politique de la libéralisation financière, c’est-à-dire la
mis en œuvre du processus de transition financière d’une économie financièrement réprimé à une
économie financièrement libéral (objet de notre seconde section), nous préférons pour des raisons
académiques et pédagogiques se consacré d’abord aux fonctions, structures, organisation, efficacité et
mutation des systèmes financiers qui caractérisent les économies contemporaines (objet de notre
première section). Quant à la troisième section, elle illustrera un état des lieux sur la réalité du
phénomène de la libéralisation des systèmes financiers entrepris par les pays émergents et les pays en
développement.

18
Section 1 : Importance de la dynamique des systèmes financiers dans les économies
contemporaines

La finance exerce une fonction essentielle dans les économies modernes et elle s’appuie sur
un ensemble d’institutions qui forment le système financier. Ce système est le poumon des économies
de marché modernes. Sans secteur bancaire ni marché boursier, il serait impossible de gérer
l’ensemble complexe des relations économiques nécessaires à une économie.
Les fonds, les institutions financières, les règles de gouvernance et les infrastructures techniques et
humaines très complexes que nécessite un secteur financier, sont essentiels au dynamisme et à
l’attractivité des pays développés, et un enjeu majeur pour le rattrapage économique des pays émergents
et des pays en développement ou en transition.
Les systèmes financiers sont donc indispensables à toutes les économies. Ils concourent grandement à
l'accroissement de la capacité productive de l'économie.
Selon R. Levine (2005) le secteur financier peut promouvoir le développement économique de quatre
manières différentes43:
1. En mettant en commun l’épargne par le biais de la diversification et de la gestion des risques,
2. En facilitant l’échange de biens et de services grâce à la réduction des coûts de transaction,
3. En améliorant la répartition du capital grâce à la production d’informations ex ante sur les
opportunités d’investissement,
4. En augmentant la propension des investisseurs à financer de nouveaux projets par le biais de
contrôles ex post et d’une gouvernance d’entreprise.
Dans cet esprit, on peut logiquement admettre qu’un secteur financier dynamique exerce des effets
d'entraînement et de structuration considérable sur l'activité économique.
A ce titre, la première sous-section présentera un panorama sur les fonctions, structures et organisation
des systèmes financiers. La seconde sous-section exposera d’une manière générale, l’importance de
l’efficacité des systèmes financiers. Quant à la troisième sous-section, elle se consacre à dresser une vue
d’ensemble sur la transformation des systèmes financiers.
Sous-section 1 : Vue d’ensemble des systèmes financiers
Dans toute économie, le rôle essentiel d’un système financier est d’organiser et de faciliter le
financement des agents à déficit et les placements des agents en excédent de telle sorte que les uns et

43
Ugo Panizza. La finance et le développement économique. Revue : Evolution des politiques de développement. Année
2012. P 2.

19
autres y trouvent leur compte. Un système financier doit être un moyen de catalyser le « décollage »44
des pays en développement et de conforter la croissance dans les pays les plus avancés. L’efficience
d’un système financier dépend de la concurrence et de la transparence qui y règnent.
Un système financier quelque soit sa taille ou sa dimension est composé d’un secteur bancaire et d’un
marché de capitaux. Le système financier contribue à une bonne allocation de capitaux favorable à
l'essor économique.
A ce titre, dans le cadre de la présente sous-section, on se limitera d’abord à présenter un essai de
définition théorique, fonctionnel et institutionnel du système financier (objet du premier paragraphe),
ensuite on s’attachera a évoqué la structure des systèmes financiers (objet du second paragraphe) et
pour terminer, on se réserve d’abordé l’organisation des systèmes financiers (objet du troisième
paragraphe).
Paragraphe 1 : Essai de définition du système financier
De nombreuses définitions mettent en référence le rôle important que joue le système
financier dans l’allocation des ressources monétaires. Les définitions attribuées au système financier
réunissent plusieurs caractères : théorique, fonctionnel et institutionnel.
Théoriquement, selon Gurely et Shaw, le système financier permet de « mettre en relation les agents
à capacité de financement avec ceux à besoin de financement. Cette mise en relation peut se faire
directement par le biais des marchés financiers (on parle de financement direct) ou indirectement
par le biais d’intermédiaires financiers (on parle de financement indirect) ».
Fonctionnellement, le système financier est « un réseau constitué par les intermédiaires financiers, le
marché financier et l’ensemble des institutions et mécanismes institutionnels (réglementation,
système de compensation, régime de change etc.….) qui rendent possibles les échanges financiers et
qui participent à leur bon déroulement ». Le système financier est le lieu de plus en plus
dématérialisé, d’émission et de circulation des actifs monétaires, bancaires et financiers. Un système
financier est, en définitive un ensemble très complexe d’institutions, de procédures formalisées, d’usages
et de règles qui déterminent la manière dont les ressources d’épargne sont collectées auprès des ménages,
des entreprises et de l’Etat pour être investies dans la création de richesses.
Selon Bodie et Merton, le système financier est un système complexe qui rend compatibles les six (6)
fonctions qu’il assume essentiellement à savoir :
1. La fourniture et la gestion des moyens de paiement pour faciliter les échanges,
2. La collecte de l’épargne pour financer des investissements de grande taille,
3. Le transfert des ressources économiques à travers l’espace et le temps,
44
Alexandre Asselineau. Quelle peut-être la raison d’être des banques dans les systèmes financiers contemporains. Revue
Cahiers de la recherche. Année 2006. P 6.

20
4. La gestion des risques,
5. La production et la transmission d’informations,
6. La mise en place des mécanismes incitatifs pour réduire les conflits liés aux asymétries
d’information.
Ces fonctions peuvent être remplies par différentes formes institutionnelles, que ce soit un système
orienté « banque » ou un système orienté « marché ».
Institutionnellement, les systèmes financiers diffèrent beaucoup d’un pays à un autre parce qu’ils se
sont constitués progressivement et qu’ils ont de ce fait des histoires différentes. Pour un même Etat, le
système financier se transforme en fonction des besoins de l’économie et des orientations données par les
pouvoirs publics.
De ce fait, un système financier fait référence à une organisation relativement informelle des marchés de
capitaux. Le système financier est « l’ensemble des institutions qui jouent un rôle concernant le
crédit bancaire et les marchés boursiers ». La confiance et la réputation au sein du système financier
jouent des rôles très importants pour assurer sa stabilité. Cependant, la stabilité du système financier
n’équivaut pas à l’élimination de la volatilité sur les marchés, mais plutôt à la prémunition contre une
volatilité excessive des prix des actifs.
Au total, malgré les ambigüités du vocabulaire, le recours au terme système financier désigne un
« réseau constitué par les intermédiaires financiers (banques, établissements financiers,
coopératives d’épargne et de crédit, sociétés d’assurances, Trésor Public……..), les agents non
financiers ( entreprises et ménages….), le marché financier ( principalement la bourse) et
l’ensemble des institutions et mécanismes institutionnels ( autorités de contrôle et de supervision,
réglementation, système de compensation, régime de change etc.…….) qui rendent possibles les
échanges financiers et qui participent à leur bon déroulement ». Le système financier contribue à une
bonne allocation des ressources favorable à l’essor économique.
Paragraphe 2 : La structure des systèmes financiers
Si l’on compare, dans l’espace et le temps, les systèmes financiers, on distingue d’une part,
les financements accordés par les intermédiaires financiers (principalement les banques) et d’autre part,
ceux qui sont accessibles sur les marchés de capitaux (principalement le marché boursier). On parle de
financements intermediés pour designer les premiers, alors que les financements de marché sont dits
désintermediés. L’essor de la désintermédiation dans les pays de l’OCDE illustre la progression des
marchés de capitaux : le marché monétaire pour l’accès à des financements et placements à court
terme via les supports que constituent les billets de trésorerie, les bons du Trésor négociables, les

21
certificats de dépôts, etc.…... le marché financier pour les financements et placements à plus long
terme via les supports que constituent les actions et les obligations, etc.….
Cependant, l’opposition entre banques et marchés nous renvoie à étudier l’architecture des systèmes
financiers car la réalité montre qu’avec l’envol des marchés financiers, les banques sont de plus en plus
présentes dans des activités de marché. Les banques, par exemple, interviennent activement dans les
opérations de fusion-acquisition d’entreprises.
Aux Etats-Unis et en Grande- Bretagne, leur système financier s’articule principalement autour des
marchés financiers, donc des financements désintermédies, même si les crédits bancaires jouent un
rôle non négligeable.
En Europe continentale, par exemple en France, en Allemagne ou en Espagne, l’intermédiation
bancaire est encore le pivot du système de financement, même si les marchés financiers ont connu,
depuis les années 1980, une croissance impressionnante en liaison étroite avec la vague d’innovations
financières (apparition de nouveaux instruments d’épargne et de financement, application des nouvelles
technologies de l’information et de communication NTIC à la banque et à la finance en général). Dans les
pays en développement (le cas du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie et même de la Turquie), les marchés
financiers sont moins développés (mais le degré de développement des marchés financiers entre ces
différents pays diffère). De ce fait, le financement bancaire dispose d’un quasi –monopole dans le
financement des activités économiques.
A cet effet, existe-t-il pour un système financier, une structure optimale, c'est-à-dire une répartition
optimale des rôles entre les banques et les marchés financiers ? En pratique, elle est très difficile à
définir avec précision, parce qu’elle dépend forcement de tout un ensemble de paramètres, tels que les
objectifs économiques (par exemple, de croissance à court terme et à plus long terme), le niveau de
développement du pays, le contexte social (taux de chômage, ampleur des inégalités, etc...). Ce qui est
observé, en revanche, c’est que face à la montée en puissance des marchés financiers, le développement
des métiers bancaires et leur rapprochement aux conditions de marché s’est accompagné par un
alignement des tarifs et conditions de banque. A titre d’exemple, pratiquement toutes les banques ont
soumis leurs services liés à la gestion de moyens de paiements à des commissions fixes.
De ce constat, on déduit que la structure et l’organisation d’un système financier n’est donc pas sans
conséquences sur la vie des banques, des entreprises (coût moins élevé) et sur la croissance en
général.
Cette distinction ne recouvre pas le clivage entre financement par émission de titres et financement par
crédit bancaire. En effet, la finance aujourd’hui se caractérise par une montée en puissance considérable
du financement de marché, qui s’effectue par émission de titres, alors même que la finance directe

22
demeure marginale. La finance reste donc toujours très largement intermediée mais c’est la forme de
l’intermédiation45 qui a connu une mutation considérable.
1)- Finance directe et finance indirecte
L’analyse des flux de fonds propose une représentation utile des deux modes de financement existants, la
« finance indirecte » et la « finance directe ».
D’après la théorie de Gurley et Shaw, le financement d’une économie46 peut s’opérer soit :
1. Sur des ressources internes, qui correspondent à celles de l’autofinancement,
2. Sur appel aux fonds extérieurs.
Dans ce dernier cas, les agents économiques disposent de « deux techniques » pour obtenir des
ressources monétaires, la première est d’emprunter auprès des intermédiaires bancaires ou non
bancaires, la seconde est émettre des actions et des obligations sur le marché financier.
1.1)- Essai de définition de la finance indirecte :
La finance indirecte ou la finance intermédiée est une première manière de relier préteurs et
emprunteurs. Dans cette logique à dominance bancaire, les agents intermédiaires (principalement les
banques) interviennent pour mettre en relation les ABF avec les ACF. Cet intermédiaire financier
collecte les fonds des agents en excédent de financement et les prêtent aux agents ayant des besoins de
financement. Il se fera rémunéré pour ce service par le biais des intérêts qu'il fait payer au demandeur de
capitaux.
La finance indirecte est une caractéristique propre à une situation d’intermédiation financière.
Elle est le fait pour les entreprises et autres de recourir à des établissements bancaires pour trouver les
fonds nécessaires plutôt que de s’adresser en direct aux détenteurs de patrimoine pouvant apporter leurs
capitaux.
1.2)- Essai de définition de la finance directe :
La finance directe est une seconde manière de relier préteurs et emprunteurs. Dans cette logique à
dominance marchés financiers, les agents a besoins de financement ABF (les entreprises et
administrations publiques) obtiennent des ressources directement auprès des agents à capacités de
financement ACF (les ménages) sans passer par les intermédiaires financiers (principalement les
banques). Pour ce faire, les ABF émettent des titres (émission d'actions, d’obligations…) qui sont acquis
par les ACF.
La finance directe est une caractéristique propre à une situation de désintermédiation.

45
Nicolas Venard. Economie Bancaire. Edition la Découverte. Année 2001. P 6.
46
Gurley et Shaw furent les premiers à opposer la finance indirecte à la finance directe.

23
Les souscriptions de titres se font aussi par des intermédiaires financiers47 bancaires et non bancaires,
mais avec la différence que dans ce cas ils ne font que rassembler et transmettre les ordres au lieu
d’opérer pour leur propre compte.

Figure 2 : Les flux de fonds au sein du système financier

Finance indirecte

Intermédiaires
Fonds financiers Fonds

Fonds

Investisseurs – Préteurs : Emprunteurs :


1- Les ménages, 1- Les entreprises,
2- Les entreprises, 2- L’Etat et les
3- L’Etat et les Marchés collectivités
collectivités financiers publiques,
publiques, 3- Les ménages,
4- Le reste du monde Fonds Fonds 4- Le reste du monde

Finance directe

Source : C Bordes, P.C Hautcoeur. D Lacoue-Labarthe et X Ragot. Monnaie, banques et marchés


financiers, 9 eme Edition Pearson. Année 2010. P 28

47
Gurley et Shaw définissent l’intermédiation financière comme « un processus d’ajustement des besoins et des
capacités de financement par l’intervention d’un agent spécifique, l’intermédiaire financier ». Les « intermédiaires
financiers » regroupent les banques, les établissements financiers, les compagnies d’assurances, le Trésor public, les fonds de
pensions, les organismes de placements collectifs en valeurs mobilières (OPCVM) et les fonds communs de placement (FCP).

24
2)- Economie d’endettement et économie de marché financier
John Hicks48 (1974) fut le premier à opposer « l’économie d’endettement » à
« l’économie de marchés financiers » en mettant l’accent sur le « taux d’intermédiation », c'est-à-dire,
il a cherché a connaître si ce taux de gravité ou ce taux du financement de l’économie se trouve plutôt du
côté de l’économie d’endettement prédominé par les intermédiaires financiers ( appelée aussi par Gurley
et Shaw la finance indirecte ) ou au contraire du côté de l’économie de marché de capitaux ( c’est la
même idée qui est retenue par Gurley et Shaw lorsqu’ils évoquent la finance directe).
J. Hicks, définit à ce sujet, deux modalités de financement de l’économie49 (voir annexe 1); la première
repose sur le financement automatique auprès des banques, et la seconde repose ou dépend de la
transformation d’actifs financiers liquides.
Il ne s’agit pas d’une classification conceptuelle50, c'est-à-dire qu’aucune économie concrète ne présente
les caractéristiques de l’un où de l’autre système ; la France a été une forme très rapprochée du premier
cas et les Etats-Unis le second cas. Cette distinction entre ces deux systèmes financiers ne signifie pas
que les entreprises américaines méconnaissent l’endettement bancaire (mais simplement qu’elles
disposent d’un accès direct au marché tant à court qu’a long terme plus important) ou que entreprises
françaises méconnaissent le financement boursier (mais simplement qu’elles disposent d’un accès direct
plus important auprès des banques pour le financement de leurs activités tant à court, a moyen ou qu’a
long terme).
Ces deux modèles ont l’avantage de faire apparaitre des logiques de fonctionnement d’économie
articulées à l’équilibre du système productif.
Cependant, il est important de ce point de vue de distinguer nettement les années 1960 et 1970 d’un côté
et de l’autre les deux décennies suivantes :
1. Les décennies 60 et 70 : On peut établir une franche opposition entre les pays qui correspondent
assez bien au modèle des économies d’endettement (le cas de la France et du Japon) et ceux qui
correspondant au modèle des économies de marchés financiers (le cas des USA et de
l’Angleterre),
2. Les décennies 80 et 90 : La généralisation de la politique monétaire anti-inflationniste lancée aux
Etats-Unis à la fin des années 70, le développement irréversible de la globalisation et de la

48
J Hicks. « The crisis in keynesian économics ». Oxford,Basil Blackwell. Années 1974.
49
J Hicks. « The crisis in keynesian économics ». Oxford,Basil Blackwell. Années 1974.
8
Cette distinction a été faite au milieu des années 80 par certains auteurs comme Lacoue- Labarthe, G. Maarek et Levy –
Garboua, pour caractériser les différences entre système financier français et système financier américain). Pour plus de
développement voir les cahiers français N° 224. Année 1986.

25
libéralisation financière, couplé à celui des nouvelles technologies de l’information et de la
communication, sont autant de facteurs qui expliquent l’effet de domination du modèle anglo-
saxon et qui favorise par conséquent une convergence des différents régimes financiers vers le
modèle de l’économie de marché financier.
Cette convergence ou ce passage vers le modèle anglo-saxon signifie pour les pays en développement,
notamment pour notre pays une profonde mutation de son système financier, à la fois au niveau législatif,
institutionnel, structurel et managérial51.
D’après Hicks, les principaux traits distinguant l’économie d’endettement à celle de l’économie de
marché financier sont résumés comme suit:
2.1)- Essai de définition de l’économie d’endettement
L’économie d’endettement est un système financier où prédomine la finance indirecte, sous la forme
d’un financement par le crédit. Celui –ci suppose l’intervention d’un processus d’intermédiation
financière et l’établissement de relations bilatérales individualisées entre les banques et leurs
clients. Les banques prennent un risque de crédit après l’avoir évalué et financent les opérations dont
elles anticipent favorablement le résultat. Le crédit constitue ainsi le principal mode de financement de
l’activité productive. Même lorsque les entreprises ont par leur dimension un accès au marché des valeurs
mobilières, la faiblesse du taux d’autofinancement implique le recours complémentaire au crédit.
2.2)- Essai de définition de l’économie de marchés financiers
En effet, l’économie de marché financier se présente comme un système financier où les agents
économiques se procurent leurs ressources de financement en émettant des titres sur des marchés. Ce
système privilégie la finance directe. L’activité des marchés permet à l’offre et à la demande de capitaux
de se confronter directement sans passer par la médiation d’un intermédiaire financier. Cependant les
intermédiaires financiers, y compris les banques, sont présents sur les marchés à la fois comme offreurs
et comme demandeurs de titres indifférenciés et non sur l’opération individualisée qui est le crédit
bancaire. Le crédit n’en constitue pas moins une activité essentielle des banques. Il est destiné aux agents
qui n’ont pas de dimension suffisante pour emprunter sur le marché des titres. L’annexe N° 1 présente
d’une manière générale les principaux critères définissant les deux modes de financements52.
D’une manière générale, le modèle de Gurley et Shaw ainsi que le modèle Hicks tendent à travers une
approche macroéconomique à étudier la place de l’intermédiation financière dans le système financier à
économie de marché. L’objectif de cette étude est double :

51
Christian Biales. L’intermédiation financière. Année 2013. P : 8 et 9. Site : www. Christian-biales.net.
52
Financement basé sur le marché bancaire et financement basé sur les marchés financiers.

26
1. Pour Gurley et Shaw, l’existence des institutions financières se justifie par les caractéristiques
des titres de la dette primaire et par les préférences des agents à capacité de financement,
2. Pour Hicks, le calcul du taux d’intermédiation permet de chiffrer la part de la finance
intermediée par rapport aux financements de marché, c'est-à-dire, déterminé le poids des crédits
bancaires dans le financement globale de l’économie.
Pour cela, Hicks est le premier économiste à parler du « taux d’intermédiation »53 qui permet de voir ou
de distinguer une économie d’endettement de celle d’une économie de marchés financiers.
Paragraphe 3 : L’organisation des systèmes financiers
La politique mise en place par les pouvoirs publics en matière de régulation bancaire et
financière répond à des objectifs de sécurité et de stabilité du système financier et de protection des
épargnants. A ce titre, elle est mise en œuvre par des autorités qui encadrent l’activité bancaire et
financière dans la perspective d’aboutir à la fois à une meilleure organisation de l’activité bancaire et
financière et par la même à une meilleure synergie entre ces deux structures.
Ainsi, le mode d’organisation des pratiques bancaires et financière mis en vigueur définit le degré
d’homogénéité ou d’hétérogénéité de la réglementation bancaire et financière d’un pays par
rapport aux standards internationaux.
1)-L’organisation des systèmes bancaires
Aux Etats-Unis, en Europe, comme partout dans le monde, l’exercice de l’activité bancaire est réservé
aux banques (appelé aussi établissements de crédits) bénéficiant d’un agrément et soumise à une
surveillance particulière par des autorités de contrôle et de supervision. Ainsi, la distinction d’un
système bancaire d’un pays par rapport à un autre dépend généralement de l’étendue de la
réglementation bancaire54.
Par définition, la « réglementation bancaire » est un ensemble de dispositions qui encadre les activités
du secteur bancaire. Elle55 vise à soutenir la solidité et l’intégration des banques et des organismes
non bancaires.

53
Le taux d’intermédiation caractérise de manière synthétique l’importance du rôle du secteur financier dans l’économie et
son positionnent face à l’essor de la finance de marché. Ce taux permet de mesurer la part des financements apportés par les
agents financiers (banques, établissements financiers, OPCVM….) dans le total des financements dont bénéficient les ANF.
Au sens strict, ce taux est le = Total des crédits aux ANF / Total des financements aux ANF.
Au sens large, ce taux est le = Total des crédits et achats de titres / Total des financements aux ANF.
54
La réglementation du marché financier et la libéralisation du compte capital influencent considérablement l’étendue de la
réglementation bancaire (autonomie de la Banque centrale, le droit d’entrer accorder aux banques étrangères, l’autorisation de
prendre des participations accorder aux banques étrangères, suppression des réserves obligatoires……)
55
La réglementation bancaire à trois composantes interdépendantes :
1. La politique micro-prudentielle : Réglementation qui vise à maintenir des banques et établissements financiers
sains, solvables et solides, à garantir une concurrence équitable, veiller à la protection des déposants,

27
En effet, dans tous les pays, les secteurs bancaires sont assujettis à des réglementations abondantes qui
traitent des différents aspects de leur fonctionnement et leur évolution. A ce titre, ces distinctions entre
les secteurs bancaires se résument au niveau :
1. Des conditions d’octroi d’agrément ou de retrait d’agrément des banques et des établissements
financiers,
2. Des conditions relatives à d’exercice de l’activité bancaire :
 De la nature des activités bancaires,
 Le capital social minimum,
 De la forme juridique,
 Des conditions de prises de participations,
 Des choix des dirigeants.
3. Des normes de la réglementation prudentielle,
4. Des méthodes de contrôle bancaire permanent,
5. Des exigences en matière d’information,
6. Des pouvoirs institutionnels des autorités prudentielles.
C’est à travers l’étendue observée sur certaines réglementations bancaires que se justifie
l’efficacité de certains secteurs bancaires par rapport à d’autres.
A l’heure de l’internationalisation croissante des activités bancaires et de la recherche par les
organisations à compétences universelles (le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC et le Comité de Bâle)
d’une harmonisation des règles de fonctionnement et des méthodes de surveillance, il apparaît très
prudent pour les pays en développement, comme c’est le cas de l’Algérie, compte tenu des crises
financières que traverse actuellement un ensemble de pays de l’OCDE, de définir dans le cadre de sa
réforme bancaire, un programme de mise à niveau adéquat s’inspirant des expériences vécues par des
pays en développement notamment les pays voisins tels que le Maroc, la Tunisie.
D’après plusieurs spécialistes en finances, il ne faut pas trop attendre de la réforme financière, le
processus d’élaboration d’un système financier efficace est une action longue et difficile56.
2)-L’organisation des marchés de capitaux :

2. La politique macro-prudentielle : Mettre en œuvre une architecture cohérente et efficace des institutions et des
règles, à assurer le fonctionnement de l’industrie bancaire, à prévenir les crises ou les paniques du secteur bancaire et
financier,
3. La fonction de préteur en dernier ressort : Exercée par la Banque Centrale et l’Etat.

56
Dominique Strauss Khan (l’Ex présidant du FMI) et notamment C. De Boissieu, admettent souvent que la réforme
financière est processus difficile et long pour arriver à mettre en place un système financier efficace.

28
Dans toutes les économies modernes, les marchés de capitaux occupent une place prépondérante dans le
financement de leur activité. Connaître la structure et le fonctionnement des marchés de capitaux se
révèle donc indispensable57.
En effet, le marché des capitaux est composé de différents compartiments articulés entre eux. On
distingue trois grands compartiments :
2.1)- Le marché des taux d’intérêt
Ce marché est lui-même divisé en de grands compartiments. On distinguera principalement le marché
monétaire et le marché obligataire.
2.2)- Le marché des actions
Lui-même divisé en un marché primaire, sur lequel les entreprises émettent les titres, et un marché
secondaire (marché boursier), sur lequel les titres émis sont échangés. Une action est un titre de
propriété, dont la rémunération est appelée dividende. L’émission d’actions contribue au financement à
long terme de l’entreprise, en complément de l’émission d’obligation ou du crédit bancaire.
2.3)- Le marché des changes
Marché sur lequel s’achètent et se vendent des devises. Le cours des devises est coté en continu de
manière électronique par des opérateurs dispersés dans le monde entier, appelés cambistes et travaillant
dans une salle des marchés bancaires. C’est donc un marché décentralisé, qui n’a pas de localisation
« physique ». Les entreprises utilisent le marché des changes, soit dans le cadre de leurs opérations
d’exportations ou d’importations, soit dans le cadre d’opérations financières (achats ou ventes de
participations étrangères).
Dans son acception économique, le marché monétaire désigne le marché sur lequel sont côtés des taux
d’intérêt à court terme (moins d’un an). Il est lui-même subdivisé en trois compartiments :
1. Le marché interbancaire : Sur lequel les banques se prêtent et s’empruntent entre elles des
liquidités sous forme de monnaie banque centrale.
2. Le marché des titres de créances négociables : Il représente des titres à court terme émis par les
Etats (Trésor public) et négociés par les investisseurs sur le marché boursier. D’autres titres sont
émis sur ce compartiment tel que les billets de trésorerie émis par les grandes entreprises et les
certificats de dépôts émis par les banques.
Sur ce même segment (marché des titres de créances négociables), le taux d’intérêt des Bons du Trésor
est généralement moins élevé que les autres taux d’autres produits monétaires. Cette différence de taux
est liée au risque associé à chaque émetteur. « Spread de crédit » est le terme utilisé pour désigner

57
Il existe plusieurs motifs d'organisation des marchés de capitaux. Les marchés de capitaux différents par leurs modes
d’accès, par leur méthode de détermination des prix, par leur mode de transmission et d'exécution des ordres ……..

29
l’écart entre le taux venant soit d’un émetteur privé et le Trésor public, ou soit entre les titres émis par des
gouvernements différents.
Le marché obligataire est le compartiment à long terme du marché des taux d’intérêt. Une obligation est
un titre de financement à long terme, dont la rémunération versée à l’acquéreur est appelée « coupon » et
s’exprime sous la forme d’un taux d’intérêt.
La plupart des actifs financiers (devises, actions, obligations, …..) sont cotés sur le marché au comptant
et marché à terme ou marché organisé et marché de gré à gré. Sur le marché au comptant, la cotation est
simultanée au transfert de propriété de l’actif. Sur le marché à terme, se cotent les prix relatifs à des
transactions différées dans le futur. Le rôle original des marchés à terme est de permettre aux agents
économiques exposée à un risque de variation de prix de se couvrir. Sur les marchés organisés (le cas du
marché boursier), les produits sont standardisés. Les opérations sont des opérations multilatérales. Les
principaux marchés réglementés de produits dérivés en France sont le MATIF et le MONEP. Sur les
marchés de gré à gré (le cas du marché des changes), sont traités les produits sur mesure. Les règles de
fonctionnement sont fixées par les parties. Les opérations sont des opérations bilatérales. Les obligations
sont fixées contractuellement.
Les modes d'organisation des marchés de capitaux jouent un rôle très important dans la détermination
des coûts de transaction et le comportement des différents participants. Ces structures influencent
notamment les stratégies d'offre et de demande des produits financiers au cours des échanges. Les
demandes de capitaux expriment les besoins de financement de nature différente qui peuvent s’adresser
soit aux banques et autres intermédiaires financiers soit aux marchés de capitaux avec une prédominance
marquée pour les premiers si le système financier est « orienté banques », ou pour les seconds si le
système financier est « orienté marchés ».
Les demandes de capitaux à court terme cherchent à réaliser l’équilibre instantané ou de courte période
des trésoreries, qu’il s’agisse des agents financiers ou des entreprises du secteur productif ou des
particuliers. Le marché monétaire répond à ces besoins. Les demandes de capitaux à long terme ont
pour objectif le financement de l’investissement soit matériel soit financier et peuvent émaner aussi bien
des intermédiaires financiers que des entreprises ou des ménages. Le marché financier (le marché des
actions et le marché des obligations) est destiné à répondre aux besoins de financement exprimés sur le
long terme.
D’une manière générale, la structure et l’organisation des systèmes financiers décrivent l’interaction
entre le secteur bancaire et le marché financier, entre aussi les différents compartiments composant les
marchés de capitaux (entre par exemple, le marché monétaire et le marché financier), entre les principales
opérations accomplies par les intermédiaires financiers et le marché financier, la façon dont-ils sont
régulés, etc.…..Le bon fonctionnement de différents compartiments et composants des systèmes
30
financiers sont autant d’éléments centraux de la performance des économies. Ainsi, on comprend que
l’importance des systèmes financiers dans les économies réside dans leur capacité à équilibrer entre deux
agrégats macroéconomiques : l’épargne et l’investissement.
Sous-section 2 : Vue d’ensemble de l’efficacité des systèmes financiers
Les assises actuelles de l’ordre financier mondial sont le fruit d’une politique de
transformation engagées dans les années 70 pour préparer l’entrée dans l’économie mondiale. Dans ce
contexte, les objectifs de taux de croissance élevés et le rythme soutenu de l’investissement qu’ils
supposent, suscitaient une forte demande de financement en provenance des entreprises, excédant les
fonds propres à la disposition des firmes. De ce fait, de part les banques, les réformes engagées par la
suite, prévoyaient la participation à grande échelle des marchés financiers dans le financement de la
croissance. Cette vision a été marquée par le passage à un système financier à dominance marché.
Cette perspective a conduit les banques et les autres intermédiaires financiers à des adaptations en
développant et en diversifiant davantage leur métier et leur pratique.
De leur côté, les marchés de capitaux ont connu un développement remarquable caractérisé par
l’émergence de nouveaux segments (marché dérivé, marché hypothécaire, marché des titres de créances
négociables à court terme…..), de nouveaux intervenants (fonds de pensions, fonds spéculatifs, fonds
d’investissements…) et de nouveaux instruments financiers (produits dérivés, produits hydriques…).
La diversité des systèmes financiers est notre point de départ. Les conséquences de cette diversité
sur l’efficacité du secteur financier (banques et marché) sont notre interrogation. Cette hypothèse
de diversité n’est pas seulement le produit d’une réalité pragmatique (mais difficilement quantifiable ou
apparente, compte tenu de la profonde imbrication entre la banque et les marchés) ; elle a aussi son
fondement théorique.
A cet effet, le premier paragraphe se limite à donner quelques précisions sur la notion d’efficacité. Le
second paragraphe est conçu pour illustré une vue d’ensemble sur les approches théoriques de
l’efficacité des systèmes financiers. Le troisième paragraphe vise également à donner une vue
d’ensemble sur les fondements empiriques de l’efficacité des systèmes financiers.
Paragraphe 1 : Les contours de la notion d’efficacité
D'un point de vue général, l'efficacité décrit la capacité d'un individu, d'un groupe ou d'un
système à atteindre les objectifs qui lui sont attribués avec les ressources prévues. Être efficace revient à
produire à l'échéance prévue les résultats escomptés et réaliser des objectifs fixés. Objectifs qui peuvent
être définis en termes de quantité, mais aussi de qualité, de rapidité, de coûts, de rentabilité,58.......
La notion d'efficacité est largement utilisée dans les activités économiques et financières.

58
Site : http// : www.wikipédia.org.

31
L'efficacité est une notion large qui comprend d'autres termes voisins, avec lesquels elle ne saurait être
confondue59 :
1. L'efficience qui caractérise la capacité à atteindre des objectifs au prix d'une consommation
optimale de ressources (personnel, matériel, finances).
2. La productivité qui entend mesurer précisément le degré de contribution d'un ou de facteurs
entrants sur la variation du résultat d'un processus examiné.
3. Le rendement qui qualifie la manière dont une action, un procédé de transformation, un
processus -dans lequel on a initialement donné, investi ou consommé des ressources- rend,
retourne, renvoie le résultat prévu ou attendu.
Avant les années 1950, les économistes considéraient que les firmes exploitaient toujours leurs
ressources de manière efficace et efficiente, en vertu de leur mission qui est de faire des profits.
L'efficacité économique est une notion qui apparaît après les années 1950 (Amara & Romain, 2000). Elle
désigne alors l'utilisation des ressources de manière à maximiser la production. En réalité, pour être
économiquement efficace, un système doit remplir trois conditions (Sullivan et al 2003)60 :
1. Il faut que son système de production soit à un niveau d'équilibre au sens de Pareto : c'est-à-dire
qu'il doit être tel qu'on ne puisse l'améliorer sans dépenser plus,
2. Il faut qu'aucun input ne puisse être ajouté sans augmentation correspondante d'outputs,
3. Il faut enfin que la production s'opère à un coût unitaire minimal.
Dans la plupart des lexiques économiques ou financiers, l'efficacité économique est définie comme l'état
d'une économie qui obtient un rendement maximal de ressources limitées en considérant les coûts et les
bénéfices découlant de diverses décisions.
Avec le rôle croissant que le FMI, la BM et l’OMC jouent dans l’économie mondiale, les exigences
d’efficacité sont depuis l’effondrement des accords de Bretton-Woods au centre de toutes les
préoccupations. Les principes d’efficacités sont de plus en plus recherchés, sinon prônés, dans tous les
pays ayant libéralisé leur système financier. Cette orientation économique et financière vise
essentiellement à mettre en place un système financier efficace. Un tel objectif à d’importantes
répercussions politiques et économiques qui se traduisent généralement par des mouvements de réformes
économiques et financières. Ainsi, le choix entre asseoir sa croissance et son développement économique
sur un système financier à dominance bancaire ou sur un système financier à dominance boursière sont
parmi les préoccupations majeures auxquelles doivent répondent les approches théoriques relatives à
l’efficacité des systèmes financiers.

59
Site : http// : www.wikipédia.org.
60
DAZOUE Martial. L’efficacité technique des banques et ses facteurs explicatifs. Mémoire de Master II en sciences
économiques, soutenu en 2009 à l’Université Catholique d’Afrique Centrale. P 17.

32
Paragraphe 2 : Approches théoriques de l’efficacité des systèmes financiers
Le signe particulier d’un système financier efficace réside dans les liens de plus en plus
étroits entre « secteur bancaire » et « marché financier ». Ces liens sont directement attachés au mode
de gouvernance mis en place par les autorités monétaires et financières d’un pays.
La gouvernance d’un système financier se manifeste non seulement par son organisation (agencement
entre les différentes structures), mais aussi par son mode de fonctionnement (les règles, normes,
procédures et institutions encadrant le commerce des services financiers). Cette gouvernance s’inspire
des approches théoriques liées à une politique financière fondée sur des mesures régulatrices
(impositions de règles aux pratiques bancaires et financières) ou dérégulatrices (allégement ou
suppression de contraintes liées au commerce des services financiers). Cette politique financière est la
conséquence ou le reflet d’un choix de modèle de développement économique centré sur le socialisme
(dirigisme et planification) ou le libéralisme.
Pour les partisans de l’approche systèmes financiers basés banques, ils soutiennent que durant les
premières étapes du développement économique et en présence de faibles infrastructures, un système
financier basé sur les banques aboutit à de meilleurs résultats que le système financier basé sur les
marchés dans la mobilisation de l’épargne, l’allocation du capital et dans l’exercice du contrôle des
entreprises. Par contre, pour les partisans de l’approche systèmes financiers basés sur les marché, ils
affirment que les marchés sont plus efficients quant à leur capacité à mobiliser l’épargne et
l’investissement fournissant ainsi des services financiers très diversifiés qui stimulent l’innovation
et la croissance économique à long terme.
A la base de ce présent débat, les approches théoriques relatives à l’efficacité des systèmes financiers
nous fournissent un ensemble d’arguments qui peuvent conduire à une analyse comparative entre ses
deux systèmes (banques et marchés)61.
1)- La question de la liquidité des placements
Dans un système à dominance bancaire, la question de la liquidité des placements est séparée de
l’évaluation des entreprises car les intermédiaires financiers font de la transformation d’actifs (Gurley et
Shaw - 1960). Mais l’évaluation reste une évaluation privée faite par les banques, sur la base
d’informations spécifiques. Par contre, dans un système à dominance de marché, la liquidité des titres

61
Voir les références suivantes :
1)- Alexandre Asselineau. Quelle peut-être la raison d’être des banques dans les systèmes financiers contemporains.
inRevue : Cahier de la recherche. Année 2006. P 6.
2)- Ines Chaari. Synthèse systèmes financiers basés sur les marchés / systèmes financiers basés sur les banques : Une analyse
comparative. Source : [email protected].
3)- M. Aglietta et R. Breton. Systèmes financiers, contrôle des firmes et accumulation du capital. Année 2001. P 3 et 7.

33
et l’évaluation des entreprises sont intimement liées. Les formes d’évaluation et du contrôle en sont
modifiées. L’intermédiation entre préteurs et emprunteurs est fondée sur la largeur, la diversité et la
profondeur des portefeuilles d’actifs négociés dans les marchés. Elle est le fait des investisseurs
institutionnels dans les marchés financiers. Les ajustements de marché pour préserver la liquidité sont le
fait des banques d’affaires et des fonds spéculatifs qui recherchaient des profits sur les arbitrages entre les
segments interdépendants des marchés.
2)- La question de l’évaluation des entreprises
Dans un système à dominance bancaire, la question de l’évaluation des entreprises est spécifique à
chaque banque selon ses méthodes propres. Ces méthodes conduisent à une évaluation privée à l’issue de
laquelle la banque prend la décision d’accorder le crédit ou de le rejeter.
Par contre, dans un système à dominance de marché, la question de l’évaluation des entreprises est
publique. Cette évaluation publique se fonde sur les anticipations futures dont l’incertitude ne peut pas
être levée. Ainsi, lorsqu’on dit que la valeur fondamentale d’une entreprise est la valeur actualisée de ses
profits futurs, ceux –ci ne sont pas des valeurs objectives que les agents du marché découvriraient.
D’autant plus, que le taux d’actualisation n’est pas non plus un taux d’intérêt qu’il suffirait d’observer.
Ainsi, l’évaluation publique du marché se fonde sur la formation collective d’opinions issue d’un
processus interne de coordination à partir des opinions individuelles (épargnants, investisseurs,
operateurs de marchés etc.…) les plus diverses. Orléan (1999).
3)- La réponse aux signaux des prix
La dominance des banques sur une économie signifie que la concurrence est assez limitée et que les
décisions d’investissement ne sont pas dirigées par les signaux des prix (les prix ne transmettent pas
suffisamment d’information sur les entreprises). Ce refus des banques à répondre aux signaux des prix a
été analysé par Hoshi, Kashyrap et Scharfstein (1991). Pour leur étude, ces économistes choisissent
deux échantillons d’entreprises japonaises : des entreprises qui ont des relations étroites avec leurs
banques et des entreprises qui n’ont pas de relations étroites avec leurs banques et comparent
ensuite leurs investissements. Ils observent que les investissements de celles qui n’ont pas de relations
étroites avec les banques sont très sensibles aux flux de trésorerie (lorsque le cash flow augmente, les
investissements augmentent et vise versa). Par contre, pour celles qui ont d’étroites relations avec leurs
banques, leurs investissements sont insensibles aux variations du cash flow. Ainsi, des rapports
relationnels étroits avec les banques sont des moyens qui peuvent aboutir à l’obtention de nouveaux
financements. Toutefois, si les banques sont incapables de financer des projets venant des sociétés avec
de bons signaux, il paraît que les marches financiers peuvent le faire. En effet, les marchés financiers sont
guidés par les prix permettant aux entreprises de faire passer plus d’information.

34
4)- La sensibilité aux bulles spéculatives :
Les dernières expériences ont démontré qu’accorder une grande importance aux signaux des prix peut
être nuisible surtout si ces prix sont éloignés de leur valeur fondamentale. La grande sensibilité des
marchés financiers vis-à-vis des bulles spéculatives représente le principal inconvénient des systèmes
basés sur les marchés. Même les banques peuvent jouer un rôle important dans la formation de bulle.
Ainsi, les deux types de systèmes sont sensibles à différents types d’euphories. Les marchés financiers
sont sensibles à l’euphorie institutionnelle et les banques à l’euphorie individuelle.
5)- L’approche par les risques :
Les marchés financiers fournissent aux investisseurs institutionnels des opportunités de partage de
risques supérieur à ceux des banques. Toutefois, si les marchés financiers sont incomplets ou si la
participation au marché est incomplète, les banques peuvent offrir de meilleures opportunités de partage
de risques. Diamond et Dybvig (1983) produisent un exemple de partage de risque qui ne peut être
fourni par las marchés : généralement, les épargnants ne veulent pas abandonner le contrôle de leur
épargne pour une longue période. Ils préfèrent épargner à court terme et ne pas tirer profit des retours de
l’épargne de long terme, parce qu’ils n’ont pas de certitude sur leur besoins futurs de liquidité. Ainsi, en
groupant un grand nombre d’épargnants qui ont un besoin incertain de liquidité, une banque peut tirer
profit de la loi des grands nombres pour offrir la liquidité et en même temps partager les retours de
l’épargne à long terme. Les marchés financiers n’ont pas la capacité de fournir une assurance contre le
stock de liquidité parce qu’ils n’arrivent pas à distinguer entre les investisseurs avec de vrai besoin de
liquidité et ceux qui cherchent à réaliser des profits.
6)-Type d’actifs financiers caractérisant chaque compartiment :
Les banques financent principalement l’industrie des biens physiques (actifs corporels) plutôt que
l’industrie vers la recherche et le développement technologique (actifs incorporels). Cette dernière est
principalement financée par les marchés financiers. Le secteur bancaire présente un avantage comparatif
par rapport au marché financé en termes de financement de projets d’investissements avec un ratio actif
corporels / actifs incorporels élevés, ce qui lui permet d’accroître sa rentabilité.
7)-Types d’entreprises financées par chaque compartiment :
Novaes et Zingales (1998) ont démontré qu’une grande firme possédant plusieurs niveaux hiérarchiques
peut produire plus d’informations qu’une entreprise à deux niveaux hiérarchiques. Ces informations à
plusieurs caractères (économiques, juridiques, budgétaires, financières…) seront après une utilisation
interne, exploités à l’extérieur permettant ainsi d’éliminer des coûts supplémentaires. En effet, l’accès
aux financements boursiers engendre des coûts fixes élevés (les frais liés à la préparation de la note
d’information, à l’obtention d’un visa d’accès et les différents services d’accompagnement offert par

35
l’intermédiaire en opérations de bourse) mais une fois que les grandes entreprises acquièrent une
expérience dans le domaine, elles peuvent mettre en place un système d’information qui permet par la
suite de minimiser les frais supplémentaires et par conséquent réaliser des économies d’échelles. Ainsi,
par rapport aux PME, les grandes entreprises peuvent davantage bénéficier des financements boursiers.
8)-Le financement de l’innovation :
Les marchés financiers sont largement sollicités par rapport aux banques dans le domaine de financement
de l’innovation. Caractérisée par une présence de plusieurs entreprises dans le domaine de la nouvelle
technologie, beaucoup d’entre elles souhaitent investir dans ces projets. Mais une fois que le projet a fait
ses preuves, les banques peuvent probablement récolter des bénéfices en finançant partiellement ce
secteur.
L’analyse des critères ci-dessous permet de caractériser les logiques bancaires et financières. Mais
d’autres critères peuvent aussi être intégrés davantage qu’on ne le fait habituellement.
Paragraphe 3 : Fondements empiriques sur l’efficacité des systèmes financiers
Plusieurs études tendent à justifier que bien loin de disparaitre, les intermédiaires financiers
dans leur ensemble conservent, voire même accroissent, leur influence au sein des systèmes financiers.
En effet, plusieurs travaux soulignent que l’importance de l’intermédiation financière dans le PIB tend à
s’accroitre, que ce soit en France (D. Plihon 1995 et C. de Boissieu 1987) ou aux Etats-Unis (Allen et
Santomero 2001), (Scholtens et Van Wensveen 2000). De même, Schmidt, Hackethal et Tyrell
(1999) notent, sur la base d’une étude empirique menée pour la France et l’Allemagne et la Grande
Bretagne sur la période 1982-1995 que le phénomène de désintermédiation ne peut pas être considéré
comme une tendance générale de l’ensemble des systèmes financiers.
De même, plusieurs différentes recherches62 menées récemment s’intéresse à l’efficacité des systèmes
financiers. L’objectif était d’arriver à répondre ou à conclure d’une manière définitive, quant la
question qui oppose les deux modes de systèmes financiers, à savoir le système financier basé sur
les banques et le système financier basé sur les marchés. En toute logique, en acceptant l’approche
traditionnelle d’une supériorité à priori des marchés, les systèmes marchéisés devraient apparaître plus
efficients quant à leur capacité à mobiliser l’épargne et l’investissement, à favoriser la croissance du PIB.
Or même si de telles études empiriques sont parfois sujettes à caution et doivent être traitées avec
prudence, il ne semble pas que la supériorité des systèmes financiers basés sur les marchés puisse être
démontrée. Les systèmes financiers basés sur les banques semblent, selon ces travaux, donner des
62
Les enquêtes menées au niveau des pays, des secteurs d’activités et des entreprises montrent qu’à un stade de
développement donné, la différence des structures financières ne suffit pas à expliquer les écarts constatés au niveau de la
croissance du PIB, de la performance industrielle, de la création d’entreprises, de l’utilisation par les entreprises des
financements extérieurs à long terme ou de l’expansion de leur activité. Rapport de la Banque Mondiale. Année 2002. P 88.

