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LA VIOLENCE

FAITE AUX FEMMES


UNE QUESTION DE DÉVELOPPEMENT
ET DE DROITS HUMAINS

CHARLOTTE BUNCH
ROXANNACARRILLO

• CINTER FOR WOMEN'S GLOBAL LEADERSHIP


LA VIOLENCE
FAITE AUX FEMMES
UNE QUESTION DE DÉVELOPPEMENT
ET DE DROITS HUMAINS

LES DROITS DES FEMMES EN TANT QUE DROITS HUMAINS:


VERS UNE RÉ-VISION DES "DROITS DE L'HOMME"
CHARLOTTE BUNCH

LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES:


UN OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT
ROXANNACARRILLO

CENTER FOR WOMEN'S GLOBAL LEADERSHIP


Première édition: Août 1996
© Copyright Charlotte Bunch, 1990
© Copyright Roxanna Carrillo, 1991

Imprimé sur du papier reciclé.


NOTE SUR LA TRADUCTION

Faire passer un texte d'une langue à une autre sans perdre le sens
dans le trajet pose toujours des défis. La tâche est d'autant plus
compliquée dans ce domaine des Droits Humains des Femmes qui
est encore un sujet de discussion particulièrement nouveau. Ces travaux
sont en effet l'expression d'un mouvement des femmes qui est en train
de réinterpréter et d'élargir les débats internationaux autour du
"Développement" et des "Droits de l'Homme"; processus qui ne manque
pas d'affecter l'usage de certains mots et expressions. On est donc en
face d'un vocabulaire qui est en évolution pour mieux exprimer les
aspirations de ce mouvement international des femmes.

a) Usage de l'expression Droits Humains

Dans ce document, nous avons opté pour l'usage de l'expression


"Droits Humains" pour traduire "Human Rights".
La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789
marque la naissance du cliché "Droits de l'Homme", qui a été mis en
question depuis ses origines, mais qui a quand même pu survivre intact
pendant deux siècles dans la Francophonie. Déjà deux ans après, en
1791, Olympe de Gouges a écrit la Déclaration des Droits de la Femme
et de la Citoyenne; puis en 1792, Mary Wollstonecraft a publié
Vindications ofthe Rights of Woman; et aujourd'hui, il y a un débat en
cours dans le m o n d e francophone sur le besoin d e remplacer le cliché
"Droits d e l'Homme", ainsi que sa théorie et sa pratique.
Il y a une dizaine d'années, quelques organisations d e f e m m e s
ont c o m m e n c é à employer les expressions Droits de la Personne et,
plus récemment, Droits Humains.

Ni
Après la Conférence Mondiale sur les Droits de l'Homme de 1993
à Vienne, les Nations-Unies ont aussi commencé à faire l'exploration
d'une terminologie nouvelle pour parler des "Droits de l'Homme", à la
lumière d'un mouvement international qui réclame les Droits Humains
des Femmes. On trouvera dans les documents de l'Organisme divers
termes : Droits fondamentaux des femmes, droits de la personne, droits
des femmes, droits universels de la personne, droits de la personne
humaine et même, toujours, droits de l'Homme.
Comme quelques organisations de femmes, nous avons opté dans
cette traduction pour l'usage de l'expression Droits Humains pour
décrire les principes moraux internationaux qui définissent ce qui est
indispensable à la dignité humaine.
Le terme "Droits de l'Homme" est toujours utilisé dans le texte
quand nous faisons référence aux documents historiques ou aux
organisations de "Droits de l'Homme" en général qui n'ont pas encore
fait la reconceptualisation du terme pour inclure les expériences des
femmes.

b) Usage du mot genre

Le mot "genre" dans ce document a été utilisé pour traduire


"gender" qui, dans ce contexte est employé pour désigner la
construction sociale et culturelle de la différence sexuelle, ce que le
mot "sexe", en soi, n'exprime pas.
Bien que le nouveau sens véhiculé par ce terme en anglais n'existe
pas encore tout-à-fait en français, le concept n'est cependant pas du
tout étranger au féminisme francophone. "Le Deuxième Sexe" (1949)
de Simone de Beauvoir était en effet un des premiers efforts
encyclopédiques du féminisme contemporain à documenter la
construction sociale de la féminité: "On n'est pas née femme, on le
devient"
Tout en sachant que le concept est normalement traduit en français
par "sexe", nous avons voulu garder une référence explicite à l'usage
en anglais du mot "gender", dans le contexte de l'opposition acharnée
que des forces conservatrices ont déployée contre l'usage du concept
à partir des récentes conférences des Nations-Unies sur la Population,
au Caire (1994), et sur les Femmes, à Pékin (1995).

Claudia Hinojosa et Clotilde Twagiramariya

IV
PREFACE

Cette brochure a été la première d'une série de travaux sur les


Droits Humains des Femmes, publiés par le "Centerfor Women's Global
Leadership". Cette série cherche à promouvoir la discussion
internationale de questions conceptuelles et stratégiques ayant trait
aux Droits Humains des Femmes , ainsi qu'à développer un itinéraire
politique pour que le débat sur les "Droits de l'Homme" intègre les
expériences des femmes. C'est un plaisir particulier pour notre
organisation de pouvoir publier maintenant la version en français de
cette première brochure qui présente la base théorique de notre travail.
Les deux documents ici présentés sont le résultat des deux
premières années de travail du Centre. Leur objectif est de faire avancer
la discussion sur la violence faite aux femmes et sur les "questions des
femmes" en les intégrant aux deux grands débats de la communauté
internationale: le Développement et les "Droits de I' Homme". Cela fait
part d'un processus plus large dans lequel les femmes cherchent à
mettre fin à la séparation entre les préoccupations des femmes et les
questions que la communauté internationale considère comme
relevantes.
Pour plus de deux décennies, les femmes à travers le monde ont
commencé à identifier et à travailler sur les problèmes particuliers qui
affectent notre vie quotidienne. Initialement, le plus grand effort a été
de définir et de décrire les problèmes qui auparavant étaient invisibles
et n'étaient pas considérés comme affaires de politique publique, que
ce soit dans le domaine des "Droits Reproductifs" ou celui des "Femmes
et Développement". Néamoins, ceux-ci restèrent longtemps sous ghetto
comme "des questions féminines", qui étaient considérées comme
mineures comparées aux problèmes de la paix, de la démocratie, des
"Droits de l'Homme", de l'environement et du développement.
Pendant ces dernières années, les femmes ont de plus en plus
revendiqué ces débats politiques primordiaux comme les leurs propres
Les femmes sont en train de fournir des nouvelles perspectives aux
anciennes questions, et démontrent ainsi que les prétendues "questions
des femmes" ne sont pas isolées mais font plutôt partie intégrante de
ces problématiques. De plus en plus, nous constatons qu'en ignorant
les expériences et le point de vue des femmes, la société s'est
davantage éloignée de trouver des solutions communes dont les
femmes ont besoin. Les femmes s'emploient par exemple activement
à montrer qu'il ne peut y avoir de paix dans le monde tant que la violence
persiste au coeur même de la société: dans les familles; elles exigent
que l'on reconnaisse le principe selon lequel on ne peut pas parler de
démocratie lorsque la moitié de la population est effectivement exclue
de la vie politique.
C'est dans ce contexte que ces deux documents ont à l'origine
été écrits." Les Droits des Femmes en tant que Droits Humains: Vers
une Révision des Droits de l'Homme" est le résultat de plusieurs années
de séminaires, de discours et des discussions avec beaucoup des
gens sur la réinterprétation de "Droits de l'Homme" à partir d'une
perspective féministe. L'original en anglais a été publié dans HUMAN
RIGHTS QUARTERLY (vol.12, 1990) Cette traduction en français a été
faite par Amnesty International pour une conférence internationale sur
les femmes et les Droits Humains tenue sous les auspices des membres
de I' organisation en I992. (La traduction a été par après révisée par
Clotilde Twagiramariya et Claudia Hinojosa).
"La Violence Contre les Femmes : Un Obstacle au Développement"
est le résultat d'un projet de recherche conjoint sponsorisé à la fois par
UNIFEM et le "CenterforWomen's Global Leadership ". Ce projet avait
pour objet de reconceptualiser la violence en tant que frein au
développement et de montrer que les programmes de développement
ne peuvent pas réussir s'ils continuent à négliger les façons dont la
violence faite aux femmes empêche leur participation au développement
à plusieurs niveaux. Ce travail a été publié à l'origine en anglais par le
"Center for Women's Global Leadership" en 1991. Cette version en
français a été publiée par UNIFEM en I992.
Plusieurs personnes ont participé à l'élaboration de ces travaux et
ont aussi aidé à la création du "Center for Women 's Global Leadership"
rendant ainsi possible cette publication. Elles sont nombreuses pour
être énumérées ici, mais nous remercions spécialement Susana Fried,
Niamh Reilly, Diana Gerace, Cici Kinsman, Lori Heise, Susan Holcombe,
Sharon Capeling-Alakija, Marilyn Carr, Mélanie Roth and Joanne Sandler,
qui ont toutes joué un rôle primordial dans la parution de cette
publication. Nous remercions en plus Amnesty International, UNIFEM
et Women, Ink qui ont bien voulu permettre que leurs traductions
puissent être éditées. Finalement, je remercie Neida Jiménez et Linda
Posluszny pour leur insistance sur la publication de traductions de cette
brochure, et particulièrement Ciotilde Twagiramariya et Claudia Hinojosa
pour leurs efforts à garder dans cette traduction le sens féministe du
texte.

Charlotte Bunch
Directrice, Center for Women's Global Leadership
Douglass Collège, Rutgers University
CHARLOTTE BUNCH

LES DROITS DES FEMMES EN TANT


QUE DROITS HUMAINS:
VERS UNE RÉ-VISION DES
"DROITS DE L'HOMME"

Des quantités significatives de la population mondiale sont


régulièrement assujetties à la torture, à l'inanition, à des humiliations, à
des mutilations et, même, au meurtre, simplement parce qu'elles sont
des femmes. De tels crimes contre un groupe quelconque autre que
les femmes seraient reconnus non seulement comme une urgence
civile et politique, mais aussi bien comme une violation flagrante de
l'humanité des victimes. Pourtant, malgré un dossier clair des morts et
des abus démontrables, les droits des femmes ne sont pas
communément classifiés comme Droits Humains. Ceci est
problématique à la fois théoriquement et pratiquement parce qu'il a de
graves conséquences sur la manière dont la société voit et traite les
questions des vies des femmes. Cet article pose la question de savoir
pourquoi les droits des femmes et les Droits Humains sont-ils perçus
comme distincts; considère les implications politiques de ce schisme
et discute diverses approches pour un changement.
Les Droits Humains des femmes sont violés de diverses manières
Bien entendu, les femmes endurent parfois des abus tels que la
répression politique, qui sont similaires aux abus endurés par les
hommes. Dans ces situations, les victimes féminines sont souvent
invisibles parce que l'image dominante de l'acteur politique dans notre
monde est masculine. Cependant, beaucoup de violations des Droits
Humains des femmes sont liées distinctement au fait d'être femme,
c'est-à-dire que les femmes subissent la discrimination et les abus sur
la base de leur genre. Les femmes subissent aussi des abus sexuels
dans des situations où leurs autres Droits Humains sont également
violés; c'est le cas, par exemple, des prisonnières politiques ou des
groupes ethniques persécutés. Dans cet article, j'aborde ces abus dans
lesquels le genre et un facteur primaire ou associé, parce que les abus
liés au genre ont été extrêmement négligés et présentent le plus grand
défi dans le champ des "Droits de l'Homme" aujourd'hui.
Le concept des Droits Humains est une des quelques visions
morales auxquelles la communauté internationale souscrit. Bien que
celle-ci ne soit pas universellement d'accord sur son étendue, cela fait
vibrer des cordes sensibles et suscite une réaction de réponse chez
beaucoup. La promotion des Droits Humains est un but largement
accepté et fournit, ainsi, un cadre utile pour la poursuite du redressement
des abus liés au genre. De plus, c'est l'un des quelques concepts qui
appelle à un activisme transnational et s'intéresse globalement aux
vies des personnes. La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme1,
adoptée en 1948, symbolise cette vision mondiale et donne une large
définition des Droits Humains. Bien qu'on ne dit pas grand chose au
sujet des femmes, l'article 2 déclare que: "Chacun peut se prévaloir de
tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente
Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur,
de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre
opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou
toute autre situation". Eleanor Roosevelt et les femmes d'Amérique
Latine qui se sont battues pour que le mot sexe soit inclus et qu'il
passe dans la Déclaration avaient clairement l'intention d'adresser le
problème de la subordination des femmes.2
Depuis I948, la communauté mondiale a continuellement débattu
des interprétations variées des "Droits de l'Homme" en réponse à des
développements mondiaux. On a cependant peu discuté les questions
de genre et, seulement récemment, des défis significatifs ont été lancés
à une vision de "Droits de l'Homme" qui exclue une grande part des
expériences des femmes. Le concept de "Droits de l'Homme", comme
toutes les visions vibrantes, n'est ni statique ni la propriété d'un groupe
quelconque; sa signification s'étend plutôt au fur et à mesure que les
gens revoient leurs besoins et espoirs en relation avec lui. Dans cet
esprit, les féministes redéfinissent les abus des Droits Humains pour y
inclure la dégradation et la violation des femmes. Les expériences
spécifiques des femmes doivent être ajoutées aux approches
traditionelles des "Droits de l'Homme", en vue de rendre les femmes
plus visibles et de transformer le concept et la pratique des "Droits de
l'Homme" dans notre culture, afin qu'ils tiennent mieux compte des
vies des femmes.
Dans cet article, je vais explorer à la fois l'importance et la difficulté
de lier les droits des femmes aux Droits Humains, et je vais ensuite
esquisser quatre approches de base qui ont été utilisées dans l'effort
pour établir ce rapport.

