Chapitre 2 : Reseau Numerique a Integration de
services (RNIS)
Introduction
RNIS (Réseau Numérique à Intégration de Services) est un réseau permettant de réaliser des
liaisons numériques de bout en bout, une seule ligne physique peut alors acheminer plusieurs
communications téléphoniques.
Figure 2.1 : de l’analogique au numérique
I. Principe de la numérisation d’une voie
téléphonique
La numérisation est constituée de différentes phases :
Filtrage : filtre ne laissant passer que la plage de fréquence 300-3400Hz (soit une
bande passante de 3100Hz)
Echantillonnage : fréquence double de la bande passante soit 2*4000 soit 8000 Hz
(8kHz) c’est à dire 1 échantillon toutes les 125 µs.
Quantification : à chaque échantillon prélevé, on associe une valeur entière en
fonction de son niveau.
Compression
Codage : chaque échantillon est codé sur 8 bits grâce à un Convertisseur
Analogique/Numérique (CAN)
II. Concept d’intégration de services
Le RNIS est une approche service du réseau devenu alors le réseau unique qui permet, à partir
d’un seul raccordement, de disposer à la fois des services voix (téléphone), vidéo
(visiophonie, téléconférence), de la transmission des données en mode paquet et de la
transmission de l’écrit (télécopie).
La figure suivante schématise cette évolution en RNIS :
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Figure 2.2: Evolution des accès avec le concept RNIS
Le raccordement de terminaux différents (voix, vidéo, images) sur une même ligne nécessite
une signalisation spécifique et enrichie qui permette à la fois l’identification du terminal et le
type de service requis. C’est ainsi que le RNIS distingue les canaux de transmission
(transport) de données ou canaux B établis appel par appel (circuits commutés) et le canal de
signalisation ou canal D établi de manière permanente et transportant les informations
nécessaires à l’établissement du circuit.
Lors de l’émission d’un appel, celui-ci est pris en compte par le protocole de signalisation. La
demande d’établissement d’un circuit est prise en compte en dehors de toute communication
établie. Elle transporte les informations en relation avec le numéro de l’abonné, le type de
service invoqué…
Figure 2.3 : L’accès direct au service demandé
III. Structure du réseau
Un terminal RNIS utilise 2 connexions : une connexion commutée à un canal B (Bearer
channel) utilisée pour le transport d’informations utilisateur à 64 kbit/s et une connexion
permanente sur le canal de signalisation (canal D, Data channel) de 16 ou 64 kbit/s. Des
débits plus importants peuvent être obtenus par agrégation de plusieurs canaux B, on parle
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alors de canaux H (High Speed Channel) de 384 kbit/s, 1536 kbit/s ou 1920 kbit/s. la figure
2.4 illustre le principe de raccordement d’un terminal au réseau RNIS.
Figure 2.4 : Connexions d’un terminal RNIS
Le RNIS est un système de transmission utilisant 2 réseaux distincts : un réseau de
transmission (commutation de circuits) et un réseau de signalisation (commutation de
paquets). Les réseaux sont fonctionnellement différents. Cependant, ils utilisent les mêmes
capacités de transport (multiplexage) mais les commutateurs sont bien différents bien que
situés sur les mêmes sites. La figure 2.5 illustre ce concept :
Figure 2.5 : Réseau téléphonique et réseau sémaphore
IV. Le raccordement d’usager
1. Les accès RNIS
L’accès au réseau RNIS s’effectue par l’intermédiaire d’interfaces normalisées appelées
points de référence et dépendant du type de terminal à raccorder. Les terminaux n’accèdent
pas directement au réseau, ils y sont raccordés via des interfaces. L’équipement d’interfaçage
entre l’installation d’abonné et le réseau s’appelle TNR (Terminaison Numérique de Réseau)
ou TNL (Terminaison Numérique de Ligne) en fonction du type d’abonnement au réseau. La
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TNA (Terminaison Numérique d’Abonné) est généralement un commutateur téléphonique
privé (PABX, Private Branched eXchange). Lorsque l’installation d’abonné ne comporte pas
de TNA, les points de référence S et T sont confondus.
Les différents points de référence (figure 2.6), du privé vers le réseau public sont :
- Point R, interface pour les terminaux non RNIS, c’est notamment le cas des terminaux
dotés d’une interface V.24/28, X.21, V.35…
- Point S, point d’accès universel pour les équipements compatibles RNIS,
- Point T matérialise la limite entre le réseau public et l’installation d’abonné, c’est
aussi la frontière de responsabilité entre l’opérateur et l’abonné,
- Point U symbolise la limite entre le réseau de transport et la liaison d’abonné.
