M Ecanique Des Solides Et Fluides: Milieux Continus
M Ecanique Des Solides Et Fluides: Milieux Continus
solides et fluides
par Emmanuel Plaut à Mines Nancy
Introduction 9
4 Solides élastiques 69
4.1 Loi de comportement élastique linéaire isotrope . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
4.1.1 Mise en évidence par une expérience de traction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
4.1.2 Approche par essais-erreurs basée sur l’étude de la traction pure . . . . . . . . . . . . 72
4.1.3 Écriture de la loi contraintes → déformations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
4.1.4 Ce que nous apprend le cas du cisaillement pur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
4.1.5 Écriture de la loi déformations → contraintes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
4.1.6 Et la masse volumique dans tout cela ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.1.7 Ce que nous apprend le cas d’une compression pure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.2 Problèmes d’élasticité linéarisé : généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
4.2.1 Conditions limites régulières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
4.2.2 Linéarité : principe de superposition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
4.2.3 Conditions limites globales - Principe de Saint Venant . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
4.2.4 Solutions analytiques (+ ou − exactes) ou numériques ? . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
4.3 Méthode des déplacements - Équation de Navier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
4.4 Méthode des contraintes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
4.5 Ouverture : tenseur des coefficients élastiques - cas de matériaux anisotropes . . . . . . . . . 83
4.6 Problèmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Pb. 4.1 : Étude d’un barreau parallélépipédique en flexion pure . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
Pb. 4.2 : Étude de contacts rectilignes avec forces de compression . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Pb. 4.3 : Étude d’un système d’accouplement élastique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
Pb. 4.4 : Dimensionnement d’un tuyau contenant un fluide sous pression . . . . . . . . . . . . 92
Pb. 4.5 : Étude et dimensionnement de coques sous pression pour un sous-marin . . . . . . . 94
Pb. 4.6 : Équilibre d’un disque en rotation rapide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Pb. 4.7 : Poutres cylindriques fragiles sollicitées en traction-torsion . . . . . . . . . . . . . . . 100
Pb. 4.8 : Ondes propagatives dans un solide élastique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
4.7 Notes personnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
Bibliographie 205
6 Table des matières
Pb. : Étude d’un lopin cylindrique en compression dans un conteneur rigide . . . . . . . . . . 261
Pb. : Thermoélasticité - Application à un tuyau sous pression et chargement thermique . . . 261
D.7 Corrigés du chapitre 7 - Fluides newtoniens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 264
Ex. : Bilan de force général en hydro- ou aérostatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 264
Ex. : Calcul très simplifié de l’altitude atteinte par un ballon d’hélium lesté . . . . . . . . . . 265
Ex. : Hydrostatique : étude de deux manomètres différentiels . . . . . . . . . . . . . . . . . . 265
Pb. : Étude et calcul d’écoulements en tuyau par méthode semi-globale . . . . . . . . . . . . 265
Ex. : Équilibre d’un liquide en rotation autour d’un axe vertical . . . . . . . . . . . . . . . . . 269
Ex. : Étude de l’établissement d’un écoulement de Couette plan . . . . . . . . . . . . . . . . . 269
Pb. : Étude d’un rhéomètre de Couette cylindrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 270
Pb. : Bilans de force et de charge pour les pompiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 270
Pb. : Lévitation d’une voiture par réaction de jets d’eau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 271
Pb. : Étude de la vidange d’un réservoir par un tuyau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 274
Pb. : Station de Transfert d’Énergie par Pompage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275
D.8 Corrigés du chapitre 8 - Analyse dimensionnelle appliquée aux fluides . . . . . . . . . . . . . 279
Ex. : Perte de charge régulière dans un tuyau de pompier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 279
Ex. : Étude par analyse dimensionnelle d’un déversoir triangulaire . . . . . . . . . . . . . . . 279
Ex. : Similitude pour l’étude des performances d’une hélice d’avion . . . . . . . . . . . . . . . 279
Ex. : Similitude de lâchers de vortex de Bénard-Von-Karman . . . . . . . . . . . . . . . . . . 280
Pb. : Éoliennes à axe horizontal : analyse dimensionnelle et modèle de Betz . . . . . . . . . . 281
Pb. : Étude d’une pale d’éolienne bloquée soumise à un vent fort . . . . . . . . . . . . . . . . 282
Introduction
Ce document est dédié à une présentation de la mécanique des milieux continus 1 et de ses
applications « directes » les plus « standard », à savoir la mécanique des solides déformables
élastiques d’une part, et celle des fluides parfaits ou newtoniens d’autre part.
Pour ce qui est de la physique, voir la matière comme un « milieu continu » est le point de vue
naturel d’un « observateur-modélisateur » qui considère et étudie (dans son propre « référentiel »,
cf. l’annexe A !) le comportement macroscopique de matériaux solides ou fluides plutôt denses et
« homogènes », c’est-à-dire en « quasi-équilibre thermodynamique » à une échelle microscopique.
Nous revenons sur l’hypothèse de modélisation « milieu continu » dans la première partie
du chapitre 1. La deuxième partie du chapitre 1 est consacrée à la cinématique des milieux
continus, et le chapitre 2 à l’étude des déformations des milieux continus. Dans le chapitre 3,
nous introduisons les équations de la dynamique d’un milieu continu, et la notion très importante
de tenseur des contraintes.
Le chapitre 4 présente la théorie des solides élastiques. Le chapitre 5 est dédié à l’analyse
dimensionnelle, et ses applications à la mécanique des milieux continus solides. Dans le chapitre 6,
on établit le bilan d’énergie cinétique dans un milieu continu général et dans un solide élastique
en particulier ; on montre que ces milieux sont « conservatifs ». Le problème 6.2 ouvre sur la
thermoélasticité.
Des ouvertures sur la résistance des matériaux sont aussi présentées dans le cas simple de
la traction pure dès le début du chapitre 4. Plus avant, le critère de Tresca, introduit dès la
fin du chapitre 3, est appliqué dans les problèmes 4.4, 4.5, 4.6, 5.1. Une présentation beaucoup
plus complète de la résistance des matériaux, s’intéressant aussi, et cela importe, aux mécanismes
physiques sous-jacents, est proposée dans les modules de 2ème année du département Matériaux
• Tenue en service des matériaux par Lucile Dezerald,
• Physique des propriétés mécaniques par Sébastien Allain.
Je mentionne aussi le module électif
• Material forming par Sébastien Allain,
qui explore des comportements plus complexes que le comportement élastique. Dans la même veine,
et en allant encore plus avant dans l’« apprentissage par problèmes », un autre prolongement direct
de la mécanique des milieux continus solides, très pertinent pour les ingénieurs, à savoir la théorie
des poutres 2 , est présenté dans la « suite » des problèmes 4.1, 5.1 et 8.2, pour ce qui est de
sollicitations de « flexion » ; 4.7 pour ce qui est de sollicitations de « traction-torsion ». Une pré-
sentation plus complète de la théorie des poutres est proposée dans le département Géoingéniérie,
notamment dans le cadre du module de 2ème année
• Mécanique des structures et résistance des matériaux par Olivier Deck.
Voyez aussi les traités Lemaitre et al. (2007); Dupeux (2009)...
Le chapitre 7 de ce présent document se focalise sur la mécanique des fluides parfaits et
newtoniens. On va jusqu’au bilan d’énergie cinétique, qui permet de montrer que les fluides vis-
queux sont des milieux « dissipatifs », et d’introduire la notion de pertes de charge. Enfin, le
chapitre 8 présente des applications de l’analyse dimensionnelle à la mécanique des fluides. Notam-
ment, les deux problèmes 8.1 et 8.2, relevant pour une part de l’analyse dimensionnelle, et étant
d’autre part riches d’un point de vue physique, sont proposés et constituent un « point d’orgue »
de la partie « Fluides » de ce document.
Deux modules de mécanique des fluides, plus avancés, sont proposés dans le département Éner-
gie par Hervé Combeau et moi-même ; voyez notamment Plaut (2021b). Je mentionne aussi trois
modules électifs proposés en 2ème année :
• Mécanique des fluides pour l’ingénieur par Jean-Sébastien Kroll & Mathieu Jenny,
• Mécanique des fluides numérique par Jean-Pierre Bellot,
• Simulation des instruments de musique par Jean-Sébastien Kroll et al...
Du point de vue mathématique, les mécaniciens ont éprouvé le besoin d’étendre l’analyse
vectorielle « classique » que vous avez apprise en classes préparatoires (étude des fonctions de plu-
sieurs variables, définition des opérateurs gradient, divergence et rotationnel, théorèmes associés)
en une théorie plus vaste qu’ils désignent sous le terme « analyse tensorielle ». Une présentation
de cette théorie est donnée dans le cours de calcul tensoriel et différentiel (Plaut 2021a), en
« préliminaire » à ce module.
Le présent document contient plusieurs annexes. L’annexe A, sur les fondements de la ciné-
matique, et l’annexe B sur l’art de la rédaction scientifique, figurent dans la version papier
du tome 1, du fait de leur importance.
Vous devez fournir du travail personnel avant et après chaque séance de cet enseignement,
suivant ce qui est indiqué précisément sur la page web dynamique
[Link] .
Cette page contient la dernière version PDF complète de ce document, enrichie d’annexes supplé-
mentaires par rapport au tome 1 papier. L’annexe C introduit la photoélasticimétrie, qui sera
utilisée lors d’une expérience d’amphi et de TD. L’annexe D propose des éléments de correction
des exercices et problèmes, ainsi que quelques compléments attachés. Enfin, la page web précise
nos modalités d’évaluation et propose des annales.
La version originelle de ce document a été écrite en partenariat avec Rachid Rahouadj, profes-
seur à l’école nationale supérieure d’électricité et de mécanique 3 , où il fut responsable d’un module
similaire. Je le remercie pour ce partenariat, et ses dessins talentueux ! Je remercie aussi Didier
Bernardin, Mathieu Jenny et Antonio Pereira pour des suggestions intéressantes. Je signale que
je côtoie ces trois derniers collègues au laboratoire Énergies & Mécanique Théorique et Appliquée
(Lemta), situé sur le campus de Brabois de l’UL, dans lequel je mène mes activités de recherche.
Je remercie Sébastien Allain, Lucile Dezerald & Jean-Sébastien Kroll, de l’Institut Jean Lamour,
Yann Gunzburger, du laboratoire Géoressources 4 , Andreas Schmidt & Bastian Dose de ForWind
(à Oldenburg), Jean-Philippe Chateau, Rainier Hreiz, Mohamed et Youssef Souhar, Guy Plaut
pour leurs contributions. Finalement, je remercie Denis Fünfschilling et Mathieu Jenny qui m’ont
aidé à concevoir et réaliser l’expérience originale qui est le support du problème 7.5.
La question 4 ayant donc reçu une réponse, nous allons nous concentrer dans un premier temps sur
les questions 1 et 3, afin de définir les hypothèses du modèle du milieu continu, puis nous attaquer
à la question 2.
3. la phase gazeuse, phase fluide de densité très inférieure à celle de la phase liquide,
les phases fluides étant définies par le fait qu’un morceau de matière fluide n’a pas de forme
propre : le liquide épouse la forme du support sur lequel il est posé, le gaz envahit tout le récipient
dans lequel il est contenu.
Une autre définition raisonnable de la différence entre phases solides et fluides consiste à énoncer
qu’un solide soumis à des forces tangentielles de faible amplitude constantes dans le temps répond
par de faibles déplacements de ses atomes ou molécules, alors qu’un fluide soumis à des forces
tangentielles de faible amplitude constantes dans le temps répond par des déplacements qui ne
cessent pas, devenant avec le temps de grande amplitude, de sorte qu’un écoulement s’établit dans
le fluide. Ceci est illustré par l’expérience de Couette 3 présentée sur la figure 1.1, sur laquelle on
reviendra lorsqu’il s’agira d’établir les lois de comportement des solides et des fluides. Voyez aussi
la version animée de cette figure sur la page web du module. Cette expérience de Couette peut
être réalisée, comme le montre, dans le cas fluide, la photographie de la figure 7.2 page 145. On
verra aussi à ce sujet le problème 7.2. Dans le cas solide, voir le problème 4.3.
Bien entendu ces différences de comportements macroscopiques 4 s’expliquent par des com-
portements nanoscopiques 5 différents. Dans un solide les atomes ou molécules sont très proches
les uns des autres 6 donc en interactions fortes, et l’agitation thermique est limitée : ceci a pour
2. Exit le cœur du soleil ou les plasmas inter-galactiques...
3. Physicien français de la fin XIXème - début XXème siècle.
4. Du grec « makros » : long, grand et « skopein » : examiner, observer. Observer un comportement macroscopique
c’est donc observer un comportement aux « grandes échelles » accessibles à l’oeil humain, de l’ordre du centimètre.
5. Du grec « nanos » : nain, ce qui a donné le nanomètre, unité de longueur valant un milliardième de mètre :
1 nm = 10−9 m.
6. À des distances de l’ordre de l’ångström, 1 Å = 10−10 m.
1.1. Modèle du milieu continu solide ou fluide 13
matière
axe
solide fluide
conséquence leur « cohésion » et capacité de résistance aux forces illustrée par l’expérience de la
figure 1.1. Dans un liquide on a des interactions encore assez fortes, puisque les atomes ou mo-
lécules sont encore très proches 7 , mais l’agitation thermique est beaucoup plus grande, d’où la
« capacité d’écoulement » illustrée par l’expérience de la figure 1.1. Enfin dans un gaz on a des
densités beaucoup plus faibles 8 , d’où des atomes ou molécules en interactions faibles, et une très
grande agitation thermique, d’où une « capacité d’écoulement » encore plus grande. L’objet de la
physique des matériaux ou de la physique des fluides est exactement de préciser ces comportements
nanoscopiques. Ces disciplines seront abordées dans le module de physique quantique du premier
semestre (Andrieu 2008) et celui de physique statistique du second semestre (Gaudry 2019). On
verra qu’elles sont complexes et que modéliser par exemple en mécanique quantique les propriétés
7. En général la différence de densité entre les phases solide et liquide d’un même corps est de l’ordre de quelques
pourcents seulement.
8. À température et pression ambiante, la densité de l’air est de l’ordre de un millième de fois la densité de l’eau,
comme le montre la loi des gaz parfaits (1.8).
14 Chapitre 1. Modèle du milieu continu - Cinématique élémentaire
d ' 10 µm , (1.3)
mais il est clair que ces estimations peuvent varier en fonction des applications considérées : l’ingé-
nieur en génie civil modélisant les fondations d’une route constituées d’un gravier grossier estimera
sûrement que le volume élémentaire représentatif de ce matériau est plus grand que celui de l’eau
fluide caloporteur étudiée par un ingénieur énergéticien...
Dans le cas de solides ou liquides « simples », par exemple des corps purs, des alliages, des
mélanges « localement homogènes », on peut estimer que ` est de l’ordre de la dizaine d’ångströms,
donc la première inégalité (1.1) est satisfaite si d est correctement estimée selon (1.3). Dans le cas
de matériaux composites ou fibreux, de matériaux granulaires, ou de suspensions, les
choses se compliquent, mais à condition d’augmenter d on peut parfois (pas toujours !) obtenir des
modèles de « milieux continus équivalents » relativement pertinents.
Dans le cas de gaz, les hétérogénéités atomiques ou moléculaires disparaissent sous l’effet des col-
lisions entre atomes ou molécules : il faut donc prendre pour ` le libre parcours moyen des
atomes ou molécules. L’inégalité impliquée par (1.1) et (1.2),
` L,
n’est alors pas automatiquement vérifiée, surtout si le gaz est de très faible densité. Pour distinguer
les différents régimes de comportement possibles, on introduit en conséquence le nombre de
Knudsen 10
`
K = . (1.4)
L
Un modèle de milieu continu ne peut être développé que si le nombre de Knudsen est très petit. En
utilisant par ailleurs le modèle du gaz parfait (voir Gaudry 2019), on peut estimer le libre parcours
moyen comme étant
1
` = (1.5)
σc n
9. Dite parfois échelle « mésoscopique », du grec « mesos » : moyen.
10. Physicien danois de la fin XIXème - début XXème .
1.1. Modèle du milieu continu solide ou fluide 15
où σc est la section efficace de collision des atomes ou molécules 11 , et n est la densité atomique ou
moléculaire du gaz. En remplaçant cette densité par sa valeur donnée par la loi des gaz parfaits
(cf. le rappel ci-dessous et l’équation 1.7), n = p/(kT ) avec p la pression, k la constante de
Boltzmann, T la température absolue, on obtient une estimation du nombre de Knudsen
1 kT
K = = . (1.6)
σc Ln σc Lp
Le modèle du milieu continu ne sera pas valable dès que K & 0,01, c’est-à-dire pour des gaz très peu
denses, i.e. chauds ou à faible pression. Ceci écarte par exemple les gaz de la haute atmosphère,
ou encore la plupart des plasmas, qui jouent un rôle important dans les procédés de traitement
de surface des matériaux, et qui pourraient un jour jouer un rôle important en énergétique 12 13 .
Comme toute notion physique, la distinction entre solide et fluide a ses limites. Des modèles
plus généraux et sophistiqués existent, permettant par exemple de décrire les « écoulements »
de solides (!) sur des temps longs, ou au contraire la « réponse élastique » de certains fluides
complexes (!) sur des temps courts, i.e. de « marier » les modèles du solide élastique et du fluide
visqueux que nous allons introduire ici ; on parle alors souvent de lois de comportement de type
« viscoélastique »... Ces modèles dépassent très largement le cadre de ce module.
11. Si rc est le « rayon efficace » des atomes ou molécules, on a σc = 4π rc2 ; tout le problème est d’estimer rc ...
√
En physique statistique, on montre par ailleurs qu’il est plus correct d’introduire un facteur 2 devant σc , i.e., qu’il
√
faut remplacer σc par 2 σc dans les équations (1.5) et (1.6). Cependant, en terme d’ordre de grandeur, on peut
√
considérer ce facteur 2 comme un « détail », ou encore, l’inclure dans le rayon rc , qui serait ainsi modifié d’un
facteur 21/4 = 1,19 seulement.
12. Avec des projets comme ITER.
13. Signalons que l’utilisation que l’on vient de faire du modèle du gaz parfait peut être très discutable pour
certains plasmas, constitués d’électrons chauds et d’ions beaucoup plus froids. Ces systèmes sont très fortement
hors de l’équilibre, au point qu’on peut définir localement deux températures, une température des électrons et
une température des ions, très différentes. Dans ce cas l’hypothèse de l’existence d’un « état local homogène de
quasi-équilibre » est totalement déraisonnable. Outre les plasmas de laboratoire, ce type de remarque peut aussi
s’appliquer aux gaz chauds produits « sous » un véhicule spatial en rentrée dans l’atmosphère. Certains modèles
dédiés à ces problèmes de rentrée considèrent plusieurs températures différentes au même endroit, associées aux
différentes espèces chimiques présentes à cet endroit.
14. Physicien autrichien actif à la fin XIXème siècle.
15. Par exemple, pour l’air, Mair = 29,0 g mol−1 .
16 Chapitre 1. Modèle du milieu continu - Cinématique élémentaire
hρ(x, t)iδ
ρMMC (x, t)
δ
ℓ d L
Fig. 1.2 – Dans un gaz, allure en échelle log-log de la courbe de la masse volumique autour de x moyennée
sur une échelle δ définie par (1.9). Aux petites échelles δ ' ` la masse volumique apparait comme une fonction
discontinue, puisqu’au fur et à mesure que le rayon δ de la boule centrée en x augmente le numérateur de
(1.9) augmente de ma à chaque fois que la frontière de cette boule atteint un nouvel atome. À des échelles
de l’ordre de d, la masse volumique se stabilise sur une valeur moyenne ρMMC (x,t). À des échelles de l’ordre
de L, cette masse volumique varie continûment, sous l’effet d’un gradient thermique par exemple : on peut
imaginer que le point x se trouve au cœur d’une région chaude, où le fluide est moins dense ; quand on
s’éloigne le gaz est plus froid donc plus dense. Ce sont ces dernières variations que le (thermo)mécanicien
des milieux continus veut pouvoir décrire, tout en « oubliant » celles à petite échelle.
où Card désigne la fonction cardinal 19 . À un instant t fixé la courbe de hρ(x,t)iδ a l’allure repré-
sentée sur la figure 1.2, qui permet d’identifier clairement les longueurs `, d et L introduites dans
la section précédente, ainsi que la masse volumique dans le volume élémentaire représentatif
xn = OMn .
La notation des vecteurs avec une barre supérieure est aussi définie dans cette annexe.
19. Card(E) est le nombre d’éléments de l’ensemble E.
1.1. Modèle du milieu continu solide ou fluide PSfrag replacements 17
instant t0 instant t
vMMC (X, t0 ) x
X
vMMC (x, t)
Fig. 1.3 – Représentation schématique du mouvement dans un gaz chaud. Les grosses boules de gauche
et droite représentent les positions initiale (à l’instant t0 ) et finale (à l’instant t) d’un volume élémentaire
représentatif que l’on suit dans son mouvement ; la courbe trajectoire épaisse est donc définie comme la
solution de dx/dt = vMMC (x,t) munie de la condition initiale x(t0 ) = X. À cause des phénomènes de
diffusion, un atome particulier (petite boule noire) a une trajectoire proche de cette trajectoire moyenne
seulement au début ; il en diverge peu à peu.
20. t0 = t + ∆t avec ∆t un temps « nanoscopique », de l’ordre de grandeur de la durée du libre parcours moyen
d’un atome.
21. Des temps « macroscopiques »...
22. Cette température est définie à partir de l’énergie cinétique (moyenne !) Ea par atome des mouvements d’agi-
tation thermique de ceux-ci, grâce à une relation de proportionnalité du type Ea = ckT où c est un coefficient demi
entier dépendant du nombre de degrés de liberté des atomes ou molécules.
23. Cette remarque vaut surtout pour les fluides, et ce d’autant plus qu’ils sont chauds.
18 Chapitre 1. Modèle du milieu continu - Cinématique élémentaire
Dans les conditions standard de température et de pression (le coefficient D augmente fortement
avec la température) :
• dans un gaz D est de l’ordre de 10−4 m2 /s ;
• dans un liquide comme de l’eau, D est de l’ordre de 10−9 m2 /s (cf. Guyon, Hulin & Petit
2012) ;
• dans un solide D est de l’ordre de 10−50 m2 /s (cf. Ashby & Jones 1998).
Il est instructif de faire une application numérique à partir de ces ordres de grandeur. Cette
application montre que l’on peut qualifier la « cohésion » des « particules matérielles » d’un solide
comme très bonne, celle d’un gaz comme faible, et celle d’un liquide comme intermédiaire. En
d’autres termes une « particule matérielle » d’un solide est vraiment « matérielle » et va « durer
longtemps », alors que dans un gaz elle va être « renouvelée » « assez rapidement ». À cause de ces
phénomènes de diffusion, on peut considérer que le terme de « volume élémentaire représentatif »
est préférable à celui de « particule matérielle », que l’on continuera cependant à employer du fait
de sa signification moyenne qui reste indiscutable 24 . On reviendra sur ces phénomènes de diffusion
dans le problème 1.2.
v(.,t) : Dt −→ R3
(1.12)
x 7−→ v(x,t)
supposé régulier 25 par rapport à x et t. Dans le cas de fluides, illustré sur la figure 1.4, on peut ac-
céder à ce champ expérimentalement en observant le mouvement de petites particules (poussières,
microbilles) ayant la même masse volumique que le fluide, que l’on peut considérer en première
approximation comme « solidaires des particules matérielles » 26 . On les qualifie alors de « tra-
ceurs parfaits ». Si xp (t) désigne la position d’un traceur (parfait) au cours du temps, suivie
24. Pour des matériaux dans lesquels l’approche du milieu continu est pertinente.
25. Disons de classe C 1 au moins.
26. En première approximation seulement, ne serait-ce qu’à cause des phénomènes de diffusion que l’on a déjà
évoqués ! C’est l’objet d’une certaine branche de la science des écoulements diphasiques de dire les limites de
cette première approximation, et d’en proposer de meilleures. Ce problème est loin d’être simple, et fait encore l’objet
de recherches actives à l’heure actuelle.
1.2. Cinématique élémentaire 19
Fig. 1.4 – Champs euleriens de vitesse v(x) (flèches) et de pression p(x) (niveaux de gris) d’un
modèle d’écoulement de fluide parfait autour d’une aile d’avion à section elliptique, dans le référentiel
lié à cette aile ; on peut imaginer que c’est le référentiel d’une soufflerie. Du fait que l’écoulement est plus
rapide au-dessus de l’aile, une dépression s’y crée ; par ailleurs un point d’arrêt existe en avant au-dessous
de l’aile, d’où une forte surpression par « effet Bernoulli » (cf. la section 7.4). Ceci explique l’existence d’une
portance. Ce modèle est établi dans le problème 3.10 de Plaut (2018).
par exemple par des moyens optiques (une caméra, éventuellement « rapide » si le mouvement est
« rapide »), on estime que
Dt le domaine occupé par le milieu à l’instant t, si M0 est une particule matérielle repérée par sa
position
X = OM0 dans D0 à l’instant t0 , (1.14)
alors à l’instant t cette même particule matérielle se trouve en
x = OM = Φ(X,t) . (1.15)
Une illustration se trouve sur la figure 1.5. Ainsi Φ(.,t) est l’application
Φ(.,t) : D0 −→ Dt
. (1.16)
X 7−→ x = Φ(X,t)
Ceci revient à suivre les trajectoires des particules matérielles : la trajectoire de la particule
qui était en X à l’instant t0 est la courbe paramétrée 30
Naturellement Φ(.,t) doit être une bijection régulière 31 de D0 sur Dt . Son inverse est la bijection
Ψ(.,t) de Dt sur D0 telle que
On définit naturellement le champ lagrangien des vitesses comme celui des vitesses des
particules lagrangiennes situées en X quelconque dans D0 à l’instant t0 ,
V(.,t) : D0 −→ R3
∂x ∂Φ(X,t) , (1.19)
X 7 → V(X,t) =
− =
∂t ∂t
dx
x(t0 ) = X et = v(x(t),t) . (1.21)
dt
Si ce travail est fait quelque soit la position initiale X dans D0 , on en déduit d’après (1.17),
Φ(X,t) = x(t) .
30. La notation x(t) est un peu abusive, car x dépend de X, comme le rappelle justement la notation Φ(X,t).
31. Disons de classe C 1 au moins par rapport à X ; on la suppose aussi régulière par rapport à t, disons de classe
2
C au moins.
1.2. Cinématique élémentaire 21
(a) Principe :
Φ(., t)
X•
x•
Fig. 1.5 – Description lagrangienne du mouvement à l’aide de la fonction placement Φ(X,t), lors
d’un essai de « matriçage », technique de mise en forme de matériaux solides mous (le plus souvent,
parce qu’ils ont été chauffés) dans des matrices solides rigides. Essai réalisé par Rachid Rahouadj avec des
élèves de l’ENSEM, en utilisant de la plasticine marquée au feutre d’une grille régulière. La configuration
dite actuelle est pratiquement la configuration finale ; en effet il faut en général éviter le contact entre les
matrices fixe et mobile.
en notant
dx = x0 (s)ds . (1.23)
En un point où toutes les composantes du vecteur vitesse v(x,t) sont non nulles, il passe une ligne
de courant et une seule. En général les lignes de courant forment une famille de courbes dépendant
de deux paramètres, par exemple les deux coordonnées de leur intersection avec un plan donné.
Un exemple de calcul de lignes de courant sera donné dans le problème 1.1.
32. Le paramétrage par s variant dans un intervalle [s1 ,s2 ] n’est sûrement pas unique, puisqu’il résulte d’un choix
de nature technique.
22 Chapitre 1. Modèle du milieu continu - Cinématique élémentaire
ligne d’émission qui est le lieu occupé par les particules matérielles qui ont été chargées en co-
lorant en passant par xP entre tM et l’instant d’observation t. En notant t0 cet instant de passage
au point de marquage xP , et en utilisant une description lagrangienne du mouvement, on obtient
que la particule concernée était en X = Ψ(xP ,t0 ) à l’instant de référence, d’où
n o
CLE = Φ(Ψ(xP ,t0 ), t) pour t0 ∈ [tM ,t] . (1.24)
dx k v(x(t)) .
Les trajectoires et lignes de courant sont donc confondues. D’autre part tous les points
passant par le même point xP ont la même trajectoire, les trajectoires et lignes d’émission
sont donc confondues.
ρ = ρL (X,t) . (1.26)
ρ = ρE (x,t) . (1.27)
Le lien entre les deux se fait grâce aux applications Φ et Ψ introduites section 1.2.2, suivant les
formules
ρL (X,t) = ρE (Φ(X,t),t) et ρE (x,t) = ρL (Ψ(x,t),t) . (1.28)
Afin d’écrire des équations d’évolution basées sur la physique, il importe de suivre les particules ma-
térielles dans leur mouvement. Le bon taux d’évolution d’une quantité comme la masse volumique
est donc la dérivée particulaire
d’où en description eulerienne, en omettant les exposants E pour alléger les notations,
dρ ∂ρ
= + (∇ρ) · v . (1.30)
dt ∂t
Le dernier terme, faisant intervenir la vitesse locale, est dit de « convection » ou d’« advection ».
Le problème 1.2 illustre l’importance des effets d’advection, et montre leur « compétition »
avec des effets de diffusion.
1.3 Problèmes
Problème 1.1 Étude de l’écoulement potentiel autour d’un mobile cylindrique
Les écoulements engendrés par des mobiles (par exemple un avion !) sont très importants
en mécanique des fluides. On s’intéresse ici au cas d’un mobile cylindrique, que l’on peut considérer
en première approximation comme bidimensionnel. Il prend donc la forme d’un disque de rayon
a. L’écoulement étudié est considéré comme incompressible et irrotationnel, donc potentiel. En
quelques mots l’hypothèse d’écoulement irrotationnel se justifie en fluide « parfait », comme on le
verra dans la section 7.4.6, ou encore en « cellules de Hele-Shaw 34 ». Ces cellules sont des canaux
plans de faible épaisseur, dans lesquelles les écoulements sont dominés par les effets visqueux. En
conséquence on a dans l’équation de Navier-Stokes (7.51) équilibre entre le gradient de pression
motrice et le terme visqueux, d’où une relation de proportionnalité entre la vitesse parallèlement
aux plaques et le gradient de pression motrice 35 , qui montre que là encore l’écoulement est poten-
tiel. La théorie complète des écoulements potentiels bidimensionnels est par exemple donnée dans
Plaut (2018). L’objet du problème qui suit est premièrement de se familiariser avec différentes no-
tions de cinématique, deuxièmement de continuer à s’entraı̂ner en calcul différentiel (manipulation
de div, dx, dy, dr, dθ, etc...).
1 On commence par travailler dans le référentiel lié au disque, muni d’un repère cartésien Oxyz.
Le disque est centré en x = 0 ; sa frontière est d’équation x2 + y 2 = a2 . Le fluide arrive « de
l’infini » avec la vitesse U ex . On veut vérifier que le champ de vitesse bidimensionnel
b(y 2 − x2 )
cxy
v(x) = vx ex + vy ey avec vx = U 1 + 2 2 2
et vy = U 2
(x + y ) (x + y 2 )2
peut constituer un bon modèle de l’écoulement, et faire une étude cinématique de cet écoulement.
Dans ce modèle les constantes b et c sont pour l’instant des paramètres réels ajustables.
1.1 À quel type de description du mouvement correspond la donnée du champ de vitesse v(x) ?
Que peut-on dire de ce mouvement ?
1.2 Montrez que, en imposant une certaine relation entre les paramètres b et c, ce champ de vitesse
décrit bien un écoulement de fluide incompressible,
divv = 0 .
1.3 Montrez que, par un choix adéquat de b, on peut assurer la condition d’imperméabilité de
l’interface entre le solide et le fluide, c’est-à-dire la nullité de la vitesse normale au cercle frontière.
34. Du nom d’un ingénieur et professeur anglais actif fin XIXème , début XXème .
35. Cf. par exemple la section 9.7.3 de Guyon, Hulin & Petit (2012).
24 Chapitre 1. Modèle du milieu continu - Cinématique élémentaire
x = r cos θ et y = r sin θ .
2 On travaille maintenant dans le référentiel lié au fluide à l’infini. Dans ce référentiel le disque
est centré en x = −U tex .
2.1 En explicitant la transformation de Galilée entre le référentiel lié au disque mobile, réputé
« relatif », et le référentiel lié au fluide à l’infini, réputé « absolu », donnez l’expression du champ
de vitesse v(x,t) dans ce dernier référentiel.
Indications : vous aurez intérêt à utiliser des notations avec des 0 pour les coordonnées et vitesses
dans le référentiel relatif, afin de ne pas mélanger vos pinceaux !... Il pourra aussi être utile de faire
a posteriori un test de cohérence, en vérifiant que la particule fluide en contact avec l’extrémité
gauche du disque, située en x = −(U t + a)ex , est bien poussée à la vitesse −U ex .
2.2 Calculez puis tracez les lignes de courant de ce champ de vitesse à l’instant initial t = 0.
Indications : vous aurez ici encore intérêt à exprimer vx et vy en coordonnées polaires (r,θ).
2.3 Donnez au moins deux raisons pour lesquelles ces lignes de courant diffèrent des trajectoires
de cet écoulement.
1.1 Justifiez par une analyse des symétries de ce problème (au sens large des propriétés de symétries
géométriques et aussi des échelles physiques ou géométriques) que la dépendance spatiale de ρa se
fera via une dépendance en
xi xi
ξ = ,
Dt
1.3. Problèmes 25
ρa = f (t) g(ξ) .
ρa (x,t = 0) = ma δ (1.34)
1.5 Un village se trouve situé à la hauteur de la bouche de la cheminée, à une distance de 2 kilo-
mètres à vol d’oiseau. Calculez le temps nécessaire pour que la concentration en éléments radioactifs
atteigne en ce lieu sa valeur maximale, et donnez alors l’ordre de grandeur de ce « pic de concen-
tration », sachant que ma = 100 g.
Vous prendrez ensuite un peu de recul pour critiquer cette application numérique et ce modèle.
2 On considère le même phénomène de pollution, mais dans une atmosphère soumise à un vent
que l’on suppose en première approximation uniforme
v(x,t) = U e1 . (1.35)
2.1 Expliquez ce qui change par rapport à la partie 1, et montrez que la solution de (1.31) est
maintenant de la forme
" #
(x − U t)2 + x2 + x2
1
ρa = A t−3/2 exp − 2 3
, (1.36)
4Dt
2.2 En supposant que (malheureusement !) le village dont il était question en 1.5 est « sous le
vent » en provenance de l’usine, reprenez cette question 1.5. Pour l’application numérique vous
supposerez que U = 20 km/h.
26 Chapitre 1. Modèle du milieu continu - Cinématique élémentaire
Cinématique avancée :
étude des déformations
Φ(.,t) : D0 −→ Dt
, (2.1)
X 7−→ x = Φ(X,t)
il est naturel de se poser la question du transport d’un petit segment de matière dX d’origine
X. A priori, comme cela est représenté sur la figure 2.1, il sera transformé en une courbe d’origine x
et d’extrémité x + dx, d’autant plus proche d’un segment que dX est petit. D’après la définition du
1. Sans parler du problème de la rupture des matériaux, qui présentent tous des capacités de déformations
limitées !...
PSfrag replacements
Φ(., t)
x + dx = Φ(X + dX, t)
X + dX
dx = F · dX veut dire... dX dx
X x = Φ(X, t)
Φ(., t)
Fig. 2.1 – Figure illustrant la définition intrinsèque (2.4) du gradient (lagrangien) de la transformation :
F - sous-entendu au point X - est l’application linéaire qui à la différence de position initiale dX fait
correspondre la différence de position actuelle dx. C’est donc l’application linéaire représentée par la flèche
épaisse.
gradient d’un champ de vecteurs donnée dans la section 2.2 du cours de calcul tensoriel, en prenant
la convention du calcul différentiel qui consiste à ne pas rappeler l’existence de termes correctifs
supposés « infiniment petits » parce que dX est « infiniment petit », il existe une relation linéaire
entre dX et dx, soit
dx = ∇X Φ(.,t) · dX . (2.2)
qui régit le transport d’un (tout) petit segment de matière d’origine X selon
F : R3 −→ R3
. (2.4)
dX 7−→ dx = F · dX
Comme tous les tenseurs introduits dans cette section 2.1, F est un tenseur « lagrangien »
c’est-à-dire un champ tensoriel dépendant de X ∈ D0 et t. En repère orthonormé, d’après le cours
de calcul tensoriel, on a
∂Φi
F = ei ⊗ ej , (2.5)
∂Xj
que l’on note parfois de façon légèrement abusive
∂xi
F = ei ⊗ ej . (2.6)
∂Xj
En raisonnant en physicien, le fait que le milieu continu garde son intégrité localement autour de
x durant le mouvement implique que F est une application linéaire bijective. Mathématiquement
on peut voir cette propriété comme résultant du fait que Φ(.,t) est bijective.
x = Φ(X,t)
PSfrag replacements
Φ(., t)
dx2
X x
dx1
dX1
Fig. 2.2 – Représentation du phénomène de transport lagrangien d’un petit volume parallélépipé-
dique.
Le volume initial peut se calculer à l’aide du produit mixte des vecteurs dX1 , dX2 et dX3 , soit le
déterminant des vecteurs colonnes représentant ces trois vecteurs dans une base quelconque
que
d3 x = J d3 X . (2.11)
2. C’est bien une quantité scalaire intrinsèque qui ne dépend pas, d’après la théorie des déterminants, du choix
de la base utilisée. On dit aussi que c’est un invariant du tenseur F. Un autre exemple d’invariant de F est sa trace
trF.
3. Lors d’un mouvement on reste toujours du même côté du miroir, n’en déplaise à Lewis Carroll ! Mathéma-
tiquement, pour X fixé dans D0 , considérons la fonction continue j : t 7→ J(X,t). À t = t0 instant initial ou de
référence, Φ(.,t0 ) se réduit à l’identité, donc F(X,t0 ) = 1 et j(t0 ) = det 1 = 1. Comme F(X,t) est une bijection, son
déterminant j(t) ne peut s’annuler. L’image continue de [t0 ,t] par j doit donc être un intervalle de la forme [j1 ,j2 ]
avec 0 < j1 ≤ 1 ≤ j2 .
32 Chapitre 2. Cinématique avancée : étude des déformations
on a
F = R rotation (2.14)
qui n’est pas forcément l’identité !
On peut se convaincre qu’un bon critère de non-déformation locale est celui de la conservation
des produits scalaires entre deux petits vecteurs matériels quelconques dX et dX0 d’origine X,
transportés en dx et dx0 d’origine x = Φ(X,t), comme le montre la figure 2.3 :
le mouvement n’est pas déformant autour de X ssi ∀dX, dX0 , on a dx · dx0 = dX · dX0 . (2.15)
il est clair que, d’un point de vue différentiel, l’application qui au couple de petits vecteurs dX et
dX0 fait correspondre
dx · dx0 = F · dX · F · dX0 (2.17)
est une forme bilinéaire. C’est donc un tenseur d’ordre 2 d’après le cours de calcul tensoriel. On
l’appelle tenseur des dilatations de Cauchy 4 et on le note C(X,t) ou C :
C : R3 × R3 −→ R
. (2.18)
(dX,dX0 ) 7−→ C(dX,dX0 ) = dx · dx0
0
dX
dx
0
Mouvement non déformant : X
Φ(., t) x
dx
dX
0
dX
dx
0
Φ(., t)
Mouvement déformant : X x dx
dX
Fig. 2.3 – Représentation du phénomène de transport lagrangien du produit scalaire entre deux
petits vecteurs. Dans le cas de la figure supérieure, le produit scalaire est conservé, dans le cas de la figure
inférieure, il est modifié.
En termes géométriques ceci équivaut à requérir que F soit une transformation orthogonale ; comme
elle doit être directe pour des raisons physiques 6 , il s’agit forcément d’une rotation.
2
∀dX 6= 0, C(dX,dX) = dx · dx = ||dx||2 = F · dX > 0 . (2.22)
Cette forme quadratique a une interprétation immédiate qui justifie le nom donné à C :
s (
||dx|| C(dX,dX) dilatation dans la direction dX si λ > 1
λ(dX) = = = .
||dX|| dX · dX contraction dans la direction dX si λ < 1
(2.23)
Une autre conséquence du fait que C symétrique définit une forme quadratique définie positive
est que C peut se diagonaliser sur une base orthonormée, ses valeurs propres étant strictement
positives, et s’interprétant à la façon de (2.23). On reviendra sur l’interprétation générale des
composantes du tenseur C dans l’exercice 2.1.
De manière générale, certains mécaniciens parlent de « directions principales » pour désigner
les vecteurs propres d’un tenseur d’ordre 2, et de « valeurs principales » pour désigner les
valeurs propres d’un tenseur d’ordre 2. On reviendra sur ce vocabulaire, et sur une représentation
possible d’un tenseur symétrique d’ordre 2, dans la section 3.2.8.
6. Mathématiquement, on a vu dans la section précédente que J = det F est toujours strictement positif. Comme
C = 1 implique que J 2 = 1, on ne peut qu’avoir J = +1.
34 Chapitre 2. Cinématique avancée : étude des déformations
1
e : (dX,dX0 ) 7−→ e(dX,dX0 ) = dx · dx0 − dX · dX0 .
(2.24)
2
Il dépend de X et t, et permet de mesurer les variations des produits scalaires entre petits vecteurs
d’origine X transportés par le mouvement en x à l’instant t. En écrivant que
1 1 T
e = C−1 = F ·F−1 (2.26)
2 2
et
le mouvement n’est pas déformant autour de X ssi e = 0 . (2.27)
On a, en vertu de (2.30), que f est une application vectorielle « orthogonale » au sens où
∀u, v, u · v = f u · f v . (2.32)
M0
u M
O
PSfrag replacements PSfrag replacements
M
M0
u
instant t
instant t0 instant t instant t0
O
Fig. 2.4 – Figure illustrant la définition (2.35) du déplacement u d’un point matériel.
Montrons qu’une telle application est toujours linéaire. Pourncela on remarque que l’image d’une
o
base orthonormée ei par f est une base orthonormée, soit f ei . Soient maintenant x1 , x2 , x3
trois scalaires quelconques. Considérons le vecteur
y = f(xi ei ) − xi f(ei ) .
On a, par orthogonalité de f,
∀M, AM = L · A0 M0 ⇐⇒ x − xA = L · (X − XA ) , (2.33)
c’est-à-dire que l’on a affaire à une transformation homogène au sens de (2.13). Dans ce cas on a
identité entre L et le tenseur gradient de la transformation F, qui est une transformation orthogo-
nale d’après (2.30). Cette transformation doit être directe pour des raisons physiques, c’est donc
une rotation que l’on note R. Au bilan on a donc un mouvement de translation-rotation en
bloc
x = xA + R · (X − XA ) (2.34)
u(.,t) : D0 −→ R3
. (2.35)
X 7−→ u(X,t) = x − X = Φ(X,t) − X
8. On peut remarquer que les « démonstrations » données en classes préparatoires pour aboutir à ce résultat sont
souvent déficientes : en effet elles supposent implicitement la linéarité de l’application f introduite ci-dessus, linéarité
qui n’est pas si évidente.
36 Chapitre 2. Cinématique avancée : étude des déformations
∇X u(.,t) = ∇X Φ(.,t) − 1 ,
F = 1 + ∇X u(.,t) .
F = 1 + ∇u . (2.37)
En insérant cette égalité dans la définition (2.19) du tenseur des dilatations de Cauchy, on
obtient que celui-ci vaut
1
e = ∇u + ∇uT + ∇uT · ∇u . (2.39)
2
Cette réécriture de e, dont on rappelle que la signification physique est donnée par
avec les notations de la section 2.1.4, montre que, en général, l’ordre de grandeur de e est celui de
∇u. On définit en conséquence l’hypothèse de petite transformation par
∀X ∈ D0 , F − 1 1 ⇐⇒ ∇u 1 . (2.40)
Techniquement la norme utilisée pour mesurer l’ordre de grandeur du tenseur ∇u importe peu,
puisque l’espace des tenseurs d’ordre 2 est de dimension finie, égale à 9 (on peut ici raisonner
en termes de matrice), donc toutes les normes sont équivalentes sur cet espace. En pratique on
raisonnera souvent à l’aide d’une norme infinie 9 et en utilisant un repère orthonormé, d’où la
traduction suivante de l’hypothèse de petite transformation :
∂ui
∀X ∈ D0 , ∀i,j, 1 . (2.41)
∂Xj
9. Non induite, i.e., L = maxi,j (Lij ).
∞
2.1. Étude lagrangienne des déformations 37
Une autre conséquence de l’hypothèse de petite transformation est que le dernier terme dans
l’expression (2.39) peut être négligé devant les deux premiers, i.e.
e ' (2.43)
avec
1
= (X,t) = ∇u + ∇uT (2.44)
2
dX = dX0 = dX e1 , (2.46)
on obtient
dx2 = ||dx||2 ' dX 2 + 2 dX 2 11 ,
Un exemple de mouvement local déformant plan est donné sur la figure 2.5.
On remarque aussi que, d’après le résultat de l’exercice 1.10 de calcul tensoriel, on a, pour le
jacobien de la petite transformation, c’est-à-dire la dilatation volumique,
J = det F = det 1 + ∇u ' 1 + tr∇u = 1 + divu . (2.50)
On note pour terminer une simplification qui se révèlera utile en petite transformation : on
peut en première approximation considérer que
∇X ' ∇x , (2.51)
x = Φ(X,t) .
∂u ∂u ∂xi ∂u
∇X u = ⊗ ek = ⊗ ek = Fik ⊗ ek .
∂Xk ∂xi ∂Xk ∂xi
Comme F est très proche de l’identité du fait de l’hypothèse de petite transformation (2.40), on
obtient bien, en première approximation,
∂u ∂u
∇X u ' δik ⊗ ek = ⊗ ek = ∇x u .
∂xi ∂xk
Ceci simplifiera les études réalisées en petits déplacements et transformations : on pourra confondre
X et x dans le calcul de .
Ceci permet de donner un exemple de mouvement satisfaisant l’hypothèse des petites déforma-
tions 12 , puisque
1 T
e = F ·F−1 = 0 1 , (2.54)
2
sans pour autant satisfaire l’hypothèse de petite transformation, puisque, si R est une rotation
d’angle π (autour d’un certain axe), F est très différente de l’identité.
12. Pas étonnant pour un solide justement indéformable !
2.1. Étude lagrangienne des déformations 39
ǫ12 dX
ǫ22 dX
du ′
dX′ dX′
θ
2 dx ′
dx
du ǫ12 dX
11
00 11
00 θ
00
11 00
11 2
ǫ11 dX
X dX x dX
Fig. 2.5 – Représentation locale d’un mouvement plan déformant sans rotation, i.e. Ω = 0 avec
les notations de la section 2.1.9. Les petits segments de matière dans la configuration de référence sont pris
dans les directions des axes de coordonnées, et de normes égales, c’est-à-dire donnés par l’équation (2.48).
Cette figure permet de visualiser les composantes 11 , 22 et 12 du tenseur des déformations linéarisé,
ainsi que l’angle de glissement θ.
= 0. (2.55)
∇u = Ω . (2.56)
u = u0 + Ω ∧ X , (2.57)
qui correspond à une translation pour ce qui est du premier terme, et à une rotation infinitésimale
pour ce qui est du second terme. Un champ de cette forme (2.57), qui correspond à la solution
générale de l’équation
= 0 ⇐⇒ ∇u + ∇uT = 0 , (2.58)
est appelé « champ de moments ». On peut noter que
1
Ω = rot u .
2
∇u = + Ω , (2.60)
d’où, en posant
1
Ω = rot u , (2.61)
2
la formule locale
du = · dX + Ω ∧ dX . (2.62)
K = ∇x v (2.67)
on obtient
d(dx)
= K · dx . (2.68)
dt
Comme tous les tenseurs introduits dans cette section 2.2, K est un tenseur « eulerien » c’est-
à-dire un champ tensoriel dépendant de x ∈ Dt et t. D’après le cours de calcul tensoriel, si on
travaille en repère orthonormé on a
∂vi
K = ei ⊗ ej . (2.69)
∂xj
2.2. Étude eulerienne des déformations 41
PSfrag replacements
v(x + dx)dt
x + dx
dx(t + dt)
dx(t)
x v(x)dt
Fig. 2.6 – Représentation du phénomène de transport d’un petit segment de matière dx, entre deux
instants très proches t et t + dt.
db db(Φ(X,t),t) ∂b ∂Φi ∂b
= = + (2.70)
dt dt ∂xi ∂t ∂t
en utilisant la composition des dérivées et en travaillant en repère orthonormé Ox1 x2 x3 . Or ∂Φi /∂t
est la vitesse eulerienne vi , donc
db ∂b ∂b
= vi +
dt ∂xi ∂t
i.e., de façon plus intrinsèque,
db ∂b
= + ∇x b · v . (2.71)
dt ∂t
dxi (t) = dx ei ,
puis évoluant ensuite avec le milieu continu. On met les indices en haut en écrivant dxi pour des
raisons purement pratiques qui vont s’éclaircir immédiatement. En utilisant les notations de la
section 1.6 du cours de calcul tensoriel, le volume correspondant est
On obtient ainsi
1 d(d3 x)
= ijk Ki1 δj2 δk3 + ijk δi1 Kj2 δk3 + ijk δi1 δj2 Kk3
(dx)3 dt
= i23 Ki1 + 1j3 Kj2 + 12k Kk3
= K11 + K22 + K33
1 d(d3 x)
= trK , (2.73)
d3 x dt
puisque par exemple la seule valeur de i qui correspond à i23 6= 0 est i = 1. Or K est le tenseur
gradient de v, donc en vertu de la formule (2.24) du cours de calcul tensoriel, il vient que le
coefficient de proportionnalité entre le taux de variation du petit volume et ce volume lui-même
est la divergence de la vitesse,
d(d3 x)
= (divv) d3 x . (2.74)
dt
d(dx · dx0 )
= K · dx · dx0 + dx · K · dx0 .
dt
On peut mettre le premier terme sous une forme similaire à celle du second terme en utilisant le
tenseur K transposé, cf. la section 1.4.2 du cours de calcul tensoriel. Il vient
d(dx · dx0 )
= dx · KT · dx0 + dx · K · dx0 ,
dt
en supprimant les parenthèses « inutiles »... En introduisant le tenseur des taux de déforma-
tion 13
1 1
D = K + KT = ∇v + ∇vT , (2.75)
2 2
il vient l’expression de la dérivée particulaire d’un produit scalaire entre petits vecteurs,
d(dx · dx0 )
= 2dx · D · dx0 . (2.76)
dt
Le tenseur symétrique D peut se diagonaliser sur une base orthonormée. Un cas particulier de
la formule (2.76), obtenu lorsque dx = dx0 ,
d||dx||2
= 2dx · D · dx , (2.77)
dt
permet d’interpréter les composantes diagonales de D. Par exemple D11 peut être, en vertu de
d||dxe1 ||2
= 2dx2 D11 ,
dt
vu comme le taux d’allongement, s’il est positif, ou taux de contraction, s’il est négatif, des
petits segments de matière orientés dans la direction e1 . De même
d(dxe1 · dxe2 )
= 2dx2 D12
dt
permet d’identifier D12 à un taux de glissement entre deux petits segments orientés dans les
directions e1 et e2 .