AU-DELA DE LA RHETORIQUE,
LES IMPLICATIONS POLITIQUES.

Peu de gouvernements font juste preuve de plus qu'un engagement


rhétorique à l'égalité des femmes comme Droits Humains de base dans
leur politique intérieure ou étrangère. Aucun gouvernement ne détermine
sa politique envers les autres pays sur la base de la façon dont ils
traitent les femmes, même quand certaines décisions d'aide ou
commerciales sont soi-disant basées sur le dossier d'un pays en matière
de "Droits de l'Homme". Parmi les Organisations Non-
Gouvernementales, les femmes sont rarement une priorité et les
programmes de la "Journée des Droits de l'Homme" du 10 décembre
comprennent rarement une discussion de questions telles que la
violence contre les femmes ou les droits reproductifs. Quand on suggère
que les gouvernements et les organisations des " Droits de l'Homme"
devraient réagir aux droits des femmes comme à des questions qui
méritent une telle attention , nombre d'excuses, entre autres les
suivantes, sont avancées, selon lesquelles cela ne peut être réalisé:
(1) La discrimination sexuelle est trop triviale ou viendra après des
questions plus importantes de survie, requérant une attention plus
sérieuse. (2) Les abus contre les femmes, bien que regrettables, sont
une question culturelle, privée ou individuelle et non une question
politique requérant l'action de l'Etat. (3) Bien qu'appropriés pour d'autres
actions, les droits des femmes ne sont pas en eux-mêmes des "Droits
de l'Homme". (4) Quand des abus contre les femmes sont reconnus,
ils sont considérés inévitables ou tellement diffus, que toute
considération qu'on y porte est futile ou risque de remplacer d'autres
questions des "Droits de l'Homme". Il est important de contester ces
réponses.
La définition étroite des "Droits de l'Homme", reconnue par
beaucoup à l'Occident comme seulement une question de violation
par l'Etat des libertés civiles et politiques, empêche de considérer les
droits des femmes. Aux Etats-Unis, le concept a été encore plus limité
par certains qui l'ont utilisé comme une arme pendant la guerre froide,
presque exclusivement pour contester les violations des Droits Humains
perpétrées dans les pays communistes. Même à cette période,
beaucoup d'abus qui affectèrent les femmes, tels que la grossesse
forcée en Roumanie, étaient ignorés.
Certains aspects importants des droits des femmes entrent dans
le cadre des libertés civiles, mais une part importante des abus contre
les femmes fait partie d'une trame socio-économique plus grande qui
prend les femmes au piège, les rendant plus vulnérables à des abus
qui ne peuvent être décrits comme exclusivement politiques ou
seulement causés par les Etats. L'inclusion des "Droits de l'Homme"
socio-économiques ou de "deuxième génération" comme les droits à
la nourriture, au logement et au travail -qui sont clairement décrits
comme part de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme- est
fondamentale pour adresser pleinement des problèmes des femmes.
De plus, assumer que les Etats ne sont pas responsables pour la plupart
des violations des droits des femmes, c'est ignorer que de tels abus,
bien que peut-être commis par des particuliers, sont souvent excusés
ou même sanctionnés par les Etats. Je reviendrai sur la question de la
responsabilité des Etats après avoir répondu aux autres instances qui
résistent au fait que les droits des femmes sont des Droits Humains.
Le mythe le plus insidieux au sujet des droits des femmes est
qu'ils sont considérés comme triviaux ou secondaires par rapport à
des questions de vie ou de mort. Rien ne pourrait être plus éloigné de
la vérité; le sexisme tue. Il existe une documentation de plus en plus
croissante sur les différentes manières dont être une femme peut mettre
la vie en danger. Voici quelques exemples:
• Avant la naissance: l'amniocentèse est utilisée pour la sélection du
sexe conduisant à l'avortement de plus de foetus femelles à des
taux pouvant aller jusqu'à 99% à Bombay, en Inde. En Chine et en
Inde, les deux nations les plus peuplées, plus de garçons que de
filles naissent, bien que le rapport de naissances naturelles aurait
donné plus de filles.3
• Pendant l'enfance: l'Organisation Mondiale de la Santé rapporte que
dans de nombreux pays, des filles sont moins nourries, allaitées au
sein pendant des périodes plus courtes, emmenées chez le docteur
moins fréquemment, et meurent ou sont physiquement et
mentalement mutilées par la malnutrition dans de plus grandes
proportions que les garçons.4
• A l'âge adulte: le déni des droits des femmes à contrôler leur corps
dans la réproduction menace leur vie, particulièrement quand s'y
ajoute la pauvreté et des services de santé insuffisants. En Amérique
7
Latine, les complications liées aux avortements illégaux sont la cause
principale du décès des femmes entre quinze et trente-neuf ans. 5
La discrimination sexuelle tue les femmes quotidiennement. Quand
elle est combinée à l'oppression d'une race, classe ou à d'autres formes
d'oppression, elle constitue, à grande échelle, un déni total du droit
des femmes à la vie ou à la liberté à travers le monde. La violation des
femmes la plus répandue est la violence contre les femmes dans toutes
ses manifestations; de la violence domestique à l'inceste et au viol,
aux mortes pour la dot6 et aux mutilations génitales7 et à l'esclavage
sexuel des femmes. Ces abus se produisent dans chaque pays et se
rencontrent à la maison et au travail, dans la rue, sur les campus, dans
les prisons et les camps des réfugiés. Ils dépassent les limites de
classes, races, âges et nationalités et, en même temps, les formes
que prend cette violence renforcent souvent d'autres oppressions telles
que le racisme, l'impérialisme et la discrimination des personnes
handicapées. Cas frappant: Pour pouvoir nourrir leur familles, les
femmes pauvres des bordels situés autour des bases militaires
américaines dans des endroits tels que les Philippines portent le fardeau
de l'impérialisme sexuel, racial et national, et souvent du viol brutal de
leurs corps.
Une revue même rapide de statistiques prises au hasard révèle
que l'étendue de la violence contre les femmes est stupéfiante.
• Aux Etats-Unis, les voies de fait sont la cause principale de lésions
chez les femmes adultes et un viol est commis toutes les six minutes.8
• Au Pérou, 70% de tous les crimes rapportés à la police impliquaient
des femmes battues par leurs partenaires; et à Lima ( une ville de 7
millions de personnes), 168.970 cas de viol ont été rapportés en
1987 seulement.9
• En Inde, huit épouses sur dix sont victimes de la violence, soit voies
de fait domestiques, abus liés à la dot ou pour les moins fortunées,
le meurtre. 10
• En France, un pourcentage élevé des victimes de violence sont des
femmes; 51 % des mains d'un mari ou d'un amant. Des statistiques
similaires en provenance des endroits divers tels que le Bangladesh,
le Canada, le Kenya et la Thaïlande démontrent que plus de 50%
des homicides touchant des femmes ont été commis par des
membres de leurs familles. 11
Là où elles sont enregistrées, les voies de fait domestiques
comprennent de 40 à 80% de femmes battues, souvent de manière
répétée, indiquant que la maison est l'endroit le plus dangereux pour
les femmes et fréquemment le siège de cruauté et de torture. Comme

8
le meurtre de Carol Stuart à Boston en 1989 l'a démontré, des attitudes
sexistes et racistes aux Etats-Unis camouflent souvent la véritable
menace pour les femmes; une femme est assassinée par un mari ou
un amant tous les 22 jours à Massachusetts.12
De tels chiffres ne reflètent pas l'étendue complète du problème
de la violence contre les femmes, la plus grande part restant cachée.
Pourtant, au lieu d'être reconnue comme un conflit mondial majeur,
cette violence est acceptée comme normale ou même rejetée comme
étant un problème culturel ou individuel. Georgina Ashworth note que:
"La plus grande restriction de la liberté, de la dignité ou de mouvement
et, en même temps, la violation directe de la personne est la menace
et la réalisation de la violence.. . Cependant, la violence contre le
sexe féminin, sur une échelle qui excède de loin la liste des victimes
établie par Amnesty International, est publiquement tolérée. En effet,
certains actes de violation ne sont pas des crimes au regard de la loi,
d'autres sont légitimés par la coutume ou l'opinion du tribunal, et la
plupart sont blâmés sur les victimes elles-mêmes."13

La violence contre les femmes est une pierre de touche qui illustre
les limites du concept des "Droits de l'Homme" et souligne la nature
politique des abus contre les femmes. Comme Lori Heise l'affirme:
" Cette violence n'est pas un hasard . . . Le facteur à risque est le fait
d'être femme."14 Les victimes sont choisies à cause de leur genre . La
domination est le message: "reste à ta place ou tremble". Contrairement
à l'argument selon lequel une telle violence n'est que personnelle ou
culturelle, elle est profondément politique. Elle résulte des relations
structurelles du pouvoir, de la domination et des privilèges entre les
hommes et les femmes dans la société. La violence contre les femmes
est au centre du maintien de ces relations politiques à la maison, au
travail et dans toutes les sphères publiques.
Faute de voir l'oppression des femmes comme politique, nous
sommes conduits à exclure la discrimination sexuelle et la violence
contre les femmes de l'agenda des organisations des "Droits de
l'Homme". La subordination des femmes est si profondément enracinée
qu'elle est encore perçue comme inévitable ou naturelle, plutôt que
comme une réalité politiquement construite, maintenue par les intérêts
patriarchaux, l'idéologie et les institutions. Mais je ne crois pas que la
violation des femmes par les hommes soit inévitable ou naturelle. Une
telle croyance requiert une vue étroite et pessimiste des hommes. Si la
violence et la domination sont comprises comme des réalités
politiquement construites, il est possible d'imaginer de démolir ce
système et bâtir des interactions plus justes entre les sexes.