36
résultats sensiblement équivalents. Ainsi, apparait-il que le modèle de système financier adopté par un
pays n’influe pas de façon significative sur son potentiel de croissance.
En fait, certains résultats empiriques obtenus nouvellement, concluent que l’existence d’un système
bancaire efficace est un préalable nécessaire à la mise en place d’un système dérèglementé et marchéisé.
L’examen des politiques économiques menées dans pays en développement, c'est-à-dire dans lesquels le
développement économique est subordonné à la refonte d’un système financier est à ce titre assez
révélateur. Il semble que les expériences menées récemment montrent qu’il est illusoire d’implanter un
système financier basé sur des marchés au sein d’économies ne disposant pas préalablement d’un
système bancaire éprouvé. Les différentes tentatives menées dans ce cadre ont le plus souvent conduit à
des crises plus ou moins graves ces dernières années.
Ainsi, les analyses comparatives des différents systèmes de financement ne permettent pas d’appuyer
l’idée que le système financier basé sur les marchés constituerait en tout lieu et en tout temps un idéal à
atteindre. Il apparaît au contraire que chaque système financier possède des avantages et des
inconvénients qui lui sont propres : par conséquent l’adoption d’un système basé sur les banques ne
constitue pas nécessairement une étape nécessaire demandant à évoluer vers un stade ultime basé sur les
financements de marché.
Au delà de ce simple constat, il est nécessaire de dépasser purement et simplement l’idée même d’une
concurrence entre banque et marchés, ce qui, nous l’avons vu, n’est pas envisageable par le biais des
approches traditionnelles en termes de coûts de transaction, d’asymétrie d’information et de gestion des
risques.
Finalement, bien que souvent le financement par le marché et le financement par les intermédiaires
financiers aient été présentés comme alternatifs, la réalité contemporaine est différente. Les
intermédiaires financiers, bancaires et non bancaires sont les acteurs principaux des marchés de capitaux.
Ceux-ci se sont développés et internationalisés durant les dernières décennies et surtout se sont diversifié
à la faveur d’un intense processus d’intermédiation financière des supports de leur activité. La période
récente a également vu s’accroître à la fois le rôle des intermédiaires financiers non bancaires et l’activité
des banques sur les marchés.
Sous-section 3 : Vue d’ensemble de la transformation des systèmes financiers
Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, les pays de l’OCDE ont connu deux périodes
d’accélération de l’inflation à des niveaux élevés touchant l’ensemble de la zone : le début des années
50 et les années 70. Dans les deux cas, les fortes hausses des prix des produits de base ont joué un rôle
essentiel. L’inflation du début des années 50, due pour une large part aux mouvements spéculatifs
déclenchés par la guerre de Corée, n’a guère duré, de même que la désinflation qui l’à suivie.

37
L’inflation des années 7063, en revanche, a revêtu un caractère durable et s’est profondément enracinée
dans les structures internes de détermination des prix et des salaires des pays de l’OCDE.
L’accélération de l’inflation des années 7064 a résulté de la forte hausse des prix des produits de base non
pétroliers et a été ensuite augmentée par la flambée des prix du pétrole.
Apres le second choc pétrolier, les pays de l’OCDE (sont passés d’une inflation conjoncturelle à une
inflation structurelle, c'est-à-dire durable) ont décidé de recourir à une politique macroéconomique65
visant à la fois à éliminer d’une part les conséquences inflationnistes de la brusque montée des prix
du pétrole pour le système interne de détermination des prix et des salaires, et d’autre part, à
réduire l’inflation qui, dans la plupart des pays, avait atteint des niveaux très élevés.
La nécessité de stabiliser les marchés de capitaux et les marchés de changes a conféré un rôle majeur à la
politique monétaire, qui s’est sensiblement resserrée dans la plupart des pays de l’OCDE entre 1979 et
1983. L’un des principaux signes de cette nouvelle orientation a été la libéralisation, en octobre 1979 des
taux d’intérêt66 décidée dés l’arrivée de par Paul Volcker à la tête de la Réserve fédérale des Etats-Unis.
La plupart des autres pays ont également durci leur politique monétaire immédiatement après le choc
pétrolier de 1979 et ont conservé par la suite une orientation restrictive ; il s’agissait à la fois de répondre
à des préoccupations internes mais aussi de limiter la dépréciation du taux de change vis-à-vis du dollar
liée à la forte montée des taux d’intérêt américains.

63
Depuis les années 1970, les politiques économiques ont fait de la lutte contre l’inflation leur priorité. A cette époque, la
hausse du prix du pétrole et des matières premières avait causé une hausse des prix, qui avait entraîné une hausse des
salaires, causant une nouvelle hausse des prix. C’était la fameuse spirale inflationniste.
64
L’inflation fut déclenchée par le 1 er choc pétrolier de 1973 et par le 2 eme choc pétrolier de 1979. La faible croissance,
elle, était due au ralentissement des gains de productivité intervenu à la fin des années 1960 : moins de gains de productivité,
c’est moins de croissance, donc moins d’emplois (à long terme).
La raison pour laquelle la stagflation s’est installée pendant les années 1970, c’est parce que les salariés ont été en mesure
d’obtenir de fortes hausses de salaire, afin de compenser leurs pertes de pouvoir d’achat causés par l’inflation. Or qui
dit hausses de salaires dit hausse des coûts de production, répercutés par les entreprises dans le prix de vente de leurs biens et
services. Nous voilà avec la boucle hausse des prix - hausse des salaires - hausse des prix, ou « spirale inflationniste ».
65
Par rapport à la politique économique d’accompagnement mise en place pendant le premier choc pétrolier pour encadrer les
effets inflationnistes sur la situation économique des pays de l’OCDE, le deuxième choc pétrolier de 1979-1980 s’est conjugué
par la mise en place d’une politique macroéconomique durable (principalement monétaire) avec comme objectif le
renforcement du processus de désinflation.
66
La libéralisation des taux d’intérêt aux Etats- Unis, s’est traduite par l’appréciation du dollar par rapport aux deux
principales monnaies le Deutschemark et le Yen. Ce phénomène s’explique par l’afflux massif de capitaux vers les Etats –
Unis engendrant une demande croissante du dollar et par conséquence son appréciation vis-à-vis des autres devises.

38
La crédibilité gagnée par cette politique économique (principalement centrée sur la politique monétaire)
américaine a vite été généralisée par l’ensemble des pays de l’OCDE et particulièrement par le Japon et
l’Allemagne considérés comme partenaires stratégiques des Etats-Unis67.
D’un autre coté, durant cette période, les politiques budgétaires des pays de l’OCDE ont été moins
homogènes et moins directement axées sur la lutte contre l’inflation que les politiques monétaires. Pour
l’ensemble de l’OCDE, le solde budgétaire structurel s’est peu modifié de 1980 à 1983, l’alourdissement
de la charge d’intérêt ayant compensé dans de nombreux pays les importantes mesures prises pour
réduire le déficit budgétaire. Aux Etats-Unis, les dépenses publiques au titre de la défense et des
paiements d’intérêts se sont rapidement accrues et d’importants allégements fiscaux ont annulé certains
des effets déflationnistes de la politique de rigueur monétaire. La France, l’Italie et le Canada ont
également mené une politique budgétaire expansionniste. Par contre, au Japon et en Allemagne, la
politique budgétaire a eu un caractère restrictif durant la majeure partie de la première moitié des années
80 et au Royaume Unis de 1980 à 1982, ces pays étant soucieux de ne pas perturbé une situation
d’endettement excessif du secteur public. Le solde budgétaire structurel de l’ensemble des petits pays est
resté pratiquement stable de 1980 à 1983.
L’évolution macroéconomique du début des années 80 a été largement influencée par la « politique
mixte » suivie aux Etats-Unis. Apres la première vague de hausse des taux d’intérêt réel de 1979
jusqu'au milieu de 1982, le maintien de la rigueur monétaire, se conjuguant à un déficit budgétaire
croissant, s’est traduit par la persistance de taux d’intérêt réel élevés aux Etats- Unis. Les autres pays
s’efforçant de défendre leur monnaie face à l’appréciation du dollar, ont conservé une politique monétaire
uniformément restrictive. Le niveau élevé des taux d’intérêt réel est dés lors devenu un phénomène
mondial au début des années 80 et est resté l’un des traits marquants de l’environnement jusque vers
198568.
Cette libéralisation des taux d’intérêt accompagnée par une politique de rigueur monétaire s’est vite
conjuguée avec la transformation du système monétaire international69. On est passé d’un système
régulé par les gouvernements sous le contrôle des mouvements de capitaux à un système mû par les
marchés qui à libéré les flux internationaux de capitaux.
67
Le Japon et l’Allemagne sont les deux principaux créanciers des Etats-Unis, grâce à leur importante capacité d’exportations
et leur capacité de financements issues de l’excédent de leur balance commerciale et un fort taux d’épargne des ménages et des
entreprises observées entre 1980-1987.
68
Durant cette période, les taux de change ont augmenté dans pratiquement tous les pays de l’OCDE et ont atteint dans de
nombreux pays leur plus haut niveau depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.
69
Sous les règles de « Bretton Woods », les contraintes des balances courantes étaient strictes, car les déficits étaient financés
par les réserves officielles de change sous des conditions de changes fixes. Dans le système actuel, où les déficits sont financés
par le crédit international des banques et des marchés de titres, les contraintes passent par les jugements des investisseurs
financiers sur la soutenabilité des dettes extérieures.

39
L’évolution des taux de change a sans doute également contribué dans une large mesure à limiter
l’inflation dans l’ensemble de la zone de l’OCDE. En effet, la forte appréciation du dollar entre 1980-
1985 a contribué à la désinflation aux Etats-Unis durant une période d’expansionnisme budgétaire. Les
effets inflationnistes dans les pays dont la monnaie s’est dépréciée (le cas de la France, de l’Italie et de
l’Espagne) ont été compensés par une politique budgétaire généralement restrictive et une baisse des prix
des produits de base. En dehors des Etats-Unis, de fortes variations des marges de profit sur les marchés
intérieur et extérieur ont également affaibli l’incidence inflationniste des fluctuations des taux de
changes.
La quasi-stabilité des prix nominaux70 des produits de base non pétroliers et la forte baisse des prix réels
entre 1984 et le début de 1987 ont renforcé la désinflation dans la zone de l’OCDE.
Tout au long des années 80, les gouvernements des pays de l’OCDE ont mis de plus en plus l’accent
sur l’amélioration des performances économiques par la voie de réformes structurelles. Ces
réformes, en éliminant les distorsions fiscales, en favorisant la déréglementation et en intensifiant la
concurrence, ont contribué au processus de désinflation. Dans un grand nombre de pays, certaines
mutations structurelles sont venues remodeler au cours des années 80 et début des années 90 le système
financier international.
D’un autre côté, l’effondrement du « système de Bretton Woods », la libéralisation des taux d’intérêt, la
déréglementation de certains secteurs, comme ceux des activités bancaires, assurantielles et financières
s’est accompagnée d’une intensification de la concurrence.
Cette mutation du système financier international s’est traduite par l’apparition de nouveaux mécanismes
financiers de plus en plus sophistiqués, par la diversification des instruments de placement et d’emprunt,
par l’apparition de marché dérivé et par le progrès étonnant des nouvelles formes de technologies tissant
l’intégration financière de plus en plus serrée de l’économie mondiale.
Grâce à ce bouleversement de régime d’ordre monétaire entrant une très forte volatilité des taux de
change et une augmentation des taux d’intérêt réels, on est donc passé d’un régime monétaire
favorable aux débiteurs à un régime favorables aux créanciers71.
De plus, dés la fin des années 80 et le début des années 90, le développement du marché international
des titres prend le relais du crédit bancaire international, de la même façon que s’est produit le
passage à l’intérieur des économies nationales du financement par crédit bancaire au financement par
70
La crise de l’endettement des pays en développement a également joué un rôle important. Les pressions à la baisse pour les
prix des produits de base ont été d’autant plus fortes que les pays producteurs lourdement endettés ont cherché à accroitre leur
production pour obtenir davantage de recettes à l’exportation.
71
Les crédits accordés aux pays de l’OCDE sous formes des eurocrédits avec un taux d’intérêt débiteur favorable n’est plus
d’actualité. La libéralisation en 1979 des taux d’intérêt aux Etats- Unis a provoqué une hausse des taux d’intérêt. Désormais,
les pays développés sont contraints de trouver une autre alternative.

40
émission de titres. Cette alternative a inversé la nature des risques dominants : dévalorisation des
patrimoines financiers non parfaitement indexés dans le premier cas, dérégulation de la qualité des dettes
dans le second. La recherche d’une protection contre le risque principal a déterminé les formes de
l’innovation financière : instruments de protection de la valeur des patrimoines privés des risques dans le
régime des créanciers.
La levé des fonds directement sur le marché international des titres72 signifie par exemple, pour une
entreprise française, emprunter des capitaux en dollars sur le territoire européen en émettant des
obligations en dollars. Elle a également la possibilité de lever des fonds propres directement sur le sol
américain ou ailleurs en cotant ses actions en dollars à la bourse de New- York. Les pouvoirs publics, aux
cotés des investisseurs privés, ont recours également de plus en plus au financement par titres et non par
crédit bancaire pour couvrir leurs déficits ou financer leurs projets publics.
Dans le cadre de ces changements depuis la disparition du système de Bretton Woods et la grande
inflation des années 70, un nouveau régime de la finance vient d’être profondément ancré dans les
structures économiques contemporaines caractérisé par la modification de la nature des actifs financiers
recherchés par les agents non financiers suite aux rendements et à la sécurité qu’assurent ces placements
publics.
A ce titre, compte tenu de l’ensemble de ses transformations d’ordre macro-économique évoqué
précédemment, le premier paragraphe vise dans ce sens à dresser un état des lieux sur la mutation de
système financier en mettant l’essentiellement l’accent sur les mutations ayant caractérisé l’évolution du
système monétaire international. Le second paragraphe se consacre a illustré les effets positifs de la
déréglementation de la réglementation bancaire. L’assouplissement de cette dernière a nettement
contribué au développement du processus de privatisation ou de fusions-acquisitions. Le troisième
paragraphe s’est axé essentiellement au phénomène de l’industrialisation des activités bancaires et
financières.
Paragraphe 1 : La mutation du système financier international
Le système financier international a pour mission de fournir les liquidités nécessaires dont
l’économie mondiale à besoin. Ce système a évolué avec la mondialisation.
1)- L’étalon-or
La période de 1870 à 1914 caractérise la forte mobilité internationale des capitaux entre les pays
développés et les pays en voie de développement à fort potentiel de croissance.

72
Lorsque la politique monétaire est devenue désinflationniste, beaucoup de gouvernements ont cherché des moyens non
monétaires de financement, tandis que les déficits augmentaient rapidement avec les coûts croissants de la protection sociale et
du service de la dette. De ce fait, l’ensemble des gouvernements se sont tournés vers la promotion de titres publics attractifs
pour les épargnants. Ainsi, les marchés de titres publics sont devenus les socles des marchés de capitaux.

41
A cette époque73, les pays industrialisés dégagent des capacités de financement qui alimentent des flux de
capitaux à grande échelle vers les pays neufs à fort potentiel de croissance : Amérique du Nord et du Sud,
Australie, etc.…..
Ces mouvements de capitaux sont fondés essentiellement sur des valeurs tangibles telles que les titres liés
au financement des infrastructures (les lignes de chemin de fer, réseaux routiers, construction et
aménagement des ports) et les titres de la dette publique, peu risqués. Cette forte internationalisation des
mouvements de capitaux est essentiellement justifiée par ce qui suit :
1. Premièrement : La forte mobilité internationale des capitaux est liée à l’engagement de la plupart
des pays à assurer la convertibilité en or de leur monnaie en respectant les principes du régime de
change « Etalon – Or ».
2. Deuxièmement : La place de la Grande – Bretagne dans le commerce mondial et la forte
crédibilité de la place financière de Londres qui grâce à une livre sterling solidement fixée à l’or,
constitue la plaque tournante de l’activité financière internationale. Une nouvelle configuration du
commerce international et des flux de capitaux selon une problématique de centre / périphéries se
dessine progressivement vers la fin du 19 eme siècle.
La période de 1914-1918 marque une rupture très nette de l’évolution des mouvements de capitaux
constatés durant la période précédente. La guerre de 1914-1918 a provoqué des transferts importants d’or
entre les différents pays, tandis que le financement par émission monétaire (monnaie-papier) a exigé un
renoncement temporaire à la contrainte métallique : dans ces conditions la plupart des monnaies ne
peuvent retrouver dans l’immédiat leur convertibilité en or. La Livre sterling qui était au centre de la
stabilité monétaire internationale est directement affectée par ces transformations.
Pour pallier ces difficultés une des solutions pour rétablir l’ordre monétaire mondial était de
réévaluer fortement la valeur de l’or et d’accompagner par différentes mesures le retour de
l’étalon-or. Le Royaume-Unis s’y oppose et au final la « Conférence de Gènes »74 en 1922 met en place
un système d’étalon de change-or.
Mais malheureusement, même les « accords de Gènes » n’ont pas pu faire replier le protectionnisme et
la division du monde en zones monétaires75. Les difficultés pour reconstruire un ordre monétaire stable
ont persistées jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale.

73 eme
Selon le FMI, les sorties nettes de capitaux de la Grande-Bretagne atteignent à leur sommet (fin du 19 siècle) 9 % du
PIB, chiffre pratiquement atteint par l’Allemagne, la France et les Pays-Bas.

74
Le système hydrique de Gènes prévoit que chaque pays pourra au choix :
1. Mettre en œuvre une convertibilité de sa monnaie en or si son stock le lui permet,
2. Considérer la Livre sterling et le Dollar comme monnaie de réserve substitutive.
75
Le serpent monétaire européen (1972- 1978) a été créé par l’accord de Bâle. Il fut un dispositif économique qui limitait les
fluctuations de taux de change entre les pays membres de la Communauté Economique Européenne.

42
2)- La Conférence de Bretton Woods ; l’étalon change-or
Les accords de « Bretton Woods » de 1944 avaient pour objectif de définir les principes d’un nouvel
ordre monétaire international. Deux propositions s’opposent : l’économiste anglais Keynes suggère la
création d’une monnaie internationale (le Bancor) émise par une banque centrale internationale.
Cependant, c’est la proposition de l’américain White qui l’emporte : l’or doit conserver son rôle
important, et comme les Etats-Unis76 disposent alors des trois quarts (3/4) du stock mondial d’or, les
Etats- Unis et le Dollar devenaient le centre du système. Ils vont jouer respectivement le rôle que jouaient
le Royaume – Unis et la Livre sterling avant la guerre de 1914.
Ainsi, la conférence de Bretton Woods débouche sur la mise en place :
1. D’un système de change fixes (Etalon change – or), dans lequel chaque monnaie est convertible
en dollars avec une marge de fluctuation de +/- 1 %, le dollar étant lui-même convertible en or,
au taux de 35 dollars pour une once,
2. D’un organisme (FMI) chargé de veiller au respect de la stabilité monétaire internationale et il
finance les déséquilibres temporaires des balances de paiement : il dispose de ce fait d’un droit de
regard sur les politiques économiques des pays membres,
3. D’un autre organisme (BM) chargé de financer la reconstruction des pays détruits et le
développement des pays nouvellement indépendants
Ce système a garanti pendant de nombreuses années une relative stabilité monétaire internationale77.
Mais sa viabilité dépend de la confiance qu’ont les autres pays dans le dollar, donc du degré de rareté de
cette monnaie au niveau international.
3)- La crise du système de Bretton Woods : De la parité fixe au flottement des
monnaies
La stabilité du système financier supposait que la balance commerciale des Etats-Unis ne soit pas
déficitaire. Or, elle le devient à partir des années 1960, du fait de la baisse des importations européennes.

76
En 1945, les Etats-Unis disposent de la plus grandes partie des capitaux mondiaux et ils étaient également premiers au
niveau de la production manufacturière et des exportations. Ils produisaient la moitié du charbon, les deux tiers du pétrole et
plus de la moitié de l’électricité au niveau mondial. Ils étaient en mesure de produire de grandes quantités de bateaux,
d’avions, de voitures, de produits chimiques et d’armes. Etant donnée cette situation, les Etats-Unis espèrent beaucoup profiter
d’une libéralisation des échanges internationaux pour écouler leur production et s’approvisionner en matières premières.

77
Le système financier international mis en place lors de la « Conférence de Bretton Woods » est un système de placement
public bilatéral et multilatéral des déséquilibres de paiement internationaux. Il n’y a pas de marché international des capitaux
significatif et les seules possibilités de financements extérieurs pour les pays membres en déficit consistent à exercer leur
« droit de tirage » sur le FMI ou à contracter un emprunt auprès de la BM. De ce fait, les déficits restent contenus en dessous
de 1 % du PIB.

43
Les Etats-Unis utilisent le dollar pour régler leur déficit78, la quantité de dollars détenue à l’extérieur
augmenta. En même temps, du fait de la multiplication des échanges internationaux, de nombreuses
banques non résidentes aux Etats-Unis accordèrent des crédits en dollars à des non résidents américains.
La multiplication de ces « eurodollars » amplifia l’abondance de dollars qui finit par affaiblir la confiance
dans cette monnaie. Cette situation n’est plus acceptable par les autres puissances industrielles
(notamment par l’Allemagne, la Grande – Bretagne et le Japon) maintenant reconstruites. Elles refusent
de continuer à accumuler des réserves dans un dollar largement surévalué. A partir de 1971 79, le système
de Bretton Woods faillait alors lentement : après une dévaluation du dollar par rapport à l’or et un
élargissement des marges de fluctuation (passant à +- 2.25 %), les monnaies flottent progressivement
avant que les accords de la Jamaïque, en 1976, n’ordonnent officiellement que l’or n’est plus la référence
internationale.
C’est dorénavant le régime des changes flexibles, régi par la loi de l’offre et de la demande qui s’impose.
Les accords de la Jamaïque80 mettent un terme définitif au régime de change fixe et réforme le système
monétaire international. Il ne s’agit que d’une régulation, les monnaies flottant depuis mars 1973.
4)-Vers la libre circulation des capitaux :
En 1976, l’ordonnancement de la mise en place d’un régime de change flexible est une des étapes
importantes de la réforme du système financier international, suivie par la libéralisation des taux
d’intérêt décidée en 1979 par l’administration américaine sous la présidence de Ronald Reggan et
continue par la suppression du contrôle de change édictée par l’administration anglaise sous la
direction de Margaret Thatcher au début des années 80, par le Japon en 1984 et par l’ensemble des pays
européens a la fin des années 80. La conséquence de ces mesures réformistes c’est manifestée par un
accroissement des transactions financières internationales et des mouvements internationaux de capitaux.
5)-Le recyclage des pétrodollars
La hausse du cours du pétrole pendant le premier (1973) et le second choc pétrolier (1979 et 1980) ont
entrainé des transferts importants de revenus entre les pays de l’OPEP et les pays de l’OCDE. Pour
régler leurs factures pétrolières, les pays industrialisés avaient recours à l’endettement extérieur auprès du

78
En 1960, les engagements extérieurs des Etats-Unis dépassent, pour la première fois, la valeur de leur stock d’or. La
spéculation se déchaine contre la monnaie américaine dont la parité-or ne pourra être défendue qu’avec le soutien des autres
banques centrales.
79
En mars 1971, Richard Nixon décide unilatéralement de la suppression de la convertibilité-or du dollar mettant fin ainsi à
toute demande de conversion des réserves en dollars accumulées ici et là.
80
Les accords de la Jamaïque s’appuient sur trois dispositions essentielles à savoir :
1. L’abandon du système des taux de changes fixes et la légalisation du nouveau système de taux de change flottant,
2. Le rôle de surveillance attribué au FMI,
3. L’élimination du rôle de l’or au sien du système monétaire international et la place prépondérante accordée aux Droits
de tirage spéciaux DTS.

44
marché bancaire international. De cette situation, émerge un marché des eurodollars. En effets, les
pétrodollars déposés auprès des grandes banques privées étrangères, servaient de crédits bancaires
internationaux sous forme d’eurocrédits pour financer les importations des pays de l’OCDE
(principalement les Etats-Unis). Cette pratique connaît ainsi une forte expansion durant les années 70 et
elle est considérée parmi les facteurs qui ont contribué davantage au développement de la finance
internationale.
6)- La dynamique de la règle des 3 D
Si la déréglementation a été l’un des moteurs de la globalisation financière, elle n’en a pas été la seule. Le
décloisonnement et la désintermédiation ont été les deux autres. C’est la raison pour la quelle on parle
souvent de la « règle des 3 D ». Ce triple processus remonte au milieu des années 1980 et peut être
caractérisé de la manière suivante :
Par déréglementation, on entend l’assouplissement ou la suppression des règles et des procédures
encadrant les transactions bancaires et financières. Ce phénomène permit une circulation plus fluide des
flux financiers. Elle à historiquement débuté aux Etats-Unis avant de gagner le reste du monde.
Par décloisonnement, on entend la suppression des divisions ou des barrières classiques entre banque de
dépôts et banque d’investissement, entre banques et assurances, entre marché de long et court termes, tant
au niveau national qu’international.
Par désintermédiation, on entend le recours direct et croissant des entreprises aux financements par
émission de titres plutôt que endettement auprès des acteurs institutionnels.
7)-La participation grandissante des pays en développement ou en transition
Les initiatives prises en matière de libéralisation commerciale et financière ont d’abord concerné les pays
industriels. Mais elles se sont depuis étendues à un nombre croissant de nouveaux pays industrialisés et
pays en développement ou en transition.
Au début des années 90, cet ensemble de pays d’Amérique latine (Mexique et le Brésil), d’Europe de
l’Est ( la Pologne, la Hongré, la Croatie), d’Asie (Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, le Taiwan,
l’Indonésie, Hong Kong) et d’Afrique du Nord et Moyen-orient, appelés également les pays du MENA
(Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte, a Turquie, la Jordanie et le Liban) deviennent des marchés
attractifs pour les investisseurs étrangers.
Pour certains pays, la chute du bloc communiste a naturellement conduit à l’émergence et à l’intégration
de plusieurs anciens pays vers des zones régionales (ou continentales), pour d’autres, l’insertion à
l’économie mondiale par un mouvement de réformes structurelles semble plus que nécessaire. Plusieurs
grands pays émergents comme la Chine, l’Inde et le Brésil et de nouveaux pays industrialisés comme
Taiwan, la Thaïlande et la Malaisie ont abandonné leurs stratégies de développement autocentrés pour

45
participer à la mondialisation. Leur succès fondé sur les exportations explique, pour une partie, ce
changement d’orientation stratégique. Pour le reste des pays en développement, c’est leur programme de
transition à l’économie de marché, avec l’assistance du FMI, qui les à conduit à adopter nécessairement
des réformes structurelles.
L’ouverture et l’intégration des économies sont un signe de la participation croissante des pays en
transition à la mondialisation marqués par leur volonté d’adhérer à l’OMC aux autres accords régionaux
(continentaux).
Paragraphe 2 : Les restructurations bancaires
Les périodes précédentes ont été marquées par une accélération des opérations de
restructuration et de concentration dans de nombreux secteurs d’activité. Les rapprochements
d’entreprises81 dans les différentes branches industrielles (aéronautique, chimie, automobile etc.…) ont
devancé les opérations de rapprochement dans les services financiers.
Les mouvements de restructuration dans le secteur de la banque et de la finance sont attribués en grande
partie à un environnement économique en constante évolution - c’est le processus de la globalisation
financière - qui oblige les banques et les autres institutions financières à s’adapter pour demeurer
compétitives. Les facteurs qui sont à l’origine de la vague de restructurations dans l’industrie des services
financiers sont essentiellement les mêmes que ceux qui sont à l’œuvre dans la plupart des industries.
A cet égard, Vincent Ramus (1999)82 distingue sept (07) moteurs principaux des restructurations : la
course effrénée à la croissance, la recherche de création de valeur, le recentrage sur le cœur de métier,
l’évolution des modèles et des systèmes de management, la normalisation des systèmes de gestion et
d’information à l’échelle du groupe, l’impact des nouvelles technologies sur le transfert d’information et
la levée des appréhensions sur les risques géopolitiques.
Obéissant à une logique de globalisation, l’industrie des services bancaires et financiers est entrée à son
tour dans une phase d’intense restructuration. Dans la plupart des pays, les restructurations bancaires
achèvent le premier stade de consolidation sur une base nationale avec la constitution de groupes
bancaires jouant le rôle de « champions nationaux ». La seconde étape est caractérisée par une
accélération du processus des restructurations transnationales83.
Plusieurs raisons expliquent pourquoi la restructuration du secteur bancaire s’effectue plus tardivement
que dans les autres industries. Ce retard des banques tient largement au fait que le secteur fait l’objet,

81
En 1999, Les rapprochements d’entreprises au niveau mondial ont représenté un montant de 3000 milliards de dollars. Voir
Dominique Plihon. Les restructurations bancaires : Un processus de rattrapage.
82
Vincent Ramus. Reconcevoir les processus de création de valeur. Communication au Séminaire annuel de la direction des
statistiques d’entreprises de l’INSEE. Année 2000. P 33.
83
Voir Dominique Plihon. Les restructurations bancaires : Un processus de rattrapage.

46
dans tous les pays, de réglementation nationale stricte en raison de son rôle stratégique dans l’économie.
L’assouplissement des contraintes réglementaires et le processus de privatisation ont joué un rôle
catalyseur dans la restructuration des banques. Les fusions-acquisitions sont les principales formes de
restructurations dans le domaine des services financiers. Le tableau suivant illustre l’importance de ce
phénomène.

Tableau 1 : Quelques exemples de fusions-acquisitions de banques dans le monde

Années Banques fusionnées aux USA Pays

1998 Citigroup issu de la fusion de Citicorp avec Traveler’s USA


2000 Morgane Chase Issu de la fusion JP Morgane avec Chase Manhattan USA
2004 Le rachat de Bank One par Jp Morgane USA
2004 Le rachat de Fleet Boston par Bank of America USA
Banques fusionnées en Europe
1998 Banco Santander avec Banco Central Hispanoamericano entrainant la Espagne
création de BSCH.
1998 La BNP fusionne avec Paribas entrainant la création de BNP Paribas France
1998 Banco Bilbao Vizcaya (BBV) avec Argentina entrainant la création de Espagne et
BBVA Argentine
1998 Rayal Bank of Scotland absorbe Natwest L’ Ecosse
1998 Banca Intesa acquient 70 % de Comit Italie
2000 Fusion entre Deutsche Bank et Dresdner. Allemagne
Banques fusionnées au Maghreb
2000 BNP-Paribas détient 63 % de BMCI Maroc

2002 Société Générale détient 62 % de l’UIB, 5 eme banque Tunisie


2002 BNP-Paribas détient 100% de BNP Paribas El Djazair Algérie

Source : Travaux personnels du doctorant.

47
Paragraphe 3 : L’industrialisation des activités bancaire et financières
L’industrie est par définition l’ensemble des activités orientées vers la production de biens
et de services. Elle implique une habilité et un savoir-faire. Elle se réfère à une profession, un métier ou
une corporation. L’industrie est aussi un ensemble d’opérations qui concourent à la création de la valeur
par la transformation des matières premières. L’industrie sous-entend une certaine division du travail. De
ce point de vue, elle diffère de l’artisanat où le même individu assure la totalité du processus production :
conception, fabrication, commercialisation, gestion. L’industrie se réfère enfin une notion d’échelle. Elle
vise des quantités dites « industrielles » dés lors que la production atteint un volume conduisant à la
réduction du coût moyen de fabrication.
Ces caractéristiques peuvent-elles s’appliquer à la banque d’aujourd’hui ? La réponse est sans
conteste affirmative. L’activité bancaire suit en effet un processus qui s’appuie sur le savoir-faire du
banquier qu’on appelle l’intermédiaire financier. De plus en plus cette intermédiation s’inscrit dans une
stratégie de conquête mondiale comme en témoigne l’activité de la banque universelle. Les banques
fabriquent et exportent une « marque ». Les produits et les services sont conçus de manière optimale au
sein « d’usines ». Ils combinent des ressources et impliquent des coûts opératoires en vue de créer de la
valeur à une échelle planétaire. Ces outputs proviennent soit d’un processus de fabrication standardisé,
soit d’une conception sur mesure selon le client auquel ils adressent- particulier, professionnel, PME,
grande entreprise,……). Le produit net bancaire (PNB) qui en résulte, via l’action de commercialisation
des front-offices (les guichets ou les services en contact direct avec la clientèle) implantés partout dans le
monde, s’appuie sur une production spécialisée ou diversifiée selon la taille de l’outil de production.
Cette activité s’inscrit aujourd’hui, du fait des alliances et autres opérations de fusions-acquisitions
(F&A) nationales et internationales, dans un champ de production mondial.
La mondialisation rapide de l’industrie bancaire pose également de manière urgente le problème de
l’amélioration au plan international des techniques de contrôle des comptes et de suivi des innovations
financières. La crise des « subprimes » en 2007 et la faillite de la banque américaine « Lehman
Brothers » en 2007 et pas mal de fragilisation des banques européennes tel est le cas de la banque
Anglaise « Northern Rock » en 2007, montrent une fois de plus que les ondes de choc ont une
dimension planétaire et que finalement la régulation va toujours moins vite que la mondialisation et
l’innovation financière. En effet, durant le siècle qui vient de s’écouler et le début du 21 eme siècle, parmi
les secteurs d’activités qui ont connu les plus grands bouleversements en très peu de temps, figure, en
première ligne, le secteur bancaire et financier.

48
1)- Métamorphose et développement des métiers bancaires
La métamorphose et le développement de l’activité bancaire sont marqués principalement par les mesures
de déréglementation financière (ouverture du secteur bancaire, libéralisation des marchés financiers et
ouverture du compte capital) et de l’ouverture des économies nationales aux transactions
internationales. L’appel sans cesse de théoriciens, d’économistes et de politiciens à la dérégulation
financière a fortement contribué à l’émergence de la globalisation financière. A côté des marchés
financiers, les banques représentes aujourd’hui le nerf de toute action économique.
Dans ce cadre, pour analyser les aspects qui caractérisent la métamorphose et le développement
spectaculaire des métiers bancaires, il est important de commencer d’abord par définir la banque en tant
qu’acteur économique spécifique84 et ensuite, se consacrer aux différents éléments ayant participé à la
mutation de l’activité bancaire.
1.1)- Les contours de la notion de banque
La banque est très différente selon la façon dont elle met en œuvre les « six mots fondamentaux » de sa
fonction « dépôts, confiance, informations, risques, crédits et garanties ».
En Europe, la « banque de dépôts » est l’origine du métier tel qu’on le connait aujourd’hui.
L’expression est restée jusqu’aux années 1990 en France. Elle traduit bien la fonction de réserve de
liquidité de l’institution. En parallèle, on assiste aussi au développement de la « banque d’affaires » qui,
comme son nom l’indique, font des crédits à des entreprises, y prennent des participations, y organisent
des rapprochements….
Pour elle, la fonction crédit est déterminante. Peu à peu, les écarts entre ces deux types de banques
se réduisent. Les voila devenues toutes les deux « banques commerciales ». Elles reçoivent
évidemment les dépôts du public et accordent des crédits. Elles varient selon leurs clients et leurs
tailles en « banque de détail » et en « banque de financement et d’investissement ». Ces banques
commerciales varient selon leurs propriétaires publics où privés.
Pour ce qui est du système financier américain, ce dernier reposait sur la séparation des fonctions
bancaires des fonctions financières. De ce fait, le modèle américain s’appuyait sur deux types de
banques, la « banque commerciale » et la « banque d’investissement ».
A la différence de la banque commerciale, la banque d’investissement ne reçoit pas les dépôts des
particuliers et recherche donc les liquidités auprès des autres banques ou auprès des marchés monétaires
ou financiers. La banque d’investissement rassemble l’ensemble des activités de conseil,
d’intermédiation et d’exécution ayant trait aux opérations dites de haut bilan (introduction en bourses,
émission de dette, fusions – acquisitions) de grands clients (entreprises, investisseurs, Etats…). Ces
84
Dans la mesure où cet acteur peut revêtir plusieurs statuts. Statut de la banque universelle, ou de banque de détail, ou de
banque en ligne,...
49
activités sont généralement scindées en entités distinctes, habituellement désignées par des anglo-saxons :
les opérations de Corporate Finance (finance d’entreprise), de Global Capital Markets (les marchés
financiers) et de Structured Finance (financement structurée).
Cette séparation entre les fonctions bancaires et les fonctions financières a été inscrite dans la loi par le
« Glass – Steagll Act » après le krach de 1929. Cette différence n’a pas réellement pris pied en
Europe85 et la plupart des banques d’investissements européennes font partie de groupes bancaires ayant
aussi des activités de banques de dépôts, d’assurances et autres.
Le Glass – Steagall Act a été abrogé en 1999 par le « Gramm – Leach – Billeu Act » permettant ainsi
l’intégration en une seule entité des activités de dépôts, d’investissement et d’assurance.
De plus, depuis l’abolition en Europe des frontières entre la banque de dépôts et la banque d’affaires et
depuis l’unification des fonctions bancaires et des fonctions financières engagée par le gouvernement
de l’Ex président des USA Bill Clinton qu’on assiste à la montée en puissance des « banques
universelles ».
Les banques universelles sont des établissements qui exercent toutes les opérations des domaines
bancaires et financiers à savoir :
1. La collecte des fonds auprès du public,
2. La distribution de toutes formes de crédits,
3. La mise à la disposition de la clientèle ou la gestion de moyens de paiement
4. L’émission de titre, par exemple l’introduction en bourses des sociétés, les augmentations de
capital, les montages de fusion – acquisition,
5. L’organisation de marchés sur les instruments financiers dérivés ou pas,
6. L’ingénierie financière (opérations complexes combinant divers instruments financiers),
7. La prise de participations au capital d’entreprises pour leur compte ou pour d’autres (portage
financier, capital non coté…),
8. L’arrangement d’opérations financières diverses notamment de fusion – acquisition,
9. La mise en place de financements syndiqués de grande envergure, où participent de nombreuses
autres banques et sociétés financières,
10. Le courtage boursier, activité où elles font office de société de courtage.

85
En Europe, et en particulier en France, la « Doctrine germain » du banquier lyonnais « Henri Germain », préconise
également la mise en place de différentes réglementations bancaires, dont la plus remarquée est la séparation des banques de
dépôts des banques d’investissement. Elle est adoptée en 1882 puis 1904. Elle a fortement contribué à inspirer le mouvement
de spécialisation du secteur bancaire entre les années 1880 et 1914 – donc avant les lois (pour le cas de la France) imposant
cette spécialisation adoptées en 1941 et 1945. Elle met en cause le projet de « banques universelles » qui avait été caressé
lors de la fondation de la Caisse Laffitte mais surtout appliqué avec la fondation du Crédit mobilier (1852, frères Pereire), du
Crédit Lyonnais (1862) et de la Société Générale (1864).

50
Ces opérations témoignent qu’il n’est plus possible aujourd’hui de parler de la « banque » comme d’une
activité unique, tant que les métiers bancaires sont différenciés et répartis entre :
1. Les activités de banque de détail (particuliers, professionnels, petites entreprises) ; les services
financiers spécialisés (crédit à la consommation, affacturage, bancassurance) et les services non
financier (immobilier, location de coffres, ….), qui complètent les offres de la banque de détail.
2. Les activités de banque d’entreprises (moyennes et grandes), désignée comme banque de
finance et d’investissement.
3. La banque privée, dédiée à la gestion de fortune.
4. Les activités sur les marchés financiers exercés par les intermédiaires en opérations de bourse.
5. Les activités de banque d’affaires (fusions - acquisitions, introductions en bourse et marché
primaire).
6. Les activités de capital – risque, capital – développement exercées par les sociétés de Courtage
de détail,
7. Les activités de gestion d’actifs, qui regroupent différentes formes de gestion (OPCVM, FCP..)
et celles de conservation de titres.
Cette décomposition des différents métiers bancaires n’est pas seulement formelle. Elle affirme du fait
que la banque, au sens traditionnel du terme, n’existe plus. Il fut un temps, où les banques faisaient
toutes à peu prés les mêmes métiers. A l’heure actuelle, les banques se sont très largement diversifiées et
les nouveaux marchés sur lesquels elles opèrent, sont très différents.
L’évolution observée dans la variété des métiers de la banque s’est manifestée par la multiplication des
instruments financiers à l’actif et au passif du bilan ou hors bilan des banques et par
l’internationalisation.
Les raisons de ce double mouvement sont en partie identiques. La raison première est sans doute
l’émergence d’un système financier moderne après 1973. La seconde raison est le vaste mouvement
de déréglementation qui a touché les systèmes financiers des pays de l’OCDE et par la suite les pays en
développement. La troisième raison est le vaste mouvement de privatisation bancaire engendrant une
très forte concurrence entre les banques. Cette concurrence s’est manifestée par la proposition des taux
d’intérêt plus rémunérateurs, par la diversification des services financiers offerts et par l’implantation à
l’étranger. La quatrième raison est due au développement de la nouvelle technologie de l’information
et de communication, qui a permis de réduire les délais et les coûts de certaines opérations bancaires et
financières.
Ces changements qui ont affecté l’activité bancaire et financière, peuvent être regroupés en trois
types de catégories d’activités à savoir :
1. Première catégorie : Les activités de l’intermédiation bancaire, dites les opérations de base,
51
2. Deuxième catégorie : Les activités de prestations de services d’investissement, dites les
opérations connexes, se rapportant aux opérations de capital,
3. Troisième catégorie : Les activités se rapportant à la bancassurance86.
En plus de ces trois catégories d’activités, deux types agréments sont généralement accordés par les
autorités publiques, l’agrément en qualité de « banque » ou « d’établissement de crédit » et
l’agrément en qualité « d’établissement financier » où « entreprise d’investissement ». A la
différence des banques qui peuvent faire toutes les trois catégories d’opérations, les établissements
financiers en dehors des opérations connexes, elles ne peuvent faire que les opérations de crédit.
L’ensemble des changements qui ont affecté l’activité bancaire peut être qualifiée de
rapprochement du marché. Ce rapprochement du marché est d’abord dû aux mouvements
d’homogénéisation et d’allégement de la réglementation bancaire et financière dans un contexte de
mondialisation entamé durant les années 60 et 70. Ensuite, le développement des marchés financiers a
conduit les banques à développer d’un coté leur accès aux marchés, et de l’autre à développer en
plus de leur activité traditionnelle, d’autres activités liées à la prestation de services financiers.
Les conséquences de ce rapprochement ont permis aux banques d’aligner les conditions de leurs
opérations de banques aux conditions de marché. En effet, La concurrence entre les banques et les
marchés financiers a contraint les banques à offrir à leurs clients des conditions proches de celles que
ces derniers pouvaient obtenir sur les marchés financiers pour des opérations voisines.
De même, pour les opérations relativement éloignées de celles des marchés, la concurrence entre les
banques s’est accrue au point de rendre concurrentielle la fixation des conditions des opérations
traditionnelles.
La forte concurrence constatée entre les banques elles-mêmes et entre les banques et les marchés
financiers, a poussé les banques à rendre négociables leurs créances et dettes vis-à-vis des agents non
financiers. Le développement du marché interbancaire, du marché hypothécaire et du marché des
titres de créances négociables à court et moyen termes constituant le marché monétaire est la
conséquence de cette concurrence.
1.2)- Les Eléments ayant contribué à la mutation des métiers bancaires
Les événements ayant contribué aux ouvertures économiques (suppression des droits de douanes, paradis
fiscaux, politique monétaire expansive etc.….) ont permis aux entreprises de différentes tailles de
conquérir de nouveaux marchés ou segments que ce soit au niveau domestique ou international. Pour
accompagner le développement des entreprises industrielles et commerciales, les gouvernements ont

86
Il est à noter que l’activité de « bancassurance » ne figure à aucun niveau de la ventilation des métiers bancaires proposée
par Bâle II.