D’un point de vue eulerien, un solide indéformable est défini par la conservation des produits
scalaires entre segments de matière, petits ou non. Il suffit en fait d’exiger cette conservation pour
de petits segments,
d(dx · dx0 )
∀dx, dx0 , = 0 ⇐⇒ dx · D · dx0 = 0 (2.78)
dt
en vertu de (2.76), pour être capable de déterminer complètement la structure du champ de vitesse
v. En effet (2.78) donne
D = 0 ⇐⇒ ∇v + ∇vT = 0 , (2.79)
X x et u v.
De même que la solution générale de (2.58) prend la forme (2.57), de même la solution générale
de (2.79) est un champ de moments de la forme
v = v0 + ω ∧ x . (2.80)
1
ω = rot v .
2
Cette forme (2.80) de champ de vitesse a été étudiée dans la section A.1.2...
44 Chapitre 2. Cinématique avancée : étude des déformations
d3 x = J d3 X ,
peut elle aussi être dérivée par rapport au temps. On en déduit que
d(d3 x)
= J˙ d3 X = J˙ J −1 d3 x .
dt
En identifiant la formule eulerienne correspondante (2.74),
d(d3 x)
= divv d3 x ,
dt
on obtient la formule remarquable
J˙ = J divv . (2.84)
2.4. Exercices et problème 45
dX1 = dX e1 et dX2 = dX e2
avec dX une (très) petite longueur. Ces vecteurs sont transportés dans le mouvement en dx1 et
dx2 .
||dx1 || ||dx2 ||
λ1 = et λ2 =
||dX1 || ||dX2 ||
grâce au tenseur C, et montrez que l’on peut interpréter ainsi les composantes diagonales de
[C] = Mat C, {ei } = [Cij ] .
θ = 0 (modulo π) ⇐⇒ C12 = 0 .
46 Chapitre 2. Cinématique avancée : étude des déformations
Exercice 2.2 Interprétation des vecteurs propres du tenseur des dilatations de Cauchy
On considère un milieu continu dont le mouvement est caractérisé localement, autour d’un
point X, à un instant t, par un tenseur des dilatations de Cauchy C. On suppose que ce tenseur se
diagonalise sur une base orthonormée {n1 ,n2 ,n3 }, les valeurs propres associées vérifiant
c1 > c2 > c3 .
Montrez que la direction de n1 définit celle des vecteurs dX qui maximisent le rapport
||dx||
R(dX) = ,
||dX||
dx étant le vecteur dX une fois transporté par le mouvement, tandis que celle de n3 définit celle
des vecteurs dX qui minimisent le rapport R(dX).
On étudie le mouvement d’un milieu continu dans un référentiel R, dans lequel un repère
orthonormé Ox1 x2 x3 a été choisi. Le milieu occupe à l’instant initial t0 le domaine
x1 = X1 + k(t)X2 , x2 = X2 , x3 = X3 ,
1.1 Rappelez quelle est la signification physique de x. Que peut-on dire de la valeur de la fonction
k à l’instant t0 ? Que vaut Dt ?
1.3 Calculez le tenseur gradient de la transformation. Vous en donnerez une expression intrinsèque
et une expression matricielle. Vous donnerez aussi une formule de transport qui fait intervenir ce
tenseur, et permet son interprétation physique.
1.4 Que peut-on dire du transport de petits volumes matériels dans ce mouvement ?
1.5 Calculez le tenseur des dilatations de Cauchy, en en donnant une expression intrinsèque et une
expression matricielle. Donnez aussi une formule de transport qui fait intervenir ce tenseur.
1.8 Donnez une expression intrinsèque et une expression matricielle du tenseur des déformations
de Green-Lagrange. Donnez aussi une formule de transport qui fait intervenir ce tenseur.
1.11 Retrouvez la même expression du tenseur des déformations linéarisé en partant du calcul du
champ de déplacements.
2.1 Calculez le champ de vitesse lagrangien puis le champ de vitesse eulerien correspondant à ce
mouvement.
2.2 Calculez le tenseur gradient de vitesse. À quoi peut servir ici ce tenseur ? Vérifiez qu’il est relié
au tenseur gradient de la transformation par la formule établie dans le cours.
2.4 Calculez le tenseur des taux de déformation. À quoi peut servir ici ce tenseur ? Vérifiez qu’il
est relié aux tenseurs gradient de la transformation et des déformations de Green-Lagrange par la
formule donnée dans le cours.
2.5 Diagonalisez le tenseur des taux de déformation et interprétez physiquement le résultat obtenu.
2.6 Explicitez la décomposition (a priori locale mais en fait, ici, globale) du champ de vitesse en
une déformation instantanée et une rotation instantanée.
Nous avons déjà abordé l’étude du « transport » de quantités scalaires ou vectorielles dans
les sous-sections 1.2.7 et 2.2.2. Des formules de transport locales ont été obtenues, mais il semble
au moins aussi important d’obtenir des formules globales permettant d’étudier le transport de
quantités intégrées sur un volume. C’est ce que nous allons faire dans la première section de ce
chapitre. Au sens strict, la section 3.1.1 relève de la « cinématique pure ». Par contre, les études
des sections suivantes sur le transport de la masse, puis celui de la quantité de mouvement,
font intervenir, outre la cinématique, la loi de physique classique de conservation de la masse.
Nous verrons ensuite, en section 3.2, qu’une réécriture locale du bilan complet de quantité de
mouvement, prenant donc en compte les forces appliquées à un sous-système quelconque du mi-
lieu continu, nécessite une étude fine des forces de nature surfacique exercées à l’interface entre
ce sous-système et le reste du milieu, ou « efforts intérieurs ». Cette étude nous conduira à
introduire le tenseur des contraintes de Cauchy.
Le point de vue utilisé est généralement eulerien, mais on verra que la description des forces surfa-
ciques et l’équation locale d’évolution de la quantité de mouvement finalement obtenues s’adaptent
de façon quasi immédiate à une description lagrangienne, pourvu que l’on soit en petits déplace-
ments et petites transformations.
Faute de temps, nous ne pourrons donner d’interprétation microscopique du tenseur des contraintes.
Sur ce sujet très intéressant, le lecteur est renvoyé à la section 5.4 de Le Tallec (2009).
Notons Ω0 le domaine matériel occupé à t = t0 par les points qui se trouvent en Ωt à l’instant t.
D’après le théorème de changement de variable dans une intégrale de volume, écrit à la manière
d’un physicien, on a
d3 x
ZZZ ZZZ
3
C(t) = c(x,t) d x = c(Φ(X,t),t) 3 d3 X . (3.3)
Ωt Ω0 d X
On voit donc, d’après l’étude de la section 2.1.2, apparaitre la dilatation volumique J = J(X,t)
dans l’intégrale ramenée sur la configuration de référence,
ZZZ ZZZ
C(t) = c(x,t) d3 x = c(Φ(X,t),t) J(X,t) d3 X , (3.4)
Ωt Ω0
ce qu’aurait écrit directement un mathématicien 2 . L’intérêt de cette réécriture est que le domaine
d’intégration est, maintenant, indépendant de l’instant t considéré. On peut donc écrire que la
dérivée par rapport au temps de cette intégrale est donnée par l’intégrale de la dérivée par rapport
au temps de l’intégrand, soit, en travaillant en coordonnées orthonormées,
dC ∂c ∂Φi ∂c ∂J 3
ZZZ
(t) = J + J + c d X . (3.5)
dt Ω0 ∂xi ∂t ∂t ∂t
D’après l’équation (1.19), on a
∂Φi
(X,t) = Vi (X,t)
∂t
vitesse lagrangienne au point X à l’instant t, soit
∂Φi
(X,t) = vi (Φ(X,t),t)
∂t
vitesse eulerienne correspondante. D’autre part la formule (2.84) montre que
∂J
(X,t) = J(X,t) divv(Φ(X,t),t) .
∂t
On a donc
dC ∂c ∂c
ZZZ
(t) = vi + + c divv (Φ(X,t),t) J(X,t) d3 X . (3.6)
dt Ω0 ∂xi ∂t
2. En préférant d’ailleurs le terme « jacobien » à celui de « dilatation » pour parler de J...
3.1. Transport de quantités intégrées sur un volume 51
D’après la formule de changement de variable (3.4), utilisée maintenant pour passer d’une intégrale
sur Ω0 à une intégrale sur Ωt , il vient
dC ∂c
ZZZ
= v · ∇c + + c divv d3 x . (3.7)
dt Ωt ∂t
En faisant usage de la formule (2.56) du cours de calcul tensoriel pour simplifier l’intégrand, il
vient
d ∂c
ZZZ ZZZ h i
3
c(x,t) d x = + div(cv) d3 x . (3.8)
dt Ωt Ωt ∂t
L’intégrale de volume peut être transformée en une intégrale de surface grâce à la formule intégrale
de la divergence vue en calcul tensoriel. En notant n la normale sortante au bord ∂Ωt de Ωt , il
vient
d ∂c 3
ZZZ ZZZ ZZ
3
c(x,t) d x = d x + cv · n d2 S . (3.9)
dt Ωt Ωt ∂t ∂Ωt
On distingue un premier terme volumique dû aux variations temporelles de c à x fixé, et un terme
surfacique d’advection ou convection dû au mouvement. Ce deuxième terme s’interprète, dans
le cas pertinent où Ωt est un « tube de courant » au sens de la section 7.1.1, comme la différence
entre le taux de gain de la quantité C en sortie (l’intégrale étant prise sur Ss , où v · n > 0) et le
taux de perte en entrée (l’intégrale étant prise sur Se , où v · n < 0).
Comme on l’a déjà suggéré, la première quantité extensive à laquelle on peut appliquer cette
formule est la masse. La densité volumique correspondante est ρ. Une loi fondamentale de la
physique classique est la conservation de la masse, que l’on peut donc écrire, en vertu de (3.8),
dm d ∂ρ
ZZZ ZZZ h i
3
∀Ωt , = ρd x = + div(ρv) d3 x = 0 . (3.10)
dt dt Ωt Ωt ∂t
Ces intégrales sont toutes nulles si et seulement si l’intégrand est nul. On peut pour s’en convaincre
considérer un volume infinitésimal dΩt centré sur un x quelconque de Dt ; alors, par continuité des
champs intégrés 3 ,
∂ρ h ∂ρ
ZZZ h i i
3
+ div(ρv) d x ' + div(ρv) (x,t) dΩt .
dΩt ∂t ∂t
∂ρ
+ div(ρv) = 0 . (3.11)
∂t
3. Une démonstration plus propre s’obtiendrait en utilisant un théorème de la moyenne, qui stipule que, si une
fonction f continue est intégrée sur un volume, il existe un point particulier A dans ce volume tel que
ZZZ ZZZ
f (M) d3 x = f (A) d3 x .
Ωt Ωt
52 Chapitre 3. Bilans de masse et de quantité de mouvement - Contraintes
En combinant cette équation avec les équations (1.30) de ce document et (2.56) du cours de calcul
tensoriel, on obtient une forme équivalente de cette loi de conservation,
dρ
= −ρ divv . (3.12)
dt
divv = 0 . (3.14)
Nous reviendrons sur d’autres conséquences de la loi générale eulerienne (3.11) lorsque nous nous
consacrerons à l’étude de la mécanique des fluides.
d3 x
= J(X,t) ,
d3 X
avec les notations de la section 2.1.2. En appelant d3 m la masse (conservée) du petit élément de
matière dont on suit le mouvement, on peut écrire qu’à l’instant initial
d3 m
ρ(X,t0 ) =
d3 X
et à l’instant actuel
d3 m
ρ(X,t) =
.
d3 x
On en déduit, en faisant le quotient de ces deux équations, que
ρ(X,t) 1
= . (3.15)
ρ(X,t0 ) J(X,t)
dE h ∂(ρe)
ZZZ i
= + div(ρe v) d3 x .
dt Ωt ∂t
En faisant appel à la formule (2.56) du cours de calcul tensoriel, il vient pour l’intégrand
∂(ρe) ∂ρ ∂e ∂e
+ div(ρe v) = e + ρ + e div(ρv) + (∇e) · (ρv) = ρ + ρv · ∇e
∂t ∂t ∂t ∂t
d de 3
ZZZ ZZZ
3
ρe d x = ρ d x . (3.17)
dt Ωt Ωt dt
d dvi 3
ZZZ ZZZ
ρvi d3 x = ρ d x.
dt Ωt Ωt dt
ZZZ ZZZ
p = d3 m v = ρv d3 x (3.18)
Ωt Ωt
D’autre part, en utilisant plutôt la formule de transport (3.9), dans laquelle on pose c = ρvi , il
vient
dpi ∂(ρvi ) 3
ZZZ ZZ
= d x + ρvi (v · n) d2 S .
dt Ωt ∂t ∂Ωt
Ceci étant valable quel que soit l’indice i, on obtient de façon plus intrinsèque
dp ∂(ρv) 3
ZZZ ZZ
= d x + ρv(v · n) d2 S . (3.20)
dt Ωt ∂t ∂Ωt
Cette formule, souvent appelée « formule de transport d’Euler », se révèlera surtout utile en
mécanique des fluides.
54 Chapitre 3. Bilans de masse et de quantité de mouvement - Contraintes
dp
= Rext = somme des forces extérieures appliquées. (3.21)
dt
On suppose dans ce qui suit que l’on travaille dans un référentiel galiléen, de façon à n’avoir à
considérer que des forces physiques, et non des forces d’inertie 5 . Parmi ces forces il faut distinguer
des forces volumiques à distance, en général le poids,
ZZZ ZZZ
Rpoids = d3 f = ρg d3 x (3.22)
Ωt Ωt
avec g l’accélération de la pesanteur, et des forces surfaciques de contact, qui sont exercées
à la surface frontière de Ωt par le milieu extérieur à Ωt , c’est-à-dire contenu dans Dt − Ωt , le
complémentaire de Ωt dans Dt . Pour l’instant on suppose que Ωt est intérieur à Dt , domaine total
occupé par le milieu 6 , mais on reviendra sur cette hypothèse un peu plus tard. Ainsi à l’extérieur
de Ωt il y a encore le milieu continu. Le postulat de Cauchy consiste à supposer, en physicien,
que la force élémentaire d2 f exercée par le milieu extérieur sur une petite surface d2 S du bord de
Ωt , centrée en x, comme cela est représenté sur la figure 3.1, vérifie les propriétés suivantes :
• extensivité de d2 f : d2 f dépend linéairement de d2 S pourvu que cette surface soit suffisam-
ment petite ;
• localité de d2 f : d2 f ne dépend que de l’orientation du plan tangent à ∂Ωt au point x,
orientation définie par la donnée de la normale unitaire sortante n à Ωt au point x.
Ce postulat de Cauchy permet d’introduire une densité surfacique d’efforts, ou « vecteur
contrainte » T(x,n,t), tel que la force élémentaire exercée par le milieu extérieur sur une petite
surface d2 S de normale sortante n soit
d2 f = T(x,n,t) d2 S . (3.23)
Les composantes d’un vecteur contrainte sont dimensionnellement des forces par unité de surface
ou pressions ; l’unité SI correspondante est donc le Pascal Pa. Naturellement 1 Pa = 1 N/m2 .
D’autres unités sont l’atmosphère, 1 atm = 1,013 105 Pa, le bar, 1 bar = 105 Pa, the pound per
square inch, 1 psi = 6895 Pa.
5. L’inclusion de forces d’inertie dans cette loi ne pose aucun problème de fond, il suffit d’altérer g dans
l’équation (3.22), cf. l’équation (A.43).
6. Ainsi on étudie en ce moment les « efforts intérieurs » au milieu continu, comme le dit le titre de cette
section !..
3.2. Description des efforts intérieurs - Tenseur des contraintes 55
PSfrag
n replacements
d2 f
d2 S
Ωt
∂Ωt
∂Dt Dt
Fig. 3.1 – Représentation d’une surface élémentaire d2 S du bord d’un ouvert Ωt isolé par la pensée dans le
domaine total Dt , et de la force élémentaire d2 f exercée par le milieu contenu dans Dt − Ωt sur cette surface
élémentaire. La surface ∂Ωt est une « coupe virtuelle » de Dt .
L’égalité (3.23) permet d’exprimer la résultante des efforts de surface exercés par le milieu contenu
dans Dt − Ωt sur ∂Ωt comme
ZZ ZZ
Rsurfaciques = d2 f = T(x,n,t) d2 S . (3.24)
∂Ωt ∂Ωt
dp
ZZZ ZZ
3
= d f + d2 f (3.25)
dt Ωt ∂Ωt
dv 3
ZZZ ZZZ ZZ
3
ρ d x = ρg d x + T(x,n,t) d2 S . (3.26)
Ωt dt Ωt ∂Ωt
On aimerait transformer le dernier terme de (3.26) en terme de volume, afin de pouvoir identifier
une équation locale d’évolution de la quantité de mouvement, de la forme
dv
ρ = ρg + ? (3.27)
dt
Il est clair qu’il nous faut mieux modéliser les efforts intérieurs, pour l’instant décrits par les
vecteurs contraintes, afin de réaliser cet objectif. C’est ce que nous allons maintenant faire.
7. Bien entendu, pour que le modèle du milieu continu s’applique, il faut que h d taille des volumes élémentaires
représentatifs.
56 Chapitre 3. Bilans de masse et de quantité de mouvement - Contraintes
n+
PSfrag
S+ replacements
∂Ωt S−
n−
∂Dt Dt
Fig. 3.2 – Représentation d’un domaine cylindrique élémentaire isolé par la pensée dans un milieu
continu occupant le domaine total Dt .
D’autre part, si h est très petit, les termes de surface dans (3.26) correspondants à l’intégrale sur la
frontière latérale de Ωt sont négligeables devant ceux correspondants aux intégrales sur les surfaces
disques « supérieure » et « inférieure »,
ZZ ZZ ZZ
2 2
T(x,n,t) d S ' T(x,n+ ,t) d S + T(x,n− ,t) d2 S .
∂Ωt S+ S−
ZZ
T(x,n,t) d2 S ' T(x,n+ ,t) πa2 + T(x,n− ,t) πa2 (3.29)
∂Ωt
On peut voir ce résultat comme une « loi de l’action-réaction », puisqu’il exprime en quelque
sorte l’équilibre des forces surfaciques exercées de part et d’autre d’une même surface disque.
x1 = OM · e1 , x2 = OM · e2 , x3 = OM · e3 , (3.31)
comme cela est représenté sur la figure 3.3. Rappelons que le point O désigne l’origine de notre
repère. La dernière face, dont on note S l’aire, est définie par ses sommets P1 , P2 et P3 tels que
h
MPi = ei ,
ni
3.2. Description des efforts intérieurs - Tenseur des contraintes 57
P3
n
PSfrag replacements
P2
M
P1
Fig. 3.3 – Représentation d’un petit tétraèdre Ωt isolé par la pensée dans le milieu continu.
h étant une petite longueur, les ni étant les composantes du vecteur normal unitaire correspondant
n = ni ei .
Explicitons la loi fondamentale de la dynamique (3.26) pour ce tétraèdre. En première approxima-
tion, si h est très petit, on peut considérer que les termes volumiques s’écrivent 8
dv 3 dv Sh
ZZZ ZZZ
ρ d x − ρg d3 x ' ρ − ρg (x,t) , (3.32)
Ωt dt Ωt dt 3
ce dernier facteur (Sh/3) étant le volume du tétraèdre Ωt . D’autre part le dernier terme de (3.26),
correspondant aux forces surfaciques, s’écrit, en ne rappelant que la dépendance de T vis-à-vis du
vecteur normal à la surface,
ZZ ZZ ZZ ZZ ZZ
T d2 S = T(n1 ) d2 S + T(n2 ) d2 S + T(n3 ) d2 S + T(n) d2 S .
Z Z∂Ωt S1 S2 S3 S
Or les surfaces S1 , S2 et S3 se déduisent de S par projection sur les plans (3.31), elles valent donc
Si = Sni .
On peut retrouver ce résultat de géométrie en appliquant la formule intégrale de la divergence au
tenseur identité, sur le volume Ωt du tétraèdre. Cette formule donne
ZZZ ZZ
3
div 1 d x = 0 = n d2 S = n S − ei Si .
Ωt ∂Ωt
En vertu de (3.23), on peut écrire, de façon plus explicitement physique, que la force d2 f exercée
par le milieu extérieur sur un élément de surface d2 S de normale sortante n est donnée par
Ce tenseur introduit en description eulerienne peut aussi être utilisé en description lagrangienne à
la condition de travailler en petits déplacements et petite transformation. Alors, d’une part on peut
« confondre » x et X, d’autre part la normale n à un élément de surface est en première approxima-
tion la même dans les configurations initiale et actuelle. En grands déplacements et surtout grande
transformation, il faut être plus prudent, et utiliser en général en description lagrangienne d’autres
tenseurs des contraintes, dits de Boussinesq et Piola-Kirchhoff, voir par exemple les sections V.4
de Salençon (1996), 13.5 de Le Tallec (2009) ou 4.1 de Forest & Amestoy (2020).
Il faut enfin mentionner que la loi (3.37) est aussi supposée valable si d2 S est au bord du domaine
occupé par le milieu continu, c’est-à-dire sur l’interface entre deux milieux continus différents.
Dans un tel cas on aura le plus souvent (en l’absence de phénomènes de « tension superficielle », qui
peuvent exister à l’interface entre deux fluides) continuité du vecteur contrainte à l’interface,
par une sorte de généralisation de la loi de l’action-réaction vue en section 3.2.2.
où l’on rappelle que, en composantes sur une base orthonormée, d’après le cours de calcul tensoriel,
∂σij
div σ = ei . (3.40)
∂xj
Ceci étant quel que soit le volume Ωt , on peut identifier les intégrands à gauche et à droite de cette
équation. On en déduit la loi locale d’évolution de la quantité de mouvement,
dv
ρ = ρg + div σ . (3.41)
dt
3.2. Description des efforts intérieurs - Tenseur des contraintes 59
Cette loi formulée en description eulerienne peut s’utiliser en description lagrangienne à la condition
de travailler en petits déplacements et petite transformation. On explicitera alors plutôt l’accélé-
ration en termes de la vitesse lagrangienne V, ou du champ de déplacement u, selon
dv ∂V ∂2u
= = . (3.42)
dt ∂t ∂t2
C’est bien un champ de moments, au sens où le moment cinétique par rapport à O se déduit
du moment cinétique par rapport à un autre point A suivant
ZZZ
OA + AM ∧ d3 m v = OA ∧ p + σ(A) ,
σ(O) = (3.44)
Ωt
dσ(O)
ZZZ ZZ
= Γext (O) = OM ∧ d3 f + OM ∧ d2 f , (3.45)
dt Ωt ∂Ωt
où OM est le vecteur « bras de levier » par rapport à O des forces volumiques ou surfaciques
appliquées en M, comme l’illustre la figure 3.4c,d. Un champ de couples est aussi un champ de
moments, au sens où le couple par rapport à O se déduit du couple par rapport à un autre point
A suivant
ZZZ ZZ
OA + AM ∧ d3 f + OA + AM ∧ d2 f
Γext (O) =
Ωt ∂Ωt
ZZZ ZZ ! ZZZ ZZ
Γext (O) = OA ∧ d3 f + d2 f + AM ∧ d3 f + AM ∧ d2 f
Ωt ∂Ωt Ωt ∂Ωt
En conséquence, une distribution d’efforts extérieurs qui a une résultante nulle conduit à un couple
qui ne dépend pas du point considéré. Des exemples de tels efforts seront rencontrés dans le
problème 4.1.
9. À comparer par exemple à la formule (2.57) pour le champ des petits déplacements d’un solide indéformable,
dans laquelle il faut réaliser que u = u(A), u0 = u(O), X = OA, ou à celles (2.80) et (A.18) pour le champ de vitesse
d’un solide indéformable...
60 Chapitre 3. Bilans de masse et de quantité de mouvement - Contraintes
d
ZZZ ZZZ ZZ
3 3
ρOM ∧ v d x = OM ∧ ρg d x + OM ∧ (σ · n) d2 S . (3.47)
dt Ωt Ωt ∂Ωt
À l’aide de la formule de transport (3.17), on peut écrire le terme de gauche sous la forme
d d dv 3
ZZZ ZZZ ZZZ
3 3
ρOM ∧ v d x = ρ (OM ∧ v) d x = OM ∧ ρ d x.
dt Ωt Ωt dt Ωt dt
d
ZZZ ZZZ ZZZ
3 3
ρOM ∧ v d x = OM ∧ ρg d x + OM ∧ div σ d3 x .
dt Ωt Ωt Ωt
10. Qui permettra par exemple de le diagonaliser sur une base orthonormée.
11. Il n’y a pas de « couples » non associés à des forces, i.e. tous les couples (les termes de droite de 3.47) sont
des « moments de forces ».
12. Il est clair que l’intégrand dépend linéairement de n.
3.2. Description des efforts intérieurs - Tenseur des contraintes 61
v3 F3
11
00 11
00
1
0
O σ2 x 1
0
O σ3 x O
11
00 x 11
00
O x
Γ2 Γ3
Fig. 3.4 – Signification géométrique des moment cinétique et couple, dans l’espace affine muni d’un
repère orthonormé direct Oxyz. On considère pour simplifier le cas d’une masse ponctuelle, de valeur m,
située en M, de vitesse v, et d’une force « ponctuelle » F appliquée à celle-ci. Les figures a, b illustrent
la définition analogue à (3.43), σ(O) = OM ∧ m v. Dans le 1er cas illustré sur la figure a où OM k v1 , le
moment cinétique est nul, cette vitesse v1 ne correspond à aucune rotation par rapport à O. Dans le 2d cas
illustré sur la figure a, σ 2 = OM ∧ mv2 pointe dans la direction des z croissants. Cette vitesse v2 correspond
à une quantité de mouvement de rotation autour de O dans le sens direct (ou trigonométrique), comme
indiqué par la flèche courbe, ce, en vertu d’une « règle de la main droite » : si j’oriente mon pouce droit
levé dans la direction de σ, mes autres doigts indiquent la direction de la rotation. Dans le cas illustré sur
la figure b, σ 3 = OM ∧ mv3 pointe dans la direction des z décroissants. Cette vitesse v3 correspond donc à
une quantité de mouvement de rotation autour de O dans le sens horaire (ou anti-trigonométrique), comme
indiqué par la flèche courbe, ce, en vertu de la même « règle de la main droite ». Les figures c, d illustrent la
définition analogue à (3.45), Γ(O) = OM ∧ F où OM est le vecteur bras de levier. Dans le 1er cas illustré
sur la figure c où OM k F1 , le couple est nul, cette force F1 n’induit aucun moment cinétique par rapport à
O. Dans le 2d cas illustré sur la figure c, Γ2 = OM ∧ F2 pointe dans la direction des z croissants. Ce couple
induit donc un moment cinétique correspondant à une rotation autour de O dans le sens direct, comme
symbolisé par la flèche courbe. Dans le cas illustré sur la figure d, Γ3 = OM ∧ F3 pointe dans la direction
des z décroissants. Ce couple induit donc un moment cinétique correspondant à une rotation autour de O
dans le sens horaire (ou anti-trigonométrique), comme indiqué par la flèche courbe. Cette représentation
d’un couple par une flèche courbe sera souvent utilisée, cf. par exemple la figure 4.3b.
Toujours à l’aide du tenseur alterné fondamental, on peut écrire en composantes le terme de gauche
de (3.48) sous la forme
∂σkq 3
ZZZ ZZZ
OM ∧ div σ d3 x = ijk xj d x ei . (3.50)
Ωt Ωt ∂xq
avec les notations de la section 1.6 du cours de calcul tensoriel. D’après le résultat de l’exercice 1.14
de calcul tensoriel, ceci exprime bien que σ est un tenseur symétrique.
conséquence diagonalisable sur une base orthonormée {ni }. Ces vecteurs propres définissent des
directions propres que certains appelent aussi « directions principales » des contraintes. Les
valeurs propres correspondantes {σi }, réelles, sont appelées contraintes propres ou, souvent,
« contraintes principales » 13 . Par convention, on les ordonne de sorte que
σ1 ≥ σ2 ≥ σ3 . (3.53)
Une question pertinente posée par Mohr 14 est celle de la caractérisation de l’ensemble des valeurs
possibles du vecteur contrainte
d2 f
T = T(n) = = σ·n (3.54)
d2 S
lorsque la surface élémentaire d2 S centrée sur x change d’orientation, c’est-à-dire lorsque n varie
sur la sphère unité de R3 . D’un point de vue physique, il semble raisonnable de décomposer le
vecteur T(n) en deux contributions, comme cela est représenté sur la figure 3.5a :
• une composante colinéaire à n, i.e. normale à la surface ; c’est la « contrainte normale » 15
• le reste, qui est forcément dans le plan de la surface élémentaire ; on le désigne en conséquence
comme la « contrainte tangentielle » 16 ; sa norme est notée τ (n), et on a, en vertu du
théorème de Pythagore,
2
τ 2 (n) = T (n) − σ 2 (n) . (3.56)
Mohr a proposé de représenter l’état des contraintes en x par l’ensemble des points (σ(n), τ (n))
dans un plan quand n varie. En utilisant une décomposition de n quelconque dans la base propre
{ni },
n = n1 n1 + n2 n2 + n3 n3 , (3.57)
on a, puisque n est unitaire,
n21 + n22 + n23 = 1 . (3.58)
D’autre part
T(n) = σ · n = σ1 n1 n1 + σ2 n2 n2 + σ3 n3 n3 ,
donc les équations (3.55) et (3.56) s’écrivent
Les équations (3.58), (3.59) et (3.60) constituent un système linéaire inhomogène en les variables
(n21 , n22 , n23 ). Le déterminant de ce système vaut
a τ b
C2 n2 = 0
τ T T
C3
C1
x n σ σ3 C1 σ2 C2 C3 σ1 σ
d2 S
Fig. 3.5 – a : Décomposition d’un vecteur contrainte T(n) en une contrainte normale σ(n) et une contrainte
tangentielle τ (n). b : Dans un cas générique où les valeurs propres du tenseur des contraintes sont toutes
distinctes, on représente en grisé le lieu des points (σ(n), τ (n)) lorsque n décrit la sphère unité. Cette
« représentation de Mohr » est caractérisée par trois (demi) cercles, cf. les équations (3.62).
Commençons donc par étudier le cas générique où les contraintes propres sont toutes
différentes. Alors la solution du système (3.58), (3.59) et (3.60) est unique, et s’exprime ainsi 17 :
τ 2 + (σ − σ2 )(σ − σ3 )
n21 = , (3.61a)
(σ1 − σ2 )(σ1 − σ3 )
τ 2 + (σ − σ3 )(σ − σ1 )
n22 = − , (3.61b)
(σ1 − σ2 )(σ2 − σ3 )
τ 2 + (σ − σ1 )(σ − σ2 )
n23 = . (3.61c)
(σ1 − σ3 )(σ2 − σ3 )
Comme les n2i sont positifs ou nuls, en prenant en compte l’ordonnancement (3.53), σ1 > σ2 > σ3 ,
on obtient
τ 2 + (σ − σ2 )(σ − σ3 ) ≥ 0 , (3.62a)
2
τ + (σ − σ3 )(σ − σ1 ) ≤ 0 , (3.62b)
τ 2 + (σ − σ1 )(σ − σ2 ) ≥ 0 . (3.62c)
cercles et surfaces que l’on vient d’évoquer avec le demi-plan τ ≥ 0, puisque τ est une norme, donc
en toute rigueur il faudrait parler de « demi cercles » de Mohr au lieu de « cercles » de Mohr.
Sur cette représentation, vous êtes invités à visualiser les animations de la page web du module,
au niveau de la séance correspondante. Ces animations seront présentées en amphi.
Considérons maintenant le cas où deux contraintes propres coı̈ncident, par exemple
σ1 > σ2 = σ3 . (3.64)
En raisonnant en physicien, on peut voir ce cas comme un cas limite du précédent, obtenu lorsque
σ2 tend vers σ3 par valeurs supérieures. Alors le premier cercle de Mohr C1 se réduit à un point,
tandis que le deuxième cercle C2 s’approche du troisième C3 jusqu’à coı̈ncider avec lui. On en
conclut que la représentation de Mohr se réduit à un seul cercle, le cercle C3 dont le diamètre est
le segment liant (σ2 ,0) à (σ1 ,0). Bien entendu ce résultat peut aussi s’établir mathématiquement
en étudiant le système (3.58), (3.59), (3.60) ; le lecteur fera cette démonstration à titre d’exercice.
σ1 − σ3
τmax = max τ (n) = (3.65)
n 2
rayon du plus grand cercle de Mohr (cf. la figure 3.5b). La contrainte normale correspondant à ce
vecteur est de plus donnée par l’abscisse du centre de ce cercle,
σ1 + σ3
σ(n) = C2 = . (3.66)
2
Par insertion de ces valeurs de τ et σ dans le système (3.58), (3.59), (3.60), on obtient
1 1
n21 = , n22 = 0 , n23 = .
2 2
Des exemples d’application de ce critère seront donnés dans les problèmes 4.4, 4.5, 4.6 et 5.1.
3.3. Exercices 65
3.3 Exercices
Exercice 3.1 Représentation de Mohr d’un état de contraintes planes
On considère un point matériel x d’un milieu continu tel que, à un instant t, le tenseur des
contraintes de Cauchy σ = σ(x,t) soit, dans la base orthonormée {ex , ey , ez }, de la forme
2 Justifiez l’existence de deux vecteurs unitaires orthogonaux n1 et n2 dans le plan xy, que l’on
peut choisir de sorte que {n1 , n2 , ez } soit directe, et de deux réels σ1 et σ2 , tels que
σ = σ1 n1 ⊗ n1 + σ2 n2 ⊗ n2 . (3.70)
3.3 Quelle est la valeur maximale de la contrainte tangentielle si n varie dans le plan xy ? Pour
quelle valeur de n est-elle atteinte ?
Commentaire sur l’exercice 3.1 : dans le cas plus général d’un état de contraintes non planes, si
on se restreint à des vecteurs n variant dans un plan engendré par deux vecteurs propres de σ, n1
et n2 , on peut utiliser la même représentation de Mohr.
18. Des animations vidéo illustrant cette règle sont disponibles sur la page web du module.
66 Chapitre 3. Bilans de masse et de quantité de mouvement - Contraintes
Exercice 3.2 Retour sur le mouvement de cisaillement pur : étude des contraintes
On revient sur l’étude du mouvement de cisaillement pur faite dans le problème 2.1, mais
du point de vue des efforts intérieurs. On se place dans le cas d’un mouvement de solide, dans
l’hypothèse de petits déplacements et petite transformation, et on suppose qu’une configuration
d’équilibre, avec k = constante, a été atteinte. On néglige toute influence de la pesanteur 19 .
2 Quelle équation locale faut-il résoudre dans le domaine D0 , afin de pouvoir calculer le tenseur
des contraintes de Cauchy σ ? Explicitez la en composantes dans le repère orthonormé Ox1 x2 x3 .
3 On suppose que le matériau est collé sur des plaques solides indéformables situées en X2 = ±a,
sur lesquelles on a agit pour imposer le mouvement de cisaillement pur. Écrivez sur la base d’un
argument physique la forme du vecteur contrainte sur ces interfaces. Vous ferez une hypothèse
de symétrie sous X2 7→ −X2 pour relier la force tangentielle appliquée au niveau de l’interface
supérieure à celle appliquée au niveau de l’interface inférieure.
Déduisez-en des conditions limites sur σ valables sur les plans X2 = ±a.
4 On suppose que le matériau est, au niveau des plans X3 = ±b, en contact avec un gaz à très
faible pression, négligeable.
Déduisez-en des conditions limites sur σ valables sur les plans X3 = ±b.
5.1 Au vu de toutes ces équations, proposez une forme très simple de tenseur des contraintes
solution. Vous l’écrirez en composantes puis sous forme intrinsèque.
5.2 Représentez dans le plan X1 OX2 les vecteurs contraintes qui s’exercent sur les faces d’un
élément parallélépipédique 20 de section carrée dans le plan X1 OX2 , avec des faces normales à e1
et e2 , étendu dans la direction X3 jusqu’aux plans X3 = ±b. Interprétez physiquement son état de
contraintes.
6.1 Quelle est la représentation de Mohr la plus pertinente pour caractériser l’état de contraintes
de ce système ? Tracez-la grâce à une construction géométrique, sans faire le calcul des contraintes
principales.
6.2 Déduisez de cette représentation les valeurs propres et vecteurs propres du tenseur des contrain-
tes. Représentez dans le plan physique X1 OX2 les vecteurs contraintes qui s’exercent sur les faces
d’un élément parallélépipédique de section carré dans ce plan, avec des faces orthogonales aux
vecteurs propres dans ce plan, cet élément étant toujours étendu dans la direction X3 jusqu’aux
plans X3 = ±b. Interprétez physiquement son état de contraintes.
19. L’effet de celle-ci peut être considéré comme pris en compte dans la configuration de référence de l’étude.
20. Cet élément résulte d’une « coupe virtuelle » dans le matériau, au sens introduit au tout début de la sec-
tion 3.2.1.
3.4. Notes personnelles 67
Chapitre 4
Solides élastiques
∂2u
ρ = ρg + div σ , (4.1)
∂t2
ρ(X,t0 ) ρ(X,t0 )
ρ(X,t) = = ' ρ(X,t0 ) [1 − divu(X,t)] , (4.3)
J(X,t) 1 + divu(X,t)
en faisant usage de (2.50). On fera souvent une hypothèse d’homogénéité et d’indépendance par
rapport au temps de la masse volumique,
du moins dans les termes contenant ρ de l’équation d’évolution de la quantité de mouvement (4.1).
La seule équation générale dont nous disposons pour calculer les champs u et σ est justement cette
1. Physicien anglais du XVIIème siècle.
2. Rappelons que, avec les hypothèses posées, on peut considérer que x ' X dans u(X,t) et σ(X,t), donc confondre
les champs lagrangiens et euleriens.
70 Chapitre 4. Solides élastiques
Fig. 4.1 – Machine de traction du Lemta : vue d’ensemble à gauche, vue zoomée à droite (arrière
plan effacé par traitement d’image). Les mors sont deux grosses pièces cylindriques symétriques, situées
l’une en haut, l’autre en bas, dans lesquelles l’échantillon de matériau à tester est fixé. Deux paires de mors
légèremment différentes sont disponibles. Sur la photographie de gauche on distingue une caméra infra-rouge
qui permet de faire des études thermomécaniques ; sur la photographie de droite un laser et une caméra
permettent de faire des expériences de diffusion de lumière donnant accès à la microstructure du matériau
en traction (merci à Stéphane André, Christophe Baravian, Arnaud Blaise et Jérôme Dillet).
équation (4.1). On a comme inconnues un champ vectoriel et un champ tensoriel, mais comme
équation seulement une équation vectorielle : il manque une équation tensorielle à l’appel. Cette
équation dépend du matériau considéré, c’est sa « loi de comportement ». Nous allons
introduire en section 4.1 la loi de comportement des solides élastiques linéaires isotropes,
puis exposer, dans la section 4.2, quelques généralités concernant les problèmes de l’ingénieur cor-
respondants. Ensuite, dans les sections 4.3 et 4.4, nous présenterons les deux grandes méthodes de
résolution utilisées pour résoudre ces problèmes. L’approche utilisée pour introduire la loi de l’élas-
ticité section 4.1, plutôt « terre à terre », est celle d’un « physicien appliqué ». Des approches plus
sophistiquées, rigoureuses et systématiques, faisant appel à des bilans d’énergie et d’entropie,
autorisés par le développement complet de la thermomécanique des milieux continus, sont
présentées par exemple dans les chapitres VII de Salençon (1996), 8, 10 et 12 de Le Tallec (2009),
ou 6 de Forest & Amestoy (2020). Des exemples complémentaires d’approches microscopiques de
« physicien théoricien » sont donnés dans les chapitres 9 et 11 de Le Tallec (2009).
z F F/S0 [MPa]
200 β
x
150
ℓ0 ℓ 100 α
O
50
0 1 5 10 15 γ 103 δℓ/ℓ
0
−F
Fig. 4.2 – a : Schéma d’une éprouvette de traction au repos, avec un « maillage » permettant un suivi
lagrangien. La longueur de la zone utile de l’éprouvette dans la direction z est `0 . b : Schéma de cette même
éprouvette soumise à des forces de traction F en « haut », −F en « bas ». La déformation de l’éprouvette a
été simulée grâce au logiciel d’éléments finis ABAQUS par Sébastien Allain. La longueur de la zone utile de
l’éprouvette dans la direction z de traction est maintenant ` = `0 +δ`, avec δ` l’allongement. c : Diagramme
de traction présentant la contrainte nominale F/S0 = ||F||/S0 en fonction de l’allongement réduit
δ`/`0 , qui est aussi la déformation zz . Ce diagramme a été obtenu expérimentalement sur un acier doux
à Arcelormittal Research, dans le cadre de l’étude publiée dans Allain & Bouaziz (2010).
nément, la force appliquée F, cf. la figure 4.2b 4 . On en déduit un diagramme de traction tel
celui présenté sur la figure 4.2c. On observe l’existence d’une première zone, près de l’origine dans
le plan (δ`/`0 , F/S0 ), dans laquelle l’expérience est réversible, et il existe une relation linéaire
entre F/S0 et δ`/`0 . C’est cette région qui correspond au comportement élastique linéaire. On
peut y identifier une première constante caractéristique du matériau, son module d’Young 5 E,
tel que
F δ` δ` 1 F
= E ⇐⇒ = . (4.5)
S0 `0 `0 E S0
En première approximation le champ des déplacements verticaux (dans la direction de la traction)
est, dans la partie utile de l’éprouvette, linéaire de la forme
uz = zz Z , (4.6)
δ` ` dz 1 F
zz = = −1 = −1 = , (4.7)
`0 `0 dZ E S0
où l’on a fait apparaı̂tre le fait qu’en transformation homogène la variation de segments infinité-
simaux égale celle de segments de taille finie. Dans le cas de l’acier présenté sur la figure 4.2c, on
a
200 MPa
E ' = 200 GPa . (4.8)
10−3
4. Le maillage présenté ne comprend pas les zones qui seraient en réalité prises par les mors, l’essai numérique
réalisé est en ce sens « idéalisé ». Cependant, les conditions limites utilisées sont équivalentes, au sens du principe
de Saint Venant que l’on verra plus loin, aux conditions réelles...
5. Du nom d’un physicien anglais du début XIXème ; en anglais on appelle justement E the ‘Young’s modulus’.
72 Chapitre 4. Solides élastiques
Par contre, si on dépasse la limite d’élasticité (en traction) marquée α sur la figure 4.2c, la
relation entre F/S0 et δ`/`0 devient non linéaire, et l’expérience irréversible. Par exemple si,
une fois arrivé en β sur la figure 4.2c, on relache la force de traction, on obtient à force nulle un
état où l’éprouvette présente un allongement rémanent mesuré par la position γ. On qualifie ce
régime de régime élastoplastique. Dans le cas de l’acier présenté sur la figure 4.2c, la contrainte
limite d’élasticité en traction est
σ0 ' 92 MPa . (4.9)
La rupture viendra à valeurs beaucoup plus hautes de F/S0 , au delà des limites de la figure 4.2c...
Ce type de comportement à fortes sollicitations est caractéristique des matériaux ductiles ; au
contraire, dans les matériaux fragiles, la rupture suit de façon immédiate ou quasi immédiate la
limite élastique, lorsque l’on augmente les sollicitations (cf. par exemple le problème 4.7).
Revenant au régime élastique qui nous intéresse ici, un autre résultat expérimental général et très
important est que, dans le régime élastique linéaire, il existe une contraction dans les directions
x et y perpendiculaires à la direction de traction z, comme cela est visible sur la figure 4.2b. Avec
les notations de la section 2.1, on peut prouver expérimentalement, en faisant par exemple des
mesures optiques de cette contraction, l’existence d’un coefficient de Poisson 6
ν>0, (4.10)
dx dy dz
xx = − 1 = yy = − 1 = −ν − 1 = −νzz . (4.11)
dX dY dZ
Pour un acier, ν est de l’ordre de 0,3 ; cet ordre de grandeur se retrouve dans beaucoup de matériaux.
L’ordre de grandeur de E et ν pour divers matériaux est donné dans le tableau 4.1.
Première tentative
Dans le régime élastique linéaire, en s’inspirant de la relation (4.7), il semble naturel de pos-
tuler l’existence d’une relation locale linéaire entre le tenseur des contraintes et le tenseur des
déformations,
1
= ∇u + ∇uT = L(σ) . (4.12)
2
On utilise le tenseur des déformations linéarisé puisque, désormais, on se place en petits déplace-
ments et petite transformation. Une relation du type de (4.12) est cohérente avec la définition
donnée en section 1.1.1 des solides, pour lesquels, comme cela est représenté sur la figure 1.1, une
force constante implique un déplacement constant 7 . On peut aussi noter que cette loi implique
6. Mathématicien et physicien français du XIXème siècle ; en anglais on appelle ν the ‘Poisson’s ratio’.
7. Alors que, dans les fluides, une force constante implique une vitesse constante.
4.1. Loi de comportement élastique linéaire isotrope 73
bien qu’un mouvement de solide indéformable, correspondant à une rotation en bloc, avec ∇u
antisymétrique en vertu de la décomposition de la section 2.1.9, ne crée pas de contraintes internes
dans un matériau,
= 0 = L(0) .
Au vu de la relation globale (4.7), il est tentant de poser, tout simplement, une relation de pro-
portionnalité entre et σ, i.e.
1
= σ. (4 formule fausse !) (4.13)
E
Cette relation peut sembler, à première vue, correspondre à la forme générale d’une relation linéaire
entre et σ dans le cas considéré dans tout ce chapitre d’un matériau isotrope. Cette hypothèse
d’isotropie,
il n’y a aucune direction privilégiée a priori dans le matériau, (4.14)
a en effet pour conséquence que les directions propres des tenseurs des déformations et des contraintes
ne peuvent que coı̈ncider, ce qui est bien assuré par (4.13). Ainsi, seules les sollicitations mécaniques
imposées au matériau introduisent (éventuellement) des directions privilégiées dans le matériau
« sous tension », à savoir les directions propres des tenseurs et σ (deux directions propres sont
réellement « privilégiées » l’une par rapport à l’autre seulement si les valeurs propres associées
diffèrent).
Examinons ce que donnerait la loi de comportement (4.13) dans le cas de l’expérience de traction
pure présentée sur la figure 4.2a. On ne prend pas en compte dans cette modélisation, et ceci est
très fréquent en mécanique des solides, les effets de la pesanteur et de la pression de l’air ambiant.
Il y a deux raisons à cela. Premièrement les contraintes dues à la pesanteur, de l’ordre de
mg 1 kg 10 m2 /s
' = 10 kPa ,
S 10 cm2
ou à la pression atmosphérique, de l’ordre de
sont souvent négligeables devant les contraintes mises en jeu en mécanique des solides, cf. les échelles
de contrainte du graphe de la figure 4.2b. Deuxièmement, la pesanteur et la pression atmosphérique
étaient déjà présentes dans la configuration de référence, et on travaille souvent en élasticité linéaire
en différence par rapport à cette configuration de référence : on ne calcule pas σ mais σ − σ 0 ,
où σ 0 est le tenseur des contraintes dans la configuration de référence, en l’absence de tout effort
de traction. On anticipe ici sur la linéarité des problèmes d’élasticité, sur laquelle on reviendra
section 4.2.2.
Compte tenu de l’absence effective de la pesanteur pour notre problème de traction, l’état de
contrainte peut être considéré comme homogène dans toute la partie utile de l’éprouvette, de
forme cylindrique. On satisfait alors bien l’équation d’équilibre (4.1),
Écrivons d’autre part les conditions limites aux bords de la partie utile de l’éprouvette. Celle-ci
est un cylindre d’axe Oz, de rayon de référence a et de hauteur de référence `0 , O étant choisi au
centre de la section de cette partie utile la plus proche de la tête inférieure B.
• Sur les bords latéraux, pour X 2 + Y 2 = a2 , Z ∈ [0,`0 ] : condition de surface libre 8
Xex + Y ey
T = σ·n = σ· = 0. (4.16)
a
T = σ · n = σ · ez = (F/S)ez . (4.18)
Une solution simple de ces équations est le tenseur des contraintes justement dit de traction pure
σ = σez ⊗ ez (4.19)
avec
σ = F/S (4.20)
la contrainte de traction. Dans le cadre des hypothèses de petits déplacements et petite transfor-
mation utilisées ici, on peut confondre dans σ les valeurs de référence S0 et actuelle S de la section
de l’éprouvette,
σ = F/S ' F/S0 . (4.21)
Si on applique la « version 0 » (4.13) de notre loi de comportement des solides élastiques à ce
tenseur des contraintes, on en déduit un état de déformation
1 σ
= σ = ez ⊗ ez . (4 formule fausse !)
E E
On aurait donc xx = yy = 0, en contradiction flagrante avec le phénomène de contraction des
longueurs dans les plans horizontaux traduit par l’équation (4.11).
8. Puisque l’on peut oublier les effets de la pression de l’air ambiant.
4.1. Loi de comportement élastique linéaire isotrope 75
Deuxième tentative
Cette loi est souvent appelée loi de Hooke, en hommage aux travaux de pionnier de ce physicien
anglais sur la mécanique des solides élastiques. En composantes dans une base orthonormée, elle
s’écrit
1+ν ν
ij = σij − σkk δij . (4.28)
E E
76 Chapitre 4. Solides élastiques
k
= (e1 ⊗ e2 + e2 ⊗ e1 ) (4.29)
2
avec k = u1 /X2 1. D’autre part l’état de contrainte correspondant a été déterminé dans l’exer-
cice 3.2 ; en négligeant les effets de la pesanteur terrestre, g ' 0, on a
σ = τ (e1 ⊗ e2 + e2 ⊗ e1 ) (4.30)
avec τ = F/S la contrainte de cisaillement appliquée au niveau des plans X2 = ±a. Ces résultats
sont bien entendu compatibles avec la loi de Hooke (4.27), à condition d’avoir
k 1+ν
= τ . (4.31)
2 E
τ τ contrainte de cisaillement
µ = = = , (4.32)
k u1 /X2 gradient de déplacement
qui doit, physiquement, être strictement positif. Par identification avec (4.31), on obtient une
expression du module de cisaillement en fonction de E et ν,
E
µ = . (4.33)
2(1 + ν)
Ceci montre qu’en général le coefficient de Poisson ν > −1... ce que l’on savait déjà d’après (4.10).
1+ν ν 1 − 2ν
tr = trσ − 3 trσ = trσ . (4.34)
E E E
La loi (4.27) montre donc que
E ν E νE
σ = + (trσ) 1 = + (tr) 1 . (4.35)
1+ν 1+ν 1+ν (1 + ν)(1 − 2ν)
On reconnait en facteur de le double du module de cisaillement (4.33). Afin d’alléger les notations,
on introduit aussi une notation pour le coefficient de (tr) 1 ; on appelle premier coefficient de
Lamé
νE
λ = . (4.36)
(1 + ν)(1 − 2ν)
9. Les anglo-saxons appellent souvent µ the ‘shear modulus’ or ‘rigidity modulus’, et le notent plutôt G.
4.1. Loi de comportement élastique linéaire isotrope 77
Bien entendu le second coefficient de Lamé est alors le module de cisaillement (4.33). Au bilan
on obtient une nouvelle version de la loi de Hooke,
σ = λ (tr) 1 + 2µ , (4.37)
3λ + 2µ λ
E = µ et ν = . (4.39)
λ+µ 2(λ + µ)
puisque est la partie symétrique de ∇u. En conséquence la variation de densité entre la configu-
ration initiale de référence et la configuration actuelle est
δρ ρ(X,t) − ρ(X,t0 ) 1 − 2ν
(X,t) = = −tr(X,t) = − trσ(X,t) (4.41)
ρ ρ(X,t0 ) E
d’après (4.34).