9
Le champ d'action de cette lutte politique à propos de ce qui
constitue les droits des femmes est leur corps. L'importance du contrôle
sur les femmes peut être vu dans l'intensité de la résistance à des lois
ou à des changements sociaux qui mettent entre les mains des femmes
le contrôle de leur corps tels que: les droits reproductifs, la liberté
sexuelle qu'elle soit hétérosexuelle ou lesbienne, les lois qui criminalisent
le viol entre les époux, etc. Le déni des droits reproductifs et
l'homophobie sont aussi des moyens politiques de maintenir le contrôle
sur les femmes et de perpétuer les rôles des sexes et d'un pouvoir qui
a des implications en matière de Droits Humains. L'abus physique des
femmes rappelle cette domination territoriale et est parfois accompagné
par d'autres formes d'abus des Droits Humains tels que l'esclavage
(prostitution forcée), le terrorisme sexuel (viol), l'emprisonnement
(réclusion à la maison) et la torture (voies de fait systématiques). Certains
cas sont extrêmes, tels que celui des femmes en Thaïlande qui
moururent dans un incendie de bordel parce qu'elles étaient enchaînées
à leur lit. La plupart des situations sont plus ordinaires, comme refuser
aux femmes une éducation ou un emploi convenable, ce qui les laisse
en proie à des mariages abusifs, à l'exploitation au travail et à la
prostitution.
Cela soulève une fois de plus la question de la responsabilité de
l'Etat pour protéger les droits des femmes. Les féministes ont montré
comment la distinction entre les abus privés et publics est une
dichotomie souvent utilisée pour justifier la subordination des femmes
à la maison. Les gouvernements règlent de nombreuses questions
dans les sphères familiales et individuelles. Par exemple, les activistes
des "Droits de l'Homme" font pression sur les Etats pour prévenir
l'esclavage ou la discrimination raciale et la ségrégation, même quand
celles-ci sont conduites en privé ou proclamées être des traditions
culturelles comme dans le Sud des Etats-Unis ou en Afrique du Sud.
Les vraies questions sont: 1) qui décide quels sont les Droits Humains
légitimes? et 2) quand l'Etat devrait-il intervenir et pour quelles raisons?
Riane Eisler argumente que:
"La question est quels types d'actes privés sont et ne sont pas
protégés par le droit à l'intimité et / ou le principe de l'autonomie de
la famille. Et même plus spécifiquement, la question est si les violations
des Droits Humains à l'intérieur de la famille, telles que la mutilation
génitale, l'action de battre sa femme, et d'autres formes de violence
destinées à maintenir le contrôle patriarchal, devraient être du ressort
de la théorie et de l'action des Droits Humains. Le problème sous-
jacent sur la théorie des Droits Humains, comme dans d'autres

10
champs théoriques, est que l'instrument de mesure qui a été
développé pour définir et mesurer les 'Droits de l'Homme' a pris le
mâle pour norme."15

La communauté des "Droits de l'Homme" doit aller au-delà des


normes définies par les mâles afin de répondre mondialement à la
violation brutale et systématique des femmes. Cela ne signifie pas que
tout groupe des "Droits de l'Homme" doive modifier le foyer de son
travail. Cependant, cela requiert l'examen des préjugés patriarchaux
et de reconnaître les droits des femmes en tant que des Droits Humains.
Les gouvernements doivent chercher à mettre un terme à la guerre
aux femmes construite politiquement et culturellement plutôt que de la
perpétuer. Chaque Etat a la responsabilité d'intervenir dans les abus
des droits des femmes à l'intérieur de ses frontières et mettre un terme
à la complicité avec les forces qui commettent de telles violations dans
d'autres pays.

VERS L'ACTION: APPROCHES PRATIQUES.

La classification des Droits Humains est plus qu'un problème de


sémantique parce qu'elle a des conséquences politiques pratiques.
Les "Droits de l'Homme" sont encore considérés comme étant plus
importants que les droits des femmes. La distinction perpétue l'idée
que les droits des femmes sont moins importants que les droits des
hommes et, comme Eisler le décrit: "sert à justifier des pratiques qui
n'accordent pas aux femmes un statut complet et égal."16 Aux Nations-
Unies, la Commission des Droits de l'Homme a plus de pouvoir pour
entendre les cas et faire des investigations que la Commission sur le
Statut des Femmes, plus de personnel, un budget plus élevé et de
meilleurs mécanismes pour mettre en oeuvre ses conclusions. Ainsi,
cela fait une différence sur l'attitude à adopter, si un cas est jugé être
une violation des droits des femmes et non des "Droits de l'Homme".17
La détermination du statut des réfugiés illustre comment la définition
des Droits Humains affecte la vie des gens. L'Association Néerlandaise
des Réfugiés, dans ses efforts de pionnier pour convaincre d'autres
nations à reconnaître la persécution sexuelle et la violence contre les
femmes comme des justifications pour offrir le statut de réfugié, a
découvert que certains gouvernements européens prendraient en
compte la persécution sexuelle comme aspect d'autres formes de
répression, mais aucun n'y fonderait le statut de réfugié en soi.18 Les
implications d'une telle distinction sont claires quand on examine une

11
situation telle que celle des femmes du Bangladesh qui, ayant été violées
pendant la guerre avec le Pakistan, ont par la suite connu la mort des
mains de parents mâles pour préserver "l'honneur de la famille". Les
puissances occidentales se déclarèrent indignées mais n'offrirent pas
l'asile à ces victimes d'abus des Droits Humains.
J'ai observé quatre approches de base pour lier les droits des
femmes aux Droits Humains. Ces approches sont ici présentées
séparément afin d'identifier chacune plus clairement. En pratique, ces
approches se chevauchent souvent et, tandis que chacune pose des
questions sur les autres, je les perçois comme complémentaires. Ces
approches peuvent être appliquées à de nombreuses questions mais
je vais les illustrer essentiellement en termes de comment elles adressent
la violence contre les femmes afin de montrer les implications de leurs
différences sur une question concrète.

1. Les Droits des Femmes en tant que Droits Civils et


Politiques. Prendre les besoins spécifiques des femmes en
considération comme faisant partie des Droits Civils et Politiques de
"première génération" est la première approche. Cela implique à la fois
accroître la visibilité des femmes qui subissent des violations générales
des Droits Humains, aussi bien que d'attirer l'attention sur les abus
particuliers auxquels les femmes sont confrontées parce qu'elles sont
des femmes. Ainsi, les questions de violence contre les femmes sont
souvent soulevées quand elles sont liées à d'autres formes de violation
telles que la torture sexuelle des prisonnières politiques d'Amérique du
Sud. 19 Des groupes tels que la Force d'Action pour les Femmes
d'Amnesty International ont adopté cette approche en poussant
Amnesty à lancer une campagne en faveur des femmes prisonnières
politiques qui adresserait les abus sexuels et le viol des femmes en
prison, le manque de soins maternels en détention et les abus des
Droits Humains contre leurs enfants qui en résultent.
Documenter les problèmes des femmes réfugiées et développer
des politiques adaptées sont d'autres illustrations de cette approche.
Les femmes et les enfants forment plus de 80% de la population des
camps de réfugiés; pourtant, peu de politiques concernant les réfugiés
sont spécialement créées pour faire face aux besoins de ces populations
vulnérables qui subissent des abus sexuels considérables. Par exemple,
dans un camp où les rations étaient allouées aux hommes, certains
donnaient de la nourriture aux femmes et à leurs enfants en échange
de faveurs sexuelles. La révélation de cet abus a conduit à de nouveaux
règlements qui ont permis l'allocation de la nourriture directement aux
femmes.20

12
L'approche des Droits Civils et Politiques est un point de départ
utile pour beaucoup de groupes des Droits Humains. En considérant
les expériences des femmes , ces groupes peuvent étendre leurs efforts
à des domaines où ils travaillent déjà. Cette approche révèle aussi des
contradictions qui montrent les limites d'une vue étroite des libertés
civiles. Une des contradictions est de définir le viol comme un abus
des Droits Humains quand il se produit sous la garde de l'Etat mais
non dans la rue ou la maison. Une autre est de dire qu'une violation de
la liberté de parole existe quand quelqu'un est emprisonné pour avoir
défendu les droits des homosexuels mais pas quand quelqu'un est
emprisonné ou même torturé ou tué à cause de son homosexualité.
Ainsi, bien que cette approche d'ajouter les femmes et de les mêler à
des catégories de "Droits de l'Homme" de la "première génération" est
utile, elle ne saurait être suffisante en soi.

2. Les droits des femmes comme droits socio-économiques.


La deuxième approche inclue la condition particulière des femmes eu
égard aux "Droits de l'Homme" de la "deuxième génération" tels que le
droit à la nourriture, au logement, aux soins médicaux et au travail.
C'est une approche favorisée par ceux qui perçoivent la dominante
tradition occidentale des "Droits de l'Homme" et de la loi internationale
comme trop individualiste et qui identifient l'oppression des femmes
comme purement économique.
Cette tendance trouve ses origines chez les socialistes et les
travaillistes qui ont argumenté depuis longtemps que les droits politiques
des hommes n'ont pas pour beaucoup grande signification s'ils ne
sont accompagnés de droits économiques. Elle met l'accent sur la
primauté de la nécessité de mettre un terme à la subordination
économique des femmes comme clé aux autres questions, y compris
la vulnérabilité des femmes à la violence. Ce point de vue particulier a
conduit à travailler sur des questions telles que le droit des femmes de
s'organiser en tant que travailleuses et l'opposition à la violence sur le
lieu de travail, spécialement dans des situations telles que les zones de
libre-échange, qui ont visé les femmes comme main-d'oeuvre bon
marché et non-organisée. Un autre foyer de cette approche a été de
souligner la féminisation de la pauvreté ou ce qui devrait plutôt être
appelé l'appauvrissement croissant des femmes. La pauvreté ne touche
pas que les femmes, mais les femmes forment maintenant un plus
grand pourcentage des pauvres.
Considérer les droits des femmes dans le contexte du
développement socio-économique est un autre exemple de cette

13
approche. Les peuples du Tiers-Monde ont appelé à une
compréhension du développement socio-économique comme une
question des Droits Humains21. Dans cette perspective, certains ont
cherché à intégrer les droits des femmes dans le développement et
ont examiné les besoins spécifiques des femmes en relation avec des
domaines tels que la propriété de la terre ou l'accès au crédit. Parmi
ceux qui travaillent sur les femmes dans le développement, il y a un
intérêt croissant sur la violence contre les femmes à la fois comme un
problème de santé et de développement. Si la violence est perçue
comme ayant des conséquences négatives sur la productivité sociale,
elle peut attirer plus d'attention. Ce type de mesure économique étroite
ne devrait cependant pas déterminer si une telle violence est perçue
comme un problème du ressort des Droits Humains. La violence comme
question de développement est liée au besoin de comprendre le
développement, non seulement comme un problème économique, mais
aussi comme une question de prise de pouvoir et de croissance.
Une des limitations de cette seconde approche a été la tendance
à réduire les besoins des femmes à la sphère économique, ce qui
implique que les droits des femmes seront un résultat automatique du
développement du Tiers-Monde ou du socialisme. Cela n'a pas été
prouvé être le cas. Beaucoup travaillant à partir de cette approche
n'essaient plus d'ajouter les femmes à leurs modèles de développement
capitaliste occidental ou socialiste, mais cherchent plutôt un processus
de développement transformateur qui crée des liens entre les prises
de pouvoir politique, économique et culturel par les femmes.

3. Les droits des femmes et la loi. La création de nouveaux


mécanismes juridiques pour contrer la discrimination sexuelle
caractérise la troisième approche des droits des femmes en tant que
Droits Humains. Ces efforts cherchent à faire travailler les institutions
juridiques et politiques existantes pour les femmes et à étendre la
responsabilité de l'Etat pour la violation des droits des femmes. Les
lois locales et nationales qui adressent la discrimination et la violence
contre les femmes sont des exemples de cette approche. Ces mesures
permettent aux femmes de se battre pour leurs droits à l'intérieur du
système juridique. La principale illustration internationale est la
Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à
l'égard des femmes .22
La Convention a été décrite comme "essentiellement une
déclaration des droits pour les femmes et un cadre pour la participation
des femmes dans le processus de développement... ce qui épèlle

14
les principes et les normes internationalement acceptés pour atteindre
l'égalité entre hommes et femmes".23 Adoptée par l'Assemblée Générale
de l'ONU en 1979, la Convention a été signée ou ratifiée par 104 pays
à compter de janvier 1990. En théorie, ces pays ont l'obligation de
mettre en oeuvre des politiques en accord avec elle et de rapporter de
leur conformité au Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard
des femmes.
Tandis que la Convention adresse de nombreuses questions se
rapportant à la discrimination sexuelle, une de ses faiblesses est de ne
pas directement adresser la question de la violence contre les femmes.
Le Comité a passé une résolution à sa huitième session à Vienne en
1989, exprimant la préoccupation que cette question soit portée à
l'agenda et instruisant les Etats d'inclure dans leurs rapports périodiques
des informations sur les statistiques, la législation et les services de
soutien dans ce domaine.24 Le Secrétariat du Commonwealth dans
son manuel sur le processus suivi par les rapporteurs de la Convention
interprète aussi le problème de la violence contre les femmes comme
"clairement fondamental à l'esprit de la Convention", particulièrement
dans l'article 5, qui appelle à une modification des modèles sociaux et
culturels, des rôles des sexes, et des stéréotypes qui sont basés sur
l'idée de l'infériorité ou de la supériorité de l'un ou l'autre sexe.25
La Convention trace les grandes lignes d'un agenda précis des
Droits Humains pour les femmes qui, si accepté par les gouvernements,
marquerait un énorme pas en avant. Il porte malheureusement en lui
les limitations de tels documents internationaux qu'il y a très peu de
pouvoir pour exiger sa mise en oeuvre. Au sein de l'ONU, elle n'est pas
généralement considérée comme une convention forte, comme
l'illustrent les difficultés rencontrées par le Comité pour l'élimination de
la discrimination à l'égard des femmes pour obtenir que les pays
rapportent de leur conformité à ses provisions. De plus, elle est encore
traitée par les gouvernements et la plupart des Organisations Non-
Gouvernementales comme un document traitant des droits des femmes
(lisez "secondaires"), et non des Droits Humains. Néanmoins, c'est un
exposé utile des principes endorsés par les Nations-Unies autour
desquels les femmes peuvent s'organiser pour accomplir des
changements juridiques et politiques dans leurs régions.