52
libéralisé également leurs secteurs bancaires et financiers. Ce changement au niveau des systèmes
bancaires s’expliquent par l’abolition de plusieurs régimes qui ont caractérisé la période de l’apres guerre
jusqu'au début des années80 à savoir :
1. Le passage à un système de change flottant : En 1976, les accords de la Jamaïque ont donné la
reconnaissance formelle de la flottabilité des monnaies et démonétisation de l’or.
2. La suppression de l’encadrement de crédit : L’encadrement du crédit est une technique
permettant à une banque centrale d’atteindre les objectifs qui leur sont assignés dans le cadre de la
politique monétaire. Les autorités monétaires fixent le volume global des crédits que chaque
banque est autorisée à consentir compte tenu de la progression de la masse de monnaie voulue et
de croissance économique anticipée. Cette technique a été depuis les années 70, l’instrument
central de la politique monétaire de plusieurs pays de l’OCDE (la France, l’Italie, les Pays – Bas
et le Japon). La France a été le seul pays à utiliser cet instrument (de 1973 à 1985) de façon
permanente. A la fin des années 90, le mouvement général des réformes économique et financière
ont fini par convaincre un ensemble de pays d’abandonner les anciennes pratiques (notamment le
système de contrôle des changes).
3. La libéralisation des taux d’intérêt : Elle c’est accompagnée par l’ouverture des systèmes
financiers des pays développes et des pays émergents à la concurrence internationale.
4. Le développement des technologies : Les avancées constatées en matière de NTIC matérialisées
par des outils, logiciels, et procédures informatisées ont largement contribué au développement de
la sphère financière que ce soit au niveau domestique ou international.
Les conséquences multiples de ces différentes mesures dérégulatrices ont affectés la quasi- totalité du
monde de la banque et de la finance.
Schématiquement, au niveau des pratiques bancaires, on peut noter les changements suivants :
1. Le passage de la banque traditionnelle au rapprochement du marché (banque de marché) :
A la fin des années 70 s’est développé un processus d’homogénéisation et d’allégement de la
réglementation bancaire et financière dont l’achèvement est relativement récent. Dans ce cadre,
les banques se sont rapprochées des marchés financiers en complément de leurs opérations
traditionnelles.
2. Le passage de la banque domestique à la banque internationale : Le passage d’une économie
fermée à une économie ouverte conduit à un système bancaire et plus généralement financier
beaucoup plus complexe et à une multiplication des instruments financiers. Dans ce cadre, un
système bancaire et financier ouvert à l’international offre toute la gamme des services bancaires
avec des services financiers non bancaires. En plus des activités bancaires traditionnelles
internationales, les activités financières que propose un système bancaire et financier international
53
sont : les opérations à terme en devises (les swaps de devises et les options de devises), les
services d’aide à la décision et aide à l’exécution concernant les opérations de fusions et
d’acquisitions des sociétés, les courtages en ventes et achats d’actions et d’obligations en devises,
les produits d’assurances etc.….
3. L'apparition de nouveaux acteurs (les investisseurs institutionnels) : Structurellement en
capacité de financement car ils collectent l'épargne placée par les particuliers. Parmi les
investisseurs institutionnels, deux ont acquis une place prépondérante, les fonds de pension, les
fonds de placements (OPCVM et FCP), les fonds d’investissements etc.….
4. Privatisation et concentration bancaire : Ce mouvement de restructuration dans le secteur de la
banque et de la finance est attribuable en grande partie à un environnement concurrentielle en
constante évolution - c’est le processus de la globalisation financière - qui oblige les
établissements bancaires et financiers à s’adapter pour être compétitifs.
2)- Métamorphose et développement des marchés financiers
La métamorphose des marchés financiers est marquée principalement par le passage de la régulation
par les gouvernements à la régulation des taux de changes et des taux d’intérêts par le marché a
travers les mouvements de déréglementation financière et d’ouverture des économies nationales aux
transactions internationales. L’appel sans cesse à la dérégulation financière est un phénomène à la fois
idéologique (doctrinal) et politique.
Idéologique, dans la mesure où les adaptes de cette vision (Baghete, Schumpeter, Goldsmith, Mc Kinnon
et Shaw), considèrent que l’ouverture, l’adaptation, l’intégration et la libéralisation des marchés
financiers sont des garants de croissance, de performance et d’efficacité. Les uniques perdants sont ceux
qui ne suivent pas cette voie. Pour les opposants (Guilhot en 1999), la régulation par le marché est
synonyme d’inégalité, de crise et de perte de souveraineté.
Politique, la régulation par le marché est rendue possible à la suite de décisions et actions politiques bien
déterminées. Ainsi, les mesures de déréglementation ordonnées par l’Ex- Président des Etats-Unis
Ronald Reggan au début des années 80 et de la l’Ex Première Ministre Marguerite Thatcher.
Sous cet aspect, la métamorphose et le développement des marchés financiers peuvent être
considérés en grand partie le résultat d’un ensemble de décisions politiques.
Sous un autre aspect, la métamorphose et le développement des marchés financiers peuvent être
considérés en grande partie le résultat d’un ensemble d’événements et d’éléments qui se sont
produits au cours du 20 eme siècle. Les interactions entre ces différents changements ont conduit à
l’internationalisation croissante des marchés financiers.

54
Dans ce cadre, l’autre aspect qui caractérise la métamorphose et le développement spectaculaire des
marchés financiers, se résument en un ensemble d’événements et d’éléments suivants :
2.1)-Au niveau international ou mondial :
1. L’effondrement de la conférence de Bretton Woods et l’adoption du système des changes
flottants en mars 1973,
2. Des chocs pétroliers dans les années 70 provoquent un ralentissement économique. La dette
publique des pays industrialisés les oblige à faire des emprunts auprès d’institutions financières
internationales.
3. Le développement des euromarchés87. Ils sont nés dans les années 50 mais connaissent un réel
démarrage au milieu des années 70. L’encours brut traité sur les euromarchés approchait de 400
milliards de dollars. Ce chiffre est passé à 2200 milliards de dollars en 1982. Ces euromarchés
vont jouer un rôle décisif dans le processus de financiarisation de l'économie mondiale.
4. Le recyclage des pétrodollars. Prés de la moitié des ressources excédentaires des pays pétroliers
ont été placées sous forme de dépôts liquides auprès des grandes banques internationales privées.
Ces ressources ont été transformées (le recyclage de ces ressources a permis d’amortir les déficits
budgétaires des pays industrialisés) par les banques en crédits à moyen et long termes aux pays de
l’OCDE (a hauteur de 40 %) et aux pays en développement (a hauteur de 15 %).
5. La financiarisation de l’économie mondiale. Selon le modèle de Mundell - Flemming, les
capitaux sont parfaitement mobiles s’ils se déplacent sans habitat préféré et sans frein (fiscale,
réglementation ….), c’est le taux d’intérêt qui est le réglage.
6. De nouvelles modalités de financement de l'économie (Le passage à une économie de marché
financier). La fin des années 1970 et le début des années 1980 marquent le passage à une
économie de marchés financiers, qui ont connu depuis lors une croissance considérable, suscitant
un développement extraordinaire des progrès techniques et d'innovations financières dans un
contexte de concurrence accrue. Selon la Banque de Règlement Internationale (BRI) le volume
de la transaction journalière atteint, en 1999, 1500 milliards de dollars, soit près de 50 fois le
montant quotidien du commerce mondial de biens et services. Dans les années 1970, ce chiffre
n'était que de 10 à 20 milliards de dollars

87
Les euromarchés sont des marchés internationaux de capitaux sur lesquels se réalisent des opérations de prêts et d’emprunts
en devise, à l’extérieur du pays d’émission de la devise considérée.
C’est l’instauration d’une taxe en 1963 sur les emprunts non résidents aux Etats-Unis qui a eu pour effet de déplacer la
demande de financement en dollar du marché américain vers les euromarchés.

55
2.2)-Au niveau des Etats-Unis : libéralisation financière et déréglementation
Une vague importante du phénomène de déréglementation a été à l’origine de la disparition des frontières
traditionnelles dont la majorité ont été instaurées suite à la suite de 1929. En effet, l’objectif a été la
modernisation des structures bancaires et financières. A ce titre, un ensemble de mesures ont été prises :
1. La suppression des commissions fixes sur les valeurs mobilières aux Etats-Unis en mai 1975,
2. La libéralisation des taux d’intérêt décidée en 1979 par la Banque Centrale des Etats-Unis (la
FED) pour éradiquer l’inflation.
Ces évolutions ont fragilisé davantage le « Glass – Steagall Act » et le privent de pertinence : les
banques commerciales américaines, via certains artifices comptables et juridiques -surtout via la création
de filiales à l’étranger, en particulier à Londres – participent pleinement à la croissance des marchés
financiers.
Les banques d’investissement se trouvent, elles, de plus en plus sous – capitalisées ; le tissu du système
financier semble se fragiliser : il se délocalise et redonne vie à la City de Londres, dont il fait
durablement la première place financière du monde.
La FED a tenté plusieurs fois d’assouplir le système financier à partir de 1986, mis ce n’est que devant le
lobby réclamant la légalisation de la fusion entre City et Travellers que le gouvernement américain à
accepter a abolir une grande partie de sa législation et réglementation bancaire, ce qui a été présenté
comme étant le « dernier vestige des années 1930 » à savoir :
1. L’abolition de la « Reglementation Q » en 1980, donnant ainsi une libéralisation totale dans la
rémunération des dépôts bancaires à terme,
2. L’abolition du « Glass – Steagall Act » en 1999, permettant ainsi aux banques de fusionner et
d’exercer à la fois les activités de banque et de la finance.
Ces changements ont provoqué immédiatement un phénomène de concentration bancaire.
2.3)-Au niveau Européen : L’harmonisation internationale de la réglementation
bancaire
En 1985, le Livre blanc publié par la Commission Européenne (CE) fait référence à un projet intitulé
l’Acte Unique adopté en 1986, qui ouvre la voie dés 1993, à la constitution d’un véritable marché
unique favorisant la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes.
La réalisation, le 1er janvier en 1993, d’un marché unique dans le domaine bancaire s’est matérialisée
par la mise en place d’une base commune qui permet à la fois le libre exercice des activités bancaires
dans tous les Etats membres, une égalité minimale des conditions de concurrence entre les
établissements, assurer l’existence d’un secteur bancaire solide et efficace et une sécurisation adéquate de

56
la clientèle, tels sont donc les principaux objectifs auxquels répond l’élaboration de la réglementation
bancaire communautaire.
Pour définir cette base commune, quelques principes essentiels ont été retenus à savoir :
1. Une liberté totale aux mouvements de capitaux au sein de l’Union Européenne (UE). Ce
principe est garanti par la directive du 24 juin 1988, qui exige la suppression de toutes les
restrictions à la libre circulation des capitaux au plus tard le 1er juillet 1990.
2. Une liberté d’accès à l’exercice de l’activité bancaire. Tous les établissements de crédit agrées
dans des Etats membres doivent pouvoir implanter une succursale dans un autre Etat membre,
sans devoir demander d’autorisations aux autorités locales.
3. Une liberté de prestation de services. Tous les établissements de crédit agrées dans des Etats
membres doivent pouvoir proposer leurs services à des clients situés dans d’autres Etats
membres, sans nécessairement y posséder une implantation.
4. Une reconnaissance mutuelle des agréments et des pratiques. L’agrément est l’autorisation
d’exercer une activité bancaire délivrée par les autorités de tutelle. Il est obligatoire et unique
dans le cadre de l’UE. C’est ce que l’on appelle souvent le principe du « passeport unique ».
5. Une surveillance par les autorités du pays d’origine. La reconnaissance mutuelle s’étent
également à la surveillance des établissements de crédit. La règle est que tout établissement de
crédit est assujetti au contrôle des autorités de tutelle du pays d’origine.
L’entrée en vigueur de l’ensemble de ces dispositions a déjà entrainé, dans l’UE, un ensemble de
conséquences qui méritent d’être décrites à savoir :
1. La première conséquence est le rapprochement entre les législations bancaires nationales.
Pour se conformer aux directives communautaires, les autorités de chaque pays ont dû prendre
des mesures en la matière. Il en est résulté une modernisation générale des droits bancaires des
différents Etats membres,
2. La deuxième conséquence de cette harmonisation concernant les marchés des services bancaires
est l’intensification de la concurrence, l’accélération de l’innovation et la baisse des tarifs
applicables aux opérations de banques,
3. La troisième conséquence est l’intégration croissante des systèmes bancaires,
4. La quatrième conséquence est liée à la conformité des pratiques de gestion bancaire que ce soit
aux niveaux des règles comptables, du système de contrôle interne, des normes prudentielles, des
règles de protection de la clientèle, des méthodes de surveillance, etc….

57
2.4)-Au niveau des pays émergents (des pays en développement rapide) :
L’ouverture des secteurs financiers notamment ceux des pays en développement
La croissance des flux internationaux de capitaux résulte à la fois de politique nationales et de facteurs
mondiaux. Au niveau national, la vague des déréglementations économiques et financières a assoupli les
restrictions aux investissements. L’ouverture du secteur bancaire, du marché boursier, des politiques de
changes flexibles (pour certains la libéralisation du compte capital) et des politiques économiques
favorables à l’investissement ont contribué davantage à attirer les investisseurs étrangers. D’un autre
côté, des facteurs mondiaux ont également contribué à la mobilité croissante de capitaux tels que la
présence en permanence d’un environnement de liquidité abondante au niveau du marché international

D’une manière générale, le développement des marchés financiers est le résultat ou l’interaction
entre plusieurs éléments :

1. Les mutations technologiques (ou le progrès technique) : Deux secteurs ont été
particulièrement touchés par des nouveautés au cours des trois dernières décennies ; le secteur de
l’information et des communications (les NTIC) et celui de la banque ou de la finance en général
(l’innovation financière). Soutenue par le développement des NTIC, l’innovation financière a
favorisé l’émergence de nouveaux produits et services financiers, ce qui a rendu les marchés
financiers plus complets. Grâce aux avancées de l’ingénierie financière, il est désormais possible
de démembrer le risque attaché à un actif et de recombiner ses éléments à volonté, en fonction du
profil de risque spécifique d’un investisseur. L’émergence des produits dérivés et le
développement de modèles mathématiques appropriés à leur valorisation a fortement accru la
gamme des risques négociables, ouvrant ainsi, de nouvelles et vastes perspectives aux stratégies
de couverture. Les institutions financières sont désormais en mesure de gérer activement leurs
expositions et de transfèrer certains risques aux intervenants les mieux à même de les assumer.

2. L’émergence d’acteurs financiers globaux : Les fusions – acquisitions (F&A) ont permis de
donner naissance à des banques universelles, des bancassurances, des fonds d’investissements
souverains. Ces acteurs contribuent d’une manière directe à favoriser l’efficience des marchés et
fournissent de la liquidité et autres services financiers aux marches de capitaux.

3. L’accroissement de la corrélation entre les places financières : Le développement de marchés


financiers signifie également une corrélation entre les différentes places boursières. A ce titre,
l’Euronext est une place financière issue d’une fusion entre la Bourse de Paris, la Bourse
d’Amsterdam, la Bourse De Bruxelles, la Bourse de Lisbonne et du marché LIFFE (London
International Financail Futur and Option Exchange). Le groupe a existe indépendamment entre

58
2000 et 2007. Le groupe Euronext s’est rapproché en 2007 du groupe New York Stock
Exchange pour donner naissance au Group NY Euronext, premier groupe mondial de place
boursière. Le groupe NY Euronext est, depuis, novembre 2013, passé sous le contrôle
d’Intercontinental Exchange Corporation INC.

59
Section 2 : La réforme financière : De la répression à la libéralisation financière
Le terme de « répression financière » a été introduit par les deux économistes R .Mc-
Kinnon et E. Shaw (1973) pour définir les systèmes financiers des pays émergents et des pays en
développement durant la période 1960-1980.
Cette répression financière qui caractérise essentiellement les systèmes financiers à économie
d’endettement, est restée jusqu'à la fin des années 70, le seul mode de régulation monétaire et
88
financière .
Ce terme désigne « un ensemble de mesures que peuvent initier les autorités politiques et monétaires
en vue de financer les déficits publics et de diminuer l’endettement des Etats »89.
Pour D. Plihon (2001), la notion de répression financière désigne une situation caractérisée par une
« intervention intensive des pouvoirs publics dans le secteur financier dont le but est de financer les
déficits publics et de subventionner les secteurs prioritaires ». Pour cet auteur, la répression
financière permet aux gouvernements d’exercer un contrôle sur les systèmes bancaires.
La fixation des taux d’intérêt en dessous de leur niveau d’équilibre ainsi qu’une politique monétaire
excessive sont les principaux instruments ou mesures employés par les gouvernements pour canaliser les
fonds qui leur permettent d’effacer et à moindres coûts leur endettement.
Amable, Chatelain et De Bandt (1997) représentent la répression financière comme une « entrave à la
liberté de mouvement du secteur financier et elle ne permet pas d’atteindre le taux de croissance
optimal de l’économie ». Pour eux, la répression financière conduit à une diminution de l’épargne et à
des prélèvements de l’Etat par rente de seigneuriage au détriment de l’investissement privé. Selon
Amable, Chatelain et De Bandt (1997), la « libéralisation financière » est la solution appropriée au
régime réprimé. Elle conduit à une hausse de l’épargne et à une utilisation plus efficace des ressources
disponibles pour l’investissement.
Cependant, cette orientation traditionnelle ou classique (les mesures qui caractérisent la répression
financière ont vu le jour durant la grande dépression des années 1930 et elle s’est poursuivie jusqu’aux
années 1980), a donné naissance assez tôt à des critiques vues les conséquences réelles (la baisse ou le
maintien du taux de croissance, endettement, inflation……), financières (rationnement du crédit, faible
rémunération des ressources financières…..) et monétaires (création monétaire excessive, détérioration
de la valeur de la monnaie nationale …..) néfastes qu’elle a produites. C’est la raison pour laquelle, dés le
début des années 1970, certains théoriciens (Mc-Kinnon et Shaw, en 1973), économistes (J.

88
Les Etats-Unis en 1979 et puis la Grande-Bretagne en 1981 ont été les deux premiers pays à procéder à la libéralisation des
taux d’intérêt.
89
Roland Duss. La répression financière ; impact sur les actifs financiers. In Revue Analyse Economique. Année 2012. P 2.

60
Williamson) et personnalités politiques (Margaret Thatcher et Ronald Reagan) avaient proposé une
stratégie alternative comme substitut, capable de faire face à toute contrainte qui handicape le bon
fonctionnement et le développement des systèmes financiers.
La voie alternative que recommande ce courant « néolibéral » a été introduite à la fin des années 1970 et
au début des années 80. Elle est désignée sous la notion de la « libéralisation financière »
caractéristique principale d’une « économie de marché de capitaux ».
Cette notion qui avait fait son apparition dans les pays développés, principalement aux Etats-Unis
d’Amérique (puis juste après au Royaume-Unis), a pu se propager pour atteindre finalement les
pays émergents et les pays en développement, surtout avec la crise d’endettement des années 80.
Le principe de la libéralisation financière est simple : il faut accroître l’épargne, et particulièrement
l’épargne longue. Pour accroitre l’épargne, il faut rémunérer. Pour la bien rémunérer, il faut supprimer
les privilèges exorbitants dont profite actuellement l’Etat dans sa collecte à savoir : fixation des taux
d’intérêt à des niveaux bas de leur équilibre, rationnement du crédit, élèver le taux des réserves
obligatoires, limiter le nombre d’intermédiaire financiers,….
Dans ce contexte, la première sous-section traitera les fondements de la répression financière, la
seconde sous-section se limitera à étudier les fondements de la libéralisation financière et la troisième
sous-section se réservera aux conditions de mise en place de la libéralisation financière.
Sous-section 1 : Les fondements de la répression financière
La répression financière est une notion complexe observée notamment en temps de crise : il
s’agit pour les Etats en situation de surendettement de manipuler les taux d’intérêt afin de se financer à
moindre coût possible, tout en œuvrant pour que l’épargne des agents économiques soit orientée vers le
financement de cette situation. En règle générale, la répression financière s’appuie sur deux piliers : le
premier se traduit par le plafonnement explicite ou implicite des taux d’intérêt, particulièrement ceux
des dettes des Etats et le second consiste en la création ou le maintien par des mesures réglementaires
d’une base d’investisseurs domestiques captifs qui facilitent le financement de l’Etat.
Aux Etats-Unis, dans les années 1930, afin de sortir de la crise née avec le Krach boursier de Wall Street
de 1929, le gouvernement de Franklin Roosevelt a réduit la liberté totale dont jouissent les milieux
financiers et bancaires. Dans ce sens, dans le cadre de son programme « politique interventionniste »
appelé le « New Deal », la « nouvelle donne » en français, le Président Franklin Roosevelt a adopté une
série de mesures destinées à rétablir l’équilibre du système bancaire et du marché financier. Les mesures
les plus célèbres sont les suivantes :
1. Dans le domaine de la réforme bancaire : Trois textes fondateurs ont vu le jour, la 1ere loi, dite
« Emergency Banking Act », qui imposait la fermeture des banques insolvables (la sélection des

61
banques solvables a été soumise à un texte de solvabilité conduit et supervisé par le Département
du Trésor des Etats-Unis) dans le but de les réorganiser et renflouer avant leur réouverture. Face
au risque de faillite en chaîne des banques américaines, cette loi mettait ainsi en place un plan de
eme
fermeture généralisée en arrêtant la course aux liquidités. La 2 loi dite « Executive Order
6012 » qui imposait la restitution de l’or détenu par des particuliers. Cette loi interdisait ainsi la
détention de pièces d’or, de lingots d’or et de certificats ou tous autres titres rattachés à de l’or. La
3 eme loi dite « Glass- Steagall Act » qui permet d’établit une séparation stricte entre les banques
d’investissements et les banques de dépôts.
2. Dans le domaine de la réforme innovante des marchés financiers : Plusieurs textes ont été
également mis en place. Ainsi, pour promouvoir la stabilité des marchés et surtout protéger les
investisseurs des abus de sociétés relatifs aux achats et ventes d’actifs financiers ainsi qu’aux
informations rendues publiques, un organisme à été mis en place, c’est la « Security and
Exchange Commission ». Une deuxième loi a été également mise en place, destinée à déterminer
les commissions fixes que doivent prélever les intermédiaires en opérations de bourse sur les
transactions portant sur le commerce des valeurs mobilières.
A travers sa politique interventionniste le « New Deal » conçue pour luter contre les conséquences
catastrophiques que la crise de 1929 a engendrées, l’intervention de l’Etat américain est désormais plus
que nécessaire pour réguler les mécanismes économiques et financiers, par le biais d’une « politique
mixte » (politique monétaire et politique budgétaire). Les théories classiques, telles que les marchés
s’auto-régulent automatiquement (si les conditions de la libre concurrence sont respectées) garantissant
ainsi l’équilibre entre l’offre et la demande qu’A. Smith (1776) à illustré par la métamorphose de la
« main invisible », qui semble été dépourvue de toute importance. C’est l’ère de « l’Etat providence »
et du Keynésianisme (selon Keynes en 1936, les marchés laissés à eux-mêmes ne conduisent pas
forcément à l’optimum économique, l’Etat a un rôle à jouer dans le domaine économique notamment
dans le cadre de la politique de relance). L’intervention de l’Etat américain est désormais plus que
nécessaire pour réguler les mécanismes économiques et financiers, par le biais d’une « politique mixte ».
Cette transformation dans le régime économique a modifié le mode de gestion des économies touchées
par la crise. Ainsi, l’intervention de l’Etat dans les rouages économiques et financiers a été à l’ordre du
jour. Du point de vue financier, l’ensemble de ses actions prises dans le cadre de la réforme bancaire et
financière aux Etats-Unis peuvent être liées à une approche théorique qualifiée et résumée par la notion
de « répression financière ».
A ce titre, dans le cadre de la présente sous-section, le premier paragraphe traitera d’une manière détail
les caractéristiques d’un système financier en économie d’endettement. Le second paragraphe abordera

62
les conséquences d’un système financier réprimé sur le fonctionnement économiques. Le troisième
paragraphe vise à énumérer les causes ayant conduit à l’abandon du régime de la répression financière.
Paragraphe 1 : Les caractéristiques du système financier en économie d’endettement
Pour bien cernée la notion de répression financière, il est important de lui consacrer un
développement à la fois conceptuel, instrumental et opérationnel caractérisant les systèmes financiers des
pays financièrement réprimés.
1)-Présentation de la répression financière
D’après la théorie de la répression financière, les systèmes financiers des pays en développement sont
caractérisés par un interventionnisme étatique dont la principale conséquence est de contrôler et
limiter le développement du système financier. Les mesures utilisées par les Etats servent à empêcher le
secteur financier de travailler dans son plein-emploi par l’introduction de toutes sortes de régulations
et par des lois et autres restrictions non marchandes.
D’après Carmen. Reinhart, le terme répression financière désigne « l’obtention par l’Etat de prêts
préférentiels auprès de publics nationaux captifs (tels que les fonds de pension ou les banques
nationales), le plafonnement explicite ou implicite des taux d’intérêt, la réglementation des
mouvements de capitaux transnationaux et plus généralement le resserrement des liens entre l’Etat
et les banques, par une participation publique explicite ou par une lourde pression morale ».
Parfois, la répression financière « s’accompagne également de l’imposition de réserves obligatoires
relativement élevées (ou d’impératifs de liquidité), de taxes sur les transactions boursières, de
l’interdiction des achats d’or (comme aux Etats-Unis entre 1933-1974) ou du placement de
montants substantiels de titres non négociables de dette publique. Une forte présence des banques
publiques bénéficiant de l’intervention de l’Etat est également courante dans les économies qui
connaissent une répression financière »90.
Souvent (sans que ce soit systématique), les mesures de répression financière sont employées pour
faciliter le désendettement du secteur public.
En effet, les périodes de fort endettement ont fréquemment été accompagnées par des défauts ou des
restructurations de la dette publique. Parfois, cette restructuration s’opère plus subtilement, prenant la
forme de la répression financière. Lorsque les taux d’intérêt réel sont négatifs sur la durée, ils équivalent
à un impôt sur les porteurs d’obligations et plus généralement, sur les épargnants 91.

90
Carmen M. Reinhart. Le retour de la répression financière. Banque de France. In Revue de la stabilité financière - N° 16.
Année 2012. P 40.
91
Carmen M. Reinhart. Le retour de la répression financière. Banque de France. In Revue de la stabilité financière - N° 16.
Année 2012. P 39.

63
Le recours des Etats à cette politique leur permet de rembourser leurs dettes en monnaie de singe, en
versant aux souscripteurs de la dette publique un taux d’intérêt réel négatif. C'est-à-dire un taux d’intérêt
nominal inférieur au taux d’inflation. C’est d’ailleurs ainsi que le Royaume-Uni en 1945 et les USA en
1946 ont fait fondre entre 3 % et 4 % de PIB par année leur lourd endettement (estimé à 237.9 % de PIB
pour le Royaume-Uni et à 121.7 de PIB pour les USA) grâce à la répression financière.
Selon Carmen M. Reinhart , les années 1945-1980 ont été « un âge d’or de répression financière »92.
Il fallait purger les dettes publiques à la sortie de la guerre. L’inflation et les contrôles réglementaires de
toutes sortes ont exercé selon elle un « effet de liquidation » de l’endettement.
2)-Les instruments de la répression financière
Il y a répression financière quand un gouvernement prend des mesures pour orienter au profit de l’Etat
des fonds, qui en l’absence de réglementation du marché, iraient ailleurs93.
La justification théorique d’une telle politique se trouve dans le souci, des pouvoirs publics, de financer à
coût faible les dépenses publiques. Durant la période de 1960 à 1980 où dans la plupart des pays en
développement, les capitaux privés étaient rares et le rôle moteur de l’Etat considéré comme
indispensable à la croissance et au développement, le rationnement des crédits était plus que nécessaire.
La répression financière peut être analysée du côté des taux d’intérêt réels créditeurs et d’une politique
monétaire contraignante (application d’une législation largement réglementée en matière d’activités
bancaires et celle de crédit).
2.1)-Le plafonnement du Taux d’intérêt à un niveau bas
Des taux de croissance élevés et un rythme soutenu d’investissement nécessitent des conditions
préalables à réunir par les pouvoirs publics. En dehors des mesures fiscales, les autorités monétaires et
financières exercent une action sur les taux d’intérêt à travers une politique généralement appelée
« politique de financement bon marché » où les taux d’intérêt débiteurs et créditeurs sont
artificiellement fixés à des niveaux bas. Le maintien des taux d’intérêt nominaux à un niveau bas qu’il
ne le serait sur un marché concurrentiel, permet de réduire à la fois les coûts de production et les charges
budgétaires, ce qui se traduit par une augmentation de l’investissement (production et infrastructures).
C’est la raison pour laquelle les pays en développement ou en transition maintiennent le taux d’intérêt sur
les dépôts et les crédits plafonnés.
Le taux d’intérêt a des fonctions économiques essentielles dans les économies modernes, émergentes et
en développement. Comme tous les prix, il oriente les décisions des offreurs et des demandeurs : s’il est
92
Roland Duss. La répression financière ; impact sur les actifs financiers. In Revue Analyse Economique. Année juin 2012,
P 2.
93
Carmen M. Reinhart. Jacob. F. Kirkegaard et M. Belen Sbrancia. Le retour de la répression financière. In Revue :
Finances et Développement. Année 2011, P 22.

64
bas, les demandeurs vont être nombreux, s’il est haut, les offreurs vont être nombreux, du moins en
principe. Mais, la marchandise dont le prix s’appelle « taux d’intérêt » est une marchandise un peu
particulière, c’est l’argent ou les capitaux. Et avec des capitaux, on peut investir, par exemple, ce qui ne
sera pas sans conséquence sur la croissance. Le niveau des taux d’intérêt, le prix de l’argent a donc une
grande importance au niveau macroéconomique et au niveau microéconomique.
Comme le niveau des taux d’intérêt a de l’importance pour la croissance, on comprend que les pouvoirs
publics s’en soient servi pour essayer d’influencer les décisions de ceux qui avaient des capitaux à prêter
ou qui souhaitent en emprunter pour invertir. Dans le cadre de sa politique monétaire, l’Etat utilise
donc le taux d’intérêt comme un instrument de politique économique. Dès lors, le plafonnement des
taux d’intérêt à des niveaux bas, permet aux autorités monétaires, d‘empêcher les banques et les
établissements financiers, notamment les plus compétitifs de pratiquer une fixation collusoire des taux et
d’éliminer les effets perturbateurs résultant d’une domination du secteur bancaire par un petit nombre
d’établissements. De plus, une politique administrée des taux d’intérêt permet à l’Etat de mettre à
l’abri son système financier contre toutes instabilités financières.
On voit bien que le maintien des taux d’intérêt à un niveau bas permet de réduire la charge d’intérêt de
l’Etat pour un stock de dette donner et contribue ainsi à la réduction du déficit.
2.2)-La mise en place d’une réglementation contraignante
En règle générale, le système financier en économie d’endettement présente de part la fixation des taux
d’intérêt, d’autres spécificités relatives à son dispositif législatif et réglementaire qui encadre
l’environnement dans lequel les banques évoluent. Dans ce contexte, les autorités monétaires disposent
de plusieurs instruments d’actions qui leur permettent de superviser et contrôler l’évolution des agrégats
monétaires. L’encadrement du crédit, la politique sélective des crédits et les réserves obligatoires sont
autant d’instruments qui concourent à la régulation du volet monétaire en fonction des objectifs de la
politique économique.
2.2-1)-L’encadrement du crédit
L’encadrement du crédit est une technique permettant à une banque centrale d’atteindre les objectifs qui
lui sont assignés dans le cadre de la politique monétaire94. Les autorités monétaires fixent le volume
global des crédits que chaque établissement est autorisé à consentir compte tenu de la progression de la
masse de monnaie voulue et de la croissance économique anticipée.
L’encadrement du crédit a été mis en place dans la période de forte inflation des années 70. Cette
politique qui visait à freiner l’inflation par un contrôle strict des crédits, tant dans la production que dans
la consommation, a été poursuivie jusqu’au milieu des années 80. Cette politique paraissait à l’époque

94
L'encadrement du crédit permet de freiner la progression de la masse monétaire sans augmenter les taux d'intérêt .

65
tout à fait justifiée par le fait que durant cette période, les crédits bancaires représentent une proportion
importante du financement de l’économie. On se trouvait dans une économie d’endettement. Il semble
ainsi que dans cette période des années 70, le passage au régime des changes flottant et les vastes
mouvements de capitaux internationaux que cela a entrainés, ont fait qu’une politique sur les seuls taux
d’intérêts manquerait d’efficacité. On pouvait en effet, concilier l’objectif interne de maîtrise de la masse
monétaire en même temps que celui des taux de change95.
La politique d’encadrement du crédit est aujourd’hui abandonnée par la plupart des pays. Néanmoins, il
reste possible que les autorités y aient à nouveau recours en certaines circonstances, c’est pourquoi elle
mérite d’être évoquée.
L’objectif fondamental poursuivi par l’encadrement du crédit est de lutter contre certains
déséquilibres économiques en maîtrisant la croissance de la masse monétaire. Pour ce faire, les
autorités contrôlent et limitent réglementairement les montants des encours de crédits bancaires. Ainsi,
chaque banque ne peut augmenter le montant des crédits qu’elle accorde au-delà d’un seuil qui est fixé
relativement au montant accordé l’année précédente. Le non respect des normes définies par la
Banque centrale entraîne l’obligation pour les banques de constituer des réserves supplémentaires
non rémunérées pour un montant particulièrement élevé.
Plusieurs justifications théoriques démontrent l’importance de cet instrument fortement adopté par les
pays à économie d’endettement. En effet, l’avantage principal de l’encadrement du crédit est
certainement son extrême efficacité pour agir sur les quantités, sans pour autant entraîner de
fortes variations des taux d’intérêt96.
Cependant, cette efficacité s’accompagne d’une grande rigidité présentant l’inconvénient d’entraver le
développement économique, ce qui rejaillit sur le dynamisme économique, c’est pourquoi, afin d’atténuer
la rigidité de l’encadrement du crédit, les autorités s’attachent à mettre en place une politique sélective de
crédit. La sélection du crédit vise à orienter les crédits vers les domaines d’activités que l’Etat souhaite
voire se développer de façon prioritaire.
Considéré comme un instrument antiéconomique, l’encadrement du crédit, de part sa rigidité, il tire ses
fondements d’une économie administrée fortement planifiée par un organe central. Il se caractérise par sa

95
L’Etat peut aussi manipuler le taux de change via une dévalorisation ou une dévaluation de la monnaie. Cela revient à faire
fondre la valeur réelle de la dette qu’ils détiennent. Les investisseurs étrangers sont sensibles à la réglementation de change ou
au contrôle des changes.
96
Il est souvent constaté que l’augmentation des taux d’intérêt par la Banque centrale à l’encontre des banques commerciales
en vue de diminuer leur refinancement et par conséquence de limiter leur offre de crédit, n’a pas le même effet sur leur
comportement, comparé à la politique de l’encadrement du crédit. Ce rapport « quantité- prix (taux d’intérêt) » influence
peu la politique de crédit de la banque, dans la mesure où elle va récupérer cette différence en là faisant supporter sur sa
clientèle.

66
lourdeur, puisqu’il nécessite un suivi administratif démesuré, jusqu’a où la banque va se concentrer
beaucoup plus sur les statistiques à communiquer à l’organe central que de se moderniser.
2.2-2)-La politique sélective des crédits
Il s'agit d’une politique adoptée généralement par les pays à économie d’endettement qui s'appuie
sur trois instruments97: les taux d'intérêt différenciés, le réescompte hors plafond et les limites
individuelles (garanties du crédit par organismes officiels).
Les pays cherchent à travers cette politique, à apporter un appui aux secteurs jugés prioritaires
constitués par les entreprises nationales, les campagnes agricoles, l'habitat social, etc....
Ce dispositif reste à ce jour en vigueur dans les différents pays notamment certains pays africains (le
Sénégal, Benin,...) afin de soutenir ou protéger certains secteurs d’activités, comme l’agriculture ou
l’habitat.
L’orientation sélective des crédits peut être définie comme « un ensemble de dispositifs mis en œuvre
pour assurer aux agents emprunteurs, des financements moins coûteux et / ou plus abondants que
ceux qui leur auraient été offerts par les voies habituelles du marché »98.
Cette politique caractérise les économies dites « réprimées » où les instructions données aux banques :
dans le cadre des procédures d'intervention en vigueur (ancien instrument de la politique monétaire), la
Banque centrale pouvait donner aux banques des instructions recommandant le « favorisme » à l'égard
de certaines branches d'activité ou invitant à la « rigueur » envers d'autres secteurs. La Banque centrale
pouvait notamment exiger que les crédits bancaires s'attachent, en priorité, à financer les projets
conformes aux objectifs nationaux d'expansion économique. Le contrôle éventuel de l'exécution de
telles directives était facilité par le fait que les banques devaient remettre à la Banque centrale, chaque
fois que le total des facilités accordées atteignait ou dépassait la norme fixée par le gouvernement. Le
dernier bilan accompagné des comptes d’exploitation, la décomposition des facilités accordées, le
montant des investissements de l'exercice en cours, sont les principaux documents transmis annuellement
à la Banque centrale pour un éventuel renouvellement.
Toutefois, l’inconvénient majeur de cette pratique est qu’elle risque d’immobiliser le secteur bancaire
et ce pour une durée plus au moins longue dans une situation passive. De plus, la politique sélective du
crédit est un instrument auquel l’Etat a recours pour planifier le développement du secteur public au
détriment du secteur privé. Le maintien en vie, de façon artificielle, des secteurs prioritaires, peut en cas

97
Nazha Delfaqi. Année 2011. www.fr.scribd.com
98
R. Renaud et F. Gaudichet. Sélectivité du crédit, financement et politique monétaire. Edition Economica. Année 1985.
P 9.

67
d’écart par rapport aux prévisions, porter préjudice à l’Etat. La perte des ressources et le cumul des
charges financières peuvent conduire à nouveau à l’endettement de l’Etat.
2.2-3)-Les réserves obligatoires
Dans la majorité des pays, les Banques centrales utilisent les réserves comme instrument de politique
monétaire. En raison de leur rôle structurel de pression sur la liquidité bancaire, elles confortent la
politique des taux d’intérêt.
Au contraire, les Banques centrales qui n’y recourent pas doivent accepter des variations plus fréquentes
des taux interbancaires ou s’astreindre à des interventions fréquentes sur le marché monétaire.
Par définition, les réserves obligatoires sont une fraction constante des dépôts de la clientèle que les
banques secondaires et les établissements financiers sont tenus de déposer auprès de la Banque centrale.
Entrant en complément au dispositif de contrôle de la liquidité et de l'expansion du crédit bancaire, le
système des réserves obligatoires est un instrument parmi les autres instruments de la politique
monétaire. Ainsi, il comprend trois champs d'intervention, à savoir, le champ d'application des
réserves, l'assiette de calcul et le coefficient des réserves obligatoires.
Depuis l’abandon des moyens quantitatifs (encadrement du crédit et politique sélective du crédit)
de régulation monétaire et l’adoption de la liberté totale des mouvements de capitaux, qui a rendu
les contraintes de nature administrative définitivement inopérantes, la politique monétaire utilise
deux instruments : les taux directeurs ou plus généralement les taux de refinancement et les
réserves obligatoires.
Le mécanisme des réserves obligatoires repose sur l’obligation pour les établissements assujettis de
détenir à la Banque centrale certains types d’actifs financiers considérés comme actifs de réserves, selon
des modalités précises (périodes de calcul et de constitution, taux de réserve et éventuellement taux de
rémunération). Le montant des réserves ainsi constituées dépend de l’assiette, c'est-à-dire des exigibilités
sous forme de dépôts ou de titres qui y sont soumis et du taux des réserves, qui définit la proportionnalité
de la contrainte monétaire exercée. Ce mécanisme renforce l’action du dispositif monétaire ; il est
compatible avec les autres instruments de contrôle monétaire, directs (action sur les taux) ou indirects
(action sur la liquidité).
Les réserves obligatoires ont été créées à l’origine dans un but prudentiel. Ensuite, elles ont été utilisées
comme un instrument de politique monétaire. En effet, leur action sur la création monétaire est
permanente : dés qu’un flux monétaire est créé, et dès lors qu’il accroît les exigibilités assujetties, les
réserves obligatoires entraînent automatiquement une augmentation proportionnelle de la demande de
monnaie de banque centrale et exercent donc un effet de freinage en raison de la pression sur les taux
d’intérêt qui en résulte. En outre, en l’absence de besoin structurel de financement, l’existence de

68
réserves obligatoires à un niveau adéquat permet d’assurer que le système bancaire présente durablement
un besoin de refinancement auprès de la Banque centrale, besoin supérieur aux encaisses de transactions
de banques. L’action de la Banque centrale s’en trouve facilitée, les réserves obligatoires confortant la
politique des taux d’intérêt.
Eventuellement, en modifiant les coefficients de réserve, la Banque centrale agit sur la liquidité bancaire
et assouplit ou durcit sa politique monétaire, sans avoir recours à une modification de ses taux de
refinancement. Cette pratique, autrefois fréquente, est désormais moins utilisée de manière
conjoncturelle.
3)-Les traits marquants d’un système financier réprimé
Le système financier en économie d’endettement présente des spécificités relatives au mode de
financement, à celui de placement et à la fixation des taux d’intérêt, qui engendre des conséquences en
matière d’épargne et d’inflation.
3.1)- Prédominance de la finance indirecte
L’économie d’endettement adopte comme mode de financement les crédits bancaires. Les intermédiaires
financiers (spécialement les banques) jouissent d’un rôle important dans le financement de l’économie vu
les facilités consenties par la Banque centrale en matière de refinancement bancaire. Les ménages, les
entreprises et les administrations publiques pour combler leur déficit en fonds de roulement recourent aux
emprunts bancaires.
Dans ce contexte, pour rendre plus cohérent leur décision d’épargne et d’investissement, les systèmes
financiers en économie d’endettement s’appuient essentiellement sur les banques qui s’interposent entre
dépositaires et emprunteurs.
Ainsi, pour financer les projets d’investissements, la capacité d’épargne nationale a longtemps été
insuffisante. L’endettement auprès du système bancaire a permis de la combler. Cela a entraîné deux
conséquences :
1. D’une part, les entreprises, pour rembourser leurs dettes et pour payer leurs frais financiers, ont eu
tendance à augmenter leurs prix,
2. D’autre part, le financement de certains secteurs prioritaires (l’agriculture, le logement) s’est
opéré, en grande partie, par une création de monnaie encouragée par l’État (accord de prêts à taux
préférentiels), d’où un gonflement de la masse monétaire tendant à peser sur les prix.
Cependant, ce recours à l’inflation a eu au moins une conséquence heureuse : en allégeant le poids des
dettes à rembourser, il a encouragé l’investissement, payé en quelque sorte grâce à l’inflation.
Mais l’inflation a des effets pervers sur la balance des échanges extérieurs, puisqu’elle provoque une
baisse de la demande externe (baisse des exportations). De plus, l’inflation a tendance spontanément à

69
s’accélérer. Il devenait difficile d’organiser la production sur des périodes longues avec une monnaie qui
perdait de sa valeur de façon accélérée.
Dans de nombreux pays en développement c’est le financement bancaire qui domine ; les marchés
boursiers sont généralement très peu sollicités. Ce constat s’explique par plusieurs raisons 99 :
1. Prédominance du secteur public,
2. Planification ou dirigisme dans les activités économiques,
3. L’insuffisance de l’épargne est compensée par une création monétaire intensive,
4. L’administration des taux d’intérêts,
5. Absence d’instruments financiers dus principalement au cloisonnement des marchés,
6. Faible impact des progrès technologiques sur la sphère réelle et la sphère financière,
7. Secteur bancaire fortement nationalisé,
Selon J. Hicks100, les économies d’endettement compensent souvent l’insuffisance de l’épargne par un
accroissement dans les quantités de monnaie créées, entrainant ainsi un climat inflationniste. Ce
phénomène inhérent au système réprimé engendre les faits suivants :
1. Endettement des entreprises et des particuliers auprès des banques commerciales,
2. Endettement des banques commerciales auprès de la Banque centrale,
3. Endettement du secteur public auprès du Trésor public,
4. Endettement du Trésor public auprès des banques commerciales et plus spécialement auprès de la
Banque centrale.
3.2)-Le mode de placement (ou de constitution de portefeuilles-titres)
En économie d’endettement, les actifs des agents économiques sont en grande partie composés de
placements effectués sous forme de dépôts à court terme (dépôts à terme, bons de caisse, livret d’épargne
logement ….) auprès des banques. Ces dernières constituent des créances privilégiées par les entreprises.
Par contre, les valeurs mobilières sont très peu répandues auprès des ménages et des sociétés mais aussi
chez les banques dont les actifs sont principalement composés de crédits et de titres publics (bons du
trésor public). La raison principale de ce constat ou de cette situation est que dans les économies
d’endettement, les gouvernements pour financer leur programme économique, obligent les banques à
détenir un portefeuille constitué principalement par des titres émis par le Trésor public. Cette
obligation constitue un moyen qui permet à l’Etat d’obtenir des financements à moindres coûts qui seront
ensuite investis dans des secteurs où l’Etat prévoit leur promotion.

99
Chabba Bouzar. Système financiers : mutations financières et bancaires et crise. Editions: El- Amal. Année 2010. P 45.
100
J.R Hicks. The crisis in keynesian économics. Oxford,Basil Blackwell.1974.