Bien entendu ceci est compatible avec la loi de Hooke, et, en utilisant l’équation (4.41), on obtient
que, dans cet état, la densité augmente suivant
δρ 1 − 2ν
(X,t) = 3 = 3p . (4.44)
ρ E
Ceci permet d’obtenir une nouvelle inégalité portant sur le coefficient de Poisson,
∂p 1 1 ∂ρ ∂ δρ 1 − 2ν E
K = ρ ⇐⇒ = = = 3 ⇐⇒ K = . (4.46)
∂ρ K ρ ∂p ∂p ρ E 3(1 − 2ν)
2
K = λ+ µ . (4.47)
3
∂2u
ρ0 = ρ0 g + div σ , (4.48)
∂t2
dans laquelle σ est lié à donc à u par l’intermédiaire de la loi de Hooke (4.27) ou (4.37).
1
ZZ
ui d2 S = udi déplacement moyen donné, (4.53)
S S
ou ZZ
Ti d2 S = Fid force donnée, (4.54)
S
Une conséquence de l’approche par conditions limites globales de la forme (4.53), (4.54) ou (4.55)
est que l’on perd l’unicité des solutions du problème, qui devient en quelque sorte mal posé. Ceci
n’est pas forcément très dommageable car on a alors, éventuellement, plus de « chance » pour
trouver une solution analytique « simple ». Le principe de Saint Venant 13 stipule de plus que,
si le milieu solide étudié est « élancé » au sens où on peut isoler des régions « centrales » « loin » des
bords où sont seulement posées des conditions limites globales, alors toutes les solutions possibles
de ce problème mal posé présentent un comportement similaire dans ces régions « centrales ». En
d’autres termes toute solution trouvée sera, a priori, pertinente dans les régions « centrales » du
milieu, mais, par contre, sujette à caution près des bords où sont seulement posées des conditions
limites globales. Une illustration de ce principe sera donnée avec l’expérience de photoélasticité sur
12. La définition générale d’un couple a été rappelée en section 3.2.6.
13. Ingénieur français du XIXème siècle.
80 Chapitre 4. Solides élastiques
un barreau ou « poutre » en flexion, cf. la figure 4.3 et le problème 4.1. On notera que dans ce
problème 4.1, on exprimera les conditions limites globales sur des « coupes virtuelles » du barreau,
prenant la forme d’une section droite ou gauche, de forme simple. Une approche similaire sera
utilisée dans le problème 5.1...
Nous sommes maintenant armés pour discuter des deux grandes méthodes de recherche de
solutions analytiques d’un problème d’élasticité linéarisé. Avant cela, il faut insister sur le fait
que des solutions analytiques exactes de problèmes réguliers n’existent que rarement, et que pour
des « problèmes simples », par exemple des problèmes bidimensionnels. Si l’on accepte de traiter
des problèmes non réguliers, dans le cas de corps élancés, on a plus de possibilités pour trouver
des solutions analytiques. Cependant celles-ci doivent être considérées comme « approchées »,
puisqu’elles ne sont valables que « loin de certains bords » (ceux où sont posés des conditions limites
globales) du corps solide considéré d’après le principe de Saint Venant. C’est justement l’objet de
la « théorie des poutres », souvent considérée comme une sous-discipline de la « résistance
des matériaux », que de systématiser ce type d’approche « à la Saint Venant ». Aux Mines de
Nancy, des éléments de théorie des poutres seront donnés en deuxième année dans le département
Géoingéniérie dans le cadre du cours correspondant d’Olivier Deck.
Malheureusement 14 de nombreux systèmes mécaniques pertinents pour l’ingénieur utilisent des
corps qui ne sont pas élancés ; que l’on songe par exemple à une voiture ou à une turbine. De plus,
même dans le cas de corps élancés, on peut désirer, pour garantir la sécurité d’un système par
exemple, être capable de « calculer » une solution « la plus précise possible » d’un problème de
mécanique, en allant plus loin qu’une approche globale « à la Saint Venant ». Ceci est heureusement
possible grâce à l’approche numérique, le plus souvent basée, en mécanique des solides, sur
des « méthodes d’éléments finis » 15 consistant grosso modo à discrétiser le domaine occupé
par le milieu continu en petits domaines élémentaires, sur lesquels les champs sont constants 16 .
On remplace alors une équation aux dérivées partielles (typiquement 4.48) par un grand nombre
d’équations différentielles ordinaires, qui sont ensuite résolues numériquement. Diverses initiations
à ces méthodes sont proposées à Mines Nancy en deuxième année, par exemple dans le cadre du
cours de Jenny (2019) du département Énergie. Un ouvrage de référence assez exhaustif sur les
méthodes d’éléments finis est le traité en trois volumes de Zienkiewicz & Taylor (2000). Ce traité
fourmille d’exemples et d’illustrations ; le feuilleter ne peut-être que bénéfique.
1
= ∇u + ∇uT (4.56)
2
σ = λ (tr) 1 + 2µ . (4.57)
L’exercice de calcul tensoriel 2.9 montre que l’on peut obtenir avec cette démarche une équation
de la quantité de mouvement qui fait seulement intervenir le champ de déplacements,
∂2u
ρ0 = ρ0 g + (λ + µ)∇div u + µ ∆u (4.58)
∂t2
ou encore
∂2u
ρ0 = ρ0 g + (λ + 2µ)∇div u − µ rot(rot u) . (4.59)
∂t2
Ces deux équations sont deux formes équivalentes de l’équation de Navier 17 . Bien entendu il
faut aussi prendre en compte les conditions limites du problème.
Dans cette approche l’inconnue « primaire » est le champ de tenseur des contraintes
σ(X,t). Cette méthode est surtout utilisée pour des problèmes de statique, puisqu’alors on n’a
pas besoin du champ de déplacements pour expliciter la loi de la quantité de mouvement,
0 = ρ0 g + div σ , (4.60)
La démarche utilisée est alors, en général, de résoudre d’abord cette équation ainsi que les conditions
limites en contrainte, puis de calculer à l’aide de la loi de Hooke (4.27),
1+ν ν
= σ − (trσ) 1 . (4.61)
E E
1
= ∇u + ∇uT (4.62)
2
17. Mécanicien français du début du XIXème siècle. Selon les cas la première ou la seconde forme est la plus
pratique ; par exemple pour un champ de déplacement irrotationnel on préférera utiliser la seconde forme (4.59).
82 Chapitre 4. Solides élastiques
n’est alors assurée, comme exposé dans la section 3.2.4 du cours de calcul tensoriel, que si les 6
conditions de compatibilité géométrique
en repère orthonormé, sont vérifiées. On peut reformuler ces conditions en terme de σ grâce à
(4.61) ; on obtient alors les « équations de Beltrami » 18 , cf. par exemple les sections VIII.6 de
Salençon (1996) ou 9.1 de Forest & Amestoy (2020).
Une fois l’existence de u assurée, encore faut-il le calculer. Pour cela on intègre les équations (4.62)
sachant que leur solution n’est pas unique. En effet la différence entre deux champs u1 et u2
solutions de (4.62), soit u3 = u2 − u1 , vérifie
1
(u3 ) = ∇u3 + ∇uT3 = 0 ,
2
c’est donc un champ de déplacements de solide indéformable. D’après l’étude de la section 2.1.8,
u3 est un champ de moments
u3 = u2 − u1 = u0 + Ω ∧ X . (4.64)
L’idée pour intégrer (4.62) est donc de rechercher seulement une solution particulière de ce problè-
me ; la solution générale s’en déduira par ajout d’un champ de moments (4.64) quelconque. En
pratique on commence par intégrer par rapport à X1 la composante 11 de (4.62),
∂u1
Z
= 11 =⇒ u1 = 11 dX1 + ϕ1 (X2 ,X3 ) , (4.65)
∂X1
par rapport à X2 la composante 22 de (4.62),
∂u2
Z
= 22 =⇒ u2 = 22 dX2 + ϕ2 (X3 ,X1 ) , (4.66)
∂X2
par rapport à X3 la composante 33 de (4.62),
∂u3
Z
= 33 =⇒ u3 = 33 dX3 + ϕ3 (X1 ,X2 ) , (4.67)
∂X3
puis on essaye de deviner une forme simple des fonctions ϕ1 , ϕ2 , ϕ3 permettant de satisfaire aussi
les composantes non diagonales de (4.62),
∂u1 ∂u2
+ = 212 , (4.68)
∂X2 ∂X1
∂u2 ∂u3
+ = 223 , (4.69)
∂X3 ∂X2
∂u3 ∂u1
+ = 231 . (4.70)
∂X1 ∂X3
18. Mathématicien et physicien italien du XIXème siècle.
4.5. Ouverture : tenseur des coefficients élastiques - cas de matériaux anisotropes 83
Ensuite seulement on se préoccupe des conditions limites en déplacement, qui, en général, per-
mettent de déterminer les 6 paramètres du champ de moments libre dans u, de sorte que la
solution en déplacements soit vraiment unique.
σ = C: (4.71)
où C est le tenseur d’ordre 4 des coefficients élastiques ou modules d’élasticité, selon les
auteurs (Le Tallec 2009 utilise des notations très proches, Forest & Amestoy 2020 notent Λ au lieu
de C). Dans le cas d’un matériau anisotrope d’axes d’anisotropie donnés par le repère « ma-
tériau » Ox1 x2 x3 de base associée {ei }, le tenseur des coefficients élastiques s’écrit naturellement
dans cette base
C = Cijkl ei ⊗ ej ⊗ ek ⊗ el , (4.72)
puisqu’il est « attaché » au matériau. La loi de comportement (4.71) s’écrit alors en composantes
4.6 Problèmes
Nous mettons à votre disposition, dans cette section, huit problèmes de mécanique des solides.
Un neuvième problème est présenté à la fin du chapitre 5, ses questions 4.b et 7.b faisant en effet
référence à des informations données dans le chapitre 5. Cependant, ces questions permettant une
validation ne sont pas cruciales, le problème 5.1 pourrait donc être abordé « indépendamment »
de la lecture et assimilation du chapitre 5.
19. Dans ce cas isotrope, C est représenté dans toute base par les mêmes composantes ou coefficients Cijkl .
84 Chapitre 4. Solides élastiques
(a)
(b) z
O x
Γ Γ
Fig. 4.3 – a : Photographie d’un barreau parallélépipédique en flexion dans le système de photoé-
lasticité Stress-Opticon de VISHAY MEASUREMENTS GROUP (manuel de l’utilisateur). Le barreau est
observé en lumière monochromatique, d’où des franges isochromatiques bien définies. b (en couleurs dans
la version PDF) : Photographie (augmentée) d’un barreau en flexion, dans le même système, observé en
lumière polychromatique, d’où des franges isochromatiques colorées. Au centre, le repère Oxyz utilisé. Au
niveau des 4 appuis, les vecteurs épais représentent les forces appliquées. Considérés « de loin », c’est-à-dire
de la partie centrale du barreau, on peut voir l’effet des forces deux à deux opposées, appliquées en des
points légèrement décalés, comme des couples représentés par les flèches courbes épaisses.
On veut modéliser une expérience réalisée en amphi et TD, présentée sur la figure 4.3. Un
barreau parallélépipédique 20 en plexyglass est disposé dans un montage de photoélasticité, c’est-
à-dire entre polariseur, analyseur et lames quart d’ondes. Ceci permet de visualiser les franges
isochromatiques claires, lieu des points où τmax (X) défini par (3.65) est multiple d’une certaine
contrainte σ0 dépendant des propriétés optiques du matériau et de la longueur d’onde moyenne de
la lumière,
σ1 − σ3
τmax (X) = max τ (X,n) = ' nσ0 pour n ∈ N , (4.75)
n 2
entre lesquelles s’intercalent des franges isochromatiques sombres 21 . Ce barreau est en contact
avec 4 points d’appuis Pi situés sur sa frontière. Dans la configuration de référence à forces d’appui
nulles, les positions de ces points, dans le repère orthonormé de travail Oxyz, sont données par
OP1 = −bex + hey , OP2 = −aex − hey , OP3 = aex − hey , OP4 = bex + hey .
Le barreau a une épaisseur 2e dans la direction z, avec deux surfaces libres situées en z = ±e.
Lorsque les forces d’appui ont la même intensité F 6= 0, ces points ne bougent que très légèrement,
puisque l’on se place dans les hypothèses standard de petits déplacements et petite transformation.
On résoud ce problème dans la région centrale du barreau, définie par
où les franges sont des segments parallèles aux grands côtés. Dans cette région, « loin » des points
d’appuis Pi , d’après le principe de Saint Venant, on peut caractériser les conditions limites aux
bords gauche et droit par des couples appliqués globalement Γ et −Γ.
2.1 Écrivez les conditions limites locales en contrainte qu’il faut respecter sur les frontières situées
en y = ±h, z = ±e dans la région centrale du barreau.
2.2 Écrivez les conditions limites globales en contrainte qu’il faut respecter sur les coupes virtuelles
en x = ∓a0 de la région centrale du barreau, pour garantir l’application de forces nulles de chaque
côté, et des moments Γ et −Γ introduits à la question 1.
4 On cherche une solution en contrainte de ce problème. Pour cela on suppose tout simplement
que toutes les composantes de σ vérifiant des conditions limites locales de nullité à certains bords
sont nulles dans tout le domaine matériel. Montrez qu’alors une seule composante de σ, σxx , est
potentiellement non nulle.
5 Poursuivez la recherche d’une solution simple en contrainte, en supposant que σxx est une fonc-
tion affine des coordonnées,
σ = (A + BX + CY + DZ) ex ⊗ ex . (4.76)
5.2 En annulant éventuellement certains coefficients a priori pour des raisons de symétrie, et avec
les conditions limites globales établies à la question 2.2, déterminez les valeurs des coefficients
A, B, C et D du modèle (4.76). Vous vérifierez par analyse dimensionnelle la validité de vos
résultats.
9 A t’on a priori existence d’un champ de déplacements u(X) dont ce tenseur de déformation
dérive ?
10 Avec la méthode expliquée dans la section 4.4, intégrez le champ de déformation de ce problème
pour en déduire le champ de déplacements. Vous ferez des hypothèses raisonnables concernant les
constantes d’intégration de ce calcul, c’est-à-dire le champ de moments libre dans u. Interprétez
physiquement la structure du champ de déplacements ainsi obtenu, que vous représenterez autant
que possible.
86 Chapitre 4. Solides élastiques
cos θ cos θ
σ = σrr er ⊗ er + σzz ez ⊗ ez avec σrr = −A , σzz = −B , (4.78)
r r
A,B des constantes> 0 à préciser.
1 Soit la surface S` = {(r,θ,z) tels que r > 0 , θ = ±π/2 , z ∈ R}. Vérifiez, en calculant le
vecteur contrainte sur cette frontière du solide, qu’elle est bien libre.
2 Soit r0 > 0. On considère une coupe virtuelle du solide définie par ses frontières
séparant une zone « externe » contenant O (en blanc) d’une zone « interne » loin de O (en gris
figure 4.4). Sur S, calculez le vecteur contrainte T exercé par la partie externe sur la partie interne.
Représentez ce champ T sur S ∩ xOy. Commentez : quel type de contrainte exerce la partie externe
sur la partie interne ? Est-ce que la situation représentée dans le plan z = 0 dépend de z ?
F S`
vide O
solide y
S
eθ
θ r
solide
er
Fig. 4.4 – Situation étudiée dans le problème 4.2 - partie I : force de compression localisée, appliquée
au niveau de l’axe Oz sur un solide infini. En gris, le domaine « interne » isolé par coupe virtuelle considéré
en question 2.
4.6. Problèmes 87
où T est le même qu’en question 2. Représentez cet équilibre dans le plan xOy. Montrez par un
calcul que cette condition permet d’obtenir A en fonction de F 0 . Interprétez physiquement cette
relation.
4 On oublie la coupe virtuelle et s’intéresse dorénavant au solide infini. Explicitez les matrices
représentant le gradient de déplacement, sa transposée et le tenseur des déformations linéarisé
dans la base {er ,eθ ,ez } en terme des fonctions ur , uθ , toujours inconnues à ce stade, et de leurs
dérivées partielles.
6.a Dans l’intérieur du solide, pour r > 0, |θ| < π/2, déterminez les valeurs propres ordonnées
σ1 > σ2 > σ3 du tenseur des contraintes. Qualifiez par trois adjectifs physiques cet état de
contrainte.
6.b On admet qu’avec un solide de taille finie dans la direction z on peut obtenir grosso modo le
même état de contrainte, et observer par photoélasticité dans le plan xy (figure 4.5b) les franges
isochromatiques définies par l’équation vue en cours,
a: F b:
vide O
solide y
eθ
θ r
solide
er
Fig. 4.5 – Situation étudiée dans le problème 4.2 - partie I. a : En gris, le nouveau domaine « interne » isolé
par coupe virtuelle considéré en question 3. b : Photographie expérimentale d’isochromatiques observées en
photoélasticité dans le plan xy, dans cette situation, par Johnson (1985).
88 Chapitre 4. Solides élastiques
8 Explicitez les équations aux dérivées partielles qu’il faudrait résoudre pour calculer le champ de
déplacement u, sans chercher à effectuer cette résolution. Vous garderez A comme paramètre de
chargement, et ferez apparaı̂tre les coefficients élastiques E et ν du solide. Ce système d’équations,
considéré seul, a t’il une solution unique ?
9 On admet que ce système portant sur ur et uθ , une fois résolu, en faisant quelques hypothèses
supplémentaires raisonnables, conduit à un champ de déplacement sur S` (réexprimé en coordon-
nées cartésiennes)
2 F 0 |y|
ux = − (1 − ν 2 ) ln , (4.79a)
π E y0
(1 − 2ν)(1 + ν) F 0 (1 − 2ν)(1 + ν) F 0
uy = + si y < 0, uy = − si y > 0, (4.79b)
2 E 2 E
avec y0 > 0 l’ordonnée d’un point de la surface libre qui resterait immobile.
Vérifiez l’homogénéité dimensionnelle de ces formules.
Représentez sur l’axe Oy, au voisinage de l’origine, les champs de vecteurs ux ex puis uy ey puis u.
Vous réglerez y0 , ou, de manière équivalente, les bornes de variation de y de vos schémas, de sorte
que ux > 0 sur tout le domaine représenté.
Commentez physiquement et concluez.
II Contact sur une bande avec une force de compression répartie (figure 4.6)
Comme représenté sur la figure 4.6, des forces de pression d’intensité p sont appliquées sur une
bande de contact définie par x = 0, y ∈ [−a,a]. On admet que, en décomposant ce chargement
en chargements élémentaires correspondant à des forces linéiques dF 0 = pdy, et en sommant les
champs de déplacement obtenus, de la forme (4.79) en décalant l’origine des y, on obtient finalement
sur la surface x = 0 un champ de déplacement
2 p |a + y| |a − y|
ux = − (1 − ν 2 ) (a + y) ln + (a − y) ln + C , (4.80a)
π E a a
pa
uy = (1 − 2ν)(1 + ν) si y ≤ −a , (4.80b)
E
py
uy = −(1 − 2ν)(1 + ν) si −a≤y ≤a , (4.80c)
E
pa
uy = −(1 − 2ν)(1 + ν) si y ≥ a , (4.80d)
E
avec C une constante qui détermine la valeur absolue des ordonnées des points de la surface x = 0
qui resteraient immobiles.
objet rigide
vide vide
P' O P y
solide élastique
Fig. 4.6 – Situation étudiée dans le problème 4.2 - partie II : forces de pression réparties sur une bande
de contact définie par x = 0, y ∈ [−a,a] ; son intersection avec le plan xOy est le segment compris entre les
points P0 et P.
I.2 On suppose que l’arbre est soumis non seulement à l’action du manchon mais aussi à un couple
extérieur Γa . Montrez à partir de la loi d’évolution du moment cinétique écrite globalement pour
l’arbre qu’il existe une relation entre Γ et Γa .
I.3 On suppose que la bague est soumise non seulement à l’action du manchon mais aussi à un
couple extérieur Γb . Montrez à partir de la loi d’évolution du moment cinétique écrite globalement
0
pour la bague qu’il existe une relation entre Γ et Γb .
I.4 Concluez.
II.2 Calculez le tenseur gradient du champ de déplacement. Vous en donnerez une expression
intrinsèque.
II.3 Que peut-on dire de la divergence de u ? Pourquoi cela ? Donnez une conséquence mécanique
importante de cette observation.
II.4 À partir de l’équation de Navier, montrez que la fonction u(r) vérifie une équation différentielle
que vous nommerez très précisément (nature, etc...).
II.5 Résolvez cette équation en cherchant par exemple des solutions particulières de la forme rα .
On vous demande de donner une solution ne dépendant plus que de θ0 et d’autres paramètres
géométriques, et on vous conseille pour cela d’expliciter les conditions limites en déplacement
devant être vérifiées sur les frontières r = a et b du manchon.
II.6 Simplifiez l’expression du gradient de déplacement compte tenu de la forme trouvée pour u,
puis calculez le tenseur des déformations linéarisé. On vous demande des expressions intrinsèques.
II.7 Établissez l’expression intrinsèque du tenseur des contraintes de Cauchy dans le manchon.
II.8 Calculez la contrainte tangentielle τ exercée par l’arbre (le cylindre intérieur) sur le manchon
au niveau de leur interface. Vérifiez que le signe de τ est correct.
II.9 Calculez le couple Γ = Γez appliqué par l’arbre (le cylindre intérieur) sur le manchon au niveau
de leur interface. Montrez que θ0 est proportionnel à Γ et vérifiez l’homogénéité du coefficient de
proportionnalité correspondant. Cette relation de proportionnalité est-elle surprenante ?
0
II.10 Vérifiez par un calcul direct du couple Γ appliqué par la bague (le cylindre extérieur) sur le
0
manchon au niveau de leur interface la relation entre Γ et Γ établie en I.1. Commentez ce calcul.
II.11 Dans le cas où un élastomère chargé en carbone, de module d’Young E = 1 GPa, coefficient
de Poisson ν = 0,5, constitue le manchon, que vaut l’angle de rotation θ0 lorsque le couple Γ =
1000 N m, sachant que a = 2,5 cm, b = 3 cm, h = 1 cm ? Commentez le résultat obtenu, en
revenant en particulier sur les hypothèses que l’on a utilisées pour l’obtenir.
4.6. Problèmes 91
a: b: manchon
θ0
O
II.12 Représentez le champ de déplacement u dans un cas similaire à celui de l’application numé-
rique précédente. Commentez.
III.3 On s’intéresse aux contraintes tangentielles ou de cisaillement τ (x,n) au point x pour une
direction de normale de surface n. Calculez
III.4 Pour un point x situé dans cette région, déduisez de la représentation de Mohr les directions
de normale de surface n± pour lesquelles le cisaillement est maximal.
III.5 Calculez la valeur de τmax pour les données de la question II.10. Commentez.
92 Chapitre 4. Solides élastiques
Un tuyau du circuit primaire d’une centrale nucléaire contient, lorsqu’il est en fonctionnement,
de l’eau sous haute pression 22 . On veut étudier la réponse élastique linéaire de l’acier, considéré
comme un matériau isotrope homogène, constituant ce tuyau, à ces hautes pressions. On travaille
en différence entre la configuration de référence où le tuyau est plein d’air à pression atmosphérique
et la configuration actuelle où le tuyau est plein d’eau sous haute pression. On considère l’air et
l’eau comme des fluides parfaits. Le chargement en contraintes à prendre en compte au niveau de
la surface extérieure du tuyau, qui reste toujours en contact avec l’air, peut être considéré comme
nul. Par contre, au niveau de la surface intérieure du tuyau, le chargement en contraintes est défini
par le vecteur contrainte
T = −δp n
où δp est la différence entre la pression de l’eau dans la configuration actuelle et celle de l’air atmo-
sphérique, n est la normale unitaire sortant du domaine solide. On néglige tout effet de température
et on travaille en petits déplacements et petite transformation. Le tuyau est cylindrique ; sa section
est une couronne de rayons intérieur a, extérieur b. On utilise un repère cartésien Oxyz d’axe Oz
de révolution du tuyau, et les coordonnées cylindriques associées (r,θ,z). On néglige tout effet de
courbure ou de limite du tuyau dans la direction z, supposant qu’il est maintenu en position par
des supports éloignés de la zone d’étude.
1 Expliquez pourquoi on ne doit pas prendre en compte le poids dans l’équation de la quantité
de mouvement qui exprime l’équilibre du tuyau. Donnez trois formes différentes de cette équation,
l’une faisant intervenir le tenseur des contraintes, deux faisant intervenir le champ de déplacement,
ainsi que les coefficients de Lamé λ et µ de l’acier.
2 Explicitez les conditions limites en contrainte au niveau des surfaces intérieure et extérieure du
tuyau, en terme du tenseur des contraintes, de δp et des vecteurs de la base locale cylindrique.
3 On rappelle que l’on a établi dans le problème de calcul tensoriel 2.1, sur la base du principe de
Curie, la forme
u = u(r) er
du champ de déplacement du tuyau, entre les configurations de référence et actuelle, puis celle de
son gradient,
∇u = u0 er ⊗ er + (u/r) eθ ⊗ eθ ,
Déduisez de cela quelle est la forme de l’équation de l’équilibre écrite question 1 qui est la plus
pratique à utiliser. Montrez à partir de cette équation le fait que la divergence du déplacement est
constante. Vous noterez 2A cette constante, puis montrerez que la fonction u(r) est d’une forme
simple ne dépendant que de deux coefficients, A et une autre constante d’intégration B.
4.1 Calculez le tenseur des contraintes ; vous en donnerez une expression intrinsèque.
22. Cette eau joue principalement le rôle d’un fluide caloporteur ; elle a aussi un rôle physique de ralentissement
des neutrons dans le réacteur.
4.6. Problèmes 93
4.2 À partir des conditions limites en contraintes établies question 2, montrez que les coefficients
δp δp
A = F (a,b) , B = G(a,b) ,
λ+µ µ
et calculez-les complètement. Vous vérifierez l’homogénéité de ces formules.
II Étude de dimensionnement
On dimensionne le tuyau en utilisant un critère de limite élastique. Le critère choisi est celui
de Tresca (3.68). On suppose que l’acier utilisé a un module d’Young E = 210 GPa, un coefficient
de Poisson ν = 0,28 et une contrainte limite d’élasticité en traction σ0 = 170 MPa.
5 Dans cette question préliminaire, on vous demande de rappeler la forme du tenseur des contraintes
lors d’un essai de traction pure. Déduisez-en, dans le cas de l’acier considéré, la valeur de la
contrainte tangentielle maximale à la limite d’élasticité, que vous noterez τlim .
6.1 Revenant au tuyau en surpression, étudiez les déformations propres. Montrez qu’on peut les
ordonner avec une valeur propre centrale nulle,
1 > 2 = 0 > 3 .
Interprétez physiquement le signe de chaque valeur, en lien avec la direction propre correspondante.
6.2 À partir de la loi de Hooke, établissez la relation entre les déformations propres et les contraintes
propres, ordonnées suivant
σ1 > σ2 > σ3 .
Calculez les, ainsi que la valeur de la contrainte tangentielle maximale τmax quand on se place au
rayon r.
6.3 Dans quelle région du tuyau τmax est-elle la plus élevée ? Vous noterez max τ la valeur corres-
pondante, et la calculerez. Vous vérifierez que max τ est toujours supérieure à la surpression δp, et
proposerez une interprétation physique de la formule obtenue.
7.1 Pour des questions de débit volumique, on choisit un rayon intérieur a = 35 cm. On s’intéresse
d’autre part à une centrale pour laquelle la pression de l’eau est de 155 bars soit 15,5 MPa. En
considérant que la pression atmosphérique est de 1 bar, que vaut la surpression δp ?
7.2 Représentez la courbe max τ (b) et déduisez du critère de Tresca, appliqué avec une marge de
sécurité de 25%,
max τ (b) ≤ τ0 = 0,75 τlim ,
la valeur du rayon extérieur b qu’il faut utiliser pour rester dans cette limite. Vous donnerez une
formule littérale pour b fonction de δp, τ0 et a, que vous commenterez. Vous donnerez aussi sa
valeur numérique, ainsi que celle de l’épaisseur du tuyau, e = b − a.
94 Chapitre 4. Solides élastiques
8 Dans le cas étudié en deuxième partie, calculez les constantes A et B qui déterminent le champ
de déplacement. Représentez l’allure de ce champ sur un secteur angulaire du tuyau. Quel est le
déplacement maximal ? L’hypothèse des petits déplacements est-elle justifiée ?
1 En faisant l’hypothèse que la pression intérieure est régulée de façon à assurer une situation
confortable pour le pilote, et en utilisant par ailleurs une loi de mécanique des fluides pour évaluer la
pression extérieure, estimez la surpression δp. Vous donnerez une formule analytique puis une valeur
numérique de δp avec deux chiffres significatifs, qui sera toujours utilisée par la suite. Commentez
physiquement.
NB : cette approximation revenant à surestimer δp est justifiée pour le dimensionnement.
2.a Donnez l’expression matricielle puis l’expression intrinsèque du tenseur gradient de déplace-
ment.
2.b Au vu de cette expression, que peut-on dire a priori de la décomposition de ce tenseur en
parties symétrique et antisymétrique, ainsi que du rotationnel du champ de déplacement ?
3.a Explicitez l’équation de l’équilibre de la coque, dans sa configuration actuelle, sous forme locale.
Vous montrerez que la divergence du champ de déplacement est uniforme, et noterez 3A sa valeur.
4.6. Problèmes 95
3.b Par intégration, établissez que u(r) est de la forme Arα + Brβ où α et β sont des exposants
entiers, B est une deuxième constante d’intégration.
4 Calculez le tenseur des déformations linéarisé. Vous en donnerez une expression intrinsèque.
6.a Puisque l’on travaille en différence entre la configuration de référence et la configuration ac-
tuelle, exprimez que la surface intérieure de la coque est libre, tandis que la surface extérieure est
soumise à la surpression δp, de façon intrinsèque i.e. faisant intervenir le tenseur des contraintes.
Vous noterez pour l’instant b = a + e le rayon extérieur de la coque.
6.b En explicitant ces conditions, calculez A et B en fonction de a, b, δp et des coefficients élastiques
de l’acier. Vous vérifierez l’homogénéité dimensionnelle des formules obtenues, et interpréterez
physiquement le signe de A et B.
7.a Pour dimensionner la coque, on admet la validité d’un critère de Tresca. Ordonnez les valeurs
propres du tenseur des contraintes et calculez la contrainte tangentielle maximale en tout point de
la coque. Précisez en quel(s) point(s) de la coque cette contrainte tangentielle maximale atteint sa
valeur maximale, que vous noterez max τ et calculerez.
7.b On suppose que e a ou encore que ε = e/a 1. Calculez max τ à l’ordre le plus bas en ε,
puis remplacez dans la formule asymptotique ainsi obtenue ε par e/a. Commentez physiquement
cette formule.
7.c On admet disposer d’un acier pour lequel la valeur limite de max τ , permettant de rester de
façon sûre dans le domaine élastique, est τlim = 240 MPa. Calculez analytiquement puis numéri-
quement l’épaisseur e de la coque avec ce critère.
8 Énoncez précisément trois vérifications qu’il faudrait faire pour valider ces calculs.
10 Afin de protéger le pilote, la coque cylindrique est fermée par des couvercles de forme circulaire,
de rayon maximal b, fixés en z = ±a. On admet que ces couvercles transmettent intégralement
23. Cette forme se déduit d’une étude du champ de déplacement, similaire à celle que l’on vient d’effectuer dans
le cas sphérique.
96 Chapitre 4. Solides élastiques
les forces de surpression qu’ils subissent, F = πb2 δp en norme, au niveau de leur fixation sur
la coque, i.e., sur les couronnes définies par r ∈ [a,b], θ ∈ [0,2π], z = ±a. On suppose que
les contraintes exercées par les couvercles sur la coque se répartissent uniformément sur chaque
couronne. Représentez schématiquement cette situation, en dessinant la géométrie du système, les
forces globales F et −F subies par les couvercles de la part de l’eau extérieure, et l’allure du champ
de vecteur contrainte sur les deux couronnes. Déduisez-en les conditions limites à imposer sur ces
couronnes, puis la valeur de σzz en fonction de a, b et δp.
11 Reprenez les calculs de la question 7 pour cette coque cylindrique. Vous noterez au final ec son
épaisseur, calculée à la fois analytiquement et numériquement. En comparant au cas de la coque
sphérique, concluez physiquement. On attend un argumentaire précis et semi-quantitatif.
III Comparaison analytique des deux géométries dans la limite de coques très minces
Pour analyser la différence de comportement observée entre les coques sphérique et cylindrique,
on considère deux telles coques de même épaisseur e très petite. On note toujours ε = e/a avec a
le rayon intérieur. On pose de plus r = a + er∗ = a + εar∗ avec r∗ ∈ [0,1] un rayon, sphérique
ou cylindrique, adimensionné.
12.a En supposant que r∗ est d’ordre 1, ε → 0, donnez un équivalent asymptotique de toutes les
composantes non nulles du tenseur des contraintes dans la coque sphérique, à l’ordre dominant en
puissance de ε.
Donnez alors le tenseur des contraintes à l’ordre dominant, et sa représentation de Mohr.
12.b Même question, mais dans le cas de la coque cylindrique.
13.a Dans le cas de la coque cylindrique, représentez et étudiez l’équilibre dans le plan xOy, à
l’ordre dominant en ε, d’un petit élément de coque d’extension angulaire 2θ, axiale z, infinitési-
males. Mettez en évidence un « effet d’arche ».
13.b Expliquez comment cet effet d’arche est modifié dans la coque sphérique, et concluez.
De nombreux systèmes mécaniques contiennent des machines tournantes, qui elles mêmes com-
portent des pièces dont la forme est approximativement celle d’un disque : arbres de moteur ou de
turbines, aubes de turbines, volants d’inertie, etc... On s’intéresse à l’influence des forces d’inertie
sur l’équilibre d’un disque en rotation rapide. Pour simplifier on fait abstraction de la façon dont
le disque est fixé et mis en rotation, et on ne considère pas l’influence de son poids ni celle de
l’atmosphère. On travaille dans le référentiel R lié à la machine tournante, dans lequel on utilise
un repère Oxyz avec Oz l’axe de rotation de la machine, axe de révolution du disque. Les faces
« inférieure » et « supérieure » du disque, situées en z = ±h, sont libres. Le rayon extérieur du
disque est a. La surface latérale définie en coordonnées cylindriques (r,θ,z) par r = a est aussi une
frontière libre. Cette situation est schématisée sur la figure 4.8.
Dans le référentiel R0 galiléen du laboratoire, le référentiel R a un mouvement de rotation carac-
térisé par le vecteur vitesse de rotation instantanée
O1
0
0
1 x
La configuration de référence, imaginaire, est celle où le disque tourne, mais où les forces d’inertie
sont supposées nulles, ce qui reviendrait en fait à un disque non tournant. La configuration actuelle
est celle où ces forces d’inertie sont prises en compte. À l’équilibre dans R, seul agit le champ de
force volumique d’inertie d’entrainement fe X = −ρ γ e X avec ρ la masse volumique du disque,
γ e l’accélération d’entrainement, cf. l’exercice A.1. Le matériau du disque est élastique isotrope
linéaire, et on fait l’hypothèse de petits déplacements, x ' X = rer +zez , et petite transformation.
On travaille bien sûr en coordonnées cylindriques (r,θ,z).
2.1 Justifiez succinctement qu’il est raisonnable de considérer que les champs de tenseur des
contraintes σ et de déplacement u ne dépendent que de r et z.
2.2 Justifiez succinctement qu’il est raisonnable de considérer que la composante azimutale du
déplacement uθ = 0.
3 On suppose que toutes les composantes de la matrice [σ] représentant le tenseur des contraintes
sur la base locale {er ,eθ ,ez } qui s’annulent sur les faces libres z = ±h s’annulent partout. En
explicitant ces conditions de frontières libres, montrez la nullité d’une composante diagonale et
quatre composantes non diagonales de [σ].
u = ur (r,z) er + uz (r,z) ez ,
et en utilisant une formule du cours de calcul tensoriel, calculez la matrice [G] représentant le
gradient du champ de déplacement sur la base locale {er ,eθ ,ez }.
4.2 Calculez la matrice [] représentant le tenseur des déformations linéarisé sur cette même base.
4.3 Grâce à la loi de comportement du matériau, complétez le résultat de la question 3 pour montrer
que toutes les composantes non diagonales de [σ] sont nulles. Déduisez-en la forme intrinsèque
générale de σ, sans plus faire référence aux déplacements.
6 On admet que les équations de compatibilité géométrique des déformations ainsi que la loi de
comportement du matériau conduisent, compte tenu aussi de la forme des champs étudiée ici, à
l’équation
∂σ ∂σrr
θθ
r − ν = (1 + ν)(σrr − σθθ ) (4.81)
∂r ∂r
avec ν le coefficient de Poisson du matériau. À l’aide de cette équation et de celle établie en
question 5, montrez que σrr satisfait une équation de la forme
∂ 2 σrr ∂σrr
r 2
+ n + βr = 0 , (4.82)
∂r ∂r
avec n > 0 un entier, β > 0 un réel, que vous calculerez.
7 À z fixé, on considère la fonction f (r) = σrr (r,z). Résolvez l’équation différentielle ordinaire
vérifiée par f (r). Déduisez-en que σrr est de la forme
σθθ = δ r2 + B(z) ,
13.1 Montrez que la condition rz = 0 est une relation (†) entre α, r, ν, E, B 0 (z) et C 0 (r). En
dérivant cette équation par rapport à z, montrez que B(z) est un polynôme de degré 2 dont le
coefficient de degré 2 est connu, les coefficients b1 de degré 1 et b0 de degré 0 restent à déterminer.
Calculez alors B1 (z), en introduisant une constante d’intégration b−1 .
13.2 En revenant à la relation (†), calculez C(r) à une constante c0 près.
∀r ∈ [0,a] , uz (r, z = 0) = 0 ,
montrez que b1 = 0, B(z) ne dépend plus que d’un seul paramètre inconnu, à savoir b0 .
4.6. Problèmes 99
3+ν ν(1 + ν)
σrr = − α r2 + α z 2 + b0 .
8 2(ν − 1)
16 Au vu de cette équation, il est clair que l’on ne pourra satisfaire la condition de frontière latérale
libre en r = a quelque soit z. Supposant h a, on va satisfaire cette condition en moyenne par
rapport à z seulement.
16.1 Comment pourrait-on justifier cette approche ?
16.2 En écrivant qu’en moyenne par rapport à z, la frontière r = a est libre, calculez b0 , et
déterminez complètement σrr .
On considère des poutres cylindriques à section circulaire de rayon a, soumises à des solli-
citations de traction-torsion. La modélisation sera faite en élasticité linéaire isotrope, en petits
déplacements et petite transformation. On utilise un repère Oxyz avec Oz l’axe de révolution de la
poutre. On note indifféremment (r,θ,z) et (R,Θ,Z) les coordonnées cylindriques d’un point matériel
x ' X. La base locale des coordonnées cylindriques est notée {er , eθ , ez }.
I.1 On propose de rechercher une solution avec, dans le domaine z ∈ [0,L1 ], un champ de dépla-
cement de la forme
u = α z ez ∧ X = α r z eθ .
I.2 Traduisez l’hypothèse de petits déplacements par une relation du type A B, qu’il conviendra
de vérifier a posteriori.
I.4 Traduisez l’hypothèse de petite transformation par des relations du type A0 B 0 , et comparez
la à l’hypothèse de petits déplacements.
I.5 Écrivez l’équation d’évolution de la quantité de mouvement, sous forme locale, exprimée en
terme de déplacements. Rappeler le nom de cette équation, sa forme utile dans le cas présent, et
montrez que cette équation est vérifiée.
I.6 Calculez le tenseur des déformations linéarisé ; on demande son expression intrinsèque.
I.7 En faisant l’hypothèse que la poutre est constituée d’un matériau isotrope élastique travaillant
en régime linéaire, calculez l’expression intrinsèque du tenseur des contraintes de Cauchy.
I.8 Expliquez pourquoi, sur la périphérie de la poutre, en r = a, on doit écrire une condition de
frontière libre sur le vecteur contrainte. Explicitez cette condition et montrez qu’elle est vérifiée.
I.9 Quel est le principe qui permet de ne pas se préoccuper de la façon exacte avec laquelle le
couple de torsion Γ est appliqué au niveau z ' L2 , mais d’écrire seulement des conditions limites
4.6. Problèmes 101
Γ
11
00
00
11 z
O
L1
y
L2
globales en z = L1 , exprimant que le reste de la poutre, pour z ∈ [L1 ,L2 ], transmet une force nulle
et le couple Γ ?
I.10 Explicitez ces deux conditions sous une forme intégrale générale faisant intervenir le tenseur
des contraintes, les intégrales étant effectuées sur une « coupe virtuelle » de la poutre définie par
r ∈ [0,a] , θ ∈ [0,2π] , z = L1 .
I.11 Montrez que ces conditions sont satisfaites par le tenseur des contraintes calculé en I.7, à
condition que α soit proportionnel à Γ, suivant une relation que vous établirez et commenterez.
Bien entendu vous validerez cette relation par analyse dimensionnelle.
I.12 On considère l’arbre d’entrée de la boite de vitesse d’un moteur, qui travaille essentiellement
en torsion. Son rayon a = 8 mm, sa longueur libre L1 = 200 mm. Son matériau est un acier de
module d’Young 210 GPa et de coefficient de Poisson 0,28. Calculez le paramètre α correspondant
à un couple Γ = 120 N m. Commentez. Vérifiez les hypothèses de petits déplacements et petite
transformation.
I.13 Calculez les valeurs et vecteurs propres du tenseur des déformations linéarisé. Faites une
analyse fine de la décomposition en déformation et rotation infinitésimales des variations de dé-
placements projetées dans le plan θz : notant P = eθ ⊗ eθ + ez ⊗ ez le projecteur dans le plan
θz,
dx2D = P · dx = r eθ dθ + ez dz ,
vous plaçant autour d’un point x de coordonnées cylindriques (a, 0, L0 ), avec L0 ' L1 /2, calculez
et représentez au voisinage de x les champs
avec les notations de la section 2.1.9. Commentez la structure et les liens entre ces champs. Mettez
aussi en évidence des directions d’étirement et de contraction.
Dorénavant les poutres que l’on considère sont constituées d’un matériau « fragile » (fonte,
métal froid, craie, béton...) au sens où le régime élastique linéaire est suivi quasi-immédiatement,
à « contraintes plus élevées », d’une rupture. Dans les essais de traction-torsion considérés, cette
rupture se fait lorsque la contrainte normale positive maximale dépasse une valeur limite,
i.e., ces matériaux sont surtout sensibles à la traction.
II.2 Tracez la représentation de Mohr de cet état de contrainte. Quelle est la valeur maximale σt
de la contrainte normale positive ? Pour quelle valeur de la normale n d’une coupe virtuelle, soit
nt , est-elle atteinte ? Faites le lien avec l’étude de la question I.16.
II.3 Montrez que la région où les contraintes σt sont maximales est la périphérie de la poutre,
définie par r = a.
II.4 On admet que la rupture s’initie sur une courbe inscrite sur la périphérie de la poutre, partout
tangente aux coupes virtuelles subissant la traction maximale. En conséquence, un vecteur petit
déplacement sur cette courbe
dx = a eθ dθ + ez dz
doit être orthogonal à nt . En explicitant cette condition, et en l’intégrant, établissez l’équation
de la courbe de rupture. Quelle est sa géométrie ? Vous comparerez le résultat de ce modèle aux
expériences de la figure 4.10.
III.2 On considère enfin un essai de traction-torsion, dans lequel la poutre est soumise, près de
son extrémité, à une force F = F ez et un couple Γ = Γez . Expliquez pourquoi le tenseur des
contraintes de cet essai peut s’écrire comme la somme de celui calculé en I et celui rappelé en III.1.
Calculez les valeurs propres de ce tenseur somme, et, en utilisant le même modèle de rupture fragile
qu’en II, prédisez la forme de la courbe de rupture. Discutez de son évolution lorsque les efforts de
torsion augmentent par rapport aux efforts de traction. Vous aurez intérêt à introduire un pas (ou
demi-pas) caractéristique de la courbe. Commentez, en faisant le lien avec la figure 4.10.
4.6. Problèmes 103
(a) (b)
Fig. 4.10 – a : Craies soumises jusqu’à la rupture à des essais de traction pure (à gauche), traction -
torsion en augmentant la torsion (en allant vers la droite), torsion pure (à droite). b : Éprouvette en
fonte soumise jusqu’à la rupture à un essai de torsion pure (Centre des Matériaux de Mines ParisTech,
source Forest & Amestoy 2020).
1 On considère un milieu continu solide isotrope occupant un domaine volumique D réputé « in-
fini ». On étudie la propagation d’ondes de déplacements de petite amplitude dans ce milieu.
Quelle(s) hypothèse(s) raisonnable(s) peut-on faire concernant l’étude de ce problème, et la loi de
comportement du matériau solide isotrope ? Comment peut-on alors qualifier ce problème ?
2 On s’intéresse à une onde plane se propageant dans la direction x avec un nombre d’onde k
(réel strictement positif) et une fréquence angulaire ω (réelle). Son champ de déplacement est
supposé de la forme
u(x,t) = (uex + vey + wez ) cos(kx − ωt) , (4.84)
avec u, v et w des constantes réelles. Quels sont les plans de phase de l’onde étudiée ? Redémontrez
la formule générale donnant la vitesse de phase ou célérité c d’une onde, c’est-à-dire la vitesse de
propagation de ses plans de phase, en fonction de k et ω.
3.1 Dans une première approche, on utilise l’analyse dimensionnelle (cf. le chapitre 5) pour
étudier ce problème. Montrez que l’on peut considérer que ce problème est à trois grandeurs
fondamentales et paramètres de contrôle dimensionnels, dont ω ou (au choix) k et deux paramètres
« matériau », plus un paramètre de contrôle « matériau » adimensionnel, la grandeur dépendante
étant d’autre part la célérité c. À l’aide de la méthodologie de Vaschy et Buckingham, réduisez la
forme analytique de la célérité c en fonction des paramètres de contrôle.
3.2 À l’aide d’une hypothèse simple, estimez numériquement c dans le cas d’un acier.
4 Écrivez l’équation qui régit l’évolution spatio-temporelle du champ (4.84). Vous expliquerez
comment on peut se ramener à une équation qui ne contient que des termes dépendant linéairement
du champ de déplacement.
104 Chapitre 4. Solides élastiques
5 Explicitez les trois composantes de cette équation aux dérivées partielles, et déduisez-en un
système algébrique de la forme
ρω 2 [U ] = [L] · [U ] (4.85)
avec ρ la masse volumique du solide, [U ] le vecteur colonne
u
[U ] = v ,
w
6 Reformulez le système (4.85) en remplaçant ω par son expression en terme de c et k. Quelle est
la nature mathématique du système ainsi obtenu, i.e., comment apparaissent c2 et [U ] ?
Montrez par la résolution de ce système et par une analyse physique des solutions obtenues, repo-
sant notamment sur deux représentations spatiales du champ u à t fixé, l’existence de deux types
d’ondes :
• des ondes longitudinales de contraction-dilatation, se propageant à la vitesse c1 ;
• des ondes transversales de cisaillement, se propageant à la vitesse c2 .
Vous calculerez les vitesses c1 et c2 , et comparerez au résultat de la question 2.a.
7 Calculez, pour chacun des deux types d’ondes que vous venez de mettre en évidence, la loi
donnant l’expression de la densité locale ρ(x,t), lorsque l’on écrit celle-ci à l’ordre U 1 et non plus
U 0 , U désignant l’ordre de grandeur du vecteur [U ] introduit à la question 4. Pour éviter toute
collision au niveau des notations, vous noterez, dans cette question seulement, ρ0 la densité à
l’ordre U 0 .
Commentez les résultats obtenu et montrez qu’ils permettent de confirmer la terminologie utilisée
pour désigner les deux types d’ondes.
8 Toutes ces ondes sont-elles dispersives ou non ? De quelles ondes se propageant dans les fluides
sont-elles analogues ?
10.2 Au bout de combien de temps environ un sismographe placé à Nancy recevra un signal associé
à un tremblement de terre ayant lieu en Californie ? Expliquez au passage pourquoi les sismologues
distinguent en général des ondes « P », « Primaires », et des ondes « S », « Secondaires ». Qui
est qui ?
Données :
Les coordonnées géographiques de Nancy sont
Analyse dimensionnelle
appliquée à la mécanique des solides
L’analyse dimensionnelle est une méthode qui permet de mettre en place de façon très
efficace des modèles physiques en général. Comme elle a beaucoup d’applications en mécanique
des fluides, il est néanmoins justifié de l’introduire dans ce cours et à ce niveau. Nous allons
exposer les principes de l’analyse dimensionnelle, qui conduisent notamment au théorème π de
Vaschy-Buckingham 1 , puis deux applications possibles de celle-ci à la mécanique des solides,
en décrivant par exemple comment elle permet de dégager des règles de similitude qui autorisent
des études sur des maquettes, etc...
L’énoncé précédent veut dire qu’une grandeur physique φ a une dimension physique
mα `β tγ ,
et qui se lit
Les exposants des dimensions α, β et γ sont en général des entiers rationnels. La « fonction
de dimensions » (5.1) n’est absolument pas arbitraire, mais se déduit de la définition physique
de la grandeur considérée à partir de grandeurs plus fondamentales. Par exemple l’équation (1.21)
définissant une vitesse (eulerienne),
dx
v(x,t) = ,
dt
montre que
`
v ≡ ≡ ` t−1 . (5.3)
t
De même la définition (eulerienne) de l’accélération
dv
γ = ,
dt
montre que
v
γ ≡ ≡ ` t−2 . (5.4)
t
On peut ensuite définir des unités dérivées pour des grandeurs non fondamentales, en posant que
l’étalon de mesure d’une quantité φ dont la fonction de dimensions est (5.1) est
Φ = M α Lβ T γ ; (5.8)
φ1 = φ2 + φ3 , (5.10)
avec éventuellement plus ou moins de termes dans le membre de droite. Une telle relation, établie
typiquement lors d’une modélisation, doit absolument être invariante par changement de
système d’unités. En effet la physique ne connait pas de frontières ( !), donc l’ingénieur français
utilisant par exemple le système d’unités international (SI) et son homologue anglais utilisant le
système d’unités « impérial » doivent tous deux être capables de mesurer les quantités φ1 , φ2 et
φ3 dans leur système d’unités, lors d’une expérience (reproductible) dans des conditions données,
et pouvoir tester et valider (avec une certaine précision, forcément finie), la relation (5.10). Plus
généralement tout scientifique peut utiliser le système d’unités qu’il veut pour tester la validité (ou
non) de (5.10). Examinons donc ce qui se passe si on change d’unités pour tester une équation de
la physique encore plus simple
φ1 = φ2 . (5.11)
φ1 ≡ mα1 `β1 tγ1 et φ2 ≡ mα2 `β2 tγ2 avec (α1 ,β1 ,γ1 ) 6= (α2 ,β2 ,γ2 ) ,
par exemple, pour fixer les idées, α1 6= α2 ; on dit alors que l’équation (5.11) est « inhomogène
dimensionnellement ». Supposons que l’on teste l’égalité (5.11) dans un premier système d’unités
reposant sur des étalons M, L et T de masse, longueur et temps. On valide alors cette équation en
observant que
φ1 φ2
mes(φ1 ) = α β γ
' mes(φ2 ) = . (5.12)
M L T1 1 1 M Lβ2 T γ2
α 2
On peut très bien décider d’utiliser un autre système d’unités, dit « prime », dans lequel les étalons
de longueur et temps sont inchangés, mais l’étalon de masse est dix fois plus grand,
M 0 = 10M .