4. Transformation Féministe des "Droits de l'Homme." Trans-


former le concept des "Droits de l'Homme" à partir d'une perspective
féministe, afin qu'il tienne plus en compte des vies des femmes, est la
quatrième approche. Cette approche pose la question de voir comment

15
les droits des femmes se rapportent aux Droits Humains, en considérant
premièrement les violations des vies des femmes et demandant ensuite
comment le concept des "Droits de l'Homme" peut changer pour
devenir plus conscient des femmes. Par exemple, la coalition GABRIELA
des femmes aux Philippines a déclaré simplement que les "droits des
femmes sont des Droits Humains" en lançant une campagne l'année
dernière. Comme l'a très bien expliqué Ninotchka Rosca, les membres
de la coalition ont vu que "les Droits Humains ne sauraient être réduits
à une question de processus légal et juste . . . Dans le cas des femmes,
les Droits Humains sont affectés par la perception traditionnelle de la
société en général de ce qui est convenable ou non pour les femmes."26
D'une manière semblable, un groupe de travail à la conférence de
l'Action de Surveillance Internationale des Droits de la Femme en 1990
a affirmé que: " La violence contre les femmes est un problème des
Droits Humains". Tandis que le travail dans les trois approches
précédentes est souvent fait à partir d'une perspective féministe, cette
dernière approche est la plus distinctement féministe avec sa position
centrée sur la femme et son refus d'attendre la permission d'une autorité
quelconque pour déterminer ce qui est ou n'est pas un problème de
Droits Humains.
Cette approche transformatrice peut être prise envers une question
quelconque mais ceux qui la suivent ont tendance à se concentrer
surtout sur les abus qui résultent essentiellement du genre, tels que les
droits reproductifs, l'esclavage sexuel des femmes, la violence contre
les femmes, et les "crimes familiaux" tels que les mariages forcés,
l'hétérosexualité obligatoire et la mutilation des femmes. Celles-ci sont
aussi des questions qui sont souvent rejetées comme n'étant pas
réellement des questions des Droits Humains. C'est donc le domaine
le plus rigoureusement contesté et qui requiert que les barrières soient
abattues entre le public et le privé, les responsabilités de l'Etat et les
responsabilités non-gouvernementales.
Ceux qui travaillent en vue de transformer cette vision des Droits
Humains à partir de cette perspective peuvent tirer partie du travail
d'autres qui ont élargi la compréhension des "Droits de l'Homme"
précédemment. Par exemple, deux décennies auparavant, le concept
de "disparition" comme abus des Droits Humains n'existait pas
Cependant, les femmes de la Place de Mai en Argentine n'ont pas
attendu une déclaration officielle mais se sont dressées pour demander
que l'Etat soit comptable de ces crimes. Ce faisant, elles ont créé un
contexte permettant d'élargir le concept de responsabilité des morts
aux mains d'escadrons de la mort paramilitaires ou de droite qui, même
si elles n'ont pas été perpétrées par les Etats, ont été rendues possibles

16
par celui-ci. Un autre exemple aux Etats-Unis est le concept qui se
développe que les violations des droits civils comprennent les "crimes
de haine"; c'est- à-dire de la violence qui est motivée par la race, ou
dirigée contre les homosexuels, les Juifs ou autres groupes minoritaires.
Beaucoup acceptent l'idée que les Etats ont une obligation de travailler
pour prévenir de tels abus de Droits Humains et obtenir que la violence
contre les femmes soit perçue comme un "crime de haine" est le but
poursuivi par certains.
Les applications pratiques de la transformation du concept des
"Droits de l'Homme" dans une perspective féministe ont besoin d'être
explorées plus longuement. Le danger de suivre uniquement cette
approche est la tendance à devenir isolé des autres groupes des "Droits
de l'Homme" et d'entrer en compétition avec eux parce qu'ils ont tant
résisté à adresser la discrimination et la violence dues au genre.
Pourtant, la plupart des femmes subissent des abus en raison de leur
sexe, race, classe, nation, âge, préférence sexuelle et politique comme
des facteurs en corrélation, et il y a peu de profit à les séparer comme
revendications concurrentes.
La communauté des "Droits de l'Homme" n'a pas besoin
d'abandonner d'autres questions mais devrait plutôt y incorporer les
perspectives de genre et voir comment elles élargissent les termes de
leur travail. En reconnaissant des problèmes tels que la violence contre
les femmes comme problèmes des Droits Humains, les activistes et
les théoriciens des "Droits de l'Homme" ne doivent pas nécessairement
les adopter comme tâches principales. Cependant, ils doivent
absolument ouvrir la porte à de nouvelles perspectives et cesser de
garder leurs prérogatives dans la détermination de ce qui est considéré
une question légitime des Droits Humains.
Comme mentionné avant, ces quatre approches se chevauchent
et beaucoup de stratégies pour le changement en mettent plus d'une
en oeuvre. Toutes ces approches contiennent des aspects de ce qui
est nécessaire pour accomplir les droits de la femme. A un moment où
des manières de penser dualistes et des vues de systèmes
économiques en compétition sont en question, la tâche créatrice est
de chercher des façons de relier ces approches et de voir comment
nous pouvons dépasser les vues exclusives sur ce dont les gens ont
besoin dans leurs vies. D'après un groupe féministe plus ancien, nous
avons besoin du pain et de rosés aussi. Les femmes veulent la nourriture
et la liberté, et la possibilité de vivre des vies dignes, libres de toute
domination et violence . Dans cette lutte, la reconnaissance des droits
des femmes en tant que Droits Humains peut jouer un rôle important.

17
NOTES

1. Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée le 10 décembre 1948,


G.A. Rés. 217A(III). Doc. ONU A/810(1948).
2. Blanche Wiesen Cook, "Eleanor Roosevelt and Human Rights: The Battle for
Peace and Planetary Decency," Edward P. Crapol, éd. Women and American
Foreign Policy: Lobbyists, Critics, and Insiders (New York: Greenwood Press,
1987), 98-118; Georgina Ashworth, "Of Violence and Violation: Women and
Human Rights," Change Thinkbook II (London, 1986).
3. Vibhuti Patel, In Search ofOurBodies: A Feminist Look at Women, Health and
Reproduction in India (Bombay: Shakti, 1987); Lori Heise, "International
Dimensions ot Violence Against Women," Response, vol. 12, no. 1 (1989) :3.
4. Sundari Ravindran, Health Implications of Sex Discrimination in Childhood
(Genève: Organisation Mondiale de la Santé, 1986) Ces problèmes et les
programmes sociaux pour les contrer sont discutés en détail dans "Gender
Violence: Gender Discrimination Between Boy and Girl in Parental Family," article
publié par CHETNA (Child Health Education Training and Nutrition Awareness)
Ahmedabad, 1989,
5. Debbie Taylor, éditrice, Women: A World Report, A New Intemationalist Book
(Oxford: Oxford University Press, 1985), 10. Voir Joni Seager et Ann Oison,
éditrices, Women in the World: An International Atlas (London: Pluto Press,
1986) pour plus de statistiques sur les effets de la discrimination sexuelle.
6. Fréquemment, un mari camouflera la mort d'une fiancée en suicide ou accident
afin de percevoir la dot convenue par les parents de la fiancée. Bien que la dot
soit maintenant illégale dans beaucoup de pays, des dossiers officiels de 1987
révélaient 1,786 morts pour la dot en Inde seulement, Voir Heise, note 3 ci-
dessus, 5.
7. Pour un examen détaillé de la pratique de la circoncision féminine, voir Alison T
Stack: "Female Circumcision: A Critical Appraisal," Human Rights Quarterly 10
(1988): 439.
8. Everett Koop, M.D. "Violence Against Women: A Global Problem," Présentation
par le Médecin Inspecteur Général du Service Public de la Santé des Etats-
Unis, Washington D.C., 1989.
9. Ana Maria Portugal, " Crônicade Una Violacôn Provocada?," Fempress especial
"Contraviolencia," Santiago, 1988; Seager et Oison, note 5 ci-dessus, 37; Heise,
Note 3 ci-dessus.
10. Ashworth, note 2 ci-dessus, 9.
11. "Violence Against Women in the Family" Centre pour le Développement Social
et les Affaires Humanitaires, Bureaux de l'ONU à Vienne, 1989,
12. Bella English, "Stéréotypes Led Us Astray," The Boston Globe, 5 janvier, 1990,
17, col. 3. Voir également les statistiques dans Women's International Network
News, 1989; Bureaux de l'ONU, note 11 ci-dessus; Ashworth, note 2 ci-dessus,
Heise, note 3 ci-dessus; et Fempress, note 9 ci-dessus.
13. Ashworth, note 2 ci-dessus, 8.

18
14. Heise, note 3 ci-dessus, 3.
15. Riane Eisler, "Human Rights: Toward an Integrated Theory for Action," Human
Rights Quarterly,9 (1987): 297. Voir également Alida Brill, Nobody's Business:
The Paradoxes ofPrivacy (New York: Addison-Wesley, 1990).
16. Eisler, note 15 ci-dessus, 29
17. Sandra Coliver, "United Nations Machineries on Women's Rights: How Might
They Better Help Women Whose Rights Are Being Violated?" dans Ellen L.
Lutz, Hurst Hannum, et Kathryn J. Burke, éditrices, New Directions in Human
Rights, (Philadelphie: University of Pennsylvania Press, 1989)
18. Marijke Meyer, "Oppresion of Women and Refugee Status," rapport non-publié
devant le Forum des ONG à Nairobi, Kenya, 1985 et "Sexual Violence Against
Women Refugees," Ministère des Affaires Sociales et du Travail, Hollande, Juin
1984.
19. Ximena Bunster décrit cela au Chili et en Argentine dans: "The Torture of Women
Political Prisoners: A Case Study in Female Sexual Slavery," dans Kathleen Barry,
Charlotte Bunch, et Shirley Castley, éditrices, International Feminism: Networking
Against Female Sexual Slavery (New York, International Women's Tribune Center,
1984).
20. Rapport présenté par Margaret Groarke devant un groupe de travail sur les
femmes, Congrès Régional d'Amnesty International de New-York, 24 février
1990.
21. Le discours féministe sur les Droits Humains peut tirer sur des perspectives du
Tiers-monde sur les Droits Humains, qui ne sont pas souvent bien connus dans
l'Occident, comme celles trouvées dans: Philip Alston (éditeur), International
Aspects of Human Rights (UNESCO, Paris, 1984); Smitu Kothari et Seithi Harsh
(éditeurs), Rethinking Human Rights (Lokayan, Delhi, 1989); José Zalaquett,
The Human Rights Issue and the Human Rights Movement (Worid Council of
Churches, Genève, 1981); et des articles dans beaucoup des publications telles
que Asian Newsletter on Human Rights et Boston Collège Third World Law
Journal. Rebecca J. Cook fait la liste de beaucoup de sources sur les femmes
et les Droits Humains internationalement dans "Bibliography: the International
Right to Nondiscrimination on the Basis of Sex," Yale Journal of International
Law, 14:161,1989.
22. Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard
des femmes, G. 'A. Rés. 34/180, N.U. Doc. A/Rés/34/180 (1980).
23. "The Convention on the Elimination of AH Forms of Discrimination Against
Women," Résumé de CEDAW préparé par International Women's Rights Action
Watch, Humphrey Institute of Public Affaire, Minneapolis, 1988.
24. CEDAW Newsletter, Third issue ( Avril 13, 1989), 2 (Summary of U.N. report on
the Eighth Session, U.N. Doc, A/44/38, Avril 14 1989).
25. "The Convention on the Elimination of Ail Forms of Discrimination Against Women:
The Reporting Process-A Manual for Commonwealth Jurisdictions," Secrétariat
du Commonwealth, Londres, 1989.
26. Discours de Ninotchka Rosca à la Conférence Régionale d'Amnesty International
à New-York, 24 février, 1990, 2.