70
De plus, en cas d’endettement de l’Etat, ce dernier peut également grâce à un réseau bancaire totalement
nationalisé, imposer certaines instructions qui affectent de manière directe le portefeuille de titres
constitués par chaque banque. En effet, à travers sa politique monétaire, l’Etat peut imposer
certaines règles de jeux qui définissent les conditions de refinancement des banques. Ainsi, les
instructions concernant les effets éligibles aux « opérations de réescompte » ou aux « opérations
d’open market » constituent les solutions les plus appropriées par les autorités monétaires en vue d’agir
sur l’affectation des ressources possédées et gérées par le secteur bancaire.
L’inconvénient majeur de cette politique est qu’elle peut conduire d’une part, à des résultats peu
satisfaisants, puisque presque la totalité des ressources va financer des projets de grandes entreprises
étatiques dont certaines ne sont pas rentables (faute d’une mauvaise organisation, restructuration,
coordination d’objectif ….…) et d’autre part, transformer les banques en caisses ou organismes
administratifs chargés d’accompagner les entreprises publiques au détriment du secteur privé.
Sans oublier les effets pervers de cette politique et son impact sur les bilans des banques. En effets, la
qualité des actifs détenus par les banques se dégrade (créances non performantes, créances en
souffrances, ….) si l’Etat ne parvient pas à améliorer ses finances.
3.3)-Le poids de l’endettement des banques auprès de la banque centrale
Avec l'extension de ses attributions à la fourniture de liquidités au système bancaire et à l'organisation du
crédit, la Banque centrale a ainsi été amenée à participer de plus en plus activement à la politique
monétaire.
S'il est vrai que les banques bénéficient d'un pouvoir de création monétaire (par les crédits qu'elles
accordent), ce pouvoir n'en est pas moins limité par les contraintes de liquidité qui s'imposent à elles. De
fait, pour faire face aux retraits de billets, aux transferts de fonds de leur clientèle vers le Trésor ou à des
achats éventuels de devises, les banques doivent disposer de « monnaie centrale » qu'elles se procurent
en cédant certains de leurs actifs à la Banque centrale. C'est par cette dépendance des banques envers la
« monnaie centrale » que la Banque centrale peut influer sur le comportement des banques et orienter
ainsi la politique monétaire, en faisant varier, soit la quantité de monnaie centrale disponible, soit son
prix (le loyer de l'argent).
Ainsi, en économie d’endettement, la contrainte de constitution des resserves obligatoires et de la
nécessité de convertibilité des monnaies scripturales en billets, incitent les banques à se procurer des
liquidités auprès de la Banque centrale ou d’autres banques sur le marché interbancaire ou encore au
niveau du marché monétaire.
Pour ce faire, les techniques de réescompte, la prise en pension, la négociation d’effets privés ou publics
sont largement utilisées.

71
Pour se refinancer, les banques font appel de manière quasi-automatique à la Banque centrale, qui ne peut
se soustraire faute de compromettre les équilibres globaux, comme le souligne F. Renversez : « ce
système (sous le régime d’économie d’endettement) fonctionne donc sous réserve de l’apport de la
Banque centrale ». Pour ces raisons, l’Institut d’émission est qualifié de « préteur en dernier
ressort contraint »101.
En réalité, les banques octroient en premier lieu les crédits et se refinancent auprès de l’Institut
d’émission en fonction d’une politique monétaire préalablement définie. Généralement, elles accordent
davantage de crédits qu’elles ne collectent de dépôts. Les interventions de la Banque centrale sur le
marché bancaire sont essentiellement destinées aux refinancements des banques. Sur le marché
monétaire, elle permet d’assurer la liquidité de l’ensemble des intermédiaires financiers. L’émission de
monnaie banque centrale est alors réglée en fonction des effets admis au réescompte.
3.4)- Un secteur bancaire fortement nationalisé
Le mouvement de nationalisation des banques renforce davantage ce que nous pourrions appeler la
répression financière. Un secteur bancaire constitué majoritairement par des banques publiques
représente un instrument privilégié pour les pouvoirs publics en vue de canaliser l’épargne locale vers le
financement des déficits publics. Une dette publique élevée ne devient réellement problématique que
quand elle génère de lourdes charges d’intérêt pour les collectivités et les administrations publiques.
Confrontées au risque de réduction additionnelle de leur source de financement local, les autorités
monétaires peuvent grâce à un tissu bancaire public capter de l’épargne à bon marché. Ce financement
bon marché se manifeste par des actions qui permettent aux gouvernements d’utiliser leur pouvoir pour
forcer les agents économiques à financer les déficits publics. On citera par exemple les actions suivantes
toutes plus au moins applicables à ce jour :
1. Les banques centrales se voient obligées d’acheter les obligations d’Etat en imprimant de la
monnaie,
2. Les banques sont incitées à augmenter leur détention « d’actifs sans risques » de par la
régulation, les politiques de mise en nantissement ou de limitation sur l’octroi de crédits au
secteur privé,
3. La fiscalité est rendue plus avantageuse pour la détention de dettes publiques.
Toutes ces actions permettent de canaliser l’épargne vers les emprunts d’Etat pour ainsi abaisser les coûts
de son financement.

101
F Renversez. Eléments d’analyse monétaires. Documentation française.1986. Mémento Dalloz 2 eme Edition année 1991, P
169.

72
3.5)-Absence de concurrence
Les concepts de l’économie industrielle avec notamment les approches de M. Porter sont utiles pour
réaliser l’analyse concurrentielle du secteur bancaire. Les barrières à l’entrée comme à la sortie
expliquent les conditions de pénétration d’un secteur par des entrants potentiels. En effet, la
caractéristique essentielle des économies d’endettement est la présence de barrières à l’entrée empêchant
l’implantation de nouvelles banques dans le secteur et diminuant ainsi le nombre de concurrents. Dans la
plupart des économies d’endettement, les barrières à l’entrée sont principalement : les barrières
réglementaires (l’agrément, le statut, le régime des prises de participations, les formalités liées à la
définition des conditions de banque…….). Les barrières à la sortie peuvent se résumer aux possibilités
liées à la récupération des coûts (coûts des actifs corporels cédés et les conditions de la liquidation des
titres négociables ou d’autres engagements). La figure suivante illustre les forces qui accentuent le degré
de la concurrence au sein du secteur bancaire.

Figure 3 : Les cinq forces concurrentielles

Nouveaux entrants

Menace des nouveaux entrants

Pouvoir de négociation Concurrents de l’industrie Pouvoir de négociation


Concurrents de l’industrie
des fournisseurs des clients
Fournisseurs Clients

Intensité de la
Intensité de la
concurrence
concurrence

Menace des substituts

Substituts

Source : Sylvie de Coussergues. Gestion de la Banque. 3eme Edition Dunod. Année 2002. P 239.

73
Cette absence de concurrence qui reste renforcée par un dispositif législatif et réglementaire, est
faite au détriment du secteur réel. Donc, la relation banque-entreprise s’appuie principalement sur le
poids des garanties que l’entreprise est disposée à hypothéquer. De l’autre côté, les banques habituées à
disposer de ressources moins chères ou gratuites (les dépôts à vue) ne se montrent pas agressives dans la
collecte des ressources, l’octroi des financements adaptés, des services financiers appropriés et en grande
partie refusent de prendre des risques dans leur politique de crédits.
A partir de la nature du dispositif réglementaire qui encadre les activités bancaires et financières, les
systèmes financiers réprimés présentent les caractéristiques suivantes :
1. La dominance d’un secteur bancaire composé en sa majorité par des banques publiques
nationales,
2. Une stricte séparation entre les banques et les autres intermédiaires financiers notamment en
matière de collecte de ressources,
3. Un positionnement bancaire décrit en fonction des priorités économiques est défini par les
autorités monétaires. Ainsi, chaque banque se voit chargée de financer un ou deux secteurs,
4. Un cloisonnement dans les circuits de financement dû principalement à l’insuffisance de
l’épargne placée à long terme.
5. Un nombre restreint de banques concurrentes dues principalement à une réglementation
bancaire fortement renfermée,
6. Un secteur bancaire privé dont la principale mission touche le court terme ou le financement des
opérations de commerce extérieur,
7. Par un positionnement décrit en fonction des priorités économiques et définit par les autorités
monétaires. Ainsi, chaque banque se voit chargée de financer un ou deux secteurs,
8. Par la faible participation du marché boursier dans le financement de l’économie.
La conséquence d’une telle situation conduit sans aucun doute à une détérioration de la relation banque –
entreprises ou économiquement la relation épargne, crédit et investissement.
Paragraphe 2 : Les conséquences d’un système financier réprimé
Souvent les implications d’un régime réprimé sont nombreuses et affectent l’ensemble du
fonctionnement de l’économie : une réglementation obsolète qui freine l’essor du marché financier, la
prédominance de la finance indirecte, le cloisonnement du marché de capitaux, l‘insuffisance de
l’épargne, les faibles taux d’intérêt créditeurs, la forte création monétaire pour répondre aux besoins de
financement, l’inflation à moyen terme forte, le rythme des investissements moyen, le taux de croissance
médiocre etc.……

74
1)-Les effets de la répression financière sur le niveau de l’endettement
Pour faire face à leur déficit public, ou leur endettement et ou à leur dépenses courantes (dépenses de
fonctionnement et d’équipements), les gouvernements s’ils ne parviennent pas à se financer grâce à
l’épargne domestique, ils recourent à une création monétaire supplémentaire. Cependant, l’érosion
monétaire et l’inflation vont dissuader les pouvoirs publics à s’orienter vers l’endettement extérieur.
2)-Les effets de la répression financière sur l’équilibre financier
Les régimes réprimés s’appuient sur une politique visant à maintenir les taux d’intérêts réel à des niveaux
artificiellement bas assurant ainsi aux Etats un financement bon marché. Mais d’un autre côté, des taux
d’intérêts négatifs engendrent des besoins de financement qui excèdent les capacités de
financement (mauvaise rémunération de l’épargne), incitant ainsi les banques au rationnement des
crédits, une solution qui n’arrange pas toujours les investisseurs. La répression décourage davantage
l’épargne et diminue ainsi les fonds disponibles (l’accumulation du capital) avec les coûts que cela
comporte sur le développement financier et la croissance.
3)-Les effets de la répression financière sur le processus d’intermédiation financière
Les systèmes financiers réprimés s’appuient essentiellement sur le financement par les crédits bancaires.
L’absence ou la faible concurrence existant entre les institutions financières et entre la finance directe et
finance indirecte ont contribué à rendre l'intermédiation bancaire peu efficace102 et probablement plus
coûteuse103 que dans les autres pays développés.
Un processus d’intermédiation inefficace se manifeste par une lourdeur administrative, une lenteur dans
l’exécution des opérations bancaires, une difficulté d’accès au crédit bancaire et des coûts
d’intermédiation élevés104.
4)-Les effets de la répression financière sur la bancarisation et la monétique
Du point de vue financier, les systèmes financiers réprimés sont synonymes à un environnement financier
passif ou paisible dû principalement à une insuffisance de l’épargne résultant essentiellement des faibles
taux d’intérêt créditeurs appliqués par les banques commerciales. Ce manque d’épargne et cette absence
de nouveaux supports technologiques dans la collecte et l’affectation des ressources sont comblés par

102
L’administration des taux d’intérêt par les autorités monétaires conduit à des marges de spreads très faibles voire négatives.
Alors qu’une bonne transformation des échéances équivaut à des marges bancaires positives. La transformation d’échéance
désigne « l’allocation de crédits risqués et longs à partir des dépôts liquides non risqués et courts ». La répression
financière limite ainsi la capacité de transformation ou d’intermédiation des banques.
103
La fixation des taux d’intérêts nominaux créée des effets pervers sur l’épargne, sur les marges bancaires et sur
l’intermédiation financière en général.
104
Un processus d’intermédiation efficace se manifeste essentiellement par la capacité des intermédiaires financiers (banques
et établissements financiers) à fournir rapidement des capitaux et autres services bancaires à moindres coûts.

75
une forte création monétaire et une centralisation des décisions de financement des investissements. De
ce constat, découle une logique qui gouverne les finances des pays en développement : un secteur
bancaire fortement nationalisé, un marché de capitaux cloisonné ou fragmenté, des taux d’intérêts
artificiellement bas, un secteur public prioritaire……, sont autant d’éléments qui ne favorisent pas
l’émergence d’un climat dynamique et concurrentiel, ou plutôt favorisent une fuite d’une grande partie de
l’épargne vers les réseaux informels. Ce phénomène courant et inhérent à l’économie d’endettement
engendre des suites au plan interne et externe tels qu’un déséquilibre entre l’épargne et investissement, la
fuite de capitaux à l’étranger, l’inflation sur le moyen et le long termes, la détérioration de la valeur de la
monnaie nationale…….
Paragraphe 3 : Les causes du changement de régime financier dans les pays en
développement
Dans la moitié des années 80, les pays industrialisés s'engagent dans un vaste processus de
modernisation financière. L'impulsion décisive provient des pouvoirs publics et, dans une moindre
mesure, de la pression de la concurrence internationale.
1)-Les causes ayant conduit au changement de régime financier
Les causes ayant conduit à la mutation dans l’organisation et le fonctionnement des systèmes financiers
peuvent être résumées aux points suivants :
1.1)-Une réglementation obsolète qui a freiné l'essor du marché financier
Les réglementations du marché financier, héritées de la grande crise de 1929, étaient inspirées à l'origine
par un souci de sécurité tant des épargnants et des entreprises qu'il convenait de prémunir contre la
répétition de faillites d'institutions financières que, au sens large, de la politique économique nationale
qu'il fallait protéger des mouvements erratiques de capitaux. Aux Etats-Unis et en Europe, elles ont
abouti à établir :
1. Une spécialisation des institutions financières, notamment en fonction des opérations autorisées
(épargne, assurance, crédits à court terme, crédits à long terme, prises de participation), des
conditions de taux consentis et des secteurs d'intervention,
2. Un encadrement strict de certains taux d'intérêt, en fonction de la nature de créances (dépôts à
vue ou à terme, livrets) ou de crédits (consommation, logement),
3. Un contrôle vigilant des mouvements de capitaux et des opérations de change.
1.2)-Un certain dysfonctionnement du système financier
Sous l'influence de la pensée économique libérale américaine, qui met l'accent sur le caractère
contre-productif de l'ensemble des règles qui entravent la réalisation des forces naturelles du marché
censé assurer, grâce à la libre concurrence, une allocation optimale des ressources, un discours sur les

76
nombreux inconvénients des systèmes financiers réprimés ont émergé. Ils s’articulent essentiellement
autour des deux constats suivants :
1. La faible concurrence existant entre les institutions financières a contribué à rendre
l'intermédiation bancaire peu efficace et probablement plus coûteuse que dans les autres pays
développés,
2. La régulation administrative des taux d'intérêt et la part importante des crédits bonifiés dans
l'ensemble des crédits distribués ont laissé les taux d'intérêt réels à un niveau le plus souvent
négatif, ce qui a pu entraîner une certaine distorsion dans l'allocation des ressources en ne
permettant pas de sélectionner les investissements rentables des investissements non rentables.
A ces rigidités dans les modalités de financement des économies, se sont ajoutées, dès le début des
années 80, des transformations dans l'environnement macroéconomique mondial.
1.3)-Les mutations de l'environnement macroéconomique
On observe un accroissement des besoins de financement tant des administrations publiques que du
secteur privé, ainsi qu'une volonté politique d'assainir les fondements des économies nationales.
La croissance du besoin d'emprunt du secteur privé va être forte au début des 80 en raison notamment de
la dégradation de la situation financière des entreprises. Toutefois, celle-ci sera moins importante que les
dégradations des comptes publics.
La mise en place, dès le début des années 80, d'une politique d'assainissement a, dans un second temps,
conduit les pouvoirs publics à rechercher, parallèlement à la maîtrise des déficits publics, une
amélioration de la situation financière des entreprises par un partage de la valeur ajoutée plus favorable
aux sociétés et un financement long des besoins d'emprunts. Dans un contexte de maîtrise de l'inflation,
un ralentissement du recours aux financements externes et de la croissance du crédit interne est alors
souhaité pour privilégier les financements sur titres, ce qui a favorisé le développement du marché du
capital. Les gouvernements ont, ainsi, assuré de façon croissante le financement de son besoin d'emprunt
sur le marché obligataire en suscitant la croissance de ce marché.
2)-Le passage au régime financier libéralisé
Différents objectifs peuvent expliquer le passage d’un régime financièrement réprimé à un régime
financièrement libéralisé. Parmi ces objectifs on peut évoquer ce qui suit :
2.1)-Modernisation de l’émission et de la gestion de la dette publique
Dans la plupart des pays développés, les marchés financiers ont connu un essor rapide et important entre
les années 1970 et 1990, après une longue période où ils ont occupé une place mineure dans le
financement de l’économie. Aujourd’hui, ils occupent une position cruciale, puisque leur réaction
conditionne le succès de nombreuses politiques économiques comme des décisions managériales. Cette

77
tendance est générale, si le retour en force des marchés aux Etats-Unis, au Royaume-Unis, en France, en
Allemagne, au Japon, etc. …., après le grand recul amorcé en 1929.
Les Etats (Trésor public) doivent faire face depuis plusieurs années à des besoins de financement
croissant pour les dépenses budgétaires. Ne pouvant pas les financer par la « création monétaire » à
cause de l’aggravation de l’inflation et de l’interdiction de ce procédé dans le projet de la monnaie unique
européenne, les Etats utilisent les « marchés de capitaux ». Son développement a permis aux Etats de
financer en partie les dépenses budgétaires sans complications.
Toutefois, les Etats devront pourtant un jour rembourser leur dette ainsi que les intérêts qui les
accompagnent.
En Europe, la structure de la dette s’est considérablement modifiée depuis le projet de la monnaie
unique. Les États européens ont recours de manière croissante au marché obligataire. Cette évolution a
été rendue possible par le développement des instruments financiers et leur diversification.
Ainsi, les titres du Trésor, supports de l’endettement à court, moyen et long termes des États, peuvent être
à taux fixe, à taux variable ou indexés sur l’inflation. Le mode de financement des États se
rapprochent de celui des grandes entreprises105.
Le volume de la dette obligataire s’explique par la croissance de la dette publique dans la plupart des
pays développés, elle est issue des déficits budgétaires.
Cependant, ces montants des dettes publiques sont traduits par l’émission de titres sur les marchés
financiers, qui ont été à l’origine de la modernisation de l’émission de la dette publique, considérée
comme l’un des axes essentiels de la politique de réforme du marché financier engagée dans le milieu des
années 80. Les émissions des Etats sont dorénavant structurées autour des titres publics, regroupes sous
le terme générique de « valeur du Trésor ».
A ce titre, les liens entre les coûts du financement de l’économie et les prix de marché se renforcent.
D’abord, les ressources collectées par les banques sont pour une part des ressources placées sous forme
obligataire, ensuite même si les banques commerciales recourent au financement de la Banque centrale,
elles se procurent également une grande part de leurs liquidités sur le marché monétaire. Cette évolution
du passif bancaire accroît la dépendance du coût du crédit à l’égard des financements obtenus par le
marché.

105
Pour financer son déficit, l’État doit emprunter de l’argent sur les marchés financiers, et donc s’endetter car, depuis
l’euro, il ne peut plus créer de monnaie pour financer son déficit.
En France, c’est l’Agence France Trésor qui est chargée de couvrir le déficit budgétaire de l’année en cours, en s’endettant
à court, moyen et long termes, d’amortir la dette (refinancement des emprunts arrivant à échéance) et de gérer la dette de
l’État. Celui-ci fait appel, comme les entreprises, à l’ensemble des instruments disponibles sur les marchés financiers afin
d’emprunter dans les meilleures conditions.

78
2.2)-Les politiques de privatisation
Après une période plus au moins longue au cours de laquelle l’Etat dominait la majorité des activités
économiques dans la plupart des pays du monde, une orientation universelle est aujourd’hui poursuivie
par tous les pays du monde pour redéfinir la place et le rôle de l’Etat dans l’économie.
Les politiques de privatisation déclenchées dans les pays développés puis répandues dans tous les pays
émergents et les pays en transition ont été destinées à changer et réduire le rôle de l’Etat dans l’économie
en réduisant le rôle et le poids du secteur public. La réforme du marché financier répond à cette
perspective.
Aujourd’hui, le développement des marchés financiers a donné aux entreprises des moyens nouveaux et
plus souples de financement permettant ainsi aux Etats de se désengager progressivement de leurs
procédures de financement. Le développement du marché des actions, stimulé par l’amélioration des
résultats des entreprises, a fourni l’essentiel du financement en fonds propres externes.
Les vagues de restructurations sous formes de fusions-acquisitions, ont également joué un rôle
majeur dans le financement en fonds propres des entreprises de différents secteurs.
2.3)-Titrisation, innovation financière et produits dérivés
La « titrisation » ou « mobiliérisation » a explosé au début des années 80 : les entreprises et les
établissements financiers préféraient détenir des titres négociables à court terme plutôt que des dépôts
bancaires ; des unités économiques de toutes sortes ont émis des titres de créance de plus en plus divers
pour acquérir des fonds ; les banques ont vendu leurs portefeuilles de crédit remaniés aux établissements
financiers non bancaires ; et les agences de notations sans l’ombre d’un mandat légalement contraignant
ont attribué des notes élevées à ces titres. Les autorités de réglementations gouvernementales ont été
placées dans une position sensible consistant à devoir assumer une double obligation : tout d’abord on les
consultait sur la manière d’élaborer ces produits de crédits dérivés, puis elles devaient en évaluer la
qualité.
Ces produits dérivés ont été initialement conçus pour réduire le risque lié au prix des instruments
financiers, par exemple, les variables des actifs, les prix des devises étrangères ou les taux d’intérêt
évolutifs. Leurs prix sont relativement transparents et les produits dérives sont négociables.
La titrisation, l’innovation financière et les produits dérivés ont contribué nettement au
développement du commerce des titres. La part des titres dans le financement de l’économie ne cesse de
progresser.
2.4)-La désintermédiation
La mise en relation des concepts d’intermédiation et de marché conduit à distinguer fondamentalement
deux types de spécialisation financière : l’intermédiation de bilan et l’intermédiation de marché.

79
La première est assimilée au financement indirect de l’économie par recours aux crédits bancaires. Elle
implique les deux parties du bilan de l’établissement de crédit (actif et passif) où se lit une transformation
des risques et/ou des échéances, rendue possible grâce au regroupement des capitaux permettant de
réaliser des économies d’échelle et de faire jouer des phénomènes de compensation. L’intermédiation
de bilan obéit donc à une logique de transformation d’actifs.
La seconde quant à elle, elle répond à une logique de négociation. Elle facilite le négoce d’un actif
financier (soit à l’émission, soit sur le marché boursier), sans que l’intermédiaire financier ne l’absorbe
dans son bilan pour le transformer.
Si la part prise par le crédit bancaire dans le financement de l’économie a incontestablement diminué, les
intermédiaires financiers restent présents sur les marchés et, compte tenu de l’essor du marché du capital
aux Etats-Unis et en Europe, le glissement du courtage à la contrepartie a marqué l’intermédiation de
marché.
2.5)-Le développement des investisseurs institutionnels
Les investisseurs institutionnels, également appelés grands investisseurs, sont des organismes
collecteurs de l'épargne qui placent leurs fonds sur les marchés. Ils sont habituellement orientés vers la
spéculation et recherchent des profits élevés à court terme en travaillant avec des engagements
extrêmement élevés. Il s'agit principalement d’organismes de placement collectif, de fonds de pension,
ou de sociétés d'assurance.
La décennie 1990 a enregistré une montée en puissance des investisseurs institutionnels dans les pays
développés.
2.5-1)-Les organismes de placement collectif
Les Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières correspondent aux « mutual
funds » américains et aux « OPCVM » français. C’est la catégorie d’investisseurs institutionnels dont la
croissance globale a été la plus vive au cours des dix dernières années. Ce dynamisme concerne
l’ensemble des pays industrialisés. Il s’explique par le fait que les organismes de placement collectif sont
devenus le principal instrument de placement en titres négociables pour les particuliers. Le bas niveau
de l’apport minimal et leur cadre juridique bien défini augmentent leur attrait auprès des petits
investisseurs.
2.5-2)-Les fonds de pension
Les fonds de pension (ou fonds de retraite) sont des fonds d'investissement spécifique à la retraite par
capitalisation. C'est l'outil de l'épargne retraite. Ce sont des organismes de placement collectif gérant
collectivement en capitalisation les retraites et l'épargne salariale. Les fonds de pension sont alimentés
par l'épargne des salariés et souvent complétés par l'entreprise, et versent des pensions.

80
2.5-3)-Les compagnies d’assurances
Les compagnies d’assurances sont difficiles à distinguer des autres investisseurs institutionnels, des fonds
de pension en particulier. Si l’on prend comme critère la nature des produits qu’elles offrent, les
compagnies d’assurance-vie en fournissent une illustration : leur activité, qui tient une place importante
dans le secteur de l’assurance, repose sur des instruments, tels que des rentes ou des contrats de
placement garanti, adaptés aux besoins des plans de retraite individuels ou collectifs.
Sous-section 2 : Libéralisation financière comme une alternative à la répression
financière
A quoi tient l’essor de la « globalisation financière » observée ces dernières années ? La
réponse réside en grande partie dans la « libéralisation financière ». Mais si le développement des
systèmes financiers constaté au milieu des années 80 a été associé à un certain nombre d’avantages, il
n’a pas été étranger à plusieurs crises financières, ce qui soulève des questions fondamentales. Pourquoi
beaucoup de pays en développement ou en transition ont-ils suivi les économies avancées et opté pour la
libéralisation financière malgré ses risques, et celle-ci est-elle vraiment le coupable que voient en elle
certains opposants à la globalisation ?
A dire vrai, il y a deux opinions opposées à propos des effets de la libéralisation financière. La première
opinion considère la libéralisation financière comme un moyen qui renforce le développement financier
et contribue à une croissance durable et élevée. Dans la seconde opinion, la libéralisation financière
engendre la prise de risque excessive, augmente la volatilité macroéconomique et mène à des crises
financières.
Beaucoup de spécialistes en finance (Dommique Strauss Khan, Carmen Heinhart, Gonzalez-
Hermosili,.....) préconisent le renforcement des systèmes financiers nationaux avant d’aller
graduellement vers la voie de la libéralisation financière. La réforme financière est un processus long et
difficile.
Notre objectif dans la présente sous-section consiste non pas à évoquer les risques que peuvent être
engendrés par une libéralisation financière non maitrisé mais de se focaliser sur la politique de
libéralisation financière considérée comme une alternative à la répression financière.
Dans cet esprit, le premier paragraphe vise à présenter les fondements théoriques de la doctrine de la
libéralisation financière. Le second paragraphe se concentre sur les caractéristiques de la libéralisation
financière. Le troisième paragraphe est centré sur les caractéristiques d’un système financier en
économie de marché.

81
Paragraphe 1 : Les fondements de la libéralisation financière
La « libéralisation financière » consiste à abolir les conséquences néfastes qu’engendre la
répression financière. D’après plusieurs spécialistes (théoriciens, économistes et politiciens), une
orientation alternative recommande la libéralisation des taux d’intérêt, la déréglementation ou
l’assouplissement du dispositif législatif et réglementaire et la suppression du contrôle des changes.
Pour ces spécialistes, il est nettement profitable pour les pays dotés d’une économie stable et d’un
secteur financier relativement compétitif, de laisser les mécanismes et les forces du marché déterminer
les lois et les règles de fonctionnement de leurs systèmes financiers.
Les tenants de la libéralisation financière estiment que dans un système financier sur-réglementé et où
la concurrence est limitée, les banques ressentent moins le besoin de rechercher de nouveaux client et
d’attirer les dépôts, tandis que les épargnants et les emprunteurs potentiels, n’étant pas sollicités, sont
amenés à se tourner vers les circuits informels. Ainsi, le secteur informel se développe et joue le rôle de
régulateur en se substituant aux défaillances du secteur formel.
Mc Kinnon et Shaw (1973), estiment donc qu’il suffit que la répression financière soit éliminée pour
que le secteur financier informel disparaisse. La libéralisation financière consiste donc à canaliser et
orienter l’épargne vers les réseaux formels (banques, intermédiaires financiers et bourse), ce qui
permettra l’unification (décloisonnement) du marché de capitaux et par conséquent, la disparition
du secteur informel.
Pour Mc Kinnon et Shaw (1973), il convient de libéraliser les conditions de formation des taux
d’intérêt nominaux de telle façon que les banques et les autres intermédiaires financiers puissent offrir
aux épargnants une rémunération « juste » des dépôts effectués et de facturer en contrepartie plus les
crédits consentis à leurs clients, comme les services qu’elles offrent.
De ce fait, pour ces deux auteurs néolibéraux, la libéralisation financière semble être la solution de
sortie des économies financièrement réprimées.
1)-Présentation de la libéralisation financière
La libéralisation financière est essentiellement justifiée par le fait qu’elle répond aux besoins des
différents acteurs qui vont y trouver leur intérêt.
Les décisions politiques (le recours des politiciens à la déréglementation) et les progrès technologiques
(notamment les NTIC) sont les principaux éléments ayant abouti aux mutations financières récentes (la
globalisation financière). Pour comprendre les raisons qui ont conduit à ces évolutions ou mutations, il
faut revenir au contexte historique datant des années 70 ; cette période, qui est un tournant de la
« régulation fordistes », se caractérise par ce qui suit :
1. Effondrement du système des accords de Bretton Woods,

82
2. Une inflation qui s’accélère,
3. Des chocs pétroliers qui renchérissent le coût des matières premières et des sources d’énergie,
4. Une croissance économique qui ralentit sans toutefois se rompre, avec des conséquences
préoccupantes en termes de déficits internes et parfois externes,
5. Une modification de l’équilibre épargne / investissement et par conséquent, de l’ajustement entre
offre et demande de capitaux.
L’ensemble de ce qui à été énuméré en haut justifie l’émergence de la voie de la « déréglementation ».
Cette déréglementation s’appuie sur une théorie (théorie de la libéralisation financière) comme quoi la
suppression des obstacles à la libre circulation des capitaux aboutit à un accroissement de la
compétition entre des places financières en concurrence et à ce que les économistes appellent une
allocation optimale des capitaux, c'est-à-dire que, par exemple, une entreprise qui souhaite lancer un
projet d’investissement et donc stimuler la croissance économique, trouvera forcément, sur les marchés
de capitaux internationaux, le financement le plus intéressant pour son projet, même dans le cas où les
capitaux nationaux disponibles seraient insuffisants.
Par conséquent, les détenteurs de capitaux, comme les banques, les établissements financiers et les
autres investisseurs institutionnels, peuvent désormais placer et diversifier leurs risques sur plusieurs
marchés et ainsi optimiser la gestion de leurs portefeuilles-titres.
De façon plus générale, les pays qui disposent de projets d’investissements utiles et rentables mais qui
manquent d’épargne nationale, pourront financer leurs projets par des capitaux étrangers.
Certains pays émergents (nouveaux pays industrialisés – NPI) ou certains pays en développement (pays
en transition) qui ont structurellement besoin de financement pour accompagner leur politique de
développement, peuvent trouver des financements extérieurs à long terme plus appropriés. Donc
l’ouverture des systèmes financiers est indispensable à la croissance économique.
Un autre scénario qui justifie la libéralisation financière est la situation de certains pays
industrialisés, comme les Etats-Unis106 et le Royaume-Uni107, pendant la décennie 70, à cause d’un

106
Les Etats-Unis ont refusé, dans les années 60 et 70, de réduire leurs déficits extérieurs en adoptant les mesures d’austérité
auxquelles tout Etat autre que les Etats-Unis ne peut échapper : ralentissement de la croissance économique et réduction de la
consommation et de l’investissement. Les Etats- Unis ont préfère remettre en cause unilatéralement les accords de Bretton
Woods et le système de taux de change fixe.
En renonçant à la convertibilité du dollar en or en 1971 et en dévaluant leur monnaie, ils se sont du même coup débarrassés de
la contrainte de change et ont permis la concurrence des grandes devises sur les marchés internationaux des capitaux ; ils
étaient persuadés que leur marché financier dominant profiterait de cette concurrence ; ils ont pu faire financer, privilège inouï,
leur déficit extérieur par l’épargne mondiale.
107
Le Royaume-Unis, jusqu'à 1976, la presse britannique continue de le dénommer l’homme malade de l’Europe. C’est grâce
à l’élection de Margaret Thatcher que le Royaume-Uni entame de grandes réformes économiques. Les programmes de
privatisation et la dérégulation de la finance sont les changements notables.

83
déficit commercial, déficit général des paiements, endettement croissant, inflation galopante et etc.……,
espèrent favoriser ainsi la relance économique grâce aux capitaux étrangers.
Ainsi, les entreprises, les intermédiaires financiers, les pays émergents, les pays en développement
et même les pays industrialisés doivent trouver leurs intérêts dans la libéralisation des transactions
financières. Elle est censée apporter croissance et emploi pour les uns (pays en déficit d’épargne) et
effets de richesse liés aux investissements plus ou moins spéculatifs pour les autres (pays en excédent
d’épargne).
Ces inspirations libérales ont fait l’objet d’une doctrine économique. Celle-ci recouvre plusieurs
domaines de la macroéconomie contemporaine tels que : théorie de l’intermédiation financière, théorie de
l’épargne et de l’investissement, théorie du portefeuille, lien entre le développement financier et la
croissance économique, etc….
C’est dans ce contexte que née une école dite « école de la répression financière ou de la
libéralisation financière » qui veut à la fois bannir toutes les formes de la répression financière qui
entrave le développement économique et promouvoir les politiques de la libéralisation des systèmes
financier qui jouent un rôle indispensable dans l’allocation des ressources.
2)-L’école de la libéralisation financière
L’école de la libéralisation financière est apparue avec les travaux théoriques de Mc-Kinnon (1973) et
Shaw (1973). Ils forment la référence théorique autour de laquelle s’est développée cette école.
Ces deux auteurs commencent d’abord par critiquer le régime de la répression financière en le tenant
responsable aussi bien sur le plan financier que celui de l’économie réelle, du sous-développement
qui caractérise les pays en développement durant la période 1960-1980.
Bien que ces deux auteurs se situent dans cadre différent, ils s’accordent que l’ouverture financière
est le moyen le plus adéquat pour développer l’activité financière, relancer l’accumulation du
capital et stimuler la croissance. Pour eux, l’adoption de la politique de la libéralisation financière est
un moyen simple et efficace pour accélérer la croissance des pays en développement.
L’apport de Mc-Kinnon (1973)
Mc – Kinnon se situe dans un environnement économique peu monétarisé. Dans de telle situation,
accroître le taux d’intérêt réel (grâce à une augmentation du taux d’intérêt nominal) permet
d’enclencher un processus de monétarisation de l’économie via la création de l’épargne. Selon Batiste
Venet (1994) la logique habituelle s’inverse : ce n’est pas le marché qui détermine le prix, mais c’est le
prix qui crée le marché.
Ainsi, pour Mc-Kinnon (1973), la libéralisation financière consiste à augmenter le taux d’intérêt réel
servi sur les dépôts ce qui permet d’accumuler l’encaisse monétaire (épargne) et par la suite stimuler la

84
croissance économique. Pour cet auteur, l’épargne financière occupe une place centrale dans son
analyse. Pour lui, l’épargne est le préalable nécessaire à l’investissement. La croissance économique
n’est réalisable que s’il existe un secteur financier préalablement constitué. En effet, ce secteur, et les
banques en particulier, mobilisent l’épargne et sélectionnent seulement les projets d’investissement
rentables, ce qui tire la croissance vers le haut. Il faut donc militer pour un libre fonctionnement des
marchés de capitaux et rejeter toute forme de contrainte sur leur développement. Dans cette
optique, il est indispensable d’abandonner le système des réserves obligatoires, l’encadrement du crédit,
ou encore les taux d’intérêt préférentiels liés à une politique industrielle. Le rôle de l’Etat doit se limiter
uniquement à la régulation de la masse monétaire afin d’éviter l’inflation.
L’apport de Shaw (1973)
L’autre fondateur de l’école de la libéralisation financière est E. Shaw (1973). Ce dernier raisonne dans
un cadre d’une économie monétarisée où les banques sont déjà intermédiaires financiers potentiels et il
montre que la hausse du taux d’intérêt (la clé est là) servi sur les dépôts, en encourageant la
demande de dépôts des agents et des particuliers, accroît la capacité du crédit du secteur bancaire.
Pour Shaw, l’intermédiation financière permet non seulement d’augmenter l’épargne par l’évaluation du
rendement réel de la monnaie, mais également de réduire les coûts réels supportés par les investisseurs.
D’abord, étant donné que l’épargne est une fonction croissante de sa rémunération réelle,
l’augmentation du taux sur les dépôts accroît les possibilités de crédit offertes par les banques. Ensuite,
les banques permettent la baisse des coûts de l’investissement. Cette amélioration s’obtient par un
meilleur ajustement de la préférence pour la liquidité grâce à une diversification permettant la réduction
du risque et la réalisation d’économies d’échelle induite par des prêts plus nombreux et plus importants.
Enfin, les banques deviennent plus efficaces et se spécialisent. Elles réduisent le coût de l’information
des agents à la fois à capacité et à besoin de financement. Elles peuvent aussi utiliser leur expertise pour
une allocation plus efficace des ressources disponibles ( Chouchane – Verdier, 2001)
L’analyse de Mc-Kinnon et Shaw (1973) vise à montrer que dans le cadre d’une économie réprimée
financièrement, la fixation des taux d’intérêt au-dessous de leur valeur d’équilibre :
1. Réduit les dépôts bancaires au profit de la consommation courantes,
2. Fixe l’investissement en-dessous de son niveau d’équilibre.
Dans ce contexte, l’adoption de la politique de la libéralisation financière est un moyen simple et
efficace pour accélérer la croissance des pays en développement. Cette approche est fondée sur la relation
entre la libéralisation financière, l’épargne, l’investissement et l’efficacité des systèmes financiers. En
effet, la libéralisation financière va améliorer la mobilisation dés ressources ainsi que leur allocation et
par conséquent la croissance économique.

85
Les années suivantes ont vu d’autres auteurs approfondir la théorie de la libéralisation financière. Parmi
eux, on peut citer Galbis (1977) qui montre qu’une hausse du taux d’intérêt permet une meilleure
répartition de l’épargne ; Kapur (1976) Mathieson (1979) intègrent à la théorie des éléments plus
dynamiques et raisonnent en économie ouverte en examinant notamment les conséquences de la
libéralisation sur les taux de change.
Néanmoins, pour éclairer les bienfaits de la libéralisation financière, Hugon (1990) retrace le tableau qui
décrit les avantages qu'apporterait la libéralisation financière en comparaison avec la répression
financière.
Tableau 2 : Comparatif entre les deux régimes financiers

Répression financière Libéralisation financière


Analyse
-Rôle favorable des taux d'intérêt réels négatifs sur -Rôle favorable des taux d'intérêt positifs sur
l'investissement. l'épargne.
-L'investissement crée l'épargne -L'épargne crée l'investissement.
-Dissociation épargne/crédit: les déposants ne profitent
pas des crédits liés à leurs dépôts.
-Les crédits font les dépôts.
-Les dépôts font les crédits.
Politique
-Transfert inflationniste et politique sélective du crédit. -Désengagement du Trésor et politique de
-Pas de rémunération des dépôts des ménages. rigueur monétaire.
-Le seul actif financier des ménages doit être
rémunéré.
-L'économie non monétisée et la rareté des liquidités
-Monétiser l'économie et créer des réseaux
supposent une centralisation de la politique. Les
par la décentralisation, Possibilité de
gisements d'épargne ne peuvent être mobilisés.
mobiliser les encaisses oisives.
-Les structures financières sont des préalables aux
-La hausse des taux d'intérêt permet les
politiques monétaires financières.
innovations financières.
-Critères : rationnement quantitatif.
-Critère de rentabilité: rationnement par les
prix.

Source : Amal Ben Hassena. L’impact de la libéralisation financière sur l’intermédiation bancaire.
Mémoire de Master en sciences de gestion, soutenu en 2006 à l’Université de Sfax. Année 2006. P 13.

86
Paragraphe 2 : Les caractéristiques de la libéralisation financière
La libéralisation des systèmes financiers s’est manifestée par la déréglementation ou
l’assouplissement de la réglementation bancaire et financière, du décloisonnement des marchés, de la
désintermédiation des financements et des progrès technologiques. Les réformes mises en œuvre pour
atteindre cet objectif ont été appuyées sur des modalités, une ampleur et un rythme variables selon les
pays (Gual et Neven, 1992). La libéralisation financière a profondément transformé l'environnement
dans lequel opèrent les intermédiaires financiers. Mais cette hétérogénéité au niveau des priorités et des
procédures a permis l’émergence des marchés de capitaux parfaitement décloisonnés et homogènes.
1)-Hétérogénéité dans les programmes de réformes des systèmes financiers
nationaux
Si l’on s’attache aux variables de la libéralisation financière cités précédemment, on remarque que la
plupart des pays développés, émergents et en développement, n’ont pas entrepris ou suivi dans le cadre
des réformes financières mises en œuvre le même cheminement ou déroulement. Cette hétérogénéité au
niveau des mesures adoptées s’explique par les différences observées au niveau idéologique, social,
politique et économique.
En effet, bien que le processus de libéralisation des systèmes financiers soit mis en œuvre depuis
plusieurs décennies, on trouve à son appui un certain nombre de justifications théoriques (meilleure
allocation du capital, meilleure allocation des risques……), la caractérisation du phénomène a été
spécifique à chaque pays, que ce soit dicté par les forces du marché ou soit imposé par les pouvoirs
publics.
Pour les Etats- Unis, jusqu’au début des années 1980, le système bancaire à été caractérisé par une
dispersion des banques dont l’origine remonte au grand krach boursier des années 1930. Mais en
parallèle, les succès enregistrés par le secteur des transports et bien sûr celui de l’information et des
communications ont manifestement conduit à des améliorations remarquables en terme de rapport
qualité / prix. Cette double évolution a contribué nettement au développement des échanges
commerciaux. Grâce à ces deux secteurs, les distances se son raccourcis et les délais se sont rétrécis.
Pour accompagner cette évolution, les banques américaines se sont dotées d’importants moyens
technologiques. Les retombées de cet investissement sur la distribution des produits financiers par le biais
d’internet et l’innovation financière qui l’à poursuivie, ont persuadé les autorités monétaires américaines
de procéder à quelques assouplissements en matière de réglementation bancaire. En effet, c’est
l’abrogation de la loi dite « Glass – Steagall Act » qui a constitué un tournant déterminant dans le
domaine monétaire, bancaire et financier american. Il aété promulgué en 1999, sous la présidence de Bill
Clinton, pour permettre la fusion de Citicorp et Traveler’s Group pour former Citigroup.

87
En revanche, pour d’autres pays, tels sont les cas pour l’Angleterre et la France à l’époque de Margaret
Thatcher, du gouvernement de Pierre Mauroy, ce processus s’est réalisé à l’initiative des autorités
publiques.
Par ailleurs, les réformes visant la libéralisation des systèmes financiers ont été engagées avec des
cadences et mesures différentes selon le contexte économique de chaque pays. C’est ainsi qu’aux
Etats- Unis, au terme de la loi de 1980 sur le contrôle monétaire, tous les établissements de dépôts, y
compris les succursales et agences de banques étrangères doivent constituer des réserves obligatoires
déterminées par la Réserve fédérale. Deux années après, la mise en place d’une concurrence bancaire
loyale à été adoptée par la loi de 1982 libérant ainsi les banques des contraintes de localisation intra et
inter Etat. De plus, la suppression de la « Réglementation Q » en 1986, et l’amendement d’une grande
partie de la loi dite « Glass - Steagall Act » en 1999 n’ont qu’approfondi davantage le processus de la
libéralisation financière.
Au Royaume-Uni, elle a été réalisée à une vitesse comparable à celle des Etats-Unis, appuyée par des
programmes d’assainissements financiers de l’économie, des politiques de privatisations et la politique de
l’offre visant à libéraliser les marchés des biens et services. De même pour la France, quand Jacques
Delors Ministre de l’économie, des finances et du budget du gouvernement Pierre Mauroy, promulgue
une loi bancaire de 1984, qui va donner un premier coup de pied dans la fourmilière du secteur
public. En 1987, la suppression de l’encadrement du crédit, en 1988, la mise en place du ratio de
solvabilité international (ratio Cooke) et 1990 la fin du contrôle des changes. En un espace de 5 à 6
ans, d’énormes avancements ont été constatés.
Quant aux autres pays, tels que le Japon et l’Allemagne, ils ont adopté la libéralisation financière à
travers des étapes plus au moins éloignées ou graduelles.
D’autres pays comme la Thaïlande, le Singapour, la Corée du Sud, Taiwan, l’Inde, ont
graduellement procédé à la libéralisation financière. Ces pays considèrent que ce phénomène peut
être la source d’une croissance ou d’une instabilité.
En effet, malgré les mérites ou les avantages de la libéralisation financière, beaucoup de pays
compte tenu des conséquences, de la complexité et de la fragilité de la finance mondiale, ont préféré
adopter la prudence et le gradualisme pour arriver à réformer leur secteur financier108.
2)- Décloisonnement, homogénéisation et globalisation des marchés de capitaux
A partir des années 1980, les secteurs bancaires et les marchés boursiers ont été pris dans un vaste
mouvement de déréglementation qui a eu pour effet de diversifier et développer les métiers et les services

108
Pour le gouvernement américain, le recours et la promotion de la politique de la libéralisation financière
s’expliquent par les déficits publics et les déficits extérieurs qu’a connus son économie durant les années 1970.