110 Chapitre 5. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des solides
Si la loi (5.11) est vraiment physique, on doit retrouver l’égalité φ1 = φ2 dans ce nouveau système
d’unités, c’est-à-dire que l’on doit avoir
φ1 φ2
mes0 (φ1 ) = ' mes0 (φ2 ) = . (5.13)
(10M )α1 β
L T1 γ1 (10M ) 2 Lβ2 T γ2
α
En faisant le quotient des relations (5.12) et (5.13) on voit qu’il faut avoir
ce qui n’est pas possible puisque α1 6= α2 ; dans le cas où α1 serait proche de α2 on peut reprendre
le même raisonnement en remplaçant le facteur 10 entre les étalons M 0 et M par un facteur 1000
par exemple, d’où l’impossibilité d’avoir
Ainsi une conséquence de l’invariance des lois de la physique par choix d’unités est le fait que toute
équation de la physique doit être « homogène dimensionnellement », au sens où tous
les termes d’une égalité doivent avoir la même fonction de dimensions. Cette propriété
peut être utilisée pour détecter des erreurs de modélisation. En effet si un raisonnement ou
calcul conduit par exemple à une relation de la forme
φ1 = φ2 + φ3
avec des fonctions de dimensions différentes pour φ1 , φ2 et φ3 , alors il ne peut s’agir d’une équation
de la physique, i.e. le raisonnement ou calcul comporte forcément une faute. Un élève-ingénieur
ou ingénieur se doit donc de toujours tester l’homogénéité dimensionnelle des formules
analytiques qu’il établit, pour éliminer au maximum erreurs de raisonnement ou fautes de calcul 6 .
Masse m m1 kilogramme, kg
Longueur ` `1 mètre, m
Temps t t1 seconde, s
Déformation = ∂x/∂X 1
Tab. 5.1 – Fonctions de dimensions et unités dans le système international (SI) des princi-
pales grandeurs rencontrées en mécanique des milieux continus. Les quatre dernières lignes relèvent de la
mécanique des fluides, les grandeurs listées seront introduites dans le chapitre 7.
• L’étalon de mesure de longueur a été défini une première fois par une loi française de
1795 : « le mètre est la dix millionième partie de l’arc de méridien terrestre entre le pôle
boréal et l’équateur » 8 . Plus récemment on a posé que « le mètre est la longueur parcourue
dans le vide par la lumière pendant une durée de 1/299792458 de seconde ». La constance
de la vitesse de la lumière dans le vide résulte des lois de la mécanique relativiste.
• L’étalon de mesure de masse, le kilogramme, a été défini par une loi française de 1799
comme la masse d’un décimètre cube (c’est-à-dire un litre !) d’eau pure à son maximum
de densité i.e. 4 o C. Pour des mesures très précises on se réfère maintenant plutôt à des
étalons du kilogramme soigneusement contrôlés. La définition à partir d’un volume d’eau,
elle, relève de la mécanique des milieux continus.
8. Ainsi cet arc mesure 10000 km, donnée à retenir pour des applications géophysiques de la mécanique. On en
déduit en particulier le rayon terrestre rT puisque 14 2πrT = 10000 km ⇐⇒ rT = π2 10000 km ' 6370 km.
112 Chapitre 5. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des solides
φ ≡ mα `β tγ
φ1 ≡ mα1 `β1 tγ1
..
.
φn ≡ mαn `βn tγn . (5.15)
Vaschy et Buckingham ont proposé de choisir parmi les grandeurs φ1 , · · · ,φn le maximum
de « grandeurs fondamentales » ou « grandeurs dimensionnellement indépendantes »
φ1 , φ2 , φ3 au sens où
φλ1 1 φλ2 2 φλ3 3 ≡ 1 ⇐⇒ λ1 = λ2 = λ3 = 0 . (5.16)
Ces grandeurs fondamentales sont typiquement au nombre de trois, sauf dans le cas de modèles
particulièrement « simples » ; on reviendra sur le cas de tels modèles simples où il y a moins
de trois grandeurs fondamentales à la fin de cette section. Pour une étude plus générale voir par
exemple le chapitre V de Huerre (1998). Enfin, le fait que les grandeurs fondamentales soient les
trois premières peut être assuré par un éventuel remaniement d’indices.
D’après (5.16) on ne peut exprimer la fonction de dimensions de l’une des grandeurs en fonction
des autres, car si on le pouvait il existerait par exemple µ1 , µ2 tels que
Compte tenu de (5.15), l’équation exprimant une liaison éventuelle entre les grandeurs
s’écrit
mα1 λ1 +α2 λ2 +α3 λ3 `β1 λ1 +β2 λ2 +β3 λ3 tγ1 λ1 +γ2 λ2 +γ3 λ3 ≡ 1 . (5.19)
Si elle a lieu, cette relation doit être vérifiée dans n’importe quel système d’unités, i.e. on peut
l’expliciter sous la forme d’une égalité en remplaçant m, ` et t par des valeurs étalons quelconques
M, L et T . Il vient donc
φ1 φ2 · · · φn
m α1 α2 · · · αn
. (5.23)
` β1 β2 · · · βn
t γ1 γ2 · · · γn
On choisit alors dans ce tableau 3 colonnes formant une sous-matrice 3×3 inversible : les grandeurs
correspondantes sont alors les « grandeurs fondamentales ». Au besoin on renumérote les
grandeurs de sorte que ces grandeurs soient bien φ1 , φ2 et φ3 . Comme les autres grandeurs sont
dépendantes dimensionnellement de celles-ci, on peut les exprimer dimensionnellement en fonctions
de φ1 , φ2 et φ3 . Considérons en effet un indice k parmi 4, · · · ,n. On doit pouvoir déterminer trois
exposants ak , bk et ck de sorte que
Ceci se prouve et se fait pratiquement en utilisant les fonctions de dimensions (5.15) : la relation
(5.24) s’écrit
mαk `βk tγk ≡ mα1 ak +α2 bk +α3 ck `β1 ak +β2 bk +β3 ck tγ1 ak +γ2 bk +γ3 ck . (5.25)
φ
π0 = . (5.29)
φa10 φb20 φc30
π0 = F (φ1 , φ2 , φ3 , π4 , · · · , πn ) .
Cette relation ne peut prendre une forme quantitative qu’une fois choisi un système d’unités.
Comme les grandeurs φ1 , φ2 et φ3 sont dimensionnellement indépendantes on peut définir ce
système d’unités directement à l’aide d’étalons de mesure Φ1 , Φ2 et Φ3 de ces grandeurs. En
pratique on aura donc pour des conditions réelles données
π0 = F mes(φ1 ), mes(φ2 ), mes(φ3 ), π4 , · · · , πn
φ1 φ2 φ3
π0 = F , , , π4 , · · · , πn . (5.30)
Φ1 Φ2 Φ3
En multipliant l’étalon de mesure Φ1 par 10, on en déduit que F ne doit pas dépendre de son
premier argument. De même elle ne peut dépendre de son deuxième ou de son troisième argument,
eux-aussi dimensionnels. Au bilan F ne peut dépendre que de ses arguments adimensionnels. On
peut donc énoncer le théorème π de Vaschy-Buckingham : une relation fonctionnelle (5.14)
π0 = F(π4 , · · · , πn ) (5.32)
On peut envisager divers autres cas particuliers, par exemple, avec deux grandeurs fondamen-
tales mais trois paramètres de contrôle, une grandeur fondamentale et deux paramètres de contrôle,
etc... Le lecteur est invité à résoudre ces cas particuliers par lui-même, avec la méthodologie dé-
veloppée ci-dessus, que l’on peut attribuer à Vaschy et Buckingham. De tels cas particuliers sont
abordés dans la question 2 du problème 4.8 ainsi que dans la section 5.3 ci-après.
Nous allons maintenant, dans les deux sections qui suivent, appliquer la méthodologie de Vaschy
et Buckingham à deux problèmes assez différents.
n’est pas indépendante de la masse volumique ρ du matériau qui constitue la boule, et de son
diamètre D. De plus l’élasticité de la boule joue un rôle, puisque, si elle était parfaitement rigide,
l’impact serait ponctuel. Comme on l’a vu dans le chapitre 4, en faisant l’hypothèse simple que le
matériau de la boule est isotrope et travaille en réponse linéaire, on peut caractériser son élasticité
par son module d’Young E et son coefficient de Poisson ν. À cause de la relation (5.38), on peut
décider de choisir comme paramètres de contrôle de ce problème D, ρ, V, E et ν. La grandeur
dépendante est bien sûr le diamètre de la zone d’impact d.
D ρ V E ν
m 0 1 0 1 0
.
` 1 −3 1 −1 0
t 0 0 −1 −2 0
On voit que l’on est dans la situation « standard » où les trois premières grandeurs sont dimension-
nellement indépendantes, la matrice formée par les trois premières colonnes étant de déterminant 1,
donc inversible. Le groupement π4 permettant d’adimensionner E se construit en calculant les ex-
posants a4 , b4 , c4 tels que
E ≡ Da4 ρb4 V c4 .
En extrayant les exposants de m, ` et t dans cette équation aux dimensions, de façon analogue à
ce qui a été fait pour passer des équations (5.24) à (5.26) lorsque l’on a établit le théorème π, il
vient
0 + b4 + 0 =
1
a4 − 3b4 + c4 = −1 . (5.39)
0 + 0 − c = −2
4
π5 = ν . (5.41)
10. Ce serait le cas ici si on avait rajouté l’accélération de la pesanteur g, ou la viscosité de l’air η dans les
paramètres de contrôle. Si le lancer de la boule se fait suffisamment près de la surface, et avec une vitesse V pas trop
petite, la pesanteur ne jouera pas, et les frottements visqueux de l’air ambiant non plus...
11. Ce serait le cas ici si on avait oublié la masse volumique ρ par exemple.
5.2. Application : modélisation d’un problème d’impact élastique 117
1111
0000
0000
1111 111
000
000
111
D 1111
0000
0000
1111
0000
1111
000
111
000
111
0000
1111 000
111
000
111
V
111
000
000
111
000 d
111
Fig. 5.1 – Phénomène d’impact élastique. Gauche : situation initiale, lancer de la boule enduite de
peinture à une vitesse V contrôlée en direction de la surface plane rigide. Droite : après impact et rebond,
une tache de peinture de diamètre d est laissée sur cette surface.
d
π0 = .
D
La relation générale
d = f (D, ρ, V, E, ν) (5.42)
d E
= F , ν . (5.43)
D ρV 2
et que les boules aient le même coefficient de Poisson ν. Ceci permet d’envisager, pour étudier le
cas d’une grosse boule, de diamètre D1 , une expérience analogique, à l’aide d’une boule beaucoup
plus petite, de diamètre D2 ; si les conditions de similitude énoncées ci-dessus sont vérifiées, on
peut prédire que
D1
d1 = d2 .
D2
12. On pourrait aussi, manquant d’intuition, écrire un système du type (5.39).
118 Chapitre 5. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des solides
Tab. 5.2 – Table tirée de Sonin (2001), présentant des expériences numériques d’impact élastique, ainsi
que les symboles correspondant sur les figures 5.2 et 5.3.
1.0 1.0
(a) (b)
0.8 0.8
ø ø
0.6 0.6
d ø d ø
ø ø
D D 0.4
0.4
0.2 0.2
0.0 0.0
1 100 104 106 1 5 10 50 100 500
E [MPa] V [m/s]
Fig. 5.2 – Impact élastique : étude de l’influence du module d’Young (a) ou de la vitesse d’impact (b)
sur la taille réduite de la zone impactée, à partir des données de la table 5.2.
d E
= f , (5.45)
D ρV 2
fonction visible sur la figure 5.3, pour laquelle on pourrait proposer une formule quantitative par
13. Ingénieur-docteur américain travaillant au MIT.
5.3. Application : étude du flambement d’une poutre cylindrique 119
1.0
0.8
ø
0.6
d ø
ø
D 0.4
0.2
0.0
10 100 1000 104 105
E/(ρV 2)
Fig. 5.3 – Étude du problème de l’impact élastique et des données de la table 5.2 en utilisant l’analyse
dimensionnelle pour identifier le paramètre de contrôle pertinent, en abscisse.
ajustement numérique. Le lecteur est invité à expliquer physiquement pourquoi la fonction f est
décroissante.
qui concernait aussi une « poutre » en flexion (même si elle n’est pas cylindrique, et si les efforts
appliqués sont plus contrôlés), avait conduit à un déplacement de la fibre moyenne (définie par
y = z = 0) de la forme
3 Γ
u = u0 − x2 ey , (5.46)
8 eh3 E
qui ne faisait pas intervenir le coefficient de Poisson du matériau.
Nous supposons donc que les paramètres de contrôle sont d, h et E.
La grandeur dépendante est la valeur critique Fc de la force F , i.e. le « seuil de flambement ».
Fc = f (d, E, h)
Fc ∝ d4 , Fc ∝ h−2 ; (5.50)
le fait que l’exposant de d soit positif et celui de h négatif peut s’interpréter mécaniquement (faites-
le !). On peut alors raisonnablement supposer que la fonction G de l’équation (5.49) est elle-même
une loi de puissance, de la forme
h h α
G = G0 , (5.51)
d d
5.3. Application : étude du flambement d’une poutre cylindrique 121
(a) (b)
F
00
11
11
00 00
11
00
11
B 11
00
00
11
1
0 11
00
00
11
0
1
0
1 A 00
11
Fig. 5.4 – a : vue schématique, en coupe, d’une poutre cylindrique verticale, située entre deux liaisons
rotules aux points A et B. b : si on applique une force verticale F de norme suffisante, on observe un
phénomène de « flambement », la poutre se déforme en flexion dans une certaine direction.
avec G0 une constante sans dimension à déterminer expérimentalement ou par le calcul. Ceci donne,
par injection dans (5.49),
Fc = G0 E d2−α hα , (5.52)
d’où, par identification avec (5.50),
E d4
α = −2 =⇒ Fc = G0 . (5.53)
h2
5.3.5 Compléments
Des expériences fines, ou, alternativement, un modèle, permettent de déterminer complètement
cette loi, en montrant que 15
G0 = π 3 /64 ' 0,48 . (5.54)
Le modèle, dû originellement à Euler, et reposant sur la fameuse équation d’Euler - Bernoulli
(5.62), est présenté dans le problème 5.1. Il utilise diverses hypothèses, notamment, l’hypothèse
d h de poutre « élancée ». Ce problème s’inscrit ainsi dans la suite des problèmes 4.1, 5.1 et
8.2 évoquée dans l’introduction page 9...
Le phénomène étudié ici est bien d’une « instabilité » liée à une « bifurcation » : lorsque
F > Fc , une configuration droite verticale de la poutre reste possible, mais cette configuration est
instable vis-à-vis de perturbations infinitésimales, qui selon leur « orientation » vont faire flamber
la poutre dans telle ou telle direction...
Un exemple de flambement de structures tri-dimensionnelles est présenté sur la figure D.5, dans
le cadre de commentaires liés au problème 4.5, qui ne figurent que dans la version PDF de ce
document.
15. On peut remarquer que l’estimation la plus triviale, G0 = 1, que l’on aurait pu poser à la fin de l’analyse
dimensionnelle, est pertinente !..
122 Chapitre 5. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des solides
5.4 Problème
Problème 5.1 Étude de poutres en flexion plane - Modèle d’Euler - Bernoulli
On étudie des poutres élancées, constituées d’un matériau homogène élastique isotrope
sollicité en régime linéaire, de module d’Young E et coefficient de Poisson ν. Dans la confi-
guration de référence, ces poutres sont droites : dans le repère cartésien Oxyz, leur fibre moyenne
est définie par le segment
{ M(x,0,0) avec x ∈ [0,L] } . (5.55)
Cette fibre moyenne est au centre des sections droites qui sont toutes identiques, i.e., se dé-
duisent par translations dans la direction x de la section droite Σ0 située dans le plan x = 0. Par
exemple, pour une poutre parallélépipédique
Y
Γ
1
0
0
1
v
1
0
0
1 X
A
5.4. Problème 123
2 En utilisant les hypothèses faites sur le matériau, établissez l’expression intrinsèque du tenseur
des déformations linéarisé dans cette portion de poutre.
4.a Admettant qu’il n’est pas pertinent de rajouter un champ de moments à la solution (5.60),
déduisez-en l’expression de la flèche v(X) mesurant le déplacement dans la direction Y de la fibre
moyenne définie par Y = Z = 0. Vous montrerez que v ne dépend que de X, Γ, E et I.
4.b Dans le cas d’une poutre parallélépipédique, on a affaire à un problème très similaire à celui
traité dans le problème 4.1, pour lequel des éléments de solution ont été donnés dans ce chapitre 5.
Validez, par comparaison, la formule que vous avez établie pour la flèche v.
4.c En dérivant deux fois la formule établie en 4.a, afin d’obtenir une formule plus intrinsèque 16 ,
montrez l’équation d’Euler - Bernoulli
d2 v Γ
2
= , (5.61)
dX K
avec K le coefficient de rigidité en flexion, fonction simple de E et I que vous expliciterez.
Interprétez physiquement cette équation, notamment, l’influence de chaque variable.
16. Indépendante d’une rotation éventuelle des axes XY Z par rapport aux axes xyz, qui pourrait exister en réalité.
124 Chapitre 5. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des solides
Quand on passe de cette étude locale à une étude globale, en remplaçant la coordonnée locale
X par la coordonnée globale x, en définissant une flèche globale encore notée v de sorte que toute
la fibre moyenne soit définie par y = v(x), et en tolérant éventuellement un couple Γ lentement
variable, on admet que l’équation d’Euler - Bernoulli reste valable :
d2 v Γ(x)
= . (5.62)
dx2 K
En effet, en général, des translations et rotations permettent de passer de Oxyz à AXYZ, donc de
vglobale à vlocale , et de telles transformations d’espace laissent invariante la dérivée seconde d2 v/dx2
qui s’apparente à la courbure de la poutre.
M 01 A
1
0
1
0 1
0
1
0
1
0 x
O
F
On a représenté une coupe virtuelle en un point M, cf. infra. On admet que les déplacements,
déformations et contraintes sont essentiellement dus à l’effet du couple de flexion Γ créé par F,
calculé dans la configuration de référence. Ainsi, l’effet direct de F, en dehors de la création du
couple Γ, est négligé.
5 On imagine une coupe virtuelle de la poutre le long de la section droite centrée en M = O + xex .
Calculez le couple Γ exercé en M par l’aval de la poutre sur l’amont, sachant que les efforts à
prendre en compte sont la force F appliquée en A et un couple nul en A. Montrez que Γ dépend de
façon affine de x, Γ = Γ(x) = Γ(x)ez . Représentez par des flèches courbes l’allure des couples
Γ(x) le long de la fibre moyenne, dans le plan xOy, et commentez physiquement.
6 Explicitez l’équation qui contrôle la flèche v(x), et précisez sa nature mathématique. Résolvez
la analytiquement compte tenu des conditions d’encastrement à l’origine.
8.1 On considère le cas où la poutre est une planche de plongeoir de longueur L = 3 m, module
d’Young E = 2,4 GPa, et de section parallélépipédique de côtés h = 2,5 cm, e = 40 cm avec les
notations de l’équation (5.56). Calculez numériquement le moment quadratique I et coefficient de
rigidité en flexion K.
8.2 Lorsque, de plus, F = 1 kN, calculez numériquement la flèche maximale en valeur absolue
vmax .
8.3 Représentez soigneusement à l’échelle 1/20ème sur votre copie la fibre moyenne déformée et le
champ de déplacement de celle-ci. Commentez physiquement.
5.4. Problème 125
9 Donnez l’expression analytique du tenseur des contraintes puis du vecteur contrainte sur la
coupe virtuelle considérée en question 5. Représentez ce dernier champ, sur la coupe virtuelle, et
commentez physiquement.
10 On admet que le matériau polymère utilisé pour la planche de plongeoir est élastique tant que,
d’après le critère de Tresca, la contrainte tangentielle maximale
Déterminez analytiquement le lieu des points de la poutre - plongeoir où la contrainte tangentielle
est maximale, et donnez l’expression analytique de τmax . Faites l’application numérique et concluez.
M
−F 10 v F
0
1 1
0
0
1 x
O A
On admet qu’en 1ère approximation la position de A est quasiment inchangée par rapport à la
configuration de référence, i.e. A ' O + Lex , et que le flambement est essentiellement dû au couple
de flexion dû à la force F, estimé dans la configuration actuelle, sans considérer v infinitésimal.
11 Calculez ce couple, soit Γ, ramené au point M = O + xex + vey où l’on imagine une coupe
virtuelle, sachant que les efforts à prendre en compte, exercés par l’aval (x0 > x) sur l’amont sont
la force F appliquée en A et un couple nul en A, Γ(A) = 0.
12.a On admet que l’équation d’Euler - Bernoulli (5.62) est valable. Explicitez la et précisez sa
nature mathématique.
12.b Montrez que cette équation ne peut admettre des solutions non nulles compatibles avec les
conditions limites v(0) = 0 et v(L) = 0 que pour un ensemble de valeurs de F de la forme { Fn =
n2 F1 avec n ∈ N∗ }, et calculez F1 . Proposez sur la base de ce modèle une expression analytique
pour le seuil de flambement Fc , plus petite valeur de F à partir de laquelle ce flambement est
possible.
12.c Dans le cas d’une poutre cylindrique à section circulaire définie par (5.57), établissez l’expres-
sion de Fc en fonction de E, L2 et du diamètre d = 2a d’une section. Vérifiez la cohérence de cette
expression avec celle donnée dans ce chapitre.
13 Sur une coupe virtuelle effectuée au milieu (x = L/2) d’une poutre « flambée » comme ci-
dessus, représentez le champ de vecteurs contraintes exercés par l’aval sur l’amont. Expliquez la
physique.
126 Chapitre 5. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des solides
Le but de la première section de ce chapitre est d’établir la forme générale du bilan global
d’énergie cinétique dans un milieu continu. Dans la deuxième section on examine la forme prise
par ce bilan, et sa signification physique, dans le cas de solides élastiques. Enfin un problème
d’application et un problème d’ouverture sont présentés.
dv ρ dv2
ρv · = = ρg · v + (div σ) · v , (6.2)
dt 2 dt
la démonstration de la première égalité faisant l’objet de l’exercice de calcul tensoriel 2.11. Intro-
duisons la densité massique d’énergie cinétique
1 2
ec = v . (6.3)
2
l’équation
dEc
ZZZ ZZZ
3
= ρg · v d x + (div σ) · v d3 x . (6.6)
dt Ωt Ωt
Le premier terme dans le membre de droite de cette équation est la puissance développée par
les forces volumiques de pesanteur. Le second terme peut, grâce à l’exercice de calcul tensoriel
2.7, être réécrit sous la forme
ZZZ ZZZ ZZZ
3 3
(div σ) · v d x = div(σ · v) d x − σ : ∇v d3 x . (6.7)
Ωt Ωt Ωt
puisque σ est symétrique, ce qui permet de faire apparaitre le vecteur contrainte T. Ce terme est la
puissance développée par les forces surfaciques de contact qui s’appliquent à la frontière
∂Ωt du domaine matériel Ωt . Au bilan on a donc, d’après (6.6),
dEc
= Pext + Pint (6.9)
dt
∇v = D + ω . (6.12)
Comme σ est symétrique tandis que ω est antisymétrique, on a en composantes dans une base
σ:ω = 0. (6.13)
dEc
= Pext + Pint (6.15)
dt
avec la puissance développée par les efforts extérieurs
ZZZ ZZ
3
Pext = ρg · v d X + T · v d2 S , (6.16)
Ω ∂Ω
| {z } | {z }
puissance des forces de pesanteur puissance des forces de contact
˙ + 2µ : ˙ = ∂ 1 σ :
σ : ˙ = λ (tr) 1 : ˙ + 2µ : ˙ = λ (tr) (tr)
(6.21)
∂t 2
puisque
1 λ
σ : = (tr)2 + µ : . (6.22)
2 2
1
ZZZ
Ep = σ : d3X , (6.24)
Ω 2
Etot = Ec + Ep , (6.26)
à savoir
dEtot
= Pext . (6.27)
dt
Dans le cas d’un système isolé, sur lequel on n’applique aucun effort extérieur, cette loi d’évolution
devient une loi de conservation,
dEtot
Pext = 0 =⇒ = 0 ⇐⇒ Etot ne dépend pas du temps. (6.28)
dt
Pour cette raison on dit que les solides élastiques constituent des systèmes conservatifs. Cette
propriété est liée au caractère réversible de la dynamique des solides élastiques en régime li-
néaire, déjà mentionné en section 4.1.1. Une conséquence physique de la loi (6.28) est l’existence
de mouvements oscillants dans un solide élastique isolé, mouvements dans lesquels on a, de
3. Puisque λ et µ sont strictement positifs, et les facteurs de λ/2 et µ sont respectivement un carré et une somme
de carrés.
4. Ce n’est pas un « champ » contrairement à σ : qui est un champ scalaire !
6.3. Problèmes 131
façon périodique dans le temps, transformation d’énergie cinétique en énergie potentielle, puis
d’énergie potentielle en énergie cinétique, etc... Un prototype de tels mouvements oscillants a déjà
été rencontré en classes préparatoires : il s’agit des mouvements oscillants d’un ressort linéaire. Un
exemple plus sophistiqué est donné par celui des ondes élastiques, étudié dans le problème 4.8.
Plus généralement, étant donné une structure solide élastique, on montre en général l’existence de
modes de vibrations de cette structure. C’est l’objet de la « dynamique des structures »
que
• de développer des méthodes de calcul de ces modes de vibrations, afin de les contrôler (au
sens large) et de s’assurer qu’ils sont sans danger ;
• de développer des méthodes de caractérisation de ces modes de vibrations, afin d’être capable
de les « mesurer ».
En élasticité pure, ces mouvements oscillants durent « éternellement ». En pratique, dans tout
système réel, existent de légers phénomènes dissipatifs, qui modifient le bilan (6.27) en rajoutant
justement un terme de dissipation strictement négatif,
dEtot
= Pext − Pdiss avec Pdiss > 0 . (6.29)
dt
En conséquence dans un système isolé l’énergie totale décroı̂t au cours du temps, ce qui signifie que
les mouvements oscillants sont amortis et finissent par disparaitre. On verra dans le chapitre qui
suit un exemple simple de phénomènes dissipatifs dans le cas de milieux continus fluides. Décrire
les phénomènes dissipatifs « réels » que l’on vient d’évoquer dans un milieu réputé « solide » est
par contre assez ardu, puisque cela nécessite typiquement de développer la théorie des milieux
« viscoélastiques », qui dépasse largement le cadre de ce cours.
6.3 Problèmes
Le problème 6.1, assez élémentaire jusqu’à la question 1.7, est l’occasion de réfléchir à un essai
de compression d’un matériau solide élastique, puis d’ouvrir sur de la géomécanique.
Le problème 6.2, comme évoqué ci-dessus, propose une introduction très partielle aux comporte-
ments thermoélastiques.
132 Chapitre 6. Bilan d’énergie cinétique - Cas des solides élastiques
Problème 6.1 Étude d’un lopin cylindrique en compression dans un conteneur rigide
On considère un lopin cylindrique constitué d’un matériau solide isotrope élastique. Il est déposé
dans un conteneur réputé indéformable, comme présenté sur la figure 6.1. Les parois de ce conteneur
sont parfaitement lisses de sorte qu’elles n’introduisent pas de forces de frottement sur le matériau.
Dans le repère Oxyz, et les coordonnées cylindriques associées (r,θ,z), le conteneur possède une
extension latérale définie par le rayon cylindrique a. Un plateau supérieur situé en z = h, réputé
indéformable, est solidaire d’une presse ; il vient écraser le lopin.
z = h(t) = ?
1.2 On cherche une solution en déplacement de ce problème. On fait l’hypothèse très simple que
le champ de déplacement est de la forme
u = (A + BZ)ez .
1.3 À quelle condition est-on en petit déplacements ? On se place désormais dans cette hypothèse.
1.4 Calculez le gradient du champ de déplacement ; vous en donnerez une expression intrinsèque.
Que peut-on dire de la transformation associée à ce mouvement ?
1.5 Grâce à une hypothèse physique raisonnable, calculez le tenseur des contraintes. Vous en don-
nerez une expression intrinsèque, et tracerez la représentation de Mohr correspondante. Comment
s’interprète t’elle physiquement ? À quoi pourrait-elle servir ?
1.6 Quelle force faut-il exercer sur la presse pour la faire descendre ?
1.7 Quelle est l’énergie potentielle élastique stockée entre l’instant initial et l’instant actuel t ?
Vérifiez la loi d’évolution de l’énergie totale (6.27).
Complément
D’un point de vue géométrique, l’essai du problème 6.1 ressemble à des essais dits œdométri-
ques utilisés en mécanique des sols, pour des matériaux peu cohésifs ne pouvant donc pas être
disposés dans une machine de traction. Ce type d’essai représenté sur la figure 6.2 permet no-
tamment de caractériser le tassement des sols, c’est-à-dire leur déformation verticale, sous l’effet
6.3. Problèmes 133
PSfrag replacements
O
x
Fig. 6.1 – Schéma géométrique en coupe d’un système d’essai de compression dans un conteneur
rigide. Le conteneur et le plateau-presse supérieur sont représentés en grisé ; le lopin est contenu dans la
zone rectangle branche centrale.
d’une surcharge, par exemple lors de la construction d’un bâtiment ou d’un ouvrage d’art, lors
de l’édification d’un remblai pour la construction d’une route, etc... Les sols étant généralement
granulaires (c’est-à-dire composés de grains plus ou moins « solidaires » les uns des autres) et
saturés en eau, leur tassement est dû au réarrangement des grains (qui se réorganisent selon une
configuration plus dense) et à l’expulsion de l’eau interstitielle. Souvent, l’eau ne peut sortir que
très lentement et le tassement se fait sur des durées pouvant être extrêmement longues, jusqu’à
plusieurs années. Pour le géotechnicien, il est essentiel de pouvoir prévoir à la fois l’amplitude du
tassement (de combien un bâtiment va-t-il « s’enfoncer » dans le sol sur lequel il est construit ?)
et sa durée (combien de temps faudra-t-il attendre avant que « l’enfoncement » se stabilise ?).
D’un point de vue mécanique, l’essai œdométrique diffère grandement de l’essai de compression
décrit dans le problème 6.1 puisque le tassement des sols n’est pas élastique, mais au contraire
irréversible et dépendant du temps : on parle alors de comportement visco-plastique.
Ces problèmes de mécanique des sols seront abordés dans le département Géoingénierie en gé-
néral, et plus particulièrement dans le module Sols et Formations superficielles, donné par Yann
Gunzburger.
Fig. 6.2 – Schéma de principe d’un essai œdométrique (Magnan 2000). Afin de permettre l’expulsion
de l’eau contenue dans l’échantillon de sol, les bases supérieure et inférieure sont poreuses. Le comparateur
mesure le déplacement vers le bas de la plaque supérieure sous l’effet de la charge appliquée. La présence de
l’anneau latéral rigide rend compte du fait que les mouvements sont essentiellement verticaux dans la nature,
les déplacements horizontaux étant fortement limités par la présence de sol autour de la zone étudiée.
134 Chapitre 6. Bilan d’énergie cinétique - Cas des solides élastiques
Problème 6.2
Thermoélasticité - Application à un tuyau sous pression et chargement thermique
Première partie : Thermoélasticité générale
On s’intéresse dans tout ce problème à des matériaux solides élastiques isotropes, en petits
déplacements et petite transformation. On néglige les effets de la pesanteur ou les suppose in-
clus dans la configuration de référence initiale. Cette configuration initiale est supposée isotherme,
i.e., le champ de température T est uniforme, T = T0 . Au contraire, la configuration actuelle,
supposée à l’équilibre elle aussi, est en général anisotherme, caractérisée par des écarts de
température
δT (x) = T (x) − T0
non uniformément nuls, avec x la position actuelle, approximativement confondue avec la position
initiale X.
On admet que la loi de comportement thermoélastique s’écrit en additionnant aux expressions
élastiques des tenseurs des termes sphériques proportionnels à δT , ce qui donne, pour le tenseur
des déformations linéarisé
1+ν ν
= σ − (trσ) 1 + α δT 1 , (6.30)
E E
et pour le tenseur des contraintes de Cauchy
σ = λ (tr) 1 + 2µ − k δT 1 , (6.31)
avec les coefficients caractéristiques du matériau suivants, tous positifs, dont les 4 premiers sont
déjà connus et reliés entre eux comme dans le cours : ν le coefficient de Poisson, E le module
d’Young, λ et µ les coefficients de Lamé, α le coefficient de dilatation thermique, k le
module thermoélastique.
1 On imagine une situation où un solide libre de toute contrainte, tel que σ = 0 dans les
configurations initiale et actuelle, est chauffé de façon uniforme : on passe de δT = 0 dans la
configuration initiale à δT > 0 dans la configuration actuelle.
1.1 À partir, notamment, de formules tirées du cours de cinématique, montrez que l’on a bien
une dilatation thermique de segments et volumes de taille infinitésimale, respectivement dX et
d3 X, que vous quantifierez précisément. Pour cela, calculez les dilatations réduites, respectivement
(dx − dX)/dX et (d3 x − d3 X)/d3 X, avec dx et d3 x les tailles finales, en fonction des données du
problème. Commentez succinctement le nom donné au coefficient α.
1.2 Déterminez le champ de déplacement u, de façon idéalement (ou en tout cas finalement)
intrinsèque, à un champ de moments prêt. Montrez que si ce dernier champ est bien choisi, le
mouvement associé, i.e., la fonction x X , a une interprétation géométrique très simple. Déduisez-
en que les dilatations réduites de segments et volumes de taille finie sont identiques à celles de
segments et volumes de taille infinitésimale. Commentez succinctement.
1.3 En exploitant l’hypothèse de contraintes nulles, reliez le module thermoélastique k aux coeffi-
cients λ, µ et α.
Commentez succinctement cette relation, valable généralement en thermoélasticité, et ce qu’elle
signifie pour les contraintes d’origine thermique en k δT dans l’équation (6.31).
6.3. Problèmes 135
2 On revient maintenant à un cas plus général comme décrit avant la question 1. Notamment,
les champs T et δT sont dans la configuration actuelle non uniformes. En utilisant des résultats
du cours, sans refaire les calculs pour ce qui est des termes liés au déplacement, donnez la nouvelle
forme de l’équation de Navier, ici, l’équation d’équilibre local du solide, faisant intervenir rotu
et δT ou T .
Interprétez physiquement le nouveau terme d’origine thermique, dépendant linéairement de T , de
cette équation.
a2 b2
τmax (r) = δp ; (6.34)
(b2 − a2 )r2
le critère de dimensionnement
une application numérique avec a = 35 cm, E = 210 GPa, ν = 0,28, τ0 = 63,75 MPa avait enfin
donné b = 40,2 cm.
On veut maintenant prendre en compte les effets thermiques : entre la configuration initiale
du réacteur à l’arrêt où l’eau intérieure au tuyau et l’air ambiant étaient à pression p0 = 1 bar,
température T0 = 30 o C, et la configuration actuelle en fonctionnement, l’eau est non seulement
passée à p = 155 bars mais a aussi été chauffée 5 à T = 290 o C, tandis que l’air extérieur dans le
bâtiment réacteur est resté à p0 , T0 .
3.1 Afin de préparer l’étude du nouvel état d’équilibre thermoélastique du tuyau, représentez
schématiquement dans le plan xOy ses configurations initiale et actuelle, en coupe, ainsi que les
conditions limites concernant les pressions, vecteurs contraintes et températures. On vous demande
d’écrire les valeurs des couples (pression, température) dans les milieux environnant le tuyau, et
une représentation schématique du champ de vecteurs contraintes sur les frontières du tuyau.
Comme on travaille en différence entre ces deux configurations, représentez aussi, sur des schémas
similaires, les configurations initiale non chargée et actuelle chargée suivant cette approche, ainsi
que les conditions limites concernant les écarts de pressions, vecteurs contraintes et écarts de
températures.
Précisez les valeurs numériques de la surpression δp et de l’écart de température intérieur
final δTi .
3.2 Compte tenu de l’interprétation donnée plus haut du nouveau terme thermique dans l’équation
de Navier, conjecturez les conséquences physiques de la prise en compte du chargement thermique
en plus du chargement mécanique.
5.1 On suppose que le champ de déplacement u dans le tuyau est toujours de la forme (6.32),
mais avec une fonction u(r) à recalculer. Rappelez l’expression intrinsèque de ∇u et expliquez,
sans faire plus de calcul, pourquoi rotu = 0.
5.2 Explicitez l’équation de Navier qui exprime la condition locale d’équilibre thermoélas-
tique du tuyau. Montrez que la fonction u(r) est de la forme
u(r) = Ar + B/r − Crn (6.37)
où A et B sont des constantes pour l’instant inconnues, tandis que la constante C d’origine ther-
mique est connue, n est un exposant entier dont vous préciserez la valeur.
Donnez l’expression analytique la plus explicite possible de C, faisant intervenir α et δTi . Vérifiez
l’homogénéité dimensionnelle de C, en notant T la fonction de dimension d’une température.
6.2 Calculez tr. La valeur trouvée, pas encore totalement déterminée puisqu’elle implique l’incon-
nue A, est elle surprenante, au vu des calculs effectué au niveau de la question 5.2 ?
7 Donnez la forme de la matrice [σ] = Mat σ,{er ,eθ ,ez } du tenseur des contraintes de
Cauchy σ dans le tuyau : montrez que plusieurs de ses composantes sont nulles a priori. Calculez
précisément ses composantes σrr et σθθ en fonction des constantes A, B, C, des variables thermiques
β, γ, des coefficients de Lamé λ et µ, du module thermoélastique k et de r.
8 Rappelez ce qu’il faudrait faire pour déterminer A et B, sans toutefois faire ce calcul.
On rappelle que dans le cas isotherme les valeurs de A et B, notées alors Aiso et Biso , on été
calculées en TD,
1 a2 δp 1 a2 b2 δp
Aiso = et B iso = . (6.38)
2 b2 − a2 λ + µ 2 b2 − a2 µ
6.4. Notes personnelles 137
9.1 Pour estimer l’importance des effets thermiques, on sépare, dans l’expression générale de
σθθ établie en question 7, une somme σélast d’origine élastique, contenant des termes proportionnels
à A et B, d’une autre somme σtherm ne contenant que des termes d’origine thermique. Identifiez
σélast et σtherm . Montrez que σtherm est d’un signe uniforme.
9.2 Dans le cas correspondant aux valeurs données après l’équation (6.36), sachant aussi que
l’acier utilisé a un coefficient de dilatation thermique α = 10−5 K−1 , estimez l’ordre de grandeur
maximal de σélast et σtherm lorsque r varie dans [a,b]. Pour ce qui est de σélast , on admet que l’on
peut remplacer A et B par Aiso et Biso . Discriminez finalement entre ces deux possibilités :
• la 1ère : les effets thermiques sont négligeables et n’ont pas à être considérés pour le
dimensionnement ;
• la 2ème : les effets thermiques sont importants et doivent être considérés pour le dimension-
nement.
Fluides newtoniens
On revient ici sur la formule cinématique de transport d’une quantité extensive C définie par
une densité volumique c = c(x,t),
ZZZ
C(t) = c d3 x , (7.1)
Ωt
avec Ωt le domaine fluide considéré, souvent, une sous-partie du domaine fluide total, que l’on
appelle « volume de contrôle » 4 . On rappelle ici cette formule (3.9),
" #
dC ∂c ∂c 3
ZZZ ZZZ ZZ
3
= + div(cv) d x = d x + c v · n d2 S , (7.2)
dt Ωt ∂t Ωt ∂t ∂Ωt
avec n est le vecteur unitaire normal sortant de Ωt . Afin de préciser l’interprétation physique de
la formule (7.2), que nous avons seulement esquissée à la fin de la section 3.1.1, considérons le cas,
courant en mécanique des fluides, d’un domaine Ωt tube de courant tel que sa frontière ∂Ωt se
décompose en
• une surface d’entrée Se sur laquelle v · n < 0,
• une surface de sortie Ss sur laquelle v · n > 0,
• une surface latérale (par exemple une paroi solide) S` sur laquelle v · n = 0,
Une telle situation est représentée sur la figure 7.1. On peut alors récrire le bilan (7.2) sous la forme
dC
τévolution = = τaccumulation + τgain en sortie − τperte en entrée , (7.3)
dt
avec le taux d’accumulation (s’il est positif, sinon, c’est un taux de diminution)
∂c 3
ZZZ
τaccumulation = d x, (7.4)
Ωt ∂t
le taux de gain en sortie (en supposant que c est une quantité positive)
ZZ
τgain en sortie = c v · n d2 S (7.5)
Ss
Ces taux se simplifient dans le cas où on suppose que c est uniforme en entrée et sortie,
ZZ
τgain en sortie = cs qs avec qs = v · n d2 S = débit volumique sortant, (7.7)
Ss
ZZ
τperte en entrée = ce qe avec qe = (−v · n) d2 S = débit volumique entrant. (7.8)
Se
Le bilan (7.3) s’interprète ainsi : le taux temporel global d’évolution de la quantité C du fluide
contenu dans Ωt , en suivant ce fluide dans son mouvement, soit τévolution , est la somme
• du taux temporel de variation de C dans Ωt dû à d’éventuelles instationnarités (c dépend
effectivement du temps), soit τaccumulation ,
4. Ce volume « dépend du temps », d’où l’indice t, car pour calculer dC/dt on tient compte du transport de Ωt
dans l’écoulement, mais d’un autre point de vue il est « fixe » au sens où à tout instant t on définit C(t) par la
formule (7.1) avec toujours le même Ωt , et sa dérivée par le terme de droite de la formule (7.2) avec toujours les
mêmes Ωt et ∂Ωt . Autrement dit, on « actualise » à tout instant la matière contenue dans Ωt ... de même qu’en
description eulerienne on « actualise » à tout instant la matière contenue dans le « point matériel » situé en un
point x de l’espace, pour calculer la vitesse v(x,t) = dx/dt.
7.1. Bilans de masse et de quantité de mouvement 141
S`
PSfrag replacements
Se
Ss
Fig. 7.1 – Représentation schématique d’un domaine matériel constituant un « tube de courant ». Les
flèches représentent des vecteurs vitesses.
dp
τ évolution = = Rext = somme des forces extérieures appliquées.
dt
Il est donc temps de passer de la cinématique à la physique des fluides !..
Dans le cas d’écoulements permanents ou stationnaires, définis par le fait que tous les champs
euleriens sont indépendants du temps, en particulier
∂ρ ∂v
= 0 et = 0, (7.10)
∂t ∂t
il vient ZZ
ρv · n d2 S = 0 . (7.11)
∂Ωt
Considérons un domaine Ωt tube de courant (figure 7.1). Alors l’équation (7.11) exprime la
conservation du débit massique 5 entre les surfaces d’entrée et de sortie,
ZZ ZZ
ṁ = − ρv · n d2 S = ρv · n d2 S , (7.12)
Se Ss
5. En anglais, le débit massique est le ‘mass flow rate’, le débit volumique le ‘volume flow rate’.
142 Chapitre 7. Fluides newtoniens
qu’il est intéressant de retrouver et interpréter à l’aide de la formule (7.3). Le bilan local de
transport de masse a lui aussi été établi dans le chapitre 3, il prend deux formes équivalentes
(3.11) et (3.12),
dρ ∂ρ
+ ρ divv = + div(ρv) = 0 . (7.13)
dt ∂t
On fera la plupart du temps l’hypothèse que les fluides que l’on considère sont incompressibles,
c’est-à-dire qu’en première approximation
D’un point de vue thermodynamique, cette hypothèse est cohérente avec celle d’isothermalité,
On reviendra sur ces hypothèses en section 7.2.2. Si on insère l’hypothèse (7.14) dans la loi de
conservation du débit massique (7.12), on obtient la loi de conservation du débit volumique 5
ṁ
ZZ ZZ
2
q = = − v·n d S = v · n d2 S . (7.16)
ρ Se Ss
En pratique, on définit souvent les aires des sections d’entrée et de sortie du tube de courant
ZZ ZZ
2
Ae = d S et As = d2 S , (7.17)
Se Ss
q q
Ve = et Vs = . (7.18)
Ae As
D’un point de vue local, la loi (7.13) donne enfin en fluide incompressible, la condition
divv = 0 . (7.19)
Par analogie avec le champ magnétique 6 , on dit que le champ de vitesse d’un fluide incompressible
est « solénoı̈dal ».
dp ∂(ρv) 3
ZZZ ZZ
= d x + ρv(v · n) d2 S
dt Ωt ∂t ∂Ωt
6. Qui lui vérifie toujours l’équation de Maxwell divB = 0, sans qu’il soit nécessaire de poser la moindre approxi-
mation... Et qui est souvent « créé » par des bobinages solénoı̈daux dans lesquels circulent un courant J, en vertu
de l’équation de Maxwell rot B = µ0 J (en régime quasi statique).
7.2. Loi de comportement des fluides newtoniens incompressibles 143
la première égalité étant la formule de transport d’Euler. La forme locale de cette loi d’évolution
a été donnée dans l’équation (3.41),
" #
dv ∂v
ρ = ρ + ∇x v · v = ρg + div σ , (7.21)
dt ∂t
Dans cette loi « universelle » V est la vitesse imposée à la paroi mobile, située à la distance ` de
la paroi fixe, et
`2
tvisqueux = (7.24)
ν
est le temps de diffusion visqueuse, avec ` l’espace entre la plaque inférieure fixe et la plaque
supérieure mobile, ν la viscosité cinématique du fluide. Les courbes réduites correspondantes
sont présentées sur la figure 7.2c. Elles suggèrent l’existence de contraintes tangentielles de « frot-
tements visqueux » entre les diverses couches de fluides, par lesquelles les couches supérieures
entrainent progressivement les couches inférieures. Au bout d’un temps de l’ordre du temps de
diffusion visqueuse tvisqueux , on atteint un régime d’écoulement permanent,
y y
vréduit = ⇐⇒ v = V . (7.25)
` `
7. Étudié dans le problème 2.1.
144 Chapitre 7. Fluides newtoniens
On peut alors mesurer la force exercée par le fluide sur la paroi mobile (qui doit être compensée
par une force motrice égale et opposée pour assurer la constance de la vitesse V de cette paroi),
et on trouve une force par unité de surface
V
−T = pey − τ ex avec p une pression et τ = η une contrainte tangentielle, (7.26)
`
η = ρν étant la viscosité dynamique du fluide. (7.27)
Par le principe d’action-réaction la contrainte exercée par la paroi mobile sur le fluide est donc
V
T = −pey + τ ex avec τ = η . (7.28)
`
L’existence d’une pression et d’une relation linéaire entre la contrainte tangentielle et la
vitesse est vérifiée dans de nombreux fluides isotropes dits newtoniens : l’eau, la plupart des
huiles, des alcools, mais aussi des gaz comme l’air, etc... Des valeurs typiques des viscosités ν et
η sont présentées sur la table 7.1 ; quelques informations sur les effets physiques qui contrôlent
la valeur de la viscosité sont donnés par exemple le chapitre 1 de Plaut (2021b). Ces viscosités
mesurent d’une certaine façon la résistance à l’écoulement, puisque
V τ force surfacique motrice
= ordre de grandeur des gradients de vitesse obtenus = .
` η
L’équation (7.28) suggère l’existence de contraintes normales même en l’absence d’écoule-
ment. Ceci est confirmé par de nombreuses expériences, qui montrent qu’en « hydrostatique » 8 ,
l’intensité de ces contraintes normales est la même quelle que soit la direction normale n considérée,
et donnée par une quantité que l’on appelle la pression p,
Cette pression p est un champ scalaire continu d’un fluide à l’autre, comme l’illustre l’exercice 7.3.
En hydrostatique on a donc un tenseur des contraintes
σ = −p1 . (7.30)
Cette forme de tenseur des contraintes est la seule qui n’introduit pas de contraintes tangentielles 9 .
La loi (7.30) peut donc être vue comme une conséquence de l’une des définitions des fluides données
en section 1.1.1, à savoir qu’un fluide au repos ne peut supporter de contraintes tangentielles, si
petites soient-elles.
En hydrodynamique 10 , par contre, il est clair que la relation (7.28) ne pourra être satisfaite
que si l’on rajoute un terme de contraintes visqueuses τ au tenseur des contraintes hydrostatique
(7.30), en écrivant que
σ = −p1 + τ . (7.31)
Au vu de la relation (7.28), on pourrait être tenté de poser une relation de proportionnalité entre
τ et le tenseur gradient de vitesse,
τ = 2η K = 2η ∇x v , (4 formule fausse !)
8. Nom dérivé du grec « hudôr » : eau, pour la statique des fluides.
9. Comme on peut s’en convaincre à l’aide de la représentation de Mohr des contraintes.
10. Nom dérivé du grec pour la mécanique des fluides en écoulements.
7.2. Loi de comportement des fluides newtoniens incompressibles 145
y PSfrag replacementsb
1.
c
0.8
PSfrag replacements
0.6
by/`
0.4
x
0.2
y
0.
0. 0.2 0.4 0.6 0.8 1.
v/V
Fig. 7.2 – a : Expérience de Couette cylindrique du Lemta menée dans l’équipe de Salaheddine Skali-
Lami par Ghania Benbelkacem. En haut on distingue le moteur électrique, de l’axe duquel est solidaire
le cylindre intérieur (de rayon extérieur a). Entre celui-ci et le cylindre extérieur (de rayon intérieur b) se
trouve le liquide à étudier, dont on distingue la surface libre. Le cylindre extérieur est fixé dans une cuve
parallélépipédique. Toutes ces pièces solides sont en plexiglass afin de permettre des visualisations. La cuve
est en général remplie d’eau (pour les besoins de la photo ce remplissage n’a pas été total), afin d’assurer
une régulation thermique du système et permettre une illumination du fluide par une « nappe laser » en
minimisant les effets de réfraction aux interfaces, puisque l’eau possède un indice optique proche de celui du
plexiglass. L’image obtenue, réfléchie dans un miroir, est ensuite filmée par une caméra (objectif visible en bas
de la photo). b : Une expérience de Couette cylindrique caractérisée par un petit inter-rayon ` = b−a b est
proche d’une expérience de Couette plane, i.e. d’une situation de cisaillement pur entre deux plans. Les
flèches continues représentent des vitesses en régime permanent. c : Relaxation par diffusion visqueuse
des profils temporels de vitesse réduite v/V après un démarrage brutal d’une expérience de Couette
plane. L’axe des ordonnées correspond à la coordonnée y dans la direction perpendiculaire aux parois. Les
courbes de plus en plus épaisses correspondent à t/tvisqueux = 0, 1/100, 1/10 et 1, cf. (7.24).