19
ROXANNACARRILLO

LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES:


UN OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT

Ce que nous appelons développement humain est le processus qui


élargit l'éventail des possibilités offertes aux individus. Les aspects
cruciaux de ces divers choix sont: vivre longtemps et en bonne santé,
être instruit et disposer de ressources permettant un niveau de vie
convenable. S'y ajoutent aussi la liberté politique, la jouissance des
droits humains et le respect de soi. Un véritable développement
permet aux individus de faire ces choix.

1. Introduction

Dans les Rapports annuels sur le développement humain, qui


paraissent depuis 1990, le Programme des Nations-Unies pour le
Développement (PNUD) définit avec éloquence le nouveau concept de
développement économique et social international. Ces rapports
assignent une fonction d'indicateur aux aspects humains du
développement quand il s'agit d'évaluer les progrès accomplis vers le
développement. Cette nouvelle approche remet clairement en question
les méthodes d'évaluation des trois dernières décennies des Nations-
Unies pour le développement, qui s'appuyaient uniquement sur les
données statistiques de la croissance et du revenu national pour mesurer
les progrès réalisés. Avec le concept de développement humain, on
élargit le rôle des indicateurs et on cherche à savoir comment ils reflètent
la vie des individus, femmes et hommes. Ces indicateurs composites
concernent notamment les services de nutrition et de santé, l'accès
au savoir, la sécurité des revenus et les conditions de travail, la protection

20
contre la criminalité et la violence physique, la qualité des loisirs, la
participation des populations aux activités économiques, culturelles et
politiques de leur communauté, l'accès aux services essentiels.
Dans cette perspective, le développement a pour object de créer
un environnement qui offre aux individus la possibilité de vivre longtemps,
de rester en bonne santé et d'exprimer leur créativité.
La Décennie des Nations-Unies pour la femme (1976-1985) a mis
en relief l'importance décisive de l'activité des femmes pour le
développement économique et social. Cependant, après quinze années
d'efforts menés pour intégrer les femmes dans le cadre plus large du
développement, il est de plus en plus évident que leur participation
reste marginale et qu'elles profitent peu des programmes et des
politiques de développement. Les femmes continuent d'être
désavantagées au niveau de l'emploi, de l'éducation, de la santé et du
gouvernement.
Malgré la lenteur de cette évolution, la Décennie des Nations-Unies
pour la femme et toutes les activités qui visent de façon générale à
intégrer les femmes dans le développement, ont permis d'identifier les
obstacles essentiels qui s'opposent à la participation des femmes et
dont l'importance pour le développement n'avait pas été perçue
auparavant. La violence à l'égard des femmes est au nombre de ces
problèmes. La violence, lorsqu'elle n'était pas totalement ignorée ( elle
est souvent invisible), a pendant longtemps été considérée comme
relevant de la vie privée, de la famille et du contexte culturel, ou au
mieux, des politiques de protection sociale. Au sein du système des
Nations-Unies, le thème de la violence à l'égard des femmes avait été
abordé au départ dans une perspective de la paix mais on cherche
actuellement à rattacher cette question aux programmes en faveur des
droits humains. Il ressort de ces démarches que la violence exercée à
rencontre des femmes revêt une multiplicité de formes, mais qu'il n'est
pas possible de dresser un tableau complet de la situation. Nous
manquons encore de nombreux éléments pour connaître l'ampleur et
les incidences de ce problème sur le processus de développement lui-
même. L'absence de données statistiques fait partie des nombreuses
difficultés qui se posent pour évaluer les dimensions de ce probème.
Nous sommes cependant parvenus à un point où il est possible de
commencer à comprendre comment la violence, en tant que moyen
de contrôle, limite la participation des femmes au processus de
développement.
La prise de conscience du rôle crucial de la violence dans les
questions ayant trait aux femmes et au développement dans les pays

21
en développement a été suscitée par les initiatives locales des femmes
elles-mêmes, plutôt que par l'action des dirigeants ou des organismes
internationaux. Dans diverses régions du monde, on tend de plus en
plus à considérer que la violence est une question prioritaire et un
obstacle qui limite la participation des femmes et leurs chances de tirer
parti des projets de développement. Les femmes sont à l'avant-garde
des efforts déployés pour faire connaître au public les actes de violence
dont elles sont victimes, examiner ses causes et ses diverses
manifestations, ainsi que ses remèdes. L'association of Women Lawyers
en Ouganda, l'Association des Femmes de l'Asie et du Pacifique, le
Law and Developement Network, le Trinidad Râpe Crisis Centre, la
Commission interaméricaine des femmes ou le Mouvement pour les
droits des femmes de Fidji, sont autant de signes que les femmes des
pays en développement s'organisent pour inscrire la question de la
violence sexiste parmi les préoccupations nationales et pour montrer
de quelles façons ce problème entrave les efforts de développement.
Cette violence, qu'elle se manifeste sous les formes les plus brutales
et patentes ou de façon plus subtile, est une constante dans la vie de
toutes les femmes. En Amérique Latine, où l'organisation ISIS
International a recensé 109 projets de femmes qui sont consacrés à
divers aspects de ce problème1, les mouvements de femmes ont
officiellement décrété le 25 novembre journée publique de dénonciation
de la violence et de l'appel à l'action. Des initiatives analogues ont été
prises dans plusieurs autres pays du monde.
Selon une enquête mondiale menée en 1988 auprès des groupes
de femmes des pays en développement par MATCH International, une
ONG canadienne qui se consacre aux problèmes des femmes et du
développement, la violence contre les femmes est le problème le plus
fréquemment soulevé. Les groupes de femmes ont identifié l'impact
de cette violence sur le développement en l'illustrant par des faits
concrets, ceci a amené MATCH à conclure:

Les actes de violence à l'encontre des femmes dans le monde entier


portent atteinte à leur dignité d'être humain et les intimident.
Conditionnées à sous-estimer leurs capacités et leurs compétences
et paralysées par la peur -justifiée dans tes faits- des représailles
violentes qui les attendent si elles s'affirment, tes femmes sont
marginalisées dans la société et exclues du processus de prise de
décisions, décisions qui déterminent la forme que prendra le
développement au sein de leur collectivité... La violence contre les
femmes ne se limite pas à un seul pays. Ces dernières sont battues,
victimes de l'inceste, agressées et violées dans tous les pays du
monde, condamnées à l'excision en Afrique, assassinées pour leur

22
dot en Inde ou victimes de la militarisation aux Philippines.
Parallèlement à ces réalités, il importe également de mentionner leurs
chances d'emploi limitées, leur accès restreint à l'éducation, leur
isolement social et le harcèlement sexuel qui sont leur lot quotidien.
Les manifestations de la violence à l'égard des femmes revêtent
simplement des formes différentes en fonction des diverses réalités
sociales, économiques et historiques.2

2. Inscrire la violence faite aux femmes à l'agenda du


développement.

La violence sexiste n'affecte pas seulement les femmes pauvres


ou celles qui vivent dans des pays en développement, elle touche toutes
les femmes, et ce, dans le monde entier, indépendamment de leur
race et de leur niveau de revenu. Pourtant cette réalité est rarement
évoquée. Pour ce qui est des pays industrialisés, peu d'entre eux ont
entrepris des études empiriques qui pourraient nous fournir une base
d'informations fiables nous permettant de découvrir les dimensions
réelles de ce problème. Dans les pays en développement, à de très
rares exceptions près, telles que la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les
statistiques sont encore plus rares. Il ne faudrait toutefois pas sous-
estimer la gravité de ce problème. Lorsqu'on dispose de statistiques,
celles-ci témoignent avec éloquence de l'ampleur de la violence à l'égard
des femmes.

DES CHIFFRES REVELATEURS.

Les enquêtes et les statistiques officielles rendent compte de la


gravité de ce problème aux Etats-Unis, où l'on recense un viol toutes
les 6 minutes et où la violence conjugale constitue la principale cause
de blessure pour les femmes, avant les accidents de voiture, les viols
et les agressions.3 Des actes de violence sont commis au moins une
fois dans les deux tiers des mariages4, un couple sur huit admet que
les coups portés ont entraîné des blessures graves.5 La moitié des
femmes mariées sont victimes de brutalités, sous une forme ou une
autre, infligées par leur époux au cours de leur vie de couple,
indépendamment de leur race ou de leur situation socio-économique6,
et bon nombre des tentatives de suicide chez les femmes sont
l'aboutissement de violences répétées dont elles sont victimes.7
Trois études différentes ont montré que les femmes sont battues

23
même lorsqu'elles sont enceintes. Entre 25 et 62% des femmes
interrogées dans les refuges de femmes battues rapportent avoir été
battues lorsqu'elles étaient enceintes. D'après la police, entre 40 et
60% des appels, notamment pendant la nuit, concernent des disputes
conjugales. Une enquête menée à Kansas City, il y a vingt ans, rapportait
que dans 50% des cas d'homicide commis contre les femmes mariées,
les commissariats de police de la ville avaient reçu au moins cinq appels
téléphoniques d'urgence au cours des deux dernières années qui
avaient précédé le meurtre. A Cleveland, Ohio, sur une période de 9
mois, environ 15 000 appels reçus dans les commissariats concernaient
des problèmes de violence dans la famille ; mais seulement 700 de ces
cas avaient fait l'objet d'un rapport de police et seulement 460 d'entre
eux avaient abouti à une arrestation.8
Les statistiques venant d'autres pays industrialisés sont tout aussi
choquantes. En France, on rapporte que 95% des victimes de la
violence sont des femmes qui sont, pour 5 1 % des cas, battues par
leur époux. Au Danemark, 25% des femmes citent la violence comme
cause de divorce et une étude menée en 1984 sur la criminalité urbaine
dans sept grandes villes du Canada indiquait que 90% des victimes
étaient des femmes. Une femme sur quatre au Canada risque d'être
agressée sexuellement à un moment ou à un autre de sa vie, la moitié
des victimes étant âgées de moins de dix-sept ans.9
Les rapports des Nations-Unies soulignent également l'ampleur
de ce problème au sein de la famille. Une étude sur la violence, conduite
sur trois ans en Autriche à la demande de la Division de la Promotion
de la Femme, a révélé une incidence élevée de la violence conjugale
contre les femmes mariées; les statistiques officielles polonaises révèlent
la même réalité. D'après une analyse historique de la criminalité à la fin
du dix-neuvième siècle en Angleterre et au Pays de Galles, 50% des
victimes étaient tuées par leur époux, leur amant ou leur ami. La
comparaison avec les chiffres officiels actuels en Grande-Bretagne
indique que ce schéma n'a pas changé.10
En examinant l'étendue de ce problème dans le monde entier, on
peut se faire une idée du coût considérable qu'il représente pour le
développement. Bien que les statistiques sont incomplètes, les rares
informations nous parvenant des pays en développement, sont
choquantes.
Le Servicio Nacional de la Mujer nouvellement créé au Chili a choisi
d'accorder la priorité à la prévention de la violence au sein de la famille
dans ses programmes. D'après une enquête réalisée à Santiago, 80%

24
des femmes admettent être victimes de violences dans leur famille. La
fédération mexicaine des femmes syndicalistes rapporte que 95% des
femmes ayant un emploi sont la cible de harcèlement sexuel et elle
souligne que l'impunité accordée à ces actes d'agression contribue à
limiter l'entrée des femmes sur le marché du travail. Une enquête
nationale sur la violence dans les familles effectuée par la Law Reform
Commission de Papouasie-Nouvelle-Guinée, révèle qu'en moyenne
deux tiers des femmes vivant dans des régions rurales sont victimes
de la violence conjugale.11
Un rapport du Asian Women's Research and Action Network
indique qu'en Corée, plus de deux tiers des femmes sont régulièrement
battues par leurs maris12, tandis qu'au Nicaragua, 44% des hommes
admettent avoir battu leur femme ou leur amie13; on rapporte qu'en
Thaïlande, au moins 50% de l'ensemble des femmes mariées sont
régulièrement battues. Dans une étude sur la prostitution réalisée à
Cochabamba, Bolivie, 79% des filles ont déclaré qu'elles étaient
devenues prostituées pour survivre économiquement, après avoir été
violées par des hommes de la famille.14 En Inde, le nombre des crimes
perpétrés à rencontre des femmes a augmenté au cours de la dernière
décennie, alors que le nombre des condamnations a diminué et que le
taux de suicide des femmes a doublé entre 1987 et 1988. Une enquête
menée par un journal au Pakistan a révélé que 99% des femmes
travaillant à la maison et 77% des femmes travaillant à l'extérieur étaient
battues par leur mari. Ces violences prenaient les formes suivantes:
meurtres (y compris des femmes battues à mort ou brûlées), coups,
enlèvement, vente des femmes, harcèlement sexuel ou viol.15 D'autres
rapports16 indiquent également une incidence élevée de la violence
familiale dans des pays aussi différents que le Bangladesh, la Colombie,
le Kenya, le Koweït, le Nigeria, le Vanuatu et l'Ouganda.
Non seulement les femmes sont mutilées et affaiblies par la violence,
mais ce "fémicide" (la mort des femmes attribuable à la violence sexiste)
est également responsable du décès d'un grand nombre de filles dès
avant leur naissance. Amartya Sen a montré que les disparités sociales
et économiques entre les hommes et les femmes ont des conséquences
mortelles, en analysant la proportion de femmes et d'hommes dans
les pays les moins développés. Tandis qu'il y a 106 femmes pour 100
hommes en Europe et en Amérique du Nord, on trouve seulement 97
femmes pour 100 hommes dans l'ensemble des pays en
développement. Si l'on extrapole à certaines régions d'Asie, notamment
à l'Inde et à la Chine, le rapport hommes-femmes enregistré en Afrique