88
bancaires et financiers. Depuis, l’industrie des services financiers s’est largement progressée et
globalisée.
2.1)-Décloisonnement des activités bancaires
Comme le souligne H. Bourguinat, au niveau interne, la notion de « décloisonnement » peut être
définie comme la suppression des divisions entre banques de dépôt et banque spéculative, c’est-à-dire
entre compte à vue et compte à terme. Il y a ainsi une concentration et un repositionnement des acteurs
traditionnels (ouverture et intégration des compartiments des différents marchés de capitaux
préexistants). Au niveau international, cela s’est traduit par la libre circulation des capitaux (l’abolition
du contrôle des changes).
Ces évolutions ont incité les ménages et les entreprises à des comportements différents en matière de
placements et d'endettement, engendrant des déformations substantielles dans la structure des bilans
des banques et autres institutions financières (Bliman, Bruno et Le Cacheux, 1993). Si la tendance à la
« désintermédiation financière » a été, en moyenne, relativement modeste, l'essor des marchés
financiers a entraîné une « marchéisation » sensible des bilans : à l'actif et au passif des établissements,
la part des instruments de marché s'est accrue, dans la plupart des pays de l’OCDE, de même que celle
des instruments dérivés et des activités dites « hors-bilan ».
Le décloisonnement des marchés se traduit généralement par un renforcement de la concurrence entre les
banques, les établissements financiers et les investisseurs institutionnels, tant qu’au niveau domestique,
qu'à l’international.
Freinée dans les activités bancaires traditionnelles par l'existence de réseaux, qui représentent un coût
d'entrée important sur les marchés des dépôts et des crédits, la concurrence a suscité, de la part des
banques, des établissements financiers et autres, plusieurs types de réponses, et notamment : une
tendance, plus ou moins nette selon les pays, à la diversification et à la déspécialisation, avec, en
particulier, le développement des activités de marché et des services qui s'y rattachent – placement des
émissions, gestion des comptes-titres de la clientèle, gestion des instruments de couverture, etc. – et celui
de activités de "bancassurance" ; des mouvements de concentration, sous forme d'alliances, prises de
participations et fusions-acquisitions entre établissements de crédit, ainsi que de constitution de
conglomérats financiers couvrant la plupart des métiers de la finance - banques, sociétés de crédit
spécialisées, société de Bourse, fonds communs de placements, sociétés d'investissement, assurances, etc.
–, ces concentrations dépassant souvent le cadre national.
C’est dans cette perspective que les mouvements de déréglementation ont été projetés.

89
2.2)-Dynamisation des marchés boursiers
D’une manière générale, la dynamisation des activités boursières est le résultat de la combinaison des
deux premières variables de la libéralisation financière. Ils permettent l’instauration d’une concurrence
vive entre les intermédiaires financiers et entre le financement inetrmédié et le financement direct. Cette
concurrence about à la diversification des produits traités tels que :
1. L’élargissement de la gamme de valeurs mobilières : Pendant longtemps, le seul type
d’obligation connu en Europe (notamment en France, en Belgique et Italie) a été l’obligation à
taux fixe. Depuis la fin des années 80, les formules obligataires se sont multipliées. Parmi les
nombreuses innovations, on peut citer :
 Les obligations à taux variable ou révisable,
 Les obligations à bons de souscription d’actions. Ce produit permet de rester actionnaire tout
en restant prêteur,
 Les obligations à coupon zéro qui ne servent pas d’intérêt durant leur durée de vie, la
rémunération du porteur étant repoussée à la date d’échéance des titres sous forme d’une très
forte prime de remboursement.
2. La diversification des modalités de collecte de fonds propres : Pour permettre une
diversification des modalités de collecte de fonds propres, différents titres ont été créés, tels
que :
 Les actions à dividende prioritaire sans droit de vote qui, moyennant le versement d’un
dividende par priorité par rapport aux actions ordinaires, conduisent leur titulaire à renoncer à
exercer son droit de vote en assemblée,
 Les certificats d’investissement et les certificats de droits de vote qui permettent à la
société émettrice d’augmenter ses fonds propres sans modifier la géographie de ses titulaires
de droits de vote. Aux porteurs de certificats d’investissement, sont attribués les droits
payants, aux porteurs de certificats de droits de vote, les droits sociaux,
 Le titre participatif qui est remboursable seulement en cas de liquidation de la société, et
après désintéressement de tous les créanciers ; leur rémunération comporte une partie fixe et
une partie variable indexée sur l’activité ou les résultats de l’entreprise.
 Et depuis le milieu des années 80, l’introduction des techniques de la titrisation. Elles
consistent à transformer en valeurs mobilières des paquets de créances détenues par les
banques et les établissements financiers.
3. De nouveaux instruments d’épargne : Depuis le début des années 80, des efforts importants ont
été accomplis pour inciter les épargnants à accroître le volume de leurs placements à moyen et

90
long termes. Diverses mesures d’incitation fiscale ont été décidées en faveur du développement
du marché financier. Parmi celles-ci, on peut citer :
 Le compte d’épargne en actions : Il donne droit à une réduction d’impôt,
 Le plan d’épargne populaire : Il offre une exonération fiscale totale des revenus des sommes
investies.
Paragraphe 3 : Les caractéristiques du système financier en économie de marché
financier
Le système financier en économie de marché financier présente des spécificités relatives au
mode de financement, celui de placement, spéculation, couverture, arbitrage et à la flexibilité des taux
d’intérêt et du taux de change, ce qui engendre des conséquences concurrentielles sur les différents
intermédiaires financiers et les marchés de capitaux.
Dans le cadre de la théorie financière, les banques peuvent diversifier leur portefeuille-titre en tenant
compte de la rentabilité et du risque. Les valeurs du trésor sont donc un bon investissement pour les
banques, ce qui leur permet d’assurer une gestion efficace de leurs réserves obligatoires. La détention
d’un portefeuille-titre constitué principalement d’actifs publics représente un support capital en
contrepartie duquel les banques peuvent émettre de la monnaie scripturale.
1)-Prédominance de la finance directe
L’économie de marché financier adopte comme mode de financement les marchés boursiers. Les
intermédiaires financiers (spécialement les investisseurs institutionnels) jouissent d’un rôle important
dans la collecte de l’épargne et l’orientent vers des créneaux rémunérateurs.
Dans ce contexte, pour rendre plus cohérente leur décision d’épargne et d’investissement, les systèmes
financiers en économies de marché financier s’appuient essentiellement sur les marchés boursiers par
l’intermédiaires de banques et investisseurs institutionnels qui s’interposent entre épargnants et
emprunteurs.
Ainsi, pour financer les projets d’investissements, les marchés boursiers offres plusieurs opportunités :
1. D’une part, les entreprises, pour se développer peuvent ouvrir leur capital social,
2. D’autre part, pour les entreprises pour financer de grands projets, peuvent émettre des obligations.
3. Le marché boursier permet aussi aux entreprises de se restructurer. Les stratégies de
regroupement peuvent faire l’objet d’avis d’offre public.
Selon J. Hicks109, les économies de marchés financiers se caractérisent souvent par l’abondance de
l’épargne et des taux flexibles.

109
J.R Hicks. The crisis in keynesian économics. Oxford,Basil Blackwell.1974.

91
Ce phénomène inhérent au système libéralisé engendre les faits suivants :
5. L’obtention de la monnaie se fait grâce à la liquidation d’actifs financiers,
6. La création monétaire est essentiellement de types externe,
7. Régulation monétaire assurée par le marché monétaire (opérations d’open market),
2)-Le mode de placement (ou de constitution de portefeuille)
Encouragés par l’augmentation de la valeur des titres (plus-values), les ménages et les entreprises ont
trouvé le chemin des marchés financiers. En régime de finance directe, le mode de placement privilégié
par ces souscripteurs sont les titres négociables. Ces derniers occupent une place importante dans le bilan
de la banque. Ils (les titres négociables) représentent une réserve de liquidité.
3)-Mode de détermination des taux d’intérêt
Dans un système financier libéralisé, l’ajustement sur le marché entre l’offre et la demande de ressources
s’effectue spontanément par les prix. Le taux d’intérêt est logiquement un prix d’équilibre auquel
s’intègre le coût de ressources additionnelles. Néanmoins, la Politique d'open market utilisée par la
Banque centrale peut agir sur la liquidité bancaire pour relever ou baisser le taux d’intérêt.
4)-Comportement de l’Institut d’Emission :
Dans un système financier libéralisé, la Banque centrale intervient pour réguler la liquidité bancaire par
le biais de sa politique d’open market. Elle consiste à acheter ou à vendre des titres publics (valeur de
Trésor). Les banques et les établissements financiers se refinancent en monnaie centrale en contrepartie
des titres négociables. Lorsque la Banque centrale désire réduire la quantité de la monnaie en circulation,
elle vend des titres publics sur la base d’un prix légèrement inferieur à celui du marché. Si elle désire
augmenter la quantité de monnaie, elle achète des titres publics à un prix plus élevé que le cours, qui
serait déterminé sans son intervention. Il résulte ainsi, la hausse des cours des titres publics et la baisse
des taux d’intérêt. L’action de la Banque centrale par le biais de la politique d’open market entraîne une
variation du taux d’intérêt110.
Sous-section 3 : Les conditions préalables à la réussite de la libéralisation financière
Depuis les deux dernières décennies, les marchés de capitaux internationaux sont sujets à
des revirements imprévisibles, à des crises coûteuses et à la contagion. Les crises financières qui ont
frappé le Mexique en 1994, la Thaïlande, l’Indonésie, la Corée du Sud, les Philippines, la Malaisie en
1997, ainsi que la Russie et le Brésil en 1998-99, les Etats-Unis en 2007-08 et la crise de la dette des pays
européens ( l’Irlande, le Portugal, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la France et Chypre) depuis 2009 l’ont
largement démontré : la globalisation financière présente aussi de très grands risques, car l’instabilité

110
J. Renversez. Eléments d’analyse monétaire. Editions Mémento Dalloz 2 eme. Année 1991. P 159.

92
peut désormais se propager de façon quasi instantanée d’un pays à d’autres. Si elle est gérée, la
globalisation peut créer un cercle vertueux favorable au renforcement de la discipline du marché,
améliorant ainsi la solidité des systèmes financiers des pays en développement. Mais, à l’heure actuelle,
les systèmes financiers de nombreux pays en développement souffrent de grandes insuffisances, tandis
que les marchés mondiaux sont confrontés à d’importantes pénuries d’informations. La globalisation
lance de nombreux défis.
Par conséquent, les organismes financiers internationaux, les autorités publiques nationales, les
investisseurs internationaux, les autorités de réglementation des marchés de capitaux, les dirigeants
économiques du monde entier ont fortement intérêt à améliorer la stabilité financière considérée comme
un bien public mondial.
Ainsi, le premier paragraphe de la présente sous-section abordera de manière détail les variables de la
libéralisation financière qui déterminent le degré auquel les pays peuvent libéraliser leur système
financier. Le second paragraphe traitera en particulier les conditions initiales (conditions de stabilisation
des variables macro-économiques) auxquels tous les pays en transition et les pays émergents doivent
atteindre avant de se relancer dans un processus de libéralisation financière. Le troisième paragraphe
vise à présenter une vue d’ensemble sur le processus de libéralisation financière et l’ordre optimal des
réformes que doivent prendre en considération les pays en transition et les pays émergents.
Paragraphe 1 : Les variables de la libéralisation financière111
La libéralisation financière est définie comme un processus de démantèlement de toute
forme de contrôle réglementaire quantitatif ou qualitatif à caractère restrictif imposé par l’Etat sur les
structures institutionnelles, les instruments et les activités des agents sur différents segments du secteur
financier, non seulement au niveau interne mais aussi à l’échelle internationale ( Boyer et Al ,2004). Ces
politiques visent à améliorer l’efficience du système financier, à réduire les risques liés aux variations de
change et de taux d’intérêt et à satisfaire de nouveaux besoins de financement (Mc-Kinnon, 1973).
Pour Kamisnsky et Schmukler (2003), la libéralisation financière consiste en la dérégulation à trois
niveaux112 : le secteur financier domestique (le système bancaire), le marché financier (boursier) et le
compte de capital :
1. La libéralisation du secteur financier domestique (ou l’ouverture du secteur bancaire) : Elle
mesure la libéralisation des trois variables suivantes ; les taux d’intérêt, les crédits et la
concurrence bancaire.

111
Saoussen Ben Gamra et Dominique Plihon. Politique de libéralisation financière et crises bancaires. In Revue Economie
Internationale N° 112. Année 2007. P 8.
112
Saoussen Ben Gamra et Dominique Plihon. Politique de libéralisation financière et crises bancaires. In Revue Economie
Internationale N° 112. Année 2007, P 8.

93
 A la libéralisation des taux d’intérêt : Elle englobe l’élimination du contrôle, de la fixation
et du plafonnement des taux d’intérêt débiteurs et créditeurs.
 A la libéralisation des crédits : Elle signifie l’élimination du contrôlé, de l’orientation vers
les secteurs prioritaires, du plafonnement des crédits pour d’autres secteurs et la réduction ou
la suppression des réserves obligatoires.
 A la libéralisation de la concurrence bancaire : Elle englobe la suppression des limites à
l’installation et à la participation des banques domestiques et étrangères, des restrictions liées
à la spécialisation des banques et à l’établissement de banques universelles.
2. La libéralisation des marchés financiers (ou libéralisation du marché boursier domestique) :
Elle englobe la suppression des restrictions contre la détention par les investisseurs domestiques
et étrangers de titres des compagnies domestiques cotées sur le marché de titres et l’élimination
des contraintes au rapatriement du capital et au versement des dividendes, des intérêts et des
bénéfices,
3. La libéralisation du compte capital : Elle englobe la suppression des obstacles qui empêchent
les banques et les établissements financiers d’effectuer des emprunts à l’étranger, à éliminer le
contrôle exercé sur le taux de change appliqué aux transactions relatives au compte capital et la
libéralisation des flux de capitaux.
Les trois variables ci-dessus permettent selon Kamisnsky et Schmukler (2003) de déterminer le degré
de la libéralisation113.
La libéralisation financière est totale si, au moins, deux des trois variables sont totalement libéralisées
et la troisième partiellement libéralisée. Un pays est partiellement libéralisé si, au moins, deux des trois
variables sont partiellement libéralisées. Sinon, le pays est considéré comme fermé.
Les partisans de l’école de la répression financière privilégient le canal du taux d’intérêt nominal comme
première étape vers le retour à l’épargne financière, la consolidation du systme bancaire et financier
mais également le financement de l’investissement. La deuxième étape étant une stratégie volontariste
d’approfondissement financier.
Paragraphe 2 : Les conditions initiales
Les effets pervers de la libéralisation financière ont conduit à identifier les conditions du
succès de ce processus. Parmi les conditions initiales, on peut retenir les suivantes :

113
Kamisnsky G and Schmukler S. Short – Run Pain. Long – Run Gain. The Effects of Financial Libéralization. Working
Paper 9787. Année 2003, P 33.

94
1)-La stabilité macro-économique
La solidité du système financier exige essentiellement un contexte macro-économique stable, un secteur
privé dynamique, un système fiscal efficace, un cadre juridique favorable permettant une bonne
administration interne des institutions financières et une discipline externe exercée par le marché, ainsi
qu’une réglementation, un contrôle et une supervision draconienne114.
La mise en place et le maintien d’un système bancaire solide ne sont possibles que si les prix et d’autres
variables nominales de l’économie (taux d’inflation et taux d’intérêt) évoluent de manière relativement
stable et si l’activité économique progresse à un rythme raisonnable. La stabilité du secteur réel est
particulièrement importante dans les pays en développement, dont les structures de production sont
souvent très sensibles à des chocs intérieurs et extérieurs. C’est pour cette raison que l’instabilité du
secteur réel a toujours entrainé celle des systèmes financiers dans les pays en développement 115 et
que la stabilité macro-économique a été considérée comme une condition préalable clé de la
restructuration des banques dans les pays en développement après l‘effondrement du plan.
Un environnement macro-économique sain et une croissance économique sont également indispensables
au développement d’un système bancaire viable, qui ne pourra pas être sain et stable s’il n’a pas de
projets bancables à financer - les banques doivent pouvoir financer un secteur privé dynamique
fonctionnant dans un cadre juridique, comprenant notamment un statut de la propriété, transparent et
propice à l’exécution des contrats financiers, au recouvrement des créances et à la mobilisation des
garanties.
Au total, la stabilité macro-économique est prise comme une condition nécessaire et non suffisante
pour la réussite des réformes financières. Cette mesure donne lieu à une croissance économique saine
sans dysfonctionnements et la réalisation d’un taux de croissance acceptable et un taux d’inflation faible
permettent aux taux d’intérêt réels de s’élever.
2)-L’efficacité de la réglementation bancaire
La solidité et la résistance du système bancaire dépendent de l’efficacité avec laquelle les banques
appliquent les procédures définies par la réglementation bancaire. De même, l’application de ce
dispositif réglementaire dépend de la capacité des autorités monétaires à contrôler et à superviser le
secteur bancaire dans son ensemble.

114
Malcolm Knight. Les pays en développement ou en transition devant la libéralisation financière. In Revue Finance et
développement. Juin 1999. P 32.
115
L’instabilité des prix augmente la probabilité de crises bancaires et financières, crée un environnement incertain et accroit
les taux d’intérêt. L’instabilité macro-économique se manifeste souvent par des taux d’inflation et des taux d’intérêt
élevés et incertains. Ces derniers faussent les prix relatifs et détruisent les opportunités à long terme des investisseurs. Ces
deux variables nominales de l’économie provoquent également une baisse de l’épargne et une orientation de
l’investissement vers des projets moins productifs qui se répercutent négativement sur la croissance économique.

95
Ce dispositif représente un ensemble de règles (normes et procédures) mises en œuvre par les
autorités de contrôle et de supervision de la sphère bancaire et financière. Ce dispositif permet à
l’Etat de se prémunir contre les crises bancaires et financières. Dans se sens, ce dispositif est destiné116à :
1. Garantir le contrôle, la supervision et la surveillance des banques et des établissements financiers,
2. Encadrer les conditions d’exercice de la profession bancaire,
3. Assister les banques ou les établissements financiers en difficultés
Le développement financier est essentiellement dépendant de la qualité du cadre réglementaire instauré
par les autorités monétaires et financières en vue de diversifier les pratiques bancaires et financières.
Dans ce contexte, les enjeux de la modernisation de la réglementation bancaire sont multiples. Ils
permettent de :
1. Renforcer la capacité des autorités de contrôle et de supervision à maintenir l’ordre, la solidité,
l’intégration et le bon fonctionnement du système bancaire,
2. Elargir les privilèges attribués à la Banque centrale,
3. Assurer le bon déroulement des transactions financières,
4. Préparer la privatisation des banques publiques,
5. Diversifier ou d’introduire de nouvelles catégories d’intermédiaires financiers,
6. Introduire de nouveaux instruments financiers.
Pour cela, les réformes en faveur de la modernisation bancaire constituent une condition
préalable à l’ouverture du secteur bancaire à la concurrence étrangère.
3)- La qualité du cadre juridique
Le développement financier est aussi étroitement corrélé à l’efficacité des systèmes juridiques et à leur
pouvoir d’imposer un cadre respectueux des lois, des contrats et de la propriété. Un système judiciaire
fort assure le bon déroulement de la pratique économique par la défense des agents économiques
dans les transactions courantes et financières. Cet aspect institutionnel réduit les risques et assure la
confiance mutuelle (Porta et Al, 1998).
De plus, un code de commerce cohérent, clair et moderne constitue une bonne base au développement
de l’activité bancaire. Le code de commerce définit les règles relatives aux :
1. Garanties bancaires (gage, nantissement et hypothèque),
2. Effets de commerce (chèque, lettre de change, billet à ordre...),
3. Sociétés commerciales (notamment le droit relatif aux sociétés par actions),

116
Sylvie de Coussergues. Gestion de la Banque. 3 eme Editions Dunod. Année 2002. P 34.

96
4. Valeurs mobilières émises par les sociétés par actions.
La présence de ces conditions conduit à la professionnalisation des banques, des intermédiaires
financiers et la dynamisation de la bourse.
Au total, pour améliorer l’administration des intermédiaires financiers et renforcer la discipline de
marché, la mise en œuvre d’un cadre juridique, réglementaire et institutionnel efficace est nettement
recommandée. Elle entrainerait l’émergence d’un système financier national solide plus ouvert à
l’international.
Paragraphe 3 : Processus de libéralisation financière et ordre optimal des réformes
La libéralisation financière est subordonnée à tout un processus de réformes
économiques et financières : la libéralisation des prix, la privatisation des entreprises publiques, la
dérégulation des taux d’intérêts auparavant sous le contrôle de l’Etat, l’élimination du contrôle étatique
des crédits, l’entrée libre aux diverses banques dans le secteur bancaire et plus généralement dans le
commerce des services financiers, la libéralisation des mouvements de capitaux internationaux,
l’autonomie des banques et la propriété privée des banques ( privatisation).
Plus précisément, ce processus de libéralisation financière consiste à donner au marché l’autorité
de déterminer qui accorde et qui obtient les crédits et à quel prix. Ce processus invoque donc un
désengagement maximal de l’Etat dans les affaires financières.
La littérature économique consacrée à la libéralisation des systèmes financiers distingue trois variables
ou composantes de la libéralisation financière : la libéralisation du secteur financier (secteur bancaire)
domestique, la libéralisation du marché boursier et la libéralisation du compte de capital. Les deux
premières variables représentent la libéralisation interne et la troisième variable représente la
libéralisation externe.
La libéralisation financière interne passe d’abord par un désengagement maximal de l’Etat dans les
affaires économiques, tant dans le domaine de la production, de l’administration des prix, que dans celui
de la réglementation. Ensuite, implique également (Nguyen ,2008) la réforme du secteur bancaire et
boursier. Cette réforme au niveau du secteur bancaire, elle doit aboutir par une libre fluctuation des
taux d’intérêt, un processus d’intermédiation financière efficace engendrant une baisse des coûts
d’intermédiation (conditions de banques très recevables), une concurrence intense entre les banques et les
autres intermédiaires financiers, un taux de bancarisation et monétisation très satisfaisant, la propriété
privée des banques (politique de privatisation) et une autonomie de la Banque centrale dans la conduite
de la politique monétaire. Quant à la réforme du marché boursier, elle doit essentiellement aboutir à la
libre détention par les investisseurs nationaux et étrangers de titres de participations des sociétés

97
domestiques (entreprises et banques) cotées sur le marché de titres. Elle doit également autoriser le
rapatriement du capital et le versement des dividendes, des intérêts et des bénéfices.
Dans ce contexte Montiel (1996), définit quatre étapes qui constituent la libéralisation interne à
savoir117 :
1. La restructuration ou la liquidation des institutions financières en difficulté,
2. Introduction de la libre détermination des taux d’intérêt et l’établissement d’une capacité de
surveillance de la Banque centrale sur le système financier,
3. Encourager la concurrence dans le secteur bancaire, en incitant les banques étrangères et
nationales à s’installer et en réduisant la part détenue par le gouvernement dans le capital des
banques,
4. Abolition de toutes les formes de contrôle administratif sur le secteur financier.
Par la libéralisation externe ou la libéralisation du compte de capital, on entend d’une manière
générale118, l’assouplissement des restrictions appliquées aux flux de capitaux franchissant la frontière
d’un pays donné. Elle en résulte normalement un plus haut degré d’intégration financière à l’économie
mondiale sous forme d’entrées et de sorties de capitaux plus importantes.
Cette libéralisation externe devrait permettre une répartition mondiale des capitaux, qui seraient
acheminés des pays industrialisés riches en capital vers les économies en développement pauvres en
capital.
Cette initiative permet ainsi de favoriser l’entrée des capitaux étrangers au marché local et donc favoriser
la participation des investisseurs étrangers dans l’économie nationale (secteur agricole, secteur industriel,
secteur tertiaire et secteur financier).
Michaely (1986) définit la séquence de la libéralisation optimale comme celle « qui maximise la valeur
actualisée de l’addition nette à l’économie »119.
Cette définition semble claire, mais sa mise en application pose problème. D’abord, elle ne donne
aucune information sur l’ordre dans lequel les mesures de libéralisation financière doivent être appliquées
(ainsi faut- il libéralisée marché par marché et par quel marché commencer en premier, ou libéraliser tous
les marchés en même temps). Ensuite, elle ne donne aucune réponse quant à la durée ou à la rapidité que
le processus de libéralisation nécessite (aucune précision en terme de temps ou de délai que nécessite la
libéralisation, n’est avancée).
117
Mahjouba Zaiter Lahimer. L’impact des rentrées de capitaux privés sur la croissance économique dans les pays en
développement. Année octobre 2011, P 59-60.

118
M Ayha Kose et Eswar Prasad. La libéralisation du compte de capital. In Revue Finance et developpement N° 220.
Année 2004, P 50.
119
Amara Bouzid. Les conditions préalables à la réussite des réformes financières au sein des pays émergents. Année 2006.
P 3. Site : Unité de Recherche des Entreprises et de Production, FSEG – Tunis).

98
Dans ce cadre, la recherche d’une séquence et d’une vitesse des réformes financières optimales qui
améliore le bien-être et assure une stabilité macroéconomique reste un objectif de premier rang pour
plusieurs économistes [Kapur (1976), Mathieson (1979), Michaely (1986), Krueger (1986)].
D’après, Kaminsky et Sckmukler (2003), « l’élaboration d’un calendrier d’échelonnement des
réformes pourrait jouer un rôle aussi important que les réformes elles-mêmes pour la création
d’un système financier solide dans les pays en développement. A défaut, les marchés financiers
risquent d’être le théâtre de nombreux dérapages et de risques d’instabilité financière qui se sont
avéré le plus souvent désastreux sur le plan international »120.
1)-L’ordre optimal des réformes
Une fois les conditions initiales de la réussite de la libéralisation financière sont remplies, il s’agit ensuite
de définir l’ordre d’adoption des réformes financières ainsi que leur vitesse au sein de chaque économie.
En effet, les expériences ou les tentatives de la libéralisation financière vécues par d’autres pays en
développement ont démontré qu’une libéralisation interne doit obligatoirement précéder une
libéralisation externe. Les effets pervers d’une libéralisation externe (fuite da capitaux, inflation,
corruption, accumulation des dettes extérieures, désordre économique, non adaptation des opérateurs
économiques aux nouvelles conditions de concurrence …..) ont conduit à identifier les conditions du
succès de ce processus. Parmi ces conditions essentielles, la stabilité macroéconomique et la mise en
place d’un dispositif juridique et prudentiel efficace sont indispensables.
Les pays aujourd’hui développés n’ont libéralisé leurs secteurs financiers que dans la dernière étape du
processus de libéralisation : la libéralisation de leur secteur bancaire et boursier n’a été concrétisée qu’au
milieu et à la fin des années 80 et la suppression du contrôle des changes n’a été matérialisée qu’a partir
des années 90.
Gibson et Tsakalotos (1994) résument les étapes de la libéralisation financière dans le tableau suivant :

120
Mahjouba Zaiter Lahimer. L’impact des rentrées de capitaux privés sur la croissance économique dans les pays en
développement. Octobre 2011. P 60.

99
Tableau 3 : Les étapes de la libéralisation économique et financière

Secteur interne Externe


Réel Etape N° 1 Etape N° 3

1. Stabilisation, 1. Libéralisation des opérations


2. Libéralisation des prix, courantes (levée des barrières
3. Levée des taxes implicites et commerciales),
explicite ainsi que des 2. Création d’un marché de
subventions, changes et convertibilité externe
4. Privatisation. de la monnaie

Financier Etape N° 2 Etape N° 4

1. Restructuration et privatisation
du système bancaire domestique, 1. Levée du contrôle sur les
2. Création ou réactivation du mouvements de capitaux,
marché monétaire 2. Convertibilité totale de la
monnaie

Sources : Mahjouba Zaiter Lahimer. L’impact des rentrées de capitaux privés sur la croissance
économique dans les pays en développement. Thèse de Doctorat en sciences économiques, soutenue en
octobre 2011 à l’Université de Dauphine. P 61

Suite à l’échec des tentatives de la libéralisation financière dans le Cône sud d’Amérique Latine
(Argentine, Chili et Uruguay), ainsi que dans d’autres régions (Philippines), plusieurs travaux se sont
intéressés à la détermination de la séquence des réformes. Dans ce cadre de nombreux auteurs
s’accordent sur quatre séquences de libéralisation [Edwards (1986), Krueger (1986), Mc – Kinnon
(1991)]. La première et la seconde séquence concernant respectivement la libéralisation du secteur réel
domestique et la libéralisation du secteur financier local. La troisième et la quatrième séquence
concernent respectivement la libéralisation des opérations courantes et la libéralisation des mouvements
de capitaux.
Pour Mc- Kinnon (1991), les gouvernements ne doivent pas entreprendre toutes les réformes relatives à
la libéralisation financière simultanément. Il existe un ordre optimal à respecter pour assurer le succès de
la libéralisation. Pour lui, la première étape du processus consiste à équilibrer les finances publiques et à

100
instaurer un système fiscal approprié. Il faut limiter les dépenses de l’Etat à une petite part du produit
national brut. Un bon système de collecte des taxes est indispensable pour passer à un système financier à
dominance privée qui dépossède l’Etat d’une partie de ses sources de financement. La deuxième étape
du processus de libéralisation est l’instauration d’un marché de capitaux domestique avec un système
bancaire libéré des lourds taux de réserves et de la fixation de taux d’intérêt. Cependant, ce marché ne
peut opérer correctement que si les prix sont stabilisés et le déficit budgétaire est éliminé. Pour minimiser
la probabilité des paniques bancaires et des crises financières, la vitesse de la dérégulation des banques et
des autres institutions financières doit suivre la vitesse avec laquelle le gouvernement assure la stabilité
macro-économique. La troisième étape de la libéralisation est la libéralisation des échanges extérieurs.
Cette étape commence par la libéralisation de l’échange de la matière première, suivie par l’unification
du taux de change pour toutes les transactions et le remplacement des restrictions quantitatives par des
taxes modérées sur les importations et les exportations. En dernier lieu (quatrieme étape), on trouve la
libéralisation totale du marché local des capitaux qui doit être précédée par la stabilisation des prix et par
l’élimination de toutes restrictions sur les banques domestiques. Pour l’auteur néolibéral, l’élimination
prématurée des contrôles des capitaux étrangers peut aboutir à une fuite infondée de capitaux, à une
accumulation des dettes extérieures. Selon toujours, Mc – Kinnon (1991), La libéralisation des flux de
capitaux doit être la dernière étape du processus de libéralisation.
De plus, selon Eichengrée (2000), la libéralisation externe est subordonnée :
1. D’abord, à la restructuration du secteur bancaire et par la même le renforcement de la régulation,
du contrôle et de la supervision bancaire,
2. Ensuite, par l’actualisation du code des investissements permettant aux investisseurs étrangers de
s’implanter et ou de prendre des participations dans des sociétés en phase de création ou
existantes.
3. Egalement, l’ouverture du secteur bancaire national aux capitaux privés,
4. Et enfin, procéder la libéralisation du marché boursier
D’après, Fischer (2001), la libéralisation du compte de capital doit être précédée par plusieurs
conditions initiales telles que :
1. La possession par le pays domestique d’un secteur bancaire solide,
2. La possession par le pays local d’un marché financier efficace et dynamique,
3. L’autonomie de la Banque centrale, c’est avoir une politique monétaire basée sur le marché,
4. Et enfin, un marché de change effectif.
D’après également, Park (2006), la libéralisation doit également se dérouler en trois étapes :
1. La première étape se matérialise par la privatisation des banques étatiques,

101
2. La seconde étape se caractérise par l’ouverture de l’industrie des services financiers (banques,
assurances et investisseurs institutionnels) domestiques,
3. La dernière étape se manifeste par la libéralisation totale des mouvements de capitaux
internationaux.
Ainsi, parmi les expériences vécues par certains pays dans la conduite des réformes financières, les pays
d’Amérique latine (l’Argentine, le Chili et l’Uruguay), ainsi que certains pays asiatiques (les
Philippines), illustrent parfaitement les premières tentatives adoptées dans le cadre de la transition vers
un système libéral. Edwards (1986), analyse la notion de périodisation par la comparaison entre deux
séries chronologiques contraires à savoir l’Argentine et l’Uruguay qui ont commencé par libéralisation
du compte des opérations en capital et le Chili qui a commencé par la libéralisation de leur compte
des opérations courantes. Il constate que l’expérience chilienne est prise comme exemple de « bon »
ordonnancement chronologique de la réforme, tandis que l’expérience de l’Argentine a échoué la
première. Ceci s’explique par la libéralisation financière « prématurée » avant que la réforme
commerciale ne soit achevée et avant que le déficit budgétaire ne soit assuré par l’Etat.
De même, pour Saidane (1995) les investissements deviennent volatils et mal partagés et répondent à
un comportement spéculatif de court terme et non à un comportement économique de long terme
favorisant la croissance. Ainsi pour lui, le retour à la répression financière est néfaste et l’ouverture de la
sphère réelle s’impose.
Selon Fry (1997), plusieurs expériences ont montré qu’une réforme financière doit être accompagnée
par des réformes fiscales assurant que la dette publique n’explose par suite à la libéralisation financière.
Un système de régulation et de supervision du systme bancaire est également indispensable. Pour cet
auteur, il existe cinq pré-requis pour assurer la réussite d’une libéralisation financière à savoir :
1. Une régulation et une supervision adéquates des banques commerciales,
2. Un degré raisonnable de stabilité des prix,
3. Une politique fiscale appropriée,
4. Un comportement compétitif des banques commerciales visant la maximisation des profits,
5. Un système fiscal sans taxes discriminatrices imposées aux investisseurs financiers.
Toujours selon Fry (1997), la réussite de la libéralisation financière nécessite une stabilité
macroéconomique et une supervision adéquate des banques. La stabilité des prix, la politique fiscale et la
crédibilité des politiques peuvent être les trois facteurs essentiels qui expliquent le succès asiatique et
l’échec latino-américain durant les trois dernières décennies.
Mc- Kinnon (1991) a donné une importance au lien entre la stabilisation et les réformes structurelles.
Pour lui, il est impossible de libéraliser dans un environnement macroéconomique déstabilisateur. Cet
auteur, considère que l’expérience chilienne est une bonne leçon pour les autres pays dans la conduite
102
des réformes financières. Ainsi, l’ordonnancement des réformes financières au Chili au milieu des années
1970 peut être illustré de la façon suivante :
1. L’année 1975 marque la levée du contrôle de l’Etat sur les taux d’intérêt,
2. L’année 1977 marque la libéralisation du secteur bancaire aux capitaux privés,
3. L’année 1980 marque la suppression du contrôle des changes.
Cette réforme financière s’est soldée en 1981 par une crise bancaire. Cette dernière est la
conséquence121 :
1. De la monté des taux d’intérêt domestiques et internationaux (notamment ceux des Etats- Unis au
milieu de l’année 1979) qui s’est traduite par l’incapacité des entreprises à rembourser leurs
dettes,
2. La surévaluation du taux de change,
3. D’un fort mouvement spéculatif au détriment de l’économie réelle.
Sur ces bases, Krueger (1986) arrive à la conclusion suivante : on est fondé à dire que le
démantèlement optimal des contrôles pourrait commencer par le compte opérations courantes, la fixation
des prix agricoles et les marchés intérieurs du travail et des capitaux, en maintenant dans un premier
temps les contrôles sur les transactions relevant du compte des opérations en capital. Ces contrôles
seraient supprimés (graduellement ? ou d’un seul coup ?) dans une seconde phase de libéralisation, après
que les ressources intérieures aient réagi aux signaux des politiques modifiées122.
2)-La Chine offre-t-elle un contre-exemple de l’importance du développement
financier
Bien que la Chine soit en voie de devenir une puissance, son développement financier est encore très en
retard. Ce constat est du principalement123a :
1. La faiblesse de son système juridique (il est difficile d’y faire respecter les contrats financiers),
2. La faiblesse de son système comptable,
3. Retard constaté dans la mise à niveau de sa réglementation bancaire notamment son dispositif
prudentiel. A ce jour, le secteur bancaire chinois est dominé par de grandes banques nationales.
Cependant, la Chine a connu les taux de croissance les plus élevés dans l’économie mondiale depuis
vingt ans. Comment la croissance de la Chine a –t-elle pu être aussi rapide malgré son faible niveau
de développement financier ?

121
Une crise semblable a touché l’Argentine et l’Uruguay.
122
Amara Bouzid. Les conditions préalables à la réussite des réformes financière au sein des pays émergents. Année 2006. P :
4 et 5. Site : Unité de Recherche des Entreprises et de Production, FSEG – Tunis).
123
Christian Bordes, Pierre – Cyrille Hautcoeur, Dominique Lacoue-Labarhe et Xavier Ragot. Monnaie, banque et
marchés financiers. 9 eme Edition Pearson Education. Année 2010. P 252.

103
La chine en est encore aux premières étapes du développement économique. Avec une croissance élevée
alimentée par un fort taux d’épargne qui est de l’ordre de 40 %, le pays a été en mesure de constituer
rapidement un stock de capital. De plus, le transfert considérable d’une grande réserve de main-d’œuvre
sous-utilisée dans le secteur agricole de subsistance vers des activités à productivité plus élevée (transfert
massif de population active de l’agriculture traditionnelle vers industrie), utilisatrices intensives de
capitaux. Cette politique a suffi à créer une forte croissance.
Ce même cas a été vécu dans les années 1950 -1960 par l’Union Soviétique. Ce pays présentait des
caractéristiques comparables à celle de la Chine aujourd’hui : croissance élevée alimentée par un fort
taux d’épargne, accumulation rapide du capital, transfert massif de population active de métiers
traditionnels (agriculture, artisanat..) vers l’industrie. Malgré cette phase de croissance, l’Union
Soviétique à été incapable de développer les institutions nécessaires pour permettre une allocation
efficace du capital. Au final, une fois la main-d’œuvre agricole utilisée, la croissance de l’Union
Soviétique a ralenti fortement et le pays a été incapable de continuer à rivaliser avec les économies
occidentales.
Pour passer à un stade plus avancé de développement économique, la chine a besoin d’une allocation du
capital plus efficace ce qui exige un renforcement de son système financier. Les premières tentatives de
la libéralisation financière ont débuté très tardivement et d’une manière progressive. La stabilisation
macro-économique a été leur premier objectif. La mise à niveau de leur réglementation bancaire et de
leur dispositif prudentiel est toujours en cours. En parallèle, la Chine a signé plusieurs accords
d’échanges régionaux et internationaux. Depuis son adhésion à l’OMC, les tentatives de privatisation de
grandes entreprises ont déjà commencé.
La littérature économique montre que la libéralisation d’une économie implique de multiples
modifications institutionnelles, des réformes juridiques, fiscales et des nouveaux comportements
économiques. Elle se révèle comme étant un processus long et douloureux. Les bénéfices attendus du
processus prennent place dans le temps, au fur et à mesure que les agents économiques s’adaptent à la
nouvelle concurrence et deviennent aptes à bénéficier pleinement de leur avantage comparatif et de leur
compétitivité. Le processus de libéralisation financière doit se réaliser d’une façon ordonnée pour
assurer la stabilité macro-économique, une condition essentielle à l’ordonnancement de la réforme
bancaire.

104
Section 3 : Libéralisation financière dans les pays en développement : un état des
lieux
Apres avoir appliqué une politique de répression financière jusque dans les années 70 et 80, la
plupart des pays en développement et pays émergents ont opté pour des politiques de libéralisation
financière dans le cadre des plans d’ajustements structurels mis en place par les institutions financières
internationales (le FMI et la BM). Quelques années passées, certaines ont débouchés sur un échec. Dans
ce contexte, pour connaître les raisons ayant conduit à ce résultat, nous préférons d’abord se concentré
sur les principales critiques ayant été formulées à l’encontre des politiques de libéralisation financière
(objet de la première sous-section) et ensuite, essayé d’analyser les principales expériences vécues par
les pays en développement et les pays émergents (objet de la seconde sous-section).
Sous-section 1 : Les critiques des politiques de libéralisation financière
Le début des années 80 a été marqué par l’échec des politiques de libéralisation financière,
qui suscitera une critique stricte de la part des opposants à la théorie de Mc-Kinnon et Shaw124
Cette analyse critique sera structurée en quatre étapes suivantes125 :
1. L’approche keynésienne selon laquelle l’investissement ne dépend pas de l’épargne mais de la
demande effective (objet de notre premier paragraphe),
2. Le rôle du marché informel (objet de notre premier paragraphe),
3. La possibilité de l’imperfection des marchés de crédit et l’inefficacité du système du bancaire qui
peut rendre la libéralisation inefficace (objet de notre premier paragraphe),
4. Le rôle des réserves obligatoires et la nécessité de l’Etat (objet de notre premier paragraphe).
Paragraphe 1 : Une vision alternative de la politique des taux d’intérêt
Cette approche vise à montrer que, contrairement à Mc-kinnon et Shaw (1973), la relation
entre les taux d’intérêt réels, le niveau d’épargne et l’investissement n’est pas toujours positive suite à la
libéralisation financière. Sur ce registre, on retrouve les travaux d’un certain nombre d’auteurs
d’inspiration néo-keynésienne, qui attaquent l’un des points essentiels de la doctrine financière de Mc-
Kinnon et Shaw (1973), selon lequel l’augmentation des taux d’intérêt serait favorable à l’épargne, à
l’investissement puis à la croissance économique. Dans la droite ligne de la théorie keynésienne,
l’augmentation des taux d’épargne aura un impact défavorable sur le multiplicateur keynésien et
pénalisera le niveau d’investissement. Contrairement aux néo-classiques, l’investissement n’est pas
déterminé par le niveau d’épargne mais plutôt par la demande effective, qui n’est rien d’autre selon les

124
En l’occurrence l’Ecole des néo-structuralistes.
125
Mahjouba Zaiter Lahimer. L’impact des rentrées de capitaux privés sur la croissance économique dans les pays en
développement. Thèse de Doctorat en sciences économiques, soutenue en octobre 2011 à l’Université de Dauphine. P 48.

105
termes propres de Keynes que le produit attendu qui dépend de l’anticipation des entrepreneurs. Aussi
pour les keynésiennes, l’investissement dépend négativement du taux d’intérêt.
Le raisonnement keynésien
Dans la conception keynésienne, le taux d’intérêt reste une notion tout à fait complexe.
Elle est analysée sous plusieurs aspects. En effet, les taux d’intérêt sont des taux nominaux qui se
constituent par une confrontation de l’offre et de la demande de fonds. C’est en cela, que Keynes
s’oppose avec force aux classiques, pour lequel l’intérêt reste un phénomène réel.
De plus, selon l’approche keynésienne, il existe sur le marché de capitaux une multiplicité des taux en
fonction du terme, de la sécurité des prêts et de la nature des circuits de financement. C’est pourquoi
l’auteur a choisi un taux moyen représentatif de l’ensemble ou une grille des taux distinguant :
1. Les taux courts qui assurent l’équilibre sur le marché monétaire,
2. Les taux longs qui s’occupent de l’équilibre sur le marché la production et de l’emploi,
3. Un taux objectif qui déterminé par le marché,
D’autre part, les taux anticipés exercent un impact sur les taux du marché en faisant varier le volume des
encaisses spéculatives. C’est la raison pour laquelle Keynes affirme que le taux d’intérêt est un
phénomène psychologique au plus haut degré, car le taux de marché exprime l’opinion dominante en
matière d’anticipation de taux.
Cette notion de taux d’intérêt keynésien étant élucidée, il reste nécessaire de montrer à quel niveau celui-
ci doit s’établir.
Pour Keynes, c’est la confrontation entre l’efficacité marginale du capital et le taux d’intérêt qui
peut donner naissance ou non à l’investissement. Si la première dépend de plusieurs facteurs, à
savoir les profits prévus, les capacités de production inutilisées, l’accroissement prévu des ventes à
l’intérieur et à l’extérieur et la durée de vie prévue de l’investissement projeté, le second est déterminé,
lui, uniquement par un rapprochement de l’offre et de la demande de monnaie. Pour Keynes, tant
que l’efficacité marginale du capital est supérieure au taux d’intérêt, la réalisation de l’investissement
projeté est profitable. Donc, le flux d’investissement se développera jusqu'à ce que l’efficacité du capital
coïncide avec le niveau du taux d’intérêt. Le volume de l’investissement est donc une fonction du taux
d’intérêt : lorsque les taux baissent, la demande d’investissement augmente et vice versa. C’est pourquoi
les leaders de cette approche prévoient le plafonnement des taux d’intérêt à des niveaux bas.
Dans ce contexte, pour réaliser un investissement, il faut que le rendement de ses revenus futurs
actualisés dépasse le taux d’intérêt. Selon ces hypothèses, une hausse des taux d’intérêt suite à la
libéralisation financière va engendrer une baisse de l’investissement vu la baisse des projets rentables

106
comparés au niveau du taux. Ainsi, la libéralisation financière conduira au ralentissement de la croissance
économique et non à l’accélération de cette dernière.
Selon Burkett et Dutt (1991), l’augmentation des taux créditeurs engendre deux effets opposés.
L’augmentation des taux servis sur les dépôts entraîne une augmentation des ressources des banques et
donc des fonds prêtables. Cette dernière provoque la baisse du taux débiteur et par conséquent une baisse
de la marge d’intermédiation. L’effet sur l’investissement sera positif et conforme à l’apport des partisans
de la libéralisation financière. Cependant, des dépôts mieux rémunérés encouragent les agents
économiques à épargner davantage et à consommer moins ; ce qui entraîne forcément une baisse de la
demande globale. Ce deuxième effet est inverse au premier ; et pour les auteurs, c’est cet effet qui
l’emporte sur le premier.
Figure 4 : Vision alternative de la politique des taux d’intérêt

Ecole de la libéralisation Approche keynésienne

Augmentation du taux d’intérêt Augmentation du taux d’intérêt

(+) Epargne (-) Investissement

(+) Investissement (-) Croissance

(+) Croissance

Sources : Mahjouba Zaiter Lahimer. L’impact des rentrées de capitaux privés sur la croissance
économique dans les pays en développement. Thèse de Doctorat en sciences économiques, soutenue en
octobre 2011 à l’Université de Dauphine. P 54.