146 Chapitre 7. Fluides newtoniens
mais alors, en faisant tourner en bloc un fluide, ce qui n’introduit aucune déformation, on intro-
duirait des contraintes tangentielles. Ceci n’est pas observé, et suggère une relation linéaire entre
le tenseur des contraintes visqueuses et le tenseur des taux de déformation,
τ = 2η D = η K + KT . (7.32)
Ainsi, d’après (7.31), la loi de comportement des fluides newtoniens est donnée par
σ = −p1 + 2η D . (7.33)
Cette loi permet bien de retrouver (7.28) en écoulement de Couette plan établi (7.25),
y
v = V ex ,
`
puisqu’alors
V
K = ∇x v = ex ⊗ ey
`
donc
V
2η D = η (ex ⊗ ey + ey ⊗ ex )
`
et en conséquence
V
T = σ · ey = −pey + η ex .
`
Pour nous, « fluide newtonien » signifiera dorénavant « fluide isotrope incompressible »
satisfaisant la loi de comportement (7.33), avec η la viscosité dynamique qui ne dépend que
(faiblement) de la température du fluide, comme l’illustre la table 7.1.
τ = 2η D , (7.34)
à celle (4.37) écrite pour les solides élastiques, qui est a priori analogue sauf que le tenseur des
déformations (linéarisé) remplace le tenseur des taux de déformation,
σ = λ (tr) 1 + 2µ , (7.35)
7.2. Loi de comportement des fluides newtoniens incompressibles 147
La réponse est que, comme nous faisons systématiquement une hypothèse d’incompressibilité, on
a toujours
trD = divv = 0 , (7.37)
donc le terme proportionnel à η1 dans (7.36) est toujours nul ; ceci explique pourquoi nous ne
l’avons pas introduit.
En réalité tous les fluides sont plus ou moins compressibles, leur compressibilité pouvant se
mesurer par le module de compression K strictement analogue de celui introduit en mécanique
des solides, au niveau de la section 4.1.7,
1 1 ∂ρ ∂ ln ρ
= = . (7.38)
K ρ ∂p ∂p
Ce module de compression définit d’ailleurs la vitesse du son dans le fluide considéré, suivant la
loi
p
cs = K/ρ , (7.39)
démontrée par exemple dans les chapitres VII de Chassaing (2000) ou 3 de Plaut (2021b). L’hy-
pothèse du fluide incompressible (7.14) consiste à supposer que ρ ne dépend pas de la pression
donc
K = ∞ donc cs = ∞ .
Elle est d’autant meilleure que les vitesses d’écoulements considérées sont petites devant la vitesse
du son, effectivement « quasi infinie » par rapport à ces premières. Concrètement, pour l’eau
L’approximation d’incompressibilité sera en conséquence souvent bien justifiée. Par contre, pour
de l’air dans les conditions atmosphériques standard,
Même dans le cas des fluides incompressibles, auquel nous nous restreignons désormais, il peut
exister des « effets non newtoniens » compliquant la forme de la loi de comportement (7.33),
surtout lorsqu’elle est considérée sous sa forme la plus stricte, avec une viscosité η qui ne dépend
que de la température. Par exemple certains fluides structurés comme des polymères ou solutions de
polymères, mais aussi le sang, ou des fluides agroalimentaires (yaourt, sauce, purée...) présentent
11. La science des détonations, qui sont des phénomènes très rapides.
148 Chapitre 7. Fluides newtoniens
un comportement « rhéofluidifiant » caractérisé par le fait que l’on peut toujours écrire la
relation (7.32), mais avec η décroissant lorsque les taux de déformation augmentent, i.e. lorsque
D:D
augmente. En conséquence la relation (7.32) devient non linéaire par rapport à v. C’est l’objet de
la rhéologie 12 que de développer des modèles de lois de comportement pour de tels fluides, et de
les confronter à la réalité. Pour cela on utilise des appareils appelés « rhéomètres » permettant
de créer des écoulements bien contrôlés et de les caractériser par diverses mesures ; un exemple
basique d’expérience rhéométrique est celui de l’expérience de Couette de la figure 7.2, qui sera
étudiée en détail dans le problème 7.2, dans le cas simple d’un fluide newtonien.
en supposant le système isotherme 13 . D’après la définition (2.75) du tenseur des taux de déforma-
tion, on a
∂Dij ∂ 2 vi ∂ 2 vj ∂
2 = + = ∆vi + divv ,
∂xj ∂xj ∂xj ∂xi ∂xj ∂xi
en faisant usage du théorème de Schwarz dès la première égalité (cf. la discussion sur les dérivées
partielles secondes de la section 2.5.2 du cours de calcul tensoriel). Le second terme est nul d’après
l’hypothèse d’incompressibilité (7.19),
divv = 0 . (7.42)
qui contient un terme de diffusion visqueuse dont on pouvait soupçonner l’existence dès l’énoncé
de la propriété (7.23). L’objet de l’exercice 7.6 est d’ailleurs de montrer que cette équation conduit
bien au comportement (7.23).
On dispose donc d’une équation scalaire (7.42) et d’une équation vectorielle (7.43) pour calculer
les deux champs euleriens inconnus
• le champ scalaire de pression p(x,t) ;
• le champ vectoriel de vitesse v(x,t).
12. Du grec « rheô, rhein » : couler.
13. Sinon, du fait que η = η(T ), il faudrait rajouter des termes proportionnels à dη/dT , faisant apparaı̂tre les
dérivées spatiales ∂T /∂xj de la température.
7.3. Équation de Navier-Stokes - Premières propriétés 149
Ce modèle est donc, a priori, bien posé mathématiquement, et il ne faudrait pas rajouter au sys-
tème (7.42), (7.43) une loi thermodynamique donnant la pression, comme la loi des gaz parfaits.
En effet on obtiendrait alors un modèle surdéterminé i.e. mal posé mathématiquement. Ceci si-
gnifie que la pression qui intervient dans (7.43) est une pression « mécanique » qui n’a pas
exactement, du point de vue du physicien théoricien, la même nature que la pression « ther-
modynamique » comme celle des gaz parfaits, même si ces deux champs sont identiques pour le
physicien appliqué. Ce problème ne peut être résolu de façon propre que si on prend en compte les
effets de compressibilité 14 .
Un exemple de condition du type (7.44) s’obtient dans le cas où un bord est constitué d’une paroi
solide fixe. On a alors, à cause de l’existence des frottements visqueux, adhérence à la paroi du
fluide visqueux
v(x) = 0 . (7.46)
Si le bord est un solide en mouvement à la vitesse vd (x), cette même condition d’adhérence à la
paroi s’exprime exactement sous la forme (7.44). Un exemple de condition du type (7.45) s’obtient
dans le cas où un bord est en contact avec l’air atmosphérique ; alors on supposera en général que
À l’interface entre deux milieux continus, il faut écrire plus de conditions limites sous peine
d’avoir un problème mathématiquement sous déterminé. On donnera un exemple en section 7.4.3.
ρg = −∇(ρgz) . (7.49)
On peut donc sous ces hypothèses regrouper les deux premiers termes du membre de droite de
l’équation de Navier-Stokes (7.43) en un seul,
ρg − ∇p = −∇b
p avec pb = p + ρgz la pression motrice. (7.50)
L’intérêt de l’introduction de ce nouveau champ scalaire, qui n’a pas de signification physique
directe, contrairement au champ de pression qui contribue au tenseur des contraintes (7.33), est
de permettre d’obtenir une nouvelle forme plus simple de l’équation de Navier-Stokes (7.43),
" #
dv ∂v
ρ = ρ + ∇v · v = − ∇b
p + η∆v . (7.51)
dt ∂t
sous-entendu connexe. Lorsque plusieurs domaines fluides coexistent la valeur de la pression motrice
dans chaque domaine n’a aucune raison d’être la même ; par contre à l’interface entre deux domaines
la pression p doit être continue en vertu de la continuité des contraintes. Cette loi, déjà rencontrée
en classes préparatoires, s’interprète ainsi : la pression augmente quand l’altitude z diminue puisque
le fluide doit supporter le poids des couches supérieures.
Cette loi s’applique par exemple dans des tubes de prise de pression, lorsque les écoulements
considérés sont quasi stationnaires ; cf. sur ce sujet les exercice 7.3 et problème 7.5. Sur les forces
exercées par un champ de pression hydrostatique, cf. l’exercice 7.1.
σ = −p1 . (7.55)
Comme le terme proportionnel à η dans (7.33) est aussi proportionnel à D, on peut remarquer
que tout fluide newtonien au repos se comporte comme un fluide parfait. Par contre en
situation d’écoulement aucun fluide n’est parfait si ce n’est l’hélium 4 à très basse température
(T < 2,2 K). En hydrodynamique l’hypothèse de fluide parfait est donc une hypothèse de
modélisation, à peu près raisonnable si le terme visqueux peut être négligé devant un terme
temporel ou devant un terme d’inertie, ce qui peut arriver si on n’est pas trop près d’une paroi solide.
C’est surtout un modèle très simplifié qui permet de mettre en évidence quelques phénomènes
pertinents en hydrodynamique, qui se trouvent exister aussi (de façon qualitativement similaire
mais, en général, quantitativement différente) pour des fluides visqueux.
v(x) · n = 0 . (7.57)
152 Chapitre 7. Fluides newtoniens
Ainsi on autorise l’existence d’une vitesse tangentielle non nulle, i.e. un glissement du fluide
parfait à la paroi. D’un point de vue moins mathématique mais plus physique, ce glissement est
permis par l’absence de forces de frottements visqueux dans un fluide parfait.
Dans le cas d’une paroi mobile à la vitesse vd (x), on écrit que
À une interface immobile entre un liquide visqueux et un fluide parfait, en négligeant les
effets de tension superficielle, et en notant maintenant n la normale à l’interface, on a par imper-
méabilité de l’interface
vliquide · n = vgaz parfait · n = 0 . (7.59)
Par contre les composantes de la vitesse de chaque fluide tangentielles à l’interface sont libres :
on retrouve un possible « glissement ». D’un point de vue dynamique, on a continuité du vecteur
contrainte à l’interface (cf. à ce sujet la toute fin de la section 3.2.4), d’où, par continuité des
contraintes normales, la continuité de la pression,
et, par continuité des contraintes tangentielles, la nullité de la contrainte visqueuse dans le liquide
visqueux,
Dliquide · n = 0 . (7.61)
Considérons une trajectoire C de l’écoulement permanent, qui est aussi une ligne de courant de
cet écoulement. Si M est un point courant de cette ligne C, on a, lorsque M varie de dM,
!
v2
∇ pb + ρ = ρv ∧ rotv est perpendiculaire à dM
2
donc !
v2
∇ pb + ρ · dM = 0 ,
2
On en déduit que
v2 v2
pb + ρ = p + ρgz + ρ = constante le long de C. (7.63)
2 2
7.4. Modèle du fluide parfait 153
Suivant Bernoulli 16 , on introduit une quantité homogène à une longueur et appelée « charge » 17 ,
qui est conservée le long de la ligne de courant de l’écoulement permanent,
pb v2 p v2
H = + = z+ + = constante le long de C . (7.64)
ρg 2g ρg 2g
Ceci constitue le premier théorème de Bernoulli 18 . Il met en évidence un effet très important,
à l’origine d’une multitude d’applications en mécanique des fluides : comme, le long de C,
v2
p = constante(C) − ρgz − ρ , (7.65)
2
une zone de survitesse, v2 plus grande que la moyenne, crée une dépression, p plus faible
que la moyenne. Une interprétation physique de cet effet est que, lorsque les atomes ou molécules
constituant le fluide vont plus vite, elles ont « moins de temps » pour heurter une surface (physique
ou virtuelle), donc pour y créer des forces de pression.
En prenant le rotationnel de cette équation, comme le rotationnel d’un gradient est nul, et la masse
volumique est constante, on obtient l’équation de la vorticité
∂rotv
= rot v ∧ rotv . (7.67)
∂t
Cette équation d’évolution spatio-temporelle montre que, si on part à t = t0 d’un écoulement sans
vorticité, tel que
rotv = 0 dans le domaine fluide, (7.68)
alors à tout instant ultérieur on aura aussi rotv = 0 dans le domaine fluide. Ainsi il n’existe
pas de mécanisme de création de vorticité en fluides parfaits.
v = ∇φ . (7.69)
L’existence de ce potentiel est intéressante d’un point de vue théorique car il est plus facile de
calculer (et de manipuler) un champ scalaire qu’un champ de vecteur. En raison de cette existence
on dit que les écoulements irrotationnels sont aussi des écoulements « potentiels ». La condition
d’incompressibilité (7.19) montre alors que φ est harmonique,
divv = 0 ⇐⇒ ∆φ = 0 . (7.70)
La théorie des écoulements potentiels est une sous-discipline de la mécanique des fluides qui permet
d’obtenir des résultats qualitativement corrects (voire, parfois, semi-quantitativement corrects)
assez « facilement ». Elle est historiquement importante, puisque par exemple en aérodynamique
les premiers modèles développés l’ont été grâce à cette théorie 19 . Un autre domaine dans lequel
cette théorie a porté beaucoup de fruits est celui des écoulements en milieux poreux (par exemple
dans un terrain géologique), voir par exemple Polubarinova-Kochina (1962).
∂φ v2 pb ∂φ v2 p ∂φ
+ + = + + + gz = + gH est indépendant de x . (7.72)
∂t 2 ρ ∂t 2 ρ ∂t
19. Voir les chapitres 6 de Chassaing (2000), VIII de Huerre (1998), ou 3 de Plaut (2018).
7.5. Propriétés des écoulements de fluides newtoniens 155
est, en général, non linéaire. En conséquence il n’existe pas de principe de superposition valable
généralement en mécanique des fluides. Il existe cependant des cas où le terme non linéaire s’annule
pour des raisons « géométriques » ; nous allons étudier l’un d’eux dans ce qui suit, avant d’en venir
au problème de la transition vers la turbulence.
Un écoulement est dit unidirectionnel dans la direction x1 si son champ de vitesse est de la
forme 20
v = v(x1 ,x2 ,x3 ,t) e1 . (7.74)
∂v
divv = = 0,
∂x1
un tel écoulement est forcément uniforme dans la direction e1 ,
En conséquence
∂vi ∂v ∂v
∇v = ei ⊗ ej = e1 ⊗ e2 + e1 ⊗ e3 ,
∂xj ∂x2 ∂x3
donc le terme non linéaire dans l’équation de Navier-Stokes
∇v · v = 0 . (7.76)
∂v
ρ e1 − η∆v e1 = − ∇b
p. (7.77)
∂t
Les termes de gauche dépendent linéairement de v, on peut donc déjà parler d’un principe de
superposition si pb est vue comme une « source extérieure » de mouvement. Une autre conséquence
de l’équation (7.77), plus précisément de ses composantes suivant e2 et e3 , est que pb ne dépend pas
de x2 et x3 ,
pb = pb(x1 ,t) . (7.78)
valable dans tout le domaine fluide. Comme celui-ci est toujours supposé connexe, cette identité
entre fonctions de variables indépendantes (x2 et x3 d’un côté, x1 de l’autre) ne peut avoir lieu que
20. Cette propriété peut n’être valable que dans une certaine région du domaine fluide, et en « première approxi-
mation » ; on parle alors d’écoulement « quasi unidirectionnel ».
156 Chapitre 7. Fluides newtoniens
Les trajectoires des points matériels constituant le milieu continu fluide en écoulement unidi-
rectionnel sont données, d’après (1.21) et (7.75), par les solutions d’équations différentielles de la
forme
dx1 dx2 dx3
= v(x2 ,x3 ,t) , =0, =0.
dt dt dt
Elles se font donc le long de droites
x2 = constante2 = X2 , x3 = constante3 = X3 (7.83)
qui sont à la fois les trajectoires, lignes d’émission et lignes de courant de l’écoulement unidirec-
tionnel. Ainsi les différentes « couches » ou « lames » de fluides restent parallèles les unes aux
autres et ne se mélangent pas ; on dit pour cette raison que l’écoulement est laminaire.
L’expérience montre que, lorsque l’on observe les lignes d’émission d’un traceur coloré dans
un écoulement, injecté de façon plus ou moins homogène en amont, ces lignes ne restent pas
droites, mais se tordent et souvent se « mélangent ». Ce phénomène est par exemple visible sur
la figure 7.3. Il est caractéristique d’écoulements turbulents. Les problèmes de la transition
vers la turbulence d’une part et de la modélisation de la turbulence d’autre part sont des
problèmes très actuels en mécanique des fluides, sur lequel travaillent de nombreux chercheurs des
domaines public et privé. En effet la plupart des écoulements aérodynamiques, mais aussi beaucoup
d’écoulements hydrodynamiques, sont turbulents. Ces problèmes seront effleurés au chapitre 8.
Des introductions intéressantes à ces sujets sont par exemple données dans Tritton (1988); Kundu
(1990) ; Guyon, Hulin & Petit (2012) ; Plaut (2021c) ; Plaut, Peinke & Hölling (2021).
Rappelons que l’énergie cinétique (6.5) contenue dans un domaine matériel Ωt vérifie la loi
d’évolution (6.9),
dEc
= Pext + Pint . (7.84)
dt
7.5. Propriétés des écoulements de fluides newtoniens 157
Fig. 7.3 – Photographie d’un écoulement turbulent au dessus d’une plaque plane, réalisée par le
département aérodynamique fondamentale et expérimentale de l’ONERA. L’écoulement moyen a lieu de la
gauche vers la droite. Un traceur coloré a été injecté de façon la plus uniforme possible en amont. Ses lignes
d’émission sont tordues par l’écoulement turbulent, et présentent une dynamique rapide qui serait visible
sur un film.
Compte tenu de la loi de comportement (7.33), la puissance des efforts extérieurs peut se
décomposer en trois contributions,
Ce terme de « frottements visqueux », déjà introduit en section 7.2.1, va être justifié par l’étude
de la puissance des efforts intérieurs, dont on va maintenant voir qu’elle provient du même terme
2ηD dans la loi de comportement (7.33), et qu’elle décrit une dissipation d’énergie.
On a établi dans le chapitre 6 que la puissance des efforts intérieurs qui intervient dans
(7.84) vaut ZZZ
Pint = − σ : D d3 x . (7.89)
Ωt
D’après la loi de comportement (7.33), en fluide newtonien l’intégrand vaut
σ : D = −p 1 : D + 2η D : D .
−p trD = −p divv = 0
158 Chapitre 7. Fluides newtoniens
en composantes, puisque D est symétrique. Cette quantité est une somme de carrés, toujours po-
sitive, et constitue une mesure de l’intensité des taux de déformations présents localement dans
l’écoulement. En conséquence la puissance des efforts intérieurs dans un fluide newtonien est tou-
jours négative, égale à
ZZZ
Pint = −2η D : D d3 x = −Pdiss ≤ 0 , (7.91)
Ωt
qui est donc une puissance dissipée par les effets visqueux. En effet, le bilan général (7.84),
dEc
= Pext − Pdiss , (7.92)
dt
Pdiss = 0 ,
constituent une exception : ils représentent des systèmes conservatifs dans lesquels un écoule-
ment même non entretenu perdurerait éternellement. Cette propriété remarquable (et irréaliste !)
explique sans aucun doute leur nom de fluides « parfaits ».
v2
ρec = ρ ,
2
il vient, d’après la formule de transport (3.9), compte tenu de l’hypothèse de stationnarité,
dEc d
ZZZ
= ρec d3 x
dt dt Ωt
∂(ρec ) 3
ZZZ ZZ
= d x + (ρec )v · n d2 S
Ωt ∂t ∂Ωt
dEc ρ
ZZ
= v2 v · n d2 S , (7.94)
dt 2 ∂Ωt
7.5. Propriétés des écoulements de fluides newtoniens 159
où l’on rappelle que n = n(x) désigne le champ des normales sortantes unitaires sur ∂Ωt . Faisons
l’hypothèse H1 que les surfaces d’entrée Se et de sortie Ss du tube de courant Ωt sont planes,
et qu’à leur niveau l’écoulement est (quasi) unidirectionnel,
Cette hypothèse implique que le débit massique (7.12) circulant dans le tube de courant
ZZ ZZ
ṁ = ρ v d2 S = ρ v d2 S . (7.96)
Se Ss
Insérée dans (7.94), elle donne d’autre part, puisque v · n s’annule sur le bord latéral de Ωt ,
dEc ρ ρ
ZZ ZZ
3 2
= − v d S + v 3 d2 S . (7.97)
dt 2 Se 2 Ss
Introduisons les fonctions valeurs moyennes sur les sections d’entrée et de sortie du tube de courant,
1 1
ZZ ZZ
2
hf ie = f (x) d S et hf is = f (x) d2 S , (7.98)
Ae Se As Ss
avec Ve et Vs les vitesses débitantes en entrée et sortie. D’autre part l’équation (7.97) s’écrit
dEc ρ
3 ρ
3
= v s As − v e Ae . (7.100)
dt 2 2
Définissons les coefficients d’énergie cinétique, sans dimension,
3
3
v e v s
αe = 3
et αs = . (7.101)
Ve Vs3
Dans le cas d’un fluide parfait, et d’un tube de courant dont les bords latéraux sont des parois
solides (cas fréquent !...), comme il n’y a pas de frottements à ces parois on suppose souvent que
l’écoulement est uniforme sur les sections Se et Ss ,
En conséquence
αe = αs = 1 .
Cette formule est aussi approximativement valable (en moyenne) en écoulement turbulent, car
alors le profil de vitesse est assez uniforme, en dehors de couches limites au voisinage des parois.
Dans le cas d’un écoulement laminaire dans un tuyau, étudié dans l’exercice 7.4, où les effets
visqueux sont « très importants », par contre
αe = αs = 2 .
Ces deux cas « extrêmes » suggèrent qu’en général les coefficients α sont proches de 1, ce qui est
souvent vérifié. En utilisant ces coefficients α, on a en tout cas en général
!
dEc ρ 3 ρ 3 1 2 1 2
= As αs Vs − Ae αe Ve = ṁ αs Vs − αe Ve . (7.102)
dt 2 2 2 2
160 Chapitre 7. Fluides newtoniens
Travaillons maintenant pour reformuler le terme de puissance des forces de pesanteur (7.86),
ZZZ
Ppesanteur = ρg · v d3 x . (7.103)
Ωt
Grâce à l’un des résultats de l’exercice 2.2 du cours de calcul tensoriel on a, en choisissant l’axe
des z vers le haut comme en section 7.3.3,
en faisant usage de (7.95). En posant l’hypothèse H2 que les sections Se et Ss ont une faible
extension verticale, i.e. que
on obtient
Ppesanteur ' ρgze Ve Ae − ρgzs Vs As = ṁ(gze − gzs ) . (7.105)
Considérons maintenant les puissances des forces de pression et de frottement visqueux,
ZZ ZZ
2
Ppression + Pvisqueux = − pn · v d S + 2η D · n · v d2 S . (7.106)
∂Ωt ∂Ωt
Le bord latéral, sur lequel v · n = 0, ne contribue pas à la première intégrale. En fluide parfait, le
terme visqueux est toujours nul. En fluide visqueux, et en supposant que le bord latéral est une
paroi solide - c’est notre hypothèse H3, nécessaire seulement en fluide visqueux - on y a v = 0,
donc ce terme visqueux est encore nul sur le bord latéral. En conséquence ces deux puissances
doivent se calculer seulement sur Se et Ss . Afin de mener à bien ce calcul, on va exploiter le fait
que les écoulements sur ces sections ont été supposés unidirectionnels, cf. l’équation (7.95). D’après
l’étude faite en section 7.5.1, et en particulier le résultat (7.82), valable ici à cause de (7.104), la
pression est approximativement constante sur les sections Se et Ss ,
On en déduit
ṁ
ZZ ZZ
Ppression = − pn · v d2 S − pn · v d2 S = pe Ve Ae − ps Vs As = (pe − ps ) (7.108)
Se Ss ρ
compte tenu de (7.99). D’autre part, en choisissant par exemple sur Ss un repère local tel que
n = e1 , on peut utiliser les notations de la section 7.5.1 pour expliciter l’intégrand de la puissance
des contraintes visqueuses dans (7.106). Il vient
∂v
D · n · v = D · e1 · (ve1 ) = D11 v = v = 0
∂x1
7.5. Propriétés des écoulements de fluides newtoniens 161
en vertu du fait que l’écoulement est forcément uniforme dans la direction e1 , cf. la discussion au
niveau de l’équation (7.75). Ainsi la puissance des forces de frottement visqueux réputées extérieures
est, en première approximation, nulle. Le bilan (7.92) s’écrit donc
dEc
= Ppesanteur + Ppression − Pdiss
dt!
1 1 ṁ
ṁ αs Vs2 − αe Ve2 = ṁ(gze − gzs ) + (pe − ps ) − Pdiss (7.109)
2 2 ρ
pe αe Ve2 ps αs Vs2
He = ze + + et Hs = zs + + . (7.110)
ρg 2g ρg 2g
Cas où la puissance agissante supplémentaire est celle des efforts intérieurs :
pertes de charge
Dans ce cas, qui est, en fait, celui que nous venons de considérer, il vient
général les pertes de charge « régulières » dans des tuyaux ou canaux longs, proportionnelles
à la longueur de ces tuyaux ou canaux (cf. par exemple la section 8.2.4 du prochain chapitre), des
pertes de charge « singulières » dues à des vannes, robinets, coude, convergent, etc... Des lois
phénoménologiques ont été développées pour estimer ces pertes de charge, cf. par exemple White
(1994); Idel’cik (1999).
Pour que l’écoulement soit effectivement permanent, il faut « donner » de la charge au fluide,
par exemple avec un « château d’eau », comme cela sera étudié (avec un « château d’eau »
réduit à sa forme la plus simple !) dans le problème 7.5.
Une autre façon de donner de la charge au fluide consiste à utiliser une pompe, comme cela sera
étudié dans le problème 7.3. Dans ce cas, on admet que le bilan global (7.111) reste valable dans le
tube de courant situé entre la section d’admission (en entrée) et la section de refoulement (en sortie)
de la pompe, et comprenant celle-ci, mais en remplaçant la « puissance agissante supplémentaire »
par celle exercée par les parties solides (en mouvement) de la pompe sur le fluide. On néglige ainsi,
en première approximation, la dissipation, et on obtient donc que la pompe produit un gain de
charge proportionnel à sa puissance mécanique Ppompe ,
Ce gain de charge correspond, lorsque l’admission et le refoulement se font dans des conditions
similaires, à un gain de pression δppompe ; alors la puissance
De même, dans un tube de courant centré sur une turbine hydraulique, on admet que le
bilan global (7.111) reste valable, mais en remplaçant la « puissance agissante supplémentaire »
par celle exercée par les parties solides (en mouvement) de la turbine sur le fluide... puissance qui
est maintenant négative puisque l’on prélève de l’énergie au fluide :
Les calculs de pertes et gains de charge dans les circuits hydrauliques sont très importants en
mécanique des fluides appliquée : des exemples concrets seront donnés dans les problèmes 7.3
et 7.5.
D’un point de vue plus fondamental, il conviendrait de compléter ces bilans d’énergie cinétique
par un bilan d’énergie interne, et en particulier de montrer que l’énergie dissipée est transformée
en énergie interne. Un tel bilan sort du cadre de cet enseignement ; voir à ce sujet les chapitres III
de Huerre (1998) ou Chassaing (2000), ou le chapitre 1 de Plaut (2021b).
Soit un objet solide occupant un ouvert Ωt dans un fluide de masse volumique ρ. Ce système
est supposé à l’équilibre, ainsi p = p0 − ρgz avec g l’accélération de la pesanteur, z la coordonnée
verticale. Calculez la résultante des efforts de pression exercés par le fluide sur le solide. Montrez
que la résultante des efforts liés à la pression uniforme p0 est nulle,
ZZ
−p0 n d2 S = 0 , (7.120)
∂Ωt
avec n la normale unitaire sortant de Ωt , alors que la résultante des efforts liés au terme −ρgz,
ZZ
+ρgz n d2 S = , (7.121)
∂Ωt
est toujours verticale. Donnez l’interprétation physique et le nom de cette dernière force.
Indication : utilisez la formule intégrale de la divergence, appliquée à certains tenseurs d’ordre 2.
164 Chapitre 7. Fluides newtoniens
Exercice 7.2 Calcul très simplifié de l’altitude atteinte par un ballon d’hélium lesté
En octobre 2012, Félix Baumgartner a battu plusieurs records du monde, dont celui de l’altitude
la plus élevée atteinte par un homme en ballon (cf. [Link]). On veut développer
un modèle très simplifié pour estimer l’altitude maximale atteinte par le ballon d’hélium avec
capsule qu’il a utilisé. L’atmosphère dans laquelle monte le ballon est supposée « standard » ; ses
propriétés (accessibles par le ‘Standard Atmosphere Package’ de Mathematica ou sur le site web
[Link]/atmoscalc) sont présentées sur la figure 7.4.
3.a On admet qu’à cause des frottements visqueux le ballon arrête son ascension à une altitude
zm où la formule précédente conduit à une accélération nulle, γ = 0. Calculez analytiquement puis
numériquement la valeur de la masse volumique ρ de l’air à cette altitude.
3.b En utilisant des données de la figure 7.4, estimez zm avec ce modèle. Commentez physiquement.
On admet que, dans un fluide visqueux comme de l’eau, en écoulement dans une canalisation,
il existe une chute de pression 23 le long de la canalisation : p décroı̂t en première approximation
linéairement avec la coordonnée x dans la direction de l’écoulement. Le but de cet exercice est
l’étude de deux « manomètres » permettant la mesure de la chute de pression entre deux points
A et B d’une canalisation,
δp = pA − pB .
Ces manomètres sont constitués de petites canalisations tubulaires. En première approximation,
les fluides dans les canalisations manométriques sont au repos.
1.1 Calculez la hauteur h1 que l’on pourrait lire sur un manomètre en U renversé comme celui
présenté sur la figure 7.5a.
1.2 Faites une application numérique dans le cas où δp = 50 Pa. En pratique on lit h1 à l’oeil, sur
des graduations. La précision de lecture de h1 est donc de ±0,5 mm. Estimez en conséquence la
précision sur δp obtenue avec ce manomètre.
23. directement liée à la « perte de charge ».
7.7. Exercices et problèmes 165
300
troposphère stratosphère
280
T [K]
260
240
220
200
0 10 20 30 40
100 1.2
80 1.0
ρ [kg/m3 ]
p [kPa]
0.8
60
0.6
40
0.4
20 0.2
0 0.0
0 10 20 30 40 0 10 20 30 40
z [km] z [km]
Fig. 7.4 – D’après le modèle US Standard Atmosphere - 1976, représentation, en fonction de l’altitude
z, de la température absolue T , pression p, et masse volumique ρ de l’air.
a b
air A B
h1
eau eau
g
h2
A B
liquide
lourd g
Fig. 7.5 – a : Manomètre en U renversé. b : Manomètre en U à deux fluides. Dans les deux cas
des tubes plastiques flexibles sont utilisés pour relier le manomètre, en général fait de verre ou de plastique
rigide, à la canalisation, aux deux points de prise de pression A et B.
2.1 Calculez la hauteur h2 que l’on pourrait lire sur un manomètre en U à deux fluides de la
figure 7.5b. Le liquide lourd utilisé est un mélange d’éther et de trichloréthylène, non miscible avec
l’eau, de masse volumique ρ` = 1010 kg/m3 dans les conditions ambiantes.
2.2 Faites une application numérique dans le cas où δp = 50 Pa. Lequel de ces deux systèmes
conduit à la mesure la plus précise de la chute de pression ?
La direction verticale, opposée à celle de la gravité g, est donnée par la direction Z d’un repère
OXY Z qui peut être différent de Oxyz.
p = p0 + Az + BZ
3.a Soit D un sous domaine quelconque de Ω, de normale unitaire sortante n. Montrez, en faisant
usage de l’analyse tensorielle, que
ZZZ ZZ
3
ρg d x + (−ph n) d2 S = 0 . (7.122)
D ∂D
4.a Dans le cas où n = er , montrez que Tv est de la forme −τ ez , et reliez τ = τ (r) à w0 (r). Donnez
au moins une raison physique permettant d’expliquer que τ (r) > 0 dès que r > 0.
4.b Dans le cas où en plus r = a, donnez l’expression vectorielle de la contrainte visqueuse exercée
par le fluide sur le tuyau. Sa norme est la « contrainte pariétale » τp , que vous relierez à τ (a).
Commentez physiquement.
7.7. Exercices et problèmes 167
5.a Explicitez le bilan (7.123) dans le cas où D est un domaine fluide plus petit que Ω,
r0
L
a
Déduisez-en τ (r0 ) en fonction de G et r0 , et commentez physiquement cette relation.
5.b En étendant ce qui précède au cas r0 = a, montrez que la contrainte pariétale τp dépend de
façon simple de G et a. Commentez physiquement cette relation.
6 Retrouvez à l’aide de la relation établie en 5.a, valable pour r = r0 quelconque, la forme précise
de l’écoulement laminaire vue en cours.
7 On considère dorénavant le cas d’un tuyau horizontal ; pour fixer les notations on suppose que
Z = y. Calculez la force totale F exercée par le tuyau sur le fluide contenu dans Ω, au niveau de
leur surface de contact Sl , puis, par le principe de l’action-réaction, la force totale F0 exercée par
le fluide contenu dans Ω sur le tuyau. Expliquez l’origine physique précise des deux termes qui
composent cette force.
8.a Calculez numériquement le gradient de pression motrice, la contrainte pariétale et ces deux
termes de force dans le cas d’un écoulement de pétrole de masse volumique ρ = 800 kg/m3 , viscosité
dynamique η = 0,025 Pa s, dans un tuyau de rayon a = 4 cm, longueur L = 20 m, avec une vitesse
débitante V = 4 m/s. Commentez physiquement.
8.b En prenant du recul, critiquez ce modèle, dans le cas de l’application numérique précédente.
9 On étudie le cas d’un écoulement turbulent dans les conditions de la question 8.a. On admet que
la relation établie question 5.b entre τp , G et a est aussi valable dans ce cas. À l’aide de résultats
du chapitre 8, calculez numériquement le gradient de pression motrice puis la contrainte pariétale
dans ce cas. Comparez aux résultats de la question 8.a et commentez physiquement.
Exercice 7.5 Équilibre d’un liquide en rotation autour d’un axe vertical
2 Explicitez l’équation de l’équilibre local du liquide dans le référentiel R. Montrez que l’on peut
en déduire la forme générale du champ de pression dans le liquide, puis la forme de la surface libre
supérieure du liquide, où il est en contact avec de l’air atmosphérique. Esquissez la forme de cette
surface sur un schéma.
168 Chapitre 7. Fluides newtoniens
v = v(y,t) ex .
Un rhéomètre de Couette cylindrique (figure 7.2a) est une cavité comprise entre un cylindre
intérieur tournant, de rayon extérieur a, et un cylindre extérieur fixe, de rayon intérieur b, remplie
du liquide newtonien à étudier. En mesurant le couple appliqué au cylindre tournant en fonction de
sa vitesse de rotation constante Ω, on veut remonter à la viscosité du liquide. Comme on l’a vu dans
le problème de calcul tensoriel 2.2, on peut par symétrie et, puisque le fluide est incompressible,
supposer que le champ de vitesse est de la forme v = V (r) eθ .
1 Explicitez le bilan local de quantité de mouvement dans le liquide et montrez à partir de celui-ci
que le champ de pression motrice ne dépend que de r seulement, pb = pb(r) .
4 Quelle est la valeur du couple moteur qu’il faut exercer sur le cylindre intérieur pour entretenir
son mouvement ? Expliquez comment on peut mesurer la viscosité dynamique η du liquide.
7.7. Exercices et problèmes 169
5 Dans le but d’avoir une bonne précision sur la mesure de η, quelle est la bonne « géométrie »
d’un rhéomètre de ce type ?
6.1 Faites un bilan global d’énergie cinétique pour le fluide contenu dans le rhéomètre, et interprétez
physiquement ce bilan.
6.2 Si a = 3 cm, b = 4 cm, h = 20 cm, le fluide est une huile 1000 fois plus visqueuse que l’eau,
quelle puissance doit développer le moteur pour entretenir un écoulement permanent à la vitesse
de rotation Ω = 5 rad/s ?
7 À quoi faut-il faire attention lorsque l’on fait de telles mesures rhéologiques ?
On considère un camion de pompiers contenant un réservoir d’eau connecté à une pompe. Celle-
ci est située au niveau du bas du réservoir, pris comme origine des altitudes, z = 0. La surface
supérieure de l’eau du réservoir se trouve en z = h ' 2 m. Cette pompe débite de façon quasi
permanente dans un tuyau de caoutchouc de diamètre 25 d = 70 mm, de longueur L = 50 m, avec
un débit volumique
q = ṁ/ρ = 10 /s . (7.124)
On admet provisoirement 26 que les pertes de charge régulières dues à la dissipation visqueuse
associée à l’écoulement turbulent dans toute la longueur du tuyau
et ce quelque soit la forme prise par le tuyau (pas forcément rectiligne). En bout de tuyau est
fixée une « lance » en métal, qui consiste essentiellement en un robinet suivi d’un cône convergent
profilé de diamètre d’entrée d = 70 mm et de diamètre de sortie dj = 20 mm. On admet qu’il n’y
a pas de pertes de charge singulières dues au robinet, qui lorsqu’il est ouvert dégage totalement le
passage pour l’eau, ni au convergent. Cette situation est représentée sur la figure 7.6a.
2 On considère ici une situation où le jet sortant de la lance est dirigé sur un mur. Sur ce mur,
il diverge comme cela est représenté sur la figure 7.6b. On fait un bilan sur le volume d’eau Ωt
représenté sur cette figure. Son bord ∂Ωt est une surface de révolution d’axe Ox horizontal : sa
surface d’entrée est Sje , disque de diamètre dj , et d’aire Aj ; sa surface latérale en contact avec l’air
est Sa ; sa surface de sortie du jet est Sjs ; sa surface de contact avec le mur est Sm . En introduisant
le vecteur unitaire sortant n de Ωt , on suppose que les écoulements sont « uniformes » sur Sje , où
v ' −Vj n, et Sjs , où v ' Vs n. Ceci a une conséquence sur les champs de pression dans ces sections,
que vous donnerez.
À l’aide de la loi globale d’évolution de la quantité de mouvement, évaluez la force exercée par le
jet sur le mur, au niveau de la surface Sm . Vous supposerez que l’air ambiant est un fluide parfait
non pesant. Faites une application numérique et commentez.
25. Dans ce problème tous les diamètres donnés sont des diamètres intérieurs.
26. On reviendra sur cette question dans l’exercice 8.1.
170 Chapitre 7. Fluides newtoniens
(a) (b)
Sjs
Sje Sm x
Sa
Sjs
g
Fig. 7.6 – a : Schéma de la situation étudiée dans le problème 7.3 autour des pompiers. Notez sur la lance
la poignée d’un robinet à boisseau. b : Schéma de la situation étudiée dans la question 2.
3 Estimez la vitesse et la pression dans le tuyau dans une section droite de celui-ci située juste
avant la lance. Vous ferez l’hypothèse que les écoulements sont quasi uniformes dans cette section
et dans la section de sortie du jet dans l’air.
4 Faites un bilan des pertes de charge dans le circuit hydraulique. Vous supposerez que le tuyau
est horizontal, qu’il n’y a pas de pertes de charge entre la surface libre du réservoir et l’admission
de la pompe, et que la pompe fournit un gain de charge Hpompe > 0, que vous calculerez.
7 On considère maintenant une autre situation où le pompier s’attaque à un feu déclaré en haut
d’un immeuble. Utilisant une échelle, le pompier est maintenant placé à 15 mètres du sol. Sachant
que la pompe est située à 1 mètre du sol, quelle est la nouvelle charge Hpompe qu’il faut utiliser
pour assurer le même débit d’eau ? Quelle est la nouvelle puissance développée par la pompe ?
Quelle est la nouvelle pression au refoulement de la pompe ?
8 Dans cette question subsidiaire plus difficile, on revient à la situation des questions 1 à 6, où
la lance et le tuyau sont rectilignes horizontaux orientés dans la direction x. On suppose que la
pression au refoulement de la pompe est toujours égale à celle calculée question 6. On veut estimer
la force F exercée par les fluides eau et air sur la lance, qui doit être compensée par la somme
• de la force exercée par le pompier sur la lance qu’il tient en mains
• et de la force exercée par les parois du tuyau situées en amont de la lance sur la lance.
8.1 On suppose le robinet à boisseau fermé, ce qui revient à placer un disque solide bouchant tout
le tuyau dans le tuyau. En faisant notamment un bilan de forces pour l’eau contenue dans la lance,
estimez analytiquement F dans ce cas, soit F1 . Calculez numériquement F1x .
8.2 On suppose le robinet ouvert laissant sortir le jet d’eau. Calculez notamment grâce à un bilan
de quantité de mouvement pour l’eau contenue dans la lance les nouvelles valeurs de F, soit F2 ,
analytiquement et numériquement pour ce qui est de la composante x.
8.3 Par comparaison, expliquez cette phrase tirée d’un guide de pompiers : « Lorsque l’eau s’échappe
de la lance, une force s’exerce dans le sens opposé provoquant un effet de recul plus ou moins im-
portant en fonction du type de lance, de la forme du jet et de la pression appliquée à l’entrée ».
7.7. Exercices et problèmes 171
(a) (b) 0
1 z
0
1
0
1
0
1
0
1
l
0
1
0
1
0
1
0
1
0
1
0
10
1
0
1
O x
111111111111111111111111
000000000000000000000000
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1
111
000
11
00
0
1
111
000
Fig. 7.7 – Situation étudiée dans le problème 7.4 de lévitation d’une voiture par réaction de jets
d’eau. a : photographie d’ensemble ; b : schéma de principe d’un tuyau coudé avec convergent.
Une expérience de lévitation d’un véhicule a été réalisée par des pompiers, en disposant 10
tuyaux munis de lances orientées vers le sol sur un cadre solidaire d’une voiture. Les tuyaux et
lances, tous identiques, sont disposés de façon symétrique, 4 d’un côté latéral, 4 de l’autre côté, 1
à l’avant et 1 à l’arrière du cadre, comme on le voit sur la photographie de la figure 7.7a 27 . Le but
de ce problème est de modéliser de façon simple cette expérience, afin de mieux la comprendre.
On va pour cela s’intéresser en premier lieu à la région terminale d’un tuyau, qui comprend un
coude, et la lance correspondante, essentiellement un convergent pour nous, comme schématisé sur
la figure 7.7b. On suppose un état stationnaire atteint. Dans celui-ci le référentiel lié au repère
Oxyz, avec Ox axe horizontal du tuyau juste avant le coude, Oz axe vertical de la lance, est fixe
par rapport au référentiel du sol, et galiléen. On étudie la dynamique d’un volume d’eau Ωt situé
entre x = −l et la sortie de la lance, elle même située en z = −l, avec l = 30 cm. Le rayon interne
du tuyau est a = 5 cm. Le rayon interne de la lance, en sortie, est b = 1,25 cm. La longueur l est
suffisamment grande pour pouvoir considérer que les écoulements en entrée et sortie d’Ωt sont peu
influencés par le coude, donc quasi uniformes et unidirectionnels. De même on considérera que les
pressions en entrée, pe , et en sortie, ps , de Ωt , sont uniformes dans les sections d’entrée et de sortie
correspondantes, Se et Ss .
1 Le débit volumique étant le débit maximal possible dans des conditions de proximité des pompes,
soit approximativement q = 1100 l/ min, quelles sont les vitesses en entrée, Ve , et en sortie, Vs , de
Ωt ?
δH = He − Hs = Ve2 /(2g)
avec g l’accélération de la pesanteur. Calculez numériquement cette perte de charge, puis la pression
pe en entrée. Commentez.
3.1 Exprimez de façon cinématique la dérivée par rapport au temps de la quantité de mouvement
de l’eau contenue à un instant t dans Ωt , lorsque l’on suit cette eau dans son mouvement. Simplifiez
27. Cette photographie est tirée d’un film circulant sur Internet (mots clés : « pompiers soulèvent voiture »), dont
les auteurs me sont inconnus.
172 Chapitre 7. Fluides newtoniens
au maximum cette expression. Pour cela vous expliciterez les intégrales et ferez intervenir le débit
massique. Vous interpréterez physiquement la formule obtenue.
3.2 Exprimez de façon dynamique cette même dérivée, et simplifiez au maximum l’expression
obtenue. Vous noterez m0 la masse d’eau contenue dans Ωt , F la force exercée par le tuyau coudé
et la lance sur cette masse d’eau.
0
3.3 Déduisez de ce qui précède et d’une loi fondamentale de la mécanique la force F exercée par
le volume d’eau Ωt sur le tuyau coudé et sa lance.
4 Faites le bilan des forces agissant sur le tuyau coudé et sa lance, dont la masse est notée m1 . Vous
supposerez que le tuyau en amont exerce une force purement verticale m2 g. Vous supposerez que
l’air environnant est un fluide parfait à la pression patm , et utiliserez pour calculer la force totale
due à l’air la formule intégrale de la divergence appliquée au tenseur des contraintes correspondant,
prolongé dans tout l’espace ; ceci vous permettra de vous ramener à des intégrales de surface sur
00
Se et Ss uniquement. Vous identifierez grâce à ce bilan la force F exercée par le cadre sur le tuyau
coudé et sa lance, au niveau des fixations du tuyau sur le cadre, supposées de petite taille.
6 On considère maintenant le tuyau et la lance symétrique du précédent par rapport à l’un des
plans de symétrie verticaux du cadre 28 . Par exemple si le 1er tuyau et lance était à l’arrière, on
considère le tuyau et lance de l’avant, ou si le 1er tuyau et lance était d’un côté latéral, on considère
le tuyau et lance de l’autre côté. Représentez schématiquement ce couple de tuyaux et lances, puis
par un raisonnement déterminez la force totale R1 exercée par ce couple sur le cadre.
Commentez l’expression analytique de R1 ; expliquez notamment pourquoi on ne retrouve pas
l’effet de résistance à la pression mis en évidence à la fin du problème 7.3.
7 Quelle est la force totale exercée par les 10 tuyaux et lances sur le cadre ? Sachant que
estimez le poids de l’ensemble voiture et cadre. L’expérience a t’elle pu être menée avec une voiture
standard ?
8 Estimez l’ordre de grandeur des pertes de charge dans chaque tuyau entre le refoulement de la
pompe et l’entrée du volume Ωt considéré au début. Vous supposerez pour mener ce calcul que
tout se passe comme si le tuyau était droit, de longueur L ' 20 m.
9 On considère le cas défavorable où le cadre sous la voiture se trouve à une altitude h = 6 m
au-dessus du refoulement de chaque pompe. Estimez d’après tout ce qui précède la pression au
refoulement de chaque pompe.
10 Toujours dans ce cas, et sachant que chaque pompe est alimentée par un réservoir d’eau dont
la surface libre se trouve à une hauteur h0 = 2 m au-dessus de l’admission de celle-ci, estimez le
gain de charge Hpompe que doit fournir celle-ci, puis la puissance développée par celle-ci. Vérifiez
que cette puissance est bien inférieure à la puissance maximale que peut délivrer cette pompe dans
ces conditions de fort débit, soit 14 kW.
28. Plans contenant les droites « avant-arrière » ou « gauche-droite ».
7.7. Exercices et problèmes 173
V2
z(x) = h − − δHsingulière − δHrégulière (0 → x) (7.126)
2g
Dans cette formule, la perte de charge singulière est due au rétrécissement à l’entrée du
tuyau, et la perte de charge régulière est donnée par l’équation (8.24),
x V2
δHrégulière (0 → x) = λ (7.127)
d 2g
avec λ le coefficient de perte de charge de l’écoulement dans le tuyau.
• Une expérience de vidange partielle, de h0 = 65 cm à h1 = 55 cm, en régime quasi-
stationnaire, montre qu’il faut pour cela un intervalle de temps
V ' (7.130)
Re ' (7.131)
• En faisant une expérience de vidange partant de h ' 70 cm, on mesure lorsque h = 60 cm,
en régime quasi-stationnaire, les niveaux dans les tubes de prise de pression situés en x2 =
38 cm et x4 = 93 cm,
z2 = cm , z4 = cm . (7.133)
λ ' (7.134)
Enfin vous évaluerez, au début de la vidange, la perte de charge δHrégulière (0 → L), et les
rapports
V 2 /(2g) δHsingulière
' et ' (7.137)
δHrégulière (0 → L) δHrégulière (0 → L)
• Le jet à l’air libre montre des fluctuations caractéristiques de la transition vers la turbulence
lorsque h atteint des valeurs de l’ordre de 10 cm (voir sur ce sujet la figure 1 de Hof et al.
2006). On sort de ce régime de transition vers un régime laminaire lorsque
hf ' cm , (7.138)
δt ' . (7.139)
Modélisation
1 En écrivant une loi de conservation, établissez la relation entre le taux de vidange ḣ = dh/dt
et la vitesse débitante V dans le tuyau. Vous considérerez que, au niveau de la surface libre du
réservoir, l’écoulement de vidange est quasi uniforme. Commentez la relation obtenue.
2 Explicitez le bilan de pertes de charge pour cet écoulement de vidange, entre la surface libre du
réservoir et la sortie du tuyau, qui se fait à l’air libre. Vous négligerez les pertes de charge dans le
réservoir et en entrée du tuyau, ainsi que les termes d’énergie cinétique dans les expressions des
charges en entrée-sortie. Vous introduirez le coefficient de perte de charge λ dans le tuyau, qui
dépend d’après le cours du nombre de Reynolds Re dans le tuyau et de sa rugosité relative ε.
(a) (b)
z
z = h(t)
z=0
x=0 x=L
Fig. 7.8 – a : Figure de principe (échelle non respectée) de la situation étudiée dans le problème 7.5.
b : Vue zoomée en coupe d’une prise de pression, constituée d’un court tube vertical en acier soudé sur le
tuyau, tube sur lequel un flexible transparent (en gris) est emmanché. Les flèches horizontales schématisent
le champ de vitesse moyen dans le tuyau.
différentielle ordinaire qui régit l’évolution temporelle de la hauteur d’eau h(t). Montrez que l’on
peut mettre cette équation sous la forme
3/7
7 h0
ḣ = −|ḣ| = − h4/7 (7.140)
3 τ
où τ est un temps caractéristique que vous calculerez analytiquement. Vous testerez l’homogénéité
dimensionnelle de la formule obtenue pour τ , et donnerez sa valeur numérique. Vous expliquerez
physiquement la dépendance de τ par rapport à tous les paramètres.
3.2 Résolvez analytiquement l’équation (7.140). Donnez les expressions de h(t) et ḣ(t) en fonction
de h0 , t et τ .
3.3 Démontrez que, dans ce régime, le nombre de Reynolds est de la forme
Re = Re0 (1 − t/τ )α
et donnez les expressions de Re0 et α en fonction de tous les paramètres de contrôle primaires de
ce problème, i.e., en remplaçant τ par son expression. Expliquez physiquement la dépendance de
Re0 par rapport à tous ces paramètres.