25
(1,02), qui est proche des chiffres des pays d'Europe et d'Amérique du
Nord (1,06), les résultats obtenus font frissonner. Compte tenu du
nombre d'hommes dans ces deux pays, l'Inde devrait avoir 30 millions
et la Chine 38 millions de femmes de plus qu'elles n'en ont. Bon nombre
de ces femmes qui "manquent à l'appel" ont disparu à cause de la
violence sexiste qui prend de multiples formes, allant de l'avortement
préférentiel des filles à la malnutrition et mort de faim sélective ou aux
maladies non soignées, aux assassinats motivés par la dot, etc. Sen
nous rappelle que les taux de mortalité et de survie reflètent directement
le niveau de soins ou de négligence et maltraitance, et sont influencés
par les interventions sociales et les politiques gouvernementales, et
que le développement doit donc clairement tenir compte des besoins
des femmes dans ce domaine.17
La violence à l'égard des femmes transcende les frontières
nationales, les idéologies, les classes sociales, les groupes raciaux et
ethniques. Mais les formes que prend cette violence sont souvent
culturels; il importe donc d'élaborer des programmes spécifiques et
adaptés pour l'éliminer, tant au plan local que national.

MESURES PRISES A L' ECHELLE INTERNATIONALE.

Les Nations-Unies ont commencé à reconnaître l'existence de la


violence à l'égard des femmes dans le cadre de la Décennie des
Nations-Unies pour la femme. Lors des trois Conférences mondiales
sur les femmes ( Mexico en 1975, Copenhague en 1980 et Nairobi en
1985) et des tribunes organisées parallèlement par les ONG, tous ceux
qui s'efforcent de soulever le problème de la violence ont exigé qu'on
accorde une attention plus grande aux obstacles qu'elle pose à la pleine
participation des femmes à la vie sociale . Les documents officiels qui
ont été rédigés à l'occasion de ces réunions condamnent
vigoureusement la discrimination dont sont victimes les femmes dans
tous les pays, régions et cultures, et sont un point de départ pour
envisager désormais la violence fondée sur le genre sous un angle
différent. Ces documents ont abouti à l'élaboration des Stratégies
prospectives d'action de Nairobi pour la promotion de la femme'18 qui
font état des préoccupations de la communauté internationale et
soulignent que les gouvernements et tous les membres de la société
ont le devoir d'éliminer la violence. Ces stratégies servent aujourd'hui
de base à l'élaboration de nouvelles politiques et stratégies s'attaquant
à ce fléau.

26
Les Stratégies prospectives d'action pour la promotion de la femme
demeurent le document le plus éloquent des Nations-Unies sur la
violence contre les femmes et ses liens avec les objectifs de
développement. Le paragraphe 258 de ces stratégies engage les
gouvernements à adopter des mesures de prévention et à créer des
services d'aide aux femmes victimes de violence. Cette résolution
reconnaît que les "femmes sont battues, mutilées, brûlées, victimes de
sévices sexuels et violées" et que cette violence "constitue un obstacle
majeur à la réalisation des objectifs de la Décennie et qu'elle devrait
recevoir une attention particulière".
Ce même document insiste sur l'importance qu'il y a à accorder
une formation spécialisée aux responsables de l'application des lois
concernant les crimes violents perpétrés à rencontre des femmes;
appelle à l'adoption de nouvelles lois visant à mettre fin à l'humiliation
des femmes victimes de violences sexuelles; soutient la promotion du
respect des droits humains des femmes, particulièrement en ce qui
concerne la violence dans la famille et dans la société; appuie des
méthodes préventives, notamment la création d'institutions d'aide
économique et autres; et recommande la mise en place de mécanismes
nationaux pour traiter du problème de la violence domestique. En plus
de l'assistance aux victimes de la violence contre les femmes dans la
famille et dans la société, le même document demande:

Les gouvernements devraient chercher à sensibiliser davantage le


public à ce problème de société qu'est la violence contre les femmes,
à adopter des mesures politiques et législatives pour en rechercher
les causes, prévenir et éliminer cette violence, notamment en
supprimant les images et les présentations dégradantes de la femme
dans la société, et enfin à encourager la mise au point de méthodes
d'éducation et de rééducation destinées aux responsables de cette
violence.'19

D'autres organes des Nations-Unies, tels que le Conseil


Economique et Social, ont également abordé cette question. Dans son
rapport présenté à la 32 ème session de la Commission sur la condition
de la femme, le Secrétaire Général des Nations-Unies déclarait que la
violence contre les femmes regroupait tous les actes d'agression
physique, sexuelle, psychologique et émotionnelle au sein de la famille,
le viol et les violences sexuelles , le harcèlement sexuel et le trafic des
femmes, la prostitution forcée et la pornographie, et que tous ces actes
avaient un dénominateur commun, à savoir: " le recours à la contrainte
pour forcer les femmes à agir contre leur volonté." Le Conseil ayant

27
demandé qu'on entreprenne des recherches sur cette question, la
Division pour la Promotion de la Femme, basée à Vienne, a convoqué
la "Réunion du Groupe d'experts sur la violence dans la famille, et plus
particulièrement ses conséquences pour les femmes". Les experts
réunis à cette occasion en 1986 ont rédigé un rapport intitulé: "La
violence contre les femmes dans la famille", qui passe en revue les
documents consacrés à la violence au sein de l'unité familiale.20
Néanmoins, tandis que les organes des Nations-Unies
commencent peu à peu à reconnaître que la violence à l'égard des
femmes constitue un problème pour la société en général, les liens
entre la violence et le développement sont souvent ignorés. Le défi
que doivent relever les organes concernés des Nations-Unies et le
Fonds de Développement des Nations-Unies pour les Femmes consiste
à intégrer la question de la violence à l'égard des femmes dans les
programmes du développement et à souligner le lien existant entre ces
deux problèmes.

DEVELOPPEMENT HUMAIN ET VIOLENCE.

En dépit des progrès significatifs réalisés sur la voie du


développement humain par de nombreux pays du Sud, notamment en
ce qui concerne l'espérance de vie, l'éducation et la santé, il est
indispensable de regarder de près la ventilation des statistiques en
fonction du genre. L'examen de ces indicateurs à l'échelle nationale, si
l'on tient compte des différences liées au genre, est très édifiant. Nulle
part dans le monde, les femmes ne jouissent des mêmes avantages
que les hommes et dans certaines régions, les écarts se sont
approfondis, de telle sorte qu'on est forcé de se demander si les efforts
de développement n'aboutissent pas inévitablement à désavantager
les femmes. Comme l'indique le Rapport sur le développement humain
de 1990:

Pour la plupart des sociétés, les femmes sont dévalorisées et


défavorisées par rapport aux hommes. Petites filles, elles ont moins
accès à l'éducation et parfois à la nourriture et aux soins de santé.
Adultes, elles reçoivent une éducation et une formation moindres,
travaillent un plus grand nombre d'heures pour un revenu inférieur et
ont peu ou pas de droit à la propriété.21

II est encore difficile d'analyser les liens entre développement et


genre dans une perspective centrée sur l'être humain, car trop peu de

28
statistiques sont ventilées en fonction du genre. Néanmois, le Rapport
sur le développement humain de 1990 propose une vision plus globale
du développement en tant que "processus qui élargit l'éventail des
possibilités offertes aux individus". Il est clair qu'il reste beaucoup à
faire pour offrir davantage de possibilités aux femmes. Pour réaliser un
développement favorable aux femmes, il sera indispensable que les
femmes prennent de l'assurance et s'affirment et qu'elles soient mieux
préparées à participer à tous les aspects de la vie sociale. La violence
à l'égard des femmes va directement à rencontre de ces objectifs. Elle
bouleverse la vie des femmes et les prive de tout choix. La violence
sape l'assurance des femmes et leur respect de soi à tous les niveaux,
physiquement et psychologiquement, elle met leur santé en danger,
les prive de leurs droits humains et les empêche de participer pleinement
à la société. Il ne peut y avoir de développement lorsqu'on empêche
les femmes de participer à un projet de développement par la menace
ou la violence, lorsqu'on les prive de revenus par la force ou lorsque la
menace de sévices sexuels les empêche de travailler ou d'assumer
une fonction publique.
La violence contre les femmes fait obstacle au développement de
diverses façons. D'abord, elle entrave l'épanouissement des femmes
elles-mêmes. Les femmes subissent la violence comme une forme de
contrôle qui limite leur capacité à faire des choix dans tous les domaines,
à la maison, à l'école, sur le lieu du travail et dans la plupart des lieux
publics. Des études de cas menées sur des femmes victimes de la
violence familiale au Pérou22 et des ouvrières de la confection dans les
"maquilas" au Mexique 23 , ont révélé que les hommes battent
fréquemment leur femme pour s'approprier le salaire qu'elles ont gagné.
En Indonésie, les femmes qui rentrent dans leur village se plaignent de
leur impuissance face au harcèlement et aux violences sexuelles qu'elles
ont dû endurer sur les lieux de travail.24
La violence à l'égard des femmes se traduit par diverses blessures,
coupures, contusions, fractures, lésions cérébrales, voire par le meurtre.
Les femmes souffrent également des effets psychologiques de la
violence. Le fait d'être exposé à des actes d'agression répétés a des
effets traumatisants et déstabilisants et peut faire perdre à une femme
toute son assurance, lui donner un sentiment d'impuissance et lui
enlever son autonomie. Sa performance au travail s'en ressent, elle est
fréquemment absente et risque donc de perdre son emploi. Dans le
pire des cas, une femme peut trouver la situation si intolérable qu'elle
finit par se suicider.

29
3. La violence contre les femmes: un obstacle au
développement.

La dépendance des femmes à l'égard des hommes, qui est


entretenue par la société, explique la vulnérabilité de ces dernières face
à la violence. Cette situation de dépendance est fréquemment d'ordre
économique et elle résulte de l'accumulation de diverses formes de
discrimination. La plupart des travaux effectués par les femmes, tâches
ménagères ou travaux agricoles, ne sont pas rémunérés, ni valorisés
par la société; pas plus qu'ils ne sont calculés dans le PNB ou
considérés comme une activité nationale productive. Les femmes qui
ont des emplois rémunérés, ont souvent des horaires de travail plus
longs que les hommes, occupent des emplois mal payés, ont moins
d'avantages sociaux et moins de sécurité de l'emploi.

ETAT DE DEPENDANCE DES FEMMES.