Paragraphe 2 : L’école néo-structuraliste et la finance informelle


Les arguments du paradigme de l’école de la répression financière avancés par Mc-
Kinnon et Shaw (1973) ont été largement critiqués et remis en cause, suite aux résultats décevants
obtenus à travers les tentatives de libéralisation financière entreprises par plusieurs pays (l’Argentine, le
Chili, l’Uruguay, le Pérou, le Mexique, les Philippines, le Pakistan…….).
Les critiques ont été formulées par un second courant (l’école néo-structuraliste) de pensée qui remet en
cause le bien-fondé de la libéralisation. Ce courant s’est développé à la même époque. Les pionniers de

107
ce nouveau courant de pensée [L. Taylor (1983), S. Van Wijinbergen (1983), E. Buffie (1984), A.
Kohsaka (1984), Eboué (1990)] adoptent une vision plus structurelle de l’économie et cherchent à
démontrer que la libéralisation financière ne peut, en fait, que ralentir la croissance.
Pour les auteurs néo-structuralistes, le paradigme de la répression financière ne prend pas en compte la
segmentation des systèmes financiers dans les pays en développement (Van Wijinbergen, 1983). A côté
des marchés financiers formels, on a les marchés financiers informels. Pour le paradigme des néo-
structuralistes, l’existence des marchés financiers informels est le bien-fondé de leur thèse. Ils
considèrent que les marchés financiers informels contribuent de manière efficace ou significative à
l’allocation de ressources. Pour cette école, le secteur informel serait un facteur déterminant de la
croissance économique. C’est sur ce marché informel que se détermine l’équilibre du taux d’intérêt
nominal qui va servir à ajuster ou à égaliser les offres et les demandes de financements.
Ainsi, les détenteurs de monnaie servent de banques sur ces marchés en jouant le rôle d’intermédiaires
financiers entre épargnants et investisseurs. Selon Taylor (1983), ces marchés financiers informels sont
souvent compétitifs.
D’un autre côté, Eboué (1990) fait référence aux interactions entre les différents secteurs financiers non
pris en considération par l’école de la répression financière. Pour lui, les ménages ont accès à trois
catégories d’actifs financiers suivants :
1. L’or ou la monnaie,
2. Les dépôts bancaires,
3. Les prêts sur les marchés informels.
4. Il considère que les marchés informels apparaissent également comme une alternative aux dépôts
bancaires, d’autant plus que les capitaux sont supposés circuler librement entre les deux secteurs
(officiel et informel). Selon lui, le problème consiste donc à déterminer qui du secteur bancaire
officiel et du secteur informel, est le plus à même de stimuler la croissance de l’économie.
D’une manière générale, les néo-structuralistes126 voient que :
1. Le secteur informel est par rature plus efficace que le secteur bancaire officiel,
2. Les réserves obligatoires constituées par les banques forment en réalité un obstacle au
développement de l’intermédiation financière car elles limitent leur capacité d’offrir plus de crédit
à l’économie,
3. Le paradigme de la libéralisation financière préconisé par Mc-Kinnon et Shaw (1973), n’est
sensé engendrer qu’une augmentation du taux d’intérêt réel sur les dépôts, ce qui va affecter
négativement la croissance.

126
Bamba Ka. Impact de la libéralisation financière sur l’intermédiation bancaire dans L’UMOA. Année 2003. P 13.

108
4. L’augmentation du taux d’intérêt réel sur les dépôts ne va qu’accroitre le coût du capital, ce qui va
l’influencer le rythme de l’investissement et par conséquence diminué la croissance,
5. Voient que l’augmentation du taux d’intérêt réel sur les dépôts, conduit également à la baisse de la
demande d’encaisses monétaires, ce qui entrainerait une baisse de l’offre de financements sur le
marché informel, en provoquant ainsi une augmentation du taux d’intérêt nominal sur le marché
informel.
Ces critiques permettent de conclure, selon l’école néo-structuraliste aux dangers liés à la libéralisation
financière.
Paragraphe 3 : Les imperfections des marchés financiers
Mc-Kinnon et Shaw (1973) supposent que le marché du crédit est purement
concurrentiel et donc qu’il ne peut exister de rationnement de crédit lorsque les taux d’intérêt sont
fixés librement à leur niveau d’équilibre.
Stiglitz et Weiss (1981) furent l’un des premiers auteurs à montrer que « le marché du crédit en
situation de concurrence peut-être caractérisé à l’équilibre par un rationnement du crédit »127. C’est cette
possibilité d’intégrer le rationnement du crédit en situation concurrentielle, qui remet en cause
l’hypothèse de Mc-Kinnon et Shaw (1973). Cette situation de rationnement résulte des imperfections
inhérentes aux marchés financiers et spécialement des asymétries d’information qui existent entre
les préteurs et les emprunteurs. Selon Stiglitz et Weiss (1981), les marchés financiers ne sont pas
aussi parfaits que l’estimerait l’approche développée par ces deux auteurs néolibéraux.
Sur le marché du crédit, les préteurs fournissent des fonds aux emprunteurs en contrepartie d’une
promesse d’un rendement futur. Cependant, les préteurs n’ont pas de certitude quand à la capacité ou la
volonté de remboursement des emprunteurs. La relation entre préteurs et emprunteurs présente une
incertitude qui la caractérise par rapport aux échanges sur les autres marchés.
Les asymétries d’informations qui caractérisent le marché du crédit font que le profit des banques n’est
pas une fonction strictement croissante du taux d’intérêt débiteur. A partir d’un certain niveau de taux, les
effets de l’anti-sélection et de l’aléa moral engendrent l’accroissement du nombre de défaillance des
emprunteurs. Cette situation provoquera une réduction du rendement des préteurs (Chouchane et
Verdier, 2001).
Les problèmes d’anti-sélection et d’aléa moral représentent des problèmes d’asymétrie d’information,
mais il y a une différence. En effet, l’anti-sélection représente une asymétrie d’information ex-ante, alors
que le risque moral présente une asymétrie d’information ex-post.
La présence de ces problèmes d’asymétrie d’information fait que le profit attendu des banques est
127
Joseph Stiglitz et Andew Weiss. Crédit Rationing in Markets With inperfect Informations. The Américan Economic
Review, Vol 71, N° 3. P 394.

109
plafonné. En effet, il existe un taux préteur optimal au-delà duquel le profit attendu commence à baisser.
Face à cette situation, la banque va réduire son activité de prêts. Ainsi, nous parlons de rationnement du
crédit.
Paragraphe 4 : Les réserves obligatoires et la stratégie d’intervention de l’Etat
La politique de libéralisation financière inspirée par Mc-Kinnon et Shaw (1973) considère
que le système des réserves obligatoires est un instrument au service de l’Etat pour manipuler les fonds
dont disposent les banques commerciales sur un compte non rémunéré auprès de la banque centrale. Ces
fonds sont prêtés à l’Etat pour assurer ses besoins de financement.
Selon ces deux auteurs, l’imposition d’un niveau relativement élevé de réserves obligatoires réduit le
volume des crédits accordés par les banques pour le financement des investissements, ce qui provoque un
ralentissement de la croissance économique.
Dans leur paradigme, la constitution de réserves obligatoires permet à l’Etat de réguler la liquidité
bancaire et de stabiliser les taux d’intérêt sur le marché monétaire (Ponsot, 2005 et banque de France
2001).
Mc-Kinnon (1973) considère que cet instrument de la politique monétaire constitue une contrainte
imposée aux banques qui conduit à une inefficacité de la fonction du système financier. Mais Stiglitz
(1994) voit que l’intervention de l’Etat peut améliorer la fonction d’allocation du système financier et la
performance de l’économie en général. En effet, elle peut procéder à une orientation des crédits qui vise
les secteurs bénéficiant d’un excédent de haute technologie ou les secteurs les plus stratégiques
(productifs). Au contraire, le secteur bancaire peut privilégier les crédits à la consommation ou des
investissements productifs. Pour conclure, l’Etat peut être plus efficace que le secteur financier en termes
d’allocation des crédits.
Le tableau suivant indiquera les dates des pays ayant entamés le processus des politiques de libéralisation
financière

110
Tableau 4 : Les dates du début des politiques de libéralisation financière

Pays Secteur bancaire Marché financiers Compte de capital


domestique
Libéralisation partielle Libéralisation partielle Libéralisation partielle
Pays d'Amérique Latine
Argentine 1977 1977 1976
Brésil 1976 1973 1994
Chili 1974 1987 1977
Colombie 1974 1991 1991
Mexique 1977 1989 1973
Pérou 1973 1991 1973
Venezuela 1981 1973 1983
Pays d'Asie
Bangladesh 1980 1991 1991
Hong Kong 1978 1973 1973
Corée du Sud 1980 1984 1979
Inde 1992 1992 1991
Indonésie 1978 1988 1979
Malaisie 1971 1973 1973
Népal 1986 1990
Philippines 1981 1986 1976
Singapour 1975 1983 1972
Sri - Lenca 1980 1990 1978
Thaïlande 1980 1988 1994
Pays d'Afrique et Moyen Orient
Afrique du Sud 1980 1985
Algérie 1990 1993 1995
Egypte 1990
Ghana 1987 1986
Israël 1987 1986 1977
Maroc 1980 1990
Tunisie 1986 1993
Turquie 1980 1983 1984
Zimbabwe 1993 1994

Source : Travaux personnels du doctorant.

111
Sous-section 2 : Etat des lieux de la réalité économique des politiques de
libéralisation financière
La présente sous-section vise à dresser un état des lieux sur l’ensemble des pays ayant
entrepris des réformes financières inspirées de la doctrine de la libéralisation financière.
Partant de constat, le premier paragraphe illustrera les résultats négatifs qu’on obtenus les pays
émergents et les pays en développement suite à l’application des politiques de libéralisation financière.
Le second paragraphe tentera de mettre en lumière les nouvelles recommandations adressées aux pays
en développement et aux pays émergents en vue de réussir la libéralisation de leurs systèmes financiers.
Selon plusieurs théoriciens (Ball (1999), Al (2002), Arestis et Stein (2005),....), la force ou la crédibilité
institutionnelle est également conçu comme une donnée importante dans la réussite du processus de la
libéralisation financière. Ainsi, selon ses auteurs, la qualité institutionnelle est un élément déterminant
Dans la conduite des réformes bancaires et financières (objet du troisième paragraphe).
Paragraphe 1 : Les conséquences des politiques de libéralisation financière
Les résultats escomptés de la politique du laisser faire en matière financière entamée dans
les années 70 ont été différents des prévisions de bonnes perspectives prescrites par Mc-Kinnon et Shaw
(1973).
Dés le début des années 70, les taux d’intérêt s’élèvent sans précédent, témoignent de l’exubérance de la
concurrence entre les banques et de la frénésie dans la prise du risque. Les résultats ne se firent pas
attendre. Le cas du Chili et de nombreux pays d’Amérique latine est assez édifiant. La faillite des
entrepreneurs affaiblit les banques, qui à leur tour firent faillite et l’Etat fut obligé de procéder à de
nouvelles vagues de nationalisation des banques dans ces pays. Comme le souligne si bien Demertriades
et Andrianova (2003) : au lieu d’une croissance, c’est l’endettement des entreprises, fort taux de
chômage, faillite des banques, effondrement du système financier….
Pour Demertriades et Andrianova (2003), ses effets témoignent de la souffrance économique générée
par la libéralisation financière.
Diaz – Aléjandro (1985128), dans son article assez illustratif par le titre : Good Bye Financial Répression,
Hello Financial Crash (traduit en français, Adieu la répression financière, bonjour les crash financiers)
présente un premier diagnostic de l’échec des politiques libérales en Amérique du Sud. Il identifie les
causes communes de l’échec des politiques libérales dans la plupart des pays, dont les principales sont :
1. Le manque de contrôle de la part des déposants, qui estiment que l’Etat viendrait à la rescousse
des banques quand ces dernières seront en difficulté,

128
Diaz-Aléjandro. C. Good- Bye Financial Repression, Hello Financial Crash. Journal of Developpement Economics.Vol
19. N° 2. Année 1985, P 1.24.

112
2. La négligence de la réglementation prudentielle et la conduite laxiste des Banques centrales,
3. Les nouvelles institutions financières attirent la plupart du temps des entrepreneurs qui sont à leur
première expérience et donc qui ont une probabilité de faillite élevée,
4. La libéralisation des taux d’intérêt et le relâchement du contrôle bancaire n’ont encouragé que
l’intermédiation à court terme tandis que l’intermédiation à long terme est restée à l’état classique,
5. La libéralisation financière en Amérique latine ne s’est pas traduite par une augmentation du taux
d’épargne malgré la hausse des taux d’intérêt et les investissements ne sont pas efficients,
6. Le taux de change fixe, l’afflux des capitaux et les imperfections des marchés financiers ont
entamé l’instabilité macroéconomique et l’explosion de la dette publique.
A titre illustratif, la Colombie, l’Uruguay et le Venezuela au début des années 70, l’Argentine, le Brésil,
le Chili et le Mexique au milieu des années 70, la Malaisie vers la fin des années 70, La Turquie, Israël,
les Philippines et l’Indonésie au début des années 80, encore le Venezuela en 1989 et le Mexique au
début des années 90, puis un grand nombre de pays d’Afrique au cours des années 90 expérimentent les
réformes financières. Comme conséquence, le secteur réel des pays concernés a été sévèrement touché et
les économies plongées dans de longues récessions. Dans l’ensemble, la libéralisation financière a eu
dans les pays ci-dessus cités, des effets déstabilisateurs et a été abandonnée. Au cours des années 90, de
séreuses crises financières ont frappé l’Argentine, l’Equateur, la Thaïlande, la Russie, la Turquie,
l’Uruguay, la Colombie, le Kenya et la Corée du Sud ; dans tous ces pays l’instabilité financière est
liée à la rapidité du processus de libéralisation financière. Plus particulièrement, en ce qui concerne la
Corée du Sud, la crise de novembre 1997, intervient après une séquence de politiques de libéralisation à
savoir : la dérégulation des taux d’intérêt, l’ouverture du marché des capitaux, la libéralisation des
échanges avec l’extérieur et l’octroi de nouvelles licences bancaires (Arestis et Stein, 2005).
La libéralisation financière, au lieu d’entrainer le développement financier qui engendre la
croissance économique dégénère en instabilité financière dans la plupart des cas. De nombreuses
études fournissent l’évidence empirique du lien surprenant entre libéralisation financière et la récurrence
des crises. Ainsi, Derirguc-Kunt et Detragiache (1999) concluent que la libéralisation financière parait
statistiquement déterminante, puisque 78 % des crises bancaires ont lieu au cours de la période de la
libéralisation financière. Aussi, Kaminsky et Reihart (1999)129 dans une analyse empirique des crises
jumelles trouvent que la libéralisation financière et l’augmentation des possibilités d’accès au marché
international des capitaux jouent un rôle majeur dans les premières phases du déclenchement des crises
jumelles.

129
Kaminsky .G et C. Reinhart. The Twin Crise: the Causes of Banking and Balance on Payments Problems. The
Américain Economic Review. Vol. 89. N° 3. Année 1999, P 319.325.

113
Miotti et Plihon (2001)130 établissent aussi un lien entre la libéralisation financière, la spéculation et les
crises bancaires. Ils avancent que les transformations enregistrées dans l’activité des banques, dans tous
les pays qui ont procédé à la libéralisation financière, illustrent le poids croissant du capital financier et
des opérations de spéculation.
Cette situation se traduit par :
1. L’explosion des opérations de hors bilan dans les banques, qui correspondent à des prises de
positions spéculatives,
2. L’accélération du processus de mobilièrisation des actifs bancaires,
3. Une évolution de la structure des résultats bancaires, marquée par une diminution importante des
revenus d’intermédiation au profit des revenus liés aux opérations de marché et de change,
Miotti et Plihon (2001) représente de façon synthétique les principaux facteurs à l’origine des crises
bancaires dans les pays émergents dans le contexte d’un processus de libéralisation financière. En effet,
la libéralisation financière a deux principaux effets sur l’environnement des banques :
1. Elle favorise le développement des marchés financiers et entraîne un accroissement des pressions
concurrentielles sur les banques. Subissant une baisse du rendement de leurs opérations
traditionnelles,
2. Les banques tentent de compenser cette érosion en se tournant vers des opérations à effets de
levier et rendements élevés de nature spéculative.
Il en résulte une hausse de la rentabilité à court terme des banques, contrepartie d’une prise de risque
importante. Ce comportement est favorisé par l’utilisation de nouveaux instruments financiers (produits
dérivés) et par le développement des opérations en devises allant de pair avec les entrées de capitaux.
Les banques et le marché financier, mal contrôlés par des dispositifs de surveillance prudentielle
inadaptés, sont fragilisés par ces prises de risque excessives qui aboutissent à l’émergence de bulles
spéculatives et à une accélération de la création monétaire. Ainsi, la crise du système bancaire et
financier apparaît comme un processus d’ajustement permettant de corriger les déséquilibres
macroéconomique qui se sont produits à la suite de la libéralisation financière.
Enfin, Stiglitz (2000) fort de son expérience d’économiste en Chef à la Banque Mondiale, dénonce la
précocité de la libéralisation financière et du marché des capitaux, en ce sens que le manque de
réglementation préalable du système financier serait à la base des récentes crises en Amérique
Latine, en Asie et en Russie. Il met en évidence l’effet déstabilisateur à court terme de l’afflux massif
des capitaux qui est loin de générer de la croissance économique. Il souligne aussi le caractère pro-

130
Jude C. Eggoh. Développement financier et croissance : une synthèse des contributions pionnières. Document de
recherche N° 18. Laboratoire d’Economie d’Orléans. Année 2009, P 14.

114
cyclique des flux de capitaux et remet en cause l’argument selon lequel l’ouverture des marchés
financiers permettrait la diversification et accroit la stabilité.
Face à cette vague déferlante d’attaques théoriques et de contradictions dans la réalité, Mc-Kinnon
revient à la charge en redéfinissant le cadre théorique de la réussite de la libéralisation financière telle
qu’il l’a prônée. Ainsi, Mc-Kinnon (1991)131 souligne l’origine des problèmes et l’incohérence
séquentielle des réformes. Il suggère que la libéralisation soit précédée de profondes réformes du
secteur réel se traduisant par la privatisation des entreprises d’Etat pour que les prix puissent refléter la
réalité économique du pays. Il préconise aussi la réduction de l’inflation et du déficit budgétaire avant la
mise en œuvre des réformes financière. Il ajoute qu’une régulation adéquate et une supervision du secteur
bancaire sont nécessaires afin de réduire le problème de l’aléa de moralité. Enfin, il recommande que la
libéralisation domestique précède la libéralisation externe.
Le tableau ci-après retracera d’une manière significative les dates de la libéralisation des variables de la
libéralisation financière dans les pays du monde.

131
Mac- Kinnon. The Order of EconomicLibéralization Financial Control in The Transition to à Marcket Economy. The
Johns Hopkins University Press, Baltimore and Londres. Année 1991.

115
Tableau 5 : Les dates de la libéralisation des variables de la libéralisation financière

Secteur financier domestique Marchés financiers Compte de capital Libéra Tot


Pays Libéralisation totale Libéralisation totale Libéralisation totale
Pays d'Amérique Latine
Argentine 1994 1991 1991 1994
Brésil 1991 1991 1998 1998
Chili 1986 1995 1998 1998
Colombie 1990 1991 1998 1998
Mexique 1990 1991 1991 1991
Pérou 1996 1993 1992 1996
Venezuela 1996 1995 1996 1996
Pays d'Asie
Bangladesh 1996 1991 1994 1996
Hong Kong 1995 1973 1973 1996
Corée du S 1997 1998 1998 1998
Inde 1995 1994
Indonésie 1983 1997 1991 1997
Malaisie 1991 1992
Népal 1989
Philippines 1983 1991
Singapour 1977 1987 1978 1987
Sri - Lenca 1990 1990 1994 1994
Thaïlande 1992 1990 1998 1998
Pays d'Afrique et Moyen Orient
Afrique du S 1983 1996
Algérie 1990
Egypte 1991 1992 1991 1992
Ghana 1990
Israël 1990
Maroc 1996 1993
Tunisie 1996
Turquie 1989 1989 1990 1990
Zimbabwe 1991 1994

Source : Saoussen Ben Gamra et Micheal Clévenot. Les effets ambigus de la libéralisation financière
et crises bancaires dans les pays en développement : croissance ou instabilité financière ? Année
septembre 2008. P 24. Site : http// : www.hal.archives.fr.

116
Paragraphe 2 : Vers une refondation de la politique de libéralisation financière
Compte tenu des difficultés liées à la mise en œuvre des politiques de libéralisation
financière et des effets dévastateurs consécutifs aux crises financières, il serait intéressant de repenser
une nouvelle politique financière pour la croissance et le développement, qui s’articule autour des
institutions, et qui va au-delà de l’orthodoxie financière souvent prônée. Ainsi, puisque Acemoglu et
Al (2002) et Ball (1999) montrent que les dotations institutionnelles et le bon fonctionnement des
institutions favorisent la réussite des politiques macro-économiques, ces dernières (les institutions)
peuvent aussi être déterminantes dans le succès des politiques financières. En effet, compte tenu du fait
que la libéralisation financière est critiquée aussi bien dans ses fondements théoriques, que dans sa mise
en œuvre, Arestis et Stein (2005) estiment que l’échec de cette dernière est principalement lié à des
problèmes institutionnels.
Arestis et Stein (2005) proposent une vision alternative du système financier désagrégé en cinq (5)
composantes institutionnelles interactives et opérant dans des contextes institutionnels précis132 :
1. La composante normative qui édite les codes de bonne conduite et encourage la moralité dans le
secteur bancaire,
2. La composante chargée de la supervision qui se concentre sur les récompenses et les sanctions des
différents acteurs du système financier,
3. Les règlements, constituent le cadre légal permettant de mettre en place d’opérations et
d’interactions entre les différentes institutions dans le système financier,
4. La capacité des différentes institutions de fonctionner de façon efficace, afin d’atteindre les
objectifs d’une organisation financière dans les limites des normes et des règles établies,
5. Enfin, les organisations sont des structures financières légalement reconnues, qui regroupent des
personnes soumises aux même règles et ayant des objectifs communs.
Aussi, la finance institutionnelle basée sur les organisations réglementées, préconisée par Arestis et
Stein (2005) remet en cause le fait que les mêmes politiques de libéralisation financière soient
identiquement applicables à différents pays. Ainsi, puisque les fondements institutionnels sont variables
suivants les pays et le niveau du développement, le fait de mettre ces derniers au cœur de la finance
permettrait de définir des politique plus ciblées qui auront des effets plus favorables en termes de
croissance et de développement.

132
P. Arestis et H. Stein. An Institutional Perspective to Finance and development as an Alternative to Financial
Liberalization. International Review of Applied Economics. Vol 19. N° 4. Année 2005. P : 381-398.

117
Paragraphe 3 : L’importance de la qualité institutionnelle
L’implication de l’Etat dans l’intermédiation financière est au cœur de la thèse de la
répression financière et de la justification des politiques de la libéralisation financière. Le rôle joué par la
libéralisation financière dans l’apparition des crises bancaires et financières des économies émergentes a
mis en évidence l’urgence d’une approche institutionnelle des conditions de l’intermédiation bancaire et
en particulier de sa réglementation.
Dés lors, l’assainissement institutionnel semble indispensable pour définir les nouvelles règles de
gouvernance bancaire et financière. Pour réussir sa réforme bancaire et financière, l’Etat, doit assainir son
environnement financier. Cet assainissement concerne à la fois, les organes de contrôle et de supervision
bancaire et financière, l’administration des intermédiaires financiers (notamment les banques), la
discipline de marché, le système fiscal et le système judicaire.
Ainsi, la qualité des instituions est en ce sens déterminée par la qualité des règles qui régissent
l’organisation et le fonctionnement du système financier. Ces règles sont d’autant plus transparentes,
évolutives et impartiales.
Paragraphe 4 : Le renforcement de la surveillance du secteur bancaire
Les crises financières internationales ont beau et bien illustré de quelle manière les faillites bancaires
systémiques, les chocs externes (volatilité des taux d’intérêts ou des taux de change,....) et la fragilité des
systèmes financiers peuvent à quel point compromettre la stabilité économique et financière.
Les activités qui génèrent des réseaux complexes d’expositions, d’interdépendances et d’intégration
entre diverses composantes des systèmes financiers fragilisent aussi ces derniers.
Les faillites bancaires et les crises financières internationales ont rappelé aux autorités nationales et aux
institutions financières internationales, l’importance de l’adoption d’une approche globale pour la
surveillance et l’évaluation des faiblesses potentielles du système financier tant qu’au niveau national,
qu’a niveau mondial. Désormais, le recours à la régulation bancaire et financière en vue d’une meilleure
supervision et surveillance et bancaire est nettement compréhensif pour attendre l’objectif l’ultime à
savoir la stabilité financière.

118
Conclusion
La politique de la libéralisation financière est une réponse aux profonds déséquilibres macro-
économiques nés du dérèglement du régime de croissance de l’après-guerre.
Le début des années 70 a été marqué par une accélération de l'inflation, des chocs pétroliers modifiant le
système de prix à l'échelle mondiale, d'où un ralentissement de la croissance qui, à son tour, a provoqué
d'importants déficits à la fois à l'intérieur des pays et entre les pays.
Ces facteurs ont modifié l'équilibre épargne-investissement, c'est-à-dire l'ajustement entre la demande et
l'offre de capitaux.
Face à ce phénomène (déséquilibre entre épargne-investissement), les pays ont cherché des formes de
collecte de l'épargne qui permettaient simultanément de lutter contre l'inflation tout en finançant les
déficits.
C’est dans ce contexte caractérisé par l’inflation, endettement et déficit que s’est apparu le concept de la
libéralisation financière. Les écrits de Mc-Kinnon (1973) et Shaw (1973) ont à l’origine de la doctrine
de la libéralisation financière. Ces deux auteurs ont présenté la libéralisation financière comme un moyen
simple et efficace pour accélère la croissance économique dans les pays en développement. Cette théorie
a trouvé rapidement un écho favorable, tant auprès des institutions financières internationales qu’auprès
de certains pays en développement. Ainsi, dés la fin des années 70, un certain nombre de pays
d’Amérique latine (l’Argentine, le Chili et l’Uruguay,....) mettent en place des politiques de libéralisation
financière. Des pays du Sud-est Asiatique (Corée du Sud, Taiwan, Malaisie,...) leur emboîtent le pas au
début des années 80. Les pays du Maghreb arabe (l’Algérie, le Maroc et la Tunisie) ont élégamment
entrepris des mouvements de libéralisation financière dés le début des années 90.
Les résultats des politiques de libéralisation financière ne plaident guerre en faveur de la doctrine de la
libéralisation financière, en tout cas dans sa forme initiale133. Mais la doctrine loin de disparaitre, à
essayée de s’enrichir des diverses critiques qu’on lui avait adressées 134. Ce faisant, la doctrine perd de
son côté-opérationnel universel qui avait fait son succès et qui avait conduit un grand nombre de pays à
tenter le pari de la libéralisation financière. Certes, à ce jour (depuis la crise des suprimes), les pays
continués de libéraliser leurs systèmes financiers mais de manière progressive ou partielle accompagné

133
En 1988 et en 1991, Mc-Kinnon construisait un modèle dans lequel l’instabilité macro-économique et les aléas de moralité
peuvent conduire à un taux d’intérêt trop élevé et à n excès de prise de risque excessif par le secteur bancaire. Auparavant, ces
données n’ont pas été incluses dans le modèle initial. Ce dernier se limité uniquement à mettre en lumière les bienfaits de la
libéralisation des systèmes financiers. Pour lui, la libéralisation financière est le principal moyen d’atteindre le développement
financier qui concourra favorablement à la croissance économique.
134
La nouvelle approche de la libéralisation financière tient maintenant compte des imperfections qui régent sur les marchés
financiers (asymétries d’information, sélection adverse,.....).

119
du rôle de l’Etat non pas comme étant un simple acteur mais en tant que puissance publique régulatrice.
Ce mouvements est souvent appelé une libéralisation financière régulée135.
A cet effet, il est important de souligner que le fait que la politique de libéralisation financière n’a pas
générée les résultats positifs que l’on attendait, la doctrine à progressivement évolué. Cette évolution
s’est faite de deux pôles principaux : la prise en compte de l’état de l’économie et l’intégration des
nouvelles théories apparues ces vingt (20) dernière années.
Dans un premier temps, les échecs de ces politiques ont été attribués à l’absence de conditions préalable
nécessaire à leur succès. Ces conditions préalable sont essentiellement au nombre de trois à savoir :
1. Un environnement macro-économique stable,
2. La qualité des organes institutionnels,
3. Et une surveillance adéquate du secteur bancaire,
Dans un second temps, par rapport à la conception classique de la libéralisation financière, la nouvelle
approche de la libéralisation financière tient compte des imperfections qui règnent sur les marchés
financiers. Dans un tel cas de figure, les pouvoirs publics devraient probablement imposés une
administration ou libéralisation partielle sur le taux d’intérêt type sur les prêts et sur les dépôts ainsi
qu’un certain nombre de mesures prudentielles telles que le provisionnement des créances douteuses, la
recapitalisation des banques, le respect des normes de gestion,...
A ce titre, que reste-t-il de la libéralisation financière vu les phénomènes de crises bancaires et
financières ? L’idée que le développement financier peut permettre le développement de l’activité
économique à la condition qu’un certain nombre de conditions initiales soient réunis, va-t-elle convoité
les pays en transition ?

135
Baptiste VENET. Libéralisation financière et développement économique. Une revue critique de la littérature. In Revue
d’Economie Financière. N° 29. Année 1994. P 104.

120
Chapitre 2
Instabilité financière et dynamique des crises bancaires : L’apport de la gouvernance
externe des banques

121
La pensée dominante dans les années 80 et 90 en économie a considérée que la politique de
la libéralisation financière était clairement favorable au développement financier qui conduisait à la
croissance et au développement économique. Cette vision ou conception néolibérale était fondée sur des
approches théoriques et empiriques que l’on à présente au premier chapitre. Mais en réalité, l’examen de
la politique de la libéralisation financière à donnée naissance à une littérature (littérature des crises
bancaires) qui soutien une thèse parfaitement opposante à ceux qui défendent le bien-fondé du principe
de la libéralisation totale des systèmes financiers. En effet, les opposants136 de la libéralisation financière
affirment que les politiques de libéralisation financières ont accentué la fragilité des systèmes financiers
ce qui à conduit à la multiplication des crises bancaires systémiques (objet de notre première section).
Ces opposants se sont développés au cours de la seconde moitie des années 90 suite à la propagation des
faillites et des déséquilibres bancaires et financiers dans le monde et dont la gravité apparait sans
précédent, touchant la majorité des pays. Suivant cette littérature (littérature des crises bancaires) les
expériences réussies de la libéralisation financière sont très rares et dans le cas général, la libéralisation
financière provoque une crise dans le système bancaire et financier accompagnée par une chute brutale de
la croissance et une contraction du PIB. Les incertitudes des bénéfices de la libéralisation en rapport avec
l’importance de ses coûts ont remis en cause le bien-fondé du principe de la libéralisation financière.
Les conséquences désastreuses liées à l’instabilité financière internationale ont suscité l’émergence de
l’intérêt apporté à la gouvernance bancaire (objet de notre seconde section). L’exercice de la bonne
gouvernance au sein du milieu bancaire et financier est une condition nécessaire à la stabilité financière.
En effet, le secteur bancaire se caractérise par rapport aux autres secteurs par le poids et l’importance de
la réglementation bancaire qui encadre et régie l’activité bancaire. La réforme des instruments ou des
mécanismes influençant l’activité bancaire par le CB dans le cadre de la mise en œuvre des accords de
Bâle 3 illustre bien à la fois les dangers qui peuvent surgir d’une réforme financière trop libérale ou mal
maitrisée et l’importance de la régulation bancaire , notamment la supervision bancaire en tant que filet
de sécurité pouvant affaiblir la fragilité des systèmes financiers contre d’éventuels chocs ou d’effets de
contagions externes (objet de notre troisième section).

136
Kaminsky, Reinhart, Pazarbasioglu, Hausmann, Lindgrenn, Rossi et bien d’autres affirment que la libéralisation
financière à amplement accentuer les faillites bancaires, les déséquilibres financiers et le déclin de la croissance. Ils mettent
également l’accent sur les conséquences désastreuses d’une mise en place de politique de libéralisation financière male
maitrisée.

122
Section 1 : L’instabilité financière et dynamique des crises bancaires
Les politiques de libéralisation financière engagées depuis les années 80 offrent un bilan
contrasté : d’un côté, le développement marquant de l’industrie financière (développement des
acteurs financiers, développement des marchés de capitaux, développements des instruments
financiers…..) semble bien avoir accru au niveau mondial l’efficacité du financement des économies,
d’un autre côté , la multiplication des crises bancaires dans toutes économies quelques soit leur degré
de développements, témoignant ainsi d’une forte augmentation de l’instabilité des systèmes bancaires et
financiers.
Au cours de cette section, notre objectif consiste en premier lieu, à expliquer le phénomène de
l’’instabilité financière et du risque systémique qui menacent le bon fonctionnement des systèmes
financiers (sous-section 1). En deuxième lieu, on se consacre à identifier la nature et les facteurs à
l’origine des crises bancaires dans un contexte de libéralisation financière (sous-section 2). Et enfin de
compte, vu le nombre des crises bancaires manifestées depuis l’effondrement de la conférence de
Bretton-Woods, nous nous proposons d’apporter des explications théoriques et empiriques des différents
déterminants économiques des crises bancaires (sous-section 3).
Sous-section 1 : Instabilité des systèmes financiers et risque systémique : Les canaux
de la contagion financière
Il n’existe pas une définition claire et précise de l’instabilité financière. Dans la littérature
économique, les auteurs se sont plus fixés à définir le concept positif de la stabilité financière, qui
commence à prendre une part importante dans l’agenda des institutions financières internationales (FMI,
BM..) à partir de la seconde moitié des années 90.
Néanmoins, pour certains auteurs (Caprio et Klingébeil, 2003, Mishkin, 1997a, Prasad, Rogoff, Wei et
Rose, 2005) l’instabilité financière pourrait être considérée comme une absence de stabilité
financière137.
Pour les praticiens de la finance138, ils caractérisent l’instabilité financière par la manifestation des
mouvements importants et parfois brutaux des variables financières, notamment les cours boursiers
et les taux de change. Elle prend la forme de phases haussières (bulles spéculatives ou booms) ou
baissières (les dépressions) qui tendent à éloigner d’une manière significative et durable ces
variables de leur valeur d’équilibre fondamentale.

137
Kangni Kpodar. Développement financier, instabilité financière et croissance économique : implication pour la réduction
de la pauvreté. Année 2006. P 106-107.
138
Il convient de bien distinguer l’instabilité financière de la simple volatilité financière ; cette dernière est souvent mesurée
par la variance des rendements des titres, des taux de changes, etc…

123
L’instabilité financière constitue l’un des traits marquant de l’économie contemporaine. Mais les
phénomènes d’instabilité et de crise financières (bancaires, change, boursières….) ne sont pas nouveaux.
Dans son ouvrage intitulé « Histoire mondiale de la spéculation financière », Charles Kindlberger
montre que les crises financières sont un eternel recommencement depuis que la finance a commencé à
s’organiser dans le monde autour de pays tels que la Hollande, la Grande –Bretagne, l’Allemagne, la
France…..
Mais depuis les années 70, le phénomène de l’instabilité financière prend une ampleur énorme ou
démesurée menaçant la stabilité de l’économie mondiale. Des taux de change instable et surtout si
imprévisible, des taux d’intérêt volatile, des marchés boursiers instables sont d’autant de traits ou de
caractéristiques relevant des questions sur la nécessité d’encadrer le développement de la finance.
Le déclenchement chronique des crises financières internationales observé aux Etats- Unis en 2007 (crise
de subprimes), au Sud – Est asiatique en 1997-98 (Thaïlande, Malaisie, l’Indonésie,…..), en Europe de
l’Est à la fin des années 90, (la Russie et la Turquie) et en Europe occidentale depuis 2008 (La Grèce, le
Portugal, l’Irlande, l’Italie, l’Espagne, la France………) n’est que l’une des conséquences d’une finance
fortement libéralisée et intégrée au niveau international.
Dans ces conditions, faut-il poursuivre la libéralisation des systèmes financiers ou bien doit-on introduire
de nouveaux moyens et instruments permettant une meilleure gouvernance financière internationale ?
La présente sous-section se propose d’abord d’identifier les sources de la fragilité des systèmes
financiers (paragraphe 1), ensuite se consacré à identifier le risque systémique pouvant conduire à des
pertes financières et économiques graves (paragraphe 2) et enfin à définir la notion et les canaux de
transmissions de la contagion financière (paragraphe 3).
Paragraphe 1 : Fragilité des systèmes financiers
Le concept de fragilité peut être appliqué aux entreprises qui sont des systèmes soumis à des
stress et à des chocs, avec des capacités de résistance, des résiliences et des organisations plus au moins
sophistiquées de gestion des risques et de pilotage. L’univers bancaire est sans contexte le plus avancé en
la matière, grâce notamment aux exigences réglementaires (programme d’évaluation des systèmes
financiers préconisés conjointement par le FMI et la BM, les accorde de Bâle 1, Bâle 2 et Bâle 3,
préconisés par le Comité de Bâle…).
Le concept de fragilité (vulnérabilité) peut voire doit aider à mieux maîtriser les risques des entreprises.
En outre, la dimension systémique, souvent mise en avant dans les récentes crises bancaires, doit
suggérer aux autorités et aux superviseurs une réflexion sur ce sujet. Celle-ci pourrait conduire à des
mesures et à des exigences en matière de gouvernance interne et externe pouvant réduire la fragilité

124
financière des banques et des établissements financiers vis-à-vis de certains risques capable de les
conduire à la faillite.
L’un des premiers risques pouvant menacer la stabilité du système bancaire est sans aucun doute le
risque de liquidité. Il touche principalement les systèmes bancaires des pays émergents et des pays en
développement dont les marchés monétaires sont encore embryonnaires. Pour autant, les grandes
économies n’ont pas été épargnées, comme les Etats- Unis, par exemple en 2007. La crise financière
mondiale de 2007-08 (crise de subprimes) a également été marquée par une crise de liquidité et parfois
par des crises de solvabilité tant au niveau des banques que des assurances ou autres établissements
financiers et par une raréfaction du crédit aux agents non financiers.
Dans se sens, la contribution la plus importante à la théorie du risque de liquidité appartient sans doute à
Diamonds et Dybvig (1983) qui montrent que la ruée bancaire est un pur risque de passif provenant
uniquement du comportement déstabilisant des déposants. Depuis la fin des années 90, la maitrise du
risque de liquidité dans le système de paiement constitue pour les autorités monétaires une des
préoccupations nécessaires.
De plus, la théorie selon laquelle les marchés financiers sont efficients (hypothèse d’efficience des
marchés financiers) est de plus en plus contestée ou remise en cause. Des études ont mis en cause
l’hypothèse de rationalité des intervenants dans le cadre de ce qu’on appelle l’économie
comportementale139. Celle-ci montre l’existence de biais psychologiques systématiques dans les
comportements financiers des individus qui les poussent à ne pas prendre des décisions rationnelles
(aversion à la perte, peur ou excès de confiance….).
Mais ce sont surtout les crises financières à répétition depuis les années 1980 et notamment la crise
actuelle (crise de subprimes) qui conduisent à une remise en cause de la théorie de l’efficience des
marchés financiers140. Les marchés peuvent durablement se tromper dans l’évaluation de la valeur des
actifs et des risques et ils ne produisent pas une allocation optimale des ressources.

139
L’économie comportementale est un champ de la science économique qui étudie le comportement des individus dans les
situations économiques. Il s’agit d’une approche différente des anciens modèles (elle s’oppose à la théorie classique basée sur
l’hypothèse d’efficience du marché. Elle met aussi des réserves sur une trop large utilisation en théorie économique de la
notion classique de fonction d’utilité) qui percevaient la prise de décision comme un comportement rationnel. L’un de ses
principaux objectifs est de décrire et d’expliquer pourquoi, dans certaines situations (crises, mouvement économique ou
financier conséquent), les individus adoptent un comportement qui peut sembler paradoxal ou non rationnel (peurs, répulsion,
prophéties auto-réalisatrices, excès de confiance, individualismes….).
Les études sur ces sujets ont largement été réalisées par Daniel Kahneman et Richard Thaler (leurs travaux sont
essentiellement axés sur la théorie des perspectives, base de la finance comportementale).
140
Stiglitz et Weiss (1981) montrent que les systèmes financiers (le marché bancaire) peuvent- être caractérisés par des
asymétries d’information pouvant conduire à un rationnement du crédit.

125
1)-La liquidité : La liquidité des banques et la liquidité du marché
La liquidité bancaire est généralement considérée comme étant « la capacité à faire face à ses
obligations de trésorerie suivant leur échéance » et est définie de deux façons141 :
La littérature bancaire a tout d’abord retenu une définition étroite de la liquidité, également appelée
liquidité de financement. Cette notion recouvre la liquidité (c’est-à-dire les espèces ou les actifs
susceptibles d’être convertis rapidement en espèces et détenus à cet effet) nécessaire pour satisfaire les
demandes de retraits de fonds à court terme émanant des contreparties ou pour couvrir leurs opérations.
Cette dimension de la liquidité est vraisemblablement prédominante dans le cadre de l’activité de
transformation telle qu’elle est traditionnellement pratiquée par les banques.
La seconde définition, plus large, de la liquidité bancaire considère que les banques sont également
impliquées, parfois fortement, dans la négociation d’actifs. Cette seconde dimension, plus proche de la
liquidité de marché (et parfois également qualifiée ainsi), a trait à la capacité à, littéralement, liquider un
actif non monétaire, par exemple un titre d’investissement acquis à l’origine pour être détenu jusqu’’a
échéance, dans le cadre d’une action en dernier ressort afin de lever des fonds en monnaie de banque
centrale.
Les similitudes entre la liquidité du marché et la liquidité des banques ont été mises en évidence par
Borio (2004), selon lequel « la genèse d’une crise de marché est assez proche de celle d’une crise
bancaire ». Pour les besoins de stabilité monétaire et financière, il semble donc utile de comprendre le
comportement collectif des opérateurs de marché et les interdépendances entre les différentes institutions
financières et la dynamique de marché (Davis, 1994)142.
Les premiers symptômes d’une crise de liquidité affectant le système bancaire se manifestent
généralement par un déficit de liquidité dans le bilan d’une banque. Depuis la contribution majeure de
Diamond et Dybvig (1983), de nouveaux travaux ont été consacrés au mécanisme de la ruée sur les
guichets (bank runs). Le risque de liquidité, s’il se concrétise dans le cas d’un établissement qualifié de
système peut entrainer un phénomène de contagion et mettre en danger la stabilité macro-économique et
financière. Les phénomènes de contagion ont été décrits dans le cadre de la surveillance mutuelle sur le
marché monétaire (Rochet et Tirole, 1996), de la liquidation des dépôts interbancaires en réponse à des
retraits imprévus des dépôts (Allen et Gale, 2000) ou d’une insuffisance de réserves anticipée (Freixas,
Parigi et Rochet, 2000).

141
Natacha Valla et Muriel TIESSET. Banque de France. In Revue la stabilité financière, N° 9. Année 2006. P 94 et 95.
142
Pour ces deux auteurs (Borio et Davis) l‘intervention active de certaines banques sur les marchés (notamment monétaires)
contribue grandement à renforcer l’interaction entre la liquidité du marché et la liquidité des banques.