Effectuez le calcul numérique de Re0 .
3.4 Donnez les expressions numériques des fonctions h(t) et Re(t). Représentez les graphes de ces
fonctions.
3.5 On admet que l’écoulement étant fortement perturbé par les phénomènes d’entrée dans le tuyau
à partir du réservoir et des tubes de prise de pression, la turbulence subsiste jusqu’à Re ' 1750.
Au bout de quelle durée tf après le début de la vidange prévoit-on une sortie du régime turbulent ?
4 Comparez les résultats du modèle avec ceux des expériences, et tentez d’expliquer les écarts
éventuellement observés, en esquissant un modèle plus précis.
176 Chapitre 7. Fluides newtoniens
1.b En supposant que ce débit Q1 dans la conduite principale se répartit de façon symétrique dans
les conduites secondaires, calculez le débit q1 dans les conduites secondaires en mode production.
1.c Toujours en mode production, donnez les expressions des vitesses débitantes V1 dans la conduite
principale, v1 dans les conduites secondaires. Que peut-on dire des nombres de Reynolds associés ?
1.d Calculez numériquement ces vitesses débitantes et nombres de Reynolds sachant que D = 6 m.
2.a En mode pompage, on se donne en général 7,5 h pour remonter 90% du volume du bassin
inférieur, initialement plein, dans le bassin supérieur, initialement rempli à 10% seulement. Calculez
le débit volumique total Q2 correspondant, supposé constant pendant tout le pompage.
2.b Calculez numériquement en mode pompage les vitesses débitantes V2 dans la conduite princi-
pale, v2 dans les conduites secondaires, et les nombres de Reynolds correspondants.
2.c Que peut-on dire de la nature des écoulements dans les conduites, quel que soit le mode de
fonctionnement de la centrale ?
3 En considérant que la rugosité absolue du béton vaut 1 mm, estimez à l’aide du cours le co-
efficient de perte de charge λp dans la conduite principale (indice p), à la fois en modes
production (valeur λp1 ) et pompage (valeur λp2 ). Donnez une formule explicite générale puis faites
les applications numériques. Commentez.
4 En considérant que l’état de surface de l’acier inoxydable constituant les conduites secondaires
31. Dans ce problème, on fait appel à certains résultats de la section 8.2.
7.7. Exercices et problèmes 177
(a)
(b)
Fig. 7.9 – a (en couleurs dans la version PDF) : vue aérienne de la Station de Transfert d’Énergie par
Pompage (STEP) de Revin, photo Airdiasol pour EDF. b : schéma de principe de la STEP à 2 groupes
turbines-pompes (disques) étudiée dans le problème 7.6 ; échelle non respectée ; en haut : vue de côté ; en
bas : vue par dessus.
178 Chapitre 7. Fluides newtoniens
est bon, équivalent à celui d’un acier neuf, sa rugosité absolue vaut 0,05 mm. Estimez le coefficient
de perte de charge λs dans les conduites secondaires (indice s), à la fois en modes production
(λs1 ) et pompage (λs2 ). Commentez.
Commentez physiquement.
5.b Sachant que les longueurs de conduites sont L = 750 m et l = l1 + l2 = 120 m, calculez δH1 .
6.a Estimez analytiquement la puissance mécanique potentiellement captée par une turbine, puis
par les deux turbines, soit P1 .
6.c Le rendement du groupe turbine - alternateur est r = 0,87. Calculez numériquement la puis-
sance électrique produite Pe1 .
8.b Le rendement du groupe moteur électrique - pompe est r0 = 0,90. Calculez numériquement la
puissance électrique consommée Pe2 .
8.c Calculez numériquement l’énergie électrique consommée E2 pendant les 7,5 h de pompage.
12.b Commentez cette formule, notamment sa séparation en deux termes très différents. Discutez
des variations de ces deux termes lorsque Q augmente, et représentez sur un graphe l’allure de la
fonction P (Q). Montrez qu’un optimum existe, et expliquez la physique qui le définit.
12.c Quelle serait la valeur numérique 32 de la puissance maximale que l’on pourrait obtenir ? À
quel débit serait-elle atteinte ? Commentez.
32. Cette dernière question était « subsidiaire » lors du test, elle ne peut se traiter complètement et précisément
qu’en faisant usage d’un logiciel du type Mathematica.
Chapitre 8
Analyse dimensionnelle
appliquée à la mécanique des fluides
s’écoulant autour d’un obstacle cylindrique de grande longueur dans la direction z. En pratique
cette configuration peut par exemple être approchée dans une soufflerie ou dans un canal hy-
draulique suffisamment larges, le rayon du cylindre étant lui suffisamment petit. Les grandeurs
physiques qui sont les paramètres de contrôle du système sont
1. À l’aide d’un modèle de fluide parfait, vous avez maintenant tous les éléments en main pour vous en convaincre.
182 Chapitre 8. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des fluides
• la vitesse à l’infini V ;
• le diamètre du cylindre d ;
• la masse volumique du fluide ρ ;
• sa viscosité dynamique η.
On n’introduit pas la viscosité cinématique ν car elle n’est pas indépendante de ρ et η. On n’in-
troduit pas non plus, ni la pression à l’infini p∞ , ni l’accélération de la pesanteur g, ce pour deux
raisons. D’une part ces deux quantités peuvent être incluses dans la pression motrice pb dans l’équa-
tion de Navier-Stokes qui permet de modéliser cet écoulement, et on peut éliminer cette pression
motrice en travaillant avec l’équation de la vorticité. D’autre part (surtout) l’expérience montre
qu’elles n’ont pas d’influence. Ainsi l’expérience faite à plus haute pression ou dans la station
spatiale internationale (en appesanteur), toutes choses étant égale par ailleurs, conduit au même
résultat en ce qui concerne la grandeur dépendante qui nous intéresse, à savoir la force de traı̂née
fx exercée par le fluide sur le cylindre par unité de longueur de celui-ci dans la direction z.
V d ρ η
m 0 0 1 1
.
` 1 1 −3 −1
t −1 0 0 −1
On voit que l’on est dans la situation « standard » où les trois premières grandeurs sont dimension-
nellement indépendantes, la matrice formée par les trois premières colonnes étant de déterminant
0 0 1
1 1 −3 = +1 6= 0
−1 0 0
η ≡ V a4 db4 ρc4 .
En extrayant les exposants de m, ` et t dans cette équation aux dimensions, de façon analogue à
ce qui a été fait pour passer des équations (5.24) à (5.26) lorsque l’on a établit le théorème π, il
vient
0 + 0 + c4 = 1
a4 + b4 − 3c4 = −1 . (8.2)
−a + 0 + 0 = −1
4
Fig. 8.1 – Gauche : lignes de courant - Droite : champ de vorticité (hors du plan de l’écoulement bidimen-
sionnel) prédit par simulation numérique de l’équation de Navier-Stokes de l’écoulement autour d’un
cylindre, avec le code volumes finis LS-STAG du Lemta par Yoann Cheny et Olivier Botella. a : Régime
d’écoulement permanent à Re = 40 ; une « recirculation » dans le sillage du cylindre correspond à deux
grands tourbillons contra-rotatifs attachés à celui-ci. b : Régime d’écoulement oscillant à Re = 100 : le dé-
tachement de tourbillons contra-rotatifs crée une « allée tourbillonnaire de Bénard-Von-Karman ».
Pour des réalisations naturelles de ce phénomène, voir la figure 8.6.
Ceci nous conduit à un système dont la structure est la même que le système (8.2), à savoir
0 + 0 + c0 = 1
a0 + b0 − 3c0 = 0 .
−a + 0 + 0 = −2
0
La solution est a0 = 2 et b0 = c0 = 1 .
Le groupement π0 est donc la traı̂née réduite
fx
π0 = . (8.4)
V2 d ρ
fx
π0 = = F(π40 ) = F(Re) . (8.5)
ρ V2 d
Il est de tradition en mécanique des fluides de faire apparaı̂tre une densité volumique d’énergie
cinétique dans le dénominateur de la traı̂née réduite, en introduisant simplement un facteur 2. On
définit ainsi naturellement le coefficient de traı̂née 4
Cx = Ct = 2π0 (8.6)
4. ‘Drag coefficient’ en anglais. On le notera aussi bien Cx que Ct , l’avantage de la notation Ct est qu’elle ne
fait pas référence à un repère... même s’il importe de retenir que, par définition, la force de traı̂née est colinéaire au
vecteur vitesse en amont (8.1) !
8.2. Étude de l’écoulement dans un tuyau 185
Ct
Re
Fig. 8.2 – Coefficient de traı̂née de l’écoulement autour d’un cylindre en fonction du nombre de
Reynolds caractéristique. Cette courbe représentant la synthèse de très nombreux travaux expérimentaux,
puisqu’elle s’étend sur 8 décades de nombre de Reynolds, est tirée du chapitre 3 de Tritton (1988). On
recommande de se reporter à cet ouvrage, qui donne des éléments d’interprétation physique de cette courbe.
fx
Cx = Ct = 1 = F(Re) . (8.7)
2ρ V2 d
Cette relation a été vérifiée par des générations d’expérimentateurs qui ont montré que, à condition
de considérer la valeur moyenne de Cx dans le cas de régimes d’écoulements turbulents, on peut
effectivement représenter toutes les mesures de Cx , ou hCx it , sur une courbe universelle 5 qui
est celle de la figure 8.2. De la formule remarquable (8.7) on peut déduire les règles de similitude
pour la traı̂née. Par exemple, si une étude d’un écoulement est faite sur une maquette 10 fois plus
petite, à même nombre de Reynolds la force de traı̂née sur le système réel 10 fois plus grand sera
telle que le Cx est le même, d’où la force elle-même si on connait tous les paramètres de contrôle
du système réel et de sa maquette. Une illustration de cette démarche dans un cas un peu plus
complexe sera l’objet de l’exercice 8.3.
Pour conclure, dans le cas d’un obstacle quelconque de taille finie, présentant une aire A
perpendiculairement à l’écoulement amont (8.1), on définit le coefficient de traı̂née par l’équa-
tion analogue à (8.7),
Fx
Cx = Ct = 1 2
, (8.8)
2ρ V A
où Fx est maintenant la force totale exercée dans la direction x par l’écoulement sur l’obstacle.
L’un des buts de l’aérodynamique est de « contrôler » Ct , afin, en général, de réduire « au
maximum » Ct , par exemple, avec des objets « mieux profilés »... Un autre but consiste souvent
à faire « apparaı̂tre » une autre force, normale à l’écoulement amont, dite « portance », qui
permettra à un avion de voler ou à une éolienne de tourner...
Enfin des tuyaux en ciment ou béton sont « fortement rugueux » au sens où, typiquement,
e ' 1 mm . (8.13)
Pour des valeurs plus précises, qui dépendent aussi du procédé de fabrication du tuyau, voir par
exemple le tableau 6 de Bonnin (1983) ou le chapitre II de Idel’cik (1999).
La grandeur dépendante importante est, bien entendu, la perte de charge (« régulière ») δH =
He −Hs entre les sections d’entrée et de sortie du tuyau, en utilisant les notations de la section 7.5.3.
6. Pour ne pas alourdir les notations on ne notera pas hqit ou hV it dans ce qui suit, mais simplement q ou V .
7. ‘Absolute roughness’ en anglais.
8. Le polychlorure de vinyle est un polymère thermoplastique qui, sous sa forme rigide, peut servir à constituer
des tuyaux.
8.2. Étude de l’écoulement dans un tuyau 187
PSfrag replacements
a b
a
PSfrag replacements
a
c
PSfrag replacementsb
a
b
PSfrag replacements d
c
Fig. 8.3 – Figures de l’expérience de Reynolds (1883) sur les écoulements en tuyau, telles
qu’elles sont dans cet article. a : Montage expérimental. b : Observation visuelle du filet coloré en régime
laminaire, Re < Ret . c : Observation visuelle du filet coloré en régime turbulent, Re > Ret . Du fait du
temps d’intégration de l’ordre du dixième de seconde inhérent à la vision, on perçoit une zone « grise »
dans laquelle le filet a subit un « mélange turbulent ». d : Dans le même régime, une observation mieux
résolue en temps, grâce à un flash, montre un filet distordu, suggérant l’existence de petits tourbillons à la
dynamique rapide.
Ce nombre de Reynolds a effectivement été introduit par ce physicien anglais 9 dans une étude
mémorable (Reynolds 1883) sur le problème de la transition vers la turbulence en écoule-
ments en tuyau. Cette étude reposait sur l’utilisation d’un traceur coloré injecté au centre du
tuyau et sur l’observation de la « ligne d’émission » correspondante, les guillemets signifiant que,
du fait de la largeur du filet colorant, on a plutôt affaire à un « tube d’émission ». Reynolds a
établi que, pour une expérience donnée, il existe un nombre de Reynolds de transition vers
la turbulence Ret au delà duquel l’écoulement ne reste plus laminaire mais devient turbulent, i.e.
le tube d’émission n’est plus droit et de largeur constante (figure 8.3b) mais devient, en apparence,
distordu et très large (figure 8.3c). Des observations mieux résolues en temps montrent un filet
très distordu voire « détruit » sous l’effet du « mélange turbulent » (figure 8.3d). Le nombre de
Reynolds de transition vers la turbulence
lorsque les expériences sont réalisées sans précautions particulières, mais peut augmenter jusqu’à
10000 ou plus dans le cas d’un tuyau placé dans un environnement très calme, i.e. en présence de
9. Actif à la fin du XIXème et au tout début du XXème siècle.
188 Chapitre 8. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des fluides
L
π5 = (8.16)
d
et la rugosité relative 11
e
π6 = = ε. (8.17)
d
pbe − pbs δb
p
δH = He − Hs = = , (8.18)
ρg ρg
la bonne approche physique consiste à considérer qu’il s’agit essentiellement d’une perte de pression
motrice. On détermine donc, en fait, le groupement π associé à δb p. Pour cela il faut calculer les
exposants a0 , b0 et c0 tels que
p ≡ V a0 db0 ρc0 .
δb
V = W/2 , (8.21)
10. La transition vers la turbulence dans un tuyau dépend (de la « forme » et) du niveau de ces perturbations
extérieures, et un meilleur modèle que celui exposé ici introduirait (pour une forme de perturbations donnée) l’am-
plitude réduite A/V des perturbations en vitesse. On définirait alors un seuil de transition Ret (A/V ), qui vaut 2000
si A/V ' 2% (cas standard) mais 10000 si A/V ' 0,1% (cas d’un environnement très calme)... Des résultats récents
(Avila et al. 2011) ont montré que les choses sont en fait encore plus complexes, le nombre de Reynolds « critique »
dépendant de la longueur du tuyau et/ou de la durée de l’expérience...
11. ‘Relative roughness’ en anglais.
8.2. Étude de l’écoulement dans un tuyau 189
V2 L
δH = λ(Re, ε) . (8.24)
2g d
On a introduit un facteur 2 qui permet de faire apparaı̂tre une densité d’énergie cinétique lorsque
cette équation est reformulée en terme de chute de pression motrice
ρV 2 L
δb
p = λ(Re, ε) . (8.25)
2 d
La fonction adimensionnelle λ introduite en (8.24) est le coefficient de perte de charge 12 . Par
identification entre (8.23) et (8.24), on obtient qu’en régime d’écoulement laminaire
λ = 64/Re . (8.26)
Cette valeur, indépendante de la rugosité relative ε, a été confirmée par de nombreuses expériences.
En régime d’écoulement turbulent les choses se compliquent, et de nombreuses études, à
dominante expérimentale, ont permis d’établir des formules plus ou moins empiriques, conduisant
à l’abaque de la figure 8.4. Dans le cas d’un tuyau à paroi lisse, ε ' 0, on dispose en régime de
turbulence pas trop forte, pour 3000 . Re . 105 , de la formule de Blasius 13
Cette formule est implicite et nécessite un calcul numérique pour être utilisée ; l’intérêt de l’abaque
de la figure 8.4 est de permettre d’estimer λ graphiquement. Cependant, une formule explicite
générale, donc, d’utilisation plus pratique, a été développée par Haaland (1983), à la fois pour
12. Certains l’appelent plutôt coefficient de frottement ; les anglais notamment, qui parlent de ‘friction factor’.
13. Ce professeur allemand du XXème siècle établit cette formule à partir de l’étude de données expérimentales
publiées par d’autres personnes, cf. Hager (2003).
14. log signifie le logarithme en base 10. Karman, ingénieur d’origine hongroise, Nikuradze, ingénieur d’origine
géorgienne, et Prandtl, physicien allemand, furent actifs durant la première moitié du XXème siècle. Les limites de
validité des formules sont indicatives, comme discuté plus loin ; de plus les valeurs de λ ainsi prédites le sont à
quelques % près.
190 Chapitre 8. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des fluides
tuyaux à paroi lisse (ε = 0) et rugueuse (ε > 0). Elle a été ajustée sur la formule de Karman-
Nikuradze-Prandtl pour tuyau lisse et sur une formule similaire dite de Colebrook & White pour
tuyau rugueux. Cette formule de Haaland
−2
λ = − 1,8 log (ε/3,7)1,11 + 6,9 Re−1 , (8.29)
pourrait selon son auteur être utilisée pour 4000 . Re . 108 , 0 . ε . 5 10−2 . Remarquablement,
en tuyau rugueux et turbulence forte complètement développée, lorsque Re → +∞, le coefficient
de perte de charge cesse de décroı̂tre et tend vers une valeur finie.
Signalons, pour terminer ce paragraphe dédié aux écoulements turbulents en tuyau, que les études
expérimentales datent de la première moitié du XXème siècle et ne sont pas extrêmement précises.
En particulier, la limite Re ' 108 indiquée ci-dessus, « revendiquée » comme limite supérieure
de validité de la formule (8.29) par Haaland (1983), est sans doute trop élevée. Une étude expéri-
mentale récente en tuyau lisse à haut Reynolds, publiée dans McKeon et al. (2005), propose par
exemple, pour 104 . Re . 4 107 , d’« actualiser » la formule de Karman-Nikuradze-Prandtl sous
la forme 15
√ √
1/ λ = 1,930 log(Re λ) − 0,537 . (8.30)
2000 . Re . 4000 ,
on a une très grande sensibilité aux perturbations extérieures, donc l’absence de lois uni-
verselles pour le coefficient de perte de charge λ, qui peut d’ailleurs présenter des fluctuations
d’assez grande amplitude, ce qui n’est pas le cas en régime laminaire ou turbulent. C’est pour
cette raison qu’il n’y a pas de courbes dans cet intervalle sur la figure 8.4. Comme on l’a évoqué
section 8.2.2, on est amené dans ce régime à faire une étude de l’influence des perturbations exté-
rieures, non seulement du point de vue de leur amplitude, mais aussi du point de vue de leur forme.
Ces études, commencées en 1883, sont loin d’être terminées, comme en témoigne le fait que des
articles de recherche ont été publiés récemment sur ce sujet (Hof et al. 2006; Schneider et al. 2007;
Avila et al. 2011). De manière plus générale le problème de la transition vers la turbulence et
de la modélisation de la turbulence sont des sujets de recherche très importants en mécanique
des fluides, sur lesquels de nombreux chercheurs travaillent à l’heure actuelle 16 ...
15. Cette formule (8.30) serait plus pertinente à partir de Re & 106 ; elle conduit à des valeurs de λ supérieures à
celles estimées par (8.28) de 2% pour Re ' 106 , 3% pour Re ' 107 , 5% pour Re ' 4 107 .
16. Dont certains chercheurs du Lemta.
8.3. Conclusion : nombres adimensionnels en mécanique des fluides 191
λ ε
PSfrag replacements
Re
Fig. 8.4 – Coefficients de perte de charge λ des écoulements en tuyau en fonction du nombre de
Reynolds Re et de la rugosité relative ε (Bonnin 1983). Observez qu’en régime turbulent, pour Re & 4000,
les coefficients λ obtenus sont très supérieurs à ceux prédits par la loi de (Hagen-)Poiseuille (8.26).
Ainsi le nombre de Reynolds apparaı̂t comme l’ordre de grandeur du quotient du terme non
linéaire inertiel par le terme visqueux,
O ρ ∇v · v ρ L−1 V V
Re = = (8.32)
O(η∆v) η L−2 V
V L
Re = . (8.33)
ν
Le fait que la transition vers la turbulence ait lieu lorsque le nombre de Reynolds augmente montre
que, en général, cette transition est due au terme non linéaire inertiel dans l’équation de Navier-
Stokes, qui « domine » alors les termes stabilisants de diffusion visqueuse.
De la même manière on peut introduite par exemple le nombre de Strouhal 17
O(∂v/∂t) V f f L
St = = −1 = (8.34)
O ∇v · v L V V V
Un nombre de Froude grand signifie que les effets de la gravité sur l’écoulement sont (a priori)
négligeable.
On peut introduire de très nombreux nombres adimensionnels, lorsque plus d’effets physiques sont
pris en compte : la page Dimensionless numbers in fluid mechanics de l’encyclopédie Wikipedia
en anglais, par exemple, recense plus de 70 nombres adimensionnels en (magnéto- thermo-) hy-
drodynamique ! Vous pourrez découvrir certains d’entre eux dans les modules sur la mécanique
des fluides et les phénomènes de transfert donnés à l’école par divers enseignants-chercheurs du
département Énergie...
a b
Fig. 8.5 – a : Exemple d’utilisation d’un déversoir triangulaire pour mesurer le débit d’un ruisseau.
Photographie extraite du site web de Jean Melounou consacré à son mémoire de maı̂trise en géographie
physique. b : Schéma de principe d’un déversoir triangulaire, tiré de Remenieras (1986).
Exercice 8.3 Similitude pour l’étude des performances d’une hélice d’avion
On désire construire une maquette d’hélice d’avion 20 destinée à reproduire, dans un laboratoire
situé au niveau de la mer, des conditions similaires à celles rencontrées en vol à 4000 mètres d’al-
titude, altitude nominale de vol de l’appareil. À cause des valeurs élevées de la vitesse angulaire ω
de rotation de l’hélice, des effets de compressibilité interviennent, qui sont décrits par la vitesse
finie du son dans l’air 21 p
c = γRT /M (8.36)
avec γ = 7/5 le rapport des capacités calorifiques à pression et volume constants,
R = 8,314 J/K/mol la constante des gaz parfaits,
T la température en Kelvins,
M la masse molaire de l’air.
2.1 Par analyse dimensionnelle, établissez la nature des paramètres de contrôle adimensionnels de
ce problème. Vous prendrez comme paramètres de contrôle dimensionnels la vitesse moyenne V
de l’air par rapport à l’hélice, le diamètre d de l’hélice, la masse volumique ρ de l’air, sa viscosité
dynamique η, la vitesse du son c et la vitesse angulaire ω de rotation de l’hélice.
2.2 Déduisez-en les règles de similitude à respecter pour obtenir le même régime d’écoulement
dans l’étude réalisée au sol dans une soufflerie et en conditions de vol réelles.
On utilisera les données correspondants à l’atmosphère « standard » 22 :
3.1 La grandeur dépendante la plus intéressante pour l’avionneur est la puissance P développée par
l’hélice. Grâce au théorème π de Vaschy-Buckingham, établissez la forme de l’expression donnant
cette puissance en fonction des paramètres de contrôle du système.
3.2 Dans le cas d’une expérience sur maquette réalisée dans les conditions de similitude déterminées
en 2.2, on mesure une puissance P0 développée par l’hélice. Estimez alors la puissance P1 développée
par l’hélice en conditions nominales de vol.
1 Expliquez les origines fondamentales de la « similitude » entre ces deux écoulements, se produi-
sant pourtant dans des fluides différents et à des échelles différentes, puisque l’obstacle cylindrique
utilisé par l’ONERA a un diamètre d = 10 cm alors que l’ile de Santo Antao a un diamètre
« effectif » 24 d0 ' 15 km.
2 Pour préciser quantitativement ce qui précède, rappelez la formule du cours d’analyse dimen-
sionnelle donnant le seul paramètre de contrôle adimensionnel de ce problème de mécanique des
fluides, et comment on le désigne. Quelle est la valeur de ce paramètre pour le cas 2, sachant que
le vent soufflait à une vitesse V 0 = 50 km/h, et que la température T ' 20 o C ? Que peut-on en
déduire sur la nature de l’écoulement dans le cas 2 ?
3 Quelle serait la vitesse d’écoulement V qu’il faudrait utiliser dans l’expérience de l’ONERA pour
réaliser, à T ' 20 o C, une similitude « maximale » entre cette expérience de laboratoire et le cas
2 ? Commentez.
5 Un résultat d’observations expérimentales est que π0 est pratiquement constant quelque soit le
régime d’écoulement, oscillant ou oscillant turbulent, et de l’ordre de 5. Estimez à partir de ces
informations (extrapolées...) la période temporelle du lâcher de vortex Tv0 dans le cas de la photo 2.
Comparez de façon commentée cette durée à une durée météorologique typique et au temps de
survol d’une aire géographique par le satellite Terra, soit quelques minutes environ.
V
Photo 1 : -
V0
Photo 2 : -
En sus de son caractère peu carboné, l’énergie éolienne est économiquement très compétitive, et
pourrait donc être vue comme une opportunité de « croissance verte » 26 ...
D’un point de vue physique, l’énergie éolienne est liée à l’énergie solaire : 1 à 2% de l’énergie solaire
arrivant sur la terre par rayonnement est transformée par des mécanismes « météorologiques »
en énergie éolienne... énergie « fluide » que l’on peut capter, par exemple, par des éoliennes
à axe horizontal. Descendantes des moulins à vent du moyen âge, elles sont apparues en tant
que système de production d’électricité dès la fin du XIXème siècle, et n’ont cessé depuis de se
perfectionner et de monter en puissance, comme on va le montrer dans la question 1.2, en lien avec
les figures 8.7ab.
Dans ce problème, après des analyses dimensionnelles et d’ordre de grandeur, on étudie une éolienne
à axe horizontal à l’aide du modèle de Betz, modèle « historique » assez ancien 27 , mais présenté
ici d’une façon « moderne »... et finalement confronté à des données constructeur correspondant à
une éolienne 2 MW typique des parcs ‘onshore’ installés en France dans les années 2005 - 2010 28 .
25. Voyez le tableau comparatif, tiré d’un rapport du GIEC, de la page Wikipédia Émission de gaz à effet de
serre par source d’énergie électrique.
26. Comme décrit de façon bien documentée sur [Link] qui
émane d’une organisation à but non lucratif liée à l’université d’Oxford.
27. Betz, physicien allemand actif pendant la 1ère moitié du XXème siècle, et jusque dans les années 1950, proposa
une 1ère version de ce modèle dès 1920.
28. Ainsi le parc du Haut des Ailes, situé à moins de 50 km de Nancy, que l’on peut visiter dans le cadre de la
Route des énergies renouvelables lorraine, est constitué d’éoliennes Senvion MM82 très similaires aux Enercon E-82
E2 que vous allez étudier dans les questions 6.
196 Chapitre 8. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des fluides
Comme représenté sur les figures 8.7c,d 29 , Betz modélise d’une façon « moyenne » 30 l’éolienne
par un cylindre Ωd ou disque actuateur Sd centré sur le moyeu du rotor de l’éolienne, soit le
point O origine du repère aux échelles considérées. Si on néglige son épaisseur, en tant que disque,
Sd s’étend jusqu’à la pointe des pales : c’est une surface Sd d’aire A = πD2 /4 avec D le diamètre
du rotor. En tant que cylindre c’est un volume Ωd centré sur Sd et s’étendant de part et d’autre,
dans la direction x du vent incident, sur une distance 31 très inférieure à D. Dans ce volume Ωd ,
considéré fluide, l’action des pales de l’éolienne sur l’air 32 est modélisée par une densité volumique
de force uniforme stationnaire f = −f ex , dont la résultante est la poussée F = −F ex . Cette
action localisée dans la direction x a pour résultat une variation rapide de la pression p qui passe
de p+ à l’entrée du cylindre à p− à sa sortie, comme représenté sur la figure 8.7e. Par contre,
suffisamment loin en amont et aval, la pression rejoint la pression atmosphérique patm : le fait que
l’on soit quasiment à patm définit justement les sections d’entrée Se (d’aire Ae ) et de sortie Ss
(d’aire As ) du grand tube de courant Ωt représenté sur les figures 8.7cd. On suppose même pour
simplifier que la pression p ' patm sur tout ∂Ωt . L’action de l’éolienne par les forces volumiques
uniformes stationnaires f permet de supposer l’écoulement de l’air quasi stationnaire dans Ωt , et,
de plus, quasi uniforme unidirectionnel dans la direction x sur les 3 surfaces Se , Sd et Ss . L’air
est ralenti par l’éolienne, ainsi les vitesses correspondantes sont dans la relation
U
|{z} > u
|{z} > us . (8.37)
|{z}
vitesse amont vitesse au niveau de l’éolienne vitesse en aval dans le sillage
P = . (8.39)
a b
c d
Fig. 8.7 – (en couleurs dans la version PDF) a : Première éolienne à axe horizontal, créée par Charles
Brush, ingénieur américain, en 1888. b : Prototype de l’éolienne la plus puissante actuellement, l’Haliade-X
de General Electric, installé à Rotterdam fin 2019. c,d,e : Schémas de principe du modèle de Betz d’une
éolienne à axe horizontal. c,d : Géométrie tridimensionnelle et en coupe verticale. L’éolienne est orientée de
façon optimale i.e. face au vent amont de vitesse v = U ex . Les lignes noires représentent le tube de courant
Ωt pour lequel divers « bilans » seront explicités. Ce tube contient notamment le disque actuateur Sd
ou cylindre actuateur Ωd représentés en gris. Les flèches vers la droite (resp. gauche) représentent des
vitesses de vent v (resp. des forces volumiques f). e : Dans la même zone que celle représentée figure d, dont
on a repris certains éléments, allure des profils de norme de vitesse v = ||v|| (courbe continue) et pression p
(courbe tiretée) le long de l’axe Ox de l’éolienne. L’origine de l’axe des vitesses est à v = 0, celle de l’axe
des pressions est à p = patm . Dans Ωd , toujours représenté en gris, la vitesse est quasi uniforme alors que
la pression varie très rapidement.
198 Chapitre 8. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des fluides
1.2 Sachant que l’éolienne de Charles Brush (figure 8.7a) avait un rotor de diamètre DB = 17 m
et une puissance nominale 34 PB = 12 kW, atteinte pour U ' 10 m/s, estimez son coefficient
de puissance cpB dans ces conditions. Commentez succinctement.
En admettant que les progrès réalisés depuis Charles Brush dans la conception des éoliennes ont
permis à l’éolienne la plus puissante actuellement, l’Haliade-X de General Electric (figure 8.7b),
d’avoir dans des conditions de vent similaires un coefficient de puissance cpH ' 6 cpB , sachant
d’autre part que le diamètre de rotor de l’Haliade-X DH = 220 m, estimez la puissance nominale
PH de l’Haliade-X. Écrivez le rapport PH /PB sous la forme d’un produit de deux facteurs d’aug-
mentation de puissance, l’un dû à des progrès effectués en mécanique des fluides, l’autre, lié à la
géométrie, donc à des progrès effectués en mécanique des solides. Commentez, en vérifiant aussi
sur Internet la pertinence de l’estimation de PH .
Pour aller plus loin que l’analyse dimensionnelle, et obtenir une prédiction de la valeur maximale
possible du coefficient de puissance, nous nous intéressons maintenant au modèle de Betz, qui
sera finalement confronté à des données de puissance précises.
2 Bilans de masse
Au vu des hypothèses faites pour l’écoulement dans Ωt , identifiez le débit massique ṁ corres-
pondant, et donnez-en 3 expressions différentes faisant chacune intervenir l’une des vitesses U, u
et us , ainsi que des aires caractéristiques,
ṁ = = = . (8.40)
q = = = . (8.41)
F = . (8.42)
Commentez succinctement.
4 Bilan d’énergie cinétique
Explicitez la loi globale d’évolution de l’énergie cinétique Ec de l’air contenu dans le domaine Ωt .
34. La puissance nominale d’une éolienne est aussi sa puissance maximale, ou « à plein régime » ; la valeur
caractéristique U ' 10 m/s prise dans cette question, de même que le facteur 6 dans la relation cpH ' 6 cpB ,
doivent être vus comme des ordres de grandeur et non des données précises concernant les éoliennes en jeu.
8.4. Exercices et problèmes 199
4.1 Commencez par expliciter l’expression cinématique de dEc /dt, et interprétez-la physiquement.
4.2 Donnez ensuite l’expression dynamique de dEc /dt, en faisant apparaı̂tre la puissance méca-
nique Pm fournie par l’air à l’éolienne, que vous exprimerez au passage en fonction de F et d’une
vitesse caractéristique,
Pm = . (8.43)
4.3 Déduisez-en la puissance électrique P en fonction du débit ṁ et 2 des 3 vitesses (U, u, us ),
P = . (8.44)
Commentez succinctement.
5 Résolution
5.1 En égalant une expression de F déduite des équations (8.40) et (8.42) avec une expression
alternative de F déduite de (8.43,8.44), calculez la vitesse u en fonction des vitesses U et us ,
u = . (8.45)
Commentez succinctement.
5.2 En partant de deux expressions différentes de la puissance P , (8.39) qui définit le coefficient de
puissance cp , et (8.44), exprimez le coefficient de puissance en fonction du seul rapport de vitesses
r = us /U . (8.46)
Vous mettrez finalement cp sous la forme (a + br)2 (1 − r), notamment parce que le cas extrême
r = 1 conduit, pour des raisons physiques que vous expliquerez, à une puissance nulle.
5.3 Représentez la courbe cp (r) et montrez qu’elle atteint, dans l’intervalle de valeurs de r d’intérêt,
un maximum que vous calculerez numériquement et analytiquement,
Commentez succinctement la valeur optimale trouvée, dite aussi « limite de Betz », et expliquez
cette terminologie.
Calculez enfin, à l’optimum, les vitesses u et us en fonction de U , et commentez succinctement.
[Link]/fr/produits/ep-2/e-82
de l’entreprise allemande Enercon, sont caractérisées pour l’une d’entre elles, sur laquelle on se
focalise, par les données de puissance publiées sur la page web du module au niveau de la
séance 10 et sur la table 8.1.
6.1 À l’aide d’un logiciel comme Excel ou Matlab, représentez sa courbe de puissance P (U )
pour U variant de 0 à 25 m/s, et commentez-la.
6.2 En inversant la formule de définition (8.39) du coefficient de puissance cp , calculez celui-ci
numériquement pour l’éolienne E-82-2, à partir des données (U,P ) pour U variant de 0 à 25 m/s,
et représentez la courbe cp (U ) dans cet intervalle.
Commentez cette courbe, en faisant le lien avec le modèle de Betz. Concluez.
200 Chapitre 8. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des fluides
U [m/s] P [kW]
0 0
1 0
2 3
3 25
4 82
5 174
6 321
7 532
8 815
9 1180
10 1580
11 1810
12 1980
13 2050
Tab. 8.1 – Données de puissance électrique P d’une éolienne E-82-2 2050 kW, à vitesses de vent
modérées U ≤ 13 m/s. À vitesses plus élevées 13 m/s ≤ U ≤ 28 m/s la puissance sature à sa valeur
nominale 2050 kW. Ces données sont extraites d’un catalogue Enercon publié en 2015.
Compléments
Dès qu’il y a un peu de vent, l’éolienne est orientée face au vent, grâce à un contrôle -
commande en rotation de la nacelle solidaire du rotor constitué des pales et du moyeu.
La saturation de la puissance évoquée dans la légende de la table 8.1 résulte d’un contrôle -
commande de la rotation des pales autour de leur axe : on modifie leur « angle de calage »
(‘pitch angle’ en anglais) ce qui diminue leur prise au vent, et permet ainsi de préserver le générateur
électrique en ne le mettant pas en présence d’un couple trop fort. Enfin, au delà de la vitesse
de décrochage U = 28 m/s, pour des raisons de sécurité on réduit la prise au vent des pales au
minimum : elles sont « mises en drapeau ». Notamment, on évite de cette manière le fait qu’une pale
trop déformée en flexion par un vent très fort (cf. le problème 8.2 !) puisse en conséquence heurter
le mât de l’éolienne, ce qui serait catastrophique. On découple aussi le générateur électrique : le
rotor est en rotation quasi libre (on freine très légèrement sa rotation) à faible vitesse, tandis que
la puissance électrique P = 0.
Problème 8.2 Étude d’une pale d’éolienne bloquée soumise à un vent fort
On étudie une pale d’éolienne en situation de tempête, soumise dans la configuration « ac-
tuelle » ou « finale » à un vent de vitesse moyenne V, comme représenté sur la figure 8.8. La
rotation de l’éolienne est bloquée. On suppose pour fixer les idées que, dans la configuration de
référence sans vent, la pale est orientée dans la direction verticale x. Elle présente, malheureuse-
ment, face au vent orienté dans la direction horizontale −y, son profil le moins aérodynamique et
le plus large. Pour une pale de longueur L = 60 m de l’éolienne dite « NREL 5 MW », définie dans
Jonkman et al. (2009), cette situation a été simulée numériquement dans le laboratoire ForWind
de l’université d’Oldenburg 35 , cf. la figure 8.8a. La figure 8.8b présente le repère cartésien Oxyz
utilisé. La base orthonormée correspondante est notée {ex ,ey ,ez }. Sur la « fibre moyenne »,
35. [Link]/en.
8.4. Exercices et problèmes 201
(a) (b)
x
B 1
0
0
1
M 1
0
0
1
A 1
0
0
1
O f
1
0 z
y 1
0
Fig. 8.8 – a (en couleurs dans la version PDF) : Image d’une simulation numérique réalisée à ForWind,
d’une pale d’éolienne bloquée soumise à un vent fort V = ||V|| = 50 m/s. Les structures dans le
sillage de la pale sont les zones tourbillonnaires de l’écoulement, visualisées à l’aide d’un critère de calcul
tensoriel. b : Schéma de principe avec la pale dans la situation de référence, mais le vecteur vitesse du vent
V et la densité de force f de la configuration finale - échelle non respectée. La ligne pointillée en A représente
la coupe virtuelle étudiée en question 3.
figurent le point O à la « racine » de la pale, là où elle est fixée sur le moyeu, le point A où on
imaginera une coupe virtuelle de la pale, un autre point courant M, et enfin le point B extrémité
de la pale. Dans la configuration actuelle, le vecteur déplacement du point A est
avec v la « flèche », que l’on veut calculer. On se place dans l’hypothèse de petits déplacements et
petite transformation, et d’une réponse élastique linéaire de la structure de la pale. La température
ambiante est de l’ordre de 20 o C.
Représentez soigneusement sur un même graphe, à l’échelle 1/400ème , les fonctions z± (x) dans le
plan xOz. Montrez que la frontière peut être décrite par une équation simple reliant x et z 2 , et
déduisez-en un adjectif pour qualifier la forme géométrique de cette section de la pale.
202 Chapitre 8. Analyse dimensionnelle appliquée à la mécanique des fluides
1.2 On définit le diamètre de la pale face au vent à une distance x du moyeu comme la distance d(x)
entre les deux points intersection de la frontière précédemment caractérisée avec le plan d’abscisse
x. Rajoutez sur le schéma de la question 1.1 ces deux points, dans un cas quelconque. Dans le cas
général, montrez que
p
d(x) = d0 1 − x/L . (8.50)
adimensionnez l’équation (8.53). Résolvez-la analytiquement, en écrivant aussi des conditions li-
mites simples pour exprimer qu’en x = 0 la pale est encastrée dans le moyeu fixe. Montrez que
X2
w(X) = −g0 P (X) (8.59)
12
et calculez le polynôme P (X).
6.2 Représentez le graphe de la fonction w(X)/g0 . Commentez succinctement.
6.3 Revenant à la flèche dimensionnelle v(x), calculez sa valeur absolue maximale vmax , et dites
où elle est atteinte. Vous donnerez l’expression analytique de vmax en fonction de f0 , L et K0 , et
expliquerez physiquement la dépendance de vmax par rapport à ces trois paramètres.
6.4 Dans le cas où V = 50 m/s, sachant d’autre part que la rigidité à la racine K0 = 19 109 N m2 ,
calculez la valeur numérique de vmax . Représentez dans le plan xOy, sur une figure à l’échelle
1/400ème, l’allure de la fibre moyenne déformée par le vent et du champ de vecteurs déplacement
u(x) le long de la fibre moyenne. Concluez sur la qualité du modèle proposé.
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Zienkiewicz, O. C. & Taylor, R. L. 2000 The finite element method . Butterworth - Heinemann.
Annexe A
Fondements de la cinématique
1. De façon plus ou moins rigoureuse, et peu générale, puisque des restrictions ont été posées, le plus souvent,
sur les mouvements relatifs possibles.
2. L’approche ici est plutôt « eulerienne », alors que celle de la section 2.1.5 est franchement « lagrangienne » ;
sur ces termes, voir la section 1.2.
208 Annexe A. Fondements de la cinématique
dAM dAM0
= v(OM,t) − v(OA,t) et = v(OM0 ,t) − v(OA,t) .
dt dt
dAM
= v(OM) − v(OA) = v(OA + dx) − v(OA) = K · dx + o(dx) , (A.4a)
dt
dAM0
= v(OM0 ) − v(OA) = v(OA + dx0 ) − v(OA) = K · dx0 + o(dx0 ) . (A.4b)
dt
En utilisant un repère orthonormé (direct) R =Ox1 x2 x3 et sa base orthonormée (directe) associée
{e1 ,e2 ,e3 }, l’équation (A.4a) s’écrit en composantes
3
X ∂vi
dvi = vi (OA + dx) − vi (OA) = (OA) dxj + o(dx) . (A.5)
∂xj
j=1
En conséquence l’équation (A.2) s’écrit, à des termes en o(dx), o(dx0 ) près, que nous négligeons à
l’ordre le plus bas,
dAM0 dAM
AM · + · AM0 = dx · K · dx0 + K · dx · dx0 = 0 . (A.7)
dt dt
→
3. Sur les notations utilisées dans ce document, x au lieu de x, voyez le tout début du chapitre 1 du document
de cours de calcul tensoriel Plaut (2021a).
A.1. Mouvements de solide indéformable : approche par étude des déformations 209
La forme bilinéaire
D : R3 × R3 −→ R h
1
i (A.9)
(dx, dx0 ) 7−→ D(dx,dx0 ) = 2 dx · K + KT · dx0
est donc nulle... C’est en fait le « tenseur des taux de déformation » au point A et à l’instant
t, que nous rencontrerons à nouveau dans le chapitre 2 de ce cours. Cette forme bilinéaire est nulle
si et seulement si l’endomorphisme associé
1
K + KT
2
est nul, soit en composantes, d’après (A.6),
∂vi ∂vj
∀i ∈ {1,2,3}, j ∈ {1,2,3} , + = 0. (A.10)
∂xj ∂xi
Il importe de noter que cette équation aux dérivées partielles est vérifiée dans tout le domaine
connexe occupé par le solide, le point A choisi au tout début étant en fait quelconque. La résolution
de cette équation se fait en travaillant d’abord sur ses composantes diagonales,
∂vi
∀i ∈ {1,2,3}, = 0.
∂xi
En intégrant par rapport à xi on obtient
À x3 fixé le premier membre ne dépend que de x2 alors que le second membre ne dépend que de
x1 ; comme ces variables sont indépendantes on en déduit
∂v1 ∂v2
(x2 ,x3 ) = − (x3 ,x1 ) = f (x3 ) ,
∂x2 ∂x1
d’où, en intégrant par rapport à x2 , puis x1 ,
À x2 fixé le premier membre ne dépend que de x3 alors que le second membre ne dépend que de
x1 ; comme ces variables sont indépendantes on en déduit
∂v3
x2 f 0 (x3 ) + g 0 (x3 ) = − (x1 ,x2 ) = i(x2 ) , (A.13)
∂x1
210 Annexe A. Fondements de la cinématique
d’où le fait que f 0 (x3 ) et g 0 (x3 ) sont constantes, c’est-à-dire que f (x3 ) et g(x3 ) sont affines 4 . Alors
i(x2 ) aussi est affine, et en reprenant (A.12) et (A.13) on obtient
On en déduit que h(x3 ) et j(x2 ) sont affines, puis que A = 0, puis que h0 (x3 ) = −j 0 (x2 ). Au bilan
On peut montrer que ce champ de vitesse est celui d’un solide « coı̈ncidant » en rotation autour
de l’axe passant par A et de direction ω, dont la vitesse angulaire de rotation est ||ω||.
Dans ce but, considérons le cas plus simple où le mouvement du solide est une rotation autour
d’un axe fixe Az. En notant φ(t) l’angle de la rotation effectuée entre les instants 0 et t, les positions
instantanées sont données par l’action de l’opérateur de rotation correspondant RAz,φ(t) selon
Par dérivation de AM(t) par rapport au temps on obtient pour le champ de vitesse instantané
Par identification avec (A.18) on voit que le vecteur rotation instantanée vaut dans ce cas
où le point désigne la dérivée par rapport au temps. Ainsi, la direction de ω est la direction de
l’axe de rotation. De plus, si la rotation se fait à vitesse angulaire constante, φ(t) = ωt, on
obtient
ω(t) = ωez . (A.21)
Dans ce cas, ω est la fréquence angulaire de rotation du solide. Plus généralement, ||ω|| peut
être vue comme la vitesse angulaire de rotation du solide, et doit donc se mesurer en SI en
rad/s.
A.2.1 Référentiels
Un référentiel est un observateur réputé immobile qui mesure des mouvements. Se donner un
référentiel c’est donc se donner un mouvement solide indéformable de référence, à savoir le
mouvement du fauteuil sur lequel l’observateur imaginaire est assis.
Le mouvement d’un référentiel relatif R dans un référentiel absolu R0 d’origine O est en
conséquence un mouvement de solide indéformable, caractérisé par une translation, mouvement
en bloc avec la vitesse
dOA
vR0 (A ∈ R, t) = (A.22)
dt R0
d’un point particulier A de R, et une rotation, caractérisée par le vecteur vitesse de rotation
instantanée
ω(t) = ω R/R0 (t) . (A.23)
Le champ des vitesses des points M de R dans R0 est ainsi le champ de moments
dw(t)
= ẋ(t)ex (t) + ẏ(t)ey (t) + ż(t)ez (t) . (A.26)
dt R
Dans R0 par contre non seulement les composantes de w(t) mais aussi les vecteurs ex (t), ey (t) et
ez (t) évoluent dans le temps, et pour calculer
dw(t)
dt R0
Pour cela on peut noter que chacun de ces vecteurs de base peut être vu comme un bipoint reliant
l’origine A(t) de R à un point fixe de R, par exemple
ex (t) = AB(t) .
dex (t)
= vR0 (B ∈ R,t) − vR0 (A ∈ R,t) = ω R/R0 (t) ∧ AB(t) = ω R/R0 (t) ∧ ex (t) , (A.27)
dt R0
cette forme de relation étant en fait valable pour n’importe quel vecteur fixe de R, d’où en parti-
culier
dey (t)
= ω R/R0 (t) ∧ ey (t) , (A.28)
dt R0
dez (t)
= ω R/R0 (t) ∧ ez (t) . (A.29)
dt R0
dw(t) dw(t)
= + ω R/R0 (t) ∧ w(t) (A.30)
dt R0 dt R
A.2. Composition des mouvements par changement de référentiel 213
On a utilisé une notation affine pour la dépendance de la vitesse par rapport à l’espace, car il
s’agit bien de suivre un point matériel M dans différents référentiels donc différents repères : ici, la
confusion entre l’espace affine et l’espace vectoriel, que nous nous sommes permise en section A.1,
serait très dangereuse. Par transitivité puis application de (A.30) on obtient
dOA(t) dAM(t) dAM(t)
va (M,t) = + = vR0 (A ∈ R,t) + + ω R/R0 (t) ∧ AM(t) .
dt dt dt
R0 R0 R
Il apparaı̂t
ve (M,t) = vR0 (A ∈ R,t) + ω R/R0 (t) ∧ AM(t) = vR0 (M ∈ R,t) (A.33)
vitesse du point du référentiel mobile R coı̈ncidant à l’instant t avec M(t) (cf. l’équation A.24) ;
ve (t) est la vitesse d’entrainement du point M(t). Au bilan on obtient la loi de composition
des vitesses, dite aussi « loi de Galilée » 6 :
• et l’accélération relative de ce même point mobile M(t) vue par l’observateur mobile lié
au référentiel R :
d2 AM(t)
γ r (M,t) = . (A.37)
dt2 R
Dans ce but partons de l’équation (A.34), que l’on explicite sous la forme
Par dérivation par rapport au temps dans le référentiel R0 et utilisation de la loi de dérivation
composée (A.30) on obtient
dAM(t) d2 OA(t)
γ a (M,t) = γ r (M,t) + ω R/R0 (t) ∧ +
dt dt2
R R0
dAM(t)
+ ω̇ R/R0 (t) ∧ AM(t) + ω R/R0 (t) ∧ .
dt R0
d2 OA(t)
γ e (M,t) = + ω̇ R/R0 (t) ∧ AM(t) + ω R/R0 (t) ∧ [ω R/R0 (t) ∧ AM(t)] , (A.38)
dt2
R0
dp
ZZZ ZZZ ZZ
3 3
= d m γ a (M,t) = d m g + d2 f , (A.41)
dt R0
Ωt Ωt ∂Ωt
dp
ZZZ ZZZ ZZ
3 3 0
= d m γ r (M,t) = d mg + d2 f (A.42)
dt R Ωt Ωt ∂Ωt
avec
g 0 = g − γ e (M,t) − γ c (M,t) . (A.43)
Si g 0 est sensiblement différent de g, on dit que le référentiel R est non galiléen 8 . Les forces
nouvelles −d3 m γ e (M,t) et −d3 m γ c (M,t) dans (A.42) sont les forces d’inertie d’entrainement
et de Coriolis ; les forces volumiques associées sont −ργ e (M,t) et −ργ c (M,t).
Dans cet exercice élémentaire, on considère le cas où R est en mouvement de rotation au-
tour d’un axe Oz fixe dans R0 , le vecteur rotation ω R/R0 étant constant égal à ωez . Par un
choix judicieux du point A dans la formule (A.38), et en faisant usage de la formule du double
produit vectoriel établie dans le chapitre 1 du cours de calcul tensoriel, simplifiez l’expression de
l’accélération d’entrainement γ e (M,t) d’un point quelconque M de R. Vous montrerez qu’en coor-
données cylindriques (r, θ, z) d’axe Oz, γ e (M,t) est colinéaire à l’un des vecteurs de la base locale
{er , eθ , ez },
γ e (M,t) = . (A.44)
et donnez au moins un exemple de système utilisant cette force pour une application.
Dans cet exercice plus sophistiqué, en ce qu’il fait appel à des notions des chapitres 1, 3 et 7, on
étudie l’effet des forces d’inertie liée à la rotation de la Terre sur les écoulements atmosphériques,
considérés sur des échelles régionales ' 100 km. Comme représenté sur la figure A.1a, on travaille
au voisinage d’un point M situé à la surface de la Terre à une latitude φ dans l’hémisphère nord.
Le référentiel lié à M ou « référentiel terrestre » (relatif) est en rotation diurne dans le référentiel
géocentrique (absolu) lié au centre O de la Terre, et d’axes fixes par rapport à des étoiles lointaines.