L'état de dépendance des femmes s'étend à d'autres domaines:


psychologique, social et culturel. Les femmes sont conditionnées à
penser que leur valeur dépend des hommes auxquels elles sont
apparentées ou liées au cours de leur vie, que ce soit leur père, leur
frère, leur mari ou leur fils; elles sont d'ailleurs souvent rejetées par la
société lorsqu'elles leur déplaisent ou leur désobéissent. Les femmes
apprennent à ne se valoriser qu'en répondant aux besoins et aux désirs
des autres, ce qui les conduit à se sentir en faute lorsque les hommes
les battent. Ce processus de socialisation est renforcé par des cultures
qui minimisent constamment l'importance des femmes, qui réduisent
leur sexualité à un simple produit de consommation et dévalorisent
leur travail et leur spécificité; leur identité est modelée par une société,
qui réduit leur rôle à une simple fonction biologique, tout en les accusant
toujours de provoquer ou de mériter la brutalité des hommes.
En raison de cette situation de dépendance socio-économique
et psychologique, il est très difficile aux femmes de sortir des situations
où elles sont victimes de violences familiales ou de harcèlement sexuel.
Souvent, dans les régions rurales, il est physiquement impossible aux
femmes de partir parce qu'elles n'en ont pas les moyens matériels et
qu'elles n'ont de fait nulle part où se réfugier; il n'existe aucun service
pour leur venir en aide. Un rapport du Secrétariat du Commonwealth
sur la violence familiale indique que, selon les experts, on ne peut

30
envisager la création d'un refuge ou centre d'accueil que dans des
villes d'au moins 10.000 habitants.25
Dans des régions urbaines, où il peut être plus facile pour les
femmes d'échapper à des relations violentes, elles n'ont souvent nulle
part où aller. Ceci met en relief le rapport entre violence familiale et le
nombre des sans-abris. Par exemple, 90% des occupantes d'un refuge
pour les femmes sans abri à Boston, ont été victimes de violence
conjugale, et les employés des centres d'accueil de New York citent
des taux comparables.26 Un rapport fiable souligne que le manque de
logement est une des raisons pour lesquelles les femmes restent ou
retournent auprès d'un mari violent.27 En outre, la violence elle-même
exacerbe la dépendance psychologique des femmes. Des études
menées dans plusieurs pays rapportent que l'escalade de la violence
sape chez ses victimes le respect de soi et leur capacité à agir.

REPERCUSSIONS SUR LA FAMILLE ET LES ENFANTS.

La violence à l'égard des femmes affecte également le


développement et le bien-être des enfants et des familles. D'après une
étude menée récemment sur les enfants des femmes battues au
Canada, ces derniers souffrent de stress post-traumatique et de troubles
fonctionnels, comportementaux et émotionnels.28 Certains experts
soutiennent que l'acceptation sociale de la violence par les enfants
commence dans la famille, où ils sont témoins de la violence du père à
l'égard de la mère ou lorsqu'ils en sont eux-mêmes victimes.29 Un film
sur les femmes battues en Papouasie-Nouvelle-Guinée montre un
enfant qui a des difficultés à l'école parce qu'il a été témoin d'une
scène de violence contre sa mère. Il apparaît de plus en plus clairement
que l'éducation des femmes est le meilleur moyen de réduire la mortalité
infantile.30 Le Rapport sur le développement humain de 1990 souligne
que le dividende social de l'alphabétisation des femmes est
généralement très élevé, comme en témoignent la diminution des taux
de mortalité infantile, l'amériolation de l'état nutritionnel de la famille, la
réduction de la fécondité et le ralentissement de la croissance
démographique, qui suivent immanquablement cette alphabétisation.
Que les femmes puissent prendre de l'assurance grâce à une meilleure
éducation et une diminution de la violence, et les répercussions de ce
changement sur les enfants et l'avenir d'un pays seront profondes et
durables.
La violence contre les femmes détruit les familles et, comme le

31
montre une étude menée par la Law Reform Commission de Papouasie-
Nouvelle-Guinée, elle peut aussi souvent avoir des conséquences
négatives à long terme pour le mari. Celui-ci peut en effet être blessé
ou même tué si sa femme se venge, il perd l'amour et le respect de sa
femme et de ses enfants et finalement perd toute sa famille. En
Papouasie-Nouvelle-Guinée, comme dans nombre de pays, la violence
est une des principales causes de divorce invoquée par les femmes.31

SANTE, SIDA ET VIOLENCE.

On reconnaît généralement que la santé joue un rôle clé pour le


développement. Il est prouvé que la violence infligée aux femmes a
des conséquences néfastes pour leur santé physique et mentale, et
pour leur survie même. Un rapport réalisé par les autorités sanitaires
des Etats-Unis souligne que les femmes battues sont de quatre à cinq
fois plus susceptibles d'avoir besoin d'un traitement psychiatrique ou
de se suicider. En outre, chaque année, environ un million de femmes
aux Etats-Unis sont obligées d'aller aux urgences pour y faire soigner
des blessures résultant des coups qu'elles ont reçus.
La liste est longue: contusions, commotions, fractures du nez, des
côtes et des membres, dents cassées, lésions du cou, lacérations,
plaies de coups de couteau, brûlures et morsures, blessures dues à
des coups de poings ou objets contondants, coups de pieds,
strangulations, chutes provoquées dans l'escalier, etc. Ce rapport
souligne que la violence contre les femmes représente "un fardeau
moral et économique considérable et impose d'énormes dépenses de
santé supplémentaire, dont notre société n'a pas les moyens"; une
intervention énergique est nécessaire de la part des autorités nationales,
départementales et communautaires, des législateurs et des conseils
municipaux, des services de police, des magistrats, des juges, des
contrôleurs judiciaires, des agents de la santé, du corps enseignant,
des médias, des églises et du clergé, des organisations non
gouvernementales, et notamment des organisations internationales,
lesquelles doivent clairement prendre conscience de ce problème et
jouer le rôle de premier plan qui leur revient.32
Avec la crise du SIDA, la discrimination sexuelle prend une nouvelle
dimension. En Afrique, où l'épidémie du SIDA a fait un nombre alarmant
de victimes, le pouvoir exercé par les hommes peut avoir des
conséquences mortelles pour les femmes de plusieurs façons. Un
rapport du ministère de la Santé en Ouganda révèle que les cas de

32
SIDA chez les filles âgées de 15 à 19 ans sont deux fois plus nombreux
que chez les garçons de la même tranche d'âge. Ces chiffres
témoignent de la conviction, très répandue chez les hommes, qu'ils
courent moins de risques d'infection par le virus du SIDA avec des
jeunes filles. Les traditions et les attitudes profondément ancrées, qui
justifient l'exploitation sexuelle des femmes par les hommes, sont
maintenant responsables de la transmission du virus par viol, inceste
et d'autres relations sexuelles imposées par la contrainte. Dans certaines
régions où les femmes sont traditionnellement victimes de cette autre
forme de contrôle social que sont l'excision du clitoris et l'infibulation,
les risques de SIDA se sont multipliés. Le SIDA amplifie donc l'impact
mortel de la violence sexiste sur les femmes.

COUTS SOCIAUX.

La société toute entière est affectée par la violence qui s'exerce


contre les femmes dans la mesure où elle empêche ces dernières de
participer pleinement à tous les aspects du développement.
Ceffe violence s'oppose à la réalisation des objectifs largement
partagés de développement économique et social dans les pays en
développement. Les organismes d'aide au développement ont pris
conscience du fait que les problèmes tels que la natalité excessive, le
déboisement, et la faim, ne peuvent être résolus sans la participation
active des femmes. Pourtant, ces dernières ne peuvent pas être
pleinement productives ou créatives lorsqu'elles souffrent des
cicatrices tant physiques que psychiques delà violence.3*

Les répercussions de cette violence se traduisent par de pertes


de temps, non seulement pour les victimes, mais également pour la
police, et les autres services légaux, médicaux, psychiatriques et
sociaux.
Il est presque impossible de calculer le montant total de coûts
sociaux de la violence, étant donné la rareté d'informations précises à
cet égard. Parmi les quelques estimations qui ont été réalisées, le Comité
Australien de la Violence a évalué que le coût de l'accueil des victimes
de la violence familiale s'élevait à 27,6 millions de dollars pour la période
1986-1987. Mais, comme le souligne un document des Nations-Unies:

Le coût exprimé en souffrance humaine est inestimable et dépasse


de loin ces montants aisément calculables. Cependant, les effets à
long terme les plus graves, et le coût ultime de la violence familiale,
se trouve dans la perpétuation des structures sociales quijustifient la

33
violence conjugale, et maintiennent ainsi les femmes dans une situation
d'infériorité et de subordination à l'égard des hommes, tant aux plans
politique et économique que social.34

Des systèmes de protection publique insuffisants et des transports


en commun qui ne sont pas sûrs, limitent l'entrée des femmes dans la
population active rémunérée. A la suite d'incidents graves de
harcèlement sexuel, survenus pendant le trajet entre la maison et le
travail, des organisations de femmes de Bombay ont exigé la création,
dans les transports publics de sections réservées aux femmes.36 Le
Métro Action Committee on Public Violence Against Women (METRAC)
de Toronto s'est efforcé de sensibiliser le public et d'influencer les
politiques de transport public en attirant l'attention sur la relation existant
entre les transports, la sécurité et la participation des femmes à la vie
active au Canada. Se basant sur une enquête approfondie des
préoccupations des femmes au sujet des plans d'urbanisme et
d'aménagement, cette association a fait pression sur le conseil municipal
pour que les éclairages publics soient améliorés, notamment dans les
garages souterrains et dans les transports publics; elle a en outre
suggéré de nouveaux critères de sécurité pour tous les immeubles et
lieux publics de la ville. Ces initiatives nous rappellent que, de par leur
conception même, les lieux publics sont souvent moins facilement
accessibles aux femmes qu'aux hommes. Le manque d'infrastructure
sanitaire, de systèmes d'adduction d'eau et de ramassage des ordures
en sont d'autres exemples; les femmes qui doivent s'éloigner dans
des endroits déserts pour satisfaire leurs besoins naturels, une pratique
très courante dans les bidonvilles et dans les régions rurales, sont à la
merci de toutes sortes de crimes violents.
La violence contre les femmes constitue souvent un obstacle direct
à leur participation aux projets de développement. Par exemple, un
projet de fonds de prêts tournants du Working Women's Forum à
Madras a failli être dissous parce que les participantes les plus
déterminées et énergiques ont commencé à se retirer de l'association
à cause de la violence conjugale qui se déchaînait contre elles depuis
leur entrée dans l'organisation.36
Ayant rencontré des problèmes analogues, l'Association pour le
Développement et l'Intégration des femmes (ADIM) basée à Lima n'est
parvenue à mettre en oeuvre des programmes que lorsqu'elle a
commencé à associer à ses activités génératrices de revenus une aide
juridique à l'intention des femmes battues ou abandonnées par leur
partenaires.37

34
Même lorsque les femmes continuent à participer aux projets de
développement, leur énergie se dissipe souvent en raison des
problèmes causés par la violence, et ceci les empêche de poursuivre
d'autres objectifs. Un projet de recherche mené avec des ouvrières de
l'industrie électronique au Pérou par le Centra Flora Tristan a révélé
que les femmes étaient souvent en butte au harcèlement sexuel
lorsqu'elles cherchaient à garder leur emploi. Avant de pouvoir réaliser
un des objetifs de ce projet (qui consistait à accroître le nombre de
femmes syndiquées), les responsables ont d'abord dû se pencher sur
le problème de la violence subie par celles-ci. Il arrive que les femmes
n'assistent pas aux réunions de peur d'être battues ou parce qu'elles
sont physiquement incapables de se déplacer à cause des coups reçus,
ou encore parce qu'elles s'occupent d'une autre femme battue ou de
ses enfants. Certaines femmes ont honte de leurs blessures et évitent
de se montrer en public; conscientes de l'attitude sociale qui consiste
à condamner la victime, elles savent que l'accueil leur serait hostile.
La violence contre les femmes dans la société et le climat culturel
qui avilit les femmes en tolérant cette violence, entraînent un autre coût
social à long terme en privant les pays en développement de leurs
talents. Le pouvoir et la violence des hommes de la famille peuvent
conduire les femmes les plus instruites à s'exiler, ce qui contribue à
aggraver l'exode des compétences des pays en développement et fait
perdre au processus de développement des femmes hautement
qualifiées. Celles qui restent, doivent souvent s'accommoder des
fonctions de subordonnées qui leur sont assignées par la société; il
arrive même qu'elles refusent de recevoir une promotion de peur d'irriter
leur mari. On a pu constater, lors de l'exécution de plusieurs projets de
développement, une aggravation de la violence à rencontre des femmes
qui participent à des projets lorsque les maris ont le sentiment qu'ils
perdent le contrôle de leur famille. Et, comme le souligne par exemple
un rapport sur la violence familiale en Papouasie-Nouvelle-Guinée:

Les menaces et la violence permettent de contrôler les femmes


psychologiquement en les amenant à devenir leur propre geôlier.
C'est-à-dire qu'une femme fait ses choix non pas en fonction de ce
qu'elle veut ou ce qu'elle juge souhaitable, mais de ce qu'elle pense
que son mari l'autoriserait à faire.38

35
4. Eliminer la Violence faite aux f e m m e s : un investissement
pour l'avenir.