126
La littérature relative aux crises de liquidité et aux crises bancaires a mis en évidence plusieurs facteurs
essentiels à l’origine des défaillances contagieuses au niveau des établissements financiers.
Parmi ces facteurs on peut citer :
1. La capacité limitée des marchés financiers à absorber les cessions d’actifs (Allen et Gale, 2002,
2004,2005, Gorton et Huang, 2002 et Schanable et Shin, 2002),
2. L’inefficacité des mécanismes qui entrent en action lorsque les actifs doivent être liquidités
(Diamond et Rajan, 2000),
3. Les forces des interactions directes au niveau des bilans (Cifuentes, 2002, Eichberger et
Summer, 2005),
4. Et les phénomènes liés aux variations des prix des actifs. Par exemple, la valorisation du
portefeuille d’actifs à la valeur de marché peut entraîner des cessions d’actifs endogènes et
aboutir à des défaillances contagieuses. Dans ce contexte, les exigences en matière de liquidité
peuvent à la différence des exigences de fonds propres, se révéler efficaces pour éviter ces
défaillances (Cifuentes, Ferrucci et Shin, 2005).
Dans l’ensemble, la littérature et l’expérience pratique montrent que les épisodes d’instabilité au niveau
des banques et du marché sont rares mais potentiellement dommageables. Même si la réglementation et
la surveillance ont pour mission de garantir que les fonctions de gestion de la liquidité et du risque des
banques contribuent constamment à la stabilité financière, il n’est pas toujours possible d’éliminer ex
ante tous les risques d’instabilité. Dans ces cas-là, seules les banques centrales sont en mesure de fournir
de la liquidité lorsque cela est nécessaire.
La décision d’accorder une facilité d’urgence aux fins de stabilité financière dépend de l’appréciation du
coût social lié à chaque défaillance bancaire, aux paniques bancaires ou aux effets de contagion. Les
expériences montrent que les mécanismes de prêt en dernier ressort ont contribué à éviter des paniques
bancaires coûteuses, confirmant ainsi, dans l’ensemble, l’utilité d’un sauvetage des établissements en
difficultés (le cas de l‘Islande en 2008, de l’Irlande en 2008, de la Thaïlande en 1997……).
2)- L’asymétrie d’information
L’asymétrie d’information permet d’analyser des comportements (achats, ventes, échanges, …..) et des
situations courantes (contrat commercial, conditions de paiement, services après vente….) de l’économie
de marché. Le plus clair du temps, on constate que sur un marché, un des deux acteurs dispose d’une
meilleure information, il en sait plus que l’autre sur les conditions de l’échange (qualité du produit, le
juste prix, gains espérés….). Cela contredit donc l’hypothèse de transformation de l’information du
modèle standard de concurrence pure et parfaite. Des individus rationnels qui maximisent leur utilité,

127
sont donc prêts à avoir des comportements opportunistes qui risquent de compromettre le fonctionnement
efficace du marché.
En effet, en ce qui concerne les marchés financiers, l’allocation des ressources se fait sur la base
d’une évaluation publique du projet (sur la base des informations fournies par le promoteur du projet)
qui rassemble et coordonne les opinions de la plus large communauté d’investisseurs potentiels. Cette
évaluation publique aboutit par la mise en place d’une convention financière.
Pour le secteur bancaire (le crédit bancaire), l’allocation des ressources se fait sur la base d’une
évaluation privée spécifique à chaque banque selon ses méthodes propres (l’examen des demandes
de crédit se fait par des services spécialisés au sein de chaque banque). A l’issue de cette évaluation, la
banque décide d’accorder le crédit ou de la rejeter.
Dans ce cadre, l’efficacité des systèmes financiers réside dans leur capacité à résoudre ou à limiter
un certain type de problème lié à l’asymétrie d’information (par exemple, leur capacité d’orienter au
mieux les investisseurs - apporteurs de capitaux- vers les projets rentables, leur capacité de détecter les
risques associés à certains projets, leur capacité d’afficher des prix qui reflètent au mieux la valeur des
actifs cotés sans s’éloigner durablement de leur valeur fondamentale, leur capacité à faire circuler les
informations nécessaires à la conclusion des transactions financières, ..….). Si les systèmes financiers ne
réalisent pas ce rôle correctement (combattre les problèmes d'information asymétrique), alors
l’économie ne peut fonctionner de façon efficace et la croissance économique sera très faible ou
menacée.
Ainsi, on peut distinguer deux situations d’information asymétrique : d’une part la sélection adverse (ou
l’antiselection), où le marché financier est perturbé par le fait qu’une partie (les émetteurs ou les
débiteurs) connaît mieux les caractéristiques de son investissement au moment de la signature du contrat
(contrat de dette, souscriptions…..) et d’autre part, l'aléa moral qui est une situation dans laquelle une
des parties (encore appelée principal) ne peut contrôler l’action de l’autre partie (appelée agent) ou bien
n’a pas les moyens d’en évaluer l’opportunité.
2.1)-La sélection adverse
Dans le premier cas (les asymétries ex antes), les asymétries d’information placent l’émetteur de l’actif
financier ou l’emprunteur dans une meilleure situation que son détenteur ou créancier. Elles
interviennent avant la transaction financière (signature du contrat).
Sur les marchés financiers, lorsque les investisseurs achètent des titres avec un fort effet de levier, ils
transmettent une partie du risque baissier aux préteurs, tout en conservant l’intégralité des gains
haussiers. Cette incitation entraine la fragilité financière parce qu’elle produit un prix d’équilibre des
actifs qui est systématiquement au –dessus de la valeur fondamentale pendant la phase d’expansion du

128
crédit (Allen et Gale, 2000). Parce que le prix futur de l’actif dépend de l’anticipation du crédit et que
celle-ci est incertaine, la taille de la bulle croît avec l’incertitude. Comme une bulle signifie des
anticipations de profit qui ne pourront pas être tenues, une croissance effective du crédit inferieure à celle
qui à été anticipée peut suffire à faire éclater la bulle. C’est l’événement systémique qui crée une crise
financière parce que l’effondrement du prix des actifs rend problématique leur liquidation pour
rembourser les dettes.
D’un autre côté, le banquier, préteur sur le marché du crédit, ne connaît qu’imparfaitement les risques
afférents aux prêts qu’il accorde. En revanche, les emprunteurs connaissent parfaitement la probabilité de
réussite de leur projet. Il y a donc une asymétrie d’information qui va provoquer une antisélection.
Les banques fixent des taux d’intérêt assez élevés pour leur permettre de se couvrir de la probabilité de
tomber sur de mauvais emprunteurs, mais ces taux risquent de faire fuir les bons emprunteurs qui
mériteraient des taux d’intérêt plus faibles. Comme les emprunteurs risqués ont une demande de crédit
moins élastique au taux d’intérêt, la banque sélectionne involontairement les emprunteurs risqués et se
voit dans l’obligation d’augmenter encore ses taux. Il existe un seuil au –dessus duquel l’augmentation
du risque est plus forte que l’augmentation du taux. Les intermédiaires renoncent à augmenter leur taux
d’intérêt au –delà. Non seulement les emprunteurs à faible risque n’ont pas pu trouver le moyen de
financer leurs projets, mais tous les emprunteurs à haut risque n’ont pas réussi à se faire financer car le
crédit a été rationné.
L’antiselction induite par l’asymétrie d’information montre que les perdants sont toujours les bons
emprunteurs ou les emprunteurs à faible risque. Ainsi, la banque risque de voir plusieurs de ses
clients (emprunteurs à haut risque) faillir à leur engagement. Ce phénomène risque d’entrainer la
banque dans une situation d’illiquidité ou d’insolvabilité.
2.2)-L'aléa moral
L‘aléa moral intervient après que la transaction ait eu lieu. Il intervient parce qu'un emprunteur a une
incitation à investir dans des projets à hauts risques dans lesquels l'emprunteur gagne beaucoup s'il
réussit, mais dans lesquels le prêteur supporte la plus grosse part de la perte si le projet échoue.
Un emprunteur a aussi une incitation à allouer les fonds de façon incorrecte pour son usage personnel ou
pour entreprendre des investissements dans des projets non rentables ou à haut risque. Donc, comme
conséquence, le préteur est soumis à cet aléa selon lequel l’emprunteur s’engage dans des activités ou des
actions jugées indésirables du point de vue de son créancier, ce qui diminue fortement la probabilité de
remboursement du crédit.
Le conflit d'intérêt potentiel entre l'emprunteur et le prêteur issu de l'aléa moral implique que les prêteurs
prêteront moins qu'ils ne le pourraient, d'où des niveaux de prêt et d'investissement sous-optimaux.

129
Les avantages spécifiques aux banques dans la collecte de l'information et dans la réduction de
l'aléa moral expliquent que les banques jouent un rôle aussi important dans les marchés financiers
partout dans le monde. En fait, la plus grande difficulté d'acquisition de l'information sur les firmes
privées dans les marchés émergents explique pourquoi les banques jouent un rôle plus important dans les
pays émergents que dans les pays industrialisés.
Mettre l'accent sur les problèmes d'information nous conduit à une définition de l'instabilité financière143 :
« L'instabilité financière survient lorsque des chocs sur les systèmes financiers interfèrent avec des
flux d'information, empêchant le système financier de réaliser sa fonction de guidage des fonds vers
les opportunités d'investissement productif ». En fait, si l'instabilité financière est suffisamment
importante, elle peut mener à un quasi effondrement du fonctionnement des systèmes financiers, une
situation qui est alors qualifiée de crise boursière ou bancaire.
La figure suivante illustre les effets de l’asymétrie d’information sur le comportement des compartiments
des marches de capitaux et d’une manière générale sur l’allocation des ressources.

Tableau 6 : Les effets de l’asymétrie d’information sur l’allocation des ressources

Firmes de bonne qualité Firmes de mauvaise Conséquences


qualité
Marché du crédit Risque de non
bancaire Taux d’intérêt élevé Taux d’intérêt élevé remboursement -
illiquidite de la banque
et / ou du marché
Marchés des Prix de l’actif au dessus Prix de l’actif au dessus Bulle spéculative-
actions de sa valeur de sa valeur illiquidité du marché
fondamentale fondamentale
Marchés des Prix de l’actif au dessus Prix de l’actif au dessus Bulle spéculative-
obligations de sa valeur de sa valeur illiquidité du marché
fondamentale fondamentale

Sources : Travaux personnels du doctorant.

143
http://www.melchior.fr

130
Paragraphe 2 : Risque systémique dans le secteur bancaire et financier
Un risque bancaire n’est qualifié de systémique que lorsqu’il « implique l’existence d’une
probabilité non négligeable de dysfonctionnement tout à fait majeur, c'est-à-dire une grave
dégradation – sinon paralyser - de l’ensemble du système financier : sur la totalité d’une filière
économique, sur une vaste zone géographique, voire à l’échelon planétaire. Par le bais des
engagements croisés, des effets –dominos, puis des faillites en chaine, cela peut conduire à un
effondrement du système financier international »144.
1)-Définition du risque systémique et comparaison par rapport aux autres risques
Dans quel cas les risques bancaires changent-ils de nature et deviennent-ils systémiques ? Répondre à
cette question nous oblige à donner quelques définitions précises pour cerner les contours de la notion de
risque systémique.
D’une manière générale, le risque systémique est considéré comme étant « un événement soudain et
généralement inattendu qui secoue les marchés financiers et les empêchent d’acheminer
efficacement le flux de capitaux là où les opportunités d’investissement sont les meilleures »145.
Lorsque cela se produit, les entreprises et les investisseurs particuliers, à court de fonds, cessent
d’investir ou de dépenser et il s’ensuit un ralentissement de l’activité économique voire même une
récession.
La BRI définit le risque systémique comme étant « un événement qui est à l’origine de pertes
économiques importantes ou d’une perte de confiance, ce qui suscite des inquiétudes sur la
situation d’une partie importante du système financier, suffisamment sérieuses pour avoir des
effets négatifs sur l’économie réelle»146.
Selon la BRI, deux conditions doivent être considérées pour que le risque ait un aspect systémique. Il
faut d’abord que les effets de contagion viennent perturber le fonctionnement du secteur réel (illiquidité
du marché, rationnement du crédit, ralentissement économique……) et ensuite la probabilité qu’il en soit
ainsi soit forte (intervention de la Banque centrale, plan de sauvetage,…..).
Pour pouvoir identifier le risque systémique par rapport aux autres risques bancaires, il est indispensable
de proposer une définition précise sur les événements systémiques.
1.1)-Les événements systémiques
Au sens étroit du terme, un événement systémique « consiste dans la publication de mauvaises
nouvelles sur la situation d’une institution financière, pouvant même aller jusqu’à l’annonce de sa
faillite, ou dans un krach sur un marché financier ce qui conduit à des réactions en chaine avec des
144
http// : www.wikipedia.org
145
Mishkin. Monnaie banque et marché financier. Edition Pearson. Année 2010. P 75.
146
http// : www.bis.org.

131
effets négatifs considérables sur une ou plusieurs autres institutions financières ou sur des marchés
financiers, c'est-à-dire leur faillite ou leur krach » (De Bandt et Hartman,2000)147.
L’histoire économique nous apprend que la plupart des crises financières aux Etats-Unis ont commencé
par :
1. La détérioration du bilan des banques,
2. Un forte hausse des taux d’intérêt (souvent provoquée par une hausse des taux d’intérêt à
l’étranger),
3. La chute des cours boursiers,
4. Et un accroissement de l’incertitude résultant de la faillite d’une importante firme financière ou
non financière (par exemple, la faillite de la banque Lehman Brothers).
Depuis la crise financière thaïlandaise et récemment la crise des subprimes, différentes raisons peuvent
être à l’origine des crises bancaires généralisées : une libéralisation financière excessive, éclatement d’un
bulle immobilière, un choc boursier, une ruée sur les dépôts, un choc macro-économique,….
L’ensemble de ces événements mettent l’accent sur le caractère général, rapide, brusque et
incontrôlable du risque systémique. Il est également défini comme le risque de perte de confiance
générale déclenchée par la matérialisation de l’un des risques inhérents à l’activité bancaire (risque de
signature, risque de marché,…….). L’ampleur de sa propagation vers les autres institutions financières et
vers les autres secteurs détermine la dimension du choc (panique et dysfonctionnement constatés dans le
secteur financier, ralentissement économique…).
Pour cela, on fait souvent référence à l’effet domino pour décrire l’impact engendré par le risque
systémique : modification des anticipations des investisseurs, choc de liquidité, faillites bancaires
successives, crises et contagion financière.
Un risque systémique est qualifié comme étant un danger pouvant menacer (secouer ou paralysie) la
stabilité des systèmes financiers.
Si les autres risques bancaires (risque de signature, de liquidité….) peuvent être évalués au niveau de
chaque banque d’une manière indépendante par des outils propres à chaque banque, le risque systémique
ne peut être évalué ou mesuré de la même manière. Il se distingue par rapport autres risques par son
caractère général et soudain. Mais il est souvent la conséquence d’une défaillance (prise de risque
excessif, importance des prêts non performants…..) manifestée par une ou plusieurs banques
engendrant un problème à l’échelle global du marché (problème de liquidité, tendance à la baisse
de plusieurs titres financiers….).

147
Christian Bordes. Site : http// :www.courdecassation.fr.

132
Plusieurs économistes [(De Bandt et Hartman (2002), Aglietta (2001), Charles Kindlberger (1997)…]
stipulent que le risque systémique est en principe provoqué par une cause (illiquidité ou insolvabilité
d’une banque), une caractéristique endogène au système considéré (hausse des taux, vente massive de
titres, baisse des cours boursiers, illiquidité du marché…..). Le risque de faillite d’une banque conduit
souvent ses déposants à retirer massivement leur avoir. Si la faillite intervient, la réaction de panique est
en quelque sorte rationnelle. Mais elle a pour effet de précipiter la faillite. Dans de telles circonstances, le
fonctionnement du marché ne tend pas vers l’équilibre mais vers la catastrophe. Pour l’éviter, on ne peut
donc miser sur le marché mais sur l’intervention publique.
2)-Le risque systémique : Les enseignements théoriques
Pour cerner l’idée de risque systémique, De Bandt et Hartman (2002), définissent d’abord ce qu’est un
événement systémique. Pour eux, il existe deux types d’événements systémiques :
1. Au sens étroit, le risque systémique correspondant à la probabilité d’un choc idiosyncrasique-
publication de mauvaises nouvelles sur une institution financière, voire même l’annonce de sa
faillite : chute des cours sur un marché financier- à l’origine d’un phénomène de contagion avec
des effets négatifs sur une ou plusieurs autres institutions financières ou marchés,
2. Au sens large, il correspond à la probabilité d’un choc macro-économique - publication
d’informations déclenchant un effet sur l’ensemble de l’économie- ayant des effets sur un nombre
important d’institutions financières et de marchés.
Selon ces deux auteurs, cette distinction n’est pas fondée sur les circonstances ou les sources de
déclenchement des crises. Elle repose sur la logique qui engendre l’instabilité, quelques que soient
les modalités de réalisation (paniques bancaires, rationnement du crédit, baisse des prix des actifs, choc
de liquidité…).
Pour ces deux auteurs, le premier type d’événement est conforme à l’intuition de l’effet domino. Un
choc néfaste ou une mauvaise nouvelle concernant une ou plusieurs institutions financières, ou un marché
financier, se répercute en chaîne sur d’autres institutions ou d’autres marchés. Quant au second, il
mobilise l’intuition d’une catastrophe. Un choc macro-économique affecte simultanément les
conditions financières d’un grand nombre d’institutions et de marchés et induit une réaction négative
commune. Dans les deux cas, la contagion est le processus par lequel un événement systémique peut
provoquer une crise bancaire ou boursière. Les modalités peuvent être diverses : paniques bancaires,
rationnement du crédit, baisse des prix des actifs, choc de liquidité….

133
D’après ces deux auteurs, le risque systémique est alors défini comme « le risque (la probabilité) que
se produise un événement systémique de l’un ou de l’autre type suffisamment violent pour
déclencher des répercussions entrainant une crise financière»148.
Le risque systémique est donc une menace dont la réalisation a des incidences macro-économiques. Il est
également défini en termes de dysfonctionnement global (qui relève des imperfections des systèmes
financiers). C’est pourquoi Aglietta et Moutot (1993) et Aglietta (2001) le définissent comme « la
probabilité que l’économie passe d’un état d’équilibre normal à un état anormal, caractérisé par
des pertes sociales sévères »149.
Le risque systémique exprime l’idée que les perturbations usuelles (perturbations cycliques), telles qu’on
les rencontre dans le cycle économique, peuvent donner des effets disproportionnés si elles se produisent
dans des systèmes financiers fragiles (Davis, 1995). La fragilité financière (problème de liquidité,
asymétrie d’information) est le terrain sur lequel les chocs deviennent des événements systémiques.
Paragraphe 3 : La contagion financière : Définition et canaux de transmission
La mondialisation, la financiarisation de l’économie (place et importance des systèmes
financiers dans l’économie réelle), les politiques de libéralisation financière (ouverture financière et
apparition de nouveaux produits financiers) et le développement technologique (amélioration des
systèmes de communication, notamment les NTIC) observés au cours des années 80 ont favorisé
l’évolution de deux éléments majeurs :
1. Premièrement, une rapide intégration économique au niveau international qui a renforcé
davantage les liens d’interdépendance entre les marchés (marchés des capitaux, marchés des
produits énergétiques, marchés des produits de base……),
2. Deuxièmement, un fort effet ou impact du comportement des investisseurs sur ces marchés.
Le développement de ces deux éléments comme conséquent d’ouverture et d’intégration des économies
nationales vers un système mondial dont les bases ont été définies à la fois par les organismes
internationaux et les principaux pays industriels (le FMI, la BM, l’OMC, pays du G 7.......) ont d’un autre
côté fragilisé l’économie mondiale et par conséquence augmenter les risques de propagation des
chocs, notamment ceux affectant de près ou de loin les secteurs financiers.
En effet, la crise financière asiatique de 1997-98, l’éclatement aux Etats-Unis de la crise des
subprimes en 2007-08 et la propagation de la crise de la dette dans la zone euro qui affecte depuis
2010 les économies européennes dont la monnaie de référence est l’euro ( la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la

148 eme
Michel Aglietta. Instabilité financière et régulation monétaire. 3 conférence du Centre Saint-Gobain pour la recherche
en économie. Année novembre 2001. P 7.
149 eme
Michel Aglietta. Instabilité financière et régulation monétaire. 3 conférence du Centre Saint-Gobain pour la recherche
en économie. Année novembre 2001. P 7.

134
France….) ont entrainé de grave répercutions sur l’économie réelle ( faillite des entreprises, chômage,
endettement, récession…..) et financière ( difficultés financières, faillite des banques, crise de liquidité,
hausse des taux d’intérêt…..).
Depuis la fin des années 90, les difficultés financières, faillites, crises, endettement, plan de sauvetage et
contagion financière sont les principaux mots d’ordre employés par les medias internationaux. Parmi ces
différentes notions, le concept de contagion financière retient particulièrement notre attention. Ce
phénomène est récent, apparu à la fin des années 90 suite à l’éclatement de la crise financière de la
Thaïlande en 1997-98.
Claessens et Forbes (2001) sont parmi les économistes qui ont consacré leurs travaux à l’étude des
phénomènes de propagation des crises. Leurs conclusions ont donné lieu à la publication d’un ouvrage
intitulé « International Financial Contagion »150.
Les travaux de ces deux auteurs ont remis en cause les actions brutales entreprises par le gouvernement
thaïlandais en faveur d’une libéralisation financière rapide sans avoir au préalable réuni les conditions
nécessaires permettant le renforcement du cadre macro-économique. La privatisation des banques, le
recours des institutions financières thaïlandaises à l’endettement international, l’octroi de crédits en
devises étrangers (dollars) aux investisseurs, la surévaluation de la monnaie thaïlandaise (le bath) sont
parmi les facteurs à l’origine de la crise financière asiatique.
D’une manière générale, la contagion financière est définie comme étant un « scénario dans lequel les
petits chocs qui affectent d’abord que quelques institutions ou une région particulière d’une
économie, se répartissent dans le reste du secteur financier et d’autres pays dont l’économie était
auparavant en bonne santé, d’une manière similaire à la transmission d’une affection médicale »151.
Aussi simple qu’il soit, la contagion financière est également définie comme « l’avènement d’une
crise dans un pays simplement en réponse à une crise dans un autre pays »152.
Les leçons et les mesures tirées des anciennes crises financières (touchant les pays développés, émergents
et en développement) ont donné naissance à une abondante littérature relative à ce sujet.

150
S. Claessens et K. Forbes. International Financial Contagion. Kluwer Academic Publisher. Année 2001.
151
http://www.wikipedia.og
152
Ali Leila. La contagion des crises monétaires et financières : une approche en termes de rétroaction macroéconomique.
Année 2001. P 2. Site : http://www.crief.labo.univ-poitiers.fr

135
1)-La contagion financière : Une revue de la littérature
Le terme de contagion a été introduit pour la première fois en juillet 1997, lorsque la crise financière
thaïlandaise s’est rapidement répandue dans toust le Sud – Est asiatique, puis en Russie, au Brésil et en
Argentine…..
Elle a même provoqué l’effondrement du fonds spéculatif américain Long-Term Capital Management
(LTCM).
Les coûts générés par cette crise (voir sous-section 2) et la rapidité de sa diffusion dans d’autres pays
ont conduit plusieurs économistes à réaliser plusieurs travaux sur ce phénomène de contagion financière.
D’une manière générale, « la contagion fait référence à la diffusion des perturbations des marchés
financiers d’un pays vers les marchés financiers d’autres pays »153.
Néanmoins, la littérature n’est pas unanime sur une définition unique de la contagion. Il s’agit en effet
d’un phénomène complexe aux multiples facettes. La contagion peut par exemple se répandre vers des
pays qui ont une situation économique saine ou qui ont des liens financiers, liens réels (économiques) ou
encore liens politiques avec le pays dont la crise est originaire. La contagion peut également se propagée
vers d’autres pays marquées par une absence totales de liens par rapport au pays dont la crise est
originaire. Ce phénomène peut se manifester par un choc de liquidité, un krach boursier, faillite d’une
banque, instabilité des taux de change, hausse des taux d’intérêt……
Les travaux théoriques définissant le phénomène de contagion financière peuvent être classés en deux
approches à savoir : approche généraliste qui propose une définition plus large ou fondamentale de la
contagion financière (Pritsker, 2001) et une approche étroite, appelée également la contagion pure
(Forbes et Rigobon, 2001).
La contagion fondamentale repose sur l’état des fondamentaux pour expliquer les phénomènes de
propagation (Kaminsky et Reinhart, 2000). Quant à la contagion pure, elle s’explique par un
changement de comportement des acteurs du marché financier et ne s’appuie par sur l’état des variables
économiques des pays durant la période précédant la crise pour expliquer la propagation de la crise à
d’autres économies ( Radelet et Sachs, 1998, Masson 1999,…..).
A travers cette distinction théorique qui oppose les deux approches, nous essayons maintenant de clarifier
et positionner au mieux ces deux notions.
1.1)-La première approche : La contagion fondamentale
Au sens large ou fondamental, la contagion fondamentale est définie comme « l’occurrence d’un choc
(également appelé perturbation) sur un ou plusieurs marchés, dans un ou plusieurs pays, ou bien

153
M. Petit Jean. Les modèles de contagion : Une application à la crise de la dette souveraine européenne. Mémoire de
Master. Université Catholique de Louvain – Mons. Année 2012. P 13.

136
pour une ou plusieurs institutions ainsi que la propagation de ce choc aux autres marchés, pays ou
institutions » Pritsker, (2001)154.
Cette définition met en avant plusieurs facteurs pouvant être le fil conducteur de la contagion ; liens
commerciaux, comportement spéculatif, liens économiques fondamentaux entre les deux pays, relation
politique entre les deux gouvernements, harmonisation des politiques économiques……
Cette définition se propose de rationaliser la transmission des crises par l’existence de liens
économiques, financiers et politiques entre les deux pays. Elle fait référence au déterminisme macro-
économique et financier. A l’évidence, l’avènement d’une crise dans un pays doit alors en toute
objectivité économique et financière conduire à une attaque dans un autre pays voisin.
1.2)-La seconde approche : La contagion pure
Quant à celle-ci, il semble que la littérature ait trouvé un consensus qui s’accorde à définir la contagion
financière comme étant « une situation où lorsque deux pays sont situées dans des régions
géographiques différentes, ont des structures différentes et ne possèdent aucun lien direct, la crise
se propage d’une économie à une autre » (Forbes et Rigobon, 2001).
Cette approche met en avant deux facteurs qui peuvent être associés pour accentuer la probabilité de
propagation de crise : le comportement des investisseurs qui n’hésitent pas à mimer ce que font les autres
investisseurs (ce phénomène est appelé le mimétisme) et la panique financière où les actifs financiers
sont nettement plus corrélés entre eux. (Claessens et Forbes, 2004)155.
Ce type de contagion est donc causé par des phénomènes dits « irrationnels »156 tels que la panique, la
perte de confiance, une augmentation de l’aversion au risque ou un comportement grégaire.
Cette approche nettement différente de la première, insiste sur les possibilités de propagation de crise
et ce malgré l’inexistence de lien économique entre les deux pays. Les économistes pour argumenter
ce phénomène parlent de contagion psychologique (peur ou crainte des investisseurs quant aux effets
secondaires que peut avoir cette crise). Cette version des crises est plus complexe et ses contours bien
flous que la précédente (contagion fondamentale ou large). Les facteurs généralement mis en avant sont
lies aux caractéristiques de la globalisation financière (ouverture et interdépendance des marchés
financiers, mobilité des capitaux à travers les opérations de fusions-acquisitions, fonds souverains ou
fonds d’Etat placés auprès des institutions financières internationales, mise à niveau de la réglementation
bancaire par rapport au contexte international ……).

154
Gregory Guilmin. Impact de la fragilité du système financier sur le risque systémique : comparaison entre les Etats-Unis
et la zone euro. Année 2012. P 28.
155
Gregory Guilmin. Impact de la fragilité du système financier sur le risque systémique : comparaison entre les Etats-Unis
et la zone euro. Année 2012. P 28.
156
M. Petit Jean. Les modèles de contagion : Une application à la crise de la dette souveraine européenne. Mémoire de
Master. Université Catholique de Louvain – Mons. Année 2012. P 15.

137
Egalement, à la différence de la première approche qui permet de concevoir la contagion comme le
résultat d’un processus d’intégration économique de certains pays au sein d’une zone nommée région, la
seconde approche est tout autre. Elle consiste à envisager la contagion comme le résultat d’une
intégration croissante des pays au sein du système monétaire et financier international157.
Kirman (1999) nous illustre à cet effet un exemple en s’appuyant sur la théorie des réseaux évolutifs. Il
nous explique que plus le réseau est grand et plus les chances de communiquer sont grandes. Ainsi, les
politiques de libéralisation financière poursuivies par la plupart des pays émergents et en transition
conçues comme un moyen d’insertion à l’économie mondiale, ne font qu’accroitre le risque de
contagion. En effet, plus le pays est ouvert sur l’international, plus il court le risque de contagion
financière compte tenu de la forte concurrence qui existe entre les intermédiaires financiers encouragés
par l’assouplissement réglementaire (libéralisation financière interne) et de la facilité avec laquelle les
capitaux peuvent se déplacer (fort mouvements spéculatifs) d’un marché à un autre (libéralisation
financière externe).
2)-La contagion financière : Les canaux de transmission de chocs
La littérature [Masson (1999), Mullainathan (1998), Glodfajn et Valdez (1997) et Drazen (1999),
Pritsker (2001) (Forbes et Rigobon, 2001)] consacrée à ce sujet distingue deux principales approches à
savoir :
1. La première approche tente d’identifier les canaux de transissions des chocs en l’absence de
liens économiques fondamentaux (contagion pure) entre pays ou groupe de pays ou régions
(dans ce cas de figure, on parle alors de la théorie de la contagion non contingente),
2. La seconde approche tente d’identifier les canaux de transission des chocs en présence de liens
économiques fondamentaux (contagion fondamentale) entre pays ou groupe de pays ou
régions (dans ce cas de figure, on parle de la théorie de la contagion contingente),
La première approche est motivée par l’absence de preuve que les fondamentaux économiques d’un
pays soient toujours à l’origine de la contagion financière ; les économistes ont donc étudié, essayé de
trouver d’autres explications en modélisant la psychologie des investisseurs. Ils ont étudié différents
canaux à travers lesquels les chocs sont transmis aux marchés financiers à cause du comportement des
investisseurs. Dans ce sens, la littérature a mis en avant trois (3) canaux de transmuions de chocs :
1. L’équilibre multiple,
2. Les chocs endogènes de liquidité,
3. Le canal politique.

157
Ali Leila. La contagion des crises monétaires et financières : une approche en termes de rétroaction macroéconomique.
Année 2001. P 2. Site : http://www.crief.labo.univ-poitiers.fr

138
La première approche a mis en avant le canal ou la notion d’équilibre multiple pour expliquer la
transmission des crises. Ainsi, selon Masson (1998), une crise dans un pays peut créer un effet
perturbateur pour d’autres pays. Le principe est assez simple, une crise dans un premier pays affecte ou
modifie les anticipations des investisseurs dans le deuxième pays, déstabilisant ainsi son équilibre
économique et provoquant à cet effet une crise. Le deuxième pays serait affecté, bien que le problème
initial survienne du premier pays.
Du point de vue propagation, qu’il y ait des liens ou pas entre ces deux pays n’a aucune importance dans
la mesure où la transmission de la crise (pendant les périodes de crises) d’un pays à un autre se fait
principalement par l’intermédiaire des investisseurs qui ont modifié leurs anticipations (changement ou
modifications des anticipations) et non pas par la présence de liens réels (liens économiques
fondamentaux) entre les deux pays. La conséquence de ce déséquilibre peut se caractériser par une
dévaluation, un recul ou une chute des prix des actifs financiers et des sorties de capitaux (Marais et
Bates (2004).
Selon Mullainathan (1998), ce mécanisme où l’on passe d’une situation d’équilibre à une situation
de déséquilibre est la conséquence d’effets psychologiques (crainte, peur, …) manifestés par des
investisseurs qui sont automatiquement liés à leurs anciennes expériences. Ainsi à chaque choc, les
investisseurs manifestent des comportements spécifiques rationnels ou irrationnels.
Un choc de liquidité représente le deuxième canal de la contagion pure Valdes (1996). Cet auteur
analyse l’impact du choc de liquidité sur la recomposition du portefeuille dans les marchés
émergents et montre qu’une crise dans un pays, donnant lieu à un choc de liquidité touchant le capital
des investisseurs, peut entraîner la liquidation d’autres actifs.
Le principe est simple, une crise (un choc de liquidité) se traduit souvent par une réduction de la liquidité
(l’illiquidité des acteurs sur un marché). Ceci peut forcer les investisseurs à recomposer leur portefeuille
en vendant certains actifs sur d’autres marchés (d’autres pays) afin de pouvoir continuer à opérer sur ce
marché ou bien encore continuer à répondre aux exigences réglementaires imposées par le régulateur
(Banque centrale).
Si le choc de liquidité est suffisamment élevé, une crise dans un pays peut augmenter le degré de
rationnement des crédits et forcer les investisseurs à vendre massivement leurs actifs dans tous les pays
non affectés par la crise. S’il y a un effet prix (baisse importante du cours des actifs) sur ces marchés
(marchés non affectés par les crises) il y aura un Krach plus tard.
Donc du point de vue de la propagation, la chute des prix résulte de la présence d’un choc de liquidité
sévère.
Calvo (1999), a développé un modèle de choc de liquidité dans lequel il y a une asymétrie
d’information entre les investisseurs. Il constate que les investisseurs informés reçoivent des signaux
139
concernant les fondamentaux du pays et par la suite ils subissent un choc de liquidité qui les forcent à
vendre leurs actifs. Par contre, les investisseurs non informes ne pouvant pas distinguer entre le choc de
liquidité et un mauvais signal vont également vendre leurs actifs dans d’autres marchés. Cette vente
massive de titre peut créer un effet de panique sur les marchés financiers.
Au sens étroit, le troisième canal de transmission des chocs est la contagion politique158. Le modèle de
Drazen (1998) a introduit le coût politique de l’abandon du régime de change comme facteur explicatif
de la dynamique des crises de change par contagion.
La dévaluation ou l’abandon du régime par un pays réduit le coût de faisabilité politique de mesures
pareilles dans d’autres pays. Ce modèle trouve un bon contexte dans la propagation de crises dans des
zones où les régimes adoptés sont régis dans un cadre coopératif, ou du moins, où ils sont comparables.
La crise du Système Monétaire Européen (SME)159 est étudiée par Drazen (1999) selon cette logique. Il
va de soit, que le régime de change soit considéré comme étant une variable explicative de la crise de
change par contagion.
La deuxième approche de la littérature distingue quatre (4) canaux de transmuions de chocs :
1. Les liens commerciaux,
2. Les liens politiques ou la coordination des politiques économiques,
3. La similarité économique (ou la réévaluation du pays),
4. La présence d’un choc commun pour l’ensemble des pays (les chocs agrégés).
Les liens (ou les canaux) commerciaux ont été introduits par Gerlach et Smets en (1995,1996). La
contagion peut-être la conséquence d’une perte de compétitivité par rapport à un pays ou un groupe de
pays ou une région.
Cette perte de compétitivité peut être expliquée par l’arrivée de nouveaux concurrents avec des prix
compétitifs (par rapport aux mêmes produits, de même qualité). C’est le cas de la Thaïlande qui en
1996-97 a enregistré une baisse importante de ses exportations (en 1996, son taux d’exportation a
régressé de 9. 4 %) due à l’arrivée de nouveaux concurrents sur le marché ; comme le Cambodge, le
Vietnam, le Laos et les Philippines.

158
Drazen (1998), a prouvé que les gouverneurs des banques centrale étaient sous pression politique afin de maintenir leur
taux de change durant les années 90. Lorsqu’un pays décide d’abandonner sa bande de fluctuation, la probabilité que les pays
voisins changent de régime de taux de change est plus grande. En effet, cela permet de réduire les coûts politiques des autres
pays voisins puisqu’il est plus simple pour eux d’abandonner leur bande de fluctuation respective.
159
Créer en 1979, le SME est un accord mis en place par les Etats membres européens qui leur permet d’établir des règles sur
la base d’un régime de changes fixes mais ajustables, c'est-à-dire que les parités bilatérales entre chaque couple de monnaies
pouvaient être modifiées par accord entre les pays membres. Son objectif était de stabiliser le taux de change des monnaies
européennes entre elles. Le SME impliquait le maintien des taux de change bilatéraux (rapport d’échange entre deux devises)
dans une marge / ou bande de fluctuation maximale de +/- 2.25 %. L’ECU, représentant un panier de monnaies européennes a
été créée.

140
La perte de compétitivité peut également être la conséquence d’une dévaluation faite par le pays
concurrent pour renforcer davantage son avantage compétitif ou concurrentiel (prix compétitif) par
rapport à un autre pays ciblé, dont sa monnaie est relativement forte ou surévaluée.
C’est également le cas de la Thaïlande, en surévaluant sa monnaie (le baht) par rapport au dollar, son
avantage compétitif a régressé fortement vis-à-vis de ses principaux concurrents (la Malaisie,
l’Indonésie, Taiwan, …..). En dévaluant sa monnaie, la pression compétitive s’est immédiatement
exercée sur ses principaux concurrents, qui ont par la suite dévalué aussi leur monnaie.
Ainsi, on constate bien que lorsque les pays sont commercialement très liés (développement des mêmes
secteurs, exportant les même produits,….) l’effet de contagion peut très facilement se propager entre eux.
Le canal politique (ou la coordination des politiques économiques) est lié aux accords et conventions
établis par deux ou plusieurs pays pour faire face à la concurrence internationale. Cette intégration ou
coordination politique au niveau de la politique de change, politique monétaire, etc.…, peut en cas
d’apparition d’un choc économique négatif (déficit budgétaire, déficit public, évasion fiscale, krach
boursier….) forcer le reste des pays à poursuivre des politiques économiques semblables (politique
monétaire expansive ou restrictive, politique fiscale favorable ou défavorable, …..).
En effet, le combat mené aujourd’hui par les pays de la zone euro pour sortir de la crise de dette est en
quelques sortes dû (pas en grande partie) à une harmonisation et intégration de leurs politiques
économiques (unir l’Europe par une monnaie). N’ayant pas les mêmes performances économiques,
certaine pays (comme c’est le cas de la Grèce) avec un petit PIB par rapport à celui de l’Allemagne, la
France ou l’Italie et des déficits qui ne pesaient pas lourd face à la richesse de l’ensemble de la zone euro,
les policiers auraient pu voir que certains pays ( la Grèce) poserait problème dans les années à venir160.
La successivité des crises (effet de contagion) est l’une des conséquences dues à une intégration
économique et financière (se mettre en conformité par rapport aux critères de convergence ou
critères de Maastricht)161.
L’avant dernier canal de transmission de l’effet de contagion est la réévaluation d’un pays de la part
des investisseurs. Ces derniers peuvent facilement tirer des leçons des expériences observées auparavant

160
En effet, au début de l’année 2000, la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne et quelques députés
européens (Robert Goebbels) ont publié des rapports positifs sur la convergence de l’économie grecque avec ses voisines.
Mais en réalité, ce que l’on apprendra que bien plus tard, c’est que ces chiffres grecs étaient en fait faux entre 1997 et 1999.
En effet, le déficit grec de cette époque n’était pas passé de 4 % à 1.8 %, mais de 6.6 % à 3.4 %. La justification avancée par
le gouvernement grec pour expliquer ces anomalies était tout simplement due à une faute ou erreur de comptabilisation.
161
Les critères de convergence (ou critères de Maastricht) sont des critères basés sur des indicateurs économiques que
doivent respecter les pays membres de l’Union européenne candidats à l’entrée dans l’Union Economique et Monétaire
Européenne (UEME), la zone euro. Une fois entrés, les pays membres doivent continuer à respecter ces indicateurs ou critères,
Ces critères de convergence portent sur la stabilité des prix, la situation des finances publiques, la politique de change (ou
taux de change) et la politique du taux d’intérêt à long terme.

141
et s’en servir en cas de situations similaires (chocs ou crise). En effet, les investisseurs ne manqueront pas
de réévaluer (reconsidérer) leur anticipation vis-à-vis d’un pays, lorsqu’un autre pays similaire,
représentant des structures macroéconomiques et des politiques économiques similaires, subit un choc.
Par exemple, si un pays avec un système bancaire et marché financier assez faible connait une crise, les
investisseurs vont directement réévaluer la dynamique et la solidité des systèmes financiers des autres
pays représentant certaines caractéristiques similaires, pour ajuster à la fois leurs probabilités de
survenance de crise en conséquence et revoir (ou modifier) leurs anticipations.
La faible réglementation bancaire des pays du Sud- Est (la Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie….) a
nettement contribué au déclanchement de la crise jumelle en 1997-98.
Enfin de compte, le dernier canal de diffusion de la contagion est lié à la présence d’un choc commun
aléatoire qui pourrait influencer simultanément les fondamentaux de plusieurs pays. Par exemple, un
choc pétrolier force plusieurs pays à revoir leur politique économique (c’est le cas des pays de l’OCDE à
la fin des années 70 et au début des années 80 qui ont mis en place une politique monétaire et budgétaire
destinées à lutter contre l’inflation). Cette révision se manifeste souvent par la hausse des taux d’intérêt,
une baisse de la consommation, un ralentissement du rythme des investissements,….
Sous-section 2 : Les crises bancaires : Nature, coûts et identification des facteurs
explicatifs
Les crises bancaires se sont multipliées depuis l’abandon du régime de change fixe. Elles
secouent de manière répétitive l’économie mondiale. Elles sont essentiellement repérées au niveau des
pays (pays développés et pays émergents)162 ayant intégré le processus de la globalisation financière
grâce aux politiques de libéralisations financières menées depuis les années 80.
Le rebondissement répétitif et les coûts (pertes) générés par les crises bancaires ont incité plusieurs
économistes [(C. Kindleberger (1989), Kaminsky et Rienhart (1996, 1999,2000), Caprio et
Klingebiel (1996,1999, 2003), Demirguç – Kunt et Detragiache (1997, 1998,2000), D. Plihon et L.
Miotti (2001)…)] à analyser ce phénomène.
Le résultat de la plupart des travaux empiriques a mis en évidence les faits suivants :
1. L’histoire monétaire et financière montre que les crises bancaires étaient peu fréquentes sous le
régime de l’étalon-or (avant 1913), mais elles se sont multipliées pendant la période de 1919 à
1939. Elles ont quasiment disparu pendant la période des trente glorieuses (1945-1971), pour
réapparaitre de manière très répétitive vers la fin des années 70 jusqu’à nos jours. A travers cette

162
Même les pays en développement n’ont pas été épargnés. Mais, le fait que ces économies sont assises sur un système
d’intermédiation financière traditionnelles, elles ont été moins sévèrement touchées que les pays développés (Etats-Unis,
Royaume-Uni, Japon,….) et les pays émergents (Thaïlande, Malaisie, Brésil, Mexique, ….).

142
évolution historique des crises bancaires, il a été observé que ces dernières prennent des
formes variées (difficultés financières, faillites, choc de liquidité, blocage du système de
paiement, paralysie du marché interbancaire, asymétrie d’information….) d’où la
difficulté de s’entendre ou de se contenter sur une seule définition. Dans ce contexte, en se
référent sur plusieurs travaux théoriques et empiriques, l’un de nos objectifs est de s’intéresser à
la nature des crises bancaires dans la perspective d’aboutir à des définitions qui retracent au
mieux les caractéristiques de ce phénomène (objet du premier paragraphe),
2. Les coûts énormes générés par les crises bancaires (objet du second paragraphe) comme
conséquences de la dégradation de la situation financière et économique des pays touchés (chute
des prix des actifs financiers, faillites bancaires, endettement, plan de sauvetage, chute d’un
secteur ou d’une filière productive……) ont forcé plusieurs pays à procéder à des réformes
structurelles et à améliorer leur dispositif réglementaire et institutionnel.
3. La variété des formes dont se manifestent les crises bancaires et les coûts qu’elles génèrent, ont
donné naissance à une littérature abondante mettant en avant plusieurs facteurs expliquant les
causes (objet du troisième paragraphe) ayant conduit à la réalisation de ce phénomène.
Dans ce paragraphe, on se limite uniquement aux causes ayant conduit au déclenchement des
crises bancaires en se référant à plusieurs pays et à plusieurs régions. On a aussi pensé à appuyer
ce point par une analyse complète de plusieurs travaux théoriques et empiriques pour
apporter plus d’explication aux questions posées quant aux facteurs susceptibles
d’expliquer le déclenchement et le regain des crises bancaires. La démarche suivie et les
résultats obtenus nous ont permis de constater qu’une fraction croissante de la littérature
s’attache à cerner les conséquences de la double libéralisation financière, interne et externe ayant
joué pleinement un rôle déterminant dans le déclenchement des crises bancaires (voir sous-
section 3) de la présente section.
Malgré que chaque crise apparaisse spécifique par rapport à l’autre, les politiques de libéralisation
financières combinées aux progrès technologiques ont accentué l’interaction et l’interconnexion de
différentes places financières favorisant ainsi à la fois l’efficacité du financement des entreprises, des
secteurs et des Etats et la multiplication des crises bancaires en général. La figure suivante illustre
l’accroissement des crises bancaires depuis la période de l’après Bretton-Woods.