8. Certains disent « non inertiel ». La distinction entre référentiel galiléen (ou inertiel) et non galiléen (ou non
inertiel) peut dépendre du type de mouvement étudié...
216 Annexe A. Fondements de la cinématique
2 Le référentiel terrestre, en rotation autour de l’axe sud-nord OZ, que l’on peut considérer fixe,
a donc un vecteur rotation dans le référentiel géocentrique, réputé galiléen,
ω = ω eZ . (A.46)
Dans ce référentiel terrestre, le mouvement de l’air, de masse volumique ρ, est affecté par des forces
d’inertie. Simplifiez par un calcul l’expression de la force volumique d’entraı̂nement fe = −ργ e (M),
en utilisant le repère OXYZ de la figure A.1a. Qualifiez la physiquement. Vérifiez que l’on peut
négliger cette force devant celle de pesanteur, en calculant précisément la valeur maximale du
rapport ||γ e (M)||/g. En quels points du globe cette valeur maximale est-elle atteinte ?
3 En conséquence, on retient que la seule force volumique d’inertie agissant sur l’air en écoulement
à la vitesse v dans le référentiel terrestre est celle de Coriolis
Calculez la force volumique d’inertie projetée sur le plan horizontal Mxy et montrez que, dans
l’hémisphère nord, pour 0 < φ < 90, elle induit une « déviation vers la droite » lorsque l’air
est observé de l’espace.
4 Aux échelles qui nous intéressent, l’air atmosphérique peut en première approximation être
considéré comme un fluide parfait en écoulement faiblement accéléré. Dans le repère et référentiel
Mxyz, l’équation d’évolution de la quantité de mouvement sous forme locale s’écrit donc
dv
ρ ' 0 = ρg + fc − ∇p (A.49)
dt
avec p la pression. Expliquez la physique du terme correspondant. En prenant le produit vectoriel
de (A.49) avec le vecteur vertical ez , montrez que le champ vh est donné (approximativement) par
le « vent géostrophique »
1
vh = ez ∧ ∇p , (A.50)
ρf
où f est le paramètre de Coriolis, que vous calculerez analytiquement, puis, numériquement, à nos
latitudes. Expliquez la physique de cette formule, et en conséquence l’étymologie de « cyclone »
(resp. « anticyclone ») pour désigner les régions de pression minimale (resp. maximale).
5 On s’intéresse justement à une carte météorologique (figure A.1c) représentant les isobares, lignes
d’isovaleurs de la pression. Justifiez qu’elles sont aussi les lignes de courant du vent géostrophique.
6 On effectue sur la figure A.1b un zoom sur la dépression au sud de l’Islande. Esquissez par
quelques flèches de couleurs différentes les champs fv = −∇p et vh associés. Plus précisément,
sachant que le « diamètre » de l’Islande, segment AB, est ' 450 km, estimez par des mesures
sur carte et un calcul le gradient de pression puis la vitesse du vent au niveau de A. On prendra
ρ = 1,2 kg/m3 . Expliquez et commentez physiquement.
A.2. Composition des mouvements par changement de référentiel 217
Z
ω
z
φ
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y
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M
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(a) x
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111111111111111111111
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(b)
g
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φ
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000000000000000000000
1
0
X
O Y
(c)
Fig. A.1 – a : Schéma du système terrestre étudié dans l’exercice A.2. Le point O est le centre de la Terre,
boule de rayon R = 6400 km. Le repère cartésien OXYZ est lié au référentiel terrestre, l’axe OZ pointe
du sud vers le nord. On s’intéresse à des écoulements au voisinage d’un point M situé à la surface, repéré
par sa latitude φ. Le repère cartésien Mxyz est aussi lié au référentiel terrestre. L’axe Mz est vertical, i.e.,
l’accélération de la pesanteur, au voisinage de M, g = −gez , l’axe My pointe vers le nord, l’axe Mx vers
l’est. Le vecteur rotation ω du référentiel terrestre par rapport au référentiel géocentrique est représenté.
b : Zoom sur la carte météorologique. c : Carte météorologique : champ de pression « au niveau de la mer »
résultant d’une « analyse », synthèse entre modèles et mesures, effectuée par le service de météorologie
britannique le 29 octobre 2015. Les cercles fins sont les méridiens i.e. les iso-φ séparés de 10°. Les courbes
fines sont les isobares séparées de 4 hPa. L = ‘Low’ repère un minimum, H = ‘High pressure’ repère des
maxima de pression. Les courbes épaisses représentent des « fronts » air chaud - air froid, et seront ignorées
ici.
Annexe B
BR = Bien rédigé !
DR = Défaut de rédaction
Quand la réponse à une question est constituée uniquement de symboles mathématiques sans phrase de
rédaction, ou quand la rédaction est déficiente. Il s’agit là d’un point crucial car la caractéristique fon-
damentale d’une démarche scientifique est d’être une démarche raisonnée, or le raisonnement ne peut se
traduire que par un discours, qui se doit d’être convaincant.
Exemple : « Ec = 12 mv 2 donc Ep = mgz » ; il n’y a aucun lien de cause à effet entre ces deux équations
donc le « donc » est inadéquat.
EC = Erreur de calcul
EL = Erreur logique
Quand par exemple on utilise dans une démonstration le résultat à démontrer pour le démontrer, ou que
l’on ne s’aperçoit pas d’une erreur de raisonnement conduisant à une flagrante contradiction !
1. Les ingénieurs sont très souvent appelés à écrire des « rapports » sur leur travail...
2. Vous aurez aussi à rendre, pour le controle continu, une rédaction de TD, d’un type différent toutefois des
rédactions classiques de test, cf. la page web du module.
220 Annexe B. Pédagogie : de l’art de rédiger
EP = Erreur physique
Quand on écrit des formules ou tient un raisonnement mathématiquement plausibles, mais physiquement
erronés.
Exemple 1 : on étudie un système dont laZmasse
Z est répartie dans un volume Ω de bord S = ∂Ω, et on écrit
que sa quantité de mouvement « p = v d2 m ». Cette formule est homogène dimensionnellement et
S
tensoriellement (cf. ci-dessous les items « INHD » et « INHT »), mais physiquement elle ne veut rien dire
puisque la masse du système n’est pas concentrée sur sa frontière.
Exemple 2 : « dans un bassin d’eau de 9 mètres de profondeur, la pression est uniforme ».
ES = Erreur de syntaxe
ZZZ
1
Exemple : « Ec = vx2 + vy2 d3 m » ; manquent des parenthèses !..
2
HS = Hors sujet
KK = Késako ?
Quand apparaı̂t une quantité non définie ni dans l’énoncé ni par le rédacteur de la copie ; en effet un
scientifique doit définir précisément tous les symboles qu’il manipule.
Exemple : l’énoncé définit un système fluide sans définir de repère de travail, et vous demande d’expliciter
l’équation de Navier-Stokes. Vous devez alors définir votre repère de travail, sous peine de récolter des KK
à la première apparition de x, y ou z.
N = Notations
Quand on ne respecte pas les notations de l’énoncé ou du cours, ou que l’on emploie des notations inadéquates.
Exemple : alors que V (t) est fonction de la seule variable t, on écrit ∂V /∂t au lieu de dV /dt.
PE = Propagation d’erreur
Quand la réponse à la question n est fausse car c’était faux en question n − k avec k > 0...
T = Terminologie
Quand on ne respecte pas la terminologie consacrée, ou que l’on appelle un chat un chien.
Exemple : « Le plan Oxz est un axe de symétrie ».
Annexe C
Le but de cette annexe est de donner quelques éléments théoriques sur la photoélasticité, qui
est utilisée dans l’expérience d’amphi et de TD sur le barreau en flexion pure correspondant au
problème 4.1.
C.1 Généralités
La photoélasticité est la science qui étudie en physique les effets sur la lumière des contraintes
et déformations appliquées à des corps solides élastiques. La technique expérimentale qui sert
à mesurer les contraintes par photoélasticité est la photoélasticimétrie.
Il existe deux procédés de photoélasticimétrie :
• la photoélasticimétrie par transmission, où l’on réalise une reproduction de la forme
à étudier, qui doit être plane, dans un matériau photoélastique. Ce modèle est observé par
transparence, c’est à dire placé entre des filtres polarisants pendant qu’on lui applique des
efforts.
• la photoélasticimétrie par réflexion, où l’on commence par rendre réfléchissante la
surface du solide à étudier (non transparent en général !), à l’aide d’une peinture ou d’une
colle chargée de poudre métallique. On recouvre alors cette surface d’une mince couche de
produit photoélastique. La lumière traverse le revêtement photoélastique, est réfléchie et
traverse une seconde fois le revêtement. Les filtres polarisants sont placés côte à côte.
Les principes de la théorie étant identiques dans les deux cas, nous présentons ici uniquement la
photoélasticimétrie par transmission utilisée par le système de visualisation Stress-Opticon de
VISHAY MEASUREMENTS GROUP, lors de l’expérience correspondant au problème 4.1. Nous
nous restreignons de plus au cas d’observations en lumière polarisée circulairement, comme dans
ce système.
Un exposé complet sur la photoélasticité, ses principes et ses applications, est donné dans la
partie sur les méthodes expérimentales de Bellet & Barrau (1990).
222 Annexe C. Éléments sur la photoélasticité
∆E = 0 µ0 ∂t2 E ,
D = 0 r · E
où r est le tenseur diélectrique relatif du milieu. Ce tenseur devant être symétrique se diagonalise
sur une base orthonormale ; les directions correspondantes sont les axes optiques du milieu. Dans
tout ce qui suit, on suppose que les ondes arrivent toujours sous la même incidence normale, i.e.
k k ez fixé, et que le milieu est homogène dans la direction z. Ce sont alors les propriétés du milieu
dans le plan perpendiculaire à ez qui importent, i.e. on est dans un cas « bidimensionnel ». Pour
des raisons de symétrie, r restreint à ce plan peut s’y diagonaliser. Notant ex0 et ey0 les axes
optiques correspondants, on écrit donc
Restr r = re ex0 ⊗ ex0 + ro ey0 ⊗ ey0 .
plan(x,y)
En conséquence on obtient à nouveau 2 une relation de dispersion de la forme (C.4), mais où la
constante diélectrique à utiliser est re si E est parallèle à ex0 , ro si E est parallèle à ey0 . On
observe le phénomène de biréfringence : l’indice d’une onde lumineuse dépend de l’orientation
de la direction de polarisation de l’onde relativement aux axes optiques du milieu. On choisit en
général d’appeler extraordinaire l’onde, polarisée suivant ex0 , qui se propage avec l’indice le plus
fort
√
ne = re ,
correspondant à un nombre d’onde
ke = ne k0 ,
et d’appeler ordinaire l’onde, polarisée suivant ey0 , qui se propage avec l’indice le plus faible
√
no = ro ,
Par exemple, une lame quart d’onde est une lame constituée d’un tel milieu de degré de
biréfringence connu, et d’épaisseur e contrôlée de façon à ce que le déphasage précédent vale
exactement π2 . Pour le même champ d’entrée,
E = a cos(ωt)ex0 + b cos(ωt)ey0 ,
E(x,t)2
I(x) = t
. (C.10)
δn = C δσ = C (σX − σY ) . (C.11)
La constante C a la dimension de l’inverse d’une contrainte donc de l’inverse d’une pression. Notons
que δσ = σX − σY est liée à la valeur maximale du cisaillement dans le plan xy au point considéré,
3. Comme seule la phase relative des deux ondes se propageant suivant ex0 et ey0 importe, on redéfinit souvent la
phase absolue des ondes de façon à ce que le déphasage n’apparaisse que sur l’une des deux ondes seulement.
4. En toute rigueur c’est plutôt l’anisotropie de déformation qui gouverne l’anisotropie optique, cependant
dans un matériau élastique linéaire intrinsèquement isotrope considéré ici, les anisotropies de contrainte et de défor-
mation sont directement liées en vertu de la relation (4.37).
C.3. Biréfringence accidentelle 225
eP
première lame
ey ′
source
P
Fig. C.1 – Principe du montage photoélastique en lumière polarisée circulairement du Stress-Opticon.
on récupère en sortie
E = a cos(ωt − φ)eX + b cos(ωt)eY (C.13)
e
φ = 2πC δσ , (C.14)
λ0
e étant l’épaisseur du matériau traversé. On notera bien que eX est associé à ne et σX tandis que
eY est associé à no et σY .
E = a sin(ωt)ex0 − a cos(ωt)ey0
h π π i h π π i
= a sin(ωt) cos − β eX + sin − β eY − a cos(ωt) − sin − β eX + cos − β eY
4 4 π 4 4
π
= a sin ωt + − β eX − a cos ωt + − β eY
4 4
E = a sin(φ0 ) eX − a cos(φ0 ) eY
226 Annexe C. Éléments sur la photoélasticité
π
en notant φ0 = ωt + − β. D’après l’équation (C.13), après la traversée du matériau photoélastique, on a
4
E = a sin(φ0 − φ) eX − a cos(φ0 ) eY
h π π i h π π i
= a sin(φ0 − φ) cos + β ex00 + sin + β ey00 − a cos(φ0 ) − sin + β ex00 + cos + β ey00
4 4 4 4
h φ φ φ φ i
E = a cos cos ωt − − sin cos ωt − 2β − ex00
2 2 2 2
h φ φ φ φ i
+ a cos sin ωt − + sin sin ωt − 2β − ey00 .
2 2 2 2
À la sortie de la deuxième lame quart d’onde il vient donc
h φ φ φ φ i h φ φ φ φ i
E = a cos sin ωt− −sin sin ωt−2β − ex00 +a cos sin ωt− +sin sin ωt−2β − ey00 .
2 2 2 2 2 2 2 2
√
L’analyseur étant parallèle au polariseur, il sélectionne les vibrations parallèles à eP = (ex00 + ey00 )/ 2 selon
√ φ φ
E = E · eP = a 2 cos sin ωt − .
2 2
De façon remarquable, l’angle β d’orientation des directions principales des contraintes n’intervient
plus. L’intensité lumineuse correspondante est d’après (C.10)
φ δσ
E2 = a2 cos2 = a2 cos2 π
I = t
(C.15)
2 σ0
λ0 1
σ0 = . (C.16)
e C
ce qui définit les franges isochromatiques claires. En lumière blanche donc polychromatique,
la frange d’ordre n = 0 sera blanche, car la condition correspondante d’isotropie δσ = 0 ne dépend
pas de la longueur d’onde, par contre les franges d’ordre n ≥ 1 seront colorées, puisque la condition
de frange δσ = nλ0 /(eC) dépend de la longueur d’onde λ0 . Au contraire, l’intensité est minimale
si
1
δσ = n + σ0 pour n ∈ N , (C.18)
2
ce qui définit les franges isochromatiques sombres. En lumière blanche donc polychromatique,
toutes les franges sombres seront colorées, puisque la condition (C.18) dépend toujours de la lon-
gueur d’onde. Toujours en lumière polychromatique, toutes les franges en dehors de la frange claire
n = 0 ne seront pas très « nettes » à cause de la superposition des images dues à chaque longueur
d’onde. Des franges « nettes » pourront par contre être obtenues en lumière monochromatique...
comparez sur ce sujet les figures 4.3a et b...
Terminons en remarquant que, dans le cas du barreau étudié dans le problème 4.1, et avec
les notations de l’énoncé correspondant, soit σ1 = σX > 0, σ2 = σ3 = σY = 0 (cas y > 0), soit
σ1 = σ2 = σX = 0, σ3 = σY < 0 (cas y < 0), donc dans tous les cas
δσ = σX − σY = σ1 − σ3 . (C.19)
Cette constatation combinée avec l’équation (C.17) conduit bien à l’équation (4.75).
Annexe D
Ces éléments de correction sont plus ou moins imprécis, selon le niveau de difficulté des
exercices et problèmes, le fait qu’ils sont abordés ou non en TD, etc... Lire un énoncé puis son corrigé
est totalement inutile voire contre-productif. La seule bonne façon de profiter de ces corrigés est
de chercher d’abord à résoudre l’exercice ou problème par soi-même, puis ensuite seulement de
consulter les corrigés... pour vous débloquer ou mieux vérifier que votre solution est correcte...
Pour éviter d’être tenté, je vous recommande de ne pas imprimer ces corrigés, mais de les consulter
seulement sous leur forme électronique.
Des compléments sont donnés à la fin de la solution de certains exercices ou problèmes.
1.2 c = −2b.
1.3 b = a2 .
" s #
y 2 y∞ 4a2 sin2 θ
1.4 y = a 2 + y∞ puis r = 1+ 1+ 2
.
r 2 sin θ y∞
[y 2 − (x + U t)2 ] (x + U t)y
2.1 vx = U a2 , vy = −2U a2 .
[(x + U t)2 + y 2 ]2 [(x + U t)2 + y 2 ]2
1.3 A = ma /[8(πD)3 ].
228 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
Exercice 2.2 Interprétation des vecteurs propres du tenseur des dilatations de Cauchy
Calculer R2 connaissant notamment dx · dx, dX étant écrit en composantes dans la base propre,
dX = dXi ni .
1.3 F = 1 + ke1 ⊗ e2 .
1.5 C = 1 + k(e2 ⊗ e1 + e1 ⊗ e2 ) + k 2 e2 ⊗ e2 .
1.6 k = 0 (trivial).
k k2
1.8 e = (e2 ⊗ e1 + e1 ⊗ e2 ) + e2 ⊗ e2 .
2 2
1.9 Cf. 1.7...
1.10 k 1.
k
1.11 u = kX2 e1 =⇒ = (e1 ⊗ e2 + e2 ⊗ e1 ).
2
1.12 Deux méthodes : calcul direct,
k
· e3 = 0 , · Y± = ± Y± avec Y± = e2 ± e1 ;
2
ou alors faire tendre k vers 0 dans les résultats de la question 1.9.
D.3. Corrigés du chapitre 3 - Bilans et contraintes 229
u = ·X + Ω∧X
k k
avec · X = (X2 e1 + X1 e2 ) et Ω∧X = (X2 e1 − X1 e2 )...
2 2
˙
2.2 ∇v = k 0 e1 ⊗ e2 = F · F−1 .
3.3 τmax = (σ1 − σ2 )/2 atteint pour −2α = π/2 i.e. α = −π/4.
Exercice 3.2 Retour sur le mouvement de cisaillement pur : calcul des contraintes
1 k 1.
2 div σ = 0 ...
3 En X2 = a,
σ12 = τ
T = τ e1 ⇐⇒ σ22 = 0
σ
32 = 0
σ12 = τ ⇐⇒ σ = τ (e1 ⊗ e2 + e2 ⊗ e1 ) .
6 Représentez T(e1 ) et T(e2 ), et constatez que, d’après la règle du −2α établie à l’exercice 3.1,
leurs points représentatifs sont diamétralement opposés sur le cercle de Mohr...
à droite
−Γ = OP3 ∧ F + OP4 ∧ (−F) = (a − b) F ez .
2.1 Frontières libres (négliger la pression de l’air ambiant ou l’inclure dans la configuration de
référence) :
3 div σ = 0.
5.1 B = 0.
3 Γ
5.2 A = 0, C = , D = 0.
4 eh3
6 Y > 0 ←→ traction pure, Y < 0 ←→ compression pure.
8 Avec σ = Cy,
σ ν
= ex ⊗ ex − σ (ey ⊗ ey + ez ⊗ ez ) .
E E
9 Oui.
10 Avec C 0 = C/E,
C0
ux = C 0 xy , uy = (νz 2 − νy 2 − x2 ) , uz = −νC 0 yz .
2
D.4. Corrigés du chapitre 4 - Solides élastiques 231
F
O
y
Force de compression F crée des contraintes internes de compression, transmises par la partie
« externe » (en blanc) sur la partie « interne » (en gris).
Contraintes d’autant plus intenses que le rayon r0 est petit, i.e., que la coupe virtuelle se rapproche
de la ligne de contact Oz.
Cette figure dessinée dans le plan z = 0 vaut aussi pour d’autres valeurs de z...
F
O
y
-T
x
232 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
Par symétrie
+π/2
π
ZZ Z
2
R = −Td S = Rx ex avec Rx = −ALz cos θ er · ex dθ = −ALz
S −π/2 2
2F 0
=⇒ A = . (D.1)
π
4
∂ur 1 ∂ur 1 ∂u
θ
∂r − uθ + 0
2r ∂θ 2 ∂r
1 T
1 ∂uθ
[] = Mat , {er ,eθ ,ez } = ([G] + [G ]) = (D.2)
× + ur 0
2 r ∂θ
× × 0
5
1+ν ν
zz = 0 = σzz − (σrr + σzz ) ⇐⇒ σzz = νσrr =⇒ B = νA . (D.3)
E E
6.a
cos θ
σ1 = σθθ = 0 , σ2 = σzz = −νp0 , σ3 = σrr = −p0 avec p0 = A .
r
Contraintes planes, compression, anisotropes.
6.b
cos θ
σ1 − σ3 = σθθ − σrr = p0 = A = nσ0 ⇐⇒ Ar cos θ = nσ0 r2 .
r
Vvaleur n = 0 interdite. Équation des franges d’ordre n > 0 :
A
r2 = 2An r cos θ avec An = ,
2nσ0
soit
x2 + y 2 = 2An x ⇐⇒ (x − An )2 + y 2 = A2n ,
soit un cercle de centre (An ,0) et de rayon An ...
7 Équation de l’équilibre local du solide, en ne considérant pas la pesanteur incluse dans la confi-
guration de référence :
div σ = 0 .
Cela est bien car
∂σ σrr ∂σzz cos θ cos θ
rr
div σ = + er + ez = A 2 − A 2 er = 0 , CQFD.
∂r r ∂z r r
1+ν ν 1 − ν2
rr = σrr − (1 + ν)σrr = σrr ,
E E E
D.4. Corrigés du chapitre 4 - Solides élastiques 233
ν ν(1 + ν)
θθ = 0 − (1 + ν)σrr = − σrr ,
E E
rθ = 0 .
En identifiant avec les coefficients de la matrice [] (D.2) calculée question 3 :
∂ur 1 − ν 2 cos θ
= rr = − A , (D.4a)
∂r E r
1 ∂uθ
ν(1 + ν) cos θ
+ ur = θθ = A , (D.4b)
r ∂θ E r
1 ∂ur ∂u
θ
− uθ + = 2rθ = 0 . (D.4c)
r ∂θ ∂r
Ce système considéré seul ne détermine pas uniquement u !..
Comme ν ∈ ]0,1/2[ le coefficient de ln |y| dans ux est négatif, tandis que le coefficient (1−2ν)(1+ν)
dans uy est positif, d’où les représentations de la figure D.1.
Ces champs décrivent de façon raisonnable un mouvement vers le « bas » i.e. dans la direction de
F, assez localisé, sous l’effet de cette force de compression localisée au centre.
Ce mouvement est en fait « trop localisé » puisque ux diverge au centre, en y = 0 ; de même uy
est discontinue en y = 0 : la ligne de contact est une ligne singulière, où les déplacements et les
contraintes (puisque r = 0) sont « infinis ».
Ceci est sans doute lié à l’hypothèse d’un contact sur une ligne sans épaisseur, incompatible avec
l’approche du milieu continu : le contact aurait lieu sur une région de taille inférieure à celle d’un
volume élémentaire représentatif, échelle au-dessous de laquelle on ne peut descendre en mécanique
des milieux continus. La validité de ce modèle est sûrement restreinte à une grande partie du solide
excluant un voisinage de la ligne de contact singulière.
ux ≡ uy ≡ a ≡ y ≡ ` .
Complément
Les élèves intéressés trouveront dans Johnson (1985) le détail des calculs, assez lourds, qui
conduisent, à partir des équations (D.4), aux champs ur et uθ dans l’intérieur du solide en situation
I, puis, aux champs donnés dans l’énoncé question 9 ; bien entendu le passage de la situation I à
la situation II est aussi expliqué dans ce livre...
Γ = Γa .
I.4 On a bien grâce au manchon transmission du couple Γa de l’arbre vers la bague, puisque
0
Γa = Γ = −Γ = −Γb .
La bague est couplée à un système extérieur sur lequel elle exerce un couple −Γb = Γa , le
manchon a bien permis la transmission du couple Γa .
d2 f
T = = τ eθ sur la frontière intérieure, T = −τ 0 eθ sur la frontière extérieure.
d2 S
Les symétries « cylindriques » de ces champs se transportent d’après le principe de Curie sur
le champ effet u =⇒ u = u(r) eθ .
ux ex : F uy ey : F
O O
y y
x x
u: F
O
y
Fig. D.1 – Dans la situation de la partie I du problème 4.2, champs de déplacements projetés sur les axes
x ou y, et champ de déplacement total.
ux ex : uy ey : O
O y y
x x
u:
O y
Fig. D.2 – Dans la situation de la partie II du problème 4.2, champs de déplacements projetés sur les axes
x ou y, et champ de déplacement total.
236 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
u 00 u0 u
II.4 0 = µ ∆u ⇐⇒ (∆u) · eθ = ∆u − = u + − 2 = 0 , équation différentielle
r2 r r
ordinaire linéaire homogène 1 d’ordre 2, à coefficients non constants.
II.6
∇u = −A (1 − b2 /r2 ) er ⊗ eθ + A (1 + b2 /r2 ) eθ ⊗ er
II.7
σ = (2µAb2 /r2 ) (er ⊗ eθ + eθ ⊗ er )
II.9 Z 2π Z h
Γ = − (aer + zez ) ∧ (2µAb2 /a2 ) eθ a dθdz = Γez
θ=0 z=0
avec
a2 b2 h 1 b2 − a2
Γ = −4πµAb2 h = 4πµ θ0 ⇐⇒ θ0 = Γ .
b2 − a2 4πµ a2 b2 h
1 b2 − a2 1 l2 1
2 2
≡ −2 5
≡
4πµ a b h F l l F l
II.10
Z 2π Z h
0
Γ = (ber + zez ) ∧ (2µAb2 /b2 ) eθ b dθdz = 2µAb2 ez 2π h = 4πµAb2 h ez = −Γ
θ=0 z=0
valeur très petite compatible avec l’hypothèse de petits déplacements. On est aussi en petite trans-
formation, puisque
A = −0,027 1 =⇒ ∇u ' |A| 1 .
Avec Mathematica, on obtient le schéma suivant (on a pris θ0 = 0,1 rad pour voir quelque chose) :
Effets de courbure très faibles : u dépend presque de façon affine de r =⇒ sur un rayon fixé,
champ de déplacement très similaire à celui du cisaillement pur étudié en TD.
√
III.1 n1 = (er − eθ )/ 2 est propre pour la valeur propre σ1 = 2µ|A|b2 /r2 ,
n2 = ez est propre pour la valeur propre σ2 = 0 ,
√
n3 = (er + eθ )/ 2 est propre pour la valeur propre σ3 = −2µ|A|b2 /r2 .
σ3 σ2 σ1 σ
σ1 − σ3 b2
III.3 max τ (x,n) = = 2µ|A| 2 =⇒ région la plus sollicitée en cisaillement
n 2 r
= région en contact avec l’arbre r = a
b2 b2 Γ
=⇒ τmax = max τ (x,n) = 2µ|A| 2
= 2µθ0 2 = .
x,n a b − a2 2πa2 h
238 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
III.4 Si x = aex ,
√
n1 = (ex − ey )/ 2 pour la valeur propre σ1 = τmax ,
n2 = ez pour la valeur propre σ2 = 0 ,
√
n3 = (ex + ey )/ 2 pour la valeur propre σ3 = −τmax .
III.5 τmax = 2,5 107 Pa = 250 bars soit une contrainte tangentielle très importante ; c’est
que le couple à transmettre, Γ = 1000 N m, est plutôt « grand » pour une aussi petite pièce.
Compléments
• De fait l’analyse dimensionnelle permet d’estimer que le cisaillement maximum
Γ
τmax '
d3
avec d taille caractéristique du système, en accord avec (3.65). En prenant d = 2 cm on
obtient bien
103
τmax ' Pa ' 108 Pa
8 10−6
soit le bon ordre de grandeur.
• On pourrait se demander pourquoi l’énoncé ne proposait pas d’aller plus loin qu’une étude de
l’état de contrainte, pour proposer un critère de rupture. La réponse est que la rupture d’un
matériau caoutchoutique (ou « élastomère ») se produit en général pour des très grandes
déformations, pour lesquelles le modèle utilisé ici n’est plus valable. D’une part on n’est
plus en petite transformation, d’autre part la réponse du matériau devient non linéaire ;
on doit donc écrire une loi de comportement plus compliquée, dite « hyperélastique ». La
modélisation de ces effets d’ « hyperélasticité » et la formulation d’un critère de rupture
approprié sortent largement du cadre de ce module.
2 À l’extérieur, en r = b, T = σ · er = 0 .
À l’intérieur, en r = a, T = σ · (−er ) = (−δp)(−er ) ⇐⇒ σ · er = −δp er .
D.4. Corrigés du chapitre 4 - Solides élastiques 239
σ = λ (tr) 1 + 2µ
σ = 2(λ + µ)A − 2µB/r2 er ⊗ er + 2(λ + µ)A + 2µB/r2 eθ ⊗ eθ + 2λA ez ⊗ ez
1 a2 δp 1 a2 b2 δp
=⇒ A = 2 2
et B = ,
2b −a λ+µ 2 b2 − a2 µ
`2 p `4 p
A ≡ ≡ 1 et B ≡ ≡ `2 .
`2 p `2 p
5 σ = σez ⊗ ez avec σ > 0 la contrainte de traction =⇒ σ1 = σ , σ2 = σ3 = 0 =⇒
contrainte tangentielle maximale
σ
τmax = .
2
σ0
Limite d’élasticité ⇐⇒ σ = σ0 = 170 MPa ⇐⇒ τmax = τlim = = 85 MPa .
2
6.1
• Direction radiale propre pour la valeur propre rr = A − B/r2 . Dans le domaine solide
λ+µ B B
r2 ≤ b2 =⇒ r2 < b2 = ⇐⇒ A− < 0.
µ A r2
Déplacements radiaux, tous positifs, mais décroissants (rr = u0 < 0) =⇒ contraction de
petits segments radiaux de matière.
• Direction azimutale propre pour la valeur propre θθ = A + B/r2 > 0.
Déplacements radiaux, tous positifs =⇒ dilatation de petits segments azimutaux de matière.
• Direction axiale propre pour la valeur propre zz = 0.
Mouvement dans les plans perpendiculaires à l’axe, aucun mouvement dans la direction
z =⇒ petits segments axiaux de matière restent de longueur inchangée.
• max τ grande si a est petit : faible rayon intérieur =⇒ « concentre » les contraintes ;
• max τ petite si b grand : grand rayon extérieur =⇒ meilleure répartition des contraintes,
dans volume solide plus grand ;
• Tuyau très mince, b → a+ =⇒ danger !
soit numériquement
b = 40,2 cm ⇐⇒ d = 5,2 cm
8
A = 1,30 10−4 et B = 0,476 cm2
Compléments
• Il est intéressant de faire l’hypothèse de petite épaisseur d ou e = b − a = εa avec ε 1.
On trouve, à l’ordre le plus bas en ε,
δp δp a
max τ = = , (D.5)
2ε 2 e
qui montre bien le danger d’une épaisseur trop faible. Une interprétation mécanique de cette
formule est donnée par l’analyse de l’« effet de voute » correspondant, qui est proposée
dans le problème suivant 4.5.
• Des effets thermiques existent, puisque même en « branche froide » l’eau du circuit primaire
est, en régime nominal, à environ 290 o C. Des effets « thermoélastiques » (dilatation du
matériau due à la chaleur, etc...) sont donc à prendre en compte...
• Les valeurs des rayons intérieur et extérieur sont typiques du circuit primaire d’un réacteur
à eau pressurisé français de 1300 MW électriques. Plus précisément, d’après des données
transmises par Denis Buisine d’EdF, que je remercie, on a dans ces circuits, en branche
froide,
a = 35 cm et b = 41 cm .
Le rayon extérieur est supérieur à celui calculé ici non pas tant à cause des effets thermiques
évoqués ci-dessus, ni parce que la marge de sécurité vis-à-vis de la résistance à la surpression
serait plus grande, mais plutôt parce que l’on prend en compte, pour le dimensionnement,
des accidents éventuels, qui modifient notablement le fonctionnement des circuits et le type
de sollicitations mécaniques qu’ils subissent.
D.4. Corrigés du chapitre 4 - Solides élastiques 241
2.a ∇u = u0 er ⊗ er + (u/r)(eθ ⊗ eθ + eϕ ⊗ eϕ ) .
3.b u = Ar + B/r2 .
b3 δp a3 b3 δp
6.b A = − et B = − .
b3 − a3 3λ + 2µ b3− a3 4µ
`3 p `6 p
A ≡ ≡ 1 et B ≡ ≡ `3 en cohérence avec u = Ar + B/r2 ≡ ` .
`3 p `3 p
A < 0 et B < 0 ⇒ la fonction déplacement radial u < 0 : la coque sous pression extérieure, i.e.,
soumise à des forces surfaciques centripètes, a un mouvement centripète.
7.a σ1 = σrr = (3λ + 2µ)A − 4µB/r3 , σ2 = σ3 = σθθ = σϕϕ = (3λ + 2µ)A + 2µB/r3
3µ|B| 3 δp
=⇒ τmax (r) = fonction décroiss. de r =⇒ max. en r = a : max τ = .
r3 4 1 − a3 /b3
7.b
δp δp a
max τ ∼ = . (D.6)
4ε 4 e
Proportionnalité /δp caractéristique d’une réponse linéaire. Il est physique, de plus, que δp ↑ ⇒ matériau
plus sollicité ⇐⇒ max τ ↑.
Épaisseur relative ε → 0 ⇒ max τ → +∞, la sollicitation mécanique du matériau devient extrême,
car il doit supporter le passage de δp à 0 sur une très petite épaisseur.
7.c
a δp
e = = 6,3 cm . (D.7)
4 τlim
b2 a2 b2
9 σ = − δp et σ0 = − δp .
b2 − a2 b2 − a2
10 Comme représenté figure D.3a, sur la couronne z = a, d’aire S = π(b2 −a2 ), le vecteur contrainte
exercé par le couvercle sur la coque
Au bilan σzz = σ .
|σ 0 |
11 σ1 = σrr = σ − σ 0 /r2 , σ2 = σzz = σ , σ3 = σθθ = σ + σ 0 /r2 =⇒ τmax (r) = 2
r
fonction décroissante de r ⇒ maximum en r = a :
δp δp δp a
max τ = 2 2
∼ = (D.8)
1 − a /b 2ε 2 e
a δp
ec = = 2es = 12,6 cm . (D.9)
2 τlim
avec es l’épaisseur de la coque sphérique (D.7). La coque cylindrique résiste moins bien à la
pression que la coque sphérique, puisqu’elle doit être deux fois plus épaisse pour assurer
une protection identique. Choisir pour le sous-marin une coque cylindrique aurait requis beaucoup
plus d’acier : le volume d’acier serait passé grosso modo, en oubliant les couvercles ce qui est
défavorable, à
Vacier cylindrique ' π(b2 − a2 ) 2a ' 4πa3 εc
avec εc = ec /a, à comparer à
3
Vacier sphérique ' 4
3 π(b − a3 ) ' 4πa3 εs
avec εs = es /a = εc /2. Il aurait donc fallu doubler le volume d’acier, au moins, d’où un surcoût
et surtout une augmentation sensible de la masse de l’habitacle
δm = ρacier (Vacier cylindrique − Vacier sphérique ) ' ρacier 4πa3 εs ' 1,9 t .
Cela serait considérable, pour un petit sous-marin comme le Deepsea Challenger ; on comprend
donc le choix d’une coque sphérique.
III Comparaison analytique des deux géométries dans la limite de coques très minces
12.a Dans la coque sphérique,
σrr ∼ −δp r∗ (D.10)
D.4. Corrigés du chapitre 4 - Solides élastiques 243
Τ Τ
T
0 Σ 0 Σ
−F -Σ 0 -2 Σ 0 -Σ 0
Fig. D.3 – Problème 4.5. a : en réponse à la question 10, schéma de la coque cylindrique étudiée, avec ses
couvercles, les forces F et −F subies par ces couvercles à cause de l’eau extérieure, les vecteurs contraintes
T sur les couronnes terminant la coque. b : en réponse à la question 12.a, cercles de Mohr du tenseur des
contraintes dans une coque sphérique infiniment mince (D.12) ; ils sont dégénérés puisque l’opposé de
σ0 = δp/(2ε) est valeur propre double. c : en réponse à la question 12.b, cercles de Mohr du tenseur des
contraintes dans une coque cylindrique infiniment mince (D.14).
δp
σθθ = σϕϕ ∼ − . (D.11)
2ε
δp
σ ∼ − (eθ ⊗ eθ + eϕ ⊗ eϕ ) . (D.12)
2ε
12.b Dans la coque cylindrique, la formule (D.10) est encore valable. De plus
δp δp
σθθ ∼ − et σzz ∼ − . (D.13)
ε 2ε
δp δp
σ ∼ − eθ ⊗ eθ − ez ⊗ ez , (D.14)
ε 2ε
13.a Un petit élément de coque cylindrique, situé dans le secteur angulaire [−θ, + θ] avec θ
infinitésimal, et dans le domaine de coordonnée axiale [−z/2,z/2], est représenté figure D.4. Les
forces auxquelles il est soumis, dans le plan xOy, sont
• la force due à la surpression extérieure Fp = −δp a2θ z ex ;
244 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
y
F+
θ Fp
11
00
00
11
O −θ x
F−
Fig. D.4 – En réponse à la question 13.a du problème 4.5, équilibre d’un élément de coque cylindrique
dans le plan xOy.
• la force due aux contraintes azimutales (D.13) sur la frontière en +θ, F+ = −σ0 e z eθ (+θ)
avec σ0 = δp/ε ;
• la force due aux contraintes azimutales (D.13) sur la frontière en −θ, F− = σ0 e z eθ (−θ) ;
on a noté
les vecteurs azimutaux des bases locales en θ et −θ, qui donnent les directions normales aux
frontières. Au bilan les composantes dans la direction x des forces F+ et F− compensent bien la
force extérieure Fp ,
δp
F+ + F− ' 2 e z ex = −Fp . (D.15)
e/a
On a un « effet d’arche », les contraintes azimutales élevées dans la coque cylindrique équilibrant
la surpression extérieure, « de proche en proche ».
Dans la direction z perpendiculaire au plan de la figure D.4, on a simplement transmission « rec-
tiligne » de la contrainte axiale σzz = −F/S avec les notations de la question 10, de proche en
proche.
13.b Dans une coque sphérique, au contraire l’effet d’arche existe dans les deux directions
perpendiculaires θ et ϕ (on pourrait faire 2 figures analogues à la figure D.4, l’une dans la
direction θ, l’autre dans la direction ϕ), en conséquence les contraintes correspondantes, nécessaires
pour équilibrer la même surpression, sont moitié en valeur absolue,
avec toujours σ0 = δp/ε. Ceci explique la « double efficacité » de la coque sphérique, par
rapport à la coque cylindrique.
Compléments
• Consultez la page Wikipedia sur le Deepsea Challenger , qui renvoie à un site web dédié.
Vous y apprendrez que l’épaisseur de la coque sphérique est 6,35 cm, et que la masse totale
du sous-marin est environ 12 t : le surcroı̂t de masse de presque 2 t envisagé ci-dessus est
donc proportionnellement très important...
• L’hypothèse de petite épaisseur n’est pas très bonne ici, et ne devrait pas être utilisée
pour le dimensionnement. Elle a été choisie, cependant, pour obtenir des formules et des
D.4. Corrigés du chapitre 4 - Solides élastiques 245
Fig. D.5 – Exemples de coquilles initialement sphériques ayant subi un « flambement » sous l’effet d’une
compression ; calculs numériques de Vliegenthart & Gompper (2011).
tendances simples. Calculer e sans cette approximation n’est pas beaucoup plus compliqué
(faites-le !)... Je dois d’ailleurs avouer avoir réglé la valeur de τlim pour obtenir l’épaisseur
réelle de la coque avec un calcul en coque mince, ce qui est discutable...
• On peut s’interroger sur les hypothèses de la question 10, concernant les couvercles et
leurs effets sur une coque cylindrique. La géométrie étudiée étant peu élancée (hauteur =
diamètre), le principe de Saint Venant ne s’applique sûrement pas. De plus, les couvercles
peuvent dans leurs plans se dilater sous l’effet de la surpression qu’ils subissent... Optimiser
la forme et la conception d’une telle coque cylindrique avec couvercles est un problème
difficile, qui ne peut être résolu précisément que numériquement.
• Le critère de dimensionnement utilisé ici a une certaine pertinence, mais il faut aussi prendre
en compte des phénomènes plus compliqués possibles, comme un « flambement » des
coques, qui peut les conduire à un changement de forme (plus ou moins) brutal, avec
perte de la symétrie sphérique. Le calcul de ces phénomènes relevant des instabilités est
beaucoup plus complexe, comme en témoigne l’existence d’une publication très récente sur
ce sujet, à savoir l’article de Vliegenthart & Gompper (2011), dont la figure D.5 est tirée...
On recommande aux lecteurs les plus curieux la consultation de cet article, en accès libre...
1 fe = αrer , avec α = ρω 2 , est une force centrifuge qui tend à éloigner la matière du disque de
son axe de rotation, ce d’autant plus que l’on s’éloigne de l’axe.
2.2 Invariance par symétrie par rapport à n’importe quel plan passant par l’axe Oz.
4.1
∂u ∂ur
r
0
∂r ∂z
ur
0
[G] =
r
0 .
∂uz ∂uz
0
∂r ∂z
246 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
5 Composante radiale :
∂σrr σrr − σθθ
+ + αr = 0 ,
∂r r
soit une équation aux dérivées partielles linéaire non homogène.
6 n = 3, β = (3 + ν)α.
ν(1 + ν)
⇐⇒ B(z) = α z 2 + b1 z + b0
2(ν − 1)
ν(1 + ν) 1
⇐⇒ B1 (z) = α z 3 + b1 z 2 + b0 z + b−1 .
6(ν − 1) 2
ν−1
13.2 C(r) = b1 r2 + c0 .
2E
!
ν(1 + ν) ν 2 (1 + ν) 2ν 1 2 ν−1
14 uz = α r2 z − α z3 − b1 z + b0 z + b−1 + b1 r2 + c0
2E 3(ν − 1)E E 2 2E
2ν ν−1
=⇒ uz (r, z = 0) = − b−1 + b1 r2 + c0 ,
E 2E
donc l’hypothèse de symétrie qui annule cette fonction de r se traduit notamment par b1 = 0. Ainsi
ν(1 + ν)
B(z) = α z 2 + b0 .
2(ν − 1)
16.1 h a ⇐⇒ disque est très « plat » ou « élancé », d’« intérieur » éloigné de sa frontière
latérale. Principe de Saint Venant : la solution approchée que nous allons obtenir avec la
condition de frontière libre globale seulement est proche de la solution exacte dès que l’on s’éloigne
de la frontière latérale i.e. à l’« intérieur » du disque.
16.2
h
3+ν ν(1 + ν)
Z
σrr (a,z) dz = 0 ⇐⇒ b0 = α a2 − α h2 .
z=−h 8 6(ν − 1)
3+ν ν(1 + ν)
⇐⇒ σrr = α (a2 − r2 ) + α (z 2 − h2 /3) . (D.20)
8 2(ν − 1)
17
α ν(1 + ν)
σθθ = [(3 + ν)a2 − (1 + 3ν)r2 ] + α (z 2 − h2 /3) . (D.21)
8 2(ν − 1)
0.4
0.3
σ/(αa2 )
0.2
0.1
0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
r/a
Fig. D.6 – Dans le disque en rotation rapide du problème 4.6, profils des contraintes σrr /(αa2 ) en trait
continu, σθθ /(αa2 ) en trait pointillé, d’après le modèle de l’équation (4.83).
• ρ ↑ ⇒ ωlim ↓ car dans un matériau plus dense les forces centrifuges sont plus intenses.
• a ↑ ⇒ ωlim ↓ car si le disque est plus grand la valeur maximale des forces centrifuges est
plus élevée.
• τlim ↑ ⇒ ωlim ↑ car si le matériau est plus résistant il supporte mieux les forces centrifuges.
rad tours
19.3 ωlim = 2480 ' 23700 très élevée.
s min
Compléments
• Le fait que le disque soit le plus sollicité en son centre, sur son axe, est compréhensible : le
disque est étiré par les forces centrifuges vers l’extérieur, dans toutes les directions radiales,
c’est en son centre qu’il est le plus « tiraillé » et « déformé ».
• Ce problème est tiré du chapitre 18 de Forest & Amestoy (2020), consacré aux machines
tournantes, dont on recommande la lecture. Il présente une étude plus exhaustive, compre-
nant notamment une comparaison à des solutions numériques plus précises obtenues par
éléments finis, pour tester le principe de Saint Venant. Il présente des figures du champ de
déplacements, que l’on peut déduire immédiatement des équations (D.18) et (D.19) de ce
corrigé, compte tenu aussi des résultats des questions 14 et 16 :
1−ν ν(1 + ν)
ur = α r [(3 + ν)a2 − (1 + ν)r2 ] + α r (h2 /3 − z 2 ) , (D.22)
8E 2E
ν ν 2 (1 + ν)
uz = − α [(3 + ν)a2 − 2(1 + ν)r2 ] z − α (h2 − z 2 ) z . (D.23)
4E 3E(1 − ν)
Des représentations en section méridienne de la configuration de référence du disque et de
la configuration actuelle du disque (déformée, avec des amplitudes exagérées) sont données
sur les figures D.7a,b. On observe bien que la matière du disque est poussée vers l’extérieur,
et que les déformations (donc les contraintes) sont maximales près de l’axe, ce que confirme
le tracé du champ τmax (r,z) sur la figure D.7c (ce champ a été calculé en partant des
expressions les plus « générales » D.20 et D.21 de σrr et σθθ ).
• Un exemple de machines tournantes très rapides est donné par les Moteurs Grandes Vitesses
de General Electrics Power Conversion, qui peuvent fonctionner jusqu’à 20000 tours/min,
et servent à la liquéfaction continue de gaz naturel, en étant couplés à un compresseur.
D.4. Corrigés du chapitre 4 - Solides élastiques 249
a:
b:
c:
r
Fig. D.7 – Problème 4.6. Représentations d’un quart de section, dans le domaine x > 0, z > 0, d’un disque
au repos (a) puis en rotation rapide (b), avec un maillage permettant un suivi lagrangien. c : Représentation
d’une demie section, dans le domaine x > 0, du champ τmax (r,z) avec des niveaux de couleurs, du bleu
correspondant à des valeurs faibles au rouge correspondant à des valeurs élevées.
x x
Couple appliqué induit torsion dans le sens direct autour de Oz : rotation différentielle de
chaque section doit se faire dans le sens direct, i.e. α > 0. α ≡ `−1 . Forme de déplacement
pertinente car u = 0 dans le plan d’encastrement, mouvement de torsion lié au couple appliqué...
I.2 α a L1 a ⇐⇒ αL1 1 .
I.3 ∇u = αz (eθ ⊗ er − er ⊗ eθ ) + αr eθ ⊗ ez .
I.5 Travail en différence entre configuration de référence et actuelle, poids déjà présent dans la
configuration de référence ⇒ ne pas l’inclure dans la configuration actuelle. Équation de Na-
vier :
0 = (λ + 2µ)∇divu − µ rot(rot u)
250 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
y y y y
Fig. D.8 – Problème 4.7. Représentation des champs u2D (a), du2D (b), du2Ddéf (c), du2Drot (d). L’origine
de l’axe des z, i.e., son intersection avec l’axe des y, est décalée : elle se trouve en z = L0 . Entre les figures a
et b le champ du2D a été amplifié d’un facteur 5 ; ensuite les échelles des figures b, c et d sont identiques. En
complément, on a représenté en pointillés sur la figure c la direction de coupe virtuelle subissant la traction
maximale, qui va définir la direction de rupture fragile, cf. la partie II du problème.
vérifiée car
divu = tr∇u = 0
et
rot u = −αr er + 2αz ez =⇒ rot(rot u) = 0 .
1
I.6 = αr (eθ ⊗ ez + ez ⊗ eθ ) .
2
I.7 σ = 2µ .
I.10 En z = L1 ,
Z aZ 2π Z a Z 2π
σ · ez r dr dθ = 0 et rer ∧ σ · ez r dr dθ = Γez .
0 0 0 0
π
I.11 Γ = µ a4 α .
2
I.12 α = 0,227 m−1 ; α L1 = 0,045 1 donc petits déplacements et petite transformation ;
correspond à un angle de rotation de la section éloignée, en z = L1 , de 2,6 degrés seulement. Tenseur
des contraintes à la périphérie de l’ordre de τ = µ α a = 150 MPa , ce qui est plutôt élevé.
dx2D = a ey dθ + ez dz = ey dy + ez dz
=⇒ du2D = α a dz ey ,
ce que l’on pouvait trouver en utilisant le gradient... Ce champ figure D.8b est analogue à un champ
de cisaillement pur.
1 1
dudéf = · dx2D = α a (ey ⊗ ez + ez ⊗ ey ) · (ey dy + ez dz) = α a (ey dz + ez dy) = du2Ddéf
2 2
Ce champ figure D.8c correspond à un étirement dans la direction de la 1ère bissectrice, une
contraction dans la direction de la 2ème bissectrice du plan yz.
1 1 1
Ω = − αa ex + αL0 ez =⇒ durot = Ω ∧ dx2D = −αL0 ex dy + αa ey dz − αa ez dy
2 2 2
1 1
=⇒ du2Drot = αa ey dz − αa ez dy .
2 2
1
Ce champ figure D.8d correspond à une rotation autour de −ex , d’un angle 2 αa, associée au
différentiel de rotation entre les sections z = L0 et z = L0 + dz. On a
i.e. le mouvement local est la somme des étirement, contraction et rotation que nous venons
de décrire.
II.2
τ
σ3 σ2 σ1 σ
II.4 dx ⊥ nt ⇐⇒ dx · nt = 0 ⇐⇒ a dθ + dz = 0 ⇐⇒ z = z0 − a θ
hélice dont le demi-pas serait πa, ce qui veut dire que lorsque l’on fait un demi tour sur la
périphérie, la courbe de rupture « descend », dans la direction axiale, de 1,6 diamètre environ. Ce
que l’on constate sur la craie la plus à droite et la fonte de la figure du sujet. Ce modèle est donc
pertinent.
F F
III.1 σ = ez ⊗ ez , de valeurs propres σ1 = σ0 = , σ2 = σ3 = 0 .
A A
252 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
Σ3 Σ1
Σ
n1 = ez .
dx · n1 = 0 ⇐⇒ dz = 0 ⇐⇒ z = z0 ←→ cercle,
σ = σ0 ez ⊗ ez + τ0 (eθ ⊗ ez + ez ⊗ eθ )
avec
F 2Γr
σ0 = ←→ traction, τ0 = µ αr = ←→ torsion.
A πa4
Plus grande valeur propre, positive,
p
σ0 σ02 + 4τ02
σt = + .