Figure 2.6 : Les points de référence des accès au RNIS
L’offre RNIS se décline selon la combinaison de trois types de canaux :
- Les canaux B
- Le canal D
- Les canaux H
Selon le nombre de canaux offerts, on définit principalement deux types d’accès :
- T0 ou accès de base (BRI, Basic Rate Interface) offre un débit de 192 kbit/s dont 144
utiles, soit 2 canaux B et un canal D à 16 kbit/s,
- T2 ou accès primaire (PRI, Primary Rate Interface) offre 15, 20, 25 ou 30 canaux B et
un canal D à 64 kbit/s, soit 30 canaux B, un débit de 2048 kbit/s dont 1920 utiles.
2. Installation d’abonné
De manière générale, les terminaux RNIS sont reliés en bus. Selon l’équipement d’accès,
l’installation est dite à bus passif si celle-ci est directement connectée à la TNR et à bus
unique ou en étoile lorsque le (ou les bus) est (sont) raccordé(s) par l’intermédiaire d’un
équipement local (TNA). La figure 2.7 représente ces différents modes de raccordement :
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Figure 2.7 : Structure des installations d’abonné
V. Les services du RNIS
Les réseaux RNIS donnent accès à trois types de services : les services supports pour le
transfert d’informations (couches 1 à 3 du modèle OSI), les téléservices qui sont des services
complets (téléphonie, télécopie…) correspondant aux couches 1 à 7 du modèle OSI (figure
2.8), et des compléments de services qui étendent les possibilités du service transport.
Figure 2.8 : Modèle OSI et services RNIS
1. Le service support
Le service support est un service de transport d’information de bout en bout entre deux
interfaces. Le RNIS offre trois types de service support : le service téléphonique, le service
numérique sur le canal B et le mode paquets sur le canal D.
2. Les téléservices
Les téléservices sont des services de bout en bout entre deux terminaux couvrant l’intégralité
des fonctions des couches 1 à 7.
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3. Les compléments de service
Les compléments de service correspondent à un enrichissement de l’offre téléphonique. Ils
concernent le service support et les téléservices. Ces prestations optionnelles donnent lieu à
une facturation.
VI. Signalisation et le réseau RNIS
1. Généralités
Le RNIS utilise trois signalisations transportées dans deux protocoles, comme illustré sur la
figure 2.9 :
- Une signalisation usager/réseau ou protocole D
- Une signalisation usager/usager pour les téléservices
- Une signalisation interne au réseau transporté par un réseau de signalisation. Elle
assure le transport de la signalisation usager/réseau et de la signalisation
usager/usager.
Figure 2.9 : Signalisation et transmission dans un réseau RNIS
2. La signalisation Usager
a) Généralités
Les données de signalisation (niveau 3 du modèle OSI) entre le réseau et l’usager sont
échangées en mode paquets. Le niveau 2 utilise le protocole LAP-D (Link Access Protocol
on the D channel). Les terminaux RNIS sont reliés en bus multipoint, il est nécessaire de les
distinguer. L’adressage des terminaux (TEI, Terminal End-Point Identifier) et la
désignation du service requis (SAPI, Service Access Point Identifier) se substituent au
champ d’adressed’HDLC (protocole en point à point).
La figure 2.10 montre l’encapsulation des données et l’organisation de la trame multiplexée
pour un accès de base.
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Figure 2.10 : L’organisation générale de la trame multiplexée
b) Adressage des terminaux (TEI/SAPI)
Dans une configuration multipoint, les terminaux sont en compétition pour l’accès au canal D.
il est nécessaire d’identifier chaque terminal (adresse du terminal), de définir le service
invoqué, de résoudre les conflits d’accès.
La figure 2.11 présente les principaux SAPI utilisés :
Figure 2.11 : Affectation des principaux SAPI
c) Les mécanismes d’accès au canal D et codage
Les terminaux sont en compétition pour l’accès au canal D. Les conflits d’accès au canal D
sont résolus par le protocole CSMA/CR (Carrier Sense Multiple Access Contention
Resolution, accès multiple avec écoute de porteuse et résolution des collisions).
Pour détecter et prévenir une éventuelle collision toutes les données émises sur le canal D sont
retransmises par la TNR sur un canal d’écho (canal E, figure 2.11).La station vérifie en
permanence que ce qu’elle reçoit sur le canal E correspond bien à ce qu’elle a émis sur le
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canal D. Dans le cas contraire, la station s’arrête (collision). En l’absence d’émission, un
terminal émet des « 1 ».