Les actions visant à intégrer les femmes au développement sont


vouées à l'échec si elles n'abordent pas la question de la violence
exercée à leur encontre. Cet ouvrage a pour objet de persuader la
communauté internationale d'appuyer les divers projets luttant contre
les manifestations de cette violence et de les considérer comme des
projets de développement à part entière. En effet, ces projets sont le
point de départ d'une action plus globale, plus décisive et donc plus
durable, qui permettra de tirer parti de la pleine participation des femmes
au développement.

GRANDES LIGNES DES PROGRAMMES ET POLITIQUES.

Les décideurs, les spécialistes du développement et tous ceux


qui sont concernés par les conséquences du développement pour les
femmes peuvent agir dès maintenant à plusieurs niveaux et s'attaquer
au problème de la violence à l'égard des femmes et de son impact sur
le développement.

PROGRAMMES

II s'agit avant tout de tirer le meilleur parti possible de ressources


exiguës et d'appuyer des projets qui tiennent dûment compte des
contraintes et limites qu'impose la violence à la participation des femmes
au développement et qui tentent de les éliminer. A cet égard, les
organismes de développement et les responsables des projets devraient
jouer un rôle de catalyseur à la fois au niveau du programme et de la
conscientisation générale du public.
Les organismes de développement apportent une contribution
importante s'ils attirent l'attention sur les obstacles posés par la violence
sur la voie du développement et s'ils trouvent des moyens de l'éliminer
à toutes les étapes du projet.
Plusieurs types d'interventions sont possibles pour mieux définir
ces obstacles:
• Lors de la formulation et de la mise en oeuvre d'un projet, une bonne
connaissance des manifestations de la violence faite aux femmes
spécifiques au pays hôte permet d'identifier et de lever les obstacles

36
s'opposant à la participation des femmes. Par exemple, l'insécurité
des transports publics, où les femmes doivent côtoyer des étrangers,
peut nécessiter le recours à d'autres moyens de transport. La mise
en place d'un système de sections réservées aux femmes dans les
transports de Bombay ou l'octroi de la protection du khan local aux
agents de santé au nord du Pakistan sont des exemples de ces
stratégies.
• II importera également lors de la formulation et de la mise en oeuvre,
de reconnaître les situations où le changement de statut de femmes
les rend plus vulnérables à la violence. Il va sans dire que tout
changement est perçu comme une menace. Les activités des projets
devraient avoir pour objectif de renforcer l'assurance des femmes
afin qu'elles puissent s'affirmer et se défendre, mais également de
sensibiliser les hommes de leur collectivité, d'obtenir qu'ils s'engagent
en faveur du changement, et même de faire évoluer leurs attentes.
Lors de la mise en oeuvre de ces projets, il importe de ne pas laisser
sans réponse les incidents violents qui surviennent immanquablement
lorsque les femmes acquièrent de l'autonomie. Par exemple, dans le
cas de l'intervention menée par le fonds des Nations-Unies pour les
femmes (UNIFEM) à Tempoal (Mexique), le personnel du projet a dû
passer un certain temps à discuter avec les maris et les membres de
la collectivité lorsque, en raison des changements de rôle social, les
participantes au projet ont fait l'objet de violences.
• II faut veiller à ce que le personnel sélectionné pour la mise en oeuvre
du programme ait conscience que la violence constitue un obstacle
pour le développement. La gestion des projets n'exige pas seulement
des compétences techniques, mais également une vision globale
de la situation sociale et des moyens de l'infléchir pour faciliter la
pleine participation des femmes.
• II conviendra de prendre note, au fur et à mesure de leur apparition
au cours de l'exécution du projet, des actes de violence contre les
femmes, ainsi que des mesures permettant de réduire leur
vulnérabilité. Cela peut se faire dans les rapports périodiques, lors
des visites de contrôle du personnel ou lors des évaluations. Les
résultats pourront ensuite être réunis et analysés au même titre que
les autres enseignements à tirer de l'expérience.

D'autres types d'initiatives sont également possibles:


• Intégrer les statistiques sur la violence contre les femmes dans les
projets de collecte de données, de planification et de formation, dans
le but de faire prendre conscience que cette forme de violence est
un obstacle au développement.

37
Trouver des moyens durables d'éliminer la violence faite aux femmes,
en essayant diverses techniques ou méthodes d'intervention
spécifiquement axées sur ce problème. En vue d'éliminer cette
violence, les projets qui rendent compte de l'ampleur et de la gravité
des brutalités infligées aux femmes ou qui visent à tester l'efficacité
d'une ou plusieurs campagnes d'éducation visant à faire prendre
conscience du caractère inacceptable de la violence au sein de la
société, peuvent servir de modèles, et démontrer les possibilités et
les avantages des diverses méthodes mises à l'essai. Il faudrait aussi
appuyer les projets portant sur les conséquences de la violence
(centres d'aide aux victimes de viol, formation des policiers, des
magistrats, du personnel hospitalier, etc.); notamment lorsqu'ils offrent
la possibilité de tester une nouvelle méthode ou de faire pression sur
le gouvernement pour qu' il crée des services et étende l'emploi de
techniques déjà éprouvées pour s'attaquer à cette violence.
Donner aux femmes des moyens accrus d'identifier et de combattre
cette violence. Les projets qui cherchent à renforcer les capacités
de communication des femmes, à leur faire prendre conscience des
mesures qu'elles peuvent prendre, à leur donner des compétences
de gestion et à leur enseigner l'auto-défense, tout en soutenant
également les organisations féminines, contribuent à accroître la
capacité des femmes à lutter contre la violence exercée à leur
encontre.

ACTIVITES D'INFORMATION ET DE SENSIBILISATION.

Les organismes de développement internationaux, notamment les


organisations de femmes, peuvent susciter des changements
importants qui nécessitent peu de dépenses supplémentaires. Par
exemple, la diffusion des rapports des projets portant sur la violence
permettra aux défenseurs de la cause des femmes de mieux identifier
l'impact de la violence sur les programmes de développement.
En règle générale, tous les organismes de développement qui
s'intéressent à la place des femmes dans le développement devraient,
dans leurs programmes et projets, tenir compte davantage de la violence
et du fait que le processus même de développement engendre de
nouvelles formes de violence. Il importe d'incorporer la question de la
violence faite aux femmes dans les autres types de projets de
développement, qu'ils concernent des activités rémunératrices ou le
logement, plutôt que dans le cadre restreint de projets spécifiques axés
sur la violence.

38
Les organismes de développement internationaux, tels que
l'UNIFEM, le PNLJD, la Banque Mondiale et l'Organisation Mondiale du
Travail, qui s'efforcent d'intégrer les femmes dans le développement,
devraient user de leur influence et de leur prestige pour que les groupes
se consacrant à ces problèmes à l'échelle nationale ou locale soient
davantage reconnus et entendus. Ces organismes peuvent en particulier
financer les initiatives des femmes répondant à leur besoin d'échanger
des informations et données d'expérience. Les travaux de recherche,
les publications et la mise en place de moyens de communication
parallèles, qui mettent en lumière les relations existant entre la violence
contre les femmes et le développement, pourraient également être très
utiles.
Enfin, il importe de concevoir des stratégies visant à éduquer les
médias et les services publics et à faire prendre conscience au grand
public, y compris aux femmes elles-mêmes, des conséquences
désastreuses de cette violence pour les individus et pour la nation.
L'élimination de la violence faite aux femmes est le principal défi auquel
doivent repondre les spécialistes du développement. Cependant, s'ils
s'acquittent efficacemment de cette tâche, ils contribueront de façon
décisive à réaliser les objectifs socio-économiques d'ensemble, tout
en aidant les femmes à s'épanouir. Les propos d'une travailleuse de
l'éducation populaire au Mexique, que nous citons ci-dessous, en sont
un éloquent exemple:

// est indispensable que la question de la violence soit évoquée lorsque


les femmes explorent leur rôle dans la société; faute de le faire, on ne
saura pas aborder les problèmes spécifiques des femmes. Dans nos
ateliers de formation, nous demandons aux participantes de
sélectionner parmi leurs expériences, la forme de violence qu'elles
désirent plus particulièrement aborder, par exemple: le problème des
enfants qui meurent de faim, la violence familiale, les difficultés
économiques. Elles choisissent généralement le thème de la violence
conjugale, dans la mesure où elles ont déjà commencé à comprendre
et à s'attaquer aux autres formes de violence. Pour faire face à la
violence économique, elles vendent des aliments ou exigent des
subventions du gouvernement. Mais il existe d'autres aspects de la
violence qu'elles ne peuvent pas aborder dans leur famille, avec leurs
voisins ou dans leur association. La discussion de ces questions
tabous est à la base du travail qui doit être mené sur les problèmes
spécifiques des femmes. Il n'y a pas beaucoup à découvrir sur le fait
d'être pauvre. Mais, au fur et à mesure que les femmes commencent
à comprendre leur condition, elles acquièrent le désir de vivre et
d'apprendre à s'exprimer , et elles prennent conscience qu'elles
transmettent les mêmes rôles sexuels à leurs enfants. Elles découvrent
les causes de leur oppression et trouvent le courage d'agir.39

39
NOTES

1. ISIS International, 1990.


[Link], E. 1990.
3. National Center on Women and Family Law, Information Package on Battered
Women (No. 47), 1988.
4. Roy, M. 1982.
5. Strauss, N. A., Gelles, R. et Steinmetz, S. K., 1981
6. Langley, R. et Levy, R. C. 1977.
7. Stark, E. et Flitcraft, A. 1979.
8. National Center on Women and Family, [Link].
9. MacLeod. L, 1990.
10. Centre des Nations-Unies pour le Développement et les Affaires Humanitaires,
1989.
11. Bradley, C. 1988.
[Link], 1985.
13. Institut latino-américain d' études transnationales (ILET), 1990.
14. Ibid.
15. AWRAN, op. cit.
16. Centre des Nations-Unies pour le Développement Social et les Affaires
Humanitaires, op. cit.
17. Sen, A. K. 1989.
18. Nations-Unies, 1985.
19. Nations-Unies, op. cit., paragraphes 76, 245, 271, 288.
20. Centre des Nations-Unies pour le Développement Social et les Affaires
Humanitaires, op. cit.
[Link], 1990.
22. Vâsquez, R. et Tamayo, G. 1989.
23. Bruce, J. 1990.
24. Rapport de I' AWRAN, [Link].
25. Secrétariat pour les pays du Commonwealth, 1987.
26. New York Times, 26 août,' 1990.
27. Connell, R.W. 1987.
28. Jaffe, P., Wilson, S. et Wolfe, D. A. 1986.
29. "Step Isi" film vidéo consacré à la réduction de la violence familiale en Papouasie-
Nouvelle-Guinée. Réalisé par le Women and Law Committee de la Law Reform
Commission.
30. Voir par exemple le New York Times du 12 août 1990 et Buvinic, M. et Yudelman,
S.W. , 1989.

40
31. Bradley, C. op. cit.
[Link], C. E. 1989.
33. Heise, L. 1989.
34. Centre des Nations-Unies pour le Développement Social et les Affaires
Humanitaires, op. cit.
35. Observation personelle de l'auteur à l'occasion d'un voyage à Bombay en 1987.
36. Noponen, H. 1989.
37. Buvenic, M. et Yudelman, S.W., [Link].
38. Bradley, C. op. cit.
39. De Mujer a Mujer, 1990.

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43
Le Centerfor Women's Global Leadership à Douglass Collège cherche
à approfondir la prise de conscience sur la manière selon laquelle le
genre affecte l'exercice du pouvoir et toute la conduite de la politique
publique mondialement. Le Centre embrasse les problèmes des
femmes des régions et milieux ethniques divers tout en visant
principalement les thèmes cruciaux aux femmes du monde entier.
Chaque année, le Centre tient un Institut de leadership, se concentrant
principalement sur les Femmes, la Violence, et les Droits Humains; qui
regroupe des femmes du monde entier qui sont en train de jouer un
rôle central en vue de mettre fin à la violence liée au genre.
Le Centre adresse certaines questions spécifiques telles que l'urgence
d'augmenter la prise du pouvoir par les femmes; l'importance d'assister
les femmes dirigeantes dans l'élaboration de politiques alternatives et
la formulation de stratégies pour assurer l'inclusion des perspectives
des femmes dans les débats publics.

Center for Women's Global Leadership, 27 Clifton Avenue, Douglass


Collège, Rutgers University, New Brunswick, New Jersey 08903.
Pour plus d'informations, appelez au 1 -908/932-8782 ; fax 1 -908/932-
1180.

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44
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