2 2
Normale associée nt vérifie
τ0 ntz = σt ntθ .
ntθ
dx · nt = 0 ⇐⇒ a ntθ dθ + ntz dz = 0 ⇐⇒ z = z0 − aθ ;
ntz
on raisonne en présence de torsion, le cas de la traction pure ayant été réglé en III.1, τ0 > 0 donc
ntθ 6= 0 et ntz 6= 0. En introduisant le rapport des contraintes de traction sur contraintes de torsion
σ0 Fa
ρ = = ,
τ0 2Γ
le demi-pas de l’hélice
ntθ τ0 2πa πa
p(ρ) = aπ = aπ = p = p .
ntz σt ρ + 4 + ρ2 1 + ρ2 /4 + ρ/2
Quand la traction domine, ρ → +∞, p → 0, soit le cas de la photo de gauche de la figure 4.10a de
l’énoncé.
Quand la torsion augmente puis domine, ρ → 0, p augmente jusqu’à la valeur maximum pmax = πa :
évolution visible sur les photos de droite de la figure 4.10a de l’énoncé.
Compléments
• On pourrait s’inquiéter de la tenue de l’acier étudié en question I.15, par rapport à un
critère de Tresca, pertinent pour ce matériau ductile, et aux valeurs données dans le cours,
170 MPa
τmax = = 85 MPa .
2
D.4. Corrigés du chapitre 4 - Solides élastiques 253
Le fait est que des aciers plus performants sont utilisés pour ces applications automobiles,
par exemple des aciers C32 (à 0,32% de carbone) qui font l’objet d’un traitement thermique.
Leur limite élastique est bien supérieure, en cisaillement
600 MPa
τmax ' ' 300 MPa .
2
• Le modèle en hélice de la courbe de rupture établi par exemple question II.4,
z = z0 − a θ ,
n’est valable que sur un domaine angulaire d’extension strictement inférieure à 2π. En effet,
une fois qu’une « fissure » en hélice s’est créée, sous l’effet de la traction associée à la
torsion, puis agrandie sur un domaine angulaire de « grande » extension 2π − δθ avec δθ
de l’ordre de π/4, l’état mécanique du système s’éloigne franchement de celui modélisé ici.
La fin de la rupture se fait alors sur un « segment » pratiquement orienté dans la direction
axiale, comme on le voit sur la figure 4.10b, dans le cas de la rupture de l’éprouvette en
fonte.
254 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
4 En travaillant en différence par rapport à une configuration de référence où la pesanteur est déjà
équilibrée, on élimine le terme de pesanteur → équation de Navier
∂2u
ρ = (λ + µ)∇divu + µ ∆u .
∂t2
5
λ + 2µ 0 0
[L] = k 2 [M ] avec [M ] = 0 µ 0 .
0 0 µ
6
λ + 2µ 0 0
c2 [U ] = ρ−1 [M ] · [U ] avec ρ−1 [M ] = ρ−1 0 µ 0
0 0 µ
⇒ c2 = valeur propre, [U ] = vecteur propre de ρ−1 [M ].
p
6.1 Ondes caractérisées par u 6= 0, v = w = 0, pour lesquelles c1 = (λ + 2µ)/ρ ; comme
u = u cos(kx − ωt)ex on a la représentation suivante (points représentent des positions où le
vecteur déplacement est nul à l’instant considéré) :
y
1
0 1
0 1
0
1
0 1
0 1
0
1
0 1
0 1
0
1
0 1
0 1
0
1
0 1
0 1
0
x
1
0 1
0 1
0
1
0 1
0 1
0
11
00 11
00 11
00
11
00 11
00 11
00
11
00
00
11
11
00
00
11
11
00
00
11
x
D.4. Corrigés du chapitre 4 - Solides élastiques 255
→ ρ(x,t) = ρ0 [1 − divu(x,t)] = ρ0
→ ni contraction ni dilatation.
9 c1 = 5700 m/s , c2 = 3200 m/s , beaucoup plus élevées que la vitesse du son dans l’air, et de
l’ordre de grandeur estimé par l’analyse dimensionnelle.
10.2 Comme λ et µ > 0 (résulte de ce que E et ν > 0, et de ce que ν < 1/2), ondes du type 1 se
propagent toujours plus vite qu’ondes du type 2. En cas de séisme, évènement violent qui excite a
priori les deux types d’ondes, les ondes du type 1 ←→ ondes « Primaires » arrivent donc toujours
avant les ondes du type 2 ←→ ondes « Secondaires ».
Temps mis par les ondes « P » pour aller de Los-Angeles à Nancy :
L
T = avec L ' ||xNancy − xLos-Angeles ||
c1
si on suppose une propagation rectiligne (raisonnable). En coordonnées géographiques,
Nomenclature :
onde P onde S
Manteau P S
Noyau liquide K
Graine solide I J
Fig. D.9 – Gauche : structure interne de la Terre mise en évidence par tomographie sismique (figure tirée de
l’Encyclopædia Universalis 2005). De l’extérieur vers l’intérieur : manteau solide, noyau liquide puis graine
solide. Les différents « chemins » suivis par différentes ondes émises à partir d’un « foyer sismique » F sont
tracés. Droite : nomenclature des différents types d’ondes.
Compléments
• Les ondes P sont bien l’analogue des ondes sonores dans les fluides 2 .
• On ne connait pas a priori ρ, λ et µ, mais c’est à partir de mesures sismiques de temps
de parcours d’ondes que l’on peut estimer ces paramètres, en inversant en quelque sorte
s
λ + 2µ µ
r
c1 = et c2 = ,
ρ ρ
la masse volumique étant estimée par une modélisation globale de l’équilibre de la Terre
auto-gravitante.
• C’est l’objet de la tomographie sismique que de préciser par ces méthodes la structure
interne de la Terre, qui n’est pas une boule homogène !.. On doit prendre en compte pour cela
des phénomènes de réflexions & réfractions régies par des lois de type Snell-Descartes
aux différentes interfaces entre le manteau, le noyau liquide et la graine intérieure solide,
comme le montre la figure D.9.
• Les ondes S n’ont pas d’équivalent dans les fluides, où elles sont amorties à cause de la
diffusion visqueuse2 . C’est comme cela que la nature liquide du noyau a été mise en évidence.
4 3
1.d I = h e.
3
π
1.e I = a4 .
4
σxx ν
2 = ex ⊗ ex − σxx (ey ⊗ ey + ez ⊗ ez ) .
E E
C C νC νC νC
3 α = , β = − , γ = − , δ = , = − .
E 2E 2E 2E E
Γ
4.a v(X) = X2 .
2EI
3Γ
4.b En changeant Γ en −Γ, v = − X2 .
8Eh3 e
4.c Le coefficient de rigidité
K = EI (D.24)
donc l’équation d’Euler - Bernoulli s’écrit
d2 v Γ
= (D.25)
dX 2 EI
F x3 x2 F 2
6 v(x) = −L = − x (3L − x) .
K 6 2 6K
x
O A
Fig. D.10 – Représentation du couple Γ(x) en fonction de la distance x à la racine de la poutre supportant
une charge étudiée dans la partie II du problème 5.1. La taille et l’épaisseur du trait de chaque flèche sont
proportionnels à la valeur de |Γ(x)| pour x au centre de la flèche. La courbe en trait fin est celle de la
fonction |Γ(x)|.
258 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
7
F L3 F L3
vmax = max |v(x)| = |v(L)| = = .
x 3K 3EI
8.3 Cf. la figure D.11. On observe bien des déplacements dans la direction de F, i.e., de −ey ,
maximaux en valeur absolue pour x = L. Comme
vmax
= 15% ,
L
l’hypothèse de petits déplacements n’est pas bien vérifiée, mais encore, grosso modo, acceptable.
Γy F (L − x)y
9 T = − ex = ex , cf. la figure D.12.
I I
Dans la partie y > 0 de la poutre en flexion on est étiré donc en traction,
alors que dans la partie y < 0 de la poutre en flexion on est contracté donc en compression...
10 Localement
max τ = F |L − x| |y|/(2I) .
Maximum par rapport à x atteint en x = 0, maximum par rapport à y atteint en y = ±h :
F Lh
τmax = = 4,5 MPa .
2I
xr
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 130 140 150
0.15 7.5
5
O A 2.5
0 0
-2.5
-5
-0.15 -7.5 yr
y -10
-12.5
-0.3 -15
-17.5
-20
-0.45 -22.5
0 1 2 3
x
Fig. D.11 – Pour la poutre déjà représentée figure D.10, schéma à l’échelle 1/20ème de la fibre moyenne
déformée et de son champ de déplacement. La taille et l’épaisseur du trait de chaque flèche sont proportion-
nels à la valeur de |v(x)| pour x correspondant à l’origine de la flèche. Les coordonnées x et y sont en m, xr
et yr en mm.
D.5. Corrigé du chapitre 5 - Analyse dimensionnelle appliquée aux solides 259
O x
Fig. D.12 – Allure du champ de vecteurs contraintes T sur une coupe virtuelle droite de la poutre chargée
représentée sur la figure D.11. La taille et l’épaisseur du trait de chaque flèche sont proportionnels à la valeur
de ||T|| pour y correspondant à l’origine de la flèche.
EI
Fc = F1 = π 2 . (D.26)
L2
π 3 E d4
12.c Fc = .
64 L2
13 Si on ne tenait compte que des contraintes dues au moment de flexion, on aurait sur la coupe
un champ de vecteurs contraintes
avec Y l’ordonnée mesurée par rapport au centre de la coupe, comme représenté sur la figure D.13a.
La partie supérieure de la poutre est en extension donc tirée par la partie aval, la inférieure de la
poutre est en contraction donc comprimée par la partie aval.
Pour être plus précis, on peut aussi tenir compte de la force F appliquée en A, qui induit une
contrainte de compression dans toute la poutre, contrainte que l’on peut supposer en 1ère approxi-
mation homogène : en notant S l’aire d’une section droite, le vecteur contrainte correspondant
0
T = F/S = −(F/S)ex .
Au total
0
T + T = F (v(L/2)Y /I − 1/S)ex
comme représenté sur la figure D.13b.
260 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
(a) (b)
Fig. D.13 – Problème 5.1. Champ de vecteurs contraintes sur une section d’une poutre en flambement, (a)
sans prendre en compte l’effort de compression (b) en prenant en compte l’effort de compression.
Compléments
• L’approche utilisée ici est typique de la « résistance des matériaux » ou « théorie des
poutres ».
Dans le langage technique de ces disciplines, on appelle plutôt
— le couple de flexion Γ = Γ ez un « moment de flexion » ou « moment fléchissant »,
— une force F = F ex avec F > 0 un « effort de traction »,
— une force F = −F ex avec F < 0 un « effort de compression »,
— une force F = F ey un « effort tranchant ».
Comme y et z jouent des rôles similaires de direction de coordonnées perpendiculaires à la
direction x axe de la poutre, un couple Γ = Γ ey est aussi un « moment de flexion », il
induirait un mouvement dans le plan xOz.
De même on pourrait envisager un « effort tranchant » F = F ez .
En « résistance des matériaux » ou « théorie des poutres », on modélise la réponse
du système à chaque type de sollicitation énuméré ci-dessus, en y rajoutant aussi, éventuel-
lement, un « moment de torsion » Γ = Γ ex , et on utilise le principe de superposition
pour obtenir la réponse à des sollicitations combinées.
Dans ce problème on a déjà traité de l’influence de moments de flexion ; celle d’un moment
de torsion a été abordée, de façon peu générale cependant, dans le problème 4.7 Poutres
cylindriques fragiles sollicitées en traction-torsion...
1.2 Symétrie cylindrique, cohérence avec les conditions limites en déplacement, possibilité de glis-
sement aux parois ne frottant pas...
Vt
A = 0 et B = − .
h0
1.3 t h0 /V .
Vt
1.4 ∇u = − ez ⊗ ez indépendant de X ←→ transformation homogène.
h0
On est aussi en petite transformation, ||∇u|| 1.
Vt
1.5 Hypothèse de linéarité =⇒ σ = − [λ (er ⊗ er + eθ ⊗ eθ ) + (λ + 2µ) ez ⊗ ez ]...
h0
Vt
1.6 Fpresse = −S (λ + 2µ) ez .
h0
1 S
1.7 Ep = (λ + 2µ) (V t)2 , Ec = constante...
2 h0
2 Oscillations ou « vibrations »...
Problème 6.2
Thermoélasticité - Application à un tuyau sous pression et chargement thermique
1.1
dx − dX d3 x − d3 X
= α δT 1 =⇒ = α δT > 0 et = J − 1 = 3α δT > 0 .
dX d3 X
u = α δT X donc x = X + u = (1 + α δT ) X ,
1.3
k = (3λ + 2µ)α
262 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
• k > 0.
• λ et µ ↑ =⇒ k ↑ ...
• α ↑ =⇒ k ↑ ...
2
0 = (λ + 2µ)∇div u − µ rot(rot u) − k ∇T .
3.1 1er schéma : configurations initiale et actuelle ainsi que les conditions limites concernant les
vecteurs contraintes (en rouge) et températures :
p0 , T0 p, T
p0 , T0
p0 , T0
2ème schéma : configuration initiale non chargée et configuration actuelle chargée en différence par
rapport à celle-ci :
0, 0 δp, δTi
0, 0
0, 0
3.2 Les effets thermiques jouent dans le même sens que l’effet de la surpression...
4
δTi δTi b
γ = et β = γb = .
b−a b−a
5.2
3λ + 2µ α δTi
n=2 et C = .
3(λ + 2µ) b − a
6.1
rr 0 0
rr = A − B/r2 − 2Cr , θθ = A + B/r2 − Cr .
[] = Mat ,{er ,eθ ,ez } = 0 θθ 0 avec
0 0 0
7
σrr 0 0
[σ] = Mat σ,{er ,eθ ,ez } = 0 σθθ 0
0 0 σzz
avec notamment
2µB
σrr = 2(λ + µ)A − βk − + (γk − (3λ + 4µ)C)r .
r2
8 Exprimer les conditions limites en contrainte, qui donnent dans le cas cas isotherme
1 a2 δp 1 a2 b2 δp
Aiso = et Biso = .
2 b2 − a2 λ + µ 2 b2 − a2 µ
9.1
2µB
σrr = 2(λ + µ)A − 2
− k δT + (3λ + 4µ)Cr .
| {z r } | {z }
σélast σtherm
La contrainte d’origine thermique σtherm est partout négative, ce qui confirme l’analyse physique
déjà faite.
9.2 Comme
ODG(σélast ) ' 15,4 MPa , ODG(σtherm ) ' 8000 MPa
on est dans la 2ème possibilité de l’énoncé :
les effets thermiques sont importants et doivent être considérés pour le dimensionnement.
264 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
Compléments
• D’un point de vue purement mécanique le focus sur σrr effectué à partir de la question 7,
pour des raisons de simplicité, est néanmoins critiquable. En effet, dans le cas isotherme
traité dans le problème 4.4, on peut se convaincre de ce que σθθ > σrr , en cohérence avec
l’« effet d’arche » ou de « voute » analysé plus finement dans le problème 4.5.
• Il serait intéressant de mener les calculs analytiques de dimensionnement jusqu’au bout, à
l’aide éventuellement d’un logiciel de calcul formel comme Mathematica ou Maxima.
• Au niveau des hypothèses posées, on vérifie facilement que les déformations d’origine ther-
mique restent petites i.e. compatibles avec une petite transformation :
α δTi ' 10−5 260 ' 2,6 10−3 1.
• La thermique de ce système mériterait d’être étudiée de façon plus rigoureuse.
On peut déjà remarquer que le champ de température T , qui est une mesure de l’énergie
interne, doit satisfaire l’équation dite de la chaleur. En 1ère approximation celle ci s’écrit
div∇T = 0 ⇐⇒ ∆T = 0 ,
Formule intégrale de la divergence appliquée à T = ρgz1, et calcul tensoriel, qui donne notamment
div T = ∇ρgz = −ρg
ZZ
=⇒ ρgz n d2 S = −mfluide g = poussée d’Archimède.
∂Ωt
D.7. Corrigés du chapitre 7 - Fluides newtoniens 265
Exercice 7.2 Calcul très simplifié de l’altitude atteinte par un ballon d’hélium lesté
1 ρHe = MHe p0 /(RT0 ) = 0,17 kg/m3 ; V = 4πa3 /3 ; mHe = ρHe V = 45 t .
z ↑ =⇒ ρair ↓ =⇒ γ↓.
3.b zm ' 16 km .
3.a Cf. le corrigé de l’exercice 7.1, le calcul est identique même si la signification physique diffère.
L’équation (7.122) signifie que les forces de pression hydrostatique qui s’appliquent sur la frontière
de D compensent exactement le poids de D.
3.b Loi d’évolution de la quantité de mouvement p de D : comme l’écoulement est stationnaire
dp
ZZ ZZZ ZZ
= ρv(v · n) d2 S = ρg d3 x + T d2 S
dt ∂D D ∂D
266 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
Tv = Tv paroi→fluide = τ · er = −τ (a) ez .
Le fluide, poussé dans la direction z par la pression motrice, tire le tuyau dans la direction z.
dp
ZZ ZZ ZZ
2 2
= ρv(v · n) d S = ρv(v · n− ) d S + ρv(v · n+ ) d2 S .
dt ∂D Se Ss
dp
= 0.
dt
Dynamiquement,
dp
ZZ ZZ ZZ
2 2
= (−pm n− + T− ) d S + (−pm n+ + T+ ) d S + (−pm er + Tv ) d2 S
dt Se Ss Sl
dp
ZZ ZZ
2
= (GLez ) d S + (−pm er ) d2 S ,
dt pression
Ss Sl
D.7. Corrigés du chapitre 7 - Fluides newtoniens 267
où la 2de intégrale est nulle par symétrie axiale : deux points diamétralement opposés sur Sl ont
même pm mais des vecteurs radiaux opposés =⇒
dp
= GLez πr02 .
dt pression
Pour ce qui est des termes visqueux, entre un point de Se et un point de Ss se correspondant par
z 7→ z + L, on a le même r donc le même tenseur des contraintes visqueuses τ = 2ηD, mais, par
contre, des normales n− et n+ opposées. Les contraintes visqueuses T− et T+ sont donc opposées
et se compensent =⇒
dp
ZZ
= Tv d2 S = −τ (r0 ) ez 2πr0 L .
dt visqueux
Sl
dp dp dp Gr0
= 0 = + = GLez πr02 − τ (r0 ) ez 2πr0 L =⇒ τ (r0 ) = .
dt dt pression dt visqueux 2
(D.27)
Traduit l’équilibre dynamique entre les forces de pression « motrice » en amont et en aval, qui sont
le moteur l’écoulement (terme GLπr02 dans le bilan de quantité de mouvement), et les forces de
frottement visqueuses latérales, exercées par le fluide lent proche de la paroi, qui s’opposent à cet
écoulement (terme −τ (r0 )2πr0 L dans le bilan de quantité de mouvement). Quand r0 ↓ , τ (r0 ) ↓
parce que le domaine D de sections d’entrée-sortie beaucoup plus petites subit des forces de pression
motrice plus faibles, qui compensent donc des forces de frottement visqueuses latérales plus faibles.
5.b Le même bilan peut-être fait, la seule différence est que les frottements extérieurs latéraux ne
sont plus exercés par du fluide (lent proche de la paroi) mais directement par la paroi :
dp dp dp
= 0 = + = GLez πa2 − τp ez 2πaL =⇒ τp = Ga/2 . (D.28)
dt dt pression dt visqueux
La force totale s’obtient par intégration de ce vecteur sur la surface latérale Sl , bord de Ω, interface
entre le fluide et la paroi, définie par r = a, θ ∈ [0,2π], z ∈ [0,L]. Pour calculer la contribution de
la pression hydrostatique, on applique (7.122) à D = Ω, dont le bord est composé de Sl , plus
• une section d’entrée Se définie par r ∈ [0,a], θ ∈ [0,2π], z = 0, de normale sortante n− =
−ez ;
• une section de sortie Ss définie par r ∈ [0,a], θ ∈ [0,2π], z = L, de normale sortante n+ = ez :
268 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
ZZ ZZ ZZ
2 2
mg + (−ph er ) d S + (−ph n− ) d S + (−ph n+ ) d2 S = 0 ,
Sl Se Ss
car en deux points diamétralement opposés de Sl , pm = Az est la même, tandis que les vecteurs
radiaux locaux sont opposés ; les deux termes correspondant dans l’intégrale se compensent donc.
Contribution visqueuse ZZ
Fv = (−τp ez ) d2 S = −τp ez 2πaL .
Sl
Au total
Fparoi→fluide = Fh + Fm + Fv = −mg − τp ez 2πaL .
Principe de l’action-réaction =⇒
F0 = Ffluide→paroi = −F = mg + τp ez 2πaL .
Le 1er terme correspond au poids du fluide, que le tuyau doit supporter. Le 2ème terme correspond
aux frottements visqueux du fluide, qui tire le tuyau dans la direction z de son écoulement.
Force très modérée, d’un ordre de grandeur inférieure à celle due au poids. Ceci est dû à la faible
viscosité du pétrole, et à la vitesse modérée de l’écoulement.
8.b Comme le nombre de Reynolds Re = V 2a ρ/η = 1,02 104 4000 ,
cet écoulement est turbulent et non laminaire. Dans le cas de l’application numérique proposée,
ce modèle est faux.
5 fois plus grand que dans l’hypothèse laminaire, à cause de la dissipation due à la turbulence.
En conséquence la contrainte pariétale
τp = Ga/2 = 50,3 Pa ,
elle aussi 5 fois plus grande que dans l’hypothèse laminaire. La force visqueuse correspondante
serait elle aussi 5 fois plus grande.
D.7. Corrigés du chapitre 7 - Fluides newtoniens 269
Fig. D.14 – Photographie extraite d’un film de Dan Russell sur YouTube [chercher ‘rotating water contai-
ner ’], montrant la surface libre d’un liquide posé sur une table tournante.
Complément
La relation (D.28) est en fait valable en moyenne dans le cas d’un écoulement turbulent, et
on peut l’établir en décomposant un tel écoulement en écoulement moyen et fluctuations, voir par
exemple le chapitre 5 de Plaut (2021b).
Exercice 7.5 Équilibre d’un liquide en rotation autour d’un axe vertical
1 En coordonnées cylindriques (r,θ,z) d’axe Oz, fe x = ρω 2 rer force centrifuge.
1 2 2 p0 − patm ω2 2
p = p0 − ρgz + ρω r = patm ⇐⇒ z = + r .
2 ρg 2g
Surface = portion de paraboloı̈de, comme visible sur la figure D.14.
∂v(y,t) ∂ 2 v(y,t)
=⇒ = ν .
∂t ∂y 2
2 (−1)n V h2
3 vn (t) = exp(−n2 t/τ ) avec τ =
nπ π2ν
+∞
2V X (−1)n y
=⇒ v(y,t) = v∞ (y) + sin nπ exp(−n2 t/τ ) .
π n h
n=1
Compléments
D’un point de vue mathématique, ce qui se passe en t = 0 est singulier, puisque la fonction
u(y,0) prolongée à R est peu régulière : elle est continue par morceaux et C 1 par morceaux, avec des
discontinuités en h+2mh pour m ∈ Z. La convergence de la série de Fourier à t = 0 est donc lente :
il s’agit d’une convergence simple seulement. Par contre dès que t > 0 la série de Fourier converge
rapidement, u(y,t) devient une fonction C ∞ de y, et les calculs sont indiscutables. Physiquement,
ces difficultés viennent de l’hypothèse peu réaliste d’un démarrage instantané de la paroi supérieur.
Néanmoins ce modèle est intéressant pour appréhender les phénomènes de diffusion visqueuse. C’est
en évaluant avec Mathematica la série de Fourier ci-dessus que j’ai d’ailleurs réalisé la figure 7.2c
du cours 3 , ainsi que les animations montrés sur la page web du module et en amphi...
=⇒ pb = F (r) θ + G(r) .
5 Petit inter-rayon.
7 Écoulement doit rester laminaire. Des instabilités avec « brisures de symétrie » se dé-
clenchent lorsque Ω augmente, conduisant à des « vortex de Taylor-Couette »...
2 Cinématiquement
dp
= −ṁ Vj ex .
dt
Dynamiquement, en négligeant les effets de pesanteur et supposant que la pression est uniforme,
égale à pa , sur Sje ∪ Sa ∪ Sjs ,
dp
ZZ ZZ
= (−pa n d2 S) + Fmur → eau = pa n d2 S − Feau → mur
dt Sje ∪Sa ∪Sjs Sm
3. Pour t = tvisqueux /100, 7 modes de Fourier suffisent déjà pour obtenir une bonne approximation de v(y,t).
D.7. Corrigés du chapitre 7 - Fluides newtoniens 271
d’où
Feau → mur = pa ex Am + ṁ Vj ex .
Comme le terme de pression serait aussi présent en l’absence de jet, le terme dû au jet est
ou 32,5 kgF ; c’est une force élevée, sur une petite surface...
ρ 2
3 Ve = 2,6 m/s. Conservation de la charge =⇒ pe ' pj + (V − Ve2 ) = 6,0 bars .
2 j
Vj2
4 Hpompe = δHtuyau − h + = 53,6 m d’eau .
2g
5 Ppompe = 5,25 kW.
8.3 Entre les deux situations précédentes il y a surtout, dans le cas robinet ouvert, l’effet de
« réaction » en ṁ (Vtuyau − Vj ), qui crée pour le pompier un recul.
Premier terme ←→ freinage de l’eau dans direction ex : elle a perdu la vitesse Ve qu’elle avait dans
cette direction du fait du coude. Deuxième terme ←→ accélération à la vitesse Vs vers le bas.
3.2 Loi fondamentale de la dynamique de Newton :
dp
= m0 g + F + pe ex Se + ps ez Ss .
dt
3.3 Principe action-réaction :
0
F = Feau → tuyau+lance = −Ftuyau+lance → eau = −F = m0 g + pe Se ex + ps Ss ez + ṁVe ex + ṁVs ez .
d’où
Fair → tuyau+lance = −patm ex Se − patm ez Ss .
Système solide à l’équilibre donc
0 00 00 0
(m1 +m2 )g + F + F −patm (Se ex + Ss ez ) = 0 ⇐⇒ F = −(m1 +m2 )g − F + patm (Se ex + Ss ez ) .
Ainsi
00 0
F = −(m1 + m2 )g − F + patm (Se ex + Ss ez ) .
avec M = m0 + m1 + m2 .
6
0
1
1
0
z 0
1
1
0
z′
0
1
0
1 0
1
0
1
0
1
0
1 0
1
0
1
0
1
0
1 0
1
0
1
0
1 O ′ O 0
1′
0
11
0 x 0
1
11
00
0
11
0
111111111111111111111111
000000000000000000000000
0
1
0
1
x 0
1
11
00
11111111111111111111111
00000000000000000000000
0
1
0
1
0
1
0
1 0
1
0
1
0
1
0 0
1
1
0
1
0
1
0
1
0
1
0 0
1
1
0
1
0
1
0
1
0
1
0
1 0
1
0
1
0
1
00
11
0
1000
111 0
1
00
11
0
1 00
11
00
11
1
00
11000
111
0111
000 00
11 00
11
0 11
1
00
11 00
0
1
00
11
0
1000
111 0
1
00
11
0
1 00
11
00
11
1
00
11000
111
0111
000 00
11 00
11
0 11
1
00
11 00
0
1
00
11
0000
111 0
1
00
11 00
11
1
00
11000
111
0111
1
0
1
00
11 00
11
0 11
1
00
11
0
10
1
00
11
00
11000
00
11
000
111 00
11
0
1
00
11
00
11
00
1100
1100
0
1
0
1
00
11
10
1
01
00
11
00
11
0 0
1
00
11
00
11
000
110
1
0
1
000
111
11
00
0
1 1
000
111
0
111
00
000
111 000
111
Pour le 2ème système le repère O0 x0 y 0 z 0 joue le même rôle que le repère Oxyz du 1er , avec
Terme de pesanteur limite la lévitation ; terme de réaction « moteur » de cette lévitation. Par
rapport à la situation d’un tuyau et lance rectilignes horizontaux, vue dans le problème 7.3, l’effet
de pression très fort, en (pe − patm )Se , joue maintenant dans les directions horizontales et pas
dans la direction verticale de la propulsion. Cet effet est donc toujours là, mais ce sont maintenant
les coudes qui résistent et transmettent cet effort au cadre. De plus ces efforts horizontaux de
résistance à la pression s’annulent entre 2 systèmes symétriques.
Véhicule ' Renault 5, poids à vide ' 750 kg. Les pompiers se sont « aidés » en démontant divers
éléments de la voiture (moteur, sièges, etc...) dans le but de l’alléger : cette expérience n’a pu être
menée avec une voiture standard.
8 Tuyau de pompier, en caoutchouc, est lisse, donc le coefficient de perte de charge λ ne dépend
que du nombre de Reynolds
Ve 2a
Re = = 2,3 105 .
ν
Loi de Karman-Nikuradze donne λ = 0,015 d’où
Ve2 L
δHtuyau = λ = 0,84 mètre d’eau.
2g 2a
10 Notant avec des indices l la surface libre du réservoir, a l’admission de la pompe, supposant
qu’il n’y a pas de pertes de charge entre la surface libre et l’admission, et que cette surface libre
est quasiment au repos, on a
patm − pr 0 − Ve2
δH = Hl − Hr = Ha − Hr = −Hpompe = zl − zr + + ,
ρg 2g
d’où
pr − patm V2
Hpompe = −h0 + + e = 75,9 mètre d’eau.
ρg 2g
Puissance développée est donc
Bilan d’expériences
δHsingulière ' 1 cm d’eau , λ ' 0,038 ' λBlasius , δHrégulière (0 → L) ' 50,6 cm d’eau...
Modélisation
D 2
1 V = |ḣ| .
d
D4 L D2
2 h = δHrég (0 → L) = ḣ2 λ avec Re = |ḣ| .
2gd5 dν
3/7
7 h0 3/7
3.1 Blasius =⇒ ḣ = −|ḣ| = − h4/7 avec τ = 0,813 D2 L4/7 h0 d−19/7 ν 1/7 g −4/7 .
3 τ
Application numérique : τ = 317 s = 5 min + 17 s.
7 h0
3.2 h(t) = h0 (1 − t/τ )7/3 =⇒ ḣ(t) = − (1 − t/τ )4/3 .
3 τ
4 7 h0 D2 4/7
3.3 α = , Re0 = = 2,71 d12/7 h0 L−4/7 ν −8/7 g 4/7 .
3 3 dντ
Application numérique : Re0 = 5415.
4 Bilan plus précis tenant compte de la perte de charge singulière et des termes d’énergie cinétique
serait
V2 V2 V2 L
h − = δHsing + δHrég (0 → L) = K + λ
2g 2g 2g d
V2 L D7/2 L ν 1/4 V2 2 D
4
⇐⇒ λ = 0,158 |ḣ|7/4 = h − (K + 1) = h − (K + 1)|ḣ| ,
2g d g d19/4 2g 2gd4
qui, malheureusement, n’a pas de solution analytique.
Dans le modèle de l’énoncé on néglige le 2ème terme proportionnel à (K + 1). Dans la réalité ce
terme ralentit la vidange : il est normal que notre modèle surestime la cinétique de la vidange,
notamment Re0 , et sous-estime le temps de vidange total.
On peut noter que le modèle est sensible à la viscosité donc à la température de l’eau...
Enfin tous ces modèles sont critiquables par leur description continue des écoulements turbulents
avec une seule loi, alors qu’en fait il y a une intermittence.
D.7. Corrigés du chapitre 7 - Fluides newtoniens 275
1.b q1 = 100 m3 /s .
1.d V1 = 7,07 m/s , v1 = 14,1 m/s , Re1 = Rep1 = Res1 = 3,24 107 .
2.a Q2 = 133 m3 /s .
2.b V2 = 4,72 m/s , v2 = 9,43 m/s , Re2 = Rep2 = Res2 = V2 D/ν = 2,16 107 .
5.a En l’absence d’informations sur les pertes de charge singulières, nous les négligeons, d’où
HA − HB = 0 ,
V12 L
HB − HC = λp perte de charge régulière dans le tuyau BC,
2g D
v12 l1
HC − HD = λs1 perte de charge régulière dans le tuyau CD,
2g d
HD − HE = Hn perte de charge dans la turbine,
v12 l2
HE − HF = λs1 perte de charge régulière dans le tuyau EF,
2g d
HF − HG = 0
V12 L v2 l
=⇒ HA − HG = δH1 + Hn avec δH1 = λp + 1 λs1 .
2g D 2g d
Bassins de grande surface =⇒ termes cinétiques en entrée et sortie ' 0 ;
air atmosphérique quasiment à l’équilibre, et de faible masse volumique =⇒ pA ' pG
=⇒ HA − HG = zA − zG = δz
=⇒ Hn = δz − δH1 ,
5.c Hn = 232 m , grâce aux conduites de grands diamètres et de bon état de surface construites,
on ne perd que 3,3% de la hauteur de chute à cause de la dissipation.
6.b P1 = 455 MW .
276 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
7.a HG − HF = 0 ,
v 2 l2
HF − HE = 2 λs2 ,
2g d
HE − HD = −Hp gain de charge dans la pompe,
v 2 l1
HD − HC = 2 λs2 ,
2g d
V2 L
HC − HB = 2 λp ,
2g D
HB − HA = 0
V22 L v2 l
=⇒ HG − HA = −δz = δH2 − Hp avec δH2 = λp + 2 λs2 .
2g D 2g d
Ainsi
Hp = δz + δH2 ,
le gain de charge dans la pompe doit permettre l’ascension du fluide (terme δz) et de plus compenser
les pertes de charge (terme δH2 ).
7.b δH2 = 3,53 m , plus faible que δH1 car les débits donc la turbulence donc la dissipation ont
diminué. Ne correspond plus qu’à 1,5% de δz, c’est quasi négligeable. Ainsi Hp = 244 m très
proche de δz.
8.a P2 = 319 MW .
9 Rendement énergétique global = 75% , ce qui est élevé pour un système de stockage de
grandes quantités d’énergie électrique.
V
10 Pe1 = r ρ Q1 g Hn ' r ρ g δz =⇒ E1 = Pe1 Tprod ' r ρ V g δz
Tprod
1 1 V 1
Pe2 = r0 ρ Q2 g Hp ' 0
ρ g δz =⇒ E2 = Pe2 Tpomp ' ρ V g δz
r Tpomp r0
produit des rendements des turbomachines, qu’il vaut la peine d’optimiser !.. Numériquement, ce
rendement maximum vaut 78% : on perd seulement 3% de rendement à cause des pertes de charge,
grâce aux efforts faits sur le « génie civil », la largeur des conduites, etc...
patm − pD v2 V2 L v 2 l1
HA − HD = zA − zD + − 1 = 1 λp + 1 λs1
ρg 2g 2g D 2g d
ρV12 L ρv12 l1
=⇒ pD = patm + ρg(zA − zD ) − λp − 1+ λs1 = 25,9 bars .
2 D 2 d
D.7. Corrigés du chapitre 7 - Fluides newtoniens 277
pE ' patm + ρg(zA −zD ) + ρg(zD −zE ) − ρg(zA −zG ) = patm + ρg(zG −zE ) = 4,4 bars . (D.31)
12.b Premier terme positif = terme moteur de la puissance, correspond à une transformation
continue de l’énergie potentielle de pesanteur de l’eau en énergie électrique.
Augmente linéairement avec le débit.
S’il existait seul, on pourrait atteindre des puissances arbitrairement grandes à débits arbitraire-
ment grands.
Second terme négatif dû aux pertes de charge i.e. à la dissipation visqueuse et aux taux
de déformation de l’écoulement, qui ne peut être uniforme.
Comme λp et λs sont, pour Q ≥ Q1 , fonctions très lentement décroissantes de Q, dépendance de
ce terme en débit essentiellement gouvernée par le facteur Q3 .
Terme décroı̂t donc rapidement quand Q augmente, la turbulence donc la dissipation s’intensifient
alors.
∃ optimum, à débit Q suffisamment grand pour avoir une puissance motrice élevée, mais pas
trop pour que la dissipation ne soit pas trop intense, cf. la figure D.15.
Compléments
• Le fait de faire bifurquer l’eau dans deux groupes turbines-pompes permet, d’une part de
moins solliciter ceux-ci, d’autre part une certaine flexibilité : si les besoins de puissance sont
modérés, on peut faire fonctionner un seul groupe.
278 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
1000
800
P [MW]
600
400
200
0
0 200 400 600 800
Q [m3 /s]
Fig. D.15 – Problème 7.6. Graphe de P (Q) en fonction de Q ; droite pointillée : terme moteur seul dans
(D.32), courbe continue : somme des 2 termes de (D.32).
• Le fait de placer les groupes turbines-pompes nettement sous la surface du bassin inférieur
(dans le problème, environ 35 m dessous) permet de garantir une pression en sortie de
turbine (D.30), (D.31) pas trop faible. Sinon on risquerait des phénomènes de cavitation,
création de bulles dans l’eau en dépression, dangereux pour les machines. Sur la cavitation,
voir le problème correspondant dans le chapitre 3 de Plaut (2018).
• Une vidéo d’EDF présentant le principe d’une STEP est disponible sur YouTube (« STEP
EDF »). Les STEP jouent en France un grand rôle dans la gestion du réseau électrique, car
elles sont plus souples et réactives que les centrales nucléaires par exemple. « Démarrer »
une centrale nucléaire prend de plusieurs heures à plusieurs jours selon que l’« arrêt » était
partiel ou total, alors que démarrer une STEP prend seulement quelques minutes.
• Pour concevoir ce sujet, je me suis inspiré d’une visite de la STEP de Revin, dans les
Ardennes 4 , dont une vue d’ensemble est donnée sur la figure 7.9a. Cette STEP est plus
compliquée que celle étudiée dans le problème, puisqu’elle comprend 4 groupes turbines-
pompes et non 2. Cependant la STEP du problème correspond, grosso-modo, à la moitié de
la STEP de Revin. De fait la puissance calculée en production, de l’ordre de 400 MW, est
bien la moitié de celle de Revin, de l’ordre de 800 MW. Grâce notamment à un circuit hy-
draulique optimisé, comprenant par exemple une première conduite de très grand diamètre,
égal à 9 mètres, et à des machines à fluides et électriques performantes, le rendement de la
STEP de Revin avoisine bien, au mieux, 77%.
4. Cette visite a eu lieu dans le cadre de la semaine départementale 2A d’Énergie : Production, Transformation
en avril 2012. Elle fut organisée avec l’aide de Mme Witzmann d’EDF, que je remercie encore ici.
D.8. Corrigés du chapitre 8 - Analyse dimensionnelle appliquée aux fluides 279
Exercice 8.3 Similitude pour l’étude des performances d’une hélice d’avion
2.1 Choisissant d, V et ρ comme grandeurs fondamentales,
— l’adimensionnement de la viscosité conduit à introduire le nombre de Reynolds Re = V d/ν ;
— l’adimensionnement de la vitesse du son conduit à introduire le nombre de Mach Ma = V /c ;
— l’adimensionnement de la fréquence angulaire conduit à introduire le nombre de Strouhal
St = ωd/V .
2.2 L’égalité des nombres de Reynolds, Mach et Strouhal impose, si on note avec un 0 les para-
mètres de l’essai au sol, 1 ceux de l’essai en vol, un rapport des vitesses
V0 /V1 = 1,05 ;
3.2 P1 = 1,21 P0 .
280 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
Vd V 0 d0
Re = ou Re0 = ' 1,4 1010 ,
ν ν0
très élevé =⇒ régime « oscillant turbulent ». Des oscillations spatiales irrégulières sont visibles
sur la photo 2.
ν
3 Re = Re0 =⇒ V = Re0 = 140 km/s , impossible !
d
Tv V Tv
4 π0 = −1 1
= .
V d d
π0 d0
5 Tv0 = ' 1,5 h .
V0
Durée courte par rapport à celle de la journée =⇒ homogénéité des conditions météorologiques.
Durée longue par rapport au temps de survol d’une aire géographique par le satellite Terra =⇒
pas de film sur le site de la NASA (dommage !)...
Compléments
• Le fait que le système atmosphérique présente encore de « beaux » tourbillons malgré la
valeur très élevée du nombre de Reynolds est lié à sa quasi bidimensionnalité ; dans un
système tridimensionnel à nombre de Reynolds équivalent la turbulence serait plus forte et
on aurait du mal à reconnaı̂tre des tourbillons.
• Le groupement π0 est l’inverse du « nombre de Strouhal » introduit dans la section 8.3 du
cours.
• On peut estimer la longueur d’onde spatiale λ0 qui sépare 2 vortex de même sens dans
l’allée de la photo 2, en écrivant que, ces vortex émis de façon périodique étant advectés
par l’écoulement du vent, dans la direction x, on a
On peut mesurer à la règle sur la photo 2 une période spatiale qui semble plus petite en
tout cas en unités de la largeur L0 de l’ile dans la direction y perpendiculaire au vent,
λ0photo ' 3 L0 .
Ces deux estimations sont conciliables à condition de prendre en compte des effets négligés
jusqu’ici :
— le diamètre « aéraulique » de l’ile, d0 , est en fait inférieur à L0 ;
— la vitesse du vent en aval de l’ile est diminuée par rapport à la vitesse en amont V 0 .
D.8. Corrigés du chapitre 8 - Analyse dimensionnelle appliquée aux fluides 281
1 2
⇐⇒ dE = cp ρU AU dt ...
2
| {z } | {z }
densité volumique d’énergie cinétique du vent volume d’air traversant si u=U
2 ṁ = ρU Ae = ρuA = ρus As =⇒ q = U Ae = uA = us As .
dp
3 = ṁ (us − U ) ex = −F ex =⇒ F = ṁ (U − us ) .
dt
dEc 1
4.1 = ṁ (u2s − U 2 ) < 0 .
dt 2
dEc
ZZZ
4.2 = Ppression − Pm = 0 − Pm = f · v d3 x ' −u F ⇐⇒ Pm ' F u .
dt Ωd
1
4.3 P = ṁ(U 2 − u2s ) .
2
1
5.1 u = (U + us ) .
2
1
5.2 cp = (1 + r)2 (1 − r) .
2
5.3 max cp = 0,59 pour rmax = 0,33 ; à l’optimum U/us est un entier > 1.
6.2 La théorie de Betz est confirmée - l’éolienne Enercon E-82-2 est performante !..
282 Annexe D. Éléments de correction des exercices et problèmes - Compléments
Problème 8.2 Étude d’une pale d’éolienne bloquée soumise à un vent fort
1.1 Cf. le schéma de la figure D.16, qui correspond à une pale « parabolique ».
1.2 d0 = 2a = 5,6 m .
1 2
2 f0 = ρV d0 Ct = 15100 N/m .
2
Sur le premier mètre de la pale, force totale de l’ordre de 15000 N ⇐⇒ poids de l’ordre de 1,5
tonne.
Efforts « importants », en comparaison par exemple au poids par unité de longueur de la pale,
dont on peut penser qu’il est inférieur, car la pale est faite de matériaux « légers », avec une
structure creuse (cf. la fin du sujet et les compléments ci-après).
Efforts proportionnels à V 2 augmentent très rapidement quand V augmente, c’est là la difficulté
en cas de tempête.
Efforts diminuent lorsque l’on s’éloigne de la racine, puisque la surface exposée au vent diminue,
comme mesuré par la fonction d(x).
Enfin, le nombre de Reynolds construit sur d0 est ' 8 106 : alors, pour un cylindre, on s’attendrait
à avoir Ct ' 0,9. Le fait que le coefficient de traı̂née soit deux fois plus grand est dû au manque
d’aérodynamisme du profil de la pale (cf. sur ce sujet la figure D.24).
4f0 5
3 G0 = √ et α = =⇒ figure D.17.
15 L 2
Ce couple impose un déplacement dans la direction de −y c’est-à-dire dans la direction à la fois
du vent V et des forces linéiques de traı̂née f, c’est normal physiquement.
Couple en valeur absolue maximal à la racine de la pale, diminue rapidement quand x augmente,
pour s’annuler lorsque x = xB = L. En effet ce couple est dû aux actions du vent en aval du point
considéré, or, plus on s’approche de l’extrémité, plus la région en aval est courte, avec de plus des
forces d’intensité moindre.
4.1 β = 1 et γ = −1 .
4f0 L3
4.2 g0 = .
15K0
5 Cf. la figure D.18 : forte hétérogénéité de rigidité, avec une rigidité maximale à la racine,
puis décroissant rapidement avec X. Ceci est lié au fait que la pale s’amincit et s’allège lorsque
l’on s’éloigne de sa racine, afin aussi d’économiser les matériaux : on peut se le permettre puisque
xr
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 130 140 150
4 10
8
2 6
4
2
z 0 0 zr
-2
-2 -4
-6
-8
-4 -10
0 10 20 30 40 50 60
x
Fig. D.16 – Section de la pale d’éolienne du problème 8.2 dans le plan xOz : frontière en trait continu et
tangentes à la racine en traits pointillés ; les deux points en x = 20 m sont ceux évoqués question 1.2. Les
coordonnées x et z sont en m, xr et zr en mm.
D.8. Corrigés du chapitre 8 - Analyse dimensionnelle appliquée aux fluides 283
x
O B
Fig. D.17 – Représentation du couple Γ(x) en fonction de la distance x à la racine de la pale. La taille et
l’épaisseur du trait de chaque flèche sont proportionnels à la valeur de |Γ(x)| pour x au centre de la flèche.
La courbe en trait fin est celle de la fonction |Γ(x)|.
22 f0 L4
vmax = . (D.33)
45 K0
• f0 ↑ =⇒ vmax ↑ , car f0 mesure les forces aérodynamiques à l’origine de la flexion de la
pale ;
• L ↑ =⇒ vmax ↑↑ , car une pale plus longue subit plus d’efforts et encore plus de couple,
cf. Γ(x = 0) = −4f0 L2 /15.
• K0 ↑ =⇒ vmax ↓ , car K0 mesure la rigidité de la pale, qui s’oppose aux déformations liées
à la flexion.
0.8
0.6
k
0.4
0.2
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
X
0
-0.25
-0.5
-0.75
w -1
-1.25
-1.5
-1.75
-2
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
X
Fig. D.19 – Flèche adimensionnée réduite w(X)/g0 en fonction de l’abscisse adimensionnée X.
xr
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 130 140 150
7.5
2 5.
O B 2.5
0 0.
-2.5 yr
y -2 -5.
-7.5
-4 -10.
-12.5
-6
0 10 20 30 40 50 60
Fig. D.20 – Schéma à l’échelle 1/400ème de la fibre moyenne déformée par le vent et du champ de dépla-
cement de la fibre moyenne. La taille et l’épaisseur du trait de chaque flèche sont proportionnels à la valeur
de |v(x)| pour x correspondant à l’origine de la flèche. Les coordonnées x et y sont en m, xr et yr en mm.
6.4
vmax = 5,0 m =⇒ figure D.20. (D.34)
Ce schéma ressemble à l’image du film montrée dans la figure a de l’énoncé, on peut donc considérer
que ce modèle est réaliste... Même si on peut se poser des questions sur l’hypothèse des petits
déplacements, ayant vmax /L ' 8% non négligeable : cette hypothèse est discutable.
4f0 L2 y 4f0 L2 y
7.1 σxx = =⇒ T = ex =⇒ figure D.21.
15I 15I
Dans la partie y > 0 de la pale en flexion on est étiré donc en traction,
alors que dans la partie y < 0 de la pale en flexion on est contracté donc en compression,
ce, d’autant plus que l’on s’éloigne de la fibre moyenne où le vecteur contrainte s’annule.
D.8. Corrigés du chapitre 8 - Analyse dimensionnelle appliquée aux fluides 285
O x
Fig. D.21 – Allure du champ de vecteurs contraintes T sur Σ0 . La taille et l’épaisseur du trait de chaque
flèche sont proportionnels à la valeur de ||T|| pour y correspondant à l’origine de la flèche.
7.2
4f0 L2 b
σmax = = 145 MPa . (D.35)
15I
En comparaison avec la courbe de traction d’un acier « doux » montré dans le cours, on peut
affirmer qu’il s’agit d’une contrainte élevée, pour laquelle cet acier doux justement aurait dépassé
sa limite d’élasticité.
Il faudrait connaı̂tre le matériau qui constitue la structure rigide de la pale, et utiliser un
critère de limite élastique pour vérifier qu’il reste bien élastique dans la situation étudiée.
On pourrait même aller plus loin et étudier, dans cette situation, quelle est la valeur maximale
de V qui correspond à la limite d’élasticité, en explicitant la dépendance de σxx ou σmax par
rapport à V , à travers f0 :
3
2
1
z 0
-1
-2
-3
0 10 20 30 40 50 60
Fig. D.22 – Section d’une pale de l’éolienne NREL 5 MW dans le plan xOz : frontière en noir et « ajuste-
ment » parabolique du modèle en traits fins bleus (figure à l’échelle).
pour V = 50 m/s. On observe bien une domination franche de cette dernière « masse » par
rapport à la masse réelle, qui confirme l’« importance » des efforts dus aux vents forts.
• La structure interne d’une pale d’éolienne est composite (figure D.24). La théorie des
poutres composites, qui permet d’étendre l’analyse et les résultats du problème 5.1 du
cours, est présentée dans Gay (2015).
• Le matériau qui assure la rigidité de la pale est en général constitué de fibres de verre.
• L’analyse de la question 7 est approximative, même si les ordres de grandeur sont corrects.
La physique est aussi correcte : ce cas de pale bloquée en vent fort sous « mauvaise »
incidence (présentation au vent du profil le moins aérodynamique et le plus large, à « haut
angle d’attaque ») est bien étudié pour le dimensionnement des pales d’éolienne.
Cependant, les industriels utilisent des modèles structuraux plus précis, reposant sur des
calculs numériques avec des méthodes d’éléments finis.
5. Précisément, la section de la pale est définie par la corde (‘chord’ c) de la table 3-1 de Jonkman et al. (2009),
tandis que le coefficient de rigidité en flexion est défini par la quantité FlpStff (‘flapwise section stiffness and inertia’ )
de la table 2-1.
D.8. Corrigés du chapitre 8 - Analyse dimensionnelle appliquée aux fluides 287
1500
1250
1000
m' 750
500
250
0
0 10 20 30 40 50 60
x
Fig. D.23 – En fonction de x en m, la courbe noire représente la masse linéique m0 , en kg/m, d’une pale
de l’éolienne NREL 5 MW. La courbe rouge représente pour comparaison la masse linéique équivalente des
efforts aérodynamiques, donnée par l’équation (D.37).
↓V
y/c
z/c
Fig. D.24 – Structure interne d’une pale d’éolienne, tirée d’une publication sur InTechOpen. On a corrigé
les étiquettes des axes pour se caler sur le repère de l’énoncé, et de plus rajouté en bleu le vecteur vitesse
du vent incident.
• Pour en revenir à la recherche sur l’énergie éolienne, effectuée par exemple à ForWind -
IWES, un sujet actuel dans ce domaine est l’étude d’éventuelles instabilités aéroélasti-
ques. Des couplages entre des modes de vibration naturels de la structure solide et des modes
d’oscillation de l’écoulement turbulent autour de la pale peuvent éventuellement conduire
à des résonances catastrophiques. C’est sur ce sujet que travaillait Bastian Dose, et dans
cette optique que la simulation étudiée ici a été réalisée. On mentionne pour terminer que
cette simulation a été réalisée avec le code OpenFOAM, un modèle de poutre non linéaire
en grandes déformations côté « structure », et un modèle de turbulence hybride ‘Reynolds-
Averaged Navier-Stokes’ - ‘Large Eddy Simulations’ côté « fluide »...