Figure 2.11 : Le terminal émet sur le canal D écoute l’écho sur le canal E
Pour résoudre les conflits d’accès, le CSMA/CR assure qu’une station et une seule, pourra
poursuivre son émission. Le système repose sur le codage retenu pour les signaux électriques,
les zéros logiques correspondent à l’émission d’une tension alternativement positive ou
négative tandis que les 1 logiques correspondent à une tension nulle. Ce codage appelée
codage pseudo-ternaire, est représentée sur la figure suivante :
Figure 2.12 : Mécanisme de résolution des contentions
Ce mécanisme ne peut fonctionner que si toutes les stations émettent le premier 0 de la trame
avec la même polarité. Il favorise les terminaux de plus faible adresse (figure 2.13).
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Figure 2.13 : Priorité au terminal de plus faible adresse
d) Le niveau 2 : LAP-D
Le niveau 2 du RNIS est chargé d’assurer la transmission des trames entre un terminal et le
réseau. Les fonctions assurées sont :
Ouverture et fermeture de session ;
Détection et récupération des erreurs ;
Numérotation des trames ;
Contrôle des flux.
Le protocole LAP-D utilise le format étendu, la longueur maximale des trames est fixée à 256
octets.
Figure 2.14 : Format de la trame LAP-D
LAP-D utilise les trames UI (Unumbered information) pour échanger des messages hors
connexion (messages d’établissement, messages de gestion des TEI, etc.). le format du champ
d’information est illustré sur la figure suivante :
Figure 2.15 : Format des messages des trames UI
Gestion des TEI
Les procédures de gestion des TEI comprennent les procédures permettant : l’affectation, le
contrôle et la suppression d’un TEI. Le format des messages de gestion des TEI a été fourni
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en figure 2.15, la signification et l’utilisation des différents champs sont indiqués dans la
figure 2.16.
Figure 2.16 : Code des messages de gestion des TEI
La figure suivante décrit un échange protocolaire d’affectation des TEI.
Figure 2.17 : Affectation d’un TEI à un terminal
e) Le niveau 3 : le protocole D
Le protocole D gère les connexions (établissement, maintien et libération), il assure le
transfert d’information usager/usager et la mise en œuvre des compléments de service la
structure générale des messages est donnée sur la figure 2.17 :
Figure 2.18 : Structure des messages
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Dans ce message, le premier octet est utilisé pour identifier le protocole qui régit les échanges
de messages usager/réseau. La référence d’appel identifie une connexion, elle n’a qu’une
valeur locale. Le bit F permet de déterminer l’origine de l’appel. L’octet suivant identifie les
types de messages. Les différents types de messages sont :
Messages d’établissement d’appel
Messages d’information d’appel
Messages de libération d’appel
Messages divers
La figure 2.19 représente les échanges de messages pour un appel entrant : les deux postes de
l’installation y répondent, le poste qui décroche en premier obtient la communication. A la
réception de l’appel entrant, le réseau émet une trame UI permet l’envoi du message
d’établissement à tous les terminaux en mode non connecté. Les terminaux 64 et 65
répondent, ils émettent vers le réseau une demande de connexion (SABME). Le réseau accuse
réception de cette demande de connexion (UA). La connexion étant établie, les terminaux
adressent une alerte au réseau. L’appelant reçoit une indication d’appel (retour de sonnerie).
Figure 2.19 : Diagramme des échanges lors d’un appel entrant
Un utilisateur décroche le poste 65, une demande de mise en relation est émise, le réseau
accepte cette demande et libère le poste 64. Celui-ci arrête la sonnerie et accuse réception de
la libération. L’échange d’information peut alors s’effectuer entre l’appelant et le poste 65.
La signalisation interne au réseau
La signalisation interne au réseau par canal sémaphore ou système N7 (SS7, Signaling
System 7) définit les protocoles d’échange d’information de signalisation dans un réseau
numérique entre deux commutateurs pour l’établissement, l’administration et l’arrêt des
communications ; entre un commutateur et une base de données pour la fourniture des
services spécifiques (services intelligents).
La signalisation sémaphore est de type hors bande. Cependant, selon le type de relation établi
entre les points de signalisation, on distingue trois modes de fonctionnement (figure 2.20) : le
mode associé, le mode non associé, le mode quasi-associé.
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Figure 2.20 : Modes de fonctionnement d’un canal sémaphore
L’architecture du système de signalisation comporte deux sous-ensembles (figure 2.21) :
Figure 2.21 : Architecture du système 7
Le sous-système de transfert de message (SSTM) ou MTP (Message Transfer Part)
correspondent aux couches 1 à 3 du modèle OSI.
Les sous-systèmes utilisateurs (SSU) ou UP (User Part).
Développé dans le concept du réseau unique pour tous les services, le RNIS devrait évoluer
vers des débits plus élevés. Le RNIS large bande (B-ISDN, Broadband ISDN) s’appuyant sur
une commutation de cellules devraient offrir des débits allant de 155 à 622 Mbit/s et des télé
services du type vidéo haute définition pourraient alors être disponibles.
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