143
Tableau 7 : Fréquence des crises financière varie selon les périodes

Etalon-or Entre les deux- Bretton-Woods Aprés Bretton-Woods


guerres

Crises bancaires + + - + ++
Contrôles bancaires - - + +

Source : Travaux personnels du doctorant.

Paragraphe 1 : Survol historique des crises bancaires163


L’histoire bancaire témoigne que l’une des premières crises bancaires est apparue aux
Etats-Unis en 1884. Depuis, les crises bancaires ne cessent de se produire et de s’amplifier provoquant
l’instabilité des systèmes bancaires et financiers. Pourtant, beaucoup d’économistes tels que Caprio et
Klingebiel (1996), Kaminsky et Reinhart (1996,1999), Miotti et Plihon (2001), Reinhart Et Rogoff
(2008) …., trouvent que l’arrivée des crises bancaires n’est pas un phénomène étrange ; suite aux
mouvements de déréglementation économique et financière des économies nationales, à l’intégration
internationale et au progrès technologique qui ont transformé intégralement les métiers de la banque et de
la bourse. Ces mutations ont conduit à l’émergence d’une concurrence acharnée entre les différents
intermédiaires financiers (banques, établissements financiers, investisseurs institutionnels……). Cette
concurrence a pu s’exercer et s’intensifier à travers les pratiques suivantes164 :
1. Les banques ont proposé des taux plus rémunérateurs pour attirer de nouvelles ressources,
2. Les banques ont diversifié leurs offres de services bancaires et financiers,
3. Les banques ont internationalisé leurs activités,
4. Les banques ont développé leurs investissements technologiques (matériels informatiques,
réseaux informatiques…….).
Pour sauvegarder leurs marges, les banques s’engagent dans des activités de plus en plus risquées et ne
cessent de s’aventurer dans des activités spéculatives.

163
Le présent paragraphe se concentre uniquement à évoquer les crises bancaires. Les crises financières n’étant pas abordées
(crises boursière, crises de change ou monétaire, crises de la dette), elles seront néanmoins parfois citées du fait des formes
variées et complexes que revêtent les crises bancaires (crises jumèles, à titre d’exemple) et des interactions entre les
différentes crises.
164
Jean Mathis Monnaie et banques. Edition EDICEF. Année 1992. P 234.

144
Face à cet environnement déréglementé, concurrentiel et innovateur, les banques sont sous pression et
luttent pour continuer à exister. Cet état de fait est également constaté dans les pays émergents qui
affichent une forte volonté de rattraper le retard qui les sépare des pays développés.
Ainsi, avant de se consacrer à présenter un rappel historique sur les crises bancaires qui ont touché à la
fois les pays en développement, les pays émergents et les pays développés, nous souhaitons d’abord,
cerner les contours de la notion de crise bancaire.
1)-Définition et description générale des crises bancaires
Les crises bancaires ont fait l’objet de plusieurs définitions. Les unes se contentent de délimiter un
cadre théorique tandis que d’autres, incontournables pour toute application empirique, se
concentrent à donner aux crises bancaires une dimension plus quantitative165.
Une crise bancaire peut être le résultat d’une faillite d’une grande partie ou de la totalité des
établissements bancaires. Elle peut également être le résultat d’une faillite isolée, qui affectera plus tard
les autres banques ou encore un choc qui conduira brusquement tout le système financier à la crise.
G. Caprio et D. Klingebiel (1996) définissent une crise bancaire comme une situation dans laquelle « la
totalité ou la majorité du capital bancaire est érodée »166.
Cette définition met en lumière les difficultés qui caractérisent les banques au moment de la faillite ou de
la crise : accumulation de crédits non remboursés ou non performants, accumulation de créances
douteuses ou en souffrances, retraits massifs des dépôts bancaires, ….
Selon ces deux auteurs, les crises bancaires ont généralement deux dimensions :
1. Une crise non systémique ou individuelle : La crise peut être circonscrite à la défaillance d’une
seule banque avec des conséquences limitées aux seuls créanciers et aux actionnaires sans
répercussions graves sur le secteur financier et le secteur réel,
2. Une crise systémique : La crise peut se propager à d’autres institutions financières et entrainer
une rupture des services bancaires et financiers qui a des conséquences sur le secteur réel.
D’après une étude approfondie faite sur les crises bancaires systémiques et non systémiques, G. Caprio
et D. Klingebiel (1997) fournissent une explication détaillée de la crise bancaire systémique. Ils ont
identifié trois types d’insolvabilité bancaire qui peuvent être qualifiées de crises bancaires systémiques à
non systémiques, à savoir167 :
1. Une insolvabilité limitée à une seule ou à un nombre limité de banques ne constitue pas une crise
systémique,

165
Fouad Machrouh. Crises bancaires : Comprendre pour mieux prédire. Edition L’Harmattan. Année 2012. P: 9.
166
G. Caprio and D. Klingebiel. Bank insolvencies: Cross-country experience. In Revue World bank policy. N° 1620. Année
1996. P 72.
167
Fouad Machrouh. Crises bancaires : Comprendre pour mieux prédire. Edition L’Harmattan. Année 2012. P 9.

145
2. Des ruées facilement repérables vers le système bancaire : Une panique bancaire qui n’est
qu’une ruée systémique arrive lorsque les déposants de tout le système bancaire ou d’une partie
importante demandent soudainement la convertibilité en billets de leurs actifs. L’importance de
cette masse pousse les banques à suspendre la convertibilité de leurs dettes en monnaie ou à
prendre d’autres mesures de gestion de crises comme l’appel à une intervention d’un préteur en
dernier ressort. Ces ruées arrivent soudainement et disparaissent rapidement,
3. Une détresse financière du secteur bancaire : Il s’agit ici d’une grande partie du système
bancaire qui est insolvable mais reste en activité. Ce cas est présent dans des pays ayant un
système d’assurance des dépôts explicite ou implicite. Une telle détresse peut durer plusieurs
années lorsqu’elle est caractérisée par un faible système de supervision et des pratiques
financières frauduleuses. Elle peut se transformer en crise bancaire systémique dés que les
déposants prennent conscience des vrais problèmes que rencontrent leurs établissements.
Demirguc- Kunt et Detragiache (1998b) fournissent l’une des définitions les plus utilisées dans les
études économétriques. Une crise bancaire suppose la réalisation d’au moins une des quatre conditions
suivantes168 :
1. Les prêts non performants dépassent 10 % du total de l’actif,
2. Le coût de la crise constitue au moins 2 % du PIB,
3. L’application d’un large programme de nationalisation des banques,
4. L’apparition d’une vague de ruées bancaires ou la prise par les autorités publiques des mesures
d’urgence telles que des fermetures bancaires ou des garanties des dépôts.
Selon Kaminsky et Reinhart (1999), une crise bancaire est généralement précédée par les événements
suivants : retraits massifs des dépôts, liquidation forcée, fusion ou prises de contrôle des établissements
bancaires par l’Etat, aide de l’Etat à une ou plusieurs banques et une variation dans les dépôts des
banques.
Bordo et al (2001) définissent une crise bancaire comme étant « une turbulence financière suffisante
pour conduire à l’érosion de tout ou partie du capital du système bancaire».
D’après Boyer et al (2004), les crises bancaires revêtent deux formes :
1. Une crise du passif du bilan (crise de liquidité) : Est une situation dans laquelle la banque ne
peut honorer immédiatement son contrat d’obligation de fourniture de liquidité envers ses
créanciers. Se trouvant incapable de lever des fonds à moindre coût, la banque est obligée de
liquider une partie de son actif.. La contrainte de liquidité peut conduire la banque à une vente à
chaud : dans ce cas, la liquidation de ses actifs se fait avec décote.

168
Fouad Machrouh. Crises bancaires : Comprendre pour mieux prédire. Edition L’Harmattan. Année 2012. P 9.

146
2. Une crise de l’actif du bilan : Elle constitue la seconde forme de crise bancaire. Elle se
matérialise par la vente à chaud d’actifs à un prix inferieur à leur valeur réelle. Ces pertes
enregistrées par la banque absorbent une partie importante de ses fonds propres.
Reinhard et Rogoff (2008) définissent une crise bancaire comme étant « une ruée bancaire qui conduit
à la fermeture, la fusion ou la nationalisation d’établissements financiers ou des fermetures, fusion
ou nationalisation d’un établissement financier qui présage des actions similaires pour d’autres ».
L’ensemble de ces définitions citées pour contourner la notion de crises bancaires, témoigne de la gravité,
de la répétitivité et de la diversité des formes qu’elle revêt.
Paragraphe 2 : Les coûts générés par les crises bancaires
Durant ces dernières décennies, la contribution des banques dans l’expansion de l’activité
économique n’a cessé de prendre de l’importance. Les banques sont plus nombreuses et pèsent davantage
sur le PIB. Plus encore, leurs relations d’interdépendance avec les autres secteurs, en particulier celui des
entreprises non financières, s’accentuent de manière significative. Dés qu’un pays subit une crise
bancaire, les autorités de surveillance, le gouvernement et les organisations internationales interviennent
selon les effets de celle-ci. Le mode d’intervention peut prendre la forme d’un ensemble de mesures
réglementaires (fixation par la loi des règles de résolution et de répartition des pertes), monétaire (appui
en liquidité par la Banque centrale) ou financier (intervention sur le marché pour soutenir les prix).
L’intervention peut aussi prendre la forme d’une socialisation des pertes par la redistribution fiscale.
C’est sur ce dernier mode que portent les principales études de calcul des coûts de résolution de crises
bancaires.
Les pays d’Amérique latine ont traversé de nombreuses crises financières illustrées par le tableau 1 qui
retrace les épisodes de crises de l’époque. Ils semblent en avoir subi une quantité disproportionnée par
rapport aux autres régions présentant un niveau de développement comparable. Pour beaucoup
d’économistes, ce constat est dû aux importants changements introduits dans leur secteur financier
dans le cadre des politiques de libéralisation financière (interne et externe). Tous les pays, les uns
après les autres, éliminaient les contrôles des taux d’intérêt et supprimaient les restrictions
concernant l’entrée de nouvelles institutions financières sur le marché et la diversification des
services.

147
Tableau 8 : Episodes de crises en Amérique latine et aux iles Caraïbes

Crises du secteur financier Date de leur début


Argentine 1980- 1989- 1995- 2001
Bolivie 1986- 1994
Brésil 1990- 1994
Chili 1976- 1981
Colombie 1986- 1999
Costa-Rica 1987
El Salvador 1989
Equateur 1982- 1996- 1998
Guyane 1993
Haïti 1994
Jamaïque 1995
Mexique 1981- 1994
Nicaragua 1990- 2000
Panama 1988
Paraguay 1995
Pérou 1993
République Dominicaine 2003
Uruguay 1981- 2001
Venezuela 1994

Sources : Agustín G. Carstens, Daniel C. Hardy et Ceyla Pazarbasioglu. Eviter les crises bancaires en
Amérique latine. In Revue Finance et Développement. Année 2004. P 31.

Dans la quasi-totalité des cas, les pays d’Amérique latine ont été touchés par des crises bancaires
douloureuses, qui ont entraîné une vaste redistribution des avoirs et une diminution globale des revenus
et des richesses. Leur coût global se mesure par un accroissement des charges budgétaires et de la
dette publique. Le tableau 2 illustre les pertes de production et les coûts budgétaires énormes subis par
les pays concernés. D’autres coûts peuvent également être supportés par les actionnaires des banques, les
déposants et à terme, les créditeurs et les emprunteurs, qui subissent la hausse des marges d’intérêt.

148
Une crise bancaire dans un pays donné peut en outre engendrer des coûts y compris une défaillance du
système bancaire- dans d’autres pays avec lesquels il entretient des relations commerciales et financières.
L’existence d’un système bancaire instable peut perturber la dynamique de la dette et rendre la viabilité
de la dette plus aléatoire. L’expérience de six pays d’Amérique latine (Argentine, Colombie, Equateur,
Mexique, République Dominicaine et l’Uruguay) frappés par des crises bancaires durant les années 80,
montre combien les retombées peuvent être importantes et soudaines. Dans l’année qui a suivi leurs
crises respectives, le ratio dette publique / PIB s’est accru en moyenne de quelque 40 points, dont la
moitié environ correspond aux dépenses publiques initialement engagées pour résoudre ces crises. En un
rien de temps, une crise bancaire peut ainsi quasiment détruire les bienfaits de plusieurs années de gestion
macro-économique prudente (surtout sur le plan budgétaire).

Tableau 9 : Les coûts liés aux crises bancaires en Amérique latine

Crises du secteur financier En % du PIB


Chili - 1981 42 % du PIB
Uruguay - 1981 32 % du PIB
Venezuela - 1994 23 % du PIB
Mexique - 1994 20 % du PIB
Brésil - 1994 13.5 % du PIB
Equateur - 1996 13.5 % du PIB
Paraguay - 1995 5 % du PIB
Colombie - 1982 5 % du PIB

Source : Robert Boyer, Mario Dehove et Dominique Plihon. Les crises financières. In Revue La
Documentation française. Année 2004. P 24.

Sur le long terme, les réformes institutionnelles génèrent également d’importants coûts. Ces réformes
visent à améliorer la surveillance et la supervision bancaire. L’existence toujours de lacune au niveau de
la gouvernance bancaire et financière peut nuire à la stabilité et la solidité du secteur bancaire. C’est peut
être l’une des raisons qui expliquent que certains pays aient été plusieurs fois touchés par la crise.
En Asie, toutes les crises se sont manifestées à la fin des années 90 (de 1997 à 1998). Elles sont toutes
été considérées comme crises systémique de grande ampleur. La Chine fait partie des pays qui ont
connu à la fin des années 90, une crise de grande ampleur. En 1998, les quatre (4) plus grandes banques

149
commerciales publiques détenant 68 % des actifs du système bancaire chinois, étaient potentiellement
insolvables, les prêts compromis du système bancaire chinois sont estimés à 50 %. Les pertes nettes sont
estimées à 47 % du PIB (équivalent 428 milliards de dollars)169.
Le tableau suivant illustre les épisodes de crises qui ont touché l’ensemble des pays de la région du Sud-
est asiatique.
Tableau 10 : Episodes de crises en Sud-Est asiatique

Crises du secteur financier Date de leur début


Thaïlande 1997-98
Indonésie 1997-98
Malaisie 1997-98
Philippines 1997-98
Corée du Sud 1197-98
Taiwan 1997-98
Singapour 1997-98

Source : Travaux Personnels du doctorant.

L’autre indicateur marquant l’ampleur de ces crises bancaires systémiques est le coût global engendré par
chaque crise. Le tableau suivant illustre les coûts élevés pour stabiliser le système bancaire.

169
Robert Boyer, Mario Dehove et Dominique Plihon. Les crises financières. In Revue La Documentation française. Année
2004. P 21.

150
Tableau 11 : Coût des crises bancaires systémiques en Sud-Est asiatique

Crises du secteur financier En % du PIB


Thaïlande 32.8 % du PIB
Indonésie 50 % du PIB
Malaisie 17 % du PIB
Corée du Sud 26.7 % du PIB

Source : Fouad Machrouh. Crises bancaires : Comprendre pour mieux prédire. Edition L’Harmattan.
Année 2012. P 11.

En Europe de l’Est, la Russie et la Turquie sont les deux pays ayant connu des crises bancaires les plus
observées. La Russie voit son secteur bancaire secoué deux fois. Quant à la Turquie, elle a été secouée
par une crise jumelle (crise bancaire et crise de change). Le tableau suivant illustre les épisodes de crises
de l’époque.
Tableau 12 : Episodes de crises bancaires de l’Europe de l’Est

Crises du secteur financier Date de leur début


Russie 1995 - 1998
Turquie 2000-01

Source : Travaux Personnels du doctorant.

Les coûts engendrés sur les économies des deux pays sont énormes et d’importantes réformes bancaires
et financières ont été mises en place. Pour la Russie, la réforme bancaire s’est essentiellement
concentrée sur l’ouverture des services financiers aux capitaux privés.
En ce qui concerne la Turquie, la réforme s’est concentrée sur l’autonomie de la Banque centrale, la
recapitalisation de deux grandes publiques et certaines banques privées et le renforcement de la
réglementation et la supervision bancaire. Le tableau suivant illustre les coûts élevés de la
restructuration des deux systèmes bancaires.

151
Tableau 13 : Coût des crises bancaires systémiques de l’Europe de l’Est

Crises du secteur financier En % du PIB


Russie 72 % du PIB
Turquie 63 % du PIB

Source : Travaux Personnels du doctorant.

Les pays de l’OCDE (Etats-Unis, Suède, Norvège, Finlande, Suisse et Japon…) ont également été
secoués par les crises bancaires durant les années 80 et au début des années 90. Le tableau suivant illustre
les épisodes de crises de l’époque.
Tableau 14 : Episodes de crises bancaires dans les pays de l’OCDE

Crises du secteur financier Date de leur début


Etats - Unis 1984
Japon 1992
France 1994-1995
Norvège 1987
Finlande 1991
Suède 1991

Source : Travaux Personnels du doctorant.

En termes de coût budgétaire, la Finlande, la Suède, la Norvège, l’Espagne, et le Japon sont parmi les
pays qui ont été fortement touchés par des crises bancaires profondes.
Dans l’ensemble, les crises bancaires des pays développés sont en général plus anciennes (à l’exception
du Japon) par rapport aux autres pays émergents et aux autres pays en développement.
Le tableau suivant illustre les coûts générés par les crises bancaires dans les pays de l’OCDE durant la
période 1980-1995.

152
Tableau 15 : Coûts des crises bancaires dans les pays de l’OCDE

Crises du secteur financier En % du PIB


Etats - Unis 3.7 % du PIB
Japon 14 % du PIB
France 1.30 % du PIB
Norvège 2.7 % du PIB
Finlande 12.8 % du PIB
Suède 3.6 % du PIB

Source : Thomas lambert, Jacques Le Cacheux et Audrey Mahuet. L’épidémie de crises bancaires
dans les pays de l’OCDE. In Revue de l’OFCE. N° 61. Année 1997. P 104 et Banque de France.
L’impact macroéconomique des crises bancaires. In Revue Focus, N° 2. Année 5 décembre 2008. P 3.

Toutes ces crises bancaires quelques soit leurs origines ou causes, secouent depuis longtemps et de
manière répétitive l’économie mondiale.
Dans le décompte quasi exhaustif des crises bancaires depuis 1970, Caprio et Klingbiel (2003) montrent
l’ampleur du phénomène de crise bancaire et son universalité. Ils recensent cent dix sept (117) crises
bancaires dites à caractère systémique qu’ils définissent empiriquement comme « une crise ayant exigé
une recapitalisation quasi générale des banques »170 .
Ces crises ont frappé quatre-vingt treize (93) pays. S’ajoutent à ces crises de grande ampleur des crises
bancaires moins profondes que les deux auteurs appellent crise non systémique ou individuelle et dont
le nombre s’élève sur la même période à cinquante et un (51) et qui ont frappé quarante cinq (45) pays.
Trente et un (31) pays d’Afrique subsaharienne (parmi eux, le Benin, la Cote d’Ivoire, le Sénégal, le
Mali, Le Kenya, le Zimbabwe……) et six (6) pays d’Afrique du Nord (parmi eux, le Maroc, l’Algérie,
l’Egypte.……) ont aussi été secoués par une crise bancaire majeure.
Ainsi, à travers les différents travaux empiriques portant sur les crises bancaires, plusieurs auteurs se sont
consacrés à comprendre et à identifier les causes de leur déclenchement.

170
Robert Boyer, Mario Dehove et Dominique Plihon. Les crises financières. In Revue la Documentation française. Année
2004. P 19.

153
Paragraphe 3 : Les facteurs à l’origine des crises bancaires
Les crises bancaires qu’ont secouées à la fois les pays en développement, les pays
émergents et les pays industrialisés font apparaitre les mêmes pathologies, malgré que les causes (les
origines) et les conséquences (coûts et effets sur l’économie réelle) différent d’un pays à un autre :
1. L’intervention de la banque centrale pour soutenir le marché bancaire,
2. Recapitalisation des banques en difficultés,
3. Nationalisation de certaines banques,
4. Fermeture, fusion ou prise de contrôle des banques par d’autres institutions financières,
5. Renfoncement du cadre réglementaire relatif à l’activité bancaire.
Toutes ces mesures réformistes résultent à la fois de la faiblesse de la réglementation bancaire
(mauvaise gouvernance des banques, cadre institutionnel défaillant ou insuffisant….) et des politiques
macroéconomiques malvisées (politique monétaire inadéquate, politique de change inadéquate,
politique fiscale et notamment budgétaire inadéquate, …….).
Au milieu des années 80 et au début des années 90, les pays en développement (pays d’Afrique du Nord
et les pays d’Afrique subsaharienne) ont également été touchés par de graves crises bancaires résultantes
d’une série de crises : crise de l’endettement et / ou récession économique.
Les causes ayant conduit au déclenchement d’une crise des systèmes bancaires des pays d’Afrique du
Nord (le cas du Maroc en 1983, l’Algérie en 1990, la Tunisie 1991), sont principalement liées à leur
fort endettement dans un contexte inflationniste qui s’est vite transformé en crise de
l’endettement171, suite à la libéralisation des taux d’intérêt en 1979 par les Etats- Unis provoquant
ainsi une forte hausse des taux d’intérêt ( à partir de 1979, les Etats-Unis ont mené une politique
monétaire d’inspiration monétariste donnant la priorité à la lutte contre inflation en freinant la création
monétaire).
Cette politique de libéralisation des taux d’intérêt a été en peu de temps adoptée par l’ensemble des
pays de l’OCDE172 (principalement, l’Angleterre, le Japon et l’Allemagne) provoquant ainsi un
ralentissement de l’économie mondiale entre 1983 et 1985.

171
Durant les années 70, l’abondance des fonds prêtables (recyclage des pétrodollars) sur le marché bancaire international
(marchés des eurodollars) à des conditions très avantageuses (taux d’intérêt négatif inferieur à leur niveau d’équilibré) ont
incité beaucoup de pays en développement à profiter pleinement de prêts faciles issus d’un système d’économie
d’endettement. Mais cette période favorable aux pays débiteurs s’est vite transformée avec la libéralisation des taux d’intérêt
en crise d’endettement vu les coûts générés par la hausse des taux.
172
La libéralisation des taux d’intérêt a permis l’instauration d’une une nouvelle logique financière. On n’est passé d’un
régime financier favorable aux débiteurs à un régime financier favorable aux créanciers

154
Ce ralentissement de l’économie mondiale a engendré la chute des prix des produits pétroliers (considéré
comme principale source de revenu des pays exportateur de pétrole) provoquant ainsi un déséquilibre
structurel profond des balances de paiements des pays d’Afrique du Nord.
Ce déséquilibre finit par se transformer en crise économique qui a affecté tous les secteurs de
l’économie et plus particulièrement le secteur bancaire. Celle-ci s’est manifestée par des faillites et
crises bancaires.
D’un côté, les causes profondes de ces crises de dettes publiques sont aussi attribuées à la mauvaise
utilisation des fonds empruntés, à l’inefficacité du secteur public et aux fréquents déficits budgétaires.
En ce qui concerne les pays d’Afrique subsaharienne (Mali, Benin, Sénégal, Cote d’Ivoire,
Cameroun,…), les causes ayant conduit au déclenchement d’une crise de leurs systèmes bancaires sont
principalement liées à un environnement macroéconomique défavorable (forte inflation, faible
croissance, détérioration des termes de l’échange….).
Outre les causes macroéconomiques mentionnées, la réglementation bancaire inadéquate (mauvaise
supervision des banques et l’insuffisance du contrôle prudentiel), le cadre juridique inadapté
(détérioration des systèmes et procédures judiciaires), le cadre comptable archaïque, les mesures
inappropriées d’octroi et de contrôle du crédit par les pouvoirs publics et la mauvaise gouvernance des
banques sont également considérés comme l’un des principaux facteurs à l’origine des faillites et crises
bancaires qu’ont connues les pays d’Afrique subsaharienne173.
De l’autre côté, les pays émergents (pays d’Amérique latine, pays du Sud – Est asiatique et d’pays
d’Europe de l’Est), ont aussi été touchés par des crises bancaires systémiques.
A la différence des pays en développement (caractérisés principalement par une faible croissance, une
forte inflation, un déséquilibre structurel, une insuffisance institutionnelle, une faiblesse du cadre
juridique et réglementaire), qui ont été frappés par des crises bancaires plutôt de longue durée, les crises
bancaires qui ont frappé certains pays émergents (Caractérisés par une certaine stabilité sur le plan
économique et une croissance relativement élevée) sont plus ou moins brèves et répétitives.
Les principales causes ayant conduit à l’émergence des crises bancaires dans les pays d’Amérique latine
sont les suivantes :
1. Un boom de crédit au secteur privé, tant à l’investissement qu’à la consommation (le cas du
Mexique en 1994 et de la Colombie en 1999).
2. Une libéralisation massive des secteurs financiers qui ne s’inscrit pas dans un cadre de
régulation prudentielle adapté et efficace (le cas du Mexique en 1994 et du Chili en 1984),

173
Powo Fusso Bruno. Les déterminants des faillites bancaires dans les pays en developpement : le cas des pays de l’Union
Economique et Monétaire Ouest-Africaine (l’UEMOA). Année 2002. P 2 et 3. Site : http://www.sceco.umontreal.ca.

155
3. Faiblesse des données macro-économiques (forte inflation, croissance faible, déficit budgétaire
ou public énorme. …). Cette variable nuit à la stabilité des finances de l’Etat, même si son
secteur bancaire est fortement réglementé. Une crise de l’endettement et / ou récession
économique, peuvent conduire une économie à une crise bancaire (le cas de la Bolivie en 1986,
du Pérou en 1987 et de l‘Argentine en 2001),
4. Les effets de contagion et d’entraînement : le cas de l’Uruguay en 2001 affectée par la crise de
l’Argentine,
5. Un contexte macro-économique défavorable : variation des termes de l’échange et les
mouvements des taux de change réels (le cas du Venezuela en 1994 et de l’Equateur en 1998),
6. L’instabilité politique, les conflits sociaux, voire civils dans certains cas.
Ces nombreuses crises bancaires qui se sont produites dans le continent latino-américain se sont
conjuguées à un environnement institutionnel souvent incapable de faire front à la situation.
Par environnement institutionnel, il faut entendre l’ensemble des éléments qui caractérise la situation
juridique, fiscale et structurelle d’une économie, tels que les systèmes des procédures judicaires, la
transparence et le mode de prélèvement fiscal, l’organisation du système bancaire, la régulation
prudentielle et la supervision bancaire.
Malgré les réformes de l’environnement institutionnel entreprises dans de nombreux pays de la région
qui ont plus au moins amélioré la situation, pour le FMI (département des systèmes monétaires et
financiers), les mauvaises pratiques bancaires et la fragilité de leur cadre institutionnel demeurent parmi
les facteurs qui ont contribué à sensibiliser leur exposition aux crises et chocs externes.
Dans ce cadre, le département des systèmes monétaires et financiers du FMI a identifié l’existence de
plusieurs insuffisances qui nuisent au renforcement ou à l’adoption de saines pratiques bancaires et
financières, ce qui rendait ces pays encore plus vulnérables :
1. Politique bancaire (règles prudentielles, supervision bancaire, contrôle interne, mécanismes de
protection de la clientèle…) reste dans sa globalité classique ou insuffisante par rapport au
développement de l’industrie financière,
2. Inefficacité des mesures et des interventions servant à redresser les banques en difficultés
(recapitalisation, nationalisation, fusion…),
3. Défaillance de l’appareil judicaire,
4. Cadre ou plan comptable bancaire classique qui limite les capacités de contrôle interne de
détecter les failles.
A la fin des années 90, les pays du Sud- Est asiatiques (Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Philippines,
Singapour, Hong- Kong, Taiwan, Corée du Sud) se retrouvaient entrainés dans une crise financière sans
précédent. La Thaïlande est le point de départ de cette grave crise financière de 1997. Elle a éclatée
156
lorsque le gouvernement Thaïlandais laisse flotter librement sa monnaie (le baht), entrainant une
dévaluation de fait. Pour une lecture compréhensive de cette crise financière survenue à la fin des
années 90 (1997-98), il faut remonter aux années 80 et 90.
A partir de cette période, la Thaïlande connaît une croissance économique fulgurante (avec des taux
annuel de 8 à 12 %). Cet essor économique est principalement lié à la spécialisation dans la
production de produits manufacturiers ainsi qu’à un fort taux d’exportation (produits
manufacturés, textiles, et le riz) partout dans le monde. Ce boom économique que connaît la Thaïlande
s’explique également par la présence d’investissements industriels des firmes japonaises et
américaines qui trouvent dans ce pays des avantages de coûts. De plus, les besoins en équipements
et en immobiliers attirent l’épargne locale et les capitaux étrangers. La Thaïlande et ses pays voisins
deviennent des placements attractifs pour les spéculateurs d’autant plus que la libéralisation financière,
effective des le début des années 90 dans cette région, facilite les mouvements de capitaux. Des
milliards de dollars, sous formes de prêts, se déversent sur cette région. Cet afflux de crédit, qui dépasse
les besoins de financement de l’économie thaïlandaise, finit par se placer dans des projets
immobiliers.
Toutefois, dés 1996, des problèmes économiques commencent à surgir et provoquent un
ralentissement de l’économie thaïlandaise. Ce ralentissement est principalement lié à la forte baisse des
exportations thaïlandaises (la Thaïlande en 1996, enregistre une perte économique de 9.4 % de son taux
d‘exportation) qui peut s’expliquer par une faible compétitivité entre les pays de la région. (L’arrivée
massive des autres pays de la région sur la scène comme le Vietnam, le Cambodge et le Laos ont
provoqué la régression de certains secteurs économiques thaïlandais à faible technologie). Bien que les
exportations thaïlandaises aient nettement diminué, les prix des produits demeuraient fixes, notamment à
cause de la parité avec le dollar américain.
En parallèle, durant la même période (de 1995 à 1997), le gouvernement thaïlandais été confronté à de
graves difficultés bancaires ce qui a entraîné une injection massive de liquidité par la Banque centrale
thaïlandaise174.
Apres avoir subi une série d’attaques spéculatives (spéculation contre la monnaie thaïlandaise) à partir de
mai 1997, les autorités monétaires ont décidé en juillet 1997, d’abandonner cette politique de bath fort,
qui s’est fortement déprécié175.

174
Ces difficultés sont liées d’abord, à l’importance des créances douteuses qui menace la rentabilité des banques
commerciales thaïlandaises vu le rendement décroissant de leurs actifs liés à la baisse de la valeur de l’immobilier du fait des
investissements trop importants dans se secteur. Ensuite, au taux d’endettement de banques privées domestiques qui dépasse
largement les réserves en devises du pays. Et enfin, à une politique monétaire d’ancrage au dollar ce qui favorise certes les
investissements étrangers, mais fragilise l’indépendance monétaire du pays.

157
A partir de là, la Thaïlande se retrouve dans une tempête financière qui mettra à mal son système
financier. En conséquence, les capitaux étrangers quittent la Thaïlande, la bourse perd 80 % de sa valeur
en trois mois et de nombreux établissements bancaires et financiers font faillite et disparaissent.
L’originalité de cette crise est que l’onde de choc s’est propagée aux pays voisins, en août 1997 : les
monnaies de la Malaisie, de l’Indonésie et des Philippines sont dévaluées de 25 à 30 %. En octobre
1997, c’est le tour de Singapour, de Hong Kong et de la Corée du Sud.
La crise asiatique de 1997-98 est interprétée comme une série de crises monétaires et financières qui se
sont propagées dans les pays de l’ASEAN, après une décennie (de 1985 à 1995) de forte croissance.
L’une des causes premières de cette crise réside dans une appréciation des monnaies asiatiques (liées au
dollar) qui provoque une perte de compétitivité et une dégradation des balances commerciales dans les
pays comme la Thaïlande et la Malaisie.
A la suite de la crise financière, les pays du Sud-Est asiatique s’engageaient dans un processus de
réforme en faveur de l’ouverture des systèmes financiers, de la poursuite de la déréglementation des
économies et de l’ouverture sur l’extérieur.
A la fin des années 90 et au début de l’année 2000, les pays de l’Europe de l’Est (la Russie et la
Turquie) subissent aussi des crises bancaires d’envergure.
La crise de la Russie été marquée par une dévaluation brutale du rouble et un défaut sur la dette russe.
Cette crise se produit à la suite de la crise financière asiatique de 1997-98, située au début d’un
ralentissement économique mondial. L’inflation cette année-là fut de 84 % en Russie.
Les causes essentielles attribuées à cette crise sont la mauvaise gestion de l’administration
publique, le développement de l’économie parallèle et la défaillance de son système fiscal.
De plus, pour faire fonctionner l’économie, l’Etat passe à la création monétaire. On assiste alors à une
augmentation notable de l’inflation. Cette option de la planche à billets est vite remplacée par l’émission
de bons du Trésor à court terme. Ainsi, l’Etat force les banques à acheter toujours plus de bons, qui ne
sont toujours pas remboursés (capital et intérêts).

175
La Thaïlande en période de forte croissance (de 1985 à 1995) attiré les capitaux étrangers et les investissements étrangers
boostent le pays. Mais dés la fin de l’année 1995 et le début de l’année 1996, l’inflation commence à rendre les produits
thaïlandais moins compétitifs compte tenu de l’adossement de la monnaie du pays, le bath au dollar. Les investisseurs
étrangers qui commencent à s’inquiéter de l’endettement de l’Etat et ne voient plus de possibilités de s’enrichir davantage,
commencent à fuir le pays, ce qui provoque une vente massive de baths pour des dollars. Or le pays n’a pas les moyens de
soutenir sa monnaie, faute d’avoir accumulé suffisamment de réserves en dollars, équivalent aux baths qu’il à émis. L’Etat se
résout à laisser flotter sa monnaie qui se déprécie fortement (en perdant la moitié de sa valeur sur une très courte période) par
rapport au dollar.

158
Par la suite, cette crise est suivie de la dégradation de la dette russe par Moody’s (agence de notation) le
29 mai 1998 causée par la mauvaise gestion des finances publiques en Russie. La Russie doit désormais
emprunter à des taux plus élevés, ce qui rend la situation ingérable.
Les banques sont dans une crise de solvabilité, provoquée par la perte de valeur de leurs actifs, liée à la
chute de la bourse de Moscou176.
Face à cette situation catastrophique, le gouvernement russe dévalue sa monnaie en 1999.
La hausse du prix du pétrole et les réformes économiques engagées par Vladimir Poutine à partir de 1999
ont favorisé la reprise. Entre 1999 et 2005, la Russie a connu une croissance économique moyenne à 6 %.
Quant à la Turquie, elle a été touchée en 2000-01 par une grave crise économique. Le PNB a régressé de
10 %, le taux de change a baissé régulièrement et l’inflation est restée très élevée. Les causes sont à la
fois bancaires, monétaires et financière, liées aux politiques de libéralisation financière entreprisses dans
un contexte international défavorable affectant toute la région (guerre du Golfe et ses conséquences sur
l’investissement régional).
Mais d’autres causes sont à l’origine de la crise turque qui sont : l’importance du déficit budgétaire et
public (44 % du PNB en 1998 et 62 % du PNB en 1999), le problème de la dette (mauvaise utilisation
des fonds empruntés) et la hausse des taux d’intérêt qui pénalise les entreprises et les administrations
publiques177.
A partir de 2001-02, la Turquie s’engage également à mettre en place d’importantes réformes
économiques178 : privatisation de plusieurs banques, ouverture économique du pays, autonomie de la
banque centrale turque.
Ces réformes sont à l’origine de la solidité actuelle du secteur bancaire turc.
Dans les pays de l’OCDE, les crises bancaires ont été étroitement liées à la déréglementation qui a
eu lieu sur les secteurs financiers à la fin des années 70 et durant les années 80. Le résultat s’est
traduit par un très rapide développement du crédit, de la spéculation et un décloisonnement entre les
compartiments des marchés de capitaux.

176
Près de 720 banques, soit la moitié des établissements existant, sont considérées comme insolvables. Elles représentent 4 %
des actifs du secteur et 32 % des dépôts des banques de détail. Dix – huit (18) banques, détenant 40 % des actifs du secteur et
41 % des dépôts des ménages, sont en grave difficulté et nécessitent un sauvetage. 98-99. Pour plus de détail voir : Carmen
M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff. Cette fois, c’est différent, huit siècles de folie financière. Edition Pearson. Année 2010.
P 396.
177
Jean Claude Vérez. Le cercle vicieux des crises bancaires, monétaire et financière en Turquie. In Revue Tiers Monde,.
Tome 44, N° 175. Année 2003. P 685 et 686.
178
Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff. Cette fois, c’est différent, huit siècles de folie financière. Edition Pearson.
Année 2010. P 400.

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Durant les années 80, les Etats-Unis ont été touchés par une grave crise bancaire qui s’est traduite par la
faillite de centaines de caisses d’épargne-logement. Leur vocation était d’emprunter à court terme (livrets
de comptes) et de prêter à long terme (en général, des prêts à taux fixe sur trente ans).
La principale cause ayant conduit à cette crise est la hausse brusque des taux d’intérêt qui menace leur
rentabilité et leur solvabilité. En conséquence, la plupart des caisses subirent des pertes massives en
1980-82 (le total des pertes dues à la débâcle des caisses fut estimé à 100 milliards de dollars, c’es à dire
2 % du PIB) conduisant le secteur bancaire américain dans une crise bancaire systémique179.
De semblables crises ont surgi à la fin des années 80 et au début des années 90 dans d’autres pays
industrialisés. La déréglementation des secteurs financiers eut lieu en Scandinavie vers le milieu des
années 80 et certaines des plus importantes opérations de sauvetage (par rapport à la taille de leurs
économies), ont été nécessaires d’abord en Norvège, puis en Suède et en Finlande. Les symptômes
d’instabilité financière du même type peuvent se retrouver dans presque tous les pays industrialisés, y
compris la Suisse et le Japon.
Les banques scandinaves avaient des marges bénéficiaires prévues et des pertes négligeables sur les prêts
jusqu'au milieu des années 80. Entre 1982 et 1989, une déréglementation plus importante des secteurs
financiers eut lieu et les banques, peu habilitées à reconnaître, évaluer et contrôler les risques inhérents
aux marchés déréglementés, continuèrent à fonctionner selon des principes dépassés, permettant un
développement rapide du crédit. Ceci associé à la récession et au retard dans l’adaptation de leur
réglementation bancaire face à un nouvel environnement concurrentiel, les conduit finalement à une crise
bancaire.
Par ailleurs, les facteurs explicatifs du déclenchement de la crise de subprimes de 2007 évoquent très
souvent la hausse des taux d’intérêt directeurs de la Réserve fédérale (FED) comme l’une des
principales causes. En effet, la hausse des taux (qui est passé de 1 % en 2004 à plus de 5 % en 2007) a
entraîné celle des taux des crédits immobiliers180. Confrontées à un coût de l’argent plus élevé pour
financer leurs besoins, les banques ont répercuté ces conditions plus sévères sur leur clientèle.
Un autre facteur qui est à l’origine de la crise des subprimes, la titrisation, une technique qui permet aux
banques et autres organismes de crédits spécialisés de transformer leurs crédits en actifs financiers
échangeables sur les marchés financiers.
En outre, la gravité de la crise de la dette dans la zone euro qui affecte depuis 2010, les économies de
dix sept (17) Etats membres de l’Union Européenne (U.E) est également liée au processus de la

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Une étude portant sur six cent trente sept (637) caisses en faillite entre 1986 et 1989 a démontré que leur croissance entre
1983 et 1985 fut doubler leur dimension, alors que leur mode de contrôle et de supervision étaient restés archaïques.
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Les crédits subprimes sont des prêts immobiliers à risque accordés à des ménages américains aux revenus modestes. Si les
mensualités de remboursement sont faibles les premières années, ces prêts sont consentis à des taux d’intérêt variables et de
niveau élevé.

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déréglementation des marchés de capitaux. Les causes qui ont conduit à ce phénomène sont multiples et
variables d’un pays à un notre :
1. Le cas de l’Irlande : L’Irlande fut le premier pays à connaître le même sort que la Grèce, même
si la situation du pays est sensiblement différente. Contrairement à la Grèce 181, l’Irlande a
longtemps été en croissance et ses finances publiques étaient saines. Malgré cela, l’Irlande est
fortement touchée par la crise des subprimes en 2008, notamment en raison de la bulle
immobilière. En 2010, le pays fait face à une grave crise bancaire. Plusieurs de ses banques sont
bord de la faillite et doivent être renflouées. En septembre 2010, l’Irlande doit une nouvelle fois
porter secours à ses banques, ce qui provoque une augmentation considérable de son déficit public
qui atteint 32 % du PIB. A cet effet, un plan de sauvetage est donc mis en place au niveau
européen avec l’aide du Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui prévoit l’octroi de
prêts allant de 80 à 90 milliards d’euros. En mars 2011, les résultats des tests de résistance
bancaire révèlent que le plan de sauvetage est loin d’être suffisant pour combler les pertes subies
par les banques irlandaises. Le gouvernement est forcé de nationaliser plusieurs banques et de
recapitaliser l’ensemble du secteur pour un mondant de 24 milliards d‘euros.
2. Le cas de Chypre : Chypre est une place financière offshore. Pour attirer les capitaux étrangers,
les banques de l’ile offrent des taux de rémunération très attractifs, sensiblement plus élevés que
dans les autres pays de la zone euro. En parallèle, le gouvernement ne se montre pas très
regardant sur l’origine des capitaux. S’ajoute à cela une fiscalité très favorable. Résultats : les
banques chypriotes sont devenues, au sein de la zone euro, un havre pour les capitaux étrangers et
notamment ceux des oligarques russes. Le secteur bancaire a grossi démesurément au point que
les dépôts bancaires représentent à la fin de l’année 2012, 750 % du PIB du pays182. Ce modèle
aurait sans doute pu fonctionner longtemps encore sans la crise grecque. Comme le secteur
bancaire chypriote est bien trop grand par rapport aux capacités productives de l’ile, les banques
chypriotes ont investi une grande partie des fonds qui leur étaient confiés en Grèce qui fait défaut
de paiement sur ses dettes depuis 2010. Du coup, les banques chypriotes sont au bord de la
faillite. Depuis 2013, en accord avec la Troika (FMI, BCE et U.E), Chypre annonce des mesures
d’austérité : augmentation de la TVA, augmentation des cotisations pour la sécurité sociale, taxe
sur l’alcool, le tabac, l’essence…

181
Le cas de la Grèce est différent. La crise de la dette publique grecque est issue de la crainte des créanciers de la Grèce sur
sa capacité à rembourser sa dette publique, ainsi que de payer les intérêts de cette dette (désordre dans ses finances publiques).
Elle résulte à la fois de la crise économique mondiale et des facteurs propres au pays : fort endettement (environ 120 % du
PIB) et déficit budgétaire qui dépasse les 13 % du PIB.
182
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3. Le cas de l’Islande : La crise financière de 2008 en Islande affecte le système économique et
bancaire, dans le contexte de la crise économique mondiale de 2007-2009 provoquée par la crise
des subprimes. La crise islandaise est la conséquence directe de la politique d’endettement et
du gonflement des bilans des principales banques locales durant les années 2000 à des
niveaux dépassant plusieurs fois le PIB de l’Islande. Pour prévenir l’effondrement du système
bancaire islandais, le gouvernement a nationalisé les trois (3) principales banques (la banque
Glinir, Landsbanki et Kaupthing). Comme les banques islandaises ne pouvaient assurer leurs
financements aux entreprises par elles-mêmes sur les dépôts des clients islandais (300 000
habitants), elles se sont très rapidement internationalisées pour accroître leur développement
(solvabilité). Elles ont ainsi ouvert des filiales en Angleterre, au Luxembourg, aux Pays Bas et
dans les pays Scandinaves. En plus de cette internationalisation, les banques islandaises ont
développé en parallèle une stratégie axée sur le refinancement de leurs engagements au niveau du
marché interbancaire international. Le principe est simple, les banques islandaises accordent des
financements à moyen et long termes sous formes de crédits d’investissements, crédits
immobiliers et crédits à la consommation aux entreprises et particuliers. Et ensuite, couvrir ou
refinancer ces engagements par une succession ou plusieurs prêts à court terme. Mais c’est la
faillite de la grande banque américaine Lehman Brothers le 15 septembre 2008 qui
engendre la défiance des banques les unes envers les autres et par voie de conséquence,
conduit à l’assèchement des crédits interbancaires au niveau international. Cette crise des
subprimes, se traduit par des difficultés que rencontrent les banques islandaises pour refinancer
leurs dettes estimes à plus de 100 milliards de dollars au 31 juillet 2008 (équivalent à 9 553
milliards de couronnes islandaises, alors que le PIB du pays s’élevait à 1 279 milliards de
couronnes en 2000). Ainsi, privés de toutes les possibilités de refinancement, la crise du système
bancaire islandais ( résultant essentiellement des stratégies risqués appliques par les banques),
intervient progressivement et sans possibilité de faire appel à leur Banque centrale, trop faible
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